Concours AMOPA 2019… Publication des textes primés…

Trois élèves de mes classes se sont brillamment distingué·e·s lors de deux concours organisés cette année par l’AMOPA (Association des Membres de l’Ordre des Palmes Académiques) :

  1. Alicia Thébaud : premier Prix d’expression écrite du concours « Défense et Illustration de la langue française » (Catégorie Lycée). Pour voir le règlement du concours, cliquez ici. Pour voir le palmarès complet, cliquez ici. Durée de l’épreuve : 3h00.
  2. Marion Saulnier : premier Prix du concours « Jeune Poésie » (Catégorie Seconde). Pour voir le palmarès complet, cliquez ici.
  3. Ron Sharony ; premier accessit du concours « Jeune Poésie » (Catégorie Seconde).

Voici les textes primés. Bravo également à tou·te·s les élèves pour leur participation enthousiaste et le haut niveau des productions écrites.


Prix « Défense et Illustration de la langue française » (prix d’expression écrite) : Alicia Thébaud, Premier prix

Ce prix rend hommage au grand poète de la Renaissance Joachim du Bellay (1522 ?-1560) qui avec Pierre de Ronsard (1524-1585) et d’autres poètes du groupe de la Pléiade, se donnèrent pour mission de valoriser les richesses de notre langue en publiant en 1549 une célèbre Défense et illustration de la langue française.

Sujet de composition française : « Je suis indéfiniment capable d’émerveillement » disait le cinéaste Federico Fellini (1920-1993). Quelles sont,pour vous les sources de l’émerveillement ? Évoquez-les.

 

u’est-ce que l’émerveillement ?

Cela peut se traduire par le fait de ressentir de l’admiration face à quelque chose, de l’ébahissement ou même une sorte d’enchantement. Cette exubérance est proprement merveilleuse : vous êtes tout à coup subjugué par ce que l’un de vos cinq sens vous retransmet au point de ne plus pouvoir réfléchir convenablement à ce qu’il se passe, tant vos sentiments prennent le dessus sur toute chose.

A ce titre, Federico Fellini disait « Je suis indéfiniment capable d’émerveillement ». Le cinéaste italien le montre d’ailleurs parfaitement par la mélancolie de ses films et un néoréalisme personnel propres à susciter l’imaginaire. Tantôt naïfs, pittoresques, extravagants voire exubérants, les personnages de ses films sont l’illustration de l’émerveillement qui nous saisit face au septième art.

La sensation d’émerveillement dépend de la personne, et peut varier selon chacun. Certains en effet seront émerveillés devant un simple champ de lavande, d’autres par un tour d’illusionnisme, une symphonie de Mozart, un film de Steven Spielberg ou Georges Lucas, ou enfin par un jeu vidéo d’un réalisme saisissant.

Alors pourquoi l’émerveillement est-il aussi diversifié ? D’où vient-il et qu’est-il réellement pour nous ? Pour répondre à ces questionnements, je vais montrer dans une première partie ce qu’est précisément pour moi l’émerveillement, puis dans une deuxième partie je réfléchirai à l’origine du phénomène de l’émerveillement.

C’était un été comme un autre dans le village de Sant Martí d’Empúries, en Catalogne, j’étais en vacances non loin du village avec ma famille. Un village assez banal en soi, dont vous feriez facilement le tour en trente minutes, si ce n’est un peu moins. Le village était assez calme ce jour-là : la grande majorité des touristes préférait se retrouver à Empúries même, où les activités étaient nombreuses par rapport au village. Et pourtant. Je préférais nettement me sentir ici ! J’étais complètement enchantée par cet endroit.

Pourquoi ? Peut-être à cause de ce sentiment de calme et de plénitude que l’on ressentait à l’intérieur du petit village, de ces quelques vestiges d’Histoire qui trônaient là : cette église d’un style simple et qui pourtant s’accordait parfaitement avec l’austérité du paysage, et enfin cette plage comme on en retrouve sans doute partout ailleurs en Méditerranée, mais elle me paraissait à moi bien différente de toutes celles que j’avais connues jusqu’alors. 

« Comme une excellente surprise qu’on ne voyait pas venir… »

Voilà quel est pour moi l’émerveillement : une sorte d’enchantement face à un lieu dont à la base vous ne vous attendez à rien d’autre qu’un simple petit village avec peut-être deux ou trois ruines. L’émerveillement est ainsi un ébahissement devant quelque chose dont on n’attendait rien, qui n’avait alors jusqu’ici aucune valeur sentimentale ou autre et qui devient tout à coup chargé de valeur au point de provoquer un éveil des sens incomparable. Comme une excellente surprise qu’on ne voyait pas venir.

Je pense également que l’émerveillement ne tient pas seulement à la surprise des choses mais à la symbolique dont il est porteur. Cette symbolique dépend bien souvent de la personne, de son ressenti face à cet « objet » d’émerveillement. Généralement, les personnes le voient comme une sorte d’Eden qu’elles auraient longuement cherché, un petit coin de paradis qu’elles auraient enfin atteint après maintes tentatives pour y arriver. Cet émerveillement est alors vu comme le fruit d’un long travail : dur et laborieux. Un rêve qui vient de se concrétiser.

« Un rêve qui devient alors réalité… »

Je me rappellerai toujours d’une femme que je connaissais dont le souhait le plus cher était de devenir mère. A plusieurs reprises, elle avait tenté d’avoir un enfant, mais sans cesse sa grossesse se finissait par une fausse couche. Plus le temps passait, et plus ce rêve lui paraissait lointain. Elle finit même par abandonner l’idée, jusqu’au jour où elle se trouva de plus en plus de rondeurs. Ainsi, au terme de ces neuf mois, ce qu’elle avait tant espéré depuis des années prit corps : elle avait enfin un enfant et elle ressentit comme une sensation d’éblouissement devant ce petit être qu’elle tenait, mêlée à une joie immense et à de la fierté.

L’émerveillement vient donc soit d’un rêve qui devient alors réalité, soit d’une surprise totale face à un événement inattendu, Mais l’émerveillement tire plus fondamentalement son origine de quelque chose de plus profond, en nous-même, qui nous permet, en allant au-delà des apparences, de transcender la réalité.

Cette sensation d’ébahissement, d’admiration ou d’étonnement n’est en effet pas seulement rattachée à la concrétisation d’un fantasme ou d’un rêve inaccessible, mais surtout à notre personnalité : de fait, notre « moi-profond » influe en très grande partie sur l’émerveillement. Ainsi, nous nous émerveillons devant quelque chose qui pourra paraître aux autres totalement banal, ordinaire et peut-être indigne de susciter le moindre intérêt.

A ce titre, je pense que la sensation d’émerveillement est aussi rattachée à l’éducation que nous avons reçue de nos parents. Un enfant sera plus sensible aux charmes de la nature, si un de ses parents les lui aura inculqués ou si d’un naturel solitaire, il a l’habitude d’aller se ressourcer dehors, contrairement à un autre qui n’y trouvera aucun intérêt si un de ses parents lui aura répété sans cesse qu’il n’y pas d’utilité à s’intéresser à la nature.

S’émerveiller, c’est « savoir s’ouvrir aux chemins de la connaissance… »

En outre, notre vision du monde et la manière dont nous voyons les choses influencent  la source de notre émerveillement. Ainsi l’émerveillement n’est pas obligatoirement quelque chose de complètement incroyable et hors du commun, mais surtout quelque chose que nous affectionnons particulièrement ou qui modifie notre perception du monde. Plus nous sommes intéressés et passionnés par certaines choses, plus grand est l’enchantement.

On ne peut nier le fait que nous sommes en admiration devant les peintures de Michel-Ange ou Léonard de Vinci, parce que pour bon nombre d’entre nous avons appris à aimer les peintures de la Renaissance, notamment pour leurs détails brillants de réalisme. Ou encore le fait qu’une personne puisse trouver de l’émerveillement en lisant un simple livre, sans bouger de chez elle. Le tout est d’être curieux et de savoir s’ouvrir aux chemins de la connaissance.

L’émerveillement découle donc de plusieurs sources : de notre caractère et de notre éducation qui dirigeront nos centres d’intérêts ; de notre vision du monde, mais aussi de la surprise créée par la confrontation avec l’inattendu.

« L’émerveillement revient à prouver que la magie existe en chaque être humain… »

omme j’ai essayé de le montrer, chacun de nous perçoit différemment l’émerveillement et le définit personnellement et subjectivement : selon moi, l’émerveillement revient à prouver que la magie existe en chaque être humain.

La source de ce sentiment d’admiration vient simplement et seulement de nous, c’est-à-dire de notre capacité à apprécier chaque chose, peu importe ce qu’elle est du moment que nous savons en percevoir le mystère derrière l’apparence.

Un peu à la manière de l’homme émerveillé devant les nuages dans « L’étranger » de Baudelaire, il ne tient qu’à nous de s’émerveiller devant les choses les plus simples de la vie, devant les « merveilleux nuages »…

© Alicia Thébaud, mars 2019.
Juin 2019 pour la présente version (mise en forme légèrement modifiée par rapport à la version originale).

Bord de mer à Sant Martí d’Empúries (Espagne, Catalogne)
© BR 2019 (cliché modifié numériquement)

Prix de la Jeune poésie 2019 :

  • Marion Saulnier, Premier prix
  • Ron Sharony, Premier accessit

« Aurore »

par Marion Saulnier
Classe de Seconde 11


Voilà la journée entrer avec prudence
C’est la curiosité qui l’attrape
Elle finit par tomber
Sur cette énigme entremêlant
L’annonce des falaises,
L’incertitude d’un sourire…

Le rêve-veille du jour sonne
Me coupant du voyage prévu
Le rapide coup d’œil est lancé
Et je souffle, je souffle
Au vent qui murmure
Que le jour s’est déjà levé.

© Marion Saulnier, mars 2019.


Illustration : © Bruno Rigolt, Juin 2019 (Photomontage et peinture numérique)

« Omniscient je deviens ! »

par Ron Sharony
Classe de Seconde 11

Dans la boucle éternelle,
Les jours se linéarisent
Mes temps éphémères
Ne servent plus à rien :
Mais arrive l’obscur lacté parfumé
De lumières aveuglantes
Que rend rêveuses mes âmes
Haineuses des mortels ignorants.

Ô Ronces humaines lacérant mes esprits !
L’unique parmi tous enfin règne
Submergé d’épines du souvenir.
S’enfoncèrent et ruissellent
Mes bontés protectrices,
Mes courroux ravageurs,
Mes infinités pensives,
Mes projets illusoires,

Et je subis l’inconnu,
J’ordonne les Galaxies !
Les dimensions me connaissent :
Omniscient je deviens !

© Ron Sharony, mars 2019

 

Illustration : © Bruno Rigolt, juin 2019, "L’œil omniscient" 
Photomontage, peinture numérique

Exposition « Un Automne en Poésie » Saison 9 Cinquième et dernière livraison

Exposition « Un Automne en Poésie » cinquième livraison
— Saison 9 —
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Maquette graphique : © Bruno Rigolt, janvier 2019 (Photomontage et peinture numérique)

Les élèves de Seconde 11 sont fiers de vous présenter l’édition 2018-2019 d’Un automne en poésie. La thématique retenue cette année invitera à réfléchir au rapport intime qui existe entre le réel et la manière dont la poésie parvient à transcender la réalité pour faire naître du banal et de l’ordinaire ce qui n’est pas, et qui pourtant est : la poésie, c’est le jeu de la métamorphose et du voyage des mots : voyage extraordinaire, voyage lointain vers des mondes où l’écriture donne sens à la Vie…

Voici la dernière livraison de textes.

  

Aurore

par Marion S.
Classe de Seconde 11

(Ce poème a obtenu le Premier Prix
du Concours « Jeune poésie 2019 » organisé par l’AMOPA)


Voilà la journée entrer avec prudence
C’est la curiosité qui l’attrape
Elle finit par tomber
Sur cette énigme entremêlant
L’annonce des falaises,
L’incertitude d’un sourire…

Le rêve-veille du jour sonne
Me coupant du voyage prévu
Le rapide coup d’œil est lancé
Et je souffle, je souffle
À cet aigle qui murmure
Que le jour s’est déjà levé.

« Voilà la journée entrer avec prudence... »

 Frederic Edwin Church (1826-1900), « Cross in the Wilderness » (détail), 1857
Madrid, musée Thyssen-Bornemisza

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Haïkus contemporains

par Kathleen R.
Classe de Seconde 11


Fin de la journée

Manteau rouge de lunes
Vers le port de la colline
Et la bicyclette s’envole

D'après Charles-Édouard Crespy Le Prince (1784-1850),  © Montmorency, musée Jean-Jacques Rousseau
© Direction des musées de France, 2007 Crédit photographique © Robin Laurence  

Début de la nuit

La lune attendant la nuit
Pierre blanche de rêve
Pour repousser le soleil

Félix Vallotton, « Clair de lune », vers 1895 (huile sur toile). Paris, musée d’Orsay

Le lever du jour

L’heure où l’horizon se dévoile,
Mort des mots
Arrache les pétales de mon cœur

Le point de vue de l’auteure

Le premier haïku que j’ai créé m’a été inspiré par une photographie trouvée dans un manuel. On distinguait un cycliste sous la lune si je me rappelle bien… Mais très vite l’imaginaire a pris le dessus : j’imaginais un enfant rentrant de l’école ; un enfant rêvant de s’envoler au pays des rêves pour échapper enfin à l’échéance de la vie… Les autres poèmes sont comme une suite. Le début de la nuit ouvre à tous les possibles, à tous les voyages jusqu’au lever du jour, qui est le retour à la réalité. Face à la nuit qui est comme le triomphe de l’imagination créatrice, l’aube ramène au contexte d’une journée ordinaire. Le lever du jour est peut-être le pire moment, où on ne peut plus rêver…

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Harcèlement

par Hugo C.
Classe de Seconde 11

              

Au cœur d’un Royaume sombre,
Esprit nourri de chagrin
Secrets immortels
Dormirent dans la tombe

Plus douloureux qu’une larme
Plus fréquent qu’un crime
Nombreux sont touchés
Nombreux en ont désiré la mort

Le point de vue de l’auteur

Le thème que j’ai choisi pour ce poème est celui du harcèlement qui touche beaucoup de jeunes. Je pense notamment au harcèlement scolaires dont sont victimes de nombreux enfants. Rares sont ceux qui osent se confier, prisonniers de ce « royaume sombre », sans d’autre issue parfois que le suicide. Alors, réagissons tous !

Pour en savoir plus sur le harcèlement, rendez-vous sur education.gouv.fr

« Tous mobilisés contre le harcèlement à l’école »
Crédit iconographique : Affiche contre le harcèlement. Principauté de Monaco © – DR

L’étrange Dictionnaire du Poète (2/2)

par Agathe P.
Classe de Seconde 11

Lois : règles ou ensemble de règles obligatoires
où l’art dessine des mots magiques.
Loi du vent, loi du ciel et des oiseaux…

Papillon : subst. masc.
Insecte lépidoptère, diurne ou nocturne
qui se pose sur les pages du livre,
ou sur les lèvres du jour.

Le point de vue de l’auteure
J’ai écrit ces poèmes de telle manière qu’ils évoquent à la première lecture un dictionnaire : définitions, phrases brèves… Mais très vite ce dictionnaire fait entrer le lecteur dans l’onirique : les définitions se dérèglent, les mots prennent des sens différents. Telle est la définition de la poésie : provoquer un écart entre ce qui est attendu, prévisible et l’imaginaire des mots…

Abandon

par Dorian L. B.
Classe de Seconde 11

                      

Plongé dans un désert obscur,
Observant la tristesse du deuil,
Je m’effondre de larmes qui ne coulent plus.
Sur ces rêves inimaginables
Je me contente d’une couronne mélancolique
Échoué sur mon bateau,
Naviguant sur l’eau de la vie
À la recherche d’un mot :
Mon indicible tourment

Le point de vue de l’auteur

Dans ce poème, j’ai voulu représenter la tristesse qui nous envahit parfois, lorsque nous sommes prisonniers de souvenirs. Ces souvenirs nous paralysent au point de nous faire changer notre vision du monde. Ainsi, cette poésie évoque-t-elle l’histoire d’une personne seule qui recherche quelque chose dans ses souvenirs. L’absence de rimes peut s’interpréter comme l’absence de ce qui est rassurant et attendu. Son monde est fait de contradictions. D’où les tournures oxymoriques : « désert obscur », « larmes qui ne coulent plus ». J’ai voulu aussi représenter la solitude à travers la métaphore filée du voyage : la vie est ainsi cette quête, si difficile, de quelque chose : « recherche d’un mot »… Comment le dire ? Comment l’écrire ? L’adolescence est ainsi cette période où nous recherchons une indicible vérité…

« Échoué sur mon bateau,
Naviguant sur l’eau de la vie
À la recherche d’un mot…
 »

Illustration : Bruno Rigolt (peinture numérique)
© Bruno Rigolt, 2018

            

                  

Volcan éternel

par Nathan B.
Classe de Seconde 11

              

Les droites aux bords courbés
Sur les plaines remplies de bosses
Comme un pique qui sort du sol
Et les braises de ce cratère fumant

Mais éteint, ce n’est plus qu’un
Pique de glace lorsque la saison froide arrive.
Des plaques blanches apparaissent
Et recouvrent ces cônes de pierres.

« Des plaques blanches apparaissent
Et recouvrent ces cônes de pierres.
… »

Crédit iconographique : Bruno Rigolt

Haïkus contemporains

par Tommy G.
Classe de Seconde 11

Le maigre matin
Endort le soleil,
Ignorant la nuit
Aux mystérieuses brûlures

Dansent les flammes
Dans l’insert de la cheminée :
La chaleur au cœur de l’hiver

Bourdonnement de l’abeille…
Les fleurs du printemps
Savent une mystérieuse histoire,
Complice de la nature

       

                              

Moi, mon moi et moi-même 

par Ron S.
Classe de Seconde 11

              

Moi, qui me suis lâchement fait duper,
Que m’est-il arrivé ?
Moi qui, obstinément, me croyais,
Immortel, tristement j’espérais
Que ce moi resterait éternel à jamais

Je me suis enfin rendu compte,
Qu’irréel, j’étais, sans moi,
Chaque nuit silencieuse, je me taisais,
Méditant mes mécomptes
Je me suis longuement forgé

Désormais, dépourvu de moi-même,
Mais seul face à soi-même,
Je n’ai d’autres choix que de rudement
Fondre ces faux-comptes faussés
Pour me libérer, en m’unissant à mon être

Pour me communier, avec mon moi-être,
Qui aujourd’hui est
Ce que je m’appelle
Et ce qui me représente,
Ma figure corporelle

Et c’est à l’aube du soir fatigué,
Au crépuscule du matin éveillé,
Hors du temps et de la vulnérabilité
Que moi, mon moi et moi-même
Peux continuellement prospérer.

« Mais seul face à soi-même… »

Illustration : René Magritte, « La reproduction interdite » (1937), Rotterdam, Museum Boijmans Van Beuningen

Balade du temps

par Mathéo C.
Classe de Seconde 11

                 

Je me noyais dans cet océan
Je  revoyais des images
D’ombre et de lumière ; de foule et de néant
Je me battais pour avancer, pour remonter

Dans mes souvenirs
La moindre étincelle d’une étoile
La grande roue de l’univers
La nuit profonde dans mon âme

Mais toutes les senteurs me ramènent vers toi
Quand nous nous retrouvons dans chaque page
De ce livre du temps
Et chaque morceau d’heures passées

Me ramènera dans tes bras pour enlacer
Les couleurs de mon enfance
Les horloges de ma peur et toutes les minutes de tes yeux
Enfin reviendront à la surface et nous pourrons avancer.

« Et chaque morceau d’heures passées
Me ramènera dans tes bras pour enlacer
Les couleurs de mon enfance »

© janvier 2019, Bruno Rigolt, peinture numérique

                      

La numérisation de la cinquième livraison de textes est terminée.

Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les poèmes des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du poème cité (URL de la page).
Crédit iconographique : Bruno Rigolt (sauf mention contraire).

Exposition « Un Automne en Poésie » Saison 9 Deuxième livraison

Exposition « Un Automne en Poésie » deuxième livraison
— Saison 9 —
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Maquette graphique : © Bruno Rigolt, décembre 2018 (Peinture numérique)

Les élèves de Seconde 11 sont fiers de vous présenter l’édition 2018-2019 d’Un automne en poésie. La thématique retenue cette année invitera à réfléchir au rapport intime qui existe entre le réel et la manière dont la poésie parvient à transcender la réalité pour faire naître du banal et de l’ordinaire ce qui n’est pas, et qui pourtant est : la poésie, c’est le jeu de la métamorphose et du voyage des mots : voyage extraordinaire, voyage lointain vers des mondes où l’écriture donne sens à la Vie…

Voici la deuxième livraison de textes.
Chaque semaine, de nouveaux textes seront publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif
jusqu’au 30 décembre 2018 (dernière livraison).

Prochaine livraison : mercredi 19 décembre
Cliquez ici pour voir les premiers textes publiés.

  

Vivre, c’est partir

par Gwendoline L.
Classe de Seconde 11


Dans la ville il y a un parc ;
Un parc d’enfants,
Un endroit rempli de joie.

Des petites étincelles scintillantes
Clignent dans leurs yeux.
On pourrait croire qu’elles volent
Volent vers l’incompris.

Personne ne peut les voir
Elles continuent leur chemin
Peut-être sont-elles parties dans une autre vie ?

« Dans la ville il y a un parc ;
Un parc d’enfants..
. »

 Illustration : Georges Lacombe (1868-1916), « Marine bleue, effet de vagues » (vers 1893)
Peinture à l’œuf sur toile. Rennes, Musée des Beaux-Arts 

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Les nuages sont des larmes…

par Meïssane M.
Classe de Seconde 11

              

Les nuages sont des larmes qui obscurcissent l’azur
Et nous emportent vers des terres d’ailleurs.
Là-bas, le vent chante et danse,

Au sommet des montagnes :
Poudre de coton
Qui réchauffe les cœurs

Et s’endort à travers les sommets.
Des diamants apparaissent dans le soir :
Ils illuminent le ciel de claire noirté.

« Des diamants apparaissent dans le soir.
Ils illuminent le ciel de claire noirté… »

Illustration : Bruno Rigolt, décembre 2018

Couleurs promenantes

par Mattéo S.
Classe de Seconde 11

L’autre jour, je me promenais
Sur la plage jaune-orangée…
À ma droite, des hôtels-restaurants,
À ma gauche une énorme masse bleue
Avec au-dessus d’elle
Des couleurs coucher de soleil
Qui se promenaient dans le ciel.

« Des couleurs coucher de soleil
Qui se promenaient dans le ciel…
 »

Raoul Dufy(1877-1953), « Vue de la terrasse de Sainte-Adresse, soleil couchant », vers 1925
Huile sur toile. Nancy, Musée des beaux-arts. © Nancy, musée des Beaux-Arts / C. Philippot, © ADAGP, Paris, 2017

            

                  

Inatteignables nuages

par Sirikit B.
Classe de Seconde 11

              

Allongé indéfiniment
Sur d’inatteignables nuages
Le bruit illumine les cristaux.
Du haut du ciel tombaient des oiseaux.
Harmonie de l’aurore
Qui dissipe la nuit
Emportant la tristesse du soir.


« Harmonie de l’aurore
Qui dissipe la nuit
Emportant la tristesse du soir… »

Crédit iconographique : Bruno Rigolt

Voyage avec le ciel

par Eva L. C.
Classe de Seconde 11

              

Sur la place du voyage où défilent les trains siffleurs
Passent les gens, passent les heures
Pressées par mes aiguilles impitoyables du temps.
Agitation, animation, bruit :
Rien ne semble m’éloigner de cette cacophonie.

Je rêve de m’envoler, quitter cette réalité
Rejoindre l’éternel voyageur bleu,
Porter avec lui ses valises
De nuages étourdis pour écouter avec les oiseaux
Les secrets murmures du vent.

« … Rejoindre l’éternel voyageur bleu,
Porter avec lui ses valises
De nuages étourdis… »

Illustration : Bruno Catalano, « Voyageurs » (bronze)

Haïkus contemporains

par Lilibeth J.
Classe de Seconde 11

Ce paysage apparaît devant moi comme la peinture sur la toile :
montagnes cristallisées par le froid, conifères épineux comme ardents…

Le chant du colibri égayant la vallée remplie de cristaux
me rappelle l’améthyste de tes yeux
L’onde d’un torrent apparaît peu à peu comme les traits de ton visage.

L’aube miroitait dans la rosée du matin, parti sur les pétales d’une fleur

Photomontage à partir d’une aquarelle de Pierre-Joseph Redouté (« Les roses« )

       

                              

Omniscient je deviens !

par Ron S.
Classe de Seconde 11

                 

Dans la boucle éternelle,
Les jours se linéarisent
Mes temps éphémères
Ne servent plus à rien :
Mais arrive l’obscur lacté parfumé
De lumières aveuglantes
Que rend rêveuses mes âmes
Haineuses des mortels ignorants.

Ô Ronces humaines lacérant mes esprits !
L’unique parmi tous enfin règne
Submergé d’épines du souvenir.
S’enfoncèrent et ruissellent
Mes bontés protectrices,
Mes courroux ravageurs,
Mes infinités pensives,
Mes projets illusoires,

Et je subis l’inconnu,
J’ordonne les Galaxies !
Les dimensions me connaissent :
Omniscient je deviens !

« Les dimensions me connaissent :
Omniscient je deviens ! »

Odilon Redon (1840-1916), « L’œil, comme un ballon se dirige vers l’INFINI » (lithographie, 1882)
Texte : E.-A. Poe, Crédit iconographique :  BnF

Le point de vue de l’auteur…

Ce texte est clairement symboliste. J’ai voulu montrer que le quotidien (la « boucle éternelle ») est quelque chose de lassant et qui ruine la courte vie de l’être humain : « Mes temps éphémères », « Ne servent plus à rien »… Autant d’expressions qui évoquent le réalisme dans tout ce qu’il a de passager et de superficiel : le quotidien gâche ainsi la vie humaine car les journées «linéarisent » la vie. Par ce néologisme, j’ai souhaité suggérer, dans le sillage de Mallarmé, le bal et le quotidien.

La suite du texte joue au contraire sur les contrastes comme le suggère le cinquième vers : « Mais arrive l’obscur lacté ». Par cet oxymore, on comprend que pendant la nuit si belle et calme, la passion réveille l’esprit, en lutte contre les âmes rageuses de l’ignorance humaine. Tout un réseau lexical se met en place : les « ronces humaines » ici font référence aux mensonges, propagandes qui manipulent, « lacèrent » l’avis du peuple.

En écrivant « L’unique parmi tous enfin règne », je parle bien sûr de la Vérité, c’est-à-dire le Verbe qu’on s’est forgé soi-même, malgré les mensonges et propagandes. Cet esprit-là qui règne nous permet de rêver et d’oublier les malheurs du passé, car les « épines » sont celles des ronces, qui désormais appartiennent au passé.

Les épines s’enfoncent vers l’oubli, et font ruisseler le rêve qui semble idéaliser le réel et constituer une voie d’accès à la conscience véritable. Dans ce poème, le rêve que j’ai voulu évoquer est ainsi celui qui me permet d’avoir mon monde à moi, celui que je contrôle, avec ma bonté, mes courroux, mes projets. C’est ce rêve qui nous permet de savoir et de connaître véritablement, de devenir « omniscient » ! De même que Rimbaud affirmant « Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir », la poésie me permet de m’inventer un monde parfait.
R. S.

           

                            

Infiniment petit

par Mathéo C.
Classe de Seconde 11

                      

Là où le monde  a commencé
Où les cinq sens ne servent à rien
Le silence de mon cri
Hurle l’aveuglement de mes yeux :

Millions de paillettes dans ce noir si ténébreux !
Ce vide de mon âme met mon excitation
À son paroxysme. Grondement de l’infini,
Ce cœur ardent qui veille sur ma vie,

Ce cœur froid qui égaye mes absences
Dans le désert noir des âmes en fuite.
Au croisement de l’invisible et du visible
J’atteins cette lueur et je m’éteins à jamais.

« Au croisement de l’invisible et du visible
J’atteins cette lueur et je m’éteins à jamais
.
.. »

Illustration : © Bruno Rigolt

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Ciel bleu et sombre bonheur

par Nathan B. et Hugo C.
Classe de Seconde 11

                  

Le doux son de la nuit m »apaise
D’une profonde tristesse
Les oiseaux s’envolent dans la pluie
Un nuage d’acier flotte dans l’eau

Ciel bleu et sombre bonheur
Disparaît le vide dans le néant
L’or du matin rouille à la chaleur
Les fleurs au parfum amer.

La glace détruira les ténèbres joyeuses
Je vois des étoiles aspirées par l’infini
La ville noire et sa fantastique faiblesse
Et des voitures qui s’envolent vers la voie lactée…

« … La ville noire et sa fantastique faiblesse
Et des voitures qui s’envolent vers la voie lactée
 »

Crédit iconographique : Bruno Rigolt, décembre 2018

           

                            

LUNE

par Kathleen R.
Classe de Seconde 11

                      

Devant le reflet de sa brillance éternelle
À l’écoute du fantôme de son miroir,
La lune
Jouant de sa beauté immortelle
Dans le ciel, entre les portes de son sourire

La lune de son puissant voile de lumière
Éclaire de sa peau Blanche-Neige
Le ciel
Tandis que ses yeux ténébreux plongent
Dans les profondeurs du néant.

« Devant le reflet de sa brillance éternelle
À l’écoute du fantôme de son miroir,
La lune
.
.. »

Illustration : Crédit iconographique : Bruno Rigolt, d’après Caspar David Friedrich « Meeresufer im Mondschein »
(« Rivage au clair de lune »), 1835-36, Kunsthalle, Hambourg (Allemagne)

                 

La numérisation de la deuxième livraison  de textes est terminée.
Troisième mise en ligne de textes : mercredi 19 décembre 2018…

Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les poèmes des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du poème cité (URL de la page).

Un Automne en Poésie Saison 9 (2018-2019) Première livraison

Lancement de l’exposition « Un Automne en Poésie »
— Saison 9 —


Maquette graphique : © Bruno Rigolt, novembre 2018

Les élèves de Seconde 11 sont fiers de vous présenter l’édition 2018-2019 d’Un automne en poésie. La thématique retenue cette année invitera à réfléchir au rapport intime qui existe entre le réel et la manière dont la poésie parvient à transcender la réalité pour faire naître du banal et de l’ordinaire ce qui n’est pas, et qui pourtant est : la poésie, c’est le jeu de la métamorphose et du voyage des mots : voyage extraordinaire, voyage lointain vers des mondes où l’écriture donne sens à la Vie…

Voici la première livraison de textes.
Chaque semaine, de nouveaux textes seront publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif
jusqu’au 30 décembre 2018 (dernière livraison).

Prochaine livraison : dimanche 9 décembre 

  

Douceur de l’eau

par Dorian L.-B.
Classe de Seconde 11


Douceur de l’eau,
Bercement des vagues,
Le puits profond de mon cœur
Me ramène à cette question :
« Où est ma perle rare ? »

Douceur d’un nuage,
Enchantement de la mer
À la peau douce…
Au fond de moi je crois être
Parti dans l’inédit de mon âme…

« Douceur d’un nuage
Enchantement de la mer
À la peau douce..
. »

 Illustration : Georges Lacombe (1868-1916), « Marine bleue, effet de vagues » (vers 1893)
Peinture à l’œuf sur toile. Rennes, Musée des Beaux-Arts 

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Rêves inachevés

par Tiffany T.
Classe de Seconde 11

              

Les saveurs bleues de l’enfance
Parsèment avec nostalgie mon cœur
La lune du passé
Évoque un mythe de solitude :
Mélancolie immortelle
D’un enfant dépourvu de plaisir.

Un parfum de douceur
Rappelle un amour maternel inexistant
Menant le cœur martyr d’un génie condamné
Dans les flammes du néant.

Derrière l’horizon,
L’œuvre d’une détresse inavouée
Ramène à une symphonie de feu
L’innocence d’un enfant.

Le soir de silence
Exporte le bleu de la nuit.
Naissance d’une espérance nouvelle
Dont les sentiments de l’aube
Annoncent une vague de souvenirs noircis
Par les rêves d’un enfant…

« Mélancolie immortelle
D’un enfant dépourvu de plaisir… »

Illustration : Madeleine Mirbeau, « Enfant sous le soleil » (1990).
Huile sur toile. Collection particulière.

PORT DE GÊNES, 19 HEURES

par Marius D.
Classe de Seconde 11

Vagabonde vapeur qui ternit les cieux
Par la conception d’un hydromel
Industriel.

Port de Gênes, zone industrielle,

C’est le criminel de l’architecture naturelle.
L’eau noire vide les filets des pêcheurs
Et vide le ciel

Brouillé par une fumée ardente.

La nostalgie d’un horizon Égée
S’enfuit dans un miroir profond
Là-bas, là-bas où des parfums irisés

Plongeaient vers l’été.

« Vagabonde vapeur qui ternit les cieux
Par la conception d’un hydromel
Industriel…
 »

Crédit iconographique : © Bruno Rigolt

            

                  

Solitude

par Maëlys G.
Classe de Seconde 11

              

Mon imaginaire emporte le vent
Jusqu’aux nuages.
La pluie coule sur ses joues.
L’orage a envahi son cœur
D’un jardin d’illusions.

Ma feuille renferme toute douleur
J’écris des mots
Pour ensuite former une phrase
Qui ait du sens :
Bataille entre l’arme et la plume

Semblant charmer le paradis noir
De l’enfance
Comme un chant d’oiseau
Évoque un voyage
En solitaire.


« Comme un chant d’oiseau
Évoque un voyage
En solitaire… »

Crédit iconographique : BR

Abscisse du moi 

par Carlota M.-P.
Classe de Seconde 11

              

Soit la fonction ardente de mes désirs :
J’invente des formules
Pour te soustraire de ma vie,
De mon destin, de mes étoiles…
Et dans l’intervalle de la nuit et du jour
Je simplifie 2x-x : toi + moi
À égale distance du centre de gravité.

« Je simplifie 2x-x : toi + moi
À égale distance du centre de gravité… »

Illustration : BR

La mer est une clef

par Louise C.
Classe de Seconde 11

                  

Comme un lustre balançant
Flottant au-dessus des mondes,
La mer est une clef
Qui enferme le rêve.

Les flots dansent le jour durant
Et le soir venu, ils retombent
Dans l’oubli,
Éclairé par un œil.

« La mer est une clef
Qui enferme le rêve
… »

Crédit iconographique : BR, d’après Magritte

       

                              

Aube du Couchant

par Anouk G.
Classe de Seconde 11

                 

La liesse éphémère des colombes danse le hasard,
Voici l’heure où les parfums de pluie chaude
Enivrent les cauchemars et les idées barbares
Envahissent les esprits. Tout là-bas,
Un nuage pleure les souvenirs des matelots

Qui se perdent parmi cette prairie bleue mouvante.
L’Œuvre des dieux demeure remplie d’inconscience,
Quand l’aube du couchant réveille les âmes.
Les couleurs se daltonisent dans les rêves de la peur,
Et les bâtisses de l’ailleurs s’effondrent.

« La liesse éphémère des colombes danse le hasard… »

Crédit iconographique : © novembre 2018, Bruno Rigolt

           

                            

Je voulais te dire

par Anaïs T. et Léa C.
Classe de Seconde 11

                      

Je voulais te dire que
Ma maladie est de fêtes.

Comme ces fleurs qui tombent sur la vie,
Mes silences coulent roses sur ta tombe.

Je voulais te dire que mon sourire automnal
Rêve d’abandon.

Mon regard colérique
Pleure de solitude.

Ton visage hyperbole
Tous les sourires que je n’ai pas pu te dire.

« Comme ces fleurs qui tombent sur la vie,
Mes silences coulent roses sur ta tombe.
.. »

Illustration : Pierre-Joseph Redouté (1759-1840), « Roses trémières, raisins et lori cramoisi », 1836
Aquarelle sur vélin (détail). Paris, Musée du Louvre

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Sur les pupilles du monde

par Mattéo S.
Classe de Seconde 11

                  

L’amour règne dans l’irréel éternel.
Loin dans mon cœur, une perle pleure
Et dans la nuit, j’écoute les mots de l’automne,
Les mots chanteurs

Partis en voyage
Parmi de grands oiseaux blancs.
Cet hiver, une beauté impressionnante régnera
Sur les pupilles du monde.

« … Les mots chanteurs
Partis en voyage
Parmi de grands oiseaux blancs…
 »

Crédit iconographique : Bruno Rigolt

                 

La numérisation de la première livraison  de textes est terminée.
Deuxième mise en ligne de textes : jeudi 6 décembre 2018…

Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les poèmes des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du poème cité (URL de la page).

Bientôt « Un automne en Poésie », saison 9 !

La classe de Seconde 11 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter…

la saison 9 d’Un Automne en Poésie
jeudi 29 novembre — dimanche 30 décembre 2018

C’est la classe de Seconde 11 dont j’ai la charge cette année, qui travaille à l’édition 2018-2019 d’Un automne en poésie. Pour la neuvième année, cette manifestation d’art entend marquer de son empreinte la création littéraire au Lycée en Forêt : plus de quarantaine textes, tous inédits, sont en cours de finalisation et seront progressivement mis en ligne jusqu’à la fin du mois de décembre.

La thématique retenue cette année invitera à réfléchir au rapport intime qui existe entre le réel et la manière dont la poésie parvient à transcender la réalité pour faire naître du banal et de l’ordinaire ce qui n’est pas, et qui pourtant est : la poésie, c’est le jeu de la métamorphose et du voyage des mots : voyage extraordinaire, voyage lointain vers des mondes où l’écriture donne sens à la Vie…

Thématique de l’édition 2018-2019 :

Architextures poétiques
des Mots et Merveilles

bruno_rigolt_joconde_2016_web2Rendez-vous à partir du jeudi 29 novembre 2018 !

Support de cours BTS. Thème « Corps naturel, corps artificiel » Corps en crise, crise du corps : du corps comme objet d’art au corps dystopique

Support de cours BTS. Thème « Corps naturel, corps artificiel »


Les dystopies du corps :
Corps en crise, crise du corps

Le corps entre survalorisation et dépréciation


par Bruno Rigolt

Niveau de difficulté de ce cours :  difficile 

« Une autre fois, un démon d’anatomiste ne m’a-t-il pas, pour s’amuser, mis en pièces comme une poupée articulée, destinée à servir à toutes sortes d’essais diaboliques, voulant voir, par exemple, quel effet produirait un de mes pieds planté au milieu de ma nuque ou mon bras droit fixé dans le prolongement de ma jambe gauche ?… »

Ernst Theodor Amadeus Hoffmann, « Le Magnétiseur », 1814.
In : Contes. |Wikisource|

« Nos corps entrent dans les divans sur lesquels nous sommes assis, et les divans
entrent en nous comme le tramway qui passe entre les maisons.»

Umberto Boccioni
Cité par Pierre Courthion, « Boccioni sculpteur de l’antisculptural »
In : XXe siècle, n°19, juin 1962 (« Tournants décisifs »), page 17.

N

ous vivons une époque de profonde transgression, époque de mutations et de redéfinition sans précédent des valeurs humaines. Tout semble pourtant comme avant : les guerres sont les mêmes guerres, le sang versé est le même sang versé, et le soleil est le même soleil qu’il y a quatre milliards et demi d’années. Mais voici qu’en vérité les territoires de l’homme se sont profondément transformés. Sans nous en rendre compte, nous marchons dans les ornières d’un monde qui s’est structurellement modifié, avec ses visions de séismes et de tsunamis, monde qui implique de redessiner les liens entre les chemins sinistrés de l’Humanisme et la grande mutation de notre système identitaire promise par les temps à venir.

En fait, cette mort des civilisations, terriblement annoncée par Paul Valéry dans la Crise de l’esprit en 1916, s’apparente davantage à une mutation anthropologique : l’individu hypermoderne est l’enfant mort-né de l’idée de société au sens historique du terme, comme si le monde ayant dépassé ses limites, l’avait contraint à se chercher d’autres abris pour y loger son corps. Et face à ce monde mutant, monde sans idéal, sans quête, sans transcendance, répond l’idée de corps-spectacle, de corps médiatique, de corps augmenté, amélioré, seules possibilités pour l’humain de dépasser ses limites et d’exprimer son essence. 

Le corps comme « matériau expérimental »

Ainsi que nous le notions dans un précédent support de cours¹, « cette décorporéisation du corps est en fait étroitement associée à une quête pour l’homme de son corps utopique […] comme si la vie artificielle constituait l’aveu frappant de sa finitude ». Je parlais de corps utopique mais le développement du scientisme à partir de la seconde moité du XIXe siècle n’oblige-t-il pas plutôt à parler de corps dystopique ? 

Nul mieux que l’art à partir du XXe siècle n’a en effet exprimé ce désenchantement du corps qui est fondamentalement une crise de l’Humanisme. 

Malmené et asservi par la science, déconnecté de la pensée humaniste, noyé au sein d’une machine sociale qui le submerge, le corps devient le lieu d’expérimentation de l’humain. Prisonnier entre l’utopie d’une jeunesse éternelle et la dystopie d’une trop longue vieillesse, il subit à partir du vingtième siècle une crise fondamentale, qui est d’abord une crise de l’identité corporelle. 

René Magritte Entr’acte (huile sur toile), 1928. Collection privée.

Livré à une expérimentation illimitée sur lui-même, le corps perd d’une part son intégrité physique : il cesse d’avoir une forme absolue ; il devint variable et ouvert à toutes les déformations possibles comme en témoigne cette curieuse toile de Magritte, Entr’acte, peinte en 1928 : on y voit depuis le fond de scène d’un théâtre des fragments de corps désexués et sans visage semblant regarder les rangs d’un public absent remplacé par un étrange décor volcanique.

Mais ce renversement des relations premier-plan/arrière-plan² suggère plus fondamentalement un renversement des valeurs morales : en perdant son unité organique, le corps perd conséquemment son intégrité métaphysique. Aux conceptions religieuses traditionnelle du corps —marqué par l’unité originelle et promis à la résurrection—, s’oppose un corps morcelé, libéré de l’éthique, soumis à toutes les dérives plastiques de l’objet et à tous les fantasmes de l’imaginaire. 

Ce renversement de la relation entre le corps et la réalité sera l’une des constantes de l’art du vingtième siècle, à commencer par le Cubisme. Le tableau de Picasso intitulé « Femmes devant la mer » (1956) est une parfaite illustration des remarques précédentes. En introduisant dans sa peinture des distorsions, des schématisations géométriques, des morcellements, le peintre provoque une remise en question des normes de beauté du corps. 

Épuré, dépouillé, schématisé, le corps se disloque, se distend, explose, et passe finalement du domaine de la représentation au domaine de l’abstractionCe renversement des goûts et des pensées est essentiel : dégagé de son contexte référentiel, le corps semble se métamorphoser au point de n’être plus qu’un matériau de base, hors-norme, distancié, déconnecté de l’esthétique traditionnelle : corps comme outil conceptuel, corps comme artifice, comme image mentale projetée sur le sujet. 

Il faut ici faire remarquer combien, au-delà de la peinture de Picasso et du Cubisme, c’est tout l’art moderne qui a révolutionné notre rapport au corps en introduisant une esthétique de la distanciation du corps naturelEn déformant le visage et le corps humains, l’art moderne s’inscrit ainsi dans un esprit de révolte par rapport au réel. Délivré de son obligation de ressemblance, soumis à l’indéterminé, à l’aléatoire, au hasard, le corps devient un instrument d’exploration et progressivement, de transgression sociale.

  1. Corps humain et corps « déshumain » : entre identité et altérité
  2. Voir à ce sujet l’ouvrage de Marcel Paquet, Magritte ou l’éclipse de l’être, Éditions La Différence, 1982.


La désublimation du corps dans l’art moderne

Les deux guerres mondiales et les nombreux conflits du vingtième siècle ont sans nul doute accentué cette réification de l’Homme. Au scientisme triomphant qui prévalait depuis la fin du XIXe siècle, la guerre ébranle profondément le statut ontologique de l’Homme : c’est tout l’être qui devient malmené. Par son caractère dramatique, interruptif et hyperbolique, la guerre constitue donc une rupture dans la temporalité historique ainsi qu’une remise en cause brutale du corps comme univers de référence. Ce qui subsiste de l’humain, c’est l’inhumain : corps tordus dans la souffrance, cris des blessés déchirant la nuit, mosaïques de cadavres entassés pêle-mêle dans les fosses…

Dante Gabriel Rossetti
« Lady Lilith », 1866 

Wilmington (USA), Delaware Art Museum

À la quête idéale du corps parfait dont les Préraphaélites, héritiers du puritanisme victorien avaient fait leur matière, répond la représentation du corps en douleur au XXe siècle : le corps perd son unité, il devient une addition d’instants de corps qui l’artificialisent. Ce que Marcel Gromaire (1892-1971) peint dans « La Guerre » (1925), ce ne sont pas des corps d’hommes, ce sont des corps-machines, mécanisés, déshumanisés et pétrifiés dans l’attente de la mort. Statufié dans un espace vide, le corps devient un monument funéraire : corps dystopique, corps-robot assujetti au poison terrifiant des machines¹, et annonciateur du monde de demain, rationalisé et totalitaire qu’a si bien décrit l’écrivain Georges Bernanos dans La France contre les robots.

Marcel Gromaire, « La Guerre » , 1925
(Musée d’art moderne de la Ville de Paris. © ADAGP/RMN – Bulloz)

L’histoire de l’art moderne serait ainsi celle de l’identité perdue. Si elle tire son origine des crises institutionnelles et sociales du dix-neuvième siècle, elle précipite le monde vers une fin de l’histoire marquée par l’abolition de la temporalité et la mise à l’épreuve du corps. « S’attaquant avec la même force, aux natures mortes qu’au corps humain, le Cubisme fait voler en éclat la représentation du réel, déforme la figure humaine jusqu’à la monstruosité »². À la fragmentation de l’Histoire répondent les corps disloqués de Guernica, ébranlant la représentation picturale et sculpturale du XXème siècle. Ces corps disloqués ne sont-ils pas un terrible « théâtre de la cruauté » ? Désordre de corps en chaos, apocalypse en noir et blanc de corps suppliciés et démembrés…

Pablo Picasso, « Guernica », 1937 (détail)
Madrid, Musée Reina Sofía

  1.  Centre Pompidou, « Le corps dans l’œuvre ». 

« 1938-1945 : des camps, des corps, des barbelés, des gardes. Il y avait ceux qui étaient dehors et ceux qui étaient dedans : une masse de chairs qui furent à la fois anonymées, inventoriées, marquées, manipulées, tuées. Au nom de quoi ? […] Folie eugéniste, folie de création, folie meurtrière, folie de l’imaginaire de l’homme qui se prend pour le créateur de la vie à venir. Des images sortent de la nuit et du brouillard, surgissent encore après un demi-siècle : tri des corps devenus choses, objets d’expérimentation, vies devenues rouages d’un travail forcé – de la machine à produire. Des corps-choses sont répertoriés: les hommes d’un côté, les femmes de l’autre ou encore ceux qui vont vivre et travailler et ceux qui vont mourir. Toujours, quel que soit l’ordre du jour, deux files, deux chemins. Couloir de gauche ou couloir de droite, en rangs serrés ; le destin se restreint à un choix qui vous met sur une liste ou sur une autre. Les chairs et l’intime sont gérés, comme les accumulations de linges, de vêtements, de chaussures, de bijoux et autres objets de valeur récupérés. La valeur est regroupée, rangée en série, pour mieux être évaluée. […]. Peut-on encore imaginer un monde à partir de ces cendres-là ? Après les guerres du XXe siècle − après la dernière, celle que l’on a dite totale, celle d’un système nommé totalitaire − l’artiste pouvait-il encore faire de l’art, pouvait-il encore représenter une culture ? »

Lydie Pearl
Corps, sexe et art : dimension symbolique
Paris L’Harmattan 2001. « Préambule », pages 7 et 8.



L’exemple du corps artificiel chez les Futuristes italiens

« L’homme multiplié et le règne de la machine »

Filippo Tommaso Marinetti

Il faut préparer aussi la prochaine et inévitable identification de l’homme avec le moteur, facilitant et perfectionnant un échange continuel d’intuitions, de rythmes, d’instincts et de disciplines métalliques, absolument ignorées aujourd’hui par le plus grand nombre, et devinées seulement par les esprits les plus lucides.

[…] nous aspirons à la création d’un type inhumain, en qui seront abolis la douleur morale, la bonté, la tendresse et l’amour, seuls poisons corrosifs de l’intarissable énergie vitale, seuls interrupteurs de notre puissante électricité physiologique.

Nous croyons à la possibilité d’un nombre incalculable de transformations humaines, et nous déclarons sans sourire que des ailes dorment dans la chair de l’homme. Le jour où il sera possible à l’homme d’extérioriser sa volonté de sorte qu’elle se prolonge hors de lui comme un immense bras invisible, le Rêve et le Désir, qui sont aujourd’hui de vains mots, régneront souverainement sur l’espace et sur le temps domptés. 

Le type non humain et mécanique ; construit pour une vitesse omniprésente, sera naturellement cruel, omniscient et combatif. Il sera doué d’organes inattendus : des organes adaptés à un environnement fait de chocs continus. 

F. T. Marinetti,
L’Homme multiplié et le règne de la machine (extraits). Article rédigé en Français en mai 1910.

Cité par Giovanni Lista,
Le Futurisme, textes et manifestes (1909-1944),
Éditions Champ Vallon 2015
|Lien|

Une démesure
du corps humain…

 

 

Il serait intéressant d’évoquer ici le corps technologique souvent vanté par les futuristes italiensEn tant que mouvement d’avant-garde, le Futurisme apparaît à une époque de profonds bouleversements idéologiques dans la culture européenne. Le culte du progrès et du scientisme, largement célébré dans la poésie futuriste, débouche donc sur l’affirmation d’un corps artificiel et hybride, identifié à la machine (voir ci contre), privé de son affectivité, et obsédé par la toute-puissance.

Ainsi dans « L’Homme multiplié et le royaume de la machine », article rédigé en français en 1910 et republié en italien en 1915 dans le recueil Guerra sola igiene del mondo (Guerre seule hygiène du monde), le poète italien Filippo Tommaso Marinetti (1876-1944), chef de file du mouvement futuriste, fait l’éloge de l’homme futuriste au corps artificiel et mécanique

Comme le note très bien Giovanna Sapperi, « le corps technologique imaginé par Marinetti est donc caractérisé par un processus de métamorphose du sujet en engin métallique. Ce fantasme d’une fusion entre la chair et le métal permet d’imaginer un corps dur, phallique, imimmunisé contre les menaces intérieures et extérieures, un être à la psychologie inhumaine et au corps impénétrable »*.  

Il faut ici évoquer l’œuvre d’Umberto Boccioni, qui est avec le poète Marinetti, le protagoniste le plus important du mouvement futuriste : dans sa célèbre sculpture, Formes uniques de la continuité dans l’espace (1913), il représente un agrégat de formes censées figurer un homme. Mais un homme sans bras, « image triomphante et mythique de l’homme nouveau en marche vers le futur » (G. Lista). Cette déshumanisation du corps naturel correspond inévitablement à une mise à l’écart de l’homme et à une objectivation du corps artificiel : sorte de surhomme fasciste dont le corps dystopique devient la forme primordiale de la Volonté de Puissance :  idéologie du corps artificiel et anti-humanisme vont de pair.

* Giovanna Zapperi, « Du Surhomme au non-homme. Visions du corps-machine en temps de guerre », in : Véronique Adam, Anna Caiozzo, La Fabrique du corps humain : la machine modèle du vivant, CNRS/MSH-Alpes 2010, page 318..

Umberto Boccioni (1882-1916), Formes uniques de la continuité dans l’espace (1913)
New York, MOMA

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L’atteinte au corps dans l’art :
du corps narcissique à la remise en cause de l’intégrité corporelle

Paradoxalement, cet « adieu au corps » (David Le Breton) que nous avons interprété comme une réification croissante de l’Homme, se traduit par une survalorisation du corporel, des postures et des dévoilements. En jouant sur les limites, la provocation corporelle ainsi que le narcissisme hyperbolique, la culture excentrique qui explose dans la deuxième moitié du XXe siècle préfigure l’adieu au corps : véritable chant du cygne, elle précipite le corps dans l’Underground : tatouages, piercings, style punk, épingles à nourrice, vinyle, zips, etc., s’ils magnifient superbement la culture excentrique et son extravagance, traduisent plus fondamentalement un profond dérèglement existentiel

Regardez ce cliché extrait du très beau clip Big girls cry réalisé en 2015 par Daniel Askill pour la pop-star australienne Sia : on y voit la jeune danseuse Maddie Ziegler dans une scène forte évoquant un étranglement. Le symbolisme très élaboré de la chorégraphie de Ryan Heffington interroge immédiatement le rapport au corps et suggère en palimpseste un abus sexuel. Proche du Body Art, le travail artistique sur le corps est inséparable d’un processus de manipulation corporelle : il s’agit presque pour le corps d’éprouver ses propres limites.

Cette expression du danger, de la douleur est également parfaitement rendue dans le clip que Terry Richardson réalisa en 2013 pour la chanteuse Miley Cyrus (Wrecking Ball). Au-delà de la polémique suscitée par le caractère osé du tournage, ce qui transparaît est l’articulation de l’intégrité corporelle, fortement anthropocentrique et narcissique, à l’altérité du moi et du corps suggérée par la dévastation du décor. Mais ne nous méprenons pas sur cette mise en scène du corps : s’il semble sublimé, le corps de la chanteuse est en réalité réifié comme concept puisqu’il se conteste lui-même. Survalorisé comme objet, le corps doit paradoxalement se détruire pour exister en tant que sujet

Peau lisse, visage inexpressif dans un décor de gravas  : le corps sous le regard du photographe japonais Nobuyoshi Araki

Cette remise en cause de l’intégrité corporelle est évidemment particulièrement sensible de nos jours où les souffrances humaines résultant des dysfonctionnements socio-économiques ont profondément ébranlé l’intégrité structuro-fonctionnelle des sociétés : formaté par la publicité, la mode, les médias, confronté brutalement aux enjeux bioéthiques de la génétique, le mythe du corps artificiel semble le point d’ancrage d’un profond désordre social qui résulte en fait d’une culpabilité du corps naturel.

Jamais assez jeune, jamais assez beau, jamais assez mince, le corps est devenu le parent pauvre autant que le souffre-douleur de l’Homme. Si l’atteinte au corps est tellement exploitée dans l’art, particulièrement depuis le XXe siècle, c’est sans doute parce qu’il met en jeu le corps politique et social dont il est en réalité le terrible reflet. Comme le dit très bien Paul Ardenne, « le corps est moins que jamais une figure neutre. Un espace de conflits plutôt, trouble décalque de l’instabilité de la condition humaine » |source| : ce n’est pas l’ordre et la mesure qui façonnent le spectacle du monde mais l’excès, l’hybris et la démesure. 

Alighiero Boetti, Io che prendo il sole a Torino il 19 gennaio 1969 
Boules de ciment, 1969

Au-delà même de la représentation, le corps devient outil, trace et empreinte : corps-mémoire, mais aussi corps hybride, noueux, déformé, découpé, tordu, morcelé… Regardez cet étrange assemblage de boules de ciment réalisé en 1969 par Alighiero Boetti (« Moi qui prends le soleil à Turin le 19 janvier 1969 ») : derrière ces 111 boules de ciment figurant une forme humaine, n’est-ce pas le corps séché d’un cadavre gisant sur le sol, déjà raidi,  que nous contemplons ? En mettant en scène notre relation traumatique à nous-même, le corps dystopique fait donc figure de révélateur des désordres du monde

« L’atteinte corporelle est une attaque du corps de l’espèce, elle perturbe les formes humaines et suscite ainsi le trouble et le rejet. Celui qui s’incise, se brûle ou se suspend dit son mépris ou son indifférence face au corps lisse, hygiénique, esthétique, achevé qui est de mise dans nos sociétés contemporaines. La sacralité diffuse qui entoure socialement le corps est altérée, profanée. En « abîmant » son corps, comme le dit le discours commun, l’individu entre dans une sorte de dissidence. Attenter à l’image du corps (et donc de soi), s’infliger délibérément une douleur, ce sont là deux transgressions essentielles aux yeux de la société, et pour l’individu deux manières de dire son refus des conditions d’existence qui sont les siennes. En brisant les limites du corps, l’individu bouleverse ses propres limites et s’attaque simultanément aux limites de la société, puisque le corps est un symbole pour penser le social. »

David Le Breton

« Lukas Zpira ou le hacker corporel », in : Lukas Zpira, Onanisme Manu Militari II,
Hors Éditions, 2005.

Liée à l’Art corporel (ou Body-Art), l’œuvre de Paul McCarthy exprime cette profonde dystopie du corps : n’hésitant pas à s’automutiler et à maculer son corps de tâches de peinture, McCarthy fait du corps le creuset d’une profonde angoisse existentielle : « J’utilise le corps comme réceptacle des peurs, des obsessions, des conflits générés par notre société »¹. Ces propos sont à rapprocher des prises de position de François Pluchart, l’un des grands théoriciens de l’Art corporel : « Tout créateur est un terroriste dont l’efficacité se mesure à la capacité de dynamiser les esprits et d’entraîner avec lui, pour les transformer, le plus grand nombre d’individus, qu’ils soient ou non conscients de lui être redevables de leur attitude à mieux appréhender l’exercice de la vie »².


Paul McCarthy, « Two heads », 1971-1993. Diptyque cibachrome (© Galerie Georges-Philippe Vallois, Paris)
Exposition L’Art au corps : le corps exposé de Man Ray à nos jours
Marseille, MAC, galeries contemporaines des Musées de Marseille, 6 juillet-15 octobre 1996. Catalogue de l’exposition, page 163.
© Musées de Marseille, Réunion des Musées Nationaux, 1996

C’est de cette crise de l’esprit et de l’humain que l’œuvre d’Hans Bellmer (1902 – 1975)  tire également toute sa substance. Ses fameuses « poupées » expriment à travers la profonde hétérogénéité du corps qu’elles donnent à voir l’enjeu même du sens de l’être, ou plutôt le non-sens du non-être. De fait, la question de la dislocation qui est au centre des créations de Bellmer peut se lire comme une dislocation du corps-sujet. Entre conflit et désarticulation, le corps disloqué nous introduit au cœur d’un corps qui expérimente ses propres limites. Devenu objet, le corps naturel s’altère au point d’être machinal, post-humain, artificiel, monstrueux³.

Hans Bellmer, autoportrait avec poupée, Paris 1934

Ce n’est pas un hasard si la déconstruction du corps naturel prend dans l’art contemporain les dimensions d’un véritable manifeste, à la limite de l’extrémisme. Témoin l’artiste américain Chris Burden (1946-2015) qui accède à la notoriété avec « Shoot » (1971), où il n’hésite pas à mettre en danger son corps en se faisant tirer dessus par un complice. Cette esthétique de l’extrême violence faite au corps se retrouve dans l’œuvre sulfureuse de l’artiste et vidéaste américain Vito Acconci (New York, 1940-2017). Comme chez Chris Burden, le corps est utilisé comme un langage transgressif et provocateur allant jusqu’à la destruction. Ainsi, la vidéo See Through (1970) montre le reflet du buste de Vito Acconci dans un miroir. Dans la position d’un boxeur, il met des coups de poings à son reflet jusqu’à briser le miroir.

Vito Acconci, See Through , image extraite de la vidéo →
Source : MOMA


Dans cette lutte avec lui-même, avec son identité, comme pour détruire son image, le corps semble la mesure (la démesure ?) de toutes choses : du langage, de l’espace, de la douleur, des structures sociales. Comme nous l’avons vu tout au long de cette étude, l’essentiel n’est pas tant le corps que sa confrontation à une situation qui questionne l’identité même de notre être au monde. L’art du corps semble donc pleinement confirmer ces propos de David Le Breton : « Entre l’homme et son corps, il y a un jeu, au double sens du terme. Le corps est aujourd’hui un double, un autre soi-même mais disponible à toutes les modifications, preuve radicale et modulable de l’existence personnelle et affichage d’une identité provisoirement ou durablement choisie » |Source|. 

  1. Virginie Luc, Gérard Rancinan, Art à mort, Éditions Léo Scheer, Paris 2002, page 47.
  2. François Pluchart, L’Art : un acte de participation au monde. Nîmes : Jacqueline Chambon, 2002, page 180. Cité par Chantal Pontbriand (2002).
  3. Voir à ce sujet notre support de cours : « Extraordinaire, monstruosité et métamorphose ».

Corps et malaise identitaire

Corps sujet, corps objet


« Le corps, donc, comme cette réalité de toute façon présente à notre être, absolument tangible mais aussi divisée sans arrêt : un objet, et un sujet ; le support du moi mais, aussi bien, celui d’autrui ; une incarnation, et tout autant une représentation. Un complexe, en somme, tandis que la vie se charge d’harmoniser du mieux possible ces pôles d’appréhension divergents du phénomène corporel ; et un problème, de fait, sitôt et pour peu que défaille cette mécanique d’harmonisation. S’il est à tous au quotidien, s’il fait en termes cliniques la fortune de la psychologie et de l’hôpital, le corps compris comme complexe problématique n’en est pas moins aussi, comme on devine, le bien de l’art. Ce qu’est le corps, réalité, enjeu et stratégies, trouve là une déclinaison des plus aiguës qui soit. Car l’artiste ne fait pas qu’éprouver son corps, à l’instar de tout un chacun. Encore lui faut-il en écrire la formule. L’œuvre d’art joue ce rôle, dont une Sarah Kofman, dans la lumière freudienne, a bien montré la fonction à la fois transitive et réparatrice. Que l’artiste, en un raccourci radical, décide de dire son corps seul, de le conjuguer, d’en produire l’image ou la matière, voilà qui démultiplie aussitôt l’enjeu de l’art, mais de manière paradoxale, le champ de l’expression artistique se révélant subitement concentré. Élisant son corps comme “objet d’art” (H. P. Jeudy), l’artiste regarde moins loin, il se contient à sa chair, aux représentations égotistes qu’il forme de celle-ci, au seul réseau sensible qui s’organise à partir d’elle. Mais ce faisant, il lui faut scruter au plus profond, s’ouvrir, investir son être propre, accepter de faire de lui-même un sujet d’expérience. ».

Paul Ardenne

L’Image corps, Figures de l’humain dans l’art du XXe siècle,  Editions du regard, Paris 2001.

Ce que nous comprenons, c’est la manière dont le corps, à travers l’art, n’a cessé de rendre compte de cette crise de la société dont nous sommes les témoins. 

Hans Bellmer, Variations sur le montage d’une mineure articulée (Minotaure n°6, décembre 1934).

En dépassant ses limites, le corps s’affranchit de tout manichéisme pour donner consistance à ce qui relevait hier de la Science-fiction, voire du nihilisme. 


Ángela Burón, « Anatomie surréaliste », 2016

Il ne fait guère de doute en effet qu’au XXIe siècle, l’art accompagnera les tendances actuelles aux transformations du corps et à l’hybridation. Cette tendance n’est en rien un quelconque abandon du corps naturel : comme l’affirme très bien l’artiste Stelarc, dans  un entretien avec Jacques Donguy le 30 novembre 1995, « Depuis que nous avons évolué en tant qu’hominidés et que deux membres sont devenus préhenseurs, nous avons commencé à créer des artefacts, des outils, des instruments, des ordinateurs… Le corps a toujours possédé la technologie […]. Pour moi, cette mentalité technophobique de la fin du millénaire est très étrange, et je pense qu’elle est déclenchée par une notion nostalgique, ou plutôt romantique, selon laquelle le corps est simplement biologique dans un paysage naturel, ce qui n’a jamais été le cas »¹

Stelarc, Handswriting, Maki Gallery, Tokyo 1982.

Une telle conception n’est cependant pas évidente : de fait, ce qui est radicalement nouveau dans l’art contemporain, c’est la façon dont les artistes s’accommodent des possibilités inouïes de la science pour façonner le corps au gré de leurs envies ou de leurs fantasmes. On objectera à juste titre que l’art a valorisé par le passé d’audacieuses manipulations corporelles : ainsi les savoureux portraits phytomorphes du peintre italien Giuseppe Arcimboldo (Milan, 1537-1593) suggérés par des végétaux, des animaux ou des objets astucieusement disposés. Mais point de manipulation génétique derrière ces têtes plaisantes composées de fruits, légumes, végétaux : plutôt une invitation à rappeler combien notre corps est « nourri » par une nature douce et bienveillante comme le serait une mère nourricière. 

← Giuseppe Arcimboldo, Vertumne (huile sur toile, 1690).  Château de Skokloster (Suède)

Au contraire de cet humanisme, l’art moderne suppose un changement dans la représentation de notre propre corps. Ainsi, l’attrait fantasmé pour les techno-sciences amène à reconstruire l’identité même de l’humain. Entre raison et déraison, sentiment de finitude et pressentiment de l’infini, le corps artificiel ne tend-il pas à devenir un pur artefact ? Car cette dissolution du corps-sujet en corps-objet implique nécessairement une mise à distance du corps comme substrat de l’être. D’où cette question essentielle : le corps a-t-il le même statut que les choses ? Et pareille démarche ne s’apparente-t-elle pas à une objetisation du corps humain ?

En manipulant le corps comme s’il s’agissait d’un appareil, d’une machine, les artistes ne mettent-ils pas en évidence la facticité et le vide du soi corporel dans le monde moderne ? Devenu signe, illusion (cf. Baudrillard), le corps est mis en scène selon la logique de la « société du spectacle » pour reprendre une célèbre expression de Guy Debord.

Claes Oldenburg posant devant l’une de ses œuvres (Giant toothpaste tube, 1964)
  1. Stelarc, L’Art au corps : le corps exposé de Man Ray à nos joursCatalogue de l’exposition, Musées de Marseille/Réunion des Musées Nationaux, 1996 page 217. COTE CDI : 7.038.6 ART

Vers un art « post-humain » ? 

En cherchant à remettre en cause la conception traditionnelle de la nature humaine et des valeurs morales, l’art mutant s’inscrit dans le dépassement subversif du corps selon une logique de (dé)-monstration proche de l’exhibition voire de l’obscène : transparence et voyeurisme vont de pair. Impudiques, exhibant et maltraitant le corps comme une chose, les tendances artistiques actuelles tendent en effet à faire du corps un simple conglomérat de tissus et d’organes remettant en question notre espace intime. Faut-il y voir une tentative un peu vaine de lutter contre la réification de l’homme par la technologie ?

Ce qui est certain, c’est que le  monde postmoderne imposera de renoncer à ce qui définissait conventionnellement notre individualité. Il n’est guère étonnant que la fragmentation et la dépersonnalisation soient à la base de l’art moderne : la personne, c’est le corps biologique, marqué par les déterminismes, la douleur, les émotions. Antonin Artaud disait « Là où ça sent la merde, ça sent l’être » (Pour en finir avec le jugement de Dieu) : derrière ces propos ouvertement provocateurs, il y a l’idée que c’est le corps qui nous fait exister.

Fragmenter le corps, c’est fragmenter l’être. L’art fragmenté du XXIe siècle est à la recherche du sens perdu, de même que l’homme fragmenté est en quête de son corps perdu : « à corps perdu » pourrions-nous dire… D’où cette question : « L’art du XXIe siècle sera-t-il post-humain ? » Tourné en 1997, le clip All Is Full of Love de l’artiste islandaise Björk (album Homogenic) apporte un élément de réponse en amenant à penser l’humain à travers le machinique.

Ce qui était aliénation dans Les Temps modernes de Chaplin prend ici une toute autre valeur : derrière les mouvements de piston, les agencements machiniques de vissage et les multiples rotations d’éléments mécaniques, c’est bien le corps humain qui se donne à penser comme machine : machine-organe, machine désirante utilisée à des fins de neutralisation du corps. Le titre même du clip suggère un accouplement… de machines, selon une logique de prise en charge des pulsions. Humanisée, la machine est indissociable d’une dépersonnalisation de l’homme : utopie terrifiante du corps idéal tourné en dystopie.

Reconnaissons-le, cette évolution de l’art qui fait du corps un espace d’expérimentation sans limite est fondamentalement une crise de l’humain. Corps en crise, crise du corps, perte de soi, désir de changer de peau, d’apparence, de sexe, recherche d’une nouvelle chair dans le corps artificiel, exploration des limites par la mise en danger du corps…

Autant d’indices d’un refus du « fondement objectal et existentiel du corps »¹ qui peuvent se lire comme une volonté de réécriture de l’Homme. En substituant le machinique, l’organique, l’animal à l’humain, l’art confronte le réel à toutes les virtualités : le corps devient malléable, transformable, manipulable. Il perd sa rigidité, et ce faisant s’affranchit de l’obsolescence programmée du corps

  1. Patricia Signorile, Paul Valéry philosophe de l’art, L’architectonique de sa pensée à la lumière des Cahiers, Librairie philosophique Jean Vrin, Paris 1993, page 71.

Pour conclure…
Progression de l’homme, régression de l’humain


C

ette négation des déterminismes est sans doute l’aspect le plus marquant de l’art contemporain : marqué par la crise de l’identité, il semble installer durablement l’Homme dans le readymade : mais à la différence de la fameuse bicyclette de Marcel Duchamp en 1916, ce ne sont pas des objets qui sont manipulés, c’est l’homme lui-même promu à la dignité d’objet. Aux roues de bicyclette fixées sur un tabouret, aux urinoirs retournés, aux porte-chapeaux suspendus dans le vide succéderont les bricolages génétiques, les clonages et autres manipulations du corps humain dont l’art contemporain semble tirer son inexorable substance…

Au scepticisme absolu de l’art d’après-guerre dans la seconde moitié du vingtième siècle, qui considérait le monde ainsi que l’existence humaine comme dénués de sens, semble ainsi succéder aujourd’hui un art qui tente désespérément de s’approprier la recherche d’un sens dans l’homme artificiel. 

Progression de l’homme, régression de l’humain :
ce paradoxe est à la base  de notre postmodernité
.

Progression de l’homme, c’est-à-dire négation des déterminismes… Mais cela ne revient-il pas en définitive à nier l’élément le plus essentiel de l’humain, qui est son humanité, c’est-à-dire sa conscience qu’il a de lui-même ? Comme le disait Paul Valéry, « La vie est pour chacun l’acte de son corps »…

© Bruno Rigolt30 décembre 2017 (dernière mise à jour : 04/01/2018. 06:50)

© Bruno Rigolt, « ↑/↓ », 01/01/2018 (digital painting)

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