Un été en Poésie… 20 juillet-12 août 2022… Aujourd’hui Émile Verhaeren

« Un été en Poésie »… du mercredi 20 juillet 2022 au vendredi 12 août inclus.

Cette année, « Un été en Poésie » a pour thème le voyage : voyages réels ou voyages extraordinaires qui laissent la porte ouverte à l’imaginaire, au fantasme ou au mythe… L’écriture poétique, parce qu’elle est une terre d’exploration, permet de prendre le large, s’ouvrir au monde et « faire l’expérience de soi-même face aux autres, face à l’inconnu »¹. Comme l’écrivait justement le philosophe Vladimir Jankélévitch, « l’aventure n’est pas sans l’ouverture »² : la lecture d’un poème est d’abord un voyage : voyage à travers soi et à travers l’autre… 

Entre errances et partances, frontières et rencontres, dépaysement et quête d’humanité, le voyage, parce qu’il défie la vision figée de l’existence, débouche dans l’océan infini de la vie…

1. Thème concernant l’enseignement de culture générale et expression en deuxième année de BTS, session 2023 « Invitation au voyage » : https://www.education.gouv.fr/bo/22/Hebdo7/ESRS2201905N.htm
2. Vladimir Jankélévitch, L’Aventure, l’ennui, le sérieux, Flammarion, Champs Essais, 2019, p. 195

Aujourd’hui… Émile Verhaeren
(1855, Saint-Amand, Belgique — Rouen, France, 1916, ) 
Belgique

Avec ce poème s’achève l’édition 2022 d’Un été en poésie…

Vaguement

Voir une fleur là-bas, fragile et nonchalante,
En cadence dormir au bout d’un rameau clair,
En cadence, le soir, fragile et nonchalante,
Dormir ; — et tout à coup voir luire au clair de l’air,
Luire, comme une pierre, un insecte qui danse,
Instant de nacre en fuite au long d’un rayon d’or ;
— Et voir à l’horizon un navire qui danse
Sur ses ancres et qui s’enfle et tente l’essor,
Un navire lointain vers les grèves lointaines,
Et les îles et les hâvres et les départs
Et les adieux ; — et puis, à ces choses lointaines,
A ces choses du soir confier les hasards :
Craindre si la fleur tombe ou si l’insecte passe
Ou s’il part le navire à travers vents, là-bas,
Vers la tempête et vers l’écume et vers l’espace
Danser, parmi la houle énorme, au son des glas…
Ton souvenir ! — et le mêler à ces présages,
À ce navire, à cet insecte, à cette fleur,
Ton souvenir qui plane, ainsi que des nuages,
Au couchant d’ombre et d’or de ma douleur.

(1886)

Émile Verhaeren, Poèmes, Les Bords de la route (1882-1894), « Décors tristes »
Paris, Mercure de France, 1895, p. 15-16. 

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« Ton souvenir qui plane, ainsi que des nuages,
Au couchant d’ombre et d’or de ma douleur 
»…

Illustration : Bruno Rigolt, « Barque au couchant »
peinture numérique
© août 2022, Bruno Rigolt

Un été en Poésie… 20 juillet-12 août 2022… Aujourd’hui May Ziadé

« Un été en Poésie »… du mercredi 20 juillet 2022 au vendredi 12 août inclus.

Cette année, « Un été en Poésie » a pour thème le voyage : voyages réels ou voyages extraordinaires qui laissent la porte ouverte à l’imaginaire, au fantasme ou au mythe… L’écriture poétique, parce qu’elle est une terre d’exploration, permet de prendre le large, s’ouvrir au monde et « faire l’expérience de soi-même face aux autres, face à l’inconnu »¹. Comme l’écrivait justement le philosophe Vladimir Jankélévitch, « l’aventure n’est pas sans l’ouverture »² : la lecture d’un poème est d’abord un voyage : voyage à travers soi et à travers l’autre… 

Entre errances et partances, frontières et rencontres, dépaysement et quête d’humanité, le voyage, parce qu’il défie la vision figée de l’existence, débouche dans l’océan infini de la vie…

1. Thème concernant l’enseignement de culture générale et expression en deuxième année de BTS, session 2023 « Invitation au voyage » : https://www.education.gouv.fr/bo/22/Hebdo7/ESRS2201905N.htm
2. Vladimir Jankélévitch, L’Aventure, l’ennui, le sérieux, Flammarion, Champs Essais, 2019, p. 195

Aujourd’hui… May Ziadé
(1884, Nazareth, Israël — 1941, Le Caire, Égypte) Liban

vendredi 12 août : Émile Verhaeren

Une petite histoire

Ce n’est pas le récit du navire novice
Qui n’avait de sa vie encore navigué ;
À la lire on y trouve un… un presque délice,
C’est un délassement pour l’esprit fatigué.
Aussi n’est-elle ni longue, ni languissante,
N’a rien d’impénétrable ou de mystérieux ;
Elle est très, très courte et, peut-être, intéressante !
Prêtez-moi pour l’entendre un intérêt sérieux.

Avis :

Mon histoire est un peu géographique.

J’étais en pension.
_______________La ville nostalgique
Que baigne l’Océan vous tous la connaissez ;
Ses sables sont toujours par les flots caressés…
Et c’est Beyrouth… Beyrouth la porte de Syrie,
Dont l’azur est riant et la rive fleurie.

Et c’était l’examen qu’on dit semestriel.
Notre examinateur, un excellent mortel,
Avait mis de côté tout intérêt de science
Et n’agissait qu’avec une extrême indulgence ;
Devant lui l’élève à l’autre se succédait,
Écoutait tous ses mots, pensait, y répondait.

Arrivait le beau tour d’une enfant. Fort à l’aise
En face d’un dessin de la terre Française,
Elle attendait un geste, un mot, une question.
« Où sont les Alpes ? » dit-il d’un aimable ton.
Le doigt fier, esquissant un fort immense geste,
D’une voix qui voudrait être toute céleste
Elle répondit . . . . . . . . . . . .
« Les Alpes sont dans la mer Méditerranée ! »

May Ziadé, Fleurs de rêve*, Le Caire, Boehme et Anderer, 1911.
Ouvrage publié sous le pseudonyme d’Isis Copia**.
*Ouvrage rédigé en français et dédié au poète Alphonse de Lamartine.
** Isis Copia : pseudonyme choisi en référence à la déesse égyptienne Isis, sœur et épouse d’Osiris, protectrice de l’enfance. Quant au nom Copia, il désigne en latin l’abondance et la richesse.
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« D’une voix qui voudrait être toute céleste
Elle répondit . . . . . . . . . . . .
« Les Alpes sont dans la mer Méditerranée !
»…

Illustration : Bruno Rigolt, août 2022
photomontage et peinture numérique

Un été en Poésie… 20 juillet-12 août 2022… Aujourd’hui Jules Supervielle

« Un été en Poésie »… du mercredi 20 juillet 2022 au vendredi 12 août inclus.

Cette année, « Un été en Poésie » a pour thème le voyage : voyages réels ou voyages extraordinaires qui laissent la porte ouverte à l’imaginaire, au fantasme ou au mythe… L’écriture poétique, parce qu’elle est une terre d’exploration, permet de prendre le large, s’ouvrir au monde et « faire l’expérience de soi-même face aux autres, face à l’inconnu »¹. Comme l’écrivait justement le philosophe Vladimir Jankélévitch, « l’aventure n’est pas sans l’ouverture »² : la lecture d’un poème est d’abord un voyage : voyage à travers soi et à travers l’autre… 

Entre errances et partances, frontières et rencontres, dépaysement et quête d’humanité, le voyage, parce qu’il défie la vision figée de l’existence, débouche dans l’océan infini de la vie…

1. Thème concernant l’enseignement de culture générale et expression en deuxième année de BTS, session 2023 « Invitation au voyage » : https://www.education.gouv.fr/bo/22/Hebdo7/ESRS2201905N.htm
2. Vladimir Jankélévitch, L’Aventure, l’ennui, le sérieux, Flammarion, Champs Essais, 2019, p. 195

Aujourd’hui… Jules Supervielle
(1884, Montevideo, Uruguay — 1960, Paris) France

jeudi11 août : May Ziadé

Paquebot

L’Atlantique est là qui, de toutes parts, s’est généralisé depuis quinze jours,
avec son sel et son odeur vieille comme le monde,
qui couve, marque les choses du bord, s’allonge dans la chambre de chauffe, rôde dans la soute au charbon,
enveloppe ce bruit de forge, s’annexe sa flamme si terrestre,
entre dans toutes les cabines,
monte au fumoir, se mêlant aux jeux de cartes,
se faufilant entre chaque carte,
si bien que tout le navire, et même les lettres qui sont dans les enveloppes cinq fois cachetées de rouge au fond des sacs postaux,
tout baigne dans une buée, dans une confirmation marine,
comme ce petit oiseau des îles dans sa cage des îles.

La voici la face de l’Atlantique dans cette grande pièce carrée si fière de ses angles en pleine mer,
ce salon où tout feint l’aplomb et l’air solidement attaché
de graves meubles sur le continent,
mais souffre d’un tremblement maritime
ou d’une quiétude suspecte,
même la lourde cheminée avec ses fausses bûches éclairées à l’électricité
qui joue la cheminée de château assise en terre depuis des siècles.

Que prétend ce calendrier, fixé, encadré, et qui sévèrement annonce samedi 17 juillet,
ce journal acheté à la dernière escale et qui donne des nouvelles des peuples,
ce vieux billet de tramway retrouvé dans ma poche et qui me propose de renouer avec la Ville?

Que témoignent toutes ces têtes autour de moi,
tous ces agglomérés humains, qui vont et viennent sur le pont de bois mouvant entre ciel et vagues,
promenant leur bilan mortel,
leurs chansons qui font ici des couacs aigrelets,
et prétendent qu’il faudrait à cette mer qui prend toujours et se refuse,
quelques cubes en pierre de taille avec fenêtres et pots de géranium,
un coteau dominé par la gare d’un funiculaire et un drapeau
tandis que sur le côté,
des recrues marcheraient une, deux, une, deux,
sur un terrain de manœuvre.

Mais sait-elle même qu’il existe l’homme qui fume ces cigares
accoudé au bastingage,
le sait-elle, la mer, cette aveugle de naissance,
qui n’a pas compris encore ce que c’est qu’un noyé
et le tourne et le retourne sous ses interrogations ?

Jules Supervielle, Débarcadères, 1922.
Poésie/Gallimard : Gravitations précédé de Débarcadères, Préface de Marcel Arland, 1966, 2017.
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Bruno_Rigolt_Copyright 2016_En_Voyage_2

« L’Atlantique est là qui, de toutes parts, s’est généralisé depuis quinze jours »…

Illustration : Bruno Rigolt, © juillet 2016, « En Voyage »
photomontage et peinture numérique

Un été en Poésie… 20 juillet-12 août 2022… Aujourd’hui Joyce Mansour

« Un été en Poésie »… du mercredi 20 juillet 2022 au vendredi 12 août inclus.

Cette année, « Un été en Poésie » a pour thème le voyage : voyages réels ou voyages extraordinaires qui laissent la porte ouverte à l’imaginaire, au fantasme ou au mythe… L’écriture poétique, parce qu’elle est une terre d’exploration, permet de prendre le large, s’ouvrir au monde et « faire l’expérience de soi-même face aux autres, face à l’inconnu »¹. Comme l’écrivait justement le philosophe Vladimir Jankélévitch, « l’aventure n’est pas sans l’ouverture »² : la lecture d’un poème est d’abord un voyage : voyage à travers soi et à travers l’autre… 

Entre errances et partances, frontières et rencontres, dépaysement et quête d’humanité, le voyage, parce qu’il défie la vision figée de l’existence, débouche dans l’océan infini de la vie…

1. Thème concernant l’enseignement de culture générale et expression en deuxième année de BTS, session 2023 « Invitation au voyage » : https://www.education.gouv.fr/bo/22/Hebdo7/ESRS2201905N.htm
2. Vladimir Jankélévitch, L’Aventure, l’ennui, le sérieux, Flammarion, Champs Essais, 2019, p. 195

Aujourd’hui… Joyce Mansour (née Joyce Patricia Adès) *
(1928, Boyden, Royaume-Uni — 1986, Paris) Égypte

mercredi 10 août : Jules Supervielle

* Poétesse égyptienne d’expression française, Joyce Mansour est  l’une des grandes représentantes du mouvement surréaliste.

Le grand jamais1

à H. M.2

La roue cesse de tourner
Tourne encore
Rires perpétuels des faiseurs de pluie
Le noir centrifuge éclate sur le papier
Telle l’ombre venue de la forêt
L’image peureuse amorce un pas dans la clairière
Signe visible de la grenouille
Dans le vide vécu
L’écorce fond l’après-midi
L’aile du voyageur vogue à la dérive
Voilà l’eau de l’aquarelle
L’itinéraire du rêve dirigé au crayon
Labyrinthes de marbre
Silhouettes instables
Plages de silence flottantes comme une chandelle
Celui qui voit éclaire.

Joyce Mansour, première publication : La Quinzaine Littéraire du 16 janvier 1973.
Publié dans Faire signe au machiniste (couverture et illustrations de Jorge Camacho)
Paris, Le Soleil noir, 1977.
1. Lettre sous forme de poème de Joyce Mansour à Henri Michaux, début des années soixante-dix, archives Micheline Phankim-Koupernik.
2. Henri Michaux.
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« Labyrinthes de marbre
Silhouettes instables
 »…

Henri Michaux (1899-1984), composition sans titre (Rythmes), c. 1960 |source|
Crédit photographique : © Galerie La Pochade (Paris)

Un été en Poésie… 20 juillet-12 août 2022… Aujourd’hui Cécile Sauvage

« Un été en Poésie »… du mercredi 20 juillet 2022 au vendredi 12 août inclus.

Cette année, « Un été en Poésie » a pour thème le voyage : voyages réels ou voyages extraordinaires qui laissent la porte ouverte à l’imaginaire, au fantasme ou au mythe… L’écriture poétique, parce qu’elle est une terre d’exploration, permet de prendre le large, s’ouvrir au monde et « faire l’expérience de soi-même face aux autres, face à l’inconnu »¹. Comme l’écrivait justement le philosophe Vladimir Jankélévitch, « l’aventure n’est pas sans l’ouverture »² : la lecture d’un poème est d’abord un voyage : voyage à travers soi et à travers l’autre… 

Entre errances et partances, frontières et rencontres, dépaysement et quête d’humanité, le voyage, parce qu’il défie la vision figée de l’existence, débouche dans l’océan infini de la vie…

1. Thème concernant l’enseignement de culture générale et expression en deuxième année de BTS, session 2023 « Invitation au voyage » : https://www.education.gouv.fr/bo/22/Hebdo7/ESRS2201905N.htm
2. Vladimir Jankélévitch, L’Aventure, l’ennui, le sérieux, Flammarion, Champs Essais, 2019, p. 195

Aujourd’hui… Cécile Sauvage
(1883, La-Roche-sur-Yon — 1927, Paris) France

Mardi 9 août : Joyce Mansour

Le merisier
sous le brouillard…

Le merisier sous le brouillard
Aura sa rouge chevelure
Pleine d’oiseaux dont le départ
Est annoncé par la froidure,
Et ce merisier émouvant
Comme une personne inconnue
Se dressera pour ma venue
Avec sa chevelure au vent.

Cécile Sauvage, « Mélancolie », Le Vallon, Paris, Mercure de France, 1913, p. 167.
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« Le merisier sous le brouillard
Aura sa rouge chevelure
Pleine d’oiseaux
 »…

Photographie : Bruno Rigolt, « Arbre dans le vent » (photographie retouchée numériquement)
© août 2022, Bruno Rigolt

Un été en Poésie… 20 juillet-12 août 2022… Aujourd’hui Louis Aragon

« Un été en Poésie »… du mercredi 20 juillet 2022 au vendredi 12 août inclus.

Cette année, « Un été en Poésie » a pour thème le voyage : voyages réels ou voyages extraordinaires qui laissent la porte ouverte à l’imaginaire, au fantasme ou au mythe… L’écriture poétique, parce qu’elle est une terre d’exploration, permet de prendre le large, s’ouvrir au monde et « faire l’expérience de soi-même face aux autres, face à l’inconnu »¹. Comme l’écrivait justement le philosophe Vladimir Jankélévitch, « l’aventure n’est pas sans l’ouverture »² : la lecture d’un poème est d’abord un voyage : voyage à travers soi et à travers l’autre… 

Entre errances et partances, frontières et rencontres, dépaysement et quête d’humanité, le voyage, parce qu’il défie la vision figée de l’existence, débouche dans l’océan infini de la vie…

1. Thème concernant l’enseignement de culture générale et expression en deuxième année de BTS, session 2023 « Invitation au voyage » : https://www.education.gouv.fr/bo/22/Hebdo7/ESRS2201905N.htm
2. Vladimir Jankélévitch, L’Aventure, l’ennui, le sérieux, Flammarion, Champs Essais, 2019, p. 195

Aujourd’hui… Louis Aragon
(1897, Paris — 1982, Paris) France

Lundi 8 août : Cécile Sauvage

Que la vie en vaut la peine

C’est une chose étrange à la fin que le monde
Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit
Ces moments de bonheur ces midis d’incendie
La nuit immense et noire aux déchirures blondes

Rien n’est si précieux peut-être qu’on le croit
D’autres viennent. Ils ont le cœur que j’ai moi-même
Ils savent toucher l’herbe et dire je vous aime
Et rêver dans le soir où s’éteignent des voix

D’autres qui referont comme moi le voyage
D’autres qui souriront d’un enfant rencontré
Qui se retourneront pour leur nom murmuré
D’autres qui lèveront les yeux vers les nuages

II y aura toujours un couple frémissant
Pour qui ce matin-là sera l’aube première
II y aura toujours l’eau le vent la lumière
Rien ne passe après tout si ce n’est le passant

C’est une chose au fond, que je ne puis comprendre
Cette peur de mourir que les gens ont en eux
Comme si ce n’était pas assez merveilleux
Que le ciel un moment nous ait paru si tendre

Oui je sais cela peut sembler court un moment
Nous sommes ainsi faits que la joie et la peine
Fuient comme un vin menteur de la coupe trop pleine
Et la mer à nos soifs n’est qu’un commencement

[…]

Louis Aragon, « Que la vie en vaut la peine » (extrait)
in : Les Yeux et la mémoire, « Chant II », Paris, Gallimard 1954.
   __

« Et la mer à nos soifs n’est qu’un commencement »…

Illustration : © août 2022, Bruno Rigolt

Un été en Poésie… 20 juillet-12 août 2022… Aujourd’hui Léopold Sédar Senghor

« Un été en Poésie »… du mercredi 20 juillet 2022 au vendredi 12 août inclus.

Cette année, « Un été en Poésie » a pour thème le voyage : voyages réels ou voyages extraordinaires qui laissent la porte ouverte à l’imaginaire, au fantasme ou au mythe… L’écriture poétique, parce qu’elle est une terre d’exploration, permet de prendre le large, s’ouvrir au monde et « faire l’expérience de soi-même face aux autres, face à l’inconnu »¹. Comme l’écrivait justement le philosophe Vladimir Jankélévitch, « l’aventure n’est pas sans l’ouverture »² : la lecture d’un poème est d’abord un voyage : voyage à travers soi et à travers l’autre… 

Entre errances et partances, frontières et rencontres, dépaysement et quête d’humanité, le voyage, parce qu’il défie la vision figée de l’existence, débouche dans l’océan infini de la vie…

1. Thème concernant l’enseignement de culture générale et expression en deuxième année de BTS, session 2023 « Invitation au voyage » : https://www.education.gouv.fr/bo/22/Hebdo7/ESRS2201905N.htm
2. Vladimir Jankélévitch, L’Aventure, l’ennui, le sérieux, Flammarion, Champs Essais, 2019, p. 195

Aujourd’hui… Léopold Sédar Senghor
(1906, Joal, Sénégal — 2001, Verson, France) Sénégal

Dimanche 7 août : Louis Aragon

Joal1

Joal !
Je me rappelle.
Je me rappelle les signares2 à l’ombre verte des vérandas
Les signares aux yeux surréels comme un clair de lune sur la grève.

Je me rappelle les fastes du Couchant
Où Koumba N´Dofène3 voulait faire tailler son manteau royal.

Je me rappelle les festins funèbres fumant du sang des troupeaux égorgés

Du bruit des querelles, des rhapsodies des griots.
Je me rappelle les voix païennes rythmant le Tantum Ergo4
Et les processions et les palmes et les arcs de triomphe.

Je me rappelle la danse des filles nubiles
Les chœurs de lutte – oh ! la danse finale des jeunes hommes, buste

Penché élancé, et le pur cri d´amour des femmes – Kor Siga5 !

Je me rappelle, je me rappelle…
Ma tête rythmant
Quelle marche lasse le long des jours d´Europe où parfois
Apparaît un jazz orphelin qui sanglote, sanglote, sanglote.

Léopold Sédar Senghor, Chants d’ombre (1945), in Poèmes, Seuil, 1964, p. 15.
   __
1. Joal : lieu de naissance de Senghor, Joal est un village du Sénégal, au sud-est de Dakar.
2. Signares (de senhoras, les dames, en portugais) : femmes noires ou métisses qui vivaient avec des Français dans les comptoirs puis les villes coloniales.
3. Koumba N´Dofène : ancien roi du Sine, royaume pré-colonial le long de la rive nord du delta du Saloum dans l’actuel Sénégal.
4. Tantum Ergo : célébration du salut du Saint-Sacrement.
5. « Kor Siga ! » : cri d’encouragement qu’on adresse aux lutteurs (la lutte est un art ancestral au Sénégal).

« Je me rappelle, je me rappelle »…

Illustration : © août 2022, Bruno Rigolt

Un été en Poésie… 20 juillet-12 août 2022… Aujourd’hui Alda Merini

« Un été en Poésie »… du mercredi 20 juillet 2022 au vendredi 12 août inclus.

Cette année, « Un été en Poésie » a pour thème le voyage : voyages réels ou voyages extraordinaires qui laissent la porte ouverte à l’imaginaire, au fantasme ou au mythe… L’écriture poétique, parce qu’elle est une terre d’exploration, permet de prendre le large, s’ouvrir au monde et « faire l’expérience de soi-même face aux autres, face à l’inconnu »¹. Comme l’écrivait justement le philosophe Vladimir Jankélévitch, « l’aventure n’est pas sans l’ouverture »² : la lecture d’un poème est d’abord un voyage : voyage à travers soi et à travers l’autre… 

Entre errances et partances, frontières et rencontres, dépaysement et quête d’humanité, le voyage, parce qu’il défie la vision figée de l’existence, débouche dans l’océan infini de la vie…

1. Thème concernant l’enseignement de culture générale et expression en deuxième année de BTS, session 2023 « Invitation au voyage » : https://www.education.gouv.fr/bo/22/Hebdo7/ESRS2201905N.htm
2. Vladimir Jankélévitch, L’Aventure, l’ennui, le sérieux, Flammarion, Champs Essais, 2019, p. 195

Aujourd’hui… Alda Merini
(1931, Milan — 2009, Milan) Italie

Jeudi 4 août : Léopold Sédar Senghor

La carne e il sospiro

a Sergio Bagnoli

Io sono la tua carne,
la carne eletta del tuo spirito.
Non potrai mai visitarmi nel giorno
prima che il puro lavacro del sogno
mi abbia incenerita
per restituirmi a te in pagine di poesia,
in sospiri di lunga attesa.
Temo per il mio dolore,
come se la tua dolcezza
potesse farlo morire
e privarmi così di quel paesaggio misterioso
che sono i ricordi.
Sono piena di riti
e della logica dei ricordi
che viene dopo, quando si affaccia alla mia vita
il rendiconto della verità giornaliera,
il sogno affogato nell’acqua.
Sono misteriosa come tutti,
ogni mio movimento è un miracolo
e tu lo sai,
ma il grande passo
che io possa fare è quello di venire da te
(un viaggio infinito senza ristoro,
forse un viaggio che mi porterebbe a morire
perchè io sono il canto e la lunga strada).

Il canto muore, va a morire
nelle viscere della terra
perchè io sono la misura
del tuo grande spettacolo di uomo;
sono lo spettatore vivo
delle tue rimembranze ma anche l’insetto,
l’animale che sogna e che divora.

Prima della poesia viene la pace,
un lago sempiterno e pieno
sopra il quale non passa nulla,
neanche un veliero;
prima della poesia viene la morte,
qualche cosa che balza e rimbalza
sopra le acque; il lungo cammino
di una folla di genio e di malizia
che porta lontano.

Ma io e te siamo soli
come se fossimo stati creati
primi e per la prima volta;
io e te siamo riemersi dal fango della folla
e giornalmente tentiamo di rimanere soli
in questa risma di carte
che è il grande spettacolo dei vivi.
Io e te siamo esangui,
senza voglia di finire questo incantesimo.
Incolori e indomiti, siamo soli
nel limbo del nostro piacere
perchè io e te
siamo pieni di amore carnale,
Io e Te.

Alda Merini. La volpe e il sipario, Poesie d’amore Nuova edizione accresciuta A cura di Benedetta Centovalli © 1997 Girardi Editore © 2004 RCS Libri S.p.A., Milano
   

La chair et le souffle

Je suis ta chair,
la chair élue de ton esprit.
Tu ne pourras me voir
Que le jour où le pur baptême du rêve
m’aura consumée
pour me donner à toi en pages de poésie,
en souffles de longue attente.
J’ai peur pour mon chagrin,
comme si ta douceur
pouvait le faire mourir
et me priver ainsi de ce mystérieux paysage
que sont les souvenirs.
Je suis pleine de rituels et de leur logique mémorielle,
quand le récit de la vérité quotidienne
entre dans ma vie, tel un rêve qui s’est noyé dans l’eau.
Comme n’importe qui, je suis un mystère
et tu le sais,
chacun de mes gestes est un miracle
mais le plus grand pas
que je peux faire est de venir vers toi
(un voyage sans fin sans repos,
peut-être un voyage qui me rapprocherait de la mort
car je suis la chanson et la longue route).

La chanson meurt, elle va mourir
dans les entrailles de la terre
car c’est moi qui juge
ton grand spectacle d’homme ;
je suis le spectateur vivant
de tes souvenirs mais aussi l’insecte,
l’animal qui rêve et qui dévore.

Avant la poésie était la paix,
un lac éternel et plein
sur lequel rien ne passe,
pas même un voilier ;
Avant la poésie était la mort,
quelque chose qui bondit et rebondit
sur les eaux ; la longue marche
qui mène loin
tout un peuple de génie et de malice.

Mais toi et moi sommes seuls
comme si nous avions été créés
d’abord et pour la première fois ;
Toi et moi avons émergé de la multitude boueuse
Et chaque jour nous essayons d’exister
dans ce jeu de rôles
qui est la grande comédie des vivants.
Toi et moi sommes exsangues,
sans désir aucun de mettre fin à cet enchantement,
Transparents et indomptables, seuls
dans les limbes de notre bonheur
parce que toi et moi
sommes pleins d’amour charnel
Toi et moi.

Traduction française : Bruno Rigolt. Dernière révision : août 2022.

« mais toi et moi sommes seuls
comme si nous avions été créés
d’abord et pour la première fois »…

Illustration : © Bruno Rigolt, 2009, 2022

Un été en Poésie… 20 juillet-12 août 2022… Aujourd’hui Jean-Jacques Goldman

« Un été en Poésie »… du mercredi 20 juillet 2022 au vendredi 12 août inclus.

Cette année, « Un été en Poésie » a pour thème le voyage : voyages réels ou voyages extraordinaires qui laissent la porte ouverte à l’imaginaire, au fantasme ou au mythe… L’écriture poétique, parce qu’elle est une terre d’exploration, permet de prendre le large, s’ouvrir au monde et « faire l’expérience de soi-même face aux autres, face à l’inconnu »¹. Comme l’écrivait justement le philosophe Vladimir Jankélévitch, « l’aventure n’est pas sans l’ouverture »² : la lecture d’un poème est d’abord un voyage : voyage à travers soi et à travers l’autre… 

Entre errances et partances, frontières et rencontres, dépaysement et quête d’humanité, le voyage, parce qu’il défie la vision figée de l’existence, débouche dans l’océan infini de la vie…

1. Thème concernant l’enseignement de culture générale et expression en deuxième année de BTS, session 2023 « Invitation au voyage » : https://www.education.gouv.fr/bo/22/Hebdo7/ESRS2201905N.htm
2. Vladimir Jankélévitch, L’Aventure, l’ennui, le sérieux, Flammarion, Champs Essais, 2019, p. 195

Aujourd’hui… Jean-Jacques Goldman
(1951, Paris  —    )France

Mercredi 3 août : Alda Merini

On ira

On partira de nuit, l’heure où l’on doute

Que demain revienne encore
Loin des villes soumises, on suivra l’autoroute
Ensuite on perdra tous les Nords

On laissera nos clés, nos cartes et nos codes,
Prisons pour nous retenir
Tous ces gens qu’on voit vivre comme s’ils ignorent
Qu’un jour il faudra mourir

Et qui se font surprendre au soir
Oh belle, on ira
On partira toi et moi, où ? Je sais pas
Y’a que les routes qui sont belles
Et peu importe où elles nous mènent
Oh belle, on ira
On suivra les étoiles et les chercheurs d’or
Si on en trouve, on cherchera encore

On n’échappe à rien, pas même à ses fuites
Quand on se pose on est mort
Oh j’ai tant obéi, si peu choisi petite
Et le temps perdu me dévore

On prendra les froids, les brûlures en face
On interdira les tiédeurs
Des fumées, des alcools et des calmants cuirasses
Qui nous ont volé nos douleurs

La vérité nous fera plus peur
Oh belle, on ira
On partira toi et moi, où ? Je sais pas
Y’a que des routes qui tremblent
Les destinations se ressemblent
Oh belle, tu verras
On suivra les étoiles et les chercheurs d’or
On s’arrêtera jamais dans les ports, jamais

Oh belle, on ira
Et l’ombre ne nous rattrapera peut-être pas
On ne changera pas le monde
Mais il ne nous changera pas
Oh ma belle, tiens mon bras
On sera des milliers dans ce cas, tu verras
Et même si tout est joué d’avance,
On ira, on ira

Même si tout est joué d’avance
À côté de moi
Tu sais y’a que les routes qui sont belles
Et crois-moi, on partira, tu verras
Si tu me crois, belle
Si tu me crois, belle
Un jour on partira
Si tu me crois, belle
Un jour…

© Jean-Jacques Goldman, Album En passant, 1997.

Clip réalisé par Gérard Namiand (comédienne : Élodie Navarre)

Un été en Poésie… 20 juillet-12 août 2022… Aujourd’hui Alfonsina Storni

« Un été en Poésie »… du mercredi 20 juillet 2022 au vendredi 12 août inclus.

Cette année, « Un été en Poésie » a pour thème le voyage : voyages réels ou voyages extraordinaires qui laissent la porte ouverte à l’imaginaire, au fantasme ou au mythe… L’écriture poétique, parce qu’elle est une terre d’exploration, permet de prendre le large, s’ouvrir au monde et « faire l’expérience de soi-même face aux autres, face à l’inconnu »¹. Comme l’écrivait justement le philosophe Vladimir Jankélévitch, « l’aventure n’est pas sans l’ouverture »² : la lecture d’un poème est d’abord un voyage : voyage à travers soi et à travers l’autre… 

Entre errances et partances, frontières et rencontres, dépaysement et quête d’humanité, le voyage, parce qu’il défie la vision figée de l’existence, débouche dans l’océan infini de la vie…

1. Thème concernant l’enseignement de culture générale et expression en deuxième année de BTS, session 2023 « Invitation au voyage » : https://www.education.gouv.fr/bo/22/Hebdo7/ESRS2201905N.htm
2. Vladimir Jankélévitch, L’Aventure, l’ennui, le sérieux, Flammarion, Champs Essais, 2019, p. 195

Aujourd’hui… Alfonsina Storni
(1892, Capriasca, canton suisse du Tessin  — 1938, Mar del Plata, Argentine) Argentine

Lundi 1er août : Jean-Jacques Goldman

Yo en el fondo del mar

En el fondo del mar
hay una casa
de cristal.

A una avenida
de madréporas
da.

Un gran pez de oro,
a las cinco,
me viene a saludar.

Me trae
un rojo ramo
de flores de coral.

Duermo en una cama
un poco más azul
que el mar.

Un pulpo
me hace guiños
a través del cristal.

En el bosque verde
que me circunda
—din don… din dan—
se balancean y cantan
las sirenas
de nácar verdemar.

Y sobre mi cabeza
arden, en el crepúsculo,
las erizadas puntas del mar.

Alfonsina Storni, ​Mundo de siete pozos​, 1935.
Antología mayor,Jesús Munárriz (éd.), Jorge Rodríguez Padrón (Introduction), Madrid, Hiperión, 2005.
   __

Moi au fond de la mer

Au fond de la mer
Il y a une maison
de verre.

Elle donne
sur une avenue
de madrépores¹.

Un grand poisson d’or,
à cinq heures,
vient me saluer.

Il m’apporte
un bouquet rouge
de fleurs de corail.

Je dors dans un lit
un peu plus bleu
que la mer.

Un poulpe
me fait un clin d’œil
À travers la vitre.

Dans la forêt verte
qui m’entoure
—ding dong… ding dang—
se balancent et chantent
les sirènes
de nacre vert de mer

Et au-dessus de ma tête
brûlent, dans le crépuscule,
les pointes hérissées de la mer.

1. madrépore : variété de corail très ramifié que l’on trouve dans les mers chaudes.

Traduction française : BR

« Un grand poisson d’or,
à cinq heures,
vient me saluer
 »…

Illustration : BR

Un été en Poésie… 20 juillet-12 août 2022… Aujourd’hui Michel Butor

« Un été en Poésie »… du mercredi 20 juillet 2022 au vendredi 12 août inclus.

Cette année, « Un été en Poésie » a pour thème le voyage : voyages réels ou voyages extraordinaires qui laissent la porte ouverte à l’imaginaire, au fantasme ou au mythe… L’écriture poétique, parce qu’elle est une terre d’exploration, permet de prendre le large, s’ouvrir au monde et « faire l’expérience de soi-même face aux autres, face à l’inconnu »¹. Comme l’écrivait justement le philosophe Vladimir Jankélévitch, « l’aventure n’est pas sans l’ouverture »² : la lecture d’un poème est d’abord un voyage : voyage à travers soi et à travers l’autre… 

Entre errances et partances, frontières et rencontres, dépaysement et quête d’humanité, le voyage, parce qu’il défie la vision figée de l’existence, débouche dans l’océan infini de la vie…

1. Thème concernant l’enseignement de culture générale et expression en deuxième année de BTS, session 2023 « Invitation au voyage » : https://www.education.gouv.fr/bo/22/Hebdo7/ESRS2201905N.htm
2. Vladimir Jankélévitch, L’Aventure, l’ennui, le sérieux, Flammarion, Champs Essais, 2019, p. 195

Aujourd’hui… Michel Butor
(1926, Mons-en-Barœul — 2016, Contamine-sur-Arve) France

Dimanche 31 juillet : Alfonsina Storni

Bienvenue au Rhode Island

_________Cinq heures à
MIDDLETOWN.
[…]
La mer,
_________tout ce qu’elle cache,
rejette,
_________imbibe,
transforme,
_________reprend.
L’étang de Chapman, « Hello, Steve ! »
_________MIDDLETOWN, CONN.¹
JAMESTOWN, comté de Newport.
La mer,
_________tous ceux qu’elle tente,
poursuit,
_________séduit,
emporte,
_________change.
[…]
Esso, – les étangs Watchaug et Worden.
HARRISVILLE, co. de Providence, R.I.²
[…]
La mer,
_________milliers de griffes,
milliers de crocs,
_________milliers de langues,
milliers de ventouses,
_________milliers de suçoirs.
Un vieux camion rouge conduit par un jeune Noir maigre très noir à chemise blanche, qui dépasse largement la vitesse autorisée, double une Nash ananas conduite par une jeune Blanche mince très rose en robe grise, dont la radio hurle « Bugle Call Rag », « il faut aller à droite », – les réservoirs de Quidnick, Coventry et de la Rivière-Plate.
WARREN, Bristol.
La mer,
_________milliers de suaires³,
de corridors mouvants,
_________de salles de soie,
d’étouffements,
_________d’épaves.
[…]
Les réservoirs de Scituate et Westconnaug, – quand le soleil se couche à
NEWPORT,
Michel Butor, Mobile, Étude pour une représentation des États-Unis
Gallimard NRF 1962, p. 187-188.
1. Conn. : Connecticut
2. co. de Providence, R.I. : Comté de Providence, Rhode Island
3. suaire : linceul dans lequel on ensevelit un mort.

« La mer,
milliers de suaires,
de corridors mouvants
 »…

Illustration : Bruno Rigolt, « Au bout du monde » (2012, 2022)
Photographie modifiée numériquement

Un été en Poésie… 20 juillet-12 août 2022… Aujourd’hui Marguerite Yourcenar

« Un été en Poésie »… du mercredi 20 juillet 2022 au vendredi 12 août inclus.

Cette année, « Un été en Poésie » a pour thème le voyage : voyages réels ou voyages extraordinaires qui laissent la porte ouverte à l’imaginaire, au fantasme ou au mythe… L’écriture poétique, parce qu’elle est une terre d’exploration, permet de prendre le large, s’ouvrir au monde et « faire l’expérience de soi-même face aux autres, face à l’inconnu »¹. Comme l’écrivait justement le philosophe Vladimir Jankélévitch, « l’aventure n’est pas sans l’ouverture »² : la lecture d’un poème est d’abord un voyage : voyage à travers soi et à travers l’autre… 

Entre errances et partances, frontières et rencontres, dépaysement et quête d’humanité, le voyage, parce qu’il défie la vision figée de l’existence, débouche dans l’océan infini de la vie…

1. Thème concernant l’enseignement de culture générale et expression en deuxième année de BTS, session 2023 « Invitation au voyage » : https://www.education.gouv.fr/bo/22/Hebdo7/ESRS2201905N.htm
2. Vladimir Jankélévitch, L’Aventure, l’ennui, le sérieux, Flammarion, Champs Essais, 2019, p. 195

Aujourd’hui… Marguerite Yourcenar *
(1903, Bruxelles — 1987, Bar Harbor, États-Unis) États-Unis

* femme de lettres française naturalisée américaine en 1947.

Vendredi 29 juillet : Michel Butor

Gares d’émigrants :
Italie du sud

Fanal rouge, œil sanglant des gares ;

Entre les ballots mis en tas,
Longs hélements, sanglots, bagarres ;
Emigrants, fuyards, apostats,
Sans patrie entre les états ;
Rails qui se brouillent et s’égarent.

Buffet : trop cher pour y manger ;
Brume sale sur la portière ;
Attendre, obéir, se ranger ;
Douaniers ; à quoi sert la frontière ?
Chaque riche a la terre entière ;
Tout misérable est étranger.

Masques salis que les pleurs lavent,
Trop las pour être révoltés ;
Etirement des faces hâves ;
Le travail pèse ; ils sont bâtés ;
Le vent disperse ; ils sont jetés.
Ce soir la cendre. À quand les laves ?

Tantôt l’hiver, tantôt l’été ;
Froid, soleil, double violence ;
L’accablé, l’amer, l’hébété ;
Ici plainte et plus loin silence ;
Les deux plateaux d’une balance.
Et pour fléau la pauvreté.

Express, lourds, sectionnant l’espace,
Le fer, le feu, l’eau, les charbons
Traînent dans la nuit des wagons
Des dormeurs de première classe.
Ils bondissent, les vagabonds.
Peur, stupeur ; le rapide passe.

Bétail fourbu, corps épuisés,
Blocs somnolents que la mort rase,
Ils se signent, terrorisés.
Cri, juron, œil fou qui s’embrase ;
Ils redoutent qu’on les écrase,
Eux, les éternels écrasés.

Marguerite Yourcenar, 1934. Les Charités d’Alcippe, Gallimard NRF, 1956, 1984. 

« L’accablé, l’amer, l’hébété ;
Ici plainte et plus loin silence
 »…

Illustration : Angelo Tommasi (1858-1923), « Gli emigranti » (1896).
Rome, Galleria Nazionale d’Arte Moderna e Contemporanea

Un été en Poésie… 20 juillet-12 août 2022… Aujourd’hui Fernando Pessoa

« Un été en Poésie »… du mercredi 20 juillet 2022 au vendredi 12 août inclus.

Cette année, « Un été en Poésie » a pour thème le voyage : voyages réels ou voyages extraordinaires qui laissent la porte ouverte à l’imaginaire, au fantasme ou au mythe… L’écriture poétique, parce qu’elle est une terre d’exploration, permet de prendre le large, s’ouvrir au monde et « faire l’expérience de soi-même face aux autres, face à l’inconnu »¹. Comme l’écrivait justement le philosophe Vladimir Jankélévitch, « l’aventure n’est pas sans l’ouverture »² : la lecture d’un poème est d’abord un voyage : voyage à travers soi et à travers l’autre… 

Entre errances et partances, frontières et rencontres, dépaysement et quête d’humanité, le voyage, parce qu’il défie la vision figée de l’existence, débouche dans l’océan infini de la vie…

1. Thème concernant l’enseignement de culture générale et expression en deuxième année de BTS, session 2023 « Invitation au voyage » : https://www.education.gouv.fr/bo/22/Hebdo7/ESRS2201905N.htm
2. Vladimir Jankélévitch, L’Aventure, l’ennui, le sérieux, Flammarion, Champs Essais, 2019, p. 195

Aujourd’hui… Fernando Pessoa
(1888
, Lisbonne — 1935, Lisbonne) Portugal

Mercredi 27 juillet : Marguerite Yourcenar

Sou um evadido

Sou um evadido.
Logo que nasci
Fecharam-me em mim,
Ah, mas eu fugi.

Se a gente se cansa
Do mesmo lugar,
Do mesmo ser
Por que não se cansar?

Minha alma procura-me
Mas eu ando a monte,
Oxalá que ela
Nunca me encontre.

Ser um é cadeia,
Ser eu não é ser.
Viverei fugindo
Mas vivo a valer.

Fernando Pessoa, Poesias Inéditas (1930-1935), Lisboa, Ática, 1955 (imp. 1990), p. 44.

Je suis un évadé

Je suis un évadé.
Dès que je suis né
Ils m’ont enfermé en moi,
Ah ! Mais je me suis enfui.

Comme l’on se lasse
Du même lieu,
Comment ne pas se lasser
D’être soi-même ?

Mon âme me recherche
Mais je suis en liberté,
Puisse-t-elle
Jamais me trouver.

Être un c’est s’enchaîner,
Être moi c’est ne pas être.
Je vivrai en fugitif
Mais vivant pour de vrai.

(Traduction française : Bruno Rigolt)

« Être un c’est s’enchaîner,
Être moi c’est ne pas être.
 »…

Illustration : Edvard Munch (1863-1944), « Le Cri » (« Skrik », 1893, détail).
Oslo, Nasjonalgalleriet

Un été en Poésie… 20 juillet-12 août 2022… Aujourd’hui Anna de Noailles

« Un été en Poésie »… du mercredi 20 juillet 2022 au vendredi 12 août inclus.

Cette année, « Un été en Poésie » a pour thème le voyage : voyages réels ou voyages extraordinaires qui laissent la porte ouverte à l’imaginaire, au fantasme ou au mythe… L’écriture poétique, parce qu’elle est une terre d’exploration, permet de prendre le large, s’ouvrir au monde et « faire l’expérience de soi-même face aux autres, face à l’inconnu »¹. Comme l’écrivait justement le philosophe Vladimir Jankélévitch, « l’aventure n’est pas sans l’ouverture »² : la lecture d’un poème est d’abord un voyage : voyage à travers soi et à travers l’autre… 

Entre errances et partances, frontières et rencontres, dépaysement et quête d’humanité, le voyage, parce qu’il défie la vision figée de l’existence, débouche dans l’océan infini de la vie…

1. Thème concernant l’enseignement de culture générale et expression en deuxième année de BTS, session 2023 « Invitation au voyage » : https://www.education.gouv.fr/bo/22/Hebdo7/ESRS2201905N.htm
2. Vladimir Jankélévitch, L’Aventure, l’ennui, le sérieux, Flammarion, Champs Essais, 2019, p. 195

Aujourd’hui… Anna de Noailles
(1876
, Paris — 1933, Paris) France

Lundi 25 juillet : Fernando Pessoa

Les voyages

Un train siffle et s’en va, bousculant l’air, les routes,
L’espace, la nuit bleue et l’odeur des chemins,
Alors ivre, hagard, il tombera demain
Au cœur d’un beau pays, en sifflant sous les voûtes…

Tant de rêves, brûlant aux chaleurs des charbons
Tandis que le train va, par saccades pressées,
Éparpillant les champs, les villes dépassées,
Cinglant le vent sans force et déchirant les ponts !

— Le confiant espoir, l’allégresse naïve,
De croire que plus loin d’autres cieux, d’autres mains,
Donneront de meilleurs et plus chers lendemains
Et que le bonheur est aux lieux où l’on arrive…

Ah ! la claire arrivée, au lever du matin !
Les gares, leur odeur de soleil et d’orange,
Tout ce qui sur les quais s’emmêle et se dérange.
Ce merveilleux effort d’instable et de lointain.

[…]

Je porte tout cela dans mon cœur élancé,
Aujourd’hui où debout sur la colline verte,
J’écoute haleter vers les routes ouvertes
Le beau train violent, si rude et si pressé.

Il siffle, quel appel, vers quelle heureuse Asie
Ah ! ce sifflet strident, crieur des beaux départs !
Moi aussi, m’en aller vers d’autres quelque part,
Ô maître de l’ardente et sourde frénésie ! …

Anna de Noailles, L’Ombre des jours, Paris, Calmann-Lévy, 1902, p. 41 et s..

« Ah ! ce sifflet strident, crieur des beaux départs !
Moi aussi, m’en aller vers d’autres quelque part
 »…

Illustration : © Bruno Rigolt (« Orient Express », juillet 2022)
(Photomontage et peinture numérique)

Un été en Poésie… 20 juillet-12 août 2022… Aujourd’hui Lucien Fabre

« Un été en Poésie »… du mercredi 20 juillet 2022 au vendredi 12 août inclus.

Cette année, « Un été en Poésie » a pour thème le voyage : voyages réels ou voyages extraordinaires qui laissent la porte ouverte à l’imaginaire, au fantasme ou au mythe… L’écriture poétique, parce qu’elle est une terre d’exploration, permet de prendre le large, s’ouvrir au monde et « faire l’expérience de soi-même face aux autres, face à l’inconnu »¹. Comme l’écrivait justement le philosophe Vladimir Jankélévitch, « l’aventure n’est pas sans l’ouverture »² : la lecture d’un poème est d’abord un voyage : voyage à travers soi et à travers l’autre… 

Entre errances et partances, frontières et rencontres, dépaysement et quête d’humanité, le voyage, parce qu’il défie la vision figée de l’existence, débouche dans l’océan infini de la vie…

1. Thème concernant l’enseignement de culture générale et expression en deuxième année de BTS, session 2023 « Invitation au voyage » : https://www.education.gouv.fr/bo/22/Hebdo7/ESRS2201905N.htm
2. Vladimir Jankélévitch, L’Aventure, l’ennui, le sérieux, Flammarion, Champs Essais, 2019, p. 195

Aujourd’hui… Lucien Fabre
(1889
, Pampelonne [Tarn, France] — 1952, Paris) France

Samedi 23 juillet : Anna de Noailles

Le Poëte¹ à l’île dormant

L’âme claire veloute aux vapeurs d’un nuage
Le délice moelleux du songe et les rinceaux
Du lieu surnaturel surgi parmi les eaux ;
Que nos mots soient trop vieux pour des songes nouveaux

Et trop dense la nue, et l’étoile des mages
Lointaine, puisque l’île a des soleils si beaux
Qu’importe ! Et la langueur des antiques berceaux
Et des vieux mots usés par la grâce des âges…

Qu’importe ! si je cueille au vent de ses roseaux
La parole inouïe… Ah ! son vague visage
Varie au vol rêvant sur le voile de l’eau

Et vers les voluptés, arrivés au mirage,
Les souffles favoris de l’image volage
Font virer vainement l’azur de quelque oiseau.

Or, dévidé le songe où s’effile un délice,
Cette parole, issue au cœur de son azur,
Pour fixer l’éphémère et cet instant si pur
Que figure un oiseau tremblant sur un calice,

Palpite insaisissable aux roseaux du futur.
Ah ! Cette aile mobile… et cette fleur qui glisse,
Ces songes… Mais, les traits de ton visage obscur,
Qui les pénétrera, ô parole propice ?

Tant de fois pressentie aux vagues du sommeil,
Mais non ravie à l’âme amollie, évasive,
D’être enfin délivrée espérant et craintive

Des noirs roseaux, piège mouvant près de ta rive,
La parole ineffable épie un beau réveil…
La saisir ! se risquer hors l’île et le soleil ?…

Lucien Fabre, Vanikoro, poëmes1 (Paris, Éditions de la NRF), 1923.

1. Poëme, poëte : variante orthographique de poème, poète en usage avant la réforme de l’orthographe française de 1878 (septième édition du Dictionnaire de l’Académie française).

« Tant de fois pressentie aux vagues du sommeil,
Mais non ravie à l’âme amollie, évasive,
D’être enfin délivrée espérant et craintive
 »…

Crédit iconographique : Madeleine Mirbeau, « Le songe du poète » (détail), 1980
(huile sur toile, collection particulière)

Un été en Poésie… 20 juillet-12 août 2022… Aujourd’hui Renée Vivien

« Un été en Poésie » revient… du mercredi 20 juillet 2022 au vendredi 12 août inclus.

Cette année, « Un été en Poésie » a pour thème le voyage : voyages réels ou voyages extraordinaires qui laissent la porte ouverte à l’imaginaire, au fantasme ou au mythe… L’écriture poétique, parce qu’elle est une terre d’exploration, permet de prendre le large, s’ouvrir au monde et « faire l’expérience de soi-même face aux autres, face à l’inconnu »¹. Comme l’écrivait justement le philosophe Vladimir Jankélévitch, « l’aventure n’est pas sans l’ouverture »² : la lecture d’un poème est d’abord un voyage : voyage à travers soi et à travers l’autre… 

Entre errances et partances, frontières et rencontres, dépaysement et quête d’humanité, le voyage, parce qu’il défie la vision figée de l’existence, débouche dans l’océan infini de la vie…

1. Thème concernant l’enseignement de culture générale et expression en deuxième année de BTS, session 2023 « Invitation au voyage » : https://www.education.gouv.fr/bo/22/Hebdo7/ESRS2201905N.htm
2. Vladimir Jankélévitch, L’Aventure, l’ennui, le sérieux, Flammarion, Champs Essais, 2019, p. 195

Aujourd’hui… Renée Vivien (Pauline Mary Tarn)
(1877, Londres — 1909, Paris) Grande-Bretagne

[Renée Vivien est une poétesse britannique de langue française]

Jeudi 21 juillet : Lucien Fabre

Aurore sur la mer

Je te méprise enfin, souffrance passagère !
J’ai relevé le front. J’ai fini de pleurer.
Mon âme est affranchie, et ta forme légère
Dans les nuits sans repos ne vient plus l’effleurer.

Aujourd’hui je souris à l’Amour qui me blesse.
Ô vent des vastes mers, qui, sans parfum de fleurs,
D’une âcre odeur de sel ranimes ma faiblesse,
Ô vent du large ! emporte à jamais les douleurs !

Emporte les douleurs au loin, d’un grand coup d’aile,
Afin que le bonheur éclate, triomphal,
Dans nos cœurs où l’orgueil divin se renouvelle,
Tournés vers le soleil, les chants et l’idéal !

Renée Vivien, Études et Préludes, Alphonse Lemerre, 1901, p. 31-32.

« Ô vent du large ! emporte à jamais les douleurs !
Emporte les douleurs au loin, d’un grand coup d’aile »…

Illustration : Bruno Rigolt, « Sur les ailes de l’aurore » (peinture numérique), 2022
© juillet 2022, Bruno Rigolt

Bientôt… Un été en poésie… 20 juillet – 12 août 2022

Thématique de l’exposition 2022 :

Un été en Poésie :
Invitation au Voyage

Sur les chemins du voyage…

Cette année, « Un été en Poésie » a pour thème le voyage : voyages réels ou voyages extraordinaires qui laissent la porte ouverte à l’imaginaire, au fantasme ou au mythe…

L’écriture poétique, parce qu’elle est une terre d’exploration, permet de prendre le large, s’ouvrir au monde et « faire l’expérience de soi-même face aux autres, face à l’inconnu »¹. Comme l’écrivait justement le philosophe Vladimir Jankélévitch, « l’aventure n’est pas sans l’ouverture »² : la lecture d’un poème est d’abord un voyage : voyage à travers soi et à travers l’autre… 

Entre errances et partances, frontières et rencontres, dépaysement et quête d’humanité, le voyage, parce qu’il défie la vision figée de l’existence, débouche dans l’océan infini de la vie… 

Rendez-vous le 20 juillet 2022

Crédit iconographique : Bruno Rigolt
Photographie et peinture numérique. © juillet 2022, Bruno Rigolt

1. Thème concernant l’enseignement de culture générale et expression en deuxième année de BTS, session 2023 « Invitation au voyage » : https://www.education.gouv.fr/bo/22/Hebdo7/ESRS2201905N.htm
2. Vladimir Jankélévitch, L’Aventure, l’ennui, le sérieux, Flammarion, Champs Essais, 2019, p. 195.