Pour vous aider dans vos révisions, je vous propose 1 à 2 fois par semaine jusqu’à l’épreuve, un « 75 minutes » sur l’un des deux thèmes proposés à l’examen.Obligez-vous à respecter le timing : 1h15 pas plus, pour confronter trois documents, faire une fiche de synthèse à partir de la problématique abordée, et vous entraîner en temps limité sur quelques sujets-type. Bien entendu, rien ne vous empêche ensuite d’approfondir un ou plusieurs aspects, mais obligez-vous la première fois à travailler dans le temps imparti : 75 minutes ! Chronométrez-vous en n’oubliant pas qu’un temps limité est toujours mieux utilisé !
Révisions Thème 1 Paroles, échanges, conversations et révolution numérique
Problématique de ce « 75 Minutes » : Internet et la question du « contenu ».Les théories du storytelling
« On va tout vous raconter »…Le storytelling, autrement dit le fait de raconter des récits « à fort pouvoir de séduction et de conviction »¹, s’est imposé comme une nouvelle réalité d’Internet, et plus particulièrement du développement du potentiel culturel des marques. Avec l’apparition du Web 2.0, les marques en effet se sont emparées de cet outil, censé réenchanter la communication et les échanges puisque le public peut « devenir le co-créateur de ces nouvelles histoires »¹.
Comme le définit en effet Sébastien Durand, le Storytelling est « d’une grande efficacité pour créer de l’émotion et nourrir la conversation entre les marques et le consommateur »¹, à tel point que de nombreux observateurs prédisent la disparition programmée de la publicité traditionnelle. Mais cette nouvelle parole basée essentiellement sur la communication émotionnelle ne risque-t-elle pas de faire de l’échange une simulation, et de la parole un simulacre ?
Tel est l’enjeu de ce « 75 minutes » qui amène à s’interroger sur cette parole « prête à l’emploi » : doit-on parler d’échange, autrement dit de communication réciproque, ou plutôt de techniques capables d’organiser et de polariser les opinions, sous couvert de « complicité émotionnelle »¹ ? Comme vous le voyez, les questionnements éthiques amenés par le Storytelling sont nombreux, et amènent de façon plus globale à réfléchir à l’impact des nouvelles technologies sur les relations humaines…
1. Sébastien Durand, Le Storytelling : Réenchantez votre communication !, Paris Dunod 2011. La plupart des citations proviennent de l’introduction de l’ouvrage.
Voir aussi : « Internet : Du bavardage, entre vacuité et vérité » →Support de cours et entraînement. Pour accéder au document, cliquez ici.
→ Étape 1 : la prise de notes (45 minutes):consacrez 15 minutesà la lecture de chaque document. Lisez les textes en relevant les informations vous paraissant les plus utiles au traitement de la problématique : relevez synthétiquementle thème précis, la thèse de l’auteur ou l’enjeu posé, ainsi que quelques arguments ou exemples représentatifs. Ne rentrez pas dans les détails : allez toujours vers l’interprétation textuelleGLOBALE.
1. Shirley Pellicer, « Les marques font leur cinéma » Marketing n°142 (1er septembre 2010).
Résumé de l’article : « De plus en plus de marques créent des films et mini-séries pour le Web. Cette discipline du storytelling, sous-genre de l’advertainment, s’intègre dans l’ère du tout numérique et du brand content. » →Pour lire cet article depuis le site emarketing.fr, cliquez ici.
2. Le deuxième document sur lequel je vous invite à réfléchir est un article de l’ASFORED (Centre de formation du Syndicat national de l’édition) : « La Lettre de l’Asfored » n°27 (janvier-mars 2013) intitulé « Un enjeu majeur du web aujourd’hui : le contenu« .
Dans ce document, les rédacteurs montrent que « la construction d’une présence web aujourd’hui ne se limite pas à un enjeu technique ou à un enjeu d’organisation des contenus. Elle requiert une capacité architecturale au sein de la webosphère et de nouvelles compétences en création et diffusion de contenu pour répondre à la fois à des enjeux de visibilité et d’image ». → Pour lire l’article depuis le site de l’Asfored,cliquez ici.
3.Enfin, lisez la conclusion de l’ouvrage de Stéphane Dangel, Storytelling minute : 170 histoires prêtes à l’emploi pour animer vos interventions, Eyrolles 2014.
→Passage à lire : depuis la page 231 (« Conclusion ») jusqu’à la page 234 (« toutes les possibilités de la communication managériale »).
→ Étape 2 : le réinvestissement des notes (30 minutes)
Essayez d’abord de répondre très brièvement aux questions suivantes en vous obligeant à réinvestir vos notes pour chacune de vos réponses, qui seront structurées autour d’un argument, illustré par un exemple précis.
– La démultiplication de la parole sur Internet est-elle un risque ?
– Dans quelle mesure le storytelling peut-il s’apparenter à un nouvel art de la prise de parole ?
– Y a-t-il un langage spécifique à Internet ?
– Dans quelle mesure le Web a-t-il bouleversé les échanges de l’entreprise avec ses publics ?
– Montrez que la parole, comme la marque, répond à une stratégie identitaire.
– À trop vouloir « raconter des histoires », le Storytelling ne risque-t-il pas de mettre en danger l’authenticité de la parole ?
– Appliqué au champ politique et social, le Storytelling ne risque-t-il pas de devenir une nouvelle arme de « fiction-manipulation » ?
Enfin, choisissez l’un de ces questionnements et essayez de construire un plan d’écriture personnelle en moins de 10 minutes.
Bon courage à toutes et à tous pour l’examen ! Prochain rendez-vous « 75 minutes » : vendredi 25 avril (thème : « Cette part de rêve… »).
Pour vous aider dans vos révisions, je vous propose 1 à 2 fois par semaine jusqu’à l’épreuve, un « 75 minutes » sur l’un des deux thèmes proposés à l’examen.Obligez-vous à respecter le timing : 1h15 pas plus, pour confronter trois documents, faire une fiche de synthèse à partir de la problématique abordée, et vous entraîner en temps limité sur quelques sujets-type. Bien entendu, rien ne vous empêche ensuite d’approfondir un ou plusieurs aspects, mais obligez-vous la première fois à travailler dans le temps imparti : 75 minutes ! Chronométrez-vous en n’oubliant pas qu’un temps limité est toujours mieux utilisé !
Révisions Thème 1 Paroles, échanges, conversations et révolution numérique
Problématique de ce « 75 Minutes » : Internet et la question du « contenu ».Les théories du storytelling
« On va tout vous raconter »…Le storytelling, autrement dit le fait de raconter des récits « à fort pouvoir de séduction et de conviction »¹, s’est imposé comme une nouvelle réalité d’Internet, et plus particulièrement du développement du potentiel culturel des marques. Avec l’apparition du Web 2.0, les marques en effet se sont emparées de cet outil, censé réenchanter la communication et les échanges puisque le public peut « devenir le co-créateur de ces nouvelles histoires »¹.
Comme le définit en effet Sébastien Durand, le Storytelling est « d’une grande efficacité pour créer de l’émotion et nourrir la conversation entre les marques et le consommateur »¹, à tel point que de nombreux observateurs prédisent la disparition programmée de la publicité traditionnelle. Mais cette nouvelle parole basée essentiellement sur la communication émotionnelle ne risque-t-elle pas de faire de l’échange une simulation, et de la parole un simulacre ?
Tel est l’enjeu de ce « 75 minutes » qui amène à s’interroger sur cette parole « prête à l’emploi » : doit-on parler d’échange, autrement dit de communication réciproque, ou plutôt de techniques capables d’organiser et de polariser les opinions, sous couvert de « complicité émotionnelle »¹ ? Comme vous le voyez, les questionnements éthiques amenés par le Storytelling sont nombreux, et amènent de façon plus globale à réfléchir à l’impact des nouvelles technologies sur les relations humaines…
1. Sébastien Durand, Le Storytelling : Réenchantez votre communication !, Paris Dunod 2011. La plupart des citations proviennent de l’introduction de l’ouvrage.
Voir aussi : « Internet : Du bavardage, entre vacuité et vérité » →Support de cours et entraînement. Pour accéder au document, cliquez ici.
→ Étape 1 : la prise de notes (45 minutes):consacrez 15 minutesà la lecture de chaque document. Lisez les textes en relevant les informations vous paraissant les plus utiles au traitement de la problématique : relevez synthétiquementle thème précis, la thèse de l’auteur ou l’enjeu posé, ainsi que quelques arguments ou exemples représentatifs. Ne rentrez pas dans les détails : allez toujours vers l’interprétation textuelleGLOBALE.
1. Shirley Pellicer, « Les marques font leur cinéma » Marketing n°142 (1er septembre 2010).
Résumé de l’article : « De plus en plus de marques créent des films et mini-séries pour le Web. Cette discipline du storytelling, sous-genre de l’advertainment, s’intègre dans l’ère du tout numérique et du brand content. » →Pour lire cet article depuis le site emarketing.fr, cliquez ici.
2. Le deuxième document sur lequel je vous invite à réfléchir est un article de l’ASFORED (Centre de formation du Syndicat national de l’édition) : « La Lettre de l’Asfored » n°27 (janvier-mars 2013) intitulé « Un enjeu majeur du web aujourd’hui : le contenu« .
Dans ce document, les rédacteurs montrent que « la construction d’une présence web aujourd’hui ne se limite pas à un enjeu technique ou à un enjeu d’organisation des contenus. Elle requiert une capacité architecturale au sein de la webosphère et de nouvelles compétences en création et diffusion de contenu pour répondre à la fois à des enjeux de visibilité et d’image ». → Pour lire l’article depuis le site de l’Asfored,cliquez ici.
3.Enfin, lisez la conclusion de l’ouvrage de Stéphane Dangel, Storytelling minute : 170 histoires prêtes à l’emploi pour animer vos interventions, Eyrolles 2014.
→Passage à lire : depuis la page 231 (« Conclusion ») jusqu’à la page 234 (« toutes les possibilités de la communication managériale »).
→ Étape 2 : le réinvestissement des notes (30 minutes)
Essayez d’abord de répondre très brièvement aux questions suivantes en vous obligeant à réinvestir vos notes pour chacune de vos réponses, qui seront structurées autour d’un argument, illustré par un exemple précis.
– La démultiplication de la parole sur Internet est-elle un risque ?
– Dans quelle mesure le storytelling peut-il s’apparenter à un nouvel art de la prise de parole ?
– Y a-t-il un langage spécifique à Internet ?
– Dans quelle mesure le Web a-t-il bouleversé les échanges de l’entreprise avec ses publics ?
– Montrez que la parole, comme la marque, répond à une stratégie identitaire.
– À trop vouloir « raconter des histoires », le Storytelling ne risque-t-il pas de mettre en danger l’authenticité de la parole ?
– Appliqué au champ politique et social, le Storytelling ne risque-t-il pas de devenir une nouvelle arme de « fiction-manipulation » ?
Enfin, choisissez l’un de ces questionnements et essayez de construire un plan d’écriture personnelle en moins de 10 minutes.
Bon courage à toutes et à tous pour l’examen ! Prochain rendez-vous « 75 minutes » : vendredi 25 avril (thème : « Cette part de rêve… »).
Pour vous aider dans vos révisions, je vous propose 1 à 2 fois par semaine jusqu’à l’épreuve, un « 75 minutes » sur l’un des deux thèmes proposés à l’examen.Obligez-vous à respecter le timing : 1h15 pas plus, pour confronter trois documents, faire une fiche de synthèse à partir de la problématique abordée, et vous entraîner en temps limité sur quelques sujets-type. Bien entendu, rien ne vous empêche ensuite d’approfondir un ou plusieurs aspects, mais obligez-vous la première fois à travailler dans le temps imparti : 75 minutes ! Chronométrez-vous en n’oubliant pas qu’un temps limité est toujours mieux utilisé !
Révisions Thème 2 Cette part de rêve que chacun porte en soi…
Voir aussi : « Le rêve comme déchiffrement : du visible à l’invisible » → Entraînement. Pour accéder au document, cliquez ici.
→ Il est conseillé d’avoir préalablement préparé le « 75 minutes » Comprendre les rêves : 1/2
Problématique de ce « 75 Minutes » : dans quelle mesure le rêve est-il une piste vers la connaissance de soi et la quête du sens ?
Deuxième partie(cliquez ici pour accéder à la première partie de ce « 75 minutes »).
mots clés : Freud ; Jung; Fonctions du rêve ; rêve et inconscient ; rêve et connaissance de soi
Voici la deuxième partie de ce « 75 minutes » consacré au thème « Le rêve comme connaissance de soi ». Je vous conseille, si vous ne l’avez pas encore regardée, de lire la première partie qui aborde, à partir de l’œuvre Aurélia de Gérard de Nerval, le rapport entre rêve et réalité ; rêve et spiritualité ; rêve et poésie. Il sera davantage question ici de l’interprétation des rêves chez Freud et Jung. Pour Freud, le rêve prend ses racines dans le passé du dormeur : c’est un peu comme si, en rêvant, se rejouaient les scènes de notre vie personnelle. Le rêve apparaît ainsi comme la réalisation d’un désir refoulé.
Comme vous allez le voir dans les deux premiers documents, Jung reproche à Freud une approche aussi réductrice : faire uniquement du rêve la réalisation d’un interdit refoulé dans l’inconscient limite l’interprétation des rêves. Bien au contraire, pour Jung, « le rêve est un produit de l’activité imaginative de l’inconscient ». Ainsi qu’il le dira dans l’Homme et ses symboles : « Comme toute plante produit des fleurs, la psyché crée des symboles. Tout rêve témoigne de ce processus »¹…
Comme vous le découvrirez dans ce « 75 minutes », l’étude du rêve demeure une énigme. C’est ainsi que Michel Jouvet, l’un des plus grands spécialistes mondiaux de neurobiologie du rêve et du sommeil, dans Le Sommeil et le rêve (Éditions Odile Jacob, « Sciences », 1992. Pages 211–212), conclut son livre sur ces mots : « La physiologie est l’étude des fonctions, c’est-à-dire l’étude des mécanismes des « causes finales » — circulation, respiration, nutrition, reproduction, régulation […]. Ces processus ont un but fonctionnel évident. […] Mais le neurophysiologiste qui étudie le rêve n’a ni cause ni fonction. […] Il nous faut donc bien avouer notre ignorance considérable lorsque nous étudions le sommeil et le rêve. […] Nous connaissons beaucoup du comment sans que cela nous autorise à connaître le pourquoi puisque nous sommes incapables de déceler des modifications évidentes au niveau du comportement, du cerveau ou de l’organisme lorsque nous supprimons durablement le sommeil paradoxal ou le rêve chez l’animal et l’homme. »²
1. Cité par Viviane Thibaudier, 100% Jung, Paris Eyrolles 2011,page 43. 2. Michel Jouvet, Le Sommeil et le rêve, Éditions Odile Jacob, « Sciences »1992, pages 211–212
→ Étape 1 : la prise de notes (40 minutes): Documents 1 : 20 minutes. Documents 2 et 3 : 20 minutes. Lisez les textes en relevant les informations vous paraissant les plus utiles au traitement de la problématique : relevez synthétiquementle thème précis, la thèse de l’auteur ou l’enjeu posé, ainsi que quelques arguments ou exemples représentatifs. Ne rentrez pas dans les détails : allez toujours vers l’interprétation textuelleGLOBALE.
1. Viviane Thibaudier, 100% Jung, Eyrolles 2011 Lisez en particulier le début du chapitre 4 « Le rêve : une réalité intérieure » depuis la page 43 jusqu’à la page 45 : « ce qu’il veut de nous à ce moment précis ».
2. Anne Dufourmantelle, Intelligence du rêve : Fantasmes, apparitions, Inspiration, Payot 2012
Ce n’est pas Freud qui découvre que le rêve a du sens, mais il a fait du rêve « la voie royale de l’inconscient » et l’a logé comme une petite grenade au cœur du dispositif de la raison, ce que nul n’avait osé avant lui. Quel crime que d’attenter ainsi à l’héritage des Lumières en faisant de la conscience une invitée dans sa propre maison dont le maître des lieux serait, en réalité, non seulement plus puissant mais mieux informé qu’elle !
Freud s’est affronté à Jung — son disciple préféré avant d’être répudié — au sujet, notamment, du rêve. Au dualisme freudien […], s’oppose le monisme jungien, et l’idée que le rêve porte la matrice d’une possible réalisation du soi. Car pour Jung le rêve (avec les délires, les œuvres d’art, les croyances) participe de ce qu’il nomme des archétypes, figurant des entités symboliques que la conscience ne peut intégrer comme telles. Ces archétypes sont reconnaissables dans nos rêves selon l’hospitalité que leur fait le rêveur mais aussi grâce à l’effectivité dont ils font preuve. La voie du rêve, lorsqu’elle est déchiffrée, indique le danger d’être aliéné pour le rêveur ou au contraire sa progression vers ce que Jung appelle « l’individuation ».
L’opposition fondamentale de Jung à Freud réside dans l’affirmation d’un dessein. Le soi jungien, qui n’est pas réductible au moi, est supposé désirer croître, on lui attribue une sorte de vitalisme interne, là où chez Freud, héritier de Schopenhauer, la dualité régnant entre pulsion de mort et principe de plaisir divise le sujet jusqu’en ses soubassements les plus archaïques. Jung considère qu’un rêve doit être appréhendé comme un enseignement là où Freud l’envisage comme étant la réalisation déguisée d’un vœu refoulé […].
3. Sophie de Sivry, Philippe Meyer, L’Art du sommeil, petite histoire sociale symbolique médicale poétique et amoureuse du sommeil, Paris, Éditions du Sextant bleu (« Les empêcheurs de tourner en rond »), 1995, page 101.
« Carl-Gustav Jung fut le dauphin puis le grand rival de Freud dans les débuts de la psychanalyse. Leur principal point de divergence porte sur les notions d’inconscient collectif et d’archétype. Pour Jung, tout homme porte en lui une somme de représentation inconscientes héritées de l’histoire et présentes dans l’espèce depuis toujours. C’est pourquoi la psychanalyse jungienne accordera une grande place aux mythologies et aux religions. La religion est une voie d’accès privilégiée à l’inconscient de l’humanité, et non pas le simple fruit d’une névrose individuelle » (Dalibor Frioux, L’Avenir d’une illusion, Sigmund Freud, Bréal « La Philothèque » 2005, page 56.
Ce deuxième texte sur lequel je vous invite à réfléchir est donc particulièrement intéressant pour l’étude du rêve. Sophie de Sivry et Philippe Meyer évoquent la découverte capitale faite par Jung, des archétypes de l’inconscient collectif…
→ Étape 2 : le réinvestissement des notes (35 minutes)
Essayez d’abord de répondre très brièvement aux questions suivantes en vous obligeant à réinvestir vos notes pour chacune de vos réponses, qui seront structurées autour d’un argument, illustré par un exemple précis. Il est conseillé d’avoir préalablement préparé le « 75 minutes » Comprendre les rêves : 1/2
– En exploitant obligatoirement le « 75 minutes » : Comprendre les rêves : 1/2), dites pourquoi le Classicisme et les philosophes des Lumières accordaient si peu de place à l’étude des rêves ?
– En quoi l’interprétation des rêves chez Jung diffère-t-elle de la démarche de Freud ? – À quels obstacles se heurte l’interprétation des rêves ? – Le poète Gérard de Nerval dit du rêve qu’il « est une seconde vie » (Aurélia, voir ce « 75 minutes » : Comprendre les rêves : 1/2) : expliquez.
– En quoi rêver, c’est s’aventurer vers l’inconnu ?
Enfin, choisissez l’un de ces questionnements et essayez de construire un plan d’écriture personnelle en 15 minutes.
Bon courage à toutes et à tous pour l’examen ! Prochains rendez-vous « 75 minutes » : mardi 22 avril (thème : Paroles… ») ; vendredi 25 avril (Thème : Cette part de rêve…)
Pour vous aider dans vos révisions, je vous propose 1 à 2 fois par semaine jusqu’à l’épreuve, un « 75 minutes » sur l’un des deux thèmes proposés à l’examen.Obligez-vous à respecter le timing : 1h15 pas plus, pour confronter trois documents, faire une fiche de synthèse à partir de la problématique abordée, et vous entraîner en temps limité sur quelques sujets-type. Bien entendu, rien ne vous empêche ensuite d’approfondir un ou plusieurs aspects, mais obligez-vous la première fois à travailler dans le temps imparti : 75 minutes ! Chronométrez-vous en n’oubliant pas qu’un temps limité est toujours mieux utilisé !
Révisions Thème 2 Cette part de rêve que chacun porte en soi…
Voir aussi : « Le rêve comme déchiffrement : du visible à l’invisible » → Entraînement. Pour accéder au document, cliquez ici.
Problématique de ce « 75 Minutes » : dans quelle mesure le rêve est-il une piste vers la connaissance de soi et la quête de sens ?
Première partie (cliquez ici pour accéder à la deuxième partie de ce « 75 minutes »).
mots clés : Gérard de Nerval ; orinomancie ; rêve et réalité ; rêve et spiritualité ; rêve et poésie
Dans un remarquable ouvrage intitulé L’Art du sommeil, Sophie de Sivry et Philippe Meyer écrivent : « Entre le XVIIe et le début du XXe siècle, les spécialistes se sont rarement penchés sur la mécanique des rêves, que Descartes et Buffon voyaient comme une propriété de l’« animal machine », clairement distincte de l’âme. […] Trente ans plus tard, Locke est sur la même ligne : le rêve est un dérèglement naturel et ne mérite pas qu’on s’y attarde […]. Pour Leibniz, l’âme pense toujours pendant le sommeil, mais les rêves ne s’expriment pas. Le langage du docteur Bordeu, personnage du Rêve de d’Alembert de Diderot, conserve la même tonalité de croyances sans fondement, de théories sans justification et d’imagination […].
La revanche du rêve est d’abord littéraire. En rupture avec une conception trop rationaliste du comportement humain, les romantiques et les symbolistes redécouvrent au XIXe siècle l’attraction des rêves. […] En France, le mouvement romantique est incarné par Gérard de Nerval… »
Sophie de Sivry, Philippe Meyer, L’Art du sommeil, petite histoire sociale symbolique médicale poétique et amoureuse du sommeil, Paris, Éditions du Sextant bleu (« Les empêcheurs de tourner en rond »), 1995, pages 92, 96.
→ Étape 1 : la prise de notes (45 minutes): Document 1 (Gérard de Nerval) : 30 minutes ; textes 2 et 3 : 15 minutes. Lisez les textes en relevant les informations vous paraissant les plus utiles au traitement de la problématique : relevez synthétiquementle thème précis, la thèse de l’auteur ou l’enjeu posé, ainsi que quelques arguments ou exemples représentatifs. Ne rentrez pas dans les détails : allez toujours vers l’interprétation textuelleGLOBALE.
1. Gérard de Nerval (1808-1855), Aurélia, 1853 Gérard de Nerval est un auteur majeur du romantisme français. Fortement marqué par la misère de la condition humaine, il portera toute sa vie le fardeau douloureux du manque affectif, et n’aura de cesse, pour mieux retrouver son identité enfouie, de se réfugier dans un monde de rêves et de mythes qui le conduira progressivement à vivre jusqu’à la mort l’expérience de la folie.
Le manuscrit d’Aurélia fut retrouvé dans les vêtements de Gérard de Nerval, peu après son suicide, lorsque les amis du poète vinrent reconnaître le corps. Dans ce récit poignant, le narrateur (mais il s’agit évidemment de Nerval) décrit avec lucidité sa « descente aux enfers », comme il l’appelle lui-même, c’est-à-dire l’histoire de sa folie et le conflit entre « le rêve et la vie », le moi réel et le moi rêvé. Dans ce texte, « Nerval joue avec l’ombre, avec son double, avec les fantasmes oniriques et réels de son monde halluciné et hallucinant. Il joue avec sa propre peur pour retrouver dans le « délire créatif » la métaphore poétique. Le poète ré-vèle et dé-voile, rend visible la figure voilée, le négatif… » (Salomon Reznik, La Mise en scène du rêve, Payot 1984, pages 192-193).
Pour Nerval en effet, la folie permet l’accès à une autre réalité : « je compris, en me voyant parmi les aliénés, que tout n’avait été pour moi qu’illusions jusque-là ». En ce sens, le rêve devient une voie d’exploration du moi : « Le rêve et l’aliénation que le moi implique font partie intégrante de la connaissance de soi, ce ne sont pas des entités qu’il faut réprimer et censurer mais au contraire il faut leur donner libre cours et les laisser s’exprimer à travers la conscience de l’individu. Cette approche propre à Nerval […] était tout à fait nouvelle au dix-neuvième siècle où le rêve était considéré comme un temps mort où tout était au repos. Ceci va à l’encontre des théories de Descartes qui apparente le rêve à la folie ; le rêve, parce qu’il est flou et mouvant détruit la certitude du moi » [Laetitia Gouhier, Gérard de Nerval et Charles Nodier : le rêve et la folie, Thèse pour l’obtention du Master of Arts, Miami University Oxford, Ohio, 2003].
« Le Rêve est une seconde vie. Je n’ai pu percer sans frémir ces portes d’ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible. Les premiers instants du sommeil sont l’image de la mort ; un engourdissement nébuleux saisit notre pensée, et nous ne pouvons déterminer l’instant précis où le moi, sous une autre forme, continue l’oeuvre de l’existence. C’est un souterrain vague qui s’éclaire peu à peu, et où se dégagent de l’ombre et de la nuit les pâles figures gravement immobiles qui habitent le séjour des limbes. Puis le tableau se forme, une clarté nouvelle illumine et fait jouer ces apparitions bizarres : — le monde des Esprits s’ouvre pour nous.
Swedenborg appelait ces visions Memorabilia ; il les devait à la rêverie plus souvent qu’au sommeil ; L’Âne d’or d’Apulée, La Divine Comédie de Dante, sont les modèles poétiques de ces études de l’âme humaine.
Je vais essayer, à leur exemple, de transcrire les impressions d’une longue maladie qui s’est passée tout entière dans les mystères de mon esprit ; – et je ne sais pourquoi je me sers de ce terme maladie, car jamais, quant à ce qui est de moi-même, je ne me suis senti mieux portant. Parfois, je croyais ma force et mon activité doublées ; il me semblait tout savoir, tout comprendre ; l’imagination m’apportait des délices infinies. En recouvrant ce que les hommes appellent la raison, faudra-t-il regretter de les avoir perdues ? »
Parvenu au terme de son récit, le narrateur revient sur les raisons qui l’ont poussé à écrire :
« C’est ainsi que je m’encourageais à une audacieuse tentative. Je résolus de fixer le rêve et d’en connaître le secret. — Pourquoi, me dis-je, ne point enfin forcer ces portes mystiques, armé de toute ma volonté, et dominer mes sensations au lieu de les subir ? N’est-il pas possible de dompter cette chimère attrayante et redoutable, d’imposer une règle à ces esprits des nuits qui se jouent de notre raison ? Le sommeil occupe le tiers de notre vie. Il est la consolation des peines de nos journées ou la peine de leurs plaisirs ; mais je n’ai jamais éprouvé que le sommeil fût un repos. Après un engourdissement de quelques minutes, une vie nouvelle commence, affranchie des conditions du temps et de l’espace, et pareille sans doute à celle qui nous attend après la mort. Qui sait s’il n’existe pas un lien entre ces deux existences et s’il n’est pas possible à l’âme de le nouer dès à présent ?
Dès ce moment, je m’appliquai à chercher le sens de mes rêves, et cette inquiétude influa sur mes réflexions de l’état de veille. Je crus comprendre qu’il existait entre le monde externe et le monde interne un lien ; que l’inattention ou le désordre d’esprit en faussaient seuls les rapports apparents, — et qu’ainsi s’expliquait la bizarrerie de certains tableaux semblables à ces reflets grimaçants d’objets réels qui s’agitent sur l’eau troublée.
Telles étaient les inspirations de mes nuits ; mes journées se passaient doucement dans la compagnie des pauvres malades, dont je m’étais fait des amis. La conscience que désormais j’étais purifié des fautes de ma vie passée me donnait des jouissances morales infinies ; la certitude de l’immortalité et de la coexistence de toutes les personnes que j’avais aimées m’était arrivée matériellement, pour ainsi dire, et je bénissais l’âme fraternelle qui, du sein du désespoir, m’avait fait rentrer dans les voies lumineuses de la religion.
[…]
Telles sont les idées bizarres que donnent ces sortes de maladies ; je reconnus en moi-même que je n’avais pas été loin d’une si étrange persuasion. Les soins que j’avais reçus m’avaient déjà rendu à l’affection de ma famille et de mes amis, et je pouvais juger plus sainement le monde d’illusions où j’avais quelque temps vécu. Toutefois, je me sens heureux des convictions que j’ai acquises, et je compare cette série d’épreuves que j’ai traversées à ce qui, pour les anciens, représentait l’idée d’une descente aux enfers.
2. Salomon Reznik, La Mise en scène du rêve, Payot 1984, page 212 Ce deuxième texte sur lequel je vous invite à réfléchir est particulièrement intéressant pour l’étude du thème. Le psychanalyste et psychiatre argentin Salomon Resnik y définit le rêve par rapport à une éthique de la vérité. Comme il le dit dans un autre passage de son ouvrage : « Déchiffrer le secret du rêve, le rendre apparent, est un défi, un risque, une « transgression ». Pénétrer dans l’étoffe onirique est une vocation, un désir et une curiosité pour la vérité cachée »…
L’interprétation des rêves est une façon de transgresser et de pénétrer le monde des démons et des dieux qui habitent en nous ; une façon aussi d’aborder ce qui est habituellement voilé ou interdit.
Le parcours de l’orinomancien est, comme le parcours du poète, un labyrinthe mystérieux qui conduit à l’idée de sacré et au respect pour l’inconnu et pour l’espace divin. Le surnaturel, impliqué dans la notion de divin, ne doit pas s’aliéner le monde naturel. […] André Breton écrit, dans les « Vases communicants », qu’il faut s’arrêter d’opposer arbitrairement le rêve à la réalité. Le poète est un révolutionnaire, dit-il, qui se heurte et s’oppose au divorce des deux réalités. L’ambition du poète serait de faire un nœud indestructible entre l’une et l’autre, de créer et re-créer un « imaginaire de la nature ». […]
Le lien entre réalité onirique et réalité quotidienne, « vivre au monde », implique une transformation, une activité ludique et une communication symbolique.
3.Françoise Parot : L’Homme qui rêve, collection « Premier cycle », Presses Universitaires de France, pages 57-58.
[Pour les Romantiques, l’inconscient] ne désigne pas […] ce que la psychanalyse freudienne y mettra […]. Il est l’émanation d’une réalité supérieure et universelle […]. Sans que nous en ayons conscience, par des voies divines incompréhensibles, l’idée de Dieu, qui est le point de départ de la vie spirituelle, se forme et s’éveille peu à peu ; elle devient alors « âme », mais son stade suprême est l’esprit. Les zones inférieures et supérieures de la vie spirituelle sont inaccessibles à la conscience.
Le sommeil, le rêve bien sûr, sont le moment de ce lieu-là, le moment où l’on peut y renouer avec l’univers et la Création. Là, quand le sommeil est au plus profond endormissement de la conscience, surgissent les vérités, les rêves prophétiques, les visions à distance ; le rêve est l’essentiel d’un monde essentiel, plus vrai que notre monde de veille.
Mais, et c’est là un point essentiel, le rêve est révélateur poétiquement, il exprime ce monde profond sur le même mode que la poésie… il est donc vain de prétendre l’interpréter puisque la traduction dans le langage de la veille est un exercice rationnel. Dans les années 1820, Steffens écrit sur ce point : « C’est folie de vouloir expliquer les rêves, la part positive du sommeil, en partant de l’état de veille seulement, selon cette méthode d’exégèse psychologique qui ne voyait dans les rêves que les idées et les images à demi-refoulées de la conscience. » Charge prémonitoire contre le freudisme… Il est vain de rationaliser le rêve, d’y voir par exemple des restes diurnes ; les rêves sont des métaphores ou des allégories plutôt, comme la poésie, et la raison n’y peut rien comprendre, elle habite une autre planète. Au rêve, on s’abandonne ; il est un cadeau de clairvoyance, pas de compréhension.
Certains grands romantiques bien sûr vont étudier le rêve, ce moment de cristal de l’existence [… ], pour mieux appréhender l’âme et donc le monde divin. En se fondant sur les théories occultistes pour lesquelles tout est signe envoyé par des forces cachées, occultes, selon lesquelles tout est sens, ils cherchent le rapport entre le langage du rêve, de la poésie, et celui de la Nature, c’est-à-dire de Dieu. Ainsi, le rêve serait en nous le discours d’un poète caché qui dirait notre destin, le prophétiserait, l’embrasserait […].
→ Étape 2 : le réinvestissement des notes (30 minutes)
Essayez d’abord de répondre très brièvement aux questions suivantes en vous obligeant à réinvestir vos notes pour chacune de vos réponses, qui seront structurées autour d’un argument, illustré par un exemple précis.
– Dans quelle mesure pour Nerval le rêve est le lieu où s’accomplit la quête de vérité ? – Pourquoi peut-on dire que le rêve transfigure le réel ? – Nerval dit du rêve qu’il « est une seconde vie » : expliquez.
– En quoi rêver, c’est s’aventurer vers l’inconnu ?
– « Le rêve est l’essentiel d’un monde essentiel, plus vrai que notre monde de veille » : étayez ces propos de Françoise Parot (doc. 3) en vous aidant des autres documents.
Enfin, choisissez l’un de ces questionnements et essayez de construire un plan d’écriture personnelle en moins de 10 minutes.
Bon courage à toutes et à tous pour l’examen ! Prochains rendez-vous « 75 minutes » : mardi 22 avril (thème : Paroles… ») ; vendredi 25 avril (Thème : Cette part de rêve…)
Pour vous aider dans vos révisions, je vous propose 1 à 2 fois par semaine jusqu’à l’épreuve, un « 75 minutes » sur l’un des deux thèmes proposés à l’examen.Obligez-vous à respecter le timing : 1h15 pas plus, pour confronter trois documents, faire une fiche de synthèse à partir de la problématique abordée, et vous entraîner en temps limité sur quelques sujets-type. Bien entendu, rien ne vous empêche ensuite d’approfondir un ou plusieurs aspects, mais obligez-vous la première fois à travailler dans le temps imparti : 75 minutes ! Chronométrez-vous en n’oubliant pas qu’un temps limité est toujours mieux utilisé !
Révisions Thème 1 Paroles, échanges, conversations et révolution numérique
Voir aussi : « Échanges, paroles et démocratie en ligne : Les nouvelles formes de la citoyenneté sur Internet » → Support de cours et entraînement. Pour accéder au document, cliquez ici.
Problématique de ce « 75 Minutes » : dans quelle mesure les nouveaux médias et particulièrement Internet ont-ils changé les interactions sociales ?
De même que la presse écrite, la radio ou la télévision avaient modifié en leur temps les règles du débat public, ces médias traditionnels souffrent aujourd’hui d’un modèle de communication (« un vers plusieurs ») ne permettant guère le partage de contenu. Pire, on leur reproche souvent d’avoir réduit le débat public « aux dimensions du clip politique » selon une expression du journaliste Albert du Roy qui s’en prend à la décrédibilisation des personnels journalistiques auprès des opinions.
En contrepoint, à l’heure du tout virtuel, Internet a profondément modifié la parole structurant l’espace public, notamment pour ce qui touche aux processus d’interaction sociale (« peer to peer »), de délibération et de décision. C’est ainsi qu’il a permis à des formes de parole parfois très hétérodoxes, de se développer et de transmettre des contenus de toute sorte. Internet induit également de nouveaux types de relations interpersonnelles profondément originales.
Mais une telle prolifération de la parole comporte aussi des dérives : ne risque-t-elle pas de détruire, sous l’effet de sa propre inflation, la liberté de parole elle-même ? C’est ainsi que Patrice Flichy, professeur de Sociologie à l’Université Paris-Est, se demande si ce nouvel univers médiatique qu’est Internet favorise la délibération démocratique et s’il est légitime de redouter comme certains, une balkanisation des enjeux politiques autant qu’une fragmentation des opinions publiques ?
→ Étape 1 : la prise de notes (45 minutes): textes 1 et 2 : 15 minutes ; texte 3 : 30 minutes. Lisez les textes en relevant les informations vous paraissant les plus utiles au traitement de la problématique : relevez synthétiquementle thème précis, la thèse de l’auteur ou l’enjeu posé, ainsi que quelques arguments ou exemples représentatifs. Ne rentrez pas dans les détails : allez toujours vers l’interprétation textuelleGLOBALE.
1. Patrick Amey, La Parole à la télévision : Les dispositifs des talk-shows, Paris L’Harmattan 2009, page 13(Depuis : « Ainsi donc, on postule… » jusqu’au bas de la page : « assigne des postures actorielles aux protagonistes de la scène de parole »). Le passage que j’ai sélectionné est très court. Obligez-vous à le synthétiser. Posez-vous quelques questions évidentes, mais pourtant essentielles : de quoi est-il question dans ce passage ? Quels est l’axe directeur ?
2. Le deuxième texte sur lequel je vous invite à réfléchir est tiré de l’essai du journaliste Albert du Roy, La Mort de l’information(Paris Stock 2007). Lisez en particulier ce passage dans lequel l’auteur déplore la décrédibilisation des systèmes d’information traditionnels. Passage à lire : depuis le haut de la page, jusqu’au milieu de la page suivante : « Toujours l’obsession de se montrer pour exister ».)
3. Enfin, lisez cet article de Patrice Flichy, « Internet, un outil de la démocratie ? » (laviedesidees.fr, 14 janvier 2008) en vous attachant plus particulièrement aux passages suivants :
Introduction ;
Agora électronique ou confusion ;
Des communautés d’intérêt moins homogènes qu’on ne le croit ;
→ Étape 2 : le réinvestissement des notes (30 minutes)
Essayez d’abord de répondre très brièvement aux questions suivantes en vous obligeant à réinvestir vos notes pour chacune de vos réponses, qui seront structurées autour d’un argument, illustré par un exemple précis.
– Dans quelle mesure les nouveaux médias défient-ils les médias d’actualité traditionnels ? – Les médias électroniques ou numériques sont-ils si différents des médias traditionnels ? – Est-ce que les nouvelles technologies ont changé la nature de l’information ? – Quelles inquiétudes peuvent faire surgir les nouvelles technologies d’information et de communication ? – L’affaiblissement des médias traditionnels censés représenter l’intérêt général, annonce-t-il la prolifération des communautarismes ? – Dans quelle mesure l’apparition de nouveaux supports d’expression grâce à Internet peut-elle contribuer à la création d’un espace démocratique ?
Enfin, choisissez l’un de ces questionnements et essayez de construire un plan d’écriture personnelle en moins de 10 minutes.
Bon courage à toutes et à tous pour l’examen ! Prochains rendez-vous « 75 minutes » : dimanche 20 avril (thème : « Cette part de rêve… ») ; mardi 22 avril (thème : Paroles… »).
Pour vous aider dans vos révisions, je vous propose 1 à 2 fois par semaine jusqu’à l’épreuve, un « 75 minutes » sur l’un des deux thèmes proposés à l’examen.Obligez-vous à respecter le timing : 1h15 pas plus, pour confronter trois documents, faire une fiche de synthèse à partir de la problématique abordée, et vous entraîner en temps limité sur quelques sujets-type. Bien entendu, rien ne vous empêche ensuite d’approfondir un ou plusieurs aspects, mais obligez-vous la première fois à travailler dans le temps imparti : 75 minutes ! Chronométrez-vous en n’oubliant pas qu’un temps limité est toujours mieux utilisé !
Révisions Thème 1 Paroles, échanges, conversations et révolution numérique
Voir aussi : « Échanges, paroles et démocratie en ligne : Les nouvelles formes de la citoyenneté sur Internet » → Support de cours et entraînement. Pour accéder au document, cliquez ici.
Problématique de ce « 75 Minutes » : dans quelle mesure les nouveaux médias et particulièrement Internet ont-ils changé les interactions sociales ?
De même que la presse écrite, la radio ou la télévision avaient modifié en leur temps les règles du débat public, ces médias traditionnels souffrent aujourd’hui d’un modèle de communication (« un vers plusieurs ») ne permettant guère le partage de contenu. Pire, on leur reproche souvent d’avoir réduit le débat public « aux dimensions du clip politique » selon une expression du journaliste Albert du Roy qui s’en prend à la décrédibilisation des personnels journalistiques auprès des opinions.
En contrepoint, à l’heure du tout virtuel, Internet a profondément modifié la parole structurant l’espace public, notamment pour ce qui touche aux processus d’interaction sociale (« peer to peer »), de délibération et de décision. C’est ainsi qu’il a permis à des formes de parole parfois très hétérodoxes, de se développer et de transmettre des contenus de toute sorte. Internet induit également de nouveaux types de relations interpersonnelles profondément originales.
Mais une telle prolifération de la parole comporte aussi des dérives : ne risque-t-elle pas de détruire, sous l’effet de sa propre inflation, la liberté de parole elle-même ? C’est ainsi que Patrice Flichy, professeur de Sociologie à l’Université Paris-Est, se demande si ce nouvel univers médiatique qu’est Internet favorise la délibération démocratique et s’il est légitime de redouter comme certains, une balkanisation des enjeux politiques autant qu’une fragmentation des opinions publiques ?
→ Étape 1 : la prise de notes (45 minutes): textes 1 et 2 : 15 minutes ; texte 3 : 30 minutes. Lisez les textes en relevant les informations vous paraissant les plus utiles au traitement de la problématique : relevez synthétiquementle thème précis, la thèse de l’auteur ou l’enjeu posé, ainsi que quelques arguments ou exemples représentatifs. Ne rentrez pas dans les détails : allez toujours vers l’interprétation textuelleGLOBALE.
1. Patrick Amey, La Parole à la télévision : Les dispositifs des talk-shows, Paris L’Harmattan 2009, page 13(Depuis : « Ainsi donc, on postule… » jusqu’au bas de la page : « assigne des postures actorielles aux protagonistes de la scène de parole »). Le passage que j’ai sélectionné est très court. Obligez-vous à le synthétiser. Posez-vous quelques questions évidentes, mais pourtant essentielles : de quoi est-il question dans ce passage ? Quels est l’axe directeur ?
2. Le deuxième texte sur lequel je vous invite à réfléchir est tiré de l’essai du journaliste Albert du Roy, La Mort de l’information(Paris Stock 2007). Lisez en particulier ce passage dans lequel l’auteur déplore la décrédibilisation des systèmes d’information traditionnels. Passage à lire : depuis le haut de la page, jusqu’au milieu de la page suivante : « Toujours l’obsession de se montrer pour exister ».)
3. Enfin, lisez cet article de Patrice Flichy, « Internet, un outil de la démocratie ? » (laviedesidees.fr, 14 janvier 2008) en vous attachant plus particulièrement aux passages suivants :
Introduction ;
Agora électronique ou confusion ;
Des communautés d’intérêt moins homogènes qu’on ne le croit ;
→ Étape 2 : le réinvestissement des notes (30 minutes)
Essayez d’abord de répondre très brièvement aux questions suivantes en vous obligeant à réinvestir vos notes pour chacune de vos réponses, qui seront structurées autour d’un argument, illustré par un exemple précis.
– Dans quelle mesure les nouveaux médias défient-ils les médias d’actualité traditionnels ? – Les médias électroniques ou numériques sont-ils si différents des médias traditionnels ? – Est-ce que les nouvelles technologies ont changé la nature de l’information ? – Quelles inquiétudes peuvent faire surgir les nouvelles technologies d’information et de communication ? – L’affaiblissement des médias traditionnels censés représenter l’intérêt général, annonce-t-il la prolifération des communautarismes ? – Dans quelle mesure l’apparition de nouveaux supports d’expression grâce à Internet peut-elle contribuer à la création d’un espace démocratique ?
Enfin, choisissez l’un de ces questionnements et essayez de construire un plan d’écriture personnelle en moins de 10 minutes.
Bon courage à toutes et à tous pour l’examen ! Prochains rendez-vous « 75 minutes » : dimanche 20 avril (thème : « Cette part de rêve… ») ; mardi 22 avril (thème : Paroles… »).
Le rêve comme déchiffrement : Du visible à l’invisible
Le point de départ de cet entraînement (difficile il est vrai) à l’épreuve d’Expression et Culture générale du BTS, a été une citation bien connue de tous et qui m’est revenue en mémoire : « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux »… Nul en effet n’a oublié ces propos à juste titre célèbres d’Antoine de Saint Exupéry* dont les rêveries vers l’enfance l’ont conduit à rédiger LePetit prince.
Publié le 6 avril 1943 à New York, et contrastant avec la pesante réalité de la guerre, ce conte poétique et philosophique est bien la projection des rêves de Saint Exupéry* lors de son exil aux États-Unis. Mêlant dans la même osmose le réel et l’irréel, il se rapproche de la perspective du songe éveillé et prend même des allures de rêve-pressentiment puisque c’est en 1944 que l’auteur de Vol de nuit disparaîtra lors d’une mission de reconnaissance.
Dans une remarquable étude qu’elle a consacrée en 1976 à l’œuvre, Marie-Anne Barbéris affirme avec une grande pertinence : « Le petit prince fascine par son pouvoir étrange de faire descendre pour quelques instants l’absolu sur terre. Mais de cet absolu, nul ne revient […]. Le rêve de ce petit prince, c’est de faire peut-être de la terre entière, un lieu utopique, c’est-à-dire par opposition à ce qui existe un lieu où le bonheur serait possible […] »¹.
Comme « élaboration de la pensée imaginative qui transforme la réalité »², le rêve est donc caractéristique de cet ouvrage, qui incarne très poétiquement un imaginaire de transcendance de l’homme, à la fois comme être au monde et comme expérience de soi-même. De l’irréalité du rêve, Le Petit prince reprend à ce titre la dimension allégorique, invitant le lecteur à passer du récit autobiographique comme source d’inspiration à un voyage onirique autant qu’initiatique.
Je vous invite donc, à partir de ce corpus, à réfléchir à la signification symbolique, voire spirituelle du rêve. Comme « expression de l’inconscient, de la vie mentale »², le rêve n’est-il pas la « manifestation d’une transcendance », selon l’expression de Françoise Parot (doc. 1) ? Si la mort donne accès au monde de la transcendance, comme le suggère implicitement la fin mélancolique du Petit prince, le rêve en entrouvre la porte : en ce sens, il se prête au déchiffrement.
Cette idée me semble très bien exprimée dans le document 4 : en s’appuyant sur l’exemple artistique du romantisme, Madeleine et Henri Vermorel, tous deux psychanalystes, abordent « le rêve comme transfiguration de la vie ». Cette force de transfiguration du monde visible et du réel, en ouvrant l’accès à l’inconscient, ouvre à une révélation intime. Ainsi le rêve, comme détournement des contingences, prend-il des allures cosmiques et oniriques, proches du conte et du mythe.
S’affranchissant des éléments référentiels, la peinture de Puvis de Chavannes (document 3) est à cet égard très représentative de cette quête symboliste où l’invisible se laisse entrevoir dans le visible, les valeurs spirituelles dans les illusoires valeurs terrestres. Comme le suggère la peinture (regardez bien la notice explicative), le rêve apparaît comme moyen de transcendance vers l’absolu : ainsi disparaît la distance entre l’être et le sens.
Le recours à la construction allégorique amène bien évidemment à réfléchir à cet « essentiel […] invisible pour les yeux » dont parlait Saint Exupéry* : nous touchons là —comme le rappelle le dictionnaire en ligne du CNRTL (doc. complémentaire) en citant Carl Jung— à la fonction mythique du rêve, « qui reconstitue l’équilibre total de notre psychisme tout entier ». Comme abandon de soi-même, le rêve rend donc possible un authentique retour sur soi-même.
Ainsi que le suggère ce corpus, la nature du rêve reste insaisissable, voici pourquoi il constitue une énigme à décrypter : c’est ce que suggère le contenu latent du Petit prince : n’est-ce pas un secret d’enfance qui se dévoile dans le rêve éveillé de Saint Exupéry ? Ainsi, le chemin qui mène du « principe de réalité » au « principe de rêve » est à la fois une quête métaphysique et un chemin initiatique : celui d’une élévation intérieure, et d’une poétique de l’invisible.
Écriture personnelle (20 points) : Dans quelle mesure peut-on considérer le rêve comme une fenêtre sur l’invisible ? Vous répondrez de façon argumentée, en prenant appui sur le corpus de documents, sur le travail de l’année ainsi que sur vos lectures personnelles.
Document 1 : Françoise Parot, « Le rêve et l’invisible« , Science et Avenir Hors-Série « Le Rêve » Décembre 1996. Françoise Parot est maître de conférences à l’université Paris-V
LE RÊVE COMME MANIFESTATION D’UNE TRANSCENDANCE
Le rêve n’est pas un fait brut. Comme tout produit de l’imaginaire, il relève des rapports que les hommes créent puis entretiennent avec un autre monde, invisible, qui double le monde réel, désespérément vide de sens. Ce vide essentiel du monde matériel est à l’origine d’une caractéristique universelle des cultures humaines, liée au langage qui les distingue de l’animalité : l’exigence symbolique, c’est-à-dire la nécessité d’une distinction entre le monde des choses et celui des représentations. Cette exigence est satisfaite par une instance, différente selon les sociétés, qui gère la distance entre le réel et sa représentation consciente et surtout inconsciente, entre le réel et le sens qu’on lui donne. Cette instance légitime en même temps cette attribution de sens.
S’il faut, pour prétendre à l’humanité, donner du sens au réel matériel qui en est vide, où aller le puiser ? Alors que la réponse contemporaine, diversement appréciée, se résumerait en un lapidaire « dans la science », les médiévaux répondaient dans l’Église, et les Grecs sur l’Olympe. La religion a géré et institué pendant des siècles ce clivage entre ce monde-ci (insensé) et l’autre (qui le gouverne). Que cet autre monde soit le produit de l’imaginaire ne lui enlève rien de sa puissance, au contraire, pourvu que justement une instance, l’Église ou le sorcier, institue le rapport aux images qu’il suscite.
Toute organisation sociale, c’est-à-dire toute vie en groupe, appelle une instance, pas toujours une institution, qui légitime par son autorité acceptée la véracité des discours. On peut évoquer ici un concept utilisé par Pierre Legendre en psychanalyse, celui de tiers séparateur : dans la relation œdipienne, le père impose à l’enfant, par la relation qu’il a avec la mère, la séparation, la « dé-fusion » ; son autorité en devient telle qu’il représente la Loi, « l’instance qui dit le vrai », au niveau symbolique individuel. De même, dans la vie en groupe, le recours inévitable à un langage qui représente la réalité engendre le clivage entre les choses et les mots. Autrement dit, la vie sociale implique une instance qui assume la fonction mythologique. Toute société a besoin de mythes conçus comme un ensemble de discours considérés comme disant la vérité sur l’origine, l’histoire, les héros, le passé, etc., et normatifs, parce qu’ils énoncent la causalité à l’oeuvre dans le monde matériel.
Ainsi, le rêve résulte-t-il toujours d’une activité du monde invisible qui lui confère un sens ; être reconnu comme tel nécessite l’adhésion du groupe et sa cohérence avec le mythe. Qu’on pense par exemple au sort de Pénélope si, sur le divin divan de Vienne, elle avait fait au maître le récit d’une visite nocturne d’un personnage onirique, Oneiros, venu lui délivrer un oracle sur le sort de son époux. Inaudible, même pour Freud, elle l’aurait entendu tenir des paroles in-sensées.
Dans les temps obscurs comme dans la Grèce homérique, l’autre monde, invisible et abstrait bien sûr, est fort lointain ; transcendance majeure de l’Olympe qui envoie des émissaires nocturnes éclairer ses desseins à un rêveur passif. A partir du VIe siècle, les échanges avec les peuples venus d’Asie apportent des éléments de chamanisme, la conviction de la séparabilité de l’âme et du corps. L’âme va désormais se promener pendant le rêve, prendre son envol vers le royaume des morts, des astres et des dieux […]. Comme dans les sociétés animistes, le monde invisible et celui des corps entretiennent des rapports institués par la magie, inséparable compagne de l’imaginaire. Les mythes, par exemple l’orphisme, évoquent l’origine du monde, des âmes et la mentalité grecque si l’on veut, par un ensemble de paroles, defata (destin), qui agencent, pour les Grecs de cette période-là, l’ordre du symbolique qui entre autres leur permet de comprendre leurs rêves.
Le christianisme a bâti son empire sur un tel héritage. Il a rempli magistralement, comme le montre l’historien Jacques Le Goff, la fonction maîtresse qui est de dire le vrai. Devant la tentation païenne, dite « populaire », de rendre le monde invisible du divin aussi matériel que possible, l’Église affirme la spiritualité absolue du monde de Dieu et le met hors de portée. Le rêve doit être alors une vision réservée à un saint, un martyr ou un évêque, l’entrevue béatifique ne pouvant être qu’exception. Mais, dans cette « société aux rêves bloqués », comme la qualifie Jacques Le Goff, les récits de songes abondent qui donnent à voir le plus souvent un défunt soumis au feu purgatoire, implorant que les suffrages des survivants écourtent ses peines. Ces récits, que des illettrés viennent conter aux clercs, visions ou voyages dans l’au-delà, l’Église les christianise, leur confère sa rationalité. Tiers abstrait, elle tient à distance le besoin populaire de spatialiser la vie spirituelle. Les rêves créent des images pour se représenter, à soi-même, dans son for intérieur, l’invisible. L’Eglise ne laisse pas ce rapport à l’invisible lui échapper, et proscrit toute relation incarnée et personnelle avec le divin pour préserver son monopole. Si les rêves vrais sont l’oeuvre de Dieu, certains sont réputés trompeurs, car envoyés par Satan; et comme il est souvent délicat de s’y retrouver, elle préfère généraliser une méfiance à l’égard des rêves.
La lente montée de la subjectivité, ce discours autonome de l’intérieur qui va devenir source du monde, promeut, dans une explosion fascinante, un renversement décisif à l’aube du XIXe siècle. Le romantisme porte le fer au cœur, disqualifie la bipartition du monde, ouvre les vannes, abolit les frontières : l’âme du monde est partout -, Dieu est en nous. Son immanence répand alors sur le réel matériel lui même les caractères de ce qui est divin : l’impénétrabilité, l’inaccessibilité, l’invisibilité (et les philosophes des lumières n’y peuvent rien) ; aux profondeurs de notre être, la vérité obscure que la raison nous voile. Dans le sommeil de la conscience —enfin—, le rêve, comme la mort, lève ce voile et nous laisse entrevoir les entrailles du monde ; il les révèle poétiquement car le rêve parle la langue adamique d’avant la chute. Le rêve romantique est une ouverture généralisée, une communion renouée avec le monde invisible, que la conscience nous cache mais qui est là, dedans comme dehors. Une question surgit incontournable: dans ce monde unique qui dit le vrai ? La dé-raison guette les romantiques, parce que l’effet séparateur du tiers s’est dissout, a ouvert la voie psychotique à la fusion entre le réel et son image, entre le monde sensible et Dieu.
L’ouverture et la fusion, forcément séduisantes, ne peuvent assurer la cohésion d’une société. Parce que nous utilisons un langage qui est aussi représentatif (et pas seulement communicatif), un clivage s’impose, une place pour le vide, une séparation et des mythes qui l’instituent. La place est toute trouvée, attirante et inouïe à l’intérieur de nous-mêmes. Le discours freudien fait écho au mythe général du XXe siècle et l’affermit. Ce mythe remplit sa fonction de nous tenir debout et de nous donner du sens. Nous croyons en lui et il nous apprend notre toute-puissance: le monde invisible comme le monde visible sont au-dedans, et la coupure, puisqu’il en faut, la séparation, passe au-dedans de nous. Nous sommes la source de nos rêves. Évidence ? Certes, mais troublante parce que nous y adhérons sans faillir.
Devant cette mutation de la vérité, le XXe siècle s’attelle à la tâche, cherche dedans le monde invisible qui nous envoie nos rêves. Et il le trouve ; avec des méthodes extrêmement différentes, la psychanalyse et la neurophysiologie « fouillent » notre intériorité. La place est restée marquée de tous les attributs de l’invisible, et le monde qu’on découvrira là sera nécessairement transcendant. La psychanalyse nous remplit d’un inconscient, source des rêves et de tout le reste. Ce monde invisible nous gouverne : là, dedans, il y a quelqu’un d' »autre » qui tire les ficelles. Monde invisible, complexe comme il sied, là, dedans. Dans le même temps, par d’autres détours, la neurophysiologie nous propose une conception « bouchère », pour reprendre l’expression de Pierre Legendre à propos de la filiation, qui fait du cerveau, singulièrement du cortex, le monde invisible qui mène le bal. Pendant que je dors, là, dedans, tous les 90 minutes inexorablement, sans que je m’en rende compte, mon cortex s’active, fabrique mes rêves ; et « je » n’y peux rien. Transcendance donc, transcendance humanisée, par le haut ou par le bas, mais transcendance toujours ; et peut-être heureusement, parce qu’il faut bien que le monde ait un sens, que nous lui en trouvions un, pour ne pas sombrer. L’angoisse cependant en est le prix, puisque c’est maintenant de nous-mêmes qu’il nous faut faire sortir toute normativité.
–
Document 2 : Pierre Puvis de Chavannes, « Le Rêve », 1883 Huile sur toile. Paris, musée d’Orsay
Extraits de la Notice : Quand Le rêvede Pierre Puvis de Chavannes est présenté au Salon des artistes français de 1883, le livret qui accompagne l’exposition précise le sujet représenté : « Il voit dans son sommeil, l’Amour, la Gloire et la Richesse lui apparaître. »
Sous un beau clair de lune, un jeune homme, probablement voyageur comme le laisse supposer le baluchon à ses côtés, s’est endormi au pied d’un arbre. Trois jeunes femmes lui apparaissent en rêve, volant dans le ciel étoilé : la première des roses à la main évoque l’Amour, la deuxième brandit la couronne de laurier de la Gloire tandis que la dernière répand les pièces de la Fortune. Présentation extraite de la notice du Musée d’Orsay.
J’ai ainsi vécu seul, sans personne avec qui parler véritablement, jusqu’à une panne dans le désert du Sahara, il y a six ans. Quelque chose s’était cassé dans mon moteur. Et comme je n’avais avec moi ni mécanicien, ni passagers, je me préparai à essayer de réussir, tout seul, une réparation difficile. C’était pour moi une question de vie ou de mort. J’avais à peine de l’eau à boire pour huit jours.
Le premier soir je me suis donc endormi sur le sable à mille milles de toute terre habitée. J’étais bien plus isolé qu’un naufragé sur un radeau au milieu de l’Océan. Alors vous imaginez ma surprise, au lever du jour, quand une drôle de petite voix m’a réveillé. Elle disait :
– S’il vous plaît… dessine-moi un mouton !
– Hein !
– Dessine-moi un mouton…
J’ai sauté sur mes pieds comme si j’avais été frappé par la foudre. J’ai bien frotté mes yeux. J’ai bien regardé. Et j’ai vu un petit bonhomme tout à fait extraordinaire qui me considérait gravement. Voilà le meilleur portrait que, plus tard, j’ai réussi à faire de lui. Mais mon dessin, bien sûr, est beaucoup moins ravissant que le modèle. Ce n’est pas ma faute. J’avais été découragé dans ma carrière de peintre par les grandes personnes, à l’âge de six ans, et je n’avais rien appris à dessiner, sauf les boas fermés et les boas ouverts.
Je regardai donc cette apparition avec des yeux tout ronds d’étonnement. N’oubliez pas que je me trouvais à mille milles de toute région habitée. Or mon petit bonhomme ne me semblait ni égaré, ni mort de fatigue, ni mort de faim, ni mort de soif, ni mort de peur. Il n’avait en rien l’apparence d’un enfant perdu au milieu du désert, à mille milles de toute région habitée. Quand je réussis enfin à parler, je lui dis :
– Mais… qu’est-ce que tu fais là ?
Et il me répéta alors, tout doucement, comme une chose très sérieuse :
– S’il vous plaît… dessine-moi un mouton…
Quand le mystère est trop impressionnant, on n’ose pas désobéir. Aussi absurde que cela me semblât à mille milles de tous les endroits habités et en danger de mort, je sortis de ma poche une feuille de papier et un stylographe. Mais je me rappelai alors que j’avais surtout étudié la géographie, l’histoire, le calcul et la grammaire et je dis au petit bonhomme (avec un peu de mauvaise humeur) que je ne savais pas dessiner. Il me répondit :
– Ça ne fait rien. Dessine-moi un mouton.
Comme je n’avais jamais dessiné un mouton je refis, pour lui, l’un des deux seuls dessins dont j’étais capable. Celui du boa fermé. Et je fus stupéfait d’entendre le petit bonhomme me répondre :
– Non ! Non ! Je ne veux pas d’un éléphant dans un boa. Un boa c’est très dangereux, et un éléphant c’est très encombrant. Chez moi c’est tout petit. J’ai besoin d’un mouton. Dessine-moi un mouton.
Alors j’ai dessiné.
Il regarda attentivement, puis :
– Non ! Celui-là est déjà très malade. Fais-en un autre.
Je dessinai : Mon ami sourit gentiment, avec indulgence :
– Tu vois bien… ce n’est pas un mouton, c’est un bélier. Il a des cornes…
Je refis donc encore mon dessin : Mais il fut refusé, comme les précédents :
– Celui-là est trop vieux. Je veux un mouton qui vive longtemps.
Alors, faute de patience, comme j’avais hâte de commencer le démontage de mon moteur, je griffonnai ce dessin-ci. Et je lançai :
– Ça c’est la caisse. Le mouton que tu veux est dedans.
Mais je fus bien surpris de voir s’illuminer le visage de mon jeune juge :
– C’est tout à fait comme ça que je le voulais ! Crois-tu qu’il faille beaucoup d’herbe à ce mouton ?
– Pourquoi ?
– Parce que chez moi c’est tout petit…
– Ça suffira sûrement. Je t’ai donné un tout petit mouton.
Il pencha la tête vers le dessin :
– Pas si petit que ça… Tiens ! Il s’est endormi…
Et c’est ainsi que je fis la connaissance du petit prince.
–
Document 4 : Madeleine Vermorel et Henri Vermorel, De la psychiatrie à la psychanalyse : Cinquante ans de pratique et de recherches, Paris L’Harmattan 2013, page 121. Depuis « Troisième découverte romantique : le rêve comme transfiguration de la vie » (titre), jusqu’à « qui laisse au poète la magie créatrice du verbe ».
–
Document complémentaire : Article « Rêve« , Dictionnaire en ligne du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (CNRTL).
RÊVE,subst. masc.
A. −[Pendant le sommeil]
1.Suite d’images, de représentations qui traversent l’esprit, avec la caractéristique d’une conscience illusoire telle que l’on est conscient de son rêve, sans être conscient que l’on rêve.Rêve nocturne ; rêve agréable, enchanteur, érotique, idyllique, inextricable, insensé; beau, doux rêve; écrire, se rappeler ses rêves; mémoriser ses rêves ; faites de beaux rêves.Cette nuit-là il eut un rêve. Il revit en songe l’entrée de la forêt de Sonneck, la métairie, les quatre arbres et les quatre oiseaux (Hugo, Rhin, 1842, p. 190) :
1. Le valet de chambre entrait. Je ne lui disais pas que j’avais sonné plusieurs fois, car je me rendais compte que je n’avais fait jusque-là que le rêve que je sonnais. J’étais effrayé pourtant de penser que ce rêve avait eu la netteté de la connaissance. La connaissance aurait-elle, réciproquement, l’irréalité du rêve ? Proust, Sodome, 1922, p. 985.
− Loc.En rêve.Synon. en songe.Apparaître en rêve; entendre, revoir qqn en rêve; parler en rêve.Il s’était réveillé la nuit, croyant voir sa mère en rêve, qui lui reprochait son départ (Krüdener,Valérie, 1803, p. 212).
− Absol.[P. oppos. à l’état de conscience de veille]Activité psychique pendant le sommeil.Le rêve, l’état de rêve.Le Rêve est une seconde vie. Je n’ai pu percer sans frémir ces portes d’ivoire et de corne qui nous séparent du monde invisible (Nerval, Œuvres, t. 1, Aurélia, 1960 [1855], p. 359). Herder demande au rêve ce que lui demande le romantisme: sa légèreté contrastant avec la pesante réalité, son atmosphère de féerie, et surtout la révélation des secrets de l’âme (Béguin, Âme romant., 1939, pp. 157-158).
2.En partic.
a)[Le rêve considéré comme annonçant l’avenir et pouvant inspirer la conduite de qqn]Synon. songe.Rêve initiatique, prophétique, télépathique, visionnaire; rêve-pressentiment (Symboles 1969, p. 647).L’Égypte ancienne prêtait aux rêves une valeur surtout prémonitoire: Le dieu a créé les rêves pour indiquer la route aux hommes quand ils ne peuvent voir l’avenir, dit un livre de sagesse (Symboles1969, p. 646).
♦ Rêve d’incubation.Synon. de songe* thérapeutique. Le rêve d’incubation est aussi pratiqué par les Juifs, et dans le même état d’esprit que celui des Hittites (M.-A. Descamps, La Maîtrise des rêves, 1983, p. 112).
b)[Le rêve comme expression de l’inconscient, de la vie mentale]Analyse, mécanisme, sens, structure du rêve.Le langage du rêve va chercher très loin ses métaphores et paraît se référer à une langue inconnue de nous, où chaque objet possède des qualités très éloignées de celles que nous lui reconnaissons d’ordinaire (Béguin, Âme romant., 1939, p. 109). Le symbolisme est le langage par excellence du rêve ; il est à la fois expression et masque, satisfaisant en cela à la double contrainte du rêve (Poinso–Gori 1972).
− [Avec déterm. dépréc.]Synon. de cauchemar. Rêve effrayant.Puis viennent des symboles hideux, des larves, des figures grimaçantes, comme dans un mauvais rêve (Michelet, Hist. romaine, t. 1, 1831, p. 38).
− Rêve de qqc. Rêve d’eau, de feu; rêve d’escalier, de gare, de labyrinthe, de lac, de navire, de vol.C’était un rêve de combat et de meurtre. (…) j’avais une épée flamboyante (…) je fondais sur les bataillons ennemis, je les mettais en déroute, je les précipitais dans le Rhin (Sand, Hist. vie, t. 2, 1855, p. 412).
− [Chez Freud]Science des rêves.Freud considérait l’interprétation des rêves comme « la voie royale de la connaissance de l’inconscient » et l’étude de ses propres rêves comme le mode initiatique le plus adéquat à la formation psychanalytique (Poinso–Gori 1972).
− [Chez C. G. Jung]Rêve allégorique, mythique.La fonction générale des rêves est d’essayer de rétablir notre équilibre psychologique à l’aide d’un matériel onirique qui, d’une façon subtile, reconstitue l’équilibre total de notre psychisme tout entier (C. G. Jung, L’Homme et ses symboles, 1964, pp. 49-50).
− PSYCHOL. EXP.Centre, clinique, laboratoire des rêves; état, phase de rêve; ondes du rêve.On sait depuis longtemps ce qui se passe si on prive l’homme de nourriture ou de boisson. Mais qu’adviendrait-il si on arrivait à le priver de rêves? (…) Ne pas rêver peut conduire à la mort (Psychol.1969, p. 497).
c)[Le rêve dans ses rapports avec les agents extérieurs, avec les sensations]Rêves cénesthésiques, physiologiques.Une même stimulation extérieure provoque des rêves différents chez des sujets différents (Psychol.1969, p. 491). Descartes (…) a (…) pu faire des découvertes sur le rêve et apercevoir, par exemple, l’origine de certains rêves dans des sensations. Ainsi il note qu’il rêve qu’il est percé par une épée et s’aperçoit en se réveillant qu’il est piqué par une puce (M.-A. Descamps, La Maîtrise des rêves, 1983, p. 29).
3.Absol.[P. oppos. avec la réalité]Pays, royaume du rêve.
a)[Réalité du rêve ; le rêve vécu comme réel, comme surréel; la réalité perçue comme une illusion]Beauté, évidence, merveille du rêve.Herder fut le père du romantisme (…) [il] oppose, au monde du temps et de l’espace, celui du rêve et de la poésie. Le rêve est proposé en exemple au poète pour la souveraineté de l’esprit qui se délivre des contingences (Béguin, Âme romant., 1939, p. 157).
b)[Irréalité du rêve; le rêve perçu comme irréel]Être dans un rêve, comme dans un rêve.Ces murs abandonnés, croulant et s’effaçant dans le sable! Smara (…) c’est une cité de nuages qui se défont, un rêve à peine matérialisé, un mirage (Mauriac, Journal 1, 1934, p. 16).
[…]
B. −[Dans l’état de veille]
1.[P. anal. avec le rêve nocturne]Élaboration de la pensée imaginative qui transforme la réalité.Champ, espace, puissance du rêve.C’est ce pouvoir de rêve qui lui fait apercevoir dans toute existence, même médiocre, une solitude et une poésie. C’est ce pouvoir de rêve qui l’a sauvé des misanthropies desséchantes du pessimisme (Bourget, Nouv. Essais psychol., 1885, p. 249).Quand un esprit est porté au rêve, il ne faut pas l’en tenir écarté, le lui rationner (…). Si un peu de rêve est dangereux, ce qui en guérit, ce n’est pas moins de rêve, mais plus de rêve, mais tout le rêve (Proust, J. filles en fleurs, 1918, p. 843).
− P. méton.Ce qui en résulte ; le fait lui-même.Rêve d’évasion.Une rêverie perpétuelle, que l’action et la parole dérangent, voilà quelle a été ma vie (…). C’est le rêve qui est ma vie réelle, et la vie en est la distraction (Vigny,Journal poète, 1851, p. 1285). Tes cheveux contiennent tout un rêve, plein de voilures et de mâtures, ils contiennent de grandes mers dont les moussons me portent vers de charmants climats (Baudel., Poèmes prose, 1867, p. 83).
− PSYCHOL., PSYCHOTHÉRAPIE.Rêve diurne. « Scénario imaginé à l’état de veille, soulignant ainsi l’analogie d’une telle rêverie avec le rêve » (Mantoy Psychol. 1971, p. 426).Les rêves diurnes constituent, comme le rêve nocturne, des accomplissements de désir ; leurs mécanismes de formation sont identiques, avec prédominance de l’élaboration secondaire (Mantoy Psychol. 1971, p. 426). Rêve éveillé dirigé. « Technique consistant à provoquer, à l’état de veille, une sorte de rêverie riche en images que le patient exprime à haute voix devant le psychothérapeute » (Carr.–Dess. Psych. 1976).
[…]
Netiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, cet article est protégé par copyright. Ils est mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le nom de l’auteur ainsi que la référence complète de l’article cité (URL de la page).
« La Californie nous semble familière, comme un paradis des vacances qui défraie périodiquement la chronique : le soleil, Hollywood, le surf sur les plages, Los Angeles, les orangers, le gouverneur Arnold Schwarzenegger, Yosemite, le « Big One » qui devrait éclipser le tremblement de terre de 1906, la Silicon Valley, San Francisco et les mariages gays. De façon récurrente, les médias nous affirment que là est notre futur, et on pourrait croire que certains vont y chercher l’inspiration. Pourtant, à y regarder de plus près, on se fait beaucoup d’idées fausses sur la Californie. C’est une terre de contrastes et de contradictions, d’où la dualité devenue cliché entre rêve et cauchemar. »
Annick Foucrier, Antoine Coppolan, La Californie : périphérie ou laboratoire ? Paris L’Harmattan, « Introduction », page 7
Ces propos d’Annick Foucrier et d’Antoine Coppolan nous amènent à la problématique développée dans ce corpus. État mythique de la Côte Ouest, la Californie est l’un des symboles du rêve américain : plus encore qu’une success story, elle accueille depuis toujours tous ceux qui ont rêvé de liberté et de richesse. Lieu éveilleur d’espérances, la Californie est aussi un territoire de migrations vers lequel affluent, parfois dramatiquement, tous les damnés de la terre.
Dans les années 1930, elle attire les paysans ruinés du Middle West… C’est cette histoire que raconte magnifiquement John Steinbeck dans Les Raisins de la colère. Mais cette ruée vers l’or se révélera illusoire : à leur arrivée, les familles ne trouveront que misère et dénuement. Plus prés de nous, l’immigration clandestine en provenance du Mexique a fait de la Californie le théâtre d’un rêve mais aussi de nombreuses désillusions. Tel est l’objet de ce corpus totalement inédit.
Bruno Rigolt, avril 2014
Corpus :
Document 1 : Julien Clerc, « La Californie » (paroles d’Étienne Roda Gil), 1969
Document 2 : Le Petit futé, Californie, « Country guide » 2014-2015
Document 3 : John Steinbeck, Les Raisins de la colère, (Grapes of Wrath), 1939
Document 4 : France Farago, Christine Lamotte, La Justice : Prépas scientifiques Programme 2011-2012, 2011
Document 5 : Geneviève Fabre, Parcours identitaires, Paris, Presses de la Sorbonne nouvelle, 1993
Activités d’écriture :
Synthèse (40 points) : Vous réaliserez une synthèse concise, ordonnée et objective de ce corpus.
Écriture personnelle (20 points) : Selon vous, le compromis est-il préférable au rêve ?
Document 1. Julien Clerc, « La Californie » (1969). paroles d’Étienne Roda Gil, musique de Julien Clerc
La Californie (chœurs, x4)
La Californie Se dore près de la mer Et ne connaît pas l’été de la mer. La Californie Est une frontière Entre mer et terre, Le désert et la vie.
La Californie (x2) La Californie (chœurs, x2)
Les palétuviers dorment sous le vent, La cannelle fauve embaume ton temps. La Californie est une frontière Entre mer et terre, Le désert et la vie.
La Californie (x2) La Californie (chœurs, x2)
Près des orangers C’est là que t’attend, Au fond de tes rêves Ton prince charmant…
La Californie (x2) La Californie (chœurs, x2)
Mais la Californie Est si près d’ici, Qu’en fermant les yeux Tu pourrais la voir Du fond de ton lit…
La Californie (x2) La Californie (chœurs, x2) La Californie (x2) La Californie (chœurs, x4)
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Document 2. Le Petit futé (Collectif), Californie, 2014
Collectif (Dominique Auzias, Jean-Paul Labourdette…) Le Petit futé, Californie, Arizona, Nevada, Utah « Country guide » 2014-2015, page 9
Publiés en 1939, dix ans après la faillite de Wall Street qui marquera les débuts de la « grande dépression », et ne cessera plus de hanter la conscience collective américaine, les Raisins de la colère racontent l’épopée tragique d’une famille de métayers, les Joad, dépossédés de leur terre par la mécanisation de l’agriculture et l’inhumanité du grand capital face à la petite propriété.
Victimes de prospectus alléchants dont la propagande leur fait miroiter un salaire élevé en échange d’un travail dans les vergers de Californie, les Joad, comme des centaines de milliers d’autres « Okies » (les habitants pauvres de l’Oklahoma), se jettent sur la route 66 pour émigrer d’est en ouest vers la Californie, nouvelle « terre promise »… Mais cette ruée vers l’or se révélera illusoire : à leur arrivée, les familles ne trouveront que misère et dénuement. (B. R.). Pour une présentation plus exhaustive, cliquez ici.
Document 5 : Geneviève Fabre, Parcours identitaires, Paris, Presses de la Sorbonne nouvelle, 1993. Depuis la page page 25 (« Plaque tournante du Pacifique » troisième ligne, haut de page) jusqu’à la page 27 (« et non comme simple lieu de travail » haut de la page).
À l’occasion de la Journée Internationale de la Femme, l’Espace Pédagogique Contributif va publier plusieurs travaux de recherche consacrés au féminisme. Après le très bel exposé de Sybille consacré à l’écrivaine Colette (« Colette ou le féminisme humaniste« ), voici une non moins remarquable contribution : Manon, Oscar et Slimane, tous trois élève de Première S, ont choisi d’aborder la question des stéréotypes de genre…
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La question du genre rôles et stéréotypes Socio-anthropologie de l’image de la femme
par Manon B., Oscar P. et Slimane H.-M. (*) Classe de première S2 Promotion 2013-2014
* Relecture du manuscrit et ajouts éventuels : Bruno Rigolt. Certains passages de cette étude ont été modifiés ou réécrits pour correspondre davantage au Cahier des charges éditorial de cet Espace Pédagogique. B. R.
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« On ne naît pas femme, on le devient. » Simone de Beauvoir, Le Deuxième sexe, 1949
« L’homme doit être élevé pour la guerre, et la femme pour le délassement du guerrier. » Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra (1883-1885)
Introduction générale
Les rôles de la femme et de l’homme dans la société ont été, depuis des millénaires, fortement déterminés, ancrés et intériorisés par des normes patriarcales et hiérarchiques qui ont traversé les siècles sans subir de modifications significatives : au sexe dit faible il a été attribué la tenue de la maison et l’éducation des enfants, autrement dit la sphère domestique. À l’homme, le travail à l’extérieur, la charge de nourrir la famille et la prise de décision.
À partir du dix-neuvième siècle pourtant, sous l’impact intellectuel de l’Europe, la masculinité hégémonique a été quelque peu contestée. Mais c’est au vingtième siècle que le féminisme est devenu particulièrement en occident une contre-culture, consacrant l’émancipation et l’autonomisation des femmes, et revendiquant un modèle égalitariste qui a bouleversé le fonctionnement multiséculaire de la société. C’est ainsi qu’aux images de mère de famille modèle, et de maîtresse de maison accomplie, s’est progressivement superposée celle d’une dynamique égalitariste et carriériste.
Certes, à l’heure actuelle, quand on aborde les relations « hommes/femmes », il est souvent question dans les médias que les femmes seraient devenues « des hommes comme les autres »… Néanmoins, il faut se rendre à l’évidence : l’image de la femme est toujours victime de nombreux stéréotypes ; de nos jours encore au vingt-et-unième siècle, de nombreux préjugés, y compris de l’éducation, renforcent les rôles sexospécifiques traditionnels |1|. De façon plus générale, il arrive quotidiennement que la femme soit, dans les médias ou plus simplement dans les mentalités, rabaissée à un objet de désir ou de fantasme.
Cette objetisation qui s’exprime en particulier par une focalisation sur le corps et les apparences nous a amenés à réfléchir plus spécifiquement sur les rôles et les représentations de la femme dans la société de consommation. Quelle est par exemple l’influence des modèles sociaux ? Dans quelle mesure l’arrivée massive des appareils électroménagers sous l’influence du boom économique des Trente Glorieuses a-t-elle créé une image de la femme en ménagère et en maîtresse de maison ? En contrepoint, comment cette même société de consommation, en favorisant l’entrée massive des femmes dans la vie active, a-t-elle aussi contribué à changer l’image et le statut des femmes ?
Autant de questionnements qui nous amèneront à aborder l’image de la femme dans la société de consommation selon une double perspective. Après avoir étudié en quoi les femmes sont prédisposées à devenir Femme, nous élargirons ces questions liées à la sexospécificité à quelques remarques sur l’image de la femme dans la publicité : nous aborderons ainsi les préjugés et idées reçues sur les femmes mais également l’utilisation de leur image à des fins économiques, voire idéologiques. Nous verrons ainsi qu’aux images de mère de famille modèle et de maîtresse de maison accomplie se superpose désormais celle d’une dynamique carriériste, qui n’est pas exempte non plus de représentations stéréotypées…
« Depuis les années 80, les femmes sont des hommes à temps plein.
Fini les revendications, C’qu’elles ont voulu maintenant elles l’ont… »
Paroles extraites de la chanson interprétée par Michel Sardou, « Être une femme » (2010)
La femme et l’homme dans la société :
des rôles sexospécifiques
Comme le faisait judicieusement remarquer un rapport de la Commission européenne en 2008, « Les stéréotypes constituent des barrières à la réalisation des choix individuels tant des hommes que des femmes. Ils contribuent à la persistance des inégalités en influant sur les choix des filières d’éducation, de formation ou d’emploi, sur la participation aux tâches domestiques et familiales et sur la représentation aux postes décisionnels. Ils peuvent également affecter la valorisation du travail de chacun » |2|.
Ces premières remarques sont riches d’enseignement. De fait, les stéréotypes de genre ont créé de toute pièce un discours sur la femme qui amène en premier lieu à s’interroger sur la notion d’homme-humanité. Pourquoi par exemple désigner la pluralité humaine par le seul nom d’Homme dont l’effet homogénéisateur a pu être légitimement contesté ? Alors que l’Universel-Homme semble accepté, il ne viendrait à l’esprit de personne d’évoquer un « Universel-Femme »…
Même la philosophie des Lumières dans sa fameuse Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, rattache l’homme à une faculté de raison dont la femme, en tant que sujet de droit, est exclue politiquement et juridiquement : « L’universalisme abstrait défendu [dans] la Déclaration […] prétendait parler de l’homme en tant qu’être humain alors qu’en fait il ne s’adressait véritablement qu’à l’homme, en tant que représentant du genre masculin » |3|. Comme le notait Jacqueline Feldman à propos des Lumières, « la rationalité est avant tout le privilège de ceux qui détiennent le pouvoir » |4|.
Autant de remarques qui nous amènent à nous interroger sur la question du « genre » et sur le caractère éminemment discriminatoire et inégalitaire de la distribution traditionnelle des rôles masculin et féminin |5|. Comme le notait Sophie Bailly, « Dans le modèle d’organisation sociale qui semble dominer dans la plupart des cultures, les femmes tiennent donc souvent un rôle maternant et les hommes un rôle protecteur et nourricier. […] Ces rôles sont censés déterminer des comportements de façon suffisamment prévisible pour pouvoir distinguer les femmes et les hommes : une dimension communautaire pour les femmes et une dimension agentive* pour les hommes. […] On voit que ces traits de personnalité reflètent |…] des visions fortement stéréotypées, comme celle de La Femme tournée vers autrui et de L’Homme affirmé qui détient ou recherche le pouvoir » |6|.
* agentivité : Capacité d’une personne à intervenir sur les autres et le monde. Ici le terme désigne la capacité à être un acteur dans l’interaction sociale.
Nous retiendrons de ces propos que la distribution des rôles sexués est liée à de nombreux stéréotypes de genre qui sont à l’origine d’une socialisation très différenciée et souvent arbitraire. Dès le plus jeune âge par exemple, il existe un code couleur selon le sexe du bébé renforcé par les représentations familiales et les pressions industrielles et commerciales : rose pour les petites filles et bleu pour les petits garçons.
Pourtant, cela n’a pas toujours été le cas : comme le rappelle l’historienne américaine Jo B. Paoletti, à partir de l’exemple étasunien, « les vêtements des enfants n’ont commencé à changer et devenir spécifique à un sexe qu’à partir des années 1940. Les vêtements unisexes étaient autrefois la norme : les garçons portaient en effet les mêmes robes blanches que les petites filles jusqu’à l’âge de 6 ans. […] Alors que les couleurs comme le rose et le bleu ont été introduites dans la garde-robe des bébés au milieu du 19è siècle, il a fallu attendre la Première Guerre mondiale pour qu’elles acquièrent une spécificité à un sexe » |7|.
Un véritable « formatage » comportemental…
Ainsi, ces codes de couleur ont déterminé des rôles spécifiques sur le plan social et comportemental qui relèvent d’un marquage sexué : le rose par exemple possède de nombreuses connotations affectives associées très arbitrairement à la fragilité, à la vulnérabilité, à la maternité. Par opposition, le bleu connoterait la force, l’assurance, la maîtrise de soi… Comme on le voit, ces assignations identitaires en fonction de la couleur n’ont rien de biologique ou de scientifique.
Elles sont bien davantage le résultat d’un produit social qui va fortement infléchir les modèles éducatifs. « Les garçons sont ainsi renforcés vers une compréhension physique, logique et conflictuelle du monde, et les filles encouragées à s’engager dans le monde social et impersonnel » |8|. Ce formatage souvent influencé par les impératifs commerciaux, influe largement dans la manière dont les enfants vont appréhender leur identité sexuelle et s’approprier un positionnement vis-à-vis d’eux-mêmes et vis-à-vis des autres |9|.
« Vous voulez un jeu pour garçon ou pour fille ? »
Une fois passé le premier âge, les enfants reproduisent donc ces « rôles » féminins et masculins conventionnels en jouant à des jeux stéréotypés tels que les jeux de patience, la dînette, la petite cuisine ou le bébé pour les filles afin d’éveiller leur sentiment maternel et leur rôle de femme au foyer. Le garçon quant à lui, joue à des jeux de construction, de guerre ou d’action qui lui permettent d’approfondir sa réflexion et son imagination, et d’exprimer sa force ou de légitimer la violence.
On peut constater en effet que les jeux masculins tendent à développer l’aptitude du jeune garçon de s’affranchir du rapport aux normes et de transgresser impunément l’ordre établi. Quant à la petite fille, elle ne fait que répéter dans des jeux à vocation sociale des gestes quotidiens et des postures affectives qui ne lui laissent guère d’autre choix que d’être passive et de reproduire de façon presque redondante l’espace autorisé de la sphère domestique et ménagère : aux garçons la liberté, aux filles la sociabilité et la domesticité.
← Ci contre (en bas à droite), une publicité de Berjuan Toy pour son produit « The Breast Milk Baby », une poupée pour apprendre à allaiter…
Ces conditionnements se retrouvent ensuite dans l’inégal partage des tâches ménagères. Même encore de nos jours, la disparité liée à une répartition très archaïque des rôles hommes-femmes accrédite la thèse selon laquelle les corvées de ménage seraient dégradantes pour un homme. Cette difficulté à participer aux activités domestiques trouve ses origines dans l’histoire politique et religieuse qui a souvent associé la féminité à la souillure et à la faute.
Cherchez la femme…
Toutes les spéculations sur le péché originel font volontiers remonter le malheur qui accable l’humanité à la femme, dont le pouvoir de séduction « suffit à la rendre suspecte lorsque l’on cherche l’origine du mal dans une faute originelle » |10|. De tels déterminismes, en enlevant toute valeur morale à la femme, ne lui proposent en fait de se « racheter » une conduite et une moralité qu’en acceptant sa domesticité : elle doit payer le prix du péché originel. Ainsi lui dit-on dès son plus jeune âge : « Non, ce n’est pas pour les filles ». Si en apparence, une telle phrase ne fait que reproduire des stéréotypes culturels, elle cache en fait une attitude discriminatoire qui associe la réclusion de la femme dans l’univers de la faute et de la culpabilité, au repentir, au mea culpa et au rachat.
Pourquoi donc un garçon se sent-il insulté lorsqu’on le traite de fille ? C’est justement parce qu’il perd tout à coup son statut, sa puissance et sa légitimité : l’homme, c’est d’abord la caractérisation implicite de « Dieu » ; voilà pourquoi il entend se maintenir au sommet de l’échelle sociale. Voilà pourquoi il revendique pour lui-même un pouvoir de sanction, une puissance où se mêlent la force du droit et la légitimité divine : en aucun cas il n’accepte que la femme conquière ce droit |11|.
Comme nous le suggérions en début d’analyse, même si l’émancipation de la femme s’est inscrite implicitement comme idéal dans le libéralisme politique des Lumières, ce mouvement n’a en aucun cas imaginé accorder explicitement une quelconque effectivité juridique à la femme : l’exemple d’Olympe de Gouges qui a déconstruit —et avec quelle verve— dans sa Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne, les présupposés des Lumières, est sur ce point « éclairant » : tant que les Droits de l’Homme ont légitimé un usage de la loi consacrant la soumission de la femme à l’homme, ils n’ont pas été les Droits de la moitié de l’Humanité.
Tous ces schémas se retrouvent donc, même encore de nos jours, dans les attitudes socioculturelles. Ainsi, dans beaucoup de pays et de cultures qui ont fait de la masculinisation de la société une valeur idéologique, avoir une fille est souvent perçu comme une charge, un embarras, un fardeau. Mais est-ce à ce point si « nul » d’être une fille qu’on doive abandonner un bébé ? Pourquoi même de nos jours il semble parfois à ce point honteux d’avoir une fille qu’on apparente sa naissance à une véritable « malédiction », à un véritable mauvais coup du sort ?
Même en occident, si une fille agit comme un « garçon manqué » cela fait sourire… Mais si le jeune garçon est efféminé cela devient alors inquiétant, comme si l’édifice sur lequel s’étaient bâties les qualités masculines de force, de courage et d’ambition, s’était tout à coup écroulé. Comme nous avons pu le constater, les filles (et les garçons) sont conditionnées depuis l’enfance. Nous ne nous rendons peut-être pas compte de ces mécanismes de conditionnement, mais les préjugés et les opinions toutes faites en la matière régissent souvent nos propres jugements de valeur.
Façonnés depuis la naissance, ils reflètent notre éducation, et semblent tellement aller de soi qu’il ne nous viendrait jamais à l’esprit de les remettre en question. Ainsi, concernant la femme, le nombre d’idées reçues et de préjugés véhiculés par la société est impressionnant. Ceux-ci existent d’ailleurs depuis des millénaires : Euripide, dramaturge de la Grèce antique déclare par exemple dans Les Suppliantes (v. 110-1103) : « Pour un père, il n’est rien de plus doux qu’une fille ; l’âme d’un fils est plus haute, mais moins tendre et caressante ». De tels propos, pour élogieux qu’ils semblent, assimilent la femme à un luxe quelque peu futile, voire inutile, et reflètent la prétention des hommes à se croire supérieurs à la femme.
La femme, objet de tous les regards
« La raison tient au fait que le garçon est considéré comme « utile » : il bâtit, il construit, il est force de proposition : à lui le rendement et la productivité, le rapport intéressé au monde, les besoins vitaux. Non que la femme ne puisse pas avoir de telles qualités mais le mieux est de lui assigner les « bonnes manières » qui conviennent à son sexe : le jeu, la gratuité, le rapport désintéressé aux choses : la femme potiche est ainsi l’archétype du « bel objet » ornemental, dépourvu de toute utilité et de toute substance.
Entre Cunégonde « fraîche, grasse, appétissante » de Candide et une femme actuelle dont un homme pourrait dire qu’elle est « à croquer », quelle différence au fond ? C’est toujours la métaphore alimentaire qui est utilisée pour représenter la dépendance sociale de la femme. Instrumentalisée, elle est reléguée au rang d’objet de consommation, objet de luxe ou objet sexuel dont la futilité et l’ignorance n’ont d’égal que le paraître. Ainsi, davantage rattachée au futile qu’à l’utile, la femme engendre une représentation : au sens propre du terme, elle devient l’objetde tous les regards».(Bruno Rigolt)
Man Ray, Le Violon d’Ingres (1924). Paris, Centre Georges Pompidou
La femme comme objet de consommation
La femme est en effet un objet de consommation dont certains ont pu dire qu’elle l’était au même titre que le réfrigérateur, le fer à repasser, le poste de télévision, la voiture, etc. Dès lors, une remarque fondamentale s’impose : entre la femme, muse des poètes et de l’amour, et la femme comme allégorie du consumérisme en passant par la femme « instrument de musique » de Man Ray, « la femme a toujours été réifiée, c’est-à-dire dépossédée de son moi comme sujet identitaire : élevée au rang d’objet symbolique, elle disparaît comme réalité d’une identité subjective »(Bruno Rigolt). Ainsi apparaît le type de la femme futile, de la blonde idiote et séductrice, incapable de penser par elle-même.
Pierre Tchernia au 34ème salon des Arts Ménagers (1965) :
« Achetez une femme ! »
Simone de Beauvoir en 1972 lors d’un rassemblement pour la légalisation de l’avortement. Michel Artault/APIS/Sygma/Corbis
Cette femme réifiée, c’est-à-dire ravalée au rang d’objet, et soumise aux représentations des hommes, a été longuement analysée en 1949 par Simone de Beauvoir dans Le Deuxième sexe. Comme il a été dit, « l’originalité du point de vue de Simone de Beauvoir a consisté à distinguer les données biologiques (le sexe) des données sociales (le genre) en montrant que le « féminin » est en fait le produit d’un conditionnement social, culturel et politique hérité d’une vision patriarcale […] : « Aucun destin biologique, psychique, économique ne définit la figure que revêt au sein de la société la femelle humaine ; c’est l’ensemble de la civilisation qui élabore ce produit intermédiaire entre le mâle et le castrat qu’on qualifie de féminin ». Réfutant toute idéalisation de la féminité, Simone de Beauvoir affirme au contraire que l’«éternel féminin» reflète avant tout l’aliénation de la femme au désir masculin, qui cloisonne le sujet féminin dans des rôles et des stéréotypes représentatifs du machisme et de l’hypocrisie sociale : pour l’auteure, la femme serait surtout considérée par la société comme un « objet social soucieux de paraître ». Seule une véritable « libération » par le travail et l’autonomie financière doit donc permettre aux femmes de « s’affirmer comme sujet » |12|.
Comme nous avons essayé de le montrer, les bouleversements de la conquête de l’égalité des sexes et de la libération des femmes, particulièrement depuis la deuxième moitié du vingtième siècle, n’ont pas toujours réussi à casser nombre de clichés, ancrés depuis des millénaires dans l’inconscient collectif. Si beaucoup d’interdits moraux, sous l’influence des mouvements de contre-culture en particulier, se sont estompés, et s’il est vrai qu’aux images de mère de famille modèle et de maîtresse de maison accomplie se superpose désormais celle d’une dynamique carriériste, force est néanmoins de reconnaître que nombreux restent les clichés.
« Moulinex libère la femme ! »
Intéressons-nous à ce titre à l’image de la femme dans l’imaginaire social véhiculé par la publicité. Sous les Trente Glorieuses en particulier, la publicité a créé la femme-objet affichée en public pour promouvoir la consommation de toutes sortes de biens. La surmédiatisation dont elle fait l’objet est en soi un fait hautement significatif : à l’image traditionnelle et sexiste de la femme, la publicité, particulièrement dans la seconde moitié du vingtième siècle, a été en adéquation avec l’évolution des mentalités et des modes de vie.
Moulinex a ainsi inventé un slogan qui a fait sa fortune : « Moulinex libère la femme ». Mais, sous couvert d’émancipation et de libération, un tel slogan ne fausse-t-il pas quelque peu la règle en véhiculant une image d’autant plus stéréotypée des femmes qu’elle les présente comme moyen et comme fin : l’émancipation n’étant pas une fin en soi mais un moyen de faire vendre le produit. Dans ces conditions, la femme est également assimilée au produit lui-même, donc objetisée et marchanidsée « selon un principe normatif de jouissance et de rentabilité hédoniste, selon une contrainte d’instrumentalité directement indexée sur le code et les normes d’une société de production et de consommation dirigée » |13|.
C’est ainsi que l’historien Michel Winock reproche à la presse féminine de véhiculer des stéréotypes contenant une image dévalorisante de la femme parce que la mettant en scène comme objet de désir et de consommation : « Toute cette littérature critique vise les femmes. On montre à quel point elles exercent le rôle d’agent d’aliénation généralisée, dans la mesure où elles assurent les achats du ménage et tombent inévitablement sous l’empire de la publicité. […] L’émancipation par le lave-linge, l’aspirateur ou le chauffe-eau, c’est de la réclame pour les grandes firmes » |14|.
extrait de Michèle Sarde, De l ‘alcôve à l’arène : Nouveau regard sur les Françaises
Paris, Robert laffont 2007, page 160.
Il faut quand même admettre que cette question de la femme dans la publicité a fait couler beaucoup d’encre et suscite des débats contradictoires et quelque peu stériles parfois, ce dont témoigne l’essoufflement de la lutte contre le publisexisme. Nécessité de reconnaître également que de nombreuses avancées ont été obtenues : à cet égard, la création du mouvement de la Meute, émanation des Chiennes de garde a permis de légiférer en matière de lutte contre les stéréotypes sexistes. La vraie question qui se pose à la société selon nous, est donc d’accompagner au niveau des mentalités, les évolutions juridiques qui ont aidé à l’émancipation des femmes.
Ainsi l’on parle beaucoup de la femme dans la publicité, peut-être à tort car des évolutions explicites en France notamment sont perceptibles, mais le cinéma de masse et les médias audiovisuels à destination en particulier d’un public souvent jeune ont également leur part de responsabilité dans la persistance des comportements discriminatoires et la reproduction sociale de la domination masculine. En montrant souvent des jeunes femmes libres de leur corps, infidèles, ou objets de désir, etc. ces médias contribuent paradoxalement à véhiculer une image d’autant plus passive et stéréotypée de la femme que c’est une image essentiellement fantasmée, et non conforme à la réalité.
Ces images fantasmées induisent une attitude souvent sexiste puisqu’elles oscillent entre l’archétype de la femme mûre qui n’est valorisée qu’à travers sa fonction de génitrice, et la femme jeune, quant à elle présentée uniquement à travers sa fonction de séductrice hypersexualisée, consentante et soumise, dont le corps se réduit au statut de chose. Comme nous le voyons, ce rôle imparti à la femme lui dénie son statut de citoyenne à part entière, pour n’en faire plus qu’un beau sexe faible,objet de séduction et d’échange, réduit à sa valeur esthétique et monétaire.
Conclusion générale
Les représentations ont certes changé mais on attribue aux femmes toujours des tâches, on leur inculque des fausses valeurs sans leur laisser la liberté de décider qui elles veulent devenir vraiment, tant les préjugés et les archaïsmes sont ancrés dans l’inconscient collectif, au point qu’on ne les remarque même plus. Ainsi que l’écrivait Danielle Jonckers, « Alors que dans les sociétés occidentales contemporaines rien ne s’oppose —en théorie— à ce que les femmes soient les égales des hommes, les modes de pensée ne semblent pas au diapason des potentialités féminines » |15|. La raison vient que la révolution des mœurs ne s’est pas vraiment faite : le droit va plus vite que les mentalités.
À l’image moderne et progressiste de notre législation qui fait de la femme l’égale de l’homme, répond trop souvent encore sa soumission comme pratique sociale et culturelle dans la réalité des faits. Soumission étayée par des représentations qui légitiment la perpétuation des modèles machistes, sous couvert parfois d’émancipation. Tel est le paradoxe de notre société dans laquelle l’emprise du vertige de la séduction fait encore trop souvent de la femme une marchandise et un objet de plaisir. C’est donc un changement des mœurs qui doit s’opérer. Comme nous le comprenons, le Féminisme doit être l’accomplissement de l’humanisme…
Les études de genre ont montré que les stéréotypes, aussi bien du masculin que du féminin, en tant que systèmes de valeurs, dégradaient les véritables relations entre les hommes et les femmes. Aussi, à la question « La femme est-elle un homme comme les autres ? », avons-nous envie de répondre par une autre question : « L’homme peut-il être une femme comme les autres ? » Peut-il accepter cette refonte morale de se remettre en question ? Tel était le sens du magnifique ouvrage d’Annie Leclerc, Parole de femme, publié en 1974 et qui amenait à repenser le sens de l’Histoire autant que l’éthique de notre civilisation :
« Pourquoi la Vérité sortirait-elle de la bouche des hommes ? La Vérité peut sortir de n’importe où. Pourvu que certains parlent et d’autres se taisent. La Vérité n’existe que parce qu’elle opprime et réduit au silence ceux qui n’ont pas la parole.Inventer une parole qui ne soit pas oppressive.
Une parole qui ne couperait pas la parole mais délierait les langues.[…]
Relecture du manuscrit et ajouts éventuels : Bruno Rigolt. Certains passages de cette étude ont été modifiés ou réécrits pour correspondre davantage au Cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres. B. R.
NOTES
1. Voir à ce sujet, Naila Kabeer, Intégration de la dimension Genre à la lutte contre la pauvreté et objectifs du millénaire pour le développement. Manuel à l’intention des instances de décision et d’intervention, Les Presses de l’Université Laval/L’Harmattan/Centre de recherches pour le développement international (CRDI), page 224.
2. Commission européenne, Rapport sur l’égalité entre les femmes et les hommes, 2008, page 11.
3. Sarah Scholl, L’Apprentissage du pluralisme religieux : le cas genevois au XIXe siècle, Genève (Suisse), Labor et Fides 2013, page 265. 4. Jacqueline Feldman « Le savant et la sage-femme », Impact, Unesco (volume 25, n°1, 1975). Cité dans Bruno Rigolt, « La femme et ses représentations dans Candide : Stéréotypes et Sexisme« . Voir aussi l’article « Olympe de Gouges« .
5. Sur les notions de genre et de rôles sexospécifiques, voyez cette page :
6. Sophie Bailly, Les Hommes, les femmes et la communication. Mais que vient faire le sexe dans la langue ?, Paris L’Harmattan 2008, page 111.
7. Propos rapportés par le site Alantico.fr. Pour lire l’intégralité de l’article, cliquez ici. Voir aussi cette page.
8. Christian Baudelot, Roger Establet, Quoi de neuf chez les filles ? : Entre stéréotypes et libertés, Paris, Nathan 2007.
9. Voir à ce propos : Christine Guionnet, Erik Neveu, Féminins/Masculins : Sociologie du genre (Paris, Armand Colin 2009 Collection U), notamment cette page.
10. Georges Minois, Les Origines du mal : Une histoire du péché originel, Paris, Fayard 2002. Voir cette section en particulier : « La femme, le serpent et l’arbre« .
11. Cf. ces propos très intéressants de Jorunn J. Buckley : « Dans un système monothéiste, où les hommes s’identifient naturellement au seul Dieu, capacité dont les femmes sont dépourvues, les hommes peuvent être à l’image de Dieu, mais pas les femmes. La Création et la procréation sont liées, si bien que la procréation devient le moyen par lequel les humains imitent Dieu au plus près. L’un des dogmes les mieux gardés du monothéisme est la nécessité d’empêcher les femmes d’affirmer leur propre autonomie à cet égard ». Cité par Edith Sizoo, Par-delà le féminisme, Paris, éd. Charles Léopold Mayer 1984, page 60.
12. Bruno Rigolt, citation de la semaine : « Simone de Beauvoir »
13. Jean Baudrillard, « Le plus bel objet de consommation : le corps », dans La Société de consommation : ses mythes, ses structures (1997). Cité par Claude Raisky (dir.), Les Valeurs du corps dans la société contemporaine, Educagri Editions 2003, page 145. 14. Michel Winock, Jeanne et les siens. Propos cités par Vincent Soulier, Presse féminine : la puissance frivole. 15. Danielle Jonckers, Femmes plurielles : les représentations des femmes, discours, normes et conduites (sous la direction de Danielle Jonckers, Renée Carré, Marie-Claude Dupré), Paris, Édition de la Maison des sciences de l’homme 1999, page 1.
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La classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques… Bonne lecture !
Hier, mardi 2 avril : Pierre L.-P. et Victor B. Aujourd’hui, mercredi 2 avril, la contribution de Camille Demain, jeudi 3 avril : Nicolas T.
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« Dans la blanche neige et pure »
par Camille B. Classe de Première S2
Loup solitaire,
la journée je voyage à travers les pins
l’exil et l’utopie
et parfois il me semble entendre au loin
les bruits d’une circulation étrangère
Et je fuis parmi la nuit.
Du haut de la falaise,
Je rejoins les lumières
Frêles et puissantes
Du soir qui m’apaise
Et c’est à travers les fines fentes
Du ciel que j’échappe à mon malaise.
Loup solitaire
Enfermé dans ce monde,
tel une âme vagabonde,
Sans repère,
Sans échappatoire,
Sans nouveau chemin, sans nouvel espoir.
Dans la blanche neige et pure, loup solitaire
Seuls mes pas sont derrière moi,
et dans cette sauvage nature
Seul, loin de vos murs,
Je ne sais où aller : vers demain, vers ailleurs, vers hier
À travers les pins, l’exil et l’utopie, je suis roi.
« Du haut de la falaise, je rejoins les lumières
Frêles et puissantes du soir qui m’apaise… »
Le point de vue de l’auteure…
À l’origine de ce texte, la solitude baudelairienne de l’albatros, allégorie du poète maudit, qui m’avait marquée quand j’avais étudié ce poème. Sentiment de solitude, mais aussi de douleur et d’amertume du poète, conscient de sa différence, face aux hommes et à la société. Ainsi, le loup dans le texte exprime pour moi cette singularité de l’être de génie, résultat d’une insatisfaction spirituelle, fragmenté entre sa quête d’un art supérieur et idéal, et le sentiment de déchéance profonde que ressent le poète, contraint de survivre dans le monde inférieur où vit le commun des mortels, et dont il se sent incompris et rejeté :
Loup solitaire, la journée je voyage à travers les pins l’exil et l’utopie […] Et je fuis parmi la nuit.
L’utilisation de la première personne s’est également imposée lors de l’écriture très naturellement : cette fonction dite expressive ou émotive puisqu’elle « est centrée sur le destinateur » (Jakobson) est en effet très caractéristique du lyrisme romantique dont le culte du moi représente presque la raison d’être face au mal du siècle. Aussi, l’expression de ce lyrisme personnel privilégie-t-elle l’épanchement du moi, cette effusion de l’intime que le modèle expressif individualiste romantique puis symboliste ont si bien rendu et que j’ai voulu exploiter à mon tour :
Loup solitaire Enfermé dans ce monde, tel une âme vagabonde, Sans repère, Sans échappatoire, Sans nouveau chemin, sans nouvel espoir.
Comme on le voit, le poème fait de la défense du loup, être pathétique brisé par les mécanismes sociaux dont il se trouve prisonnier, un thème d’autant plus essentiel qu’il pourrait s’appliquer à nombre de jeunes, perdus qu’ils sont dans ce vaste éther de l’adolescence. Moi-même, j’éprouve à l’instar de ces révoltés romantiques du dix-neuvième siècle qui affirmaient par leur poésie leur individualité face aux ordres établis, une profonde solitude que le vacarme anonyme de notre monde d’hyper-communication ne fait qu’exacerber : écrire, n’est-ce pas quelque part ressentir l’isolement et la mélancolie, éprouver le temps qui passe et rechercher éperdument un ailleurs, inaccessible aux lois de l’ordonnance humaine ?
Comme ce « loup solitaire/Enfermé dans ce monde tel une âme vagabonde », je me sens parfois en cage « Sans repère, Sans échappatoire, Sans nouveau chemin, sans nouvel espoir »… On nous fait croire à beaucoup de liberté alors que dans la réalité nous ne sommes pas maîtres de grand chose, prisonniers des déterminismes et des matérialismes de tous ordres. Dans ce texte le loup essaie de s’échapper, il cherche la sortie, ou plutôt la porte d’entrée d’un monde qui lui correspondrait, un monde qui serait le sien « dans la blanche neige et pure, […] vers demain, vers ailleurs, vers hier/À travers les pins, l’exil et l’utopie ».
C’est à travers le ciel sombre de la nuit, éclairé d’étoiles, que le loup chercher à s’évader, à se réfugier « parmi la nuit ». J’avouerai que les étoiles m’ont toujours fascinée : elle sont si loin et pourtant si brillantes qu’on croirait pouvoir les toucher… Les étoiles, additionnées à la nuit, évoquent le rêve, et l’espoir de rejoindre ce monde imaginaire, et sans doute quelque peu utopique, avec lequel nous serions en totale adéquation. Comme on le voit, le loup marche « seul, loin de vos murs », il cherche à s’évader, à fuir le simulacre du monde, comme si lui seul avait compris la supercherie.
Enfin, on observe tout au long du texte la présence de la nature que l’on retrouve dans presque toutes les strophes : « les pins » ; « la falaise » ; « la neige »… Dans une perspective primitiviste, cette nature symbolise le retour aux sources, à la pureté originelle du monde, à la pureté de la vie telle que je la rêve. Une vie simple, loin de toute cette civilisation qui effraie souvent. Tout comme le loup qui fuit « les bruits d’une circulation étrangère », j’aspire parfois à retrouver une pureté première dont seuls des êtres simples, exempts des corruptions de la société et proches de la nature, pourraient être les dépositaires…
La classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques… Bonne lecture !
Hier, lundi 31 mars, Sybille M. Aujourd’hui, premier avril, la contribution de Pierre et Victor Demain, mercredi 2 avril : Camille B.
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« Exercice d’approfondissement »
par Pierre L.-P. et Victor B. Classe de Première S2
Un nuage étoilé a fourni 100 nombres au hasard
Compris entre l’infini et la destinée.
Ils peuvent être considérés comme absurdement réels
Ou réellement absurdes.
Cet échantillon est issu équitablement
entre un enfer paradisiaque et un ciel funèbre
que ce nuage ténébreux peut dévoiler
aléatoirement.
On se demande quelle moyenne pourrait naître
d’un échantillon si antithétique.
Et pourquoi pas une valeur simplement mathématique ?
Vérifiez, examinez, étalonnez
cette prévision pour une série de réels.
Vous vous rapprocherez de la vérité suprême.
Cet exercice est profondément exigu
tandis que l’univers est démesurément grand.
Cela dit, les deux méritent un possible approfondissement.
« Cet exercice est profondément exigu
tandis que l’univers est démesurément grand… »
Le point de vue des auteurs…
Ce poème nous a été inspiré par un livre de Mathématiques. Le titre, resté inchangé, prend en revanche dans le cadre du poème, une profonde valeur symbolique : les Mathématiques ne sont-elles pas, comme il a été suggéré, « des métaphores destinées à éveiller en nous l’intelligence du monde qui nous entoure ? »¹ Le but de ce poème est donc d’approfondir, mais cette fois-ci il s’agit d’approfondir la notion de vérité, ou plutôt notre perception de la vérité : quel type de vérité faut-il appliquer aux énoncés mathématiques ?
Tel a donc été le point de départ de notre méditation poétique : si le réalisme s’accorde à donner une valeur de vérité à tout énoncé mathématique objectif et correctement formulé, qu’en est-il de l’univers et des essences qui le composent ? Face au monde objectif, l’univers, loin d’être absolu, relève d’une cosmologie relativiste : voici pourquoi le champ lexical de l’univers est si présent dans ce poème : « nuage », « étoilé », « ciel ». Plus que de dépayser le lecteur et le placer dans un cadre partiellement connu, ces termes amènent à une réflexion épistémologique sur la place de l’homme au sein de cet univers.
Réflexion épistémologique mais aussi humaniste : en cherchant à promouvoir la liberté et la dignité de l’homme, l’Humanisme nous rappelle qu’il n’est de science que dans la connaissance qui est, pour reprendre le titre de notre poème, un « exercice d’approfondissement » de la conscience. Et cet exercice passe par l’exercice par l’homme de sa liberté. Premièrement, la liberté du rêve : les adjectifs « paradisiaques » et « étoilé » postulent que la liberté vient peut-être d’au-delà des étoiles : comme la cité idéale de la Renaissance qui se voulait une image du cosmos et le reflet de son harmonie, le rêve invite à la liberté.
Liberté des grands infinis cosmiques, mais aussi libre-arbitre qui est la question fondamentale de l’homme face à son destin :
Un nuage étoilé a fourni 100 nombres au hasard Compris entre l’infini et la destinée.
Pour finir, la liberté de l’inexprimable, de l’indicible domine dans le texte avec l’omniprésence des jeux d’antithèses (parallèle antithétique, chiasme, oxymore) : « absurdement réels ou réellement absurdes », « enfer paradisiaque », « ciel funèbre » ou encore « nuage ténébreux ». Notre but était ainsi de plonger le lecteur dans l’imaginaire des symboles qui peuvent être perçus différemment selon la sensibilité et le caractère de chacun. Plus fondamentalement, nous avons souhaité amener à une réflexion sur l’imaginaire. De fait, ce poème ne possède pas « une » mais « plusieurs » connotations que chacun sera libre d’imaginer.
Le lecteur doit donc faire une croix sur le monde réel et sur ce qui en découle l’espace d’un instant et se laisser guider par ses sensations et ses impressions. Cette quête amène à s’interroger sur l’imaginaire en Mathématiques : où mène cet exercice d’approfondissement ?
Vérifiez, examinez, étalonnez cette prévision pour une série de réels. Vous vous rapprocherez de la vérité suprême.
Mais la vérité est-elle certaine, absolue, prévisible et prédictible ? La vérité mathématique ne mérite-t-elle pas davantage un « possible approfondissement » ? Tel est le sens qu’il convient d’attribuer à la fin du texte :
Cet exercice est profondément exigu tandis que l’univers est démesurément grand. Cela dit, les deux méritent un possible approfondissement.
Comme le lecteur le comprend, notre poème est au service d’une grande réflexion métaphysique sur le hasard. De fait, il semblerait que ce dernier ne se réduise pas simplement à un échantillon de nombres…
1. Claude Paul Bruter, Comprendre les Mathématiques, Paris, Éditions Odile Jacob 1996, page 285.
Hélène Devissaguet : « Philosophie et mathématiques » Lycée International de Sèvres (15 octobre 2009)
En complément de votre lecture du poème, je vous conseille d’écouter cette passionnante conférence d’Hélène Devissaguet qui aborde les questionnements suivants : Philosophie et Mathématiques peuvent-elles nous faire appréhender le réel ? La Certitude et la Vérité en Mathématiques…
La classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques… Bonne lecture !
Seule dans l’étendue
Bleue, autour de moi les flots perlés
Me portent et m’emportent.
Je touche du bout des lèvres les nuages.
Ils se déroulent dans ma main,
Coulent entre mes doigts,
Font frémir mes sens,
S’effilent et s’enfuient.
Les ineffables, insaisissables nuages.
Au creux de mon âme, du fond de mon cœur,
Je sens leur lumière qui s’échappe
Et m’abandonne dans l’immense.
Seule dans l’étendue
Bleue, plongée dans les flots sombres
Je m’enfonce et m’élève une dernière fois vers le ciel.
Une lueur s’est éveillée
Sur les chemins des hauteurs.
« autour de moi les flots perlés
Me portent et m’emportent.
Je touche du bout des lèvres les nuages… »
Utagawa Hiroshige, « Les tourbillons de Naruto à Awa » (Awa. Naruto no fûha), 1855 Boston, Museum of Fine Arts. Voir aussi le site de laBnF
Le point de vue de l’auteure…
Pour écrire ce poème, qui est d’abord une poésie du ressenti et de l’intériorité, j’ai pensé à « Brise marine » de Mallarmé, dont j’avais profondément été touchée par la thématique symboliste, et plus particulièrement l’appel de la mer, allégorie de l’inconnu et de l’infini. En premier lieu, j’ai centré mon écriture sur l’expression la plus subjective des sentiments : toute poésie n’est-elle pas un dialogue du moi avec le moi lui-même ? Voici pourquoi la fonction expressive est si dominante : écrire, c’est quelque part « s’écrire »…
Cette fonction émotive se retrouve tout au long du poème : « Je touche », « je sens », « Je m’enfonce et m’élève ». Tout comme les grands auteurs romantiques et symbolistes (Charles Baudelaire, Stéphane Mallarmé, Renée Vivien, Anna de Noailles…) qui cherchaient à exprimer par l’art le fond de l’âme du poète, j’ai souhaité faire du poème un moyen de connaissance et d’introspection : ainsi, « les flots perlés » qui « me portent et m’emportent », en réunissant poésie et musique dans leur fonction expressive de l’harmonie cosmique, sont comme une métaphore de la quête poétique.
Mais j’ai voulu par ailleurs que cette « quête poétique » s’exprime plus encore par les jeux de sonorités qui connotent les vibrations sonores produites par les flots : vibrations primordiales puisqu’elles permettent d’atteindre le ciel, et de « touche[r] du bout des lèvres les nuages ». On retrouve ces jeux de sonorités dans l’image des « ineffables et insaisissables nuages » qui « s’effilent et s’enfuient ». Les sons sont aussi utilisés au début du texte dans l’image des flots perlés [qui] me portent et m’emportent » : les allitérations créent ainsi une sensation de balancement comme celle que l’on éprouve dans la mer quand les vagues nous portent au large.
Au début de cette analyse, j’évoquais Mallarmé. Le lecteur aura en effet compris les allusions à la thématique de la mer que l’on retrouve souvent chez l’auteur de « Brise marine ». La mer est ainsi le lieu des errements, du naufrage, de la solitude et de l’abandon, mais aussi le moment du ressourcement et de la transfiguration. Cette dualité est exprimée ainsi dans le texte :
Seule dans l’étendue Bleue, plongée dans les flots sombres
Je m’enfonce et m’élève une dernière fois vers le ciel.
Si des expressions comme « l’étendue bleue », « les flots sombres » ou « je m’enfonce » expriment le spleen, la solitude ou le mal-être propres à l’adolescence, d’autres expressions du texte viennent infléchir cette impression de malaise : « je […] m’abandonne dans l’immense […], m’élève une dernière fois vers le ciel […] sur les chemins des hauteurs ». Il était important pour moi, tout comme Mallarmé, de dépasser la fatalité de la vie et ouvrir une perspective positive. Ainsi j’ai montré que même dans un spleen profond, il y a toujours un espoir, une lumière, un Idéal : « Une lueur s’est éveillée ».
À ce titre, le lecteur constatera que j’ai utilisé l’image des nuages afin qu’ils symbolisent la recherche de l’inspiration : entre la peur de la page blanche (avec le retour dans les profondeurs « Seule dans l’étendue/Bleue, plongée dans les flots sombres ») et l’éveil « Sur les chemins des hauteurs ». De même, j’ai souhaité apporter un aspect sensoriel à la quête spirituelle en matérialisant l’inspiration « [les nuages] font frémir mes sens » : ainsi les idées du poète deviennent des nuages qui se transforment en essence et s’échappent vers un infini voyage.
Ce symbolisme des nuages, métaphores de l’inspiration m’est venue du poème de Baudelaire « l’Etranger » : les nuages symbolisent ici l’Idéal, en opposition au spleen : ils sont à la fois signes de connaissance, de beauté et de pureté des mots. De plus ils symbolisent l’élévation spirituelle « sur les chemins des hauteurs ». La quête de l’Idéal est exprimée par l’élévation finale et sa verticalité. À l’enfoncement dans les flots, s’oppose la montée vers la lumière : « Je m’enfonce et m’élève une dernière fois vers le ciel ». C’est ainsi que pour finir, le voyage est évoqué avec le mot « chemins » au dernier vers qui signifie ici la voie vers la spiritualité, en amont de tout dualisme.
L’aspect vertical des « hauteurs » souligne l’idée du voyage spirituel, en tant que symbole d’ascension, d’élévation vers le Ciel. De plus le mot « hauteurs » qui connote ici l’ascension de la montagne exprime l’idée que, ayant atteint l’ultime hauteur axiale, l’on peut retrouver l’intégrité spirituelle originelle. Cette élévation spirituelle d’essence primitiviste est à relier à la théorie de la « Co-naissance » dont parlait si bien Claudel, tant il est vrai que toute connaissance est une « co-naissance » : naître à soi-même par l »écriture, pour mieux être à soi-même, n’est-ce pas là l’essence de la poésie ?
La classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques… Bonne lecture !
Lundi 17 mars, Manon B. Aujourd’hui, dimanche 30 mars, la contribution de Louis Demain, lundi 31 mars : Sybille M.
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« Arpège »
par Louis A. Classe de Première S2
Je regarde le sombre rideau exiler
Les suprêmes désirs d’autres mondes idolâtres :
Nouveaux paysages, terribles théâtres
Où mener en arpège leurs cœurs arrachés.
À peine chansons, ineffables mélodies,
Les chants des sillons ne s’entendent plus la nuit.
Néanmoins leur silence, tout juste acquis,
N’est que la quintessence de leur déni.
Dans une conférence sur la poésie surréaliste, Paul Éluard affirmait : « Le surréalisme est un état d’esprit », et c’est justement guidé par cet « état d’esprit » que j’ai décidé d’aborder l’écriture de ce poème. Ainsi, me suis-je détaché d’une logique constructive et par trop rationnelle. J’ai tout d’abord privilégié les codes surréalistes, en particulier les codes de l’inconscient et de l’écriture automatique, et cherché à produire quelques associations spontanées dont le caractère insolite correspondait à mes visions du moment.
En produisant des associations séduisantes et surprenantes, l’écriture automatique est d’autant plus troublante qu’elle « nous tourne vers le langage sans silence, infiniment ouvert près de nous, sous notre parole commune, vers la parole qui précède la possibilité de la parole ». Ces propos de Philippe Fries me semblent très représentatifs de ce que j’ai moi-même éprouvé en commençant à rédiger. De fait, j’ai été très intéressé par cette spontanéité de l’écriture, cette libération des codes et cette rupture avec les contraintes de la raison que permet l’écriture automatique.
Néanmoins, mon travail d’écriture ne pouvait pas s’arrêter là. Je ressentais le besoin de charpenter l’ensemble et d’exprimer plus consciemment ce que m’avait inspiré l’écriture automatique. Il me fallait non seulement associer les mots, mais aussi associer les phrases, les mettre en relation et former un véritable poème qui ne soit pas qu’un fait de hasard. J’avais besoin de travailler ma poésie et de retrouver ce que Roman Jakobson exprime à propos de la fonction poétique du langage : cette importance des effets rythmiques, des mots, de leur agencement syntaxique et sonore, qui sont des éléments essentiels de l’imaginaire poétique.
En outre, ainsi que le lecteur pourra le lire, mon poème est doté d’une forte sensibilité musicale. Comme Mallarmé dont la poésie se nourrissait constamment d’une réflexion sur la musique, et qui affirmait que chaque poète devait traduire, par la musique des mots, les idées et les émotions, j’ai voulu moi-même que ma poésie puisse se faire chanson intérieure, tant il est vrai qu’il existe bien une musique du poème. La mélodie d’un vers ou l’harmonie d’une rime participent ainsi au chant poétique : voici pourquoi le réseau lexical de la musique est si perceptible dans le texte : « arpège », « chansons », « mélodies », « chants »…
À ce titre, le lecteurpeut observer un jeu constant sur le rythme et les sons, à travers les rimes tout d’abord, puis à l’intérieur même des vers avec un système de parallélismes sonores et de jeux phoniques. Par exemple :
Néanmoins leur silence, tout juste acquis N’est que la quintessence de leur déni.
De même, certains parallélismes sonores (« chansons/ chants des sillons » « mélodies/la nuit ») étaient pour moi importants afin de retrouver cette vocation originelle de la poésie, qui est d’être un chant.
Enfin la poésie, comme l’ont si bien compris les Symbolistes, doit ouvrir à un déchiffrement et à un dévoilement. Voici pourquoi j’ai voulu suggérer d’autres thématiques pour amener une part de mystère et ainsi inviter le lecteur à une appropriation subjective du texte. Qui sont par exemple les détenteurs des « suprêmes désirs » aux « cœurs arrachés » ? Que représentent ces « chants des sillons » ? En invitant au déchiffrement du sens, le Verbe poétique suggère une quête de l’ineffable, car il nous élève au-dessus de ce qui est. Le poème est ainsi pareil à l’albatros de Baudelaire : un « compagnon de voyage » qui met en musique le livre de la vie : c’est par les mots que la musique s’envole…
« Cours, camarade, le vieux monde est derrière toi », « Soyez réalistes, demandez l’impossible », « Je prends mes désirs pour des réalités car je crois en la réalité de mes désirs. »… Ces slogans, qui sont une parfaite critique de l’ordre ancien, résument à eux seuls la nature profonde des idéaux libertaires de Mai 68 qui ont amené, de par leur extraordinaire pouvoir de subversion, à remettre en cause les instances traditionnelles d’intégration et de socialisation, et à redécouvrir le rôle fondamental du rêve dans l’appréhension des problématiques sociales.
Rétrospectivement, Mai 68 apparaît en effet comme un mouvement porteur d’un idéal politique appelant à transformer profondément et radicalement les valeurs de civilisation de l’Occident et rêver l’avènement d’un monde meilleur dans le champ de réalisation du possible. En « ouvr[ant] à une autre compréhension du monde, plus politique et révolutionnaire, internationale et solidaire »¹, Mai 68 a porté ici et maintenant la contestation au cœur de la société en la dotant d’une conscience sociale.
Ainsi considéré, ce mouvement renvoie à la notion d’utopie concrète, au sens que lui donnait le philosophe marxiste allemand Ernst Bloch dans Le Principe Espérance : « Les révolutions réalisent les plus vieilles espérances de l’humanité et c’est pour cette raison qu’elles impliquent, qu’elles réclament une concrétisation toujours plus exacte de ce qu’elles entendent par royaume de la liberté et par marche ouverte qui y mène. […] En attendant la possibilité d’un tel accomplissement, l’intention est monde en marche guidé par son rêve éveillé, monde qui progresse […]. Une cime nouvelle surgit derrière celle qu’on vient de gravir : mais ce Plus ultra, bien loin de ralentir l’évolution de la réalisation, ne fait qu’encourager à poursuivre son but »².
En révélant ainsi à l’être humain sa liberté vis-à-vis du monde, Mai 68 a ébranlé profondément la rationalité du modèle social occidental. En tant que phénomène générationnel majeur, il a contribué à l’apparition de nouvelles dynamiques identitaires, plus mouvantes dans le temps et dans l’espace, qui ont marqué d’une empreinte ineffaçable l’inconscient collectif : en ce sens, Mai 68 est indissociable de sa mythologie. En mettant en scène de nouveaux idéaux conjuguant les effets de réel et les effets de fiction, il est parvenu à créer de son vivant sa place dans l’Histoire, et plus encore dans ce que l’on pourrait appeler la mémoire sociale.
Mais ce rêve messianique, en postulant le désordre de l’imaginaire, n’a-t-il pas d’une certaine manière euphémisé la réalité ? C’est ainsi qu’en produisant une mythologie politique révélatrice de l’attente et des désillusions de tout un peuple, en se nourrissant de la force pulsionnelle et dionysiaque du prophétisme révolutionnaire et en tirant argument des valeurs de contre-culture inhérentes à l’après-guerre, Mai 68 a cherché, plus encore qu’à promouvoir le grand rêve hédoniste d’une société d’émancipation, à poser l’imaginaire comme fondement du possible, c’est-à-dire comme tentative d’intégration d’un idéal politique quelque peu irrationnel et fantasmé, au monde réel.
Nous pourrions à ce titre avancer que si le caractère fondateur et identitaire de Mai 68, c’est bien le rêve de libérer l’homme de ses chaînes, sa poétisation et sa mythologisation face au monde postindustriel et au désenchantement historique sont autant de manières d’entretenir un certain rêve néo-primitiviste : une aspiration indéfinie vers la pureté et le paradis perdu qui conjugue le mot d’ordre rimbaldien « changer la vie » et l’idéal matérialiste de « changer le monde ».
Comme le remarque avec pertinence Jean-Loup Amselle, « le véritable héritage de Mai, dans l’idéologie de l’intelligentsia, est celui d’une révolution spirituelle, libertaire, primitiviste et écologique, en un mot d’une véritable « rétrovolution ». »³ Placé sous le triple signe de la nostalgie d’un bonheur édénique, du volontarisme unanimiste et de la révélation millénariste, Mai 68 articule ainsi à la réalité la plus conflictuelle un principe imaginaire dans lequel domine une large part de rêve, de fiction et de mythe.
Document 4 : Alain Serres, Pef, Tous en grève, tous en rêve. Couverture d’un album jeunesse sur mai 68. Éditeur : Rue du Monde, 2008.
Activités d’écriture :
Synthèse (40 points) : Vous réaliserez une synthèse concise, ordonnée et objective de ce corpus.
Écriture personnelle (20 points) : Selon vous, les rêves de Mai 68 sont-ils toujours d’actualité ? Vous répondrez à cette question d’une façon argumentée en vous appuyant sur les documents du corpus, vos lectures de l’année et vos connaissances personnelles.
Document 1 : Jean Ferrat, « Au printemps de quoi rêvais-tu ? », 1969 Chanson enregistrée en janvier 1969 (33 tours, Barclay 80 384)
Au printemps de quoi rêvais-tu ? Vieux monde clos comme une orange Faites que quelque chose change Et l’on croisait des inconnus Riant aux anges Au printemps de quoi rêvais-tu?
Au printemps de quoi riais-tu? Jeune homme bleu de l’innocence Tout a couleur de l’espérance Que l’on se batte dans la rue Ou qu’on y danse Au printemps de quoi riais-tu?
Au printemps de quoi rêvais-tu? Poing levé des vieilles batailles Et qui sait pour quelles semailles Quand la grève épousant la rue Bat la muraille Au printemps de quoi rêvais-tu?
Au printemps de quoi doutais-tu? Mon amour que rien ne rassure Il est victoire qui ne dure Que le temps d’un ave pas plus Ou d’un parjure Au printemps de quoi doutais-tu?
Au printemps de quoi rêves-tu? D’une autre fin à la romance Au bout du temps qui se balance Un chant à peine interrompu D’autres s’élancent Au printemps de quoi rêves-tu?
D’un printemps ininterrompu.
Document 2 : Yves Simon, La Manufacture des rêves, Paris, éditions Grasset, 2003. Depuis « Vite, quelques images » jusqu’à « du sous-sol d’une province française ». Yves Simon est un chanteur français. Dans cette autobiographie, il raconte les émois artistiques qui l’ont façonné.
LA RUÉE VERS L’INFINI
Vite, quelques images : un rouquin insolent, des flics à lunettes d’aviateur, des grilles d’arbres tordues, une odeur de pomme acide… Et puis, la parole. Parler sans préambule à des inconnus, parler comme un flux qui entrerait à l’intérieur des mots du monde pour devenir sa musique, capable en retour d’émouvoir des cerveaux curieux de tout. Raconter, écouter, échanger… Le temps est à l’approche et aux rêves à voix haute. – Que disiez-vous ? – Il est interdit de se taire ! – Le monde ne serait-il pas imparfait… – Le changer, illico ! Mai 68 était à l’œuvre.
Si en ce début de printemps de mai les instants seront vite comptabilisés, le temps, lui, semblait infini : le temps à vivre, le temps à aimer, le temps à apprendre. Alors, entre deux discours et quelques scènes de révolution, je ne pensais qu’à une chose, m’embarquer pour des voyages de hasard, certains qu’avec un diplôme en poche, quelque talent et de la volonté, mes retours dans la société laborieuse s’effectueraient en douceur. Dans les ambassades, je me procurai des visas pour Istanbul, New York, Kaboul. Mon éducation sentimentale se ferait sur les autoroutes du monde, dans des villes aux noms exotiques, dans la pauvreté, pour écrire, chanter, peindre, tracer avec mon corps en mouvement des signes que seuls les initiés seraient capables de reconnaître et de déchiffrer. Attitude artiste, écrira plus tard Gilles Deleuze, et toute une génération se retrouva au bord de l’univers, là où ça tangue et bascule et où les quarantièmes rugissants n’en finissent pas de ronger les certitudes.
Ne laisse jamais les questions s’éteindre en toi.
Le monde, provisoirement, se réenchantait et tout autour de la planète se tissaient les liens d’une franc-maçonnerie inédite, celle d’une jeunesse qui venait d’avoir l’insigne privilège de vivre une adolescence exponentielle, c’est-à-dire en résonance avec une autre adolescence, celle de l’Histoire débarrassée d’une seconde guerre mondiale, alors qu’allaient prendre fin les fameuses Trente Glorieuses.
Génération éperdue de mots, de musique et de futur, nous avons vécu dans un monde aux guerres périphériques. La guerre est finie titra Alain Resnais et j’étais convaincu que le progrès – qui allait de soi ! tant moral qu’économique n’oserait jamais réinventer une telle calamité. Utopie d’alors? Illusion, naïveté ? Oui, tout cela et bien d’autres choses encore. Vivants en tout cas, avec dans nos corps la sensation érotique d’entrer soir et matin dans la moiteur d’une Histoire dont nous avions été cruellement orphelins jusque-là.
Mai 68 fut aussi cette invention-là, celle d’une guerre virtuelle et d’un malheur absent.
Ces lunes de mai restent pour les jeunes gens qui les ont vécues le dernier Noël avant inventaire, avant dégel, avant réel, avant qu’un litre d’essence (recherche, forage, raffinage, transport) venu du Moyen-Orient se mette enfin à peser son prix réel, c’est-à-dire plus cher qu’un litre d’eau minérale extraite du sous-sol d’une province française.
Michaël Löwy (1938, São Paulo, Brésil), est un sociologue et philosophe marxiste franco-brésilien. Nommé en 2003 directeur de recherche émérite au CNRS, il enseigne également à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS).
L’esprit de 68 est un puissant breuvage, un mélange épicé et enivrant, un cocktail explosif composé de divers ingrédients. Une de ses composantes – et pas la moindre – est le romantisme révolutionnaire, c’est-à-dire une protestation culturelle contre les fondements de la civilisation industrielle/capitaliste moderne, son productivisme et son consumérisme, et une association singulière, unique en son genre, entre subjectivité, désir et utopie – le “triangle conceptuel” qui définit, selon Luisa Passerini, 1968 |1|.
Le romantisme n’est pas seulement une école littéraire du début du XIXe siècle – comme on peut encore lire dans nombre de manuels – mais une des principales formes de la culture moderne. En tant que structure sensible et vision du monde, il se manifeste dans toutes les sphères de la vie culturelle – littérature, poésie, art, musique, religion, philosophie, idées politiques, anthropologie, historiographie et les autres sciences sociales. Il surgit vers la moitié du XVIIIe – on peut considérer Jean-Jacques Rousseau comme “le premier des romantiques” – , court à travers la Frühromantik allemande, Hölderlin, Chateaubriand, Hugo, les pré-raphaëlites anglais, William Morris, le symbolisme, le surréalisme et le situationnisme, et il est encore avec nous au début du XXIe. On peut le définir comme une révolte contre la société capitaliste moderne, au nom de valeurs sociales et culturelles du passé, pré-modernes, et une protestation contre le désenchantement moderne du monde, la dissolution individualiste/compétitive des communautés humaines, et le triomphe de la mécanisation, mercantilisation, réification |*| et quantification. Déchiré entre sa nostalgie du passé et ses rêves d’avenir, il peut prendre des formes régressives et réactionnaires, proposant un retour aux formes de vie pré-capitalistes, ou une forme révolutionnaire/utopique, qui ne prône pas un retour mais un détour par le passé vers le futur ; dans ce cas, la nostalgie du paradis perdu est investie dans l’espérance d’une nouvelle société.
[…]
Dans son remarquable livre sur Mai 68, Daniel Singer a parfaitement capturé la signification des “événements”: “Ce fut une rébellion totale, mettant en question non pas tel ou tel aspect de la société existante, mais ses buts et ses moyens. Il s’agissait d’une révolte mentale contre l’état industriel existant, aussi bien contre sa structure capitaliste que contre le type de société de consommation qu’il a créé. Cela allait de pair avec une répugnance frappante envers tout ce qui venait d’en haut, contre le centralisme, l’autorité, l”ordre hiérarchique”. […].
Si vous prenez, par exemple, le célèbre tract distribué, en Mars 68, par Daniel Cohn-Bendit et ses amis, “Pourquoi des sociologues?”, on trouve le rejet le plus explicite de tout ce qui se présente sous le label de “modernisation”; celle-ci est identifiée comme n’étant pas autre chose que la planification, rationalisation et production de biens de consommation selon les besoins du capitalisme organisé. Des diatribes analogues contre la techno-bureaucratie industrielle, l’idéologie du progrès et de la rentabilité, les impératifs économiques et les “lois de la science” sont présentes dans beaucoup de documents de l’époque. Le sociologue Alain Touraine, un observateur distancé du mouvement, rend compte, en utilisant des concepts de Marcuse*, de cet aspect de Mai 68: “La révolte contre ‘pluridimensionnalité’* de la société industrielle gérée par les appareils économiques et politiques ne peut pas éclater sans comporter des aspects ‘négatifs’, c’est-à-dire sans opposer l’expression immédiate des désirs aux contraintes, qui se donnaient pour naturelles, de la croissance et de la modernisation”|2|. À cela il faut ajouter la protestation contre les guerres impérialistes et/ou coloniales, et une puissante vague de sympathie – non sans illusions “romantiques” – envers les mouvements de libération des pays opprimés du Tiers Monde. Enfin, last but not least, chez beaucoup de ces jeunes militants, une profonde méfiance envers le modèle soviétique, considéré comme un système autoritaire/bureaucratique, et, pour certains, comme une variante du même paradigme de production et consommation de l’Occident capitaliste.
L’esprit romantique de Mai 68 n’est pas composé seulement de “négativité”, de révolte contre un système économique, social et politique, considéré comme inhumain, intolérable, oppresseur et philistin***, ou d’actes de protestation tels que l’incendie des voitures, ces symboles méprisés de la mercantilisation capitaliste et de l’individualisme possessif |3|. Il est aussi chargé d’espoirs utopiques, de rêves libertaires et surréalistes, d’”explosions de subjectivité“ (Luisa Passerini), bref, de ce que Ernst Bloch*** appelait Wunschbilder, “images-de-désir”, qui sont non seulement projetées dans un avenir possible, une société émancipée, sans aliénation****, réification**** ou oppression (sociale ou de genre), mais aussi immédiatement expérimentées dans différentes formes de pratique sociale : le mouvement révolutionnaire comme fête collective et comme création collective de nouvelles formes d’organisation ; la tentative d’inventer des communautés humaines libres et égalitaires, l’affirmation partagée de sa subjectivité (surtout parmi les féministes) ; la découverte de nouvelles méthodes de création artistique, depuis les posters subversifs et irrévérents, jusqu’aux inscriptions poétiques et ironiques sur les murs.
La revendication du droit à la subjectivité était inséparablement liée à l’impulsion anti-capitaliste radicale qui traversait, d’un bout à l’autre, l’esprit de Mai 68. Cette dimension ne doit pas être sous-estimée : elle a permis la – fragile – alliance entre les étudiants, les divers groupuscules marxistes ou libertaires et les syndicalistes qui ont organisé – malgré leurs directions bureaucratiques – la plus grande grève générale de l’histoire de France.
1. Passerini, “‘Utopia’ and Desire”, Thesis Eleven, n° 68, February 2002, pp. 12-22. 2. Alain Touraine, Le Mouvement de Mai ou le Communisme utopique, Paris, Seuil, 1969, p. 224. Voir aussi l’intéressant article de Andrew Feenberg, “Remembering the May events”, Theory and Society, n° 6, 1978. 3. Voici ce qu’écrivait Henri Lefebvre dans un livre publié en 1967: “Dans cette société où la chose a plus d’importance que l’homme, il y a un objet roi, un objet-pilote : l’automobile. Notre société, dite industrielle, ou technicienne, possède ce symbole, chose dotée de prestige et de pouvoir. (…) la bagnole est un instrument incomparable et peut-être irrémédiable, dans les pays néo-capitalistes, de déculturation, de destruction par le dedans du monde civilisé”; H. Lefebvre, Contre les technocrates, 1967, réédité en 1971 sous le titre Vers le cybernanthrope, Paris, Denoël, p.14).
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* Herbert Marcuse et l’Homme unidimensionnel : Herbert Marcuse (1898-1979) est un philosophe, sociologue marxiste américain d’origine allemande. Il « propose dans son Homme unidimensionnel une critique du monde moderne qui emporte à la fois le capitalisme et le communisme soviétique, basée sur le constat, dans les deux systèmes, de l’augmentation des formes de répression sociale (qu’elle soit d’ordre privé ou public). Ainsi, la tendance, dans les pays supposément marxistes, à la bureaucratisation était, pour Marcuse, tout aussi opposée à la liberté que dans les pays occidentaux ». Source : Wikipedia.
** Ernst Bloch (1885-1977) est un philosophe marxiste allemand. « Opposé au marxisme stalinien, Ernst Bloch défend la nécessité de l’utopie qui, à ses yeux, n’a rien d’une forme d’aliénation****. Pour ce marxiste non-orthodoxe, l’utopie permet de repenser l’histoire. En effet, selon le philosophe, l’expérience utopique est l’occasion d’une prise de conscience renouant […] avec une forme de messianisme moderne ». Source : Wikipedia.
*** philistin : vulgaire et borné
**** Aliénation et réification : en philosophie, le concept d’aliénation renvoie à l’idée d’une perte de liberté. Selon les philosophes marxistes, le monde capitaliste aliène le travailleur en l’obligeant à vendre sa force de travail. Le concept de réification renvoie, particulièrement chez les philosophes marxistes, à une idée similaire : avec le capitalisme, le travailleur est réifié, c’est-à-dire « chosifié », réduit à l’état d’objet puisque la finalité de son travail lui échappe.
Document 4 : Couverture d’un album jeunesse sur Mai 68. Alain Serres, Pef, Tous en grève, tous en rêve. Éditeur : Rue du Monde, 2008.
Alain Serres, Pef, Tous en grève, tous en rêve. Couverture d’un album jeunesse sur mai 68. Rue du Monde, 2008.
Documents complémentaires
Arno Münster, Albert Camus : La révolte contre la révolution ?, Paris, L’Harmattan 2000, page 92 depuis « La mort subite et prématurée de Camus » jusqu’au bas de la page 94 : « Elle n’a pas eu lieu ».
Le Lycée en Forêt a lancé à la rentrée 2013 un original concours d’écriture à destination des classes de Seconde et de Première ayant pour intitulé : « Écritures en Forêt ».
Pour les classes de Seconde, le sujet portait sur l’écriture d’une nouvelle ayant obligatoirement pour thème la forêt, espace d’une grande richesse littéraire et sociale, qui pouvait être envisagé dans sa dimension légendaire, mythologique, fantastique, symbolique, ou encore sous l’angle plus anthropologique et contemporain du développement durable ou des problèmes posés par la déforestation… Les candidats restant évidemment libres d’appréhender le thème comme ils le souhaitaient.
Félicitation aux nombreux participants, particulièrement aux élèves de Seconde 3 et de Seconde 11, qui se sont remarquablement investis dans le dispositif, et bien sûr Bravo aux trois lauréats de l’édition 2014 :
Premier prix : Camille H. (Seconde 11)
Deuxième prix : Paul B. (Seconde 3)
Troisième prix : Sandra C. (Seconde 3)
Une grande cérémonie récompensant les élèves primés aura lieu en avril… Merci au Lycée qui a pu débloquer des fonds importants pour récompenser les lauréats.
Découvrez aujourd’hui la nouvelle de Camille H. (Seconde 11), premier prix :
« Qu’en soit témoin le temps »
par Camille H. Classe de Seconde 11
Samuel Palmer (1805-1881) « Le Pommier magique », 1830, Cambridge, Fitzwilliam Museum
Qu’il était fier ce pommier. L’été créait des senteurs fruitées qui émanaient de cette clairière où il avait décidé de s’implanter. Rien autour ne semblait pousser sur un petit rayon de trois mètres, donnant à cet endroit, un repère, une âme. Les rayons de la lune se frayaient leur chemin vers les sols verdoyants du pommier, le vent sifflait entre fleurs et branchages. Plus rien n’était de ce monde, féerie et romantisme semblaient avoir pris place.
C’est en ce lieu de la forêt qu’un jeune couple se retrouvait, isolé des grands malheurs du monde et de leur société d’injustice, pour laisser place à l’expression unique de leur amour. S’allongeant au pied de ce pommier, méditant, tête l’une contre l’autre, à cette si belle clarté bleutée de l’astre des nuits. Restant ainsi plusieurs et longues heures dans ce lieu magique, où le temps semblait se figer. Un amour semblant interdit, mais que nul ne pouvait empêcher.
Le rendez-vous était le même tous les jours, et la difficulté de partir de ce lieu était, au rythme grandissant de leurs sentiments, chaque fois plus complexe. Qui eut cru qu’un tel couple ait pu exister.
Mais bien vite la magie prit fin de manière brutale. L’automne semblait donner la mesure, feuilles et dernières fleurs fanées dans une mélancolie annuelle… La jeune femme, pareille au doux feuillage du pommier en arrière-saison, vit sa vie faner bien vite, et en peu de semaines, la fleur n’était plus. La mort si soudaine de son aimée, fit perdre la raison à l’ancien amant. Fini la clairière, et le chemin dans la forêt pour aller à la clairière. Délaissées, les fleurs. Oubliées les orties qui piquaient et les rires dans les sentiers.
Les bars furent son seul repère… Il se perdit dans des forêts de feux rouges, pleura contre des arbres de métal froid, marcha dans des sentiers de béton sous le linceul des arbres… Voici que la ville était devenue son unique forêt. Il but à la source des bars des boissons mirobolantes, et, à chacune de ses nuits, il repensait au pommier, et à la forêt disparue, très loin, de l’autre côté de la ville. L’alcool devint alors sa sève, sa seule raison de garder goût à la vie.
Deux années ont passé depuis l’accident. Voici qu’un poivrot de bas étages, dormant à la lumière des lampadaires et non loin des points de passages des trains de banlieue semble vivre là, toujours une bouteille à la main, la barbe semblant continuer à pousser au rythme des ronces de la forêt.
C’est un soir d’automne, que, violemment jeté hors d’un bar, il tituba dans des ruelles choisies par le hasard, jugé par l’œil des habitants de ce qui était devenu sa forêt. Ses pas le menèrent près de la sortie de la ville, à l’orée d’un bois, ou peut-être était-ce une forêt ? Le chemin face à lui semblait praticable, malgré les hautes herbes et ronces qui parsemaient la voie. L’homme sembla peu à peu commencer à ressentir un déjà vu. Et c’est alors que tout lui revint, ce chemin lui rappela sa chère belle et leur romance, et au bout du sentier, près du Loing, se trouvait un pommier.
Le pas s’accéléra alors, l’envie de revoir le lieu de leur amour lui était si intense, qu’herbes et ronces ne pouvaient être un obstacle. Il arriva enfin. Mais face à lui, loin de trouver le luxuriant pommier, au branchage et feuillage épais, il n’y avait qu’un arbre pourri jusqu’aux confins de son écorce. Ce n’était plus qu’un morceau de bois sans vie, pareil à une planche. Sa main se posa alors, presque par automatisme, sur l’écorce de manière aimante et familière, il chercha l’inscription que bon nombre d’amoureux se plaisent à faire, pour graver à jamais leur amour.
Au seul contact de sa main, l’arbre se renversa de façon brutale au sol, ne laissant nulle trace de son passage tant l’état de mort était avancé. La souche partit bien vite de la même manière, comme s’envolent des feuilles de papiers mal attachée, le vent put emporter tout ceci en un coup d’un seul, le bois n’était que cendres. L’homme se vit déterré, ses yeux s’emplirent de larmes, gorgées des douleurs anciennes du passé, ses genoux se courbèrent et les poings de l’homme purent serrer le sol pourtant si verdoyant. Le corps triste de l’homme, de manière similaire au pommier, s’échoua sur le sol, puis se recroquevilla sur lui-même. Il dormit alors d’un sommeil tourmenté par le fantôme des sombres années passées.
Ce ne fut guère le jour qui réveilla notre homme, mais une petite voix, claire et pure, qui ressemblait aux murmures du vent le long de la mer… L’homme se redressa de moitié et écouta ce si bel appel de l’aube : n’était-ce pas la voix de sa tendre et défunte aimée ? Il se mit alors à crier son nom dans cette petite clairière. Mais sa seule réponse fut le silence, tel un spectre dépourvu de toute émotion. Les larmes s’emparèrent de tout son être, ses mains s’agrippèrent, tourmentées, à ses cheveux, ses dents mordirent ses lèvres puissamment, faisant couler le sang, telle une sève rougeâtre, au rythme de ses larmes. Terrassé par tant de peine, l’homme s’assit, enlaça ses genoux, posa sa tête au sein de ceux-ci, et laissa exprimer sa tristesse de manière sonore, dont seule la clairière fut spectatrice. Le corps ne bougea plus, la peine lui fit perdre la faim. Bien vite, le corps atteignit ses limites, et c’est meurtri par le songe, le tourment et la souffrance, qu’il quitta ce monde, triste comme un rendez-vous d’amour manqué. Son corps conserva sa position meurtrie, et, au sein de cette clairière, il remplaça l’ancien pommier.
Bon nombres d’années passèrent, le corps resta à sa place originelle, mais en lieu et place du cadavre, un arbre émergea de la terre. Ainsi, la peau devint écorce, la chair, bois ; et les cheveux, feuillage. Au fil des ans, l’arbre poussa et obtint une taille honorable, et c’est à l’orée du printemps que des fleurs apparurent, tout comme un nouvel amour naissant dont l’arbre put admirer le spectacle.
C’est en ce lieu de la forêt qu’un jeune couple se retrouva un jour, isolé des grands malheurs du monde et de leur société d’injustice, pour laisser place à l’expression unique de leur amour. S’allongeant au pied de ce pommier, méditant, tête l’une contre l’autre, à cette si belle clarté bleutée de l’astre des nuits. Restant ainsi plusieurs et longues heures.
Netiquette: comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, cet article est protégé par copyright. Ils est mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le nom de l’auteur ainsi que la référence complète de l’article cité (URL de la page).
La classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques… Bonne lecture !
Dimanche 16 mars, Arthur M. Aujourd’hui, lundi 17 mars, la contribution de Manon Après-demain, mercredi 19 mars : Louis A.
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« Compagne impromptue »
par Manon B. Classe de Première S2
Le plaisir qui embaumait mes jours passés
A laissé place à la solitude.
L’enracinement s’installe en moi,
Je ne peux m’abandonner à suivre le pas,
Asservi de tous côtés,
Dans vos rangs, je ne me résignerai.
Devrais-je maintenant tourner la page ?
Vous semblez heureux, pris dans cet engrenage.
Je vous regarde, je vous observe,
Vous êtes les mêmes, les mêmes pantins,
Je ris de vous, ma distraction,
Sourire seul ? Mais à quoi bon ?
Ensemble vous êtes forts,
Je ne suis qu’une goutte ; vous incarnez l’océan,
Ensemble vous êtes morts,
Je ne me suis jamais senti aussi vivant !
Le bonheur a fait son temps
L’ailleurs m’attend à présent.
Alors que je me pensais assez mûr pour m’envoler
Je sens sur mon épaule, une main se poser
Je n’avais remarqué derrière moi
Ces empreintes volages : elle marchait dans mes pas,
Faisait s’envoler la brume d’un sourire rayonnant,
Illuminait ma voie en un instant.
Désormais la seule à me suivre dans mes insomnies,
Je ne peux m’assoupir loin de son parfum exquis,
Compagne de mes ivresses nocturnes
Nos rêves s’envolent à l’unisson,
Lorsque dans nos têtes, un seul mot danse : partons !
« Nos rêves s’envolent à l’unisson,
Lorsque dans nos têtes, un seul mot danse : partons… »
Composition : Bruno Rigolt (peinture numérique, 2014)
d’après Alphonse Osbert (1857-1939), « Soir antique » (hst, 1908). Paris, Musée du Petit Palais
Le point de vue de l’auteure…
Particulièrement sensible à l’inspiration poétique puisée dans le romantisme, j’ai souhaité à travers ce texte exprimer un certain nombre de caractéristiques et de valeurs défendues par les romantiques, chères à mes yeux. Le fait de pouvoir écrire une poésie sensible, dans laquelle les sentiments de l’auteur se bouleversent et s’épanchent, me plaît. C’est ainsi que j’ai essayé de faire passer dans mon poème la notion de « poète maudit », en peignant un personnage qui rejetterait les dictats de la société de manière provocante, enfermé qu’il est dans la solitude de sa tour d’ivoire, seul refuge contre la médiocrité du vulgaire :
Asservi de tous côtés,
Dans vos rangs, je ne me résignerai.
Devrais-je maintenant tourner la page ?
Vous semblez heureux, pris dans cet engrenage.
Comme nous le voyons, le narrateur est la figure même du poète maudit : comparable aux grands incompris dont les livres romantiques vantaient l’inaccessible solitude, il apparaît sous les traits du héros tragique : tour à tour élu et maudit, ange ou bête, isolé et moqué des gens de son époque, il aspire à un monde qui lui permettrait de s’élever intellectuellement et spirituellement. N’est-il pas, au fond, la figure exacerbée du génie individuel de l’artiste romantique, exclu du monde étriqué de la société ? Ce Maldoror ressent en premier lieu un sentiment de regret, de nostalgie. Il déclare que la joie qu’il éprouvait dans le passé (lorsqu’il était encore jeune et naïf) a disparu et a été remplacée par une profonde solitude :
Le plaisir qui embaumait mes jours passés A laissé place à la solitude.
Comme si, après avoir évolué, après avoir grandi, il s’était détaché de ce à quoi il appartenait, comme si, ayant ouvert les yeux sur le monde fini et décadent, il s’en était retranché. Voilà pourquoi il compare ensuite la société dans laquelle il vit à une sorte de machine, où les gens se sont eux-mêmes pris dans les engrenages, au point d’être prisonniers du nihilisme du monde. Bien au contraire, le poète refuse d’appartenir à la masse, il refuse d’être comme tout le monde et de « suivre le pas ». Ainsi le texte est-il un hymne à la différence.
À ce titre, le poète pense être le seul à pouvoir se comprendre. Il ne souhaite pas vivre dans un monde, où il ne pourrait être vraiment lui-même et se dresse en quelque sorte seul contre tous, comme s’il leur faisait face, prêt à assumer son mal du siècle. On sent un profond sentiment de supériorité lorsque le personnage de mon texte déclare se moquer de la ressemblance des gens qu’il côtoie, en les assimilant à des pantins : « Je vous regarde, je vous observe, / Vous êtes les mêmes, les mêmes pantins »…
Certes, il affirme se rire d’eux, mais réalise que lui-même est ridicule dans sa quête quelque peu vaine de transcendance car personne, et peut-être pas même lui, ne semble pouvoir partager son irréductible point de vue, ce qui renforce le sentiment de solitude qui le hante. Tel un Narcisse piégé par son image, il pense, sans doute à tort, qu’il ne faut compter sur personne d’autre que soi-même :
Ensemble vous êtes forts, Je ne suis qu’une goutte ; vous incarnez l’océan, Ensemble vous êtes morts, Je ne me suis jamais senti aussi vivant.
Mais cet isolement ne risque-t-il pas de causer sa perte ? Ce n’est qu’à la cinquième strophe que le déclic du poème survient : une mystérieuse personne, muse et idéale, entre en jeu. Initiatrice de la quête artistique, médiatrice de l’infini, elle va être la délivrance du poète, sa renaissance, sa transfiguration. Qui est-t-elle ? D’où vient-elle ? Je laisse libre cours à votre imagination. On apprend qu’elle le suivait depuis longtemps, mais qu’aveuglé par ses pensées spleenétiques, il n’avait pas porté attention à sa présence. Pourtant, elle marche dans ses traces depuis toujours… Comme lui, elle est comparable à un soleil, mais non un soleil noir ; plutôt un soleil lumineux, qui fait « s’envoler la brume d’un sourire rayonnant ».
La muse est ainsi l’inspiration du poète et sa protectrice, elle en épouse les goûts et les aspirations : grâce à elle, peut-être va-t-il partir ? S’évader avec elle loin de cette société qui l’oppresse ? Partir dans un rêve où partir réellement ? Eux seuls ont la réponse. On voit ainsi tout au long du texte, naître une progression des sentiments du personnage : étouffé, puis libéré… Sa vie reprend un sens grâce à ce rôle nourricier du personnage féminin. On sent le poète plein d’espoir, même si cela ne change rien à son ressenti vis à vis des autres, au contraire, cela le renforce. Mais désormais il n’est plus seul, il a trouvé son idéal ; elle peut seule déchiffrer son cœur. Une femme plus qu’aimée : aimante…
Le Lycée en Forêt a lancé à la rentrée 2013 un original concours d’écriture à destination des classes de Seconde et de Première ayant pour intitulé : « Écritures en Forêt ».
Pour les classes de Seconde, le sujet portait sur l’écriture d’une nouvelle ayant obligatoirement pour thème la forêt, espace d’une grande richesse littéraire et sociale, qui pouvait être envisagé dans sa dimension légendaire, mythologique, fantastique, symbolique, ou encore sous l’angle plus anthropologique et contemporain du développement durable ou des problèmes posés par la déforestation… Les candidats restant évidemment libres d’appréhender le thème comme ils le souhaitaient.
Félicitation aux nombreux participants, particulièrement aux élèves de Seconde 3 et de Seconde 11, qui se sont remarquablement investis dans le dispositif, et bien sûr Bravo aux trois lauréats de l’édition 2014 :
Premier prix : Camille H. (Seconde 11)
Deuxième prix : Paul B. (Seconde 3)
Troisième prix : Sandra C. (Seconde 3)
Une grande cérémonie récompensant les élèves primés aura lieu en avril… Merci au Lycée qui a pu débloquer des fonds importants pour récompenser les lauréats.
Découvrez aujourd’hui la nouvelle de Sandra C. (Seconde 3), troisième prix :
« Le Trésor d’une forêt »
par Sandra C. Classe de Seconde 3
William Degouve de Nuncques (1867-1935) « La Maison Rose, 1892 (coll. part.). Détail
e vis à Paris depuis ma naissance. Malgré ma vivacité, je sors rarement de chez moi car ma femme, Ève, est tombée gravement malade peu après notre mariage. Alors j’ai dû abandonner mon travail, mes passions, mes amis et mes loisirs pour pouvoir m’occuper de ma famille. Cela fait maintenant dix ans qu’avec notre petit garçon, nous subissons la pauvreté : pas d’électricité pas d’eau et le cas d’Ève empire de jour en jour.
Pour oublier le temps, je peins ma femme. A chaque fois que je lui montre une de mes œuvres, elle se met à rire : « tu n’as aucun talent » plaisante-t-elle. Je le sais très bien mais tout ce qui m’importe, c’était son sourire.
Un jour, alors que je lui montrai un dessin, à mon grand étonnement, Ève ne ria pas : son visage semblait comme flétri. Pris de crainte, j’appelai aussitôt le médecin qui ne tarda pas à m’annoncer que la maladie avait pris le dessus, qu’il faudrait absolument opérer Ève… Nous pleurâmes car nous savions très bien que sans argent pour payer, ses jours étaient comptés.
Dans la nuit, elle me réveilla : elle se rappelait de quelque chose, et s’empressa de me le raconter. Elle avait entendu parler d’une légende qui pourrait peut-être la sauver (elle riait tristement en m’évoquant cela). D’après celle-ci, il y avait dans la forêt un endroit magique mais personne ne l’avait encore vu.
— Balivernes !
— Ne ris pas !
Et des larmes coulèrent de ses yeux quand elle me parlait… « Ne ris pas ; Des gens ont rapporté que cette forêt est merveilleuse et renferme même des trésors cachés ».
Bien que je n’y croyais pas, Ève insista. Alors je partis à la recherche de ce mythe. Comme je ne savais pas par où commencer, j’allai d’abord à la bibliothèque du quartier pour demander des renseignements à propos de cette fichue légende. Il me fut répondu que ça ne me servirait sans doute à rien mais que si je voulais vraiment en savoir plus, je pouvais toujours aller voir le vieil homme d’en face, qui venait depuis toujours à la bibliothèque.
Effectivement, il y avait là un vieux monsieur ; je lui racontai que je recherchais « l’arbre à trésor ». M. Lepoi (c’était son nom), sautilla de joie, comme un enfant heureux d’apprendre une bonne nouvelle. Il y avait enfin un homme dans le monde qui le croyait. Oui il l’avait découvert, un jour, mais jamais personne ne l’avais cru auparavant. Il me dit encore qu’il était prêt à me donner toutes les informations nécessaires si je lui disais pourquoi je recherchais ce fameux trésor.
Après lui avoir tout raconté, je lui demandai une carte ou quelque chose qui me permettrait de découvrir l’endroit, mais la seule réponse que j’obtins fut « Tu trouveras le trésor bien plus proche que tu ne le crois, si tu ouvres ton cœur à la véritable nature ! Cherche et tu trouveras ! ».
Déçu !
Oui, j’étais déçu de n’avoir rien obtenu d’intéressant et d’avoir perdu mon temps auprès de ce vieillard sénile, qui connaissait tout, et ne parlait de rien !
Malgré tout, je confiai notre garçon à des amis, et commençai mon périple dans la forêt, un peu au hasard. Comme je n’avais jamais quitté le quartier, j’admirais avec stupéfaction les mouvements des différentes espèces d’arbres. Les feuilles semblaient m’inviter à danser avec elles, promenées par le vent, et dans leur habillage couleur arc-en-ciel je pouvais voir du vert, du jaune, du rouge, de l’orange et même du rose. Les arbres laissaient les oiseaux chanter dans leurs cheveux. Des écureuils se promenaient d’un côté puis de l’autre… De ci, de là, au hasard des branches… Je n’avais jamais été aussi émerveillé par la nature. J’abandonnai malgré moi mes recherches et allai peindre ce que j’avais vu.
← Martial Potémont, « Paysage de forêt tropicale (gouache), détail. Saint-Denis de La Réunion), Musée Léon Dierx.
Quand j’eus fini, j’accrochai mon esquisse sur le mur du salon et j’aperçus que le visage d’Ève fondait de plus en plus et que la peur de la mort régnait dans un silence douloureux. Je retournai dans la forêt pour rechercher à nouveau le trésor. Une semaine après, je n’obtenais toujours pas de résultats. Je ne savais plus quoi faire. Désespéré ! J’allai chercher de l’aide auprès du vieillard. M. Lepoi accepta de m’aider. Il me demanda ce que je voyais lorsque j’étais dans la forêt. Mes mots étaient bien trop faibles pour lui dire ce que je ressentais ; alors je l’emmenai chez moi puis lui montrai ma peinture de ce « premier rendez-vous avec la nature ». Des larmes s’écoulèrent sur son visage et il répondit que je savais déjà tout, qu’il n’avait plus rien à m’apprendre. Ensuite, il partit sans me dire un mot. Que voulait-il dire ? Mon tableau m’aiderait-il à trouver le trésor ? Pour l’instant ces questions restaient sans réponse ! Il commençait à faire nuit, ma bien-aimée dormait, je posais un baiser sur son front et allai moi-même me coucher. Le lendemain matin, elle n’était pas encore réveillée et je repartis, le cœur rempli de tristesse.
Je ne voulais même plus penser à rentrer. Je laissais le jour au chagrin. Pourtant, alors que je regardais les arbres, j’eus comme un sursaut : je comprenais pour la première fois ce qui est plus grand que la vie, plus grand que la mort : j’ai compris quel était le trésor. Je n’avais pas eu besoin de chercher loin. La forêt elle-même en est un. Elle est un poème, une évasion pour chacun de nous. Elle semble s’exprimer et même penser. Ceux qui la sentent, comme moi maintenant, peuvent respirer le parfum des sensations de la nature, ont trouvé une perle bien précieuse : la perle de la vie.
En rentrant, je ne voyais plus le monde de la même façon.
— Ève ! Ève ! J’ai trouv…
— Papa…
Depuis, le temps a passé… Quelquefois je prends le train pour rejoindre mon garçon. Nous parlons de l’aventure que j’ai vécue malgré le décès d’Ève. Lui aussi aime la forêt, il ne cesse de dire que plus tard, il protégera l’environnement. Les hommes meurent mais la forêt est pleine de vie, la vie du sang des hommes, qui ne s’éteint jamais…
William Degouve de Nuncques (1867-1935) « Les Anges de la nuit », 1894 (hst), Otterlo (Pays-Bas), Kröller-Müller Museum
Netiquette: comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, cet article est protégé par copyright. Ils est mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le nom de l’auteur ainsi que la référence complète de l’article cité (URL de la page).
Le Lycée en Forêt a lancé à la rentrée 2013 un original concours d’écriture à destination des classes de Seconde et de Première ayant pour intitulé : « Écritures en Forêt ».
Pour les classes de Seconde, le sujet portait sur l’écriture d’une nouvelle ayant obligatoirement pour thème la forêt, espace d’une grande richesse littéraire et sociale, qui pouvait être envisagé dans sa dimension légendaire, mythologique, fantastique, symbolique, ou encore sous l’angle plus anthropologique et contemporain du développement durable ou des problèmes posés par la déforestation… Les candidats restant évidemment libres d’appréhender le thème comme ils le souhaitaient.
Félicitation aux nombreux participants, particulièrement aux élèves de Seconde 3 et de Seconde 11, qui se sont remarquablement investis dans le dispositif, et bien sûr Bravo aux trois lauréats de l’édition 2014 :
Premier prix : Camille H. (Seconde 11)
Deuxième prix : Paul B. (Seconde 3)
Troisième prix : Sandra C. (Seconde 3)
Une grande cérémonie récompensant les élèves primés aura lieu en avril… Merci au Lycée qui a pu débloquer des fonds importants pour récompenser les lauréats.
Découvrez aujourd’hui la nouvelle de Sandra C. (Seconde 3), troisième prix :
« Le Trésor d’une forêt »
par Sandra C. Classe de Seconde 3
William Degouve de Nuncques (1867-1935) « La Maison Rose, 1892 (coll. part.). Détail
e vis à Paris depuis ma naissance. Malgré ma vivacité, je sors rarement de chez moi car ma femme, Ève, est tombée gravement malade peu après notre mariage. Alors j’ai dû abandonner mon travail, mes passions, mes amis et mes loisirs pour pouvoir m’occuper de ma famille. Cela fait maintenant dix ans qu’avec notre petit garçon, nous subissons la pauvreté : pas d’électricité pas d’eau et le cas d’Ève empire de jour en jour.
Pour oublier le temps, je peins ma femme. A chaque fois que je lui montre une de mes œuvres, elle se met à rire : « tu n’as aucun talent » plaisante-t-elle. Je le sais très bien mais tout ce qui m’importe, c’était son sourire.
Un jour, alors que je lui montrai un dessin, à mon grand étonnement, Ève ne ria pas : son visage semblait comme flétri. Pris de crainte, j’appelai aussitôt le médecin qui ne tarda pas à m’annoncer que la maladie avait pris le dessus, qu’il faudrait absolument opérer Ève… Nous pleurâmes car nous savions très bien que sans argent pour payer, ses jours étaient comptés.
Dans la nuit, elle me réveilla : elle se rappelait de quelque chose, et s’empressa de me le raconter. Elle avait entendu parler d’une légende qui pourrait peut-être la sauver (elle riait tristement en m’évoquant cela). D’après celle-ci, il y avait dans la forêt un endroit magique mais personne ne l’avait encore vu.
— Balivernes !
— Ne ris pas !
Et des larmes coulèrent de ses yeux quand elle me parlait… « Ne ris pas ; Des gens ont rapporté que cette forêt est merveilleuse et renferme même des trésors cachés ».
Bien que je n’y croyais pas, Ève insista. Alors je partis à la recherche de ce mythe. Comme je ne savais pas par où commencer, j’allai d’abord à la bibliothèque du quartier pour demander des renseignements à propos de cette fichue légende. Il me fut répondu que ça ne me servirait sans doute à rien mais que si je voulais vraiment en savoir plus, je pouvais toujours aller voir le vieil homme d’en face, qui venait depuis toujours à la bibliothèque.
Effectivement, il y avait là un vieux monsieur ; je lui racontai que je recherchais « l’arbre à trésor ». M. Lepoi (c’était son nom), sautilla de joie, comme un enfant heureux d’apprendre une bonne nouvelle. Il y avait enfin un homme dans le monde qui le croyait. Oui il l’avait découvert, un jour, mais jamais personne ne l’avais cru auparavant. Il me dit encore qu’il était prêt à me donner toutes les informations nécessaires si je lui disais pourquoi je recherchais ce fameux trésor.
Après lui avoir tout raconté, je lui demandai une carte ou quelque chose qui me permettrait de découvrir l’endroit, mais la seule réponse que j’obtins fut « Tu trouveras le trésor bien plus proche que tu ne le crois, si tu ouvres ton cœur à la véritable nature ! Cherche et tu trouveras ! ».
Déçu !
Oui, j’étais déçu de n’avoir rien obtenu d’intéressant et d’avoir perdu mon temps auprès de ce vieillard sénile, qui connaissait tout, et ne parlait de rien !
Malgré tout, je confiai notre garçon à des amis, et commençai mon périple dans la forêt, un peu au hasard. Comme je n’avais jamais quitté le quartier, j’admirais avec stupéfaction les mouvements des différentes espèces d’arbres. Les feuilles semblaient m’inviter à danser avec elles, promenées par le vent, et dans leur habillage couleur arc-en-ciel je pouvais voir du vert, du jaune, du rouge, de l’orange et même du rose. Les arbres laissaient les oiseaux chanter dans leurs cheveux. Des écureuils se promenaient d’un côté puis de l’autre… De ci, de là, au hasard des branches… Je n’avais jamais été aussi émerveillé par la nature. J’abandonnai malgré moi mes recherches et allai peindre ce que j’avais vu.
← Martial Potémont, « Paysage de forêt tropicale (gouache), détail. Saint-Denis de La Réunion), Musée Léon Dierx.
Quand j’eus fini, j’accrochai mon esquisse sur le mur du salon et j’aperçus que le visage d’Ève fondait de plus en plus et que la peur de la mort régnait dans un silence douloureux. Je retournai dans la forêt pour rechercher à nouveau le trésor. Une semaine après, je n’obtenais toujours pas de résultats. Je ne savais plus quoi faire. Désespéré ! J’allai chercher de l’aide auprès du vieillard. M. Lepoi accepta de m’aider. Il me demanda ce que je voyais lorsque j’étais dans la forêt. Mes mots étaient bien trop faibles pour lui dire ce que je ressentais ; alors je l’emmenai chez moi puis lui montrai ma peinture de ce « premier rendez-vous avec la nature ». Des larmes s’écoulèrent sur son visage et il répondit que je savais déjà tout, qu’il n’avait plus rien à m’apprendre. Ensuite, il partit sans me dire un mot. Que voulait-il dire ? Mon tableau m’aiderait-il à trouver le trésor ? Pour l’instant ces questions restaient sans réponse ! Il commençait à faire nuit, ma bien-aimée dormait, je posais un baiser sur son front et allai moi-même me coucher. Le lendemain matin, elle n’était pas encore réveillée et je repartis, le cœur rempli de tristesse.
Je ne voulais même plus penser à rentrer. Je laissais le jour au chagrin. Pourtant, alors que je regardais les arbres, j’eus comme un sursaut : je comprenais pour la première fois ce qui est plus grand que la vie, plus grand que la mort : j’ai compris quel était le trésor. Je n’avais pas eu besoin de chercher loin. La forêt elle-même en est un. Elle est un poème, une évasion pour chacun de nous. Elle semble s’exprimer et même penser. Ceux qui la sentent, comme moi maintenant, peuvent respirer le parfum des sensations de la nature, ont trouvé une perle bien précieuse : la perle de la vie.
En rentrant, je ne voyais plus le monde de la même façon.
— Ève ! Ève ! J’ai trouv…
— Papa…
Depuis, le temps a passé… Quelquefois je prends le train pour rejoindre mon garçon. Nous parlons de l’aventure que j’ai vécue malgré le décès d’Ève. Lui aussi aime la forêt, il ne cesse de dire que plus tard, il protégera l’environnement. Les hommes meurent mais la forêt est pleine de vie, la vie du sang des hommes, qui ne s’éteint jamais…
William Degouve de Nuncques (1867-1935) « Les Anges de la nuit », 1894 (hst), Otterlo (Pays-Bas), Kröller-Müller Museum
Netiquette: comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, cet article est protégé par copyright. Ils est mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le nom de l’auteur ainsi que la référence complète de l’article cité (URL de la page).
La classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques… Bonne lecture !
Samedi 15 mars, Héla G. Aujourd’hui, dimanche 16 mars, la contribution d’Arthur Demain, lundi 17 mars : Manon B.
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« La Lune tombe »
par Arthur M. Classe de Première S2
La lune tombe
Il y a le soleil qui pleure Et le ciel ouvre ses yeux Au sourire de la pluie
La lune tombe
Des étoiles s’endorment Sur les cratères de Vénus Et le ciel ouvre ses yeux
La lune tombe
Et le ciel n’ouvre plus ses yeux Ses yeux restent fermés Et puis plus
RIEN
« La lune tombe… Des étoiles s’endorment / Sur les cratères de Vénus… »
Félix Vallotton, « Clair de Lune » (détail), vers 1895
Paris, Musée d’Orssay
Le point de vue de l’auteur…
Ce poème m’a tout d’abord été inspiré par un certain nombre de techniques propres à la poésie surréaliste. C’est ainsi que l’écriture automatique qui consiste à valoriser l’inconscient et le rêve comme phénomènes littéraires, m’a amené en procédant par associations libres de mots, à un court-circuitage métaphorique d’images : à ce titre, les oxymores « Soleil qui pleure », « sourire de la pluie » sont le reflet de ce travail.
Cependant, plus que de l’attraction fortuite résultant des hasards de l’écriture automatique, ce poème repose sur une exploration consciente des ressources de la poésie moderne : ainsi, la pratique du vers libre de même que la disparition de la ponctuation ont été pour moi l’occasion d’atteindre une plus grande pureté d’expression. Je voulais aussi dépasser la poésie comme simple moyen d’expression pour valoriser au contraire une démarche plus onirique visant à déconstruire le réel et à faire du poème le reflet d’une expérience spirituelle.
Les infinies métamorphoses de la nuit sont ainsi suggérées dans mon poème par les personnifications qui évoquent l’idée d’une fusion avec le cosmos, dans une perspective panthéiste ; le ciel et les étoiles sont personnifiées pour évoquer plus précisément cette vie éphémère de l’invisible : « le ciel ouvre ses yeux au sourire de la pluie », les « étoiles s’endorment »… Une question que je me suis posée en écrivant ce texte est la suivante : « A quoi ressembleraient les nuits sans la lune, et sans les autres astres ? » Ainsi, quand je dis « Le ciel ouvre ses yeux », c’est pour suggérer une compréhension plus profonde et plus vraie de l’ordre de l’univers.
Comme nous le comprenons, la présence de nombreux astres, en particulier de la lune, nous amène nous aussi à « ouvrir les yeux » vers un ciel comme « intériorisé ». Personnellement, je trouve le ciel nocturne particulièrement propice à l’inspiration poétique et au lyrisme personnel. À la fin du poème, lorsque le « ciel n’ouvre plus ses yeux », cela symbolise certes le néant, mais plus encore la métamorphose.
D’une part, le ciel ayant fermé ses paupières, nous empêche de contempler les astres, et donc de chercher l’inspiration, ce qui clôture le poème. Mais d’autre part, en ne mettant pas de point final à mon texte, j’ai voulu montrer que le poème n’est ni un début, ni une fin, il est au contraire un voyage, un paysage animé de mots, évocateurs d’un itinéraire spirituel.
À ce titre, la position de la lune, dont on imagine qu’elle est en train de tomber, suggère moins l’idée d’une disparition, qu’un « au-delà » du poème : le dernier mot « rien » n’est pas en soi un terme mais le commencement d’un autre voyage : faire reculer les frontières du visible, pour réapparaître sous une forme différente : le rien connotant, bien plus que le néant, l’invisible et la transfiguration du ciel en mouvement : insaisissable, ineffable…
La classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques… Bonne lecture !
Vendredi 21 février, Camille V. Aujourd’hui, samedi 15 mars, la contribution d’Héla Demain, dimanche 16 mars : Arthur M.
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« Noël robotique »
par Héla G. Classe de Première S2
Il était une fois un monde où l’humanité est un mythe
Un monde rempli de machines éternelles
Toutes semblables, toutes les mêmes
Un monde sans liberté et sans limite.
C’est alors que XENA apparut
Une machine mal conçue
Mi-humaine, seule à s’évader en rêvant
Mais seulement le temps d’un instant
Alors, elle s’imagina s’échapper de ce monde sans vie
Et s’évader dans l’interdit :
Entrant dans des algorithmes dépourvus de réalité
Elle avança dans le tunnel étroit de la liberté
Elle était à présent assise autour d’une table
Accompagnée d’inconnus familiers
Puis elle vit le présent amer sous le grand sapin humble.
Elle s’apprêtait à l’ouvrir lorsque… Batterie épuisée.
« Un monde rempli de machines éternelles
Toutes semblables, toutes les mêmes… »
Pour composer ce poème, je me suis d’abord inspirée des Surréalistes qui puisaient leur imaginaire dans l’écriture automatique. Après avoir effectué le même travail d’approche et avoir lu les associations libres qui m’étaient venu à l’esprit, je constatais que certains mots que j’avais hâtivement écrits sur ma feuille formaient un réseau lexical inattendu : « machine, XENA, robot ». C’est alors que j’eus vraiment l’idée de ce texte : l’image d’une sorte de robot qui pouvait rêver s’est imposée à mon esprit. J’ai donc choisi d’approfondir cette inspiration.
Outre le surréalisme, j’ai souhaité donné à ce texte une puissante dimension symboliste. De fait, pour les Symbolistes, le texte se donne à déchiffrer ; il engage le lecteur vers une lecture interprétative : c’est ainsi qu’à mes yeux, le robot humanoïde XENA dont il est question dans ce texte devient en quelque sorte l’allégorie d’un monde déshumanisé. Ce texte amène ainsi à une réflexion sur notre modernité : n’entraîne-t-elle pas une perte de valeur, une perte du sens, une « objectivation » de l’homme : c’est-à-dire la perte de l’humain en tant que sujet agissant, pensant, rêvant…
Paradoxe de la modernité : l’humain se rêve comme robot, tandis que la machine se rêve comme humain. C’est ainsi que XENA cherche à ressentir des émotions, grâce à sa fabrication hors norme : « Une machine mal conçue /Mi-humaine, seule à s’évader en rêvant »… J’ai trouvé judicieux de choisir pour cadre référentiel l’univers festif de Noël dont l’image familière est universellement connue de tous. Plus précisément, j’ai voulu situer la scène lors du réveillon de Noël, fête familiale par excellence : le robot XENA est là avec la famille, dont il partage la cérémonie d’ouverture des cadeaux.
Comme le lecteur le comprend, si Noël représente des valeurs essentielles de l’humanité, avec l’innocence de l’enfance, la convivialité, l’esprit de famille, la joie, le bonheur… une question qui vient à l’esprit est la suivante : ce bonheur peut-il être remis en cause ? A travers la métaphore de la machine qui n’a plus de batterie, j’ai voulu montrer qu’à l’instar de cette machine qui retourne donc dans son monde d’ennui où les hasards ne la vie n’existent pas, nous risquons aussi, en voulant tout contrôler, perdre de vue l’infini bonheur du hasard…
Ce poème dénonce donc la déshumanisation du monde, qui est d’abord une déshumanisation de l’homme lui-même. Si de plus en plus de machines remplacent les humains, c’est que l’homme sans le savoir a peut-être renoncé à sa liberté. Comme l’exprimait admirablement l’écrivain Georges Bernanos en 1944, « Nous n’assistons pas à la fin naturelle d’une grande civilisation humaine, mais à la naissance d’une civilisation inhumaine qui ne saurait s’établir que grâce à une vaste, à une immense, à une universelle stérilisation des valeurs de la vie »…
Oui, les machines savent faire de plus en plus de choses impressionnantes… Mais dans quel but ? Où va la route ? Un monde sans humanité n’est rien pour moi, tant il est vrai que c’est l’humanité qui fait le monde : il bat au rythme de notre propre cœur… Arrivera-t-on un jour, comme le redoutait Paul Valéry à l’extinction entière de l’espèce humaine ? « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles », écrivait-il en 1919. C’est ainsi que la fin du poème « batterie épuisée » invite le lecteur à méditer sur le sens même de notre humanité, de notre modernité, de notre finitude…