Concours AMOPA 2019… Publication des textes primés…

Trois élèves de mes classes se sont brillamment distingué·e·s lors de deux concours organisés cette année par l’AMOPA (Association des Membres de l’Ordre des Palmes Académiques) :

  1. Alicia Thébaud : premier Prix d’expression écrite du concours « Défense et Illustration de la langue française » (Catégorie Lycée). Pour voir le règlement du concours, cliquez ici. Pour voir le palmarès complet, cliquez ici. Durée de l’épreuve : 3h00.
  2. Marion Saulnier : premier Prix du concours « Jeune Poésie » (Catégorie Seconde). Pour voir le palmarès complet, cliquez ici.
  3. Ron Sharony ; premier accessit du concours « Jeune Poésie » (Catégorie Seconde).

Voici les textes primés. Bravo également à tou·te·s les élèves pour leur participation enthousiaste et le haut niveau des productions écrites.


Prix « Défense et Illustration de la langue française » (prix d’expression écrite) : Alicia Thébaud, Premier prix

Ce prix rend hommage au grand poète de la Renaissance Joachim du Bellay (1522 ?-1560) qui avec Pierre de Ronsard (1524-1585) et d’autres poètes du groupe de la Pléiade, se donnèrent pour mission de valoriser les richesses de notre langue en publiant en 1549 une célèbre Défense et illustration de la langue française.

Sujet de composition française : « Je suis indéfiniment capable d’émerveillement » disait le cinéaste Federico Fellini (1920-1993). Quelles sont,pour vous les sources de l’émerveillement ? Évoquez-les.

 

u’est-ce que l’émerveillement ?

Cela peut se traduire par le fait de ressentir de l’admiration face à quelque chose, de l’ébahissement ou même une sorte d’enchantement. Cette exubérance est proprement merveilleuse : vous êtes tout à coup subjugué par ce que l’un de vos cinq sens vous retransmet au point de ne plus pouvoir réfléchir convenablement à ce qu’il se passe, tant vos sentiments prennent le dessus sur toute chose.

A ce titre, Federico Fellini disait « Je suis indéfiniment capable d’émerveillement ». Le cinéaste italien le montre d’ailleurs parfaitement par la mélancolie de ses films et un néoréalisme personnel propres à susciter l’imaginaire. Tantôt naïfs, pittoresques, extravagants voire exubérants, les personnages de ses films sont l’illustration de l’émerveillement qui nous saisit face au septième art.

La sensation d’émerveillement dépend de la personne, et peut varier selon chacun. Certains en effet seront émerveillés devant un simple champ de lavande, d’autres par un tour d’illusionnisme, une symphonie de Mozart, un film de Steven Spielberg ou Georges Lucas, ou enfin par un jeu vidéo d’un réalisme saisissant.

Alors pourquoi l’émerveillement est-il aussi diversifié ? D’où vient-il et qu’est-il réellement pour nous ? Pour répondre à ces questionnements, je vais montrer dans une première partie ce qu’est précisément pour moi l’émerveillement, puis dans une deuxième partie je réfléchirai à l’origine du phénomène de l’émerveillement.

C’était un été comme un autre dans le village de Sant Martí d’Empúries, en Catalogne, j’étais en vacances non loin du village avec ma famille. Un village assez banal en soi, dont vous feriez facilement le tour en trente minutes, si ce n’est un peu moins. Le village était assez calme ce jour-là : la grande majorité des touristes préférait se retrouver à Empúries même, où les activités étaient nombreuses par rapport au village. Et pourtant. Je préférais nettement me sentir ici ! J’étais complètement enchantée par cet endroit.

Pourquoi ? Peut-être à cause de ce sentiment de calme et de plénitude que l’on ressentait à l’intérieur du petit village, de ces quelques vestiges d’Histoire qui trônaient là : cette église d’un style simple et qui pourtant s’accordait parfaitement avec l’austérité du paysage, et enfin cette plage comme on en retrouve sans doute partout ailleurs en Méditerranée, mais elle me paraissait à moi bien différente de toutes celles que j’avais connues jusqu’alors. 

« Comme une excellente surprise qu’on ne voyait pas venir… »

Voilà quel est pour moi l’émerveillement : une sorte d’enchantement face à un lieu dont à la base vous ne vous attendez à rien d’autre qu’un simple petit village avec peut-être deux ou trois ruines. L’émerveillement est ainsi un ébahissement devant quelque chose dont on n’attendait rien, qui n’avait alors jusqu’ici aucune valeur sentimentale ou autre et qui devient tout à coup chargé de valeur au point de provoquer un éveil des sens incomparable. Comme une excellente surprise qu’on ne voyait pas venir.

Je pense également que l’émerveillement ne tient pas seulement à la surprise des choses mais à la symbolique dont il est porteur. Cette symbolique dépend bien souvent de la personne, de son ressenti face à cet « objet » d’émerveillement. Généralement, les personnes le voient comme une sorte d’Eden qu’elles auraient longuement cherché, un petit coin de paradis qu’elles auraient enfin atteint après maintes tentatives pour y arriver. Cet émerveillement est alors vu comme le fruit d’un long travail : dur et laborieux. Un rêve qui vient de se concrétiser.

« Un rêve qui devient alors réalité… »

Je me rappellerai toujours d’une femme que je connaissais dont le souhait le plus cher était de devenir mère. A plusieurs reprises, elle avait tenté d’avoir un enfant, mais sans cesse sa grossesse se finissait par une fausse couche. Plus le temps passait, et plus ce rêve lui paraissait lointain. Elle finit même par abandonner l’idée, jusqu’au jour où elle se trouva de plus en plus de rondeurs. Ainsi, au terme de ces neuf mois, ce qu’elle avait tant espéré depuis des années prit corps : elle avait enfin un enfant et elle ressentit comme une sensation d’éblouissement devant ce petit être qu’elle tenait, mêlée à une joie immense et à de la fierté.

L’émerveillement vient donc soit d’un rêve qui devient alors réalité, soit d’une surprise totale face à un événement inattendu, Mais l’émerveillement tire plus fondamentalement son origine de quelque chose de plus profond, en nous-même, qui nous permet, en allant au-delà des apparences, de transcender la réalité.

Cette sensation d’ébahissement, d’admiration ou d’étonnement n’est en effet pas seulement rattachée à la concrétisation d’un fantasme ou d’un rêve inaccessible, mais surtout à notre personnalité : de fait, notre « moi-profond » influe en très grande partie sur l’émerveillement. Ainsi, nous nous émerveillons devant quelque chose qui pourra paraître aux autres totalement banal, ordinaire et peut-être indigne de susciter le moindre intérêt.

A ce titre, je pense que la sensation d’émerveillement est aussi rattachée à l’éducation que nous avons reçue de nos parents. Un enfant sera plus sensible aux charmes de la nature, si un de ses parents les lui aura inculqués ou si d’un naturel solitaire, il a l’habitude d’aller se ressourcer dehors, contrairement à un autre qui n’y trouvera aucun intérêt si un de ses parents lui aura répété sans cesse qu’il n’y pas d’utilité à s’intéresser à la nature.

S’émerveiller, c’est « savoir s’ouvrir aux chemins de la connaissance… »

En outre, notre vision du monde et la manière dont nous voyons les choses influencent  la source de notre émerveillement. Ainsi l’émerveillement n’est pas obligatoirement quelque chose de complètement incroyable et hors du commun, mais surtout quelque chose que nous affectionnons particulièrement ou qui modifie notre perception du monde. Plus nous sommes intéressés et passionnés par certaines choses, plus grand est l’enchantement.

On ne peut nier le fait que nous sommes en admiration devant les peintures de Michel-Ange ou Léonard de Vinci, parce que pour bon nombre d’entre nous avons appris à aimer les peintures de la Renaissance, notamment pour leurs détails brillants de réalisme. Ou encore le fait qu’une personne puisse trouver de l’émerveillement en lisant un simple livre, sans bouger de chez elle. Le tout est d’être curieux et de savoir s’ouvrir aux chemins de la connaissance.

L’émerveillement découle donc de plusieurs sources : de notre caractère et de notre éducation qui dirigeront nos centres d’intérêts ; de notre vision du monde, mais aussi de la surprise créée par la confrontation avec l’inattendu.

« L’émerveillement revient à prouver que la magie existe en chaque être humain… »

omme j’ai essayé de le montrer, chacun de nous perçoit différemment l’émerveillement et le définit personnellement et subjectivement : selon moi, l’émerveillement revient à prouver que la magie existe en chaque être humain.

La source de ce sentiment d’admiration vient simplement et seulement de nous, c’est-à-dire de notre capacité à apprécier chaque chose, peu importe ce qu’elle est du moment que nous savons en percevoir le mystère derrière l’apparence.

Un peu à la manière de l’homme émerveillé devant les nuages dans « L’étranger » de Baudelaire, il ne tient qu’à nous de s’émerveiller devant les choses les plus simples de la vie, devant les « merveilleux nuages »…

© Alicia Thébaud, mars 2019.
Juin 2019 pour la présente version (mise en forme légèrement modifiée par rapport à la version originale).

Bord de mer à Sant Martí d’Empúries (Espagne, Catalogne)
© BR 2019 (cliché modifié numériquement)

Prix de la Jeune poésie 2019 :

  • Marion Saulnier, Premier prix
  • Ron Sharony, Premier accessit

« Aurore »

par Marion Saulnier
Classe de Seconde 11


Voilà la journée entrer avec prudence
C’est la curiosité qui l’attrape
Elle finit par tomber
Sur cette énigme entremêlant
L’annonce des falaises,
L’incertitude d’un sourire…

Le rêve-veille du jour sonne
Me coupant du voyage prévu
Le rapide coup d’œil est lancé
Et je souffle, je souffle
Au vent qui murmure
Que le jour s’est déjà levé.

© Marion Saulnier, mars 2019.


Illustration : © Bruno Rigolt, Juin 2019 (Photomontage et peinture numérique)

« Omniscient je deviens ! »

par Ron Sharony
Classe de Seconde 11

Dans la boucle éternelle,
Les jours se linéarisent
Mes temps éphémères
Ne servent plus à rien :
Mais arrive l’obscur lacté parfumé
De lumières aveuglantes
Que rend rêveuses mes âmes
Haineuses des mortels ignorants.

Ô Ronces humaines lacérant mes esprits !
L’unique parmi tous enfin règne
Submergé d’épines du souvenir.
S’enfoncèrent et ruissellent
Mes bontés protectrices,
Mes courroux ravageurs,
Mes infinités pensives,
Mes projets illusoires,

Et je subis l’inconnu,
J’ordonne les Galaxies !
Les dimensions me connaissent :
Omniscient je deviens !

© Ron Sharony, mars 2019

 

Illustration : © Bruno Rigolt, juin 2019, "L’œil omniscient" 
Photomontage, peinture numérique

Prix AMOPA 2019 le Lycée en Forêt double champion de France

PRIX D’EXPRESSION ÉCRITE DE LA LANGUE FRANÇAISE

L’Association des Membres de l’Ordre des Palmes Académiques (AMOPA) vient de décerner le premier Prix du concours « Défense et Illustration de la langue française » (Section Lycée) à l’une de mes élèves de Première S2 (promotion 2018-2019) : Alicia Thébaud, pour sa brillante dissertation qui portait sur le thème de l’émerveillement.

Le sujet de composition française, particulièrement ardu, était le suivant :

Je suis indéfiniment capable d’émerveillement
disait le cinéaste Federico Fellini (1920-1993). Quelles sont
pour vous les sources de l’émerveillement ? Évoquez-les.

Voir le palmarès complet sur le site de l’AMOPA.

PRIX DE LA JEUNE POÉSIE

Par ailleurs, deux autres de mes élèves de la classe de Seconde 11 ont été primés au niveau national pour le prix de la jeune poésie :

  1. Marion Saulnier, Premier Prix national
  2. Ron Sharony, Premier Accessit

Voir le palmarès complet sur le site de l’AMOPA.

Bravo enfin à tous les élèves de Seconde 11 et de Première S2 (promotion 2018-2019) pour leur remarquable implication.

Les productions écrites des lauréat·e·s viennent d’être mises en ligne sur cet Espace Pédagogique Contributif (cliquez ici pour les découvrir).

Bientôt le concours d'art oratoire 2018… Méthodologie, techniques et entraînements…


Concours d’art oratoire

Bruno Rigolt

méthodologie,
techniques et entraînements
Techniques de persuasion et de rhétorique ; procédés de l’éloquence, etc.


 PLAN


Présentation
Le déroulement de l’épreuve
Les types de sujet
Le barème d’évaluation
16 exemples de sujets inédits
Les compétences requises pour le concours
1.
Entraînement n°1 : exploiter la métaphore filée, les anaphores, les interrogations oratoires
2.
2-1
2-2
2-3
2-4
2-5
Entraînement n°2 : faire sensation à l’oral : les techniques d’accroche
Choisir un angle d’attaque percutant
partir d’une anecdote à fort pouvoir de conviction ou d’émotion : le storytelling
adopter un angle d’attaque original, voire décalé
les questions rhétoriques et la fonction de contact
Souriez, parlez avec assurance et conviction, d’une voix bien placée…
3.
3-1
3-2
3-2
3-3
3-4
Entraînement n°3 : faire sensation à l’oral : structurer les grandes étapes de votre démonstration
« scénarisez » votre intervention !
Complétez et organisez votre brouillon

Ne perdez pas de vue le sujet !
Exemple pratique : intégrer plusieurs techniques oratoires
Zoom sur les techniques utilisées
4.

4-1
Entraînement n°4 : faire sensation à l’oral : conclure une prestation… Les techniques de chute
Planifiez votre conclusion et préparez-la soigneusement !

Présentation

C

comme chaque année, le Rotary Club de Montargis propose aux élèves de Seconde et Première du Lycée en Forêt de participer à un concours d’art oratoire qui aura lieu le mercredi 21 mars 2018 et le jeudi 22 mars 2018. Si vous aimez prendre la parole, saisissez cette occasion unique de vous exprimer à l’oral face à un public (des professionnels et quelques enseignants du Lycée). 

Le déroulement de l’épreuve…

Le jour de l’épreuve, vous aurez le choix entre quatre sujets imposés. Après avoir pris connaissance des sujets, vous n’en retiendrez qu’un seul, que vous préparerez sur place (au CDI) en 30 minutes exactement.

Les sujets proposés portent sur des questions de culture générale :

  • Économie et Société,
  • Littérature et philosophie,
  • Sciences et techniques,
  • Et quelques sujets faisant davantage appel à vos capacités d’originalité.

Votre prestation doit durer 5 minutes au moins ! Le jury attend évidemment des exposés argumentés et réfléchis, ce qui n’empêche nullement l’improvisation : mettez-vous en scène, interpellez votre public un peu comme un acteur « qui fait son numéro » ! Pourquoi pas du Slam si vous en avez le talent. Rien n’est pire qu’un exposé lu de façon monocorde : surprenez le jury !

Le barème d’évaluation
  1. L’art oratoire et l’éloquence (10 points) ;
  2. La rhétorique : l’art du “discours”, la qualité de vos arguments et de vos exemples (10 points).
  1. L’art oratoire touche à l’art de bien parler. Un orateur persuasif est celui qui sait s’exprimer avec aisance et clarté, moduler le son de sa voix afin d’éviter la monotonie par exemple. La capacité d’émouvoir, de persuader par la parole sont donc essentielles. Au niveau de l’évaluation, la diction est fondamentale puisque vous devez persuader d’abord par la parole ! Ne négligez surtout pas le travail sur la langue : c’est ce qu’on appelle l’élocution, c’est-à-dire le choix du style. Par exemple, l’emploi de figures de rhétorique semble tout indiqué : métaphores, comparaisons, interpellation de votre auditoire grâce aux interrogations oratoires, aux apostrophes, etc.

  2. La rhétorique, c’est l’art du discours. Vous avez toutes et tous déjà travaillé sur l’écrit d’invention : cela va vous servir pour le concours ! L’invention, au sens étymologique (du latin inventio) est la capacité de savoir construire un projet, c’est-à-dire de convaincre en organisant votre propos. Vous serez donc noté sur la manière dont vous avez disposé vos idées, structuré votre parcours argumentatif. Pensez à utiliser les procédés propres au discours (choix des arguments, des exemples, des techniques de persuasion, techniques d’amplification, voire de dramatisation) en rapport avec le sujet.

Cliquez sur l’image pour l’agrandir…
Seize exemples de sujets entièrement inédits (dans l’esprit du Concours) :
  • Histoire et société :
    – Réussir sa vie, c’est être riche de…
    – Est-il possible de concilier le développement durable avec une société où tout semble éphémère ?
    – Pensez-vous qu’il faut réinventer un nouveau modèle social pour notre monde ?
    – C’est quoi, un “faiseur d’histoire(s)” ?

  • Littérature et Philosophie :
    – C’est quoi, être libre ?
    – Quel est l’avantage d’apprendre le Français dans le monde contemporain ?
    – La violence est-elle une force ou une faiblesse ?
    – Et si le plus beau voyage était un voyage immobile ?

  • Sciences et Techniques :
    – Les robots “humanoïdes” sont de plus en plus répandus dans le monde : faut-il en avoir peur ?
    – Comment se dérouleront les cours au Lycée en 2050 ?
    – Le progrès du moteur est-il le moteur du progrès?
    – La morale est-elle l’ennemie de l’Art ?

  • Sujets “inclassables” :
    – Pourquoi est-ce blanc plutôt que noir ?
    – C’est quoi un “po-aime” ?
    – Faites votre éloge.
    – Faire le tour du monde ou faire un tour ?

Les compétences requises pour le concours…

La prise de parole en public requiert plusieurs compétences. Voici quelques conseils pour affronter l’épreuve…

  1. Commencez d’abord à vous préparer “physiquement” à la prise de parole. Choisissez avec soin votre tenue ce jour-là : certes, ce n’est pas un défilé de mode, mais vous parlerez d’autant mieux que vous vous sentirez à l’aise dans vos vêtements (et vos baskets !). N’oubliez pas non plus que la principale difficulté… C’est vous : donc inutile de vous mettre trop la pression avant ! Partez gagnant(e) en vous disant que de toute façon vous n’avez strictement rien à perdre. Dès que vous rentrez, soyez souriant/e, pensez aussi à dire Bonjour ! Cela paraît évident mais parfois, avec le trac…

  2. Regardez votre public. N’oubliez pas non plus que même si une personne du jury ne semble pas faire attention à votre présence quand vous parlez, cela ne veut rien dire : elle donnera un avis sur votre prestation juste après votre départ. Donc regardez tout le monde (et pas seulement une seule personne parce qu’elle vous aura regardé(e) avec bienveillance ou parce que vous la connaissez (votre prof par exemple). Veillez également à vous tenir correctement : inutile de se raidir, mais il ne faut pas non plus être avachi !

  3. Improviser… Mais pas trop ! Bien sûr, le concours exige une certaine part d’improvisation, mais n’en faites pas trop non plus, car cela risquerait de vous entraîner sur un terrain parfois glissant, en particulier au niveau de la maîtrise du non-verbal (la gestuelle) : quand on improvise, on a tendance à “théâtraliser” un peu trop parfois : en libérant la parole, on libère trop ses gestes et on en arrive à “gesticuler”. Donc, gardez toujours une certaine distance en essayant d’articuler au mieux le geste et les registres de langue que vous allez employer (didactique, comique, lyrique, etc.)

  4. S’entraîner avec… une glace et un smartphone ! Voici un excellent exercice qui vous permettra de vérifier que vous maîtrisez votre voix et votre respiration lors de la prise de parole : chez vous, essayez en vous regardant obligatoirement devant une glace (une grande si possible : celle de la salle de bain ou de votre armoire fera l’affaire!) de parler HAUT et FORT. L’exercice d’entraînement que je vous propose consiste à lire un texte neutre (une définition de cours par exemple, comme ça vous ne perdez pas de temps) en regardant le moins possible votre support et en vous fixant le plus possible dans la glace. Relisez plusieurs fois votre texte en variant l’intonation (neutralité, colère, joie, rire, émotion, interpellation, etc.). Si possible, enregistrez-vous avec votre smartphone, un MP3, etc. et écoutez ce que ça donne afin de corriger les petits problèmes (placement de la voix par exemple). Prenez ensuite un sujet au hasard : accordez-vous 20 minutes de préparation et lancez-vous, sans lire vos notes (vous pouvez même vous entraîner dans les transports en commun pour la recherche des arguments) : essayez de trouver des idées créatives, originales, et faites si possible votre exposé devant d’autres personnes : des copains ou des copines, la famille, etc. afin de vous confronter à un public. Si vous êtes seul chez vous, mettez-vous devant une glace et parlez HAUT et FORT en vous obligeant à parler tout en vous regardant.

 
10 sujets d’entraînement…


Voici 10 sujets sur lesquels vous pouvez vous entraîner :

  1. Sur le fronton du Panthéon à Paris est inscrite la devise suivante : « Aux grands hommes la patrie reconnaissante ». Pensez-vous qu’au nom de la parité, il faudrait modifier cette devise ?
  2. Que pensez-vous de ce proverbe : « Qui aime bien châtie bien » ?
  3. Que vous inspirent ces propos d’Antoine de Saint-Exupéry : « La meilleure façon d’unir les hommes, c’est encore de les faire travailler ensemble ».
  4. Peut-on justifier la violence ?
  5. Qu’est-ce qu’un « grand homme » ?
  6. Que vous inspire cette citation de Shakespeare : « Rien n’est plus commun que le désir d’être remarquable » ?
  7. « Parlez-nous de vous »…
  8. Comment faire pour marquer son temps ?
  9. Selon vous, faudrait-il que les robots un jour aient des droits ?
  10. Si la poésie avait une couleur, quelle serait-elle ?
M

algré les apparences, vous verrez que les sujets proposés obéissent tous à des mêmes règles. Il est important tout d’abord de structurer votre exposé afin que le jury suive et comprenne votre démarche : montrez que vous savez où vous allez ! Quel que soit le sujet choisi, privilégiez d’abord un angle d’approche, c’est-à-dire une problématique qui va orienter votre démarche. Surtout ne rédigez pas : cela vous amènerait à lire (ce qui ne serait plus de l’oral, mais une lecture de texte) et donc à être éliminé/e.

Posez-vous des questions,
Faites preuve de curiosité intellectuelle !

Imaginez par exemple que vous avez choisi le sujet n°2 : Que pensez-vous de ce proverbe : « Qui aime bien châtie bien » ? Voici un sujet qui peut surprendre au départ, puisqu’il amène à considérer que c’est une preuve d’affection que d’être dur avec quelqu’un : « Je te punis comme il faut, donc je t’aime bien ». Ces deux pensées contradictoires (associer l’amour à une peine sévère) amènent à plusieurs interrogations : par exemple, faut-il éduquer en « châtiant » nécessairement ? N’est-ce pas l’expression d’une volonté de puissance que de prétendre aimer en disposant du sort d’autrui ? Ainsi, la peine de mort, qui est la punition la plus extrême, est-elle dans ces conditions le témoignage d’un amour suprême ? Mais on peut prendre le contre-pied de cet adage : « Qui aime bien ne châtie point ». Dans ces conditions, est-ce que cela signifie : « Qui aime bien, laisse faire » ? Ainsi, innocenter un « voyou » n’est-ce pas lui signifier du mépris et de l’indifférence ? Ne pas châtier, ce serait donc… mal aimer ? Par opposition, « bien châtier » serait faire preuve de courage, d’engagement, d’attention à l’égard de celui qu’on aime. Comme vous le voyez, posez-vous des questions, envisagez le sujet selon plusieurs angles, selon plusieurs points de vue.

Les ressources de l’art oratoire

Rappel : votre oral doit durer 5 minutes au moins ! Les prestations des candidats sont évaluées sur le style, l’élocution, l’expression française et la force de conviction de chacun. Vous devrez développer avant tout la communication : n’oubliez pas que vous allez être noté/e en premier lieu sur votre désir de communiquer. Cultivez votre leadership ! Pensez par exemple à adapter votre voix à la situation de communication ; pensez aussi à adapter votre registre de langue afin d’impliquer vos destinataires. Un orateur persuasif est celui qui sait s’exprimer avec aisance et clarté, moduler le son de sa voix afin d’éviter la monotonie par exemple : n’hésitez pas à jouer de plusieurs registres (langue populaire/familière/courante/soutenue), à trouver le « ton juste » (enjoué, ironique, oratoire, lyrique, etc.) : la capacité d’émouvoir, de persuader par la parole sont en effet essentielles.

Enfin, au niveau de l’évaluation, la diction est fondamentale puisque vous devez persuader d’abord par la parole :

  • Obligez-vous à faire à l’oral des PHRASES COMPLÈTES à partir de mots clés.
  • Même à l’oral, entraînez-vous à ponctuer correctement, en jouant sur l’intonation.
  • Attention enfin à la reprise trop fréquente de tournures (qui risquerait de rendre votre oral monotone ou pesant pour les auditeurs).

Les sujets proposés au concours vous amèneront également à convaincre, à persuader votre auditoire : sortez des banalités. Certes, il n’est pas question de choquer, de provoquer, mais de surprendre, et d’exploiter pleinement votre personnalité. Pensez enfin à adopter des outils linguistiques appropriés. Ne négligez surtout pas le travail sur la langue : c’est ce qu’on appelle l’élocution, c’est-à-dire le choix du style. Par exemple, l’emploi de figures de rhétorique semble tout indiqué : métaphores, comparaisons, interpellation de votre auditoire, gradations, interrogations oratoires, etc.

Entraînements à l’épreuve

① exploiter la métaphore filée, les anaphores, les interrogations oratoires

Aujourd’hui, je vous propose de vous entraîner sur trois procédés essentiels dans l’art oratoire :

  • Métaphore filée ;
  • Anaphores ;
  • Interrogations rhétoriques.

1. La métaphore filée

Prenons un sujet type : vous souhaitez par exemple plaider pour plus de justice sociale. Si vous êtes astucieux, vous allez exploiter la technique de la métaphore filée. Comme vous le savez, on entend par là une métaphore qui se prolonge, qui est développée à travers un même réseau lexical. Si vous avez du mal à trouver ou à formuler vos idées, la métaphore filée constitue une aide précieuse.

Imaginons un candidat qui n’a que peu d’arguments, par exemple « plus de justice sociale permettra d’améliorer les conditions de vie et le monde ». Malgré sa justesse, l’idée en elle-même est assez pauvre et banale du fait de son manque d’originalité. Néanmoins, vous allez voir comment une métaphore filée peut la transformer. Pensez par exemple au champ lexical de la construction : « rebâtir, construire, fondations, pierre, maison, édifice, murs… » etc.

Reprenons maintenant notre idée de départ en l’étayant grâce à une métaphore filée :

« Plus de justice sociale permettra d’améliorer les conditions de vie et le monde : il faut en effet que tous les murs qui séparent les hommes tombent : mur de l’indifférence, mur du racisme, mur de l’égoïsme. Le monde n’est pas seulement un ensemble de continents, c’est notre maison commune. En ce début de vingt-et-unième siècle, il est peut-être temps de rebâtir le monde pour plus de justice sociale, de construire une nouvelle société, plus humaine, plus fraternelle. Il nous appartient de poser les fondations d’un monde plus respectueux des valeurs communes. Un nouvel humanisme est nécessaire ! Alors que le vieil édifice s’écroule, des voix rappellent qu’il faut poser la première pierre de la fraternité ! »

2. Même exemple que précédemment mais avec des anaphores et des interrogations oratoires :

« Mesdames, Messieurs, voilà ce que je vous propose : il faut que tous les murs qui séparent les hommes tombent : mur de l’indifférence, mur de la misère, mur de l’égoïsme. Peut-on accepter de vivre ainsi ? Avons-nous été créés pour nous déchirer ? Pour nous haïr ? Plus de justice sociale ne permettrait-elle pas d’améliorer les conditions de vie et le monde ?

Mesdames, Messieurs, notre monde en effet n’est pas seulement un ensemble de continents, c’est notre maison commune. Devons-nous accepter de laisser mourir cette maison et d’en voir s’écrouler les fondations ? Devons-nous nous résoudre à partir en laissant les clés sur la porte ? Notre terre doit-elle être condamnée à devenir une maison abandonnée ? En ce début de vingt-et-unième siècle, il est peut-être temps de rebâtir le monde, de construire une nouvelle société, plus humaine, plus fraternelle.

Mesdames, Messieurs, il nous appartient de poser les fondations d’un monde plus respectueux des valeurs communes. Un nouvel humanisme est nécessaire ! Alors que le vieil édifice s’écroule, des voix rappellent qu’il faut poser la première pierre de la fraternité ! »


  • Pour vous entraîner : gardez si vous le souhaitez le sujet de départ et refaites l’exercice en respectant le même ordre : 1) métaphore filée, 2) métaphore filée + anaphores et interrogations oratoires) mais en utilisant le champ lexical du voyage ou du déplacement (route, partir, chemin, départ, etc.) : comme vous l’avez vu, c’est d’abord un travail de style et d’approfondissement qui est attendu de vous.

Faire sensation à l’oral : les techniques d’accroche

Ne négligez pas les premiers instants ! Étant donné la brièveté des prestations orales (moyenne des temps de parole 5 à 7 minutes environ), la première minute est en effet déterminante pour la réussite de votre intervention.

Voici aujourd’hui, quelques techniques pour travailler votre accroche et renforcer l’adhésion du jury à votre discours…


Technique 1 : choisir un angle d’attaque percutant

C

réez une réaction en rentant rapidement dans le vif du sujet. À la différence de l’écrit, évitez d’introduire par une accroche trop longue (type : du général au particulier), moins adaptée pour un oral bref. Au contraire, attaquez d’emblée en posant un point de vue particulier sur le sujet, donc en partant du concret pour aller vers l’abstrait (raisonnement inductif) et non de l’abstrait vers le concret (raisonnement déductif). Ce point de vue doit être suffisamment original pour séduire, interpeller, surprendre votre auditoire.

Imaginez le sujet suivant : « Progrès technique ou tradition ? »

La difficulté ici serait de partir d’un point de vue trop « académique », par exemple : « Nombreux sont les auteurs à s’être interrogés sur les conséquences du progrès technique. S’il présente d’indéniables avantages, ne risque-t-il pas en revanche d’introduire une déconnexion croissante avec les valeurs qui sous-tendent la tradition ? ». Rien de plus ennuyeux que cette entrée en matière !

Ce qui ne convient pas ici, c’est d’une part le point de vue adopté, (plan dialectique stéréotypé sans aucune originalité), et d’autre part l’impossibilité en 5 minutes de traiter correctement le sujet en raison d’une absence de problématique véritable, et d’une approche beaucoup trop vague, obligeant à rester dans les généralités. Pour mieux élaborer votre questionnement, privilégiez un angle d’attaque original :

Mesdames et Messieurs, Pardonnez-moi si j’ai un peu oublié le sujet, car pour tout vous dire, je suis parti très loin pendant ces 30 minutes de préparation, j’étais sur le chemin de l’Espérance, puis j’ai tourné à gauche, juste derrière les ruches, là où il y a le chemin de Sainte-Marie. Ah oui, c’est vrai… J’ai oublié de vous raconter… Pour tout vous dire, chaque été, je retourne à Sospel dans les Alpes maritimes. Si vous y allez un jour, laissez derrière vous la route départementale 2204, ou même la Départementale 2566, laissez les chiffres, les cahots de la route, les kilomètres avalés à toute vitesse… Ne regardez pas trop le tachymètre numérique multifonction, oubliez la clim, le laser, le GPS multidirectionnel, parce que vous savez… sur le chemin de la Condamine… ou même le chemin du Paradour ou le chemin du Sourcier… les multimètres multifonction… Et le GPS multidirectionnel sur les cailloux… De toute façon avec la vieille grange qui coupe le chemin vous n’irez pas très loin ! 

Et puis j’ai oublié de vous parler du vieux moulin et de Mathieu, le potier… Son idéologie à lui, c’est les cigales, c’est la terre, c’est la main qui façonne l’argile, le geste répété depuis des siècles pour fabriquer l’objet artisanal… Ce geste qui apprend à l’homme à posséder la matière, le savoir-faire patrimonial… Pensez donc : une vie à entretenir la tradition que lui avait apprise son père, que lui-même tenait de son père… et… je ne sais pas trop mais disons que ça dure depuis un certain temps… Pardonnez-moi je vous raconte tout ça et je crois que j’ai carrément oublié le sujet…

L’astuce ici est de donner l’impression de se détourner du sujet, alors qu’on le traite à fond ! Bien entendu, sur votre brouillon, vous faites en sorte de ne noter que quelques mots clés qui serviront de base à votre démonstration. En aucun cas, vous ne devez rédiger le texte (à part quelques expressions percutantes qui seront semi-rédigées : « Son idéologie à lui, c’est → cigales → terre → main… argile, geste répété… siècles… objet artisanal »).

  • D 2204
  • D 2566
  • chiffres, cahots de la route, kilomètres avalés à toute vitesse… tachymètre numérique multifonction, climatisation,
  • laser, GPS multidirectionnel
  • Chemin de l’espérance
  • Chemin de Sainte-Marie
  • Sospel, Alpes maritimes, Méditerranée, cailloux, vieille grange,
  • potier, cigales, argile, tradition, patrimoine

Vous allez même voir que l’accroche du général au particulier, qui ne convenait pas du tout précédemment, s’intègre désormais plus facilement du fait de l’angle d’attaque choisi qui permet à l’auditeur de mieux percevoir la problématique. Reprenons la fin de l’extrait en rajoutant l’accroche et en approfondissant un peu la démonstration :

Et puis j’ai oublié de vous parler du vieux moulin et de Mathieu, le potier… Son idéologie à lui, c’est les cigales, c’est la terre, c’est la main qui façonne l’argile, le geste répété depuis des siècles pour fabriquer l’objet artisanal… Ce geste qui apprend à l’homme à posséder la matière, le savoir-faire patrimonial… Alors oui, quand on me parle des avantages du progrès technique, moi j’ai envie de dire : « Certes le progrès est bénéfique, mais n’a-t-il pas introduit une déconnexion croissante avec les valeurs qui sous-tendent la tradition ? » Ces valeurs, ce sont les chemins de Sospel ou d’ailleurs… Car dans le monde, il y a encore plein de mains comme la main de Mathieu, ces mains qui façonnent encore au XXIe siècle des plats en terre et pas des GPS multidirectionnels, des « choses », des « marchandises », des « produits », des « trucs » en plastique et autres gadgets jetables.

Techniques utilisées :

  1. On élabore par quelques mots choisis un scénario imaginaire  en jouant sur les motivations inconscientes des auditeurs : le vieux moulin, Mathieu le potier, etc. 
  2. Pour impliquer le destinataire, on exploite les indices personnels : le « vous » donne au destinataire le sentiment d’être directement sollicité par l’émetteur.
  3. On associe presque sous forme d’oxymore deux termes en totale opposition : idéologie ≠ cigales. La notion d’idéologie dans l’inconscient collectif renvoie en effet à l’idée de système global (voire totalitaire) alors que les cigales évoquent au contraire la nature dans ce qu’elle a de plus poétique, d’infime, d’imperceptible : vos auditeurs peuvent ainsi se projeter très facilement grâce à cette composante imaginaire et affective.
  4. Cela permet d’amener l’idée de tradition et de transmission patrimoniale en centrant sur le petit détail (oublié par la société technicienne) de la main qui façonne l’argile.
  5. On peut alors poser le sujet sous forme plus abstraite à l’aide d’une tournure concessive : « certes… mais… »
  6. Puis on élargit du particulier au général (« les chemins de Sospel ou d’ailleurs. Car dans le monde… ») afin de donner à la réflexion une portée plus universelle.
  7. Pour finir, on reprend un exemple concret sous forme oppositive (la main de Mathieu ≠ choses, marchandises, produits, trucs) qui amène la problématique qui sera développée par la suite : la technique a déshumanisé l’homme.


Technique 2 : partir d’une anecdote à fort pouvoir de conviction ou d’émotion : le storytelling

« R

aconte-moi une histoire » Inspirez-vous de ce que les publicitaires appellent le storytelling, autrement dit le fait de raconter des récits « à fort pouvoir de séduction et de conviction » (Sébastien Durand, Le Storytelling : Réenchantez votre communication !, Paris Dunod 2011). Utilisé pour vanter un produit afin de nouer entre la marque et le consommateur un lien affectif privilégiant la communication émotionnelle, le Storytelling est d’une grande efficacité pour accrocher l’auditoire en s’adressant à ses émotions et à son ressenti : dans de nombreux cas, notamment à l’oral, cela permet d’aborder ensuite plus efficacement l’argumentaire. Dans l’exemple précédent, raconter à vos auditeurs ce qu’ils ont envie d’entendre permet de les faire adhérer très rapidement à votre univers : même si c’est un peu facile et convenu, il paraît évident que s’évader sur un petit chemin des Alpes maritimes à quelques kilomètres de la Méditerranée fera davantage rêver que si l’on évoque les sirènes du progrès technique. Car en fait, on touche les gens au cœur. N’hésitez pas, à la condition de le maîtriser, à user de quelques familiarités, car elles participent de la fonction de contact. Ainsi, dans l’exemple précédent, le mélange de deux registres (didactique-soutenu/anecdotique-familier) permet en effet d’accrocher davantage l’auditoire : 

Et puis j’ai oublié de vous parler du vieux moulin et de Mathieu, le potier… Son idéologie à lui, c’est les [au lieu de : « ce sont les »] cigales, c’est la terre, c’est la main qui façonne l’argile, le geste répété depuis des siècles pour fabriquer l’objet artisanalCe geste qui apprend à l’homme à posséder la matière, le savoir-faire patrimonial… Alors oui, quand on me parle des avantages du progrès technique, moi j’ai envie de dire : « Certes le progrès est bénéfique, mais n’a-t-il pas introduit une déconnexion croissante avec les valeurs qui sous-tendent la tradition ? »


Technique 3 : adoptez un angle d’attaque original, voire décalé

C

eci afin de permettre une mise en perspective inattendue avec le sujet. Le but est certes que vous répondiez au sujet, mais plus encore de vous arranger de telle manière que le sujet réponde à votre point de vue.

Imaginez par exemple le sujet suivant : « Faites votre éloge ».

Sujet difficile car il risque bien souvent d’amener le candidat à faire une sorte d’énumération de qualités, rapidement lassante. De plus, l’entrée en matière d’un tel sujet n’est pas évidente. Il y a intérêt ici à jouer sur l’interpellation du jury afin de le surprendre. Par exemple, jouer sur le détournement humoristique :

Mesdames et Messieurs, je voudrais vous poser une question : « Quand tout va mal, y a-t-il un avantage d’être optimiste ? » Parce que je vais vous parler de quelqu’un qui un jour a eu la bonne idée de faire son éloge devant un très éminent jury, c’était un certain… 28 février 2017. Je m’en souviens comme si c’était aujourd’hui : imaginez un garçon brillant, plein d’humour, avec de bons résultats scolaires… Un garçon enthousiaste à l’idée de participer à un concours d’art oratoire, alors que dans le même temps il avait cours de Maths… Ah oui un peu comme moi c’est vrai maintenant que vous me le dites… Je n’avais pas fait le rapprochement voyez-vous. Mais ne parlons pas de moi ! C’est bien Rimbaud qui disait « Je est un autre », non ?

Comme vous le voyez, le candidat joue ici à fond sur 4 éléments :

  • la stratégie de diversion : partir d’un autre sujet (« Quand tout va mal, y a-t-il un avantage d’être optimiste ? ») pour mieux éveiller la curiosité de l’auditoire.
  • l’humour, qui favorise la distance autocritique ;
  • l’interpellation du jury par le moyen de la prosopopée : figure de personnification consistant à faire parler une personne vivante ou morte présente ou absente, un être inanimé, en exprimant ce qu’elle serait supposée dire en des circonstances précises : « Ah oui un peu comme moi, c’est vrai maintenant que vous me le dites ».
  • Enfin, la citation très célèbre de Rimbaud (tirée de la « Lettre du voyant ») termine l’accroche par une judicieuse référence littéraire qui amène à questionner le sujet à partir d’un point de vue particulier qui joue sur le dédoublement d’énonciation.

Imaginons un autre sujet : « Faut-il avoir peur de la science ? »

Comme vous allez le voir, le candidat avance une thèse opposée au sens commun et amène à considérer le sujet selon un autre point de vue. N’hésitez pas à montrer votre personnalité !

« Faut-il avoir peur de la science ? » La question relative aux dangers de la science ne serait-elle donc qu’une question rhétorique ? Car pour le sens commun, la science est responsable de tout. Qui n’a pas en mémoire L’Étrange Cas du Dr. Jekyll et de Mr. Hyde de stevenson ? Qui n’a pas eu peur en songeant à la créature échappant à son inventeur : Frankenstein ? Ne nous dit-on pas tous les jours que « Big Brother  » contrôle en maître absolu nos communications électroniques ?

Oui… Les procès à l’encontre de la science ne manquent pas… Et pourtant, Mesdames et Messieurs, si vous me le permettez, j’aimerais reformuler le sujet : non pas « Faut-il avoir peur de la vérité scientifique ? », mais « Faut-il avoir peur de la vérité morale ? ». Non pas « Faut-il avoir peur du progrès ? », mais « Faut-il avoir peur de ne pas maîtriser le progrès ? ». Non pas « Faut-il avoir peur de la science ? », mais « Faut-il avoir peur de l’homme ? »

Techniques utilisées : 

Premier paragraphe :

  • partir d’une idée portée par le sens commun (« la science fait peur ») ;
  • Étayer rapidement la thèse réfutée sous une forme concessive à l’aide de quelques exemples célèbres qui sont presque des « évidences » (Mr. Hyde, Frankenstein, Big Brother…).
Deuxième paragraphe :
  • Réfuter le sens commun sous forme de structure oppositive (anaphore ternaire : « non pas… mais… »)
  • Privilégier une gradation partant du sens commun (la science fait peur) pour aller vers le sens philosophique (ce n’est pas la science mais l’homme qui fait peur). Ici, la gradation, la structure antithétique identique et le rythme ternaire permettent d’agir sur votre auditoire : n’oubliez pas que la notion d’argumentation suppose en effet l’action d’un énonciateur sur un auditoire, qui vise à modifier ses convictions et à gagner son adhésion.

Technique 4 : les questions rhétoriques et la fonction de contact

Les questions rhétoriques permettent une bonne entrée en matière. Jouez également sur la fonction de contact :
L

a fonction de contact ou “communication phatique” pour parler comme les linguistes joue un rôle essentiel dans le lien social. Elle n’a pas en soi de contenu informationnel : elle sert à maintenir la communication. Si je dis par exemple « hum hum » ou encore « hein ? », « alors », je ne communique pas réellement d’information. En revanche je maintiens avec mon auditoire un lien afin de renforcer mes propos. Certaines expressions comme « N’est-ce pas ? » font partie de ce qu’on appelle les « marqueurs communicationnels » : il ne s’agit certes pas d’en abuser mais leur emploi peut s’avérer très utile, notamment dans l’entrée en matière de votre oral, afin de mieux capter l’attention de vos auditeurs. N’oubliez pas non plus d’exploiter les questions rhétoriques (ou oratoires)

Prenons par exemple le sujet suivant : « dans nos sociétés de l’hyper-communication, a-t-on encore du temps pour la parole ? »
Imaginez cette entrée en matière (avec votre téléphone en main) :

– Allooooo, allo allo, oui… Non… Ah oui… on peut dire ça comme ça… Oui mais… Mais non pas du tout… Mais non, tu ne me déranges pas… Mais là tu vois je suis au Lycée… et JE N’AI VRAIMENT PAS LE TEMPS, je…

– (vous vous adressez au jury) : Mesdames et Messieurs, excusez-moi, je suis à vous tout de suite, je suis en pleine communica…
– (avec votre pseudo-interlocuteur au téléphone) : mais évidemment… mmm mmm… (de plus en plus haut et fort) Mais c’est naturel, c’est tout naturel… Mais j’aurais fait la même chose… Mais oui… Quoique… Vu comme ça… Ah oui sous cet angle ça change tout… Mais là je ne peux vraiment pas… On se rappelle, c’est ça… Oui…  Mais évidemment… É-VI-DEM-MENT. C’est ça… À très vite… 
– (vous adressant au jury) : Oh ! Excusez-moi… Vous devez vous demander ce que je faisais… Oh pardon de nouveau, mais j’ai un SMS très important, je dois y répondre (vous tapotez sur quelques touches) Maintenant je me dis que… si ça se trouve… vous n’auriez pas répondu vous… Ah si ? Ah cool ! Vous me rassurez ! (vous tapotez encore quelques secondes sur les touches du téléphone).

– (Au jury) N’est-ce pas cool quand même ? On n’est pas bien là ? Quel plaisir d’hypercommuniquer quand même… Voilà un avantage qu’on n’avait pas avant… Avant les gens communiquaient simplement, banalement, ordinairement, lentement. Il fallait un temps inouï pour échanger de vive voix tandis que maintenant tout va hypervite.  La preuve : vous voyez le temps qu’on perd à se parler avec la parole. Je n’ai toujours pas pu évoquer le sujet important pour lequel je suis ici alors que j’ai déjà répondu à 2 SMS.  Maintenant, depuis le Web 2.0 tout va très vite, on hypercommunique, on échange sur des tas de trucs, ça permet de rester en contact ! Mais j’en viens à vous parler de ce qui nous occupe :  « Dans nos sociétés de l’hypercommunication… »

Comme vous le remarquez, le candidat n’a pas beaucoup d’arguments à développer. L’astuce consiste donc à faire un numéro d’acteur en renforçant le pathos, c’est-à-dire les émotions et en martelant le message-clé à l’aide de l’ironie et du décalage. Ce qui serait jugé beaucoup trop lourd à l’écrit devient au contraire un gage d’efficacité à l’oral.

Vous pouvez exploiter également les questions oratoires (ou rhétoriques) : bien posées, elles sont utiles pour faire adhérer les auditeurs à votre propos. Hâtez-vous d’y répondre vous-même afin de donner plus de rythme à votre prestation.

Un dernier mot sur ce qu’on appelle la prétérition, du latin praeteritio (« action de passer sous silence ») : il s’agit d’une figure de style consistant à parler de quelque chose après avoir annoncé qu’on n’allait pas en parler. On peut feindre l’hésitation, la réticence : « Je ne vous dirai pas que » : couplée à l’anaphore et à la prosopopée (voyez plus haut), la prétérition est un gage d’efficacité.

Imaginez par exemple le sujet suivant : « Faîtes-vous des rêves ? »

Techniques employées : Prétérition + anaphores + prosopopée + questions rhétoriques + gradation

Mesdames et Messieurs,

Ne me demandez surtout pas si je fais des rêves parce que je n’en fais pas du tout. Ne me demandez pas non plus de vous les raconter. Ne me demandez pas si j’aimerais en faire car pour tout vous dire, je n’en ai pas la moindre idée. Vous vous dites certainement : mais pourquoi diable quelqu’un qui ne fait pas de rêves a-t-il choisi pareil sujet ? Il y avait trois autres sujets pourtant tous passionnants [arrangez-vous pour en avoir mémorisé un ou deux].

Oh ! Je sais… Vous allez me dire que si j’ai choisi ce sujet, c’est que je rêvais de dire quelque chose de bien, quelque chose de beau, quelque chose de grand, avec des anaphores et de belles gradations ternaires. Alors là oui, vous vous rapprochez des moyens, mais il faut que je vous parle du but : pour tout vous dire, je ne fais pas de rêves parce que, comme un certain Martin Luther-King le 4 avril 1968  j’ai UN rêve, un rêve bien à moi : je fais le rêve de réinventer l’humain, rien que cela.

Nous connaissons tous ces mots restés célèbres : « Je rêve qu’un jour sur les collines rousses de Géorgie les fils d’anciens esclaves et ceux d’anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité… » Nous connaissons tous ce texte parce que vous et moi, nous faisons chaque nuit, chaque jour, chaque heure, chaque minute, chaque instant le même rêve de nous asseoir « tous ensemble à la table de la fraternité »…

Mais ce qui était un rêve sous les Trente Glorieuses n’est-il pas devenu un cauchemar aujourd’hui ? Quel supplice me direz-vous de faire chaque fois le même rêve et de voir ce rêve à chaque fois non réalisé. N’est-ce pas absurde ? Moi aussi je rêvais d’un monde de fraternité, mais mon rêve est une fenêtre ouverte sur les délits de faciès et les discriminations. Moi aussi, j’ai rêvé d’un monde de parole mais mon rêve est une fenêtre ouverte sur le silence des hommes et le cri des enfants.

Alors oui je fais un rêve… Mais il est temps que ce rêve devienne réalité, parce que sinon ce rêve est un cauchemar, et parce qu’un rêve n’a de sens que s’il dépasse les méandres du sommeil, le simulacre du songe. Devant vous, Mesdames et Messieurs, je fais le rêve de la réalité, parce qu’il est temps, comme aurait dit Albert Camus, d’« imaginer Sisyphe heureux »…


Technique 5 : Souriez, parlez avec assurance et conviction, d’une voix bien placée…

P

ensez à augmenter ou au contraire à ralentir votre débit de parole. N’oubliez pas d’accompagner vos arguments par des gestes d’ouverture, qui vont jouer le rôle de métaphore visuelle en traduisant physiquement vos idées, votre personnalité, votre charisme. Comme il a été très bien dit, « l’expression orale, pour être percutante, doit mobiliser toute votre personne, c’est-à-dire pas seulement votre intellect, mais aussi votre regard, votre voix, votre intériorité, votre gestuelle, votre attitude physique » |source|. Pensez par exemple à décoller les coudes du corps afin de renforcer l’amplitude des gestes. Ne restez pas figé/e : soyez bien campé/e « dans vos baskets » (surtout ne vous dandinez pas pour vous donner une convenance !). Donnez-vous de la force de conviction : n’oubliez pas que la gestuelle participe de l’effet produit sur l’auditoire !

Lien utile : regardez cette page du Journal du Net : destinée à renforcer l’efficacité personnelle des managers à l’oral, elle comporte de nombreuses aides précieuses !


Pour finir… Quelques sujets dans l’esprit du concours afin de vous entraîner :

  • « On peut tromper tout le monde, mais on ne peut tromper la vérité. » Que vous inspire ce jugement de Maxime Gorki ?
  • Pour voyager, faut-il partir loin ?
  • Y a-t-il des leçons de l’Histoire ?
  • Faites l’éloge de la lenteur.
  • Le plus beau métier du monde…

Faire sensation à l’oral : structurer les grandes étapes de votre démonstration

Prérequis : avant d’aborder cet entraînement, il est préférable d’avoir pris connaissance :

Même à l’oral, vous devez veillez à structurer votre démonstration. Il faut que les auditeurs perçoivent clairement l’idée directrice (c’est-à-dire la thèse que vous allez soutenir), les arguments et les exemples utilisés. Voici aujourd’hui, quelques techniques pour vous aider à structurer les grandes étapes de votre démonstration…


« Quelle est la première qualité de l’orateur ? L’action, — La seconde ? L’action. — La troisième ? L’action. »

Démosthène (384 avant J.-C. − 322 avant J.-C.)

T

out d’abord je ne reviens pas sur les techniques d’accroche que nous avons abordées dans l’entraînement précédent : ne négligez surtout pas cette étape ! Au brouillon, demandez-vous d’abord quels sont les objectifs que vous voulez atteindre dans votre exposé, au risque d’avancer à l’aveuglette.

Vous ne devez pas vous contenter de répondre à la question posée, mais aller au-delà : il est donc très important lors de la phase préparatoire de « commencer par la fin » c’est-à-dire d’avoir une idée dès le début du « pourquoi » de votre prestation, c’est-à-dire dans quelle perspective vous allez parler.

Soyez enthousiaste ! Sinon vous n’arriverez pas à convaincre efficacement. Certains candidats donnent parfois l’impression de traiter le sujet sous la forme « Je-vais-répondre-à-la-question-qui-m’a-été-posée » ou « parce-qu’on-m’a-demandé-de-traiter-le-sujet ». Mais on ne vous a rien demandé du tout !  Vous êtes venu/e de votre plein gré et c’est vous qui avez choisi le sujet. Rappelez-vous ce jugement de Sénèque (4 avant J. C. − 65 après J. C.), un philosophe et brillant orateur latin : « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles. »

Vous devez donc être convaincu/e que si vous avez choisi ce sujet c’est parce que vous avez quelque chose à dire et qu’il vous faut convaincre à l’aide d’un argumentaire efficace.


La règle d’or : « scénarisez » votre intervention !

P

our réaliser un exposé oral qui « impacte », vous devez être organisé/e. Le moyen le plus simple de faire une présentation bien construite est de mentionner clairement au brouillon chaque point que vous allez aborder au cours de votre exposé, et la façon dont vous allez l’aborder. Structurez votre intervention du début jusqu’à la fin de celle-ci. Votre prestation orale doit être scénarisée, c’est-à-dire qu’elle doit obéir à un scénario.

Le scénario, c’est l’itinéraire suivi dans l’exposé. Donc sur votre brouillon pensez à noter les grandes étapes qui doivent conduire votre démonstration : vous devez avoir devant vous les grandes lignes de votre exposé, accompagnées si possible de repères temporels (minutage par exemple), de mots clés, de notions ou de données importantes. Mettez-les en évidence sur votre feuille afin de les visualiser immédiatement : ainsi, vous éviterez les trous de mémoire qui sont particulièrement pénalisants à l’oral.

Sur une petite fiche synthétique, qui vous servira de fil conducteur, vous devez avoir devant vous les grandes lignes de votre exposé, accompagnées de repères temporels, de mots clés, de notions ou de données importantes…

Un peu comme le montage au cinéma, la question du découpage de l’exposé est en effet essentielle afin de bien mettre en œuvre votre raisonnement. Dans l’exemple ci-dessus, le candidat a scénarisé son exposé de telle sorte que les contenus importants (arguments :; anecdotes, exemples : ; citations :) sont clairement planifiés sur le papier : grâce à cette méthode, vos idées seront plus claires avant de vous lancer. 


Complétez et organisez votre brouillon

S

ur votre brouillon, pensez à utiliser des codes afin de lire le moins possible au moment de l’oral. Par exemple :

  • ⇏ : antithèse
  • ⇓ : transition
  • ⇛ : conclusion
  • ♡ : appel aux émotions en sollicitant la sympathie et l’imaginaire de l’auditoire
  • ♪ : intonation de la voix, expression gestuelle,
  • etc.

Bien entendu, choisissez vos codes « à vous » : l’essentiel est que vous parveniez à anticiper : n’oubliez pas qu’avec le trac souvent ou le manque d’entraînement, on en oublie certains éléments qui paraissaient pourtant très évidents lors de la préparation. Si par exemple, à côté de quelques mots clés, vous notez : « ♡ et ♪ », vous vous rappellerez quand vous serez devant le jury que vous devez toucher, mettre de l’émotion dans la voix, etc.

 Faites appel aux émotions et intégrez-les dans votre scénario !

Comme nous l’avons vu dans l’entraînement précédent, quand vous voulez convaincre, rappelez-vous qu’il est tout aussi efficace de faire appel aux émotions qu’à la logique : la communication dite « non verbale » est donc très importante car elle permet aussi aux auditeurs de s’identifier aux arguments de l’orateur. Par exemple, à la condition de bien les maîtriser, la gestuelle vous permettra de ressentir davantage vos arguments, et ainsi de mieux toucher votre public.

Une bonne argumentation repose en effet sur deux éléments majeurs :
  • le déroulement d’un raisonnement : l’expression d’un message oral suppose un projet argumentatif développé dans le cadre d’une démonstration ;
  • mais aussi la mise en œuvre de techniques de séduction au moyen du langage (expression émotionnelle) et de la gestuelle. Un discours brillant sur le papier peut s’avérer décevant à l’écoute parce que l’orateur aura trop accordé d’importance au fond, au détriment de la forme du message.

Nous avons abordé dans le premier entraînement certaines figures d’amplification comme l’anaphore, la gradation ou l’hyperbole. Si elles se révèlent utiles pour renforcer votre argumentaire, elles sont en outre nécessaires pour mettre en valeur la cohésion du discours. N’oubliez pas qu’à la différence de l’écrit, le jury ne verra pas la structure de votre travail (paragraphes, alinéas, etc.).

Les connecteurs logiques sont évidemment essentiels. De même, les procédés oratoires, les tonalités employées serviront à renforcer votre propos et à mieux mettre en évidence la structure de l’exposé. Ne négligez pas l’usage des exclamations, le rythme, les changements de registres :

  • didactique : quand vous voulez informer ou expliquer ;
  • lyrique ou pathétique : lorsque vous cherchez à toucher votre public ;
  • polémique si vous voulez prendre à témoin l’auditoire.

Les impacts de l’image corporelle sont très importants à l’oral ! Les émotions concourent à l’effet du discours sur votre auditoire : c’est la raison pour laquelle vous devez les planifier dans votre exposé. La pratique réfléchie des intonations, des gestes, des postures du corps est essentielle car elle permet non seulement de relancer l’intérêt de vos auditeurs, mais aussi de renforcer l’argumentaire. Pensez donc à planifier ces moments !


Ne perdez pas de vue le sujet !

J’

ai souvent vu des orateurs qui, à trop vouloir improviser, oubliaient complètement le sujet posé. C’est la raison pour laquelle je vous recommande de ne pas perdre de vue votre objectif. Ayez donc obligatoirement un fil conducteur afin d’organiser l’ordre des messages.

Une fois le plan scénarisé (voir plus haut), prévoyez aussi les moments de votre exposé où vous allez faire les transitions entre parties, et surtout rappeler le sujet posé (ce que vous avez dit et ce que vous allez dire) :  flèches verticales rouges dans l’exemple ci-dessus) : cela évite le risque de sortir du sujet.

Imaginez par exemple le sujet suivant : « Être scandaleux, c’est dire aujourd’hui ce que tout le monde dira dans dix ans ». Que vous inspire ce jugement de Wolinsky ?

Un tel sujet peut amener très vite au dérapage car il éveille de nombreuses problématiques de discussion : la liberté d’expression ; la réflexion sur la notion de scandale (Rimbaud par exemple a été jugé « scandaleux » : pour autant ce serait réduire Rimbaud que d’affirmer qu’il a été juste en avance sur son temps) ; la légitimité ou non du scandaleux ; la définition même du scandale (un scandale au sens étymologique du terme, est un écart à travers lequel le surnaturel émerge dans le quotidien) ; etc. Le risque ici serait de s’embarquer dans de trop nombreuses discussions. D’où l’intérêt de rappeler (flèches rouges ) le sujet posé afin de bien montrer au jury que s’il y a dérapage, c’est un dérapage maîtrisé.

N’oubliez pas enfin que « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ». Si vous n’êtes pas sûr/e de vous, annoncez au fur et à mesure votre démarche argumentative afin que le jury perçoive bien vos objectifs : « J’ai choisi de vous parler de [sujet], pour deux raisons. En premier lieu… Par ailleurs… ». Cela vous évitera les « flottements », les hésitations et vous intéresserez davantage votre auditoire. 


Exemple pratique : intégrer plusieurs techniques oratoires

 

Partons du sujet suivant : « Faites l’éloge de la justice. »


« Bon appétit, Messieurs, ô ministres intègres » [citation], aurais-je pu dire comme Ruy Blas défiant ironiquement les Grands d’Espagne… Mais point d’ironie dans mon propos. Je recommence donc : Bonjour à vous Mesdames et Messieurs, ô jury intègre ». J’ai une question à vous poser : peut-on faire l’éloge de la justice ? Et d’abord, de quelle justice parle-t-on ici ? Qu’est-ce  qui est juste ? Qu’est-ce qui est légitime ? Ce qui est légal ? Ce qui est moral ? [interrogations à valeur polémique]

La guillotine, ce chef-d’œuvre du progrès humain pour certains est encore au XXIe siècle un idéal pour les nostalgiques de la haine [notez le registre ironique et polémique ainsi que les indices de jugement]… Dois-je vous rappeler ce que vous connaissez déjà et qu’on appelle dans tous les bons dictionnaires des évidences ? [interpellation du jury] Évidence de la peine de mort. Évidence de la justification de la torture. Évidence de la corruption, des pendaisons au nom de… [ici, le risque est que le jury puisse penser que le candidat s’égare, d’où l’intérêt de faire une relance].

Oui, tout cela… au nom de quoi ? « De la barbarie ? » Certes non. « De l’injustice ? » Pas davantage. Tout cela au nom de la justice ! [Notez les termes évaluatifs ainsi que l’exagération pour toucher l’auditoire. De même, le paradoxe, en s’opposant au sens commun (la justice a pour vocation d’être juste), a pour effet d’interpeller l’auditeur]

Cette justice-là Mesdames et Messieurs… Cette justice-là [anaphore], je n’en ferai pas l’éloge car la justice, la vraie justice est celle du cœur [le candidat pose sa thèse] : c’est de cette justice-là que j’ai choisi de vous parler. Il faut aimer pour bien juger, et non juger en prétendant aimer [ici le chiasme, qui croise des termes en opposition ou en parallèle permet de renforcer l’idée]. Faire l’éloge de la justice, c’est donc  faire l’éloge de la vérité du cœur.

[Changement de ton, modification de la situation d’énonciation afin d’éveiller la curiosité de l’auditoire]

Il n’avait que sept ans… Sept ans et demi, Mesdames et Messieurs… C’était le 4 décembre 1851, lors du coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. Sept ans et demi… Il s’appelait Boursier je crois, tué lors d’une fusillade rue Tiquetonne, à Paris, près du faubourg Montmartre… Et Victor Hugo dans un poème célèbre a fait l’éloge de la vérité du cœur ; il a fait l’éloge de la justice. [lien avec le sujet : passage d’un exemple illustratif à l’argumentatif]

Ce « Souvenir de la nuit du Quatre » m’est resté à ce jour en mémoire. Et moi aussi, en ce 28 février, j’ai envie de faire l’éloge de la vraie justice, de cette justice du cœur que j’évoquais à l’instant [Rappel du sujet] Utopie dira-t-on ? Mais ne trouvez-vous pas que le monde serait plus beau à vivre si l’amour avait davantage de place que la mort ? Si les crayons avaient davantage de place que la haine ? [Questions rhétoriques] J’ai envie de dire : « Aime et non pas Haine ». C’est de cette justice-là, Mesdames et Messieurs, que je veux faire l’éloge devant vous [rappel du sujet].

 ZOOM sur les techniques utilisées…

  • Accroche par citation : bien utilisée, la citation lors de l’entrée en matière est tout à fait judicieuse : dans notre cas de figure, elle joue sur l’interpellation (« Bon appétit, Messieurs » ainsi que le jugement de valeur (« ô ministres intègres »). Employé ironiquement chez Hugo pour railler la prétendue probité des Grands d’Espagne, le terme pose d’emblée la question de la justice et surtout de sa définition (la force n’est pas le droit).
  • Interpellation + questions : « J’ai une question à vous poser » : jugée notamment à l’écrit quelque peu familière, l’interpellation, à la condition de ne pas en abuser à l’oral, permet de toucher l’auditoire. Par son aspect assez polémique ici, elle participe à un style fondé sur l’amplification. L’énumération de questions qui vient ensuite permet d’amener le sujet qui sera débattu : faire l’éloge de la justice, certes… Mais « de quelle justice parle-t-on ? »
  • Dans le deuxième paragraphe, l’exemple de la guillotine, allusion directe aux exécutions publiques légitimées par le Droit révolutionnaire au XVIIIe siècle ainsi que la formule ironique (« Ce chef d’œuvre du progrès humain ») joue sur l’évaluation émotionnelle et débouche sur une série d’exemples à valeur argumentative corroborant la thèse réfutée : si la justice n’est pas moralement juste, elle est illégitime.
  • Troisième et quatrième paragraphes : ils mettent en opposition la thèse réfutée et la thèse qui sera soutenue : « la vraie justice est celle du cœur ». (= la vraie justice ne consiste pas à appliquer la loi parce qu’elle est légale mais parce qu’elle est morale et c’est de cette morale du cœur qu’elle doit tirer sa légitimité).
  • Le cinquième paragraphe (« Il n’avait que sept ans et demi…») exploite une technique qui, bien maîtrisée, peut s’avérer tout à fait concluante : la mise en scène de l’événement. Normalement, un énoncé de récit s’insère difficilement dans des textes où domine le système du discours, du fait de la rupture avec la situation d’énonciation qu’il entraîne : ici, en troublant momentanément les repères temporels, de même que par sa force émotionnelle et persuasive, l’anecdote dramatique qui est racontée à l’imparfait opère une sorte de décentrage obligeant les auditeurs à chercher la raison de cette rupture temporelle. Le retour au système du discours par l’emploi anaphorique du passé composé (« Et Victor Hugo dans un poème célèbre a fait l’éloge de la vérité du cœur ; il a fait l’éloge de la justice. ») permet de réaffirmer la thèse soutenue (« la vraie justice est celle du cœur »). Ce rappel est essentiel : dans le cas contraire, on pourrait croire que le candidat s’égare, et qu’il oublie le sujet. À l’inverse, rappeler le sujet en exploitant un témoignage bouleversant ainsi qu’un argument d’autorité (la référence à Hugo fonctionne comme garant de la justesse des propos) permet de justifier les grandes étapes du raisonnement et montrer vers quoi il vous a conduit.
  • Le dernier paragraphe, sur un ton plus didactique et solennel (« Ce ‘Souvenir de la nuit du Quatre’ m’est resté à ce jour en mémoire ») permet de préciser la problématique par une série d’antithèses posées sous forme de questions rhétoriques (« Mais ne trouvez-vous pas que… » amenant les auditeurs à reconnaître la justesse de vos idées. N’hésitez pas à les exploiter : elles permettent de toucher l’auditoire et d’influencer son opinion. Enfin, les sonorités quasi homophones des consonnes « m » et « n » (« J’ai envie de dire : ‘Aime et non pas Haine’ ») participe d’une stratégie de persuasion : les sonorités ont donc ici une teneur argumentative susceptible de mettre l’auditoire dans une disposition émotionnelle favorable à la thèse défendue.

 

Faire sensation à l’oral : conclure une prestation… Les techniques de chute

« On

a oublié de sortir le train d’atterrissage ? » Même si l’exposé s’est bien déroulé, il est toujours délicat de conclure, et bien souvent le plus dur, après qu’on a multiplié dans les airs les figures de voltige oratoire et autres acrobaties rhétoriques, c’est d’atterrir ! De fait, la « chute » (c’est le cas de le dire !), si elle est mal maîtrisée, risque de s’avérer périlleuse. Voici aujourd’hui, quelques techniques pour vous aider à élaborer une conclusion percutante…

« […] la syntaxe de l’improvisation n’est pas celle de l’écriture.  »

André Malraux, préface aux Oraisons funèbres, 1971

« Dans un souci d’efficacité, mettons-nous à la place du destinataire. Qu’attend-il de la fin d’une réflexion ?  D’une part une réponse claire à la problématique posée par l’introduction et d’autre part une esquisse de réflexion sur la mise en œuvre de cette réponse.  »

Bernard Meyer,  Les Pratiques de communication : de l’enseignement supérieur à la vie professionnelle
Armand Colin, « Cursus », 2e édition, Paris 2007, page 174.

Mirabeau (Le Bignon, 1749 – Paris, 1791)
« L’Orateur » (gravure dessinée par H. Baron, et gravée sur acier par Léopold Massard, 1843)
In : Augustin Challamel, Wilhelm Ténin, Les Français sous la Révolution. Quarante scènes et types. Paris, 1843.


Planifiez votre conclusion et préparez-la soigneusement !

Au

même titre que l’accroche (voir entraînement n°2), la conclusion de votre prestation revêt un rôle fondamental et pourtant peu de candidats lui accordent l’importance qu’elle mérite : comme nous l’avons vu, vous devez la préparer soigneusement et la planifier dès l’introduction. Ainsi qu’il a été très justement dit, « commencez […] par la fin, la conclusion, puisque c’est elle qui synthétise l’essentiel de ce que vous voulez démontrer. Votre conclusion, c’est précisément l’idée-force, déjà identifiée, et qui vous a donné le cap […]. Si vous avez eu de la difficulté à formuler cette idée-force, le fait de commencer par la conclusion vous aidera à la mettre en évidence » |Thierry Destrez, Demain, je parle en public, 4e édition, Paris Dunod 2007, page 28|.

Étant donné la brièveté des prestations orales (6 à 7 minutes en moyenne), la conclusion se réduit parfois à d’inévitables redites, surtout si elle est mal préparée.

Or la conclusion joue un rôle majeur :

  • Elle constitue tout d’abord un bilan synthétique vous permettant de montrer que vous avez répondu au sujet (on parle aussi de conclusion fermée).
  • Pensez à bien recentrer sur l’idée principale en valorisant l’argument essentiel que l’auditoire doit mémoriser, au risque de vous éparpiller dans d’interminables considérations (souvent creuses) qui laisseraient le jury sur une impression de redite.
  • Par ailleurs, la conclusion doit ouvrir une perspective : on parle à ce titre de conclusion ouverte. Un élargissement bien maîtrisé doit entraîner l’adhésion de vos auditeurs.

N’oubliez pas un point important que nous avons rappelé dans cette série d’entraînements : la nécessité de différencier l’oral d’une production écrite. Certes, comme à l’écrit, votre conclusion doit contenir un bilan du développement et ouvrir des perspectives. Mais plus encore qu’à l’écrit, impliquez-vous en valorisant des données concrètes ! Plutôt que de conclure sur de l’abstrait, plus délicat parfois à maîtriser, vous pouvez terminer par un exemple à valeur argumentative, ou une anecdote qui synthétise l’essentiel de votre démonstration et en montre la cohérence.

Faites également confiance à votre talent d’orateur : certes, je vous conseille de ne pas trop improviser sur le fond, c’est-à-dire le contenu, le message lui-même qui se doit dans la mesure du possible d’être envisagé (au moins sous forme de plan détaillé) à l’avance. Il est plus facile en revanche d’improviser sur la forme, c’est-à-dire le style qui sous-tend le message, et qui, avec un peu de pratique, vient assez spontanément. Comme l’a dit l’écrivain André Malraux, « […] la syntaxe de l’improvisation n’est pas celle de l’écriture ». L’orateur qui écrit son texte ne l’achève que quand il le prononce, « et il le modifie en parlant » |propos cités par Marie Gérard-Geffray, « Malraux orateur : de l’action présente à la quête de l’intemporel ». In : Colloque Les Mondes de Malraux, 15-16 octobre 2010, Institut catholique de Paris, page 6|

Conclusion fermée ? Conclusion ouverte ? Attention aux pièges des conclusions trop « ouvertes » ne débouchant finalement sur pas grand chose ! Si une conclusion ouverte, qui se termine par exemple par une question indirecte ouvrant sur un thème lié ou une nouvelle perspective, est évidemment une bonne chose, vous devez éviter le piège d’ouvrir sur de l’évasif qui ferait perdre à votre présentation son unité organique et structurelle. Restez concis et trouvez un élargissement qui apparaît comme une conséquence nécessaire de votre démonstration.

Astuce : si vous n’avez pas d’idée, arrangez-vous pour ne pas terminer sur une platitude, des banalités, au risque de laisser le jury sur une impression mitigée. Une technique utilisée parfois consiste à reprendre un élément de l’accroche ou du début de la démonstration, en le réinvestissant de telle sorte que vous entraînerez l’adhésion, l’envie de vous suivre dans votre démonstration. Comme le rappelle encore Thierry Destrez (op. cit. page 49) : « Sachez faire une conclusion incitative […], trouvez un raccourci saisissant, une formule « choc » qui synthétise le cœur du message : c’est ainsi que vous frapperez l’intérêt et la mémoire […]. La conclusion est votre temps fort : elle n’est pas la fin, mais le point culminant de votre présentation ».

À moins de bien maîtriser les techniques, évitez d’utiliser pour la conclusion des figures d’insistance trop marquées (gradations, etc.) : surtout lorsque la prestation est brève, elles donnent un effet assez théâtralisé et manquent de naturel. Attention aussi aux conclusions sous forme de citations toutes faites, plaquées artificiellement sur le sujet.

En revanche, si votre citation vous paraît bien choisie, cela peut être une bonne idée. Mon conseil : ne terminez pas sur la citation mais arrangez-vous pour glisser après la citation quelques mots qui vous permettront de valoriser votre point de vue (et non celui de l’auteur). 

Imaginez par exemple que vous vouliez terminer sur cette célèbre citation de Montaigne : « Un honnête homme, c’est un homme mêlé » (Chapitre 9 du troisième livre des Essais).

  • Regardez la première conclusion : « Tout voyage nous amène à connaître l’autre, à nous ouvrir aux différences. Ainsi, comme l’a si bien dit Montaigne, « Un honnête homme, c’est un homme mêlé ».
    Ce qui est maladroit dans cette conclusion, c’est que le candidat ne valorise pas suffisamment sa pensée. De plus, les marques de l’énonciation sont effacées, ce qui fait qu’on en oublie plus ou moins la pensée de l’orateur pour ne retenir que la phrase de Montaigne.
  • Regardez maintenant la seconde conclusion : « Tout voyage nous amène à connaître l’autre, à nous ouvrir aux différences. Ainsi, comme l’a si bien dit Montaigne, « Un honnête homme, c’est un homme mêlé ». Et je crois qu’en effet il faut célébrer la diversité culturelle pour mieux promouvoir les identités, nous mêler à l’extraordinaire richesse du monde pour en célébrer les particularités. Tant il est vrai que diversité n’a jamais voulu dire uniformité. Voilà le sens du voyage et, Mesdames et Messieurs, je vous pose une question : le plus beau voyage n’est-il pas une rencontre ? Rencontre avec autrui, rencontre avec vous-mêmes, rencontre avec soi-même… ».
    Comme vous le voyez à travers cet exemple, le candidat choisit de réinvestir la citation de Montaigne en lui donnant une autre orientation. Cette technique permet au jury de retenir davantage la problématique interculturelle posée par le candidat à partir de la citation de Montaigne.

Certains candidat/es se demandent comment prendre congé… Terminez par quelques mots de remerciement brefs (« Mesdames et Messieurs, merci de m’avoir écouté ») : inutile de faire long !

Bruno Rigolt
© février 2018, Bruno Rigolt/Espace Pédagogique Contributif

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Simone Veil le 26 novembre 1974, prononce à l’Assemblée Nationale son magnifique discours sur l’IVG

Bientôt le concours d’art oratoire 2018… Méthodologie, techniques et entraînements…


Concours d’art oratoire

Bruno Rigolt

méthodologie,
techniques et entraînements
Techniques de persuasion et de rhétorique ; procédés de l’éloquence, etc.


 PLAN


Présentation
Le déroulement de l’épreuve
Les types de sujet
Le barème d’évaluation
16 exemples de sujets inédits
Les compétences requises pour le concours
1.
Entraînement n°1 : exploiter la métaphore filée, les anaphores, les interrogations oratoires
2.

2-1
2-2

2-3
2-4
2-5

Entraînement n°2 : faire sensation à l’oral : les techniques d’accroche
Choisir un angle d’attaque percutant
partir d’une anecdote à fort pouvoir de conviction ou d’émotion : le storytelling
adopter un angle d’attaque original, voire décalé
les questions rhétoriques et la fonction de contact
Souriez, parlez avec assurance et conviction, d’une voix bien placée…
3.

3-1
3-2
3-2
3-3
3-4

Entraînement n°3 : faire sensation à l’oral : structurer les grandes étapes de votre démonstration
« scénarisez » votre intervention !
Complétez et organisez votre brouillon

Ne perdez pas de vue le sujet !
Exemple pratique : intégrer plusieurs techniques oratoires
Zoom sur les techniques utilisées
4.

4-1
Entraînement n°4 : faire sensation à l’oral : conclure une prestation… Les techniques de chute
Planifiez votre conclusion et préparez-la soigneusement !

Présentation


C

comme chaque année, le Rotary Club de Montargis propose aux élèves de Seconde et Première du Lycée en Forêt de participer à un concours d’art oratoire qui aura lieu le mercredi 21 mars 2018 et le jeudi 22 mars 2018. Si vous aimez prendre la parole, saisissez cette occasion unique de vous exprimer à l’oral face à un public (des professionnels et quelques enseignants du Lycée). 

Le déroulement de l’épreuve…

Le jour de l’épreuve, vous aurez le choix entre quatre sujets imposés. Après avoir pris connaissance des sujets, vous n’en retiendrez qu’un seul, que vous préparerez sur place (au CDI) en 30 minutes exactement.

Les sujets proposés portent sur des questions de culture générale :

  • Économie et Société,
  • Littérature et philosophie,
  • Sciences et techniques,
  • Et quelques sujets faisant davantage appel à vos capacités d’originalité.

Votre prestation doit durer 5 minutes au moins ! Le jury attend évidemment des exposés argumentés et réfléchis, ce qui n’empêche nullement l’improvisation : mettez-vous en scène, interpellez votre public un peu comme un acteur « qui fait son numéro » ! Pourquoi pas du Slam si vous en avez le talent. Rien n’est pire qu’un exposé lu de façon monocorde : surprenez le jury !

Le barème d’évaluation

  1. L’art oratoire et l’éloquence (10 points) ;
  2. La rhétorique : l’art du “discours”, la qualité de vos arguments et de vos exemples (10 points).
  1. L’art oratoire touche à l’art de bien parler. Un orateur persuasif est celui qui sait s’exprimer avec aisance et clarté, moduler le son de sa voix afin d’éviter la monotonie par exemple. La capacité d’émouvoir, de persuader par la parole sont donc essentielles. Au niveau de l’évaluation, la diction est fondamentale puisque vous devez persuader d’abord par la parole ! Ne négligez surtout pas le travail sur la langue : c’est ce qu’on appelle l’élocution, c’est-à-dire le choix du style. Par exemple, l’emploi de figures de rhétorique semble tout indiqué : métaphores, comparaisons, interpellation de votre auditoire grâce aux interrogations oratoires, aux apostrophes, etc.

  2. La rhétorique, c’est l’art du discours. Vous avez toutes et tous déjà travaillé sur l’écrit d’invention : cela va vous servir pour le concours ! L’invention, au sens étymologique (du latin inventio) est la capacité de savoir construire un projet, c’est-à-dire de convaincre en organisant votre propos. Vous serez donc noté sur la manière dont vous avez disposé vos idées, structuré votre parcours argumentatif. Pensez à utiliser les procédés propres au discours (choix des arguments, des exemples, des techniques de persuasion, techniques d’amplification, voire de dramatisation) en rapport avec le sujet.

Cliquez sur l’image pour l’agrandir…

Seize exemples de sujets entièrement inédits (dans l’esprit du Concours) :

  • Histoire et société :
    – Réussir sa vie, c’est être riche de…
    – Est-il possible de concilier le développement durable avec une société où tout semble éphémère ?
    – Pensez-vous qu’il faut réinventer un nouveau modèle social pour notre monde ?
    – C’est quoi, un “faiseur d’histoire(s)” ?

  • Littérature et Philosophie :
    – C’est quoi, être libre ?
    – Quel est l’avantage d’apprendre le Français dans le monde contemporain ?
    – La violence est-elle une force ou une faiblesse ?
    – Et si le plus beau voyage était un voyage immobile ?

  • Sciences et Techniques :
    – Les robots “humanoïdes” sont de plus en plus répandus dans le monde : faut-il en avoir peur ?
    – Comment se dérouleront les cours au Lycée en 2050 ?
    – Le progrès du moteur est-il le moteur du progrès?
    – La morale est-elle l’ennemie de l’Art ?

  • Sujets “inclassables” :
    – Pourquoi est-ce blanc plutôt que noir ?
    – C’est quoi un “po-aime” ?
    – Faites votre éloge.
    – Faire le tour du monde ou faire un tour ?

Les compétences requises pour le concours…

La prise de parole en public requiert plusieurs compétences. Voici quelques conseils pour affronter l’épreuve…

  1. Commencez d’abord à vous préparer “physiquement” à la prise de parole. Choisissez avec soin votre tenue ce jour-là : certes, ce n’est pas un défilé de mode, mais vous parlerez d’autant mieux que vous vous sentirez à l’aise dans vos vêtements (et vos baskets !). N’oubliez pas non plus que la principale difficulté… C’est vous : donc inutile de vous mettre trop la pression avant ! Partez gagnant(e) en vous disant que de toute façon vous n’avez strictement rien à perdre. Dès que vous rentrez, soyez souriant/e, pensez aussi à dire Bonjour ! Cela paraît évident mais parfois, avec le trac…

  2. Regardez votre public. N’oubliez pas non plus que même si une personne du jury ne semble pas faire attention à votre présence quand vous parlez, cela ne veut rien dire : elle donnera un avis sur votre prestation juste après votre départ. Donc regardez tout le monde (et pas seulement une seule personne parce qu’elle vous aura regardé(e) avec bienveillance ou parce que vous la connaissez (votre prof par exemple). Veillez également à vous tenir correctement : inutile de se raidir, mais il ne faut pas non plus être avachi !

  3. Improviser… Mais pas trop ! Bien sûr, le concours exige une certaine part d’improvisation, mais n’en faites pas trop non plus, car cela risquerait de vous entraîner sur un terrain parfois glissant, en particulier au niveau de la maîtrise du non-verbal (la gestuelle) : quand on improvise, on a tendance à “théâtraliser” un peu trop parfois : en libérant la parole, on libère trop ses gestes et on en arrive à “gesticuler”. Donc, gardez toujours une certaine distance en essayant d’articuler au mieux le geste et les registres de langue que vous allez employer (didactique, comique, lyrique, etc.)

  4. S’entraîner avec… une glace et un smartphone ! Voici un excellent exercice qui vous permettra de vérifier que vous maîtrisez votre voix et votre respiration lors de la prise de parole : chez vous, essayez en vous regardant obligatoirement devant une glace (une grande si possible : celle de la salle de bain ou de votre armoire fera l’affaire!) de parler HAUT et FORT. L’exercice d’entraînement que je vous propose consiste à lire un texte neutre (une définition de cours par exemple, comme ça vous ne perdez pas de temps) en regardant le moins possible votre support et en vous fixant le plus possible dans la glace. Relisez plusieurs fois votre texte en variant l’intonation (neutralité, colère, joie, rire, émotion, interpellation, etc.). Si possible, enregistrez-vous avec votre smartphone, un MP3, etc. et écoutez ce que ça donne afin de corriger les petits problèmes (placement de la voix par exemple). Prenez ensuite un sujet au hasard : accordez-vous 20 minutes de préparation et lancez-vous, sans lire vos notes (vous pouvez même vous entraîner dans les transports en commun pour la recherche des arguments) : essayez de trouver des idées créatives, originales, et faites si possible votre exposé devant d’autres personnes : des copains ou des copines, la famille, etc. afin de vous confronter à un public. Si vous êtes seul chez vous, mettez-vous devant une glace et parlez HAUT et FORT en vous obligeant à parler tout en vous regardant.

 

10 sujets d’entraînement…


Voici 10 sujets sur lesquels vous pouvez vous entraîner :

  1. Sur le fronton du Panthéon à Paris est inscrite la devise suivante : « Aux grands hommes la patrie reconnaissante ». Pensez-vous qu’au nom de la parité, il faudrait modifier cette devise ?
  2. Que pensez-vous de ce proverbe : « Qui aime bien châtie bien » ?
  3. Que vous inspirent ces propos d’Antoine de Saint-Exupéry : « La meilleure façon d’unir les hommes, c’est encore de les faire travailler ensemble ».
  4. Peut-on justifier la violence ?
  5. Qu’est-ce qu’un « grand homme » ?
  6. Que vous inspire cette citation de Shakespeare : « Rien n’est plus commun que le désir d’être remarquable » ?
  7. « Parlez-nous de vous »…
  8. Comment faire pour marquer son temps ?
  9. Selon vous, faudrait-il que les robots un jour aient des droits ?
  10. Si la poésie avait une couleur, quelle serait-elle ?
M

algré les apparences, vous verrez que les sujets proposés obéissent tous à des mêmes règles. Il est important tout d’abord de structurer votre exposé afin que le jury suive et comprenne votre démarche : montrez que vous savez où vous allez ! Quel que soit le sujet choisi, privilégiez d’abord un angle d’approche, c’est-à-dire une problématique qui va orienter votre démarche. Surtout ne rédigez pas : cela vous amènerait à lire (ce qui ne serait plus de l’oral, mais une lecture de texte) et donc à être éliminé/e.

Posez-vous des questions,
Faites preuve de curiosité intellectuelle !

Imaginez par exemple que vous avez choisi le sujet n°2 : Que pensez-vous de ce proverbe : « Qui aime bien châtie bien » ? Voici un sujet qui peut surprendre au départ, puisqu’il amène à considérer que c’est une preuve d’affection que d’être dur avec quelqu’un : « Je te punis comme il faut, donc je t’aime bien ». Ces deux pensées contradictoires (associer l’amour à une peine sévère) amènent à plusieurs interrogations : par exemple, faut-il éduquer en « châtiant » nécessairement ? N’est-ce pas l’expression d’une volonté de puissance que de prétendre aimer en disposant du sort d’autrui ? Ainsi, la peine de mort, qui est la punition la plus extrême, est-elle dans ces conditions le témoignage d’un amour suprême ? Mais on peut prendre le contre-pied de cet adage : « Qui aime bien ne châtie point ». Dans ces conditions, est-ce que cela signifie : « Qui aime bien, laisse faire » ? Ainsi, innocenter un « voyou » n’est-ce pas lui signifier du mépris et de l’indifférence ? Ne pas châtier, ce serait donc… mal aimer ? Par opposition, « bien châtier » serait faire preuve de courage, d’engagement, d’attention à l’égard de celui qu’on aime. Comme vous le voyez, posez-vous des questions, envisagez le sujet selon plusieurs angles, selon plusieurs points de vue.

Les ressources de l’art oratoire

Rappel : votre oral doit durer 5 minutes au moins ! Les prestations des candidats sont évaluées sur le style, l’élocution, l’expression française et la force de conviction de chacun. Vous devrez développer avant tout la communication : n’oubliez pas que vous allez être noté/e en premier lieu sur votre désir de communiquer. Cultivez votre leadership ! Pensez par exemple à adapter votre voix à la situation de communication ; pensez aussi à adapter votre registre de langue afin d’impliquer vos destinataires. Un orateur persuasif est celui qui sait s’exprimer avec aisance et clarté, moduler le son de sa voix afin d’éviter la monotonie par exemple : n’hésitez pas à jouer de plusieurs registres (langue populaire/familière/courante/soutenue), à trouver le « ton juste » (enjoué, ironique, oratoire, lyrique, etc.) : la capacité d’émouvoir, de persuader par la parole sont en effet essentielles.

Enfin, au niveau de l’évaluation, la diction est fondamentale puisque vous devez persuader d’abord par la parole :

  • Obligez-vous à faire à l’oral des PHRASES COMPLÈTES à partir de mots clés.
  • Même à l’oral, entraînez-vous à ponctuer correctement, en jouant sur l’intonation.
  • Attention enfin à la reprise trop fréquente de tournures (qui risquerait de rendre votre oral monotone ou pesant pour les auditeurs).

Les sujets proposés au concours vous amèneront également à convaincre, à persuader votre auditoire : sortez des banalités. Certes, il n’est pas question de choquer, de provoquer, mais de surprendre, et d’exploiter pleinement votre personnalité. Pensez enfin à adopter des outils linguistiques appropriés. Ne négligez surtout pas le travail sur la langue : c’est ce qu’on appelle l’élocution, c’est-à-dire le choix du style. Par exemple, l’emploi de figures de rhétorique semble tout indiqué : métaphores, comparaisons, interpellation de votre auditoire, gradations, interrogations oratoires, etc.

Entraînements à l’épreuve

① exploiter la métaphore filée, les anaphores, les interrogations oratoires

Aujourd’hui, je vous propose de vous entraîner sur trois procédés essentiels dans l’art oratoire :

  • Métaphore filée ;
  • Anaphores ;
  • Interrogations rhétoriques.

1. La métaphore filée

Prenons un sujet type : vous souhaitez par exemple plaider pour plus de justice sociale. Si vous êtes astucieux, vous allez exploiter la technique de la métaphore filée. Comme vous le savez, on entend par là une métaphore qui se prolonge, qui est développée à travers un même réseau lexical. Si vous avez du mal à trouver ou à formuler vos idées, la métaphore filée constitue une aide précieuse.

Imaginons un candidat qui n’a que peu d’arguments, par exemple « plus de justice sociale permettra d’améliorer les conditions de vie et le monde ». Malgré sa justesse, l’idée en elle-même est assez pauvre et banale du fait de son manque d’originalité. Néanmoins, vous allez voir comment une métaphore filée peut la transformer. Pensez par exemple au champ lexical de la construction : « rebâtir, construire, fondations, pierre, maison, édifice, murs… » etc.

Reprenons maintenant notre idée de départ en l’étayant grâce à une métaphore filée :

« Plus de justice sociale permettra d’améliorer les conditions de vie et le monde : il faut en effet que tous les murs qui séparent les hommes tombent : mur de l’indifférence, mur du racisme, mur de l’égoïsme. Le monde n’est pas seulement un ensemble de continents, c’est notre maison commune. En ce début de vingt-et-unième siècle, il est peut-être temps de rebâtir le monde pour plus de justice sociale, de construire une nouvelle société, plus humaine, plus fraternelle. Il nous appartient de poser les fondations d’un monde plus respectueux des valeurs communes. Un nouvel humanisme est nécessaire ! Alors que le vieil édifice s’écroule, des voix rappellent qu’il faut poser la première pierre de la fraternité ! »

2. Même exemple que précédemment mais avec des anaphores et des interrogations oratoires :

« Mesdames, Messieurs, voilà ce que je vous propose : il faut que tous les murs qui séparent les hommes tombent : mur de l’indifférence, mur de la misère, mur de l’égoïsme. Peut-on accepter de vivre ainsi ? Avons-nous été créés pour nous déchirer ? Pour nous haïr ? Plus de justice sociale ne permettrait-elle pas d’améliorer les conditions de vie et le monde ?

Mesdames, Messieurs, notre monde en effet n’est pas seulement un ensemble de continents, c’est notre maison commune. Devons-nous accepter de laisser mourir cette maison et d’en voir s’écrouler les fondations ? Devons-nous nous résoudre à partir en laissant les clés sur la porte ? Notre terre doit-elle être condamnée à devenir une maison abandonnée ? En ce début de vingt-et-unième siècle, il est peut-être temps de rebâtir le monde, de construire une nouvelle société, plus humaine, plus fraternelle.

Mesdames, Messieurs, il nous appartient de poser les fondations d’un monde plus respectueux des valeurs communes. Un nouvel humanisme est nécessaire ! Alors que le vieil édifice s’écroule, des voix rappellent qu’il faut poser la première pierre de la fraternité ! »


  • Pour vous entraîner : gardez si vous le souhaitez le sujet de départ et refaites l’exercice en respectant le même ordre : 1) métaphore filée, 2) métaphore filée + anaphores et interrogations oratoires) mais en utilisant le champ lexical du voyage ou du déplacement (route, partir, chemin, départ, etc.) : comme vous l’avez vu, c’est d’abord un travail de style et d’approfondissement qui est attendu de vous.

Faire sensation à l’oral : les techniques d’accroche

Ne négligez pas les premiers instants ! Étant donné la brièveté des prestations orales (moyenne des temps de parole 5 à 7 minutes environ), la première minute est en effet déterminante pour la réussite de votre intervention.

Voici aujourd’hui, quelques techniques pour travailler votre accroche et renforcer l’adhésion du jury à votre discours…


Technique 1 : choisir un angle d’attaque percutant


C

réez une réaction en rentant rapidement dans le vif du sujet. À la différence de l’écrit, évitez d’introduire par une accroche trop longue (type : du général au particulier), moins adaptée pour un oral bref. Au contraire, attaquez d’emblée en posant un point de vue particulier sur le sujet, donc en partant du concret pour aller vers l’abstrait (raisonnement inductif) et non de l’abstrait vers le concret (raisonnement déductif). Ce point de vue doit être suffisamment original pour séduire, interpeller, surprendre votre auditoire.

Imaginez le sujet suivant : « Progrès technique ou tradition ? »

La difficulté ici serait de partir d’un point de vue trop « académique », par exemple : « Nombreux sont les auteurs à s’être interrogés sur les conséquences du progrès technique. S’il présente d’indéniables avantages, ne risque-t-il pas en revanche d’introduire une déconnexion croissante avec les valeurs qui sous-tendent la tradition ? ». Rien de plus ennuyeux que cette entrée en matière !

Ce qui ne convient pas ici, c’est d’une part le point de vue adopté, (plan dialectique stéréotypé sans aucune originalité), et d’autre part l’impossibilité en 5 minutes de traiter correctement le sujet en raison d’une absence de problématique véritable, et d’une approche beaucoup trop vague, obligeant à rester dans les généralités. Pour mieux élaborer votre questionnement, privilégiez un angle d’attaque original :

Mesdames et Messieurs, Pardonnez-moi si j’ai un peu oublié le sujet, car pour tout vous dire, je suis parti très loin pendant ces 30 minutes de préparation, j’étais sur le chemin de l’Espérance, puis j’ai tourné à gauche, juste derrière les ruches, là où il y a le chemin de Sainte-Marie. Ah oui, c’est vrai… J’ai oublié de vous raconter… Pour tout vous dire, chaque été, je retourne à Sospel dans les Alpes maritimes. Si vous y allez un jour, laissez derrière vous la route départementale 2204, ou même la Départementale 2566, laissez les chiffres, les cahots de la route, les kilomètres avalés à toute vitesse… Ne regardez pas trop le tachymètre numérique multifonction, oubliez la clim, le laser, le GPS multidirectionnel, parce que vous savez… sur le chemin de la Condamine… ou même le chemin du Paradour ou le chemin du Sourcier… les multimètres multifonction… Et le GPS multidirectionnel sur les cailloux… De toute façon avec la vieille grange qui coupe le chemin vous n’irez pas très loin ! 

Et puis j’ai oublié de vous parler du vieux moulin et de Mathieu, le potier… Son idéologie à lui, c’est les cigales, c’est la terre, c’est la main qui façonne l’argile, le geste répété depuis des siècles pour fabriquer l’objet artisanal… Ce geste qui apprend à l’homme à posséder la matière, le savoir-faire patrimonial… Pensez donc : une vie à entretenir la tradition que lui avait apprise son père, que lui-même tenait de son père… et… je ne sais pas trop mais disons que ça dure depuis un certain temps… Pardonnez-moi je vous raconte tout ça et je crois que j’ai carrément oublié le sujet…

L’astuce ici est de donner l’impression de se détourner du sujet, alors qu’on le traite à fond ! Bien entendu, sur votre brouillon, vous faites en sorte de ne noter que quelques mots clés qui serviront de base à votre démonstration. En aucun cas, vous ne devez rédiger le texte (à part quelques expressions percutantes qui seront semi-rédigées : « Son idéologie à lui, c’est → cigales → terre → main… argile, geste répété… siècles… objet artisanal »).

  • D 2204
  • D 2566
  • chiffres, cahots de la route, kilomètres avalés à toute vitesse… tachymètre numérique multifonction, climatisation,
  • laser, GPS multidirectionnel
  • Chemin de l’espérance
  • Chemin de Sainte-Marie
  • Sospel, Alpes maritimes, Méditerranée, cailloux, vieille grange,
  • potier, cigales, argile, tradition, patrimoine

Vous allez même voir que l’accroche du général au particulier, qui ne convenait pas du tout précédemment, s’intègre désormais plus facilement du fait de l’angle d’attaque choisi qui permet à l’auditeur de mieux percevoir la problématique. Reprenons la fin de l’extrait en rajoutant l’accroche et en approfondissant un peu la démonstration :

Et puis j’ai oublié de vous parler du vieux moulin et de Mathieu, le potier… Son idéologie à lui, c’est les cigales, c’est la terre, c’est la main qui façonne l’argile, le geste répété depuis des siècles pour fabriquer l’objet artisanal… Ce geste qui apprend à l’homme à posséder la matière, le savoir-faire patrimonial… Alors oui, quand on me parle des avantages du progrès technique, moi j’ai envie de dire : « Certes le progrès est bénéfique, mais n’a-t-il pas introduit une déconnexion croissante avec les valeurs qui sous-tendent la tradition ? » Ces valeurs, ce sont les chemins de Sospel ou d’ailleurs… Car dans le monde, il y a encore plein de mains comme la main de Mathieu, ces mains qui façonnent encore au XXIe siècle des plats en terre et pas des GPS multidirectionnels, des « choses », des « marchandises », des « produits », des « trucs » en plastique et autres gadgets jetables.

Techniques utilisées :

  1. On élabore par quelques mots choisis un scénario imaginaire  en jouant sur les motivations inconscientes des auditeurs : le vieux moulin, Mathieu le potier, etc. 
  2. Pour impliquer le destinataire, on exploite les indices personnels : le « vous » donne au destinataire le sentiment d’être directement sollicité par l’émetteur.
  3. On associe presque sous forme d’oxymore deux termes en totale opposition : idéologie ≠ cigales. La notion d’idéologie dans l’inconscient collectif renvoie en effet à l’idée de système global (voire totalitaire) alors que les cigales évoquent au contraire la nature dans ce qu’elle a de plus poétique, d’infime, d’imperceptible : vos auditeurs peuvent ainsi se projeter très facilement grâce à cette composante imaginaire et affective.
  4. Cela permet d’amener l’idée de tradition et de transmission patrimoniale en centrant sur le petit détail (oublié par la société technicienne) de la main qui façonne l’argile.
  5. On peut alors poser le sujet sous forme plus abstraite à l’aide d’une tournure concessive : « certes… mais… »
  6. Puis on élargit du particulier au général (« les chemins de Sospel ou d’ailleurs. Car dans le monde… ») afin de donner à la réflexion une portée plus universelle.
  7. Pour finir, on reprend un exemple concret sous forme oppositive (la main de Mathieu ≠ choses, marchandises, produits, trucs) qui amène la problématique qui sera développée par la suite : la technique a déshumanisé l’homme.


Technique 2 : partir d’une anecdote à fort pouvoir de conviction ou d’émotion : le storytelling


« R

aconte-moi une histoire » Inspirez-vous de ce que les publicitaires appellent le storytelling, autrement dit le fait de raconter des récits « à fort pouvoir de séduction et de conviction » (Sébastien Durand, Le Storytelling : Réenchantez votre communication !, Paris Dunod 2011). Utilisé pour vanter un produit afin de nouer entre la marque et le consommateur un lien affectif privilégiant la communication émotionnelle, le Storytelling est d’une grande efficacité pour accrocher l’auditoire en s’adressant à ses émotions et à son ressenti : dans de nombreux cas, notamment à l’oral, cela permet d’aborder ensuite plus efficacement l’argumentaire. Dans l’exemple précédent, raconter à vos auditeurs ce qu’ils ont envie d’entendre permet de les faire adhérer très rapidement à votre univers : même si c’est un peu facile et convenu, il paraît évident que s’évader sur un petit chemin des Alpes maritimes à quelques kilomètres de la Méditerranée fera davantage rêver que si l’on évoque les sirènes du progrès technique. Car en fait, on touche les gens au cœur. N’hésitez pas, à la condition de le maîtriser, à user de quelques familiarités, car elles participent de la fonction de contact. Ainsi, dans l’exemple précédent, le mélange de deux registres (didactique-soutenu/anecdotique-familier) permet en effet d’accrocher davantage l’auditoire : 

Et puis j’ai oublié de vous parler du vieux moulin et de Mathieu, le potier… Son idéologie à lui, c’est les [au lieu de : « ce sont les »] cigales, c’est la terre, c’est la main qui façonne l’argile, le geste répété depuis des siècles pour fabriquer l’objet artisanalCe geste qui apprend à l’homme à posséder la matière, le savoir-faire patrimonial… Alors oui, quand on me parle des avantages du progrès technique, moi j’ai envie de dire : « Certes le progrès est bénéfique, mais n’a-t-il pas introduit une déconnexion croissante avec les valeurs qui sous-tendent la tradition ? »


Technique 3 : adoptez un angle d’attaque original, voire décalé


C

eci afin de permettre une mise en perspective inattendue avec le sujet. Le but est certes que vous répondiez au sujet, mais plus encore de vous arranger de telle manière que le sujet réponde à votre point de vue.

Imaginez par exemple le sujet suivant : « Faites votre éloge ».

Sujet difficile car il risque bien souvent d’amener le candidat à faire une sorte d’énumération de qualités, rapidement lassante. De plus, l’entrée en matière d’un tel sujet n’est pas évidente. Il y a intérêt ici à jouer sur l’interpellation du jury afin de le surprendre. Par exemple, jouer sur le détournement humoristique :

Mesdames et Messieurs, je voudrais vous poser une question : « Quand tout va mal, y a-t-il un avantage d’être optimiste ? » Parce que je vais vous parler de quelqu’un qui un jour a eu la bonne idée de faire son éloge devant un très éminent jury, c’était un certain… 28 février 2017. Je m’en souviens comme si c’était aujourd’hui : imaginez un garçon brillant, plein d’humour, avec de bons résultats scolaires… Un garçon enthousiaste à l’idée de participer à un concours d’art oratoire, alors que dans le même temps il avait cours de Maths… Ah oui un peu comme moi c’est vrai maintenant que vous me le dites… Je n’avais pas fait le rapprochement voyez-vous. Mais ne parlons pas de moi ! C’est bien Rimbaud qui disait « Je est un autre », non ?

Comme vous le voyez, le candidat joue ici à fond sur 4 éléments :

  • la stratégie de diversion : partir d’un autre sujet (« Quand tout va mal, y a-t-il un avantage d’être optimiste ? ») pour mieux éveiller la curiosité de l’auditoire.
  • l’humour, qui favorise la distance autocritique ;
  • l’interpellation du jury par le moyen de la prosopopée : figure de personnification consistant à faire parler une personne vivante ou morte présente ou absente, un être inanimé, en exprimant ce qu’elle serait supposée dire en des circonstances précises : « Ah oui un peu comme moi, c’est vrai maintenant que vous me le dites ».
  • Enfin, la citation très célèbre de Rimbaud (tirée de la « Lettre du voyant ») termine l’accroche par une judicieuse référence littéraire qui amène à questionner le sujet à partir d’un point de vue particulier qui joue sur le dédoublement d’énonciation.

Imaginons un autre sujet : « Faut-il avoir peur de la science ? »

Comme vous allez le voir, le candidat avance une thèse opposée au sens commun et amène à considérer le sujet selon un autre point de vue. N’hésitez pas à montrer votre personnalité !

« Faut-il avoir peur de la science ? » La question relative aux dangers de la science ne serait-elle donc qu’une question rhétorique ? Car pour le sens commun, la science est responsable de tout. Qui n’a pas en mémoire L’Étrange Cas du Dr. Jekyll et de Mr. Hyde de stevenson ? Qui n’a pas eu peur en songeant à la créature échappant à son inventeur : Frankenstein ? Ne nous dit-on pas tous les jours que « Big Brother  » contrôle en maître absolu nos communications électroniques ?

Oui… Les procès à l’encontre de la science ne manquent pas… Et pourtant, Mesdames et Messieurs, si vous me le permettez, j’aimerais reformuler le sujet : non pas « Faut-il avoir peur de la vérité scientifique ? », mais « Faut-il avoir peur de la vérité morale ? ». Non pas « Faut-il avoir peur du progrès ? », mais « Faut-il avoir peur de ne pas maîtriser le progrès ? ». Non pas « Faut-il avoir peur de la science ? », mais « Faut-il avoir peur de l’homme ? »

Techniques utilisées : 

Premier paragraphe :

  • partir d’une idée portée par le sens commun (« la science fait peur ») ;
  • Étayer rapidement la thèse réfutée sous une forme concessive à l’aide de quelques exemples célèbres qui sont presque des « évidences » (Mr. Hyde, Frankenstein, Big Brother…).

Deuxième paragraphe :

  • Réfuter le sens commun sous forme de structure oppositive (anaphore ternaire : « non pas… mais… »)
  • Privilégier une gradation partant du sens commun (la science fait peur) pour aller vers le sens philosophique (ce n’est pas la science mais l’homme qui fait peur). Ici, la gradation, la structure antithétique identique et le rythme ternaire permettent d’agir sur votre auditoire : n’oubliez pas que la notion d’argumentation suppose en effet l’action d’un énonciateur sur un auditoire, qui vise à modifier ses convictions et à gagner son adhésion.

Technique 4 : les questions rhétoriques et la fonction de contact


Les questions rhétoriques permettent une bonne entrée en matière. Jouez également sur la fonction de contact :

L

a fonction de contact ou “communication phatique” pour parler comme les linguistes joue un rôle essentiel dans le lien social. Elle n’a pas en soi de contenu informationnel : elle sert à maintenir la communication. Si je dis par exemple « hum hum » ou encore « hein ? », « alors », je ne communique pas réellement d’information. En revanche je maintiens avec mon auditoire un lien afin de renforcer mes propos. Certaines expressions comme « N’est-ce pas ? » font partie de ce qu’on appelle les « marqueurs communicationnels » : il ne s’agit certes pas d’en abuser mais leur emploi peut s’avérer très utile, notamment dans l’entrée en matière de votre oral, afin de mieux capter l’attention de vos auditeurs. N’oubliez pas non plus d’exploiter les questions rhétoriques (ou oratoires)

Prenons par exemple le sujet suivant : « dans nos sociétés de l’hyper-communication, a-t-on encore du temps pour la parole ? »

Imaginez cette entrée en matière (avec votre téléphone en main) :

– Allooooo, allo allo, oui… Non… Ah oui… on peut dire ça comme ça… Oui mais… Mais non pas du tout… Mais non, tu ne me déranges pas… Mais là tu vois je suis au Lycée… et JE N’AI VRAIMENT PAS LE TEMPS, je…

– (vous vous adressez au jury) : Mesdames et Messieurs, excusez-moi, je suis à vous tout de suite, je suis en pleine communica…
– (avec votre pseudo-interlocuteur au téléphone) : mais évidemment… mmm mmm… (de plus en plus haut et fort) Mais c’est naturel, c’est tout naturel… Mais j’aurais fait la même chose… Mais oui… Quoique… Vu comme ça… Ah oui sous cet angle ça change tout… Mais là je ne peux vraiment pas… On se rappelle, c’est ça… Oui…  Mais évidemment… É-VI-DEM-MENT. C’est ça… À très vite… 
– (vous adressant au jury) : Oh ! Excusez-moi… Vous devez vous demander ce que je faisais… Oh pardon de nouveau, mais j’ai un SMS très important, je dois y répondre (vous tapotez sur quelques touches) Maintenant je me dis que… si ça se trouve… vous n’auriez pas répondu vous… Ah si ? Ah cool ! Vous me rassurez ! (vous tapotez encore quelques secondes sur les touches du téléphone).

– (Au jury) N’est-ce pas cool quand même ? On n’est pas bien là ? Quel plaisir d’hypercommuniquer quand même… Voilà un avantage qu’on n’avait pas avant… Avant les gens communiquaient simplement, banalement, ordinairement, lentement. Il fallait un temps inouï pour échanger de vive voix tandis que maintenant tout va hypervite.  La preuve : vous voyez le temps qu’on perd à se parler avec la parole. Je n’ai toujours pas pu évoquer le sujet important pour lequel je suis ici alors que j’ai déjà répondu à 2 SMS.  Maintenant, depuis le Web 2.0 tout va très vite, on hypercommunique, on échange sur des tas de trucs, ça permet de rester en contact ! Mais j’en viens à vous parler de ce qui nous occupe :  « Dans nos sociétés de l’hypercommunication… »

Comme vous le remarquez, le candidat n’a pas beaucoup d’arguments à développer. L’astuce consiste donc à faire un numéro d’acteur en renforçant le pathos, c’est-à-dire les émotions et en martelant le message-clé à l’aide de l’ironie et du décalage. Ce qui serait jugé beaucoup trop lourd à l’écrit devient au contraire un gage d’efficacité à l’oral.

Vous pouvez exploiter également les questions oratoires (ou rhétoriques) : bien posées, elles sont utiles pour faire adhérer les auditeurs à votre propos. Hâtez-vous d’y répondre vous-même afin de donner plus de rythme à votre prestation.

Un dernier mot sur ce qu’on appelle la prétérition, du latin praeteritio (« action de passer sous silence ») : il s’agit d’une figure de style consistant à parler de quelque chose après avoir annoncé qu’on n’allait pas en parler. On peut feindre l’hésitation, la réticence : « Je ne vous dirai pas que » : couplée à l’anaphore et à la prosopopée (voyez plus haut), la prétérition est un gage d’efficacité.

Imaginez par exemple le sujet suivant : « Faîtes-vous des rêves ? »

Techniques employées : Prétérition + anaphores + prosopopée + questions rhétoriques + gradation

Mesdames et Messieurs,

Ne me demandez surtout pas si je fais des rêves parce que je n’en fais pas du tout. Ne me demandez pas non plus de vous les raconter. Ne me demandez pas si j’aimerais en faire car pour tout vous dire, je n’en ai pas la moindre idée. Vous vous dites certainement : mais pourquoi diable quelqu’un qui ne fait pas de rêves a-t-il choisi pareil sujet ? Il y avait trois autres sujets pourtant tous passionnants [arrangez-vous pour en avoir mémorisé un ou deux].

Oh ! Je sais… Vous allez me dire que si j’ai choisi ce sujet, c’est que je rêvais de dire quelque chose de bien, quelque chose de beau, quelque chose de grand, avec des anaphores et de belles gradations ternaires. Alors là oui, vous vous rapprochez des moyens, mais il faut que je vous parle du but : pour tout vous dire, je ne fais pas de rêves parce que, comme un certain Martin Luther-King le 4 avril 1968  j’ai UN rêve, un rêve bien à moi : je fais le rêve de réinventer l’humain, rien que cela.

Nous connaissons tous ces mots restés célèbres : « Je rêve qu’un jour sur les collines rousses de Géorgie les fils d’anciens esclaves et ceux d’anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité… » Nous connaissons tous ce texte parce que vous et moi, nous faisons chaque nuit, chaque jour, chaque heure, chaque minute, chaque instant le même rêve de nous asseoir « tous ensemble à la table de la fraternité »…

Mais ce qui était un rêve sous les Trente Glorieuses n’est-il pas devenu un cauchemar aujourd’hui ? Quel supplice me direz-vous de faire chaque fois le même rêve et de voir ce rêve à chaque fois non réalisé. N’est-ce pas absurde ? Moi aussi je rêvais d’un monde de fraternité, mais mon rêve est une fenêtre ouverte sur les délits de faciès et les discriminations. Moi aussi, j’ai rêvé d’un monde de parole mais mon rêve est une fenêtre ouverte sur le silence des hommes et le cri des enfants.

Alors oui je fais un rêve… Mais il est temps que ce rêve devienne réalité, parce que sinon ce rêve est un cauchemar, et parce qu’un rêve n’a de sens que s’il dépasse les méandres du sommeil, le simulacre du songe. Devant vous, Mesdames et Messieurs, je fais le rêve de la réalité, parce qu’il est temps, comme aurait dit Albert Camus, d’« imaginer Sisyphe heureux »…


Technique 5 : Souriez, parlez avec assurance et conviction, d’une voix bien placée…


P

ensez à augmenter ou au contraire à ralentir votre débit de parole. N’oubliez pas d’accompagner vos arguments par des gestes d’ouverture, qui vont jouer le rôle de métaphore visuelle en traduisant physiquement vos idées, votre personnalité, votre charisme. Comme il a été très bien dit, « l’expression orale, pour être percutante, doit mobiliser toute votre personne, c’est-à-dire pas seulement votre intellect, mais aussi votre regard, votre voix, votre intériorité, votre gestuelle, votre attitude physique » |source|. Pensez par exemple à décoller les coudes du corps afin de renforcer l’amplitude des gestes. Ne restez pas figé/e : soyez bien campé/e « dans vos baskets » (surtout ne vous dandinez pas pour vous donner une convenance !). Donnez-vous de la force de conviction : n’oubliez pas que la gestuelle participe de l’effet produit sur l’auditoire !

Lien utile : regardez cette page du Journal du Net : destinée à renforcer l’efficacité personnelle des managers à l’oral, elle comporte de nombreuses aides précieuses !


Pour finir… Quelques sujets dans l’esprit du concours afin de vous entraîner :

  • « On peut tromper tout le monde, mais on ne peut tromper la vérité. » Que vous inspire ce jugement de Maxime Gorki ?
  • Pour voyager, faut-il partir loin ?
  • Y a-t-il des leçons de l’Histoire ?
  • Faites l’éloge de la lenteur.
  • Le plus beau métier du monde…

Faire sensation à l’oral : structurer les grandes étapes de votre démonstration

Prérequis : avant d’aborder cet entraînement, il est préférable d’avoir pris connaissance :

Même à l’oral, vous devez veillez à structurer votre démonstration. Il faut que les auditeurs perçoivent clairement l’idée directrice (c’est-à-dire la thèse que vous allez soutenir), les arguments et les exemples utilisés. Voici aujourd’hui, quelques techniques pour vous aider à structurer les grandes étapes de votre démonstration…


« Quelle est la première qualité de l’orateur ? L’action, — La seconde ? L’action. — La troisième ? L’action. »

Démosthène (384 avant J.-C. − 322 avant J.-C.)

T

out d’abord je ne reviens pas sur les techniques d’accroche que nous avons abordées dans l’entraînement précédent : ne négligez surtout pas cette étape ! Au brouillon, demandez-vous d’abord quels sont les objectifs que vous voulez atteindre dans votre exposé, au risque d’avancer à l’aveuglette.

Vous ne devez pas vous contenter de répondre à la question posée, mais aller au-delà : il est donc très important lors de la phase préparatoire de « commencer par la fin » c’est-à-dire d’avoir une idée dès le début du « pourquoi » de votre prestation, c’est-à-dire dans quelle perspective vous allez parler.

Soyez enthousiaste ! Sinon vous n’arriverez pas à convaincre efficacement. Certains candidats donnent parfois l’impression de traiter le sujet sous la forme « Je-vais-répondre-à-la-question-qui-m’a-été-posée » ou « parce-qu’on-m’a-demandé-de-traiter-le-sujet ». Mais on ne vous a rien demandé du tout !  Vous êtes venu/e de votre plein gré et c’est vous qui avez choisi le sujet. Rappelez-vous ce jugement de Sénèque (4 avant J. C. − 65 après J. C.), un philosophe et brillant orateur latin : « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles. »

Vous devez donc être convaincu/e que si vous avez choisi ce sujet c’est parce que vous avez quelque chose à dire et qu’il vous faut convaincre à l’aide d’un argumentaire efficace.


La règle d’or : « scénarisez » votre intervention !


P

our réaliser un exposé oral qui « impacte », vous devez être organisé/e. Le moyen le plus simple de faire une présentation bien construite est de mentionner clairement au brouillon chaque point que vous allez aborder au cours de votre exposé, et la façon dont vous allez l’aborder. Structurez votre intervention du début jusqu’à la fin de celle-ci. Votre prestation orale doit être scénarisée, c’est-à-dire qu’elle doit obéir à un scénario.

Le scénario, c’est l’itinéraire suivi dans l’exposé. Donc sur votre brouillon pensez à noter les grandes étapes qui doivent conduire votre démonstration : vous devez avoir devant vous les grandes lignes de votre exposé, accompagnées si possible de repères temporels (minutage par exemple), de mots clés, de notions ou de données importantes. Mettez-les en évidence sur votre feuille afin de les visualiser immédiatement : ainsi, vous éviterez les trous de mémoire qui sont particulièrement pénalisants à l’oral.

Sur une petite fiche synthétique, qui vous servira de fil conducteur, vous devez avoir devant vous les grandes lignes de votre exposé, accompagnées de repères temporels, de mots clés, de notions ou de données importantes…

Un peu comme le montage au cinéma, la question du découpage de l’exposé est en effet essentielle afin de bien mettre en œuvre votre raisonnement. Dans l’exemple ci-dessus, le candidat a scénarisé son exposé de telle sorte que les contenus importants (arguments :; anecdotes, exemples : ; citations :) sont clairement planifiés sur le papier : grâce à cette méthode, vos idées seront plus claires avant de vous lancer. 


Complétez et organisez votre brouillon


S

ur votre brouillon, pensez à utiliser des codes afin de lire le moins possible au moment de l’oral. Par exemple :

  • ⇏ : antithèse
  • ⇓ : transition
  • ⇛ : conclusion
  • ♡ : appel aux émotions en sollicitant la sympathie et l’imaginaire de l’auditoire
  • ♪ : intonation de la voix, expression gestuelle,
  • etc.

Bien entendu, choisissez vos codes « à vous » : l’essentiel est que vous parveniez à anticiper : n’oubliez pas qu’avec le trac souvent ou le manque d’entraînement, on en oublie certains éléments qui paraissaient pourtant très évidents lors de la préparation. Si par exemple, à côté de quelques mots clés, vous notez : « ♡ et ♪ », vous vous rappellerez quand vous serez devant le jury que vous devez toucher, mettre de l’émotion dans la voix, etc.

 Faites appel aux émotions et intégrez-les dans votre scénario !

Comme nous l’avons vu dans l’entraînement précédent, quand vous voulez convaincre, rappelez-vous qu’il est tout aussi efficace de faire appel aux émotions qu’à la logique : la communication dite « non verbale » est donc très importante car elle permet aussi aux auditeurs de s’identifier aux arguments de l’orateur. Par exemple, à la condition de bien les maîtriser, la gestuelle vous permettra de ressentir davantage vos arguments, et ainsi de mieux toucher votre public.

Une bonne argumentation repose en effet sur deux éléments majeurs :

  • le déroulement d’un raisonnement : l’expression d’un message oral suppose un projet argumentatif développé dans le cadre d’une démonstration ;
  • mais aussi la mise en œuvre de techniques de séduction au moyen du langage (expression émotionnelle) et de la gestuelle. Un discours brillant sur le papier peut s’avérer décevant à l’écoute parce que l’orateur aura trop accordé d’importance au fond, au détriment de la forme du message.

Nous avons abordé dans le premier entraînement certaines figures d’amplification comme l’anaphore, la gradation ou l’hyperbole. Si elles se révèlent utiles pour renforcer votre argumentaire, elles sont en outre nécessaires pour mettre en valeur la cohésion du discours. N’oubliez pas qu’à la différence de l’écrit, le jury ne verra pas la structure de votre travail (paragraphes, alinéas, etc.).

Les connecteurs logiques sont évidemment essentiels. De même, les procédés oratoires, les tonalités employées serviront à renforcer votre propos et à mieux mettre en évidence la structure de l’exposé. Ne négligez pas l’usage des exclamations, le rythme, les changements de registres :

  • didactique : quand vous voulez informer ou expliquer ;
  • lyrique ou pathétique : lorsque vous cherchez à toucher votre public ;
  • polémique si vous voulez prendre à témoin l’auditoire.

Les impacts de l’image corporelle sont très importants à l’oral ! Les émotions concourent à l’effet du discours sur votre auditoire : c’est la raison pour laquelle vous devez les planifier dans votre exposé. La pratique réfléchie des intonations, des gestes, des postures du corps est essentielle car elle permet non seulement de relancer l’intérêt de vos auditeurs, mais aussi de renforcer l’argumentaire. Pensez donc à planifier ces moments !


Ne perdez pas de vue le sujet !


J’

ai souvent vu des orateurs qui, à trop vouloir improviser, oubliaient complètement le sujet posé. C’est la raison pour laquelle je vous recommande de ne pas perdre de vue votre objectif. Ayez donc obligatoirement un fil conducteur afin d’organiser l’ordre des messages.

Une fois le plan scénarisé (voir plus haut), prévoyez aussi les moments de votre exposé où vous allez faire les transitions entre parties, et surtout rappeler le sujet posé (ce que vous avez dit et ce que vous allez dire) :  flèches verticales rouges dans l’exemple ci-dessus) : cela évite le risque de sortir du sujet.

Imaginez par exemple le sujet suivant : « Être scandaleux, c’est dire aujourd’hui ce que tout le monde dira dans dix ans ». Que vous inspire ce jugement de Wolinsky ?

Un tel sujet peut amener très vite au dérapage car il éveille de nombreuses problématiques de discussion : la liberté d’expression ; la réflexion sur la notion de scandale (Rimbaud par exemple a été jugé « scandaleux » : pour autant ce serait réduire Rimbaud que d’affirmer qu’il a été juste en avance sur son temps) ; la légitimité ou non du scandaleux ; la définition même du scandale (un scandale au sens étymologique du terme, est un écart à travers lequel le surnaturel émerge dans le quotidien) ; etc. Le risque ici serait de s’embarquer dans de trop nombreuses discussions. D’où l’intérêt de rappeler (flèches rouges ) le sujet posé afin de bien montrer au jury que s’il y a dérapage, c’est un dérapage maîtrisé.

N’oubliez pas enfin que « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ». Si vous n’êtes pas sûr/e de vous, annoncez au fur et à mesure votre démarche argumentative afin que le jury perçoive bien vos objectifs : « J’ai choisi de vous parler de [sujet], pour deux raisons. En premier lieu… Par ailleurs… ». Cela vous évitera les « flottements », les hésitations et vous intéresserez davantage votre auditoire. 


Exemple pratique : intégrer plusieurs techniques oratoires


 

Partons du sujet suivant : « Faites l’éloge de la justice. »


« Bon appétit, Messieurs, ô ministres intègres » [citation], aurais-je pu dire comme Ruy Blas défiant ironiquement les Grands d’Espagne… Mais point d’ironie dans mon propos. Je recommence donc : Bonjour à vous Mesdames et Messieurs, ô jury intègre ». J’ai une question à vous poser : peut-on faire l’éloge de la justice ? Et d’abord, de quelle justice parle-t-on ici ? Qu’est-ce  qui est juste ? Qu’est-ce qui est légitime ? Ce qui est légal ? Ce qui est moral ? [interrogations à valeur polémique]

La guillotine, ce chef-d’œuvre du progrès humain pour certains est encore au XXIe siècle un idéal pour les nostalgiques de la haine [notez le registre ironique et polémique ainsi que les indices de jugement]… Dois-je vous rappeler ce que vous connaissez déjà et qu’on appelle dans tous les bons dictionnaires des évidences ? [interpellation du jury] Évidence de la peine de mort. Évidence de la justification de la torture. Évidence de la corruption, des pendaisons au nom de… [ici, le risque est que le jury puisse penser que le candidat s’égare, d’où l’intérêt de faire une relance].

Oui, tout cela… au nom de quoi ? « De la barbarie ? » Certes non. « De l’injustice ? » Pas davantage. Tout cela au nom de la justice ! [Notez les termes évaluatifs ainsi que l’exagération pour toucher l’auditoire. De même, le paradoxe, en s’opposant au sens commun (la justice a pour vocation d’être juste), a pour effet d’interpeller l’auditeur]

Cette justice-là Mesdames et Messieurs… Cette justice-là [anaphore], je n’en ferai pas l’éloge car la justice, la vraie justice est celle du cœur [le candidat pose sa thèse] : c’est de cette justice-là que j’ai choisi de vous parler. Il faut aimer pour bien juger, et non juger en prétendant aimer [ici le chiasme, qui croise des termes en opposition ou en parallèle permet de renforcer l’idée]. Faire l’éloge de la justice, c’est donc  faire l’éloge de la vérité du cœur.

[Changement de ton, modification de la situation d’énonciation afin d’éveiller la curiosité de l’auditoire]

Il n’avait que sept ans… Sept ans et demi, Mesdames et Messieurs… C’était le 4 décembre 1851, lors du coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. Sept ans et demi… Il s’appelait Boursier je crois, tué lors d’une fusillade rue Tiquetonne, à Paris, près du faubourg Montmartre… Et Victor Hugo dans un poème célèbre a fait l’éloge de la vérité du cœur ; il a fait l’éloge de la justice. [lien avec le sujet : passage d’un exemple illustratif à l’argumentatif]

Ce « Souvenir de la nuit du Quatre » m’est resté à ce jour en mémoire. Et moi aussi, en ce 28 février, j’ai envie de faire l’éloge de la vraie justice, de cette justice du cœur que j’évoquais à l’instant [Rappel du sujet] Utopie dira-t-on ? Mais ne trouvez-vous pas que le monde serait plus beau à vivre si l’amour avait davantage de place que la mort ? Si les crayons avaient davantage de place que la haine ? [Questions rhétoriques] J’ai envie de dire : « Aime et non pas Haine ». C’est de cette justice-là, Mesdames et Messieurs, que je veux faire l’éloge devant vous [rappel du sujet].

 ZOOM sur les techniques utilisées…

  • Accroche par citation : bien utilisée, la citation lors de l’entrée en matière est tout à fait judicieuse : dans notre cas de figure, elle joue sur l’interpellation (« Bon appétit, Messieurs » ainsi que le jugement de valeur (« ô ministres intègres »). Employé ironiquement chez Hugo pour railler la prétendue probité des Grands d’Espagne, le terme pose d’emblée la question de la justice et surtout de sa définition (la force n’est pas le droit).
  • Interpellation + questions : « J’ai une question à vous poser » : jugée notamment à l’écrit quelque peu familière, l’interpellation, à la condition de ne pas en abuser à l’oral, permet de toucher l’auditoire. Par son aspect assez polémique ici, elle participe à un style fondé sur l’amplification. L’énumération de questions qui vient ensuite permet d’amener le sujet qui sera débattu : faire l’éloge de la justice, certes… Mais « de quelle justice parle-t-on ? »
  • Dans le deuxième paragraphe, l’exemple de la guillotine, allusion directe aux exécutions publiques légitimées par le Droit révolutionnaire au XVIIIe siècle ainsi que la formule ironique (« Ce chef d’œuvre du progrès humain ») joue sur l’évaluation émotionnelle et débouche sur une série d’exemples à valeur argumentative corroborant la thèse réfutée : si la justice n’est pas moralement juste, elle est illégitime.
  • Troisième et quatrième paragraphes : ils mettent en opposition la thèse réfutée et la thèse qui sera soutenue : « la vraie justice est celle du cœur ». (= la vraie justice ne consiste pas à appliquer la loi parce qu’elle est légale mais parce qu’elle est morale et c’est de cette morale du cœur qu’elle doit tirer sa légitimité).
  • Le cinquième paragraphe (« Il n’avait que sept ans et demi…») exploite une technique qui, bien maîtrisée, peut s’avérer tout à fait concluante : la mise en scène de l’événement. Normalement, un énoncé de récit s’insère difficilement dans des textes où domine le système du discours, du fait de la rupture avec la situation d’énonciation qu’il entraîne : ici, en troublant momentanément les repères temporels, de même que par sa force émotionnelle et persuasive, l’anecdote dramatique qui est racontée à l’imparfait opère une sorte de décentrage obligeant les auditeurs à chercher la raison de cette rupture temporelle. Le retour au système du discours par l’emploi anaphorique du passé composé (« Et Victor Hugo dans un poème célèbre a fait l’éloge de la vérité du cœur ; il a fait l’éloge de la justice. ») permet de réaffirmer la thèse soutenue (« la vraie justice est celle du cœur »). Ce rappel est essentiel : dans le cas contraire, on pourrait croire que le candidat s’égare, et qu’il oublie le sujet. À l’inverse, rappeler le sujet en exploitant un témoignage bouleversant ainsi qu’un argument d’autorité (la référence à Hugo fonctionne comme garant de la justesse des propos) permet de justifier les grandes étapes du raisonnement et montrer vers quoi il vous a conduit.
  • Le dernier paragraphe, sur un ton plus didactique et solennel (« Ce ‘Souvenir de la nuit du Quatre’ m’est resté à ce jour en mémoire ») permet de préciser la problématique par une série d’antithèses posées sous forme de questions rhétoriques (« Mais ne trouvez-vous pas que… » amenant les auditeurs à reconnaître la justesse de vos idées. N’hésitez pas à les exploiter : elles permettent de toucher l’auditoire et d’influencer son opinion. Enfin, les sonorités quasi homophones des consonnes « m » et « n » (« J’ai envie de dire : ‘Aime et non pas Haine’ ») participe d’une stratégie de persuasion : les sonorités ont donc ici une teneur argumentative susceptible de mettre l’auditoire dans une disposition émotionnelle favorable à la thèse défendue.

 

Faire sensation à l’oral : conclure une prestation… Les techniques de chute

« On

a oublié de sortir le train d’atterrissage ? » Même si l’exposé s’est bien déroulé, il est toujours délicat de conclure, et bien souvent le plus dur, après qu’on a multiplié dans les airs les figures de voltige oratoire et autres acrobaties rhétoriques, c’est d’atterrir ! De fait, la « chute » (c’est le cas de le dire !), si elle est mal maîtrisée, risque de s’avérer périlleuse. Voici aujourd’hui, quelques techniques pour vous aider à élaborer une conclusion percutante…

« […] la syntaxe de l’improvisation n’est pas celle de l’écriture.  »

André Malraux, préface aux Oraisons funèbres, 1971

« Dans un souci d’efficacité, mettons-nous à la place du destinataire. Qu’attend-il de la fin d’une réflexion ?  D’une part une réponse claire à la problématique posée par l’introduction et d’autre part une esquisse de réflexion sur la mise en œuvre de cette réponse.  »

Bernard Meyer,  Les Pratiques de communication : de l’enseignement supérieur à la vie professionnelle
Armand Colin, « Cursus », 2e édition, Paris 2007, page 174.

Mirabeau (Le Bignon, 1749 – Paris, 1791)
« L’Orateur » (gravure dessinée par H. Baron, et gravée sur acier par Léopold Massard, 1843)
In : Augustin Challamel, Wilhelm Ténin, Les Français sous la Révolution. Quarante scènes et types. Paris, 1843.


Planifiez votre conclusion et préparez-la soigneusement !


Au

même titre que l’accroche (voir entraînement n°2), la conclusion de votre prestation revêt un rôle fondamental et pourtant peu de candidats lui accordent l’importance qu’elle mérite : comme nous l’avons vu, vous devez la préparer soigneusement et la planifier dès l’introduction. Ainsi qu’il a été très justement dit, « commencez […] par la fin, la conclusion, puisque c’est elle qui synthétise l’essentiel de ce que vous voulez démontrer. Votre conclusion, c’est précisément l’idée-force, déjà identifiée, et qui vous a donné le cap […]. Si vous avez eu de la difficulté à formuler cette idée-force, le fait de commencer par la conclusion vous aidera à la mettre en évidence » |Thierry Destrez, Demain, je parle en public, 4e édition, Paris Dunod 2007, page 28|.

Étant donné la brièveté des prestations orales (6 à 7 minutes en moyenne), la conclusion se réduit parfois à d’inévitables redites, surtout si elle est mal préparée.

Or la conclusion joue un rôle majeur :

  • Elle constitue tout d’abord un bilan synthétique vous permettant de montrer que vous avez répondu au sujet (on parle aussi de conclusion fermée).
  • Pensez à bien recentrer sur l’idée principale en valorisant l’argument essentiel que l’auditoire doit mémoriser, au risque de vous éparpiller dans d’interminables considérations (souvent creuses) qui laisseraient le jury sur une impression de redite.
  • Par ailleurs, la conclusion doit ouvrir une perspective : on parle à ce titre de conclusion ouverte. Un élargissement bien maîtrisé doit entraîner l’adhésion de vos auditeurs.

N’oubliez pas un point important que nous avons rappelé dans cette série d’entraînements : la nécessité de différencier l’oral d’une production écrite. Certes, comme à l’écrit, votre conclusion doit contenir un bilan du développement et ouvrir des perspectives. Mais plus encore qu’à l’écrit, impliquez-vous en valorisant des données concrètes ! Plutôt que de conclure sur de l’abstrait, plus délicat parfois à maîtriser, vous pouvez terminer par un exemple à valeur argumentative, ou une anecdote qui synthétise l’essentiel de votre démonstration et en montre la cohérence.

Faites également confiance à votre talent d’orateur : certes, je vous conseille de ne pas trop improviser sur le fond, c’est-à-dire le contenu, le message lui-même qui se doit dans la mesure du possible d’être envisagé (au moins sous forme de plan détaillé) à l’avance. Il est plus facile en revanche d’improviser sur la forme, c’est-à-dire le style qui sous-tend le message, et qui, avec un peu de pratique, vient assez spontanément. Comme l’a dit l’écrivain André Malraux, « […] la syntaxe de l’improvisation n’est pas celle de l’écriture ». L’orateur qui écrit son texte ne l’achève que quand il le prononce, « et il le modifie en parlant » |propos cités par Marie Gérard-Geffray, « Malraux orateur : de l’action présente à la quête de l’intemporel ». In : Colloque Les Mondes de Malraux, 15-16 octobre 2010, Institut catholique de Paris, page 6|

Conclusion fermée ? Conclusion ouverte ? Attention aux pièges des conclusions trop « ouvertes » ne débouchant finalement sur pas grand chose ! Si une conclusion ouverte, qui se termine par exemple par une question indirecte ouvrant sur un thème lié ou une nouvelle perspective, est évidemment une bonne chose, vous devez éviter le piège d’ouvrir sur de l’évasif qui ferait perdre à votre présentation son unité organique et structurelle. Restez concis et trouvez un élargissement qui apparaît comme une conséquence nécessaire de votre démonstration.

Astuce : si vous n’avez pas d’idée, arrangez-vous pour ne pas terminer sur une platitude, des banalités, au risque de laisser le jury sur une impression mitigée. Une technique utilisée parfois consiste à reprendre un élément de l’accroche ou du début de la démonstration, en le réinvestissant de telle sorte que vous entraînerez l’adhésion, l’envie de vous suivre dans votre démonstration. Comme le rappelle encore Thierry Destrez (op. cit. page 49) : « Sachez faire une conclusion incitative […], trouvez un raccourci saisissant, une formule « choc » qui synthétise le cœur du message : c’est ainsi que vous frapperez l’intérêt et la mémoire […]. La conclusion est votre temps fort : elle n’est pas la fin, mais le point culminant de votre présentation ».

À moins de bien maîtriser les techniques, évitez d’utiliser pour la conclusion des figures d’insistance trop marquées (gradations, etc.) : surtout lorsque la prestation est brève, elles donnent un effet assez théâtralisé et manquent de naturel. Attention aussi aux conclusions sous forme de citations toutes faites, plaquées artificiellement sur le sujet.

En revanche, si votre citation vous paraît bien choisie, cela peut être une bonne idée. Mon conseil : ne terminez pas sur la citation mais arrangez-vous pour glisser après la citation quelques mots qui vous permettront de valoriser votre point de vue (et non celui de l’auteur). 

Imaginez par exemple que vous vouliez terminer sur cette célèbre citation de Montaigne : « Un honnête homme, c’est un homme mêlé » (Chapitre 9 du troisième livre des Essais).

  • Regardez la première conclusion : « Tout voyage nous amène à connaître l’autre, à nous ouvrir aux différences. Ainsi, comme l’a si bien dit Montaigne, « Un honnête homme, c’est un homme mêlé ».
    Ce qui est maladroit dans cette conclusion, c’est que le candidat ne valorise pas suffisamment sa pensée. De plus, les marques de l’énonciation sont effacées, ce qui fait qu’on en oublie plus ou moins la pensée de l’orateur pour ne retenir que la phrase de Montaigne.
  • Regardez maintenant la seconde conclusion : « Tout voyage nous amène à connaître l’autre, à nous ouvrir aux différences. Ainsi, comme l’a si bien dit Montaigne, « Un honnête homme, c’est un homme mêlé ». Et je crois qu’en effet il faut célébrer la diversité culturelle pour mieux promouvoir les identités, nous mêler à l’extraordinaire richesse du monde pour en célébrer les particularités. Tant il est vrai que diversité n’a jamais voulu dire uniformité. Voilà le sens du voyage et, Mesdames et Messieurs, je vous pose une question : le plus beau voyage n’est-il pas une rencontre ? Rencontre avec autrui, rencontre avec vous-mêmes, rencontre avec soi-même… ».
    Comme vous le voyez à travers cet exemple, le candidat choisit de réinvestir la citation de Montaigne en lui donnant une autre orientation. Cette technique permet au jury de retenir davantage la problématique interculturelle posée par le candidat à partir de la citation de Montaigne.

Certains candidat/es se demandent comment prendre congé… Terminez par quelques mots de remerciement brefs (« Mesdames et Messieurs, merci de m’avoir écouté ») : inutile de faire long !

Bruno Rigolt
© février 2018, Bruno Rigolt/Espace Pédagogique Contributif


Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, cet article est protégé par copyright. Ils est mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le nom de l’auteur ainsi que la référence complète de l’article cité (URL de la page).

Simone Veil le 26 novembre 1974, prononce à l’Assemblée Nationale son magnifique discours sur l’IVG

Concours d’art oratoire 2017 Lycée en Forêt/Rotary. Entraînement n°4 « Faire sensation à l’oral : conclure une prestation… Les techniques de chute »

Faire sensation à l’oral : conclure une prestation… Les techniques de chute

Prérequis : avant d’aborder cet entraînement, il est préférable d’avoir pris connaissance :

« On

a oublié de sortir le train d’atterrissage ? » Même si l’exposé s’est bien déroulé, il est toujours délicat de conclure, et bien souvent le plus dur, après qu’on a multiplié dans les airs les figures de voltige oratoire et autres acrobaties rhétoriques, c’est d’atterrir ! De fait, la « chute » (c’est le cas de le dire !), si elle est mal maîtrisée, risque de s’avérer périlleuse. Voici aujourd’hui, quelques techniques pour vous aider à élaborer une conclusion percutante…

« […] la syntaxe de l’improvisation n’est pas celle de l’écriture.  »

André Malraux, préface aux Oraisons funèbres, 1971

« Dans un souci d’efficacité, mettons-nous à la place du destinataire. Qu’attend-il de la fin d’une réflexion ?  D’une part une réponse claire à la problématique posée par l’introduction et d’autre part une esquisse de réflexion sur la mise en œuvre de cette réponse.  »

Bernard Meyer,  Les Pratiques de communication : de l’enseignement supérieur à la vie professionnelle
Armand Colin, « Cursus », 2e édition, Paris 2007, page 174.

Mirabeau (Le Bignon, 1749 – Paris, 1791)
« L’Orateur » (gravure dessinée par H. Baron, et gravée sur acier par Léopold Massard, 1843)
In : Augustin Challamel, Wilhelm Ténin, Les Français sous la Révolution. Quarante scènes et types. Paris, 1843.


Planifiez votre conclusion et préparez-la soigneusement !


Au

même titre que l’accroche (voir entraînement n°2), la conclusion de votre prestation revêt un rôle fondamental et pourtant peu de candidats lui accordent l’importance qu’elle mérite : comme nous l’avons vu, vous devez la préparer soigneusement et la planifier dès l’introduction. Ainsi qu’il a été très justement dit, « commencez […] par la fin, la conclusion, puisque c’est elle qui synthétise l’essentiel de ce que vous voulez démontrer. Votre conclusion, c’est précisément l’idée-force, déjà identifiée, et qui vous a donné le cap […]. Si vous avez eu de la difficulté à formuler cette idée-force, le fait de commencer par la conclusion vous aidera à la mettre en évidence » |Thierry Destrez, Demain, je parle en public, 4e édition, Paris Dunod 2007, page 28|.

Étant donné la brièveté des prestations orales (6 à 7 minutes en moyenne), la conclusion se réduit parfois à d’inévitables redites, surtout si elle est mal préparée.

Or la conclusion joue un rôle majeur :

  • Elle constitue tout d’abord un bilan synthétique vous permettant de montrer que vous avez répondu au sujet (on parle aussi de conclusion fermée).
  • Pensez à bien recentrer sur l’idée principale en valorisant l’argument essentiel que l’auditoire doit mémoriser, au risque de vous éparpiller dans d’interminables considérations (souvent creuses) qui laisseraient le jury sur une impression de redite.
  • Par ailleurs, la conclusion doit ouvrir une perspective : on parle à ce titre de conclusion ouverte. Un élargissement bien maîtrisé doit entraîner l’adhésion de vos auditeurs.

N’oubliez pas un point important que nous avons rappelé dans cette série d’entraînements : la nécessité de différencier l’oral d’une production écrite. Certes, comme à l’écrit, votre conclusion doit contenir un bilan du développement et ouvrir des perspectives. Mais plus encore qu’à l’écrit, impliquez-vous en valorisant des données concrètes ! Plutôt que de conclure sur de l’abstrait, plus délicat parfois à maîtriser, vous pouvez terminer par un exemple à valeur argumentative, ou une anecdote qui synthétise l’essentiel de votre démonstration et en montre la cohérence.

Faites également confiance à votre talent d’orateur : certes, je vous conseille de ne pas trop improviser sur le fond, c’est-à-dire le contenu, le message lui-même qui se doit dans la mesure du possible d’être envisagé (au moins sous forme de plan détaillé) à l’avance. Il est plus facile en revanche d’improviser sur la forme, c’est-à-dire le style qui sous-tend le message, et qui, avec un peu de pratique, vient assez spontanément. Comme l’a dit l’écrivain André Malraux, « […] la syntaxe de l’improvisation n’est pas celle de l’écriture ». L’orateur qui écrit son texte ne l’achève que quand il le prononce, « et il le modifie en parlant » |propos cités par Marie Gérard-Geffray, « Malraux orateur : de l’action présente à la quête de l’intemporel ». In : Colloque Les Mondes de Malraux, 15-16 octobre 2010, Institut catholique de Paris, page 6|

Conclusion fermée ? Conclusion ouverte ? Attention aux pièges des conclusions trop « ouvertes » ne débouchant finalement sur pas grand chose ! Si une conclusion ouverte, qui se termine par exemple par une question indirecte ouvrant sur un thème lié ou une nouvelle perspective, est évidemment une bonne chose, vous devez éviter le piège d’ouvrir sur de l’évasif qui ferait perdre à votre présentation son unité organique et structurelle. Restez concis et trouvez un élargissement qui apparaît comme une conséquence nécessaire de votre démonstration.

Astuce : si vous n’avez pas d’idée, arrangez-vous pour ne pas terminer sur une platitude, des banalités, au risque de laisser le jury sur une impression mitigée. Une technique utilisée parfois consiste à reprendre un élément de l’accroche ou du début de la démonstration, en le réinvestissant de telle sorte que vous entraînerez l’adhésion, l’envie de vous suivre dans votre démonstration. Comme le rappelle encore Thierry Destrez (op. cit. page 49) : « Sachez faire une conclusion incitative […], trouvez un raccourci saisissant, une formule « choc » qui synthétise le cœur du message : c’est ainsi que vous frapperez l’intérêt et la mémoire […]. La conclusion est votre temps fort : elle n’est pas la fin, mais le point culminant de votre présentation ».

À moins de bien maîtriser les techniques, évitez d’utiliser pour la conclusion des figures d’insistance trop marquées (gradations, etc.) : surtout lorsque la prestation est brève, elles donnent un effet assez théâtralisé et manquent de naturel. Attention aussi aux conclusions sous forme de citations toutes faites, plaquées artificiellement sur le sujet.

En revanche, si votre citation vous paraît bien choisie, cela peut être une bonne idée. Mon conseil : ne terminez pas sur la citation mais arrangez-vous pour glisser après la citation quelques mots qui vous permettront de valoriser votre point de vue (et non celui de l’auteur). 

Imaginez par exemple que vous vouliez terminer sur cette célèbre citation de Montaigne : « Un honnête homme, c’est un homme mêlé » (Chapitre 9 du troisième livre des Essais).

  • Regardez la première conclusion : « Tout voyage nous amène à connaître l’autre, à nous ouvrir aux différences. Ainsi, comme l’a si bien dit Montaigne, « Un honnête homme, c’est un homme mêlé ».
    Ce qui est maladroit dans cette conclusion, c’est que le candidat ne valorise pas suffisamment sa pensée. De plus, les marques de l’énonciation sont effacées, ce qui fait qu’on en oublie plus ou moins la pensée de l’orateur pour ne retenir que la phrase de Montaigne.
  • Regardez maintenant la seconde conclusion : « Tout voyage nous amène à connaître l’autre, à nous ouvrir aux différences. Ainsi, comme l’a si bien dit Montaigne, « Un honnête homme, c’est un homme mêlé ». Et je crois qu’en effet il faut célébrer la diversité culturelle pour mieux promouvoir les identités, nous mêler à l’extraordinaire richesse du monde pour en célébrer les particularités. Tant il est vrai que diversité n’a jamais voulu dire uniformité. Voilà le sens du voyage et, Mesdames et Messieurs, je vous pose une question : le plus beau voyage n’est-il pas une rencontre ? Rencontre avec autrui, rencontre avec vous-mêmes, rencontre avec soi-même… ».
    Comme vous le voyez à travers cet exemple, le candidat choisit de réinvestir la citation de Montaigne en lui donnant une autre orientation. Cette technique permet au jury de retenir davantage la problématique interculturelle posée par le candidat à partir de la citation de Montaigne.

Certains candidat/es se demandent comment prendre congé… Terminez par quelques mots de remerciement brefs (« Mesdames et Messieurs, merci de m’avoir écouté ») : inutile de faire long !

Bruno Rigolt
© février 2017, Bruno Rigolt/Espace Pédagogique Contributif


Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, cet article est protégé par copyright. Ils est mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le nom de l’auteur ainsi que la référence complète de l’article cité (URL de la page).

Simone Veil le 26 novembre 1974, prononce à l’Assemblée Nationale son magnifique discours sur l’IVG

Concours d'art oratoire 2017 Lycée en Forêt/Rotary. Entraînement n°3 "Faire sensation à l'oral : structurer un parcours argumentatif"

Faire sensation à l’oral : structurer les grandes étapes de votre démonstration

Prérequis : avant d’aborder cet entraînement, il est préférable d’avoir pris connaissance :

Même à l’oral, vous devez veillez à structurer votre démonstration. Il faut que les auditeurs perçoivent clairement l’idée directrice (c’est-à-dire la thèse que vous allez soutenir), les arguments et les exemples utilisés. Voici aujourd’hui, quelques techniques pour vous aider à structurer les grandes étapes de votre démonstration…


« Quelle est la première qualité de l’orateur ? L’action, — La seconde ? L’action. — La troisième ? L’action. »

Démosthène (384 avant J.-C. − 322 avant J.-C.)

T

out d’abord je ne reviens pas sur les techniques d’accroche que nous avons abordées dans l’entraînement précédent : ne négligez surtout pas cette étape ! Au brouillon, demandez-vous d’abord quels sont les objectifs que vous voulez atteindre dans votre exposé, au risque d’avancer à l’aveuglette.

Vous ne devez pas vous contenter de répondre à la question posée, mais aller au-delà : il est donc très important lors de la phase préparatoire de « commencer par la fin » c’est-à-dire d’avoir une idée dès le début du « pourquoi » de votre prestation, c’est-à-dire dans quelle perspective vous allez parler.

Soyez enthousiaste ! Sinon vous n’arriverez pas à convaincre efficacementCertains candidats donnent parfois l’impression de traiter le sujet sous la forme « Je-vais-répondre-à-la-question-qui-m’a-été-posée » ou « parce-qu’on-m’a-demandé-de-traiter-le-sujet ». Mais on ne vous a rien demandé du tout !  Vous êtes venu/e de votre plein gré et c’est vous qui avez choisi le sujet. Rappelez-vous ce jugement de Sénèque (4 avant J. C. − 65 après J. C.), un philosophe et brillant orateur latin : « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles. »

Vous devez donc être convaincu/e que si vous avez choisi ce sujet c’est parce que vous avez quelque chose à dire et qu’il vous faut convaincre à l’aide d’un argumentaire efficace.


La règle d’or : « scénarisez » votre intervention !


P

our réaliser un exposé oral qui « impacte », vous devez être organisé/e. Le moyen le plus simple de faire une présentation bien construite est de mentionner clairement au brouillon chaque point que vous allez aborder au cours de votre exposé, et la façon dont vous allez l’aborder. Structurez votre intervention du début jusqu’à la fin de celle-ci. Votre prestation orale doit être scénarisée, c’est-à-dire qu’elle doit obéir à un scénario.

Le scénario, c’est l’itinéraire suivi dans l’exposé. Donc sur votre brouillon pensez à noter les grandes étapes qui doivent conduire votre démonstration : vous devez avoir devant vous les grandes lignes de votre exposé, accompagnées si possible de repères temporels (minutage par exemple), de mots clés, de notions ou de données importantes. Mettez-les en évidence sur votre feuille afin de les visualiser immédiatement : ainsi, vous éviterez les trous de mémoire qui sont particulièrement pénalisants à l’oral.

Sur une petite fiche synthétique, qui vous servira de fil conducteur, vous devez avoir devant vous les grandes lignes de votre exposé, accompagnées de repères temporels, de mots clés, de notions ou de données importantes…

Un peu comme le montage au cinéma, la question du découpage de l’exposé est en effet essentielle afin de bien mettre en œuvre votre raisonnement. Dans l’exemple ci-dessus, le candidat a scénarisé son exposé de telle sorte que les contenus importants (arguments :; anecdotes, exemples : ; citations :) sont clairement planifiés sur le papier : grâce à cette méthode, vos idées seront plus claires avant de vous lancer. 


Complétez et organisez votre brouillon


S

ur votre brouillon, pensez à utiliser des codes afin de lire le moins possible au moment de l’oral. Par exemple :

  • ⇏ : antithèse
  • ⇓ : transition
  • ⇛ : conclusion
  • ♡ : appel aux émotions en sollicitant la sympathie et l’imaginaire de l’auditoire
  • ♪ : intonation de la voix, expression gestuelle,
  • etc.

Bien entendu, choisissez vos codes « à vous » : l’essentiel est que vous parveniez à anticiper : n’oubliez pas qu’avec le trac souvent ou le manque d’entraînement, on en oublie certains éléments qui paraissaient pourtant très évidents lors de la préparation. Si par exemple, à côté de quelques mots clés, vous notez : « ♡ et ♪ », vous vous rappellerez quand vous serez devant le jury que vous devez toucher, mettre de l’émotion dans la voix, etc.

 Faites appel aux émotions et intégrez-les dans votre scénario !

Comme nous l’avons vu dans l’entraînement précédent, quand vous voulez convaincre, rappelez-vous qu’il est tout aussi efficace de faire appel aux émotions qu’à la logique : la communication dite « non verbale » est donc très importante car elle permet aussi aux auditeurs de s’identifier aux arguments de l’orateur. Par exemple, à la condition de bien les maîtriser, la gestuelle vous permettra de ressentir davantage vos arguments, et ainsi de mieux toucher votre public.

Une bonne argumentation repose en effet sur deux éléments majeurs :

  • le déroulement d’un raisonnement : l’expression d’un message oral suppose un projet argumentatif développé dans le cadre d’une démonstration ;
  • mais aussi la mise en œuvre de techniques de séduction au moyen du langage (expression émotionnelle) et de la gestuelle. Un discours brillant sur le papier peut s’avérer décevant à l’écoute parce que l’orateur aura trop accordé d’importance au fond, au détriment de la forme du message.

Nous avons abordé dans le premier entraînement certaines figures d’amplification comme l’anaphore, la gradation ou l’hyperbole. Si elles se révèlent utiles pour renforcer votre argumentaire, elles sont en outre nécessaires pour mettre en valeur la cohésion du discours. N’oubliez pas qu’à la différence de l’écrit, le jury ne verra pas la structure de votre travail (paragraphes, alinéas, etc.).

Les connecteurs logiques sont évidemment essentiels. De même, les procédés oratoires, les tonalités employées serviront à renforcer votre propos et à mieux mettre en évidence la structure de l’exposé. Ne négligez pas l’usage des exclamations, le rythme, les changements de registres :

  • didactique : quand vous voulez informer ou expliquer ;
  • lyrique ou pathétique : lorsque vous cherchez à toucher votre public ;
  • polémique si vous voulez prendre à témoin l’auditoire.

Les impacts de l’image corporelle sont très importants à l’oral ! Les émotions concourent à l’effet du discours sur votre auditoire : c’est la raison pour laquelle vous devez les planifier dans votre exposé. La pratique réfléchie des intonations, des gestes, des postures du corps est essentielle car elle permet non seulement de relancer l’intérêt de vos auditeurs, mais aussi de renforcer l’argumentaire. Pensez donc à planifier ces moments !


Ne perdez pas de vue le sujet !


J’

ai souvent vu des orateurs qui, à trop vouloir improviser, oubliaient complètement le sujet posé. C’est la raison pour laquelle je vous recommande de ne pas perdre de vue votre objectif. Ayez donc obligatoirement un fil conducteur afin d’organiser l’ordre des messages.

Une fois le plan scénarisé (voir plus haut), prévoyez aussi les moments de votre exposé où vous allez faire les transitions entre parties, et surtout rappeler le sujet posé (ce que vous avez dit et ce que vous allez dire) :  flèches verticales rouges dans l’exemple ci-dessus) : cela évite le risque de sortir du sujet.

Imaginez par exemple le sujet suivant : « Être scandaleux, c’est dire aujourd’hui ce que tout le monde dira dans dix ans ». Que vous inspire ce jugement de Wolinsky ?

Un tel sujet peut amener très vite au dérapage car il éveille de nombreuses problématiques de discussion : la liberté d’expression ; la réflexion sur la notion de scandale (Rimbaud par exemple a été jugé « scandaleux » : pour autant ce serait réduire Rimbaud que d’affirmer qu’il a été juste en avance sur son temps) ; la légitimité ou non du scandaleux ; la définition même du scandale (un scandale au sens étymologique du terme, est un écart à travers lequel le surnaturel émerge dans le quotidien) ; etc. Le risque ici serait de s’embarquer dans de trop nombreuses discussions. D’où l’intérêt de rappeler (flèches rouges ) le sujet posé afin de bien montrer au jury que s’il y a dérapage, c’est un dérapage maîtrisé.

N’oubliez pas enfin que « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ». Si vous n’êtes pas sûr/e de vous, annoncez au fur et à mesure votre démarche argumentative afin que le jury perçoive bien vos objectifs : « J’ai choisi de vous parler de [sujet], pour deux raisons. En premier lieu… Par ailleurs… ». Cela vous évitera les « flottements », les hésitations et vous intéresserez davantage votre auditoire. 


Exemple pratique : intégrer plusieurs techniques oratoires


Partons du sujet suivant : « Faites l’éloge de la justice. »


« Bon appétit, Messieurs, ô ministres intègres » [citation], aurais-je pu dire comme Ruy Blas défiant ironiquement les Grands d’Espagne… Mais point d’ironie dans mon propos. Je recommence donc : Bonjour à vous Mesdames et Messieurs, ô jury intègre ». J’ai une question à vous poser : peut-on faire l’éloge de la justice ? Et d’abord, de quelle justice parle-t-on ici ? Qu’est-ce  qui est juste ? Qu’est-ce qui est légitime ? Ce qui est légal ? Ce qui est moral ? [interrogations à valeur polémique]

La guillotine, ce chef-d’œuvre du progrès humain pour certains est encore au XXIe siècle un idéal pour les nostalgiques de la haine [notez le registre ironique et polémique ainsi que les indices de jugement]… Dois-je vous rappeler ce que vous connaissez déjà et qu’on appelle dans tous les bons dictionnaires des évidences ? [interpellation du jury] Évidence de la peine de mort. Évidence de la justification de la torture. Évidence de la corruption, des pendaisons au nom de… [ici, le risque est que le jury puisse penser que le candidat s’égare, d’où l’intérêt de faire une relance].

Oui, tout cela… au nom de quoi ? « De la barbarie ? » Certes non. « De l’injustice ? » Pas davantage. Tout cela au nom de la justice ! [Notez les termes évaluatifs ainsi que l’exagération pour toucher l’auditoire. De même, le paradoxe, en s’opposant au sens commun (la justice a pour vocation d’être juste), a pour effet d’interpeller l’auditeur]

Cette justice-là Mesdames et Messieurs… Cette justice-là [anaphore], je n’en ferai pas l’éloge car la justice, la vraie justice est celle du cœur [le candidat pose sa thèse] : c’est de cette justice-là que j’ai choisi de vous parler. Il faut aimer pour bien juger, et non juger en prétendant aimer [ici le chiasme, qui croise des termes en opposition ou en parallèle permet de renforcer l’idée]. Faire l’éloge de la justice, c’est donc  faire l’éloge de la vérité du cœur.

[Changement de ton, modification de la situation d’énonciation afin d’éveiller la curiosité de l’auditoire]

Il n’avait que sept ans… Sept ans et demi, Mesdames et Messieurs… C’était le 4 décembre 1851, lors du coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. Sept ans et demi… Il s’appelait Boursier je crois, tué lors d’une fusillade rue Tiquetonne, à Paris, près du faubourg Montmartre… Et Victor Hugo dans un poème célèbre a fait l’éloge de la vérité du cœur ; il a fait l’éloge de la justice. [lien avec le sujet : passage d’un exemple illustratif à l’argumentatif]

Ce « Souvenir de la nuit du Quatre » m’est resté à ce jour en mémoire. Et moi aussi, en ce 28 février, j’ai envie de faire l’éloge de la vraie justice, de cette justice du cœur que j’évoquais à l’instant [Rappel du sujet] Utopie dira-t-on ? Mais ne trouvez-vous pas que le monde serait plus beau à vivre si l’amour avait davantage de place que la mort ? Si les crayons avaient davantage de place que la haine ? [Questions rhétoriques] J’ai envie de dire : « Aime et non pas Haine ». C’est de cette justice-là, Mesdames et Messieurs, que je veux faire l’éloge devant vous [rappel du sujet].

 ZOOM sur les techniques utilisées…

  • Accroche par citation : bien utilisée, la citation lors de l’entrée en matière est tout à fait judicieuse : dans notre cas de figure, elle joue sur l’interpellation (« Bon appétit, Messieurs » ainsi que le jugement de valeur (« ô ministres intègres »). Employé ironiquement chez Hugo pour railler la prétendue probité des Grands d’Espagne, le terme pose d’emblée la question de la justice et surtout de sa définition (la force n’est pas le droit).
  • Interpellation + questions : « J’ai une question à vous poser » : jugée notamment à l’écrit quelque peu familière, l’interpellation, à la condition de ne pas en abuser à l’oral, permet de toucher l’auditoire. Par son aspect assez polémique ici, elle participe à un style fondé sur l’amplification. L’énumération de questions qui vient ensuite permet d’amener le sujet qui sera débattu : faire l’éloge de la justice, certes… Mais « de quelle justice parle-t-on ? »
  • Dans le deuxième paragraphe, l’exemple de la guillotine, allusion directe aux exécutions publiques légitimées par le Droit révolutionnaire au XVIIIe siècle ainsi que la formule ironique (« Ce chef d’œuvre du progrès humain ») joue sur l’évaluation émotionnelle et débouche sur une série d’exemples à valeur argumentative corroborant la thèse réfutée : si la justice n’est pas moralement juste, elle est illégitime.
  • Troisième et quatrième paragraphes : ils mettent en opposition la thèse réfutée et la thèse qui sera soutenue : « la vraie justice est celle du cœur ». (= la vraie justice ne consiste pas à appliquer la loi parce qu’elle est légale mais parce qu’elle est morale et c’est de cette morale du cœur qu’elle doit tirer sa légitimité).
  • Le cinquième paragraphe (« Il n’avait que sept ans et demi…») exploite une technique qui, bien maîtrisée, peut s’avérer tout à fait concluante : la mise en scène de l’événement. Normalement, un énoncé de récit s’insère difficilement dans des textes où domine le système du discours, du fait de la rupture avec la situation d’énonciation qu’il entraîne : ici, en troublant momentanément les repères temporels, de même que par sa force émotionnelle et persuasive, l’anecdote dramatique qui est racontée à l’imparfait opère une sorte de décentrage obligeant les auditeurs à chercher la raison de cette rupture temporelle. Le retour au système du discours par l’emploi anaphorique du passé composé (« Et Victor Hugo dans un poème célèbre a fait l’éloge de la vérité du cœur ; il a fait l’éloge de la justice. ») permet de réaffirmer la thèse soutenue (« la vraie justice est celle du cœur »). Ce rappel est essentiel : dans le cas contraire, on pourrait croire que le candidat s’égare, et qu’il oublie le sujet. À l’inverse, rappeler le sujet en exploitant un témoignage bouleversant ainsi qu’un argument d’autorité (la référence à Hugo fonctionne comme garant de la justesse des propos) permet de justifier les grandes étapes du raisonnement et montrer vers quoi il vous a conduit.
  • Le dernier paragraphe, sur un ton plus didactique et solennel (« Ce ‘Souvenir de la nuit du Quatre’ m’est resté à ce jour en mémoire ») permet de préciser la problématique par une série d’antithèses posées sous forme de questions rhétoriques (« Mais ne trouvez-vous pas que… » amenant les auditeurs à reconnaître la justesse de vos idées. N’hésitez pas à les exploiter : elles permettent de toucher l’auditoire et d’influencer son opinion. Enfin, les sonorités quasi homophones des consonnes « m » et « n » (« J’ai envie de dire : ‘Aime et non pas Haine’ ») participe d’une stratégie de persuasion : les sonorités ont donc ici une teneur argumentative susceptible de mettre l’auditoire dans une disposition émotionnelle favorable à la thèse défendue.

Prochain rendez-vous, dimanche 26 février :
Conclure un exposé oral… Les techniques de chute

Bruno Rigolt
© février 2017, Bruno Rigolt/Espace Pédagogique Contributif


Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, cet article est protégé par copyright. Ils est mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le nom de l’auteur ainsi que la référence complète de l’article cité (URL de la page).

Concours d’art oratoire 2017 Lycée en Forêt/Rotary. Entraînement n°3 « Faire sensation à l’oral : structurer un parcours argumentatif »

Faire sensation à l’oral : structurer les grandes étapes de votre démonstration

Prérequis : avant d’aborder cet entraînement, il est préférable d’avoir pris connaissance :

Même à l’oral, vous devez veillez à structurer votre démonstration. Il faut que les auditeurs perçoivent clairement l’idée directrice (c’est-à-dire la thèse que vous allez soutenir), les arguments et les exemples utilisés. Voici aujourd’hui, quelques techniques pour vous aider à structurer les grandes étapes de votre démonstration…


« Quelle est la première qualité de l’orateur ? L’action, — La seconde ? L’action. — La troisième ? L’action. »

Démosthène (384 avant J.-C. − 322 avant J.-C.)

T

out d’abord je ne reviens pas sur les techniques d’accroche que nous avons abordées dans l’entraînement précédent : ne négligez surtout pas cette étape ! Au brouillon, demandez-vous d’abord quels sont les objectifs que vous voulez atteindre dans votre exposé, au risque d’avancer à l’aveuglette.

Vous ne devez pas vous contenter de répondre à la question posée, mais aller au-delà : il est donc très important lors de la phase préparatoire de « commencer par la fin » c’est-à-dire d’avoir une idée dès le début du « pourquoi » de votre prestation, c’est-à-dire dans quelle perspective vous allez parler.

Soyez enthousiaste ! Sinon vous n’arriverez pas à convaincre efficacementCertains candidats donnent parfois l’impression de traiter le sujet sous la forme « Je-vais-répondre-à-la-question-qui-m’a-été-posée » ou « parce-qu’on-m’a-demandé-de-traiter-le-sujet ». Mais on ne vous a rien demandé du tout !  Vous êtes venu/e de votre plein gré et c’est vous qui avez choisi le sujet. Rappelez-vous ce jugement de Sénèque (4 avant J. C. − 65 après J. C.), un philosophe et brillant orateur latin : « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles. »

Vous devez donc être convaincu/e que si vous avez choisi ce sujet c’est parce que vous avez quelque chose à dire et qu’il vous faut convaincre à l’aide d’un argumentaire efficace.


La règle d’or : « scénarisez » votre intervention !


P

our réaliser un exposé oral qui « impacte », vous devez être organisé/e. Le moyen le plus simple de faire une présentation bien construite est de mentionner clairement au brouillon chaque point que vous allez aborder au cours de votre exposé, et la façon dont vous allez l’aborder. Structurez votre intervention du début jusqu’à la fin de celle-ci. Votre prestation orale doit être scénarisée, c’est-à-dire qu’elle doit obéir à un scénario.

Le scénario, c’est l’itinéraire suivi dans l’exposé. Donc sur votre brouillon pensez à noter les grandes étapes qui doivent conduire votre démonstration : vous devez avoir devant vous les grandes lignes de votre exposé, accompagnées si possible de repères temporels (minutage par exemple), de mots clés, de notions ou de données importantes. Mettez-les en évidence sur votre feuille afin de les visualiser immédiatement : ainsi, vous éviterez les trous de mémoire qui sont particulièrement pénalisants à l’oral.

Sur une petite fiche synthétique, qui vous servira de fil conducteur, vous devez avoir devant vous les grandes lignes de votre exposé, accompagnées de repères temporels, de mots clés, de notions ou de données importantes…

Un peu comme le montage au cinéma, la question du découpage de l’exposé est en effet essentielle afin de bien mettre en œuvre votre raisonnement. Dans l’exemple ci-dessus, le candidat a scénarisé son exposé de telle sorte que les contenus importants (arguments :; anecdotes, exemples : ; citations :) sont clairement planifiés sur le papier : grâce à cette méthode, vos idées seront plus claires avant de vous lancer. 


Complétez et organisez votre brouillon


S

ur votre brouillon, pensez à utiliser des codes afin de lire le moins possible au moment de l’oral. Par exemple :

  • ⇏ : antithèse
  • ⇓ : transition
  • ⇛ : conclusion
  • ♡ : appel aux émotions en sollicitant la sympathie et l’imaginaire de l’auditoire
  • ♪ : intonation de la voix, expression gestuelle,
  • etc.

Bien entendu, choisissez vos codes « à vous » : l’essentiel est que vous parveniez à anticiper : n’oubliez pas qu’avec le trac souvent ou le manque d’entraînement, on en oublie certains éléments qui paraissaient pourtant très évidents lors de la préparation. Si par exemple, à côté de quelques mots clés, vous notez : « ♡ et ♪ », vous vous rappellerez quand vous serez devant le jury que vous devez toucher, mettre de l’émotion dans la voix, etc.

 Faites appel aux émotions et intégrez-les dans votre scénario !

Comme nous l’avons vu dans l’entraînement précédent, quand vous voulez convaincre, rappelez-vous qu’il est tout aussi efficace de faire appel aux émotions qu’à la logique : la communication dite « non verbale » est donc très importante car elle permet aussi aux auditeurs de s’identifier aux arguments de l’orateur. Par exemple, à la condition de bien les maîtriser, la gestuelle vous permettra de ressentir davantage vos arguments, et ainsi de mieux toucher votre public.

Une bonne argumentation repose en effet sur deux éléments majeurs :

  • le déroulement d’un raisonnement : l’expression d’un message oral suppose un projet argumentatif développé dans le cadre d’une démonstration ;
  • mais aussi la mise en œuvre de techniques de séduction au moyen du langage (expression émotionnelle) et de la gestuelle. Un discours brillant sur le papier peut s’avérer décevant à l’écoute parce que l’orateur aura trop accordé d’importance au fond, au détriment de la forme du message.

Nous avons abordé dans le premier entraînement certaines figures d’amplification comme l’anaphore, la gradation ou l’hyperbole. Si elles se révèlent utiles pour renforcer votre argumentaire, elles sont en outre nécessaires pour mettre en valeur la cohésion du discours. N’oubliez pas qu’à la différence de l’écrit, le jury ne verra pas la structure de votre travail (paragraphes, alinéas, etc.).

Les connecteurs logiques sont évidemment essentiels. De même, les procédés oratoires, les tonalités employées serviront à renforcer votre propos et à mieux mettre en évidence la structure de l’exposé. Ne négligez pas l’usage des exclamations, le rythme, les changements de registres :

  • didactique : quand vous voulez informer ou expliquer ;
  • lyrique ou pathétique : lorsque vous cherchez à toucher votre public ;
  • polémique si vous voulez prendre à témoin l’auditoire.

Les impacts de l’image corporelle sont très importants à l’oral ! Les émotions concourent à l’effet du discours sur votre auditoire : c’est la raison pour laquelle vous devez les planifier dans votre exposé. La pratique réfléchie des intonations, des gestes, des postures du corps est essentielle car elle permet non seulement de relancer l’intérêt de vos auditeurs, mais aussi de renforcer l’argumentaire. Pensez donc à planifier ces moments !


Ne perdez pas de vue le sujet !


J’

ai souvent vu des orateurs qui, à trop vouloir improviser, oubliaient complètement le sujet posé. C’est la raison pour laquelle je vous recommande de ne pas perdre de vue votre objectif. Ayez donc obligatoirement un fil conducteur afin d’organiser l’ordre des messages.

Une fois le plan scénarisé (voir plus haut), prévoyez aussi les moments de votre exposé où vous allez faire les transitions entre parties, et surtout rappeler le sujet posé (ce que vous avez dit et ce que vous allez dire) :  flèches verticales rouges dans l’exemple ci-dessus) : cela évite le risque de sortir du sujet.

Imaginez par exemple le sujet suivant : « Être scandaleux, c’est dire aujourd’hui ce que tout le monde dira dans dix ans ». Que vous inspire ce jugement de Wolinsky ?

Un tel sujet peut amener très vite au dérapage car il éveille de nombreuses problématiques de discussion : la liberté d’expression ; la réflexion sur la notion de scandale (Rimbaud par exemple a été jugé « scandaleux » : pour autant ce serait réduire Rimbaud que d’affirmer qu’il a été juste en avance sur son temps) ; la légitimité ou non du scandaleux ; la définition même du scandale (un scandale au sens étymologique du terme, est un écart à travers lequel le surnaturel émerge dans le quotidien) ; etc. Le risque ici serait de s’embarquer dans de trop nombreuses discussions. D’où l’intérêt de rappeler (flèches rouges ) le sujet posé afin de bien montrer au jury que s’il y a dérapage, c’est un dérapage maîtrisé.

N’oubliez pas enfin que « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ». Si vous n’êtes pas sûr/e de vous, annoncez au fur et à mesure votre démarche argumentative afin que le jury perçoive bien vos objectifs : « J’ai choisi de vous parler de [sujet], pour deux raisons. En premier lieu… Par ailleurs… ». Cela vous évitera les « flottements », les hésitations et vous intéresserez davantage votre auditoire. 


Exemple pratique : intégrer plusieurs techniques oratoires


Partons du sujet suivant : « Faites l’éloge de la justice. »


« Bon appétit, Messieurs, ô ministres intègres » [citation], aurais-je pu dire comme Ruy Blas défiant ironiquement les Grands d’Espagne… Mais point d’ironie dans mon propos. Je recommence donc : Bonjour à vous Mesdames et Messieurs, ô jury intègre ». J’ai une question à vous poser : peut-on faire l’éloge de la justice ? Et d’abord, de quelle justice parle-t-on ici ? Qu’est-ce  qui est juste ? Qu’est-ce qui est légitime ? Ce qui est légal ? Ce qui est moral ? [interrogations à valeur polémique]

La guillotine, ce chef-d’œuvre du progrès humain pour certains est encore au XXIe siècle un idéal pour les nostalgiques de la haine [notez le registre ironique et polémique ainsi que les indices de jugement]… Dois-je vous rappeler ce que vous connaissez déjà et qu’on appelle dans tous les bons dictionnaires des évidences ? [interpellation du jury] Évidence de la peine de mort. Évidence de la justification de la torture. Évidence de la corruption, des pendaisons au nom de… [ici, le risque est que le jury puisse penser que le candidat s’égare, d’où l’intérêt de faire une relance].

Oui, tout cela… au nom de quoi ? « De la barbarie ? » Certes non. « De l’injustice ? » Pas davantage. Tout cela au nom de la justice ! [Notez les termes évaluatifs ainsi que l’exagération pour toucher l’auditoire. De même, le paradoxe, en s’opposant au sens commun (la justice a pour vocation d’être juste), a pour effet d’interpeller l’auditeur]

Cette justice-là Mesdames et Messieurs… Cette justice-là [anaphore], je n’en ferai pas l’éloge car la justice, la vraie justice est celle du cœur [le candidat pose sa thèse] : c’est de cette justice-là que j’ai choisi de vous parler. Il faut aimer pour bien juger, et non juger en prétendant aimer [ici le chiasme, qui croise des termes en opposition ou en parallèle permet de renforcer l’idée]. Faire l’éloge de la justice, c’est donc  faire l’éloge de la vérité du cœur.

[Changement de ton, modification de la situation d’énonciation afin d’éveiller la curiosité de l’auditoire]

Il n’avait que sept ans… Sept ans et demi, Mesdames et Messieurs… C’était le 4 décembre 1851, lors du coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. Sept ans et demi… Il s’appelait Boursier je crois, tué lors d’une fusillade rue Tiquetonne, à Paris, près du faubourg Montmartre… Et Victor Hugo dans un poème célèbre a fait l’éloge de la vérité du cœur ; il a fait l’éloge de la justice. [lien avec le sujet : passage d’un exemple illustratif à l’argumentatif]

Ce « Souvenir de la nuit du Quatre » m’est resté à ce jour en mémoire. Et moi aussi, en ce 28 février, j’ai envie de faire l’éloge de la vraie justice, de cette justice du cœur que j’évoquais à l’instant [Rappel du sujet] Utopie dira-t-on ? Mais ne trouvez-vous pas que le monde serait plus beau à vivre si l’amour avait davantage de place que la mort ? Si les crayons avaient davantage de place que la haine ? [Questions rhétoriques] J’ai envie de dire : « Aime et non pas Haine ». C’est de cette justice-là, Mesdames et Messieurs, que je veux faire l’éloge devant vous [rappel du sujet].

 ZOOM sur les techniques utilisées…

  • Accroche par citation : bien utilisée, la citation lors de l’entrée en matière est tout à fait judicieuse : dans notre cas de figure, elle joue sur l’interpellation (« Bon appétit, Messieurs » ainsi que le jugement de valeur (« ô ministres intègres »). Employé ironiquement chez Hugo pour railler la prétendue probité des Grands d’Espagne, le terme pose d’emblée la question de la justice et surtout de sa définition (la force n’est pas le droit).
  • Interpellation + questions : « J’ai une question à vous poser » : jugée notamment à l’écrit quelque peu familière, l’interpellation, à la condition de ne pas en abuser à l’oral, permet de toucher l’auditoire. Par son aspect assez polémique ici, elle participe à un style fondé sur l’amplification. L’énumération de questions qui vient ensuite permet d’amener le sujet qui sera débattu : faire l’éloge de la justice, certes… Mais « de quelle justice parle-t-on ? »
  • Dans le deuxième paragraphe, l’exemple de la guillotine, allusion directe aux exécutions publiques légitimées par le Droit révolutionnaire au XVIIIe siècle ainsi que la formule ironique (« Ce chef d’œuvre du progrès humain ») joue sur l’évaluation émotionnelle et débouche sur une série d’exemples à valeur argumentative corroborant la thèse réfutée : si la justice n’est pas moralement juste, elle est illégitime.
  • Troisième et quatrième paragraphes : ils mettent en opposition la thèse réfutée et la thèse qui sera soutenue : « la vraie justice est celle du cœur ». (= la vraie justice ne consiste pas à appliquer la loi parce qu’elle est légale mais parce qu’elle est morale et c’est de cette morale du cœur qu’elle doit tirer sa légitimité).
  • Le cinquième paragraphe (« Il n’avait que sept ans et demi…») exploite une technique qui, bien maîtrisée, peut s’avérer tout à fait concluante : la mise en scène de l’événement. Normalement, un énoncé de récit s’insère difficilement dans des textes où domine le système du discours, du fait de la rupture avec la situation d’énonciation qu’il entraîne : ici, en troublant momentanément les repères temporels, de même que par sa force émotionnelle et persuasive, l’anecdote dramatique qui est racontée à l’imparfait opère une sorte de décentrage obligeant les auditeurs à chercher la raison de cette rupture temporelle. Le retour au système du discours par l’emploi anaphorique du passé composé (« Et Victor Hugo dans un poème célèbre a fait l’éloge de la vérité du cœur ; il a fait l’éloge de la justice. ») permet de réaffirmer la thèse soutenue (« la vraie justice est celle du cœur »). Ce rappel est essentiel : dans le cas contraire, on pourrait croire que le candidat s’égare, et qu’il oublie le sujet. À l’inverse, rappeler le sujet en exploitant un témoignage bouleversant ainsi qu’un argument d’autorité (la référence à Hugo fonctionne comme garant de la justesse des propos) permet de justifier les grandes étapes du raisonnement et montrer vers quoi il vous a conduit.
  • Le dernier paragraphe, sur un ton plus didactique et solennel (« Ce ‘Souvenir de la nuit du Quatre’ m’est resté à ce jour en mémoire ») permet de préciser la problématique par une série d’antithèses posées sous forme de questions rhétoriques (« Mais ne trouvez-vous pas que… » amenant les auditeurs à reconnaître la justesse de vos idées. N’hésitez pas à les exploiter : elles permettent de toucher l’auditoire et d’influencer son opinion. Enfin, les sonorités quasi homophones des consonnes « m » et « n » (« J’ai envie de dire : ‘Aime et non pas Haine’ ») participe d’une stratégie de persuasion : les sonorités ont donc ici une teneur argumentative susceptible de mettre l’auditoire dans une disposition émotionnelle favorable à la thèse défendue.

Prochain rendez-vous, dimanche 26 février :
Conclure un exposé oral… Les techniques de chute

Bruno Rigolt
© février 2017, Bruno Rigolt/Espace Pédagogique Contributif


Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, cet article est protégé par copyright. Ils est mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le nom de l’auteur ainsi que la référence complète de l’article cité (URL de la page).

Concours d’art oratoire 2017 Lycée en Forêt/Rotary. Entraînement n°2 « Faire sensation : les techniques d’accroche »

Faire sensation à l’oral : les techniques d’accroche

Prérequis : avoir pris connaissance de l’entraînement n°1

Ne négligez pas les premiers instants ! Étant donné la brièveté des prestations orales (moyenne des temps de parole 5 à 7 minutes environ), la première minute est en effet déterminante pour la réussite de votre intervention.

Voici aujourd’hui, quelques techniques pour travailler votre accroche et renforcer l’adhésion du jury à votre discours…


Technique 1 : choisir un angle d’attaque percutant


C

réez une réaction en rentant rapidement dans le vif du sujet. À la différence de l’écrit, évitez d’introduire par une accroche trop longue (type : du général au particulier), moins adaptée pour un oral bref. Au contraire, attaquez d’emblée en posant un point de vue particulier sur le sujet, donc en partant du concret pour aller vers l’abstrait (raisonnement inductif) et non de l’abstrait vers le concret (raisonnement déductif). Ce point de vue doit être suffisamment original pour séduire, interpeller, surprendre votre auditoire.

Imaginez le sujet suivant : « Progrès technique ou tradition ? »

La difficulté ici serait de partir d’un point de vue trop « académique », par exemple : « Nombreux sont les auteurs à s’être interrogés sur les conséquences du progrès technique. S’il présente d’indéniables avantages, ne risque-t-il pas en revanche d’introduire une déconnexion croissante avec les valeurs qui sous-tendent la tradition ? ». Rien de plus ennuyeux que cette entrée en matière !

Ce qui ne convient pas ici, c’est d’une part le point de vue adopté, (plan dialectique stéréotypé sans aucune originalité), et d’autre part l’impossibilité en 5 minutes de traiter correctement le sujet en raison d’une absence de problématique véritable, et d’une approche beaucoup trop vague, obligeant à rester dans les généralités. Pour mieux élaborer votre questionnement, privilégiez un angle d’attaque original :

Mesdames et Messieurs, Pardonnez-moi si j’ai un peu oublié le sujet, car pour tout vous dire, je suis parti très loin pendant ces 30 minutes de préparation, j’étais sur le chemin de l’Espérance, puis j’ai tourné à gauche, juste derrière les ruches, là où il y a le chemin de Sainte-Marie. Ah oui, c’est vrai… J’ai oublié de vous raconter… Pour tout vous dire, chaque été, je retourne à Sospel dans les Alpes maritimes. Si vous y allez un jour, laissez derrière vous la route départementale 2204, ou même la Départementale 2566, laissez les chiffres, les cahots de la route, les kilomètres avalés à toute vitesse… Ne regardez pas trop le tachymètre numérique multifonction, oubliez la clim, le laser, le GPS multidirectionnel, parce que vous savez… sur le chemin de la Condamine… ou même le chemin du Paradour ou le chemin du Sourcier… les multimètres multifonction… Et le GPS multidirectionnel sur les cailloux… De toute façon avec la vieille grange qui coupe le chemin vous n’irez pas très loin ! 

Et puis j’ai oublié de vous parler du vieux moulin et de Mathieu, le potier… Son idéologie à lui, c’est les cigales, c’est la terre, c’est la main qui façonne l’argile, le geste répété depuis des siècles pour fabriquer l’objet artisanal… Ce geste qui apprend à l’homme à posséder la matière, le savoir-faire patrimonial… Pensez donc : une vie à entretenir la tradition que lui avait apprise son père, que lui-même tenait de son père… et… je ne sais pas trop mais disons que ça dure depuis un certain temps… Pardonnez-moi je vous raconte tout ça et je crois que j’ai carrément oublié le sujet…

L’astuce ici est de donner l’impression de se détourner du sujet, alors qu’on le traite à fond ! Bien entendu, sur votre brouillon, vous faites en sorte de ne noter que quelques mots clés qui serviront de base à votre démonstration. En aucun cas, vous ne devez rédiger le texte (à part quelques expressions percutantes qui seront semi-rédigées : « Son idéologie à lui, c’est → cigales → terre → main… argile, geste répété… siècles… objet artisanal »).

  • D 2204
  • D 2566
  • chiffres, cahots de la route, kilomètres avalés à toute vitesse… tachymètre numérique multifonction, climatisation,
  • laser, GPS multidirectionnel
  • Chemin de l’espérance
  • Chemin de Sainte-Marie
  • Sospel, Alpes maritimes, Méditerranée, cailloux, vieille grange,
  • potier, cigales, argile, tradition, patrimoine

Vous allez même voir que l’accroche du général au particulier, qui ne convenait pas du tout précédemment, s’intègre désormais plus facilement du fait de l’angle d’attaque choisi qui permet à l’auditeur de mieux percevoir la problématique. Reprenons la fin de l’extrait en rajoutant l’accroche et en approfondissant un peu la démonstration :

Et puis j’ai oublié de vous parler du vieux moulin et de Mathieu, le potier… Son idéologie à lui, c’est les cigales, c’est la terre, c’est la main qui façonne l’argile, le geste répété depuis des siècles pour fabriquer l’objet artisanal… Ce geste qui apprend à l’homme à posséder la matière, le savoir-faire patrimonial… Alors oui, quand on me parle des avantages du progrès technique, moi j’ai envie de dire : « Certes le progrès est bénéfique, mais n’a-t-il pas introduit une déconnexion croissante avec les valeurs qui sous-tendent la tradition ? » Ces valeurs, ce sont les chemins de Sospel ou d’ailleurs… Car dans le monde, il y a encore plein de mains comme la main de Mathieu, ces mains qui façonnent encore au XXIe siècle des plats en terre et pas des GPS multidirectionnels, des « choses », des « marchandises », des « produits », des « trucs » en plastique et autres gadgets jetables.

Techniques utilisées :

  1. On élabore par quelques mots choisis un scénario imaginaire  en jouant sur les motivations inconscientes des auditeurs : le vieux moulin, Mathieu le potier, etc.
  2. On associe presque sous forme d’oxymore deux termes en totale opposition : idéologie ≠ cigales. La notion d’idéologie dans l’inconscient collectif renvoie en effet à l’idée de système global (voire totalitaire) alors que les cigales évoquent au contraire la nature dans ce qu’elle a de plus poétique, d’infime, d’imperceptible : vos auditeurs peuvent ainsi se projeter très facilement grâce à cette composante imaginaire et affective.
  3. Cela permet d’amener l’idée de tradition et de transmission patrimoniale en centrant sur le petit détail (oublié par la société technicienne) de la main qui façonne l’argile.
  4. On peut alors poser le sujet sous forme plus abstraite à l’aide d’une tournure concessive : « certes… mais… »
  5. Puis on élargit du particulier au général (« les chemins de Sospel ou d’ailleurs. Car dans le monde… ») afin de donner à la réflexion une portée plus universelle.
  6. Pour finir, on reprend un exemple concret sous forme oppositive (la main de Mathieu choses, marchandises, produits, trucs) qui amène la problématique qui sera développée par la suite : la technique a déshumanisé l’homme.


Technique 2 : partir d’une anecdote à fort pouvoir de conviction ou d’émotion.


« R

aconte-moi une histoire » Inspirez-vous de ce que les publicitaires appellent le storytelling, autrement dit le fait de raconter des récits « à fort pouvoir de séduction et de conviction » (Sébastien Durand, Le Storytelling : Réenchantez votre communication !, Paris Dunod 2011). Utilisé pour vanter un produit afin de nouer entre la marque et le consommateur un lien affectif privilégiant la communication émotionnelle, le Storytelling est d’une grande efficacité pour accrocher l’auditoire en s’adressant à ses émotions et à son ressenti : dans de nombreux cas, notamment à l’oral, cela permet d’aborder ensuite plus efficacement l’argumentaire. Dans l’exemple précédent, raconter à vos auditeurs ce qu’ils ont envie d’entendre permet de les faire adhérer très rapidement à votre univers : même si c’est un peu facile et convenu, il paraît évident que s’évader sur un petit chemin des Alpes maritimes à quelques kilomètres de la Méditerranée fera davantage rêver que si l’on évoque les sirènes du progrès technique. Car en fait, on touche les gens au cœur. N’hésitez pas, à la condition de le maîtriser, à user de quelques familiarités, car elles participent de la fonction de contact. Ainsi, dans l’exemple précédent, le mélange de deux registres (didactique-soutenu/anecdotique-familier) permet en effet d’accrocher davantage l’auditoire : 

Et puis j’ai oublié de vous parler du vieux moulin et de Mathieu, le potier… Son idéologie à lui, c’est les [au lieu de : « ce sont les »] cigales, c’est la terre, c’est la main qui façonne l’argile, le geste répété depuis des siècles pour fabriquer l’objet artisanalCe geste qui apprend à l’homme à posséder la matière, le savoir-faire patrimonial… Alors oui, quand on me parle des avantages du progrès technique, moi j’ai envie de dire : « Certes le progrès est bénéfique, mais n’a-t-il pas introduit une déconnexion croissante avec les valeurs qui sous-tendent la tradition ? »


Technique 3 : adoptez un angle d’attaque original, voire décalé


C

eci afin de permettre une mise en perspective inattendue avec le sujet. Le but est certes que vous répondiez au sujet, mais plus encore de vous arranger de telle manière que le sujet réponde à votre point de vue.

Imaginez par exemple le sujet suivant : « Faites votre éloge ».

Sujet difficile car il risque bien souvent d’amener le candidat à faire une sorte d’énumération de qualités, rapidement lassante. De plus, l’entrée en matière d’un tel sujet n’est pas évidente. Il y a intérêt ici à jouer sur l’interpellation du jury afin de le surprendre. Par exemple, jouer sur le détournement humoristique :

Mesdames et Messieurs, je voudrais vous poser une question : « Quand tout va mal, y a-t-il un avantage d’être optimiste ? » Parce que je vais vous parler de quelqu’un qui un jour a eu la bonne idée de faire son éloge devant un très éminent jury, c’était un certain… 28 février 2017. Je m’en souviens comme si c’était aujourd’hui : imaginez un garçon brillant, plein d’humour, avec de bons résultats scolaires… Un garçon enthousiaste à l’idée de participer à un concours d’art oratoire, alors que dans le même temps il avait cours de Maths… Ah oui un peu comme moi c’est vrai maintenant que vous me le dites… Je n’avais pas fait le rapprochement voyez-vous. Mais ne parlons pas de moi ! C’est bien Rimbaud qui disait « Je est un autre », non ?

Comme vous le voyez, le candidat joue ici à fond sur 4 éléments :

  • la stratégie de diversion : partir d’un autre sujet (« Quand tout va mal, y a-t-il un avantage d’être optimiste ? ») pour mieux éveiller la curiosité de l’auditoire.
  • l’humour, qui favorise la distance autocritique ;
  • l’interpellation du jury par le moyen de la prosopopée : figure de personnification consistant à faire parler une personne vivante ou morte présente ou absente, un être inanimé, en exprimant ce qu’elle serait supposée dire en des circonstances précises : « Ah oui un peu comme moi, c’est vrai maintenant que vous me le dites ».
  • Enfin, la citation très célèbre de Rimbaud (tirée de la « Lettre du voyant ») termine l’accroche par une judicieuse référence littéraire qui amène à questionner le sujet à partir d’un point de vue particulier qui joue sur le dédoublement d’énonciation.

Imaginons un autre sujet : « Faut-il avoir peur de la science ? »

Comme vous allez le voir, le candidat avance une thèse opposée au sens commun et amène à considérer le sujet selon un autre point de vue. N’hésitez pas à montrer votre personnalité !

« Faut-il avoir peur de la science ? » La question relative aux dangers de la science ne serait-elle donc qu’une question rhétorique ? Car pour le sens commun, la science est responsable de tout. Qui n’a pas en mémoire L’Étrange Cas du Dr. Jekyll et de Mr. Hyde de stevenson ? Qui n’a pas eu peur en songeant à la créature échappant à son inventeur : Frankenstein ? Ne nous dit-on pas tous les jours que « Big Brother  » contrôle en maître absolu nos communications électroniques ?

Oui… Les procès à l’encontre de la science ne manquent pas… Et pourtant, Mesdames et Messieurs, si vous me le permettez, j’aimerais reformuler le sujet : non pas « Faut-il avoir peur de la vérité scientifique ? », mais « Faut-il avoir peur de la vérité morale ? ». Non pas « Faut-il avoir peur du progrès ? », mais « Faut-il avoir peur de ne pas maîtriser le progrès ? ». Non pas « Faut-il avoir peur de la science ? », mais « Faut-il avoir peur de l’homme ? »

Techniques utilisées : 

Premier paragraphe :

  • partir d’une idée portée par le sens commun (« la science fait peur ») ;
  • Étayer rapidement la thèse réfutée sous une forme concessive à l’aide de quelques exemples célèbres qui sont presque des « évidences » (Mr. Hyde, Frankenstein, Big Brother…).

Deuxième paragraphe :

  • Réfuter le sens commun sous forme de structure oppositive (anaphore ternaire : « non pas… mais… »)
  • Privilégier une gradation partant du sens commun (la science fait peur) pour aller vers le sens philosophique (ce n’est pas la science mais l’homme qui fait peur). Ici, la gradation, la structure antithétique identique et le rythme ternaire permettent d’agir sur votre auditoire : n’oubliez pas que la notion d’argumentation suppose en effet l’action d’un énonciateur sur un auditoire, qui vise à modifier ses convictions et à gagner son adhésion.

Technique 4 : les questions rhétoriques et la fonction de contact


Les questions rhétoriques permettent une bonne entrée en matière. Jouez également sur la fonction de contact :

L

a fonction de contact ou “communication phatique” pour parler comme les linguistes joue un rôle essentiel dans le lien social. Elle n’a pas en soi de contenu informationnel : elle sert à maintenir la communication. Si je dis par exemple « hum hum » ou encore « hein ? », « alors », je ne communique pas réellement d’information. En revanche je maintiens avec mon auditoire un lien afin de renforcer mes propos. Certaines expressions comme « N’est-ce pas ? » font partie de ce qu’on appelle les « marqueurs communicationnels » : il ne s’agit certes pas d’en abuser mais leur emploi peut s’avérer très utile, notamment dans l’entrée en matière de votre oral, afin de mieux capter l’attention de vos auditeurs. N’oubliez pas non plus d’exploiter les questions rhétoriques (ou oratoires)

Prenons par exemple le sujet suivant : « dans nos sociétés de l’hyper-communication, a-t-on encore du temps pour la parole ? »

Imaginez cette entrée en matière (avec votre téléphone en main) :

– Allooooo, allo allo, oui… Non… Ah oui… on peut dire ça comme ça… Oui mais… Mais non pas du tout… Mais non, tu ne me déranges pas… Mais là tu vois je suis au Lycée… et JE N’AI VRAIMENT PAS LE TEMPS, je…

– (vous vous adressez au jury) : Mesdames et Messieurs, excusez-moi, je suis à vous tout de suite, je suis en pleine communica…
– (avec votre pseudo-interlocuteur au téléphone) : mais évidemment… mmm mmm… (de plus en plus haut et fort) Mais c’est naturel, c’est tout naturel… Mais j’aurais fait la même chose… Mais oui… Quoique… Vu comme ça… Ah oui sous cet angle ça change tout… Mais là je ne peux vraiment pas… On se rappelle, c’est ça… Oui…  Mais évidemment… É-VI-DEM-MENT. C’est ça… À très vite… 
– (vous adressant au jury) : Oh ! Excusez-moi… Vous devez vous demander ce que je faisais… Oh pardon de nouveau, mais j’ai un SMS très important, je dois y répondre (vous tapotez sur quelques touches) Maintenant je me dis que… si ça se trouve… vous n’auriez pas répondu vous… Ah si ? Ah cool ! Vous me rassurez ! (vous tapotez encore quelques secondes sur les touches du téléphone).

– (Au jury) N’est-ce pas cool quand même ? On n’est pas bien là ? Quel plaisir d’hypercommuniquer quand même… Voilà un avantage qu’on n’avait pas avant… Avant les gens communiquaient simplement, banalement, ordinairement, lentement. Il fallait un temps inouï pour échanger de vive voix tandis que maintenant tout va hypervite.  La preuve : vous voyez le temps qu’on perd à se parler avec la parole. Je n’ai toujours pas pu évoquer le sujet important pour lequel je suis ici alors que j’ai déjà répondu à 2 SMS.  Maintenant, depuis le Web 2.0 tout va très vite, on hypercommunique, on échange sur des tas de trucs, ça permet de rester en contact ! Mais j’en viens à vous parler de ce qui nous occupe :  « Dans nos sociétés de l’hypercommunication… »

Comme vous le remarquez, le candidat n’a pas beaucoup d’arguments à développer. L’astuce consiste donc à faire un numéro d’acteur en renforçant le pathos, c’est-à-dire les émotions et en martelant le message-clé à l’aide de l’ironie et du décalage. Ce qui serait jugé beaucoup trop lourd à l’écrit devient au contraire un gage d’efficacité à l’oral.

Vous pouvez exploiter également les questions oratoires (ou rhétoriques) : bien posées, elles sont utiles pour faire adhérer les auditeurs à votre propos. Hâtez-vous d’y répondre vous-même afin de donner plus de rythme à votre prestation.

Un dernier mot sur ce qu’on appelle la prétérition, du latin praeteritio (« action de passer sous silence ») : il s’agit d’une figure de style consistant à parler de quelque chose après avoir annoncé qu’on n’allait pas en parler. On peut feindre l’hésitation, la réticence : « Je ne vous dirai pas que » : couplée à l’anaphore et à la prosopopée (voyez plus haut), la prétérition est un gage d’efficacité.

Imaginez par exemple le sujet suivant : « Faîtes-vous des rêves ? »

Prétérition + anaphores + prosopopée + questions rhétoriques + gradation

Mesdames et Messieurs,

Ne me demandez surtout pas si je fais des rêves parce que je n’en fais pas du tout. Ne me demandez pas non plus de vous les raconter. Ne me demandez pas si j’aimerais en faire car pour tout vous dire, je n’en ai pas la moindre idée. Vous vous dites certainement : mais pourquoi diable quelqu’un qui ne fait pas de rêves a-t-il choisi pareil sujet ? Il y avait trois autres sujets pourtant tous passionnants [arrangez-vous pour en avoir mémorisé un ou deux].

Oh ! Je sais… Vous allez me dire que si j’ai choisi ce sujet, c’est que je rêvais de dire quelque chose de bien, quelque chose de beau, quelque chose de grand, avec des anaphores et de belles gradations ternaires. Alors là oui, vous vous rapprochez des moyens, mais il faut que je vous parle du but : pour tout vous dire, je ne fais pas de rêves parce que, comme un certain Martin Luther-King le 4 avril 1968  j’ai UN rêve, un rêve bien à moi : je fais le rêve de réinventer l’humain, rien que cela.

Nous connaissons tous ces mots restés célèbres : « Je rêve qu’un jour sur les collines rousses de Géorgie les fils d’anciens esclaves et ceux d’anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité… » Nous connaissons tous ce texte parce que vous et moi, nous faisons chaque nuit, chaque jour, chaque heure, chaque minute, chaque instant le même rêve de nous asseoir « tous ensemble à la table de la fraternité »…

Mais ce qui était un rêve sous les Trente Glorieuses n’est-il pas devenu un cauchemar aujourd’hui ? Quel supplice me direz-vous de faire chaque fois le même rêve et de voir ce rêve à chaque fois non réalisé. N’est-ce pas absurde ? Moi aussi je rêvais d’un monde de fraternité, mais mon rêve est une fenêtre ouverte sur les délits de faciès et les discriminations. Moi aussi, j’ai rêvé d’un monde de parole mais mon rêve est une fenêtre ouverte sur le silence des hommes et le cri des enfants.

Alors oui je fais un rêve… Mais il est temps que ce rêve devienne réalité, parce que sinon ce rêve est un cauchemar, et parce qu’un rêve n’a de sens que s’il dépasse les méandres du sommeil, le simulacre du songe. Devant vous, Mesdames et Messieurs, je fais le rêve de la réalité, parce qu’il est temps, comme aurait dit Albert Camus, d’« imaginer Sisyphe heureux »…


Technique 5 : Souriez, parlez avec assurance et conviction, d’une voix bien placée…


P

ensez à augmenter ou au contraire à ralentir votre débit de parole. N’oubliez pas d’accompagner vos arguments par des gestes d’ouverture, qui vont jouer le rôle de métaphore visuelle en traduisant physiquement vos idées, votre personnalité, votre charisme. Comme il a été très bien dit, « l’expression orale, pour être percutante, doit mobiliser toute votre personne, c’est-à-dire pas seulement votre intellect, mais aussi votre regard, votre voix, votre intériorité, votre gestuelle, votre attitude physique » |source|. Pensez par exemple à décoller les coudes du corps afin de renforcer l’amplitude des gestes. Ne restez pas figé/e : soyez bien campé/e « dans vos baskets » (surtout ne vous dandinez pas pour vous donner une convenance !). Donnez-vous de la force de conviction : n’oubliez pas que la gestuelle participe de l’effet produit sur l’auditoire !

Lien utile : regardez cette page du Journal du Net : destinée à renforcer l’efficacité personnelle des managers à l’oral, elle comporte de nombreuses aides précieuses !


Pour finir… Quelques sujets dans l’esprit du concours afin de vous entraîner :

  • « On peut tromper tout le monde, mais on ne peut tromper la vérité. » Que vous inspire ce jugement de Maxime Gorki ?
  • Pour voyager, faut-il partir loin ?
  • Y a-t-il des leçons de l’Histoire ?
  • Faites l’éloge de la lenteur.
  • Le plus beau métier du monde…

Prochain rendez-vous, jeudi 23 février :
« Structurer un discours argumentatif »

Bruno Rigolt
© janvier 2017, Bruno Rigolt/Espace Pédagogique Contributif


Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, cet article est protégé par copyright. Ils est mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le nom de l’auteur ainsi que la référence complète de l’article cité (URL de la page).

Concours d'art oratoire 2017 Lycée en Forêt/Rotary. Entraînement n°2 "Faire sensation : les techniques d'accroche"

Faire sensation à l’oral : les techniques d’accroche

Prérequis : avoir pris connaissance de l’entraînement n°1

Ne négligez pas les premiers instants ! Étant donné la brièveté des prestations orales (moyenne des temps de parole 5 à 7 minutes environ), la première minute est en effet déterminante pour la réussite de votre intervention.

Voici aujourd’hui, quelques techniques pour travailler votre accroche et renforcer l’adhésion du jury à votre discours…


Technique 1 : choisir un angle d’attaque percutant


C

réez une réaction en rentant rapidement dans le vif du sujet. À la différence de l’écrit, évitez d’introduire par une accroche trop longue (type : du général au particulier), moins adaptée pour un oral bref. Au contraire, attaquez d’emblée en posant un point de vue particulier sur le sujet, donc en partant du concret pour aller vers l’abstrait (raisonnement inductif) et non de l’abstrait vers le concret (raisonnement déductif). Ce point de vue doit être suffisamment original pour séduire, interpeller, surprendre votre auditoire.

Imaginez le sujet suivant : « Progrès technique ou tradition ? »

La difficulté ici serait de partir d’un point de vue trop « académique », par exemple : « Nombreux sont les auteurs à s’être interrogés sur les conséquences du progrès technique. S’il présente d’indéniables avantages, ne risque-t-il pas en revanche d’introduire une déconnexion croissante avec les valeurs qui sous-tendent la tradition ? ». Rien de plus ennuyeux que cette entrée en matière !

Ce qui ne convient pas ici, c’est d’une part le point de vue adopté, (plan dialectique stéréotypé sans aucune originalité), et d’autre part l’impossibilité en 5 minutes de traiter correctement le sujet en raison d’une absence de problématique véritable, et d’une approche beaucoup trop vague, obligeant à rester dans les généralités. Pour mieux élaborer votre questionnement, privilégiez un angle d’attaque original :

Mesdames et Messieurs, Pardonnez-moi si j’ai un peu oublié le sujet, car pour tout vous dire, je suis parti très loin pendant ces 30 minutes de préparation, j’étais sur le chemin de l’Espérance, puis j’ai tourné à gauche, juste derrière les ruches, là où il y a le chemin de Sainte-Marie. Ah oui, c’est vrai… J’ai oublié de vous raconter… Pour tout vous dire, chaque été, je retourne à Sospel dans les Alpes maritimes. Si vous y allez un jour, laissez derrière vous la route départementale 2204, ou même la Départementale 2566, laissez les chiffres, les cahots de la route, les kilomètres avalés à toute vitesse… Ne regardez pas trop le tachymètre numérique multifonction, oubliez la clim, le laser, le GPS multidirectionnel, parce que vous savez… sur le chemin de la Condamine… ou même le chemin du Paradour ou le chemin du Sourcier… les multimètres multifonction… Et le GPS multidirectionnel sur les cailloux… De toute façon avec la vieille grange qui coupe le chemin vous n’irez pas très loin ! 

Et puis j’ai oublié de vous parler du vieux moulin et de Mathieu, le potier… Son idéologie à lui, c’est les cigales, c’est la terre, c’est la main qui façonne l’argile, le geste répété depuis des siècles pour fabriquer l’objet artisanal… Ce geste qui apprend à l’homme à posséder la matière, le savoir-faire patrimonial… Pensez donc : une vie à entretenir la tradition que lui avait apprise son père, que lui-même tenait de son père… et… je ne sais pas trop mais disons que ça dure depuis un certain temps… Pardonnez-moi je vous raconte tout ça et je crois que j’ai carrément oublié le sujet…

L’astuce ici est de donner l’impression de se détourner du sujet, alors qu’on le traite à fond ! Bien entendu, sur votre brouillon, vous faites en sorte de ne noter que quelques mots clés qui serviront de base à votre démonstration. En aucun cas, vous ne devez rédiger le texte (à part quelques expressions percutantes qui seront semi-rédigées : « Son idéologie à lui, c’est → cigales → terre → main… argile, geste répété… siècles… objet artisanal »).

  • D 2204
  • D 2566
  • chiffres, cahots de la route, kilomètres avalés à toute vitesse… tachymètre numérique multifonction, climatisation,
  • laser, GPS multidirectionnel
  • Chemin de l’espérance
  • Chemin de Sainte-Marie
  • Sospel, Alpes maritimes, Méditerranée, cailloux, vieille grange,
  • potier, cigales, argile, tradition, patrimoine

Vous allez même voir que l’accroche du général au particulier, qui ne convenait pas du tout précédemment, s’intègre désormais plus facilement du fait de l’angle d’attaque choisi qui permet à l’auditeur de mieux percevoir la problématique. Reprenons la fin de l’extrait en rajoutant l’accroche et en approfondissant un peu la démonstration :

Et puis j’ai oublié de vous parler du vieux moulin et de Mathieu, le potier… Son idéologie à lui, c’est les cigales, c’est la terre, c’est la main qui façonne l’argile, le geste répété depuis des siècles pour fabriquer l’objet artisanal… Ce geste qui apprend à l’homme à posséder la matière, le savoir-faire patrimonial… Alors oui, quand on me parle des avantages du progrès technique, moi j’ai envie de dire : « Certes le progrès est bénéfique, mais n’a-t-il pas introduit une déconnexion croissante avec les valeurs qui sous-tendent la tradition ? » Ces valeurs, ce sont les chemins de Sospel ou d’ailleurs… Car dans le monde, il y a encore plein de mains comme la main de Mathieu, ces mains qui façonnent encore au XXIe siècle des plats en terre et pas des GPS multidirectionnels, des « choses », des « marchandises », des « produits », des « trucs » en plastique et autres gadgets jetables.

Techniques utilisées :

  1. On élabore par quelques mots choisis un scénario imaginaire  en jouant sur les motivations inconscientes des auditeurs : le vieux moulin, Mathieu le potier, etc.
  2. On associe presque sous forme d’oxymore deux termes en totale opposition : idéologie ≠ cigales. La notion d’idéologie dans l’inconscient collectif renvoie en effet à l’idée de système global (voire totalitaire) alors que les cigales évoquent au contraire la nature dans ce qu’elle a de plus poétique, d’infime, d’imperceptible : vos auditeurs peuvent ainsi se projeter très facilement grâce à cette composante imaginaire et affective.
  3. Cela permet d’amener l’idée de tradition et de transmission patrimoniale en centrant sur le petit détail (oublié par la société technicienne) de la main qui façonne l’argile.
  4. On peut alors poser le sujet sous forme plus abstraite à l’aide d’une tournure concessive : « certes… mais… »
  5. Puis on élargit du particulier au général (« les chemins de Sospel ou d’ailleurs. Car dans le monde… ») afin de donner à la réflexion une portée plus universelle.
  6. Pour finir, on reprend un exemple concret sous forme oppositive (la main de Mathieu choses, marchandises, produits, trucs) qui amène la problématique qui sera développée par la suite : la technique a déshumanisé l’homme.


Technique 2 : partir d’une anecdote à fort pouvoir de conviction ou d’émotion.


« R

aconte-moi une histoire » Inspirez-vous de ce que les publicitaires appellent le storytelling, autrement dit le fait de raconter des récits « à fort pouvoir de séduction et de conviction » (Sébastien Durand, Le Storytelling : Réenchantez votre communication !, Paris Dunod 2011). Utilisé pour vanter un produit afin de nouer entre la marque et le consommateur un lien affectif privilégiant la communication émotionnelle, le Storytelling est d’une grande efficacité pour accrocher l’auditoire en s’adressant à ses émotions et à son ressenti : dans de nombreux cas, notamment à l’oral, cela permet d’aborder ensuite plus efficacement l’argumentaire. Dans l’exemple précédent, raconter à vos auditeurs ce qu’ils ont envie d’entendre permet de les faire adhérer très rapidement à votre univers : même si c’est un peu facile et convenu, il paraît évident que s’évader sur un petit chemin des Alpes maritimes à quelques kilomètres de la Méditerranée fera davantage rêver que si l’on évoque les sirènes du progrès technique. Car en fait, on touche les gens au cœur. N’hésitez pas, à la condition de le maîtriser, à user de quelques familiarités, car elles participent de la fonction de contact. Ainsi, dans l’exemple précédent, le mélange de deux registres (didactique-soutenu/anecdotique-familier) permet en effet d’accrocher davantage l’auditoire : 

Et puis j’ai oublié de vous parler du vieux moulin et de Mathieu, le potier… Son idéologie à lui, c’est les [au lieu de : « ce sont les »] cigales, c’est la terre, c’est la main qui façonne l’argile, le geste répété depuis des siècles pour fabriquer l’objet artisanalCe geste qui apprend à l’homme à posséder la matière, le savoir-faire patrimonial… Alors oui, quand on me parle des avantages du progrès technique, moi j’ai envie de dire : « Certes le progrès est bénéfique, mais n’a-t-il pas introduit une déconnexion croissante avec les valeurs qui sous-tendent la tradition ? »


Technique 3 : adoptez un angle d’attaque original, voire décalé


C

eci afin de permettre une mise en perspective inattendue avec le sujet. Le but est certes que vous répondiez au sujet, mais plus encore de vous arranger de telle manière que le sujet réponde à votre point de vue.

Imaginez par exemple le sujet suivant : « Faites votre éloge ».

Sujet difficile car il risque bien souvent d’amener le candidat à faire une sorte d’énumération de qualités, rapidement lassante. De plus, l’entrée en matière d’un tel sujet n’est pas évidente. Il y a intérêt ici à jouer sur l’interpellation du jury afin de le surprendre. Par exemple, jouer sur le détournement humoristique :

Mesdames et Messieurs, je voudrais vous poser une question : « Quand tout va mal, y a-t-il un avantage d’être optimiste ? » Parce que je vais vous parler de quelqu’un qui un jour a eu la bonne idée de faire son éloge devant un très éminent jury, c’était un certain… 28 février 2017. Je m’en souviens comme si c’était aujourd’hui : imaginez un garçon brillant, plein d’humour, avec de bons résultats scolaires… Un garçon enthousiaste à l’idée de participer à un concours d’art oratoire, alors que dans le même temps il avait cours de Maths… Ah oui un peu comme moi c’est vrai maintenant que vous me le dites… Je n’avais pas fait le rapprochement voyez-vous. Mais ne parlons pas de moi ! C’est bien Rimbaud qui disait « Je est un autre », non ?

Comme vous le voyez, le candidat joue ici à fond sur 4 éléments :

  • la stratégie de diversion : partir d’un autre sujet (« Quand tout va mal, y a-t-il un avantage d’être optimiste ? ») pour mieux éveiller la curiosité de l’auditoire.
  • l’humour, qui favorise la distance autocritique ;
  • l’interpellation du jury par le moyen de la prosopopée : figure de personnification consistant à faire parler une personne vivante ou morte présente ou absente, un être inanimé, en exprimant ce qu’elle serait supposée dire en des circonstances précises : « Ah oui un peu comme moi, c’est vrai maintenant que vous me le dites ».
  • Enfin, la citation très célèbre de Rimbaud (tirée de la « Lettre du voyant ») termine l’accroche par une judicieuse référence littéraire qui amène à questionner le sujet à partir d’un point de vue particulier qui joue sur le dédoublement d’énonciation.

Imaginons un autre sujet : « Faut-il avoir peur de la science ? »

Comme vous allez le voir, le candidat avance une thèse opposée au sens commun et amène à considérer le sujet selon un autre point de vue. N’hésitez pas à montrer votre personnalité !

« Faut-il avoir peur de la science ? » La question relative aux dangers de la science ne serait-elle donc qu’une question rhétorique ? Car pour le sens commun, la science est responsable de tout. Qui n’a pas en mémoire L’Étrange Cas du Dr. Jekyll et de Mr. Hyde de stevenson ? Qui n’a pas eu peur en songeant à la créature échappant à son inventeur : Frankenstein ? Ne nous dit-on pas tous les jours que « Big Brother  » contrôle en maître absolu nos communications électroniques ?

Oui… Les procès à l’encontre de la science ne manquent pas… Et pourtant, Mesdames et Messieurs, si vous me le permettez, j’aimerais reformuler le sujet : non pas « Faut-il avoir peur de la vérité scientifique ? », mais « Faut-il avoir peur de la vérité morale ? ». Non pas « Faut-il avoir peur du progrès ? », mais « Faut-il avoir peur de ne pas maîtriser le progrès ? ». Non pas « Faut-il avoir peur de la science ? », mais « Faut-il avoir peur de l’homme ? »

Techniques utilisées : 

Premier paragraphe :

  • partir d’une idée portée par le sens commun (« la science fait peur ») ;
  • Étayer rapidement la thèse réfutée sous une forme concessive à l’aide de quelques exemples célèbres qui sont presque des « évidences » (Mr. Hyde, Frankenstein, Big Brother…).

Deuxième paragraphe :

  • Réfuter le sens commun sous forme de structure oppositive (anaphore ternaire : « non pas… mais… »)
  • Privilégier une gradation partant du sens commun (la science fait peur) pour aller vers le sens philosophique (ce n’est pas la science mais l’homme qui fait peur). Ici, la gradation, la structure antithétique identique et le rythme ternaire permettent d’agir sur votre auditoire : n’oubliez pas que la notion d’argumentation suppose en effet l’action d’un énonciateur sur un auditoire, qui vise à modifier ses convictions et à gagner son adhésion.

Technique 4 : les questions rhétoriques et la fonction de contact


Les questions rhétoriques permettent une bonne entrée en matière. Jouez également sur la fonction de contact :

L

a fonction de contact ou “communication phatique” pour parler comme les linguistes joue un rôle essentiel dans le lien social. Elle n’a pas en soi de contenu informationnel : elle sert à maintenir la communication. Si je dis par exemple « hum hum » ou encore « hein ? », « alors », je ne communique pas réellement d’information. En revanche je maintiens avec mon auditoire un lien afin de renforcer mes propos. Certaines expressions comme « N’est-ce pas ? » font partie de ce qu’on appelle les « marqueurs communicationnels » : il ne s’agit certes pas d’en abuser mais leur emploi peut s’avérer très utile, notamment dans l’entrée en matière de votre oral, afin de mieux capter l’attention de vos auditeurs. N’oubliez pas non plus d’exploiter les questions rhétoriques (ou oratoires)

Prenons par exemple le sujet suivant : « dans nos sociétés de l’hyper-communication, a-t-on encore du temps pour la parole ? »
Imaginez cette entrée en matière (avec votre téléphone en main) :

– Allooooo, allo allo, oui… Non… Ah oui… on peut dire ça comme ça… Oui mais… Mais non pas du tout… Mais non, tu ne me déranges pas… Mais là tu vois je suis au Lycée… et JE N’AI VRAIMENT PAS LE TEMPS, je…

– (vous vous adressez au jury) : Mesdames et Messieurs, excusez-moi, je suis à vous tout de suite, je suis en pleine communica…
– (avec votre pseudo-interlocuteur au téléphone) : mais évidemment… mmm mmm… (de plus en plus haut et fort) Mais c’est naturel, c’est tout naturel… Mais j’aurais fait la même chose… Mais oui… Quoique… Vu comme ça… Ah oui sous cet angle ça change tout… Mais là je ne peux vraiment pas… On se rappelle, c’est ça… Oui…  Mais évidemment… É-VI-DEM-MENT. C’est ça… À très vite… 
– (vous adressant au jury) : Oh ! Excusez-moi… Vous devez vous demander ce que je faisais… Oh pardon de nouveau, mais j’ai un SMS très important, je dois y répondre (vous tapotez sur quelques touches) Maintenant je me dis que… si ça se trouve… vous n’auriez pas répondu vous… Ah si ? Ah cool ! Vous me rassurez ! (vous tapotez encore quelques secondes sur les touches du téléphone).

– (Au jury) N’est-ce pas cool quand même ? On n’est pas bien là ? Quel plaisir d’hypercommuniquer quand même… Voilà un avantage qu’on n’avait pas avant… Avant les gens communiquaient simplement, banalement, ordinairement, lentement. Il fallait un temps inouï pour échanger de vive voix tandis que maintenant tout va hypervite.  La preuve : vous voyez le temps qu’on perd à se parler avec la parole. Je n’ai toujours pas pu évoquer le sujet important pour lequel je suis ici alors que j’ai déjà répondu à 2 SMS.  Maintenant, depuis le Web 2.0 tout va très vite, on hypercommunique, on échange sur des tas de trucs, ça permet de rester en contact ! Mais j’en viens à vous parler de ce qui nous occupe :  « Dans nos sociétés de l’hypercommunication… »

Comme vous le remarquez, le candidat n’a pas beaucoup d’arguments à développer. L’astuce consiste donc à faire un numéro d’acteur en renforçant le pathos, c’est-à-dire les émotions et en martelant le message-clé à l’aide de l’ironie et du décalage. Ce qui serait jugé beaucoup trop lourd à l’écrit devient au contraire un gage d’efficacité à l’oral.

Vous pouvez exploiter également les questions oratoires (ou rhétoriques) : bien posées, elles sont utiles pour faire adhérer les auditeurs à votre propos. Hâtez-vous d’y répondre vous-même afin de donner plus de rythme à votre prestation.

Un dernier mot sur ce qu’on appelle la prétérition, du latin praeteritio (« action de passer sous silence ») : il s’agit d’une figure de style consistant à parler de quelque chose après avoir annoncé qu’on n’allait pas en parler. On peut feindre l’hésitation, la réticence : « Je ne vous dirai pas que » : couplée à l’anaphore et à la prosopopée (voyez plus haut), la prétérition est un gage d’efficacité.

Imaginez par exemple le sujet suivant : « Faîtes-vous des rêves ? »

Prétérition + anaphores + prosopopée + questions rhétoriques + gradation

Mesdames et Messieurs,

Ne me demandez surtout pas si je fais des rêves parce que je n’en fais pas du tout. Ne me demandez pas non plus de vous les raconter. Ne me demandez pas si j’aimerais en faire car pour tout vous dire, je n’en ai pas la moindre idée. Vous vous dites certainement : mais pourquoi diable quelqu’un qui ne fait pas de rêves a-t-il choisi pareil sujet ? Il y avait trois autres sujets pourtant tous passionnants [arrangez-vous pour en avoir mémorisé un ou deux].

Oh ! Je sais… Vous allez me dire que si j’ai choisi ce sujet, c’est que je rêvais de dire quelque chose de bien, quelque chose de beau, quelque chose de grand, avec des anaphores et de belles gradations ternaires. Alors là oui, vous vous rapprochez des moyens, mais il faut que je vous parle du but : pour tout vous dire, je ne fais pas de rêves parce que, comme un certain Martin Luther-King le 4 avril 1968  j’ai UN rêve, un rêve bien à moi : je fais le rêve de réinventer l’humain, rien que cela.

Nous connaissons tous ces mots restés célèbres : « Je rêve qu’un jour sur les collines rousses de Géorgie les fils d’anciens esclaves et ceux d’anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité… » Nous connaissons tous ce texte parce que vous et moi, nous faisons chaque nuit, chaque jour, chaque heure, chaque minute, chaque instant le même rêve de nous asseoir « tous ensemble à la table de la fraternité »…

Mais ce qui était un rêve sous les Trente Glorieuses n’est-il pas devenu un cauchemar aujourd’hui ? Quel supplice me direz-vous de faire chaque fois le même rêve et de voir ce rêve à chaque fois non réalisé. N’est-ce pas absurde ? Moi aussi je rêvais d’un monde de fraternité, mais mon rêve est une fenêtre ouverte sur les délits de faciès et les discriminations. Moi aussi, j’ai rêvé d’un monde de parole mais mon rêve est une fenêtre ouverte sur le silence des hommes et le cri des enfants.

Alors oui je fais un rêve… Mais il est temps que ce rêve devienne réalité, parce que sinon ce rêve est un cauchemar, et parce qu’un rêve n’a de sens que s’il dépasse les méandres du sommeil, le simulacre du songe. Devant vous, Mesdames et Messieurs, je fais le rêve de la réalité, parce qu’il est temps, comme aurait dit Albert Camus, d’« imaginer Sisyphe heureux »…


Technique 5 : Souriez, parlez avec assurance et conviction, d’une voix bien placée…


P

ensez à augmenter ou au contraire à ralentir votre débit de parole. N’oubliez pas d’accompagner vos arguments par des gestes d’ouverture, qui vont jouer le rôle de métaphore visuelle en traduisant physiquement vos idées, votre personnalité, votre charisme. Comme il a été très bien dit, « l’expression orale, pour être percutante, doit mobiliser toute votre personne, c’est-à-dire pas seulement votre intellect, mais aussi votre regard, votre voix, votre intériorité, votre gestuelle, votre attitude physique » |source|. Pensez par exemple à décoller les coudes du corps afin de renforcer l’amplitude des gestes. Ne restez pas figé/e : soyez bien campé/e « dans vos baskets » (surtout ne vous dandinez pas pour vous donner une convenance !). Donnez-vous de la force de conviction : n’oubliez pas que la gestuelle participe de l’effet produit sur l’auditoire !

Lien utile : regardez cette page du Journal du Net : destinée à renforcer l’efficacité personnelle des managers à l’oral, elle comporte de nombreuses aides précieuses !


Pour finir… Quelques sujets dans l’esprit du concours afin de vous entraîner :

  • « On peut tromper tout le monde, mais on ne peut tromper la vérité. » Que vous inspire ce jugement de Maxime Gorki ?
  • Pour voyager, faut-il partir loin ?
  • Y a-t-il des leçons de l’Histoire ?
  • Faites l’éloge de la lenteur.
  • Le plus beau métier du monde…

Prochain rendez-vous, jeudi 23 février :
« Structurer un discours argumentatif »
Bruno Rigolt
© janvier 2017, Bruno Rigolt/Espace Pédagogique Contributif


Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, cet article est protégé par copyright. Ils est mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le nom de l’auteur ainsi que la référence complète de l’article cité (URL de la page).

Concours d'art oratoire 2017 Lycée en Forêt/Rotary. Tous les conseils et le premier entraînement

Bientôt le Concours d’art oratoire 2017…
Présentation

Comme chaque année, le Rotary Club de Montargis propose aux élèves du Lycée en Forêt de participer à un concours d’art oratoire qui aura lieu le mardi 28 février 2017 et le vendredi 3 mars. Si vous aimez prendre la parole, saisissez cette occasion unique de vous exprimer à l’oral face à un public (des professionnels et quelques enseignants du Lycée). 

 

Le déroulement de l’épreuve…

Le jour de l’épreuve, vous aurez le choix entre quatre sujets imposés. Après avoir pris connaissance des sujets, vous n’en retiendrez qu’un seul, que vous préparerez sur place (au CDI) en 30 minutes exactement.

Les sujets proposés portent sur des questions de culture générale :

  • Économie et Société,
  • Littérature et philosophie,
  • Sciences et techniques,
  • Et quelques sujets faisant davantage appel à vos capacités d’originalité.

Votre prestation doit durer 5 minutes au moins ! Le jury attend évidemment des exposés argumentés et réfléchis, ce qui n’empêche nullement l’improvisation : mettez-vous en scène, interpellez votre public un peu comme un acteur “qui fait son numéro” ! Pourquoi pas du Slam si vous en avez le talent. Rien n’est pire qu’un exposé lu de façon monocorde : surprenez le jury !

Le barème d’évaluation

  1. L’art oratoire et l’éloquence (10 points) ;
  2. La rhétorique : l’art du “discours”, la qualité de vos arguments et de vos exemples (10 points).
  1. L’art oratoire touche à “l’art de bien parler”. Un orateur persuasif est celui qui sait s’exprimer avec aisance et clarté, moduler le son de sa voix afin d’éviter la monotonie par exemple. La capacité d’émouvoir, de persuader par la parole sont donc essentielles. Au niveau de l’évaluation, la diction est fondamentale puisque vous devez persuader d’abord par la parole! Ne négligez surtout pas le travail sur la langue : c’est ce qu’on appelle l’élocution, c’est-à-dire le choix du style. Par exemple, l’emploi de figures de rhétorique semble tout indiqué : métaphores, comparaisons, interpellation de votre auditoire, interrogations oratoires, etc.

  2. La rhétorique, c’est l’art du discours. Vous avez toutes et tous déjà travaillé sur l’écrit d’invention : cela va vous servir pour le concours ! L’invention, au sens étymologique (du latin “inventio”) est la capacité de savoir construire un projet, c’est-à-dire de convaincre en organisant votre propos. Vous serez donc noté sur la manière dont vous avez disposé vos idées, structuré votre parcours argumentatif. Pensez à utiliser les procédés propres au discours (choix des arguments, des exemples, des techniques de persuasion, techniques d’amplification, voire de dramatisation) en rapport avec le sujet.

Cliquez sur l’image pour l’agrandir…

Seize exemples de sujets entièrement inédits (dans l’esprit du Concours) :

  • Histoire et société :
    – Réussir sa vie, c’est être riche de…
    – Est-il possible de concilier le développement durable avec une société où tout semble éphémère ?
    – Pensez-vous qu’il faut réinventer un nouveau modèle social pour notre monde ?
    – C’est quoi, un “faiseur d’histoire(s)” ?

  • Littérature et Philosophie :
    – C’est quoi, être libre ?
    – Quel est l’avantage d’apprendre le Français dans le monde contemporain ?
    – La violence est-elle une force ou une faiblesse ?
    – Et si le plus beau voyage était un voyage immobile ?

  • Sciences et Techniques :
    – Les robots “humanoïdes” sont de plus en plus répandus dans le monde : faut-il en avoir peur ?
    – Comment se dérouleront les cours au Lycée en 2050 ?
    – Le progrès du moteur est-il le moteur du progrès?
    – La morale est-elle l’ennemie de l’Art ?

  • Sujets “inclassables” :
    – Pourquoi est-ce blanc plutôt que noir ?
    – C’est quoi un “po-aime” ?
    – Faites votre éloge.
    – Faire le tour du monde ou faire un tour ?

Les compétences requises pour le concours…

La prise de parole en public requiert plusieurs compétences. Voici quelques conseils pour affronter l’épreuve…

  1. Commencez d’abord à vous préparer “physiquement” à la prise de parole. Choisissez avec soin votre tenue ce jour-là : certes, ce n’est pas un défilé de mode, mais vous parlerez d’autant mieux que vous vous sentirez à l’aise dans vos vêtements (et vos baskets !). N’oubliez pas non plus que la principale difficulté… C’est vous : donc inutile de vous mettre trop la pression avant ! Partez gagnant(e) en vous disant que de toute façon vous n’avez strictement rien à perdre. Dès que vous rentrez, soyez souriant/e, pensez aussi à dire Bonjour ! Cela paraît évident mais parfois, avec le trac…

  2. Regardez votre public. N’oubliez pas non plus que même si une personne du jury ne semble pas faire attention à votre présence quand vous parlez, cela ne veut rien dire : elle donnera un avis sur votre prestation juste après votre départ. Donc regardez tout le monde (et pas seulement une seule personne parce qu’elle vous aura regardé(e) avec bienveillance ou parce que vous la connaissez (votre prof par exemple). Veillez également à vous tenir correctement : inutile de se raidir, mais il ne faut pas non plus être avachi !

  3. Improviser… Mais pas trop ! Bien sûr, le concours exige une certaine part d’improvisation, mais n’en faites pas trop non plus, car cela risquerait de vous entraîner sur un terrain parfois glissant, en particulier au niveau de la maîtrise du non-verbal (la gestuelle) : quand on improvise, on a tendance à “théâtraliser” un peu trop parfois : en libérant la parole, on libère trop ses gestes et on en arrive à “gesticuler”. Donc, gardez toujours une certaine distance en essayant d’articuler au mieux le geste et les registres de langue que vous allez employer (didactique, comique, lyrique, etc.)

  4. S’entraîner avec… une glace et un MP3 ! Voici un excellent exercice qui vous permettra de vérifier que vous maîtrisez votre voix et votre respiration lors de la prise de parole : chez vous, essayez en vous regardant obligatoirement devant une glace (une grande si possible : celle de la salle de bain ou de votre armoire fera l’affaire!) de parler HAUT et FORT. L’exercice d’entraînement que je vous propose consiste à lire un texte neutre (une définition de cours par exemple, comme ça vous ne perdez pas de temps) en regardant le moins possible votre support et en vous fixant le plus possible dans la glace. Relisez plusieurs fois votre texte en variant l’intonation (neutralité, colère, joie, rire, émotion, interpellation, etc.). Si possible, enregistrez-vous avec un MP3 et écoutez ce que ça donne afin de corriger les petits problèmes (placement de la voix par exemple). Prenez ensuite un sujet au hasard : accordez-vous 20 minutes de préparation et lancez-vous, sans lire vos notes (vous pouvez même vous entraîner dans les transports en commun pour la recherche des arguments) : essayez de trouver des idées créatives, originales, et faites si possible votre exposé devant d’autres personnes : des copains ou des copines, la famille, etc. afin de vous confronter à un public. Si vous êtes seul chez vous, mettez-vous devant une glace et parlez HAUT et FORT en vous obligeant à parler tout en vous regardant.


Dans cet Espace pédagogique, vous trouverez dès le 10 janvier 2017 plusieurs sujets test chaque semaine pour vous entraîner dans les conditions du concours et des conseils personnalisés pour vous préparer à l’épreuve…

 
Calendrier d’entraînement :

* L’intitulé des cours est susceptible d’être adapté ou modifié lors de la mise en ligne.

10 sujets d’entraînement…


Voici 10 sujets sur lesquels vous pouvez vous entraîner :

  1. Sur le fronton du Panthéon à Paris est inscrite la devise suivante : « Aux grands hommes la patrie reconnaissante ». Pensez-vous qu’au nom de la parité, il faudrait modifier cette devise ?
  2. Que pensez-vous de ce proverbe : « Qui aime bien châtie bien » ?
  3. Que vous inspirent ces propos d’Antoine de Saint-Exupéry : « La meilleure façon d’unir les hommes, c’est encore de les faire travailler ensemble ».
  4. Peut-on justifier la violence ?
  5. Qu’est-ce qu’un « grand homme » ?
  6. Que vous inspire cette citation de Shakespeare : « Rien n’est plus commun que le désir d’être remarquable » ?
  7. « Parlez-nous de vous »…
  8. Comment faire pour marquer son temps ?
  9. Selon vous, faudrait-il que les robots un jour aient des droits ?
  10. Si la poésie avait une couleur, quelle serait-elle ?

algré les apparences, vous verrez que les sujets proposés obéissent tous à des mêmes règles. Il est important tout d’abord de structurer votre exposé afin que le jury suive et comprenne votre démarche : montrez que vous savez où vous aller ! Quel que soit le sujet choisi, privilégiez d’abord un angle d’approche, c’est-à-dire une problématique qui va orienter votre démarche. Surtout ne rédigez pas : cela vous amènerait à lire (ce qui ne serait plus de l’oral, mais une lecture de texte) et donc à être éliminé/e.

Posez-vous des questions,
faites preuve
de curiosité intellectuelle

Imaginez par exemple que vous avez choisi le sujet n°2 : Que pensez-vous de ce proverbe : « Qui aime bien châtie bien » ? Voici un sujet qui peut surprendre au départ, puisqu’il amène à considérer que c’est une preuve d’affection que d’être dur avec quelqu’un : « Je te punis comme il faut, donc je t’aime bien ». Ces deux pensées contradictoires (associer l’amour à une peine sévère) amènent à plusieurs interrogations : par exemple, faut-il éduquer en « châtiant » nécessairement ? N’est-ce pas l’expression d’une volonté de puissance que de prétendre aimer en disposant du sort d’autrui ? Ainsi, la peine de mort, qui est la punition la plus extrême, est-elle dans ces conditions le témoignage d’un amour suprême ? Mais on peut prendre le contre-pied de cet adage : « Qui aime bien ne châtie point ». Dans ces conditions, est-ce que cela signifie : « Qui aime bien, laisse faire » ? Ainsi, innocenter un « voyou » n’est-ce pas lui signifier du mépris et de l’indifférence ? Ne pas châtier, ce serait donc… mal aimer ? Par opposition, « bien châtier » serait faire preuve de courage, d’engagement, d’attention à l’égard de celui qu’on aime. Comme vous le voyez, posez-vous des questions, envisagez le sujet selon plusieurs angles, selon plusieurs points de vue.

Les ressources de l’art oratoire

Rappel : votre oral doit durer 5 minutes au moins ! Les prestations des candidats sont évaluées sur le style, l’élocution, l’expression française et la force de conviction de chacun. Vous devrez développer avant tout la communication : n’oubliez pas que vous allez être noté/e en premier lieu sur votre désir de communiquer. Cultivez votre leadership ! Pensez par exemple à adapter votre voix à la situation de communication ; pensez aussi à adapter votre registre de langue. Un orateur persuasif est celui qui sait s’exprimer avec aisance et clarté, moduler le son de sa voix afin d’éviter la monotonie par exemple : n’hésitez pas à jouer de plusieurs registres (langue populaire/familière/courante/soutenue), à trouver le « ton juste » (enjoué, ironique, oratoire, lyrique, etc.) : la capacité d’émouvoir, de persuader par la parole sont en effet essentielles.

Enfin, au niveau de l’évaluation, la diction est fondamentale puisque vous devez persuader d’abord par la parole :

  • Obligez-vous à faire à l’oral des PHRASES COMPLÈTES à partir de mots clés.
  • Même à l’oral, entraînez-vous à ponctuer correctement, en jouant sur l’intonation.
  • Attention enfin à la reprise trop fréquente de tournures (qui risquerait de rendre votre oral monotone ou pesant pour les auditeurs).

Les sujets proposés au concours vous amèneront également à convaincre, à persuader votre auditoire : sortez des banalités. Certes, il n’est pas question de choquer, de provoquer, mais de surprendre, et d’exploiter pleinement votre personnalité. Pensez enfin à adopter des outils linguistiques appropriés. Ne négligez surtout pas le travail sur la langue : c’est ce qu’on appelle l’élocution, c’est-à-dire le choix du style. Par exemple, l’emploi de figures de rhétorique semble tout indiqué : métaphores, comparaisons, interpellation de votre auditoire, gradations, interrogations oratoires, etc.

Entraînement n°1 : exploiter la métaphore filée, les anaphores, les interrogations oratoires

Aujourd’hui, je vous propose de vous entraîner sur trois procédés essentiels dans l’art oratoire :

  • Métaphore filée ;
  • Anaphores ;
  • Interrogations rhétoriques.

1. La métaphore filée

Prenons un sujet type : vous souhaitez par exemple plaider pour plus de justice sociale. Si vous êtes astucieux, vous allez exploiter la technique de la métaphore filée. Comme vous le savez, on entend par là une métaphore qui se prolonge, qui est développée à travers un même réseau lexical. Si vous avez du mal à trouver ou à formuler vos idées, la métaphore filée constitue une aide précieuse.

Imaginons un candidat qui n’a que peu d’arguments, par exemple « plus de justice sociale permettra d’améliorer les conditions de vie et le monde ». Malgré sa justesse, l’idée en elle-même est assez pauvre et banale du fait de son manque d’originalité. Néanmoins, vous allez voir comment une métaphore filée peut la transformer. Pensez par exemple au champ lexical de la construction : « rebâtir, construire, fondations, pierre, maison, édifice, murs… » etc.

Reprenons maintenant notre idée de départ en l’étayant grâce à une métaphore filée :

« Plus de justice sociale permettra d’améliorer les conditions de vie et le monde : il faut en effet que tous les murs qui séparent les hommes tombent : mur de l’indifférence, mur du racisme, mur de l’égoïsme. Le monde n’est pas seulement un ensemble de continents, c’est notre maison commune. En ce début de vingt-et-unième siècle, il est peut-être temps de rebâtir le monde pour plus de justice sociale, de construire une nouvelle société, plus humaine, plus fraternelle. Il nous appartient de poser les fondations d’un monde plus respectueux des valeurs communes. Un nouvel humanisme est nécessaire ! Alors que le vieil édifice s’écroule, des voix rappellent qu’il faut poser la première pierre de la fraternité ! »

2. Même exemple que précédemment mais avec des anaphores et des interrogations oratoires :

« Mesdames, Messieurs, voilà ce que je vous propose : il faut que tous les murs qui séparent les hommes tombent : mur de l’indifférence, mur de la misère, mur de l’égoïsme. Peut-on accepter de vivre ainsi ? Avons-nous été créés pour nous déchirer ? Pour nous haïr ? Plus de justice sociale ne permettrait-elle pas d’améliorer les conditions de vie et le monde ?

Mesdames, Messieurs, notre monde en effet n’est pas seulement un ensemble de continents, c’est notre maison commune. Devons-nous accepter de laisser mourir cette maison et d’en voir s’écrouler les fondations ? Devons-nous nous résoudre à partir en laissant les clés sur la porte ? Notre terre doit-elle être condamnée à devenir une maison abandonnée ? En ce début de vingt-et-unième siècle, il est peut-être temps de rebâtir le monde, de construire une nouvelle société, plus humaine, plus fraternelle.

Mesdames, Messieurs, il nous appartient de poser les fondations d’un monde plus respectueux des valeurs communes. Un nouvel humanisme est nécessaire ! Alors que le vieil édifice s’écroule, des voix rappellent qu’il faut poser la première pierre de la fraternité ! »


  • Pour vous entraîner : gardez si vous le souhaitez le sujet de départ et refaites l’exercice en respectant le même ordre : 1) métaphore filée, 2) métaphore filée + anaphores et interrogations oratoires) mais en utilisant le champ lexical du voyage ou du déplacement (route, partir, chemin, départ, etc.) : comme vous l’avez vu, c’est d’abord un travail de style et d’approfondissement qui est attendu de vous.

Bonne chance à toutes et à tous !
Prochain rendez-vous, samedi 18 février :
« Faire sensation… Les techniques d’accroche »
(mis en ligne)

Concours d’art oratoire 2017 Lycée en Forêt/Rotary. Tous les conseils et le premier entraînement

Bientôt le Concours d’art oratoire 2017…

Présentation

Comme chaque année, le Rotary Club de Montargis propose aux élèves du Lycée en Forêt de participer à un concours d’art oratoire qui aura lieu le mardi 28 février 2017 et le vendredi 3 mars. Si vous aimez prendre la parole, saisissez cette occasion unique de vous exprimer à l’oral face à un public (des professionnels et quelques enseignants du Lycée). 

 

Le déroulement de l’épreuve…

Le jour de l’épreuve, vous aurez le choix entre quatre sujets imposés. Après avoir pris connaissance des sujets, vous n’en retiendrez qu’un seul, que vous préparerez sur place (au CDI) en 30 minutes exactement.

Les sujets proposés portent sur des questions de culture générale :

  • Économie et Société,
  • Littérature et philosophie,
  • Sciences et techniques,
  • Et quelques sujets faisant davantage appel à vos capacités d’originalité.

Votre prestation doit durer 5 minutes au moins ! Le jury attend évidemment des exposés argumentés et réfléchis, ce qui n’empêche nullement l’improvisation : mettez-vous en scène, interpellez votre public un peu comme un acteur “qui fait son numéro” ! Pourquoi pas du Slam si vous en avez le talent. Rien n’est pire qu’un exposé lu de façon monocorde : surprenez le jury !

Le barème d’évaluation

  1. L’art oratoire et l’éloquence (10 points) ;
  2. La rhétorique : l’art du “discours”, la qualité de vos arguments et de vos exemples (10 points).
  1. L’art oratoire touche à “l’art de bien parler”. Un orateur persuasif est celui qui sait s’exprimer avec aisance et clarté, moduler le son de sa voix afin d’éviter la monotonie par exemple. La capacité d’émouvoir, de persuader par la parole sont donc essentielles. Au niveau de l’évaluation, la diction est fondamentale puisque vous devez persuader d’abord par la parole! Ne négligez surtout pas le travail sur la langue : c’est ce qu’on appelle l’élocution, c’est-à-dire le choix du style. Par exemple, l’emploi de figures de rhétorique semble tout indiqué : métaphores, comparaisons, interpellation de votre auditoire, interrogations oratoires, etc.

  2. La rhétorique, c’est l’art du discours. Vous avez toutes et tous déjà travaillé sur l’écrit d’invention : cela va vous servir pour le concours ! L’invention, au sens étymologique (du latin “inventio”) est la capacité de savoir construire un projet, c’est-à-dire de convaincre en organisant votre propos. Vous serez donc noté sur la manière dont vous avez disposé vos idées, structuré votre parcours argumentatif. Pensez à utiliser les procédés propres au discours (choix des arguments, des exemples, des techniques de persuasion, techniques d’amplification, voire de dramatisation) en rapport avec le sujet.

Cliquez sur l’image pour l’agrandir…

Seize exemples de sujets entièrement inédits (dans l’esprit du Concours) :

  • Histoire et société :
    – Réussir sa vie, c’est être riche de…
    – Est-il possible de concilier le développement durable avec une société où tout semble éphémère ?
    – Pensez-vous qu’il faut réinventer un nouveau modèle social pour notre monde ?
    – C’est quoi, un “faiseur d’histoire(s)” ?

  • Littérature et Philosophie :
    – C’est quoi, être libre ?
    – Quel est l’avantage d’apprendre le Français dans le monde contemporain ?
    – La violence est-elle une force ou une faiblesse ?
    – Et si le plus beau voyage était un voyage immobile ?

  • Sciences et Techniques :
    – Les robots “humanoïdes” sont de plus en plus répandus dans le monde : faut-il en avoir peur ?
    – Comment se dérouleront les cours au Lycée en 2050 ?
    – Le progrès du moteur est-il le moteur du progrès?
    – La morale est-elle l’ennemie de l’Art ?

  • Sujets “inclassables” :
    – Pourquoi est-ce blanc plutôt que noir ?
    – C’est quoi un “po-aime” ?
    – Faites votre éloge.
    – Faire le tour du monde ou faire un tour ?

Les compétences requises pour le concours…

La prise de parole en public requiert plusieurs compétences. Voici quelques conseils pour affronter l’épreuve…

  1. Commencez d’abord à vous préparer “physiquement” à la prise de parole. Choisissez avec soin votre tenue ce jour-là : certes, ce n’est pas un défilé de mode, mais vous parlerez d’autant mieux que vous vous sentirez à l’aise dans vos vêtements (et vos baskets !). N’oubliez pas non plus que la principale difficulté… C’est vous : donc inutile de vous mettre trop la pression avant ! Partez gagnant(e) en vous disant que de toute façon vous n’avez strictement rien à perdre. Dès que vous rentrez, soyez souriant/e, pensez aussi à dire Bonjour ! Cela paraît évident mais parfois, avec le trac…

  2. Regardez votre public. N’oubliez pas non plus que même si une personne du jury ne semble pas faire attention à votre présence quand vous parlez, cela ne veut rien dire : elle donnera un avis sur votre prestation juste après votre départ. Donc regardez tout le monde (et pas seulement une seule personne parce qu’elle vous aura regardé(e) avec bienveillance ou parce que vous la connaissez (votre prof par exemple). Veillez également à vous tenir correctement : inutile de se raidir, mais il ne faut pas non plus être avachi !

  3. Improviser… Mais pas trop ! Bien sûr, le concours exige une certaine part d’improvisation, mais n’en faites pas trop non plus, car cela risquerait de vous entraîner sur un terrain parfois glissant, en particulier au niveau de la maîtrise du non-verbal (la gestuelle) : quand on improvise, on a tendance à “théâtraliser” un peu trop parfois : en libérant la parole, on libère trop ses gestes et on en arrive à “gesticuler”. Donc, gardez toujours une certaine distance en essayant d’articuler au mieux le geste et les registres de langue que vous allez employer (didactique, comique, lyrique, etc.)

  4. S’entraîner avec… une glace et un MP3 ! Voici un excellent exercice qui vous permettra de vérifier que vous maîtrisez votre voix et votre respiration lors de la prise de parole : chez vous, essayez en vous regardant obligatoirement devant une glace (une grande si possible : celle de la salle de bain ou de votre armoire fera l’affaire!) de parler HAUT et FORT. L’exercice d’entraînement que je vous propose consiste à lire un texte neutre (une définition de cours par exemple, comme ça vous ne perdez pas de temps) en regardant le moins possible votre support et en vous fixant le plus possible dans la glace. Relisez plusieurs fois votre texte en variant l’intonation (neutralité, colère, joie, rire, émotion, interpellation, etc.). Si possible, enregistrez-vous avec un MP3 et écoutez ce que ça donne afin de corriger les petits problèmes (placement de la voix par exemple). Prenez ensuite un sujet au hasard : accordez-vous 20 minutes de préparation et lancez-vous, sans lire vos notes (vous pouvez même vous entraîner dans les transports en commun pour la recherche des arguments) : essayez de trouver des idées créatives, originales, et faites si possible votre exposé devant d’autres personnes : des copains ou des copines, la famille, etc. afin de vous confronter à un public. Si vous êtes seul chez vous, mettez-vous devant une glace et parlez HAUT et FORT en vous obligeant à parler tout en vous regardant.


Dans cet Espace pédagogique, vous trouverez dès le 10 janvier 2017 plusieurs sujets test chaque semaine pour vous entraîner dans les conditions du concours et des conseils personnalisés pour vous préparer à l’épreuve…

 
Calendrier d’entraînement :

* L’intitulé des cours est susceptible d’être adapté ou modifié lors de la mise en ligne.

10 sujets d’entraînement…


Voici 10 sujets sur lesquels vous pouvez vous entraîner :

  1. Sur le fronton du Panthéon à Paris est inscrite la devise suivante : « Aux grands hommes la patrie reconnaissante ». Pensez-vous qu’au nom de la parité, il faudrait modifier cette devise ?
  2. Que pensez-vous de ce proverbe : « Qui aime bien châtie bien » ?
  3. Que vous inspirent ces propos d’Antoine de Saint-Exupéry : « La meilleure façon d’unir les hommes, c’est encore de les faire travailler ensemble ».
  4. Peut-on justifier la violence ?
  5. Qu’est-ce qu’un « grand homme » ?
  6. Que vous inspire cette citation de Shakespeare : « Rien n’est plus commun que le désir d’être remarquable » ?
  7. « Parlez-nous de vous »…
  8. Comment faire pour marquer son temps ?
  9. Selon vous, faudrait-il que les robots un jour aient des droits ?
  10. Si la poésie avait une couleur, quelle serait-elle ?

algré les apparences, vous verrez que les sujets proposés obéissent tous à des mêmes règles. Il est important tout d’abord de structurer votre exposé afin que le jury suive et comprenne votre démarche : montrez que vous savez où vous aller ! Quel que soit le sujet choisi, privilégiez d’abord un angle d’approche, c’est-à-dire une problématique qui va orienter votre démarche. Surtout ne rédigez pas : cela vous amènerait à lire (ce qui ne serait plus de l’oral, mais une lecture de texte) et donc à être éliminé/e.

Posez-vous des questions,
faites preuve
de curiosité intellectuelle

Imaginez par exemple que vous avez choisi le sujet n°2 : Que pensez-vous de ce proverbe : « Qui aime bien châtie bien » ? Voici un sujet qui peut surprendre au départ, puisqu’il amène à considérer que c’est une preuve d’affection que d’être dur avec quelqu’un : « Je te punis comme il faut, donc je t’aime bien ». Ces deux pensées contradictoires (associer l’amour à une peine sévère) amènent à plusieurs interrogations : par exemple, faut-il éduquer en « châtiant » nécessairement ? N’est-ce pas l’expression d’une volonté de puissance que de prétendre aimer en disposant du sort d’autrui ? Ainsi, la peine de mort, qui est la punition la plus extrême, est-elle dans ces conditions le témoignage d’un amour suprême ? Mais on peut prendre le contre-pied de cet adage : « Qui aime bien ne châtie point ». Dans ces conditions, est-ce que cela signifie : « Qui aime bien, laisse faire » ? Ainsi, innocenter un « voyou » n’est-ce pas lui signifier du mépris et de l’indifférence ? Ne pas châtier, ce serait donc… mal aimer ? Par opposition, « bien châtier » serait faire preuve de courage, d’engagement, d’attention à l’égard de celui qu’on aime. Comme vous le voyez, posez-vous des questions, envisagez le sujet selon plusieurs angles, selon plusieurs points de vue.

Les ressources de l’art oratoire

Rappel : votre oral doit durer 5 minutes au moins ! Les prestations des candidats sont évaluées sur le style, l’élocution, l’expression française et la force de conviction de chacun. Vous devrez développer avant tout la communication : n’oubliez pas que vous allez être noté/e en premier lieu sur votre désir de communiquer. Cultivez votre leadership ! Pensez par exemple à adapter votre voix à la situation de communication ; pensez aussi à adapter votre registre de langue. Un orateur persuasif est celui qui sait s’exprimer avec aisance et clarté, moduler le son de sa voix afin d’éviter la monotonie par exemple : n’hésitez pas à jouer de plusieurs registres (langue populaire/familière/courante/soutenue), à trouver le « ton juste » (enjoué, ironique, oratoire, lyrique, etc.) : la capacité d’émouvoir, de persuader par la parole sont en effet essentielles.

Enfin, au niveau de l’évaluation, la diction est fondamentale puisque vous devez persuader d’abord par la parole :

  • Obligez-vous à faire à l’oral des PHRASES COMPLÈTES à partir de mots clés.
  • Même à l’oral, entraînez-vous à ponctuer correctement, en jouant sur l’intonation.
  • Attention enfin à la reprise trop fréquente de tournures (qui risquerait de rendre votre oral monotone ou pesant pour les auditeurs).

Les sujets proposés au concours vous amèneront également à convaincre, à persuader votre auditoire : sortez des banalités. Certes, il n’est pas question de choquer, de provoquer, mais de surprendre, et d’exploiter pleinement votre personnalité. Pensez enfin à adopter des outils linguistiques appropriés. Ne négligez surtout pas le travail sur la langue : c’est ce qu’on appelle l’élocution, c’est-à-dire le choix du style. Par exemple, l’emploi de figures de rhétorique semble tout indiqué : métaphores, comparaisons, interpellation de votre auditoire, gradations, interrogations oratoires, etc.

Entraînement n°1 : exploiter la métaphore filée, les anaphores, les interrogations oratoires

Aujourd’hui, je vous propose de vous entraîner sur trois procédés essentiels dans l’art oratoire :

  • Métaphore filée ;
  • Anaphores ;
  • Interrogations rhétoriques.

1. La métaphore filée

Prenons un sujet type : vous souhaitez par exemple plaider pour plus de justice sociale. Si vous êtes astucieux, vous allez exploiter la technique de la métaphore filée. Comme vous le savez, on entend par là une métaphore qui se prolonge, qui est développée à travers un même réseau lexical. Si vous avez du mal à trouver ou à formuler vos idées, la métaphore filée constitue une aide précieuse.

Imaginons un candidat qui n’a que peu d’arguments, par exemple « plus de justice sociale permettra d’améliorer les conditions de vie et le monde ». Malgré sa justesse, l’idée en elle-même est assez pauvre et banale du fait de son manque d’originalité. Néanmoins, vous allez voir comment une métaphore filée peut la transformer. Pensez par exemple au champ lexical de la construction : « rebâtir, construire, fondations, pierre, maison, édifice, murs… » etc.

Reprenons maintenant notre idée de départ en l’étayant grâce à une métaphore filée :

« Plus de justice sociale permettra d’améliorer les conditions de vie et le monde : il faut en effet que tous les murs qui séparent les hommes tombent : mur de l’indifférence, mur du racisme, mur de l’égoïsme. Le monde n’est pas seulement un ensemble de continents, c’est notre maison commune. En ce début de vingt-et-unième siècle, il est peut-être temps de rebâtir le monde pour plus de justice sociale, de construire une nouvelle société, plus humaine, plus fraternelle. Il nous appartient de poser les fondations d’un monde plus respectueux des valeurs communes. Un nouvel humanisme est nécessaire ! Alors que le vieil édifice s’écroule, des voix rappellent qu’il faut poser la première pierre de la fraternité ! »

2. Même exemple que précédemment mais avec des anaphores et des interrogations oratoires :

« Mesdames, Messieurs, voilà ce que je vous propose : il faut que tous les murs qui séparent les hommes tombent : mur de l’indifférence, mur de la misère, mur de l’égoïsme. Peut-on accepter de vivre ainsi ? Avons-nous été créés pour nous déchirer ? Pour nous haïr ? Plus de justice sociale ne permettrait-elle pas d’améliorer les conditions de vie et le monde ?

Mesdames, Messieurs, notre monde en effet n’est pas seulement un ensemble de continents, c’est notre maison commune. Devons-nous accepter de laisser mourir cette maison et d’en voir s’écrouler les fondations ? Devons-nous nous résoudre à partir en laissant les clés sur la porte ? Notre terre doit-elle être condamnée à devenir une maison abandonnée ? En ce début de vingt-et-unième siècle, il est peut-être temps de rebâtir le monde, de construire une nouvelle société, plus humaine, plus fraternelle.

Mesdames, Messieurs, il nous appartient de poser les fondations d’un monde plus respectueux des valeurs communes. Un nouvel humanisme est nécessaire ! Alors que le vieil édifice s’écroule, des voix rappellent qu’il faut poser la première pierre de la fraternité ! »


  • Pour vous entraîner : gardez si vous le souhaitez le sujet de départ et refaites l’exercice en respectant le même ordre : 1) métaphore filée, 2) métaphore filée + anaphores et interrogations oratoires) mais en utilisant le champ lexical du voyage ou du déplacement (route, partir, chemin, départ, etc.) : comme vous l’avez vu, c’est d’abord un travail de style et d’approfondissement qui est attendu de vous.

Bonne chance à toutes et à tous !

Prochain rendez-vous, samedi 18 février :
« Faire sensation… Les techniques d’accroche »
(mis en ligne)

Concours "Ecriture en Forêt" Palmarès 2015 et publication des textes primés : catégorie Poésie (classes de Première). Aujourd'hui : Bénédicte R. Coup de cœur lycéen

concours_eef_2014_logo-1Le Lycée en Forêt a lancé depuis la rentrée 2013 un original concours d’écriture à destination des classes de Seconde et de Première  ayant pour intitulé : « Écritures en Forêt ».

Pour les classes de Première, le sujet portait sur l’écriture d’un poème ayant obligatoirement pour thème la forêt, ainsi que la rédaction d’une note d’intention expliquant la démarche du projet d’écriture ainsi que les particularités stylistiques mises en œuvre. 

Félicitation aux très nombreux participants, particulièrement à mes élèves de Première S4 (promotion 2014-2015), qui se sont remarquablement investis dans le dispositif, et bien sûr Bravo aux lauréats de l’édition 2015 :

  • Premier prix : Léa R. (Première S4)  Lire en ligne
  • Deuxième prix : Maud C. (Première S1)  Lire en ligne
  • Troisième prix : Mélissa L. (Première S4)  Lire en ligne
  • Premier accessit : Mélanie J. (Premièe S4)  Lire en ligne
  • Deuxième accessit : Wendy M. (Première S4)  Lire en ligne
  • Troisième accessit : Camille H. (Première L2)
  • Quatrième accessit : Hugo T. (Première L2)
  • Coup de cœur Lycéen : Bénédicte R. (Première S4)

Une cérémonie récompensant les élèves primés a eu lieu le mercredi 10 juin 2015 au Lycée en Forêt, sous la présidence de Madame Condracq, Proviseure.
Merci encore au Lycée qui a pu débloquer des fonds importants pour récompenser les lauréats.

frise fleurs horizontale

Découvrez aujourd’hui le poème de Bénédicte R.
(Première S4, promotion 2014-2015), coup de cœur lycéen :

_

« Pour un rebut »

par Bénédicte R.
Classe de Première S4
Coup de cœur lycéen


De septembre à février
Les perdrix ont grandi dans la forêt
Lâchées comme des soldats adverses
Pour être tuées dans les bruyères.
Les derniers faisans se réfugient là où la paix réside
Parmi le soir, parmi le givre.

Les lapins qui auparavant
Avaient une vie paisible
Sont devenus chair à canon
Car ils ne plaisent plus à ceux qui tuent
Voilà la cause de ces soldats chasseurs
Même parmi le soir, même parmi le givre.

L’un tente de sauver sa vie
Jusqu’à son dernier faux pas
L’autre avec un silence pesant derrière lui
Est froidement abattu
Pour amuser dans un repas d’amis et finir au rebut
Parmi le soir, parmi le givre.

nuit d'hiver chasse_4« L’autre avec un silence pesant derrière lui
Est froidement abattu…
Parmi le soir, parmi le givre.
 »

Illustration : © Bruno Rigolt

_

NOTE D’INTENTION

En participant au concours « Ecriture en forêt », l’idée de parler des animaux m’est venu presque spontanément..

J’ai privilégié comme sujet d’évocation mon engagement contre la chasse. Ce combat pour la cause animale me tient particulièrement à cœur car la chasse, notamment le braconnage, constitue selon moi une profonde violence qui va à l’encontre du droit animal.

En rédigeant cet écrit d’invention, je me suis rappelée mes promenades dans les forêts ou les bois qui m’entourent, lorsque j’étais enfant, et pendant lesquelles je voyais toujours des animaux, alors qu’il me semble que de nos jours plus aucun animal n’est visible dans nos forêts, bois et champs.

Plusieurs vers résultent des ces évocations et d’autres souvenirs de mon enfance passée dans une maison accueillante pour tous les animaux.

En opposition à cette vision paisible et nostalgique, la chasse est associée dans mon poème à la guerre : dans la première strophe par exemple, j’utilise la comparaison avec le thème de la bataille : « lâchées comme des soldats adverses ». Cette dimension émotionnelle renforce la problématique de ce poème.

J’ai voulu également faire ressentir tout le pathétique de la chasse par des contrastes stylistiques : « Pour amuser dans un repas d’amis et finir au rebut/Parmi le soir, parmi le givre »… Faisant alterner le réalisme le plus froid et un profond lyrisme, ces contrastes ont en effet pour but de toucher le lecteur, et l’inviter à prendre part à la cause que je défends.

© 2015, Bénédicte R.

Concours « Ecriture en Forêt » Palmarès 2015 et publication des textes primés : catégorie Poésie (classes de Première). Aujourd’hui : Bénédicte R. Coup de cœur lycéen

concours_eef_2014_logo-1Le Lycée en Forêt a lancé depuis la rentrée 2013 un original concours d’écriture à destination des classes de Seconde et de Première  ayant pour intitulé : « Écritures en Forêt ».

Pour les classes de Première, le sujet portait sur l’écriture d’un poème ayant obligatoirement pour thème la forêt, ainsi que la rédaction d’une note d’intention expliquant la démarche du projet d’écriture ainsi que les particularités stylistiques mises en œuvre. 

Félicitation aux très nombreux participants, particulièrement à mes élèves de Première S4 (promotion 2014-2015), qui se sont remarquablement investis dans le dispositif, et bien sûr Bravo aux lauréats de l’édition 2015 :

  • Premier prix : Léa R. (Première S4)  Lire en ligne
  • Deuxième prix : Maud C. (Première S1)  Lire en ligne
  • Troisième prix : Mélissa L. (Première S4)  Lire en ligne
  • Premier accessit : Mélanie J. (Premièe S4)  Lire en ligne
  • Deuxième accessit : Wendy M. (Première S4)  Lire en ligne
  • Troisième accessit : Camille H. (Première L2)
  • Quatrième accessit : Hugo T. (Première L2)
  • Coup de cœur Lycéen : Bénédicte R. (Première S4)

Une cérémonie récompensant les élèves primés a eu lieu le mercredi 10 juin 2015 au Lycée en Forêt, sous la présidence de Madame Condracq, Proviseure.
Merci encore au Lycée qui a pu débloquer des fonds importants pour récompenser les lauréats.

frise fleurs horizontale

Découvrez aujourd’hui le poème de Bénédicte R.
(Première S4, promotion 2014-2015), coup de cœur lycéen :

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« Pour un rebut »

par Bénédicte R.
Classe de Première S4
Coup de cœur lycéen


De septembre à février
Les perdrix ont grandi dans la forêt
Lâchées comme des soldats adverses
Pour être tuées dans les bruyères.
Les derniers faisans se réfugient là où la paix réside
Parmi le soir, parmi le givre.

Les lapins qui auparavant
Avaient une vie paisible
Sont devenus chair à canon
Car ils ne plaisent plus à ceux qui tuent
Voilà la cause de ces soldats chasseurs
Même parmi le soir, même parmi le givre.

L’un tente de sauver sa vie
Jusqu’à son dernier faux pas
L’autre avec un silence pesant derrière lui
Est froidement abattu
Pour amuser dans un repas d’amis et finir au rebut
Parmi le soir, parmi le givre.

nuit d'hiver chasse_4« L’autre avec un silence pesant derrière lui
Est froidement abattu…
Parmi le soir, parmi le givre.
 »

Illustration : © Bruno Rigolt

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NOTE D’INTENTION

En participant au concours « Ecriture en forêt », l’idée de parler des animaux m’est venu presque spontanément..

J’ai privilégié comme sujet d’évocation mon engagement contre la chasse. Ce combat pour la cause animale me tient particulièrement à cœur car la chasse, notamment le braconnage, constitue selon moi une profonde violence qui va à l’encontre du droit animal.

En rédigeant cet écrit d’invention, je me suis rappelée mes promenades dans les forêts ou les bois qui m’entourent, lorsque j’étais enfant, et pendant lesquelles je voyais toujours des animaux, alors qu’il me semble que de nos jours plus aucun animal n’est visible dans nos forêts, bois et champs.

Plusieurs vers résultent des ces évocations et d’autres souvenirs de mon enfance passée dans une maison accueillante pour tous les animaux.

En opposition à cette vision paisible et nostalgique, la chasse est associée dans mon poème à la guerre : dans la première strophe par exemple, j’utilise la comparaison avec le thème de la bataille : « lâchées comme des soldats adverses ». Cette dimension émotionnelle renforce la problématique de ce poème.

J’ai voulu également faire ressentir tout le pathétique de la chasse par des contrastes stylistiques : « Pour amuser dans un repas d’amis et finir au rebut/Parmi le soir, parmi le givre »… Faisant alterner le réalisme le plus froid et un profond lyrisme, ces contrastes ont en effet pour but de toucher le lecteur, et l’inviter à prendre part à la cause que je défends.

© 2015, Bénédicte R.

Concours "Ecriture en Forêt" Palmarès 2015 et publication des textes primés : catégorie Poésie (classes de Première). Aujourd'hui : Wendy M. Deuxième accessit

concours_eef_2014_logo-1Le Lycée en Forêt a lancé depuis la rentrée 2013 un original concours d’écriture à destination des classes de Seconde et de Première  ayant pour intitulé : « Écritures en Forêt ».

Pour les classes de Première, le sujet portait sur l’écriture d’un poème ayant obligatoirement pour thème la forêt, ainsi que la rédaction d’une note d’intention expliquant la démarche du projet d’écriture ainsi que les particularités stylistiques mises en œuvre. 

Félicitation aux très nombreux participants, particulièrement à mes élèves de Première S4 (promotion 2014-2015), qui se sont remarquablement investis dans le dispositif, et bien sûr Bravo aux lauréats de l’édition 2015 :

  • Premier prix : Léa R. (Première S4)  Lire en ligne
  • Deuxième prix : Maud C. (Première S1)  Lire en ligne
  • Troisième prix : Mélissa L. (Première S4)  Lire en ligne
  • Premier accessit : Mélanie J. (Premièe S4)  Lire en ligne
  • Deuxième accessit : Wendy M. (Première S4)
  • Troisième accessit : Camille H. (Première L2)
  • Quatrième accessit : Hugo T. (Première L2)
  • Coup de cœur Lycéen : Bénédicte R. (Première S4)  Lire en ligne

Une cérémonie récompensant les élèves primés a eu lieu le mercredi 10 juin 2015 au Lycée en Forêt, sous la présidence de Madame Condracq, Proviseure.
Merci encore au Lycée qui a pu débloquer des fonds importants pour récompenser les lauréats.

frise fleurs horizontale

Découvrez aujourd’hui le poème de Wendy M.
(Première S4, promotion 2014-2015), deuxième accessit :

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« Rêve d’espérance et de paix »

par Wendy M.
Classe de Première S4
Deuxième accessit


À l’aube d’un jour nouveau, la magie recommence
Dans mon refuge secret, la forêt se transforme
Au souffle de mes pensées, l’imagination fleurit en liberté

Le soleil s’infiltre là où se tient le vent :
Entre les feuilles, entre les branches.
De sa lumière étincelante de pureté

Il éclaire chaque jour d’immenses allées de solitude
Où saules, bouleaux, sapins et charmes,
Strient de leurs cernes les sentiers de mon âme

Murmure silencieux du vent dans les fourrés,
Mélodie somptueuse d’un rêve oublié d’espérance et de paix
Comme ces oiseaux qui s’effeuillent dans les feuillages…

forêt_magique_2« Mélodie somptueuse d’un rêve oublié d’espérance et de paix
Comme ces oiseaux qui s’effeuillent dans les feuillages… »

Illustration : © Bruno Rigolt, août 2015

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NOTE D’INTENTION

J’ai souhaité participer au concours proposé par notre lycée car, je dois l’avouer, j’ai rarement écrit de poésies et j’ai souhaité ainsi m’essayer à cet exercice difficile. De plus, le thème de la forêt m’inspirait d’autant plus que j’habite moi-même à côté de la forêt de Montargis depuis toute petite. La forêt est pour moi un refuge, un ressourcement des émotions. Quand je rentrais de l’école ou maintenant du Lycée, les arbres inspirent à celui qui sait les contempler une profonde source d’inspiration. C’est ce que j’ai voulu expliquer en choisissant comme tire : « Rêve d’espérance et de paix ».

Comme vous le voyez, mon poème est donc une description méliorative de la forêt. J’ai souhaité en effet montrer la forêt comme un lieu d’idéalisation du réel. Pour cela, j’ai privilégié certaines figures de style, comme la métaphore. Lorsque je dis par exemple que la forêt est un lieu où « l’imagination fleurit en liberté », j’ai souhaité par cette image amener à l’idée que la forêt est non seulement une source d’inspiration mais aussi un lieu de dépaysement. De même, les « immenses allées de solitude » et le mot « paix » rappellent le côté calme et paisible des arbres, prompt à la méditation lyrique.

Une image à laquelle je tiens particulièrement est celle-ci : « Strient de leurs cernes les sentiers de mon âme » qui entraîne une réflexion, une implication et une identification personnelle grâce à la personnification. J’ai voulu embellir l’image qu’on peut en avoir car, pour moi, la forêt a quelque chose qui relève de la « magie » : c’est un lieu qu’on ne contrôle pas et qui reste de ce fait extraordinaire. J’ai souhaité montrer qu’elle peut apporter du réconfort à ceux qui souffrent de « solitude » avec l’idée du « refuge », comme un foyer accueillant. J’ai également essayé de jouer avec les sonorités, d’abord avec les rimes pour renforcer le sens de mon poème, telles que :

Murmure silencieux du vent dans les fourrés,
Mélodie somptueuse d’un rêve oublié d’espérance et de paix

J’ai également tenu à parler du « Murmure silencieux du vent » représentant une « mélodie somptueuse » : comme si le vent à lui seul pouvait constituer un chant presque mystique, qu’on ne pourrait se lasser d’écouter, une voix qui ne s’entendrait pas pour quelqu’un qui considérerait la forêt seulement comme un environnement, mais qui deviendrait sublime pour celui qui, sachant prendre le temps de s’arrêter et d’écouter, est à même de considérer la forêt comme quelque chose de plus sensible, de plus humanisé qu’un simple paysage.

Enfin, j’ai voulu finir par une comparaison de cette mélodie avec le bruit des « oiseaux qui s’effeuillent dans les feuillages », pour rappeler que si le vent seul peut former une mélodie, la forêt tout entière et ceux qui l’habitent peuvent également en être une. Comme le lecteur peut le constater, ce poème m’a surtout été inspiré par le courant du romantisme et par le symbolisme. Je souhaite que les personnes qui le lisent soient sensibles à une image moins préconçue de la forêt. Comme je le suggérais précédemment, certains sont en effet fixés sur des préjugés désignant la forêt seulement comme environnement, un lieu géographique sans intérêts particulier, et j’ai voulu lui conférer une identité en communion avec l’identité de l’Homme.

C’est pourquoi j’en ai conçu une version idéalisée qui parle plus à mon cœur, car elle est invisible au visiteur de passage. Pour comprendre la forêt, il faut la ressentir intimement. Ce déchiffrement, le lecteur l’aura compris, puise son inspiration dans le Symbolisme. La forêt est certes un refuge, un lieu de réflexion sur la vie mais aussi un lieu allégorique : un endroit personnel, on pourrait ici parler de forêt de sentiments qui mène à l’idéal. Marcel Aymé a dit : « La forêt, c’est encore un peu du paradis perdu. » : lieu fascinant, singulier et à jamais paisible… Un paradis pour chaque personne qui veut bien accomplir le chemin. Aller dans la forêt est, de fait, un parcours symbolique, prompt à une infinie réflexion…

© 2015, Wendy M.

Concours « Ecriture en Forêt » Palmarès 2015 et publication des textes primés : catégorie Poésie (classes de Première). Aujourd’hui : Wendy M. Deuxième accessit

concours_eef_2014_logo-1Le Lycée en Forêt a lancé depuis la rentrée 2013 un original concours d’écriture à destination des classes de Seconde et de Première  ayant pour intitulé : « Écritures en Forêt ».

Pour les classes de Première, le sujet portait sur l’écriture d’un poème ayant obligatoirement pour thème la forêt, ainsi que la rédaction d’une note d’intention expliquant la démarche du projet d’écriture ainsi que les particularités stylistiques mises en œuvre. 

Félicitation aux très nombreux participants, particulièrement à mes élèves de Première S4 (promotion 2014-2015), qui se sont remarquablement investis dans le dispositif, et bien sûr Bravo aux lauréats de l’édition 2015 :

  • Premier prix : Léa R. (Première S4)  Lire en ligne
  • Deuxième prix : Maud C. (Première S1)  Lire en ligne
  • Troisième prix : Mélissa L. (Première S4)  Lire en ligne
  • Premier accessit : Mélanie J. (Premièe S4)  Lire en ligne
  • Deuxième accessit : Wendy M. (Première S4)
  • Troisième accessit : Camille H. (Première L2)
  • Quatrième accessit : Hugo T. (Première L2)
  • Coup de cœur Lycéen : Bénédicte R. (Première S4)  Lire en ligne

Une cérémonie récompensant les élèves primés a eu lieu le mercredi 10 juin 2015 au Lycée en Forêt, sous la présidence de Madame Condracq, Proviseure.
Merci encore au Lycée qui a pu débloquer des fonds importants pour récompenser les lauréats.

frise fleurs horizontale

Découvrez aujourd’hui le poème de Wendy M.
(Première S4, promotion 2014-2015), deuxième accessit :

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« Rêve d’espérance et de paix »

par Wendy M.
Classe de Première S4
Deuxième accessit


À l’aube d’un jour nouveau, la magie recommence
Dans mon refuge secret, la forêt se transforme
Au souffle de mes pensées, l’imagination fleurit en liberté

Le soleil s’infiltre là où se tient le vent :
Entre les feuilles, entre les branches.
De sa lumière étincelante de pureté

Il éclaire chaque jour d’immenses allées de solitude
Où saules, bouleaux, sapins et charmes,
Strient de leurs cernes les sentiers de mon âme

Murmure silencieux du vent dans les fourrés,
Mélodie somptueuse d’un rêve oublié d’espérance et de paix
Comme ces oiseaux qui s’effeuillent dans les feuillages…

forêt_magique_2« Mélodie somptueuse d’un rêve oublié d’espérance et de paix
Comme ces oiseaux qui s’effeuillent dans les feuillages… »

Illustration : © Bruno Rigolt, août 2015

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NOTE D’INTENTION

J’ai souhaité participer au concours proposé par notre lycée car, je dois l’avouer, j’ai rarement écrit de poésies et j’ai souhaité ainsi m’essayer à cet exercice difficile. De plus, le thème de la forêt m’inspirait d’autant plus que j’habite moi-même à côté de la forêt de Montargis depuis toute petite. La forêt est pour moi un refuge, un ressourcement des émotions. Quand je rentrais de l’école ou maintenant du Lycée, les arbres inspirent à celui qui sait les contempler une profonde source d’inspiration. C’est ce que j’ai voulu expliquer en choisissant comme tire : « Rêve d’espérance et de paix ».

Comme vous le voyez, mon poème est donc une description méliorative de la forêt. J’ai souhaité en effet montrer la forêt comme un lieu d’idéalisation du réel. Pour cela, j’ai privilégié certaines figures de style, comme la métaphore. Lorsque je dis par exemple que la forêt est un lieu où « l’imagination fleurit en liberté », j’ai souhaité par cette image amener à l’idée que la forêt est non seulement une source d’inspiration mais aussi un lieu de dépaysement. De même, les « immenses allées de solitude » et le mot « paix » rappellent le côté calme et paisible des arbres, prompt à la méditation lyrique.

Une image à laquelle je tiens particulièrement est celle-ci : « Strient de leurs cernes les sentiers de mon âme » qui entraîne une réflexion, une implication et une identification personnelle grâce à la personnification. J’ai voulu embellir l’image qu’on peut en avoir car, pour moi, la forêt a quelque chose qui relève de la « magie » : c’est un lieu qu’on ne contrôle pas et qui reste de ce fait extraordinaire. J’ai souhaité montrer qu’elle peut apporter du réconfort à ceux qui souffrent de « solitude » avec l’idée du « refuge », comme un foyer accueillant. J’ai également essayé de jouer avec les sonorités, d’abord avec les rimes pour renforcer le sens de mon poème, telles que :

Murmure silencieux du vent dans les fourrés,
Mélodie somptueuse d’un rêve oublié d’espérance et de paix

J’ai également tenu à parler du « Murmure silencieux du vent » représentant une « mélodie somptueuse » : comme si le vent à lui seul pouvait constituer un chant presque mystique, qu’on ne pourrait se lasser d’écouter, une voix qui ne s’entendrait pas pour quelqu’un qui considérerait la forêt seulement comme un environnement, mais qui deviendrait sublime pour celui qui, sachant prendre le temps de s’arrêter et d’écouter, est à même de considérer la forêt comme quelque chose de plus sensible, de plus humanisé qu’un simple paysage.

Enfin, j’ai voulu finir par une comparaison de cette mélodie avec le bruit des « oiseaux qui s’effeuillent dans les feuillages », pour rappeler que si le vent seul peut former une mélodie, la forêt tout entière et ceux qui l’habitent peuvent également en être une. Comme le lecteur peut le constater, ce poème m’a surtout été inspiré par le courant du romantisme et par le symbolisme. Je souhaite que les personnes qui le lisent soient sensibles à une image moins préconçue de la forêt. Comme je le suggérais précédemment, certains sont en effet fixés sur des préjugés désignant la forêt seulement comme environnement, un lieu géographique sans intérêts particulier, et j’ai voulu lui conférer une identité en communion avec l’identité de l’Homme.

C’est pourquoi j’en ai conçu une version idéalisée qui parle plus à mon cœur, car elle est invisible au visiteur de passage. Pour comprendre la forêt, il faut la ressentir intimement. Ce déchiffrement, le lecteur l’aura compris, puise son inspiration dans le Symbolisme. La forêt est certes un refuge, un lieu de réflexion sur la vie mais aussi un lieu allégorique : un endroit personnel, on pourrait ici parler de forêt de sentiments qui mène à l’idéal. Marcel Aymé a dit : « La forêt, c’est encore un peu du paradis perdu. » : lieu fascinant, singulier et à jamais paisible… Un paradis pour chaque personne qui veut bien accomplir le chemin. Aller dans la forêt est, de fait, un parcours symbolique, prompt à une infinie réflexion…

© 2015, Wendy M.

Concours "Ecriture en Forêt" Palmarès 2015 et publication des textes primés : catégorie Poésie (classes de Première). Aujourd'hui : Mélissa L. Troisième Prix

concours_eef_2014_logo-1Le Lycée en Forêt a lancé depuis la rentrée 2013 un original concours d’écriture à destination des classes de Seconde et de Première  ayant pour intitulé : « Écritures en Forêt ».

Pour les classes de Première, le sujet portait sur l’écriture d’un poème ayant obligatoirement pour thème la forêt, ainsi que la rédaction d’une note d’intention expliquant la démarche du projet d’écriture ainsi que les particularités stylistiques mises en œuvre. 

Félicitation aux très nombreux participants, particulièrement à mes élèves de Première S4 (promotion 2014-2015), qui se sont remarquablement investis dans le dispositif, et bien sûr Bravo aux lauréats de l’édition 2015 :

  • Premier prix : Léa R. (Première S4)  Lire en ligne
  • Deuxième prix : Maud C. (Première S1)  Lire en ligne
  • Troisième prix : Mélissa L. (Première S4)
  • Premier accessit : Mélanie J. (Premièe S4)  Lire en ligne
  • Deuxième accessit : Wendy M. (Première S4)  Lire en ligne
  • Troisième accessit : Camille H. (Première L2)
  • Quatrième accessit : Hugo T. (Première L2)
  • Coup de cœur Lycéen : Bénédicte R. (Première S4)  Lire en ligne

Une cérémonie récompensant les élèves primés a eu lieu le mercredi 10 juin 2015 au Lycée en Forêt, sous la présidence de Madame Condracq, Proviseure.
Merci encore au Lycée qui a pu débloquer des fonds importants pour récompenser les lauréats.

frise fleurs horizontale

Découvrez aujourd’hui le poème de Mélissa L.
(Première S4, promotion 2014-2015), troisième prix :

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« Exaltation des sens »

par Mélissa L.
Classe de Première S4
Troisième prix


Quand je ferme les yeux,
J’entends cette pluie ardente
Battant ton sol avec force.
Singes hurleurs et oiseaux siffleurs
M’envahissent et me perdent.

J’ouvre les yeux,
L’immense bois-cathédrale et ses lianes envahissantes
Impose ta force et ta puissance.
Parmi eux se cache une douce et blanche orchidée
Liée au rouge vif du balisier.

Lorsque je respire l’air,
Dans cette chaleur humide et étouffante,
Des fragrances enivrantes
De fleurs et de fruits exotiques
M’emportent dans ta passion et ta folie.

Je m’aventure dans la jungle,
Les bras blessés par les épines d’awara.
Mes pieds s’entremêlent dans les racines,
Je m’enfonce dans ta végétation luxuriante
Et disparais tel un papillon éphémère.

Forêt tropicale_5« Je m’enfonce dans ta végétation luxuriante
Et disparais tel un papillon éphémère… »

Illustration : © Bruno Rigolt

_

NOTE D’INTENTION

« Exaltation des sens » est un poème en prose. Pour l’écrire, je me suis tout d’abord inspirée de ma terre natale, la Guyane, et particulièrement de la forêt amazonienne. Comme l’indique le titre, le texte est une exaltation des différentes émotions du corps humain : l’ouïe, la vue, l’odorat et le toucher. Pour moi, la forêt renvoie à une perception profonde et sensuelle de la beauté. Par exemple, pour montrer que la forêt est vivante, j’ai utilisé différents contrastes : force /douceur ; fraîcheur / humidité.

Cette musique des sens m’a été également inspirée par le romantisme : comment ne pas vouloir entrer en communion avec la nature et s’abandonner au grand lyrisme de la forêt ? Cette idée d’une communion de l’homme avec le « grand tout », qui est un aspect clef du primitivisme romantique, est essentielle dans le texte :

« J’ouvre les yeux,
L’immense Bois-cathédrale et ses lianes envahissantes
Impose ta force et ta puissance. »

Avec l’assonance du phonème |ᾶ|, et l’allitération en |s|, je mets l’accent sur l’emprise, la grandeur et la puissance de la forêt.

Comme on le voit, au-delà du dépaysement exotique, la recherche de l’immensité et d’un certain panthéisme se retrouvent à la lecture du texte.Voilà ce que j’ai voulu exprimer : l’amour pour ma Guyane natale, et surtout faire de mon poème un voyage vers l’ailleurs, vers un autre horizon, si cher à mon cœur…

© 2015, Mélissa L.

Concours « Ecriture en Forêt » Palmarès 2015 et publication des textes primés : catégorie Poésie (classes de Première). Aujourd’hui : Mélissa L. Troisième Prix

concours_eef_2014_logo-1Le Lycée en Forêt a lancé depuis la rentrée 2013 un original concours d’écriture à destination des classes de Seconde et de Première  ayant pour intitulé : « Écritures en Forêt ».

Pour les classes de Première, le sujet portait sur l’écriture d’un poème ayant obligatoirement pour thème la forêt, ainsi que la rédaction d’une note d’intention expliquant la démarche du projet d’écriture ainsi que les particularités stylistiques mises en œuvre. 

Félicitation aux très nombreux participants, particulièrement à mes élèves de Première S4 (promotion 2014-2015), qui se sont remarquablement investis dans le dispositif, et bien sûr Bravo aux lauréats de l’édition 2015 :

  • Premier prix : Léa R. (Première S4)  Lire en ligne
  • Deuxième prix : Maud C. (Première S1)  Lire en ligne
  • Troisième prix : Mélissa L. (Première S4)
  • Premier accessit : Mélanie J. (Premièe S4)  Lire en ligne
  • Deuxième accessit : Wendy M. (Première S4)  Lire en ligne
  • Troisième accessit : Camille H. (Première L2)
  • Quatrième accessit : Hugo T. (Première L2)
  • Coup de cœur Lycéen : Bénédicte R. (Première S4)  Lire en ligne

Une cérémonie récompensant les élèves primés a eu lieu le mercredi 10 juin 2015 au Lycée en Forêt, sous la présidence de Madame Condracq, Proviseure.
Merci encore au Lycée qui a pu débloquer des fonds importants pour récompenser les lauréats.

frise fleurs horizontale

Découvrez aujourd’hui le poème de Mélissa L.
(Première S4, promotion 2014-2015), troisième prix :

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« Exaltation des sens »

par Mélissa L.
Classe de Première S4
Troisième prix


Quand je ferme les yeux,
J’entends cette pluie ardente
Battant ton sol avec force.
Singes hurleurs et oiseaux siffleurs
M’envahissent et me perdent.

J’ouvre les yeux,
L’immense bois-cathédrale et ses lianes envahissantes
Impose ta force et ta puissance.
Parmi eux se cache une douce et blanche orchidée
Liée au rouge vif du balisier.

Lorsque je respire l’air,
Dans cette chaleur humide et étouffante,
Des fragrances enivrantes
De fleurs et de fruits exotiques
M’emportent dans ta passion et ta folie.

Je m’aventure dans la jungle,
Les bras blessés par les épines d’awara.
Mes pieds s’entremêlent dans les racines,
Je m’enfonce dans ta végétation luxuriante
Et disparais tel un papillon éphémère.

Forêt tropicale_5« Je m’enfonce dans ta végétation luxuriante
Et disparais tel un papillon éphémère… »

Illustration : © Bruno Rigolt

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NOTE D’INTENTION

« Exaltation des sens » est un poème en prose. Pour l’écrire, je me suis tout d’abord inspirée de ma terre natale, la Guyane, et particulièrement de la forêt amazonienne. Comme l’indique le titre, le texte est une exaltation des différentes émotions du corps humain : l’ouïe, la vue, l’odorat et le toucher. Pour moi, la forêt renvoie à une perception profonde et sensuelle de la beauté. Par exemple, pour montrer que la forêt est vivante, j’ai utilisé différents contrastes : force /douceur ; fraîcheur / humidité.

Cette musique des sens m’a été également inspirée par le romantisme : comment ne pas vouloir entrer en communion avec la nature et s’abandonner au grand lyrisme de la forêt ? Cette idée d’une communion de l’homme avec le « grand tout », qui est un aspect clef du primitivisme romantique, est essentielle dans le texte :

« J’ouvre les yeux,
L’immense Bois-cathédrale et ses lianes envahissantes
Impose ta force et ta puissance. »

Avec l’assonance du phonème |ᾶ|, et l’allitération en |s|, je mets l’accent sur l’emprise, la grandeur et la puissance de la forêt.

Comme on le voit, au-delà du dépaysement exotique, la recherche de l’immensité et d’un certain panthéisme se retrouvent à la lecture du texte.Voilà ce que j’ai voulu exprimer : l’amour pour ma Guyane natale, et surtout faire de mon poème un voyage vers l’ailleurs, vers un autre horizon, si cher à mon cœur…

© 2015, Mélissa L.

Concours "Ecriture en Forêt" Palmarès 2015 et publication des textes primés : catégorie Poésie (classes de Première). Aujourd'hui : Maud C. Deuxième Prix

concours_eef_2014_logo-1Le Lycée en Forêt a lancé depuis la rentrée 2013 un original concours d’écriture à destination des classes de Seconde et de Première  ayant pour intitulé : « Écritures en Forêt ».

Pour les classes de Première, le sujet portait sur l’écriture d’un poème ayant obligatoirement pour thème la forêt, ainsi que la rédaction d’une note d’intention expliquant la démarche du projet d’écriture ainsi que les particularités stylistiques mises en œuvre. 

Félicitation aux très nombreux participants, particulièrement à mes élèves de Première S4 (promotion 2014-2015), qui se sont remarquablement investis dans le dispositif, et bien sûr Bravo aux lauréats de l’édition 2015 :

  • Premier prix : Léa R. (Première S4)  Lire en ligne
  • Deuxième prix : Maud C. (Première S1)
  • Troisième prix : Mélissa L. (Première S4)  Lire en ligne
  • Premier accessit : Mélanie J. (Premièe S4)  Lire en ligne
  • Deuxième accessit : Wendy M. (Première S4)  Lire en ligne
  • Troisième accessit : Camille H. (Première L2)
  • Quatrième accessit : Hugo T. (Première L2)
  • Coup de cœur Lycéen : Bénédicte R. (Première S4)  Lire en ligne

Une cérémonie récompensant les élèves primés a eu lieu le mercredi 10 juin 2015 au Lycée en Forêt, sous la présidence de Madame Condracq, Proviseure.
Merci encore au Lycée qui a pu débloquer des fonds importants pour récompenser les lauréats.

frise fleurs horizontale

Découvrez aujourd’hui le poème de Maud C.
(Première S1, promotion 2014-2015), deuxième prix :

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« Profondeur des bois »

par Maud C.
Classe de Première S1
Deuxième prix


Un chemin volatile s’enfonce, sinueux, invisible, traverse futile
D’une rive à un port. Un homme marche, son corps, accord
Frissonnant des feuilles mortes sous ses pas fébriles.

Un chemin volubile s’efface ; revient à la vie, souvenir putride
De l’autre monde, la complainte des morts,
Rouet sans fin sur cette terre humide
Qui si vite sous ses charmes enfouit le cadavre, le spectre et le corps.

Toi qui lui as donné la vie, oh combien tu sais comme elle est courte et dure,
Maîtresse forêt, qui dans tes branches, enfantant des fleurs, le protège et l’accueille
Lui offrant florilège de douceurs, sachant que cela ne dure
Tu comptes les heures, glorifiant son cercueil.

Des moisissures vermeilles enserrent ses chairs incises
Véritables griffes d’aigle, elles le rongent, le déchirent
L’entraînant par delà des latitudes exquises
Où les flammes mordantes jusqu’aux feuilles font rougir

Et toi, forêt, tu joues, offrant et prenant la vie
Baignant d’une trompeuse lumière bleutée les meurtres commis
Tu composes un être en ton sein
Sachant déjà son funeste lendemain

La proie des oiseaux charognards, vermine boueuse des coléoptères,
Aux couleurs fanées et à l’odeur infâme, n’était plus qu’un rêve,
Souvenir vibrant d’une note éphémère
Dans le silence, lorsque la symphonie s’achève.

Et de linceul à voile l’obscurité changea
Et sous l’humus fertile, insolent,
Un arbrisseau lança, élégant
Une petite branche innocente dans la tiédeur du soir.

Lueur d’espoir, cycle infini de sa main sur nos vies, elle compose
Au fil de l’air, de l’eau, du vent, elle décompose
Insectes parmi les feuilles, poussières dans le lointain.

foret_magique_1.1300625982.jpg« Au fil de l’air, de l’eau, du vent, elle décompose
Insectes parmi les feuilles, poussières dans le lointain… »

Illustration : © Bruno Rigolt

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NOTE D’INTENTION

Il était presque dix-huit heures, cet hiver. La nuit commençait à tomber. Il pleuvait. De grosses gouttes s’écrasaient sur ma terrasse, formant un clapotis régulier dans le silence alentour. Personne à la maison, personne dans la rue, aucun bruit, à peine celui d’une voiture roulant dans les flaques du bas coté, formant des gerbes d’eau sur son passage. L’herbe du jardin était trempée, couverte d’un tapis de feuilles mortes, d’un brun sale, presque noir, à moitié pourri.

J’ai froid, l’atmosphère est sinistre, grise. Je n’ai pas les clés. Je suis à la porte. Rien à faire, j’attends. Je m’assois sous la marquise de l’entrée, avec mon sac de cours. Je respire l’air humide, le parfum si caractéristique des arbres l’hiver me parvient. Je sens, j’observe, les mots se bousculent dans ma tête, farandole de noms et d’adjectifs, de verbes puissants, trop forts. Mon énervement transparaît, je n’aime pas ce temps. Je suis seule.

Je sors une feuille de mon sac, écris tout les mots qui me passent devant les yeux : « lac, cycle, pluie, amers, tapis, attendre, humus, finitude, pourriture, néant, refuge, ardu, erreur, mensonge, grisâtre, fumée, volatil, assassin, meurtre, spectre, pente, chaleur, enseveli, putride, plume, détruire… » Alors je commence à écrire, j’ai les doigts gelés mais j’écris le premier vers, sans savoir où je vais. Je n’ai rien à perdre, rien d’autre à faire. Ainsi, mes pensées se canalisent et j’évite de me torturer la tête avec mes problèmes quotidiens, bien futiles pour certains : histoires d’enfant, d’amis, d’amours…

J’écris un chemin, j’écris sa naïveté. Et puis les phrases affluent et apparaissent d’elles-mêmes, des vers, des rimes, une structure prend forme, toute seule. Les minutes passent. Personne n’arrive. J’ai de plus en plus froid, alors j’écris : j’écris la décomposition sous mes yeux, j’écris la haine qu’elle m’inspire. Les mots sont trop forts, sanglants, infâmes. Je me laisse emporter, ça n’a pas de sens. Je les changerai par la suite pour quelque chose de plus sale et de moins fort, quand je déciderai de mon but. Dans un premier temps, j’ai écrit, sans réel objectif, tout simplement.

Une voiture. Maman, enfin ! Je rentre chez moi, me sèche. Et puis je réalise le sujet de ce concours… Pourquoi pas ? Je reprends ce que j’ai écrit et je vois enfin le fil, je le suis, dans ma tête, puis écris la suite sur le papier.

Le soir même, je suis conduite à mon cours de piano. Dans la voiture, je n’arrive pas à m’arrêter, il n’était plus qu’un rêve, souvenir vibrant d’une note, lorsque la symphonie s’achève. Certes, il faudrait que je cesse d’écrire, que je me concentre sur la musique que je vais devoir interpréter dans quelques minutes. Trouver une issue, me libérer de ces mots trompeurs. Qu’est ce que m’évoque la forêt, simplement la décomposition ? Non c’est également la renaissance, le printemps quand poussent les fleurs et les arbres, un tapis de feuilles bienveillant. Je termine les derniers vers, tant pis, je serai en retard, j’ai trop peur d’oublier. Un cycle, un espoir, la vie. Les vers de Victor Hugo me reviennent, ils sont doux, la forêt est un grand réseau de vie, et non pas une meurtrière.

Je ne demande pas autre chose aux forêts
Que de faire silence autour des antres frais
Et de ne pas troubler la chanson des fauvettes.
Je veux entendre aller et venir les navettes
De Pan, noir tisserand que nous entrevoyons
Et qui file, en tordant l’eau, le vent, les rayons,
Ce grand réseau, la vie, immense et sombre toile
Où brille et tremble en bas la fleur, en haut l’étoile.

Je termine : « Elle compose… décompose /Insectes parmi les feuilles, poussières dans le lointain. » Après mon cours de piano, je relis à haute voix mon poème, je m’écoute trop, c’est trop ma voix. Je supprime des mots, les remplace, lis autrement et ressens le poème d’une autre manière, moins morbide.

Quarante vers. Mon poème est trop long. Comment vais-je faire ? Il faut que je supprime un quart de ce que j’ai écrit. Je n’y arrive pas. Quelle torture de devoir sélectionner, élaguer. J’ai du mal, je réfléchis beaucoup. Peut être ne vais-je finalement rien présenter au concours ? Il faut que j’écrive autre chose, mais je n’ai pas le temps et puis je me répète et n’ai plus le contexte satisfaisant. Je commence à écrire et le poème prend une autre tournure, parle d’autre chose, s’égare, et je n’ai pas le cœur de le changer, je le termine, le laisse tel que, il est hors sujet. Je me résigne et reviens à mon poème de départ, coupe et colle, fais des assemblages, perd le fil conducteur puis finalement le retrouve. Je réussis à supprimer deux quatrains. Il y a encore deux vers de trop. Tant pis, je romps avec la forme choisie au départ. Je ne sais pas si cela est important, ou encore une fois futile. Je n’arrive pas à faire autrement.

Le résultat me déçoit. Certain vers sont seuls, isolés, presque nus sans leurs compagnons de strophes. Mais il faut bien respecter la forme imposée. Et puis, j’ai toujours la version première pour moi, celle que je garderai…

© 2015, Maud C.

Concours « Ecriture en Forêt » Palmarès 2015 et publication des textes primés : catégorie Poésie (classes de Première). Aujourd’hui : Maud C. Deuxième Prix

concours_eef_2014_logo-1Le Lycée en Forêt a lancé depuis la rentrée 2013 un original concours d’écriture à destination des classes de Seconde et de Première  ayant pour intitulé : « Écritures en Forêt ».

Pour les classes de Première, le sujet portait sur l’écriture d’un poème ayant obligatoirement pour thème la forêt, ainsi que la rédaction d’une note d’intention expliquant la démarche du projet d’écriture ainsi que les particularités stylistiques mises en œuvre. 

Félicitation aux très nombreux participants, particulièrement à mes élèves de Première S4 (promotion 2014-2015), qui se sont remarquablement investis dans le dispositif, et bien sûr Bravo aux lauréats de l’édition 2015 :

  • Premier prix : Léa R. (Première S4)  Lire en ligne
  • Deuxième prix : Maud C. (Première S1)
  • Troisième prix : Mélissa L. (Première S4)  Lire en ligne
  • Premier accessit : Mélanie J. (Premièe S4)  Lire en ligne
  • Deuxième accessit : Wendy M. (Première S4)  Lire en ligne
  • Troisième accessit : Camille H. (Première L2)
  • Quatrième accessit : Hugo T. (Première L2)
  • Coup de cœur Lycéen : Bénédicte R. (Première S4)  Lire en ligne

Une cérémonie récompensant les élèves primés a eu lieu le mercredi 10 juin 2015 au Lycée en Forêt, sous la présidence de Madame Condracq, Proviseure.
Merci encore au Lycée qui a pu débloquer des fonds importants pour récompenser les lauréats.

frise fleurs horizontale

Découvrez aujourd’hui le poème de Maud C.
(Première S1, promotion 2014-2015), deuxième prix :

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« Profondeur des bois »

par Maud C.
Classe de Première S1
Deuxième prix


Un chemin volatile s’enfonce, sinueux, invisible, traverse futile
D’une rive à un port. Un homme marche, son corps, accord
Frissonnant des feuilles mortes sous ses pas fébriles.

Un chemin volubile s’efface ; revient à la vie, souvenir putride
De l’autre monde, la complainte des morts,
Rouet sans fin sur cette terre humide
Qui si vite sous ses charmes enfouit le cadavre, le spectre et le corps.

Toi qui lui as donné la vie, oh combien tu sais comme elle est courte et dure,
Maîtresse forêt, qui dans tes branches, enfantant des fleurs, le protège et l’accueille
Lui offrant florilège de douceurs, sachant que cela ne dure
Tu comptes les heures, glorifiant son cercueil.

Des moisissures vermeilles enserrent ses chairs incises
Véritables griffes d’aigle, elles le rongent, le déchirent
L’entraînant par delà des latitudes exquises
Où les flammes mordantes jusqu’aux feuilles font rougir

Et toi, forêt, tu joues, offrant et prenant la vie
Baignant d’une trompeuse lumière bleutée les meurtres commis
Tu composes un être en ton sein
Sachant déjà son funeste lendemain

La proie des oiseaux charognards, vermine boueuse des coléoptères,
Aux couleurs fanées et à l’odeur infâme, n’était plus qu’un rêve,
Souvenir vibrant d’une note éphémère
Dans le silence, lorsque la symphonie s’achève.

Et de linceul à voile l’obscurité changea
Et sous l’humus fertile, insolent,
Un arbrisseau lança, élégant
Une petite branche innocente dans la tiédeur du soir.

Lueur d’espoir, cycle infini de sa main sur nos vies, elle compose
Au fil de l’air, de l’eau, du vent, elle décompose
Insectes parmi les feuilles, poussières dans le lointain.

foret_magique_1.1300625982.jpg« Au fil de l’air, de l’eau, du vent, elle décompose
Insectes parmi les feuilles, poussières dans le lointain… »

Illustration : © Bruno Rigolt

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NOTE D’INTENTION

Il était presque dix-huit heures, cet hiver. La nuit commençait à tomber. Il pleuvait. De grosses gouttes s’écrasaient sur ma terrasse, formant un clapotis régulier dans le silence alentour. Personne à la maison, personne dans la rue, aucun bruit, à peine celui d’une voiture roulant dans les flaques du bas coté, formant des gerbes d’eau sur son passage. L’herbe du jardin était trempée, couverte d’un tapis de feuilles mortes, d’un brun sale, presque noir, à moitié pourri.

J’ai froid, l’atmosphère est sinistre, grise. Je n’ai pas les clés. Je suis à la porte. Rien à faire, j’attends. Je m’assois sous la marquise de l’entrée, avec mon sac de cours. Je respire l’air humide, le parfum si caractéristique des arbres l’hiver me parvient. Je sens, j’observe, les mots se bousculent dans ma tête, farandole de noms et d’adjectifs, de verbes puissants, trop forts. Mon énervement transparaît, je n’aime pas ce temps. Je suis seule.

Je sors une feuille de mon sac, écris tout les mots qui me passent devant les yeux : « lac, cycle, pluie, amers, tapis, attendre, humus, finitude, pourriture, néant, refuge, ardu, erreur, mensonge, grisâtre, fumée, volatil, assassin, meurtre, spectre, pente, chaleur, enseveli, putride, plume, détruire… » Alors je commence à écrire, j’ai les doigts gelés mais j’écris le premier vers, sans savoir où je vais. Je n’ai rien à perdre, rien d’autre à faire. Ainsi, mes pensées se canalisent et j’évite de me torturer la tête avec mes problèmes quotidiens, bien futiles pour certains : histoires d’enfant, d’amis, d’amours…

J’écris un chemin, j’écris sa naïveté. Et puis les phrases affluent et apparaissent d’elles-mêmes, des vers, des rimes, une structure prend forme, toute seule. Les minutes passent. Personne n’arrive. J’ai de plus en plus froid, alors j’écris : j’écris la décomposition sous mes yeux, j’écris la haine qu’elle m’inspire. Les mots sont trop forts, sanglants, infâmes. Je me laisse emporter, ça n’a pas de sens. Je les changerai par la suite pour quelque chose de plus sale et de moins fort, quand je déciderai de mon but. Dans un premier temps, j’ai écrit, sans réel objectif, tout simplement.

Une voiture. Maman, enfin ! Je rentre chez moi, me sèche. Et puis je réalise le sujet de ce concours… Pourquoi pas ? Je reprends ce que j’ai écrit et je vois enfin le fil, je le suis, dans ma tête, puis écris la suite sur le papier.

Le soir même, je suis conduite à mon cours de piano. Dans la voiture, je n’arrive pas à m’arrêter, il n’était plus qu’un rêve, souvenir vibrant d’une note, lorsque la symphonie s’achève. Certes, il faudrait que je cesse d’écrire, que je me concentre sur la musique que je vais devoir interpréter dans quelques minutes. Trouver une issue, me libérer de ces mots trompeurs. Qu’est ce que m’évoque la forêt, simplement la décomposition ? Non c’est également la renaissance, le printemps quand poussent les fleurs et les arbres, un tapis de feuilles bienveillant. Je termine les derniers vers, tant pis, je serai en retard, j’ai trop peur d’oublier. Un cycle, un espoir, la vie. Les vers de Victor Hugo me reviennent, ils sont doux, la forêt est un grand réseau de vie, et non pas une meurtrière.

Je ne demande pas autre chose aux forêts
Que de faire silence autour des antres frais
Et de ne pas troubler la chanson des fauvettes.
Je veux entendre aller et venir les navettes
De Pan, noir tisserand que nous entrevoyons
Et qui file, en tordant l’eau, le vent, les rayons,
Ce grand réseau, la vie, immense et sombre toile
Où brille et tremble en bas la fleur, en haut l’étoile.

Je termine : « Elle compose… décompose /Insectes parmi les feuilles, poussières dans le lointain. » Après mon cours de piano, je relis à haute voix mon poème, je m’écoute trop, c’est trop ma voix. Je supprime des mots, les remplace, lis autrement et ressens le poème d’une autre manière, moins morbide.

Quarante vers. Mon poème est trop long. Comment vais-je faire ? Il faut que je supprime un quart de ce que j’ai écrit. Je n’y arrive pas. Quelle torture de devoir sélectionner, élaguer. J’ai du mal, je réfléchis beaucoup. Peut être ne vais-je finalement rien présenter au concours ? Il faut que j’écrive autre chose, mais je n’ai pas le temps et puis je me répète et n’ai plus le contexte satisfaisant. Je commence à écrire et le poème prend une autre tournure, parle d’autre chose, s’égare, et je n’ai pas le cœur de le changer, je le termine, le laisse tel que, il est hors sujet. Je me résigne et reviens à mon poème de départ, coupe et colle, fais des assemblages, perd le fil conducteur puis finalement le retrouve. Je réussis à supprimer deux quatrains. Il y a encore deux vers de trop. Tant pis, je romps avec la forme choisie au départ. Je ne sais pas si cela est important, ou encore une fois futile. Je n’arrive pas à faire autrement.

Le résultat me déçoit. Certain vers sont seuls, isolés, presque nus sans leurs compagnons de strophes. Mais il faut bien respecter la forme imposée. Et puis, j’ai toujours la version première pour moi, celle que je garderai…

© 2015, Maud C.

Concours "Ecriture en Forêt" Palmarès 2015 et publication des textes primés : catégorie Poésie (classes de Première). Aujourd'hui : Léa R. Premier Prix

concours_eef_2014_logo-1Le Lycée en Forêt a lancé depuis la rentrée 2013 un original concours d’écriture à destination des classes de Seconde et de Première  ayant pour intitulé : « Écritures en Forêt ».

Pour les classes de Première, le sujet portait sur l’écriture d’un poème ayant obligatoirement pour thème la forêt, ainsi que la rédaction d’une note d’intention expliquant la démarche du projet d’écriture ainsi que les particularités stylistiques mises en œuvre. 

Félicitation aux très nombreux participants, particulièrement à mes élèves de Première S4 (promotion 2014-2015), qui se sont remarquablement investis dans le dispositif, et bien sûr Bravo aux lauréats de l’édition 2015 :

  • Premier prix : Léa R. (Première S4) 
  • Deuxième prix : Maud C. (Première S1)  Lire en ligne
  • Troisième prix : Mélissa L. (Première S4)  Lire en ligne
  • Premier accessit : Mélanie J. (Premièe S4)  Lire en ligne
  • Deuxième accessit : Wendy M. (Première S4)  Lire en ligne
  • Troisième accessit : Camille H. (Première L2)
  • Quatrième accessit : Hugo T. (Première L2)
  • Coup de cœur Lycéen : Bénédicte R. (Première S4)  Lire en ligne

Une cérémonie récompensant les élèves primés a eu lieu le mercredi 10 juin 2015 au Lycée en Forêt, sous la présidence de Madame Condracq, Proviseure.
Merci encore au Lycée qui a pu débloquer des fonds importants pour récompenser les lauréats.

frise fleurs horizontale

Découvrez aujourd’hui le poème de Léa R.
(Première S4, promotion 2014-2015), premier prix :

_

« Complainte
d’une feuille hivernale »

par Léa R.
Classe de Première S4
Premier prix


Au pied de ce chêne, je suis mélancolique.
Passe le temps, m’assourdit le calme
Gicle la lumière des branches dénudées
Et vient m’aveugler la voix du vent criant mon nom.
Plongée dans l’hiver, l’écorce brune de la forêt
M’emporte au large, vers l’arrière pays du ciel.

Alors que le jour a fermé ses paupières ; je me sens si seule
Dans cet océan où voyageaient d’autres feuilles.
Elles aussi allaient vers d’autres matins.
Mon corps aride frémit de son inapparence,
Je me sens prisonnière de sa blessure
Je vis au jour le jour, au soir le soir,

Les saisons sont ma parure, les années ma beauté désertée.
Ô qu’un instant, le temps s’arrête : je serais reine de cette forêt
De cette nature couleur de brume et de chagrin,
Reine de ce matin au toit de neige,
De ce temps inexorable comme l’hiver et l’été
Reine de ce monde qui n’est à présent, plus le mien.

Arbres sur le Loing_Bruno Rigolt« Plongée dans l’hiver, l’écorce brune de la forêt
M’emporte au large, vers l’arrière pays du ciel… »

Illustration : © Bruno Rigolt
Au bord du Loing, en hiver, un soir

_

NOTE D’INTENTION

L’idée de ce poème m’est venue en regardant par ma fenêtre, alors que je cherchais l’inspiration: c’est alors que j’ai aperçu cet amas de feuilles auprès de mon arbre. Cela m’a donné l’idée de faire d’une feuille la narratrice de mon poème. N’est-il pas vrai d’ailleurs que celle-ci suit l’arbre tout au long des saisons et lui donne sa beauté ? J’ai donc intitulé ce poème « Complainte d’une feuille hivernale », car je voulais transmettre par ce titre les émotions que je peux éprouver durant l’hiver à travers un élément infiniment petit de la forêt : une simple feuille d’arbre. De même, le choix du mot « complainte » n’est pas un hasard. J’apprécie particulièrement les complaintes : leur registre élégiaque me plonge dans une tristesse indéfinie teintée d’indicible nostalgie.

De fait, comme vous l’avez sans doute compris en lisant le texte, mon poème repose sur une double énonciation: si le narrateur est la feuille au pied de l’arbre, on devine également que derrière cette apparence parfois, c’est l’auteure qui s’exprime. Comme par exemple dans ce passage c’est bien moi qui parle à travers la feuille :

« Au pied de ce chêne, je suis mélancolique.
Passe le temps, m’assourdit le calme
Gicle la lumière des branche dénudées
Et vient m’aveugler la voix du vent criant mon nom ».

En second lieu, je définirai mon poème comme un voyage poétique et métaphorique. La forêt, à elle seule, est une frontière, un voyage. Partir en forêt, c’est se dire : « Est-ce que je vais revenir ? Et si je me perdais ? Si je dérivais? » J’ai voulu faire sentir ces impressions en écrivant par exemple:

« M’emporte au large, vers l’arrière-pays du ciel »

Ou encore:

« Dans cet océan où voyageaient d’autres feuilles.
Elles aussi allaient vers d’autres matins. »

Quoi qu’on puisse penser, les forêts ne se ressemblent jamais, elles sont autant de cheminements à jamais recommencés et réinventés. Les saisons participent à cet infini voyage, qui nous emporte ailleurs. J’ai à ce titre privilégié la métaphore car cette figure de style est à même de nous faire passer d’une réalité à une autre réalité :

« De cette nature couleur de brume et de chagrin
Reine de ce matin au toit de neige… »

La métaphore apporte ici une sensibilité que je trouve intéressant d’exploiter car elle métamorphose le réel.

Enfin, l’an passé, j’avais étudié le mouvement romantique et je dois avouer que je me suis reconnue dans cette expression des sentiments. J’ai voulu rendre hommage à tous ces auteurs qui, de Lamartine à Mallarmé, ont chanté la nostalgie de l’idéal et du spirituel : derrière les arbres de la forêt, il y a en effet le cœur de celui qui la regarde: comme je le disais au début, les arbres, les branches, les fleurs ou comme ici la feuille tombée au sol sont ainsi l’expression de ses sentiments. La forêt est pour ma part, une succession d’émotions, couleurs du temps, couleurs des saisons, de mon humeur… Une forêt couleur de mes larmes, couleur de mes joies… Bref, une forêt qui laisse libre cours aux émotions et à l’imagination et c’est cela qui la rend si spéciale, si précieuse dans un monde où elle est tellement en voie de disparition.

© 2015, Léa R.

Concours « Ecriture en Forêt » Palmarès 2015 et publication des textes primés : catégorie Poésie (classes de Première). Aujourd’hui : Léa R. Premier Prix

concours_eef_2014_logo-1Le Lycée en Forêt a lancé depuis la rentrée 2013 un original concours d’écriture à destination des classes de Seconde et de Première  ayant pour intitulé : « Écritures en Forêt ».

Pour les classes de Première, le sujet portait sur l’écriture d’un poème ayant obligatoirement pour thème la forêt, ainsi que la rédaction d’une note d’intention expliquant la démarche du projet d’écriture ainsi que les particularités stylistiques mises en œuvre. 

Félicitation aux très nombreux participants, particulièrement à mes élèves de Première S4 (promotion 2014-2015), qui se sont remarquablement investis dans le dispositif, et bien sûr Bravo aux lauréats de l’édition 2015 :

  • Premier prix : Léa R. (Première S4) 
  • Deuxième prix : Maud C. (Première S1)  Lire en ligne
  • Troisième prix : Mélissa L. (Première S4)  Lire en ligne
  • Premier accessit : Mélanie J. (Premièe S4)  Lire en ligne
  • Deuxième accessit : Wendy M. (Première S4)  Lire en ligne
  • Troisième accessit : Camille H. (Première L2)
  • Quatrième accessit : Hugo T. (Première L2)
  • Coup de cœur Lycéen : Bénédicte R. (Première S4)  Lire en ligne

Une cérémonie récompensant les élèves primés a eu lieu le mercredi 10 juin 2015 au Lycée en Forêt, sous la présidence de Madame Condracq, Proviseure.
Merci encore au Lycée qui a pu débloquer des fonds importants pour récompenser les lauréats.

frise fleurs horizontale

Découvrez aujourd’hui le poème de Léa R.
(Première S4, promotion 2014-2015), premier prix :

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« Complainte
d’une feuille hivernale »

par Léa R.
Classe de Première S4
Premier prix


Au pied de ce chêne, je suis mélancolique.
Passe le temps, m’assourdit le calme
Gicle la lumière des branches dénudées
Et vient m’aveugler la voix du vent criant mon nom.
Plongée dans l’hiver, l’écorce brune de la forêt
M’emporte au large, vers l’arrière pays du ciel.

Alors que le jour a fermé ses paupières ; je me sens si seule
Dans cet océan où voyageaient d’autres feuilles.
Elles aussi allaient vers d’autres matins.
Mon corps aride frémit de son inapparence,
Je me sens prisonnière de sa blessure
Je vis au jour le jour, au soir le soir,

Les saisons sont ma parure, les années ma beauté désertée.
Ô qu’un instant, le temps s’arrête : je serais reine de cette forêt
De cette nature couleur de brume et de chagrin,
Reine de ce matin au toit de neige,
De ce temps inexorable comme l’hiver et l’été
Reine de ce monde qui n’est à présent, plus le mien.

Arbres sur le Loing_Bruno Rigolt« Plongée dans l’hiver, l’écorce brune de la forêt
M’emporte au large, vers l’arrière pays du ciel… »

Illustration : © Bruno Rigolt
Au bord du Loing, en hiver, un soir

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NOTE D’INTENTION

L’idée de ce poème m’est venue en regardant par ma fenêtre, alors que je cherchais l’inspiration: c’est alors que j’ai aperçu cet amas de feuilles auprès de mon arbre. Cela m’a donné l’idée de faire d’une feuille la narratrice de mon poème. N’est-il pas vrai d’ailleurs que celle-ci suit l’arbre tout au long des saisons et lui donne sa beauté ? J’ai donc intitulé ce poème « Complainte d’une feuille hivernale », car je voulais transmettre par ce titre les émotions que je peux éprouver durant l’hiver à travers un élément infiniment petit de la forêt : une simple feuille d’arbre. De même, le choix du mot « complainte » n’est pas un hasard. J’apprécie particulièrement les complaintes : leur registre élégiaque me plonge dans une tristesse indéfinie teintée d’indicible nostalgie.

De fait, comme vous l’avez sans doute compris en lisant le texte, mon poème repose sur une double énonciation: si le narrateur est la feuille au pied de l’arbre, on devine également que derrière cette apparence parfois, c’est l’auteure qui s’exprime. Comme par exemple dans ce passage c’est bien moi qui parle à travers la feuille :

« Au pied de ce chêne, je suis mélancolique.
Passe le temps, m’assourdit le calme
Gicle la lumière des branche dénudées
Et vient m’aveugler la voix du vent criant mon nom ».

En second lieu, je définirai mon poème comme un voyage poétique et métaphorique. La forêt, à elle seule, est une frontière, un voyage. Partir en forêt, c’est se dire : « Est-ce que je vais revenir ? Et si je me perdais ? Si je dérivais? » J’ai voulu faire sentir ces impressions en écrivant par exemple:

« M’emporte au large, vers l’arrière-pays du ciel »

Ou encore:

« Dans cet océan où voyageaient d’autres feuilles.
Elles aussi allaient vers d’autres matins. »

Quoi qu’on puisse penser, les forêts ne se ressemblent jamais, elles sont autant de cheminements à jamais recommencés et réinventés. Les saisons participent à cet infini voyage, qui nous emporte ailleurs. J’ai à ce titre privilégié la métaphore car cette figure de style est à même de nous faire passer d’une réalité à une autre réalité :

« De cette nature couleur de brume et de chagrin
Reine de ce matin au toit de neige… »

La métaphore apporte ici une sensibilité que je trouve intéressant d’exploiter car elle métamorphose le réel.

Enfin, l’an passé, j’avais étudié le mouvement romantique et je dois avouer que je me suis reconnue dans cette expression des sentiments. J’ai voulu rendre hommage à tous ces auteurs qui, de Lamartine à Mallarmé, ont chanté la nostalgie de l’idéal et du spirituel : derrière les arbres de la forêt, il y a en effet le cœur de celui qui la regarde: comme je le disais au début, les arbres, les branches, les fleurs ou comme ici la feuille tombée au sol sont ainsi l’expression de ses sentiments. La forêt est pour ma part, une succession d’émotions, couleurs du temps, couleurs des saisons, de mon humeur… Une forêt couleur de mes larmes, couleur de mes joies… Bref, une forêt qui laisse libre cours aux émotions et à l’imagination et c’est cela qui la rend si spéciale, si précieuse dans un monde où elle est tellement en voie de disparition.

© 2015, Léa R.

Concours d'éloquence 2015… Bientôt au Lycée !

           
Bientôt le Concours d’art oratoire 2015
Inscriptions au CDI dès février 2014
Présentation

Le Rotary Club de Montargis propose aux élèves du Lycée en Forêt de participer à un grand concours d’expression orale qui aura lieu le 17 mars 2015*. Si vous aimez prendre la parole, saisissez cette occasion unique de vous exprimer à l’oral face à un public (des professionnels et quelques enseignants du Lycée). Les inscriptions vont bientôt être ouvertes : vous pourrez retirer le formulaire d’inscription au CDI (Attention : le nombre de places étant limité, ne tardez pas à rapporter vos bulletins d’inscription. Clôture des inscriptions : lundi 16 février). Une réunion préparatoire aura lieu pour les inscrits uniquement le jeudi 19 février à 11h30 à l’amphithéâtre du lycée.
* et peut-être le 18 mars si le nombre d’inscrits est important. La remise des prix aura lieu le jeudi 26 mars à partir de 18 heures à l’amphithéâtre du Lycée. Dates indiquées sous réserve. Renseignez-vous auprès du CDI. 

 

Le déroulement de l’épreuve…

Le jour de l’épreuve, vous aurez le choix entre quatre sujets imposés. Après avoir pris connaissance des sujets, vous n’en retiendrez qu’un seul, que vous préparerez sur place en 30 minutes exactement.

Les sujets proposés portent sur des questions de culture générale :

  • Économie et Société,
  • Littérature et philosophie,
  • Sciences et techniques,
  • Et pour la demi-finale des sujets “inclassables”, faisant davantage appel à vos capacités d’originalité).

Votre prestation doit durer 5 minutes au moins ! Le jury attend évidemment des exposés argumentés et réfléchis, ce qui n’empêche nullement l’improvisation : mettez-vous en scène, interpellez votre public un peu comme un acteur “qui fait son numéro”! Pourquoi pas du Slam si vous en avez le talent ! Rien n’est pire qu’un exposé lu de façon monocorde : surprenez le jury !

Le barème d’évaluation

  1. L’art oratoire et l’éloquence (10 points) ;
  2. La rhétorique : l’art du “discours”, la qualité de vos arguments et de vos exemples (10 points).
  1. L’art oratoire touche à “l’art de bien parler”. Un orateur persuasif est celui qui sait s’exprimer avec aisance et clarté, moduler le son de sa voix afin d’éviter la monotonie par exemple. La capacité d’émouvoir, de persuader par la parole sont donc essentielles. Au niveau de l’évaluation, la diction est fondamentale puisque vous devez persuader d’abord par la parole ! Ne négligez surtout pas le travail sur la langue : c’est ce qu’on appelle l’élocution, c’est-à-dire le choix du style. Par exemple, l’emploi de figures de rhétorique semble tout indiqué : métaphores, comparaisons, interpellation de votre auditoire, gradations, interrogations oratoires, etc.

  2. La rhétorique, c’est l’art du discours. Vous avez toutes et tous déjà travaillé sur l’écrit d’invention : cela va vous servir pour le concours ! L’invention, au sens étymologique (du latin “inventio”) est la capacité de savoir construire un projet, c’est-à-dire de convaincre en organisant votre propos. Vous serez donc noté sur la manière dont vous savez disposer vos idées, structurer votre parcours argumentatif. Pensez à utiliser les procédés propres au discours (choix des arguments, des exemples, des techniques de persuasion, techniques d’amplification, voire de dramatisation) en rapport avec le sujet.

Cliquez sur l’image pour l’agrandir…

Dans cet Espace pédagogique, vous trouverez dès le lundi 2 février 2015 plusieurs sujets test chaque semaine pour vous entraîner dans les conditions du concours et des conseils personnalisés pour vous préparer à l’épreuve…

Seize exemples de sujets entièrement inédits (dans l’esprit du Concours) :

  • Histoire et société :
    – Réussir sa vie, c’est être riche de…
    – Est-il possible de concilier le développement durable avec une société où tout semble éphémère ?
    – Pensez-vous qu’il faut réinventer un nouveau modèle social pour notre monde ?
    – C’est quoi, un “faiseur d’histoire(s)” ?

  • Littérature et Philosophie :
    – C’est quoi, être libre ?
    – Quel est l’avantage d’apprendre le Français dans le monde contemporain ?
    – La violence est-elle une force ou une faiblesse ?
    – Et si le plus beau voyage était un voyage immobile ?

  • Sciences et Techniques :
    – Les robots “humanoïdes” sont de plus en plus répandus dans le monde : faut-il en avoir peur ?
    – Comment se dérouleront les cours au Lycée en 2050 ?
    – Le progrès du moteur est-il le moteur du progrès?
    – La morale est-elle l’ennemie du progrès ?

  • Sujets “inclassables” :
    – Pourquoi est-ce blanc plutôt que noir ?
    – C’est quoi un “po-aime” ?
    – Faites votre éloge.
    – Faire le tour du monde ou faire un tour ?

Les compétences requises pour le concours…

La prise de parole en public requiert plusieurs compétences. Voici quelques conseils pour affronter l’épreuve…

  1. Commencez d’abord à vous préparer “physiquement” à la prise de parole. Choisissez avec soin votre tenue ce jour-là : certes, ce n’est pas un défilé de mode, mais vous parlerez d’autant mieux que vous vous sentirez à l’aise dans vos vêtements. N’oubliez pas non plus que la principale difficulté… C’est vous : donc inutile de vous mettre trop la pression avant! Soyez sûr(e) de vous : partez gagnant(e) en vous disant que de toute façon vous n’avez strictement rien à perdre. Dès que vous rentrez, pensez aussi à dire Bonjour ! Cela paraît évident mais parfois, avec le trac…

  2. Regardez votre public. N’oubliez pas non plus que même si une personne du jury ne semble pas faire attention à votre présence quand vous parlez, cela ne veut rien dire : elle donnera un avis sur vous juste après votre départ. Donc regardez tout le monde (et pas seulement une seule personne parce qu’elle vous aura regardé(e) avec bienveillance ou parce que vous la connaissez (votre prof par exemple). Veillez également à vous tenir correctement : inutile de se raidir, mais il ne faut pas non plus être avachi !

  3. Improviser… Mais pas trop ! Bien sûr, le concours exige une certaine part d’improvisation, mais n’en faites pas trop non plus, car cela risquerait de vous entraîner sur un terrain parfois glissant, en particulier au niveau de la maîtrise du non-verbal (la gestuelle) : quand on improvise, on a tendance à “théâtraliser” un peu trop parfois : en libérant la parole, on libère trop ses gestes et on en arrive à “gesticuler”. Donc, gardez toujours une certaine distance en essayant d’articuler au mieux le geste et les registres de langue que vous allez employer (didactique, comique, lyrique, etc.)

  4. S’entraîner avec… une glace et un MP3 ! Voici un excellent exercice qui vous permettra de vérifier que vous maîtrisez votre voix et votre respiration lors de la prise de parole : chez vous, essayez en vous regardant obligatoirement devant une glace (une grande : celle de la salle de bain fera l’affaire!) de parler HAUT et FORT. L’exercice d’entraînement que je vous propose consiste à lire un texte neutre (une définition de cours par exemple, comme ça vous ne perdez pas de temps) en regardant le moins possible votre support et en vous fixant le plus possible dans la glace. Relisez plusieurs fois votre texte en variant l’intonation (neutralité, colère, joie, rire, émotion, interpellation, etc.). Si possible, enregistrez-vous avec un MP3 et écoutez ce que ça donne afin de corriger les petits problèmes (placement de la voix par exemple). Prenez ensuite un sujet au hasard : accordez-vous 20 minutes de préparation et lancez-vous, sans lire vos notes (vous pouvez même vous entraîner dans les transports en commun pour la recherche des arguments) : essayez de trouver des idées créatives, originales, et faites si possible votre exposé devant d’autres personnes : des copains ou des copines, la famille, etc. afin de vous confronter à un public. Si vous êtes seul chez vous, mettez-vous devant une glace et parlez HAUT et FORT en vous obligeant à parler tout en vous regardant.

Concours d’éloquence 2015… Bientôt au Lycée !

           

Bientôt le Concours d’art oratoire 2015
Inscriptions au CDI dès février 2014

Présentation

Le Rotary Club de Montargis propose aux élèves du Lycée en Forêt de participer à un grand concours d’expression orale qui aura lieu le 17 mars 2015*. Si vous aimez prendre la parole, saisissez cette occasion unique de vous exprimer à l’oral face à un public (des professionnels et quelques enseignants du Lycée). Les inscriptions vont bientôt être ouvertes : vous pourrez retirer le formulaire d’inscription au CDI (Attention : le nombre de places étant limité, ne tardez pas à rapporter vos bulletins d’inscription. Clôture des inscriptions : lundi 16 février). Une réunion préparatoire aura lieu pour les inscrits uniquement le jeudi 19 février à 11h30 à l’amphithéâtre du lycée.
* et peut-être le 18 mars si le nombre d’inscrits est important. La remise des prix aura lieu le jeudi 26 mars à partir de 18 heures à l’amphithéâtre du Lycée. Dates indiquées sous réserve. Renseignez-vous auprès du CDI. 

 

Le déroulement de l’épreuve…

Le jour de l’épreuve, vous aurez le choix entre quatre sujets imposés. Après avoir pris connaissance des sujets, vous n’en retiendrez qu’un seul, que vous préparerez sur place en 30 minutes exactement.

Les sujets proposés portent sur des questions de culture générale :

  • Économie et Société,
  • Littérature et philosophie,
  • Sciences et techniques,
  • Et pour la demi-finale des sujets “inclassables”, faisant davantage appel à vos capacités d’originalité).

Votre prestation doit durer 5 minutes au moins ! Le jury attend évidemment des exposés argumentés et réfléchis, ce qui n’empêche nullement l’improvisation : mettez-vous en scène, interpellez votre public un peu comme un acteur “qui fait son numéro”! Pourquoi pas du Slam si vous en avez le talent ! Rien n’est pire qu’un exposé lu de façon monocorde : surprenez le jury !

Le barème d’évaluation

  1. L’art oratoire et l’éloquence (10 points) ;
  2. La rhétorique : l’art du “discours”, la qualité de vos arguments et de vos exemples (10 points).
  1. L’art oratoire touche à “l’art de bien parler”. Un orateur persuasif est celui qui sait s’exprimer avec aisance et clarté, moduler le son de sa voix afin d’éviter la monotonie par exemple. La capacité d’émouvoir, de persuader par la parole sont donc essentielles. Au niveau de l’évaluation, la diction est fondamentale puisque vous devez persuader d’abord par la parole ! Ne négligez surtout pas le travail sur la langue : c’est ce qu’on appelle l’élocution, c’est-à-dire le choix du style. Par exemple, l’emploi de figures de rhétorique semble tout indiqué : métaphores, comparaisons, interpellation de votre auditoire, gradations, interrogations oratoires, etc.

  2. La rhétorique, c’est l’art du discours. Vous avez toutes et tous déjà travaillé sur l’écrit d’invention : cela va vous servir pour le concours ! L’invention, au sens étymologique (du latin “inventio”) est la capacité de savoir construire un projet, c’est-à-dire de convaincre en organisant votre propos. Vous serez donc noté sur la manière dont vous savez disposer vos idées, structurer votre parcours argumentatif. Pensez à utiliser les procédés propres au discours (choix des arguments, des exemples, des techniques de persuasion, techniques d’amplification, voire de dramatisation) en rapport avec le sujet.

Cliquez sur l’image pour l’agrandir…

Dans cet Espace pédagogique, vous trouverez dès le lundi 2 février 2015 plusieurs sujets test chaque semaine pour vous entraîner dans les conditions du concours et des conseils personnalisés pour vous préparer à l’épreuve…

Seize exemples de sujets entièrement inédits (dans l’esprit du Concours) :

  • Histoire et société :
    – Réussir sa vie, c’est être riche de…
    – Est-il possible de concilier le développement durable avec une société où tout semble éphémère ?
    – Pensez-vous qu’il faut réinventer un nouveau modèle social pour notre monde ?
    – C’est quoi, un “faiseur d’histoire(s)” ?

  • Littérature et Philosophie :
    – C’est quoi, être libre ?
    – Quel est l’avantage d’apprendre le Français dans le monde contemporain ?
    – La violence est-elle une force ou une faiblesse ?
    – Et si le plus beau voyage était un voyage immobile ?

  • Sciences et Techniques :
    – Les robots “humanoïdes” sont de plus en plus répandus dans le monde : faut-il en avoir peur ?
    – Comment se dérouleront les cours au Lycée en 2050 ?
    – Le progrès du moteur est-il le moteur du progrès?
    – La morale est-elle l’ennemie du progrès ?

  • Sujets “inclassables” :
    – Pourquoi est-ce blanc plutôt que noir ?
    – C’est quoi un “po-aime” ?
    – Faites votre éloge.
    – Faire le tour du monde ou faire un tour ?

Les compétences requises pour le concours…

La prise de parole en public requiert plusieurs compétences. Voici quelques conseils pour affronter l’épreuve…

  1. Commencez d’abord à vous préparer “physiquement” à la prise de parole. Choisissez avec soin votre tenue ce jour-là : certes, ce n’est pas un défilé de mode, mais vous parlerez d’autant mieux que vous vous sentirez à l’aise dans vos vêtements. N’oubliez pas non plus que la principale difficulté… C’est vous : donc inutile de vous mettre trop la pression avant! Soyez sûr(e) de vous : partez gagnant(e) en vous disant que de toute façon vous n’avez strictement rien à perdre. Dès que vous rentrez, pensez aussi à dire Bonjour ! Cela paraît évident mais parfois, avec le trac…

  2. Regardez votre public. N’oubliez pas non plus que même si une personne du jury ne semble pas faire attention à votre présence quand vous parlez, cela ne veut rien dire : elle donnera un avis sur vous juste après votre départ. Donc regardez tout le monde (et pas seulement une seule personne parce qu’elle vous aura regardé(e) avec bienveillance ou parce que vous la connaissez (votre prof par exemple). Veillez également à vous tenir correctement : inutile de se raidir, mais il ne faut pas non plus être avachi !

  3. Improviser… Mais pas trop ! Bien sûr, le concours exige une certaine part d’improvisation, mais n’en faites pas trop non plus, car cela risquerait de vous entraîner sur un terrain parfois glissant, en particulier au niveau de la maîtrise du non-verbal (la gestuelle) : quand on improvise, on a tendance à “théâtraliser” un peu trop parfois : en libérant la parole, on libère trop ses gestes et on en arrive à “gesticuler”. Donc, gardez toujours une certaine distance en essayant d’articuler au mieux le geste et les registres de langue que vous allez employer (didactique, comique, lyrique, etc.)

  4. S’entraîner avec… une glace et un MP3 ! Voici un excellent exercice qui vous permettra de vérifier que vous maîtrisez votre voix et votre respiration lors de la prise de parole : chez vous, essayez en vous regardant obligatoirement devant une glace (une grande : celle de la salle de bain fera l’affaire!) de parler HAUT et FORT. L’exercice d’entraînement que je vous propose consiste à lire un texte neutre (une définition de cours par exemple, comme ça vous ne perdez pas de temps) en regardant le moins possible votre support et en vous fixant le plus possible dans la glace. Relisez plusieurs fois votre texte en variant l’intonation (neutralité, colère, joie, rire, émotion, interpellation, etc.). Si possible, enregistrez-vous avec un MP3 et écoutez ce que ça donne afin de corriger les petits problèmes (placement de la voix par exemple). Prenez ensuite un sujet au hasard : accordez-vous 20 minutes de préparation et lancez-vous, sans lire vos notes (vous pouvez même vous entraîner dans les transports en commun pour la recherche des arguments) : essayez de trouver des idées créatives, originales, et faites si possible votre exposé devant d’autres personnes : des copains ou des copines, la famille, etc. afin de vous confronter à un public. Si vous êtes seul chez vous, mettez-vous devant une glace et parlez HAUT et FORT en vous obligeant à parler tout en vous regardant.

Concours « Ecriture en Forêt » 2014 : publication des textes primés… Aujourd’hui, la nouvelle de Camille H. (premier prix)

concours_eef_2014_logo-1Le Lycée en Forêt a lancé à la rentrée 2013 un original concours d’écriture à destination des classes de Seconde et de Première ayant pour intitulé : « Écritures en Forêt ».

Pour les classes de Seconde, le sujet portait sur l’écriture d’une nouvelle ayant obligatoirement pour thème la forêt, espace d’une grande richesse littéraire et sociale, qui pouvait être envisagé dans sa dimension légendaire, mythologique, fantastique, symbolique, ou encore sous l’angle plus anthropologique et contemporain du développement durable ou des problèmes posés par la déforestation… Les candidats restant évidemment libres d’appréhender le thème comme ils le souhaitaient.

Félicitation aux nombreux participants, particulièrement aux élèves de Seconde 3 et de Seconde 11, qui se sont remarquablement investis dans le dispositif, et bien sûr Bravo aux trois lauréats de l’édition 2014 :

  • Premier prix : Camille H. (Seconde 11)
  • Deuxième prix : Paul B. (Seconde 3)
  • Troisième prix : Sandra C. (Seconde 3)

Une grande cérémonie récompensant les élèves primés aura lieu en avril…
Merci au Lycée qui a pu débloquer des fonds importants pour récompenser les lauréats.

frise fleurs horizontale

Découvrez aujourd’hui la nouvelle de Camille H. (Seconde 11), premier prix :

« Qu’en soit témoin le temps »

par Camille H.
Classe de Seconde 11

Samuel PalmerSamuel Palmer (1805-1881)
« Le Pommier magique », 1830, Cambridge, Fitzwilliam Museum

Qu’il était fier ce pommier. L’été créait des senteurs fruitées qui émanaient de cette clairière où il avait décidé de s’implanter. Rien autour ne semblait pousser sur un petit rayon de trois mètres, donnant à cet endroit, un repère, une âme. Les rayons de la lune se frayaient leur chemin vers les sols verdoyants du pommier, le vent sifflait entre fleurs et branchages. Plus rien n’était de ce monde, féerie et romantisme semblaient avoir pris place.

C’est en ce lieu de la forêt qu’un jeune couple se retrouvait, isolé des grands malheurs du monde et de leur société d’injustice, pour laisser place à l’expression unique de leur amour. S’allongeant au pied de ce pommier, méditant, tête l’une contre l’autre, à cette si belle clarté bleutée de l’astre des nuits. Restant ainsi plusieurs et longues heures dans ce lieu magique, où le temps semblait se figer. Un amour semblant interdit, mais que nul ne pouvait empêcher.

Le rendez-vous était le même tous les jours, et la difficulté de partir de ce lieu était, au rythme grandissant de leurs sentiments, chaque fois plus complexe. Qui eut cru qu’un tel couple ait pu exister.

Mais bien vite la magie prit fin de manière brutale. L’automne semblait donner la mesure, feuilles et dernières fleurs fanées dans une mélancolie annuelle… La jeune femme, pareille au doux feuillage du pommier en arrière-saison, vit sa vie faner bien vite, et en peu de semaines, la fleur n’était plus. La mort si soudaine de son aimée, fit perdre la raison à l’ancien amant. Fini la clairière, et le chemin dans la forêt pour aller à la clairière. Délaissées, les fleurs. Oubliées les orties qui piquaient et les rires dans les sentiers.

Les bars furent son seul repère… Il se perdit dans des forêts de feux rouges, pleura contre des arbres de métal froid, marcha dans des sentiers de béton sous le linceul des arbres… Voici que la ville était devenue son unique forêt. Il but à la source des bars des boissons mirobolantes, et, à chacune de ses nuits, il repensait au pommier, et à la forêt disparue, très loin, de l’autre côté de la ville. L’alcool devint alors sa sève, sa seule raison de garder goût à la vie.

Deux années ont passé depuis l’accident. Voici qu’un poivrot de bas étages, dormant à la lumière des lampadaires et non loin des points de passages des trains de banlieue semble vivre là, toujours une bouteille à la main, la barbe semblant continuer à pousser au rythme des ronces de la forêt.

C’est un soir d’automne, que, violemment jeté hors d’un bar, il tituba dans des ruelles choisies par le hasard, jugé par l’œil des habitants de ce qui était devenu sa forêt. Ses pas le menèrent près de la sortie de la ville, à l’orée d’un bois, ou peut-être était-ce une forêt ? Le chemin face à lui semblait praticable, malgré les hautes herbes et ronces qui parsemaient la voie. L’homme sembla peu à peu commencer à ressentir un déjà vu. Et c’est alors que tout lui revint, ce chemin lui rappela sa chère belle et leur romance, et au bout du sentier, près du Loing, se trouvait un pommier.

Le pas s’accéléra alors, l’envie de revoir le lieu de leur amour lui était si intense, qu’herbes et ronces ne pouvaient être un obstacle. Il arriva enfin. Mais face à lui, loin de trouver le luxuriant pommier, au branchage et feuillage épais, il n’y avait qu’un arbre pourri jusqu’aux confins de son écorce. Ce n’était plus qu’un morceau de bois sans vie, pareil à une planche. Sa main se posa alors, presque par automatisme, sur l’écorce de manière aimante et familière, il chercha l’inscription que bon nombre d’amoureux se plaisent à faire, pour graver à jamais leur amour.

Au seul contact de sa main, l’arbre se renversa de façon brutale au sol, ne laissant nulle trace de son passage tant l’état de mort était avancé. La souche partit bien vite de la même manière, comme s’envolent des feuilles de papiers mal attachée, le vent put emporter tout ceci en un coup d’un seul, le bois n’était que cendres. L’homme se vit déterré, ses yeux s’emplirent de larmes, gorgées des douleurs anciennes du passé, ses genoux se courbèrent et les poings de l’homme purent serrer le sol pourtant si verdoyant. Le corps triste de l’homme, de manière similaire au pommier, s’échoua sur le sol, puis se recroquevilla sur lui-même. Il dormit alors d’un sommeil tourmenté par le fantôme des sombres années passées.

Ce ne fut guère le jour qui réveilla notre homme, mais une petite voix, claire et pure, qui ressemblait aux murmures du vent le long de la mer… L’homme se redressa de moitié et écouta ce si bel appel de l’aube : n’était-ce pas la voix de sa tendre et défunte aimée ? Il se mit alors à crier son nom dans cette petite clairière. Mais sa seule réponse fut le silence, tel un spectre dépourvu de toute émotion. Les larmes s’emparèrent de tout son être, ses mains s’agrippèrent, tourmentées, à ses cheveux, ses dents mordirent ses lèvres puissamment, faisant couler le sang, telle une sève rougeâtre, au rythme de ses larmes. Terrassé par tant de peine, l’homme s’assit, enlaça ses genoux, posa sa tête au sein de ceux-ci, et laissa exprimer sa tristesse de manière sonore, dont seule la clairière fut spectatrice. Le corps ne bougea plus, la peine lui fit perdre la faim. Bien vite, le corps atteignit ses limites, et c’est meurtri par le songe, le tourment et la souffrance, qu’il quitta ce monde, triste comme un rendez-vous d’amour manqué. Son corps conserva sa position meurtrie, et, au sein de cette clairière, il remplaça l’ancien pommier.

Bon nombres d’années passèrent, le corps resta à sa place originelle, mais en lieu et place du cadavre, un arbre émergea de la terre. Ainsi, la peau devint écorce, la chair, bois ; et les cheveux, feuillage. Au fil des ans, l’arbre poussa et obtint une taille honorable, et c’est à l’orée du printemps que des fleurs apparurent, tout comme un nouvel amour naissant dont l’arbre put admirer le spectacle.

C’est en ce lieu de la forêt qu’un jeune couple se retrouva un jour, isolé des grands malheurs du monde et de leur société d’injustice, pour laisser place à l’expression unique de leur amour. S’allongeant au pied de ce pommier, méditant, tête l’une contre l’autre, à cette si belle clarté bleutée de l’astre des nuits. Restant ainsi plusieurs et longues heures.

Qu’en soit témoin le temps…

© Camille H., classe de Seconde 11 (promotion 2013-2014), mars 2014.
Lycée en Forêt/Espace Pédagogique Contributif

Maurice DenisMaurice Denis (1870-1943), « Pommier en fleurs », c.1908
Collection particulière, Tous droits réservés / © Radio France – Olivier Goulet/ Paris, ADAGP 2012

Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, cet article est protégé par copyright. Ils est mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le nom de l’auteur ainsi que la référence complète de l’article cité (URL de la page).

 

Concours « Ecriture en Forêt » 2014 : publication des textes primés… Aujourd’hui, la nouvelle de Sandra C. (troisième prix)

concours_eef_2014_logo-1Le Lycée en Forêt a lancé à la rentrée 2013 un original concours d’écriture à destination des classes de Seconde et de Première  ayant pour intitulé : « Écritures en Forêt ».

Pour les classes de Seconde, le sujet portait sur l’écriture d’une nouvelle ayant obligatoirement pour thème la forêt, espace d’une grande richesse littéraire et sociale, qui pouvait être envisagé dans sa dimension légendaire, mythologique, fantastique, symbolique, ou encore sous l’angle plus anthropologique et contemporain du développement durable ou des problèmes posés par la déforestation… Les candidats restant évidemment libres d’appréhender le thème comme ils le souhaitaient.

Félicitation aux nombreux participants, particulièrement aux élèves de Seconde 3 et de Seconde 11, qui se sont remarquablement investis dans le dispositif, et bien sûr Bravo aux trois lauréats de l’édition 2014 :

  • Premier prix : Camille H. (Seconde 11)
  • Deuxième prix : Paul B. (Seconde 3)
  • Troisième prix : Sandra C. (Seconde 3)

Une grande cérémonie récompensant les élèves primés aura lieu en avril…
Merci au Lycée qui a pu débloquer des fonds importants pour récompenser les lauréats.

frise fleurs horizontale

Découvrez aujourd’hui la nouvelle de Sandra C. (Seconde 3), troisième prix :

« Le Trésor d’une forêt »

par Sandra C.
Classe de Seconde 3

william_degouve_de_nuncques_1aWilliam Degouve de Nuncques (1867-1935)
« La Maison Rose, 1892 (coll. part.). Détail

lettrine feuille Je vis à Paris depuis ma naissance. Malgré ma vivacité, je sors rarement de chez moi car ma femme, Ève, est tombée gravement malade peu après notre mariage. Alors j’ai dû abandonner mon travail, mes passions, mes amis et mes loisirs pour pouvoir m’occuper de ma famille. Cela fait maintenant dix ans qu’avec notre petit garçon, nous subissons la pauvreté : pas d’électricité pas d’eau et le cas d’Ève empire de jour en jour.

Pour oublier le temps, je peins ma femme. A chaque fois que je lui montre une de mes œuvres, elle se met à rire : « tu n’as aucun talent » plaisante-t-elle. Je le sais très bien mais tout ce qui m’importe, c’était son sourire.

Un jour, alors que je lui montrai un dessin, à mon grand étonnement, Ève ne ria pas : son visage semblait comme flétri. Pris de crainte, j’appelai aussitôt le médecin qui ne tarda pas à m’annoncer que la maladie avait pris le dessus, qu’il faudrait absolument opérer Ève… Nous pleurâmes car nous savions très bien que sans argent pour payer, ses jours étaient comptés.
Dans la nuit, elle me réveilla : elle se rappelait de quelque chose, et s’empressa de me le raconter. Elle avait entendu parler d’une légende qui pourrait peut-être la sauver (elle riait tristement en m’évoquant cela). D’après celle-ci, il y avait dans la forêt un endroit magique mais personne ne l’avait encore vu.

— Balivernes !
— Ne ris pas !

Et des larmes coulèrent de ses yeux quand elle me parlait… « Ne ris pas ; Des gens ont rapporté que cette forêt est merveilleuse et renferme même des trésors cachés ».

Bien que je n’y croyais pas, Ève insista. Alors je partis à la recherche de ce mythe. Comme je ne savais pas par où commencer, j’allai d’abord à la bibliothèque du quartier pour demander des renseignements à propos de cette fichue légende. Il me fut répondu que ça ne me servirait sans doute à rien mais que si je voulais vraiment en savoir plus, je pouvais toujours aller voir le vieil homme d’en face, qui venait depuis toujours à la bibliothèque.

Effectivement, il y avait là un vieux monsieur ; je lui racontai que je recherchais « l’arbre à trésor ». M. Lepoi (c’était son nom), sautilla de joie, comme un enfant heureux d’apprendre une bonne nouvelle. Il y avait enfin un homme dans le monde qui le croyait. Oui il l’avait découvert, un jour, mais jamais personne ne l’avais cru auparavant. Il me dit encore qu’il était prêt à me donner toutes les informations nécessaires si je lui disais pourquoi je recherchais ce fameux trésor.

Après lui avoir tout raconté, je lui demandai une carte ou quelque chose qui me permettrait de découvrir l’endroit, mais la seule réponse que j’obtins fut « Tu trouveras le trésor bien plus proche que tu ne le crois, si tu ouvres ton cœur à la véritable nature ! Cherche et tu trouveras ! ».
Déçu !
Oui, j’étais déçu de n’avoir rien obtenu d’intéressant et d’avoir perdu mon temps auprès de ce vieillard sénile, qui connaissait tout, et ne parlait de rien !

Malgré tout, je confiai notre garçon à des amis, et commençai mon périple dans la forêt, un peu au hasard. Comme je n’avais jamais quitté le quartier, j’admirais avec stupéfaction les mouvements des différentes espèces d’arbres. Les feuilles semblaient m’inviter à danser avec elles, promenées par le vent, et dans leur habillage couleur arc-en-ciel je pouvais voir du vert, du jaune, du rouge, de l’orange et même du rose. potémont_forêt_détailLes arbres laissaient les oiseaux chanter dans leurs cheveux. Des écureuils se promenaient d’un côté puis de l’autre… De ci, de là, au hasard des branches… Je n’avais jamais été aussi émerveillé par la nature. J’abandonnai malgré moi mes recherches et allai peindre ce que j’avais vu.

← Martial Potémont, « Paysage de forêt tropicale (gouache), détail.
Saint-Denis de La Réunion), Musée Léon Dierx.

Quand j’eus fini, j’accrochai mon esquisse sur le mur du salon et  j’aperçus que le visage d’Ève fondait de plus en plus et que la peur de la mort régnait dans un silence douloureux. Je retournai dans la forêt pour rechercher à nouveau le trésor. Une semaine après, je n’obtenais toujours pas de résultats. Je ne savais plus quoi faire. Désespéré ! J’allai chercher de l’aide auprès du vieillard. M. Lepoi accepta de m’aider. Il me demanda ce que je voyais lorsque j’étais dans la forêt. Mes mots étaient bien trop faibles pour lui dire ce que je ressentais ; alors je l’emmenai chez moi puis lui montrai ma peinture de ce « premier rendez-vous avec la nature ». Des larmes s’écoulèrent sur son visage et il répondit que je savais déjà tout, qu’il n’avait plus rien à m’apprendre. Ensuite, il partit sans me dire un mot. Que voulait-il dire ? Mon tableau m’aiderait-il à trouver le trésor ? Pour l’instant ces questions restaient sans réponse ! Il commençait à faire nuit, ma bien-aimée dormait, je posais un baiser sur son front et allai moi-même me coucher. Le lendemain matin, elle n’était pas encore réveillée et je repartis, le cœur rempli de tristesse.

Je ne voulais même plus penser à rentrer. Je laissais le jour au chagrin. Pourtant, alors que je regardais les arbres, j’eus comme un sursaut : je comprenais pour la première fois ce qui est plus grand que la vie, plus grand que la mort : j’ai compris quel était le trésor. Je n’avais pas eu besoin de chercher loin. La forêt elle-même en est un. Elle est un poème, une évasion pour chacun de nous. Elle semble s’exprimer et même penser.  Ceux qui la sentent, comme moi maintenant, peuvent respirer le parfum des sensations de la nature, ont trouvé une perle bien précieuse : la perle de la vie.
En rentrant, je ne voyais plus le monde de la même façon.

— Ève ! Ève ! J’ai trouv…
— Papa…

Depuis, le temps a passé… Quelquefois je prends le train pour rejoindre mon garçon. Nous parlons de l’aventure que j’ai vécue malgré le décès d’Ève. Lui aussi aime la forêt, il ne cesse de dire que plus tard, il protégera l’environnement. Les hommes meurent mais la forêt est pleine de vie, la vie du sang des hommes, qui ne s’éteint jamais…

© Sandra C., classe de Seconde 3 (promotion 2013-2014), mars 2014.
Lycée en Forêt/Espace Pédagogique Contributif

william_degouve_de_nuncques_2William Degouve de Nuncques (1867-1935)
« Les Anges de la nuit », 1894 (hst), Otterlo (Pays-Bas), Kröller-Müller Museum

Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, cet article est protégé par copyright. Ils est mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le nom de l’auteur ainsi que la référence complète de l’article cité (URL de la page).

 

Concours "Ecriture en Forêt" 2014 : publication des textes primés… Aujourd'hui, la nouvelle de Sandra C. (troisième prix)

concours_eef_2014_logo-1Le Lycée en Forêt a lancé à la rentrée 2013 un original concours d’écriture à destination des classes de Seconde et de Première  ayant pour intitulé : « Écritures en Forêt ».

Pour les classes de Seconde, le sujet portait sur l’écriture d’une nouvelle ayant obligatoirement pour thème la forêt, espace d’une grande richesse littéraire et sociale, qui pouvait être envisagé dans sa dimension légendaire, mythologique, fantastique, symbolique, ou encore sous l’angle plus anthropologique et contemporain du développement durable ou des problèmes posés par la déforestation… Les candidats restant évidemment libres d’appréhender le thème comme ils le souhaitaient.

Félicitation aux nombreux participants, particulièrement aux élèves de Seconde 3 et de Seconde 11, qui se sont remarquablement investis dans le dispositif, et bien sûr Bravo aux trois lauréats de l’édition 2014 :

  • Premier prix : Camille H. (Seconde 11)
  • Deuxième prix : Paul B. (Seconde 3)
  • Troisième prix : Sandra C. (Seconde 3)

Une grande cérémonie récompensant les élèves primés aura lieu en avril…
Merci au Lycée qui a pu débloquer des fonds importants pour récompenser les lauréats.

frise fleurs horizontale

Découvrez aujourd’hui la nouvelle de Sandra C. (Seconde 3), troisième prix :

« Le Trésor d’une forêt »

par Sandra C.
Classe de Seconde 3

william_degouve_de_nuncques_1aWilliam Degouve de Nuncques (1867-1935)
« La Maison Rose, 1892 (coll. part.). Détail

lettrine feuille Je vis à Paris depuis ma naissance. Malgré ma vivacité, je sors rarement de chez moi car ma femme, Ève, est tombée gravement malade peu après notre mariage. Alors j’ai dû abandonner mon travail, mes passions, mes amis et mes loisirs pour pouvoir m’occuper de ma famille. Cela fait maintenant dix ans qu’avec notre petit garçon, nous subissons la pauvreté : pas d’électricité pas d’eau et le cas d’Ève empire de jour en jour.

Pour oublier le temps, je peins ma femme. A chaque fois que je lui montre une de mes œuvres, elle se met à rire : « tu n’as aucun talent » plaisante-t-elle. Je le sais très bien mais tout ce qui m’importe, c’était son sourire.

Un jour, alors que je lui montrai un dessin, à mon grand étonnement, Ève ne ria pas : son visage semblait comme flétri. Pris de crainte, j’appelai aussitôt le médecin qui ne tarda pas à m’annoncer que la maladie avait pris le dessus, qu’il faudrait absolument opérer Ève… Nous pleurâmes car nous savions très bien que sans argent pour payer, ses jours étaient comptés.
Dans la nuit, elle me réveilla : elle se rappelait de quelque chose, et s’empressa de me le raconter. Elle avait entendu parler d’une légende qui pourrait peut-être la sauver (elle riait tristement en m’évoquant cela). D’après celle-ci, il y avait dans la forêt un endroit magique mais personne ne l’avait encore vu.

— Balivernes !
— Ne ris pas !

Et des larmes coulèrent de ses yeux quand elle me parlait… « Ne ris pas ; Des gens ont rapporté que cette forêt est merveilleuse et renferme même des trésors cachés ».

Bien que je n’y croyais pas, Ève insista. Alors je partis à la recherche de ce mythe. Comme je ne savais pas par où commencer, j’allai d’abord à la bibliothèque du quartier pour demander des renseignements à propos de cette fichue légende. Il me fut répondu que ça ne me servirait sans doute à rien mais que si je voulais vraiment en savoir plus, je pouvais toujours aller voir le vieil homme d’en face, qui venait depuis toujours à la bibliothèque.

Effectivement, il y avait là un vieux monsieur ; je lui racontai que je recherchais « l’arbre à trésor ». M. Lepoi (c’était son nom), sautilla de joie, comme un enfant heureux d’apprendre une bonne nouvelle. Il y avait enfin un homme dans le monde qui le croyait. Oui il l’avait découvert, un jour, mais jamais personne ne l’avais cru auparavant. Il me dit encore qu’il était prêt à me donner toutes les informations nécessaires si je lui disais pourquoi je recherchais ce fameux trésor.

Après lui avoir tout raconté, je lui demandai une carte ou quelque chose qui me permettrait de découvrir l’endroit, mais la seule réponse que j’obtins fut « Tu trouveras le trésor bien plus proche que tu ne le crois, si tu ouvres ton cœur à la véritable nature ! Cherche et tu trouveras ! ».
Déçu !
Oui, j’étais déçu de n’avoir rien obtenu d’intéressant et d’avoir perdu mon temps auprès de ce vieillard sénile, qui connaissait tout, et ne parlait de rien !

Malgré tout, je confiai notre garçon à des amis, et commençai mon périple dans la forêt, un peu au hasard. Comme je n’avais jamais quitté le quartier, j’admirais avec stupéfaction les mouvements des différentes espèces d’arbres. Les feuilles semblaient m’inviter à danser avec elles, promenées par le vent, et dans leur habillage couleur arc-en-ciel je pouvais voir du vert, du jaune, du rouge, de l’orange et même du rose. potémont_forêt_détailLes arbres laissaient les oiseaux chanter dans leurs cheveux. Des écureuils se promenaient d’un côté puis de l’autre… De ci, de là, au hasard des branches… Je n’avais jamais été aussi émerveillé par la nature. J’abandonnai malgré moi mes recherches et allai peindre ce que j’avais vu.

← Martial Potémont, « Paysage de forêt tropicale (gouache), détail.
Saint-Denis de La Réunion), Musée Léon Dierx.

Quand j’eus fini, j’accrochai mon esquisse sur le mur du salon et  j’aperçus que le visage d’Ève fondait de plus en plus et que la peur de la mort régnait dans un silence douloureux. Je retournai dans la forêt pour rechercher à nouveau le trésor. Une semaine après, je n’obtenais toujours pas de résultats. Je ne savais plus quoi faire. Désespéré ! J’allai chercher de l’aide auprès du vieillard. M. Lepoi accepta de m’aider. Il me demanda ce que je voyais lorsque j’étais dans la forêt. Mes mots étaient bien trop faibles pour lui dire ce que je ressentais ; alors je l’emmenai chez moi puis lui montrai ma peinture de ce « premier rendez-vous avec la nature ». Des larmes s’écoulèrent sur son visage et il répondit que je savais déjà tout, qu’il n’avait plus rien à m’apprendre. Ensuite, il partit sans me dire un mot. Que voulait-il dire ? Mon tableau m’aiderait-il à trouver le trésor ? Pour l’instant ces questions restaient sans réponse ! Il commençait à faire nuit, ma bien-aimée dormait, je posais un baiser sur son front et allai moi-même me coucher. Le lendemain matin, elle n’était pas encore réveillée et je repartis, le cœur rempli de tristesse.

Je ne voulais même plus penser à rentrer. Je laissais le jour au chagrin. Pourtant, alors que je regardais les arbres, j’eus comme un sursaut : je comprenais pour la première fois ce qui est plus grand que la vie, plus grand que la mort : j’ai compris quel était le trésor. Je n’avais pas eu besoin de chercher loin. La forêt elle-même en est un. Elle est un poème, une évasion pour chacun de nous. Elle semble s’exprimer et même penser.  Ceux qui la sentent, comme moi maintenant, peuvent respirer le parfum des sensations de la nature, ont trouvé une perle bien précieuse : la perle de la vie.
En rentrant, je ne voyais plus le monde de la même façon.

— Ève ! Ève ! J’ai trouv…
— Papa…

Depuis, le temps a passé… Quelquefois je prends le train pour rejoindre mon garçon. Nous parlons de l’aventure que j’ai vécue malgré le décès d’Ève. Lui aussi aime la forêt, il ne cesse de dire que plus tard, il protégera l’environnement. Les hommes meurent mais la forêt est pleine de vie, la vie du sang des hommes, qui ne s’éteint jamais…

© Sandra C., classe de Seconde 3 (promotion 2013-2014), mars 2014.
Lycée en Forêt/Espace Pédagogique Contributif

william_degouve_de_nuncques_2William Degouve de Nuncques (1867-1935)
« Les Anges de la nuit », 1894 (hst), Otterlo (Pays-Bas), Kröller-Müller Museum

Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, cet article est protégé par copyright. Ils est mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le nom de l’auteur ainsi que la référence complète de l’article cité (URL de la page).


 

« Dis-moi un Po-Aime »… Aujourd’hui la contribution de Manon

ImpressionLa classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques…
Bonne lecture !

frise_1

Hier, dimanche 16 février : Oscar P.
Aujourd’hui, lundi 17 février, la contribution de Manon
Demain, mardi 18 février : Alexia D.

_

_

« Peine naturelle »

par Manon B.
Classe de Première S2

_

Une tempête de déboires assombrissant mon âme
Comme une douleur qui sève dans mon cœur,
Elle s’attache et se loge,
Fait son nid au creux de mon corps.

C’est une épine écorchant les sentiments
Qui tourmente ma nature, sauvagement.
Ses pétales sont lourds de peines
Et meurtrissent avec haine,
L’écorce de mes émotions.

Alors j’essaye de démêler ce buisson d’angoisses,
Cette sylve qui m’étouffe, débordant d’amertume
Apprendre à refaire surface,
Après avoir été noyée dans l’écume
À faire refleurir la joie,
Apaiser les cascades de larmes salées
Pour alléger la peine
Que cette entaille a causée.

À l’orée de cette renaissance,
L’espoir bourgeonne à nouveau, et mes sens,
Ont oublié ces bourrasques de violence.
Après l’hiver vient le printemps,
Tout s’effacera avec le temps.

Braque_Braque-Le-Parc-de-Carrières-Saint-Denis-1909-1910  Georges Braque
“Le parc de Carrières-Saint-Denis » (1909-1910)
© Musée Thyssen-Bornemisza, Madrid © Museo Thyssen-Bornemisza © Adagp, Paris 2013

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Le point de vue de l’auteure…

J’ai rédigé ce poème pour le concours « Écriture en Forêt » dont la première édition a été lancée cette année au Lycée. Il faut tout d’abord savoir que mon inspiration ne partait pas dans cette direction au départ : je voulais parler des risques futurs pour la planète, de l’impact de l’homme sur la nature et de tout ce qui touche à l’environnement. Puis je me suis dit que ce thème serait sûrement beaucoup traité et qu’il fallait aborder différemment la thématique proposée. J’ai donc décidé d’évoquer la forêt, en tant qu’elle représente pour moi la quintessence même de la condition humaine.

N’est-elle pas renaissance, renouveau ? Et n’incarne-t-elle pas le cycle infini ordonné par les saisons, qui fait toute la diversité et le changement des paysages naturels ? De fait, tout le poème est basé sur le rythme des jours et des saisons, sur le flux perpétuel des cycles, qu’ils soient naturels, ou émotifs, dans lesquels la notion du temps est si importante. J’ai ainsi voulu assimiler la forêt à quelque chose que les hommes pouvaient ressentir au plus profond d’eux-mêmes : une expérience personnelle qui pourrait rendre mon poème plus profond et plus vrai.

Pour cela, j’ai recherché dans le vaste champ lexical de la nature, quels termes pouvaient être employés pour parler de la forêt tout en instruisant des sentiments humains. Voilà comment j’ai voulu insérer le thème de la forêt, de la nature, dans mon poème. Je me suis également dit qu’il fallait une évolution tout au long de l’écriture : ainsi, le début du poème (plus précisément les deux première strophes), que j’assimilerais à la saison hivernale, est basé sur l’introspection d’une solitude assumée, la sensation parfois violente et douloureuse que l’on ressent à l’intérieur de soi :

Comme une douleur qui sève dans mon cœur,
Elle s’attache et se loge,
Fait son nid au creux de mon corps.

C’est une épine écorchant les sentiments

J’ai voulu, par la force des images (l’allégorie de l’épine « écorchant les sentiments » par exemple) permettre ainsi un passage de la fiction onirique au dévoilement poétique, et inviter le lecteur à un déchiffrement symbolique. Voici pourquoi la suite du poème débouche sur la volonté de repartir, de « refleurir », comme cette renaissance de la nature, qui symbolise l’espoir retrouvé, les malheurs oubliés, l’envie de « vivre » à nouveau et d’aller de l’avant. La fin du poème représenterait donc symboliquement, à travers le printemps, saison où la nature revit, où les fleurs éclatent, où la forêt redevient chaleureuse, l’espoir d’un recommencement.

Le lecteur l’aura compris : évoquer ces cycles naturels, c’est pour moi évoquer les « saisons de l’Homme », c’est-à-dire le destin de l’Homme en tant que dépassement du désespoir et de la finitude. Même si cela n’est pas très explicite à la lecture, ce poème montre aussi l’importance de se retrouver après avoir « souffert » et de continuer à vivre avec joie malgré les peines endurées :

Après l’hiver vient le printemps,
Tout s’effacera avec le temps…

© Manon B., classe de Première S2 (promotion 2013-2014), février 2014.
Lycée en Forêt/Espace Pédagogique Contributif

« Dis-moi un Po-Aime »… Aujourd’hui la contribution de Sybille…

ImpressionLa classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques…
Bonne lecture !

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Hier, vendredi 14 février : Auréline G.
Aujourd’hui, samedi 15 février, la contribution de Sybille M.
(*)
Demain, dimanche 16 février : Oscar P.

« Une forêt de béton »

par Sybille M.
Classe de Première S2

Peu à peu, la forêt se meurt.
Les mythes sont devenus rumeurs,
Le métal coule dans les branches
Et sur le béton je m’épanche.

Les sons ne font pas frémir mes oreilles,
Nouvelle forêt au réveil :
Dans la rue, tous les mouvements,
Chuchotements et bruits violents.

Entre les immeubles sans âme,
Le vent, près de l’acier, sans flamme.
Il souffle toujours dans les cimes,
S’agite, discret, infime.

Oh ! Il m’ennuie, le bruit des feuilles,
Je préfère le silence
De cette ville qui m’accueille
En son vide, immense.

(*) Ce poème a obtenu le troisième prix du Concours « Écriture en Forêt », lancé cette année au Lycée…

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 « le silence de cette ville qui m’accueille en son vide, immense… »

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Le point de vue de l’auteure…

L’idée de départ de ce poème m’a été suggérée par le concours « Écriture en Forêt » auquel j’ai participé. Pourtant, je vous avouerai que je ne me sens pas particulièrement attirée par la nature, je trouve cela agréable mais sans plus ; aussi ai-je décidé de parler de quelque chose qui me fascine plus, la ville : non pas la ville en tant que simple univers référentiel urbain, mais la ville dont la mythologie irradie les rêves et les cauchemars contemporains.

Dans mon imaginaire, la ville a quelque chose de fascinant, d’illimité, de démesuré… Ainsi, tout comme on pourrait parler d’une forêt de sentiments, j’ai voulu détourner la thématique d’une forêt d’arbres en évoquant une forêt urbanisée, une forêt de béton : la ville n’est-elle pas une forêt de bitume, d’usines, une forêt d’immeubles plantée d’humains ?

Pour établir ce parallélisme entre la forêt et la ville j’ai utilisé le mot « mythes » qui a un aspect presque ancien, intemporel et mystique, et les rumeurs qui peuvent circuler dans les villes : « Les mythes deviennent rumeurs »… La ville, c’est la menace permanente de la rumeur, c’est le triomphe des mythes et paradoxalement leur disparition : le mythe de l’urbanisation a remplacé la mythologie de la forêt, un peu comme si, dans l’imaginaire social, la forêt s’était à jamais perdue dans les villes…

Par contraste j’ai axé mon texte sur quelque chose d’infime et de sensoriel : les sons. J’ai par exemple essayé de jouer avec les sonorités et le signifié des mots. J’ai aussi tenté de jouer avec les rythmes (souvent octosyllabiques) et les sons en travaillant les homophonies accentuées par les rimes féminines, qui sonnent un peu de la même manière, de façon à évoquer le caractère standardisé de la ville :

Entre les immeubles sans âme,
Le vent, près de l’acier, sans flamme

Je parle également des « Chuchotements et bruits violents », et enfin du silence à la fin du texte. C’est par référence aux bruits sur tout un jour : violents la journée, plus ténus le soir, et enfin le silence de la nuit, que je trouve agréable et angoissant à la fois parce qu’il nous ramène à notre propre existence, à notre propre silence. C’est ainsi que j’ai souhaité privilégier un rythme descendant (8/7/8/5) à la fin de mon texte, comme pour marquer par ce rétrécissement syllabique l’immensité de l’univers urbain (« en son vide, immense… »), et amener à une dimension plus métaphysique.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le poème se referme sur des rimes féminines. Cette récurrence de sonorités douces contraste avec la thématique évoquée, celle de la ville, synonyme de mécanisation et de bruit, et celle de l’homme moderne confronté à la solitude des « forêts urbaines », là où dans le silence du soir, il pense quelquefois à ces tours qui ont remplacé les grands arbres, et à ces chemins de traverse, larges et immenses qu’on appelle des autoroutes…

© Sybille M., classe de Première S2 (promotion 2013-2014), février 2014.
Lycée en Forêt/Espace Pédagogique Contributif

Concours d’art oratoire 2014 Premier entraînement…

Bientôt le Concours d’art oratoire 2014
Inscriptions au CDI jusqu’au début du mois de février 2014*

Entraînement n°1

Le Rotary Club de Montargis propose aux élèves du Lycée en Forêt de participer à un grand concours d’expression orale qui aura lieu à partir du mardi 11 mars 2014*. Si vous aimez prendre la parole, saisissez cette occasion unique de vous exprimer à l’oral face à un public (des professionnels et quelques enseignants du Lycée). Les inscriptions vont bientôt être ouvertes : vous pourrez retirer le formulaire d’inscription au CDI (Attention : le nombre de places étant limité, ne tardez pas à rapporter vos bulletins d’inscription. Clôture des inscriptions : début février*).
Réunion d’information : mardi 18 Février à partir de 10h20 à l’amphithéâtre du Lycée.

Premier entraînement

 
Calendrier d’entraînement :
  • Mercredi 29 janvier 2014 : exploiter la métaphore filée, les anaphores, les interrogations oratoires
  • Mercredi 5 février : le réquisitoire et le plaidoyer
  • Mercredi 12 février : structurer un discours argumentatif
  • Jeudi 20 février : introduire et conclure un exposé oral… L’accroche et la chute

_________________

Entraînement n°1

Voici 10 sujets sur lesquels vous pouvez vous entraîner :

  1. Sur le fronton du Panthéon à Paris est inscrite la devise suivante : « Aux grands hommes la patrie reconnaissante ». Pensez-vous qu’au nom de la parité, il faudrait modifier cette devise ?
  2. Que pensez-vous de ce proverbe : « Qui aime bien châtie bien » ?
  3. Que pensez-vous de ces propos d’Antoine de Saint-Exupéry : « La meilleure façon d’unir les hommes, c’est encore de les faire travailler ensemble ».
  4. Peut-on justifier la violence ?
  5. Qu’est-ce qu’un « grand homme » ?
  6. Que vous inspire cette citation de Shakespeare : « Rien n’est plus commun que le désir d’être remarquable » ?
  7. « Parlez-nous de vous »…
  8. Comment faire pour marquer son temps ?
  9. Selon vous, faudrait-il que les robots un jour aient des droits ?
  10. Si la poésie avait une couleur, quelle serait-elle ?

Malgré les apparences, vous verrez que les sujets proposés obéissent tous à des mêmes règles. Il est important tout d’abord de structurer votre exposé afin que le jury suive et comprenne votre démarche : montrez que vous savez où vous aller ! Quel que soit le sujet choisi, privilégiez d’abord un angle d’approche, c’est-à-dire une problématique qui va orienter votre démarche. Surtout ne rédigez pas : cela vous amènerait à lire (ce qui ne serait plus de l’oral, mais une lecture de texte) et donc à être éliminé/e.

Posez-vous des questions, faites preuve de curiosité intellectuelle

Imaginez par exemple que vous avez choisi le sujet n°2 : Que pensez-vous de ce proverbe : « Qui aime bien châtie bien » ? Voici un sujet qui peut surprendre au départ, puisqu’il amène à considérer que c’est une preuve d’affection que d’être dur avec quelqu’un : « Je te punis comme il faut, donc je t’aime bien ». Ces deux pensées contradictoires (associer l’amour à une peine sévère) amènent à plusieurs interrogations : par exemple, faut-il éduquer en « châtiant » nécessairement ? N’est-ce pas l’expression d’une volonté de puissance que de prétendre aimer en disposant du sort d’autrui ? Ainsi, la peine de mort, qui est la punition la plus extrême, est-elle dans ces conditions le témoignage d’un amour suprême ? Mais on peut prendre le contrepied de cet adage : « Qui aime bien ne châtie point ». Dans ces conditions, est-ce que cela signifie : « Qui aime bien, laisse faire » ? Dans ces conditions, innocenter un « voyou » n’est-ce pas lui signifier du mépris et de l’indifférence ? Ne pas châtier, ce serait donc… mal aimer ? Par opposition, « bien châtier » serait faire preuve de courage, d’engagement. Comme vous le voyez, posez-vous des questions, envisagez le sujet selon plusieurs angles, selon plusieurs points de vue.

Les ressources de l’art oratoire

Rappel : votre oral doit durer 5 minutes au moins ! Les prestations des candidats sont évaluées sur le style, l’élocution, l’expression française et la force de conviction de chacun. Vous devrez développer avant tout la communication : n’oubliez pas que vous allez être noté/e en premier lieu sur votre désir de communiquer. Cultivez votre leadership ! Pensez par exemple à adapter votre voix à la situation de communication ; pensez aussi à adapter votre registre de langue. Un orateur persuasif est celui qui sait s’exprimer avec aisance et clarté, moduler le son de sa voix afin d’éviter la monotonie par exemple : n’hésitez pas à jouer de plusieurs registres (langue populaire/familière/courante/soutenue), à trouver le « ton juste » (enjoué, ironique, oratoire, lyrique, etc.) : la capacité d’émouvoir, de persuader par la parole sont en effet essentielles.

Enfin, au niveau de l’évaluation, la diction est fondamentale puisque vous devez persuader d’abord par la parole :

  • Obligez-vous à faire à l’oral des PHRASES COMPLÈTES à partir de mots clés.
  • Même à l’oral, entraînez-vous à ponctuer correctement, en jouant sur l’intonation.
  • Attention enfin à la reprise trop fréquente de tournures (qui risquerait de rendre votre oral monotone ou pesant pour les auditeurs).

Les sujets proposés au concours vous amèneront également à convaincre, à persuader votre auditoire : sortez des banalités. Certes, il n’est pas question de choquer, de provoquer, mais de surprendre, et d’exploiter pleinement votre personnalité. Pensez enfin à adopter des outils linguistiques appropriés. Ne négligez surtout pas le travail sur la langue : c’est ce qu’on appelle l’élocution, c’est-à-dire le choix du style. Par exemple, l’emploi de figures de rhétorique semble tout indiqué : métaphores, comparaisons, interpellation de votre auditoire, gradations, interrogations oratoires, etc.

Aujourd’hui, je vous propose de vous entraîner sur trois procédés essentiels dans l’art oratoire :

  • Métaphore filée ;
  • Anaphores ;
  • Interrogations rhétoriques.

1. La métaphore filée

Prenons un sujet type : vous souhaitez par exemple plaider pour plus de justice sociale. Si vous êtes astucieux, vous allez exploiter la technique de la métaphore filée. Comme vous le savez, on entend par là une métaphore qui se prolonge, qui est développée à travers un même réseau lexical. Si vous avez du mal à trouver ou à formuler vos idées, la métaphore filée constitue une aide précieuse.

Imaginons un candidat qui n’a que peu d’arguments, par exemple « plus de justice sociale permettra d’améliorer les conditions de vie et le monde ». Malgré sa justesse, l’idée en elle-même est assez pauvre et banale du fait de son manque d’originalité. Néanmoins, vous allez voir comment une métaphore filée peut la transformer. Pensez par exemple au champ lexical de la construction : « rebâtir, construire, fondations, pierre, maison, édifice, murs… » etc.

Reprenons maintenant notre idée de départ en l’étayant grâce à une métaphore filée :

« Plus de justice sociale permettra d’améliorer les conditions de vie et le monde : il faut en effet que tous les murs qui séparent les hommes tombent : mur de l’indifférence, mur du racisme, mur de l’égoïsme. Le monde n’est pas seulement un ensemble de continents, c’est notre maison commune. En ce début de vingt-et-unième siècle, il est peut-être temps de rebâtir le monde pour plus de justice sociale, de construire une nouvelle société, plus humaine, plus fraternelle. I1 nous appartient de poser les fondations d’un monde plus respectueux des valeurs communes. Un nouvel humanisme est nécessaire ! Alors que le vieil édifice s’écroule, des voix rappellent qu’il faut poser la première pierre de la fraternité ! »

2. Même exemple que précédemment mais avec des anaphores et des interrogations oratoires :

« Mesdames, Messieurs, voilà ce que je vous propose : il faut que tous les murs qui séparent les hommes tombent : mur de l’indifférence, mur de la misère, mur de l’égoïsme. Peut-on accepter de vivre ainsi ? Avons-nous été créés pour nous déchirer ? Pour nous haïr ? Plus de justice sociale ne permettrait-elle pas d’améliorer les conditions de vie et le monde ?

Mesdames, Messieurs, notre monde en effet n’est pas seulement un ensemble de continents, c’est notre maison commune. Devons-nous accepter de laisser mourir cette maison et d’en voir s’écrouler les fondations? Devons-nous nous résoudre à partir en laissant les clés sur la porte ? Notre terre doit-elle être condamnée à devenir une maison abandonnée ? En ce début de vingt-et-unième siècle, il est peut-être temps de rebâtir le monde, de construire une nouvelle société, plus humaine, plus fraternelle.

Mesdames, Messieurs, il nous appartient de poser les fondations d’un monde plus respectueux des valeurs communes. Un nouvel humanisme est nécessaire ! Alors que le vieil édifice s’écroule, des voix rappellent qu’il faut poser la première pierre de la fraternité ! »

_________________

  • Pour vous entraîner : gardez si vous le souhaitez le sujet de départ et refaites l’exercice en respectant le même ordre : 1) métaphore filée, 2) métaphore filée + anaphores et interrogations oratoires) mais en utilisant le champ lexical du voyage ou du déplacement (route, partir, chemin, départ, etc.) : comme vous l’avez vu, c’est d’abord un travail de style et d’approfondissement qui est attendu de vous.

RAPPEL : les compétences requises pour le concours…

La prise de parole en public requiert plusieurs compétences. Voici quelques conseils pour affronter l’épreuve…

  1. Commencez d’abord à vous préparer “physiquement” à la prise de parole. Choisissez avec soin votre tenue ce jour-là : certes, ce n’est pas un défilé de mode, mais vous parlerez d’autant mieux que vous vous sentirez à l’aise dans vos vêtements. N’oubliez pas non plus que la principale difficulté… C’est vous : donc inutile de vous mettre trop la pression avant! Soyez sûr(e) de vous : partez gagnant(e) en vous disant que de toute façon vous n’avez strictement rien à perdre. Dès que vous rentrez, pensez aussi à dire Bonjour ! Cela paraît évident mais parfois, avec le trac…

  2. Regardez votre public. N’oubliez pas non plus que même si une personne du jury ne semble pas faire attention à votre présence quand vous parlez, cela ne veut rien dire : elle donnera un avis sur vous juste après votre départ. Donc regardez tout le monde (et pas seulement une seule personne parce qu’elle vous aura regardé(e) avec bienveillance ou parce que vous la connaissez (votre prof par exemple). Veillez également à vous tenir correctement : inutile de se raidir, mais il ne faut pas non plus être avachi !

  3. Improviser… Mais pas trop ! Bien sûr, le concours exige une certaine part d’improvisation, mais n’en faites pas trop non plus, car cela risquerait de vous entraîner sur un terrain parfois glissant, en particulier au niveau de la maîtrise du non-verbal (la gestuelle) : quand on improvise, on a tendance à “théâtraliser” un peu trop parfois : en libérant la parole, on libère trop ses gestes et on en arrive à “gesticuler”. Donc, gardez toujours une certaine distance en essayant d’articuler au mieux le geste et les registres de langue que vous allez employer (didactique, comique, lyrique, etc.)

  4. S’entraîner avec… une glace et un MP3 ! Voici un excellent exercice qui vous permettra de vérifier que vous maîtrisez votre voix et votre respiration lors de la prise de parole : chez vous, essayez en vous regardant obligatoirement devant une glace (une grande : celle de la salle de bain fera l’affaire!) de parler HAUT et FORT. L’exercice d’entraînement que je vous propose consiste à lire un texte neutre (une définition de cours par exemple, comme ça vous ne perdez pas de temps) en regardant le moins possible votre support et en vous fixant le plus possible dans la glace. Relisez plusieurs fois votre texte en variant l’intonation (neutralité, colère, joie, rire, émotion, interpellation, etc.). Si possible, enregistrez-vous avec un MP3 et écoutez ce que ça donne afin de corriger les petits problèmes (placement de la voix par exemple). Prenez ensuite un sujet au hasard : accordez-vous 20 minutes de préparation et lancez-vous, sans lire vos notes (vous pouvez même vous entraîner dans les transports en commun pour la recherche des arguments) : essayez de trouver des idées créatives, originales, et faites si possible votre exposé devant d’autres personnes : des copains ou des copines, la famille, etc. afin de vous confronter à un public. Si vous êtes seul chez vous, mettez-vous devant une glace et parlez HAUT et FORT en vous obligeant à parler tout en vous regardant.

* Date de l’épreuve : 11 mars 2014. En fonction du nombre de candidats inscrits, une seconde séance de qualifications peut avoir lieu quelques jours après. Réunion d’information : le 18 Février 2014. Remise des prix : début avril.
Ces dates sont indiquées sous réserve. Dans tous les cas, vérifiez auprès du CDI.

Concours d'art oratoire 2014 Premier entraînement…

Bientôt le Concours d’art oratoire 2014
Inscriptions au CDI jusqu’au début du mois de février 2014*
Entraînement n°1

Le Rotary Club de Montargis propose aux élèves du Lycée en Forêt de participer à un grand concours d’expression orale qui aura lieu à partir du mardi 11 mars 2014*. Si vous aimez prendre la parole, saisissez cette occasion unique de vous exprimer à l’oral face à un public (des professionnels et quelques enseignants du Lycée). Les inscriptions vont bientôt être ouvertes : vous pourrez retirer le formulaire d’inscription au CDI (Attention : le nombre de places étant limité, ne tardez pas à rapporter vos bulletins d’inscription. Clôture des inscriptions : début février*).
Réunion d’information : mardi 18 Février à partir de 10h20 à l’amphithéâtre du Lycée.

Premier entraînement

 
Calendrier d’entraînement :
  • Mercredi 29 janvier 2014 : exploiter la métaphore filée, les anaphores, les interrogations oratoires
  • Mercredi 5 février : le réquisitoire et le plaidoyer
  • Mercredi 12 février : structurer un discours argumentatif
  • Jeudi 20 février : introduire et conclure un exposé oral… L’accroche et la chute

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Entraînement n°1

Voici 10 sujets sur lesquels vous pouvez vous entraîner :

  1. Sur le fronton du Panthéon à Paris est inscrite la devise suivante : « Aux grands hommes la patrie reconnaissante ». Pensez-vous qu’au nom de la parité, il faudrait modifier cette devise ?
  2. Que pensez-vous de ce proverbe : « Qui aime bien châtie bien » ?
  3. Que pensez-vous de ces propos d’Antoine de Saint-Exupéry : « La meilleure façon d’unir les hommes, c’est encore de les faire travailler ensemble ».
  4. Peut-on justifier la violence ?
  5. Qu’est-ce qu’un « grand homme » ?
  6. Que vous inspire cette citation de Shakespeare : « Rien n’est plus commun que le désir d’être remarquable » ?
  7. « Parlez-nous de vous »…
  8. Comment faire pour marquer son temps ?
  9. Selon vous, faudrait-il que les robots un jour aient des droits ?
  10. Si la poésie avait une couleur, quelle serait-elle ?

Malgré les apparences, vous verrez que les sujets proposés obéissent tous à des mêmes règles. Il est important tout d’abord de structurer votre exposé afin que le jury suive et comprenne votre démarche : montrez que vous savez où vous aller ! Quel que soit le sujet choisi, privilégiez d’abord un angle d’approche, c’est-à-dire une problématique qui va orienter votre démarche. Surtout ne rédigez pas : cela vous amènerait à lire (ce qui ne serait plus de l’oral, mais une lecture de texte) et donc à être éliminé/e.

Posez-vous des questions, faites preuve de curiosité intellectuelle

Imaginez par exemple que vous avez choisi le sujet n°2 : Que pensez-vous de ce proverbe : « Qui aime bien châtie bien » ? Voici un sujet qui peut surprendre au départ, puisqu’il amène à considérer que c’est une preuve d’affection que d’être dur avec quelqu’un : « Je te punis comme il faut, donc je t’aime bien ». Ces deux pensées contradictoires (associer l’amour à une peine sévère) amènent à plusieurs interrogations : par exemple, faut-il éduquer en « châtiant » nécessairement ? N’est-ce pas l’expression d’une volonté de puissance que de prétendre aimer en disposant du sort d’autrui ? Ainsi, la peine de mort, qui est la punition la plus extrême, est-elle dans ces conditions le témoignage d’un amour suprême ? Mais on peut prendre le contrepied de cet adage : « Qui aime bien ne châtie point ». Dans ces conditions, est-ce que cela signifie : « Qui aime bien, laisse faire » ? Dans ces conditions, innocenter un « voyou » n’est-ce pas lui signifier du mépris et de l’indifférence ? Ne pas châtier, ce serait donc… mal aimer ? Par opposition, « bien châtier » serait faire preuve de courage, d’engagement. Comme vous le voyez, posez-vous des questions, envisagez le sujet selon plusieurs angles, selon plusieurs points de vue.

Les ressources de l’art oratoire

Rappel : votre oral doit durer 5 minutes au moins ! Les prestations des candidats sont évaluées sur le style, l’élocution, l’expression française et la force de conviction de chacun. Vous devrez développer avant tout la communication : n’oubliez pas que vous allez être noté/e en premier lieu sur votre désir de communiquer. Cultivez votre leadership ! Pensez par exemple à adapter votre voix à la situation de communication ; pensez aussi à adapter votre registre de langue. Un orateur persuasif est celui qui sait s’exprimer avec aisance et clarté, moduler le son de sa voix afin d’éviter la monotonie par exemple : n’hésitez pas à jouer de plusieurs registres (langue populaire/familière/courante/soutenue), à trouver le « ton juste » (enjoué, ironique, oratoire, lyrique, etc.) : la capacité d’émouvoir, de persuader par la parole sont en effet essentielles.

Enfin, au niveau de l’évaluation, la diction est fondamentale puisque vous devez persuader d’abord par la parole :

  • Obligez-vous à faire à l’oral des PHRASES COMPLÈTES à partir de mots clés.
  • Même à l’oral, entraînez-vous à ponctuer correctement, en jouant sur l’intonation.
  • Attention enfin à la reprise trop fréquente de tournures (qui risquerait de rendre votre oral monotone ou pesant pour les auditeurs).

Les sujets proposés au concours vous amèneront également à convaincre, à persuader votre auditoire : sortez des banalités. Certes, il n’est pas question de choquer, de provoquer, mais de surprendre, et d’exploiter pleinement votre personnalité. Pensez enfin à adopter des outils linguistiques appropriés. Ne négligez surtout pas le travail sur la langue : c’est ce qu’on appelle l’élocution, c’est-à-dire le choix du style. Par exemple, l’emploi de figures de rhétorique semble tout indiqué : métaphores, comparaisons, interpellation de votre auditoire, gradations, interrogations oratoires, etc.

Aujourd’hui, je vous propose de vous entraîner sur trois procédés essentiels dans l’art oratoire :

  • Métaphore filée ;
  • Anaphores ;
  • Interrogations rhétoriques.

1. La métaphore filée

Prenons un sujet type : vous souhaitez par exemple plaider pour plus de justice sociale. Si vous êtes astucieux, vous allez exploiter la technique de la métaphore filée. Comme vous le savez, on entend par là une métaphore qui se prolonge, qui est développée à travers un même réseau lexical. Si vous avez du mal à trouver ou à formuler vos idées, la métaphore filée constitue une aide précieuse.

Imaginons un candidat qui n’a que peu d’arguments, par exemple « plus de justice sociale permettra d’améliorer les conditions de vie et le monde ». Malgré sa justesse, l’idée en elle-même est assez pauvre et banale du fait de son manque d’originalité. Néanmoins, vous allez voir comment une métaphore filée peut la transformer. Pensez par exemple au champ lexical de la construction : « rebâtir, construire, fondations, pierre, maison, édifice, murs… » etc.

Reprenons maintenant notre idée de départ en l’étayant grâce à une métaphore filée :

« Plus de justice sociale permettra d’améliorer les conditions de vie et le monde : il faut en effet que tous les murs qui séparent les hommes tombent : mur de l’indifférence, mur du racisme, mur de l’égoïsme. Le monde n’est pas seulement un ensemble de continents, c’est notre maison commune. En ce début de vingt-et-unième siècle, il est peut-être temps de rebâtir le monde pour plus de justice sociale, de construire une nouvelle société, plus humaine, plus fraternelle. I1 nous appartient de poser les fondations d’un monde plus respectueux des valeurs communes. Un nouvel humanisme est nécessaire ! Alors que le vieil édifice s’écroule, des voix rappellent qu’il faut poser la première pierre de la fraternité ! »

2. Même exemple que précédemment mais avec des anaphores et des interrogations oratoires :

« Mesdames, Messieurs, voilà ce que je vous propose : il faut que tous les murs qui séparent les hommes tombent : mur de l’indifférence, mur de la misère, mur de l’égoïsme. Peut-on accepter de vivre ainsi ? Avons-nous été créés pour nous déchirer ? Pour nous haïr ? Plus de justice sociale ne permettrait-elle pas d’améliorer les conditions de vie et le monde ?

Mesdames, Messieurs, notre monde en effet n’est pas seulement un ensemble de continents, c’est notre maison commune. Devons-nous accepter de laisser mourir cette maison et d’en voir s’écrouler les fondations? Devons-nous nous résoudre à partir en laissant les clés sur la porte ? Notre terre doit-elle être condamnée à devenir une maison abandonnée ? En ce début de vingt-et-unième siècle, il est peut-être temps de rebâtir le monde, de construire une nouvelle société, plus humaine, plus fraternelle.

Mesdames, Messieurs, il nous appartient de poser les fondations d’un monde plus respectueux des valeurs communes. Un nouvel humanisme est nécessaire ! Alors que le vieil édifice s’écroule, des voix rappellent qu’il faut poser la première pierre de la fraternité ! »

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  • Pour vous entraîner : gardez si vous le souhaitez le sujet de départ et refaites l’exercice en respectant le même ordre : 1) métaphore filée, 2) métaphore filée + anaphores et interrogations oratoires) mais en utilisant le champ lexical du voyage ou du déplacement (route, partir, chemin, départ, etc.) : comme vous l’avez vu, c’est d’abord un travail de style et d’approfondissement qui est attendu de vous.


RAPPEL : les compétences requises pour le concours…

La prise de parole en public requiert plusieurs compétences. Voici quelques conseils pour affronter l’épreuve…

  1. Commencez d’abord à vous préparer “physiquement” à la prise de parole. Choisissez avec soin votre tenue ce jour-là : certes, ce n’est pas un défilé de mode, mais vous parlerez d’autant mieux que vous vous sentirez à l’aise dans vos vêtements. N’oubliez pas non plus que la principale difficulté… C’est vous : donc inutile de vous mettre trop la pression avant! Soyez sûr(e) de vous : partez gagnant(e) en vous disant que de toute façon vous n’avez strictement rien à perdre. Dès que vous rentrez, pensez aussi à dire Bonjour ! Cela paraît évident mais parfois, avec le trac…

  2. Regardez votre public. N’oubliez pas non plus que même si une personne du jury ne semble pas faire attention à votre présence quand vous parlez, cela ne veut rien dire : elle donnera un avis sur vous juste après votre départ. Donc regardez tout le monde (et pas seulement une seule personne parce qu’elle vous aura regardé(e) avec bienveillance ou parce que vous la connaissez (votre prof par exemple). Veillez également à vous tenir correctement : inutile de se raidir, mais il ne faut pas non plus être avachi !

  3. Improviser… Mais pas trop ! Bien sûr, le concours exige une certaine part d’improvisation, mais n’en faites pas trop non plus, car cela risquerait de vous entraîner sur un terrain parfois glissant, en particulier au niveau de la maîtrise du non-verbal (la gestuelle) : quand on improvise, on a tendance à “théâtraliser” un peu trop parfois : en libérant la parole, on libère trop ses gestes et on en arrive à “gesticuler”. Donc, gardez toujours une certaine distance en essayant d’articuler au mieux le geste et les registres de langue que vous allez employer (didactique, comique, lyrique, etc.)

  4. S’entraîner avec… une glace et un MP3 ! Voici un excellent exercice qui vous permettra de vérifier que vous maîtrisez votre voix et votre respiration lors de la prise de parole : chez vous, essayez en vous regardant obligatoirement devant une glace (une grande : celle de la salle de bain fera l’affaire!) de parler HAUT et FORT. L’exercice d’entraînement que je vous propose consiste à lire un texte neutre (une définition de cours par exemple, comme ça vous ne perdez pas de temps) en regardant le moins possible votre support et en vous fixant le plus possible dans la glace. Relisez plusieurs fois votre texte en variant l’intonation (neutralité, colère, joie, rire, émotion, interpellation, etc.). Si possible, enregistrez-vous avec un MP3 et écoutez ce que ça donne afin de corriger les petits problèmes (placement de la voix par exemple). Prenez ensuite un sujet au hasard : accordez-vous 20 minutes de préparation et lancez-vous, sans lire vos notes (vous pouvez même vous entraîner dans les transports en commun pour la recherche des arguments) : essayez de trouver des idées créatives, originales, et faites si possible votre exposé devant d’autres personnes : des copains ou des copines, la famille, etc. afin de vous confronter à un public. Si vous êtes seul chez vous, mettez-vous devant une glace et parlez HAUT et FORT en vous obligeant à parler tout en vous regardant.

* Date de l’épreuve : 11 mars 2014. En fonction du nombre de candidats inscrits, une seconde séance de qualifications peut avoir lieu quelques jours après. Réunion d’information : le 18 Février 2014. Remise des prix : début avril.
Ces dates sont indiquées sous réserve. Dans tous les cas, vérifiez auprès du CDI.