« Dis-moi un Po-Aime »… L’expo continue… Aujourd’hui la contribution d’Héla G.

ImpressionLa classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques…
Bonne lecture !

Textes déjà publiés : 

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Vendredi 21 février, Camille V.
Aujourd’hui, samedi 15 mars, la contribution d’Héla
Demain, dimanche 16 mars : Arthur M.

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« Noël robotique »

par Héla G.
Classe de Première S2

 

Il était une fois un monde où l’humanité est un mythe
Un monde rempli de machines éternelles
Toutes semblables, toutes les mêmes
Un monde sans liberté et sans limite.

C’est alors que XENA apparut
Une machine mal conçue
Mi-humaine, seule à s’évader en rêvant
Mais seulement le temps d’un instant

Alors, elle s’imagina s’échapper de ce monde sans vie
Et s’évader dans l’interdit :
Entrant dans des algorithmes dépourvus de réalité
Elle avança dans le tunnel étroit de la liberté

Elle était à présent assise autour d’une table
Accompagnée d’inconnus familiers
Puis elle vit le présent amer sous le grand sapin humble.
Elle s’apprêtait à l’ouvrir lorsque… Batterie épuisée.

robot-santa_2« Un monde rempli de machines éternelles
Toutes semblables, toutes les mêmes… »

Source de l’image

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Le point de vue de l’auteure…

Pour composer ce poème, je me suis d’abord inspirée des Surréalistes qui puisaient leur imaginaire dans l’écriture automatique. Après avoir effectué le même travail d’approche et avoir lu les associations libres qui m’étaient venu à l’esprit, je constatais que certains mots que j’avais hâtivement écrits sur ma feuille formaient un réseau lexical inattendu : « machine, XENA, robot ». C’est alors que j’eus vraiment l’idée de ce texte : l’image d’une sorte de robot qui pouvait rêver s’est imposée à mon esprit. J’ai donc choisi d’approfondir cette inspiration.

Outre le surréalisme, j’ai souhaité donné à ce texte une puissante dimension symboliste. De fait, pour les Symbolistes, le texte se donne à déchiffrer ; il engage le lecteur vers une lecture interprétative : c’est ainsi qu’à mes yeux, le robot humanoïde XENA dont il est question dans ce texte devient en quelque sorte l’allégorie d’un monde déshumanisé. Ce texte amène ainsi à une réflexion sur notre modernité  : n’entraîne-t-elle pas une perte de valeur, une perte du sens, une « objectivation » de l’homme : c’est-à-dire la perte de l’humain en tant que sujet agissant, pensant, rêvant…

Paradoxe de la modernité : l’humain se rêve comme robot, tandis que la machine se rêve comme humain. C’est ainsi que XENA cherche à ressentir des émotions, grâce à sa fabrication hors norme : « Une machine mal conçue /Mi-humaine, seule à s’évader en rêvant »… J’ai trouvé judicieux de choisir pour cadre référentiel l’univers festif de Noël dont l’image familière est universellement connue de tous. Plus précisément, j’ai voulu situer la scène lors du réveillon de Noël, fête familiale par excellence : le robot XENA est là avec la famille, dont il partage la cérémonie d’ouverture des cadeaux. 

Comme le lecteur le comprend, si Noël représente des valeurs essentielles de l’humanité, avec l’innocence de l’enfance, la convivialité, l’esprit de famille, la joie, le bonheur… une question qui vient à l’esprit est la suivante : ce bonheur peut-il être remis en cause ? A travers la métaphore de la machine qui n’a plus de batterie, j’ai voulu montrer qu’à l’instar de cette machine qui retourne donc dans son monde d’ennui où les hasards ne la vie n’existent pas, nous risquons aussi, en voulant tout contrôler, perdre de vue l’infini bonheur du hasard…

Ce poème dénonce donc la déshumanisation du monde, qui est d’abord une déshumanisation de l’homme lui-même. Si de plus en plus de machines remplacent les humains, c’est que l’homme sans le savoir a peut-être renoncé à sa liberté. Comme l’exprimait admirablement l’écrivain Georges Bernanos en 1944, « Nous n’assistons pas à la fin naturelle d’une grande civilisation humaine, mais à la naissance d’une civilisation inhumaine qui ne saurait s’établir que grâce à une vaste, à une immense, à une universelle stérilisation des valeurs de la vie »…

Oui, les machines savent faire de plus en plus de choses impressionnantes… Mais dans quel but ? Où va la route ? Un monde sans humanité n’est rien pour moi, tant il est vrai que c’est l’humanité qui fait le monde : il bat au rythme de notre propre cœur… Arrivera-t-on un jour, comme le redoutait Paul Valéry à l’extinction entière de l’espèce humaine ? « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles », écrivait-il en 1919. C’est ainsi que la fin du poème « batterie épuisée » invite le lecteur à méditer sur le sens même de notre humanité, de notre modernité, de notre finitude…

© Héla G., classe de Première S2 (promotion 2013-2014), mars 2014.
Lycée en Forêt/Espace Pédagogique Contributif

Colette, ou le féminisme humaniste… Par Sybille M.

JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME
8 mars

À l’occasion de la Journée Internationale de la Femme, l’Espace Pédagogique Contributif va publier plusieurs travaux de recherche consacrés au féminisme. Voici la première contribution proposée par Sybille, brillante élève de Première S…

Colette
ou le féminisme humaniste

Colette_expo_2

par Sybille M.
Classe de première S2 

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« — Elle est en acier !
Elle est « en femme », simplement, et cela suffit. »
Colette, La Vagabonde, 1910

 

Introduction

Colette et ses chats, Colette danseuse légère qui scandalise la Belle Époque par ses amours féminines et ses tenues d’homme, Colette séquestrée par Willy, ou encore Colette féministe… On a beaucoup écrit sur la « Vagabonde », mais derrière tous ces clichés, que pouvons-nous retenir de son œuvre et que savons-nous même de la femme ? De fait, toute sa vie, l’auteure du Blé en herbe a joué avec son image, elle s’est créé un personnage, un mythe qui semble, aujourd’hui encore, avoir pris le dessus sur la réalité. Comme le notent avec une grande justesse Francine Dugast-Portes et Marie-Françoise Berthu-Courtivron, « Colette est tout entière dans [le] paradoxe […]. Elle pose nue […], mais d’abord elle pose, et ne laisse voir d’elle-même qu’une image organisée. Jamais elle ne se laisse surprendre »|1|.

Colette_lauthentiqueExtrait de Colette l’authentique, par Nicole Ferrier-Caverivière
PUF « Écrivains », Paris 1998, page 181

Cette auteure énigmatique publie son premier roman, au côté de son mari Willy, en 1900 : Claudine à l’école. C’est un grand succès commercial qui lancera la fameuse série des Claudine et propulsera la carrière littéraire et journalistique de Colette. Vingt-trois ans plus tard, elle écrit le Blé en herbe qui sera controversé dès sa sortie car il Colette_Claudine_a_lécoleaborde le thème de la découverte de l’amour, de la désillusion sentimentale et des rapports physiques entre un adolescent et une femme plus âgée. Entre la Claudine effrontée et la « dame en blanc » séduisant Phil, Colette scandalise parce que son œuvre est d’abord un affranchissement des normes et des hiérarchies sociales, une objectivation et une appropriation du corps de la femme par une femme en tant que sujet narratologique, et non plus en tant qu’objet. Revenons par exemple sur le Blé en herbe : bien plus qu’une bouleversante histoire sur le trouble des passions naissantes, certes quelque peu surannée, mettant en scène un couple d’adolescents à l’aube de leur vie d’adulte, ce roman d’apprentissage constitue surtout une critique des conventions morales de l’époque et Colette y exprime implicitement son féminisme. Tel sera l’objet de la présente étude. Nous verrons tout d’abord comment Colette a toute sa vie durant, cultivé son image et combattu les conventions, ensuite nous étudierons dans quelle mesure le Blé en herbe illustre si bien le « féminisme paradoxal » de Colette…

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Colette : une certaine image et un combat

Sidonie-Gabrielle Colette naît le 28 janvier 1878 dans une famille cultivée de la petite bourgeoisie provinciale. Ses premières lectures vont marquer son style d’écriture. Ainsi, sa passion pour Balzac se retrouve dans ses descriptions, si poétiques quand elle évoque les paysages, les parfums et les sens. Mais l’auteur de la Comédie humaine se retrouve en Colette_Sido_Copyright_RuedesArchivesfiligrane dans les aphorismes qui abondent dans l’œuvre de Colette et dans son style d’écriture qui fait alterner si souvent le présent gnomique dans les passages narratifs|2|. Elle grandit aux côté de sa mère, Sido, qu’elle présente dans Journal à rebours (1941) comme « le personnage principal de toute [sa] vie » |3|. En 1893, elle se marie à Henry Gauthier Villars dit « Willy ».

Sido, la mère de Colette →
© Rue des Archives

Il la pousse à raconter ses souvenirs et l’introduit bien malgré elle dans les mondanités de la vie parisienne |4|. Il l’emmène dans les salons littéraires à la mode qui fleurissent alors à Paris : c’est là par exemple qu’elle rencontre Marcel Proust qui exercera sur elle une influence considérable. Mais Colette ne publiera pas sous son propre nom. Loin s’en faut ! « Willy affirme qu’il a reçu [Claudine à l’école] d’une jeune fille dont il couvre l’anonymat en faisant figurer son propre nom sur la couverture. En réalité, c’est Colette, sa femme, qui a écrit à sa demande ce roman fabriqué à partir de souvenirs d’enfance » |5|. Suivront Claudine à Paris (1901), Claudine en ménage (1902) et enfin Claudine s’en va (1903) dont les dernières pages peuvent se lire comme la préfiguration du divorce de Colette avec Willy en 1910.

Comme nous le voyons, la vie de Colette influe considérablement sur son œuvre. C’est ainsi qu’en 1905 par exemple, elle rencontre Mathilde de Morny, dite Missy avec qui elle entretiendra une relation sulfureuse.

Mathilde de Morny (1862-1944), a scandalisé et fasciné la « Belle Époque ». Dernière fille du duc de Morny et de son épouse la princesse Sophie Troubetzkoï, elle était donc par la main gauche arrière petite-fille de Talleyrand et petite-fille de la reine Hortense, mère légitime de Napoléon III et officieuse de Morny.  Elle fut élevée par le duc de Sesto, grand d’Espagne, second mari de sa mère, tuteur d’Alphonse XII et gouverneur de Madrid. Mariée à dix-huit ans à Jacques, marquis de Belbeuf, elle s’en sépara rapidement, affichant ses préférences pour les femmes. Sa conduite extravagante en fait une célébrité parisienne, les adolescentes imitent ses tenues et, sur les boulevards, on boit une marquise, cocktail qu’elle a lancé. Belle et follement riche, elle entretient Liane de Pougy, la courtisane la plus chère d’Europe, puis, pendant dix ans, Colette. Elle s’exhibe avec celle-ci sur la scène du Moulin-Rouge, déchaînant une tempête. En 1900, elle adopte définitivement le costume masculin, se fait appeler « Monsieur le Marquis » et « Oncle Max » par ses intimes. Colette l’a immortalisée au masculin dans Max de La Vagabonde et au féminin dans la chevalière du Pur et l’ImpurColette_3Extrait de : Claude Francis, Fernande Gontier, Mathilde de Morny : la scandaleuse marquise et son temps, Perrin 2000.

← Colette jouant le rôle d’un faune (1906) dans le mimodrame « L’Amour, le Désir et la Chimère » de Francis de Croisset et Jean Houguès.

C’est en effet au côté de Missy que Colette, tout en se consolant de la dureté et de l’inconstance des hommes, prend goût au scandale. « Au fil des spectacles […], elle n’hésite pas à apparaître nue sous des robes de voile »|6|. Mais qu’on ne s’y trompe pas : cette image à la fois choquante et fascinante, libre et mystérieuse est en fait le témoignage d’une émancipation, d’un affranchissement, d’une libération des dogmatismes et des tabous. Lors d’une fameuse représentation du mimodrame Rêve d’Egypte au Moulin Rouge en 1907, Missy qui joue le rôle d’un archéologue rend la vie par un long baiser, à une momie (Colette) : traitées par le public du Moulin-Rouge de « sales gousses », Colette_La_Chairelles devront prendre la fuite et le spectacle est interdit. Quelques mois plus tard, Colette exhibe un sein nu dans la pantomime La Chair ce qui lui vaut de nombreuses critiques et caricatures.

À la fois exploratoires et ludiques, ces frasques, comme nous le suggérions, ont un rapport étroit avec la pensée de Colette. Des œuvres comme l‘Ingénue libertine (1909) ou la Vagabonde (1910) sont d’abord des œuvres de libération dans la recherche d’un vécu du corps différent : on peut y voir une véritable mutation de même qu’une affirmation identitaire ; le corps devenant en quelque sorte substrat de valeurs, de résistance et de lutte. Nous pourrions citer ici Julia Kristeva qui, dans le Génie féminin, écrit ces lignes pleines de sens et de profondeur : « C’est par son cantique de la jouissance féminine [que Colette] domine la littérature de la première moitié du XXe siècle. Détestant les féministes, fréquentant les homosexuelles […], elle impose néanmoins une fierté de femme qui n’est pas étrangère, en profondeur, à la révolution des mentalités qui verra s’amorcer lentement l’émancipation économique et sexuelle des femmes. […] Affrontant avec courage la nécessité de gagner sa vie, âpre au gain autant que dépensière, Colette parvient à conquérir son indépendance économique, sachant d’instinct que celle-ci préconditionne toute autre forme de liberté : « Je suis guidée par l’ambition folle de gagner ma vie moi-même, tant au théâtre que dans la littérature et je vous réponds qu’il y faut de l’entêtement » (Lettre à Claude Farrère, 1904) |7|.

C’est pendant sa collaboration avec le journal Le Matin que Colette rencontre son second mari Henry De Jouvenel. Ils se marient en 1912 et un an plus tard, Colette accouche d’une fille baptisée Colette et surnommée « Bel Gazou ». Colette ne sera pas une « mère » exemplaire : sa maternité revêt même un « caractère accidentel » pour reprendre l’une de ses expressions dans le Fanal bleu. Elle reprend activement l’écriture et abandonne sa carrière d’actrice, son talent désormais est reconnu : les roman Mitsou (1919) et Chéri (1920) lui valent la Légion d’Honneur qu’elle reçoit au côté de l’écrivain Marcel Proust qui dira avoir été « fier d’être décoré en même temps que l’auteure du génial Chéri ».

Il est intéressant de s’attarder sur ces deux romans : avec le Blé en herbe publié après la guerre, ces textes proposent un dénouement faussement ouvert comme l’a remarqué Paula Dumont : « […] le contexte historique de Mitsou et la logique interne de Chéri et du Blé en Herbe ne poussent pas les personnages de ces œuvres vers un avenir heureux » |8|. En 1921, lors de vacances en Bretagne, Colette a une aventure avec le fils de son mari, Bertrand de Jouvenel. Cet événement l’inspire pour l’écriture du Blé en Herbe, premier livre signé « Colette » qui parait en 1923. La place me manque pour évoquer l’extraordinaire carrière journalistique de Colette, mais c’est une période fascinante à étudier, et ses chroniques journalistiques |9| ont représenté une activité de près de trente ans !

Je vous conseille de lire cette remarquable étude de Philippe Goudey, « Colette, l’écriture du reportage »
publiée dans Littérature et reportage, coll. sous la direction de Myriam Boucharenc et Joëlle Deluche, Presses Universitaires de Limoges,
page 59 et s.

Elle publie peu après plusieurs romans tels que La Fin de Chéri (1926) et Sido (1930). En 1933, elle épouse Maurice Goudeket son troisième mari, dont elle dira : « Je crois qu’il est la perle, le joyau des voisins de campagne? Présent et absent quand on le souhaite. C’est un homme que j’aurais dû adopter vingt ans plus tôt… »|10|. La relation que Colette entretiendra avec Maurice est plus apaisée que lors de ses unions précédentes. Comme le note Josette Rico, « avec Maurice Goudeket, Colette manifeste, contrairement aux préjugés qui prévalaient au siècle précédent, qu’une femme peut être écrivain et vivre de sa plume sans avoir à sacrifier le lien sentimental avec un homme. L’indépendance acquise par la plume se double pour elle désormais d’un relatif épanouissement affectif » |11|.

Cette période voit le triomphe de l’auteure et sa reconnaissance institutionnelle ; en 1936, elle succède à Anna de Noailles à l’Académie royale de langue et littérature française de Belgique, et en 1945 elle est reçue à l’Académie Goncourt et y sera élue présidente en 1949. Parallèlement à cela, elle écrit Gigi (1944), L’Étoile Vesper (1946) et Le fanal Bleu (1949). Colette aimait également le cinéma, elle a écrit pendant la Première guerre mondiale des articles sur le cinéma muet, elle avait des projets avec l’actrice Musidora et souhaitait voir ses romans portés à l’écran. Ce fut le cas de plusieurs d’entre eux : ainsi, sur l’image ci-contre, elle rencontre les acteurs de l’adaptation du Blé en herbe (réal. Claude Autant-Lara) qui sort quelques mois avant sa mort.

Colette meurt le 4 août 1954 et reçoit des obsèques nationales, mais l’Église lui refuse les obsèques religieuses à cause de sa vie trop libre qui a scandalisé les mœurs de l’époque ! Assurément, « libre », Colette l’a été, jusque dans l’expression et la revendication du désir féminin. Nous pourrions citer ici ces propos de Jean Cocteau, tout à fait éclairants quant à notre sujet : « Sans doute faut-il saluer en madame Colette la libératrice d’une psychologie féminine […] ». Comme nous l’avons analysé précédemment, cette libération du corps est surtout une libération sociale permettant à la femme de se débarrasser de la souffrance causée par l’homme et de sa soumission. Colette était une femme à la fois belle et intelligente, reconnue par ses pairs : le très misogyne Montherlant confiera même : « C’est la seule femme à propos de qui j’ai parlé de génie ».

Colette a joué de cette ambiguïté toute sa vie en restant toujours indépendante et émancipée : entre ses trois mariages, sa fille, ses scandales d’actrices, ses relations et son comportement masculin, l’auteure de la Vagabonde est à la fois un symbole de liberté et de féminité. Comme le rappelle à juste titre Rachel Prizac, « une part de la fascination qu’exerce encore aujourd’hui celle qu’Aragon qualifiait de “plus grand écrivain français”, tient à la liberté de ton et de comportement qu’elle manifesta tout au long de sa vie » |12|.

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Colette, féministe ?

Colette n’était certes pas une militante. Elle était féministe à sa manière, au quotidien et ne se préoccupait pas des mouvements de masse ou bien de politique : Aragon l’a qualifiée « d’étrangère à l’histoire ». De fait, elle n’a jamais participé à aucun mouvement féministe, au contraire, elle les rejetait et les dénigrait : en 1910, elle critique le mouvement des suffragettes en affirmant d’un ton péremptoire : « Les suffragettes ? Elles méritent le fouet et le harem ». La vie de Colette est donc faite d’un principe d’unité et de contradiction, voilà pourquoi on peut parler d’un féminisme paradoxal : Colette_cheveux_1Colette était une sorte d’hermaphrodite mentale : que ce soit dans son œuvre ou dans sa vie, elle n’était pas féministe mais revendiquait son indépendance, elle n’était pas anticonformiste mais n’était pas non plus conforme, elle était scandaleusement sage ! À la fois moderne dans sa manière de vivre, quand elle défendait l’émancipation de la femme comme sujet et non comme objet, et hors de la scène, « étrangère à l’histoire ».

Selon Alain Brunet, Colette « admettait aisément que des individus ayant une physiologie différente aient des rôles différents. Elle estimait ridicule qu’une femme s’intéresse à la politique ou revendique le droit de vote, domaine, à ses yeux, réservé aux hommes ». Ce féminisme, que l’on qualifiera de différentialiste avec Annie Leclerc, assume cette part de différence entre les hommes et les femmes, et revendique haut et fort l’identité féminine. Colette revendiquait sa liberté en temps qu’individu : elle considérait qu’il ne devait pas y avoir de hiérarchie entre les êtres vivants et s’insurgeait contre les conventions morales et le mariage qui pousse la femme au rang d’objet. De fait, elle luttait contre les stéréotypes et les clichés qui régissaient la vie des femmes. Le critique littéraire Benjamin Crémieux qualifie son féminisme de « philosophie de la vie, des rapport entre Femme et Homme ». Si nous osions l’expression, nous dirions que cette « étrangère à l’histoire » pour reprendre les propos d’Aragon à été une remarquable « faiseuse d’Histoire » par sa vie même, et par sa plume.

Il suffit de se pencher sur sa biographie pour voir que Colette défendait la cause des femmes. Elle était très libre dans ses actes : le divorce était encore très mal vu à l’époque mais cela ne l’a pas empêché de se marier trois fois. De plus, elle a toujours cherché à être financièrement indépendante, c’est d’ailleurs pour cela qu’elle écrivait et, dans sa jeunesse, jouait sur scène.

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Le féminisme dans Le Blé en Herbe

D’après Frédéric Maget, l’œuvre de Colette est une « longue et lente quête de soi et la plupart de ses fictions ont été forgées à partir des événements de sa vie ». La majorité de ses romans peuvent en effet se lire comme des autofictions. « Tout en refusant l’écriture autobiographique, [Colette] a su injecter assez d’elle-même et de sa vie dans ses œuvres pour se dire de manière biaisée, et forger dans le même temps, consciemment ou non, l’image qu’elle laisserait à la postérité » |13|. Lire Colette, c’est donc découvrir, derrière les personnages féminins la face cachée de Colette : dans les Claudine, on lit la vie d’une jeune provinciale qui va s’émanciper et devenir une femme. Dans Claudine s’en va, Annie, de femme soumise qu’elle était, apprend ce qu’est la vie. Le texte s’achève sur le départ vers la liberté et vers une vie nouvelle. Dans le Blé en herbe, Vinca ressemble physiquement à la jeune Colette : très fine, petite, et féminine. Colette dit elle-même à ses lecteurs : « Imaginez-vous, à me lire, que je fais mon portrait ? Patience : c’est seulement mon modèle ». Quant à la conquérante et dominante « dame en blanc », maîtresse de son corps et de Phil, n’est-elle pas aussi un double de l’auteure ?

Ce roman a fait couler beaucoup d’encre : Colette y raconte l’histoire d’amour de Phil et Vinca, respectivement 16 et 15 ans, lors de leurs vacances en Bretagne. Cependant, ce qui n’aurait été qu’une banale romance est perturbé par l‘arrivée de « la dame en blanc » une femme mystérieuse d’une trentaine d’année qui va séduire Phil. Ce sera pour les adolescents une sorte de révélation douloureuse de la vie. Cette histoire est librement inspirée d’une relation qu’entretient Colette avec son beau-fils, Bertrand de Jouvenel, lors de vacances en Bretagne en 1920 (l’aventure se passe en effet dans le même cadre). Bertrand, âgé de 17 ans, avait à cette époque une relation avec une jeune fille de son âge « Pam », cependant, il cède à la séduction de Colette qui avait à ce moment presque 50 ans. On peut donc faire une comparaison entre l’idylle adolescente de Phil et Vinca et celle de Bertrand et Pam qui est dérangée par l’arrivée de Mme Dalleray/Colette. Quand Bertrand parle de cette relation, l’analogie avec le roman parait évidente : « Elle avait apparemment décidé de me former […]. Devant la maison juchée s’étendait une large plage de sable désertique ; je prenais plaisir à y courir. Colette me regardait sans doute, car un jour où, devant la maison et vêtu d’un caleçon de bain, elle passa son bras sur mes reins, je me souviens encore d’un tressaillement que j’éprouvai. […] Colette entreprit mon éducation sentimentale ».

Mais ce roman est surtout le roman de la « douleur d’aimer ». Dans l’œuvre de Colette, d’ailleurs, si ce thème est récurent, il prend dans le Blé en herbe une connotation plus pathétique : lorsque Vinca se rend compte de la tromperie, elle ne cède pas à la douleur ou au désespoir ; désillusionnée, elle continue d’adorer l’illusion en refusant de se séparer de Phil. Mais les derniers mots du livre sont comme un aveu d’échec. Après son union avec Vinca qu’il qualifie de « plaisir mal donné, mal reçu», Philippe constate amèrement: «Ni héros ni bourreau… Un peu de douleur, un peu de plaisir… Je ne lui aurai donné que cela… que cela… » Les dernières lignes du roman sont sans équivoque : « Il ne songea pas non plus que dans quelques semaines l’enfant qui chantait pouvait pleurer, effarée, condamnée, à la même fenêtre ». « Effarée », « condamnée »… Ces termes sont essentiels car ils font ressentir toute la difficulté d’être femme.

Plus que la « douleur d’aimer » et la trahison, Colette aborde un thème très délicat et inhabituel à l’époque : la découverte de l’amour physique. Encore une fois, Colette scandalise. Même si aujourd’hui, cela ne choque plus guère, l’auteure du roman a dû ruser pour publier ce récit controversé à l’époque.

Le blé en Herbe est publié en feuilleton dans Le Matin : chaque chapitre a son propre titre et rien ne les relie entre eux car il n’apparaît pas de mention « à suivre ». Le lecteur pense qu’il lit une suite d’épisodes de la vie adolescente de Vinca et de Phil. Colette en profite pour que le lecteur doute, ce n’est que dans l’avant dernier chapitre qu’il apprend les relations physiques entre Mme Dalleray et Phil cependant, les derniers mots de ce chapitre
sont censurés pour que rien ne soit explicite. Le dernier chapitre annonce la fin de la supercherie de Colette, Colette_Le Blé en herbeelle révèle la relation physique entre Phil et Vinca, les lecteurs, choqués, réagissent et la publication est interrompue le 31 mars 1923.

← Colette avec les comédiens du Blé en herbe (1953)

Malgré la censure, Colette réussi à publier son roman dans son entièreté en juillet 1923. La censure a compliqué cette publication par rapport aux thèmes abordés et au fait que les relations physiques soient explicites bien que l’écriture soit très pudique. Cependant, les lecteurs du Matin n’ont pas reproché à Colette l’expression de son féminisme dans le Blé en Herbe, en effet, les personnages féminins du roman ont un caractère très affirmé qui, lorsqu’on y porte attention, n’est pas anodin.

Les personnages féminins 

Dans ce roman, les personnages de femmes prennent une grande importance et sont le centre du roman. C’est un parfait exemple de la volonté de Colette de montrer des femmes-sujets, et non des femmes-objets (qui n’ont aucune maîtrise de la narration mais sont plutôt à l’histoire ce que seraient des meubles à une pièce).

D’un côté, Colette nous présente le personnage de Vinca, une jeune fille de quinze ans qui sort tout juste de l’enfance. Son corps n’est pas encore celui d’une femme mais sa force morale et physique est surprenante, elle est vive et malgré son aspect de jeune fille futile, loin de tous les problèmes d’adulte, elle se révèle un personnage profond et grave et parfois, le lecteur a l’impression d’être confronté à une jeune femme plutôt qu’à une adolescente.

De l’autre côté, le personnage de Mme Dalleray est bien plus troublant et mystérieux. Son identité n’est pas immédiatement révélée ce qui la rend énigmatique, en effet, elle séduit Phil mais aussi le lecteur qui veut connaitre cette femme détachée et sensuelle, qui semble contrôler tous ce qui se trouve autour d’elle. Ainsi elle séduit Phil comme un chat qui jouerait avec sa proie, féline et maligne, il ne peut pas s’en défaire, il devient dépendant de
Colette_femme_écrivain_Agence_Mondial_détailcette femme qui lui semble parfaite dans sa féminité et qui est pour lui comme un maître. Mme Dalleray semble être l’incarnation de la femme fatale, séductrice et féline dont la féminité et donc, « l’identité féminine », est pleinement assumée.

Colette en 1932 (détail) → 
Agence de presse Mondial. Source : Gallica bnf.fr Bibliothèque nationale de France

Ces deux personnages, opposés qu’ils sont en apparence, renvoient une même image de la femme : qu’elle soit fragile ou conquérante, elle souffre car elle s’engage, elle donne tout d’elle-même, à la différence de Philippe qui est un personnage plus malléable, moins franc, plus dissimulateur. Toujours indécis, Phil fait souffrir Vinca pour profiter du peu de temps qu’il peut passer avec Mme Dalleray et faire son « éducation sentimentale ». L’expression du féminisme de Colette dans le Blé en Herbe joue principalement sur ce point : Phil, le seul personnage masculin agit lâchement alors que Vinca et Mme Dalleray sont fortes et ne s’effacent pas en présence d’un homme, au contraire, elles sont le sujet narratologique de l’histoire, le centre du roman.

Cette masculinisation de la femme représente une inversion des rôles dans les relations de pouvoir femme/homme, Colette affirme donc ses idées et critique ainsi la hiérarchie imposée par la société entre mâle et femelle, mais elle montre aussi son refus des conventions morales où l’homme dirige les actions de sa femme qui doit lui obéir. Ici les femmes sont indépendantes dans leurs actes et c’est Phil qui subit les actions de ces deux femmes. Leur force et leur virilité sont montrées à la fois sur le plan physique mais aussi sur le plan moral :

Lors de sa première visite chez Camille Dalleray, Phil la décrit d’une manière assez surprenante : elle possède une « douce voix virile » et un « sourire aisé et presque masculin », plus tard dans le roman elle est décrite avec « l’air d’un beau garçon ». Tous ces qualificatifs sont très étranges pour une femme qui semble pourtant si séductrice. Mme Dalleray dirige l’action, elle séduit très facilement Phil. Ce rôle de domination est traditionnellement celui de l’homme, ce qui rend l’inversion plus forte, Colette_expo_4elle guide les gestes du jeune garçon à chaque moment comme si elle était une marionnettiste. Phil va jusqu’à la nommer son « maître », cette marque de soumission montre bien l’importance et le pouvoir de la femme dans ce roman.

Mais si pouvoir il y a, c’est d’abord le droit pour une femme de décider de son corps. C’est aussi la recherche de la franchise : l’amour total apparaît ainsi dans le roman comme lieu conflictuel et sacrificiel en ce sens qu’il est un don de soi :

– Dites-moi, monsieur Phil… Une question… Une simple question… Ces beaux chardons bleus, vous les avez cueillis pour moi, pour me faire plaisir ? 
– Oui… 
– C’est charmant. Pour me faire plaisir. Mais avez-vous pensé plus vivement à mon plaisir de les recevoir – comprenez-moi bien ! – qu’à votre plaisir de les cueillir pour moi et de me les offrir ?

Il l’écoutait mal, et la regardait parler comme un sourd-muet, l’esprit attaché à la forme de sa bouche et au battement de ses cils. Il ne comprit pas, et répondit au hasard : 

– J’ai pensé que ça vous serait agréable… Et puis vous m’aviez offert de l’orangeade…Elle retira sa main, qu’elle avait posée sur le bras de Phil, et rouvrit tout grand le battant à demi fermé de la grille. 
– Bien. Mon petit, il faut vous en aller, et ne plus revenir ici. 
– Comment ?… 
– Personne ne vous a demandé de m’être agréable. Quittez donc l’obligeant souci
qui vous amène, aujourd’hui, à me bombarder de chardons bleus. Adieu, monsieur Phil. À moins que…

Ce renversement du statut traditionnel de la femme est essentiel. Ainsi qu’il a été dit, « c’est
à la femme qu’appartiennent la lucidité et la force, tandis que l’homme demeure le plus souvent la victime de ses obsessions |14|.

Vinca est elle aussi masculine mais d’une manière différente. La jeune fille à l’apparence fragile doit s’endurcir face aux agissements et à la trahison de Phil dont elle se rend vite compte. Ainsi, fait-elle preuve d’un « mépris, tout viril pour la faiblesse suspecte du garçon qui pleurait». Un épisode est particulièrement illustratif de ce renversement des rôles :

Ils capturèrent un homard et Vinca fourgonna terriblement le « quai » où habitait un congre. 
– Tu vois bien qu’il y est !cria-t-elle en montrant le bout du crochet de fer, teint de sang rose. 
Phil pâlit et ferma les yeux. 
– Laisse cette bête ! dit-il d’une voix étouffée. 
– Penses-tu ! Je te garantis que je l’aurai… Mais qu’est-ce que tu as ? 
– Rien. 

Il cachait de son mieux une douleur qu’il ne comprenait pas. Qu’avait-il donc conquis, la nuit dernière, dans l’ombre parfumée, entre des bras jaloux de le faire homme et victorieux ? Le droit
de souffrir ? Le droit de défaillir de faiblesse devant une enfant innocente et dure ? Le droit de trembler inexplicablement, devant la vie délicate des bêtes et le sang échappé à ses sources ?…

Il aspira l’air en suffoquant, porta les mains à son visage et éclata en sanglots. Il pleurait avec une violence telle qu’il dut s’asseoir, et Vinca se tint debout, armée de son crochet mouillé de Kertesz_Colette-bsang, comme une tortionnaire. […] Puis elle ramassa avec soin son cabas de raphia où sautaient des poissons, son havenet, passa son crochet de fer à sa ceinture comme une épée, et s’éloigna d’un pas ferme, sans se retourner.

← André Kertesz (1894-1985), Colette (1930). Détail.

Dans cet épisode, la femme forte qui est représentée par Vinca est mise en valeur par la faiblesse du personnage masculin qui subit l’action. Il est « tout à coup fatigué, penchant et faible » en présence de son « maître », et son visage qui est décrit comme celui d’un beau jeune homme, a parfois « les traits plaintifs, et moins pareils à ceux d’un homme qu’à ceux d’une jeune fille meurtrie ». Dans son impuissance, il regarde Vinca en l’admirant avec « une sorte de crainte » : l’homme est soumis à la femme, les inversions sont nombreuses mais lors de la lecture, cela ne saute pas aux yeux de prime abord. Colette cache ses indices discrètement et la force des personnages féminins par rapport au personnage masculin s’impose progressivement comme une évidence, comme quelque chose de normal.

Toute la question est de comprendre l’enjeu : pour Colette, le « blé en herbe », c’est d’abord pour une femme faire l’apprentissage de la vie. Comme nous le notions, la fin apparemment ouverte du roman peut se lire comme une condamnation sans appel : en fait de plaisirs, la femme colettienne mange son « blé en herbe »…

frise_1

         

Conclusion

Ainsi que nous avons essayé de l’expliquer, Colette est une féministe sans l’être au sens idéologique du terme. Elle ne se donne point d’étiquette pour revendiquer sa liberté, son émancipation et son indépendance, elle n’a pas besoin d’adhérer à un mouvement pour vivre et agir comme bon lui semble sans craindre les scandales. Féminine et féline, forte et fragile, son image se reflète jusque dans ses personnages. À Renée, l’héroïne soumise de l’Entrave qui confesse « Je crois que beaucoup de femmes errent d’abord comme moi, avant de reprendre leur place, qui est en deçà de l’homme », répond Annie, le double de Colette dans Claudine s’en va : « Je pars résolument, sans cacher ma trace, sans la marquer non plus de petits cailloux »…

Tel est le féminisme de Colette : en s’affranchissant des règles de la bienséance attendue du deuxième sexe, l’auteure a fasciné autant qu’elle a choqué, mais si cause féministe il y a dans son œuvre, elle est servie avec émotion, sincérité et pudeur. D’ailleurs, toute sa vie, « elle oscillera entre soumission et rébellion à l’ordre établi. Ainsi Colette a-t-elle pu être jugée comme d’avant-garde par certains, et rétrograde par d’autres : elle se situe en fait au cœur même de ce paradoxe qui la rend plus subtile, et peut-être la mieux représentative des femmes » |15|.

Voici pourquoi j’ai tant aimé travailler sur Colette et lire le Blé en Herbe, parce qu’au-delà de l’histoire, l’auteure en donnant naissance à des personnages qui ordonnent symboliquement le récit, a profondément renouvelé les thèmes et la manière dont la femme est porteuse d’une nouvelle vision du monde, apte à repenser le lien social et, pour reprendre ces belles remarques de Julia Kristeva, à « s’immerger dans un orgasme singulier avec la chair du monde. Lequel la fragmente, la naufrage et la sublime. Et où il n’y a plus ni moi ni sexe, mais des plantes, des bêtes, des monstres et des merveilles : autant d’éclats de liberté » |16|. Si le féminisme de Colette milite, c’est donc en faveur de la vie, de l’amour : c’est un féminisme empreint de force et de douceur, de sensualité et de gravité : un féminisme paradoxal en même temps qu’un féminisme profondément humaniste…

© Sybille M., mars 2014 (Classe de Première S2, promotion 2013-2014)
Espace Pédagogique Contributif/Lycée en Forêt (Montargis, France)
Relecture du manuscrit et ajouts éventuels : Bruno Rigolt

Colette_expo_1

NOTES

1. Francine Dugast-Portes et Marie-Françoise Berthu-Courtivron, Passion Colette, Paradoxes et ambivalences, Textuel 2004
2. Témoin, ce passage du Blé en herbe, très représentatif : « Ils nageaient côte à côte, lui plus blanc de peau, la tête noire et ronde sous ses cheveux mouillés, elle brûlée comme une blonde, coiffée d’un foulard bleu. Le bain quotidien, joie silencieuse et complète, rendait à leur âge difficile la paix et l’enfance, toutes deux en péril. »
3. Cité par Paula Dumont dans L
es Convictions de Colette : Histoire, politique, guerre, condition des femmes, Paris, L’Harmattan 2012, page 134.
4. Voir à ce sujet : Beïda Chikhi, L’Écrivain masqué, « La légende Willy », page 142.

5. Jean-Joseph Julaud, Petit livre des Grands écrivains, First.
6. Dominique Marny, Les Belles de Cocteau, Paris, J-C Lattès 1995. Voir la page.
7. Julia Kristeva, Le Génie féminin, tome III : Colette, Paris, Fayard 2002, page 24.
8. Paula Dumont, Les convictions de Colette : Histoire, politique, guerre, condition des femmes, Paris, L’Harmattan 2012, page 115.
9. Voir à ce titre, Colette journaliste : Chroniques et reportages (1893-1955).
10. Cité par Josette Rico, dans Colette ou le désir entravé, Paris, L’Harmattan 2004, page 247.
11. ibid. page 243.
12. Voir cette page.
13. Stéphanie Michineau, L’Autofiction dans l’œuvre de Colette, Thèse de Doctorat (Univ. du Maine, Le Mans 2007). Pour accéder à l’ouvrage en version pdf, cliquez ici.
14. Gabriella Tegyey, Treize récits de femmes (1917-1997) de Colette à Cixous : voix multiples, voix croisées, Paris, L’Harmattan page 239.
15. Francine Dugast-Portes et Marie-Françoise Berthu-Courtivron, Passion Colette, Paradoxes et ambivalences, op. cit.
16. Julia Kristeva, Le Génie féminin, tome III : Colette, op. cit. p. 25.

BIBLIOGRAPHIE

Outre les ouvrages cités plus haut, j’ai consulté :

  • Colette, Le Blé en herbe, texte intégral. Édition de Frédéric Maget. Paris : Flammarion 2013.
  • Texte intégral du roman mis en ligne ; téléchargeable en version pdf.
  • TDC n°880 (15/09/2004), p3 à 54. Dossier par Frédéric Maget ; interview d’Alain Brunet, biographe de Colette ; article « l’alphabet de Colette » par Julia Kristeva.
  • Florence Tamagne, « Colette l’Insoumise », L’Histoire n°277 (06/2003), p. 50-51.
  • Lucienne Mazenod et Ghislaine Schoeller, Dictionnaire des femmes célèbres de tous les temps et de tous les pays, Paris : R. Laffont, 1992
  • J.P. de Beaumarchais, D. Couty et A. Rey, Dictionnaire des écrivains de langue française, Paris : Larousse 1999
  • L’Herne, Cahier Colette, dirigé par Gérard Bonal et Frédéric Maget, ainsi que cette page et celle-ci.

Crédit iconographique :

TDC n°880 (15/09/2004)
Image du film le Blé en Herbe de Claude Autant-Lara sorti en 1954
Gallica-BnF
De nombreuses photographies ont été retouchées, colorisées et recadrées numériquement (Bruno Rigolt)

Quelques illustrations nous ont été inspirées par ce très beau livre : Francine Dugast-Portes et Marie-Françoise Berthu-Courtivron, Passion Colette, Paradoxes et ambivalences, Textuel 2004. Merci par avance aux auteures et à l’éditeur de nous avoir permis ces modestes emprunts.

passion_colette

Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, cet article est protégé par copyright. Ils est mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le nom de l’auteur ainsi que la référence complète de l’article cité (URL de la page).

Journée Portes Ouvertes du Lycée en Forêt… Venez nous rencontrer le samedi 22 mars 2014 !

Le samedi 22 mars aura lieu la Journée Portes ouvertes du Lycée en Forêt…

Les élèves et moi-même serons heureux de vous présenter l’Espace Pédagogique Contributif ainsi que les nouvelles pratiques de l’enseignement du Français au Lycée. Vous pourrez également découvrir de nombreuses réalisations des élèves et des étudiants cette année…

Accroche_JPO_LEF_2014_copyright_Bruno_RigoltJournée Portes ouvertes du Lycée en Forêt : samedi 22 mars 2014 de 9h30 à 13h30
Avenue Louis Maurice Chautemps. 45200 Montargis BP 717. Téléphone : 02 38 89 72 00 (plan)

« Dis-moi un Po-Aime »… Aujourd’hui la contribution de Camille V.

ImpressionLa classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques…
Bonne lecture !

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Hier, jeudi 20 février, la contribution de Slimane
Aujourd’hui, vendredi 21 février, la contribution de Camille
La mise en ligne de l’exposition reprendra le 15 mars (vacances scolaires, conseils de classe et examens blancs).

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« Voyage mélancolique »

par Camille V.
Classe de Première S2

 

Le vent, la tempête et l’orage
Secouent vivement le feuillage
De l’arbre ; déchaînent le ciel,
Attristent la mer.

Le Monde en voyage
Sur son vaisseau délabré,
Lutte désespérément contre la volonté
Des éléments. Il ne peut compter
Sur l’aide d’un équipage. Il est seul
Sur ce bateau qu’on appelle la Vie.
Seulement guidé par la faible lueur du phare
Il part, sans savoir où il va.

L’horizon n’est plus très loin.
L’infini est à ses pieds,
Il avance sans se retourner
Jusqu’au bout de l’univers.

Turner_Fort_Vimieux« Le Monde en voyage sur son vaisseau délabré… »

William Turner
« Fort Vimieux » (détail) c. 1831
Coll. privée

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Le point de vue de l’auteure…

Ce poème s’inscrit dans la sensibilité romantique. Dès la première strophe, le lexique tourmenté (« vent », « tempête », « orage », « secouent », « déchaînent », « attristent »), s’il évoque le thème de la nature, la décrit plus encore selon une esthétique du chaos qui n’est pas sans évoquer le pathétique propre à l’esthétique romantique. Mais cette volonté de rupture est tout autant un détour dans l’imaginaire qu’une réponse au vide existentiel du monde moderne. Voici pourquoi le thème du voyage, très apparent dans ce texte, peut se lire d’abord comme une invitation à méditer.

Tels les passagers d’un vaisseau à la dérive, nous sommes tous embarqués dans le « bateau ivre » de l’Histoire. En outre, on peut constater une grande symétrie des strophes qui a son importance sur le plan interprétatif. Entre les deux quatrains du début et de la fin du poème prend place un huitain qui inscrit en effet le texte dans une profonde symbolique : comme un navire sans équipage, notre monde « en voyage / Sur son vaisseau délabré / lutte désespérément » pour échapper au cauchemar d’une humanité entraînée dans le maelström de ses propres inventions.

Le dernier quatrain est comme l’aboutissement du voyage : les termes utilisés (« horizon », « ‘infini », « avance », « bout de l’univers ») connotent une sorte de mal du siècle, comme le pressentiment d’un effondrement, d’un naufrage. Comme je le dis aux vers 11 et 12, « Seulement guidé par la faible lueur du phare, [le monde] part, sans savoir où il va ».  Sur un plan plus symbolique, j’ai voulu amener à une réflexion sur le sens même de l’Histoire : où allons-nous ? Le « flambeau de notre vérité » doit-il se réduire à n’être que la « faible lueur » d’un phare ? 

À ce titre, les allitération en |f| et en |r| (« phare », « faible », « faiblement », « lueur », « part », « savoir ») produisent un effet de saturation sonore recherché, comme pour appuyer l’image de la solitude et de la détresse du poète, qui se retrouve « seul » (v.9) dans la nuit du monde, « seul sur ce bateau qu’on appelle la Vie ». De façon très allégorique,  le titre, de par ses connotations spleenétiques, ainsi que que l’image du « monde en voyage » (v.5) qui « avance sans se retourner/Jusqu’au bout de l’univers » (v.15-16) traduisent la longue dérive de la pensée vers l’angoisse nihiliste du monde moderne.

© Camille V., classe de Première S2 (promotion 2013-2014), février 2014.
Lycée en Forêt/Espace Pédagogique Contributif

« Dis-moi un Po-Aime »… Aujourd’hui la contribution de Slimane

ImpressionLa classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques…
Bonne lecture !

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Hier, mercredi 19 février : Charlotte L. et Clémentine L.
Aujourd’hui, jeudi 20 février, la contribution de Slimane
Demain, vendredi 21 février : Camille V.

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« Le Royaume »

par Slimane H.-M.
Classe de Première S2

 

La nature sous l’œil de l’astre confus,
Sème de ses mains innocentes la poussière des dieux ;
Le temps s’écoule et passent les saisons
Sur les cheveux d’écume marine.
Enfin, la semence finit par ériger un monde solitaire.

D’une voix solennelle pareille à l’appel
Précédant le départ du navire
Ainsi va le vent emportant avec lui
La lumière d’argent afin d’annoncer
L’arrivée du royaume de l’aube…

Pierre Puvis de Chavannes_Jeunes_filles_au_bord_de_la_mer_1879_détail« Le temps s’écoule et les saisons passent,
Sur les cheveux d’écume marine »

Pierre Puvis de Chavannes
« Jeunes filles au bord de la mer » (détail) c. 1879
Paris, Musée d’Orsay

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Le point de vue de l’auteur…

L’inspiration de ce poème ne m’est pas venue spontanément. Au commencement de cet atelier d’écriture, alors que je découvrais les pratiques littéraires du Surréalisme, j’ai essayé de soustraire mon inspiration à tout contrôle exercé par la pensée et le langage rationnels : ayant noté sur une feuille plusieurs mot au hasard, et sans trop penser à leur sens ou à leur esthétique, je me suis essayé à les mettre en commun selon des associations métaphoriques spontanées. Aussitôt des jeux d’images ont surgi, générant des associations d’idées insoupçonnées.

Mais très vite, je me suis rendu compte que je ne pouvais pas me contenter de ce seul aspect ludique. Après avoir, par la suite, repris ce premier jet, je me suis rendu compte que dans tous les mots que j’avais écrits, le thème du temps ressortait. J’ai don travaillé cet aspect en centrant mon inspiration sur les thèmes du voyage et du spirituel, si importants dans la poésie symboliste. C’est ainsi que j’ai cherché dans mon poème à formuler les liens secrets qui unissent l’Être à la pensée, la nature à l’idée. Cette recherche de « l’esprit pur » et d’une « conception pure » de la poésie peut se lire dans le titre : « Le Royaume » ou dans certaines métaphores comme lorsque j’évoque la « poussière des dieux ».

Ce poème parle en effet de la création d’un monde propre à chacun où nous aimons nous réfugier. Pour atteindre ce monde il faut voyager. Mais ce voyage ne saurait être matériel : il s’agit d’abord et surtout d’un voyage spirituel :

Le temps s’écoule et passent les saisons
Sur les cheveux d’écume marine.

L’idée de représenter allégoriquement la mer (« les cheveux d’écume marine »), m’a amené à tisser un réseau de significations symboliques, qui ajoute à l’univers des choses visibles une métaphysique de l’invisible et de l’ailleurs : ainsi « l’appel/Précédant le départ du navire » invite le lecteur au voyage et à une méditation sur le temps. « L’arrivée du royaume de l’aube » à la fin du texte accentue cette thématique.

Comme le lecteur l’aura pressenti, dans ce poème, j’interprète en réalité la naissance du monde, et plus particulièrement de quelle manière il apparaît en chacun de nous. L’image de « la semence [qui] finit par ériger un monde solitaire » signifie métaphoriquement que la poésie est un refuge qui sert à ériger le « Royaume » du Verbe et de la quête. Mais cette recherche se construit le plus souvent naturellement, c’est pour cela que je fais référence à la nature dans le texte.

Écrire la « La nature », c’est écrire sous le regard d’une personne chère à notre cœur et qui nous influence : comme le soleil qui n’agit pas directement dans la croissance d’une plante mais sans qui elle ne pourrait plus pousser, l’amour d’un être cher fait croître le poème. Comme le suggère le titre choisi par notre professeur pour cette exposition, « écrire un poème, c’est en effet écrire un po-aime », c’est-à-dire ouvrir spirituellement son cœur grâce à l’amour d’une personne qui nous est chère, et sans qui nous ne pourrions grandir. 

Ce monde que nous nous bâtissons met du temps à naître : il ne naît pas en un jour et enfin quand il est édifié nous renaissons d’une certaine manière sous un nouveau jour, nous sommes une autre personne aux pensées différentes, tant il est vrai que connaître, c’est naître de nouveau… Ainsi, dans les deux dernier vers du texte, après la création de ce royaume solitaire la nuit fait place au jour, qui est comme une renaissance « pareille à l’appel/Précédant le départ du navire […] afin d’annoncer/L’arrivée du royaume de l’aube »…

© Slimane H.-M., classe de Première S2 (promotion 2013-2014), février 2014.
Lycée en Forêt/Espace Pédagogique Contributif

« Dis-moi un Po-Aime »… Aujourd’hui la contribution de Charlotte et Clémentine

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Hier, mardi 18 février : Manon B.
Aujourd’hui, mercredi 19 février, la contribution de Charlotte et Clémentine
Demain, jeudi 20 février : Slimane

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« L’isula di Capezza »

par Charlotte L. et Clémentine L.
Classe de Première S2

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Écoute ces vagues sacrées,
Architectes de ce royaume de plaisance,
L’émergence d’un îlot dans cette immensité cobalt.
Sens ce doux parfum amené par un audacieux mistral,
Le maquis règne sur cette terre nacrée.

Rochers, fondateurs de ce rêve à distance, où la mer est actrice,
Par la chaleur et le vent naît une nuit orageuse.
Lorsque les vagues, ivres et frémissantes,
Au Cap en face de l’île de Capense,
S’abandonnent sur la jetée.

Par chance, un message de la Méditerranée.
Cette île, mon amie, une utopie !
Noyée de tendresse et de chaleur,
Régnant aux côtés d’Elbe et de Capraia :
On te surnomme l’Île de Beauté.

Isula di Capezza_2012_Copyright_Bruno_Rigolt« L’émergence d’un îlot dans cette immensité cobalt…. »

Îlot de Capense (Isula di Capezza), Corse
Crédit image : Copyright © 2012 Bruno Rigolt

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Le point de vue des auteures…

Pour créer ce poème, nous nous sommes tout d’abord inspirées d’éléments autobiographiques : la Corse est pour nous synonyme de joie, de partage et de sérénité. C’est ainsi que nous nous retrouvons chaque année dans un hameau du Cap Corse créé par nos ancêtres et dominant la mer : Canelle. De là, on peut apercevoir, situé à quelques deux cents mètres de la côte, l’Îlot de Capense, lieu sauvage auquel nous avons voulu rendre hommage. C’est aussi un lieu qui nous est cher, un lieu de mémoire, de tradition et de souvenirs depuis des générations dans notre famille. 

Par ailleurs, ce poème est empreint d’un certain imaginaire romantique : la Corse, c’est tout autant un voyage vers l’ailleurs qu’une quête identitaire, sensorielle et émotive. C’est la raison pour laquelle nous avons choisi de mettre le titre en langue corse : l’Isula di Capezza. Mais cette revendication linguistique était aussi pour nous l’occasion d’affirmer l’un des aspects les plus importants de notre poésie : aller en Corse, c’est en quelque sorte faire un voyage réel et spirituel. 

Dans la première strophe par exemple, les impératifs « Écoute » (v.1) et « Sens » (v.4) invitent le lecteur à se plonger dans un univers différent : celui du voyage et de la quête. Ils expriment la fonction expressive, le lyrisme, mais également la fonction impressive : ces deux verbes font ainsi appel aux sens, aux sensations du lecteur, qui doit ressentir ce départ vers un autre monde, vers « cette immensité cobalt » (v.3), cette « terre nacrée » (v.5)… Ce détachement symbolise la fuite de la société vers un idéal qui est l’ailleurs.

Dans la deuxième strophe, l’évocation de la mer Méditerranée, « ce rêve à distance » (v.6) dont les « vagues ivres et frémissantes » (v.8) sont le miroir sublimant, connote le dépaysement ainsi qu’un sentiment de liberté spirituelle. Le thème du voyage est accentué par le terme « maquis » (v.5) propre aux montagnes de l’île, et qui possède une connotation particulière. Le lecteur aura sans doute repéré dans les quatre premiers vers de cette deuxième strophe les rimes féminines afin de créer, par cet effet d’allongement de la mesure, une dimension sublime et onirique.

Plus on avance dans le poème, et plus les éléments symboliques tendent à s’élargir en une vision plus englobante : l’envie d’ailleurs et la quête spirituelle impliquent à ce titre une fuite de la société vers un ailleurs méditerranéen dont la Corse est comme l’allégorie. La fin du poème révèle ainsi l’identité méditerranéenne de la Corse « aux côtés d’Elbe et de Capraia » (v.14). Enfin, la référence à « l’Île de Beauté » dans le dernier vers peut se lire comme une invitation à ouvrir la porte de la mer, du soleil et du voyage vers « cette immensité cobalt »…

© Charlotte L. et Clémentine L., classe de Première S2 (promotion 2013-2014), février 2014.
Lycée en Forêt/Espace Pédagogique Contributif

« Dis-moi un Po-Aime »… Aujourd’hui la contribution d'Alexia

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Hier, lundi 17 février : Manon B.
Aujourd’hui, mardi 18 février, la contribution d’Alexia
Demain, mercredi 19 février : Charlotte L. et Clémentine L.

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« Énigmatique forêt »

par Alexia D.
Classe de Première S2

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Dans cette riche verdure,
Où l’oiseau chante une chanson de feuillages
Où les corbeaux se moquent ;
Où les écureuils grimpent en silence
Au toit du ciel, où les feuilles dansent
Où chante le vent…

Dans cette ample forêt recouverte
D’un manteau de branches mortes,
À travers cette sombre clarté,
Toutes les créatures défilent
Des plus sensibles aux plus meurtrières
Certains mystères restent inachevés…

Henri Rousseau_Cheval attaqué par un jaguar Henri Rousseau
“Cheval attaqué par un jaguar » (1910)
Moscou, Musée d’État des Beaux-Arts Pouchkine. © Archives Larbor

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Le point de vue de l’auteure…

J’ai rédigé ce poème pour le concours « Écriture en Forêt » dont la première édition a été lancée cette année au Lycée. C’est un poème en prose et en vers libres structuré autour de deux sizains. Sur le plan formel, toute la première strophe est structurée autour des tournures anaphoriques afin de mettre l’accent sur  la diversité de la vie végétale et animale vivant dans la forêt :

Où l’oiseau chante une chanson de feuillages
Où les corbeaux se moquent;
Où les écureuils grimpent en silence
Au toit du ciel

J’ai privilégié également certaines figures d’opposition comme l’oxymore (« sombre clarté » en hommage à Corneille) afin d’insister sur le caractère énigmatique, étrange et mystérieux de la forêt. Par ailleurs, les personnifications (« Où les feuilles dansent/Où chante le vent) accentuent la dimension proprement anthropomorphique de la forêt, si importante à mes yeux. Enfin, les enjambements m’ont paru exprimer et symboliser toute la dynamique fusionnelle des écosystèmes forestiers.

De fait, la forêt n’est jamais tout à fait la même : lorsque l’on se promène en forêt par exemple, les animaux restent souvent cachés. On peut parfois les entendre sans les voir : la forêt nécessite donc un déchiffrement. Elle ne se donne pas à voir ; il faut savoir en interpréter la vie cachée, les mystères et les imprévus. La forêt vit et évolue, au fil des saisons, des mois, des années, et au fil des instants les plus infimes qu’il faut apprendre à saisir…

Des premières fleurs du printemps aux couleurs de l’automne, de cet oiseau qui chante à ce chevreuil qui bondit à travers l’étroit chemin, des parfums d’après la pluie au vent qui fait trembler les feuilles, chaque sortie en forêt apporte son lot de sensations, de découvertes et de mystère ; car la forêt ne se découvre jamais complètement : protectrice, familière, mystérieuse ou angoissante, elle laisse rarement indifférent. Elle nous renvoie des images contrastées, à la mesure de la richesse qui lui est associée dans la symbolique et l’imaginaire collectif : silencieuse, secrète, sombre, telle est sa lumière… 

© Alexia D., classe de Première S2 (promotion 2013-2014), février 2014.
Lycée en Forêt/Espace Pédagogique Contributif

« Dis-moi un Po-Aime »… Aujourd’hui la contribution d’Alexia

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Aujourd’hui, mardi 18 février, la contribution d’Alexia
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« Énigmatique forêt »

par Alexia D.
Classe de Première S2

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Dans cette riche verdure,
Où l’oiseau chante une chanson de feuillages
Où les corbeaux se moquent ;
Où les écureuils grimpent en silence
Au toit du ciel, où les feuilles dansent
Où chante le vent…

Dans cette ample forêt recouverte
D’un manteau de branches mortes,
À travers cette sombre clarté,
Toutes les créatures défilent
Des plus sensibles aux plus meurtrières
Certains mystères restent inachevés…

Henri Rousseau_Cheval attaqué par un jaguar Henri Rousseau
“Cheval attaqué par un jaguar » (1910)
Moscou, Musée d’État des Beaux-Arts Pouchkine. © Archives Larbor

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Le point de vue de l’auteure…

J’ai rédigé ce poème pour le concours « Écriture en Forêt » dont la première édition a été lancée cette année au Lycée. C’est un poème en prose et en vers libres structuré autour de deux sizains. Sur le plan formel, toute la première strophe est structurée autour des tournures anaphoriques afin de mettre l’accent sur  la diversité de la vie végétale et animale vivant dans la forêt :

Où l’oiseau chante une chanson de feuillages
Où les corbeaux se moquent;
Où les écureuils grimpent en silence
Au toit du ciel

J’ai privilégié également certaines figures d’opposition comme l’oxymore (« sombre clarté » en hommage à Corneille) afin d’insister sur le caractère énigmatique, étrange et mystérieux de la forêt. Par ailleurs, les personnifications (« Où les feuilles dansent/Où chante le vent) accentuent la dimension proprement anthropomorphique de la forêt, si importante à mes yeux. Enfin, les enjambements m’ont paru exprimer et symboliser toute la dynamique fusionnelle des écosystèmes forestiers.

De fait, la forêt n’est jamais tout à fait la même : lorsque l’on se promène en forêt par exemple, les animaux restent souvent cachés. On peut parfois les entendre sans les voir : la forêt nécessite donc un déchiffrement. Elle ne se donne pas à voir ; il faut savoir en interpréter la vie cachée, les mystères et les imprévus. La forêt vit et évolue, au fil des saisons, des mois, des années, et au fil des instants les plus infimes qu’il faut apprendre à saisir…

Des premières fleurs du printemps aux couleurs de l’automne, de cet oiseau qui chante à ce chevreuil qui bondit à travers l’étroit chemin, des parfums d’après la pluie au vent qui fait trembler les feuilles, chaque sortie en forêt apporte son lot de sensations, de découvertes et de mystère ; car la forêt ne se découvre jamais complètement : protectrice, familière, mystérieuse ou angoissante, elle laisse rarement indifférent. Elle nous renvoie des images contrastées, à la mesure de la richesse qui lui est associée dans la symbolique et l’imaginaire collectif : silencieuse, secrète, sombre, telle est sa lumière… 

© Alexia D., classe de Première S2 (promotion 2013-2014), février 2014.
Lycée en Forêt/Espace Pédagogique Contributif

« Dis-moi un Po-Aime »… Aujourd’hui la contribution de Manon

ImpressionLa classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques…
Bonne lecture !

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Hier, dimanche 16 février : Oscar P.
Aujourd’hui, lundi 17 février, la contribution de Manon
Demain, mardi 18 février : Alexia D.

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« Peine naturelle »

par Manon B.
Classe de Première S2

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Une tempête de déboires assombrissant mon âme
Comme une douleur qui sève dans mon cœur,
Elle s’attache et se loge,
Fait son nid au creux de mon corps.

C’est une épine écorchant les sentiments
Qui tourmente ma nature, sauvagement.
Ses pétales sont lourds de peines
Et meurtrissent avec haine,
L’écorce de mes émotions.

Alors j’essaye de démêler ce buisson d’angoisses,
Cette sylve qui m’étouffe, débordant d’amertume
Apprendre à refaire surface,
Après avoir été noyée dans l’écume
À faire refleurir la joie,
Apaiser les cascades de larmes salées
Pour alléger la peine
Que cette entaille a causée.

À l’orée de cette renaissance,
L’espoir bourgeonne à nouveau, et mes sens,
Ont oublié ces bourrasques de violence.
Après l’hiver vient le printemps,
Tout s’effacera avec le temps.

Braque_Braque-Le-Parc-de-Carrières-Saint-Denis-1909-1910  Georges Braque
“Le parc de Carrières-Saint-Denis » (1909-1910)
© Musée Thyssen-Bornemisza, Madrid © Museo Thyssen-Bornemisza © Adagp, Paris 2013

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Le point de vue de l’auteure…

J’ai rédigé ce poème pour le concours « Écriture en Forêt » dont la première édition a été lancée cette année au Lycée. Il faut tout d’abord savoir que mon inspiration ne partait pas dans cette direction au départ : je voulais parler des risques futurs pour la planète, de l’impact de l’homme sur la nature et de tout ce qui touche à l’environnement. Puis je me suis dit que ce thème serait sûrement beaucoup traité et qu’il fallait aborder différemment la thématique proposée. J’ai donc décidé d’évoquer la forêt, en tant qu’elle représente pour moi la quintessence même de la condition humaine.

N’est-elle pas renaissance, renouveau ? Et n’incarne-t-elle pas le cycle infini ordonné par les saisons, qui fait toute la diversité et le changement des paysages naturels ? De fait, tout le poème est basé sur le rythme des jours et des saisons, sur le flux perpétuel des cycles, qu’ils soient naturels, ou émotifs, dans lesquels la notion du temps est si importante. J’ai ainsi voulu assimiler la forêt à quelque chose que les hommes pouvaient ressentir au plus profond d’eux-mêmes : une expérience personnelle qui pourrait rendre mon poème plus profond et plus vrai.

Pour cela, j’ai recherché dans le vaste champ lexical de la nature, quels termes pouvaient être employés pour parler de la forêt tout en instruisant des sentiments humains. Voilà comment j’ai voulu insérer le thème de la forêt, de la nature, dans mon poème. Je me suis également dit qu’il fallait une évolution tout au long de l’écriture : ainsi, le début du poème (plus précisément les deux première strophes), que j’assimilerais à la saison hivernale, est basé sur l’introspection d’une solitude assumée, la sensation parfois violente et douloureuse que l’on ressent à l’intérieur de soi :

Comme une douleur qui sève dans mon cœur,
Elle s’attache et se loge,
Fait son nid au creux de mon corps.

C’est une épine écorchant les sentiments

J’ai voulu, par la force des images (l’allégorie de l’épine « écorchant les sentiments » par exemple) permettre ainsi un passage de la fiction onirique au dévoilement poétique, et inviter le lecteur à un déchiffrement symbolique. Voici pourquoi la suite du poème débouche sur la volonté de repartir, de « refleurir », comme cette renaissance de la nature, qui symbolise l’espoir retrouvé, les malheurs oubliés, l’envie de « vivre » à nouveau et d’aller de l’avant. La fin du poème représenterait donc symboliquement, à travers le printemps, saison où la nature revit, où les fleurs éclatent, où la forêt redevient chaleureuse, l’espoir d’un recommencement.

Le lecteur l’aura compris : évoquer ces cycles naturels, c’est pour moi évoquer les « saisons de l’Homme », c’est-à-dire le destin de l’Homme en tant que dépassement du désespoir et de la finitude. Même si cela n’est pas très explicite à la lecture, ce poème montre aussi l’importance de se retrouver après avoir « souffert » et de continuer à vivre avec joie malgré les peines endurées :

Après l’hiver vient le printemps,
Tout s’effacera avec le temps…

© Manon B., classe de Première S2 (promotion 2013-2014), février 2014.
Lycée en Forêt/Espace Pédagogique Contributif

Objectif EAF… Commentaire littéraire : Mallarmé « L'Azur ». Première partie : l'influence de Baudelaire dans "L'Azur" Corrigés élèves

Il y a quelques mois j’avais mis en ligne une explication détaillée de « Brise marine » de Mallarmé. Plus récemment, ce sont mes élèves de Seconde qui ont planché sur le difficile poème « l’Azur ». Le texte, préparé en classe, a donné lieu à l’élaboration collective d’un plan en trois parties. Les élèves avaient ensuite la rude tâche d’élaborer leur commentaire. Parmi tous les travaux qu’il m’a été donné de lire, quelques-uns, particulièrement remarquables, seront publiés dans l’Espace Pédagogique.

COMMENTAIRE DE « L’AZUR »
Stéphane Mallarmé, 1864

Je vous laisse découvrir aujourd’hui la première partie d’un impressionnant travail de recherche qu’ont réalisé mes élèves de Seconde 11 (promotion 2013-2014). Bravo en particulier à Maud, Juliette, Marianne, Maëlys, Charline, Bastien, Melvin, Héloïse, Marjorie, Camille et Cléa, pour leurs contributions vraiment remarquables.

  • Mise ne ligne de la deuxième partie « La quête de l’azur » : lundi 24 février 2014
  • Mise en ligne de la troisième partie « Symbolisme et idéalisation dans « L’Azur » : vendredi 28 février 2014.

TEXTE

De l’éternel Azur la sereine ironie
Accable, belle indolemment comme les fleurs,
Le poète impuissant qui maudit son génie
A travers un désert stérile de Douleurs.

Fuyant, les yeux fermés, je le sens qui regarde
Avec l’intensité d’un remords atterrant,
Mon âme vide. Où fuir ? Et quelle nuit hagarde
Jeter, lambeaux, jeter sur ce mépris navrant ?

Brouillards, montez ! versez vos cendres monotones
Avec de longs haillons de brume dans les cieux
Que noiera le marais livide des automnes,
Et bâtissez un grand plafond silencieux !

Et toi, sors des étangs léthéens et ramasse
En t’en venant la vase et les pâles roseaux,
Cher Ennui, pour boucher d’une main jamais lasse
Les grands trous bleus que font méchamment les oiseaux.

Encor ! que sans répit les tristes cheminées
Fument, et que de suie une errante prison
Éteigne dans l’horreur de ses noires traînées
Le soleil se mourant jaunâtre à l’horizon !

– Le Ciel est mort. – Vers toi, j’accours ! Donne, ô matière,
L’oubli de l’Idéal cruel et du Péché
A ce martyr qui vient partager la litière
Où le bétail heureux des hommes est couché,

Car j’y veux, puisque enfin ma cervelle, vidée
Comme le pot de fard gisant au pied d’un mur,
N’a plus l’art d’attifer la sanglotante idée,
Lugubrement bâiller vers un trépas obscur…

En vain ! l’Azur triomphe, et je l’entends qui chante
Dans les cloches. Mon âme, il se fait voix pour plus
Nous faire peur avec sa victoire méchante,
Et du métal vivant sort en bleus angélus !

Il roule par la brume, ancien et traverse
Ta native agonie ainsi qu’un glaive sûr ;
Où fuir dans la révolte inutile et perverse ?
Je suis hanté. L’Azur ! l’Azur ! l’Azur ! l’Azur !

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Introduction générale

C’est en 1864 que Stéphane Mallarmé rédige « l’Azur », poème hermétique extrait du recueil Poésies, et précurseur de la grave crise existentielle qui va l’ébranler en 1866.  Très caractéristique de la mouvance symboliste, ce texte aux accents baudelairiens traduit à la fois l’inadaptation sociale, le découragement d’un artiste redoutant la stérilité poétique ainsi qu’une quête élitiste de la beauté et de l’idéal : la création d’un poème qui constituerait l’absolu est en effet au cœur de la démarche poétique mallarméenne. Témoin, le motif de l’azur, particulièrement présent dans les écrits de 1862 à 1864 ; l’auteur se définit d’ailleurs comme un « mendieur d’azur » : quête difficile s’il en est, émanant d’une profonde souffrance intérieure comme en témoigne une lettre célèbre de Mallarmé à son ami Cazalis en janvier 1864 : « Je t’envoie enfin ce poème de l’Azur que tu semblais si désireux de posséder. Je l’ai travaillé, ces derniers jours, et je ne te cacherai pas qu’il m’a donné infiniment de mal, outre qu’avant de prendre la plume il fallait, pour conquérir un moment de lucidité parfaite, terrasser ma navrante Impuissance » |1|. C’est donc dans la douleur que s’est déroulée la rédaction de « l’Azur », œuvre caractéristique de cette impossible quête métaphysique du sens et de l’absolu qui nous paraît au cœur de l’écriture de Mallarmé.

Nous étudierons cette problématique selon une triple perspective. Après avoir insisté sur l’influence de Baudelaire et le climat spleenétique du poème (I), nous montrerons que la quête douloureuse et cruelle de l’Azur (II) débouche sur une réflexion essentielle quant au pouvoir de la poésie symboliste de réaliser le monde des réalités intemporelles que nous interpréterons comme la quête d’un nouvel idéal esthétique (III).

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Première partie

L’influence de Baudelaire
dans « l’Azur » de Mallarmé

par Maud, Juliette, Marianne, Maëlys, Charline, Bastien, Melvin, Héloïse, Marjorie, Camille et Cléa

Classe de Seconde 11 Promotion 2013-2014, Lycée en Forêt (Montargis, France)

Il nous faut tout d’abord remarquer combien « L’Azur » reprend l’écriture et les motifs baudelairiens du spleen. Cette profonde crispation de l’écriture se ressent dans tout le texte. C’est en effet pendant la rédaction de ce poème que Mallarmé traverse une période de doute qui va l’affecter profondément. Dans une passionnante étude, Yvonne Goga décrit ce qu’aurait vécu l’auteur durant cette période : « Mallarmé a eu tout à coup la révélation du néant et s’est dès lors considéré comme un raté prédestiné » |2|. À cet égard, la découverte en février 1861 de la deuxième édition des Fleurs du Mal de Baudelaire lui donne l’impression d’avoir « lu tous les livres » (« Brise marine »). Cette sensation oppressante d’une perte d’inspiration, renforce son mal-être et sa difficulté à se percevoir au sein d’une société, dont il n’aura de cesse de dénoncer la bassesse et le matérialisme.

La vision spleenétique du monde dans « L’Azur »

Cette lassitude existentielle est particulièrement bien évoquée dans le texte, qui s’écoule sur un rythme plaintif. Mallarmé y affiche d’emblée le mal qui le hante en parlant au vers 3 du « poète impuissant qui maudit son génie ». Prisonnier de l’ennui, l’auteur cherche vainement à s’en échapper : « Où fuir ? Et quelle nuit hagarde/Jeter, lambeaux, jeter sur ce mépris navrant ? ». De même, la métaphore in presentia du « marais livide des automnes », qui connote autant la saleté d’une eau stagnante que la maladie, le deuil et peut-être une certaine décadence du monde, évoque une décomposition physique ainsi qu’un morcellement moral et spirituel de l’être comme en témoignent les termes « lambeaux » ou « haillons ».

Nous pourrions aussi évoquer le réseau lexical du spleen, qui parcourt tout le texte (« cendres monotones », « mépris navrant » ou encore « nuit hagarde »). Comme le note Lloyd James Austin, chez Mallarmé comme chez Baudelaire, ce spleen si présent résulte « d’un double mouvement : le rejet violent d’une réalité jugée laide et imparfaite, et l’aspiration ardente mais inefficace vers l’idéal » |3|, ainsi qu’en témoigne le premier vers du texte, sur lequel nous aurons l’occasion de revenir plus longuement : « De l’éternel Azur la sereine ironie ».

Cette vision spleenétique du monde que nous dépeint Mallarmé, et qui n’est pas sans évoquer le « ciel ironique et cruellement bleu » du Cygne baudelairien |4|  est en effet intimement liée à l’auteur des Fleurs du mal, bien qu’on remarque une assez nette différence entre la conception que les deux artistes se font de l’azur. L’idéal accablant de « la beauté baudelairienne », cruel et pesant, s’oppose à la stérilité dans l’azur de Mallarmé. Si l’on compare par exemple « L’Azur » et « La Beauté » de Baudelaire, nous voyons combien à l’idéal chez Baudelaire (« Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre ») s’oppose la stérilité chez Mallarmé : « À travers un désert stérile de Douleurs ». De fait, si le poème de Baudelaire met en avant l’idéal, source du spleen (mais d’un spleen nécessaire au poète dont le mystère et la justification sont mis en avant par le rêve « éternel et muet »), chez Mallarmé au contraire, le spleen l’accable, au point de le hanter, ce qui cause sa malédiction.

Nous pourrions noter ici combien dans le texte, le désespoir se transforme peu à peu en une souffrance que rien ne semble soulager, comme le souligne le lexique : « douleur » (strophe 1), « cendres monotones » (strophe 3), « mourant » (strophe 5), « martyr » (strophe 6), « agonie » (strophe 9), « trépas » (strophe 7). Alors que chez Baudelaire, le spleen est nécessaire au poète, étant donné qu’il donne à la poésie sa justification et sa légitimité, chez Mallarmé au contraire, l’azur cause la malédiction et l’impuissance du poète. Cette problématique a d’ailleurs été théorisée dans l’article « Symphonie littéraire » paru le premier février 1865 dans L’Artiste (t.1, pp. 57-58), et dans lequel Mallarmé parle de « Muse moderne de l’impuissance », pour évoquer le sentiment douloureux d’une perte de l’inspiration.

Impuissance poétique et perte d’inspiration

À ce titre, plusieurs images dans « L’Azur » sont caractéristiques : la première strophe, qui symbolise le poète face à la page blanche, instaure dès le début l’image pathétique du « poète impuissant qui maudit son génie », en proie à un « désert stérile de Douleurs ». Comme l’a bien montré Éric Benoît, dans son essai Néant sonore : Mallarmé, ou la traversée des paradoxes , cette impossibilité d’écrire est au cœur de l’écriture mallarméenne : « c’est le phénomène de l’impuissance poétique, de l’impossibilité d’écrire, impuissance qui paradoxalement devient sujet d’écriture. » Ne permettant pas d’écrire et de créer, la vie se résume donc à la Douleur (ici personnifiée par une majuscule), de devoir accepter ce mal être. Comme le note remarquablement Albert Thibaudet : « ce tourment, chez Mallarmé, est un tourment littéraire autant qu’un tourment humain »|5|. L’angoisse de la page blanche affectera profondément Mallarmé, qui évoquera en 1865 dans « Brise Marine » « La clarté déserte de [la] lampe sur le vide papier que la blancheur défend ». À ce propos, Georges Emmanuel Clancier fait remarquer combien «  La blessure de Stéphane Mallarmé est celle, perpétuelle, qu’inflige la pressante, chaude impureté de ce qui existe à un être hanté par la froide, dédaigneuse pureté du néant, où, plus strictement, sa seule blessure est d’être » |6|.

« Le bétail heureux des hommes »…

Semblable à un huis-clos, le monde apparaît au poète maudit sous les traits d’une « errante prison » : ainsi, se sent-il dans la société comme un prisonnier en sa cellule, incapable de s’échapper de cet espace, trop petit pour son « génie » : il s’y sent oppressé, étouffé. Comment dès lors s’échapper de cette captivité ? « Où fuir ? » (v. 7). Telle est l’oppressant questionnement qui accable le poète, condamné à vivre parmi le vulgaire. Nous pourrions ici noter combien dans la strophe 5, le champ lexical du monde industriel (« tristes cheminées », « fument », « suie » « noires traînées ») peut se lire comme un refus de tout ancrage référentiel.

Mallarmé, comme beaucoup d’autres poètes maudits (à commencer par Baudelaire) reprochait en effet au Réalisme, et plus encore au Naturalisme, de réduire l’art à une espèce de parodie du monde, n’amenant à aucun déchiffrement de la part du lecteur. D’où cette aversion de l’auteur envers la masse et son mépris du vulgaire, du « bétail heureux des hommes », « couché[s] » dans une « litière », satisfaits de leur sort et de leur vie « paisible » parmi les « noires traînées » de la révolution industrielle. Par opposition, seul le poète semble capable de comprendre ce que le commun des mortels ne fait qu’entrevoir. Comme le dit si bien Mallarmé, évoquant dans un article de l’Artiste de septembre 1862 le travail d’édition des Fleurs du mal : «  Que les masses lisent la morale, mais de grâce ne leur donnez pas notre poésie à gâter » ; et de conclure sur cette sentence sans appel : «  Ô poètes, vous avez toujours été orgueilleux, soyez plus, devenez dédaigneux ».

Ce sentiment de supériorité, ce besoin non partagé d’idéal lui fait mépriser cette masse « heureuse » des hommes qui ne ressentent pas la souffrance liée à la quête impossible de l’idéal. Relevons d’ailleurs que pour Mallarmé, il n’y a pas de renouveau possible, il n’y a que du passé à retrouver selon le credo primitiviste |7|. À cet égard, si le monde contemporain, dominé par le matérialisme, est inacceptable pour l’auteur, c’est qu’il recherche une sorte d’éden perdu qui amènerait à une idée pure, une perfection qui le ramènerait en arrière. Mais cette « voyance » pour reprendre un terme cher à Rimbaud, a une contrepartie douloureuse : enfermé en lui-même, ne pouvant s’échapper, l’auteur semble prisonnier d’un insupportable enfermement, comme le montrent les termes « nuit hagarde » et « âme vide », au vers 7, ou « cervelle vidée » au vers 25. Nous pourrions ici rappeler également l’expression « désert stérile de Douleurs » dont l’exagération (un désert est naturellement stérile) hyperbolise le vide présent en permanence dans l’âme du poète (cf. « âme vide » au vers 7).

Crise poétique, crise de la foi

Mallarmé semble s’interroger ici sur sa foi, particulièrement quand il affirme : «  Le ciel est mort », expression proche de la déréliction. À ce titre, la question oratoire « Où fuir ? » semble accentuer l’inanité même de la vie incapable de se dépasser vers l’ultime vérité de l’idéal, qui seul en permet la sublimation. Ainsi le rêve poétique apparaît-il comme une échappatoire : en tenant « lui-même lieu de religion » |8|. De même, c’est à dessein que l’auteur évoque les « bleus angélus » ainsi que les « grands trous bleus que font méchamment les oiseaux » dans le ciel.

Comme le remarque Étienne Brunet, ce n’est point un hasard si dans l’œuvre pourtant assez mince de Mallarmé, ce terme d’azur apparaît près de quarante fois : véritablement « hanté, aspiré et inspiré par les profondeurs de l’azur » |9|, Mallarmé cherche à en égaler la perfection. Il s’accusait de ne pas avoir « l’insensibilité des pierres et de l’azur », d’être en quelque sorte limité. Alors que l’azur « est » de toute éternité, l’homme, prisonnier de la contingence et du matérialisme, n’est rien, perdu qu’il est entre la « bête », incapable de s’élever de la « litière/Où le bétail heureux des hommes est couché », et « le poète impuissant qui maudit son génie |10|.

Conclusion partielle

Comme nous avons essayé de le montrer dans la première partie de notre étude consacrée à « L’Azur », ce poème est bien celui de la crise existentielle. Mais si ce thème est commun chez de nombreux poètes du XIXème siècle, s’ajoute chez Mallarmé une dimension proprement spirituelle et métaphysique liée, ainsi que nous l’avons vu, à son refus de percevoir le monde objectivement. Plus encore que chez Baudelaire sans doute, le poème apparaît comme l’incarnation d’une forme extrême de la subjectivité, que l’artiste doit découvrir et exprimer par un langage qui, exorcisant le réel, doit ouvrir les portes de l’au-delà.

Mais cette quête intérieure et spirituelle s’accomplit dans l’angoisse. Comme nous le verrons dans la deuxième partie de notre étude, le poème de Mallarmé exprime donc l’obsédante angoisse que procure la recherche de l’azur. C’est à travers le spleen que l’auteur décrit un rapport conflictuel, une quasi lutte avec l’idéal. Loin d’être une complaisance sur soi-même, la poésie est souffrance, elle revêt un caractère sacré, obligatoire : si elle engage tout l’être dans sa quête idéiste d’une œuvre pure « qui cède l’initiative aux mots »|11|, Mallarmé l’évoque surtout dans ce texte dans on aspect le plus négatif . Terminons par ces remarques profondes de Monic Robillard : « L’œuvre de Mallarmé racontera inlassablement ce désastre qu’est la chute du Rêve dans le corps de la matière, et la mise en crise d’un orgueil qui doit consentir à sa défaite ». |12|

Maud, Juliette, Marianne, Maëlys, Charline, Bastien, Melvin, Héloïse, Cléa
© Espace Pédagogique Contributif, février 2014.

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(fin de la première partie)

La deuxième partie consacrée à « la quête de l’azur » sera mise en ligne le lundi 24 février 2014.

NOTES DE LA PREMIÈRE PARTIE

1. Le 7 janvier 1864, Stéphane Mallarmé envoie à son ami Henri Cazalis  la lettre suivante, dont nous citons un passage très caractéristique : « Je t’envoie enfin ce poème de l’Azur que tu semblais si désireux de posséder. Je l’ai travaillé, ces derniers jours, et je ne te cacherai pas qu’il m’a donné infiniment de mal, outre qu’avant de prendre la plume il fallait, pour conquérir un moment de lucidité parfaite, terrasser ma navrante Impuissance. Il m’a donné beaucoup de mal, parce que bannissant mille gracieusetés lyriques et beaux vers qui hantaient incessamment ma cervelle, j’ai voulu rester implacablement dans mon sujet. Je te jure qu’il n’y a pas un mot qui ne m’ait coûté plusieurs heures de recherche, et que le premier mot, qui revêt la première idée, outre qu’il tend par lui-même à l’effet général du poème, sert encore à préparer le dernier. L’effet produit, sans une dissonance, sans une fioriture, même adorable, qui distraie, voilà ce que je cherche. Je suis sûr, m’étant lu les vers à moi-même, deux cents fois peut-être, qu’il est atteint . »
2. Yvonne Goga, 
Formes de l’auto-réflexivité mallarméenne dans Un homme qui dort de Georges Perec », page 127. Dans : Écrire l’énigme. Textes réunis par Christelle Reggiani et Bernard Magné. Presses de l’Université Paris-Sorbonne, Paris 2007.
3. Lloyd James Austin, Essais sur Mallarmé, Manchester University Press, 1995. Page 24.
4. ibid. page 27.
5. Albert Thibaudet, La Poésie de Stéphane Mallarmé, Paris, Gallimard NRF 1926, page 33.
6. Georges Emmanuel Clancier, De Rimbaud au Surréalisme, page 84. Cité par Françoise Poitras, L’Angoisse existentielle chez Mallarmé (mémoire de maîtrise), page 29.
7. Contrairement à Baudelaire qui lui souhaite «  plonger au fond du gouffre, Enfer ou ciel, qu’importe ? Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau ».
8. Cette expression est empruntée  à Salah Oueslati, Le Lecteur dans les Poésies de Stéphane Mallarmé, Bruylant-Academia, Louvain-La-Neuve (Belgique), 2009, page 103.
9. Voir cette page.
10. Mallarmé affirme d’ailleurs : «  la distinction du corps et de l’esprit est une expression de mes limites ; mais ni comme corps ni comme esprit je ne puis m’opposer à l’univers, je ne puis me distinguer en lui ma propre nature ». Ici encore on sent cette détresse de l’auteur, perdu dans la société et qui cherche à s’en distinguer, à incarner son idéal. Cf. également la première strophe : « De l’éternel Azur la sereine ironie/Accable, belle indolemment comme les fleurs,/Le poète impuissant qui maudit son génie/À travers un désert stérile de Douleurs. » Le désespoir du poète est donc lié non seulement à la monotonie de sa vie quotidienne mais également à son impuissance d’égaler l’Azur.
11. Mallarmé, dans « Crise de vers« .
12. Monic Robillard, Le Désir de la Vierge, Hérodiade chez Mallarmé, Droz, Genève 1993, pages 47-48.

 

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Objectif EAF… Commentaire littéraire : Mallarmé « L’Azur ». Première partie : l’influence de Baudelaire dans « L’Azur » Corrigés élèves

Il y a quelques mois j’avais mis en ligne une explication détaillée de « Brise marine » de Mallarmé. Plus récemment, ce sont mes élèves de Seconde qui ont planché sur le difficile poème « l’Azur ». Le texte, préparé en classe, a donné lieu à l’élaboration collective d’un plan en trois parties. Les élèves avaient ensuite la rude tâche d’élaborer leur commentaire. Parmi tous les travaux qu’il m’a été donné de lire, quelques-uns, particulièrement remarquables, seront publiés dans l’Espace Pédagogique.

COMMENTAIRE DE « L’AZUR »
Stéphane Mallarmé, 1864

Je vous laisse découvrir aujourd’hui la première partie d’un impressionnant travail de recherche qu’ont réalisé mes élèves de Seconde 11 (promotion 2013-2014). Bravo en particulier à Maud, Juliette, Marianne, Maëlys, Charline, Bastien, Melvin, Héloïse, Marjorie, Camille et Cléa, pour leurs contributions vraiment remarquables.

  • Mise ne ligne de la deuxième partie « La quête de l’azur » : lundi 24 février 2014
  • Mise en ligne de la troisième partie « Symbolisme et idéalisation dans « L’Azur » : vendredi 28 février 2014.

TEXTE

De l’éternel Azur la sereine ironie
Accable, belle indolemment comme les fleurs,
Le poète impuissant qui maudit son génie
A travers un désert stérile de Douleurs.

Fuyant, les yeux fermés, je le sens qui regarde
Avec l’intensité d’un remords atterrant,
Mon âme vide. Où fuir ? Et quelle nuit hagarde
Jeter, lambeaux, jeter sur ce mépris navrant ?

Brouillards, montez ! versez vos cendres monotones
Avec de longs haillons de brume dans les cieux
Que noiera le marais livide des automnes,
Et bâtissez un grand plafond silencieux !

Et toi, sors des étangs léthéens et ramasse
En t’en venant la vase et les pâles roseaux,
Cher Ennui, pour boucher d’une main jamais lasse
Les grands trous bleus que font méchamment les oiseaux.

Encor ! que sans répit les tristes cheminées
Fument, et que de suie une errante prison
Éteigne dans l’horreur de ses noires traînées
Le soleil se mourant jaunâtre à l’horizon !

– Le Ciel est mort. – Vers toi, j’accours ! Donne, ô matière,
L’oubli de l’Idéal cruel et du Péché
A ce martyr qui vient partager la litière
Où le bétail heureux des hommes est couché,

Car j’y veux, puisque enfin ma cervelle, vidée
Comme le pot de fard gisant au pied d’un mur,
N’a plus l’art d’attifer la sanglotante idée,
Lugubrement bâiller vers un trépas obscur…

En vain ! l’Azur triomphe, et je l’entends qui chante
Dans les cloches. Mon âme, il se fait voix pour plus
Nous faire peur avec sa victoire méchante,
Et du métal vivant sort en bleus angélus !

Il roule par la brume, ancien et traverse
Ta native agonie ainsi qu’un glaive sûr ;
Où fuir dans la révolte inutile et perverse ?
Je suis hanté. L’Azur ! l’Azur ! l’Azur ! l’Azur !

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Introduction générale

C’est en 1864 que Stéphane Mallarmé rédige « l’Azur », poème hermétique extrait du recueil Poésies, et précurseur de la grave crise existentielle qui va l’ébranler en 1866.  Très caractéristique de la mouvance symboliste, ce texte aux accents baudelairiens traduit à la fois l’inadaptation sociale, le découragement d’un artiste redoutant la stérilité poétique ainsi qu’une quête élitiste de la beauté et de l’idéal : la création d’un poème qui constituerait l’absolu est en effet au cœur de la démarche poétique mallarméenne. Témoin, le motif de l’azur, particulièrement présent dans les écrits de 1862 à 1864 ; l’auteur se définit d’ailleurs comme un « mendieur d’azur » : quête difficile s’il en est, émanant d’une profonde souffrance intérieure comme en témoigne une lettre célèbre de Mallarmé à son ami Cazalis en janvier 1864 : « Je t’envoie enfin ce poème de l’Azur que tu semblais si désireux de posséder. Je l’ai travaillé, ces derniers jours, et je ne te cacherai pas qu’il m’a donné infiniment de mal, outre qu’avant de prendre la plume il fallait, pour conquérir un moment de lucidité parfaite, terrasser ma navrante Impuissance » |1|. C’est donc dans la douleur que s’est déroulée la rédaction de « l’Azur », œuvre caractéristique de cette impossible quête métaphysique du sens et de l’absolu qui nous paraît au cœur de l’écriture de Mallarmé.

Nous étudierons cette problématique selon une triple perspective. Après avoir insisté sur l’influence de Baudelaire et le climat spleenétique du poème (I), nous montrerons que la quête douloureuse et cruelle de l’Azur (II) débouche sur une réflexion essentielle quant au pouvoir de la poésie symboliste de réaliser le monde des réalités intemporelles que nous interpréterons comme la quête d’un nouvel idéal esthétique (III).

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Première partie

L’influence de Baudelaire
dans « l’Azur » de Mallarmé

par Maud, Juliette, Marianne, Maëlys, Charline, Bastien, Melvin, Héloïse, Marjorie, Camille et Cléa

Classe de Seconde 11 Promotion 2013-2014, Lycée en Forêt (Montargis, France)

Il nous faut tout d’abord remarquer combien « L’Azur » reprend l’écriture et les motifs baudelairiens du spleen. Cette profonde crispation de l’écriture se ressent dans tout le texte. C’est en effet pendant la rédaction de ce poème que Mallarmé traverse une période de doute qui va l’affecter profondément. Dans une passionnante étude, Yvonne Goga décrit ce qu’aurait vécu l’auteur durant cette période : « Mallarmé a eu tout à coup la révélation du néant et s’est dès lors considéré comme un raté prédestiné » |2|. À cet égard, la découverte en février 1861 de la deuxième édition des Fleurs du Mal de Baudelaire lui donne l’impression d’avoir « lu tous les livres » (« Brise marine »). Cette sensation oppressante d’une perte d’inspiration, renforce son mal-être et sa difficulté à se percevoir au sein d’une société, dont il n’aura de cesse de dénoncer la bassesse et le matérialisme.

La vision spleenétique du monde dans « L’Azur »

Cette lassitude existentielle est particulièrement bien évoquée dans le texte, qui s’écoule sur un rythme plaintif. Mallarmé y affiche d’emblée le mal qui le hante en parlant au vers 3 du « poète impuissant qui maudit son génie ». Prisonnier de l’ennui, l’auteur cherche vainement à s’en échapper : « Où fuir ? Et quelle nuit hagarde/Jeter, lambeaux, jeter sur ce mépris navrant ? ». De même, la métaphore in presentia du « marais livide des automnes », qui connote autant la saleté d’une eau stagnante que la maladie, le deuil et peut-être une certaine décadence du monde, évoque une décomposition physique ainsi qu’un morcellement moral et spirituel de l’être comme en témoignent les termes « lambeaux » ou « haillons ».

Nous pourrions aussi évoquer le réseau lexical du spleen, qui parcourt tout le texte (« cendres monotones », « mépris navrant » ou encore « nuit hagarde »). Comme le note Lloyd James Austin, chez Mallarmé comme chez Baudelaire, ce spleen si présent résulte « d’un double mouvement : le rejet violent d’une réalité jugée laide et imparfaite, et l’aspiration ardente mais inefficace vers l’idéal » |3|, ainsi qu’en témoigne le premier vers du texte, sur lequel nous aurons l’occasion de revenir plus longuement : « De l’éternel Azur la sereine ironie ».

Cette vision spleenétique du monde que nous dépeint Mallarmé, et qui n’est pas sans évoquer le « ciel ironique et cruellement bleu » du Cygne baudelairien |4|  est en effet intimement liée à l’auteur des Fleurs du mal, bien qu’on remarque une assez nette différence entre la conception que les deux artistes se font de l’azur. L’idéal accablant de « la beauté baudelairienne », cruel et pesant, s’oppose à la stérilité dans l’azur de Mallarmé. Si l’on compare par exemple « L’Azur » et « La Beauté » de Baudelaire, nous voyons combien à l’idéal chez Baudelaire (« Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre ») s’oppose la stérilité chez Mallarmé : « À travers un désert stérile de Douleurs ». De fait, si le poème de Baudelaire met en avant l’idéal, source du spleen (mais d’un spleen nécessaire au poète dont le mystère et la justification sont mis en avant par le rêve « éternel et muet »), chez Mallarmé au contraire, le spleen l’accable, au point de le hanter, ce qui cause sa malédiction.

Nous pourrions noter ici combien dans le texte, le désespoir se transforme peu à peu en une souffrance que rien ne semble soulager, comme le souligne le lexique : « douleur » (strophe 1), « cendres monotones » (strophe 3), « mourant » (strophe 5), « martyr » (strophe 6), « agonie » (strophe 9), « trépas » (strophe 7). Alors que chez Baudelaire, le spleen est nécessaire au poète, étant donné qu’il donne à la poésie sa justification et sa légitimité, chez Mallarmé au contraire, l’azur cause la malédiction et l’impuissance du poète. Cette problématique a d’ailleurs été théorisée dans l’article « Symphonie littéraire » paru le premier février 1865 dans L’Artiste (t.1, pp. 57-58), et dans lequel Mallarmé parle de « Muse moderne de l’impuissance », pour évoquer le sentiment douloureux d’une perte de l’inspiration.

Impuissance poétique et perte d’inspiration

À ce titre, plusieurs images dans « L’Azur » sont caractéristiques : la première strophe, qui symbolise le poète face à la page blanche, instaure dès le début l’image pathétique du « poète impuissant qui maudit son génie », en proie à un « désert stérile de Douleurs ». Comme l’a bien montré Éric Benoît, dans son essai Néant sonore : Mallarmé, ou la traversée des paradoxes , cette impossibilité d’écrire est au cœur de l’écriture mallarméenne : « c’est le phénomène de l’impuissance poétique, de l’impossibilité d’écrire, impuissance qui paradoxalement devient sujet d’écriture. » Ne permettant pas d’écrire et de créer, la vie se résume donc à la Douleur (ici personnifiée par une majuscule), de devoir accepter ce mal être. Comme le note remarquablement Albert Thibaudet : « ce tourment, chez Mallarmé, est un tourment littéraire autant qu’un tourment humain »|5|. L’angoisse de la page blanche affectera profondément Mallarmé, qui évoquera en 1865 dans « Brise Marine » « La clarté déserte de [la] lampe sur le vide papier que la blancheur défend ». À ce propos, Georges Emmanuel Clancier fait remarquer combien «  La blessure de Stéphane Mallarmé est celle, perpétuelle, qu’inflige la pressante, chaude impureté de ce qui existe à un être hanté par la froide, dédaigneuse pureté du néant, où, plus strictement, sa seule blessure est d’être » |6|.

« Le bétail heureux des hommes »…

Semblable à un huis-clos, le monde apparaît au poète maudit sous les traits d’une « errante prison » : ainsi, se sent-il dans la société comme un prisonnier en sa cellule, incapable de s’échapper de cet espace, trop petit pour son « génie » : il s’y sent oppressé, étouffé. Comment dès lors s’échapper de cette captivité ? « Où fuir ? » (v. 7). Telle est l’oppressant questionnement qui accable le poète, condamné à vivre parmi le vulgaire. Nous pourrions ici noter combien dans la strophe 5, le champ lexical du monde industriel (« tristes cheminées », « fument », « suie » « noires traînées ») peut se lire comme un refus de tout ancrage référentiel.

Mallarmé, comme beaucoup d’autres poètes maudits (à commencer par Baudelaire) reprochait en effet au Réalisme, et plus encore au Naturalisme, de réduire l’art à une espèce de parodie du monde, n’amenant à aucun déchiffrement de la part du lecteur. D’où cette aversion de l’auteur envers la masse et son mépris du vulgaire, du « bétail heureux des hommes », « couché[s] » dans une « litière », satisfaits de leur sort et de leur vie « paisible » parmi les « noires traînées » de la révolution industrielle. Par opposition, seul le poète semble capable de comprendre ce que le commun des mortels ne fait qu’entrevoir. Comme le dit si bien Mallarmé, évoquant dans un article de l’Artiste de septembre 1862 le travail d’édition des Fleurs du mal : «  Que les masses lisent la morale, mais de grâce ne leur donnez pas notre poésie à gâter » ; et de conclure sur cette sentence sans appel : «  Ô poètes, vous avez toujours été orgueilleux, soyez plus, devenez dédaigneux ».

Ce sentiment de supériorité, ce besoin non partagé d’idéal lui fait mépriser cette masse « heureuse » des hommes qui ne ressentent pas la souffrance liée à la quête impossible de l’idéal. Relevons d’ailleurs que pour Mallarmé, il n’y a pas de renouveau possible, il n’y a que du passé à retrouver selon le credo primitiviste |7|. À cet égard, si le monde contemporain, dominé par le matérialisme, est inacceptable pour l’auteur, c’est qu’il recherche une sorte d’éden perdu qui amènerait à une idée pure, une perfection qui le ramènerait en arrière. Mais cette « voyance » pour reprendre un terme cher à Rimbaud, a une contrepartie douloureuse : enfermé en lui-même, ne pouvant s’échapper, l’auteur semble prisonnier d’un insupportable enfermement, comme le montrent les termes « nuit hagarde » et « âme vide », au vers 7, ou « cervelle vidée » au vers 25. Nous pourrions ici rappeler également l’expression « désert stérile de Douleurs » dont l’exagération (un désert est naturellement stérile) hyperbolise le vide présent en permanence dans l’âme du poète (cf. « âme vide » au vers 7).

Crise poétique, crise de la foi

Mallarmé semble s’interroger ici sur sa foi, particulièrement quand il affirme : «  Le ciel est mort », expression proche de la déréliction. À ce titre, la question oratoire « Où fuir ? » semble accentuer l’inanité même de la vie incapable de se dépasser vers l’ultime vérité de l’idéal, qui seul en permet la sublimation. Ainsi le rêve poétique apparaît-il comme une échappatoire : en tenant « lui-même lieu de religion » |8|. De même, c’est à dessein que l’auteur évoque les « bleus angélus » ainsi que les « grands trous bleus que font méchamment les oiseaux » dans le ciel.

Comme le remarque Étienne Brunet, ce n’est point un hasard si dans l’œuvre pourtant assez mince de Mallarmé, ce terme d’azur apparaît près de quarante fois : véritablement « hanté, aspiré et inspiré par les profondeurs de l’azur » |9|, Mallarmé cherche à en égaler la perfection. Il s’accusait de ne pas avoir « l’insensibilité des pierres et de l’azur », d’être en quelque sorte limité. Alors que l’azur « est » de toute éternité, l’homme, prisonnier de la contingence et du matérialisme, n’est rien, perdu qu’il est entre la « bête », incapable de s’élever de la « litière/Où le bétail heureux des hommes est couché », et « le poète impuissant qui maudit son génie |10|.

Conclusion partielle

Comme nous avons essayé de le montrer dans la première partie de notre étude consacrée à « L’Azur », ce poème est bien celui de la crise existentielle. Mais si ce thème est commun chez de nombreux poètes du XIXème siècle, s’ajoute chez Mallarmé une dimension proprement spirituelle et métaphysique liée, ainsi que nous l’avons vu, à son refus de percevoir le monde objectivement. Plus encore que chez Baudelaire sans doute, le poème apparaît comme l’incarnation d’une forme extrême de la subjectivité, que l’artiste doit découvrir et exprimer par un langage qui, exorcisant le réel, doit ouvrir les portes de l’au-delà.

Mais cette quête intérieure et spirituelle s’accomplit dans l’angoisse. Comme nous le verrons dans la deuxième partie de notre étude, le poème de Mallarmé exprime donc l’obsédante angoisse que procure la recherche de l’azur. C’est à travers le spleen que l’auteur décrit un rapport conflictuel, une quasi lutte avec l’idéal. Loin d’être une complaisance sur soi-même, la poésie est souffrance, elle revêt un caractère sacré, obligatoire : si elle engage tout l’être dans sa quête idéiste d’une œuvre pure « qui cède l’initiative aux mots »|11|, Mallarmé l’évoque surtout dans ce texte dans on aspect le plus négatif . Terminons par ces remarques profondes de Monic Robillard : « L’œuvre de Mallarmé racontera inlassablement ce désastre qu’est la chute du Rêve dans le corps de la matière, et la mise en crise d’un orgueil qui doit consentir à sa défaite ». |12|

Maud, Juliette, Marianne, Maëlys, Charline, Bastien, Melvin, Héloïse, Cléa
© Espace Pédagogique Contributif, février 2014.

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(fin de la première partie)

La deuxième partie consacrée à « la quête de l’azur » sera mise en ligne le lundi 24 février 2014.

NOTES DE LA PREMIÈRE PARTIE

1. Le 7 janvier 1864, Stéphane Mallarmé envoie à son ami Henri Cazalis  la lettre suivante, dont nous citons un passage très caractéristique : « Je t’envoie enfin ce poème de l’Azur que tu semblais si désireux de posséder. Je l’ai travaillé, ces derniers jours, et je ne te cacherai pas qu’il m’a donné infiniment de mal, outre qu’avant de prendre la plume il fallait, pour conquérir un moment de lucidité parfaite, terrasser ma navrante Impuissance. Il m’a donné beaucoup de mal, parce que bannissant mille gracieusetés lyriques et beaux vers qui hantaient incessamment ma cervelle, j’ai voulu rester implacablement dans mon sujet. Je te jure qu’il n’y a pas un mot qui ne m’ait coûté plusieurs heures de recherche, et que le premier mot, qui revêt la première idée, outre qu’il tend par lui-même à l’effet général du poème, sert encore à préparer le dernier. L’effet produit, sans une dissonance, sans une fioriture, même adorable, qui distraie, voilà ce que je cherche. Je suis sûr, m’étant lu les vers à moi-même, deux cents fois peut-être, qu’il est atteint . »
2. Yvonne Goga, 
Formes de l’auto-réflexivité mallarméenne dans Un homme qui dort de Georges Perec », page 127. Dans : Écrire l’énigme. Textes réunis par Christelle Reggiani et Bernard Magné. Presses de l’Université Paris-Sorbonne, Paris 2007.
3. Lloyd James Austin, Essais sur Mallarmé, Manchester University Press, 1995. Page 24.
4. ibid. page 27.
5. Albert Thibaudet, La Poésie de Stéphane Mallarmé, Paris, Gallimard NRF 1926, page 33.
6. Georges Emmanuel Clancier, De Rimbaud au Surréalisme, page 84. Cité par Françoise Poitras, L’Angoisse existentielle chez Mallarmé (mémoire de maîtrise), page 29.
7. Contrairement à Baudelaire qui lui souhaite «  plonger au fond du gouffre, Enfer ou ciel, qu’importe ? Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau ».
8. Cette expression est empruntée  à Salah Oueslati, Le Lecteur dans les Poésies de Stéphane Mallarmé, Bruylant-Academia, Louvain-La-Neuve (Belgique), 2009, page 103.
9. Voir cette page.
10. Mallarmé affirme d’ailleurs : «  la distinction du corps et de l’esprit est une expression de mes limites ; mais ni comme corps ni comme esprit je ne puis m’opposer à l’univers, je ne puis me distinguer en lui ma propre nature ». Ici encore on sent cette détresse de l’auteur, perdu dans la société et qui cherche à s’en distinguer, à incarner son idéal. Cf. également la première strophe : « De l’éternel Azur la sereine ironie/Accable, belle indolemment comme les fleurs,/Le poète impuissant qui maudit son génie/À travers un désert stérile de Douleurs. » Le désespoir du poète est donc lié non seulement à la monotonie de sa vie quotidienne mais également à son impuissance d’égaler l’Azur.
11. Mallarmé, dans « Crise de vers« .
12. Monic Robillard, Le Désir de la Vierge, Hérodiade chez Mallarmé, Droz, Genève 1993, pages 47-48.

 

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« Dis-moi un Po-Aime »… Aujourd’hui la contribution d'Oscar

ImpressionLa classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques…
Bonne lecture !

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Hier, samedi 15 février : Sybille M.
Aujourd’hui, dimanche 16 février, la contribution d’Oscar
Demain, lundi 17 février : Manon B.

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« D’ailleurs »

par Oscar P.
Classe de Première S2

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D’ailleurs est le vivant qui éblouit demain,
Petite, introuvable est cette lumière sans pardon.
Le temps n’est qu’une sensation étroite
Où les courtes souffrances ne sont jamais mauvaises.

Futur, tue le Passé qui détruit le Présent !
Il me tient et m’empêche d’avancer,
Moi terrien, je ne peux m’envoler
Et quand Futur viendra je ne le voudrai plus.

Je suis l’ami de tous et l’ami de personne.
Je ne l’aime plus mais je crois en l’Homme.
Je vois en lui ce qu’il ne voit pas chez moi,
Si je ne suis plus là, c’est que je crois en moi.

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 Caspar David Friedrich (1774-1840)
“Le voyageur contemplant une mer de nuages”, 1818
(Hambourg, Kunsthalle)

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Le point de vue de l’auteur…

L’écriture de ce poème m’a été profondément inspirée par le lyrisme des Romantiques dont la poésie est d’abord une libre expression de la sensibilité. De fait, si l’émotion est un état d’âme, alors l’expression des sentiments personnels du poète doit traduire cet  état d’âme. C’est ainsi qu’en rédigeant cet épanchement, j’ai moi-même ressenti cette envie de se confier, dont parle si bien Lamartine dans la préface de ses Méditations poétiques. Se confier, c’est-à-dire se révéler au lecteur, et ainsi rendre ses pensées transparentes.

Au niveau des modalités d’énonciation, l’utilisation de la première personne s’est donc imposée spontanément lors de l’écriture : elle m’a permis, en exprimant ma sensibilité et ma subjectivité la plus profonde, de mettre en valeur mes sentiments, mes ressentis par l’expression du « moi ». Cependant, cette poésie de l’expression des sentiments personnels va au-delà de la simple confidence pour exprimer ma propre condition. Comme Victor Hugo dans la préface des Contemplations, j’aurais pu dire : « Hélas ! quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le sentez-vous pas ? Ah ! insensé, qui crois que je ne suis pas toi ! ».

Tout comme l’auteur de « Fonction du Poète», si je crois en l’Homme, c’est en l’humanité de l’Homme. En revanche, j’éprouve un indicible sentiment de solitude par rapport à la société. Certes, je n’ai pas le sentiment d’être rejeté, mais l’impression d’être parfois seul au monde, différent et incompris. Comme Musset, j’éprouve le « Mal du siècle » ! On a parfois reproché au Romantisme de se détacher de toute loi pour mieux atteindre l’idéalité qu’il convoite, mais c’est précisément cette quête d’une création pure qui définit véritablement l’essence de la nature humaine : l’écriture est alors infinie et c’est ce que j’ai recherché en écrivant ce poème : le droit  d’écrire, le devoir de penser, la liberté de rêver !

Je voulais ainsi en repartant de zéro, transcrire ce que je ressentais à cet instant. Je voulais être sincère, et dire réellement les chose dans cette société où personne ne se dévoile véritablement. Désormais, lecteur, tu sais tout de moi ! Tu sais combien je peux être lassé du monde, et combien j’ai envie de changement et d’ailleurs, qui est, comme je le dis dans le premier vers, « le vivant qui éblouit demain ». Oui, je pense qu’il faut méditer, réfléchir et se poser ces questions essentielles : « Qui suis-je véritablement » ? « Qui voudrais-je être » ? Ces questions sont pour moi le point culminant et le but proprement dit de la pensée romantique.

Autant de questionnements qui m’amènent à m’interroger sur mon avenir : c’est donc, face à la lassitude, au matérialisme, et à la monotonie des jours, que je rêve à mon « Futur »… Mais ce futur est parfois comme une échappatoire au quotidien. Paradoxalement, cette fuite en avant nous déréalise : la crainte serait en effet de vivre sa vie « entre parenthèses » pour préparer le futur sans avoir réellement vécu l’instant présent :

Futur, tue le Passé qui détruit le Présent !
Il me tient et m’empêche d’avancer,
Moi terrien, je ne peux m’envoler
Et quand Futur viendra je ne le voudrai plus.

Comme j’ai essayé de le montrer dans mon texte, le risque en effet serait de croire en un futur toujours à venir, toujours hypothétique, toujours irréaliste amenant à ne pas véritablement vivre l’ici et maintenant. N’est-ce pas  au contraire dans l’immédiateté du carpe diem que l’Homme est le plus en adéquation avec lui-même, et en harmonie avec le monde ?

© Oscar P., classe de Première S2 (promotion 2013-2014), février 2014.
Lycée en Forêt/Espace Pédagogique Contributif

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Aujourd’hui, dimanche 16 février, la contribution d’Oscar
Demain, lundi 17 février : Manon B.

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« D’ailleurs »

par Oscar P.
Classe de Première S2

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D’ailleurs est le vivant qui éblouit demain,
Petite, introuvable est cette lumière sans pardon.
Le temps n’est qu’une sensation étroite
Où les courtes souffrances ne sont jamais mauvaises.

Futur, tue le Passé qui détruit le Présent !
Il me tient et m’empêche d’avancer,
Moi terrien, je ne peux m’envoler
Et quand Futur viendra je ne le voudrai plus.

Je suis l’ami de tous et l’ami de personne.
Je ne l’aime plus mais je crois en l’Homme.
Je vois en lui ce qu’il ne voit pas chez moi,
Si je ne suis plus là, c’est que je crois en moi.

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 Caspar David Friedrich (1774-1840)
“Le voyageur contemplant une mer de nuages”, 1818
(Hambourg, Kunsthalle)

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Le point de vue de l’auteur…

L’écriture de ce poème m’a été profondément inspirée par le lyrisme des Romantiques dont la poésie est d’abord une libre expression de la sensibilité. De fait, si l’émotion est un état d’âme, alors l’expression des sentiments personnels du poète doit traduire cet  état d’âme. C’est ainsi qu’en rédigeant cet épanchement, j’ai moi-même ressenti cette envie de se confier, dont parle si bien Lamartine dans la préface de ses Méditations poétiques. Se confier, c’est-à-dire se révéler au lecteur, et ainsi rendre ses pensées transparentes.

Au niveau des modalités d’énonciation, l’utilisation de la première personne s’est donc imposée spontanément lors de l’écriture : elle m’a permis, en exprimant ma sensibilité et ma subjectivité la plus profonde, de mettre en valeur mes sentiments, mes ressentis par l’expression du « moi ». Cependant, cette poésie de l’expression des sentiments personnels va au-delà de la simple confidence pour exprimer ma propre condition. Comme Victor Hugo dans la préface des Contemplations, j’aurais pu dire : « Hélas ! quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le sentez-vous pas ? Ah ! insensé, qui crois que je ne suis pas toi ! ».

Tout comme l’auteur de « Fonction du Poète», si je crois en l’Homme, c’est en l’humanité de l’Homme. En revanche, j’éprouve un indicible sentiment de solitude par rapport à la société. Certes, je n’ai pas le sentiment d’être rejeté, mais l’impression d’être parfois seul au monde, différent et incompris. Comme Musset, j’éprouve le « Mal du siècle » ! On a parfois reproché au Romantisme de se détacher de toute loi pour mieux atteindre l’idéalité qu’il convoite, mais c’est précisément cette quête d’une création pure qui définit véritablement l’essence de la nature humaine : l’écriture est alors infinie et c’est ce que j’ai recherché en écrivant ce poème : le droit  d’écrire, le devoir de penser, la liberté de rêver !

Je voulais ainsi en repartant de zéro, transcrire ce que je ressentais à cet instant. Je voulais être sincère, et dire réellement les chose dans cette société où personne ne se dévoile véritablement. Désormais, lecteur, tu sais tout de moi ! Tu sais combien je peux être lassé du monde, et combien j’ai envie de changement et d’ailleurs, qui est, comme je le dis dans le premier vers, « le vivant qui éblouit demain ». Oui, je pense qu’il faut méditer, réfléchir et se poser ces questions essentielles : « Qui suis-je véritablement » ? « Qui voudrais-je être » ? Ces questions sont pour moi le point culminant et le but proprement dit de la pensée romantique.

Autant de questionnements qui m’amènent à m’interroger sur mon avenir : c’est donc, face à la lassitude, au matérialisme, et à la monotonie des jours, que je rêve à mon « Futur »… Mais ce futur est parfois comme une échappatoire au quotidien. Paradoxalement, cette fuite en avant nous déréalise : la crainte serait en effet de vivre sa vie « entre parenthèses » pour préparer le futur sans avoir réellement vécu l’instant présent :

Futur, tue le Passé qui détruit le Présent !
Il me tient et m’empêche d’avancer,
Moi terrien, je ne peux m’envoler
Et quand Futur viendra je ne le voudrai plus.

Comme j’ai essayé de le montrer dans mon texte, le risque en effet serait de croire en un futur toujours à venir, toujours hypothétique, toujours irréaliste amenant à ne pas véritablement vivre l’ici et maintenant. N’est-ce pas  au contraire dans l’immédiateté du carpe diem que l’Homme est le plus en adéquation avec lui-même, et en harmonie avec le monde ?

© Oscar P., classe de Première S2 (promotion 2013-2014), février 2014.
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« Dis-moi un Po-Aime »… Aujourd’hui la contribution de Sybille…

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Bonne lecture !

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Hier, vendredi 14 février : Auréline G.
Aujourd’hui, samedi 15 février, la contribution de Sybille M.
(*)
Demain, dimanche 16 février : Oscar P.

« Une forêt de béton »

par Sybille M.
Classe de Première S2

Peu à peu, la forêt se meurt.
Les mythes sont devenus rumeurs,
Le métal coule dans les branches
Et sur le béton je m’épanche.

Les sons ne font pas frémir mes oreilles,
Nouvelle forêt au réveil :
Dans la rue, tous les mouvements,
Chuchotements et bruits violents.

Entre les immeubles sans âme,
Le vent, près de l’acier, sans flamme.
Il souffle toujours dans les cimes,
S’agite, discret, infime.

Oh ! Il m’ennuie, le bruit des feuilles,
Je préfère le silence
De cette ville qui m’accueille
En son vide, immense.

(*) Ce poème a obtenu le troisième prix du Concours « Écriture en Forêt », lancé cette année au Lycée…

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 « le silence de cette ville qui m’accueille en son vide, immense… »

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Le point de vue de l’auteure…

L’idée de départ de ce poème m’a été suggérée par le concours « Écriture en Forêt » auquel j’ai participé. Pourtant, je vous avouerai que je ne me sens pas particulièrement attirée par la nature, je trouve cela agréable mais sans plus ; aussi ai-je décidé de parler de quelque chose qui me fascine plus, la ville : non pas la ville en tant que simple univers référentiel urbain, mais la ville dont la mythologie irradie les rêves et les cauchemars contemporains.

Dans mon imaginaire, la ville a quelque chose de fascinant, d’illimité, de démesuré… Ainsi, tout comme on pourrait parler d’une forêt de sentiments, j’ai voulu détourner la thématique d’une forêt d’arbres en évoquant une forêt urbanisée, une forêt de béton : la ville n’est-elle pas une forêt de bitume, d’usines, une forêt d’immeubles plantée d’humains ?

Pour établir ce parallélisme entre la forêt et la ville j’ai utilisé le mot « mythes » qui a un aspect presque ancien, intemporel et mystique, et les rumeurs qui peuvent circuler dans les villes : « Les mythes deviennent rumeurs »… La ville, c’est la menace permanente de la rumeur, c’est le triomphe des mythes et paradoxalement leur disparition : le mythe de l’urbanisation a remplacé la mythologie de la forêt, un peu comme si, dans l’imaginaire social, la forêt s’était à jamais perdue dans les villes…

Par contraste j’ai axé mon texte sur quelque chose d’infime et de sensoriel : les sons. J’ai par exemple essayé de jouer avec les sonorités et le signifié des mots. J’ai aussi tenté de jouer avec les rythmes (souvent octosyllabiques) et les sons en travaillant les homophonies accentuées par les rimes féminines, qui sonnent un peu de la même manière, de façon à évoquer le caractère standardisé de la ville :

Entre les immeubles sans âme,
Le vent, près de l’acier, sans flamme

Je parle également des « Chuchotements et bruits violents », et enfin du silence à la fin du texte. C’est par référence aux bruits sur tout un jour : violents la journée, plus ténus le soir, et enfin le silence de la nuit, que je trouve agréable et angoissant à la fois parce qu’il nous ramène à notre propre existence, à notre propre silence. C’est ainsi que j’ai souhaité privilégier un rythme descendant (8/7/8/5) à la fin de mon texte, comme pour marquer par ce rétrécissement syllabique l’immensité de l’univers urbain (« en son vide, immense… »), et amener à une dimension plus métaphysique.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le poème se referme sur des rimes féminines. Cette récurrence de sonorités douces contraste avec la thématique évoquée, celle de la ville, synonyme de mécanisation et de bruit, et celle de l’homme moderne confronté à la solitude des « forêts urbaines », là où dans le silence du soir, il pense quelquefois à ces tours qui ont remplacé les grands arbres, et à ces chemins de traverse, larges et immenses qu’on appelle des autoroutes…

© Sybille M., classe de Première S2 (promotion 2013-2014), février 2014.
Lycée en Forêt/Espace Pédagogique Contributif

"Dis-moi un Po-Aime"… Aujourd'hui la contribution d'Auréline…

ImpressionLa classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques…
Bonne lecture !

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Aujourd’hui, vendredi 14 février, la contribution d’Auréline G. (*)
Demain, samedi 15 février : Sibylle M.

« Je me souviens… »

par Auréline G.
Classe de Première S2

La forêt est un hymne qui s’enfuit
Sous le linceul des feuilles
Et resplendit dans le miroir
Engouffrant de la nuit
Jusqu’aux bords de la vie.

Je me souviens du clair-obscur du vent
Dès qu’il surgit dans la forêt,
Du soir qui tremble dans ses feuilles ;
Je me rappelle le parfum enténébré
Du souffle éternel enlacé de mystère

Les longs cheveux épandus des arbres
Me conduisent sur le chemin
De l’espoir, où s’endort un poème
Qui m’emmène au printemps
Pareil à l’attente d’un ciel d’été…

(*) Ce poème a obtenu le premier du Concours « Écriture en Forêt », lancé cette année au Lycée…

Sally Mann_Virginia
Illustration : Sally Mann « Virginia » (Southern Landscapes)
Copyright © 2010 by Sally Mann. All Rights Reserved.

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Le point de vue de l’auteure…

Tout d’abord, ce poème m’a été inspiré par un moment que j’ai vécu. Un après-midi d’automne je suis sortie me promener dans la forêt de Montargis. A force de voir les feuilles tomber, de contempler la sublime et changeante couleur des arbres, je me suis égarée et ne suis rentrée que tard chez moi. J »ai gardé de cette promenade une impression à la fois inquiétante et onirique que j’ai voulu exprimer par ce poème. J’ai donc tout naturellement privilégié le lyrisme subjectif ainsi que la dimension autobiographique : il était important pour moi de transcrire ce que j’avais vraiment ressenti, au plus profond de mon être. Je me rappelle par exemple combien la peur de ne pas rentrer avait paradoxalement suscité en moi un sentiment de crainte et d’indicible liberté.

Pour écrire ce poème, j’ai voulu tout d’abord évoquer ce que la forêt connote d’imaginaire. Pour moi, la forêt ne renvoie pas à l’univers référentiel mais au contraire, elle est un lieu et en même temps un non-lieu. C’est la raison pour laquelle, dans la mesure où j’ai particulièrement aimé le romantisme, j’ai souhaité mettre en valeur l’aspect onirique de la forêt à travers plusieurs métaphores. Ainsi, j’ai voulu évoquer cette relation particulière que j’avais eue avec les arbres en travaillant sur des figures comme la personnification : derrière l’aspect naturel de la forêt se trouve en effet un être caché : peut-être un autre nous-même ? Aux personnes qui ne voient dans la forêt qu’un environnement, j’y vois au contraire une fraternité, une communion. Dans notre monde si déshumanisé, où les arbres de métal et de béton ont remplacé la nature, la forêt apporte du réconfort, tout comme un être humain.

Enfin, j’ai voulu inscrire dans mon poème  une dimension symbolique. La forêt est en effet pour moi l’allégorie d’une réflexion sur la vie et sur le temps qui passe. Je vais me promener tous les dimanches en forêt, et à chaque fois je trouve que la forêt a changé, qu’elle n’est « ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre », pour paraphraser Verlaine : les feuilles qui tombent, la couleur des arbres. Ainsi, voir des fleurs qui éclosent ou se fanent, voir la forêt pleine de boue suite au désastre de la pluie amène à une méditation sur le temps. Chaque dimanche, après être rentrée de ma promenade je me pose plein de questions : « Est-ce que je n’ai pas fait d’erreurs ? Est-ce que je ne regrette pas quelque chose ? Qu’aurait-il fallu ? Ou ne fallait-il pas ? »… Marcher dans la forêt est ainsi un parcours symbolique, comme une marche que l’on ferait en soi-même.
© Auréline G., classe de Première S2 (promotion 2013-2014), février 2014.
Lycée en Forêt/Espace Pédagogique Contributif

« Dis-moi un Po-Aime »… Aujourd’hui la contribution d’Auréline…

ImpressionLa classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques…
Bonne lecture !

frise_1

Aujourd’hui, vendredi 14 février, la contribution d’Auréline G. (*)
Demain, samedi 15 février : Sibylle M.

« Je me souviens… »

par Auréline G.
Classe de Première S2

La forêt est un hymne qui s’enfuit
Sous le linceul des feuilles
Et resplendit dans le miroir
Engouffrant de la nuit
Jusqu’aux bords de la vie.

Je me souviens du clair-obscur du vent
Dès qu’il surgit dans la forêt,
Du soir qui tremble dans ses feuilles ;
Je me rappelle le parfum enténébré
Du souffle éternel enlacé de mystère

Les longs cheveux épandus des arbres
Me conduisent sur le chemin
De l’espoir, où s’endort un poème
Qui m’emmène au printemps
Pareil à l’attente d’un ciel d’été…

(*) Ce poème a obtenu le premier du Concours « Écriture en Forêt », lancé cette année au Lycée…

Sally Mann_Virginia
Illustration : Sally Mann « Virginia » (Southern Landscapes)
Copyright © 2010 by Sally Mann. All Rights Reserved.

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Le point de vue de l’auteure…

Tout d’abord, ce poème m’a été inspiré par un moment que j’ai vécu. Un après-midi d’automne je suis sortie me promener dans la forêt de Montargis. A force de voir les feuilles tomber, de contempler la sublime et changeante couleur des arbres, je me suis égarée et ne suis rentrée que tard chez moi. J »ai gardé de cette promenade une impression à la fois inquiétante et onirique que j’ai voulu exprimer par ce poème. J’ai donc tout naturellement privilégié le lyrisme subjectif ainsi que la dimension autobiographique : il était important pour moi de transcrire ce que j’avais vraiment ressenti, au plus profond de mon être. Je me rappelle par exemple combien la peur de ne pas rentrer avait paradoxalement suscité en moi un sentiment de crainte et d’indicible liberté.

Pour écrire ce poème, j’ai voulu tout d’abord évoquer ce que la forêt connote d’imaginaire. Pour moi, la forêt ne renvoie pas à l’univers référentiel mais au contraire, elle est un lieu et en même temps un non-lieu. C’est la raison pour laquelle, dans la mesure où j’ai particulièrement aimé le romantisme, j’ai souhaité mettre en valeur l’aspect onirique de la forêt à travers plusieurs métaphores. Ainsi, j’ai voulu évoquer cette relation particulière que j’avais eue avec les arbres en travaillant sur des figures comme la personnification : derrière l’aspect naturel de la forêt se trouve en effet un être caché : peut-être un autre nous-même ? Aux personnes qui ne voient dans la forêt qu’un environnement, j’y vois au contraire une fraternité, une communion. Dans notre monde si déshumanisé, où les arbres de métal et de béton ont remplacé la nature, la forêt apporte du réconfort, tout comme un être humain.

Enfin, j’ai voulu inscrire dans mon poème  une dimension symbolique. La forêt est en effet pour moi l’allégorie d’une réflexion sur la vie et sur le temps qui passe. Je vais me promener tous les dimanches en forêt, et à chaque fois je trouve que la forêt a changé, qu’elle n’est « ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre », pour paraphraser Verlaine : les feuilles qui tombent, la couleur des arbres. Ainsi, voir des fleurs qui éclosent ou se fanent, voir la forêt pleine de boue suite au désastre de la pluie amène à une méditation sur le temps. Chaque dimanche, après être rentrée de ma promenade je me pose plein de questions : « Est-ce que je n’ai pas fait d’erreurs ? Est-ce que je ne regrette pas quelque chose ? Qu’aurait-il fallu ? Ou ne fallait-il pas ? »… Marcher dans la forêt est ainsi un parcours symbolique, comme une marche que l’on ferait en soi-même.
© Auréline G., classe de Première S2 (promotion 2013-2014), février 2014.
Lycée en Forêt/Espace Pédagogique Contributif

Concours d'art oratoire 2014 Premier entraînement…

Bientôt le Concours d’art oratoire 2014
Inscriptions au CDI jusqu’au début du mois de février 2014*
Entraînement n°1

Le Rotary Club de Montargis propose aux élèves du Lycée en Forêt de participer à un grand concours d’expression orale qui aura lieu à partir du mardi 11 mars 2014*. Si vous aimez prendre la parole, saisissez cette occasion unique de vous exprimer à l’oral face à un public (des professionnels et quelques enseignants du Lycée). Les inscriptions vont bientôt être ouvertes : vous pourrez retirer le formulaire d’inscription au CDI (Attention : le nombre de places étant limité, ne tardez pas à rapporter vos bulletins d’inscription. Clôture des inscriptions : début février*).
Réunion d’information : mardi 18 Février à partir de 10h20 à l’amphithéâtre du Lycée.

Premier entraînement

 
Calendrier d’entraînement :
  • Mercredi 29 janvier 2014 : exploiter la métaphore filée, les anaphores, les interrogations oratoires
  • Mercredi 5 février : le réquisitoire et le plaidoyer
  • Mercredi 12 février : structurer un discours argumentatif
  • Jeudi 20 février : introduire et conclure un exposé oral… L’accroche et la chute

_________________

Entraînement n°1

Voici 10 sujets sur lesquels vous pouvez vous entraîner :

  1. Sur le fronton du Panthéon à Paris est inscrite la devise suivante : « Aux grands hommes la patrie reconnaissante ». Pensez-vous qu’au nom de la parité, il faudrait modifier cette devise ?
  2. Que pensez-vous de ce proverbe : « Qui aime bien châtie bien » ?
  3. Que pensez-vous de ces propos d’Antoine de Saint-Exupéry : « La meilleure façon d’unir les hommes, c’est encore de les faire travailler ensemble ».
  4. Peut-on justifier la violence ?
  5. Qu’est-ce qu’un « grand homme » ?
  6. Que vous inspire cette citation de Shakespeare : « Rien n’est plus commun que le désir d’être remarquable » ?
  7. « Parlez-nous de vous »…
  8. Comment faire pour marquer son temps ?
  9. Selon vous, faudrait-il que les robots un jour aient des droits ?
  10. Si la poésie avait une couleur, quelle serait-elle ?

Malgré les apparences, vous verrez que les sujets proposés obéissent tous à des mêmes règles. Il est important tout d’abord de structurer votre exposé afin que le jury suive et comprenne votre démarche : montrez que vous savez où vous aller ! Quel que soit le sujet choisi, privilégiez d’abord un angle d’approche, c’est-à-dire une problématique qui va orienter votre démarche. Surtout ne rédigez pas : cela vous amènerait à lire (ce qui ne serait plus de l’oral, mais une lecture de texte) et donc à être éliminé/e.

Posez-vous des questions, faites preuve de curiosité intellectuelle

Imaginez par exemple que vous avez choisi le sujet n°2 : Que pensez-vous de ce proverbe : « Qui aime bien châtie bien » ? Voici un sujet qui peut surprendre au départ, puisqu’il amène à considérer que c’est une preuve d’affection que d’être dur avec quelqu’un : « Je te punis comme il faut, donc je t’aime bien ». Ces deux pensées contradictoires (associer l’amour à une peine sévère) amènent à plusieurs interrogations : par exemple, faut-il éduquer en « châtiant » nécessairement ? N’est-ce pas l’expression d’une volonté de puissance que de prétendre aimer en disposant du sort d’autrui ? Ainsi, la peine de mort, qui est la punition la plus extrême, est-elle dans ces conditions le témoignage d’un amour suprême ? Mais on peut prendre le contrepied de cet adage : « Qui aime bien ne châtie point ». Dans ces conditions, est-ce que cela signifie : « Qui aime bien, laisse faire » ? Dans ces conditions, innocenter un « voyou » n’est-ce pas lui signifier du mépris et de l’indifférence ? Ne pas châtier, ce serait donc… mal aimer ? Par opposition, « bien châtier » serait faire preuve de courage, d’engagement. Comme vous le voyez, posez-vous des questions, envisagez le sujet selon plusieurs angles, selon plusieurs points de vue.

Les ressources de l’art oratoire

Rappel : votre oral doit durer 5 minutes au moins ! Les prestations des candidats sont évaluées sur le style, l’élocution, l’expression française et la force de conviction de chacun. Vous devrez développer avant tout la communication : n’oubliez pas que vous allez être noté/e en premier lieu sur votre désir de communiquer. Cultivez votre leadership ! Pensez par exemple à adapter votre voix à la situation de communication ; pensez aussi à adapter votre registre de langue. Un orateur persuasif est celui qui sait s’exprimer avec aisance et clarté, moduler le son de sa voix afin d’éviter la monotonie par exemple : n’hésitez pas à jouer de plusieurs registres (langue populaire/familière/courante/soutenue), à trouver le « ton juste » (enjoué, ironique, oratoire, lyrique, etc.) : la capacité d’émouvoir, de persuader par la parole sont en effet essentielles.

Enfin, au niveau de l’évaluation, la diction est fondamentale puisque vous devez persuader d’abord par la parole :

  • Obligez-vous à faire à l’oral des PHRASES COMPLÈTES à partir de mots clés.
  • Même à l’oral, entraînez-vous à ponctuer correctement, en jouant sur l’intonation.
  • Attention enfin à la reprise trop fréquente de tournures (qui risquerait de rendre votre oral monotone ou pesant pour les auditeurs).

Les sujets proposés au concours vous amèneront également à convaincre, à persuader votre auditoire : sortez des banalités. Certes, il n’est pas question de choquer, de provoquer, mais de surprendre, et d’exploiter pleinement votre personnalité. Pensez enfin à adopter des outils linguistiques appropriés. Ne négligez surtout pas le travail sur la langue : c’est ce qu’on appelle l’élocution, c’est-à-dire le choix du style. Par exemple, l’emploi de figures de rhétorique semble tout indiqué : métaphores, comparaisons, interpellation de votre auditoire, gradations, interrogations oratoires, etc.

Aujourd’hui, je vous propose de vous entraîner sur trois procédés essentiels dans l’art oratoire :

  • Métaphore filée ;
  • Anaphores ;
  • Interrogations rhétoriques.

1. La métaphore filée

Prenons un sujet type : vous souhaitez par exemple plaider pour plus de justice sociale. Si vous êtes astucieux, vous allez exploiter la technique de la métaphore filée. Comme vous le savez, on entend par là une métaphore qui se prolonge, qui est développée à travers un même réseau lexical. Si vous avez du mal à trouver ou à formuler vos idées, la métaphore filée constitue une aide précieuse.

Imaginons un candidat qui n’a que peu d’arguments, par exemple « plus de justice sociale permettra d’améliorer les conditions de vie et le monde ». Malgré sa justesse, l’idée en elle-même est assez pauvre et banale du fait de son manque d’originalité. Néanmoins, vous allez voir comment une métaphore filée peut la transformer. Pensez par exemple au champ lexical de la construction : « rebâtir, construire, fondations, pierre, maison, édifice, murs… » etc.

Reprenons maintenant notre idée de départ en l’étayant grâce à une métaphore filée :

« Plus de justice sociale permettra d’améliorer les conditions de vie et le monde : il faut en effet que tous les murs qui séparent les hommes tombent : mur de l’indifférence, mur du racisme, mur de l’égoïsme. Le monde n’est pas seulement un ensemble de continents, c’est notre maison commune. En ce début de vingt-et-unième siècle, il est peut-être temps de rebâtir le monde pour plus de justice sociale, de construire une nouvelle société, plus humaine, plus fraternelle. I1 nous appartient de poser les fondations d’un monde plus respectueux des valeurs communes. Un nouvel humanisme est nécessaire ! Alors que le vieil édifice s’écroule, des voix rappellent qu’il faut poser la première pierre de la fraternité ! »

2. Même exemple que précédemment mais avec des anaphores et des interrogations oratoires :

« Mesdames, Messieurs, voilà ce que je vous propose : il faut que tous les murs qui séparent les hommes tombent : mur de l’indifférence, mur de la misère, mur de l’égoïsme. Peut-on accepter de vivre ainsi ? Avons-nous été créés pour nous déchirer ? Pour nous haïr ? Plus de justice sociale ne permettrait-elle pas d’améliorer les conditions de vie et le monde ?

Mesdames, Messieurs, notre monde en effet n’est pas seulement un ensemble de continents, c’est notre maison commune. Devons-nous accepter de laisser mourir cette maison et d’en voir s’écrouler les fondations? Devons-nous nous résoudre à partir en laissant les clés sur la porte ? Notre terre doit-elle être condamnée à devenir une maison abandonnée ? En ce début de vingt-et-unième siècle, il est peut-être temps de rebâtir le monde, de construire une nouvelle société, plus humaine, plus fraternelle.

Mesdames, Messieurs, il nous appartient de poser les fondations d’un monde plus respectueux des valeurs communes. Un nouvel humanisme est nécessaire ! Alors que le vieil édifice s’écroule, des voix rappellent qu’il faut poser la première pierre de la fraternité ! »

_________________

  • Pour vous entraîner : gardez si vous le souhaitez le sujet de départ et refaites l’exercice en respectant le même ordre : 1) métaphore filée, 2) métaphore filée + anaphores et interrogations oratoires) mais en utilisant le champ lexical du voyage ou du déplacement (route, partir, chemin, départ, etc.) : comme vous l’avez vu, c’est d’abord un travail de style et d’approfondissement qui est attendu de vous.


RAPPEL : les compétences requises pour le concours…

La prise de parole en public requiert plusieurs compétences. Voici quelques conseils pour affronter l’épreuve…

  1. Commencez d’abord à vous préparer “physiquement” à la prise de parole. Choisissez avec soin votre tenue ce jour-là : certes, ce n’est pas un défilé de mode, mais vous parlerez d’autant mieux que vous vous sentirez à l’aise dans vos vêtements. N’oubliez pas non plus que la principale difficulté… C’est vous : donc inutile de vous mettre trop la pression avant! Soyez sûr(e) de vous : partez gagnant(e) en vous disant que de toute façon vous n’avez strictement rien à perdre. Dès que vous rentrez, pensez aussi à dire Bonjour ! Cela paraît évident mais parfois, avec le trac…

  2. Regardez votre public. N’oubliez pas non plus que même si une personne du jury ne semble pas faire attention à votre présence quand vous parlez, cela ne veut rien dire : elle donnera un avis sur vous juste après votre départ. Donc regardez tout le monde (et pas seulement une seule personne parce qu’elle vous aura regardé(e) avec bienveillance ou parce que vous la connaissez (votre prof par exemple). Veillez également à vous tenir correctement : inutile de se raidir, mais il ne faut pas non plus être avachi !

  3. Improviser… Mais pas trop ! Bien sûr, le concours exige une certaine part d’improvisation, mais n’en faites pas trop non plus, car cela risquerait de vous entraîner sur un terrain parfois glissant, en particulier au niveau de la maîtrise du non-verbal (la gestuelle) : quand on improvise, on a tendance à “théâtraliser” un peu trop parfois : en libérant la parole, on libère trop ses gestes et on en arrive à “gesticuler”. Donc, gardez toujours une certaine distance en essayant d’articuler au mieux le geste et les registres de langue que vous allez employer (didactique, comique, lyrique, etc.)

  4. S’entraîner avec… une glace et un MP3 ! Voici un excellent exercice qui vous permettra de vérifier que vous maîtrisez votre voix et votre respiration lors de la prise de parole : chez vous, essayez en vous regardant obligatoirement devant une glace (une grande : celle de la salle de bain fera l’affaire!) de parler HAUT et FORT. L’exercice d’entraînement que je vous propose consiste à lire un texte neutre (une définition de cours par exemple, comme ça vous ne perdez pas de temps) en regardant le moins possible votre support et en vous fixant le plus possible dans la glace. Relisez plusieurs fois votre texte en variant l’intonation (neutralité, colère, joie, rire, émotion, interpellation, etc.). Si possible, enregistrez-vous avec un MP3 et écoutez ce que ça donne afin de corriger les petits problèmes (placement de la voix par exemple). Prenez ensuite un sujet au hasard : accordez-vous 20 minutes de préparation et lancez-vous, sans lire vos notes (vous pouvez même vous entraîner dans les transports en commun pour la recherche des arguments) : essayez de trouver des idées créatives, originales, et faites si possible votre exposé devant d’autres personnes : des copains ou des copines, la famille, etc. afin de vous confronter à un public. Si vous êtes seul chez vous, mettez-vous devant une glace et parlez HAUT et FORT en vous obligeant à parler tout en vous regardant.

* Date de l’épreuve : 11 mars 2014. En fonction du nombre de candidats inscrits, une seconde séance de qualifications peut avoir lieu quelques jours après. Réunion d’information : le 18 Février 2014. Remise des prix : début avril.
Ces dates sont indiquées sous réserve. Dans tous les cas, vérifiez auprès du CDI.

Concours d’art oratoire 2014 Premier entraînement…

Bientôt le Concours d’art oratoire 2014
Inscriptions au CDI jusqu’au début du mois de février 2014*

Entraînement n°1

Le Rotary Club de Montargis propose aux élèves du Lycée en Forêt de participer à un grand concours d’expression orale qui aura lieu à partir du mardi 11 mars 2014*. Si vous aimez prendre la parole, saisissez cette occasion unique de vous exprimer à l’oral face à un public (des professionnels et quelques enseignants du Lycée). Les inscriptions vont bientôt être ouvertes : vous pourrez retirer le formulaire d’inscription au CDI (Attention : le nombre de places étant limité, ne tardez pas à rapporter vos bulletins d’inscription. Clôture des inscriptions : début février*).
Réunion d’information : mardi 18 Février à partir de 10h20 à l’amphithéâtre du Lycée.

Premier entraînement

 
Calendrier d’entraînement :
  • Mercredi 29 janvier 2014 : exploiter la métaphore filée, les anaphores, les interrogations oratoires
  • Mercredi 5 février : le réquisitoire et le plaidoyer
  • Mercredi 12 février : structurer un discours argumentatif
  • Jeudi 20 février : introduire et conclure un exposé oral… L’accroche et la chute

_________________

Entraînement n°1

Voici 10 sujets sur lesquels vous pouvez vous entraîner :

  1. Sur le fronton du Panthéon à Paris est inscrite la devise suivante : « Aux grands hommes la patrie reconnaissante ». Pensez-vous qu’au nom de la parité, il faudrait modifier cette devise ?
  2. Que pensez-vous de ce proverbe : « Qui aime bien châtie bien » ?
  3. Que pensez-vous de ces propos d’Antoine de Saint-Exupéry : « La meilleure façon d’unir les hommes, c’est encore de les faire travailler ensemble ».
  4. Peut-on justifier la violence ?
  5. Qu’est-ce qu’un « grand homme » ?
  6. Que vous inspire cette citation de Shakespeare : « Rien n’est plus commun que le désir d’être remarquable » ?
  7. « Parlez-nous de vous »…
  8. Comment faire pour marquer son temps ?
  9. Selon vous, faudrait-il que les robots un jour aient des droits ?
  10. Si la poésie avait une couleur, quelle serait-elle ?

Malgré les apparences, vous verrez que les sujets proposés obéissent tous à des mêmes règles. Il est important tout d’abord de structurer votre exposé afin que le jury suive et comprenne votre démarche : montrez que vous savez où vous aller ! Quel que soit le sujet choisi, privilégiez d’abord un angle d’approche, c’est-à-dire une problématique qui va orienter votre démarche. Surtout ne rédigez pas : cela vous amènerait à lire (ce qui ne serait plus de l’oral, mais une lecture de texte) et donc à être éliminé/e.

Posez-vous des questions, faites preuve de curiosité intellectuelle

Imaginez par exemple que vous avez choisi le sujet n°2 : Que pensez-vous de ce proverbe : « Qui aime bien châtie bien » ? Voici un sujet qui peut surprendre au départ, puisqu’il amène à considérer que c’est une preuve d’affection que d’être dur avec quelqu’un : « Je te punis comme il faut, donc je t’aime bien ». Ces deux pensées contradictoires (associer l’amour à une peine sévère) amènent à plusieurs interrogations : par exemple, faut-il éduquer en « châtiant » nécessairement ? N’est-ce pas l’expression d’une volonté de puissance que de prétendre aimer en disposant du sort d’autrui ? Ainsi, la peine de mort, qui est la punition la plus extrême, est-elle dans ces conditions le témoignage d’un amour suprême ? Mais on peut prendre le contrepied de cet adage : « Qui aime bien ne châtie point ». Dans ces conditions, est-ce que cela signifie : « Qui aime bien, laisse faire » ? Dans ces conditions, innocenter un « voyou » n’est-ce pas lui signifier du mépris et de l’indifférence ? Ne pas châtier, ce serait donc… mal aimer ? Par opposition, « bien châtier » serait faire preuve de courage, d’engagement. Comme vous le voyez, posez-vous des questions, envisagez le sujet selon plusieurs angles, selon plusieurs points de vue.

Les ressources de l’art oratoire

Rappel : votre oral doit durer 5 minutes au moins ! Les prestations des candidats sont évaluées sur le style, l’élocution, l’expression française et la force de conviction de chacun. Vous devrez développer avant tout la communication : n’oubliez pas que vous allez être noté/e en premier lieu sur votre désir de communiquer. Cultivez votre leadership ! Pensez par exemple à adapter votre voix à la situation de communication ; pensez aussi à adapter votre registre de langue. Un orateur persuasif est celui qui sait s’exprimer avec aisance et clarté, moduler le son de sa voix afin d’éviter la monotonie par exemple : n’hésitez pas à jouer de plusieurs registres (langue populaire/familière/courante/soutenue), à trouver le « ton juste » (enjoué, ironique, oratoire, lyrique, etc.) : la capacité d’émouvoir, de persuader par la parole sont en effet essentielles.

Enfin, au niveau de l’évaluation, la diction est fondamentale puisque vous devez persuader d’abord par la parole :

  • Obligez-vous à faire à l’oral des PHRASES COMPLÈTES à partir de mots clés.
  • Même à l’oral, entraînez-vous à ponctuer correctement, en jouant sur l’intonation.
  • Attention enfin à la reprise trop fréquente de tournures (qui risquerait de rendre votre oral monotone ou pesant pour les auditeurs).

Les sujets proposés au concours vous amèneront également à convaincre, à persuader votre auditoire : sortez des banalités. Certes, il n’est pas question de choquer, de provoquer, mais de surprendre, et d’exploiter pleinement votre personnalité. Pensez enfin à adopter des outils linguistiques appropriés. Ne négligez surtout pas le travail sur la langue : c’est ce qu’on appelle l’élocution, c’est-à-dire le choix du style. Par exemple, l’emploi de figures de rhétorique semble tout indiqué : métaphores, comparaisons, interpellation de votre auditoire, gradations, interrogations oratoires, etc.

Aujourd’hui, je vous propose de vous entraîner sur trois procédés essentiels dans l’art oratoire :

  • Métaphore filée ;
  • Anaphores ;
  • Interrogations rhétoriques.

1. La métaphore filée

Prenons un sujet type : vous souhaitez par exemple plaider pour plus de justice sociale. Si vous êtes astucieux, vous allez exploiter la technique de la métaphore filée. Comme vous le savez, on entend par là une métaphore qui se prolonge, qui est développée à travers un même réseau lexical. Si vous avez du mal à trouver ou à formuler vos idées, la métaphore filée constitue une aide précieuse.

Imaginons un candidat qui n’a que peu d’arguments, par exemple « plus de justice sociale permettra d’améliorer les conditions de vie et le monde ». Malgré sa justesse, l’idée en elle-même est assez pauvre et banale du fait de son manque d’originalité. Néanmoins, vous allez voir comment une métaphore filée peut la transformer. Pensez par exemple au champ lexical de la construction : « rebâtir, construire, fondations, pierre, maison, édifice, murs… » etc.

Reprenons maintenant notre idée de départ en l’étayant grâce à une métaphore filée :

« Plus de justice sociale permettra d’améliorer les conditions de vie et le monde : il faut en effet que tous les murs qui séparent les hommes tombent : mur de l’indifférence, mur du racisme, mur de l’égoïsme. Le monde n’est pas seulement un ensemble de continents, c’est notre maison commune. En ce début de vingt-et-unième siècle, il est peut-être temps de rebâtir le monde pour plus de justice sociale, de construire une nouvelle société, plus humaine, plus fraternelle. I1 nous appartient de poser les fondations d’un monde plus respectueux des valeurs communes. Un nouvel humanisme est nécessaire ! Alors que le vieil édifice s’écroule, des voix rappellent qu’il faut poser la première pierre de la fraternité ! »

2. Même exemple que précédemment mais avec des anaphores et des interrogations oratoires :

« Mesdames, Messieurs, voilà ce que je vous propose : il faut que tous les murs qui séparent les hommes tombent : mur de l’indifférence, mur de la misère, mur de l’égoïsme. Peut-on accepter de vivre ainsi ? Avons-nous été créés pour nous déchirer ? Pour nous haïr ? Plus de justice sociale ne permettrait-elle pas d’améliorer les conditions de vie et le monde ?

Mesdames, Messieurs, notre monde en effet n’est pas seulement un ensemble de continents, c’est notre maison commune. Devons-nous accepter de laisser mourir cette maison et d’en voir s’écrouler les fondations? Devons-nous nous résoudre à partir en laissant les clés sur la porte ? Notre terre doit-elle être condamnée à devenir une maison abandonnée ? En ce début de vingt-et-unième siècle, il est peut-être temps de rebâtir le monde, de construire une nouvelle société, plus humaine, plus fraternelle.

Mesdames, Messieurs, il nous appartient de poser les fondations d’un monde plus respectueux des valeurs communes. Un nouvel humanisme est nécessaire ! Alors que le vieil édifice s’écroule, des voix rappellent qu’il faut poser la première pierre de la fraternité ! »

_________________

  • Pour vous entraîner : gardez si vous le souhaitez le sujet de départ et refaites l’exercice en respectant le même ordre : 1) métaphore filée, 2) métaphore filée + anaphores et interrogations oratoires) mais en utilisant le champ lexical du voyage ou du déplacement (route, partir, chemin, départ, etc.) : comme vous l’avez vu, c’est d’abord un travail de style et d’approfondissement qui est attendu de vous.

RAPPEL : les compétences requises pour le concours…

La prise de parole en public requiert plusieurs compétences. Voici quelques conseils pour affronter l’épreuve…

  1. Commencez d’abord à vous préparer “physiquement” à la prise de parole. Choisissez avec soin votre tenue ce jour-là : certes, ce n’est pas un défilé de mode, mais vous parlerez d’autant mieux que vous vous sentirez à l’aise dans vos vêtements. N’oubliez pas non plus que la principale difficulté… C’est vous : donc inutile de vous mettre trop la pression avant! Soyez sûr(e) de vous : partez gagnant(e) en vous disant que de toute façon vous n’avez strictement rien à perdre. Dès que vous rentrez, pensez aussi à dire Bonjour ! Cela paraît évident mais parfois, avec le trac…

  2. Regardez votre public. N’oubliez pas non plus que même si une personne du jury ne semble pas faire attention à votre présence quand vous parlez, cela ne veut rien dire : elle donnera un avis sur vous juste après votre départ. Donc regardez tout le monde (et pas seulement une seule personne parce qu’elle vous aura regardé(e) avec bienveillance ou parce que vous la connaissez (votre prof par exemple). Veillez également à vous tenir correctement : inutile de se raidir, mais il ne faut pas non plus être avachi !

  3. Improviser… Mais pas trop ! Bien sûr, le concours exige une certaine part d’improvisation, mais n’en faites pas trop non plus, car cela risquerait de vous entraîner sur un terrain parfois glissant, en particulier au niveau de la maîtrise du non-verbal (la gestuelle) : quand on improvise, on a tendance à “théâtraliser” un peu trop parfois : en libérant la parole, on libère trop ses gestes et on en arrive à “gesticuler”. Donc, gardez toujours une certaine distance en essayant d’articuler au mieux le geste et les registres de langue que vous allez employer (didactique, comique, lyrique, etc.)

  4. S’entraîner avec… une glace et un MP3 ! Voici un excellent exercice qui vous permettra de vérifier que vous maîtrisez votre voix et votre respiration lors de la prise de parole : chez vous, essayez en vous regardant obligatoirement devant une glace (une grande : celle de la salle de bain fera l’affaire!) de parler HAUT et FORT. L’exercice d’entraînement que je vous propose consiste à lire un texte neutre (une définition de cours par exemple, comme ça vous ne perdez pas de temps) en regardant le moins possible votre support et en vous fixant le plus possible dans la glace. Relisez plusieurs fois votre texte en variant l’intonation (neutralité, colère, joie, rire, émotion, interpellation, etc.). Si possible, enregistrez-vous avec un MP3 et écoutez ce que ça donne afin de corriger les petits problèmes (placement de la voix par exemple). Prenez ensuite un sujet au hasard : accordez-vous 20 minutes de préparation et lancez-vous, sans lire vos notes (vous pouvez même vous entraîner dans les transports en commun pour la recherche des arguments) : essayez de trouver des idées créatives, originales, et faites si possible votre exposé devant d’autres personnes : des copains ou des copines, la famille, etc. afin de vous confronter à un public. Si vous êtes seul chez vous, mettez-vous devant une glace et parlez HAUT et FORT en vous obligeant à parler tout en vous regardant.

* Date de l’épreuve : 11 mars 2014. En fonction du nombre de candidats inscrits, une seconde séance de qualifications peut avoir lieu quelques jours après. Réunion d’information : le 18 Février 2014. Remise des prix : début avril.
Ces dates sont indiquées sous réserve. Dans tous les cas, vérifiez auprès du CDI.

Un Automne en Poésie, Saison 5 Troisième livraison

Les classes de Seconde 3 et de Seconde 11
du Lycée en Forêt présentent…

UAEP_2013_3-hiverCrédit photographique : Bruno Rigolt

La classe de Seconde 3 et la classe de Seconde 11 du Lycée en Forêt (promotion 2013-2014) vous invitent à découvrir la suite d’Un Automne en Poésie, événement désormais incontournable qui marque comme chaque année l’actualité littéraire lycéenne.

Puisant leur inspiration dans le message poétique du Romantisme et du Symbolisme, les jeunes étudiant(e)s ont souhaité mettre en avant l’écriture poétique comme exercice de la liberté : liberté du rêve, des grands infinis ; liberté du cœur et des sentiments ; liberté aussi des jeux sur l’image et le non-dit, l’inexprimable, l’ineffable du mot…

Voici la troisième livraison de textes.

Plusieurs fois par mois, de nouveaux textes seront publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif jusqu’en janvier 2014. Bonne lecture !

Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les poèmes des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, ainsi que la référence complète du poème cité (URL de la page).

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Intentions de la mer

par Héloïse H.
Classe de Seconde 11

Formés de distinctions d’un matin sans formes,
Jardins souvenirs de l’enfance,
Gardiens de l’aveugle incertitude germée
Dans la fine tête d’une raison,
Les lendemains frissonnants dont les yeux racontent
Les distinctions écervelées, parfumées
De labyrinthes amarrés.

Les épreuves boulons que l’on visse jusqu’à devenir demi-rois,
Jusqu’à toucher le gazon de la jeunesse.
Les demi-tours amoureux,
Récapitulés par les horizontales intentions de la mer.
Qu’importe le travail de la douleur ? Le maître d’azur
Dont les yeux racontent le règne du cœur,
S
e taira.

Mer_Horizon« Les demi-tours amoureux, / Récapitulés par les horizontales intentions de la mer… »

(Cliché : Bruno Rigolt)

            

    

Automne blanc

par Sandra C., Joanna B. et Léana H.
Classe de Seconde 3

Des lettres apparaissent pour faire surgir
De la feuille vierge un rêve !
Quelle est cette lumière incandescente
Venue de ma plume ?
Elle fait virevolter mon âme
Vers l’ailleurs de silences et de plaines sans fin.

Le parfum de l’adieu, la couleur, le reflet du temps
Près du départ… Tout me semble nouveau
Et m’engloutit dans un profond sommeil.
Les branches de ces mots
Tracent des lignes de frisson
Lorsque la tempête passe vers les sables

Je contemple les feuilles mortes
Écroulées de silence ;
Le vent siffle
Dans mes oreilles
Un poème de faible voix
En un instant tout devient blanc.

Daubigny_L'Hiver« Je contemple les feuilles mortes/Écroulées de silence… »

Charles-François Daubigny (1817-1878), « La neige », 1873
Huile sur toile. Paris, Musée d’Orsay 

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Ailleurs

par Bastien C.
Classe de Seconde 11

Les courbes de tes larmes traduisent le fil de ma vie,
Voguent par-delà les océans,
S’envolent pour un lointain paysage,
Qui ne te réserve que joyeux présage.

Emporte-moi si tu veux,
Et derrière ce brumeux vallon,
T’attendront peut-être de meilleurs horizons,
Doux objet de mes veux…

Montagnes_uaep_5_1

                       

Rien qu’un quart de juillet

par Héloïse H.
Classe de Seconde 11

Hans Hartung_3      

Rien qu’un quart de juillet, dans ces sinistres forêts,
Les manches de la société,
Oiseaux gravés en nos esprits,
Personnages de nos vies.

Cette simple chose, extraordinaire vertu !
Taisez-vous honneur !
Brillant miel,
Envie de grâce !
        
Éprouvant désarroi,
Empli d’un salon de peine,
exposé à l’espèce humaine,
Descendant du réfugiant bavardage !

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 ← Hans Hartung « L10 » (1957) 
(Lithographie, Tate Britain’s, Londres)

View this artwork by appointment, at Tate Britain’s Prints and Drawings Rooms

                   

                         

Tu es mon médaillon de silence

par Maëlys R.
Classe de Seconde 11

Dans le prodigieux ruissellement de l’amour,
Tu es mon médaillon de silence.
La réaction chimique de cette terre nouvelle
Est une Odyssée dans mon cœur.

Sans raison, ni question, tu es parti sur les ailes
Du vent, à la conquête de mes larmes
Tu ne savais pas qu’à cette heure,
Le bonheur est le partage de nos cœurs.

La lumière dominante à très grande vitesse
Est une éternité dans la lueur de mes yeux.
L’emprise des atomes qui constituent mon fort intérieur
N’était qu’un souvenir aux ardeurs de murmure…

coeur_atomes_1« L’emprise des atomes qui constituent mon fort intérieur
N’était qu’un souvenir aux ardeurs de murmure… »

Peinture numérique : B. R.

                       

                         

Valse triste

par Audrey L. et Noémie T.
Classe de Seconde 3

Sous la pluie je me rends compte que c’est fini,
Le train quitte la gare de Vienne,
Vers l’au-delà vers l’infini.

Je le sens partir sans pouvoir le retenir
Et grâce au vent je sais qu’il m’attend.

J’attendrai que tu reviennes,
Il pleut sur Vienne,
Le soleil aussi est parti avec les saisons…

Train_Vienne
« Le train quitte la gare de Vienne/Vers l’au-delà vers l’infini… »

Cliché : B. R.

c

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Pensées extrêmes
et métamorphoses

Bastien C.
Seconde 11

La vie est comme un test de Rorschach :
Une tâche d’encre et tu décides
D’être nymphe ou chrysalide ;
Mais tu resteras toujours ce cœur,
Qui me fait vivre le bonheur.

La métamorphose est proche,
Et je m’en irai là-bas sur les traces de la vie
Où personne n’a jamais été,
Où je peux voir le monde de l’en-bas
Qui me transperce le cœur d’un coup de broche.

Ma vie n’est plus que l’ombre magnifique du soleil
Mais la joie reste, et la pluie s’abat
Telle cette immense vague bleue
Qui éclaire mes pensées
Si sombres et redoutées…

magritte_principe_du_plaisir
René Magritte (1898-1967), « Le Principe du plaisir » (1937)
(Huile sur toile, coll. privée)

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Le Destin est une longue poésie

Clément L. et Hugo M.
Classe de Seconde 3

 

L’âme d’une vie est l’histoire de l’homme
Que le vent transporte dans les cieux.

Le ciel est l’image d’une grande pensée bleue
Le secret d’autrui révèle un « Je t’aime ! »
Il s’éveille de pensées internes marchant
Vers un acte de virtuosité.

L’ancienne époque est maintenant une porte fermée,
Le destin, une longue poésie…

Paysage_bleu_Chagall_a« L’âme d’une vie est l’histoire de l’homme/Que le vent transporte dans les cieux… »

Marc Chagall, « Le Paysage bleu » 1949
(Gouache sur papier, Wuppertal, Von der Heydt Museum)


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Haïku

Par Pauline O., Kevin R. et Vincent S.
Classe de Seconde 3

l’horizon marche sur mes pensées

sur une vaste migraine imaginaire

un peu ennuagée

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Haïku

Par Matthis L. et Salim N.
Classe de Seconde 11

le soir est une pensée blessée de velours rouge

victime de la vérité

frise fleurs horizontale_couleur_2

Naufrage

par Bastien C.
Classe de Seconde 11

 

Au lointain, une araignée tisse sa toile,
Quant à moi je mets les voiles,
Je m’envole vers l’Éden,
Sur un bateau de bois de chêne,
Avec lequel j’ai fait naufrage.

Je n’emporte avec moi,
Que quelques baies et du chocolat,
Et toi tu mangeras les fruits du ficus carica
Que j’ai confiés à mes marins ;
Tu les trouveras demain matin…

Ficus_carica_bateaux« tu mangeras les fruits du ficus carica,/Que j’ai confiés à mes marins… »

Crédit iconographique : BR

La numérisation de la troisième livraison de textes est terminée.

J'ai lu… J'ai aimé… L'Étrange cas du Dr. Jekyll et de Mr. Hyde… par Camille H.

 

livre_jai_lu_jai_aiméJ’ai lu… J’ai aimé… 
L’Étrange cas du Dr Jekyll et M. Hyde par Camille H. 
(Classe de Seconde 11, promotion 2013-2014)

Aujourd’hui, j’ai choisi, de vous parler du génial récit écrit en 1886 par Robert Louis Stevenson : L’Étrange cas du Dr Jekyll et M. Hyde [COTE CDI : 802-3 STE]. Livre court s’il en est (96 pages chez Librio), mais ô combien riche d’une histoire prenante et captivante !


« A quire full of utter nonsense… »

John Ezard, dans le Guardian du‎ 25 octobre 2000 |1| relate une anecdote intéressante  quant à la rédaction de l’ouvrage, reprise d’ailleurs dans Wikipédia : en fait, ce livre serait né d’un cauchemar de l’auteur, qui l’écrivit d’un trait à son réveil, mais sa femme trouvant le manuscrit inabouti, Stevenson le jeta au feu et recommença. Il avoua même que ce premier jet n’était qu’un « cahier entier rempli d’absurdités » (« A quire full of utter nonsense… ») :

« One of the enduring mysteries of English literature was solved last night when it emerged that the first, impassioned draft of Robert Louis Stevenson’s Dr Jekyll and Mr Hyde was destroyed by the author’s wife. Fanny Stevenson burned it after dismissing it to a friend as « a quire full of utter nonsense ». She said – of what became the world’s most admired and profound horror story – « He said it was his greatest work. I shall burn it after I show it to you ».

En apprenant cette anecdote amusante, le livre ne m’apparut que plus attrayant et c’est sur lui que mon choix s’est porté, choix que je ne regrette aucunement.Stevenson Mais avant de rentrer dans les détails, quelques mots sur l’auteur…

L’auteur de l’Île au Trésor…

Né à Édimbourg le 13 novembre 1850 (dans une famille d’ingénieurs spécialistes des phares!), Robert Louis Stevenson fait partie avec Robert Burns et Walter Scott de ces grands écrivains qui ont marqué de leur empreinte la littérature écossaise. Sans doute connaissez-vous l’Île au Trésor, mais d’autres œuvres comme Enlevé !, Un mort encombrant ou Le Voleur de cadavres méritent votre attention. C’est bien sûr avec Dr Jekyll et Mr Hyde que Stevenson rencontre son plus grand succès ! Ce livre est en effet considéré à juste titre comme une véritable étude sur la dualité de la personne humaine.

Un décor funeste…

Je ne vais pas vous raconter l’histoire (d’ailleurs vous trouverez un peu partout sur le Net des résumés tout à fait recommandables) mais mettre l’accent sur quelques aspects de ce curieux récit. Imaginez d’abord le décor de Londres au dix-neuvième siècle : non pas les rues rassurantes de la City ou des beaux quartiers de l’ouest mais plutôt un cadre nocturne, brumeux, propice à l’anonymat, à la transgression et à la misère, un cadre inquiétant préfigurant l’atmosphère des crimes de Whitechapel |2| : les lieux privilégiés par Cam Kennedy_JekyllStevenson sont en effet les ruelles peu fréquentées la nuit, éloignées des grands axes de passage.

Cam Kennedy  → 
Illustration de l’ouvrage Dr Jekyll and Mr Hyde RL Stevenson’s Strange Case,  adapted by Alan Grant, 2008

D’ailleurs, le fait qu’une grande partie du récit se passe la nuit plonge le lecteur dans les profondeurs glauques et glacées du Londres populaire. Alors que les protagonistes de l’histoire appartiennent à l’univers de la bourgeoisie, la ville apparaît presque toujours plongée dans la brume, en hiver. Nous passons d’un cadre social accueillant, confortable, à un milieu sordide où le lecteur s’aventure non sans effroi, qui plus est renforcé, lors des soirs de meurtre, par la lune rouge sang !

… pour un récit savamment construit !

De fait, le récit commence ainsi : deux cousins, M. Utterson et M. Enfield, passent par hasard lors d’une promenade dominicale devant une porte ; celle-ci éveille chez Enfield une histoire aussi singulière qu’effrayante : la nuit une fillette bouscule par mégarde un petit homme trapu au regard glacial. Entrant dans une colère noire, l’homme pousse la petite au sol et la piétine violemment. Poursuivi par Enfield et contraint de s’expliquer, l’homme pénètre dans une maison et en ressort avec un chèque de cent livres pour étouffer l’affaire. Or, la demeure n’est autre que la maison même d’un respectable ami de M. Utterson : le docteur Henry Jekyll, un scientifique chevronné et reconnu. Utterson, notaire de profession, se souvient du testament de ce dernier, et remarque qu’il lègue tous ses biens à sa mort, ou en cas de sa disparition, à un certain Edward Hyde. Il tente alors de voir son ami, pour lui parler de tout ceci, mais celui-ci est absent à chacune de ses visites ou malade. Quant aux crimes épouvantables du monstre, ils ne cessent d’ensanglanter Londres…

S’en suit une narration complexe privilégiant les changements de points de vue : d’abord celui d’Enfield au début de la nouvelle qui porte à la connaissance d’Utterson l’histoire et le pousse à mener l’enquête. Puis celui de Lannyon : son apparition est certes brève, mais son rôle est extrêmement important dans la compréhension de la narration. Enfin, le point de vue de Jekyll qui, permettant de vivre le drame de l’intérieur, et d’en comprendre l’engrenage ainsi que les mécanismes fatals, amène à la dimension psychologique (le côté obscur de la personnalité) et morale du récit : l’impossible coïncidence du Bien et du Mal.

Le style de Stevenson

On a parfois reproché au style de Stevenson d’être trop « simple » ou « destiné aux adolescents ». Pourtant l’auteur de l’Île au Trésor prit de cours les critiques avec ce récit d’une grande justesse dans l’évocation des lieux et la description des personnages.

Premièrement, cette nouvelle étant à caractéristique policière, tout est fait pour que le lecteur s’y perde : d’abord l’auteur ne précise pas quand se déroule le récit, à part une vague indication d’époque (les années 1800), mais sans jamais donner de dates précises. Plus fondamentalement, j’ai particulièrement aimé l’emboîtement des récits et le fait que toutes les révélations ne soient faites qu’au dernier chapitre. Il y a là un véritable travail entrepris par Stevenson.

Par ailleurs, comme je le suggérais précédemment, le décor funèbre des quartiers misérables, à la fois réel et irréel, est propice à faire naître l’angoisse : tout est fait pour déboussoler le lecteur, et bien qu’il comprenne ce qu’il lit, il ne peut se situer dans le temps et dans l’espace, ni même s’en remettre au personnage narrateur qui lui-même raconte des faits dont il n’a pas été l’acteur principal mais simplement un témoin.

À  cet égard, l’idée que le récit soit raconté à la troisième personne, et que le personnage principal sur lequel l’histoire se base, ne soit pas Jekyll mais l’avocat Utterson, renforce l’ignorance du lecteur quant au dénouement du récit ; nous devons nous en remettre à la connaissance forcément partielle d’Utterson sur tous les faits qui arrivent : celui-ci doit en effet jouer les apprentis détectives en menant l’enquête en même temps que le lecteur.

Le jeu des focalisations est également déroutant : alors que les premiers chapitres privilégient souvent la focalisation zéro, les deux derniers chapitres mettent au contraire l’accent sur la focalisation interne : ce système narratif complexe est particulièrement déroutant pour le lecteur !

Ce monstre qui sommeille en chacun de nous…

Le personnage qui m’a vraiment fasciné est évidemment celui de Hyde : en particulier, le récit est palpitant grâce au traitement du point de vue. Tantôt objective et documentaire, tantôt subjective, la description de Hyde est proprement stupéfiante ! Jekyll_Rouben Mamoulian_1931Avec quel art Stevenson parvient à évoquer le monstre qui sommeille en chacun de nous. La monstruosité est évoquée tout au long du récit, de même que la peur d’autrui et de l’inconnu.

Frédéric March dans l’adaptation de Rouben Mamoulian (1931)

Il y a aussi l’utilisation de plusieurs figures de rhétorique dont le but est de mettre en lumière la fonction dramatique ou symbolique de la description. Elles renforcent ainsi certaines descriptions, comme cet exemple du chapitre 8 (« La dernière nuit ») au moment où arrivent Poole et Utterson dans la cour extérieure du cabinet de Jekyll :

« C’était une vraie nuit de mars, tempétueuse et froide ; un pâle croissant de lune, couché sur le dos comme si le vent l’eût culbuté, luisait sous un tissu diaphane et léger de fuyantes effilochures nuageuses. Le vent coupait presque la parole et sa flagellation mettait le sang au visage. Il semblait en outre avoir vidé les rues de passants plus qu’à l’ordinaire ; et M. Utterson croyait n’avoir jamais vu cette partie de Londres aussi déserte. Il eût préféré le contraire ; jamais encore il n’avait éprouvé un désir aussi vif de voir et de coudoyer ses frères humains ; car en dépit de ses efforts, il avait l’esprit accablé sous un angoissant pressentiment de catastrophe. Lorsqu’ils arrivèrent sur la place, le vent y soulevait des tourbillons de poussière, et les ramures squelettiques du jardin flagellaient les grilles. »

D’autres passages sont vraiment passionnants à lire dans la mesure où ils amènent le lecteur, en se projetant dans l’histoire et les grandes solitudes funèbres de Jekyll, à percevoir le conflit interne dans lequel Hyde tente de prendre possession du docteur : « Je me bornerai donc à dire qu’après avoir reconnu dans mon corps naturel la simple auréole et comme l’émanation de certaines des forces qui constituent mon esprit… » ; « la citadelle intime de l’individu » ; « les portes de la prison constituée par ma disposition psychologique »… Le vocabulaire de la perception, et plus particulièrement l’intérêt de Stevenson pour l’intériorité et la psychologie du personnage, largement dominant dans l’œuvre, met en évidence la personnalité bicéphale du docteur.

Frederic March_Rouben Mamoulian_1931
Frederic March et  Miriam Hopkins dans l’adaptation de Rouben Mamoulian (1931)
© Sportsphoto/Allstar

Des thèmes qui portent à réflexion

Le face-à-face de Jekyll et de son double, représentatif du combat entre le Bien et le Mal, m’a également replongé dans le climat de décadence propre au romantisme noir : le double incarnant tout à la fois la conscience morale et les mauvais penchants de l’individu. Ce qui est vraiment passionnant dans ce court récit, c’est aussi la façon dont il semble annoncer le débat sur le moi, Mattotti-Jekyll_2si important avec la découverte quelques années plus tard de l’inconscient par Freud.

Lorenzo Mattotti, illustration tirée de l’album Docteur Jekyll & Mister Hyde → 
(scénario de Jerry Kramsky), Casterman, 2002.

Cette découverte de l’inconscient va en effet bouleverser la vision de l’Homme et du monde. Défini comme la partie obscure la plus impénétrable de la personnalité de chacun, il y a d’abord le Ça ; Le Ça n’est autre que Hyde. Quant au Surmoi, il est la face lumineuse, socialisée, de la personnalité de Jekyll, qui voudrait, en vain, canaliser ses fantasmes. C’est sur ce terrain que la nouvelle de Stevenson m’a vraiment passionné : en particulier ce « dédoublement manichéen » |3|.

Mais l’œuvre amène aussi à réfléchir à la lutte des classes (les deux visages du Dr Jekyll pouvant être mis en relation avec l’opposition des quartiers nobles et misérables), et sur les rapports entre l’éthique et la connaissance scientifique : Jekyll, devenu obsédé par ses recherches, va tellement loin dans les découvertes que tous ses confrères prennent peur et refusent de le suivre. Le livre, comme le Frankenstein de Mary Shelley (1818), aborde en effet les nouveaux problèmes moraux auxquels nous confrontent certaines avancées scientifiques, et fait surgir une question fondamentale : L’homme peut-il tout rendre possible ?

Un livre qui n’a cessé de fasciner depuis sa publication…

Vous l’aurez compris, Strange Case of Dr Jekyll and Mr Hyde s’est imposé comme un classique littéraire qui fascine depuis sa création, et continue de fasciner encore aujourd’hui ! C’est bien pour cela que les adaptations cinématographiques de la nouvelle de Stevenson sont si nombreuses :  depuis le film muet américain réalisé par Otis Turner en 1908 on en compte plus de 16 au cinéma, sans compter les séries télévisées ainsi que les adaptations théâtrales ! Nous pourrions évoquer aussi l’univers de la bande dessinée : en particulier la magnifique adaptation de l’illustrateur italien, Lorenzo Mattotti (Casterman, 2002)… L’œuvre eut même droit à des parodies (celles des Minikeums ou la bande dessinée Léonard (n° 34) : Docteur Génie et Mister Aïe. Enfin, des groupes ou des chanteurs aussi illustres que Serge Gainsbourg, The Who, Mattotti-Jekyll_1Renaud ou les BB Brunes ont immortalisé le récit fantastique de Stevenson… C’est dire sa popularité.

← Lorenzo Mattotti, illustration tirée de l’album Docteur Jekyll & Mister Hyde
(scénario de Jerry Kramsky), Casterman, 2002.

Plus qu’un simple livre, cet ouvrage est presque un phénomène de la littérature  qui se doit d’être lu ! L’histoire tient, certes, sur peu de pages comparée à d’autres romans du même genre, mais elle est si complète et resserrée qu’elle dramatise davantage la narration qu’un roman par exemple. Bref, ce livre est un délice qui comblera les amateurs du genre !

© Camille H., décembre 2013
(Classe de Seconde 11, promotion 2013-2014)
Relecture du manuscrit : Bruno Rigolt


NOTES

1. John Ezard, « The story of Dr Jekyll, Mr Hyde and Fanny, the angry wife who burned the first draft » (The Guardian, 25 octobre 2000).
2. Il faut aussi savoir qu’en 1888 la capitale britannique est frappée par d’odieux crimes perpétrés la nuit, plongeant les habitants de Londres dans une peur palpable. Même si le tueur ne fut jamais retrouvé, de nombreuses personnes ont cru déceler dans Hyde « Jack The Ripper » (Jack l’éventreur) : dans les deux cas, les meurtres ont lieu dans le périmètre de Whitechapel, un quartier misérable à l’époque du nord de Londres.
3. Voir en particulier cette page de l’Encyclopédie en ligne Larousse).

Mattotti-Jekyll_0Lorenzo Mattotti, illustration tirée de l’album Docteur Jekyll & Mister Hyde
(scénario de Jerry Kramsky), Casterman, 2002