- Parcours : « Défendre » et « entretenir » la liberté
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Texte de la contraction : Albert Camus, « Discours de clôture des cérémonies de l’attribution des prix Nobel » prononcé le 10 décembre 1957 à l’Hôtel de Ville de Stockholm (extrait). Pour voir le texte de la contraction, cliquez ici.
Activités d’écriture
CONTRACTION (10 points)
Vous résumerez ce texte en 225 mots. Une tolérance de +/– 10 % est admise : votre travail comptera au moins 202 mots et au plus 248 mots.
Vous indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.
- Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots.
- Vous indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.
Corrigé guidé de la contraction
Cette contraction est relativement difficile car :
- le texte est assez abstrait ;
- le style de Camus est ample et lyrique ;
- certaines phrases sont longues ;
- plusieurs idées proches se répètent.
Quelques rappels de méthode :
N’oubliez pas qu’une bonne contraction :
- sélectionne ;
- hiérarchise ;
- reformule ;
- simplifie la syntaxe ;
- conserve la logique du raisonnement.
Première étape : cherchez la thèse défendue par l’auteur
Les intellectuels (écrivains, artistes) ont une mission morale :
- défendre la vérité ;
- lutter contre l’oppression ;
- rester proches de ceux qui souffrent ;
- mettre leur art au service de la liberté.
Repérez ensuite le mouvement général du texte (les grandes étapes de l’argumentation)
Le texte suit une progression logique qu’il est important d’identifier :
Mouvement 1 : le rôle de l’artiste (du début à « le créateur, qu’il soit travailleur ou intellectuel. »)
Idées essentielles
- L’art ne doit pas être une activité solitaire.
- L’artiste doit rester proche des autres hommes.
- Le véritable artiste cherche à comprendre plutôt qu’à juger.
- Il doit défendre une société plus humaine.
Éléments secondaires à supprimer
- certaines formulations lyriques ;
- les développements sur « la beauté » ;
- la citation de Nietzsche (exemple illustratif).
Mots-clés à conserver : art ; artiste ; communauté ; comprendre ; créateur.
Mouvement 2 : les devoirs de l’écrivain (de « Le rôle de l’écrivain » à « et la résistance à l’oppression »)
Idées essentielles
- L’écrivain doit défendre ceux qui souffrent.
- Il ne doit pas soutenir les puissants ou les tyrannies.
- Il doit lutter contre le mensonge et la servitude.
- Son devoir est de défendre la vérité et la liberté.
Exemple à réduire fortement
- « Mais le silence d’un prisonnier inconnu »…
Mots-clés essentiels : écrivain ; tyrannie ; vérité ; liberté ; oppression.
Mouvement 3 : le témoignage personnel de Camus (de « Pendant plus de vingt ans » à « mourir sans haine »)
Idées essentielles
- Camus explique que son époque a été marquée par les guerres et les violences.
- Écrire est devenu pour lui un engagement moral.
- Sa génération doit défendre la paix et la liberté.
Éléments à supprimer ou condenser
- longue énumération historique ;
- détails sur les guerres ;
- formulations emphatiques.
Mots-clés essentiels : guerre ; liberté ; paix ; vérité ; engagement.
Mouvement 4 : conclusion sur la condition et la mission de l’écrivain (fin du texte)
Idées essentielles
- L’écrivain n’a pas de solution parfaite.
- La vérité est difficile à atteindre.
- La liberté est exigeante.
- Il faut pourtant continuer à la défendre.
Mots-clés essentiels : vérité ; liberté ; douleur ; beauté ; histoire.
Ce qu’il fallait supprimer ou réduire
- passages non essentiels (souvent descriptifs)
- accumulations historiques : « guerre d’Espagne », « deuxième guerre mondiale », etc. Donc à résumer (les violences et les guerres du XXe siècle)
- formulations trop poétiques : « refaire avec tous les hommes une arche d’alliance ». Préférez toujours une reformulation simple : « reconstruire une fraternité entre les hommes ».
Les grandes étapes du travail préparatoire :
Étape 1 : notes rapides
- art proche des hommes ;
- artiste = comprendre ;
- écrivain défendre victimes ;
- refus tyrannie ;
- vérité + liberté ;
- guerres du XXe siècle ;
- défendre paix ;
- liberté difficile mais nécessaire.
Étape 2 : structurer la contraction
- Paragraphe 1 : rôle de l’artiste.
- Paragraphe 2 : mission morale de l’écrivain.
- Paragraphe 3 : engagement personnel de Camus
- Paragraphe 4 : réflexion sur la mission de l’écrivain et sa responsabilité face à l’Histoire
Proposition de contraction rédigée (≈ 243 mots)
Je ne peux vivre sans mon art, mais il ne vaut que parce qu’il me relie aux autres hommes. Loin d’être solitaire, il exprime les souffrances et les joies communes et oblige l’artiste à rechercher une vérité universelle. Celui qui se croyait différent découvre ainsi sa ressemblance [50] avec tous. Les véritables artistes cherchent donc à comprendre plutôt qu’à juger et défendent une société fondée sur la création et non sur la domination.
L’écrivain doit alors servir les victimes de l’histoire et non les puissants. S’il soutient les tyrannies, il perd le lien qui l’unit [100] aux autres hommes. Son rôle consiste à faire entendre la souffrance de ceux qui sont réduits au silence et à défendre la vérité ainsi que la liberté.
Ma génération a connu les guerres, les dictatures et les violences du XXe siècle. Dans ce contexte, écrire est devenu pour moi une [150] responsabilité morale. Les écrivains doivent donc défendre la paix et la liberté contre les menaces qui pèsent sur l’humanité.
Enfin, la noblesse du métier d’écrivain vient du fait qu’il partage avec les opprimés leurs combats et leur désir de justice. Partagé entre douleur et beauté, il construit son [200] œuvre au cœur d’une histoire destructrice. On ne peut attendre de lui des vérités absolues car la vérité reste difficile à atteindre et la liberté exigeante. Pourtant, malgré les difficultés, nous devons continuer à défendre avec courage la vérité et la liberté.
Nombre de mots : 243
Corrigé de l’essai
Essai (10 points) :
Rappel du sujet : Dans son discours, Albert Camus écrit que l’écrivain ne peut être « au service de ceux qui font l’histoire », mais « de ceux qui la subissent ». Selon vous, pourquoi est-il important pour la défense de notre liberté, d’être « au service de ceux qui subissent l’histoire » ? Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur le Discours de la servitude volontaire d’Etienne de La Boétie, sur le texte de l’exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre du parcours « Défendre » et « entretenir » la liberté. Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.
1. Reformulation de la question :
- pourquoi il est important que les écrivains, les artistes ou les citoyens défendent ceux qui souffrent ;
- en quoi cette attitude protège la liberté ;
- pourquoi il est dangereux de rester indifférent face à l’oppression.
Il fallait montrer que :
- défendre les victimes permet de dénoncer l’injustice ;
- car cela empêche la tyrannie et le silence ;
- la liberté dépend aussi de la solidarité entre les hommes (« entretenir » la liberté)
II. Pistes possibles pour construire l’essai
Problématique possible : Pourquoi la défense des personnes opprimées est-elle indispensable pour préserver la liberté de tous ?
III. Plan possible
I. Être « au service de ceux qui subissent l’histoire », c’est dénoncer les injustices et les oppressions
Camus
- L’écrivain doit parler pour ceux qu’on réduit au silence.
- Il évoque « le silence d’un prisonnier inconnu ».
- L’art doit défendre la vérité et la liberté.
La Boétie
- Le tyran domine parce que les hommes acceptent de lui obéir.
- Le texte dénonce toutes les formes de soumission.
- Défendre les victimes permet de réveiller les consciences.
II. Défendre ceux qui souffrent permet de lutter contre le silence et l’indifférence
Camus
- Le silence favorise la tyrannie.
- L’écrivain doit « relayer » la souffrance des victimes.
- Il refuse le mensonge et la passivité.
La Boétie
- Les peuples deviennent esclaves lorsqu’ils cessent de réfléchir.
- L’habitude de l’obéissance détruit peu à peu la liberté.
Autres exemples possibles :
- La Ferme des animaux : les animaux sont manipulés par la propagande.
- 1984 : le pouvoir (Big Brother) contrôle la vérité et les individus.
- La Vague : les élèves acceptent progressivement l’autoritarisme.
Idée essentielle : Lorsqu’on ne défend plus les victimes, toute la société risque de perdre sa liberté.
III. Défendre les opprimés permet aussi de construire une société plus humaine et plus fraternelle
Camus
- L’écrivain doit rester proche des hommes.
- Il parle d’une « communauté vivante ».
- Liberté et vérité doivent unir les hommes.
La Boétie
- Les tyrans détruisent les liens entre les individus.
- La liberté suppose au contraire solidarité et amitié.
Autre exemple possible
- Le Dernier Jour d’un Condamné : en prenant la défense d’un condamné, Hugo s’efforce de susciter des sentiments tels que la pitié face à la barbarie de la peine de mort.
Idée essentielle : Défendre les plus faibles, c’est protéger l’humanité entière.
Les citations du Discours de la servitude volontaire à exploiter :
Plusieurs citations du DSV peuvent être très efficacement intégrées dans l’essai proposé, à condition de bien comprendre une chose essentielle : une citation ne sert pas à « faire savant » ; elle sert à soutenir précisément une idée du raisonnement.
Pour ce sujet, les citations les plus utiles étaient celles permettant de montrer : comment naît l’oppression ; pourquoi les peuples acceptent parfois la domination ; pourquoi il est important de défendre les victimes ; comment retrouver la liberté.
1. « Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres. » Cette citation fonctionne très bien car elle est courte, directement liée à la liberté et facile à expliquer. Comment l’intégrer ? Dans le Discours de la servitude volontaire, La Boétie montre que les peuples peuvent retrouver leur liberté s’ils refusent d’obéir au tyran : « Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres. » Utilisation idéale : réflexion sur la résistance à l’oppression.
2. « La première raison de la servitude volontaire, c’est l’habitude. » Cette citation permet d’expliquer pourquoi les peuples acceptent parfois l’injustice sans réagir. La Boétie explique que les hommes s’habituent peu à peu à l’oppression : « La première raison de la servitude volontaire, c’est l’habitude. » Il devient alors essentiel que les écrivains réveillent les consciences. Utilisation idéale : réflexion sur le danger de l’indifférence.
3. « Un tyran seul […] n’a de puissance que celle [que les hommes] lui donnent. » Cette citation rejoint parfaitement Camus : le pouvoir dépend de l’obéissance ; défendre les victimes permet de combattre cette domination. Comment l’intégrer ? Pour La Boétie, le tyran n’est puissant que parce que les hommes acceptent de lui obéir : « Un tyran seul […] n’a de puissance que celle [que les hommes] lui donnent. » Utilisation dans l’argumentaire : dénonciation de la tyrannie.
4. « Ce maître n’a pourtant que deux yeux, deux mains, un corps… » Cette citation est très concrète ; facile à comprendre, et donc à retenir. Utilisation dans l’argumentaire : Le tyran paraît puissant seulement parce qu’on lui obéit. La Boétie rappelle que le tyran reste un homme ordinaire : « Ce maître n’a pourtant que deux yeux, deux mains, un corps… » Les peuples pourraient donc résister s’ils cessaient d’avoir peur.
5. « Les peuples se laissent promptement allécher à la servitude […] » Très utile avec les œuvres modernes
Cette citation fonctionne très bien avec : La Vague ;1984 ; La Ferme des animaux.
Intégration possible : Selon La Boétie, les peuples acceptent parfois la servitude parce qu’ils sont séduits par certains avantages : « Les peuples se laissent promptement allécher à la servitude ». Utilisation dans l’argumentaire : cette idée rappelle les mécanismes de propagande présents dans 1984 d’Orwell ou dans La Ferme des animaux.
6. « La nature […] nous a tous créés […] égaux. » Citation intéressante pour la dimension humaniste Cette citation permet de relier la liberté ; la dignité humaine ; la fraternité et la solidarité. Utilisation dans l’argumentaire :
La Boétie rappelle également que tous les hommes sont égaux par nature. Défendre les victimes de l’histoire revient donc à défendre l’humanité entière.
IV. Méthode simple pour bien intégrer une citation
Beaucoup d’élèves ont souvent tendance à poser la citation ; puis passer à autre chose. Cela ne convient pas. Rappelez-vous ce schéma :
idée (votre argument) → citation → explication de la citation en veillant à rattacher la citation au sujet !
IV. Rappels méthodologiques
Ce qu’il faut absolument faire :
- Répondre constamment à la question posée par le sujet : « pourquoi est-ce important ? »
- Réinvestir OBLIGATOIREMENT le texte de Camus.
- mobiliser OBLIGATOIREMENT La Boétie dans plusieurs parties.
- Donner des exemples précis.
- Faire des liens avec d’autres œuvres.
Ce qu’il faut absolument éviter :
- Se contenter de résumer les œuvres ;
- Parler de liberté de façon vague et imprécise :
- Empiler les exemples sans analyse.
Le problème du « je » dans l’essai…
L’essai au bac techno valorise :
- une prise de position personnelle
- une appropriation des œuvres et des idées ;
- une implication du candidat.
Mais l’essai :
- reste un exercice argumentatif réalisé dans le cadre scolaire ;
- il exige une démonstration organisée ;
- il ne doit pas devenir un témoignage personnel ou une opinion spontanée.
Autrement dit : on attend une pensée personnelle construite, pas une parole intime.
Le « je » est-il interdit ?
Non : il n’est pas théoriquement proscrit. Contrairement à la dissertation, le « je » peut être employé dans un essai.Les formulations suivantes sont donc théoriquement acceptables :« À mes yeux… » , « Il me semble que… », « selon moi… »
MAIS… Pourquoi beaucoup d’enseignants déconseillent malgré tout le « je » ? Parce qu’en pratique, chez beaucoup d’élèves, le « je » entraîne souvent des jugements trop personnels au détriment de l’argumentation.
Or le correcteur attend des arguments ; des références culturelles précises ; une réflexion construite. Le correcteur valorise surtout : une pensée nuancée ; des liens entre les œuvres étudiées en classe ou lues par le candidat une réflexion personnelle implicite (ne soyez jamais trop dans l’affirmation abrupte !
Commen défendre une opinion sans dire « je »… Par exemple : « Camus montre que le silence favorise l’oppression ; cette idée n’est-elle pas toujours d’actualité, particulièrement dans des sociétés où certains pouvoirs cherchent encore à contrôler l’information ? → Même sans utilisation du « je », la réflexion personnelle existe clairement grâce à l’interrogation rhétorique.
Donc, je vous conseille d’éviter le « je » dans l’essai. Cela permet de conserver un niveau de langue soutenu en évitant un style trop oral (« « Moi je pense que… ») ou des jugements trop affectifs (« J’ai adoré ce livre. »…). Cela permet aussi de maintenir une argumentation solide.
Corrigé de l’essai
Introduction
Dans son discours prononcé lors de la remise du prix Nobel le 10 décembre 1957 à l’Hôtel de Ville de Stockholm, Albert Camus affirme que l’écrivain doit être « au service de ceux qui subissent l’histoire ». Selon lui, les artistes et les écrivains ne doivent pas défendre les puissants, mais se mettre au service de ceux qui souffrent de la guerre, de la tyrannie ou de l’injustice. Nous pouvons alors nous demander pourquoi il est important, pour défendre notre liberté, d’être du côté de ceux qui subissent l’histoire. Nous verrons d’abord que cela permet de dénoncer les injustices, puis que cela aide à entretenir la liberté en luttant contre le silence et l’oppression, avant de montrer que cette attitude permet de construire une société plus juste et plus humaine.
Développement
Être « au service de ceux qui subissent l’histoire » permet d’abord de dénoncer les injustices. Dans son discours, Camus explique que l’écrivain doit défendre les victimes et faire entendre leur souffrance. Il évoque « le silence d’un prisonnier inconnu », symbole de tous ceux que les régimes oppressifs cherchent à faire taire. L’écrivain devient alors une voix pour ceux qui ne peuvent pas parler. Cette idée rejoint celle de La Boétie : dans le Discours de la servitude volontaire, l’auteur montre que les tyrans gardent leur pouvoir parce que les peuples acceptent de leur obéir. La Boétie affirme qu’« un tyran seul […] n’a de puissance que celle [que les hommes] lui donnent ». Le pouvoir tyrannique repose donc sur l’obéissance des peuples. Il devient alors essentiel que certains hommes dénoncent cette domination afin de réveiller les consciences.
L’écrivain devient ainsi le défenseur de ceux que la société rejette ou réduit au silence. Cette fonction de dénonciation apparaît très bien dans Le Dernier Jour d’un Condamné. Dans ce roman, Victor Hugo donne la parole à un condamné à mort afin de montrer son humanité et de faire réfléchir les lecteurs à la barbarie de la peine capitale. On pourrait également évoquer le conte philosophique Candide. À travers la satire, Voltaire dénonce les violences, les guerres et l’intolérance religieuse. La littérature permet donc de combattre les injustices et de défendre les victimes des abus de pouvoir. Ainsi que nous le comprenons, se mettre au service de ceux qui subissent l’histoire, c’est pour l’écrivain défendre un idéal de fraternité, qui rejette l’égoïsme et l’exclusion.
–
En outre, défendre ceux qui souffrent permet de lutter contre le silence et l’indifférence. De fait, le mensonge et la servitude détruisent les liens entre les hommes. Selon Camus, l’écrivain doit donc résister à l’oppression et défendre la vérité. De son côté, La Boétie montre que les peuples deviennent esclaves lorsqu’ils cessent de penser par eux-mêmes : cette idée est au cœur du Discours de la servitude volontaire. La Boétie explique que « la première raison de la servitude volontaire, c’est l’habitude ». Les peuples finissent par considérer l’oppression comme normale lorsqu’ils s’y habituent. Il ajoute même : « Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres. » Cette citation montre que la liberté dépend aussi du courage des individus et de leur capacité à résister.
Cette réflexion apparaît clairement dans La Vague. Dans ce roman, des lycéens acceptent peu à peu un système autoritaire sans réfléchir aux conséquences de leurs actes. Le groupe devient plus important que la liberté individuelle. Le roman montre ainsi combien il est facile de perdre sa liberté lorsque l’esprit critique disparaît. La même dénonciation existe dans 1984. Dans cette société totalitaire, le pouvoir contrôle la vérité, surveille les individus et détruit leur liberté de penser. Orwell montre que lorsque personne ne défend les victimes du régime, la tyrannie devient totale.
–
Enfin, être du côté de ceux qui subissent l’histoire permet de construire une société plus humaine et fraternelle. Dans don discours, Albert Camus insiste sur l’idée de « communauté vivante » : selon lui, les hommes doivent rester solidaires malgré les épreuves. L’écrivain ne doit donc pas se couper des autres, mais partager leurs souffrances et leurs espoirs. Cette idée existe aussi chez La Boétie, qui montre que la tyrannie détruit l’amitié et la fraternité entre les hommes. Au contraire, il affirme que « la nature […] nous a tous créés […] égaux […] afin que nous nous reconnaissions tous comme compagnons, ou plutôt comme frères ». Défendre les victimes revient donc à défendre l’égalité et la dignité humaine. À l’inverse, la tyrannie détruit les liens entre les hommes et transforme les individus en ennemis ou en esclaves.
Défendre ceux qui souffrent permet donc de protéger non seulement les victimes, mais aussi les valeurs humaines essentielles : celles qui sont au cœur même de la pensée humaniste. Dans Fahrenheit 451, les livres sont interdits afin d’empêcher les citoyens de réfléchir. Ray Bradbury montre ainsi que la culture et la pensée critique sont indispensables pour préserver la liberté. Défendre ceux qui subissent l’histoire, c’est donc aussi défendre la mémoire, la réflexion et la liberté de penser. C’est aussi exercer sa raison, observer le monde de façon critique et aide les autres à penser par eux-mêmes. Comme le disait si bien le philosophe Jean-Paul Sartre Dans Qu’est-ce que la littérature ? (1947) : « L’écrivain engagé sait que la parole est action ; il sait que dévoiler, c’est changer et qu’on ne peut dévoiler le monde qu’en projetant de le changer. »
Conclusion
Comme on a pu le voir dans cet essai, être « au service de ceux qui subissent l’histoire » est essentiel pour défendre la liberté. En donnant la parole aux victimes, les écrivains dénoncent les injustices et combattent le silence imposé par les tyrans. Les textes de Camus ou de La Boétie montrent ainsi que la liberté dépend du courage de ceux qui refusent l’oppression et défendent la vérité. La littérature devient alors un moyen de résister et de rappeler que la liberté de chacun dépend aussi de celle des autres.


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