J’ai lu… J’ai aimé… L’Étrange cas du Dr. Jekyll et de Mr. Hyde… par Camille H.

 

livre_jai_lu_jai_aiméJ’ai lu… J’ai aimé… 
L’Étrange cas du Dr Jekyll et M. Hyde par Camille H. 
(Classe de Seconde 11, promotion 2013-2014)

Aujourd’hui, j’ai choisi, de vous parler du génial récit écrit en 1886 par Robert Louis Stevenson : L’Étrange cas du Dr Jekyll et M. Hyde [COTE CDI : 802-3 STE]. Livre court s’il en est (96 pages chez Librio), mais ô combien riche d’une histoire prenante et captivante !


« A quire full of utter nonsense… »

John Ezard, dans le Guardian du‎ 25 octobre 2000 |1| relate une anecdote intéressante  quant à la rédaction de l’ouvrage, reprise d’ailleurs dans Wikipédia : en fait, ce livre serait né d’un cauchemar de l’auteur, qui l’écrivit d’un trait à son réveil, mais sa femme trouvant le manuscrit inabouti, Stevenson le jeta au feu et recommença. Il avoua même que ce premier jet n’était qu’un « cahier entier rempli d’absurdités » (« A quire full of utter nonsense… ») :

« One of the enduring mysteries of English literature was solved last night when it emerged that the first, impassioned draft of Robert Louis Stevenson’s Dr Jekyll and Mr Hyde was destroyed by the author’s wife. Fanny Stevenson burned it after dismissing it to a friend as « a quire full of utter nonsense ». She said – of what became the world’s most admired and profound horror story – « He said it was his greatest work. I shall burn it after I show it to you ».

En apprenant cette anecdote amusante, le livre ne m’apparut que plus attrayant et c’est sur lui que mon choix s’est porté, choix que je ne regrette aucunement.Stevenson Mais avant de rentrer dans les détails, quelques mots sur l’auteur…

L’auteur de l’Île au Trésor…

Né à Édimbourg le 13 novembre 1850 (dans une famille d’ingénieurs spécialistes des phares!), Robert Louis Stevenson fait partie avec Robert Burns et Walter Scott de ces grands écrivains qui ont marqué de leur empreinte la littérature écossaise. Sans doute connaissez-vous l’Île au Trésor, mais d’autres œuvres comme Enlevé !, Un mort encombrant ou Le Voleur de cadavres méritent votre attention. C’est bien sûr avec Dr Jekyll et Mr Hyde que Stevenson rencontre son plus grand succès ! Ce livre est en effet considéré à juste titre comme une véritable étude sur la dualité de la personne humaine.

Un décor funeste…

Je ne vais pas vous raconter l’histoire (d’ailleurs vous trouverez un peu partout sur le Net des résumés tout à fait recommandables) mais mettre l’accent sur quelques aspects de ce curieux récit. Imaginez d’abord le décor de Londres au dix-neuvième siècle : non pas les rues rassurantes de la City ou des beaux quartiers de l’ouest mais plutôt un cadre nocturne, brumeux, propice à l’anonymat, à la transgression et à la misère, un cadre inquiétant préfigurant l’atmosphère des crimes de Whitechapel |2| : les lieux privilégiés par Cam Kennedy_JekyllStevenson sont en effet les ruelles peu fréquentées la nuit, éloignées des grands axes de passage.

Cam Kennedy  → 
Illustration de l’ouvrage Dr Jekyll and Mr Hyde RL Stevenson’s Strange Case,  adapted by Alan Grant, 2008

D’ailleurs, le fait qu’une grande partie du récit se passe la nuit plonge le lecteur dans les profondeurs glauques et glacées du Londres populaire. Alors que les protagonistes de l’histoire appartiennent à l’univers de la bourgeoisie, la ville apparaît presque toujours plongée dans la brume, en hiver. Nous passons d’un cadre social accueillant, confortable, à un milieu sordide où le lecteur s’aventure non sans effroi, qui plus est renforcé, lors des soirs de meurtre, par la lune rouge sang !

… pour un récit savamment construit !

De fait, le récit commence ainsi : deux cousins, M. Utterson et M. Enfield, passent par hasard lors d’une promenade dominicale devant une porte ; celle-ci éveille chez Enfield une histoire aussi singulière qu’effrayante : la nuit une fillette bouscule par mégarde un petit homme trapu au regard glacial. Entrant dans une colère noire, l’homme pousse la petite au sol et la piétine violemment. Poursuivi par Enfield et contraint de s’expliquer, l’homme pénètre dans une maison et en ressort avec un chèque de cent livres pour étouffer l’affaire. Or, la demeure n’est autre que la maison même d’un respectable ami de M. Utterson : le docteur Henry Jekyll, un scientifique chevronné et reconnu. Utterson, notaire de profession, se souvient du testament de ce dernier, et remarque qu’il lègue tous ses biens à sa mort, ou en cas de sa disparition, à un certain Edward Hyde. Il tente alors de voir son ami, pour lui parler de tout ceci, mais celui-ci est absent à chacune de ses visites ou malade. Quant aux crimes épouvantables du monstre, ils ne cessent d’ensanglanter Londres…

S’en suit une narration complexe privilégiant les changements de points de vue : d’abord celui d’Enfield au début de la nouvelle qui porte à la connaissance d’Utterson l’histoire et le pousse à mener l’enquête. Puis celui de Lannyon : son apparition est certes brève, mais son rôle est extrêmement important dans la compréhension de la narration. Enfin, le point de vue de Jekyll qui, permettant de vivre le drame de l’intérieur, et d’en comprendre l’engrenage ainsi que les mécanismes fatals, amène à la dimension psychologique (le côté obscur de la personnalité) et morale du récit : l’impossible coïncidence du Bien et du Mal.

Le style de Stevenson

On a parfois reproché au style de Stevenson d’être trop « simple » ou « destiné aux adolescents ». Pourtant l’auteur de l’Île au Trésor prit de cours les critiques avec ce récit d’une grande justesse dans l’évocation des lieux et la description des personnages.

Premièrement, cette nouvelle étant à caractéristique policière, tout est fait pour que le lecteur s’y perde : d’abord l’auteur ne précise pas quand se déroule le récit, à part une vague indication d’époque (les années 1800), mais sans jamais donner de dates précises. Plus fondamentalement, j’ai particulièrement aimé l’emboîtement des récits et le fait que toutes les révélations ne soient faites qu’au dernier chapitre. Il y a là un véritable travail entrepris par Stevenson.

Par ailleurs, comme je le suggérais précédemment, le décor funèbre des quartiers misérables, à la fois réel et irréel, est propice à faire naître l’angoisse : tout est fait pour déboussoler le lecteur, et bien qu’il comprenne ce qu’il lit, il ne peut se situer dans le temps et dans l’espace, ni même s’en remettre au personnage narrateur qui lui-même raconte des faits dont il n’a pas été l’acteur principal mais simplement un témoin.

À  cet égard, l’idée que le récit soit raconté à la troisième personne, et que le personnage principal sur lequel l’histoire se base, ne soit pas Jekyll mais l’avocat Utterson, renforce l’ignorance du lecteur quant au dénouement du récit ; nous devons nous en remettre à la connaissance forcément partielle d’Utterson sur tous les faits qui arrivent : celui-ci doit en effet jouer les apprentis détectives en menant l’enquête en même temps que le lecteur.

Le jeu des focalisations est également déroutant : alors que les premiers chapitres privilégient souvent la focalisation zéro, les deux derniers chapitres mettent au contraire l’accent sur la focalisation interne : ce système narratif complexe est particulièrement déroutant pour le lecteur !

Ce monstre qui sommeille en chacun de nous…

Le personnage qui m’a vraiment fasciné est évidemment celui de Hyde : en particulier, le récit est palpitant grâce au traitement du point de vue. Tantôt objective et documentaire, tantôt subjective, la description de Hyde est proprement stupéfiante ! Jekyll_Rouben Mamoulian_1931Avec quel art Stevenson parvient à évoquer le monstre qui sommeille en chacun de nous. La monstruosité est évoquée tout au long du récit, de même que la peur d’autrui et de l’inconnu.

Frédéric March dans l’adaptation de Rouben Mamoulian (1931)

Il y a aussi l’utilisation de plusieurs figures de rhétorique dont le but est de mettre en lumière la fonction dramatique ou symbolique de la description. Elles renforcent ainsi certaines descriptions, comme cet exemple du chapitre 8 (« La dernière nuit ») au moment où arrivent Poole et Utterson dans la cour extérieure du cabinet de Jekyll :

« C’était une vraie nuit de mars, tempétueuse et froide ; un pâle croissant de lune, couché sur le dos comme si le vent l’eût culbuté, luisait sous un tissu diaphane et léger de fuyantes effilochures nuageuses. Le vent coupait presque la parole et sa flagellation mettait le sang au visage. Il semblait en outre avoir vidé les rues de passants plus qu’à l’ordinaire ; et M. Utterson croyait n’avoir jamais vu cette partie de Londres aussi déserte. Il eût préféré le contraire ; jamais encore il n’avait éprouvé un désir aussi vif de voir et de coudoyer ses frères humains ; car en dépit de ses efforts, il avait l’esprit accablé sous un angoissant pressentiment de catastrophe. Lorsqu’ils arrivèrent sur la place, le vent y soulevait des tourbillons de poussière, et les ramures squelettiques du jardin flagellaient les grilles. »

D’autres passages sont vraiment passionnants à lire dans la mesure où ils amènent le lecteur, en se projetant dans l’histoire et les grandes solitudes funèbres de Jekyll, à percevoir le conflit interne dans lequel Hyde tente de prendre possession du docteur : « Je me bornerai donc à dire qu’après avoir reconnu dans mon corps naturel la simple auréole et comme l’émanation de certaines des forces qui constituent mon esprit… » ; « la citadelle intime de l’individu » ; « les portes de la prison constituée par ma disposition psychologique »… Le vocabulaire de la perception, et plus particulièrement l’intérêt de Stevenson pour l’intériorité et la psychologie du personnage, largement dominant dans l’œuvre, met en évidence la personnalité bicéphale du docteur.

Frederic March_Rouben Mamoulian_1931
Frederic March et  Miriam Hopkins dans l’adaptation de Rouben Mamoulian (1931)
© Sportsphoto/Allstar

Des thèmes qui portent à réflexion

Le face-à-face de Jekyll et de son double, représentatif du combat entre le Bien et le Mal, m’a également replongé dans le climat de décadence propre au romantisme noir : le double incarnant tout à la fois la conscience morale et les mauvais penchants de l’individu. Ce qui est vraiment passionnant dans ce court récit, c’est aussi la façon dont il semble annoncer le débat sur le moi, Mattotti-Jekyll_2si important avec la découverte quelques années plus tard de l’inconscient par Freud.

Lorenzo Mattotti, illustration tirée de l’album Docteur Jekyll & Mister Hyde → 
(scénario de Jerry Kramsky), Casterman, 2002.

Cette découverte de l’inconscient va en effet bouleverser la vision de l’Homme et du monde. Défini comme la partie obscure la plus impénétrable de la personnalité de chacun, il y a d’abord le Ça ; Le Ça n’est autre que Hyde. Quant au Surmoi, il est la face lumineuse, socialisée, de la personnalité de Jekyll, qui voudrait, en vain, canaliser ses fantasmes. C’est sur ce terrain que la nouvelle de Stevenson m’a vraiment passionné : en particulier ce « dédoublement manichéen » |3|.

Mais l’œuvre amène aussi à réfléchir à la lutte des classes (les deux visages du Dr Jekyll pouvant être mis en relation avec l’opposition des quartiers nobles et misérables), et sur les rapports entre l’éthique et la connaissance scientifique : Jekyll, devenu obsédé par ses recherches, va tellement loin dans les découvertes que tous ses confrères prennent peur et refusent de le suivre. Le livre, comme le Frankenstein de Mary Shelley (1818), aborde en effet les nouveaux problèmes moraux auxquels nous confrontent certaines avancées scientifiques, et fait surgir une question fondamentale : L’homme peut-il tout rendre possible ?

Un livre qui n’a cessé de fasciner depuis sa publication…

Vous l’aurez compris, Strange Case of Dr Jekyll and Mr Hyde s’est imposé comme un classique littéraire qui fascine depuis sa création, et continue de fasciner encore aujourd’hui ! C’est bien pour cela que les adaptations cinématographiques de la nouvelle de Stevenson sont si nombreuses :  depuis le film muet américain réalisé par Otis Turner en 1908 on en compte plus de 16 au cinéma, sans compter les séries télévisées ainsi que les adaptations théâtrales ! Nous pourrions évoquer aussi l’univers de la bande dessinée : en particulier la magnifique adaptation de l’illustrateur italien, Lorenzo Mattotti (Casterman, 2002)… L’œuvre eut même droit à des parodies (celles des Minikeums ou la bande dessinée Léonard (n° 34) : Docteur Génie et Mister Aïe. Enfin, des groupes ou des chanteurs aussi illustres que Serge Gainsbourg, The Who, Mattotti-Jekyll_1Renaud ou les BB Brunes ont immortalisé le récit fantastique de Stevenson… C’est dire sa popularité.

← Lorenzo Mattotti, illustration tirée de l’album Docteur Jekyll & Mister Hyde
(scénario de Jerry Kramsky), Casterman, 2002.

Plus qu’un simple livre, cet ouvrage est presque un phénomène de la littérature  qui se doit d’être lu ! L’histoire tient, certes, sur peu de pages comparée à d’autres romans du même genre, mais elle est si complète et resserrée qu’elle dramatise davantage la narration qu’un roman par exemple. Bref, ce livre est un délice qui comblera les amateurs du genre !

© Camille H., décembre 2013
(Classe de Seconde 11, promotion 2013-2014)
Relecture du manuscrit : Bruno Rigolt


NOTES

1. John Ezard, « The story of Dr Jekyll, Mr Hyde and Fanny, the angry wife who burned the first draft » (The Guardian, 25 octobre 2000).
2. Il faut aussi savoir qu’en 1888 la capitale britannique est frappée par d’odieux crimes perpétrés la nuit, plongeant les habitants de Londres dans une peur palpable. Même si le tueur ne fut jamais retrouvé, de nombreuses personnes ont cru déceler dans Hyde « Jack The Ripper » (Jack l’éventreur) : dans les deux cas, les meurtres ont lieu dans le périmètre de Whitechapel, un quartier misérable à l’époque du nord de Londres.
3. Voir en particulier cette page de l’Encyclopédie en ligne Larousse).

Mattotti-Jekyll_0Lorenzo Mattotti, illustration tirée de l’album Docteur Jekyll & Mister Hyde
(scénario de Jerry Kramsky), Casterman, 2002

Ecriture collaborative… Entraînement à la lecture analytique… Corrigés proposés par Maud C.

Écriture contributive…
Entraînement à la lecture analytique… Corrigés proposés par Maud C.
(Seconde 11, promotion 2013-2014)

J’ai proposé il y a quelques semaines à mes élèves de Seconde un travail de recherche dont le sujet était le suivant : « En vous aidant de vos connaissances sur le Romantisme, comparez le tableau de Friedrich « Le Voyageur contemplant une mer de nuages » (1818) et ce passage célèbre du « Vallon » (1819) dans lequel Lamartine décrit le paysage ».

Ce travail comportait entre autres deux questions :

  1. Expliquez en confrontant les deux documents les relations de la nature avec l’homme.
  2. Montrez pourquoi la peinture du paysage est d’abord la peinture d’un paysage intérieur.

De tous les travaux qu’il m’a été donné de lire, celui de Maud, élève de Seconde 11 (promotion 2013), m’a paru particulièrement remarquable. J’ai décidé de le publier sur l’Espace Pédagogique Contributif…

Document 1. Caspar David Friedrich (1774-1840), Le voyageur contemplant une mer de nuages”, 1818.

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Document 2. Alphonse de Lamartine, « Le Vallon » (1819)

Mon cœur est en repos, mon âme est en silence ;
Le bruit lointain du monde expire en arrivant,
Comme un son éloigné qu’affaiblit la distance,
À l’oreille incertaine apporté par le vent.
 
D’ici je vois la vie, à travers un nuage,
S’évanouir pour moi dans l’ombre du passé ;
L’amour seul est resté, comme une grande image
Survit seule au réveil dans un songe effacé.
 
Repose-toi, mon âme, en ce dernier asile,
Ainsi qu’un voyageur qui, le cœur plein d’espoir,
S’assied, avant d’entrer, aux portes de la ville,
Et respire un moment l’air embaumé du soir.
 
Comme lui, de nos pieds secouons la poussière ;
L’homme par ce chemin ne repasse jamais ;
Comme lui, respirons au bout de la carrière
Ce calme avant-coureur de l’éternelle paix.
 
Tes jours, sombres et courts comme les jours d’automne,
Déclinent comme l’ombre au penchant des coteaux ;
L’amitié te trahit, la pitié t’abandonne,
Et seule, tu descends le sentier des tombeaux.
 
Mais la nature est là qui t’invite et qui t’aime ;
Plonge-toi dans son sein qu’elle t’ouvre toujours
Quand tout change pour toi, la nature est la même,
Et le même soleil se lève sur tes jours.
 
De lumière et d’ombrage elle t’entoure encore :
Détache ton amour des faux biens que tu perds ;
Adore ici l’écho qu’adorait Pythagore,
Prête avec lui l’oreille aux célestes concerts.
 
Suis le jour dans le ciel, suis l’ombre sur la terre ;
Dans les plaines de l’air vole avec l’aquilon ;
Avec le doux rayon de l’astre du mystère
Glisse à travers les bois dans l’ombre du vallon.
 
Dieu, pour le concevoir, a fait l’intelligence :
Sous la nature enfin découvre son auteur !
Une voix à l’esprit parle dans son silence :
Qui n’a pas entendu cette voix dans son cœur ?
 


1. Expliquez en confrontant les deux documents les relations de la nature avec l’homme.

Dans le tableau de Friedrich « Le Voyageur contemplant une mer de nuages » datant de 1818 comme dans ce passage du « Vallon » d’Alphonse de Lamartine rédigé en 1819, la thématique des relations de l’homme avec la nature est particulièrement intéressante à étudier. J’évoquerai ces relations en trois temps : après avoir expliqué la fascination et l’émerveillement qu’éprouve l’homme en contemplant la nature, mystérieuse, sauvage et toute-puissante, je tenterai de montrer que le désir de vivre en harmonie avec la nature se confond avec une aspiration à la liberté face au mal du siècle. Je consacrerai la dernière partie de cette étude à une analyse de la dimension primitiviste et spirituelle de la nature, avant tout expression allégorique d’un paradis perdu, qui ne cessera de fasciner la sensibilité romantique.

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Particulièrement dans la première moitié du dix-neuvième siècle, la peinture du paysage devient le lieu commun de l’art romantique. On peut remarquer dans un premier temps combien Lamartine cherche à mettre en valeur la nature par de nombreuses expressions mélioratives. L’ auteur évoque ainsi l’« l’air embaumé » (v. 12), « les doux rayons » (v. 31). Des expressions comme « célestes concerts « ou encore « penchants des coteaux » rappellent ainsi cette relation du moi avec la nature, comprise dans sa sublimité. Cette valorisation de la nature est encore plus prononcée peut-être chez Friedrich. De fait, les couleurs douces du lointain, le jeu de lumière dans les nuages ainsi que les contrastes entre le premier et le second plan renforcent cette sublimité de la nature que nous notions à l’instant. Nous pourrions évoquer ici les « les collines diaphanes » qui, évoquant dans le texte de Lamartine la pureté et la transparence, permettent de voir le paysage différemment, comme « à travers un nuage » (v. 5). Les deux auteurs nous exposent donc leur propre vision de cette nature, comme le montre ce voyageur du tableau de Friedrich contemplant l’ailleurs et le lointain : ici, le recours à l’allégorie est essentiel puisque cette relation de l’homme à la nature repose, comme nous le verrons plus précisément dans notre troisième partie, sur l’aspiration nostalgique et mystique d’une relation immédiate entre l’homme et le cosmos, vu de l’intérieur et comme idéalisé.

Dans un second temps, il nous faut noter combien l’homme se sent attendu par cette nature qui lui tend les bras : n’est-elle pas une invitation comme le suggère ce vers de Lamartine : « Mais la nature est là qui t’invite et qui t’aime » ? Confidente et consolatrice, la nature apparaît bien comme un refuge : ainsi, le miroir des brumes de l’Allemagne du nord que peint Friedrich paraît refléter la vie mouvante et tourmentée des sentiments du Voyageur. Face à lui, la nature semble ouverte, immense, sans obstacle. Elle accueille et invite l’homme à avancer, montrant comme tout est plus beau et hospitalier qu’en ce bas monde, en proie au néant spirituel.

Je terminerai en illustrant plus fondamentalement la raison qui fait à mes yeux que l’homme est émerveillé par la nature. Celle-ci, en plus d’être accueillante et belle, semble puissante, mystérieuse, initiatique. Il se dégage en effet d’elle une force surnaturelle qui participe d’une nouvelle vision de l’homme et du monde. On peut relever ainsi dans le texte de Lamartine des expressions comme « l’astre du mystère » (v. 31), « esprit » (v. 35), ainsi que l’adjectif « éternel » (v. 16). Quant au tableau de Friedrich, du chaos des rochers qui forment des éperons périlleux et l’ineffable pureté des lointains, se dégagent à la fois le vertige, la majesté, la transgression de la règle sociale, et par contraste le besoin intime de liberté, l’immensité et le sentiment de l’immuable.

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Consacrons la suite de notre analyse à la relation intime que l’homme entretient avec cette nature. Dans les deux œuvres, on remarque un sentiment de paix, de respect et de calme. Les couleurs apaisantes du lointain chez Friedrich, dans des dégradés diaphanes, de même que le velouté des nuages amènent une certaine sérénité que l’on retrouve dans le poème de Lamartine : « paix » (v. 16) et « à travers un nuage », suggèrent en effet une nature apaisante et régénératrice. Ainsi, l’homme se confie-t-il et vient trouver un refuge, un asile : « repose-toi, mon, âme » ! Un peu comme si le sujet, se sentant enfin compris, pouvait donner un sens à sa vie grâce à la nature, investie affectivement d’un sentiment profondément religieux.

La nature en effet contraste avec cette société dans laquelle le romantique ne s’intègre pas, ne parvient pas à s’intégrer. Incompris, il éprouve ce qu’on appellera avec Musset le mal du siècle. Le poème de Lamartine est sur ce point éclairant : « l’amitié te trahit, la pitié t’abandonne » ; l’homme ne peut plus avoir confiance en l’espèce humaine, « mais la nature est là » (v. 21). Si le romantique est seul, il se sent supérieur aux autres personnes de son temps par le truchement de cette nature intacte et créatrice qui lui offre un refuge et une source d’inspiration, en lui permettant d’épancher ses sentiments. Nous pourrions rappeler à cet égard l’importance du culte du moi face au désenchantement du monde. Le tableau de Friedrich ne comporte à dessein aucune autre présence humaine que celle du voyageur. La seule présence serait donc celle d’une présence de l’absence, si j’osais cet oxymore.

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Face à la contingence du monde, la nature est donc synonyme de sécurité et de permanence. Cet aspect est particulièrement bien illustré par le poème de Lamartine : « Quand tout change pour toi », sous-entendu, quand le monde qui t’entoure se transforme, s’industrialise, « la nature est la même » (v. 13). Le romantique recherche ainsi dans une nature primitive, une sorte d’éden : le paradis perdu de l’enfance… « Conserve en toi une pureté d’enfant » disait Friedrich : si la nature a ainsi le dessus dans le cœur du romantique, c’est qu’elle est comme l’allégorie d’une figure idéalisée et maternelle. Citons ici ce vers de Lamartine, particulièrement illustratif : « Plonge-toi dans son sein qu’elle t’ouvre toujours (v. 22). Telle une mère, la nature protège : à la dilatation du paysage dans le tableau de Friedrich correspond l’exaltation de la pensée chez Lamartine, qui semble littéralement s’abreuver et se fondre dans la terre maternelle.

La nature rassure aussi par sa permanence, bien qu’elle soit mystérieuse ; les mêmes phénomènes s’y répètent : « le même soleil se lève sur la terre » (v. 24). Parallèlement, le moment du coucher du soleil est symboliquement choisi dans le tableau de Friedrich ; moment de repentir, de calme et de paix intérieure, il ouvre à l’invisible, à l’imaginaire et au sacré. On remarque que même les nuages caressent les pics rocheux, en les effleurant, comme pour inviter au recueillement et à l’apaisement de l’âme humaine.

Enfin, la nature évoque, à travers le thème de l’ailleurs et du voyage, la quête du moi authentique. « Suis le jour dans le ciel » écrit Lamartine, comme pour rappeler que dans les beautés et les mystères de la nature, le Romantique peut substituer au créateur la divinité même du cosmos. Dans le même ordre d’idées, nous pouvons avancer ici que la scène hyperbolique que peint Friedrich est presque irréelle, de par la tenue décalée de l’homme, et par le paysage grandiose et transcendant.

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Comme nous avons essayé de le montrer, la relation du romantique à la nature est faite d’attachements intimes, à tel point que l’homme fait presque partie intégrante de celle-ci. C’est la raison pour laquelle le paysage chez les Romantiques connote tour à tour le mouvement, la passion du moi lyrique, le désordre ; mais il évoque plus encore la fuite métaphysique vers un monde supérieur, la volonté d’élévation, la nostalgie d’un éden perdu : autant d’éléments inaccessibles aux lois mêmes de l’ordonnance humaine…

2. Montrez pourquoi la peinture du paysage est d’abord la peinture d’un paysage intérieur.

Pendant la période romantique, les auteurs cherchent à contrer le rationalisme des siècles précédents en faisant parler leur sensibilité. De fait, particulièrement après Les Lumières, qui valorise l’esprit critique et l’absolutisation du moi social, les romantiques préfèrent donner libre cours à leurs émotions et à l’épanchement de leurs états d’âme. Dans cet exercice je chercherai à montrer pourquoi la peinture du paysage est d’abord la peinture d’un paysage intérieur. Dans un premier temps, j’expliquerai les ressemblances entre le paysage peint dans « Le Voyageur contemplant une mer de nuages » de Caspar David Friedrich et les états d’âme du peintre. Dans un second temps je tenterai d’expliquer pourquoi cette peinture d’un paysage intérieur est si importante pour les romantiques.

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Du tableau de Friedrich émanent plusieurs impressions. On remarque d’abord les contrastes saisissants entre le premier plan, particulièrement net et précis, et les lointains, très évanescents, presque limpides. Ces antithèses montrent l’esprit torturé du peintre, qui semble presque déchiré entre l’ombre et la lumière,  entre la grandeur et la pureté du bien et les ténébreux labyrinthes du mal. Ce n’est pas un hasard si l’on a fait des figures d’opposition (antithèses et oxymores) des caractéristiques primordiales de l’âme tourmentée du Romantique, en proie à la mélancolie et aux passions.

C’est pourquoi ces deux aspects antithétiques sont ici particulièrement présents. La mer de nuages que l’homme surplombe connote elle aussi l’âme du peintre. D’ailleurs, Friedrich écrira : « le peintre ne devrait pas seulement peindre ce qu’il voit devant lui, mais ce qu’il voit en lui ». Personnellement, je pense que cette peinture, tout comme la poésie des Romantiques, est largement autobiographique : Caspar David perd en effet sa mère et sa sœur à l’âge de six ans, puis son frère et sa deuxième sœur se noient dans la mer Baltique. La mer de nuage connoterait donc pour lui le déchirement entre le néant, la mort, et la croyance en un salut et une espérance. Son personnage, au bord du gouffre est donc peut être à la fin de sa vie, ou au commencement d’une autre vie, comme en témoigne cette nature sublime, allégorie de l’espoir et de la foi…

On retrouve ainsi dans ce tableau une quête très prononcée pour l’ailleurs, et plus fondamentalement, l’expression d’un « principe métaphysique de la nature » [voir à ce sujet : Yvon Le Scanff, Le Paysage romantique et l’expérience du sublime. Éditions Champ Vallon, Seyssel 2007, page 164.]. Des collines lointaines, hautes et sans fin définie : voilà ce qui attire le romantique. Le peintre désire quitter la contingence et la finitude du monde. L’homme verticalisé, prisonnier d’un certain manichéisme, au milieu de ce chaos de roches et de brumes, montre la place centrale que le Romantique donne à la vie spirituelle par opposition au monde matériel, forcément illusoire : dès lors, le culte du moi s’apparente à une quête du moi intérieur et idéaliste, devenu la mesure de toute chose. Comprenons que le paysage a ainsi une portée allégorique puisqu’il reflète parfaitement le cœur du romantique.

En outre, Friedrich donne une dimension très spirituelle à son œuvre. De fait, les peintres romantiques ne cherchent plus la matière de leur art dans le référentiel, mais ils cherchent, par l’immensité et l’infini à se rapprocher de Dieu. Dans une acception panthéiste, la nature est la partie visible de la création de Dieu. Pour les Romantiques, Dieu est tout, il est partout. Ainsi, l’homme du tableau devrait pour rejoindre cet éden, traverser cette mer de nuages. Cela étant impossible, il regarde donc le lointain et médite sur l’au-delà.

Ainsi, le but de l’artiste est bien de montrer ce qu’il ressent en lui-même et non pas simplement ce qu’il voit. Privilégier le signifié allégorique, l’imaginaire, plutôt que le concret, voilà ce qui importe. Tout l’enjeu est bien de montrer une nature poétisée, un monde rêvé, propre à révéler dans les passions élémentaires de l’homme, une paix intérieure, un éden perdu, dédaigneux des artifices et des dissimulations du monde moderne. On pourrait évoquer ici le primitivisme. Le peintre se servant de la peinture pour aller plus loin qu’il ne le pourrait réellement : atteindre, ou en tout cas se rapprocher de l’idéal.

L’esprit et l’imagination permettent donc à l’artiste de réaliser ses rêves. L’idée de dépassement étant immanente à l’homme romantique, on trouve là une manifestation d’un moi absolu, retranché souvent dans sa propre subjectivité, qui domine l’univers. C’est pourquoi le tableau de Friedrich est si « réellement irréel » : il ne s’agit point de représenter la réalité mais l’idéal intérieur d’un réel transcendé. La peinture et la poésie étant avant tout la matière d’une introspection et d’une quête métaphysique de l’inatteignable et de l’infini.

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Comme nous le comprenons, l’œuvre apparaît presque comme l’autoportrait de celui qui l’a créée : la peinture d’un paysage n’est, en fait, qu’un prétexte pour se dévoiler et, tout en se cherchant soi-même, pour se dissimuler, et se construire un monde autonome, intime et supérieur, irréductible aux contingences et aux normes sociales. Cette tension entre effacement et dévoilement de soi est ainsi au cœur du lyrisme romantique…

© Maud C., novembre 2013
Relecture du manuscrit et ajouts éventuels : Bruno Rigolt

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Inscriptions au CDI jusqu’en février 2014*
Présentation

Le Rotary Club de Montargis propose aux élèves du Lycée en Forêt de participer à un grand concours d’expression orale qui aura lieu à partir du mardi 11 mars 2014*. Si vous aimez prendre la parole, saisissez cette occasion unique de vous exprimer à l’oral face à un public (des professionnels et quelques enseignants du Lycée). Les inscriptions vont bientôt être ouvertes : vous pourrez retirer le formulaire d’inscription au CDI (Attention : le nombre de places étant limité, ne tardez pas à rapporter vos bulletins d’inscription. Clôture des inscriptions : début février*).
Réunion d’information :  mardi 18 Février à partir de 10h20 à l’amphithéâtre du Lycée.

 

Le déroulement de l’épreuve…

Le jour de l’épreuve, vous aurez le choix entre quatre sujets imposés. Après avoir pris connaissance des sujets, vous n’en retiendrez qu’un seul, que vous préparerez sur place en 30 minutes exactement.

Les sujets proposés portent sur des questions de culture générale :

  • Économie et Société,
  • Littérature et philosophie,
  • Sciences et techniques,
  • Et pour la demi-finale des sujets “inclassables”, faisant davantage appel à vos capacités d’originalité).

Votre prestation doit durer 5 minutes au moins ! Le jury attend évidemment des exposés argumentés et réfléchis, ce qui n’empêche nullement l’improvisation : mettez-vous en scène, interpellez votre public un peu comme un acteur “qui fait son numéro”! Pourquoi pas du Slam si vous en avez le talent ! Rien n’est pire qu’un exposé lu de façon monocorde : surprenez le jury !

Le barème d’évaluation

  1. L’art oratoire et l’éloquence (10 points) ;
  2. La rhétorique : l’art du “discours”, la qualité de vos arguments et de vos exemples (10 points).
  1. L’art oratoire touche à “l’art de bien parler”. Un orateur persuasif est celui qui sait s’exprimer avec aisance et clarté, moduler le son de sa voix afin d’éviter la monotonie par exemple. La capacité d’émouvoir, de persuader par la parole sont donc essentielles. Au niveau de l’évaluation, la diction est fondamentale puisque vous devez persuader d’abord par la parole ! Ne négligez surtout pas le travail sur la langue : c’est ce qu’on appelle l’élocution, c’est-à-dire le choix du style. Par exemple, l’emploi de figures de rhétorique semble tout indiqué : métaphores, comparaisons, interpellation de votre auditoire, gradations, interrogations oratoires, etc.

  2. La rhétorique, c’est l’art du discours. Vous avez toutes et tous déjà travaillé sur l’écrit d’invention : cela va vous servir pour le concours ! L’invention, au sens étymologique (du latin “inventio”) est la capacité de savoir construire un projet, c’est-à-dire de convaincre en organisant votre propos. Vous serez donc noté sur la manière dont vous savez disposer vos idées, structurer votre parcours argumentatif. Pensez à utiliser les procédés propres au discours (choix des arguments, des exemples, des techniques de persuasion, techniques d’amplification, voire de dramatisation) en rapport avec le sujet.

Cliquez sur l’image pour l’agrandir…

Dans cet Espace pédagogique, vous trouverez dès le lundi 27 janvier 2014 plusieurs sujets test chaque semaine pour vous entraîner dans les conditions du concours et des conseils personnalisés pour vous préparer à l’épreuve…

Seize exemples de sujets entièrement inédits (dans l’esprit du Concours) :

  • Histoire et société :
    – Réussir sa vie, c’est être riche de…
    – Est-il possible de concilier le développement durable avec une société où tout semble éphémère ?
    – Pensez-vous qu’il faut réinventer un nouveau modèle social pour notre monde ?
    – C’est quoi, un “faiseur d’histoire(s)” ?

  • Littérature et Philosophie :
    – C’est quoi, être libre ?
    – Quel est l’avantage d’apprendre le Français dans le monde contemporain ?
    – La violence est-elle une force ou une faiblesse ?
    – Et si le plus beau voyage était un voyage immobile ?

  • Sciences et Techniques :
    – Les robots “humanoïdes” sont de plus en plus répandus dans le monde : faut-il en avoir peur ?
    – Comment se dérouleront les cours au Lycée en 2050 ?
    – Le progrès du moteur est-il le moteur du progrès?
    – La morale est-elle l’ennemie du progrès ?

  • Sujets “inclassables” :
    – Pourquoi est-ce blanc plutôt que noir ?
    – C’est quoi un “po-aime” ?
    – Faites votre éloge.
    – Faire le tour du monde ou faire un tour ?

Les compétences requises pour le concours…

La prise de parole en public requiert plusieurs compétences. Voici quelques conseils pour affronter l’épreuve…

  1. Commencez d’abord à vous préparer “physiquement” à la prise de parole. Choisissez avec soin votre tenue ce jour-là : certes, ce n’est pas un défilé de mode, mais vous parlerez d’autant mieux que vous vous sentirez à l’aise dans vos vêtements. N’oubliez pas non plus que la principale difficulté… C’est vous : donc inutile de vous mettre trop la pression avant! Soyez sûr(e) de vous : partez gagnant(e) en vous disant que de toute façon vous n’avez strictement rien à perdre. Dès que vous rentrez, pensez aussi à dire Bonjour ! Cela paraît évident mais parfois, avec le trac…

  2. Regardez votre public. N’oubliez pas non plus que même si une personne du jury ne semble pas faire attention à votre présence quand vous parlez, cela ne veut rien dire : elle donnera un avis sur vous juste après votre départ. Donc regardez tout le monde (et pas seulement une seule personne parce qu’elle vous aura regardé(e) avec bienveillance ou parce que vous la connaissez (votre prof par exemple). Veillez également à vous tenir correctement : inutile de se raidir, mais il ne faut pas non plus être avachi !

  3. Improviser… Mais pas trop ! Bien sûr, le concours exige une certaine part d’improvisation, mais n’en faites pas trop non plus, car cela risquerait de vous entraîner sur un terrain parfois glissant, en particulier au niveau de la maîtrise du non-verbal (la gestuelle) : quand on improvise, on a tendance à “théâtraliser” un peu trop parfois : en libérant la parole, on libère trop ses gestes et on en arrive à “gesticuler”. Donc, gardez toujours une certaine distance en essayant d’articuler au mieux le geste et les registres de langue que vous allez employer (didactique, comique, lyrique, etc.)

  4. S’entraîner avec… une glace et un MP3 ! Voici un excellent exercice qui vous permettra de vérifier que vous maîtrisez votre voix et votre respiration lors de la prise de parole : chez vous, essayez en vous regardant obligatoirement devant une glace (une grande : celle de la salle de bain fera l’affaire!) de parler HAUT et FORT. L’exercice d’entraînement que je vous propose consiste à lire un texte neutre (une définition de cours par exemple, comme ça vous ne perdez pas de temps) en regardant le moins possible votre support et en vous fixant le plus possible dans la glace. Relisez plusieurs fois votre texte en variant l’intonation (neutralité, colère, joie, rire, émotion, interpellation, etc.). Si possible, enregistrez-vous avec un MP3 et écoutez ce que ça donne afin de corriger les petits problèmes (placement de la voix par exemple). Prenez ensuite un sujet au hasard : accordez-vous 20 minutes de préparation et lancez-vous, sans lire vos notes (vous pouvez même vous entraîner dans les transports en commun pour la recherche des arguments) : essayez de trouver des idées créatives, originales, et faites si possible votre exposé devant d’autres personnes : des copains ou des copines, la famille, etc. afin de vous confronter à un public. Si vous êtes seul chez vous, mettez-vous devant une glace et parlez HAUT et FORT en vous obligeant à parler tout en vous regardant.

* Date de l’épreuve : 11 mars 2014. En fonction du nombre de candidats inscrits, une seconde séance de qualifications peut avoir lieu quelques jours après. Réunion d’information : le 18 Février 2014. Remise des prix : début avril.
Ces dates sont indiquées sous réserve. Dans tous les cas, vérifiez auprès du CDI.

Concours d’éloquence du Rotary au Lycée en Forêt…

           

Bientôt le Concours d’art oratoire 2014
Inscriptions au CDI jusqu’en février 2014*

Présentation

Le Rotary Club de Montargis propose aux élèves du Lycée en Forêt de participer à un grand concours d’expression orale qui aura lieu à partir du mardi 11 mars 2014*. Si vous aimez prendre la parole, saisissez cette occasion unique de vous exprimer à l’oral face à un public (des professionnels et quelques enseignants du Lycée). Les inscriptions vont bientôt être ouvertes : vous pourrez retirer le formulaire d’inscription au CDI (Attention : le nombre de places étant limité, ne tardez pas à rapporter vos bulletins d’inscription. Clôture des inscriptions : début février*).
Réunion d’information :  mardi 18 Février à partir de 10h20 à l’amphithéâtre du Lycée.

 

Le déroulement de l’épreuve…

Le jour de l’épreuve, vous aurez le choix entre quatre sujets imposés. Après avoir pris connaissance des sujets, vous n’en retiendrez qu’un seul, que vous préparerez sur place en 30 minutes exactement.

Les sujets proposés portent sur des questions de culture générale :

  • Économie et Société,
  • Littérature et philosophie,
  • Sciences et techniques,
  • Et pour la demi-finale des sujets “inclassables”, faisant davantage appel à vos capacités d’originalité).

Votre prestation doit durer 5 minutes au moins ! Le jury attend évidemment des exposés argumentés et réfléchis, ce qui n’empêche nullement l’improvisation : mettez-vous en scène, interpellez votre public un peu comme un acteur “qui fait son numéro”! Pourquoi pas du Slam si vous en avez le talent ! Rien n’est pire qu’un exposé lu de façon monocorde : surprenez le jury !

Le barème d’évaluation

  1. L’art oratoire et l’éloquence (10 points) ;
  2. La rhétorique : l’art du “discours”, la qualité de vos arguments et de vos exemples (10 points).
  1. L’art oratoire touche à “l’art de bien parler”. Un orateur persuasif est celui qui sait s’exprimer avec aisance et clarté, moduler le son de sa voix afin d’éviter la monotonie par exemple. La capacité d’émouvoir, de persuader par la parole sont donc essentielles. Au niveau de l’évaluation, la diction est fondamentale puisque vous devez persuader d’abord par la parole ! Ne négligez surtout pas le travail sur la langue : c’est ce qu’on appelle l’élocution, c’est-à-dire le choix du style. Par exemple, l’emploi de figures de rhétorique semble tout indiqué : métaphores, comparaisons, interpellation de votre auditoire, gradations, interrogations oratoires, etc.

  2. La rhétorique, c’est l’art du discours. Vous avez toutes et tous déjà travaillé sur l’écrit d’invention : cela va vous servir pour le concours ! L’invention, au sens étymologique (du latin “inventio”) est la capacité de savoir construire un projet, c’est-à-dire de convaincre en organisant votre propos. Vous serez donc noté sur la manière dont vous savez disposer vos idées, structurer votre parcours argumentatif. Pensez à utiliser les procédés propres au discours (choix des arguments, des exemples, des techniques de persuasion, techniques d’amplification, voire de dramatisation) en rapport avec le sujet.

Cliquez sur l’image pour l’agrandir…

Dans cet Espace pédagogique, vous trouverez dès le lundi 27 janvier 2014 plusieurs sujets test chaque semaine pour vous entraîner dans les conditions du concours et des conseils personnalisés pour vous préparer à l’épreuve…

Seize exemples de sujets entièrement inédits (dans l’esprit du Concours) :

  • Histoire et société :
    – Réussir sa vie, c’est être riche de…
    – Est-il possible de concilier le développement durable avec une société où tout semble éphémère ?
    – Pensez-vous qu’il faut réinventer un nouveau modèle social pour notre monde ?
    – C’est quoi, un “faiseur d’histoire(s)” ?

  • Littérature et Philosophie :
    – C’est quoi, être libre ?
    – Quel est l’avantage d’apprendre le Français dans le monde contemporain ?
    – La violence est-elle une force ou une faiblesse ?
    – Et si le plus beau voyage était un voyage immobile ?

  • Sciences et Techniques :
    – Les robots “humanoïdes” sont de plus en plus répandus dans le monde : faut-il en avoir peur ?
    – Comment se dérouleront les cours au Lycée en 2050 ?
    – Le progrès du moteur est-il le moteur du progrès?
    – La morale est-elle l’ennemie du progrès ?

  • Sujets “inclassables” :
    – Pourquoi est-ce blanc plutôt que noir ?
    – C’est quoi un “po-aime” ?
    – Faites votre éloge.
    – Faire le tour du monde ou faire un tour ?

Les compétences requises pour le concours…

La prise de parole en public requiert plusieurs compétences. Voici quelques conseils pour affronter l’épreuve…

  1. Commencez d’abord à vous préparer “physiquement” à la prise de parole. Choisissez avec soin votre tenue ce jour-là : certes, ce n’est pas un défilé de mode, mais vous parlerez d’autant mieux que vous vous sentirez à l’aise dans vos vêtements. N’oubliez pas non plus que la principale difficulté… C’est vous : donc inutile de vous mettre trop la pression avant! Soyez sûr(e) de vous : partez gagnant(e) en vous disant que de toute façon vous n’avez strictement rien à perdre. Dès que vous rentrez, pensez aussi à dire Bonjour ! Cela paraît évident mais parfois, avec le trac…

  2. Regardez votre public. N’oubliez pas non plus que même si une personne du jury ne semble pas faire attention à votre présence quand vous parlez, cela ne veut rien dire : elle donnera un avis sur vous juste après votre départ. Donc regardez tout le monde (et pas seulement une seule personne parce qu’elle vous aura regardé(e) avec bienveillance ou parce que vous la connaissez (votre prof par exemple). Veillez également à vous tenir correctement : inutile de se raidir, mais il ne faut pas non plus être avachi !

  3. Improviser… Mais pas trop ! Bien sûr, le concours exige une certaine part d’improvisation, mais n’en faites pas trop non plus, car cela risquerait de vous entraîner sur un terrain parfois glissant, en particulier au niveau de la maîtrise du non-verbal (la gestuelle) : quand on improvise, on a tendance à “théâtraliser” un peu trop parfois : en libérant la parole, on libère trop ses gestes et on en arrive à “gesticuler”. Donc, gardez toujours une certaine distance en essayant d’articuler au mieux le geste et les registres de langue que vous allez employer (didactique, comique, lyrique, etc.)

  4. S’entraîner avec… une glace et un MP3 ! Voici un excellent exercice qui vous permettra de vérifier que vous maîtrisez votre voix et votre respiration lors de la prise de parole : chez vous, essayez en vous regardant obligatoirement devant une glace (une grande : celle de la salle de bain fera l’affaire!) de parler HAUT et FORT. L’exercice d’entraînement que je vous propose consiste à lire un texte neutre (une définition de cours par exemple, comme ça vous ne perdez pas de temps) en regardant le moins possible votre support et en vous fixant le plus possible dans la glace. Relisez plusieurs fois votre texte en variant l’intonation (neutralité, colère, joie, rire, émotion, interpellation, etc.). Si possible, enregistrez-vous avec un MP3 et écoutez ce que ça donne afin de corriger les petits problèmes (placement de la voix par exemple). Prenez ensuite un sujet au hasard : accordez-vous 20 minutes de préparation et lancez-vous, sans lire vos notes (vous pouvez même vous entraîner dans les transports en commun pour la recherche des arguments) : essayez de trouver des idées créatives, originales, et faites si possible votre exposé devant d’autres personnes : des copains ou des copines, la famille, etc. afin de vous confronter à un public. Si vous êtes seul chez vous, mettez-vous devant une glace et parlez HAUT et FORT en vous obligeant à parler tout en vous regardant.

* Date de l’épreuve : 11 mars 2014. En fonction du nombre de candidats inscrits, une seconde séance de qualifications peut avoir lieu quelques jours après. Réunion d’information : le 18 Février 2014. Remise des prix : début avril.
Ces dates sont indiquées sous réserve. Dans tous les cas, vérifiez auprès du CDI.

Un Automne en Poésie, Saison 5 Deuxième livraison

Les classes de Seconde 3 et de Seconde 11
du Lycée en Forêt présentent…

Pour fêter comme il se doit la rentrée littéraire, la classe de Seconde 3 et la classe de Seconde 11 du Lycée en Forêt (promotion 2013-2014) vous invitent à la saison 5 d’Un Automne en Poésie, événement désormais incontournable qui marque comme chaque année l’actualité littéraire lycéenne.

Puisant leur inspiration dans le message poétique du Romantisme et du Symbolisme, les jeunes étudiant(e)s ont souhaité mettre en avant l’écriture poétique comme exercice de la liberté : liberté du rêve, des grands infinis ; liberté du cœur et des sentiments ; liberté aussi des jeux sur l’image et le non-dit, l’inexprimable, l’ineffable du mot…

Voici la deuxième livraison de textes.

Chaque semaine, de nouveaux textes seront publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif jusqu’en décembre 2013. Bonne lecture !

Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les poèmes des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, ainsi que la référence complète du poème cité (URL de la page).

________________

                    

                           

Précieuses confusions

par Maud C., Marianne N. et Juliette B.-L.
Classe de Seconde 11

Des rames du temps parvient
L’insaisissable amour, tel tes yeux
Renferment les émeraudes cachotières,
Scintillant dans un lointain éphémère.

Glacé par le poison de l’insouciance,
L’éden bucolique de l’enfance
Heurte la porte de mon cœur,
Ton regard s’envole à travers les cieux.

Ouvre-moi l’immensité de tes blessures
Dans l’intime plainte d’un souffle d’argent
Rends précieux le sacrifice de mes larmes
Tes paroles voguent sur la mer du soir

De ta source jaillit un azur brûlant
Et mon cœur à tes lèvres pleure
Et mes cils à tes mots se figent ;
La neige embrase l’amère confusion.

Quand l’aurore apposera son chaste baiser,
Un char parfumé envahira tes jours
Souverain, majestueux, il t’emmènera pour toujours
Sur le soir de la mer…

« Souverain, majestueux, il t’emmènera pour toujours sur le soir de la mer… »

Crédit iconographique : Bruno Rigolt, composition d’après René Magritte : « Poison » (1949)

                 

                  

L’Amour de l’Atlantique

par Sandra C.
Classe de Seconde 3

                    

Je suis dans des champs de lumière
Emprisonnée dans mes rêves pleins de sève et de vie
L’étoile filante du voyage a touché mon âme
Un immense cœur de miel s’envole

Comme les rayons de mon être, vers un lieu infini.
Une porte s’ouvre à mes pieds
Et j’observe le futur s’inscrire dans le passé !
J’entends le mythe fabuleux du chant d’éternelle liberté

Transporter le vent de multiples couleurs sur Londres.
Je vois des merveilles dans l’oubli
De la solitude et de l’ombre
Dérober l’amour de l’Atlantique !

Joseph Mallord William Turner, « Le Dernier Voyage du Téméraire » (1839). Huile sur toile, Londres, National Gallery.

          

                   

Haïkus

par Lynne C. et Matthis L.
Classe de Seconde 11

La liberté de l’oiseau
Vaut cent mille fleurs,
Ses ailes ont troublé
Les millénaires

L’enfance est une bougie
Qui se consume
Laissant des perles de cire derrière elle

La mer a la même durée de vie
Que l’amour. Son doux vol traverse les ténèbres
Vers l’infini du cœur…

Voyage — Éternité

par Pauline O. et Idriss
Classe de Seconde 3

                         

Oublier les servitudes des villes de chagrin
Pour l’aventure infinie de l’espace
Je navigue tel un oiseau cherchant où migrer
Vers un bonheur éternel où passe

La lumière bleue du soir.
Voyage interdit vers un bonheur éternel,
Pour recevoir l’illusion de l’instantanément
ouvert au soleil.

Couleur azur qui envahit mes pensées
Mythe de la déesse de l’amour
Lointaine et constellée
À l’inquisition d’un trésor perdu.

Infinitié bleue de la mer
Qui embesogne
L’horizon de mes pensées
Où se repose le soir…

« Oublier les servitudes des villes de chagrin
Pour l’aventure infinie de l’espace… »

Crédit iconographique : Bruno Rigolt (peinture numérique et photomontage)
© Bruno Rigolt, novembre 2013

Voyage équationnel

par Sarah T. et Kassandra R.
Classe de Seconde 3

          

Sachant que toute fonction linéaire est une fonction affine dont le terme constant est égal au voyage…

 J’ai calculé l’équation de ton cœur
En m’aidant de mes sentiments
Et de quelques fonctions affines.
Dans le plan munie d’un repère,

J’ai conjecturé la valeur de ton nom.
Avec toute cette liberté proportionnelle
J’ai démontré la majestueuse rosée de l’espace
Et donné ton utilité en horizon.

Par ce résultat,
J’ai calculé la pureté de mes faiblesses
Goutte après goutte qui tombe
Rien qu’un instant sur mon cœur seulement…

 « … en m’aidant de mes sentiments et de quelques fonctions affines… »

Photomontage et peinture numérique : B. R.

               

  

À brève échéance

Création collective
(Charline, Maelys, Matthieu, Sari, Loïc, Marjorie, Salim, Oriana, Matthis,
Thomas, Amélie, Marianne, Camille H., Héloïse, Valentin, Camille G.)

Classe de Seconde 11


Les étoiles de la nuit ont émigré vers mon cœur
La mer est un étalement bleu d’exil
Partie en voyage.

La famine de mes sentiments à brève échéance
S’est nourrie de caps de bonne espérance
Et de latitudes en partance.

L’invention extraordinaire de l’aube
Citoyenne arctique de l’homme
A déforesté mes forêts de chagrins et de larmes

Ma vie, peuplée jadis de solitude
A frôlé le grand méridien
Tracé sur les lèvres de la mer…

                


Brefs poèmes

Création collective
(Alexis, Cléa, Fayçal, Léo, Amélie, Bastien, Lynne, Melvin, Benjamin,
Maud, Jade, Inès, Juliette, Julien, Alexandre)

Classe de Seconde 11

 

La sinuosité de mon âme a produit

des variations saisonnières

de feuilles et de vent

La monarchie de mon cœur a engendré une espèce de civilisation

Douloureuse et silencieuse aux confins de mes larmes

un peu plus loin encore…

Solitaire arc-en-ciel, le perroquet ouvre ses ailes aux profondeurs chagrines

Et quand il inonde dans un souffle profond l’exotique aquilon

L’impossible transgression de l’ailleurs se dévoile à mes yeux.

Le perroquet se lève, douloureux vertige qui produit l’irréel

Des tourments révélés.

                       

                           

Quelle est cette lumière ?

par William S. et Alexandre H.
Classe de Seconde 3

J’étais en train de poursuivre mon passé
Et non mon lendemain
Mais une fée a pris mon cœur
Pour l’emmener au bout du monde.

Quelle est cette lumière entre tes mains
Qui éclaire mon avenir ?
C’est un nouveau matin
Que j’ai enfin trouvé où dort le souvenir…

          

                

Comme un abîme fleuri de chagrins

par Maud C.
Classe de Seconde 11

              

À l’approche de l’abîme solitaire de mon âme
L’aube nourrie de baies généreuses
S’est refermée comme un abîme fleuri de chagrins
Où l’heure naissante ne bat qu’à demi,
Où le temps n’apparait qu’à demain.

Je dévale cette pente vers l’oubli
Vert de bleu que je ne saurais taire
Vert de nuit que je ne saurai dire.

Une montagne dans le vague tenait les chants du colibri
Simplicité mouvante de promesse,
Elle m’enivre et me blesse
M’entrainant par delà les latitudes dévastées
Au pays où l’alouette sourit au futur bruissement.

Je dévale cette pente vers le vent
Vert de nuit que je ne saurais dire
Vert de bleu que je ne saurai taire.

Crédit iconographique : © Bruno Rigolt, novembre 2013

                  

                         

Dans les îles de nuits

Maxime B.
Classe de Seconde 3

 

Tremper sa solitude dans l’azur de l’oubli
Soutenir le bateau des merveilles du passé
Et dérober les chaleureux trésors de l’amour
Pour nager à l’autre bout de la terre

Échapper aux pirates des villes
À leurs canons de pollution
Et laisser les combats du chagrin
Pour naviguer jusqu’aux îles du Bonheur

Ces îles de nuits de l’autre côté de la mer
Là où vivent les fleurs protectrices de joie
Là où tristesse et peur n’existent pas
Elles aiment et adoptent le voyageur.

« … Pour naviguer jusqu’aux îles du Bonheur/Ces îles de nuits de l’autre côté de la mer… »

                        

                    

La deuxième livraison de textes est terminée.
Prochaine livraison : samedi 23 novembre 2013

Un Automne en Poésie, Saison 5 Première livraison

Les classes de Seconde 3 et de Seconde 11
du Lycée en Forêt présentent…

Pour fêter comme il se doit la rentrée littéraire, la classe de Seconde 3 et la classe de Seconde 11 du Lycée en Forêt (promotion 2013-2014) vous invitent à la saison 5 d’Un Automne en Poésie, événement désormais incontournable qui marque comme chaque année l’actualité littéraire lycéenne.

Puisant leur inspiration dans le message poétique du Romantisme et du Symbolisme, les jeunes étudiant(e)s ont souhaité mettre en avant l’écriture poétique comme exercice de la liberté : liberté du rêve, des grands infinis ; liberté du cœur et des sentiments ; liberté aussi des jeux sur l’image et le non-dit, l’inexprimable, l’ineffable du mot…         

Voici la première livraison de textes.

Chaque semaine, de nouveaux textes seront publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif jusqu’en décembre 2013. Bonne lecture !

Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les poèmes des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, ainsi que la référence complète du poème cité (URL de la page).

________________

                       

  

Sous cet horizon vêtu de soir

par Cléa F. et Alexis G.
Classe de Seconde 11

Sous cet horizon vêtu de soir
Une étrange vision de bois sombres
Je sens que m’effeurent les ombres
Ainsi que d’une fleur le soupir lointain.

Le frisson de la nuit s’étend à l’infini
Un tremblement d’étoile surgit là-bas,
De mon cœur tombe goutte à goutte
Un chagrin en sursis

Dans la pénombre je vois la pluie qui tombe
Puis un rayon de lumière
Et sur le sable une lueur d’espoir
Comme le vent sur les vitres de la mer…

« Dans la pénombre je vois la pluie qui tombe puis un rayon de lumière… »

Crédit iconographique : Bruno Rigolt, d’après Caspar David Friedrich « Meeresufer im Mondschein » (« Rivage au clair de lune »), 1835-36, Kunsthalle, Hambourg (Allemagne)

            

                  

Vers Toi

par Tiffany Z. et Audrey L.
Classe de Seconde 3

              

C’est le soir. Voici l’heure où mon cœur déchiré te pleure
Malgré ton combat
Le ciel t’a emmenée vers une rivière bordée de fleurs vermeilles
Sous un ciel d’orage d’ombre.
La nuit déterminée du cancer a gagné
Je lève un peu la tête vers toi,
La pluie dégringole comme une aube venue de toi,
Comme des fleurs venues de toi…
Une étoile scintille au bord du chemin
Et je sais que c’est toi que je vois là
Vers le soleil du matin…

Octobre 2013

« Et je sais que c’est toi que je vois là… »

Louis Janmot (1814–1892), Le Poème de l’âme, « Le Vol de l’âme » (détail)
(Lyon, Musée des Beaux-Arts)

        

     

Un oiseau a chanté

par Léanna H. et Joanna B.
Classe de Seconde 3

                  

Délaissées les servitudes des villes monotones
Pour une métamorphose éternelle d’ombre et de soleil
Et pour me souvenir de l’interminable parfum
Du voyage.

Mes yeux sont des rivages vers un bonheur passé
Un oiseau a chanté un voyage interdit
Un voyage peint en bleu vers l’aveugle lumière
De l’infini.

Le jour songe en silence.
Le jour s’est couvert d’une toile blanche
Et me fait tomber parmi le monde entier
De ma douce destinée…

« Et pour me souvenir de l’interminable parfum du voyage… »

Crédit iconographique : © Bruno Rigolt

Inadmissible sourire dans une vie sans monde

par Maud C.
Classe de Seconde 11

                  

Les cheveux du vent semaient un peu de clarté révolue
Dans la remise des coteaux verdâtres du trépas.
L’amoureux de la longue plainte des saules
Respirait l’air bleu de la nuit.

Quelles chimères souffrant aux mille combats
Tariront la flamme de mon cœur appauvri ?
Et le souffle dénudé de ta main, à la musique de l’aube,
S’est levé dans la robe fleurie du salut.

Je te demanderai quelques discrétions absurdes,
Dans l’écho négligeable de tes yeux où le soleil s’éteint.
Un berceau de brume te cachait à la vie,
Assoupi dans une neige tiède de mélancolie.

Des larmes, soudain, perlaient sur ta solitude
Orpheline qui cueillait des fleurs.
Une cloche lointaine réveillait les songes des étoiles,
Tandis qu’une feuille mordorée

Voguait parmi les flots limpides
Du soir sans fin, longtemps, toujours plus loin.
Le rêve était fragile, le chant du repos sucré…
Et je cueille avec ardeur l’immensité de ton nom…

« … parmi les flots limpides du soir sans fin, longtemps, toujours plus loin… »

Crédit iconographique : Bruno Rigolt

 

Cette chanson de nuit…

par Benjamin C.
Classe de Seconde 11



J’ai souvent une chanson dans la tête
C’est un chant médiéval
Aux paroles de foudre et de tempête
Et le musicien oriental

Joue sur l’instrument infini
Et le chanteur part sur les ailes de l’âme
Laissant loin le feu et les flammes.
Céleste mélodie,

Chanson de nuit
Qui apaise doucement mon cœur
Et jusque dans la douleur
Me laisse partir au soleil de la vie.

← Juan Gris
« Nature morte aux fruits et à la mandoline »
(détail, 1919. Coll. privée)

                       

                    

La Lumière dessine un soir

par Valentin G.
Classe de Seconde 11

                 

J’observe la mer, cette avenue vers l’inconnu…
Un signe lointain me guide
La lumière dessine un soir

Le tableau interminé du jour
S’efface alors. Je me dirige
Dans le cadre solitaire de l’espoir

M’assieds au pied de cet arbre blanc
Et je m’endors
Vers la grande ville de l’Amour…

                        « J’observe la mer, cette avenue vers l’inconnu… »

Crédit iconographique : Edward McKnight Kauffer (1890-1954), « Go Great Western to Cornwall »
New York, Museum of Modern Art

 

              

Retour vers l’enfance

par Melvin C.
Classe de Seconde 11

                      

L’encadrement de cette photo me remplit de tristesse.
Seul le bulleur de l’aquarium respire encore.
Le parallélisme de ses bulles donne l’illusion de mes larmes.
Désormais, l’algorithme de l’amour est inversé.
La courbe de la mer lointaine traduit
L’équation de mes sentiments.

« La courbe de la mer lointaine traduit l’équation de mes sentiments… »

Crédit iconographique : © Bruno Rigolt, octobre 2013
Photomontage d’après Kay Sage, « The Answer is No » (1958, Princeton University Art Museum) et Hawase Hokusai, « La Grande Vague de Kanagawa » (1831).

                      

_

Dans la légèreté des civilisations du soir…

par Juliette B.-L. et Jade B.
Classe de Seconde 11
 

                   

La neige a peint la montagne,
Scintille en son miroir la perle de Lune

Le vent chante le soir,
Seul ton regard perce de mon cœur les brumes

Se perd, la nuit, l’ombre de mes rêves.
S ‘endort le monde, dans le berceau des montagnes.

L ‘ombre de la nuit rougit sous la Lune
La neige s ‘envole dans la légèreté des civilisations du soir…

« S ‘endort, le monde dans le berceau des montagnes… »

Kawase Hasui, « A Nocturnal Fuji, Lake Ashino », 1935

                          

      

La première livraison de textes est terminée.
Prochaine livraison le mercredi 6 novembre 2013

Support de cours et entraînement BTS : Rêve, imagination sociale et utopie

_

BTS/Épreuve de Culture générale et Expression
Thème 2014 > 2015 : « Cette part de rêve que chacun porte en soi »
      

Entraînement BTS
Rêve, imagination sociale et utopie

          

Support de cours

Forgé par Thomas More en 1516¹, le terme d’utopie renvoie à un hypothétique pays du bonheur qui n’existerait dans aucun lieu. De façon plus générale, le concept d’utopie apparaît comme la dimension politique du rêve : monde idéal dans lequel l’humanité, exempte de tous les maux, connaîtrait enfin le bonheur dans le paradis terrestre.

D’un point de vue idéologique, l’utopie est donc sous-tendue par le rêve. Comme le rappelle Thomas Seguin² à propos du philosophe Louis Althusser, « À travers l’idéologie, les hommes expriment, non pas leurs rapports à leurs conditions d’existence, mais la façon dont ils vivent le rapport à leurs conditions d’existence. Ce lien imaginaire au réel, institué par l’idéologie, va influencer les formes de subjectivité par la construction de représentations quant au rapport à soi, au rapport aux autres, aux rapports au monde et au temps, par lesquels l’individualité sera vécue et représentée ».

De fait, comme il a été justement remarqué³, « l’utopie actualise l’acception du rêve comme construction de l’imagination à l’état de veille, au sens où ce lieu de l’utopie, parce qu’il n’existe pas, invite d’autant mieux à l’idéalisation. Celle-ci a pour objet l’organisation sociale du lieu, entendue bien souvent dans une perspective macrostructurelle : ce sont tous les rouages de la vie sociale qui sont « rêvés ». D’où son caractère éminemment mobilisateur.
Mais la mobilisation, lorsqu’elle se produit, n’est pas sans risque. L’utopie
a pour vocation de projeter un idéal social, non de le réaliser ».

Si le rêve et l’imagination sociale semblent donc en interaction profonde quand on aborde la question de l’utopie, il faut pourtant se rendre à l’évidence : le rêve utopique imaginé par Thomas More est d’abord un non-lieu lui-même en marge de l’histoire : tel est le sens qu’il faut attribuer par exemple à l’utopie d’Eldorado (doc. 6) : sur le mode imaginaire, Voltaire propose à la réflexion du lecteur des fondements idéologiques qui sont ceux du pragmatisme* des Lumières, mais l’utopie d’Eldorado ne saurait être réalisée concrètement au risque de détourner les valeurs pour lesquelles se battent les philosophes des Lumières. Nombre d’utopies sont en effet de graves illusions idéologiques : c’est ce que dénonce le roman d’anticipation d’Eugène Zamiatine, Nous autres (doc. 5), dont s’inspirèrent Huxley (Le Meilleur des mondes) et Orwell (1984).

Comme nous le comprenons, dérive de la pensée utopiste un profond ressentiment contre le réel : de là le rêve rationnel et techniciste d’un système social idéal obnubilé par la suppression des dimensions existentielles de l’espace et du temps humains. Il n’est dès lors pas étonnant qu’en se donnant les apparences abstraites de l’éternité, les utopies fonctionnent comme une forteresse paranoïaque de surveillance, hantée par la peur du hasard, la puissance et l’omniscience de Dieu.

En ce sens, leur réalisation, parce qu’elle pousse aux extrêmes l’abstraction et la rationalité, porte les stigmates du cauchemardesque : société de la transparence totale, mais qui est aussi celle de l’obstacle et de l’enfermement. À la perfectibilité sans limites des « édifices publics élevés jusqu’aux nues », des « marchés ornés de mille colonnes », des « grandes places » de l’Eldorado voltairien répond le quadrillage disciplinaire de la cité idéale de Le Corbusier (doc. 4).

Comme le rappelle Jean Servier (doc. 3), « l’utopie se caractérise par l’accent particulier donné à la connaissance rationnelle, poursuivant en cela sa fonction de rêve apaisant négateur de toute anxiété ». Mais on ne saurait confondre le progrès de la connaissance avec le progrès moral de l’humanité : ainsi, le rêve utopique d’une harmonie universelle aboutit paradoxalement à une sorte d’univers concentrationnaire marqué par la pensée unique, l’obsession sécuritaire, et la surveillance panoptique. 

Tout travail sur les rapports entre rêve et utopie invite finalement à une réflexion épistémologique majeure : le rêve est-il un luxe encore possible dans l’utopie ? Je vous renvoie à ces propos éclairants d’Anne Staquet (doc. 1) : « si l’utopiste expose son rêve d’un monde idéal, il faut remarquer qu’en utopie il est interdit de rêver ».

La vérité ne se connaît que par l’action. De fait, le rêve peut-il avoir sa place dans un système social où le conditionnement au bonheur obligatoire s’est érigé en valeur morale ? Où l’idée d’une prédictibilité des comportements humains préfigure la fin même de l’Histoire ? De l’utopie à l’uchronie, il n’y a qu’un pas…

© Bruno Rigolt
Espace Pédagogique Contributif/Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2013

1. Voir à ce sujet : Jean-Yves Lacroix, L’Utopia de Thomas More et la tradition platonicienne, Librairie philosophique Jean Vrin, Paris 2007, particulièrement les pages 11 et 21.
2. Thomas Seguin, Politique postmoderne : Généalogie du contemporain, L’Harmattan « Logiques sociales », Paris 2012, page 72.
3. Jean-Louis Tilleuil, « La paralittérature : un réservoir de mythes pour le rêve européen ? », in Utopies, imaginaires européens,  Études réunies et présentées par Paul-Augustin Deproost et Bernard Coulie, L’Harmattan, Paris 2002, page 104.
|*| Pragmatisme : mot créé par le philosophe Charles S. Peirce (1839-1914) : affirmation selon laquelle on ne connaît réellement que par l’action.


          

Travaux d’écriture           

Synthèse
Vous rédigerez une synthèse concise, ordonnée et objective des documents suivants.

Écriture personnelle (deux sujets au choix)
Vous répondrez dans un travail argumenté en appuyant votre réflexion sur les documents du corpus, vos lectures de l’année et vos connaissances personnelles.

  1. Selon vous, quelle est la part de liberté pour l’être humain dans l’utopie ?
  2. L’utopie est-elle la fin du rêve ?

Corpus

  • Document 1. Anne Staquet, L’Utopie ou les fictions subversives, 2002
  • Document 2. Roberto Barbanti et Claire Fagnart (sous la direction de), L’Art au XXe siècle et l’utopie, 2000
  • Document 3. Jean Servier, L’Utopie, 1979
  • Document 4. Le Corbusier, « Ville contemporaine pour trois millions d’habitants » (1922)
  • Document 5. Eugène Zamiatine, Nous autres, 1920
  • Document 6. Voltaire, Candide ou l’optimisme, chapitre 18 : « L’utopie d’Eldorado », 1759

 ♦ Document 1. Anne Staquet, L’Utopie ou les fictions subversives, 2002

Non seulement les utopiens ne sont pas des artistes, mais leur vie même est généralement organisée à l’extrême : c’est au point que la plus petite fantaisie leur est interdite, non pas, bien sûr, par règlement, mais parce que tout est déjà prévu et organisé. Il ne reste en fait dans les utopies aucune place ni au hasard ni au contingent. Ce trait s’explique généralement par le fait que l’utopie est l’œuvre de la raison et il est sous-entendu que la raison exclut le hasard, la fantaisie et le contingent. Cela est évidemment faux. Le fait que la fantaisie et le contingent existent évidemment chez l’utopiste lorsqu’il élabore son utopie en est déjà une preuve suffisante. Si celui-ci est un philosophe, il est aussi un artiste, un créateur. Les utopies nées de la volonté de réduire le temps de travail et de permettre à chacun de s’instruire n’apportent pas les mêmes solutions au même problème. Il y a donc bien une part de fantaisie et de contingence de la part de l’auteur. D’ailleurs, il suffit de voir l’invention dont certains auteurs ont fait preuve pour s’en convaincre. Pourtant, ce qui semble être vrai pour l’utopiste ne l’est pas pour l’utopien. Il y a une différence fondamentale entre eux.

Cette différence entre les uns et les autres se retrouve aussi dans ce que j’appellerais le paradoxe du rêve. En effet, si l’utopiste expose son rêve d’un monde idéal, il faut remarquer qu’en utopie il est interdit de rêver. On pourrait justifier cela par le fait que les utopiens doivent toujours être occupés soit à travailler soit à s’instruire. Mais cet argument n’explique rien, car comment se fait-il alors qu’ils doivent s’occuper sans cesse ? En fait, si le rêve est banni du pays d’utopie, c’est parce qu’il constitue quasiment une contestation du système. Si, dans le meilleur des mondes, on éprouve le besoin de rêver, c’est parce que le monde dans lequel on se trouve n’est certainement pas parfait. Rêver consisterait donc à contester la perfection du monde idéal. Pourtant, l’utopie est de l’ordre du rêve, mais d’un rêve dans lequel le rêve est interdit.

Anne Staquet, L’Utopie ou les fictions subversives
Éditions du Grand Midi, Zurich (Suisse)-Québec (Canada) 2002, page 154.

♦ Document 2. Roberto Barbanti et Claire Fagnart (sous la direction de), L’Art au XXe siècle et l’utopie, L’Harmattan (coll. Art 8), Paris 2000
Depuis la page 30 [haut de page, « Trop souvent, rappelons-le, l’utopie est traitée comme une espèce de rêverie »] jusqu’à la page 32 [haut de page → « la rationalité du désir) »].

♦ Document 3. Jean Servier, L’Utopie, 1979

L’utopie se caractérise par l’accent particulier donné à la connaissance rationnelle, poursuivant en cela sa fonction de rêve apaisant négateur de toute anxiété. Peu à peu, les utopistes ont conçu un développement illimité de la science, du perfectionnement des techniques et, du même coup, des possibilités d’action de l’homme. Le rêve a dépassé la réalité sans pour autant la prévoir […].

La science-fiction est, comme l’utopie avec laquelle elle présente d’indéniables analogies, à la fois un genre littéraire et l’expression d’une époque : un rêve de l’occident.
[…]
Les utopistes attendent de la machine qu’elle facilite la vie de l’homme en lui laissant le temps de cultiver son esprit, d’améliorer son corps et son âme. Le progrès technique devient le moyen de perfectionner l’homme. Lorsque Mercier¹ fait du télescope « le canon moral qui a battu en ruine toutes les superstitions », il résume la pensée du siècle des Lumières. Fourier² annonce une humanité régénérée par la science, dotée même d’un sixième sens, « comme les habitants des autres planètes » — ce dont il ne savait rien.
[…]
Ainsi, la science et la cité radieuse sont étroitement liées dans la pensée des utopistes.

La nature est domptée, entièrement soumise à l’homme. Les maladies sont vaincues et « l’énigme douloureuse de la mort », comme dit Freud, est purement et simplement niée en tant qu’énigme. Ce que Freud appelle le narcissisme naturel de l’homme peut se développer librement, car le citoyen de la cité radieuse, grâce à la science, ne se sent plus ni faible ni désarmé devant la nature, il est protégé contre l’écrasante suprématie de la nature.

Jean Servier, L’Utopie
PUF, collection « Que sais-je ? », Paris 1979, pages 73-75.

♦ Document 4. Le Corbusier, « Ville contemporaine pour trois millions d’habitants » (1922)
Voyez aussi cette page qui présente un texte important du Corbusier.

© FLC / VG Bild-Kunst, Bonn, 2007

♦ Document 5. Eugène Zamiatine, Nous autres, 1920
Pour une présentation de l’ouvrage, voyez cette page.

NOTE 1
Une annonce. La plus sage des lignes. Un poème.

Je ne fais que transcrire, mot pour mot, ce que publie ce matin le Journal national :

La construction de l’Intégral sera achevée dans 120 jours. Une grande date historique est proche : celle où le premier Intégral prendra son vol dans les espaces infinis. Il y a mille ans que nos héroïques ancêtres ont réduit toute la sphère terrestre au pouvoir de l’État Unique, un exploit plus glorieux encore nous attend : l’intégration des immensités de l’univers par l’Intégral, formidable appareil électrique en verre et crachant le feu. Il nous appartient de soumettre au joug bienfaisant de la raison tous les êtres inconnus, habitants d’autres planètes, qui se trouvent peut-être encore à l’état sauvage de la liberté. S’ils ne comprennent pas que nous leur apportons le bonheur mathématique et exact, notre devoir est de les forcer à être heureux. Mais avant toutes autres armes, nous emploierons celle du Verbe.
Au nom du Bienfaiteur, ce qui suit est annoncé aux numéros de l’État Unique :
Tous ceux qui s’en sentent capables sont tenus de composer des traités, des poèmes, des proclamations, des manifestes, des odes, etc., pour célébrer les beautés et la grandeur de l’État Unique.
Ce sera la première charge que transportera l’Intégral.

Vive l’État Unique. Vive les numéros. Vive le Bienfaiteur !

J’écris ceci les joues en feu. Oui, il s’agit d’intégrer la grandiose équation de l’univers ; il s’agit de dénouer la courbe sauvage, de la redresser suivant une tangente, suivant l’asymptote, suivant une droite. Et ce, parce que la ligne de l’État Unique, c’est la droite. La droite est grande, précise, sage, c’est la plus sage des lignes.

Moi, D-503, le constructeur de l’Intégral, je ne suis qu’un des mathématiciens de l’État Unique. Ma plume, habituée aux chiffres, ne peut fixer la musique des assonances et des rythmes. Je m’efforcerai d’écrire ce que je vois, ce que je pense, ou, plus exactement, ce que nous autres nous pensons (précisément : nous autres, et NOUS AUTRES sera le titre de mes notes). Ces notes seront un produit de notre vie, de la vie mathématiquement parfaite de l’État Unique. S’il en est ainsi, ne seront-elles pas un poème par elles-mêmes, et ce malgré moi ? Je n’en doute pas, j’en suis sûr.

J’écris ceci les joues en feu. Ce que j’éprouve est sans doute comparable à ce qu’éprouve une femme lorsque, pour la première fois, elle perçoit en elle les pulsations d’un être nouveau, encore chétif et aveugle. C’est moi et en même temps ce n’est pas moi. Il faudra encore nourrir cette œuvre de ma sève et de mon sang pendant de longues semaines pour, ensuite, m’en séparer avec douleur et la déposer aux pieds de l’État Unique.

Mais je suis prêt, comme chacun, ou plutôt comme presque chacun d’entre nous. Je suis prêt.

Eugène Zamiatine, Nous autres, 1920
Quatrième  édition, Gallimard, Paris 1929. Traduit du russe par B. Cauvet-Duhamel.
Pour accéder au livre électronique, cliquez ici.

♦ Document 6. Voltaire, Candide ou l’optimisme, chapitre 18 (extrait) : « Ce qu’ils virent dans le pays d’Eldorado », 1759

Vingt belles filles de la garde reçurent Candide et Cacambo à la descente du carrosse, les conduisirent aux bains, les vêtirent de robes d’un tissu de duvet de colibri ; après quoi les grands officiers et les grandes officières de la couronne les menèrent à l’appartement de Sa Majesté, au milieu de deux files chacune de mille musiciens, selon l’usage ordinaire. Quand ils approchèrent de la salle du trône, Cacambo demanda à un grand officier comment il fallait s’y prendre pour saluer Sa Majesté ; si on se jetait à genoux ou ventre à terre ; si on mettait les mains sur la tête ou sur le derrière ; si on léchait la poussière de la salle ; en un mot, quelle était la cérémonie. « L’usage, dit le grand officier, est d’embrasser le roi et de le baiser des deux côtés. » Candide et Cacambo sautèrent au cou de Sa Majesté, qui les reçut avec toute la grâce imaginable et qui les pria poliment à souper.

En attendant, on leur fit voir la ville, les édifices publics élevés jusqu’aux nues, les marchés ornés de mille colonnes, les fontaines d’eau pure, les fontaines d’eau rose, celles de liqueurs de canne de sucre, qui coulaient continuellement dans de grandes places, pavées d’une espèce de pierreries qui répandaient une odeur semblable à celle du gérofle et de la cannelle. Candide demanda à voir la cour de justice, le parlement ; on lui dit qu’il n’y en avait point, et qu’on ne plaidait jamais. Il s’informa s’il y avait des prisons, et on lui dit que non. Ce qui le surprit davantage, et qui lui fit le plus de plaisir, ce fut le palais des sciences, dans lequel il vit une galerie de deux mille pas, toute pleine d’instruments de mathématique et de physique.

Après avoir parcouru, toute l’après-dînée, à peu près la millième partie de la ville, on les ramena chez le roi. Candide se mit à table entre Sa Majesté, son valet Cacambo et plusieurs dames. Jamais on ne fit meilleure chère, et jamais on n’eut plus d’esprit à souper qu’en eut Sa Majesté. Cacambo expliquait les bons mots du roi à Candide, et quoique traduits, ils paraissaient toujours des bons mots. De tout ce qui étonnait Candide, ce n’était pas ce qui l’étonna le moins.

Ils passèrent un mois dans cet hospice. Candide ne cessait de dire à Cacambo : « Il est vrai, mon ami, encore une fois, que le château où je suis né ne vaut pas le pays où nous sommes ; mais enfin Mlle Cunégonde n’y est pas, et vous avez sans doute quelque maîtresse en Europe. Si nous restons ici, nous n’y serons que comme les autres ; au lieu que si nous retournons dans notre monde seulement avec douze moutons chargés de cailloux d’Eldorado, nous serons plus riches que tous les rois ensemble, nous n’aurons plus d’inquisiteurs à craindre, et nous pourrons aisément reprendre Mlle Cunégonde. » Ce discours plut à Cacambo : on aime tant à courir, à se faire valoir chez les siens, à faire parade de ce qu’on a vu dans ses voyages, que les deux heureux résolurent de ne plus l’être et de demander leur congé à Sa Majesté.

« Vous faites une sottise, leur dit le roi ; je sais bien que mon pays est peu de chose ; mais, quand on est passablement quelque part, il faut y rester ; je n’ai pas assurément le droit de retenir des étrangers ; c’est une tyrannie qui n’est ni dans nos mœurs, ni dans nos lois : tous les hommes sont libres ; partez quand vous voudrez. […].

Il donna l’ordre sur-le-champ à ses ingénieurs de faire une machine pour guinder ces deux hommes extraordinaires hors du royaume. Trois mille bons physiciens y travaillèrent; elle fut prête au bout de quinze jours, et ne coûta pas plus de vingt millions de livres sterling, monnaie du pays.

♦ Documents complémentaires :

– Exposition BnF-Gallica : la quête de la société idéale en occident 
– Jean-Bernard Paturet, « Nostalgie du Père « grandiose » dans L’utopie de Thomas More » 
– George Orwell, 1984. Pour télécharger le texte intégral, cliquez ici.
– Sur ce site : Bruno Rigolt, « Modernité et architecture : l’impossible détour » : utile notamment pour comprendre les rapports entre utopie et architecture.

– Méthodologie : les règles importantes de la synthèse

Un Automne en Poésie Saison 5… Bientôt l'expo !

        
L’événement littéraire de la rentrée lycéenne revient bientôt…

Un Automne en Poésie
Saison 5
(2013-2014)

Des centaines d’internautes l’an passé ont visité l’exposition poétique des classes de Seconde : « Un automne en Poésie »… Pour cette cinquième édition, ce sont les classes de Seconde 3 et de Seconde 11 du Lycée en Forêt de Montargis qui auront la lourde charge de relever brillamment le défi !

En exclusivité pour l’édition 2013-2014 : la version ebook¹ de l’intégralité des textes !

Rendez-vous sur ce site le lundi 21 octobre pour le lancement officiel de l’expo !

1. ebook : livre électronique

© Bruno Rigolt/EPC décembre 2012-septembre 2013. D’après Eugène Delacroix, « La Liberté guidant le peuple » (Musée du Louvre-Lens)

En attendant de découvrir la nouvelle édition, vous pouvez revoir les saisons précédentes…

Un Automne en Poésie
2010-2011

Première livraison
Deuxième livraison
Troisième livraison
Quatrième livraison
Cinquième livraison

Un Automne en Poésie
2011-2012

Première livraison
Deuxième livraison
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Un Automne en Poésie
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BTS : Rêve et Publicité… Etude de l'image

  
Le rêve est au cœur de la publicité. En s’appuyant souvent sur un imaginaire qui réactive l’inconscient collectif et le fantasme, le discours publicitaire crée en effet du rêve, mais un rêve orienté, contrôlé par la volonté et les principes de la société de consommation. Il est donc essentiel de réfléchir à l’élaboration symbolique et verbale de la publicité quand on aborde le thème proposé jusqu’en 2015 au BTS : « Cette part de rêve que chacun porte en soi ». À ce titre, la publicité pour le parfum « Princess » de Vera Wang véhicule une symbolique complexe, qui se fonde sur l’exploitation du rêve et les frustrations du consommateur,  qu’il est intéressant d’étudier.

            

Rêve et Imaginaire publicitaire

BTS Epreuve d’Expression et de Culture Générale
Thème : « Cette part de rêve que chacun porte en soi »

                          

Introduction

Les Instructions Officielles rappellent combien « dans un monde soumis à l’efficacité et à la rentabilité immédiates », « la part de rêve que chacun porte en soi semble pouvoir libérer de réalités douloureuses, monotones ou ennuyeuses et aider ainsi à orienter autrement sa vie, à la redessiner dans un ailleurs et un futur plus ou moins proches. Le rêve stimule l’individu qui ne se satisfait pas de ce qu’il est et de ce qu’il a. Il élargit les possibles ». À ce titre, le rêve occupe une place privilégiée dans l’imaginaire publicitaire, et plus particulièrement dans ce qu’on a appelé le discours publicitaire mythique par opposition par exemple à la publicité référentielle |1|.

                    

De la réalité au rêve…

De fait, si elle joue un rôle informatif, la fonction première de la publicité est bien sûr d’inciter à l’achat en créant des processus de symbolisation et d’identification proches du rêve. Gilles Lugrin |2| rappelle très justement le positionnement de Jacques Séguéla, selon qui la publicité « doit effacer l’ennui de l’achat quotidien en habillant de rêve des produits qui, sans elle, ne seraient que ce qu’ils sont ». En investissant le produit de mythe et de légende, la publicité se présente alors comme un parcours initiatique qui satisfait notre désir d’oublier les dissonances entre l’identité sociale, souvent décevante, et l’identité rêvée.

Il me semble utile à cet égard de citer les propos bien connus d’Ignacio Ramonet |3| : « La publicité promet toujours la même chose : le bien-être, le confort, l’efficacité,  le bonheur et la réussite. Elle fait miroiter une promesse de satisfaction. Elle vend du rêve, propose des raccourcis symboliques pour une rapide ascension sociale. Elle fabrique des désirs et présente un  monde en vacances perpétuelles, détendu, souriant et insouciant, peuplé  de personnages heureux et possédant enfin le produit miracle qui les  rendra beaux, propres, libres, sains, désirés, modernes… La publicité vend de tout à tous indistinctement, comme si la société de masse était une société sans classe, sans pays sous-développés, sans guerres […] ».

Je vous conseille enfin de regarder ce court passage de l’ouvrage de Michèle Jouve, Communication : théories et pratiques, Bréal Paris 2000 [ Google livres, page 248] :


Exercice pratique

Analyse de publicité

Vera Wang, « Princess »

206_ai_verawang_all.1288156093.jpg

                   

Le contexte

Ce n’est pas un hasard si cette publicité est parue dans des magazines pour jeunes lectrices. Public cible : les 15-25 ans, un lectorat très courtisé par les annonceurs. Publiée en page de droite sur un papier semi-glacé, cette publicité a de quoi attirer les jeunes filles 206_ai_verawang_3.1288156663.jpg(la cible visée). Le slogan « Born to Rule » (Née pour régner) évoque irrésistiblement le désir de conquête et les rêves de séduction propres à l’adolescence et à la jeunesse. Le fait que le mannequin (Camilla Belle) porte une couronne accentue d’ailleurs cette impression de séduction et de pouvoir, ce « [rêve] d’une identité autre, plus belle, plus forte, plus grande » (Instructions Officielles). On notera aussi le plan assez rapproché, qui accentue l’intimité (on a d’autant plus l’impression de sentir le parfum que le haut du buste est dénudé), ainsi que le regard focalisé sur celui du lecteur, comme pour le provoquer et l’interpeller.

Comme il a été très justement montré, le regard est important dans ce type de publicité car il « introduit une perspective, une atmosphère voluptueuse, une profondeur, et le plus souvent une participation du toucher qui individualise le sensoriel, qui aussi introduit la sensualité, le plaisir. Dès lors, le spectateur entre dans le parfum, s’identifie à lui et ressent l’appel d’une aura parfumée, sensuelle, sans limite qui viendrait dilater son image » |4|.

                     

Du rêve d’émancipation au kitsch romantique

Cette captation imaginaire que produit le rêve n’est pas très éloignée d’un certain bovarysme amoureux. Regardez par exemple les cœurs ! Il y en a de partout : le collier, le pendentif, la bague, et bien sûr le produit lui-même ainsi que les traits qui encadrent le flacon. Tous ces cœurs figurent une plongée dans la rêverie, et sont autant d’invitations au voyage fictionnel dans un conte amoureux, qui n’est pas loin d’évoquer une certaine image d’Épinal de la féminité. Avez-vous remarqué qu’on a l’impression que le slogan et le cœur autour du flacon ont été dessinés par une ado avec son « Blanco »? Petit détail certes mais qui a son importance : n’oublions pas que le correcteur blanc, en tant que substance volatile, est souvent interdit à l’école dans les listes de fournitures : il y a comme un parfum de transgression ici qui renvoie à la relation affective entre le jeune et l’adulte. À travers cette espèce de bovarysme moderne, c’est donc avant tout le « style jeune » et le stéréotype romantique qui sont valorisés face à la moralité « bien-pensante ».

Les cheveux volontairement décoiffés sont à l’opposé de l’ordre et des normes, ils sont dans le « move » et non dans le statique : 206_ai_verawang_4.1288157179.jpgle mouvement évoque l’ailleurs, le voyage, la fuite… mais aussi « les élans incontrôlés et passionnés du comportement romanesque » |5|. La marque du parfum (Vera Wang) traduit enfin une double connotation : « Vera » est comme une idéalisation de l’authentique, du « pacte » amoureux et sacré (« à la vie, à la mort », « croix de bois », etc.) une recherche émancipatoire du vrai par opposition à une réalité bien souvent décevante. Quant au mot « Wang », par sa prononciation très douce et sa connotation exotique, il traduit bien l’idéalisation des tiédeurs de l’Asie pour une jeune fille occidentale qui s’ennuie sur les bancs du lycée ou de la fac et qui rêve de romanesque et d’aventure dans un cadre idyllique, qui acquiert donc une dimension métaphorique. Le parfum conjugue ainsi la volonté de trouver dans une nature fusionnelle et authentique (« Vera ») et dans le voyage vers l’ailleurs (« Wang ») une réponse à un certain vide existentiel ainsi qu’un idéal porté par le rêve.

Les couleurs sont également caractéristiques. De fait, la couleur et l’éclairage ont sur le spectateur un effet psychologique indéniable. Leur interprétation est essentiellement culturelle. Ici, les couleurs sont dites « chaudes » : elles évoquent l’été, les vacances, et au niveau plus symbolique la douceur et la rencontre amoureuse dans un lieu poétisé… Bref, toute une symbolique sentimentale qui investit plus encore le produit de sens et de valeur. À ce titre, l’attitude très étudiée de la main droite est intéressante à observer. D’abord, le bras levé attire vers le regard, 206_ai_vera-wang_princess_main.1288516683.jpget la main qui soulève le collier est comme une sorte de dévoilement pudique, d’offrande de soi suggérée métaphoriquement d’une part, par le collier de cœurs qui frôle la bouche (à peine entrouverte) et d’autre part, par la bague portée à l’annulaire |6|.

Symboliquement la bague à l’annulaire évoque le pacte, l’alliance et par association le mariage. Ici on en est à la rencontre amoureuse, et au fantasme de beaucoup d’adolescentes ou de jeunes filles d’être (enfin !) reconnues comme une femme. Mais comme le suggère la pose de la main et le geste très juvénile de la jeune fille, la séduction reste « évanescente » : fantasmée et idéalisée. Ce n’est pas un hasard si les ongles sont courts et à peine nacrés. On est bien dans la sensualité nubile et non dans le mythe de la femme fatale ! Princesse Oui ! Tigresse Non !

                       

Une réécriture des contes de fées

Fondamentale est ici la notion de passage de l’univers référentiel et contingent à l’utopie du conte. Cette fonction émotive de la publicité est en effet véhiculée par un mot clé du titre : « Princess », qui accentue le positionnement actantiel de l’acheteuse, clairement « Sujet » revendiquant et conquérant. Le mot « Princess », en tant qu’archétype de la féminité, possède un pouvoir symbolique fort qui se rapporte aux codes du merveilleux et de l’expression des sentiments : il renvoie à l’univers quelque peu régressif et utopique des contes ainsi qu’au fantasme du prince charmant venu délivrer sa princesse. En célébrant un idéal d’amour et de féminité, ainsi qu’une certaine démiurgie initiatique à l’opposé des codes normatifs, cette publicité se fonde donc sur une réécriture du mythe : il ne reste plus qu’au prince charmant potentiel, par la magie d’un baiser (potentiel), à réveiller la princesse endormie qui sommeille dans le cœur de chaque jeune fille !

Une remarque s’impose ici quant aux notes dominantes du parfum Princess de Vera Wang et que la marque présente ainsi : « nénuphar, pomme d’api, mandarine, abricot, meringue, goyave, fleur de tiaré, tubéreuse, chocolat noir, beurre rose, vanille, ambre, bois ». Tous ces mots évoquent aussi bien l’univers préservé de l’enfance qui invite à la gourmandise (« pomme d’api, abricot, meringue, chocolat noir, beurre rose ») que le mystère, le romanesque, l’aventure et la transgression d’un interdit (« nénuphar, fleur de tiaré, tubéreuse, ambre, bois »).

De plus, au niveau de la symbolique des couleurs, le mauve du flacon de parfum suggère le mystère. Né de la fusion du rouge (l’amour passion) et du bleu (le rêve et la nuit), le mauve est une couleur plus évanescente et implicite, qui connote le secret, le non-dit, la mélancolie et la recherche d’idéal : De même, la forme du flacon en cœur, évoque la personnalité du parfum : il en constitue l’identification visuelle. La figure du cœur est en effet très suggestive de par sa connotation sensuelle, qui reste essentiellement affective, émotionnelle, pulsionnelle. Elle suggère un « plaisir interdit », ici une relation « tactile » qui accentue la sensualité et le désir de rapprochement : on a envie de « toucher » ce cœur. Autant d’éléments caractéristiques d’une certaine « culture-jeune », sensible au stéréotype romantique et aux clichés sentimentaux d’une jeune femme aspirant à séduire.

De par sa puissance projective, ce type de publicité permet donc d’influencer l’inconscient et les stéréotypes de séduction. Comme nous le voyons, du conte de fée à la publicité, il n’y a qu’un pas : le mythe de la princesse passe aussi par le parfum ! Cette publicité constitue presque une initiation à la séduction : c’est un peu comme si l’acheteuse potentielle 206_ai_verawang_6.1288159930.jpgs’imaginait sous les traits d’une belle jeune fille (la princesse) dans l’attente d’un beau jeune homme (le prince rêvé) qui, un jour, viendrait la prendre dans ses bras et la « délivrer » de l’autorité parentale ! La transmission visuelle des sensations et de l’émoi provoqués par le parfum (et la possible rencontre amoureuse) est suggérée indirectement par certains éléments : ainsi les couleurs qui sont celles d’une chaleur d’été, les cheveux éparpillés, la couronne déplacée… Ces signes peuvent être compris comme des indices d’un enlacement voluptueux, et mettent en évidence, sous forme de métaphore visuelle l’aspect « performant » d’un parfum qui se veut authentique et sensuel.

                                         

Le rêve d’être une autre : entre identification et sublimation

Le flacon joue presque ici le rôle d’un filtre amoureux : les gouttes de parfum connotant de façon plus symbolique le passage de l’innocence (adolescence) à la révélation amoureuse (la « première fois ») et à l’ancrage identitaire (l’affirmation de soi en tant que « femme »). Comme nous le notions en début d’analyse, la publicité se présente alors comme un parcours initiatique : socialement, la seule façon d’accéder au statut d’adulte et de devenir femme passe donc par le parfum qui joue un rôle à la fois émancipatoire et intégrateur. Cette approche psychologique du consommateur accorde donc une large place à la connotation et à la « métaphore visuelle » : l’image suggère plus qu’elle n’explique, elle fait davantage appel aux sens et au merveilleux qu’au rationnel.

Sur le plan projectif, on peut estimer avec la psychanalyste Gisèle Harrus-Révidi |7| qu’en se juxtaposant à la personnalité de celle qui le porte, le parfum lui assure une identité physique et une présence incontestables : un parfum « qui a du corps » donne souvent un corps rêvé, idéalisé et fantasmé à celle qui ne revendique pas encore complètement son propre corps ! En donnant de ce fait l’illusion d’une émancipation générée par la consommation, le parfum devient une échappatoire, un cocon, un refuge, qui habille de sens et de valeur l’objet de consommation.

Éveilleuse de rêve, la publicité joue ainsi le rôle d’une sorte d’utopie de proximité : le produit semblant à la fois proche et lointain, accessible et inaccessible… Si le rêve, comme parcours initiatique, constitue donc le thème central de tant de publicités, c’est parce que, promettant un monde qui ne peut exister, il redonne une identité et un idéal contre les déceptions du temps présent. En véhiculant cette image d’un bonheur impossible à atteindre, la publicité semble ainsi nous dire : « Croyez aux contes de fées »…

© Bruno Rigolt
Espace Pédagogique Contributif/Lycée en Forêt (Montargis, France), septembre 2013

                       

NOTES

1. Voir en particulier : Gilles Lugrin, Généricité et intertextualité dans le discours publicitaire de presse écrite, Éditions Peter Lang, Berne 2006, pages 170-171.
2. Propos cités par Gilles Lugrin, op. cit. page 171.
3. Ignacio Ramonet, « La fabrique des désirs », Le Monde diplomatique, mai 2001.
4. Hélène Faivre, Odorat et humanité en crise à l’heure du déodorant parfumé. Pour une reconnaissance de l’intelligence du sentir. L’Harmattan, Paris 2001, page 90.
5.
Mariette Julien, L’Image publicitaire des parfums : communication olfactive. L’Harmattan, Paris 1997, page 45.
6. Le recours aux légendes, aux symboles, à l’imaginaire collectif, aux fantasmes est courant dans la publicité mythique. Témoin ce spot pour la gamme « Premier Parfum » de Lolita Lempicka qui peut se lire comme un véritable parcours initiatique :

7. Voir en particulier cette page.


Crédits

Nettiquette : article protégé par copyright ; la diffusion publique est autorisée sous réserve d’indiquer le nom de l’auteur ainsi que la source (URL de la page).
Copyright : toutes les marques citées dans cette étude sont déposées. Les publicités et les différents éléments qui les composent (logos, messages linguistiques et iconiques) sont la propriété de leurs détenteurs respectifs. Merci à eux d’en permettre l’exploitation à des fins pédagogiques.

© Bruno Rigolt, (EPC/Lycée en Forêt, Montargis, France), février 2008—septembre 2013

BTS : Rêve et Publicité… Etude de l’image

  
Le rêve est au cœur de la publicité. En s’appuyant souvent sur un imaginaire qui réactive l’inconscient collectif et le fantasme, le discours publicitaire crée en effet du rêve, mais un rêve orienté, contrôlé par la volonté et les principes de la société de consommation. Il est donc essentiel de réfléchir à l’élaboration symbolique et verbale de la publicité quand on aborde le thème proposé jusqu’en 2015 au BTS : « Cette part de rêve que chacun porte en soi ». À ce titre, la publicité pour le parfum « Princess » de Vera Wang véhicule une symbolique complexe, qui se fonde sur l’exploitation du rêve et les frustrations du consommateur,  qu’il est intéressant d’étudier.

            

Rêve et Imaginaire publicitaire

BTS Epreuve d’Expression et de Culture Générale
Thème : « Cette part de rêve que chacun porte en soi »

                          

Introduction

Les Instructions Officielles rappellent combien « dans un monde soumis à l’efficacité et à la rentabilité immédiates », « la part de rêve que chacun porte en soi semble pouvoir libérer de réalités douloureuses, monotones ou ennuyeuses et aider ainsi à orienter autrement sa vie, à la redessiner dans un ailleurs et un futur plus ou moins proches. Le rêve stimule l’individu qui ne se satisfait pas de ce qu’il est et de ce qu’il a. Il élargit les possibles ». À ce titre, le rêve occupe une place privilégiée dans l’imaginaire publicitaire, et plus particulièrement dans ce qu’on a appelé le discours publicitaire mythique par opposition par exemple à la publicité référentielle |1|.

                    

De la réalité au rêve…

De fait, si elle joue un rôle informatif, la fonction première de la publicité est bien sûr d’inciter à l’achat en créant des processus de symbolisation et d’identification proches du rêve. Gilles Lugrin |2| rappelle très justement le positionnement de Jacques Séguéla, selon qui la publicité « doit effacer l’ennui de l’achat quotidien en habillant de rêve des produits qui, sans elle, ne seraient que ce qu’ils sont ». En investissant le produit de mythe et de légende, la publicité se présente alors comme un parcours initiatique qui satisfait notre désir d’oublier les dissonances entre l’identité sociale, souvent décevante, et l’identité rêvée.

Il me semble utile à cet égard de citer les propos bien connus d’Ignacio Ramonet |3| : « La publicité promet toujours la même chose : le bien-être, le confort, l’efficacité,  le bonheur et la réussite. Elle fait miroiter une promesse de satisfaction. Elle vend du rêve, propose des raccourcis symboliques pour une rapide ascension sociale. Elle fabrique des désirs et présente un  monde en vacances perpétuelles, détendu, souriant et insouciant, peuplé  de personnages heureux et possédant enfin le produit miracle qui les  rendra beaux, propres, libres, sains, désirés, modernes… La publicité vend de tout à tous indistinctement, comme si la société de masse était une société sans classe, sans pays sous-développés, sans guerres […] ».

Je vous conseille enfin de regarder ce court passage de l’ouvrage de Michèle Jouve, Communication : théories et pratiques, Bréal Paris 2000 [ Google livres, page 248] :


Exercice pratique

Analyse de publicité

Vera Wang, « Princess »

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Le contexte

Ce n’est pas un hasard si cette publicité est parue dans des magazines pour jeunes lectrices. Public cible : les 15-25 ans, un lectorat très courtisé par les annonceurs. Publiée en page de droite sur un papier semi-glacé, cette publicité a de quoi attirer les jeunes filles 206_ai_verawang_3.1288156663.jpg(la cible visée). Le slogan « Born to Rule » (Née pour régner) évoque irrésistiblement le désir de conquête et les rêves de séduction propres à l’adolescence et à la jeunesse. Le fait que le mannequin (Camilla Belle) porte une couronne accentue d’ailleurs cette impression de séduction et de pouvoir, ce « [rêve] d’une identité autre, plus belle, plus forte, plus grande » (Instructions Officielles). On notera aussi le plan assez rapproché, qui accentue l’intimité (on a d’autant plus l’impression de sentir le parfum que le haut du buste est dénudé), ainsi que le regard focalisé sur celui du lecteur, comme pour le provoquer et l’interpeller.

Comme il a été très justement montré, le regard est important dans ce type de publicité car il « introduit une perspective, une atmosphère voluptueuse, une profondeur, et le plus souvent une participation du toucher qui individualise le sensoriel, qui aussi introduit la sensualité, le plaisir. Dès lors, le spectateur entre dans le parfum, s’identifie à lui et ressent l’appel d’une aura parfumée, sensuelle, sans limite qui viendrait dilater son image » |4|.

                     

Du rêve d’émancipation au kitsch romantique

Cette captation imaginaire que produit le rêve n’est pas très éloignée d’un certain bovarysme amoureux. Regardez par exemple les cœurs ! Il y en a de partout : le collier, le pendentif, la bague, et bien sûr le produit lui-même ainsi que les traits qui encadrent le flacon. Tous ces cœurs figurent une plongée dans la rêverie, et sont autant d’invitations au voyage fictionnel dans un conte amoureux, qui n’est pas loin d’évoquer une certaine image d’Épinal de la féminité. Avez-vous remarqué qu’on a l’impression que le slogan et le cœur autour du flacon ont été dessinés par une ado avec son « Blanco »? Petit détail certes mais qui a son importance : n’oublions pas que le correcteur blanc, en tant que substance volatile, est souvent interdit à l’école dans les listes de fournitures : il y a comme un parfum de transgression ici qui renvoie à la relation affective entre le jeune et l’adulte. À travers cette espèce de bovarysme moderne, c’est donc avant tout le « style jeune » et le stéréotype romantique qui sont valorisés face à la moralité « bien-pensante ».

Les cheveux volontairement décoiffés sont à l’opposé de l’ordre et des normes, ils sont dans le « move » et non dans le statique : 206_ai_verawang_4.1288157179.jpgle mouvement évoque l’ailleurs, le voyage, la fuite… mais aussi « les élans incontrôlés et passionnés du comportement romanesque » |5|. La marque du parfum (Vera Wang) traduit enfin une double connotation : « Vera » est comme une idéalisation de l’authentique, du « pacte » amoureux et sacré (« à la vie, à la mort », « croix de bois », etc.) une recherche émancipatoire du vrai par opposition à une réalité bien souvent décevante. Quant au mot « Wang », par sa prononciation très douce et sa connotation exotique, il traduit bien l’idéalisation des tiédeurs de l’Asie pour une jeune fille occidentale qui s’ennuie sur les bancs du lycée ou de la fac et qui rêve de romanesque et d’aventure dans un cadre idyllique, qui acquiert donc une dimension métaphorique. Le parfum conjugue ainsi la volonté de trouver dans une nature fusionnelle et authentique (« Vera ») et dans le voyage vers l’ailleurs (« Wang ») une réponse à un certain vide existentiel ainsi qu’un idéal porté par le rêve.

Les couleurs sont également caractéristiques. De fait, la couleur et l’éclairage ont sur le spectateur un effet psychologique indéniable. Leur interprétation est essentiellement culturelle. Ici, les couleurs sont dites « chaudes » : elles évoquent l’été, les vacances, et au niveau plus symbolique la douceur et la rencontre amoureuse dans un lieu poétisé… Bref, toute une symbolique sentimentale qui investit plus encore le produit de sens et de valeur. À ce titre, l’attitude très étudiée de la main droite est intéressante à observer. D’abord, le bras levé attire vers le regard, 206_ai_vera-wang_princess_main.1288516683.jpget la main qui soulève le collier est comme une sorte de dévoilement pudique, d’offrande de soi suggérée métaphoriquement d’une part, par le collier de cœurs qui frôle la bouche (à peine entrouverte) et d’autre part, par la bague portée à l’annulaire |6|.

Symboliquement la bague à l’annulaire évoque le pacte, l’alliance et par association le mariage. Ici on en est à la rencontre amoureuse, et au fantasme de beaucoup d’adolescentes ou de jeunes filles d’être (enfin !) reconnues comme une femme. Mais comme le suggère la pose de la main et le geste très juvénile de la jeune fille, la séduction reste « évanescente » : fantasmée et idéalisée. Ce n’est pas un hasard si les ongles sont courts et à peine nacrés. On est bien dans la sensualité nubile et non dans le mythe de la femme fatale ! Princesse Oui ! Tigresse Non !

                       

Une réécriture des contes de fées

Fondamentale est ici la notion de passage de l’univers référentiel et contingent à l’utopie du conte. Cette fonction émotive de la publicité est en effet véhiculée par un mot clé du titre : « Princess », qui accentue le positionnement actantiel de l’acheteuse, clairement « Sujet » revendiquant et conquérant. Le mot « Princess », en tant qu’archétype de la féminité, possède un pouvoir symbolique fort qui se rapporte aux codes du merveilleux et de l’expression des sentiments : il renvoie à l’univers quelque peu régressif et utopique des contes ainsi qu’au fantasme du prince charmant venu délivrer sa princesse. En célébrant un idéal d’amour et de féminité, ainsi qu’une certaine démiurgie initiatique à l’opposé des codes normatifs, cette publicité se fonde donc sur une réécriture du mythe : il ne reste plus qu’au prince charmant potentiel, par la magie d’un baiser (potentiel), à réveiller la princesse endormie qui sommeille dans le cœur de chaque jeune fille !

Une remarque s’impose ici quant aux notes dominantes du parfum Princess de Vera Wang et que la marque présente ainsi : « nénuphar, pomme d’api, mandarine, abricot, meringue, goyave, fleur de tiaré, tubéreuse, chocolat noir, beurre rose, vanille, ambre, bois ». Tous ces mots évoquent aussi bien l’univers préservé de l’enfance qui invite à la gourmandise (« pomme d’api, abricot, meringue, chocolat noir, beurre rose ») que le mystère, le romanesque, l’aventure et la transgression d’un interdit (« nénuphar, fleur de tiaré, tubéreuse, ambre, bois »).

De plus, au niveau de la symbolique des couleurs, le mauve du flacon de parfum suggère le mystère. Né de la fusion du rouge (l’amour passion) et du bleu (le rêve et la nuit), le mauve est une couleur plus évanescente et implicite, qui connote le secret, le non-dit, la mélancolie et la recherche d’idéal : De même, la forme du flacon en cœur, évoque la personnalité du parfum : il en constitue l’identification visuelle. La figure du cœur est en effet très suggestive de par sa connotation sensuelle, qui reste essentiellement affective, émotionnelle, pulsionnelle. Elle suggère un « plaisir interdit », ici une relation « tactile » qui accentue la sensualité et le désir de rapprochement : on a envie de « toucher » ce cœur. Autant d’éléments caractéristiques d’une certaine « culture-jeune », sensible au stéréotype romantique et aux clichés sentimentaux d’une jeune femme aspirant à séduire.

De par sa puissance projective, ce type de publicité permet donc d’influencer l’inconscient et les stéréotypes de séduction. Comme nous le voyons, du conte de fée à la publicité, il n’y a qu’un pas : le mythe de la princesse passe aussi par le parfum ! Cette publicité constitue presque une initiation à la séduction : c’est un peu comme si l’acheteuse potentielle 206_ai_verawang_6.1288159930.jpgs’imaginait sous les traits d’une belle jeune fille (la princesse) dans l’attente d’un beau jeune homme (le prince rêvé) qui, un jour, viendrait la prendre dans ses bras et la « délivrer » de l’autorité parentale ! La transmission visuelle des sensations et de l’émoi provoqués par le parfum (et la possible rencontre amoureuse) est suggérée indirectement par certains éléments : ainsi les couleurs qui sont celles d’une chaleur d’été, les cheveux éparpillés, la couronne déplacée… Ces signes peuvent être compris comme des indices d’un enlacement voluptueux, et mettent en évidence, sous forme de métaphore visuelle l’aspect « performant » d’un parfum qui se veut authentique et sensuel.

                                         

Le rêve d’être une autre : entre identification et sublimation

Le flacon joue presque ici le rôle d’un filtre amoureux : les gouttes de parfum connotant de façon plus symbolique le passage de l’innocence (adolescence) à la révélation amoureuse (la « première fois ») et à l’ancrage identitaire (l’affirmation de soi en tant que « femme »). Comme nous le notions en début d’analyse, la publicité se présente alors comme un parcours initiatique : socialement, la seule façon d’accéder au statut d’adulte et de devenir femme passe donc par le parfum qui joue un rôle à la fois émancipatoire et intégrateur. Cette approche psychologique du consommateur accorde donc une large place à la connotation et à la « métaphore visuelle » : l’image suggère plus qu’elle n’explique, elle fait davantage appel aux sens et au merveilleux qu’au rationnel.

Sur le plan projectif, on peut estimer avec la psychanalyste Gisèle Harrus-Révidi |7| qu’en se juxtaposant à la personnalité de celle qui le porte, le parfum lui assure une identité physique et une présence incontestables : un parfum « qui a du corps » donne souvent un corps rêvé, idéalisé et fantasmé à celle qui ne revendique pas encore complètement son propre corps ! En donnant de ce fait l’illusion d’une émancipation générée par la consommation, le parfum devient une échappatoire, un cocon, un refuge, qui habille de sens et de valeur l’objet de consommation.

Éveilleuse de rêve, la publicité joue ainsi le rôle d’une sorte d’utopie de proximité : le produit semblant à la fois proche et lointain, accessible et inaccessible… Si le rêve, comme parcours initiatique, constitue donc le thème central de tant de publicités, c’est parce que, promettant un monde qui ne peut exister, il redonne une identité et un idéal contre les déceptions du temps présent. En véhiculant cette image d’un bonheur impossible à atteindre, la publicité semble ainsi nous dire : « Croyez aux contes de fées »…

© Bruno Rigolt
Espace Pédagogique Contributif/Lycée en Forêt (Montargis, France), septembre 2013

                       

NOTES

1. Voir en particulier : Gilles Lugrin, Généricité et intertextualité dans le discours publicitaire de presse écrite, Éditions Peter Lang, Berne 2006, pages 170-171.
2. Propos cités par Gilles Lugrin, op. cit. page 171.
3. Ignacio Ramonet, « La fabrique des désirs », Le Monde diplomatique, mai 2001.
4. Hélène Faivre, Odorat et humanité en crise à l’heure du déodorant parfumé. Pour une reconnaissance de l’intelligence du sentir. L’Harmattan, Paris 2001, page 90.
5.
Mariette Julien, L’Image publicitaire des parfums : communication olfactive. L’Harmattan, Paris 1997, page 45.
6. Le recours aux légendes, aux symboles, à l’imaginaire collectif, aux fantasmes est courant dans la publicité mythique. Témoin ce spot pour la gamme « Premier Parfum » de Lolita Lempicka qui peut se lire comme un véritable parcours initiatique :

7. Voir en particulier cette page.


Crédits

Nettiquette : article protégé par copyright ; la diffusion publique est autorisée sous réserve d’indiquer le nom de l’auteur ainsi que la source (URL de la page).
Copyright : toutes les marques citées dans cette étude sont déposées. Les publicités et les différents éléments qui les composent (logos, messages linguistiques et iconiques) sont la propriété de leurs détenteurs respectifs. Merci à eux d’en permettre l’exploitation à des fins pédagogiques.

© Bruno Rigolt, (EPC/Lycée en Forêt, Montargis, France), février 2008—septembre 2013

Radio Lycée… Un nouveau rendez-vous à ne pas manquer !

            

Envie de prendre la parole ? De découvrir les métiers et les techniques de la radio ? De réaliser des reportages ?

Née en 2002, et financée par la Région Centre, l’opération Radio lycée est un dispositif original qui s’inscrit dans la perspective de l’éducation aux médias, en faisant découvrir aux lycéen/nes le fonctionnement d’une véritable station radio aux normes professionnelles.

Pour cette sixième saison, Radio Lycée s’installera durant une semaine au sein du Lycée en Forêt à Montargis !

C’est l’occasion de monter votre radio ou votre web-radio lycéenne, de participer à l’écriture d’information, de vous familiariser aux technologies du son, de l’expression orale, du reportage, etc.

L’Espace Pédagogique Contributif sera évidemment partie prenante dans ces activités médiatiques et j’invite tous mes étudiant/es à venir si possible à la réunion de lancement le mardi 24 septembre 2013 pour découvrir le programme !
Si vous avez cours ou êtes dans l’impossibilité d’assister à cette réunion, pas de problème : il y aurait d’autres rendez-vous d’information prévus !

Un été en Poésie 2013… Toute l'expo publiée !

Dans le cadre de ses missions de valorisation de la place accordée aux femmes dans l’histoire culturelle (*), de promotion de l’écriture poétique, ainsi que des littératures francophones et étrangères, l’Espace Pédagogique Contributif a présenté du lundi 22 juillet au jeudi 22 août 2013 inclus une exposition inédite : « Un été en poésie ». Mêlant écriture et arts visuels, ce tour du monde poétique avait pour but de faire découvrir la poésie dans sa diversité. 

L’ensemble des textes vient d’être rassemblé sur une même page afin de faciliter la visite de l’exposition…

(*) Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité hommes-femmes a été strictement respecté.

Je visite l’exposition virtuelle !

Vous pouvez aussi feuilleter le livre :

Un été en Poésie. Edition 2013

(cliquez sur une page pour afficher le livre en grand format ; appuyez sur echap pour quitter le mode plein écran)
 

Pays représentés (par ordre alphabétique) pour l’édition 2013 :

ALLEMAGNE ALGÉRIE ARGENTINE BELGIQUE BRÉSIL CANADA (QUÉBEC) CHILI CONGO ÉGYPTE ÉTATS-UNIS FRANCE GRANDE-BRETAGNE GRÈCE IRAN ISRAËL ITALIE JAPON PORTUGAL ROUMANIE SÉNÉGAL SUISSE TUNISIE TURQUIE

Écrivain(e)s exposé(e)s (par ordre alphabétique) :

|Anne-Marie Alonzo|Marie-Claire Bancquart|Nicole Barrière|Mousse Boulanger|Charlotte Brontë|William Carlos Williams|Lucie Delarue-Mardrus|Marceline Desbordes-Valmore|Mohammed Dib|Birago Diop|Moshé Dor|Georges Duhamel|Marguerite Duras|Forough Farrokhzad|Robert Frost|Stefan George|Renée Guirguis|Edmond Haraucourt|Anne Hébert|Nazim Hikmet|Roberto Juarroz|André Pieyre de Mandiargues|Pablo Neruda|Anna de Noailles|Marie Noël|Fernando Pessoa|Catherine Pozzi|Adélia Prado|Amina Saïd|Georges Séféris|Shiki|Jean-Baptiste Tati Loutard|Giuseppe Ungaretti|Hélène Vacaresco|Paul Valéry|Renée Vivien|Robert Vivier|Marguerite Yourcenar|


Netiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, cette exposition est mise à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner l’URL de la page (http://brunorigolt.blog.lemonde.fr/un-ete-en-poesie-saison-1-22-juillet-22-aout-2013/) ainsi que la source (Bruno Rigolt, Espace Pédagogique Contributif).

Un été en Poésie 2013… Toute l’expo publiée !

Dans le cadre de ses missions de valorisation de la place accordée aux femmes dans l’histoire culturelle (*), de promotion de l’écriture poétique, ainsi que des littératures francophones et étrangères, l’Espace Pédagogique Contributif a présenté du lundi 22 juillet au jeudi 22 août 2013 inclus une exposition inédite : « Un été en poésie ». Mêlant écriture et arts visuels, ce tour du monde poétique avait pour but de faire découvrir la poésie dans sa diversité. 

L’ensemble des textes vient d’être rassemblé sur une même page afin de faciliter la visite de l’exposition…

(*) Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité hommes-femmes a été strictement respecté.

Je visite l’exposition virtuelle !

Vous pouvez aussi feuilleter le livre :

Un été en Poésie. Edition 2013

(cliquez sur une page pour afficher le livre en grand format ; appuyez sur echap pour quitter le mode plein écran)

 

Pays représentés (par ordre alphabétique) pour l’édition 2013 :

ALLEMAGNE ALGÉRIE ARGENTINE BELGIQUE BRÉSIL CANADA (QUÉBEC) CHILI CONGO ÉGYPTE ÉTATS-UNIS FRANCE GRANDE-BRETAGNE GRÈCE IRAN ISRAËL ITALIE JAPON PORTUGAL ROUMANIE SÉNÉGAL SUISSE TUNISIE TURQUIE

Écrivain(e)s exposé(e)s (par ordre alphabétique) :

|Anne-Marie Alonzo|Marie-Claire Bancquart|Nicole Barrière|Mousse Boulanger|Charlotte Brontë|William Carlos Williams|Lucie Delarue-Mardrus|Marceline Desbordes-Valmore|Mohammed Dib|Birago Diop|Moshé Dor|Georges Duhamel|Marguerite Duras|Forough Farrokhzad|Robert Frost|Stefan George|Renée Guirguis|Edmond Haraucourt|Anne Hébert|Nazim Hikmet|Roberto Juarroz|André Pieyre de Mandiargues|Pablo Neruda|Anna de Noailles|Marie Noël|Fernando Pessoa|Catherine Pozzi|Adélia Prado|Amina Saïd|Georges Séféris|Shiki|Jean-Baptiste Tati Loutard|Giuseppe Ungaretti|Hélène Vacaresco|Paul Valéry|Renée Vivien|Robert Vivier|Marguerite Yourcenar|


Netiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, cette exposition est mise à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner l’URL de la page (http://brunorigolt.blog.lemonde.fr/un-ete-en-poesie-saison-1-22-juillet-22-aout-2013/) ainsi que la source (Bruno Rigolt, Espace Pédagogique Contributif).

La citation de la semaine… Edwin Abbott Abbott…

« […] à Flatland, toute la vie sociale repose sur un principe fondamental : la volonté de la Nature, selon laquelle toutes les Figures doivent avoir les côtés égaux. »

the whole of the social life in Flatland rests upon the fundamental fact that Nature wills all Figures to have their sides equal.

             

[…] à Flatland tous les êtres humains étaient des Figures régulières, c’est-à-dire des Figures de construction régulière. J’entends par là qu’une Femme doit être non seulement une Ligne, mais une Ligne Droite ; qu’un Artisan ou un Soldat doit avoir deux côtés égaux ;  que les Commerçants doivent avoir trois côtés égaux ; les Hommes de Loi (catégorie à laquelle j’ai l’honneur d’appartenir), quatre côtés égaux, et qu’en général chez un Polygone tous les côtés doivent être égaux.

[…] Ce dont je parle, c’est de l’égalité des côtés, et point n’est besoin de beaucoup réfléchir pour comprendre qu’à Flatland toute la vie sociale repose sur un principe fondamental : la volonté de la Nature, selon laquelle toutes les Figures doivent avoir les côtés égaux.
[…]
« L’Irrégularité de Figure » est un terme qui désigne chez nous quelque chose aussi grave au moins que, chez vous, un mélange de distorsion morale et de criminalité ; nous traitons cette perversion en conséquence. Certes, nous avons nos faiseurs de paradoxes qui nient la nécessité d’une relation entre l’Irrégularité géométrique et morale.

« L’Irrégulier, disent-ils, est dès sa naissance dépisté par ses propres parents, accablé de sarcasmes par ses frères et sœurs, négligé par les domestiques, méprisé et soupçonné par la société ; il se voit interdire tous les postes à responsabilités, toutes les situations de confiance, toutes les activités utiles. La police surveille de près chacun de ses mouvements jusqu’à ce qu’il atteigne sa majorité et se présente à l’inspection ; puis, soit il est détruit si l’on constate qu’il dépasse la marge de déviation admise, soit il est enfermé dans un Bureau Gouvernemental en qualité d’employé de septième classe ; il se voit contraint d’exercer pendant toute sa morne existence un métier sans intérêt pour un salaire misérable, obligé de vivre jour et nuit au bureau, de se soumettre même pendant ses congés à une surveillance étroite ; comment s’étonner que la nature humaine, fût-elle de l’essence la meilleure et la plus pure, sombre dans l’amertume et la perversion au milieu de ces circonstances ? »

Ce raisonnement fort plausible ne parvient pas à me convaincre –pas plus qu’il n’a convaincu les plus sages de nos Hommes d’État– que nos ancêtres ont eu tort de poser en axiome politique l’impossibilité de tolérer l’Irrégularité sans mettre en danger la sécurité de l’État. La vie de l’Irrégulier est dure. Cela ne fait aucun doute ; mais les intérêts du Plus Grand Nombre exigent qu’il en soit ainsi. Que deviendraient les agréments de la vie si l’on devait permettre à un homme affligé d’un devant triangulaire et d’un arrière polygonal de survivre et de propager une postérité encore plus irrégulière ? Doit-on modifier les maisons, les portes et les temples de Flatland pour que de tels monstres puissent y accéder librement ?
[…]
Je n’en suis pas pour autant disposé à recommander (du moins pour l’instant) l’emploi des mesures extrêmes adoptées par certains États, où le nouveau-né dont l’angle dévie d’un demi-degré par rapport à la norme est aussitôt détruit sans autre forme de procès. Parmi nos plus grands personnages, nos génies même, il en est qui se sont trouvés affligés, pendant les premiers jours de leur vie, de déviations allant jusqu’à quarante-cinq minutes, ou même au-delà ; et la perte de leur précieuse existence aurait été pour l’État un mal irréparable. En outre, l’art de la médecine a remporté quelques-uns de ses plus beaux triomphes en guérissant, soit partiellement, soit totalement l’Irrégularité par des compressions, des extensions, des trépanations, des colligations et autres opérations chirurgicales ou esthétiques. Optant, par conséquent, pour une Via Media, je ne définirai aucune ligne de démarcation fixe ou absolue ; mais, à l’époque où le corps commence à se charpenter, et si le Conseil Médical déclare que la guérison est improbable, je suggérerai de mettre un terme aux souffrances du rejeton Irrégulier en le faisant passer sans douleur de vie à trépas.

Edwin A. Abbott
Flatland, une aventure à plusieurs dimensions, 1884

Librio, © E.J.L. 2013, chapitre 7 « Des formes irrégulières », pages 40-43
Traduit de l’anglais par Élisabeth Gille (cette traduction a d’abord paru chez Denoël en 1968).
Vous pouvez lire en ligne le roman dans son intégralité en cliquant ici, néanmoins je vous recommande pour plus de confort d’acheter chez Librio la version papier pour un prix très raisonnable (3€).

                  

[…] every human being in Flatland is a Regular Figure, that is to say of regular construction. By this I mean that a Woman must not only be a line, but a straight line; that an Artisan or Soldier must have two of his sides equal; that Tradesmen must have three sides equal; Lawyers (of which class I am a humble member), four sides equal, and, generally, that in every Polygon, all the sides must be equal.

[…] I am speaking of the equality of sides, and it does not need much reflection to see that the whole of the social life in Flatland rests upon the fundamental fact that Nature wills all Figures to have their sides equal.
[…]
“Irregularity of Figure” means with us the same as, or more than, a combination of moral obliquity and criminality with you, and is treated accordingly. There are not wanting, it is true, some promulgatorsof paradoxes who maintain that there is no necessary connection between geometrical and moral Irregularity. “The Irregular,” they say, “is from his birth scouted by his own parents, derided by his brothers and sisters, neglected by the domestics, scorned and suspected by society, and excluded from all posts of responsibility, trust, and useful activity. His every movement is jealously watched by the police till he comes of age and presents himself for inspection; then he is either destroyed, if he is found to exceed the fixed margin of deviation, at an uninteresting occupation for a miserable stipend; obliged to live and board at the office, and to take even his vacation under close supervision; what wonder that human nature, even in the best and purest, is embittered and perverted by such surroundings!”

All this very plausible reasoning does not convince me, as it has not convinced the wisest of our Statesmen, that our ancestors erred in laying it down as an axiom of policy that the toleration of Irregularity is incompatible with the safety of the State. Doubtless, the life of an Irregular is hard; but the interests of the Greater Number require that it shall be hard. If a man with a triangular front and a polygonal back were allowed to exist and to propagate a still more Irregular posterity, what would become of the arts of life? Are the houses and doors and churches in Flatland to be altered in order to accommodate such monsters? […]
Not that I should be disposed to recommend (at present) the extreme measures adopted by some States, where an infant whose angle deviates by half a degree from the correct angularity is summarily destroyed at birth. Some of our highest and ablest men, men of real genius, have during their earliest days laboured under deviations as great as, or even greater than forty-five minutes: and the loss of their precious lives would have been an irreparable injury to the State. The art of healing also has achieved some of its most glorious triumphs in the compressions, extensions, trepannings, colligations, and other surgical or diaetetic operations by which Irregularity has been partly or wholly cured. Advocating therefore a Via Media, I would lay down no fixed or absolute line of demarcation; but at the period when the frame is just beginning to set, and when the Medical Board has reported that recovery is improbably, I would suggest that the Irregular offspring be painlessly and mercifully consumed.

Edwin A. Abbott
Flatland, A Romance in Many Dimensions
(Londres, Seeley 1884)

Pour lire en ligne le roman dans son intégralité (en anglais), cliquez ici.

Couverture originale de Flatland (illustration de l’auteur)

Publié en 1884 par Edwin A. Abbott (1838-1926), célèbre théologien et universitaire anglais,  Flatland est un court roman allégorique qui relève à la fois de la fable de science-fiction, de la fantaisie mathématique et du conte philosophique. L’histoire, qui donne vie à des figures géométriques, a pour narrateur un carré qui vit dans un monde plat : Flatland. Les personnages y sont des cercles, des triangles, des carrés, des polygones… Dans ce monde dénué de hauteur n’existent que deux dimensions, la longueur et la largeur. Les habitants ne peuvent donc ni monter ni descendre, ni en concevoir la possibilité même.

Toute la première partie de l’ouvrage (Notre monde) décrit la société bidimensionnelle de Flatland.  À ce titre, l’ouvrage cache une satire implicite de la société aristocratique victorienne puisque le nombre de côtés des polygones-habitants détermine la classe sociale des individus : plus ce nombre est grand, et plus ils sont élevés hiérarchiquement. Ainsi, dans Flatland, tout s’ordonne selon un principe strict, à savoir que l’ordre naturel de la société repose sur l’égalité des côtés : au sommet la caste des prêtres symbolisée par les Cercles, au bas de l’échelle, les triangles isocèles symbolisant les soldats et la plèbe. Les femmes quant à elles sont réduites à de simples lignes, et les individus déviants sont représentés par des polygones irréguliers dont la difformité géométrique cache une irrégularité morale.

La deuxième partie de l’ouvrage (Autres mondes) est d’une grande originalité, tant scientifique que sociale : alors qu’il médite en l’an 2000 sur son existence dans l’univers bidimensionnel de Flatland, le carré-narrateur reçoit la visite d’un étranger, qui se fait appeler une Sphère. Traversant l’espace plan de son univers que le Carré croyait universel, la Sphère l’entraîne dans un espace à trois dimensions, lui offrant une vision inédite de son propre univers vu du dessus : Flatland devient Spaceland. Bouleversé par la vision de cet espace en trois dimensions, l’infortuné Carré veut témoigner de ce qu’il a vu et compris (la possibilité d’une autre dimension), et faire partager son voyage initiatique à ses concitoyens en propageant « l’Évangile des Trois Dimensions ».

Arrêté et traduit devant le Conseil pour avoir voulu subvertir l’ordre de la pensée unique, il sera condamné à la détention perpétuelle comme un dangereux révolutionnaire. À cet égard, si la fin de l’ouvrage est empreinte d’un profond pessimisme, elle délivre aussi un message humaniste de tolérance et de paix :

Je n’ai donc absolument aucun disciple et, à ma connaissance, la Révélation millénaire m’a été faite pour rien. Là-haut, à Spaceland, Prométhée fut châtié pour avoir apporté le feu aux mortels, mais moi —pauvre Prométhée de Flatland— je suis en prison sans avoir apporté quoi que ce soit à mes compatriotes. Je survis cependant, en espérant que ces Mémoires parviendront, je ne sais comment, jusqu’à un esprit humain, dans une Dimension quelconque, et susciteront une race rebelle qui refusera de se confiner aux limitations dimensionnelles. (Librio, page 119)

Comme l’a très bien montré Paul Watzlawick¹, « ce que Flatland dépeint avec éclat est la complète relativité de la réalité. Sans doute l’élément le plus meurtrier de l’histoire de l’humanité est-il l’illusion d’une réalité « réelle », avec toutes les conséquences qui en découlent logiquement. Il faut par ailleurs un haut degré de maturité et de tolérance envers les autres pour vivre avec une vérité relative, avec des questions auxquelles il n’est pas de réponse, la certitude qu’on ne sait rien et les incertitudes résultant des paradoxes. Mais si nous ne pouvons développer cette faculté, nous nous relèguerons, sans le savoir, au monde du Grand Inquisiteur, où nous mènerons une vie de mouton, troublée de temps à autre par l’âcre fumée de quelque autodafé, ou des cheminées d’un crématoire ».
← Edwin Abbott Abbot
De fait, si l’ouvrage d’Edwin A. Abbott connut un regain d’intérêt au vingtième siècle grâce aux découvertes d’Einstein quant à la relativité restreinte, il amène fondamentalement à une réflexion critique en matière de rapports de pouvoir sur nos valeurs institutionnelles et morales. C’est ainsi que Flatland peut être replacé dans le contexte particulier de certaines dérives sociales caractéristiques de l’Angleterre victorienne. Il faut rappeler en effet que « le concept moderne d’eugénisme (eugenics) est inventé en 1883 par le statisticien Francis Galton, le cousin du célèbre Darwin »². Par exemple, le passage que j’ai sélectionné pour cette Citation de la semaine peut se lire comme la critique sous-jacente d’une société eugéniste et formatée multipliant les exigences de normalité :

Que deviendraient les agréments de la vie si l’on devait permettre à un homme affligé d’un devant triangulaire et d’un arrière polygonal de survivre et de propager une postérité encore plus irrégulière ? Doit-on modifier les maisons, les portes et les temples de Flatland pour que de tels monstres puissent y accéder librement ?

Comme nous le voyons dans ces lignes, l’action eugénique à l’encontre des individus non conformes amène à une réflexion sur la notion même de normalité, si importante quand on aborde par exemple la liberté face à la conception totalitaire de la rationalité  : les figures irrégulières et déviantes constituent ainsi une menace conceptuelle contre l’ordre moral et social. De même, lorsque le personnage narrateur (le Carré) bouscule la logique linéaire des habitants de Flatland, il faut voir dans cette transgression (qui semble préfigurer 1984 d’Orwell, dont le titre ne peut que faire songer à la date de publication du roman d’Edwin A. Abbott) l’impossibilité même de toute pensée autonome.

En ce sens, Flatland apparaît comme une brillante dystopie antiautoritaire. Cette dimension politique de l’œuvre n’a presque pas été étudiée ; elle est néanmoins essentielle et invite le lecteur à une réflexion critique sur les rapports entre pensée et liberté.

Bruno Rigolt

 

1.  Paul Watzlawick, La Réalité de la réalité. Confusion, désinformation, communication, Seuil « Points Essais », Paris 1978. Voyez en particulier cette page.
2. Gilbert Hottois, Jean-Noël Missa, Nouvelle Encyclopédie de bioéthique : médecine, environnement, biotechnologie, De Boeck Université, Bruxelles 2001, page 421.

Un été en Poésie… 22 juillet-22 août 2013… Aujourd’hui : Marie Noël

En été, hydratez votre cerveau au maximum !

Du lundi 22 juillet au jeudi 22 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie«  : chaque jour, un poème sera publié. En tout, plus de vingt pays seront représentés dans ce tour du monde poétique. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.

 

Aujourd’hui… Marie Noël (1883 — 1967, Auxerre) … FRANCE

Hier, mercredi 21 août : Georges Séféris… GRÈCE ; Marguerite Duras… FRANCE

Aujourd’hui, jeudi 22 août : 3 livraisons
– Nicole Barrière… FRANCE (livraison du matin)
– Paul Valéry… FRANCE (livraison de l’après-midi)
– Marie Noël… FRANCE ( livraison de la nuit : dernière livraison de l’édition 2013 d’
Un été en Poésie).

 

Chanson

Quand il est entré dans mon logis clos,
J’ourlais un drap lourd près de la fenêtre,
L’hiver dans les doigts, l’ombre sur le dos…
Sais-je depuis quand j’étais là sans être ?

Et je cousais, je cousais, je cousais…
— Mon cœur, qu’est-ce que tu faisais ?

Il m’a demandé des outils à nous.
Mes pieds ont couru, si vifs, dans la salle,
Qu’ils semblaient, —si gais, si légers, si doux,—
Deux petits oiseaux caressant la dalle

De-ci, de-là, j’allais, j’allais, j’allais…
— Mon cœur, qu’est-ce que tu voulais ?

Il m’a demandé du beurre, du pain,
— ma main en l’ouvrant caressait la huche —
Du cidre nouveau, j’allais et ma main
Caressait les bols, la table, la cruche.

Deux fois, dix fois, vingt fois je les touchais…
— Mon cœur, qu’est-ce que tu cherchais ?

Il m’a fait sur tout trente-six pourquoi.
J’ai parlé de tout, des poules, des chèvres,
Du froid, du chaud, des gens, et ma voix
En sortant de moi caressait mes lèvres…

Et je causais, je causais, je causais…
— Mon cœur, qu’est-ce que tu disais ?

Quand il est parti, pour finir l’ourlet
Que j’avais laissé, je me suis assise…
L’aiguille chantait, l’aiguille volait,
Mes doigts caressaient notre toile bise…

Et je cousais, je cousais, je cousais…
— Mon cœur, qu’est-ce que tu faisais ?

Marie Noël
Les Chansons et les Heures, 1920

Françoise Duparc (1726-1778), « Femme cousant » c. 1750-1760
Marseille, Musée des Beaux-Arts

Un été en Poésie… 22 juillet-22 août 2013… Aujourd’hui : Paul Valéry

En été, hydratez votre cerveau au maximum !

Du lundi 22 juillet au jeudi 22 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie«  : chaque jour, un poème sera publié. En tout, plus de vingt pays seront représentés dans ce tour du monde poétique. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.

 

Aujourd’hui… Paul Valéry (1871, Sète — 1945, Paris) … FRANCE

Hier, mercredi 21 août : Georges Séféris… GRÈCE ; Marguerite Duras… FRANCE

Aujourd’hui, jeudi 22 août : 3 livraisons
– Nicole Barrière… FRANCE (livraison du matin)
– Paul Valéry… FRANCE (livraison de l’après-midi)
– Marie Noël… FRANCE ( livraison de la nuit : dernière livraison de l’édition 2013 d’
Un été en Poésie).

 

Sur l’obscur de la mer (*)

__Une mer qui semble unie, — çà et là dans le plan,
çà et là dans le temps — éclate un petit fait d’écume ;
__un événement candide sur l’obscur de la mer,
ici ou là ;
__Jamais au même lieu ;
__un épisode,
__un indice de chocs entre des puissances invisibles
__et des différences internes,
__çà et là, ici ou là.
__L’eau changée en neige, l’instant du choc changé
en blancheur, et le mouvement massif en désordre de
gouttes que l’ordre pesant résorbe aussitôt.

(*) titre donné à partir d’une expression du texte, non choisi par P. Valéry

Paul Valéry
Poèmes et PPA (Petits Poèmes Abstraits), 1929
Édition utilisée : Paul Valéry, Poésie perdue. Les poèmes en prose des Cahiers
Édition de Michel Jarrety, NRF Gallimard, Paris 2000, page 192.

Illustration : © Bruno Rigolt
« Soir et la Mer IV » Peinture numérique et photographie, août 2013

Un été en Poésie… 22 juillet-22 août 2013… Aujourd’hui : Nicole Barrière

 

En été, hydratez votre cerveau au maximum !

Du lundi 22 juillet au jeudi 22 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie«  : chaque jour, un poème sera publié. En tout, plus de vingt pays seront représentés dans ce tour du monde poétique. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.

 

Aujourd’hui… Nicole Barrière (contemporaine) … FRANCE

Hier, mercredi 21 août : Georges Séféris… GRÈCE ; Marguerite Duras… FRANCE

Aujourd’hui, jeudi 22 août : 3 livraisons
– Nicole Barrière… FRANCE (livraison du matin)
– Paul Valéry… FRANCE (livraison de l’après-midi)
– Marie Noël… FRANCE ( livraison de la nuit : dernière livraison de l’édition 2013 d’
Un été en Poésie).

 

[sans titre]

Revient indemne l’Ombre
L’enfance criant son mutisme
L’énigme du poème qui contient tout entier
La même femme
Elle veille la lumière secrète d’autres rêves
Dont tu ne sais rien
Femme debout, de face
Elle a fait la rencontre endeuillée de l’histoire
Tu ne sais rien de sa clarté
Elle a conquis seule la grande plaine du ciel et la liberté d’espace
Tu demeures comme elle, blessé à demi-mot
Tu l’aimeras errante, endormie, enroulée de linceul ou debout face au mur
Défais ta vie de ses fragiles habits
Aime, aime ses chevauchées d’azur dans ton pays écorché
Quand la brise court sur les oliviers
Ose ses lèvres, ose la rose dans sa nacre vivante
Ce monde de beauté où tu la vois dormir.

Nicole Barrière
 Femmes en parallèle : Anthologie personnelle
L’Harmattan, Paris 2010. Page 15.

« Elle a conquis seule la grande plaine du ciel et la liberté d’espace »

Illustration : Kay Sage (1898-1963), « I Saw Three Cities », 1944
Princeton University Art Museum
Crédit photographique : Bruce M. White

Un été en Poésie… 22 juillet-22 août 2013… Aujourd’hui : Marguerite Duras

 

En été, hydratez votre cerveau au maximum !

Du lundi 22 juillet au jeudi 22 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie«  : chaque jour, un poème sera publié. En tout, plus de vingt pays seront représentés dans ce tour du monde poétique. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.

 

Aujourd’hui… Marguerite Duras
(1914, Saigon — 1996, Paris)… FRANCE

Hier, mardi 20 août : Marie-Claire Bancquart… FRANCE ; Robert Frost… ÉTATS-UNIS

Ce matin : Georges Séféris… GRÈCE

Demain, jeudi 22 août : 3 livraisons
– Nicole Barrière… FRANCE (livraison du matin)
– Paul Valéry… FRANCE (livraison de l’après-midi)
– Marie Noël… FRANCE ( livraison de la nuit : dernière livraison de l’édition 2013 d’
Un été en Poésie).

 

Les Mains négatives

On appelle mains négatives, les peintures de mains trouvées dans les grottes magdaléniennes de l’Europe Sub-Atlantique. Le contour de ces mains —posées grandes ouvertes sur la pierre— était enduit de couleur. Le plus souvent de bleu, de noir. Parfois de rouge. Aucune explication n’a été trouvée à cette pratique.

       

Devant l’océan
sous la falaise
sur la paroi de granit

ces mains
ouvertes

Bleues
Et noires

Du bleu de l’eau
Du noir de la nuit

L’homme est venu seul dans la grotte
face à l’océan
Toutes les mains ont la même taille
il était seul

L’homme seul dans la grotte a regardé
dans le bruit
dans le bruit de la mer
l’immensité des choses

Et il a crié

Toi qui es nommée toi qui es douée d’identité je t’aime

Ces mains
du bleu de l’eau
du noir du ciel

Plates

Posées écartelées sur le granit gris

Pour que quelqu’un les ait vues.

Je suis celui qui appelle
Je suis celui qui appelait qui criait il y a trente mille ans

Je t’aime

Je crie que je veux t’aimer, je t’aime

J’aimerai quiconque entendra que je crie

Sur la terre vide resteront ces mains  sur la paroi de granit face au fracas de l’océan

Insoutenable

Personne n’entendra plus

Ne verra

Trente mille ans
Ces mains-là, noires

La réfraction de la lumière sur la mer fait frémir
la paroi de la pierre

Je suis quelqu’un je suis celui qui appelait
qui
criait dans cette lumière blanche

Le désir
le mot n’est pas encore inventé

Il a regardé l’immensité des choses dans le fracas des vagues, l’immensité de sa force

et puis il a crié

Au-dessus de lui les forêts d’Europe,
sans fin

Il se tient au centre de la pierre
des couloirs
des voies de pierre
de toutes parts

Toi qui es nommée toi qui es douée d’identité
je
t’aime d’un amour indéfini

Il fallait descendre la falaise
vaincre la peur

Le vent souffle du continent il repousse
l’océan
Les vagues luttent contre le vent
Elles avancent
ralenties par sa force
et patiemment parviennent à la paroi

Tout s’écrase

Je t’aime plus loin que toi
J’aimerai quiconque entendra que je crie que je t’aime

Trente mille ans
J’appelle
J’appelle celui qui me répondra

Je veux t’aimer je t’aime

Depuis trente mille ans je crie devant la mer le spectre blanc

Je suis celui qui criait qu’il t’aimait, toi.

Marguerite Duras
Les Mains négatives, 1978
Marguerite Duras, Le Navire Night – Césarée – Les Mains négatives – Aurélia Steiner
Mercure de France, Paris 1979, page 97 et suivantes.

La Cueva de las Manos (la Grotte des mains)
Patagonie, Argentine


Le court métrage réalisé en 1979 par Marguerite Duras
Sur les images de Paris la nuit, désert, Marguerite Duras interprète comme un appel les traces de mains peintes dans les grottes préhistoriques d’Espagne

Un été en Poésie… 22 juillet-22 août 2013… Aujourd’hui : Georges Séféris

 

En été, hydratez votre cerveau au maximum !

Du lundi 22 juillet au jeudi 22 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie«  : chaque jour, un poème sera publié. En tout, plus de vingt pays seront représentés dans ce tour du monde poétique. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.

 

Aujourd’hui… Georges Séféris  (1900, [Smyrne] Izmir — 1971, Athènes)… GRÈCE

Hier, mardi 20 août : Marie-Claire Bancquart… FRANCE ; Robert Frost… ÉTATS-UNIS

Cet après-midi : Marguerite Duras… FRANCE

Demain, jeudi 22 août : 3 livraisons
– Nicole Barrière… FRANCE (livraison du matin)
– Paul Valéry… FRANCE (livraison de l’après-midi)
– Marie Noël… FRANCE ( livraison de la nuit : dernière livraison de l’édition 2013 d’
Un été en Poésie).

 

Le Dernier Jour
(extrait)

Le ciel était couvert. Nul ne se décidait.
Un vent léger soufflait. « Ce n’est pas le grégos, c’est le sirocco » fit quelqu’un.
Quelques minces cyprès cloués sur le versant et la mer grise,
avec des flaques de lumière, un peu plus loin.
Les soldats présentaient les armes quand la bruine se mit à tomber.
« Ce n’est pas le grégos, c’est le sirocco. » Ce fut la seule chose précise que l’on entendit.
Pourtant, nous le savions que dès l’aube suivante
Rien ne nous resterait, pas même la femme buvant près de nous le sommeil
Pas même le souvenir d’avoir été, jadis, hommes,
Rien, dès l’aube suivante.

« Ce vent fait songer au printemps » disait l’amie qui marchait près de moi.
En regardant au loin, « le printemps
Tombé soudain en plein hiver près de la mer bouchée.
Printemps si imprévu. Tant d’années ont passé. Comment allons-nous mourir ? »
[…]

Georges Séféris
Poèmes. 1933-1955, suivis de Trois poèmes secrets

Traduit du grec par Jacques Lacarrière et Égérie Mavraki.
Préface d’Yves Bonnefoy, postface de Gaëtan Picon
© Gallimard, NRF « Poésie », page 103.

Pour mieux comprendre le contexte politique évoqué dans ce poème, voyez cette page de l’ouvrage de Jean Bessière et Judit Maár, L’Écriture empoisonnée (L’Harmattan, Paris 2007).

 Yiánnis Móralis
(« Dix dessins en couleur pour les poèmes de Georges Séféris« , 1965)