Concours « Ecriture en Forêt » 2014 : publication des textes primés… Aujourd’hui, la nouvelle de Sandra C. (troisième prix)

concours_eef_2014_logo-1Le Lycée en Forêt a lancé à la rentrée 2013 un original concours d’écriture à destination des classes de Seconde et de Première  ayant pour intitulé : « Écritures en Forêt ».

Pour les classes de Seconde, le sujet portait sur l’écriture d’une nouvelle ayant obligatoirement pour thème la forêt, espace d’une grande richesse littéraire et sociale, qui pouvait être envisagé dans sa dimension légendaire, mythologique, fantastique, symbolique, ou encore sous l’angle plus anthropologique et contemporain du développement durable ou des problèmes posés par la déforestation… Les candidats restant évidemment libres d’appréhender le thème comme ils le souhaitaient.

Félicitation aux nombreux participants, particulièrement aux élèves de Seconde 3 et de Seconde 11, qui se sont remarquablement investis dans le dispositif, et bien sûr Bravo aux trois lauréats de l’édition 2014 :

  • Premier prix : Camille H. (Seconde 11)
  • Deuxième prix : Paul B. (Seconde 3)
  • Troisième prix : Sandra C. (Seconde 3)

Une grande cérémonie récompensant les élèves primés aura lieu en avril…
Merci au Lycée qui a pu débloquer des fonds importants pour récompenser les lauréats.

frise fleurs horizontale

Découvrez aujourd’hui la nouvelle de Sandra C. (Seconde 3), troisième prix :

« Le Trésor d’une forêt »

par Sandra C.
Classe de Seconde 3

william_degouve_de_nuncques_1aWilliam Degouve de Nuncques (1867-1935)
« La Maison Rose, 1892 (coll. part.). Détail

lettrine feuille Je vis à Paris depuis ma naissance. Malgré ma vivacité, je sors rarement de chez moi car ma femme, Ève, est tombée gravement malade peu après notre mariage. Alors j’ai dû abandonner mon travail, mes passions, mes amis et mes loisirs pour pouvoir m’occuper de ma famille. Cela fait maintenant dix ans qu’avec notre petit garçon, nous subissons la pauvreté : pas d’électricité pas d’eau et le cas d’Ève empire de jour en jour.

Pour oublier le temps, je peins ma femme. A chaque fois que je lui montre une de mes œuvres, elle se met à rire : « tu n’as aucun talent » plaisante-t-elle. Je le sais très bien mais tout ce qui m’importe, c’était son sourire.

Un jour, alors que je lui montrai un dessin, à mon grand étonnement, Ève ne ria pas : son visage semblait comme flétri. Pris de crainte, j’appelai aussitôt le médecin qui ne tarda pas à m’annoncer que la maladie avait pris le dessus, qu’il faudrait absolument opérer Ève… Nous pleurâmes car nous savions très bien que sans argent pour payer, ses jours étaient comptés.
Dans la nuit, elle me réveilla : elle se rappelait de quelque chose, et s’empressa de me le raconter. Elle avait entendu parler d’une légende qui pourrait peut-être la sauver (elle riait tristement en m’évoquant cela). D’après celle-ci, il y avait dans la forêt un endroit magique mais personne ne l’avait encore vu.

— Balivernes !
— Ne ris pas !

Et des larmes coulèrent de ses yeux quand elle me parlait… « Ne ris pas ; Des gens ont rapporté que cette forêt est merveilleuse et renferme même des trésors cachés ».

Bien que je n’y croyais pas, Ève insista. Alors je partis à la recherche de ce mythe. Comme je ne savais pas par où commencer, j’allai d’abord à la bibliothèque du quartier pour demander des renseignements à propos de cette fichue légende. Il me fut répondu que ça ne me servirait sans doute à rien mais que si je voulais vraiment en savoir plus, je pouvais toujours aller voir le vieil homme d’en face, qui venait depuis toujours à la bibliothèque.

Effectivement, il y avait là un vieux monsieur ; je lui racontai que je recherchais « l’arbre à trésor ». M. Lepoi (c’était son nom), sautilla de joie, comme un enfant heureux d’apprendre une bonne nouvelle. Il y avait enfin un homme dans le monde qui le croyait. Oui il l’avait découvert, un jour, mais jamais personne ne l’avais cru auparavant. Il me dit encore qu’il était prêt à me donner toutes les informations nécessaires si je lui disais pourquoi je recherchais ce fameux trésor.

Après lui avoir tout raconté, je lui demandai une carte ou quelque chose qui me permettrait de découvrir l’endroit, mais la seule réponse que j’obtins fut « Tu trouveras le trésor bien plus proche que tu ne le crois, si tu ouvres ton cœur à la véritable nature ! Cherche et tu trouveras ! ».
Déçu !
Oui, j’étais déçu de n’avoir rien obtenu d’intéressant et d’avoir perdu mon temps auprès de ce vieillard sénile, qui connaissait tout, et ne parlait de rien !

Malgré tout, je confiai notre garçon à des amis, et commençai mon périple dans la forêt, un peu au hasard. Comme je n’avais jamais quitté le quartier, j’admirais avec stupéfaction les mouvements des différentes espèces d’arbres. Les feuilles semblaient m’inviter à danser avec elles, promenées par le vent, et dans leur habillage couleur arc-en-ciel je pouvais voir du vert, du jaune, du rouge, de l’orange et même du rose. potémont_forêt_détailLes arbres laissaient les oiseaux chanter dans leurs cheveux. Des écureuils se promenaient d’un côté puis de l’autre… De ci, de là, au hasard des branches… Je n’avais jamais été aussi émerveillé par la nature. J’abandonnai malgré moi mes recherches et allai peindre ce que j’avais vu.

← Martial Potémont, « Paysage de forêt tropicale (gouache), détail.
Saint-Denis de La Réunion), Musée Léon Dierx.

Quand j’eus fini, j’accrochai mon esquisse sur le mur du salon et  j’aperçus que le visage d’Ève fondait de plus en plus et que la peur de la mort régnait dans un silence douloureux. Je retournai dans la forêt pour rechercher à nouveau le trésor. Une semaine après, je n’obtenais toujours pas de résultats. Je ne savais plus quoi faire. Désespéré ! J’allai chercher de l’aide auprès du vieillard. M. Lepoi accepta de m’aider. Il me demanda ce que je voyais lorsque j’étais dans la forêt. Mes mots étaient bien trop faibles pour lui dire ce que je ressentais ; alors je l’emmenai chez moi puis lui montrai ma peinture de ce « premier rendez-vous avec la nature ». Des larmes s’écoulèrent sur son visage et il répondit que je savais déjà tout, qu’il n’avait plus rien à m’apprendre. Ensuite, il partit sans me dire un mot. Que voulait-il dire ? Mon tableau m’aiderait-il à trouver le trésor ? Pour l’instant ces questions restaient sans réponse ! Il commençait à faire nuit, ma bien-aimée dormait, je posais un baiser sur son front et allai moi-même me coucher. Le lendemain matin, elle n’était pas encore réveillée et je repartis, le cœur rempli de tristesse.

Je ne voulais même plus penser à rentrer. Je laissais le jour au chagrin. Pourtant, alors que je regardais les arbres, j’eus comme un sursaut : je comprenais pour la première fois ce qui est plus grand que la vie, plus grand que la mort : j’ai compris quel était le trésor. Je n’avais pas eu besoin de chercher loin. La forêt elle-même en est un. Elle est un poème, une évasion pour chacun de nous. Elle semble s’exprimer et même penser.  Ceux qui la sentent, comme moi maintenant, peuvent respirer le parfum des sensations de la nature, ont trouvé une perle bien précieuse : la perle de la vie.
En rentrant, je ne voyais plus le monde de la même façon.

— Ève ! Ève ! J’ai trouv…
— Papa…

Depuis, le temps a passé… Quelquefois je prends le train pour rejoindre mon garçon. Nous parlons de l’aventure que j’ai vécue malgré le décès d’Ève. Lui aussi aime la forêt, il ne cesse de dire que plus tard, il protégera l’environnement. Les hommes meurent mais la forêt est pleine de vie, la vie du sang des hommes, qui ne s’éteint jamais…

© Sandra C., classe de Seconde 3 (promotion 2013-2014), mars 2014.
Lycée en Forêt/Espace Pédagogique Contributif

william_degouve_de_nuncques_2William Degouve de Nuncques (1867-1935)
« Les Anges de la nuit », 1894 (hst), Otterlo (Pays-Bas), Kröller-Müller Museum

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Publié par

brunorigolt

Bruno Rigolt Docteur es Lettres et Sciences Humaines Prix de Thèse de la Chancellerie des Universités de Paris Professeur de Lettres Modernes et de Culture générale au Lycée en Forêt (Montargis, France).