Pour la deuxième année consécutive, du mardi 22 juillet 2014 au vendredi 22 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie« … Chaque jour, un poème sera publié. Cette année, quinze pays seront représentés dans ce tour du monde poétique, mêlant écriture et arts visuels. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.
Aujourd’hui… François Mauriac ♂ (1885, Bordeaux — 1970, Paris)FRANCE
Demain, mercredi 23 juillet : Renée Vivien… France
Plaintes de Cybèle
Ton rire jaillissait, vif entre les eaux vives.
Mes branches déchiraient lentement le brouillard
Et ta face brillait sur Cybèle attentive
Mieux que les astres morts qui n’ont pas de regard
Ton reflet s’endormait dans mes sources cachées
Dont le souffle ridait l’eau froide au goût terreux.
De la chair fourmillante à ma chair attachée
Je ne sentais plus rien que les mains écorchées
D’Atys qui caressait l’herbe de mes cheveux.
Ma douleur sur la mer poussant un cri farouche,
Eût réveillé le peuple assis aux sombres bords :
Atys, tu me brûlais de ta petite bouche,
Je n’avais pas de bras pour enserrer ton corps.
Une ligne de sable, un renflement de dune,
Une frange d’écume et de varech : la mer…
Le doux trait des sourcils sur ta paupière brune
Et l’obscure forêt au bord du front désert :
Ton visage éclairé du feu de deux prunelles.
Étoiles de ma nuit dont les flammes jumelles
Quand tu dors, vont brûler sur un autre univers,
Atys, je confonds tout dans un unique songe :
Enfant qui me dévaste, océan qui me ronge.
Les ruisseaux dont je sens partout la vive fuite.
Les gaves dont les eaux par les cailloux brisées
Agitent les cheveux des nymphes enlisées.
Longues mousses flottant sur le sommeil des truites.
Que sont-ils pour mon cœur, ô toi qui m’as perdue.
Visage dur, souillé de mûres et de boue,
Au prix de cette larme à tes cils suspendue
Et qui creuse soudain l’argile de ta joue !
François Mauriac (1885-1970) Le Sang d’Atys, Paris Bernard Grasset 1940
« Une ligne de sable, un renflement de dune, Une frange d’écume et de varech : la mer… »
Pour la deuxième année consécutive, du mardi 22 juillet 2014 au vendredi 22 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie« … Chaque jour, un poème sera publié. Cette année, quinze pays seront représentés dans ce tour du monde poétique, mêlant écriture et arts visuels. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.
Aujourd’hui… François Mauriac ♂ (1885, Bordeaux — 1970, Paris)FRANCE Demain, mercredi 23 juillet : Renée Vivien… France
Plaintes de Cybèle
Ton rire jaillissait, vif entre les eaux vives.
Mes branches déchiraient lentement le brouillard
Et ta face brillait sur Cybèle attentive
Mieux que les astres morts qui n’ont pas de regard
Ton reflet s’endormait dans mes sources cachées
Dont le souffle ridait l’eau froide au goût terreux.
De la chair fourmillante à ma chair attachée
Je ne sentais plus rien que les mains écorchées
D’Atys qui caressait l’herbe de mes cheveux.
Ma douleur sur la mer poussant un cri farouche,
Eût réveillé le peuple assis aux sombres bords :
Atys, tu me brûlais de ta petite bouche,
Je n’avais pas de bras pour enserrer ton corps.
Une ligne de sable, un renflement de dune,
Une frange d’écume et de varech : la mer…
Le doux trait des sourcils sur ta paupière brune
Et l’obscure forêt au bord du front désert :
Ton visage éclairé du feu de deux prunelles.
Étoiles de ma nuit dont les flammes jumelles
Quand tu dors, vont brûler sur un autre univers,
Atys, je confonds tout dans un unique songe :
Enfant qui me dévaste, océan qui me ronge.
Les ruisseaux dont je sens partout la vive fuite.
Les gaves dont les eaux par les cailloux brisées
Agitent les cheveux des nymphes enlisées.
Longues mousses flottant sur le sommeil des truites.
Que sont-ils pour mon cœur, ô toi qui m’as perdue.
Visage dur, souillé de mûres et de boue,
Au prix de cette larme à tes cils suspendue
Et qui creuse soudain l’argile de ta joue !
François Mauriac (1885-1970) Le Sang d’Atys, Paris Bernard Grasset 1940
« Une ligne de sable, un renflement de dune, Une frange d’écume et de varech : la mer… »
À l’occasion de la Journée Internationale de la Femme, l’Espace Pédagogique Contributif va publier plusieurs travaux de recherche consacrés au féminisme. Après le très bel exposé de Sybille consacré à l’écrivaine Colette (« Colette ou le féminisme humaniste« ), voici une non moins remarquable contribution : Manon, Oscar et Slimane, tous trois élève de Première S, ont choisi d’aborder la question des stéréotypes de genre…
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La question du genre rôles et stéréotypes Socio-anthropologie de l’image de la femme
par Manon B., Oscar P. et Slimane H.-M. (*) Classe de première S2 Promotion 2013-2014
* Relecture du manuscrit et ajouts éventuels : Bruno Rigolt. Certains passages de cette étude ont été modifiés ou réécrits pour correspondre davantage au Cahier des charges éditorial de cet Espace Pédagogique. B. R.
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« On ne naît pas femme, on le devient. » Simone de Beauvoir, Le Deuxième sexe, 1949
« L’homme doit être élevé pour la guerre, et la femme pour le délassement du guerrier. » Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra (1883-1885)
Introduction générale
Les rôles de la femme et de l’homme dans la société ont été, depuis des millénaires, fortement déterminés, ancrés et intériorisés par des normes patriarcales et hiérarchiques qui ont traversé les siècles sans subir de modifications significatives : au sexe dit faible il a été attribué la tenue de la maison et l’éducation des enfants, autrement dit la sphère domestique. À l’homme, le travail à l’extérieur, la charge de nourrir la famille et la prise de décision.
À partir du dix-neuvième siècle pourtant, sous l’impact intellectuel de l’Europe, la masculinité hégémonique a été quelque peu contestée. Mais c’est au vingtième siècle que le féminisme est devenu particulièrement en occident une contre-culture, consacrant l’émancipation et l’autonomisation des femmes, et revendiquant un modèle égalitariste qui a bouleversé le fonctionnement multiséculaire de la société. C’est ainsi qu’aux images de mère de famille modèle, et de maîtresse de maison accomplie, s’est progressivement superposée celle d’une dynamique égalitariste et carriériste.
Certes, à l’heure actuelle, quand on aborde les relations « hommes/femmes », il est souvent question dans les médias que les femmes seraient devenues « des hommes comme les autres »… Néanmoins, il faut se rendre à l’évidence : l’image de la femme est toujours victime de nombreux stéréotypes ; de nos jours encore au vingt-et-unième siècle, de nombreux préjugés, y compris de l’éducation, renforcent les rôles sexospécifiques traditionnels |1|. De façon plus générale, il arrive quotidiennement que la femme soit, dans les médias ou plus simplement dans les mentalités, rabaissée à un objet de désir ou de fantasme.
Cette objetisation qui s’exprime en particulier par une focalisation sur le corps et les apparences nous a amenés à réfléchir plus spécifiquement sur les rôles et les représentations de la femme dans la société de consommation. Quelle est par exemple l’influence des modèles sociaux ? Dans quelle mesure l’arrivée massive des appareils électroménagers sous l’influence du boom économique des Trente Glorieuses a-t-elle créé une image de la femme en ménagère et en maîtresse de maison ? En contrepoint, comment cette même société de consommation, en favorisant l’entrée massive des femmes dans la vie active, a-t-elle aussi contribué à changer l’image et le statut des femmes ?
Autant de questionnements qui nous amèneront à aborder l’image de la femme dans la société de consommation selon une double perspective. Après avoir étudié en quoi les femmes sont prédisposées à devenir Femme, nous élargirons ces questions liées à la sexospécificité à quelques remarques sur l’image de la femme dans la publicité : nous aborderons ainsi les préjugés et idées reçues sur les femmes mais également l’utilisation de leur image à des fins économiques, voire idéologiques. Nous verrons ainsi qu’aux images de mère de famille modèle et de maîtresse de maison accomplie se superpose désormais celle d’une dynamique carriériste, qui n’est pas exempte non plus de représentations stéréotypées…
« Depuis les années 80, les femmes sont des hommes à temps plein.
Fini les revendications, C’qu’elles ont voulu maintenant elles l’ont… »
Paroles extraites de la chanson interprétée par Michel Sardou, « Être une femme » (2010)
La femme et l’homme dans la société :
des rôles sexospécifiques
Comme le faisait judicieusement remarquer un rapport de la Commission européenne en 2008, « Les stéréotypes constituent des barrières à la réalisation des choix individuels tant des hommes que des femmes. Ils contribuent à la persistance des inégalités en influant sur les choix des filières d’éducation, de formation ou d’emploi, sur la participation aux tâches domestiques et familiales et sur la représentation aux postes décisionnels. Ils peuvent également affecter la valorisation du travail de chacun » |2|.
Ces premières remarques sont riches d’enseignement. De fait, les stéréotypes de genre ont créé de toute pièce un discours sur la femme qui amène en premier lieu à s’interroger sur la notion d’homme-humanité. Pourquoi par exemple désigner la pluralité humaine par le seul nom d’Homme dont l’effet homogénéisateur a pu être légitimement contesté ? Alors que l’Universel-Homme semble accepté, il ne viendrait à l’esprit de personne d’évoquer un « Universel-Femme »…
Même la philosophie des Lumières dans sa fameuse Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, rattache l’homme à une faculté de raison dont la femme, en tant que sujet de droit, est exclue politiquement et juridiquement : « L’universalisme abstrait défendu [dans] la Déclaration […] prétendait parler de l’homme en tant qu’être humain alors qu’en fait il ne s’adressait véritablement qu’à l’homme, en tant que représentant du genre masculin » |3|. Comme le notait Jacqueline Feldman à propos des Lumières, « la rationalité est avant tout le privilège de ceux qui détiennent le pouvoir » |4|.
Autant de remarques qui nous amènent à nous interroger sur la question du « genre » et sur le caractère éminemment discriminatoire et inégalitaire de la distribution traditionnelle des rôles masculin et féminin |5|. Comme le notait Sophie Bailly, « Dans le modèle d’organisation sociale qui semble dominer dans la plupart des cultures, les femmes tiennent donc souvent un rôle maternant et les hommes un rôle protecteur et nourricier. […] Ces rôles sont censés déterminer des comportements de façon suffisamment prévisible pour pouvoir distinguer les femmes et les hommes : une dimension communautaire pour les femmes et une dimension agentive* pour les hommes. […] On voit que ces traits de personnalité reflètent |…] des visions fortement stéréotypées, comme celle de La Femme tournée vers autrui et de L’Homme affirmé qui détient ou recherche le pouvoir » |6|.
* agentivité : Capacité d’une personne à intervenir sur les autres et le monde. Ici le terme désigne la capacité à être un acteur dans l’interaction sociale.
Nous retiendrons de ces propos que la distribution des rôles sexués est liée à de nombreux stéréotypes de genre qui sont à l’origine d’une socialisation très différenciée et souvent arbitraire. Dès le plus jeune âge par exemple, il existe un code couleur selon le sexe du bébé renforcé par les représentations familiales et les pressions industrielles et commerciales : rose pour les petites filles et bleu pour les petits garçons.
Pourtant, cela n’a pas toujours été le cas : comme le rappelle l’historienne américaine Jo B. Paoletti, à partir de l’exemple étasunien, « les vêtements des enfants n’ont commencé à changer et devenir spécifique à un sexe qu’à partir des années 1940. Les vêtements unisexes étaient autrefois la norme : les garçons portaient en effet les mêmes robes blanches que les petites filles jusqu’à l’âge de 6 ans. […] Alors que les couleurs comme le rose et le bleu ont été introduites dans la garde-robe des bébés au milieu du 19è siècle, il a fallu attendre la Première Guerre mondiale pour qu’elles acquièrent une spécificité à un sexe » |7|.
Un véritable « formatage » comportemental…
Ainsi, ces codes de couleur ont déterminé des rôles spécifiques sur le plan social et comportemental qui relèvent d’un marquage sexué : le rose par exemple possède de nombreuses connotations affectives associées très arbitrairement à la fragilité, à la vulnérabilité, à la maternité. Par opposition, le bleu connoterait la force, l’assurance, la maîtrise de soi… Comme on le voit, ces assignations identitaires en fonction de la couleur n’ont rien de biologique ou de scientifique.
Elles sont bien davantage le résultat d’un produit social qui va fortement infléchir les modèles éducatifs. « Les garçons sont ainsi renforcés vers une compréhension physique, logique et conflictuelle du monde, et les filles encouragées à s’engager dans le monde social et impersonnel » |8|. Ce formatage souvent influencé par les impératifs commerciaux, influe largement dans la manière dont les enfants vont appréhender leur identité sexuelle et s’approprier un positionnement vis-à-vis d’eux-mêmes et vis-à-vis des autres |9|.
« Vous voulez un jeu pour garçon ou pour fille ? »
Une fois passé le premier âge, les enfants reproduisent donc ces « rôles » féminins et masculins conventionnels en jouant à des jeux stéréotypés tels que les jeux de patience, la dînette, la petite cuisine ou le bébé pour les filles afin d’éveiller leur sentiment maternel et leur rôle de femme au foyer. Le garçon quant à lui, joue à des jeux de construction, de guerre ou d’action qui lui permettent d’approfondir sa réflexion et son imagination, et d’exprimer sa force ou de légitimer la violence.
On peut constater en effet que les jeux masculins tendent à développer l’aptitude du jeune garçon de s’affranchir du rapport aux normes et de transgresser impunément l’ordre établi. Quant à la petite fille, elle ne fait que répéter dans des jeux à vocation sociale des gestes quotidiens et des postures affectives qui ne lui laissent guère d’autre choix que d’être passive et de reproduire de façon presque redondante l’espace autorisé de la sphère domestique et ménagère : aux garçons la liberté, aux filles la sociabilité et la domesticité.
← Ci contre (en bas à droite), une publicité de Berjuan Toy pour son produit « The Breast Milk Baby », une poupée pour apprendre à allaiter…
Ces conditionnements se retrouvent ensuite dans l’inégal partage des tâches ménagères. Même encore de nos jours, la disparité liée à une répartition très archaïque des rôles hommes-femmes accrédite la thèse selon laquelle les corvées de ménage seraient dégradantes pour un homme. Cette difficulté à participer aux activités domestiques trouve ses origines dans l’histoire politique et religieuse qui a souvent associé la féminité à la souillure et à la faute.
Cherchez la femme…
Toutes les spéculations sur le péché originel font volontiers remonter le malheur qui accable l’humanité à la femme, dont le pouvoir de séduction « suffit à la rendre suspecte lorsque l’on cherche l’origine du mal dans une faute originelle » |10|. De tels déterminismes, en enlevant toute valeur morale à la femme, ne lui proposent en fait de se « racheter » une conduite et une moralité qu’en acceptant sa domesticité : elle doit payer le prix du péché originel. Ainsi lui dit-on dès son plus jeune âge : « Non, ce n’est pas pour les filles ». Si en apparence, une telle phrase ne fait que reproduire des stéréotypes culturels, elle cache en fait une attitude discriminatoire qui associe la réclusion de la femme dans l’univers de la faute et de la culpabilité, au repentir, au mea culpa et au rachat.
Pourquoi donc un garçon se sent-il insulté lorsqu’on le traite de fille ? C’est justement parce qu’il perd tout à coup son statut, sa puissance et sa légitimité : l’homme, c’est d’abord la caractérisation implicite de « Dieu » ; voilà pourquoi il entend se maintenir au sommet de l’échelle sociale. Voilà pourquoi il revendique pour lui-même un pouvoir de sanction, une puissance où se mêlent la force du droit et la légitimité divine : en aucun cas il n’accepte que la femme conquière ce droit |11|.
Comme nous le suggérions en début d’analyse, même si l’émancipation de la femme s’est inscrite implicitement comme idéal dans le libéralisme politique des Lumières, ce mouvement n’a en aucun cas imaginé accorder explicitement une quelconque effectivité juridique à la femme : l’exemple d’Olympe de Gouges qui a déconstruit —et avec quelle verve— dans sa Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne, les présupposés des Lumières, est sur ce point « éclairant » : tant que les Droits de l’Homme ont légitimé un usage de la loi consacrant la soumission de la femme à l’homme, ils n’ont pas été les Droits de la moitié de l’Humanité.
Tous ces schémas se retrouvent donc, même encore de nos jours, dans les attitudes socioculturelles. Ainsi, dans beaucoup de pays et de cultures qui ont fait de la masculinisation de la société une valeur idéologique, avoir une fille est souvent perçu comme une charge, un embarras, un fardeau. Mais est-ce à ce point si « nul » d’être une fille qu’on doive abandonner un bébé ? Pourquoi même de nos jours il semble parfois à ce point honteux d’avoir une fille qu’on apparente sa naissance à une véritable « malédiction », à un véritable mauvais coup du sort ?
Même en occident, si une fille agit comme un « garçon manqué » cela fait sourire… Mais si le jeune garçon est efféminé cela devient alors inquiétant, comme si l’édifice sur lequel s’étaient bâties les qualités masculines de force, de courage et d’ambition, s’était tout à coup écroulé. Comme nous avons pu le constater, les filles (et les garçons) sont conditionnées depuis l’enfance. Nous ne nous rendons peut-être pas compte de ces mécanismes de conditionnement, mais les préjugés et les opinions toutes faites en la matière régissent souvent nos propres jugements de valeur.
Façonnés depuis la naissance, ils reflètent notre éducation, et semblent tellement aller de soi qu’il ne nous viendrait jamais à l’esprit de les remettre en question. Ainsi, concernant la femme, le nombre d’idées reçues et de préjugés véhiculés par la société est impressionnant. Ceux-ci existent d’ailleurs depuis des millénaires : Euripide, dramaturge de la Grèce antique déclare par exemple dans Les Suppliantes (v. 110-1103) : « Pour un père, il n’est rien de plus doux qu’une fille ; l’âme d’un fils est plus haute, mais moins tendre et caressante ». De tels propos, pour élogieux qu’ils semblent, assimilent la femme à un luxe quelque peu futile, voire inutile, et reflètent la prétention des hommes à se croire supérieurs à la femme.
La femme, objet de tous les regards
« La raison tient au fait que le garçon est considéré comme « utile » : il bâtit, il construit, il est force de proposition : à lui le rendement et la productivité, le rapport intéressé au monde, les besoins vitaux. Non que la femme ne puisse pas avoir de telles qualités mais le mieux est de lui assigner les « bonnes manières » qui conviennent à son sexe : le jeu, la gratuité, le rapport désintéressé aux choses : la femme potiche est ainsi l’archétype du « bel objet » ornemental, dépourvu de toute utilité et de toute substance.
Entre Cunégonde « fraîche, grasse, appétissante » de Candide et une femme actuelle dont un homme pourrait dire qu’elle est « à croquer », quelle différence au fond ? C’est toujours la métaphore alimentaire qui est utilisée pour représenter la dépendance sociale de la femme. Instrumentalisée, elle est reléguée au rang d’objet de consommation, objet de luxe ou objet sexuel dont la futilité et l’ignorance n’ont d’égal que le paraître. Ainsi, davantage rattachée au futile qu’à l’utile, la femme engendre une représentation : au sens propre du terme, elle devient l’objetde tous les regards».(Bruno Rigolt)
Man Ray, Le Violon d’Ingres (1924). Paris, Centre Georges Pompidou
La femme comme objet de consommation
La femme est en effet un objet de consommation dont certains ont pu dire qu’elle l’était au même titre que le réfrigérateur, le fer à repasser, le poste de télévision, la voiture, etc. Dès lors, une remarque fondamentale s’impose : entre la femme, muse des poètes et de l’amour, et la femme comme allégorie du consumérisme en passant par la femme « instrument de musique » de Man Ray, « la femme a toujours été réifiée, c’est-à-dire dépossédée de son moi comme sujet identitaire : élevée au rang d’objet symbolique, elle disparaît comme réalité d’une identité subjective »(Bruno Rigolt). Ainsi apparaît le type de la femme futile, de la blonde idiote et séductrice, incapable de penser par elle-même.
Pierre Tchernia au 34ème salon des Arts Ménagers (1965) :
« Achetez une femme ! »
Simone de Beauvoir en 1972 lors d’un rassemblement pour la légalisation de l’avortement. Michel Artault/APIS/Sygma/Corbis
Cette femme réifiée, c’est-à-dire ravalée au rang d’objet, et soumise aux représentations des hommes, a été longuement analysée en 1949 par Simone de Beauvoir dans Le Deuxième sexe. Comme il a été dit, « l’originalité du point de vue de Simone de Beauvoir a consisté à distinguer les données biologiques (le sexe) des données sociales (le genre) en montrant que le « féminin » est en fait le produit d’un conditionnement social, culturel et politique hérité d’une vision patriarcale […] : « Aucun destin biologique, psychique, économique ne définit la figure que revêt au sein de la société la femelle humaine ; c’est l’ensemble de la civilisation qui élabore ce produit intermédiaire entre le mâle et le castrat qu’on qualifie de féminin ». Réfutant toute idéalisation de la féminité, Simone de Beauvoir affirme au contraire que l’«éternel féminin» reflète avant tout l’aliénation de la femme au désir masculin, qui cloisonne le sujet féminin dans des rôles et des stéréotypes représentatifs du machisme et de l’hypocrisie sociale : pour l’auteure, la femme serait surtout considérée par la société comme un « objet social soucieux de paraître ». Seule une véritable « libération » par le travail et l’autonomie financière doit donc permettre aux femmes de « s’affirmer comme sujet » |12|.
Comme nous avons essayé de le montrer, les bouleversements de la conquête de l’égalité des sexes et de la libération des femmes, particulièrement depuis la deuxième moitié du vingtième siècle, n’ont pas toujours réussi à casser nombre de clichés, ancrés depuis des millénaires dans l’inconscient collectif. Si beaucoup d’interdits moraux, sous l’influence des mouvements de contre-culture en particulier, se sont estompés, et s’il est vrai qu’aux images de mère de famille modèle et de maîtresse de maison accomplie se superpose désormais celle d’une dynamique carriériste, force est néanmoins de reconnaître que nombreux restent les clichés.
« Moulinex libère la femme ! »
Intéressons-nous à ce titre à l’image de la femme dans l’imaginaire social véhiculé par la publicité. Sous les Trente Glorieuses en particulier, la publicité a créé la femme-objet affichée en public pour promouvoir la consommation de toutes sortes de biens. La surmédiatisation dont elle fait l’objet est en soi un fait hautement significatif : à l’image traditionnelle et sexiste de la femme, la publicité, particulièrement dans la seconde moitié du vingtième siècle, a été en adéquation avec l’évolution des mentalités et des modes de vie.
Moulinex a ainsi inventé un slogan qui a fait sa fortune : « Moulinex libère la femme ». Mais, sous couvert d’émancipation et de libération, un tel slogan ne fausse-t-il pas quelque peu la règle en véhiculant une image d’autant plus stéréotypée des femmes qu’elle les présente comme moyen et comme fin : l’émancipation n’étant pas une fin en soi mais un moyen de faire vendre le produit. Dans ces conditions, la femme est également assimilée au produit lui-même, donc objetisée et marchanidsée « selon un principe normatif de jouissance et de rentabilité hédoniste, selon une contrainte d’instrumentalité directement indexée sur le code et les normes d’une société de production et de consommation dirigée » |13|.
C’est ainsi que l’historien Michel Winock reproche à la presse féminine de véhiculer des stéréotypes contenant une image dévalorisante de la femme parce que la mettant en scène comme objet de désir et de consommation : « Toute cette littérature critique vise les femmes. On montre à quel point elles exercent le rôle d’agent d’aliénation généralisée, dans la mesure où elles assurent les achats du ménage et tombent inévitablement sous l’empire de la publicité. […] L’émancipation par le lave-linge, l’aspirateur ou le chauffe-eau, c’est de la réclame pour les grandes firmes » |14|.
extrait de Michèle Sarde, De l ‘alcôve à l’arène : Nouveau regard sur les Françaises
Paris, Robert laffont 2007, page 160.
Il faut quand même admettre que cette question de la femme dans la publicité a fait couler beaucoup d’encre et suscite des débats contradictoires et quelque peu stériles parfois, ce dont témoigne l’essoufflement de la lutte contre le publisexisme. Nécessité de reconnaître également que de nombreuses avancées ont été obtenues : à cet égard, la création du mouvement de la Meute, émanation des Chiennes de garde a permis de légiférer en matière de lutte contre les stéréotypes sexistes. La vraie question qui se pose à la société selon nous, est donc d’accompagner au niveau des mentalités, les évolutions juridiques qui ont aidé à l’émancipation des femmes.
Ainsi l’on parle beaucoup de la femme dans la publicité, peut-être à tort car des évolutions explicites en France notamment sont perceptibles, mais le cinéma de masse et les médias audiovisuels à destination en particulier d’un public souvent jeune ont également leur part de responsabilité dans la persistance des comportements discriminatoires et la reproduction sociale de la domination masculine. En montrant souvent des jeunes femmes libres de leur corps, infidèles, ou objets de désir, etc. ces médias contribuent paradoxalement à véhiculer une image d’autant plus passive et stéréotypée de la femme que c’est une image essentiellement fantasmée, et non conforme à la réalité.
Ces images fantasmées induisent une attitude souvent sexiste puisqu’elles oscillent entre l’archétype de la femme mûre qui n’est valorisée qu’à travers sa fonction de génitrice, et la femme jeune, quant à elle présentée uniquement à travers sa fonction de séductrice hypersexualisée, consentante et soumise, dont le corps se réduit au statut de chose. Comme nous le voyons, ce rôle imparti à la femme lui dénie son statut de citoyenne à part entière, pour n’en faire plus qu’un beau sexe faible,objet de séduction et d’échange, réduit à sa valeur esthétique et monétaire.
Conclusion générale
Les représentations ont certes changé mais on attribue aux femmes toujours des tâches, on leur inculque des fausses valeurs sans leur laisser la liberté de décider qui elles veulent devenir vraiment, tant les préjugés et les archaïsmes sont ancrés dans l’inconscient collectif, au point qu’on ne les remarque même plus. Ainsi que l’écrivait Danielle Jonckers, « Alors que dans les sociétés occidentales contemporaines rien ne s’oppose —en théorie— à ce que les femmes soient les égales des hommes, les modes de pensée ne semblent pas au diapason des potentialités féminines » |15|. La raison vient que la révolution des mœurs ne s’est pas vraiment faite : le droit va plus vite que les mentalités.
À l’image moderne et progressiste de notre législation qui fait de la femme l’égale de l’homme, répond trop souvent encore sa soumission comme pratique sociale et culturelle dans la réalité des faits. Soumission étayée par des représentations qui légitiment la perpétuation des modèles machistes, sous couvert parfois d’émancipation. Tel est le paradoxe de notre société dans laquelle l’emprise du vertige de la séduction fait encore trop souvent de la femme une marchandise et un objet de plaisir. C’est donc un changement des mœurs qui doit s’opérer. Comme nous le comprenons, le Féminisme doit être l’accomplissement de l’humanisme…
Les études de genre ont montré que les stéréotypes, aussi bien du masculin que du féminin, en tant que systèmes de valeurs, dégradaient les véritables relations entre les hommes et les femmes. Aussi, à la question « La femme est-elle un homme comme les autres ? », avons-nous envie de répondre par une autre question : « L’homme peut-il être une femme comme les autres ? » Peut-il accepter cette refonte morale de se remettre en question ? Tel était le sens du magnifique ouvrage d’Annie Leclerc, Parole de femme, publié en 1974 et qui amenait à repenser le sens de l’Histoire autant que l’éthique de notre civilisation :
« Pourquoi la Vérité sortirait-elle de la bouche des hommes ? La Vérité peut sortir de n’importe où. Pourvu que certains parlent et d’autres se taisent. La Vérité n’existe que parce qu’elle opprime et réduit au silence ceux qui n’ont pas la parole.Inventer une parole qui ne soit pas oppressive.
Une parole qui ne couperait pas la parole mais délierait les langues.[…]
Relecture du manuscrit et ajouts éventuels : Bruno Rigolt. Certains passages de cette étude ont été modifiés ou réécrits pour correspondre davantage au Cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres. B. R.
NOTES
1. Voir à ce sujet, Naila Kabeer, Intégration de la dimension Genre à la lutte contre la pauvreté et objectifs du millénaire pour le développement. Manuel à l’intention des instances de décision et d’intervention, Les Presses de l’Université Laval/L’Harmattan/Centre de recherches pour le développement international (CRDI), page 224.
2. Commission européenne, Rapport sur l’égalité entre les femmes et les hommes, 2008, page 11.
3. Sarah Scholl, L’Apprentissage du pluralisme religieux : le cas genevois au XIXe siècle, Genève (Suisse), Labor et Fides 2013, page 265. 4. Jacqueline Feldman « Le savant et la sage-femme », Impact, Unesco (volume 25, n°1, 1975). Cité dans Bruno Rigolt, « La femme et ses représentations dans Candide : Stéréotypes et Sexisme« . Voir aussi l’article « Olympe de Gouges« .
5. Sur les notions de genre et de rôles sexospécifiques, voyez cette page :
6. Sophie Bailly, Les Hommes, les femmes et la communication. Mais que vient faire le sexe dans la langue ?, Paris L’Harmattan 2008, page 111.
7. Propos rapportés par le site Alantico.fr. Pour lire l’intégralité de l’article, cliquez ici. Voir aussi cette page.
8. Christian Baudelot, Roger Establet, Quoi de neuf chez les filles ? : Entre stéréotypes et libertés, Paris, Nathan 2007.
9. Voir à ce propos : Christine Guionnet, Erik Neveu, Féminins/Masculins : Sociologie du genre (Paris, Armand Colin 2009 Collection U), notamment cette page.
10. Georges Minois, Les Origines du mal : Une histoire du péché originel, Paris, Fayard 2002. Voir cette section en particulier : « La femme, le serpent et l’arbre« .
11. Cf. ces propos très intéressants de Jorunn J. Buckley : « Dans un système monothéiste, où les hommes s’identifient naturellement au seul Dieu, capacité dont les femmes sont dépourvues, les hommes peuvent être à l’image de Dieu, mais pas les femmes. La Création et la procréation sont liées, si bien que la procréation devient le moyen par lequel les humains imitent Dieu au plus près. L’un des dogmes les mieux gardés du monothéisme est la nécessité d’empêcher les femmes d’affirmer leur propre autonomie à cet égard ». Cité par Edith Sizoo, Par-delà le féminisme, Paris, éd. Charles Léopold Mayer 1984, page 60.
12. Bruno Rigolt, citation de la semaine : « Simone de Beauvoir »
13. Jean Baudrillard, « Le plus bel objet de consommation : le corps », dans La Société de consommation : ses mythes, ses structures (1997). Cité par Claude Raisky (dir.), Les Valeurs du corps dans la société contemporaine, Educagri Editions 2003, page 145. 14. Michel Winock, Jeanne et les siens. Propos cités par Vincent Soulier, Presse féminine : la puissance frivole. 15. Danielle Jonckers, Femmes plurielles : les représentations des femmes, discours, normes et conduites (sous la direction de Danielle Jonckers, Renée Carré, Marie-Claude Dupré), Paris, Édition de la Maison des sciences de l’homme 1999, page 1.
Netiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, cet article est protégé par copyright. Ils est mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le nom de l’auteur ainsi que la référence complète de l’article cité (URL de la page).
La classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques… Bonne lecture !
Hier, mardi 2 avril : Pierre L.-P. et Victor B. Aujourd’hui, mercredi 2 avril, la contribution de Camille Demain, jeudi 3 avril : Nicolas T.
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« Dans la blanche neige et pure »
par Camille B. Classe de Première S2
Loup solitaire,
la journée je voyage à travers les pins
l’exil et l’utopie
et parfois il me semble entendre au loin
les bruits d’une circulation étrangère
Et je fuis parmi la nuit.
Du haut de la falaise,
Je rejoins les lumières
Frêles et puissantes
Du soir qui m’apaise
Et c’est à travers les fines fentes
Du ciel que j’échappe à mon malaise.
Loup solitaire
Enfermé dans ce monde,
tel une âme vagabonde,
Sans repère,
Sans échappatoire,
Sans nouveau chemin, sans nouvel espoir.
Dans la blanche neige et pure, loup solitaire
Seuls mes pas sont derrière moi,
et dans cette sauvage nature
Seul, loin de vos murs,
Je ne sais où aller : vers demain, vers ailleurs, vers hier
À travers les pins, l’exil et l’utopie, je suis roi.
« Du haut de la falaise, je rejoins les lumières
Frêles et puissantes du soir qui m’apaise… »
Le point de vue de l’auteure…
À l’origine de ce texte, la solitude baudelairienne de l’albatros, allégorie du poète maudit, qui m’avait marquée quand j’avais étudié ce poème. Sentiment de solitude, mais aussi de douleur et d’amertume du poète, conscient de sa différence, face aux hommes et à la société. Ainsi, le loup dans le texte exprime pour moi cette singularité de l’être de génie, résultat d’une insatisfaction spirituelle, fragmenté entre sa quête d’un art supérieur et idéal, et le sentiment de déchéance profonde que ressent le poète, contraint de survivre dans le monde inférieur où vit le commun des mortels, et dont il se sent incompris et rejeté :
Loup solitaire, la journée je voyage à travers les pins l’exil et l’utopie […] Et je fuis parmi la nuit.
L’utilisation de la première personne s’est également imposée lors de l’écriture très naturellement : cette fonction dite expressive ou émotive puisqu’elle « est centrée sur le destinateur » (Jakobson) est en effet très caractéristique du lyrisme romantique dont le culte du moi représente presque la raison d’être face au mal du siècle. Aussi, l’expression de ce lyrisme personnel privilégie-t-elle l’épanchement du moi, cette effusion de l’intime que le modèle expressif individualiste romantique puis symboliste ont si bien rendu et que j’ai voulu exploiter à mon tour :
Loup solitaire Enfermé dans ce monde, tel une âme vagabonde, Sans repère, Sans échappatoire, Sans nouveau chemin, sans nouvel espoir.
Comme on le voit, le poème fait de la défense du loup, être pathétique brisé par les mécanismes sociaux dont il se trouve prisonnier, un thème d’autant plus essentiel qu’il pourrait s’appliquer à nombre de jeunes, perdus qu’ils sont dans ce vaste éther de l’adolescence. Moi-même, j’éprouve à l’instar de ces révoltés romantiques du dix-neuvième siècle qui affirmaient par leur poésie leur individualité face aux ordres établis, une profonde solitude que le vacarme anonyme de notre monde d’hyper-communication ne fait qu’exacerber : écrire, n’est-ce pas quelque part ressentir l’isolement et la mélancolie, éprouver le temps qui passe et rechercher éperdument un ailleurs, inaccessible aux lois de l’ordonnance humaine ?
Comme ce « loup solitaire/Enfermé dans ce monde tel une âme vagabonde », je me sens parfois en cage « Sans repère, Sans échappatoire, Sans nouveau chemin, sans nouvel espoir »… On nous fait croire à beaucoup de liberté alors que dans la réalité nous ne sommes pas maîtres de grand chose, prisonniers des déterminismes et des matérialismes de tous ordres. Dans ce texte le loup essaie de s’échapper, il cherche la sortie, ou plutôt la porte d’entrée d’un monde qui lui correspondrait, un monde qui serait le sien « dans la blanche neige et pure, […] vers demain, vers ailleurs, vers hier/À travers les pins, l’exil et l’utopie ».
C’est à travers le ciel sombre de la nuit, éclairé d’étoiles, que le loup chercher à s’évader, à se réfugier « parmi la nuit ». J’avouerai que les étoiles m’ont toujours fascinée : elle sont si loin et pourtant si brillantes qu’on croirait pouvoir les toucher… Les étoiles, additionnées à la nuit, évoquent le rêve, et l’espoir de rejoindre ce monde imaginaire, et sans doute quelque peu utopique, avec lequel nous serions en totale adéquation. Comme on le voit, le loup marche « seul, loin de vos murs », il cherche à s’évader, à fuir le simulacre du monde, comme si lui seul avait compris la supercherie.
Enfin, on observe tout au long du texte la présence de la nature que l’on retrouve dans presque toutes les strophes : « les pins » ; « la falaise » ; « la neige »… Dans une perspective primitiviste, cette nature symbolise le retour aux sources, à la pureté originelle du monde, à la pureté de la vie telle que je la rêve. Une vie simple, loin de toute cette civilisation qui effraie souvent. Tout comme le loup qui fuit « les bruits d’une circulation étrangère », j’aspire parfois à retrouver une pureté première dont seuls des êtres simples, exempts des corruptions de la société et proches de la nature, pourraient être les dépositaires…
La classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques… Bonne lecture !
Hier, lundi 31 mars, Sybille M. Aujourd’hui, premier avril, la contribution de Pierre et Victor Demain, mercredi 2 avril : Camille B.
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« Exercice d’approfondissement »
par Pierre L.-P. et Victor B. Classe de Première S2
Un nuage étoilé a fourni 100 nombres au hasard
Compris entre l’infini et la destinée.
Ils peuvent être considérés comme absurdement réels
Ou réellement absurdes.
Cet échantillon est issu équitablement
entre un enfer paradisiaque et un ciel funèbre
que ce nuage ténébreux peut dévoiler
aléatoirement.
On se demande quelle moyenne pourrait naître
d’un échantillon si antithétique.
Et pourquoi pas une valeur simplement mathématique ?
Vérifiez, examinez, étalonnez
cette prévision pour une série de réels.
Vous vous rapprocherez de la vérité suprême.
Cet exercice est profondément exigu
tandis que l’univers est démesurément grand.
Cela dit, les deux méritent un possible approfondissement.
« Cet exercice est profondément exigu
tandis que l’univers est démesurément grand… »
Le point de vue des auteurs…
Ce poème nous a été inspiré par un livre de Mathématiques. Le titre, resté inchangé, prend en revanche dans le cadre du poème, une profonde valeur symbolique : les Mathématiques ne sont-elles pas, comme il a été suggéré, « des métaphores destinées à éveiller en nous l’intelligence du monde qui nous entoure ? »¹ Le but de ce poème est donc d’approfondir, mais cette fois-ci il s’agit d’approfondir la notion de vérité, ou plutôt notre perception de la vérité : quel type de vérité faut-il appliquer aux énoncés mathématiques ?
Tel a donc été le point de départ de notre méditation poétique : si le réalisme s’accorde à donner une valeur de vérité à tout énoncé mathématique objectif et correctement formulé, qu’en est-il de l’univers et des essences qui le composent ? Face au monde objectif, l’univers, loin d’être absolu, relève d’une cosmologie relativiste : voici pourquoi le champ lexical de l’univers est si présent dans ce poème : « nuage », « étoilé », « ciel ». Plus que de dépayser le lecteur et le placer dans un cadre partiellement connu, ces termes amènent à une réflexion épistémologique sur la place de l’homme au sein de cet univers.
Réflexion épistémologique mais aussi humaniste : en cherchant à promouvoir la liberté et la dignité de l’homme, l’Humanisme nous rappelle qu’il n’est de science que dans la connaissance qui est, pour reprendre le titre de notre poème, un « exercice d’approfondissement » de la conscience. Et cet exercice passe par l’exercice par l’homme de sa liberté. Premièrement, la liberté du rêve : les adjectifs « paradisiaques » et « étoilé » postulent que la liberté vient peut-être d’au-delà des étoiles : comme la cité idéale de la Renaissance qui se voulait une image du cosmos et le reflet de son harmonie, le rêve invite à la liberté.
Liberté des grands infinis cosmiques, mais aussi libre-arbitre qui est la question fondamentale de l’homme face à son destin :
Un nuage étoilé a fourni 100 nombres au hasard Compris entre l’infini et la destinée.
Pour finir, la liberté de l’inexprimable, de l’indicible domine dans le texte avec l’omniprésence des jeux d’antithèses (parallèle antithétique, chiasme, oxymore) : « absurdement réels ou réellement absurdes », « enfer paradisiaque », « ciel funèbre » ou encore « nuage ténébreux ». Notre but était ainsi de plonger le lecteur dans l’imaginaire des symboles qui peuvent être perçus différemment selon la sensibilité et le caractère de chacun. Plus fondamentalement, nous avons souhaité amener à une réflexion sur l’imaginaire. De fait, ce poème ne possède pas « une » mais « plusieurs » connotations que chacun sera libre d’imaginer.
Le lecteur doit donc faire une croix sur le monde réel et sur ce qui en découle l’espace d’un instant et se laisser guider par ses sensations et ses impressions. Cette quête amène à s’interroger sur l’imaginaire en Mathématiques : où mène cet exercice d’approfondissement ?
Vérifiez, examinez, étalonnez cette prévision pour une série de réels. Vous vous rapprocherez de la vérité suprême.
Mais la vérité est-elle certaine, absolue, prévisible et prédictible ? La vérité mathématique ne mérite-t-elle pas davantage un « possible approfondissement » ? Tel est le sens qu’il convient d’attribuer à la fin du texte :
Cet exercice est profondément exigu tandis que l’univers est démesurément grand. Cela dit, les deux méritent un possible approfondissement.
Comme le lecteur le comprend, notre poème est au service d’une grande réflexion métaphysique sur le hasard. De fait, il semblerait que ce dernier ne se réduise pas simplement à un échantillon de nombres…
1. Claude Paul Bruter, Comprendre les Mathématiques, Paris, Éditions Odile Jacob 1996, page 285.
Hélène Devissaguet : « Philosophie et mathématiques » Lycée International de Sèvres (15 octobre 2009)
En complément de votre lecture du poème, je vous conseille d’écouter cette passionnante conférence d’Hélène Devissaguet qui aborde les questionnements suivants : Philosophie et Mathématiques peuvent-elles nous faire appréhender le réel ? La Certitude et la Vérité en Mathématiques…
La classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques… Bonne lecture !
Seule dans l’étendue
Bleue, autour de moi les flots perlés
Me portent et m’emportent.
Je touche du bout des lèvres les nuages.
Ils se déroulent dans ma main,
Coulent entre mes doigts,
Font frémir mes sens,
S’effilent et s’enfuient.
Les ineffables, insaisissables nuages.
Au creux de mon âme, du fond de mon cœur,
Je sens leur lumière qui s’échappe
Et m’abandonne dans l’immense.
Seule dans l’étendue
Bleue, plongée dans les flots sombres
Je m’enfonce et m’élève une dernière fois vers le ciel.
Une lueur s’est éveillée
Sur les chemins des hauteurs.
« autour de moi les flots perlés
Me portent et m’emportent.
Je touche du bout des lèvres les nuages… »
Utagawa Hiroshige, « Les tourbillons de Naruto à Awa » (Awa. Naruto no fûha), 1855 Boston, Museum of Fine Arts. Voir aussi le site de laBnF
Le point de vue de l’auteure…
Pour écrire ce poème, qui est d’abord une poésie du ressenti et de l’intériorité, j’ai pensé à « Brise marine » de Mallarmé, dont j’avais profondément été touchée par la thématique symboliste, et plus particulièrement l’appel de la mer, allégorie de l’inconnu et de l’infini. En premier lieu, j’ai centré mon écriture sur l’expression la plus subjective des sentiments : toute poésie n’est-elle pas un dialogue du moi avec le moi lui-même ? Voici pourquoi la fonction expressive est si dominante : écrire, c’est quelque part « s’écrire »…
Cette fonction émotive se retrouve tout au long du poème : « Je touche », « je sens », « Je m’enfonce et m’élève ». Tout comme les grands auteurs romantiques et symbolistes (Charles Baudelaire, Stéphane Mallarmé, Renée Vivien, Anna de Noailles…) qui cherchaient à exprimer par l’art le fond de l’âme du poète, j’ai souhaité faire du poème un moyen de connaissance et d’introspection : ainsi, « les flots perlés » qui « me portent et m’emportent », en réunissant poésie et musique dans leur fonction expressive de l’harmonie cosmique, sont comme une métaphore de la quête poétique.
Mais j’ai voulu par ailleurs que cette « quête poétique » s’exprime plus encore par les jeux de sonorités qui connotent les vibrations sonores produites par les flots : vibrations primordiales puisqu’elles permettent d’atteindre le ciel, et de « touche[r] du bout des lèvres les nuages ». On retrouve ces jeux de sonorités dans l’image des « ineffables et insaisissables nuages » qui « s’effilent et s’enfuient ». Les sons sont aussi utilisés au début du texte dans l’image des flots perlés [qui] me portent et m’emportent » : les allitérations créent ainsi une sensation de balancement comme celle que l’on éprouve dans la mer quand les vagues nous portent au large.
Au début de cette analyse, j’évoquais Mallarmé. Le lecteur aura en effet compris les allusions à la thématique de la mer que l’on retrouve souvent chez l’auteur de « Brise marine ». La mer est ainsi le lieu des errements, du naufrage, de la solitude et de l’abandon, mais aussi le moment du ressourcement et de la transfiguration. Cette dualité est exprimée ainsi dans le texte :
Seule dans l’étendue Bleue, plongée dans les flots sombres
Je m’enfonce et m’élève une dernière fois vers le ciel.
Si des expressions comme « l’étendue bleue », « les flots sombres » ou « je m’enfonce » expriment le spleen, la solitude ou le mal-être propres à l’adolescence, d’autres expressions du texte viennent infléchir cette impression de malaise : « je […] m’abandonne dans l’immense […], m’élève une dernière fois vers le ciel […] sur les chemins des hauteurs ». Il était important pour moi, tout comme Mallarmé, de dépasser la fatalité de la vie et ouvrir une perspective positive. Ainsi j’ai montré que même dans un spleen profond, il y a toujours un espoir, une lumière, un Idéal : « Une lueur s’est éveillée ».
À ce titre, le lecteur constatera que j’ai utilisé l’image des nuages afin qu’ils symbolisent la recherche de l’inspiration : entre la peur de la page blanche (avec le retour dans les profondeurs « Seule dans l’étendue/Bleue, plongée dans les flots sombres ») et l’éveil « Sur les chemins des hauteurs ». De même, j’ai souhaité apporter un aspect sensoriel à la quête spirituelle en matérialisant l’inspiration « [les nuages] font frémir mes sens » : ainsi les idées du poète deviennent des nuages qui se transforment en essence et s’échappent vers un infini voyage.
Ce symbolisme des nuages, métaphores de l’inspiration m’est venue du poème de Baudelaire « l’Etranger » : les nuages symbolisent ici l’Idéal, en opposition au spleen : ils sont à la fois signes de connaissance, de beauté et de pureté des mots. De plus ils symbolisent l’élévation spirituelle « sur les chemins des hauteurs ». La quête de l’Idéal est exprimée par l’élévation finale et sa verticalité. À l’enfoncement dans les flots, s’oppose la montée vers la lumière : « Je m’enfonce et m’élève une dernière fois vers le ciel ». C’est ainsi que pour finir, le voyage est évoqué avec le mot « chemins » au dernier vers qui signifie ici la voie vers la spiritualité, en amont de tout dualisme.
L’aspect vertical des « hauteurs » souligne l’idée du voyage spirituel, en tant que symbole d’ascension, d’élévation vers le Ciel. De plus le mot « hauteurs » qui connote ici l’ascension de la montagne exprime l’idée que, ayant atteint l’ultime hauteur axiale, l’on peut retrouver l’intégrité spirituelle originelle. Cette élévation spirituelle d’essence primitiviste est à relier à la théorie de la « Co-naissance » dont parlait si bien Claudel, tant il est vrai que toute connaissance est une « co-naissance » : naître à soi-même par l »écriture, pour mieux être à soi-même, n’est-ce pas là l’essence de la poésie ?
La classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques… Bonne lecture !
Lundi 17 mars, Manon B. Aujourd’hui, dimanche 30 mars, la contribution de Louis Demain, lundi 31 mars : Sybille M.
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« Arpège »
par Louis A. Classe de Première S2
Je regarde le sombre rideau exiler
Les suprêmes désirs d’autres mondes idolâtres :
Nouveaux paysages, terribles théâtres
Où mener en arpège leurs cœurs arrachés.
À peine chansons, ineffables mélodies,
Les chants des sillons ne s’entendent plus la nuit.
Néanmoins leur silence, tout juste acquis,
N’est que la quintessence de leur déni.
Dans une conférence sur la poésie surréaliste, Paul Éluard affirmait : « Le surréalisme est un état d’esprit », et c’est justement guidé par cet « état d’esprit » que j’ai décidé d’aborder l’écriture de ce poème. Ainsi, me suis-je détaché d’une logique constructive et par trop rationnelle. J’ai tout d’abord privilégié les codes surréalistes, en particulier les codes de l’inconscient et de l’écriture automatique, et cherché à produire quelques associations spontanées dont le caractère insolite correspondait à mes visions du moment.
En produisant des associations séduisantes et surprenantes, l’écriture automatique est d’autant plus troublante qu’elle « nous tourne vers le langage sans silence, infiniment ouvert près de nous, sous notre parole commune, vers la parole qui précède la possibilité de la parole ». Ces propos de Philippe Fries me semblent très représentatifs de ce que j’ai moi-même éprouvé en commençant à rédiger. De fait, j’ai été très intéressé par cette spontanéité de l’écriture, cette libération des codes et cette rupture avec les contraintes de la raison que permet l’écriture automatique.
Néanmoins, mon travail d’écriture ne pouvait pas s’arrêter là. Je ressentais le besoin de charpenter l’ensemble et d’exprimer plus consciemment ce que m’avait inspiré l’écriture automatique. Il me fallait non seulement associer les mots, mais aussi associer les phrases, les mettre en relation et former un véritable poème qui ne soit pas qu’un fait de hasard. J’avais besoin de travailler ma poésie et de retrouver ce que Roman Jakobson exprime à propos de la fonction poétique du langage : cette importance des effets rythmiques, des mots, de leur agencement syntaxique et sonore, qui sont des éléments essentiels de l’imaginaire poétique.
En outre, ainsi que le lecteur pourra le lire, mon poème est doté d’une forte sensibilité musicale. Comme Mallarmé dont la poésie se nourrissait constamment d’une réflexion sur la musique, et qui affirmait que chaque poète devait traduire, par la musique des mots, les idées et les émotions, j’ai voulu moi-même que ma poésie puisse se faire chanson intérieure, tant il est vrai qu’il existe bien une musique du poème. La mélodie d’un vers ou l’harmonie d’une rime participent ainsi au chant poétique : voici pourquoi le réseau lexical de la musique est si perceptible dans le texte : « arpège », « chansons », « mélodies », « chants »…
À ce titre, le lecteurpeut observer un jeu constant sur le rythme et les sons, à travers les rimes tout d’abord, puis à l’intérieur même des vers avec un système de parallélismes sonores et de jeux phoniques. Par exemple :
Néanmoins leur silence, tout juste acquis N’est que la quintessence de leur déni.
De même, certains parallélismes sonores (« chansons/ chants des sillons » « mélodies/la nuit ») étaient pour moi importants afin de retrouver cette vocation originelle de la poésie, qui est d’être un chant.
Enfin la poésie, comme l’ont si bien compris les Symbolistes, doit ouvrir à un déchiffrement et à un dévoilement. Voici pourquoi j’ai voulu suggérer d’autres thématiques pour amener une part de mystère et ainsi inviter le lecteur à une appropriation subjective du texte. Qui sont par exemple les détenteurs des « suprêmes désirs » aux « cœurs arrachés » ? Que représentent ces « chants des sillons » ? En invitant au déchiffrement du sens, le Verbe poétique suggère une quête de l’ineffable, car il nous élève au-dessus de ce qui est. Le poème est ainsi pareil à l’albatros de Baudelaire : un « compagnon de voyage » qui met en musique le livre de la vie : c’est par les mots que la musique s’envole…
Le Lycée en Forêt a lancé à la rentrée 2013 un original concours d’écriture à destination des classes de Seconde et de Première ayant pour intitulé : « Écritures en Forêt ».
Pour les classes de Seconde, le sujet portait sur l’écriture d’une nouvelle ayant obligatoirement pour thème la forêt, espace d’une grande richesse littéraire et sociale, qui pouvait être envisagé dans sa dimension légendaire, mythologique, fantastique, symbolique, ou encore sous l’angle plus anthropologique et contemporain du développement durable ou des problèmes posés par la déforestation… Les candidats restant évidemment libres d’appréhender le thème comme ils le souhaitaient.
Félicitation aux nombreux participants, particulièrement aux élèves de Seconde 3 et de Seconde 11, qui se sont remarquablement investis dans le dispositif, et bien sûr Bravo aux trois lauréats de l’édition 2014 :
Premier prix : Camille H. (Seconde 11)
Deuxième prix : Paul B. (Seconde 3)
Troisième prix : Sandra C. (Seconde 3)
Une grande cérémonie récompensant les élèves primés aura lieu en avril… Merci au Lycée qui a pu débloquer des fonds importants pour récompenser les lauréats.
Découvrez aujourd’hui la nouvelle de Camille H. (Seconde 11), premier prix :
« Qu’en soit témoin le temps »
par Camille H. Classe de Seconde 11
Samuel Palmer (1805-1881) « Le Pommier magique », 1830, Cambridge, Fitzwilliam Museum
Qu’il était fier ce pommier. L’été créait des senteurs fruitées qui émanaient de cette clairière où il avait décidé de s’implanter. Rien autour ne semblait pousser sur un petit rayon de trois mètres, donnant à cet endroit, un repère, une âme. Les rayons de la lune se frayaient leur chemin vers les sols verdoyants du pommier, le vent sifflait entre fleurs et branchages. Plus rien n’était de ce monde, féerie et romantisme semblaient avoir pris place.
C’est en ce lieu de la forêt qu’un jeune couple se retrouvait, isolé des grands malheurs du monde et de leur société d’injustice, pour laisser place à l’expression unique de leur amour. S’allongeant au pied de ce pommier, méditant, tête l’une contre l’autre, à cette si belle clarté bleutée de l’astre des nuits. Restant ainsi plusieurs et longues heures dans ce lieu magique, où le temps semblait se figer. Un amour semblant interdit, mais que nul ne pouvait empêcher.
Le rendez-vous était le même tous les jours, et la difficulté de partir de ce lieu était, au rythme grandissant de leurs sentiments, chaque fois plus complexe. Qui eut cru qu’un tel couple ait pu exister.
Mais bien vite la magie prit fin de manière brutale. L’automne semblait donner la mesure, feuilles et dernières fleurs fanées dans une mélancolie annuelle… La jeune femme, pareille au doux feuillage du pommier en arrière-saison, vit sa vie faner bien vite, et en peu de semaines, la fleur n’était plus. La mort si soudaine de son aimée, fit perdre la raison à l’ancien amant. Fini la clairière, et le chemin dans la forêt pour aller à la clairière. Délaissées, les fleurs. Oubliées les orties qui piquaient et les rires dans les sentiers.
Les bars furent son seul repère… Il se perdit dans des forêts de feux rouges, pleura contre des arbres de métal froid, marcha dans des sentiers de béton sous le linceul des arbres… Voici que la ville était devenue son unique forêt. Il but à la source des bars des boissons mirobolantes, et, à chacune de ses nuits, il repensait au pommier, et à la forêt disparue, très loin, de l’autre côté de la ville. L’alcool devint alors sa sève, sa seule raison de garder goût à la vie.
Deux années ont passé depuis l’accident. Voici qu’un poivrot de bas étages, dormant à la lumière des lampadaires et non loin des points de passages des trains de banlieue semble vivre là, toujours une bouteille à la main, la barbe semblant continuer à pousser au rythme des ronces de la forêt.
C’est un soir d’automne, que, violemment jeté hors d’un bar, il tituba dans des ruelles choisies par le hasard, jugé par l’œil des habitants de ce qui était devenu sa forêt. Ses pas le menèrent près de la sortie de la ville, à l’orée d’un bois, ou peut-être était-ce une forêt ? Le chemin face à lui semblait praticable, malgré les hautes herbes et ronces qui parsemaient la voie. L’homme sembla peu à peu commencer à ressentir un déjà vu. Et c’est alors que tout lui revint, ce chemin lui rappela sa chère belle et leur romance, et au bout du sentier, près du Loing, se trouvait un pommier.
Le pas s’accéléra alors, l’envie de revoir le lieu de leur amour lui était si intense, qu’herbes et ronces ne pouvaient être un obstacle. Il arriva enfin. Mais face à lui, loin de trouver le luxuriant pommier, au branchage et feuillage épais, il n’y avait qu’un arbre pourri jusqu’aux confins de son écorce. Ce n’était plus qu’un morceau de bois sans vie, pareil à une planche. Sa main se posa alors, presque par automatisme, sur l’écorce de manière aimante et familière, il chercha l’inscription que bon nombre d’amoureux se plaisent à faire, pour graver à jamais leur amour.
Au seul contact de sa main, l’arbre se renversa de façon brutale au sol, ne laissant nulle trace de son passage tant l’état de mort était avancé. La souche partit bien vite de la même manière, comme s’envolent des feuilles de papiers mal attachée, le vent put emporter tout ceci en un coup d’un seul, le bois n’était que cendres. L’homme se vit déterré, ses yeux s’emplirent de larmes, gorgées des douleurs anciennes du passé, ses genoux se courbèrent et les poings de l’homme purent serrer le sol pourtant si verdoyant. Le corps triste de l’homme, de manière similaire au pommier, s’échoua sur le sol, puis se recroquevilla sur lui-même. Il dormit alors d’un sommeil tourmenté par le fantôme des sombres années passées.
Ce ne fut guère le jour qui réveilla notre homme, mais une petite voix, claire et pure, qui ressemblait aux murmures du vent le long de la mer… L’homme se redressa de moitié et écouta ce si bel appel de l’aube : n’était-ce pas la voix de sa tendre et défunte aimée ? Il se mit alors à crier son nom dans cette petite clairière. Mais sa seule réponse fut le silence, tel un spectre dépourvu de toute émotion. Les larmes s’emparèrent de tout son être, ses mains s’agrippèrent, tourmentées, à ses cheveux, ses dents mordirent ses lèvres puissamment, faisant couler le sang, telle une sève rougeâtre, au rythme de ses larmes. Terrassé par tant de peine, l’homme s’assit, enlaça ses genoux, posa sa tête au sein de ceux-ci, et laissa exprimer sa tristesse de manière sonore, dont seule la clairière fut spectatrice. Le corps ne bougea plus, la peine lui fit perdre la faim. Bien vite, le corps atteignit ses limites, et c’est meurtri par le songe, le tourment et la souffrance, qu’il quitta ce monde, triste comme un rendez-vous d’amour manqué. Son corps conserva sa position meurtrie, et, au sein de cette clairière, il remplaça l’ancien pommier.
Bon nombres d’années passèrent, le corps resta à sa place originelle, mais en lieu et place du cadavre, un arbre émergea de la terre. Ainsi, la peau devint écorce, la chair, bois ; et les cheveux, feuillage. Au fil des ans, l’arbre poussa et obtint une taille honorable, et c’est à l’orée du printemps que des fleurs apparurent, tout comme un nouvel amour naissant dont l’arbre put admirer le spectacle.
C’est en ce lieu de la forêt qu’un jeune couple se retrouva un jour, isolé des grands malheurs du monde et de leur société d’injustice, pour laisser place à l’expression unique de leur amour. S’allongeant au pied de ce pommier, méditant, tête l’une contre l’autre, à cette si belle clarté bleutée de l’astre des nuits. Restant ainsi plusieurs et longues heures.
Netiquette: comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, cet article est protégé par copyright. Ils est mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le nom de l’auteur ainsi que la référence complète de l’article cité (URL de la page).
La classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques… Bonne lecture !
Dimanche 16 mars, Arthur M. Aujourd’hui, lundi 17 mars, la contribution de Manon Après-demain, mercredi 19 mars : Louis A.
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« Compagne impromptue »
par Manon B. Classe de Première S2
Le plaisir qui embaumait mes jours passés
A laissé place à la solitude.
L’enracinement s’installe en moi,
Je ne peux m’abandonner à suivre le pas,
Asservi de tous côtés,
Dans vos rangs, je ne me résignerai.
Devrais-je maintenant tourner la page ?
Vous semblez heureux, pris dans cet engrenage.
Je vous regarde, je vous observe,
Vous êtes les mêmes, les mêmes pantins,
Je ris de vous, ma distraction,
Sourire seul ? Mais à quoi bon ?
Ensemble vous êtes forts,
Je ne suis qu’une goutte ; vous incarnez l’océan,
Ensemble vous êtes morts,
Je ne me suis jamais senti aussi vivant !
Le bonheur a fait son temps
L’ailleurs m’attend à présent.
Alors que je me pensais assez mûr pour m’envoler
Je sens sur mon épaule, une main se poser
Je n’avais remarqué derrière moi
Ces empreintes volages : elle marchait dans mes pas,
Faisait s’envoler la brume d’un sourire rayonnant,
Illuminait ma voie en un instant.
Désormais la seule à me suivre dans mes insomnies,
Je ne peux m’assoupir loin de son parfum exquis,
Compagne de mes ivresses nocturnes
Nos rêves s’envolent à l’unisson,
Lorsque dans nos têtes, un seul mot danse : partons !
« Nos rêves s’envolent à l’unisson,
Lorsque dans nos têtes, un seul mot danse : partons… »
Composition : Bruno Rigolt (peinture numérique, 2014)
d’après Alphonse Osbert (1857-1939), « Soir antique » (hst, 1908). Paris, Musée du Petit Palais
Le point de vue de l’auteure…
Particulièrement sensible à l’inspiration poétique puisée dans le romantisme, j’ai souhaité à travers ce texte exprimer un certain nombre de caractéristiques et de valeurs défendues par les romantiques, chères à mes yeux. Le fait de pouvoir écrire une poésie sensible, dans laquelle les sentiments de l’auteur se bouleversent et s’épanchent, me plaît. C’est ainsi que j’ai essayé de faire passer dans mon poème la notion de « poète maudit », en peignant un personnage qui rejetterait les dictats de la société de manière provocante, enfermé qu’il est dans la solitude de sa tour d’ivoire, seul refuge contre la médiocrité du vulgaire :
Asservi de tous côtés,
Dans vos rangs, je ne me résignerai.
Devrais-je maintenant tourner la page ?
Vous semblez heureux, pris dans cet engrenage.
Comme nous le voyons, le narrateur est la figure même du poète maudit : comparable aux grands incompris dont les livres romantiques vantaient l’inaccessible solitude, il apparaît sous les traits du héros tragique : tour à tour élu et maudit, ange ou bête, isolé et moqué des gens de son époque, il aspire à un monde qui lui permettrait de s’élever intellectuellement et spirituellement. N’est-il pas, au fond, la figure exacerbée du génie individuel de l’artiste romantique, exclu du monde étriqué de la société ? Ce Maldoror ressent en premier lieu un sentiment de regret, de nostalgie. Il déclare que la joie qu’il éprouvait dans le passé (lorsqu’il était encore jeune et naïf) a disparu et a été remplacée par une profonde solitude :
Le plaisir qui embaumait mes jours passés A laissé place à la solitude.
Comme si, après avoir évolué, après avoir grandi, il s’était détaché de ce à quoi il appartenait, comme si, ayant ouvert les yeux sur le monde fini et décadent, il s’en était retranché. Voilà pourquoi il compare ensuite la société dans laquelle il vit à une sorte de machine, où les gens se sont eux-mêmes pris dans les engrenages, au point d’être prisonniers du nihilisme du monde. Bien au contraire, le poète refuse d’appartenir à la masse, il refuse d’être comme tout le monde et de « suivre le pas ». Ainsi le texte est-il un hymne à la différence.
À ce titre, le poète pense être le seul à pouvoir se comprendre. Il ne souhaite pas vivre dans un monde, où il ne pourrait être vraiment lui-même et se dresse en quelque sorte seul contre tous, comme s’il leur faisait face, prêt à assumer son mal du siècle. On sent un profond sentiment de supériorité lorsque le personnage de mon texte déclare se moquer de la ressemblance des gens qu’il côtoie, en les assimilant à des pantins : « Je vous regarde, je vous observe, / Vous êtes les mêmes, les mêmes pantins »…
Certes, il affirme se rire d’eux, mais réalise que lui-même est ridicule dans sa quête quelque peu vaine de transcendance car personne, et peut-être pas même lui, ne semble pouvoir partager son irréductible point de vue, ce qui renforce le sentiment de solitude qui le hante. Tel un Narcisse piégé par son image, il pense, sans doute à tort, qu’il ne faut compter sur personne d’autre que soi-même :
Ensemble vous êtes forts, Je ne suis qu’une goutte ; vous incarnez l’océan, Ensemble vous êtes morts, Je ne me suis jamais senti aussi vivant.
Mais cet isolement ne risque-t-il pas de causer sa perte ? Ce n’est qu’à la cinquième strophe que le déclic du poème survient : une mystérieuse personne, muse et idéale, entre en jeu. Initiatrice de la quête artistique, médiatrice de l’infini, elle va être la délivrance du poète, sa renaissance, sa transfiguration. Qui est-t-elle ? D’où vient-elle ? Je laisse libre cours à votre imagination. On apprend qu’elle le suivait depuis longtemps, mais qu’aveuglé par ses pensées spleenétiques, il n’avait pas porté attention à sa présence. Pourtant, elle marche dans ses traces depuis toujours… Comme lui, elle est comparable à un soleil, mais non un soleil noir ; plutôt un soleil lumineux, qui fait « s’envoler la brume d’un sourire rayonnant ».
La muse est ainsi l’inspiration du poète et sa protectrice, elle en épouse les goûts et les aspirations : grâce à elle, peut-être va-t-il partir ? S’évader avec elle loin de cette société qui l’oppresse ? Partir dans un rêve où partir réellement ? Eux seuls ont la réponse. On voit ainsi tout au long du texte, naître une progression des sentiments du personnage : étouffé, puis libéré… Sa vie reprend un sens grâce à ce rôle nourricier du personnage féminin. On sent le poète plein d’espoir, même si cela ne change rien à son ressenti vis à vis des autres, au contraire, cela le renforce. Mais désormais il n’est plus seul, il a trouvé son idéal ; elle peut seule déchiffrer son cœur. Une femme plus qu’aimée : aimante…
La classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques… Bonne lecture !
Samedi 15 mars, Héla G. Aujourd’hui, dimanche 16 mars, la contribution d’Arthur Demain, lundi 17 mars : Manon B.
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« La Lune tombe »
par Arthur M. Classe de Première S2
La lune tombe
Il y a le soleil qui pleure Et le ciel ouvre ses yeux Au sourire de la pluie
La lune tombe
Des étoiles s’endorment Sur les cratères de Vénus Et le ciel ouvre ses yeux
La lune tombe
Et le ciel n’ouvre plus ses yeux Ses yeux restent fermés Et puis plus
RIEN
« La lune tombe… Des étoiles s’endorment / Sur les cratères de Vénus… »
Félix Vallotton, « Clair de Lune » (détail), vers 1895
Paris, Musée d’Orssay
Le point de vue de l’auteur…
Ce poème m’a tout d’abord été inspiré par un certain nombre de techniques propres à la poésie surréaliste. C’est ainsi que l’écriture automatique qui consiste à valoriser l’inconscient et le rêve comme phénomènes littéraires, m’a amené en procédant par associations libres de mots, à un court-circuitage métaphorique d’images : à ce titre, les oxymores « Soleil qui pleure », « sourire de la pluie » sont le reflet de ce travail.
Cependant, plus que de l’attraction fortuite résultant des hasards de l’écriture automatique, ce poème repose sur une exploration consciente des ressources de la poésie moderne : ainsi, la pratique du vers libre de même que la disparition de la ponctuation ont été pour moi l’occasion d’atteindre une plus grande pureté d’expression. Je voulais aussi dépasser la poésie comme simple moyen d’expression pour valoriser au contraire une démarche plus onirique visant à déconstruire le réel et à faire du poème le reflet d’une expérience spirituelle.
Les infinies métamorphoses de la nuit sont ainsi suggérées dans mon poème par les personnifications qui évoquent l’idée d’une fusion avec le cosmos, dans une perspective panthéiste ; le ciel et les étoiles sont personnifiées pour évoquer plus précisément cette vie éphémère de l’invisible : « le ciel ouvre ses yeux au sourire de la pluie », les « étoiles s’endorment »… Une question que je me suis posée en écrivant ce texte est la suivante : « A quoi ressembleraient les nuits sans la lune, et sans les autres astres ? » Ainsi, quand je dis « Le ciel ouvre ses yeux », c’est pour suggérer une compréhension plus profonde et plus vraie de l’ordre de l’univers.
Comme nous le comprenons, la présence de nombreux astres, en particulier de la lune, nous amène nous aussi à « ouvrir les yeux » vers un ciel comme « intériorisé ». Personnellement, je trouve le ciel nocturne particulièrement propice à l’inspiration poétique et au lyrisme personnel. À la fin du poème, lorsque le « ciel n’ouvre plus ses yeux », cela symbolise certes le néant, mais plus encore la métamorphose.
D’une part, le ciel ayant fermé ses paupières, nous empêche de contempler les astres, et donc de chercher l’inspiration, ce qui clôture le poème. Mais d’autre part, en ne mettant pas de point final à mon texte, j’ai voulu montrer que le poème n’est ni un début, ni une fin, il est au contraire un voyage, un paysage animé de mots, évocateurs d’un itinéraire spirituel.
À ce titre, la position de la lune, dont on imagine qu’elle est en train de tomber, suggère moins l’idée d’une disparition, qu’un « au-delà » du poème : le dernier mot « rien » n’est pas en soi un terme mais le commencement d’un autre voyage : faire reculer les frontières du visible, pour réapparaître sous une forme différente : le rien connotant, bien plus que le néant, l’invisible et la transfiguration du ciel en mouvement : insaisissable, ineffable…
La classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques… Bonne lecture !
Vendredi 21 février, Camille V. Aujourd’hui, samedi 15 mars, la contribution d’Héla Demain, dimanche 16 mars : Arthur M.
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« Noël robotique »
par Héla G. Classe de Première S2
Il était une fois un monde où l’humanité est un mythe
Un monde rempli de machines éternelles
Toutes semblables, toutes les mêmes
Un monde sans liberté et sans limite.
C’est alors que XENA apparut
Une machine mal conçue
Mi-humaine, seule à s’évader en rêvant
Mais seulement le temps d’un instant
Alors, elle s’imagina s’échapper de ce monde sans vie
Et s’évader dans l’interdit :
Entrant dans des algorithmes dépourvus de réalité
Elle avança dans le tunnel étroit de la liberté
Elle était à présent assise autour d’une table
Accompagnée d’inconnus familiers
Puis elle vit le présent amer sous le grand sapin humble.
Elle s’apprêtait à l’ouvrir lorsque… Batterie épuisée.
« Un monde rempli de machines éternelles
Toutes semblables, toutes les mêmes… »
Pour composer ce poème, je me suis d’abord inspirée des Surréalistes qui puisaient leur imaginaire dans l’écriture automatique. Après avoir effectué le même travail d’approche et avoir lu les associations libres qui m’étaient venu à l’esprit, je constatais que certains mots que j’avais hâtivement écrits sur ma feuille formaient un réseau lexical inattendu : « machine, XENA, robot ». C’est alors que j’eus vraiment l’idée de ce texte : l’image d’une sorte de robot qui pouvait rêver s’est imposée à mon esprit. J’ai donc choisi d’approfondir cette inspiration.
Outre le surréalisme, j’ai souhaité donné à ce texte une puissante dimension symboliste. De fait, pour les Symbolistes, le texte se donne à déchiffrer ; il engage le lecteur vers une lecture interprétative : c’est ainsi qu’à mes yeux, le robot humanoïde XENA dont il est question dans ce texte devient en quelque sorte l’allégorie d’un monde déshumanisé. Ce texte amène ainsi à une réflexion sur notre modernité : n’entraîne-t-elle pas une perte de valeur, une perte du sens, une « objectivation » de l’homme : c’est-à-dire la perte de l’humain en tant que sujet agissant, pensant, rêvant…
Paradoxe de la modernité : l’humain se rêve comme robot, tandis que la machine se rêve comme humain. C’est ainsi que XENA cherche à ressentir des émotions, grâce à sa fabrication hors norme : « Une machine mal conçue /Mi-humaine, seule à s’évader en rêvant »… J’ai trouvé judicieux de choisir pour cadre référentiel l’univers festif de Noël dont l’image familière est universellement connue de tous. Plus précisément, j’ai voulu situer la scène lors du réveillon de Noël, fête familiale par excellence : le robot XENA est là avec la famille, dont il partage la cérémonie d’ouverture des cadeaux.
Comme le lecteur le comprend, si Noël représente des valeurs essentielles de l’humanité, avec l’innocence de l’enfance, la convivialité, l’esprit de famille, la joie, le bonheur… une question qui vient à l’esprit est la suivante : ce bonheur peut-il être remis en cause ? A travers la métaphore de la machine qui n’a plus de batterie, j’ai voulu montrer qu’à l’instar de cette machine qui retourne donc dans son monde d’ennui où les hasards ne la vie n’existent pas, nous risquons aussi, en voulant tout contrôler, perdre de vue l’infini bonheur du hasard…
Ce poème dénonce donc la déshumanisation du monde, qui est d’abord une déshumanisation de l’homme lui-même. Si de plus en plus de machines remplacent les humains, c’est que l’homme sans le savoir a peut-être renoncé à sa liberté. Comme l’exprimait admirablement l’écrivain Georges Bernanos en 1944, « Nous n’assistons pas à la fin naturelle d’une grande civilisation humaine, mais à la naissance d’une civilisation inhumaine qui ne saurait s’établir que grâce à une vaste, à une immense, à une universelle stérilisation des valeurs de la vie »…
Oui, les machines savent faire de plus en plus de choses impressionnantes… Mais dans quel but ? Où va la route ? Un monde sans humanité n’est rien pour moi, tant il est vrai que c’est l’humanité qui fait le monde : il bat au rythme de notre propre cœur… Arrivera-t-on un jour, comme le redoutait Paul Valéry à l’extinction entière de l’espèce humaine ? « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles », écrivait-il en 1919. C’est ainsi que la fin du poème « batterie épuisée » invite le lecteur à méditer sur le sens même de notre humanité, de notre modernité, de notre finitude…
La classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques… Bonne lecture !
Vendredi 21 février, Camille V. Aujourd’hui, samedi 15 mars, la contribution d’Héla Demain, dimanche 16 mars : Arthur M.
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« Noël robotique »
par Héla G. Classe de Première S2
Il était une fois un monde où l’humanité est un mythe
Un monde rempli de machines éternelles
Toutes semblables, toutes les mêmes
Un monde sans liberté et sans limite.
C’est alors que XENA apparut
Une machine mal conçue
Mi-humaine, seule à s’évader en rêvant
Mais seulement le temps d’un instant
Alors, elle s’imagina s’échapper de ce monde sans vie
Et s’évader dans l’interdit :
Entrant dans des algorithmes dépourvus de réalité
Elle avança dans le tunnel étroit de la liberté
Elle était à présent assise autour d’une table
Accompagnée d’inconnus familiers
Puis elle vit le présent amer sous le grand sapin humble.
Elle s’apprêtait à l’ouvrir lorsque… Batterie épuisée.
« Un monde rempli de machines éternelles
Toutes semblables, toutes les mêmes… »
Pour composer ce poème, je me suis d’abord inspirée des Surréalistes qui puisaient leur imaginaire dans l’écriture automatique. Après avoir effectué le même travail d’approche et avoir lu les associations libres qui m’étaient venu à l’esprit, je constatais que certains mots que j’avais hâtivement écrits sur ma feuille formaient un réseau lexical inattendu : « machine, XENA, robot ». C’est alors que j’eus vraiment l’idée de ce texte : l’image d’une sorte de robot qui pouvait rêver s’est imposée à mon esprit. J’ai donc choisi d’approfondir cette inspiration.
Outre le surréalisme, j’ai souhaité donné à ce texte une puissante dimension symboliste. De fait, pour les Symbolistes, le texte se donne à déchiffrer ; il engage le lecteur vers une lecture interprétative : c’est ainsi qu’à mes yeux, le robot humanoïde XENA dont il est question dans ce texte devient en quelque sorte l’allégorie d’un monde déshumanisé. Ce texte amène ainsi à une réflexion sur notre modernité : n’entraîne-t-elle pas une perte de valeur, une perte du sens, une « objectivation » de l’homme : c’est-à-dire la perte de l’humain en tant que sujet agissant, pensant, rêvant…
Paradoxe de la modernité : l’humain se rêve comme robot, tandis que la machine se rêve comme humain. C’est ainsi que XENA cherche à ressentir des émotions, grâce à sa fabrication hors norme : « Une machine mal conçue /Mi-humaine, seule à s’évader en rêvant »… J’ai trouvé judicieux de choisir pour cadre référentiel l’univers festif de Noël dont l’image familière est universellement connue de tous. Plus précisément, j’ai voulu situer la scène lors du réveillon de Noël, fête familiale par excellence : le robot XENA est là avec la famille, dont il partage la cérémonie d’ouverture des cadeaux.
Comme le lecteur le comprend, si Noël représente des valeurs essentielles de l’humanité, avec l’innocence de l’enfance, la convivialité, l’esprit de famille, la joie, le bonheur… une question qui vient à l’esprit est la suivante : ce bonheur peut-il être remis en cause ? A travers la métaphore de la machine qui n’a plus de batterie, j’ai voulu montrer qu’à l’instar de cette machine qui retourne donc dans son monde d’ennui où les hasards ne la vie n’existent pas, nous risquons aussi, en voulant tout contrôler, perdre de vue l’infini bonheur du hasard…
Ce poème dénonce donc la déshumanisation du monde, qui est d’abord une déshumanisation de l’homme lui-même. Si de plus en plus de machines remplacent les humains, c’est que l’homme sans le savoir a peut-être renoncé à sa liberté. Comme l’exprimait admirablement l’écrivain Georges Bernanos en 1944, « Nous n’assistons pas à la fin naturelle d’une grande civilisation humaine, mais à la naissance d’une civilisation inhumaine qui ne saurait s’établir que grâce à une vaste, à une immense, à une universelle stérilisation des valeurs de la vie »…
Oui, les machines savent faire de plus en plus de choses impressionnantes… Mais dans quel but ? Où va la route ? Un monde sans humanité n’est rien pour moi, tant il est vrai que c’est l’humanité qui fait le monde : il bat au rythme de notre propre cœur… Arrivera-t-on un jour, comme le redoutait Paul Valéry à l’extinction entière de l’espèce humaine ? « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles », écrivait-il en 1919. C’est ainsi que la fin du poème « batterie épuisée » invite le lecteur à méditer sur le sens même de notre humanité, de notre modernité, de notre finitude…
Le samedi 22 mars aura lieu la Journée Portes ouvertes du Lycée en Forêt…
Les élèves et moi-même serons heureux de vous présenter l’Espace Pédagogique Contributif ainsi que les nouvelles pratiques de l’enseignement du Français au Lycée. Vous pourrez également découvrir de nombreuses réalisations des élèves et des étudiants cette année…
Journée Portes ouvertes du Lycée en Forêt : samedi 22 mars 2014 de 9h30 à 13h30 Avenue Louis Maurice Chautemps. 45200 Montargis BP 717. Téléphone : 02 38 89 72 00 (plan)
La classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques… Bonne lecture !
Hier, jeudi 20 février, la contribution de Slimane Aujourd’hui, vendredi 21 février, la contribution de Camille La mise en ligne de l’exposition reprendra le 15 mars (vacances scolaires, conseils de classe et examens blancs).
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« Voyage mélancolique »
par Camille V. Classe de Première S2
Le vent, la tempête et l’orage
Secouent vivement le feuillage
De l’arbre ; déchaînent le ciel,
Attristent la mer.
Le Monde en voyage
Sur son vaisseau délabré,
Lutte désespérément contre la volonté
Des éléments. Il ne peut compter
Sur l’aide d’un équipage. Il est seul
Sur ce bateau qu’on appelle la Vie.
Seulement guidé par la faible lueur du phare
Il part, sans savoir où il va.
L’horizon n’est plus très loin.
L’infini est à ses pieds,
Il avance sans se retourner
Jusqu’au bout de l’univers.
« Le Monde en voyage sur son vaisseau délabré… »
William Turner
« Fort Vimieux » (détail) c. 1831 Coll. privée
Le point de vue de l’auteure…
Ce poème s’inscrit dans la sensibilité romantique. Dès la première strophe, le lexique tourmenté (« vent », « tempête », « orage », « secouent », « déchaînent », « attristent »), s’il évoque le thème de la nature, la décrit plus encore selon une esthétique du chaos qui n’est pas sans évoquer le pathétique propre à l’esthétique romantique. Mais cette volonté de rupture est tout autant un détour dans l’imaginaire qu’une réponse au vide existentiel du monde moderne. Voici pourquoi le thème du voyage, très apparent dans ce texte, peut se lire d’abord comme une invitation à méditer.
Tels les passagers d’un vaisseau à la dérive, nous sommes tous embarqués dans le « bateau ivre » de l’Histoire. En outre, on peut constater une grande symétrie des strophes qui a son importance sur le plan interprétatif. Entre les deux quatrains du début et de la fin du poème prend place un huitain qui inscrit en effet le texte dans une profonde symbolique : comme un navire sans équipage, notre monde « en voyage / Sur son vaisseau délabré / lutte désespérément » pour échapper au cauchemar d’une humanité entraînée dans le maelström de ses propres inventions.
Le dernier quatrain est comme l’aboutissement du voyage : les termes utilisés (« horizon », « ‘infini », « avance », « bout de l’univers ») connotent une sorte de mal du siècle, comme le pressentiment d’un effondrement, d’un naufrage. Comme je le dis aux vers 11 et 12, « Seulement guidé par la faible lueur du phare, [le monde] part, sans savoir où il va ». Sur un plan plus symbolique, j’ai voulu amener à une réflexion sur le sens même de l’Histoire : où allons-nous ? Le « flambeau de notre vérité » doit-il se réduire à n’être que la « faible lueur » d’un phare ?
À ce titre, les allitération en |f| et en |r| (« phare », « faible », « faiblement », « lueur », « part », « savoir ») produisent un effet de saturation sonore recherché, comme pour appuyer l’image de la solitude et de la détresse du poète, qui se retrouve « seul » (v.9) dans la nuit du monde, « seul sur ce bateau qu’on appelle la Vie ». De façon très allégorique, le titre, de par ses connotations spleenétiques, ainsi que que l’image du « monde en voyage » (v.5) qui « avance sans se retourner/Jusqu’au bout de l’univers » (v.15-16) traduisent la longue dérive de la pensée vers l’angoisse nihiliste du monde moderne.
La classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques… Bonne lecture !
Hier, mercredi 19 février : Charlotte L. et Clémentine L. Aujourd’hui, jeudi 20 février, la contribution de Slimane Demain, vendredi 21 février : Camille V.
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« Le Royaume »
par Slimane H.-M. Classe de Première S2
La nature sous l’œil de l’astre confus,
Sème de ses mains innocentes la poussière des dieux ;
Le temps s’écoule et passent les saisons
Sur les cheveux d’écume marine.
Enfin, la semence finit par ériger un monde solitaire.
D’une voix solennelle pareille à l’appel
Précédant le départ du navire
Ainsi va le vent emportant avec lui
La lumière d’argent afin d’annoncer
L’arrivée du royaume de l’aube…
« Le temps s’écoule et les saisons passent,
Sur les cheveux d’écume marine »
Pierre Puvis de Chavannes
« Jeunes filles au bord de la mer » (détail) c. 1879 Paris, Musée d’Orsay
Le point de vue de l’auteur…
L’inspiration de ce poème ne m’est pas venue spontanément. Au commencement de cet atelier d’écriture, alors que je découvrais les pratiques littéraires du Surréalisme, j’ai essayé de soustraire mon inspiration à tout contrôle exercé par la pensée et le langage rationnels : ayant noté sur une feuille plusieurs mot au hasard, et sans trop penser à leur sens ou à leur esthétique, je me suis essayé à les mettre en commun selon des associations métaphoriques spontanées. Aussitôt des jeux d’images ont surgi, générant des associations d’idées insoupçonnées.
Mais très vite, je me suis rendu compte que je ne pouvais pas me contenter de ce seul aspect ludique. Après avoir, par la suite, repris ce premier jet, je me suis rendu compte que dans tous les mots que j’avais écrits, le thème du temps ressortait. J’ai don travaillé cet aspect en centrant mon inspiration sur les thèmes du voyage et du spirituel, si importants dans la poésie symboliste. C’est ainsi que j’ai cherché dans mon poème à formuler les liens secrets qui unissent l’Être à la pensée, la nature à l’idée. Cette recherche de « l’esprit pur » et d’une « conception pure » de la poésie peut se lire dans le titre : « Le Royaume » ou dans certaines métaphores comme lorsque j’évoque la « poussière des dieux ».
Ce poème parle en effet de la création d’un monde propre à chacun où nous aimons nous réfugier. Pour atteindre ce monde il faut voyager. Mais ce voyage ne saurait être matériel : il s’agit d’abord et surtout d’un voyage spirituel :
Le temps s’écoule et passent les saisons Sur les cheveux d’écume marine.
L’idée de représenter allégoriquement la mer (« les cheveux d’écume marine »), m’a amené à tisser un réseau de significations symboliques, qui ajoute à l’univers des choses visibles une métaphysique de l’invisible et de l’ailleurs : ainsi « l’appel/Précédant le départ du navire » invite le lecteur au voyage et à une méditation sur le temps. « L’arrivée du royaume de l’aube » à la fin du texte accentue cette thématique.
Comme le lecteur l’aura pressenti, dans ce poème, j’interprète en réalité la naissance du monde, et plus particulièrement de quelle manière il apparaît en chacun de nous. L’image de « la semence [qui] finit par ériger un monde solitaire » signifie métaphoriquement que la poésie est un refuge qui sert à ériger le « Royaume » du Verbe et de la quête. Mais cette recherche se construit le plus souvent naturellement, c’est pour cela que je fais référence à la nature dans le texte.
Écrire la « La nature », c’est écrire sous le regard d’une personne chère à notre cœur et qui nous influence : comme le soleil qui n’agit pas directement dans la croissance d’une plante mais sans qui elle ne pourrait plus pousser, l’amour d’un être cher fait croître le poème. Comme le suggère le titre choisi par notre professeur pour cette exposition, « écrire un poème, c’est en effet écrire un po-aime », c’est-à-dire ouvrir spirituellement son cœur grâce à l’amour d’une personne qui nous est chère, et sans qui nous ne pourrions grandir.
Ce monde que nous nous bâtissons met du temps à naître : il ne naît pas en un jour et enfin quand il est édifié nous renaissons d’une certaine manière sous un nouveau jour, nous sommes une autre personne aux pensées différentes, tant il est vrai que connaître, c’est naître de nouveau… Ainsi, dans les deux dernier vers du texte, après la création de ce royaume solitaire la nuit fait place au jour, qui est comme une renaissance « pareille à l’appel/Précédant le départ du navire […] afin d’annoncer/L’arrivée du royaume de l’aube »…
La classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques… Bonne lecture !
Hier, mardi 18 février : Manon B. Aujourd’hui, mercredi 19 février, la contribution de Charlotte et Clémentine Demain, jeudi 20 février : Slimane
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« L’isula di Capezza »
par Charlotte L. et Clémentine L. Classe de Première S2
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Écoute ces vagues sacrées,
Architectes de ce royaume de plaisance,
L’émergence d’un îlot dans cette immensité cobalt.
Sens ce doux parfum amené par un audacieux mistral,
Le maquis règne sur cette terre nacrée.
Rochers, fondateurs de ce rêve à distance, où la mer est actrice,
Par la chaleur et le vent naît une nuit orageuse.
Lorsque les vagues, ivres et frémissantes,
Au Cap en face de l’île de Capense,
S’abandonnent sur la jetée.
Par chance, un message de la Méditerranée.
Cette île, mon amie, une utopie !
Noyée de tendresse et de chaleur,
Régnant aux côtés d’Elbe et de Capraia :
On te surnomme l’Île de Beauté.
« L’émergence d’un îlot dans cette immensité cobalt…. »
Pour créer ce poème, nous nous sommes tout d’abord inspirées d’éléments autobiographiques : la Corse est pour nous synonyme de joie, de partage et de sérénité. C’est ainsi que nous nous retrouvons chaque année dans un hameau du Cap Corse créé par nos ancêtres et dominant la mer : Canelle. De là, on peut apercevoir, situé à quelques deux cents mètres de la côte, l’Îlot de Capense, lieu sauvage auquel nous avons voulu rendre hommage. C’est aussi un lieu qui nous est cher, un lieu de mémoire, de tradition et de souvenirs depuis des générations dans notre famille.
Par ailleurs, ce poème est empreint d’un certain imaginaire romantique : la Corse, c’est tout autant un voyage vers l’ailleurs qu’une quête identitaire, sensorielle et émotive. C’est la raison pour laquelle nous avons choisi de mettre le titre en langue corse : l’Isula di Capezza. Mais cette revendication linguistique était aussi pour nous l’occasion d’affirmer l’un des aspects les plus importants de notre poésie : aller en Corse, c’est en quelque sorte faire un voyage réel et spirituel.
Dans la première strophe par exemple, les impératifs « Écoute » (v.1) et « Sens » (v.4) invitent le lecteur à se plonger dans un univers différent : celui du voyage et de la quête. Ils expriment la fonction expressive, le lyrisme, mais également la fonction impressive : ces deux verbes font ainsi appel aux sens, aux sensations du lecteur, qui doit ressentir ce départ vers un autre monde, vers « cette immensité cobalt » (v.3), cette « terre nacrée » (v.5)… Ce détachement symbolise la fuite de la société vers un idéal qui est l’ailleurs.
Dans la deuxième strophe, l’évocation de la mer Méditerranée, « ce rêve à distance » (v.6) dont les « vagues ivres et frémissantes » (v.8) sont le miroir sublimant, connote le dépaysement ainsi qu’un sentiment de liberté spirituelle. Le thème du voyage est accentué par le terme « maquis » (v.5) propre aux montagnes de l’île, et qui possède une connotation particulière. Le lecteur aura sans doute repéré dans les quatre premiers vers de cette deuxième strophe les rimes féminines afin de créer, par cet effet d’allongement de la mesure, une dimension sublime et onirique.
Plus on avance dans le poème, et plus les éléments symboliques tendent à s’élargir en une vision plus englobante : l’envie d’ailleurs et la quête spirituelle impliquent à ce titre une fuite de la société vers un ailleurs méditerranéen dont la Corse est comme l’allégorie. La fin du poème révèle ainsi l’identité méditerranéenne de la Corse « aux côtés d’Elbe et de Capraia » (v.14). Enfin, la référence à « l’Île de Beauté » dans le dernier vers peut se lire comme une invitation à ouvrir la porte de la mer, du soleil et du voyage vers « cette immensité cobalt »…
La classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques… Bonne lecture !
Hier, dimanche 16 février : Oscar P. Aujourd’hui, lundi 17 février, la contribution de Manon Demain, mardi 18 février : Alexia D.
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« Peine naturelle »
par Manon B. Classe de Première S2
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Une tempête de déboires assombrissant mon âme
Comme une douleur qui sève dans mon cœur,
Elle s’attache et se loge,
Fait son nid au creux de mon corps.
C’est une épine écorchant les sentiments
Qui tourmente ma nature, sauvagement.
Ses pétales sont lourds de peines
Et meurtrissent avec haine,
L’écorce de mes émotions.
Alors j’essaye de démêler ce buisson d’angoisses,
Cette sylve qui m’étouffe, débordant d’amertume
Apprendre à refaire surface,
Après avoir été noyée dans l’écume
À faire refleurir la joie,
Apaiser les cascades de larmes salées
Pour alléger la peine
Que cette entaille a causée.
À l’orée de cette renaissance,
L’espoir bourgeonne à nouveau, et mes sens,
Ont oublié ces bourrasques de violence.
Après l’hiver vient le printemps,
Tout s’effacera avec le temps.
J’ai rédigé ce poème pour le concours « Écriture en Forêt » dont la première édition a été lancée cette année au Lycée. Il faut tout d’abord savoir que mon inspiration ne partait pas dans cette direction au départ : je voulais parler des risques futurs pour la planète, de l’impact de l’homme sur la nature et de tout ce qui touche à l’environnement. Puis je me suis dit que ce thème serait sûrement beaucoup traité et qu’il fallait aborder différemment la thématique proposée. J’ai donc décidé d’évoquer la forêt, en tant qu’elle représente pour moi la quintessence même de la condition humaine.
N’est-elle pas renaissance, renouveau ? Et n’incarne-t-elle pas le cycle infini ordonné par les saisons, qui fait toute la diversité et le changement des paysages naturels ? De fait, tout le poème est basé sur le rythme des jours et des saisons, sur le flux perpétuel des cycles, qu’ils soient naturels, ou émotifs, dans lesquels la notion du temps est si importante. J’ai ainsi voulu assimiler la forêt à quelque chose que les hommes pouvaient ressentir au plus profond d’eux-mêmes : une expérience personnelle qui pourrait rendre mon poème plus profond et plus vrai.
Pour cela, j’ai recherché dans le vaste champ lexical de la nature, quels termes pouvaient être employés pour parler de la forêt tout en instruisant des sentiments humains. Voilà comment j’ai voulu insérer le thème de la forêt, de la nature, dans mon poème. Je me suis également dit qu’il fallait une évolution tout au long de l’écriture : ainsi, le début du poème (plus précisément les deux première strophes), que j’assimilerais à la saison hivernale, est basé sur l’introspection d’une solitude assumée, la sensation parfois violente et douloureuse que l’on ressent à l’intérieur de soi :
Comme une douleur qui sève dans mon cœur, Elle s’attache et se loge, Fait son nid au creux de mon corps.
C’est une épine écorchant les sentiments
J’ai voulu, par la force des images (l’allégorie de l’épine « écorchant les sentiments » par exemple) permettre ainsi un passage de la fiction onirique au dévoilement poétique, et inviter le lecteur à un déchiffrement symbolique. Voici pourquoi la suite du poème débouche sur la volonté de repartir, de « refleurir », comme cette renaissance de la nature, qui symbolise l’espoir retrouvé, les malheurs oubliés, l’envie de « vivre » à nouveau et d’aller de l’avant. La fin du poème représenterait donc symboliquement, à travers le printemps, saison où la nature revit, où les fleurs éclatent, où la forêt redevient chaleureuse, l’espoir d’un recommencement.
Le lecteur l’aura compris : évoquer ces cycles naturels, c’est pour moi évoquer les « saisons de l’Homme », c’est-à-dire le destin de l’Homme en tant que dépassement du désespoir et de la finitude. Même si cela n’est pas très explicite à la lecture, ce poème montre aussi l’importance de se retrouver après avoir « souffert » et de continuer à vivre avec joie malgré les peines endurées :
Après l’hiver vient le printemps, Tout s’effacera avec le temps…
La classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques… Bonne lecture !
Hier, samedi 15 février : Sybille M. Aujourd’hui, dimanche 16 février, la contribution d’Oscar Demain, lundi 17 février : Manon B.
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« D’ailleurs »
par Oscar P. Classe de Première S2
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D’ailleurs est le vivant qui éblouit demain, Petite, introuvable est cette lumière sans pardon. Le temps n’est qu’une sensation étroite Où les courtes souffrances ne sont jamais mauvaises.
Futur, tue le Passé qui détruit le Présent !
Il me tient et m’empêche d’avancer,
Moi terrien, je ne peux m’envoler
Et quand Futur viendra je ne le voudrai plus.
Je suis l’ami de tous et l’ami de personne.
Je ne l’aime plus mais je crois en l’Homme.
Je vois en lui ce qu’il ne voit pas chez moi,
Si je ne suis plus là, c’est que je crois en moi.
Caspar David Friedrich (1774-1840) “Le voyageur contemplant une mer de nuages”, 1818 (Hambourg, Kunsthalle)
Le point de vue de l’auteur…
L’écriture de ce poème m’a été profondément inspirée par le lyrisme des Romantiques dont la poésie est d’abord une libre expression de la sensibilité. De fait, si l’émotion est un état d’âme, alors l’expression des sentiments personnels du poète doit traduire cet état d’âme. C’est ainsi qu’en rédigeant cet épanchement, j’ai moi-même ressenti cette envie de se confier, dont parle si bien Lamartine dans la préface de ses Méditations poétiques. Se confier, c’est-à-dire se révéler au lecteur, et ainsi rendre ses pensées transparentes.
Au niveau des modalités d’énonciation, l’utilisation de la première personne s’est donc imposée spontanément lors de l’écriture : elle m’a permis, en exprimant ma sensibilité et ma subjectivité la plus profonde, de mettre en valeur mes sentiments, mes ressentis par l’expression du « moi ». Cependant, cette poésie de l’expression des sentiments personnels va au-delà de la simple confidence pour exprimer ma propre condition. Comme Victor Hugo dans la préface des Contemplations, j’aurais pu dire : « Hélas ! quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le sentez-vous pas ? Ah ! insensé, qui crois que je ne suis pas toi ! ».
Tout comme l’auteur de « Fonction du Poète», si je crois en l’Homme, c’est en l’humanité de l’Homme. En revanche, j’éprouve un indicible sentiment de solitude par rapport à la société. Certes, je n’ai pas le sentiment d’être rejeté, mais l’impression d’être parfois seul au monde, différent et incompris. Comme Musset, j’éprouve le « Mal du siècle » ! On a parfois reproché au Romantisme de se détacher de toute loi pour mieux atteindre l’idéalité qu’il convoite, mais c’est précisément cette quête d’une création pure qui définit véritablement l’essence de la nature humaine : l’écriture est alors infinie et c’est ce que j’ai recherché en écrivant ce poème : le droit d’écrire, le devoir de penser, la liberté de rêver !
Je voulais ainsi en repartant de zéro, transcrire ce que je ressentais à cet instant. Je voulais être sincère, et dire réellement les chose dans cette société où personne ne se dévoile véritablement. Désormais, lecteur, tu sais tout de moi ! Tu sais combien je peux être lassé du monde, et combien j’ai envie de changement et d’ailleurs, qui est, comme je le dis dans le premier vers, « le vivant qui éblouit demain ». Oui, je pense qu’il faut méditer, réfléchir et se poser ces questions essentielles : « Qui suis-je véritablement » ? « Qui voudrais-je être » ? Ces questions sont pour moi le point culminant et le but proprement dit de la pensée romantique.
Autant de questionnements qui m’amènent à m’interroger sur mon avenir : c’est donc, face à la lassitude, au matérialisme, et à la monotonie des jours, que je rêve à mon « Futur »… Mais ce futur est parfois comme une échappatoire au quotidien. Paradoxalement, cette fuite en avant nous déréalise : la crainte serait en effet de vivre sa vie « entre parenthèses » pour préparer le futur sans avoir réellement vécu l’instant présent :
Futur, tue le Passé qui détruit le Présent ! Il me tient et m’empêche d’avancer, Moi terrien, je ne peux m’envoler Et quand Futur viendra je ne le voudrai plus.
Comme j’ai essayé de le montrer dans mon texte, le risque en effet serait de croire en un futur toujours à venir, toujours hypothétique, toujours irréaliste amenant à ne pas véritablement vivre l’ici et maintenant. N’est-ce pas au contraire dans l’immédiateté du carpe diem que l’Homme est le plus en adéquation avec lui-même, et en harmonie avec le monde ?
La classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques… Bonne lecture !
Hier, samedi 15 février : Sybille M. Aujourd’hui, dimanche 16 février, la contribution d’Oscar Demain, lundi 17 février : Manon B.
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« D’ailleurs »
par Oscar P. Classe de Première S2
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D’ailleurs est le vivant qui éblouit demain, Petite, introuvable est cette lumière sans pardon. Le temps n’est qu’une sensation étroite Où les courtes souffrances ne sont jamais mauvaises.
Futur, tue le Passé qui détruit le Présent !
Il me tient et m’empêche d’avancer,
Moi terrien, je ne peux m’envoler
Et quand Futur viendra je ne le voudrai plus.
Je suis l’ami de tous et l’ami de personne.
Je ne l’aime plus mais je crois en l’Homme.
Je vois en lui ce qu’il ne voit pas chez moi,
Si je ne suis plus là, c’est que je crois en moi.
Caspar David Friedrich (1774-1840) “Le voyageur contemplant une mer de nuages”, 1818 (Hambourg, Kunsthalle)
Le point de vue de l’auteur…
L’écriture de ce poème m’a été profondément inspirée par le lyrisme des Romantiques dont la poésie est d’abord une libre expression de la sensibilité. De fait, si l’émotion est un état d’âme, alors l’expression des sentiments personnels du poète doit traduire cet état d’âme. C’est ainsi qu’en rédigeant cet épanchement, j’ai moi-même ressenti cette envie de se confier, dont parle si bien Lamartine dans la préface de ses Méditations poétiques. Se confier, c’est-à-dire se révéler au lecteur, et ainsi rendre ses pensées transparentes.
Au niveau des modalités d’énonciation, l’utilisation de la première personne s’est donc imposée spontanément lors de l’écriture : elle m’a permis, en exprimant ma sensibilité et ma subjectivité la plus profonde, de mettre en valeur mes sentiments, mes ressentis par l’expression du « moi ». Cependant, cette poésie de l’expression des sentiments personnels va au-delà de la simple confidence pour exprimer ma propre condition. Comme Victor Hugo dans la préface des Contemplations, j’aurais pu dire : « Hélas ! quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le sentez-vous pas ? Ah ! insensé, qui crois que je ne suis pas toi ! ».
Tout comme l’auteur de « Fonction du Poète», si je crois en l’Homme, c’est en l’humanité de l’Homme. En revanche, j’éprouve un indicible sentiment de solitude par rapport à la société. Certes, je n’ai pas le sentiment d’être rejeté, mais l’impression d’être parfois seul au monde, différent et incompris. Comme Musset, j’éprouve le « Mal du siècle » ! On a parfois reproché au Romantisme de se détacher de toute loi pour mieux atteindre l’idéalité qu’il convoite, mais c’est précisément cette quête d’une création pure qui définit véritablement l’essence de la nature humaine : l’écriture est alors infinie et c’est ce que j’ai recherché en écrivant ce poème : le droit d’écrire, le devoir de penser, la liberté de rêver !
Je voulais ainsi en repartant de zéro, transcrire ce que je ressentais à cet instant. Je voulais être sincère, et dire réellement les chose dans cette société où personne ne se dévoile véritablement. Désormais, lecteur, tu sais tout de moi ! Tu sais combien je peux être lassé du monde, et combien j’ai envie de changement et d’ailleurs, qui est, comme je le dis dans le premier vers, « le vivant qui éblouit demain ». Oui, je pense qu’il faut méditer, réfléchir et se poser ces questions essentielles : « Qui suis-je véritablement » ? « Qui voudrais-je être » ? Ces questions sont pour moi le point culminant et le but proprement dit de la pensée romantique.
Autant de questionnements qui m’amènent à m’interroger sur mon avenir : c’est donc, face à la lassitude, au matérialisme, et à la monotonie des jours, que je rêve à mon « Futur »… Mais ce futur est parfois comme une échappatoire au quotidien. Paradoxalement, cette fuite en avant nous déréalise : la crainte serait en effet de vivre sa vie « entre parenthèses » pour préparer le futur sans avoir réellement vécu l’instant présent :
Futur, tue le Passé qui détruit le Présent ! Il me tient et m’empêche d’avancer, Moi terrien, je ne peux m’envoler Et quand Futur viendra je ne le voudrai plus.
Comme j’ai essayé de le montrer dans mon texte, le risque en effet serait de croire en un futur toujours à venir, toujours hypothétique, toujours irréaliste amenant à ne pas véritablement vivre l’ici et maintenant. N’est-ce pas au contraire dans l’immédiateté du carpe diem que l’Homme est le plus en adéquation avec lui-même, et en harmonie avec le monde ?
La classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques…
Bonne lecture !
Aujourd’hui, vendredi 14 février, la contribution d’Auréline G. (*) Demain, samedi 15 février : Sibylle M.
« Je me souviens… »
par Auréline G. Classe de Première S2
La forêt est un hymne qui s’enfuit
Sous le linceul des feuilles
Et resplendit dans le miroir
Engouffrant de la nuit
Jusqu’aux bords de la vie.
Je me souviens du clair-obscur du vent
Dès qu’il surgit dans la forêt,
Du soir qui tremble dans ses feuilles ;
Je me rappelle le parfum enténébré
Du souffle éternel enlacé de mystère
Les longs cheveux épandus des arbres
Me conduisent sur le chemin
De l’espoir, où s’endort un poème
Qui m’emmène au printemps
Pareil à l’attente d’un ciel d’été…
(*) Ce poème a obtenu le premier du Concours « Écriture en Forêt », lancé cette année au Lycée…
Tout d’abord, ce poème m’a été inspiré par un moment que j’ai vécu. Un après-midi d’automne je suis sortie me promener dans la forêt de Montargis. A force de voir les feuilles tomber, de contempler la sublime et changeante couleur des arbres, je me suis égarée et ne suis rentrée que tard chez moi. J »ai gardé de cette promenade une impression à la fois inquiétante et onirique que j’ai voulu exprimer par ce poème. J’ai donc tout naturellement privilégié le lyrisme subjectif ainsi que la dimension autobiographique : il était important pour moi de transcrire ce que j’avais vraiment ressenti, au plus profond de mon être. Je me rappelle par exemple combien la peur de ne pas rentrer avait paradoxalement suscité en moi un sentiment de crainte et d’indicible liberté.
Pour écrire ce poème, j’ai voulu tout d’abord évoquer ce que la forêt connote d’imaginaire. Pour moi, la forêt ne renvoie pas à l’univers référentiel mais au contraire, elle est un lieu et en même temps un non-lieu. C’est la raison pour laquelle, dans la mesure où j’ai particulièrement aimé le romantisme, j’ai souhaité mettre en valeur l’aspect onirique de la forêt à travers plusieurs métaphores. Ainsi, j’ai voulu évoquer cette relation particulière que j’avais eue avec les arbres en travaillant sur des figures comme la personnification : derrière l’aspect naturel de la forêt se trouve en effet un être caché : peut-être un autre nous-même ? Aux personnes qui ne voient dans la forêt qu’un environnement, j’y vois au contraire une fraternité, une communion. Dans notre monde si déshumanisé, où les arbres de métal et de béton ont remplacé la nature, la forêt apporte du réconfort, tout comme un être humain.