année scolaire 2026-2027
Bienvenue à toutes et à tous dans cet Espace pédagogique offrant un support d’accès libre pour assimiler et enrichir l’enseignement de la culture générale et de l’expression en deuxième année.
Vous y trouverez de nombreuses ressources consultables en ligne qui compléteront le cours, ainsi qu’un descriptif des activités menées pendant l’année scolaire.
Les attendus de l’épreuve
BTS – Culture générale et expression : ce qu’on attend de vous…
📝Objectifs de la matière
- Mieux s’exprimer à l’écrit et à l’oral (clarté, précision, correction).
- Développer une culture générale et humaniste : mieux comprendre le monde, les débats de société, les enjeux artistiques et culturels.
- Acquérir des compétences utiles pour :
- la vie professionnelle (rédiger, convaincre, présenter),
- la vie personnelle et citoyenne (penser par soi-même, s’ouvrir aux autres).
🌍Culture générale
- Découvrir et analyser différents supports : textes, presse, films, images, œuvres d’art, débats, actualité.
- Créer une culture commune dans la classe, même avec des parcours différents.
- Développer la curiosité et l’esprit critique face aux questions de société, d’éthique, d’esthétique.
- Travailler sur un thème officiel en 2ᵉ année (publié chaque année au BO), qui sert de base pour l’examen.
🗣Expression
- Améliorer son expression écrite et orale grâce à des exercices variés :
- rédactions régulières (argumentatives, créatives, collaboratives),
- relectures et corrections des productions.
- Lien constant entre lecture, écriture et oral.
- Travail sur la langue (orthographe, grammaire, vocabulaire) comme outil d’efficacité et d’insertion professionnelle.
🛠 Compétences travaillées
- Parler en interaction : écouter, répondre, nuancer, débattre.
- Prendre la parole en continu : exposer un projet, restituer une lecture, présenter un thème.
- Écrire pour convaincre : organiser ses idées, argumenter, donner des exemples.
- Prendre des notes et synthétiser : garder trace, planifier, réutiliser ses lectures.
- Comprendre et interpréter des textes (pas seulement résumer).
- Mettre en lien des documents : comparer, confronter, construire un corpus.
- Améliorer sa langue : réviser ses écrits, enrichir son expression.
- Mobiliser sa culture personnelle : lectures, films, expériences pour nourrir la réflexion argumentée.
📌En résumé…
La matière « Culture générale et expression » vous apprend à :
- analyser et confronter des documents,
- argumenter à l’écrit et à l’oral,
- développer une culture ouverte,
- maîtriser la langue française comme outil d’intégration, de communication et de réussite.
Tout ce travail vous servira le jour de l’examen, mais aussi dans votre vie professionnelle et personnelle.
Thème 2026-2027 : « Le vrai du faux »
(Bulletin officiel n° 17 du 23 avril 2026)
Problématique
Notre temps met singulièrement à mal le partage du vrai et du faux : les manipulations langagières et, plus nombreuses encore, celles des images, fabriquent de faux documents, de faux témoignages, jusqu’à produire des univers entièrement artificiels. Umberto Eco, dès les années 1970, s’en inquiétait en voyageant aux États-Unis dans l’hyperréalité et en décrivant dans La Guerre du faux des villes factices, des châteaux reconstitués, des musées de cire, des cités déjà aussi illusoires que le paradis artificiel de Seahaven dans The Truman Show.L’ère numérique semble mettre à l’épreuve davantage encore notre capacité à reconnaître le faux. La désinformation, la circulation incessante d’images prises pour des réalités d’une part, et d’images désormais manipulables à l’infini d’autre part, inaugurent une nouvelle époque, que l’on a pu baptiser celle de la « post-vérité ». Sur un plan technologique, les intelligences artificielles génératives sont conçues selon des logiques probabilistes, et ne peuvent garantir la véracité des discours qu’elles recomposent. Comment dès lors démêler sur ce point le vrai du faux, la propagande du fait qu’elle enveloppe ou détourne, l’infox de l’information
Pourtant, notre propension à croire si facilement au faux, à y goûter même, révèle sans doute quelque chose de fondamental. Dès l’Antiquité, Pline l’Ancien racontait, au livre XXXV de son Histoire naturelle que le peintre Zeuxis avait peint des raisins si ressemblants que des oiseaux tentèrent de venir les manger. Mais le peintre se désolait : s’il avait aussi bien réussi l’enfant qui figurait également sur sa peinture, les oiseaux auraient dû avoir peur de lui, et s’enfuir ! L’illusion est ainsi l’objet d’un plaisir, celui qu’Aristote associe à la mimésis, mais qui trompe‑t‑elle, et jusqu’où ? Le vrai du faux : avant de les démêler, n’y a-t-il pas à considérer combien le trompe-l’œil dans le domaine visuel, comme la fiction dans le domaine narratif, peuvent révéler de ce qu’ils imitent ? L’art baroque a su jouer de toutes les valeurs et de tous les vertiges de l’illusion. Aragon a appris à appeler « mentir-vrai » l’art romanesque et avec lui l’ambition de la littérature qui, représentant le monde, en divulgue la vérité. C’est que, le théâtre lui aussi ne cesse de nous l’enseigner, le fictif n’est pas le mensonge : s’il invente, c’est pour dévoiler. La suspension volontaire de l’incrédulité théorisée par Samuel Taylor Coleridge ne fait pas des lecteurs et des spectateurs des oiseaux dupés ; elle prouve au contraire une réception avertie, qui tirera tout le suc et toute la valeur d’un spectacle ou d’une lecture. Il y a un vrai du faux, un vrai qui peut-être n’est accessible que par le faux.
L’univers de la consommation brouille encore notre rapport à l’authenticité. Simili cuir, bijoux en toc, fausse-monnaie visent à ressembler à s’y méprendre, faisant de nous tantôt les oiseaux de Zeuxis, piégés par la fabrication de l’illusion, tantôt des spectateurs un peu coupables, trop heureux d’arborer une marque sans en avoir payé le prix. Et paradoxalement, le champ artistique rebat encore les cartes du vrai et du faux, à un autre titre : où s’arrête l’hommage, où commence le plagiat, voire la mystification ? L’ancienneté ou la rareté confère parfois une valeur particulière, voire une aura, aux copies qui remplacent un original fragile ou disparu…
Le vrai du faux, donc ? Il est urgent d’envisager les relations nombreuses du vrai et du faux, leurs liaisons utiles et leurs déliaisons impératives, sans confondre l’exigence de vérité et la nécessité de l’imaginaire, sans jeter l’illusion esthétique avec l’eau de la désinformation. N’est-il pas également urgent de demander aux fictions littéraires et cinématographiques, comme à toutes les formes artistiques de l’illusion, de nous aider à lutter contre la platitude du faux ?
Mots-clefs
- vérité, mensonge, véracité, crédulité, crédibilité, incrédulité, fiction, fictif, invention, imagination, mimesis, imaginaire, effet-personnage, illusion scénique, illusion romanesque, trompe-l’œil, effets spéciaux, illusion d’optique, mascarade, chimère
- infox, désinformation, manipulation, duperie, imposture, mystification, canular, avatar, propagande, contre-vérité, bourrage de crâne, post-vérité
- imitation, imiter, controuver, artefact, faux-semblant, simulacre, leurre, contrefaçon, copie, toc, simili, faussaire, authenticité, restauration, feindre, pseudo, factice
- réalité, réalisme, monde virtuel, métavers, avatar, hyperréalisme, mirage, méprise, simulation, illusionniste, prestidigitation, magicien, feux d’artifice.
Expressions
- distinguer le vrai du faux, le mentir-vrai, la métaphore vive, un noble mensonge, se faire un cinéma, se faire des illusions, faire preuve de discernement / déciller les yeux de quelqu’un, déchirer le voile / village Potemkine / le roi est nu.
Séquence 1 : Distinguer le vrai du faux
Document 1 : affiche du film The Truman show de Peter Weir (1998) *

A la fin du film, Truman Burbank (Jim Carrey) le personnage principal, découvre que toute sa vie est en réalité une gigantesque émission de téléréalité filmée en direct. Il monte un escalier au bout du faux ciel pour atteindre la porte de sortie et quitter ce monde artificiel.
Document 2 Maupassant, « Préface » de Pierre et Jean (1887) *
Le réaliste, s’il est un artiste, cherchera, non pas à nous montrer la photographie banale de la vie, mais à nous en donner la vision plus complète, plus saisissante, plus probante que la réalité même.
Raconter tout serait impossible, car il faudrait alors un volume au moins par journée, pour énumérer les multitudes d’incidents insignifiants qui emplissent notre existence. Un choix s’impose donc, ce qui est une première atteinte à la théorie de toute la vérité.
[…]
Voilà pourquoi l’artiste, ayant choisi son thème, ne prendra dans cette vie encombrée de hasards et de futilités que les détails caractéristiques utiles à son sujet, et il rejettera tout le reste, tout l’à-côté.
[…]
La vie encore laisse tout au même plan, précipite les faits ou les traîne indéfiniment. L’art, au contraire, consiste à user de précautions et de préparations, à ménager des transitions savantes et dissimulées, à mettre en pleine lumière, par la seule adresse de la composition, les événements essentiels et à donner à tous les autres le degré de relief qui leur convient, suivant leur importance, pour produire la sensation profonde de la vérité spéciale qu’on veut montrer.
Faire vrai consiste donc à donner l’illusion complète du vrai, suivant la logique ordinaire des faits, et non à les transcrire servilement dans le pêle-mêle de leur succession.
J’en conclus que les Réalistes de talent devraient s’appeler plutôt des Illusionnistes.
* Document à connaître pour l’examen
