Au fil des pages… Anthologie de la poésie française…

 

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Anthologie de la poésie française

Joignez l’utile à l’agréable en parcourant cette Anthologie de la poésie française du Moyen Âge à nos jours (Philippe Sabourdy, Studyrama, 2005).

L’utile, c’est d’abord l’Épreuve Anticipée de Français : n’oubliez pas que si la poésie « tombe » au Bac, le corpus proposé pourra bien évidemment comporter des textes issus d’autres mouvements culturels que ceux que vous avez étudiés. C’est la raison pour laquelle je ne saurais trop vous recommander d’élargir vos connaisances. L’avantage de cette anthologie est qu’elle présente un panorama très large : depuis les ballades populaires jusqu’aux vers libres, des poésies les plus classiques aux poèmes contemporains. Vous y découvrirez aussi de nombreux textes expliqués et commentés. Mais lire des poèmes, c’est aussi jouer avec les mots, rêver, aller à la rencontre… Comme le dit l’auteur dans son introduction, quand « l’on est ému par un poète, c’est que deux intériorités, celle de l’auteur et la nôtre, se sont rencontrées ». Si cette anthologie est donc d’abord une incitation à un voyage dans le riche patrimoine de notre littérature, elle est aussi une invitation à la rencontre : lire un poème, c’est toujours emporter avec soi les mots d’un(e) autre, et c’est aussi rencontrer derrière le texte le visage intime et la voix secrète de l’auteur.

La citation de la semaine… Benoîte Groult…

Nous vivions comme on nous enjoignait de vivre, pensions comme on nous imposait de penser…

Quand suis-je devenue féministe ? Je ne m’en suis même pas aperçue. C’est arrivé beaucoup plus tard et sans doute parce que j’avais eu tant de mal à devenir féminine. Toute cette jeunesse paralysée par le trac de ne pas correspondre à la définition imposée […]. Pendant tous ces siècles, happées dans un vertige climatisé, nous vivions comme on nous enjoignait de vivre, pensions comme on nous imposait de penser […]. benoite_groult_1.1285526373.JPGIci, vous pouvez… là, c’est laid. Et notre docilité devant les lois de la société camouflées en décrets de la Providence paraissait si congénitale, on s’était si bien habitué en haut lieu à nous voir rester à notre place, que l’on est stupéfait, voire indigné aujourd’hui, devant cette soudaine agitation qui s’est emparée de tant de femmes. Harpies domestiques ou Messalines, saintes femmes ou putains, mères dévouées ou mères indignes, d’accord. Ce sont des types codifiés et admis et nous restons dans nos rôles. Mais que nous nous mêlions de repenser chaque acte de la vie selon notre optique à nous, de tout remettre en question depuis le « Tu enfanteras dans la douleur » si longtemps subi comme une volonté divine, jusqu’au schéma du bonheur humble et passif mitonné pour nous par Freud, notre Petit Père, voilà qui paraît indécent et inadmissible. Les hommes ont toujours été ravis quand nous étions capricieuses, coquettes, jalouses, possessives, vénales, frivoles… excellents défauts, soigneusement encouragés parce que rassurants pour eux. Mais que ces créatures-là se mettent à penser, à vivre en dehors des rails, c’est la fin d’un équilibre, c’est la faute inexpiable.

Benoîte Groult, Ainsi soit-elle, Grasset, Paris 1975.

Si « le féminisme n’a jamais tué personne, le machisme tue tous les jours ». Ces propos de Benoîte Groult lors d’un entretien (¹) posent tout l’enjeu d’Ainsi soit-elle. Publié en 1975 lors de « l’année de la femme », et récemment réédité au Livre de Poche (5 €), Ainsi soit-elle est en effet un ouvrage qu’il faut avoir lu et qu’il faut relire, particulièrement aujourd’hui où le statut et le droit des femmes sont si remis en cause dans le monde et où la dévalorisation du féminin en littérature perdure de façon inquiétante. Dès les années Cinquante, le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir (1949) s’en était pris aux représentations identitaires, tant masculines que féminines, aux clichés et aux stéréotypes de toute sorte : « On ne naît pas femme, on le devient ». De fait, depuis plus de deux mille ans, beaucoup d’hommes adeptes d’une intolérance extrême, puisent dans les dogmes et les croyances de toute sorte des passages qui n’ont d’autre but que d’assurer la soumission des femmes.

Le plus inquiétant est que l’on se soit accommodé de cette folie ordinaire : « Une femme meurt tous les trois jours du fait de violences conjugales » rappellent quotidiennement entre deux publicités des spots télévisés : c’en est presque devenu banal… Et c’est la raison pour laquelle je vous invite à lire Ainsi soit-elle. Dans cet ouvrage, Benoîte Groult « analyse  en effet « l’infini servage » de la femme, sa dégradation physique et morale, […] il fait le procès des Hommes avec un humour acide. Mais Benoîte Groult sait aussi transmettre son émotion » (²) : évocations poétiques de la Bretagne natale, retour sur l’enfance, moments de complicité entre femmes… Plus fondamentalement, cet essai militant vous amènera à réfléchir avec lucidité et courage sur vos propres comportements : si le féminisme, particulièrement dans la décennie 70, a permis l’émergence d’un nouveau regard moral sur le monde, le désintérêt aujourd’hui des hommes (et des femmes) pour cette cause est peut-être prémonitoire : la mort des femmes est toujours la mort du monde quelque part…

Bruno Rigolt

(1) Florence Montreynaud, Le Féminisme n’a jamais tué personne, Les grandes conférences, Québec 2004, page 11.
(2) Christiane P. Makward, Madeleine Cottenet-Hage, Mary-Helen Becker, Erica Mendelson Eisinger, Dictionnaire littéraire des femmes de langue française, éd. Karthala, Paris 1996.

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Culture générale/Support de cours classes de Première : la révolution romantique

Présentation du support de cours : la crise des valeurs européennes à la fin du dix-huitième siècle donnera naissance au Romantisme, qui est une révolution générale de l’âme humaine. Cette véritable « école du désenchantement » selon l’expression de Paul Bénichou n’est rien d’autre qu’une immense rupture de civilisation, indissociable d’une transgression de l’institution littéraire, artistique et sociale. Le but de ce support de cours est d’aider mes étudiant(e)s à mieux comprendre les enjeux cruciaux de ce mouvement.

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La révolution romantique

Une nouvelle vision de l’homme et du monde

« On sent le romantique, on ne le définit pas. »
Louis-Sébastien Mercier, Néologie, 1801

« S’affranchir du réel, grâce à l’imagination,
s’en affranchir encore en s’en isolant et en se renfermant
dans le sanctuaire de la sensibilité personnelle :
voilà le vrai fond du romantisme de tous les temps ».
Émile Faguet, Flaubert, 1899 

 

           

Tentative de définition

L’affirmation de Louis-Sébastien Mercier « On sent le romantique, on ne le définit pas », ou les propos de Paul Valéry selon lesquels « il faudrait avoir perdu tout esprit de rigueur pour essayer de définir le romantisme » s’imposent d’emblée tant il est difficile de proposer une définition de ce qui est d’abord une aspiration, un élan, une humeur beaucoup plus qu’un concept. L’acception habituelle (mouvement littéraire et culturel européen du début du dix-neuvième siècle) semble quelque peu réductrice pour qualifier un phénomène beaucoup plus étendu et profond qui s’est imposé dans les lettres dès la fin du dix-huitième siècle en Angleterre et en Allemagne, puis au dix-neuvième siècle en France comme une nouvelle vision de l’homme et du monde. Au-delà des clichés habituels (expression des sentiments, individualisme, refuge dans la nature, etc.) le romantisme a été avant tout :

  • une révolution artistique et culturelle dirigée contre l’harmonie classique et l’ordre des Lumières,
  • ainsi qu’un vaste mouvement politique et social qui va ébranler l’Europe puis le monde.

J’emprunte à Olivier Mannoni ces justes remarques : « La révolution comme apocalypse : voilà sans doute l’idée romantique de base, et c’est en cela que le romantisme se distingue des conceptions et des images rationnelles des Lumières, qui pensent la Révolution selon la symbolique géométrique de la lumière, du soleil et de l’équerre triangulaire. La penser en termes romantiques, cela signifie évoquer l’événementiel, et même le catastrophique. À la place de la lumière et du soleil intervient l’orage, la décharge électrique » (1).

Si l’ancrage historique du romantisme est donc la Révolution française, il illustre d’abord l’échec de cette révolution : née de pures idées et d’abstractions juridiques (la liberté, l’égalité des droits, le contrat social, la souveraineté du peuple, etc.), la révolution échoue finalement comme événement de l’histoire mais elle triomphe comme idéal auprès d’une jeunesse désœuvrée, incapable d’exprimer dans la société de la Restauration ses rêves et ses aspirations : ainsi la Révolution est-elle le point de départ d’un vaste mouvement de renouveau, spirituel, artistique et politique, qu’on peut considérer comme une revanche du sentiment sur la raison et la science.

Dans son ouvrage intitulé Le Romantisme : du bouleversement des lettres dans la France postrévolutionnaire (Librairie générale française, paris 2007), Claude Millet n’hésite pas à affirmer du romantisme qu’il a « certainement marqué, dans l’histoire de la littérature française, la plus considérable rupture après celle de la Renaissance. Bataillant dans un premier temps contre le classicisme qui défendait ses positions anciennes, il a peu à peu imposé une nouvelle littérature largement liée à l’Histoire, mais une littérature plus libérée des règles et davantage marquée par la subjectivité de ses auteurs ».

Le préromantisme

Plusieurs indices de ce renouveau apparaissent à la fin du dix-huitième siècle : la vogue des récits de voyage et du descriptif, la force des passions ainsi que l’évasion coloniale et pittoresque dans les romans de Bernardin de Saint-Pierre par exemple (Paul et Virginie), la quête de l’exotisme et du primitivisme, l’exigence de communion avec la nature, la prédominance de formes qui permettent l’expression du moi préparent en effet aux grands thèmes du Romantisme. Mais c’est surtout Jean-Jacques Rousseau qui aura une influence considérable sur l’évolution des mentalités. On a raison de dire que si Voltaire a marqué la fin d’une époque, le « citoyen de Genève » en ouvre une autre : c’est d’abord en posant « le sentiment comme le fondement décisif de la morale » (2) que Rousseau inaugure une esthétique du lyrisme ainsi qu’une quête de l’intériorisation, pauletvirginie_112.1285002828.jpgqui viennent en contrepoint du rationalisme des Lumières et vont permettre la possibilité d’un vaste renouveau littéraire et social.

Joseph Van Lerius (1823-1876), Paul et Virginie. Gravure de Jos Franck, c. 1865 →

Publiées à titre posthume en 1782, les Rêveries du Promeneur solitaire me paraissent très représentatives d’une certaine conception de la civilisation, de la liberté et de l’individualité qui repose sur l’idée théorique d’un « état de nature« , privilégiant fortement la valorisation du lyrisme, de la personnalité, de la vie de l’âme, et qui marquera particulièrement le Romantisme français au dix-neuvième siècle. De fait, on peut considérer qu’en se laissant aller complaisamment à l’épanchement affectif, à l’évocation de la nature (qui participe d’ailleurs grandement à cette expression du sentiment), à la fusion du passé et du présent, les Rêveries instituent un rapport différent au temps et à l’espace. Regardez ce passage, à juste titre célèbre, de la « Cinquième Promenade » : la rhétorique émotive du style de Rousseau, fait d’indétermination et d’attente, reconstitue la modulation de la rêverie à travers une correspondance de perceptions visuelles ou auditives qui n’ont d’autre but, en renvoyant à l’idée d’un « texte-promenade », que d’instituer le détour, la digression et la rêverie comme refus du réel.

« Quand le soir approchait je descendais des cimes de l’île et j’allais volontiers m’asseoir au bord du lac sur la grève dans quelque asile caché ; là le bruit des vagues et l’agitation de l’eau fixant mes sens et chassant de mon âme toute autre agitation la plongeaient dans une rêverie délicieuse où la nuit me surprenait souvent sans que je m’en fusse aperçu. Le flux et reflux de cette eau, son bruit continu mais renflé par intervalles frappant sans relâche mon oreille et mes yeux, suppléaient aux mouvements internes que la rêverie éteignait en moi et suffisaient pour me faire sentir avec plaisir mon existence sans prendre la peine de penser. »

Comme le remarquait avec justesse Nicolas Bonhôte (3), « l’activité de rêverie est bien au cœur du texte. Elle constitue l’expérience majeure parce qu’elle est source d’un plein accomplissement et d’un bonheur entier ». L’auteur ajoute : « L’évocation du séjour à l’île de Saint-Pierre représente un aboutissement de l’œuvre autobiographique. Il ne s’agit plus de se révéler, mais de dire la plénitude du moi et de l’existence. Être pleinement soi, c’est se livrer à la rêverie, activité purement sensible ». On pourrait également faire remarquer combien ce passage ne cesse d’associer l’esprit et la nature au sein d’un inconscient commun, qui s’inscrit dans ce que Rousseau appellera lui-même « l’esprit romanesque ». L’évocation du bonheur dans l’île de Saint-Pierre récuse en effet  la norme sociale en privilégiant le détour comme métaphore spatiale autour de laquelle l’auteur construit son « excursio » : course au-dehors, mais aussi incursion dans le moi profond. L’idée d’une communion avec la nature dépasse donc le simple côté « pittoresque » : elle est à ce titre vécue comme un mode nouveau d’unité et de cohésion du moi.

Aux fluctuations temporelles, fortement liées au clapotis de l’eau, vient s’ajouter dans le texte la mise en place d’un rapport subjectif au réel qui le détourne bien de sa fonction sociale. Remarquez le rôle essentiel donné à la nature, à la fois consolatrice et inspiratrice, mais également enjeu de connaissance puisqu’elle ramène au moi profond.

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Le lyrisme personnel

À mesure que s’accentuera la crise de l’humanisme traditionnel, se développera en effet chez les Romantiques la certitude que le destin appartient aux individualités. La forme la plus répandue de la poésie romantique est donc celle du lyrisme personnel. De fait, à la différence du romantisme allemand, davantage métaphysique et qui tentera d’une part de retrouver par la poésie les liens qui unissent l’être à un tout transcendantal, et qui d’autre part célèbrera le mythe d’appartenance nationale (le peuple, l’État-nation, etc.), le Romantisme français, particulièrement dans la première moitié du dix-neuvième siècle, s’inscrit plus nettement dans un lyrisme intime et personnel, remettant au centre de la pratique artistique et poétique le sentiment de la nature, l’élan élégiaque, l’emphase, l’effusion, le langage de la contemplation, etc.

Ainsi que le rappelle Paul Van Tieghem, « ce nouvel état d’âme […] qui se généralise extrêmement au tournant du siècle, est fait principalement d’insatisfaction du monde contemporain, d’inquiétude devant la vie, de tristesse sans motif. […] Dans ce malaise moral […], le rôle de la raison comme guide diminue ; ceux de l’imagination et de la sensibilité  prédominent. On se laisse aller à ses rêves, à ses passions » (4).

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L’île de Saint-Pierre sur le lac de Bienne (Suisse). Cliché : BR

Ainsi, les Méditations poétiques de Lamartine, parues en 1820, cristallisent les attentes de toute une génération : certes, ce mince recueil ne comporte que vingt-quatre poèmes mais il fut un véritable événement littéraire, une « révélation » (Sainte-Beuve), et c’est à juste titre qu’on peut le considérer comme le premier manifeste du romantisme : en affirmant un idéal d’unité spirituelle face au sentiment global d’échec historique qu’on appellera le « mal du siècle », et en légitimant de nombreux commentaires autobiographiques, l’auteur amène à interpréter le Romantisme dans le cadre d’une remise en cause du rationalisme des siècles précédents. De fait, si ces poèmes élégiaques restaurent des thèmes assez classiques comme la fuite du temps, les mystères de l’immortalité, la douleur du poète, l’importance de la nature, complice et témoin de l’amour, c’est pour mieux faire descendre la poésie au cœur même de l’homme afin de le toucher, comme le dira Lamartine dans la préface « par les innombrables frissons de l’âme et de la nature ». Les poèmes invitent ainsi à la communion avec le lecteur. Même si la poésie lamartinienne est une poésie des sentiments et de l’amour, c’est un amour exprimé sous une forme presque platonicienne, un amour idéal souvent mêlé de sentiment religieux où la contemplation de la nature, en participant à l’intériorité de l’homme, ouvre sur la révélation mystique (aspiration vers Dieu et l’immortalité).

Naïmé Zâreân faisait très justement remarquer combien, « avec les romantiques, le thème de la nature devient central : pas de grand thème lyrique plus inépuisable que les sentiments et sensations provoquées par la nature chez les romantiques. Ainsi, la nature est toujours décrite en fonction des battements de leur cœur. Pour eux, la nature est dotée de nombreuses facettes et représente notamment un refuge contre la civilisation et les duretés de l’existence, une manifestation de la grandeur divine, un miroir de la sensibilité, et une invitation à méditer. […] Face aux conséquences de la première Révolution Industrielle qui contribue à polluer les villes et à river l’homme à la machine, la nature symbolise à leurs yeux la liberté, la pureté et la paix » (5). D’où une vision nostalgique de la totalité et du paradis perdu, et une recherche spiritualiste de fusion avec le monde.

François Bensa (Nice 1811-Nice 1895), « Vue des quartiers de la Lanterne et de Fabron » (Détail. 1835).
Musée Masséna, Nice. Cliché : BR.

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Le moi au centre du monde

On comprend pourquoi la description de la nature chez de nombreux Romantiques, ne se sépare jamais d’une réflexion sur l’intériorité, le détour dans l’imaginaire et le refus social, qui s’épanouira dans ce qu’on appellera le « culte du moi » et la volonté de trouver dans une nature fusionnelle et dans l’exil vers l’ailleurs (Baudelaire, Mallarmé, Rimbaud) une réponse au vide existentiel. Cette omniprésence du moi a été très justement analysée dans ces propos : « libérée des convenances qui interdisaient l’épanchement, [l’individualité créatrice] se traduit en personnages démesurés, cyclothymiques, tantôt exaltés jusqu’à la frénésie, livrés à la tumultueuse violence de la joie, tantôt englués dans la mélancolie et l’angoisse ; lancés dans l’action ou enfermés dans les fantasmes de la rêverie, fascinés par les maléfices du fantastique. Toute une gamme de héros s’obtient par le déplacement du centre de gravité psychologique, de l’introversion à l’extraversion » (6).

Regardez ces deux tableaux du peintre allemand Friedrich : ils établissent parfaitement le lien entre la représentation de la nature et l’expression du moi que nous relevions à l’instant. On peut ici faire remarquer combien le concept de romantisme est à mettre en relation avec une esthétique du chaos et du retour en arrière qui amène évidemment à des questions d’ordre existentiel : le tableau « L’abbaye dans un bois » peint en 1809, est très caractéristique du romantisme allemand, qui se définit plutôt comme message existentiel dans la mesure où il privilégie le symbolique, le mystérieux, le secret, la méditation sur la mort, et donc l’émergence d’un sentiment mystique de fusion avec le monde. « Le peintre ne doit pas peindre seulement ce qu’il voit en face de lui, mais aussi ce qu’il voit en lui. S’il ne voit rien en lui, qu’il cesse alors de peindre ce qu’il voit devant lui » (7) : cette affirmation de Friedrich est essentielle car elle résume bien le nouveau rapport à la nature que va inaugurer le Romantisme et qui mènera progressivement à l’esthétique symboliste : voir, c’est d’abord déchiffrer en faisant l’apprentissage des signes. On peut ainsi remarquer combien, à travers ce qu’on pourrait appeler la pathologie romantique, se lisent les métaphores du dépassement du temporel, de l’élévation mystique et de l’envol vers la mort.

Détour, marginalité, transgression

Prenons par exemple « le Voyageur contemplant une mer de nuages » de Friedrich (1818) : le personnage représenté ici de dos, évoque une volonté de rupture avec le monde qu’il contemple, selon un point de vue très distancié. Le voyageur en effet regarde le monde, mais « de haut », à la manière d’un exclu qui savourerait son anticonformisme. Ainsi « se manifeste un imaginaire de la rupture et de la vacuité ; la dénotation de gouffres, d’abîmes, de lieux où se sont retirées toute forme et toute vie identifiables, fait irruption dans cette idéologie de l’unité ».  (8) Le lieu romantique est par définition un « non-lieu », à la fois chaos et cosmos, par opposition à la notion sociologique de lieu, associée à l’idée d’une culture localisée dans le temps et l’espace. Or, c’est bien le temps et l’espace sociaux qui sont ici remis en cause : l’homme, placé au centre de la toile, amène à une réinterprétation du monde et à un dépassement par l’art de la condition humaine malheureuse et vulgaire. Tout semble ici métaphore : le refus social, le dandysme propres au personnage romantique privilégient une « métaphysique du paraître » qui instaure la transgression et la déviance comme règle, et comme concrétisation de l’idéal.

 

Les poèmes de Baudelaire « l’Étranger » ou « l’Albatros », archi connus, mériteraient pourtant d’être rappelés ici :

L’Étranger

– Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? Ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère ?
– Je n’ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.
– Tes amis ?
– Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est resté jusqu’à ce jour inconnu.
– Ta patrie ?
– J’ignore sous quelle latitude elle est située.
– La beauté ?
– Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
– L’or ?
– Je le hais comme vous haïssez Dieu.
– Eh ! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
– J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages !

 

L’Albatros

Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

À peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid!
L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait!

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

Comme on le voit, la signification allégorique des deux textes implique transgression, provocation, asocialité. S’ils se fondent sur une réflexion quant à la condition malheureuse du « poète maudit » dans la société, ces poèmes renvoient plus fondamentalement à la conscience exacerbée de l’altérité, si fortement imprégnée du refus de tout lien et du désir de fuite. C’est cette tension qui fera d’ailleurs éclater l’unité du discours et de la pensée en introduisant les contre-modèles : le détour vers le passé, la nostalgie des mythes anciens, ainsi qu’un profond rejet social qui ébranlera les fondements mêmes de la culture (et qui se muera progressivement en phénomène de contreculture avec le Surréalisme). Que le Romantisme se soit emparé du rêve, de l’irréel, du fantastique, du macabre, du satanique est éclairant. Comme il a été dit justement, « ce que le romantisme refuse dans la société industrielle/bourgeoise moderne, c’est avant tout le désenchantement du monde, le déclin ou la disparition de la religion, la magie, la poésie, le mythe. Il proteste aussi contre la mécanisation, la rationalisation abstraite, la réification, la dissolution des liens communautaires et la quantification des rapports sociaux. Cette critique se fait au nom de valeurs sociales, morales ou culturelles pré-modernes —présentées comme traditionnelles, historiques, concrètes—  et constitue, à multiples égards, une tentative désespérée de ré-enchantement du monde » (9).

« Tentative désespérée » qui se muera progressivement en pessimisme doublé de négativité. Si elle prendra, comme chez Hugo, la forme d’un combat prométhéen et d’une mission exigeant l’initiative et l’engagement de tout l’être (ce qu’on appellera le « romantisme social », et dont la « Fonction du poète » constitue un exemple très représentatif), cette positivité démesurée échouera devant la concrétisation de l’idéal. Dans leur confrontation avec le monde, le poète « prophète » ou le poète « maudit » n’échappent pas à une profonde contradiction : inscrire dans la réalité un idéal. Leur quête d’absolu et leur mépris de l’ordre poussera en effet souvent les romantiques vers l’esthétique et l’artifice plus que vers l’engagement, la démesure plus que vers la raison, le refus plus que vers la positivité. Le recueil de Tristan Corbière intitulé Les Amours jaunes est ainsi une sorte de pied de nez au romantisme des débuts : le pathétique s’y mue en antiphrase, le lyrisme élégiaque en ironie tragique, et le sentiment du moi en une sorte d’auto-flagellation. Il n’est que de lire le sonnet intitulé « Le crapaud » pour s’en convaincre :

Un chant dans une nuit sans air…
La lune plaque en métal clair
Les découpures du vert sombre.

… Un chant ; comme un écho, tout vif,
Enterré, là, sous le massif…
– Ça se tait : Viens, c’est là, dans l’ombre…

– Un crapaud ! – Pourquoi cette peur,
Près de moi, ton soldat fidèle !
Vois-le, poète tondu, sans aile,
Rossignol de la boue… – Horreur ! –

… Il chante. – Horreur !! – Horreur pourquoi ?
Vois-tu pas son œil de lumière…
Non : il s’en va, froid, sous sa pierre.
……………………………………………………………
Bonsoir – ce crapaud-là c’est moi.

(Ce soir, 20 juillet)

La forme du texte, très surprenante, l’éclatement de la syntaxe, et surtout la mise en place d’un décor qui fait voler en éclat les clichés romantiques (à commencer par la rencontre amoureuse au clair de lune !) semblent désorganiser, voire renier les normes et les valeurs. Les « poètes maudits » s’attaquent ainsi à l’essence même de la culture classique qui, de la tradition cartésienne aux Lumières, prône le rationnel et la logique. À l’opposé, les poètes maudits mettent très bien en relief les notions d’exil, de décadence et d’anti-modèle, qui caractérisent explicitement le romantisme tardif. Car si elle participe à l’élévation spirituelle, leur poésie débouche invariablement sur la déception de l’homme de ne pouvoir atteindre cet idéal : en ce sens, le romantisme est une résistance assez désabusée au monde, à la nécessité, au rationnel, à la marche même de l’Histoire (cf. le « mal du siècle ») et qui conduira à un certain nihilisme social. On pourrait évoquer ici ce manifeste surréaliste avant la lettre qu’ont été les Chants de Maldoror. Publiée à titre posthume en 1920, l’œuvre sulfureuse de Lautréamont incarne l’écart et le détour poussés à leur paroxysme :

« Moi, comme les chiens, j’éprouve le besoin de l’infini… Je ne puis, je ne puis contenter ce besoin ! Je suis fils de l’homme et de la femme, d’après ce qu’on m’a dit. Ça m’étonne… je croyais être davantage ! Au reste, que m’importe d’où je viens ? Moi, si cela avait pu dépendre de ma volonté, j’aurais voulu être plutôt le fils de la femelle du requin, dont la faim est amie des tempêtes, et du tigre, à la cruauté reconnue : je ne serais pas si méchant. Vous, qui me regardez, éloignez-vous de moi, car mon haleine exhale un souffle empoisonné. Nul n’a encore vu les rides vertes de mon front ; ni les os en saillie de ma figure maigre, pareils aux arêtes de quelque grand poisson, ou aux rochers couvrant les rivages de la mer, ou aux abruptes montagnes alpestres, que je parcourus souvent, quand j’avais sur ma tête des cheveux d’une autre couleur. Et, quand je rôde autour des habitations des hommes, pendant les nuits orageuses, les yeux ardents, les cheveux flagellés par le vent des tempêtes, isolé comme une pierre au milieu du chemin, je couvre ma face flétrie, avec un morceau de velours, noir comme la suie qui remplit l’intérieur des cheminées : il ne faut pas que les yeux soient témoins de la laideur que l’Être suprême, avec un sourire de haine puissante, a mise sur moi. Chaque matin, quand le soleil se lève pour les autres, en répandant la joie et la chaleur salutaires dans toute la nature, tandis qu’aucun de mes traits ne bouge, en regardant fixement l’espace plein de ténèbres, accroupi vers le fond de ma caverne aimée, dans un désespoir qui m’enivre comme le vin, je meurtris de mes puissantes mains ma poitrine en lambeaux. »

L’extrait est saisissant : il y a d’une part dans le personnage de Maldoror l’incandescence de la transgression faite de déchirement et de conflit intérieur, et d’autre part la recherche d’un ailleurs vécu comme échappatoire et libération. Le thème du refus social se repère dans le texte par la décadence, le désordre, la déviation morale, la provocation qu’il instaure dans la norme. Même le langage se désolidarise de la syntaxe pour la détourner contre elle-même : en s’écartant volontairement du sens commun, le poème donne en effet l’impression d’une discontinuité empreinte de dérision et de violence : brisée, la trame de l’écriture est celle d’un poète marginal pour qui le romantisme se vit comme volonté de se perdre pour mieux se retrouver, fût-ce dans la mort. Détour de conduite, renversement esthétique, détours verbaux sont ici vécus comme nihilisme convulsif, vertige du néant et de l’inhumain.

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Une profonde ambiguïté

Cette conception particulière du romantisme trahit une profonde ambiguïté : en s’indignant contre l’esprit utilitaire et matérialiste de la Révolution industrielle, elle dressera souvent l’individu contre la société, et dévalorisera le profane au point de se retourner contre elle-même : la mission du poète-prophète (pensez à l’incantation visionnaire d’Hugo dans « Fonction du poète ») qui s’inscrit dans une sorte de renouveau historique et de messianisme social, libéral, généreux et militant, débouche malgré tout sur une fuite dans le vide. Même si c’est du  fait historique que la poésie engagée d’Hugo tire sa légitimité (on se rappelle sa condamnation sans appel de l’art pour l’art dans « Fonction du poète »), elle ne pourra néanmoins se départir d’une méditation épique sur l’Histoire empreinte d’une quête d’absolu, forcément vouée à l’échec, de par sa dimension utopique.

Reconnaissons-le, il y a un aspect « totalitaire » dans l’utopie romantique : devenu « phare », « mage » ou encore « prophète », le poète se coupe en fait du réel en privilégiant le moi, dans une attitude de refus du désordre et de la division. Une question qui peut dès lors être posée est celle-ci : le romantisme, et particulièrement le romantisme messianique, ne préfigure-t-il pas les grandes utopies postrévolutionnaires qui marqueront le débat idéologique à la fin du dix-neuvième siècle ? Et ne trouvera-t-il pas également un écho tragique dans les grands mythes totalitaires du vingtième siècle, qu’on pourrait considérer comme autant d’avatars des mythologies romantiques ?

Sans doute il est vrai que la figure du poète maudit ou du poète mage dérivent d’un même idéal : le mythe du surhomme (pensez à Nietzsche). Celui-ci n’est-il pas d’abord un mythe du mal-être, mythe de la solitude et de l’idéalisme, face à la décadence des sociétés modernes ?

–

Conclusion

Comme nous l’avons vu, le mouvement romantique est protéiforme : à la fois fait de totalité (aspirations à l’infini, à l’absolu) et de fractures, tant individuelles que collectives, et indissociables d’un éclatement de l’ordre européen.

  • Tout d’abord, éclatement géographique, en proposant une nouvelle représentation du monde, qui repense l’espace géométrique hérité de l’âge classique et des Lumières et qui privilégie le refus du réel, l’ailleurs et le voyage.
  • Mais aussi éclatement du sujet : en repensant profondément l’homme à travers l’individualisme et la subjectivité, le romantisme amène à une scission du moi avec lui-même (pensez à Rimbaud : « Je est un autre ») : le moi égaré devient un moi déchiré.
  • Et enfin éclatement social : en élargissant les limites à l’intérieur desquelles les modes d’expression avaient jusqu’alors été confinés, le romantisme témoigne d’une vaste mutation, dont les tendances novatrices influeront grandement sur l’histoire des arts et plus largement sur les mouvements de contre-culture du vingtième siècle qui, en ouvrant l’occident sur la totalité du monde, ont finalement fait éclater les identités nationales, et amené une pensée du scepticisme qui conduira à ressentir le provisoire plus que l’immuable, la mobilité au détriment du permanent, le relatif plutôt que l’absolu.

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© Bruno Rigolt
Bruno Rigolt, (EPC/Lycée en Forêt, Montargis, France), septembre 2010. Dernière révision : 14 novembre 2012

NOTES

(1) Karl Heinz Bohrer, Le Présent absolu : du temps et du mal comme catégories esthétiques, traduit de l’Allemand par Olivier Mannoni,  éd. de la Maison des Sciences de l’Homme, Paris 2000, page 16
(2) Jacques Domenech, L’Éthique des lumières : les fondements de la morale dans la philosophie, Librairie philosophique Jean Vrin, Paris 1989, page 66
(3) Nicolas Bonhôte, Jean-Jacques Rousseau : vision de l’histoire et autobiographie, éditions l’Âge d’homme, Lausanne 1992, page 247
(4) Paul Van Tieghem, Le Romantisme dans la littérature européenne, Albin Michel, Paris 1948, page 249.
(5) Aïmé Zâreân, « La nature chez les romantiques français et persans« , in La Revue de Téhéran, n°14, janvier 2007
(6) Jean-Pierre de Beaumarchais et al., Dictionnaire des écrivains de langue française, « Romantisme », Larousse, Paris 2001, p. 1603-1604
(7
) cité par Charles Sala, Caspar David Friedrich et la peinture romantique, Pierre Terrail, 1993, page 83
(8) Denise Degrois, « Versions romantiques du vide », in L’Espace littéraire dans la littérature et la culture anglo-saxonnes. Textes réunis par Bernard Brugière, Presses de la Sorbonne Nouvelle, Paris 1995, p. 176. Voir aussi l’analyse du tableau proposée dans ce blog en cliquant ici.
(9) Michael Löwy, « L’humanisme romantique allemand et l’Europe », page 165, in L’Europe, naissance d’une utopie ? Genèse de l’idée d’Europe du XVIe au XIXe siècle sous la direction de Michèle Madonna Desbazeille, L’Harmattan, Paris 1996.

La Méditerranée près de Nice
Pastel numérique (B. R.) d’après F. Bensa « Le quartier du Lazaret avec la Réserve » (Détail. Musée Masséna, Nice)

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Entraînement BTS… Culture Générale… Le rire : un phénomène social

Les entraînements BTS

bts2011.1284135182.jpgEntraînement 2010-2011 n°1. Thème 2 (« Le rire ») : le rire, un phénomène social

Je vous propose dans cet entraînement un sujet inédit qui porte sur le statut social du rire. Plus qu’un phénomène physiologique et réflexe, le rire en effet occupe une fonction sociale majeure dans l’appréhension de l’interculturel. Pourquoi rit-on ? Selon Rabelais (document 1), « rire est le propre de l’homme ». Ainsi le rire est-il intimement lié au fonctionnement de la société. Laurence Consalvi (document 4) montre bien que le rire par exemple ouvre un espace socialisant de rencontres et d’échanges. 

Quant au philosophe Henri Bergson (document 2), son essai très célèbre sur le rire appelle une remarque fondamentale : en participant à une identité collective, le rire façonne la vie sociale, il est donc inhérent à toute relation sociale. Le rôle du rire est à ce titre essentiel dans la diffusion des connaissances et des valeurs. En tant que facteur d’intégration ou d’exclusion, le rire fonde ainsi une véritable théorie sociale. En répondant à plusieurs exigences de la vie en commun, il  aurait conséquemment une portée sociale régulatrice. 

Mais le rire exerce également une fonction critique et politique majeure qui peut se faire l’instrument d’un véritable contre-pouvoir. En contestant l’ordre établi, la tyrannie et l’exploitation, un personnage bouffon comme Charlot (cf. l’affiche du Dictateur : document 3) amène en effet à s’interroger sur le rôle du comique. En fustigeant les puissants, il révèle le peuple à lui-même en l’amenant à prendre conscience. Comme vous le voyez, l’enjeu de ce corpus est très riche puisqu’il permet d’appréhender le rire comme un jeu inhérent au phénomène politique et social.

Niveau de difficulté : **  (* accessible ; ** moyennement difficile ; *** difficile)

            

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Corpus

  • Document 1, François Rabelais, Gargantua, « Prologue », 1534
  • Document 2, Henri Bergson, Le Rire. Essai sur la signification du comique, 1924
  • Document 3, affiche du film Le Dictateur (Charlie Chaplin), 1940
  • Document 4 , Laurence Consalvi, « Des écla… boussures de rire », article paru dans Deux mille ans de rire, permanence et modernité (collectif), Presses Universitaires Franc-Comtoises/Les Belles Lettres, Paris 2002

Consignes

  • Première partie (synthèse) : Vous ferez une synthèse concise, objective et ordonnée en confrontant les documents du corpus.
  • Deuxième partie (écriture personnelle) : Selon vous, faut-il prendre le rire au sérieux ?

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  • Document 1, François Rabelais, Gargantua, avertissement liminaire et Prologue, 1534

Aux lecteurs

Amis lecteurs qui lisez ce livre,
Dépouillez-vous de tout tourment;
Et, le lisant, ne soyez pas scandalisés ;
Il ne contient ni mal ni infection.
Il est vrai qu’ici vous apprendrez

Peu de perfection, sinon en matière de rire;
Mon cœur ne peut élire d’autre argument,
Voyant la douleur qui vous mine et vous consume.
Mieux vaut traiter du rire que des larmes,
Parce que rire est le propre de l’homme.

Prologue

Buveurs très illustres, et vous Vérolés très précieux (c’est à vous, à personne d’autre que sont dédiés mes écrits), dans le dialogue de Platon intitulé Le Banquet, Alcibiade faisant l’éloge de son précepteur Socrate, sans conteste prince des philosophes, le déclare, entre autres propos, semblable aux Silènes. Les Silènes étaient jadis de petites boîtes comme on en voit à présent dans les boutiques des apothicaires ; au-dessus étaient peintes des figures amusantes et frivoles : harpies, satyres, oisons bridés, lièvres cornus, canes bâtées, boucs volants, cerfs attelés et autres semblables figures imaginaires, arbitrairement inventées pour inciter les gens à rire, à l’instar de Silène, maître du bon Bacchus. Mais à l’intérieur, on conservait les fines drogues comme le baume, l’ambre gris, l’amome, le musc, la civette, les pierreries et autres produits de grande valeur. Alcibiade disait que tel était Socrate, parce que, ne voyant que son physique et le jugeant sur son aspect extérieur, vous n’en auriez pas donné une pelure d’oignon tant il était laid de corps et ridicule en son maintien : le nez pointu, le regard d’un taureau, le visage d’un fol, ingénu dans ses mœurs, rustique en son vêtement, infortuné au regard de l’argent, malheureux en amour, inapte à tous les offices de la vie publique ; toujours riant, toujours prêt à trinquer avec chacun, toujours se moquant, toujours dissimulant son divin savoir. Mais en ouvrant une telle boîte, vous auriez trouvé au-dedans un céleste et inappréciable ingrédient : une intelligence plus qu’humaine, une force d’âme prodigieuse, un invincible courage, une sobriété sans égale, une incontestable sérénité, une parfaite fermeté, un incroyable détachement envers tout ce pour quoi les humains s’appliquent tant à veiller, courir, travailler, naviguer et guerroyer.

A quoi tend, à votre avis, ce prélude et coup d’essai ? C’est que vous, mes bons disciples, et quelques autres fous oisifs, en lisant les joyeux titres de quelques livres de notre invention, comme Gargantua, Pantagruel, Fesse pinte, La Dignité des braguettes, Des pois au lard avec commentaire, etc., vous pensez trop facilement qu’on n’y traite que de moqueries, folâtreries et joyeux mensonges, puisque l’enseigne extérieure (c’est le titre) est sans chercher plus loin, habituellement reçue comme moquerie et plaisanterie. Mais il ne faut pas considérer si légèrement les œuvres des hommes. Car vous-mêmes vous dites que l’habit ne fait pas le moine, et tel est vêtu d’un froc qui au-dedans n’est rien moins que moine, et tel est vêtu d’une cape espagnole qui, dans son courage, n’a rien à voir avec l’Espagne. C’est pourquoi il faut ouvrir le livre et soigneusement peser ce qui y est traité. Alors vous reconnaitrez que la drogue qui y est contenue est d’une tout autre valeur que ne le promettait la boite : c’est-à-dire que les matières ici traitées ne sont pas si folâtres que le titre le prétendait.

Et en admettant que le sens littéral vous procure des matières assez joyeuses et correspondant bien au titre, il ne faut pourtant pas s’y arrêter, comme au chant des sirènes, mais interpréter à plus haut sens ce que le hasard vous croyiez dit de gaieté de cœur.

Avez-vous jamais crocheté une bouteille ? Canaille ! Souvenez-vous de la contenance que vous aviez. Mais n’avez-vous jamais vu un chien rencontrant quelque os à moelle ? C’est, comme dit Platon au livre II de la République, la bête la plus philosophe du monde. Si vous l’avez vu, vous avez pu noter avec quelle dévotion il guette son os, avec quel soin il le garde, avec quelle ferveur il le tient, avec quelle prudence il entame, avec quelle passion il le brise, avec quel zèle il le suce. Qui le pousse à faire cela ? Quel est l’espoir de sa recherche ? Quel bien en attend-il ? Rien de plus qu’un peu de moelle. Il est vrai que ce peu est plus délicieux que le beaucoup d’autres produits, parce que la moelle et un aliment élaboré selon ce que la nature a de plus parfait, comme le dit Galien au livre 3 Des Facultés naturelles et IIe de L’Usage des parties du corps.

À son exemple, il vous faut être sages pour humer, sentir et estimer ces beaux livres de haute graisse, légers à la poursuite et hardis à l’attaque. Puis, par une lecture attentive et une méditation assidue, rompre l’os et sucer la substantifique moelle, c’est-à-dire -ce que je signifie par ces symboles pythagoriciens- avec l’espoir assuré de devenir avisés et vaillants à cette lecture. Car vous y trouverez une bien autre saveur et une doctrine plus profonde, qui vous révèlera de très hauts sacrements et mystères horrifiques, tant sur notre religion que sur l’état de la cité et la gestion des affaires.

  • Document 2, Henri Bergson, Le Rire. Essai sur la signification du comique, 1924

Que signifie le rire ? Qu’y a-t-il au fond du risible ? Que trouverait-on de commun entre une grimace de pitre, un jeu de mots, un quiproquo de vaude-ville, une scène de fine comédie ? Quelle distillation nous donnera l’essence, toujours la même, à laquelle tant de produits divers empruntent ou leur indiscrète odeur ou leur parfum délicat ? Les plus grands penseurs, depuis Aristote, se sont attaqués à ce petit problème, qui toujours se dérobe sous l’effort, glisse, s’échappe, se redresse, impertinent défi jeté à la spéculation philosophique.
[…]

Nous allons présenter d’abord trois observations que nous tenons pour fondamentales. Elles portent moins sur le comique lui-même que sur la place où il faut le chercher.

Voici le premier point sur lequel nous appellerons l’attention. Il n’y a pas de comique en dehors de ce qui est proprement humain. Un paysage pourra être beau, gracieux, sublime, insignifiant ou laid ; il ne sera jamais risible. On rira d’un animal, mais parce qu’on aura surpris chez lui une attitude d’homme ou une expression humaine. On rira d’un chapeau ; mais ce qu’on raille alors, ce n’est pas le morceau de feutre ou de paille, c’est la forme que des hommes lui ont donnée, c’est le caprice humain dont il a pris le moule. Comment un fait aussi important, dans sa simplicité, n’a-t-il pas fixé davantage l’attention des philosophes ? Plusieurs ont défini l’homme « un animal qui sait rire ». Ils auraient aussi bien pu le définir un animal qui fait rire, car si quelque autre animal y parvient, ou quelque objet inanimé, c’est par une ressemblance avec l’homme, par la marque que l’homme y imprime ou par l’usage que l’homme en fait.

Signalons maintenant, comme un symptôme non moins digne de remarque, l’insensibilité qui accompagne d’ordinaire le rire. Il semble que le comique ne puisse produire son ébranlement qu’à la condition de tomber sur une surface d’âme bien calme, bien unie. L’indifférence est son milieu naturel. Le rire n’a pas de plus grand ennemi que l’émotion. Je ne veux pas dire que nous ne puissions rire d’une personne qui nous inspire de la pitié, par exemple, ou même de l’affection : seulement alors, pour quelques instants, il faudra oublier cette affection, faire taire cette pitié. Dans une société de pures intelligences on ne pleurerait probablement plus, mais on rirait peut-être encore ; tandis que des âmes invariablement sensibles, accordées à l’unisson de la vie, où tout événement se prolongerait en résonance sentimentale, ne connaîtraient ni ne comprendraient le rire. Essayez, un moment, de vous intéresser à tout ce qui se dit et à tout ce qui se fait, agissez, en imagination, avec ceux qui agissent, sentez avec ceux qui sentent, donnez enfin à votre sympathie son plus large épanouissement : comme sous un coup de baguette magique vous verrez les objets les plus légers prendre du poids, et une coloration sévère passer sur toutes choses. Détachez-vous maintenant, assistez à la vie en spectateur indifférent : bien des drames tourneront à la comédie. Il suffit que nous bouchions nos oreilles au son de la musique, dans un salon où l’on danse, pour que les danseurs nous paraissent aussitôt ridicules. Combien d’actions humaines résisteraient à une épreuve de ce genre ? et ne verrions-nous pas beaucoup d’entre elles passer tout à coup du grave au plaisant, si nous les isolions de la musique de sentiment qui les accompagne ? Le comique exige donc enfin, pour produire tout son effet, quelque chose comme une anesthésie momentanée du cœur. Il s’adresse à l’intelligence pure.

Seulement, cette intelligence doit rester en contact avec d’autres intelligences. Voilà le troisième fait sur lequel nous désirions attirer l’attention. On ne goûterait pas le comique si l’on se sentait isolé. Il semble que le rire ait besoin d’un écho. Écoutez-le bien : ce n’est pas un son articulé, net, terminé ; c’est quelque chose qui voudrait se prolonger en se répercutant de proche en proche, quelque chose qui commence par un éclat pour se continuer par des roulements, ainsi que le tonnerre dans la montagne. Et pourtant cette réper-cussion ne doit pas aller à l’infini. Elle peut cheminer à l’intérieur d’un cercle aussi large qu’on voudra ; le cercle n’en reste pas moins fermé. Notre rire est toujours le rire d’un groupe. Il vous est peut-être arrivé, en wagon ou à une table d’hôte, d’entendre des voyageurs se raconter des histoires qui devaient être comiques pour eux puisqu’ils en riaient de bon cœur. Vous auriez ri comme eux si vous eussiez été de leur société. Mais n’en étant pas, vous n’aviez aucune envie de rire. Un homme, à qui l’on demandait pourquoi il ne pleurait pas à un sermon où tout le monde versait des larmes, répondit : « je ne suis pas de la paroisse. » Ce que cet homme pensait des larmes serait bien plus vrai du rire. Si franc qu’on le suppose, le rire cache une arrière-pensée d’entente, je dirais presque de complicité, avec d’autres rieurs, réels ou imagi¬naires. Combien de fois n’a-t-on pas dit que le rire du spectateur, au théâtre, est d’autant plus large que la salle est plus pleine ; Combien de fois n’a-t-on pas fait remarquer, d’autre part, que beaucoup d’effets comiques sont intraduisibles d’une langue dans une autre, relatifs par conséquent aux mœurs et aux idées d’une société particulière ? Mais c’est pour n’avoir pas compris l’importance de ce double fait qu’on a vu dans le comique une simple curiosité où l’esprit s’amuse, et dans le rire lui-même un phénomène étrange, isolé, sans rapport avec le reste de l’activité humaine. De là ces définitions qui tendent à faire du comique une relation abstraite aperçue par l’esprit entre des idées, « contraste intellectuel », « absurdité sensible », etc., définitions qui, même si elles convenaient réellement à toutes les formes du comique, n’expliqueraient pas le moins du monde pourquoi le comique nous fait rire. D’où viendrait, en effet, que cette relation logique particulière, aussitôt aperçue, nous contracte, nous dilate, nous secoue, alors que toutes les autres laissent notre corps indifférent ? Ce n’est pas par ce côté que nous aborderons le problème. Pour comprendre le rire, il faut le replacer dans son milieu naturel, qui est la société ; il faut surtout en déterminer la fonction utile, qui est une fonction sociale. Telle sera, disons-le dès maintenant, l’idée directrice de toutes nos recherches. Le rire doit répondre à certaines exigences de la vie en commun. Le rire doit avoir une signification sociale.

  • Document 3, affiche du film Le Dictateur (Charlie Chaplin), 1940

chaplin-le-dictateur.1283966370.jpg

  • Document 4 , Laurence Consalvi, « Des écla… boussures de rire », article paru dans Deux mille ans de rire, permanence et modernité (collectif), Presses Universitaires Franc-Comtoises/Les Belles Lettres, Paris 2002, paragraphe 6, p. 341-343, depuis « Il n’est plus à prouver aujourd’hui que le rire » (page 341) jusqu’à « voire d’un lynchage comme cela s’est produit à diverses reprises » (p. 343). 

Il n’est plus à prouver aujourd’hui que le rire tient une place dans ce que l’on nomme les « communications non verbales ». Par son rire, l’individu communique volontairement ou non, des jugements, des intentions, des sentiments. En effet, comme l’écrit Eric Smadja (1993), le rire appartient pleinement à ce que l’on nomme les communications non verbales.

J’ai peur donc je ris

Peur et divertissement sont loin d’être incompatibles, on le sait. Si je me base sur les réponses obtenues dans le questionnaire, il devient évident que les gens viennent au Fantafestival pour rire de leurs  propres  peurs.  On peut mettre tout cela en rapport avec  le premier rire dont parle, entre autres Desmond Morris , à savoir que le fait que le bébé glousse quand sa mère le lance en l’air ou lui fait « bouh !» à l’oreille est l’expression du conflit généré par un message contradictoire : J’ai peur, mais je suis en sécurité, donc je ris ! Pour Morris et bien d’autres avec lui, ce rire enfantin né du choc des sentiments de peur et de plaisir, est à l’origine de tous les rires.  Il écrit que « le rire nous aide à nous sentir bien parce qu’il est l’expression d’un danger rencontré mais évité » (1992, p189-190). Il apparaît que c’est essentiellement ce rire-là que l’on entend dans les salles de cinéma lors de la projection de films d’horreur. Le public rit parce que ce n’est pas réel et qu’il sent en sécurité, bien calé dans on fauteuil, un coca dans une main, et un morceau de pizza dans l’autre.

On peut rire de tout

Je poursuivrai maintenant avec Eric Smadja qui parle des thèmes et techniques risibles. Dans les films d’horreur on enfreint les interdits. En effet, ce ne sont pas les prescriptions qu’Eric Smadja énumère (étrangers au groupe, déviant, langage) qui produisent du comique, mais au contraire les interdits, les tabous qui, traités par le biais de l’absurde, deviennent un objet risible.  Eric Smadja distingue des invariants  universaux de l’objet du message risible, comme le pouvoir politique,  l’ordre social etc. Cependant  dans le cas du public étudié, ce ne sont pas ces universaux, qui suite à diverses transformations deviennent risibles, qui font effectivement rire. Ici c’est tout le contraire qui se passe. Durant le festival on rit de ce qui ne nous ferait pas rire dans un autre contexte. Ce rire lié aux tabous, ce rire noir, est en quelque sorte un rire de provocation, qui fait un bras d’honneur à la mort, la maladie, la souffrance.

Pour quoi sonne le rire ?

C’est toujours à Eric Smadja (1993, p.120-121) que j’emprunte cette liste des fonctions sociales du rire :

  • expression de la joie individuelle et de la sécurité psychique engendrée par la cohésion sociale du groupe ;

  • sanction symbolique des déviances et excentricités constituant un mode très efficace de contrôle social des mœurs ;

  • mode d’évitement d’une sanction négative, d’une punition par l’inhibition de l’agressivité d’autrui :

    • Instrument de politesse,
    • Instrument de défense contre l’angoisse,
    • Instrument d’exécution sociale,
    • Instrument de séduction et quête affective.

Dans le cadre du Fantafestival, c’est principalement la première fonction qui émerge (rire comme expression de la joie individuelle engendrée par la cohésion sociale du groupe). Durant la semaine du festival le public constitue une microsociété, pour les raisons que nous avons déjà expliquées. Dans l’obscurité de la salle, la cohésion du groupe est très forte. Le rire qui se manifeste alors est un rire convivial  qui rapproche les rieurs, et dont la fonction n’est pas l’exclusion : c’est un rire qui unit, c’est un rire de complicité. La seconde fonction dont parle Eric Smadja (fonction symbolique) n’apparaît pas durant le festival, au contraire tout ce qui est déviant est le bienvenu, comme par exemple arriver coiffé de pastèques (on ne trouve pas de citrouilles en juin), initiative saluée par des rires d’approbation et des applaudissements.

Le rire comme instrument de politesse est présent. Il peut arriver que l’on rie pour ne pas vexer son voisin de fauteuil , lorsque celui-ci fait une remarque plus ou moins spirituelle.

Naturellement, le rire comme instrument de défense contre l’angoisse, ne peut pas être absent d’un festival consacré au fantastique. Comme l’ont déjà noté de nombreux chercheurs, le rire peut fonctionner comme une soupape de sécurité, permettant entre autre de lutter contre des sentiments de malaise.

Le rire comme instrument d’exécution sociale se manifeste lui aussi. Dans le cadre du Fantafestival, le rire peut prendre la forme d’une approbation, ou au contraire d’une critique négative voire d’un lynchage comme cela s’est produit à diverses reprises.

Inscrivez-vous au concours « Des mots pour voir » édition 2010-2011

desmotspourvoir.1283954291.jpgLe concours « Des mots pour voir » 2010-2011

De quoi s’agit-il ?

  • « Des mots pour voir, histoires de l’histoire de l’art » est un concours international d’écriture en français qui s’adresse à tous les jeunes francophones âgés de 13 à 20 ans. La participation étant gratuite (et dotée de nombreux prix), j’invite tous mes étudiants à participer. Vous pouvez vous inscrire d’ores et déjà en remplissant en ligne le formulaire d’inscription (rubrique « Concours Des mots pour voir, 11ème édition », puis « le concours »). Remplissez soigneusement le formulaire d’inscription : choisissez votre catégorie (Français langue maternelle ou Français langue étrangère) ainsi que votre classe d’âge.
  • Important : inscrivez-vous le plus tôt possible dans l’année afin d’être tenu(e) informé(e) régulièrement du déroulement du concours. À cet effet, il vous sera demandé d’indiquer une adresse électronique valide (cette adresse ne sera communiquée à aucun tiers).

Que se passe-t-il ensuite ? 

  • Vous devrez d’abord sélectionner une des images proposées sur le site (rubrique « choisir une œuvre »). Cette année les images appartiennent au patrimoine universel de l’histoire des arts et sont classées en fonction des thèmes en vigueur dans les programmes scolaires français (il n’est évidemment pas obligatoire de vous inspirer de ces programmes pour participer).

Les consignes :

  • Vous devez écrire l’histoire d’une image en associant des données historiques (contexte de l’œuvre, biographie de l’artiste ou du commanditaire etc. ) et une part d’invention personnelle qui donnera une coloration romanesque à votre texte.
  • Si vous le désirez, Vous pourrez vous inspirer des thématiques de chaque rubrique (art et pouvoir, rupture et continuité, mythe et religion…) pour construire votre trame narrative.. Vous pourrez parler au nom du peintre, du commanditaire, du spectateur (contemporain du tableau ou actuel) ou même du tableau lui-même ou d’un des personnages ou éléments représentés dans le tableau.
  • Lorsque vous aurez rédigé définitivement votre texte, vous devrez le copier dans le formulaire à la rubrique  « envoyer son texte ». Attention : la date limite des envois est fixée au mardi 29 mars 2011. Votre texte ne devra pas dépasser 4500 caractères, espaces compris (750 mots environ).

Une note Bonus !

  • Tous les élèves qui participeront se verront attribuer au deuxième trimestre une note bonus de 20/20, quelle que soit la classe (Seconde 6, Première STG3, Première L2, Première S2) et la qualité de leur travail (il vous suffira simplement de m’adresser préalablement un exemplaire de votre texte, et que celui-ci réponde aux consignes du concours).

Inscrivez-vous au concours "Des mots pour voir" édition 2010-2011

desmotspourvoir.1283954291.jpgLe concours « Des mots pour voir » 2010-2011

De quoi s’agit-il ?

  • « Des mots pour voir, histoires de l’histoire de l’art » est un concours international d’écriture en français qui s’adresse à tous les jeunes francophones âgés de 13 à 20 ans. La participation étant gratuite (et dotée de nombreux prix), j’invite tous mes étudiants à participer. Vous pouvez vous inscrire d’ores et déjà en remplissant en ligne le formulaire d’inscription (rubrique « Concours Des mots pour voir, 11ème édition », puis « le concours »). Remplissez soigneusement le formulaire d’inscription : choisissez votre catégorie (Français langue maternelle ou Français langue étrangère) ainsi que votre classe d’âge.
  • Important : inscrivez-vous le plus tôt possible dans l’année afin d’être tenu(e) informé(e) régulièrement du déroulement du concours. À cet effet, il vous sera demandé d’indiquer une adresse électronique valide (cette adresse ne sera communiquée à aucun tiers).

Que se passe-t-il ensuite ? 

  • Vous devrez d’abord sélectionner une des images proposées sur le site (rubrique « choisir une œuvre »). Cette année les images appartiennent au patrimoine universel de l’histoire des arts et sont classées en fonction des thèmes en vigueur dans les programmes scolaires français (il n’est évidemment pas obligatoire de vous inspirer de ces programmes pour participer).

Les consignes :

  • Vous devez écrire l’histoire d’une image en associant des données historiques (contexte de l’œuvre, biographie de l’artiste ou du commanditaire etc. ) et une part d’invention personnelle qui donnera une coloration romanesque à votre texte.
  • Si vous le désirez, Vous pourrez vous inspirer des thématiques de chaque rubrique (art et pouvoir, rupture et continuité, mythe et religion…) pour construire votre trame narrative.. Vous pourrez parler au nom du peintre, du commanditaire, du spectateur (contemporain du tableau ou actuel) ou même du tableau lui-même ou d’un des personnages ou éléments représentés dans le tableau.
  • Lorsque vous aurez rédigé définitivement votre texte, vous devrez le copier dans le formulaire à la rubrique  « envoyer son texte ». Attention : la date limite des envois est fixée au mardi 29 mars 2011. Votre texte ne devra pas dépasser 4500 caractères, espaces compris (750 mots environ).

Une note Bonus !

  • Tous les élèves qui participeront se verront attribuer au deuxième trimestre une note bonus de 20/20, quelle que soit la classe (Seconde 6, Première STG3, Première L2, Première S2) et la qualité de leur travail (il vous suffira simplement de m’adresser préalablement un exemplaire de votre texte, et que celui-ci réponde aux consignes du concours).

EAF Bac de Français éléments de corrigé Séries ES et S Correction de la question

Écrit EAF 2010 Séries ES / S bac_logo_2.1265785235.jpg

 

Corrigé de la question

arrow.1242450507.jpg Pour accéder au sujet (textes du corpus), cliquez ici.

arrow.1242450507.jpg Rappel de la question :

Ces textes cherchent-ils seulement à nous dépayser ou ont-ils une autre visée ? Votre réponse se fondera sur quelques exemples précis. Elle devra être organisée et synthétique.

                 

La fin du Classicisme marque une crise de la conscience européenne, qui aboutira au mouvement des Lumières, remise en cause essentielle du « Grand Siècle » et de l’ethnocentrisme occidental. Le corpus présenté est caractéristique de cette mutation des idées : derrière l’atmosphère de rêverie exotique et de conte orientaliste qui marque les textes, peut se percevoir le principe d’une réhabilitation de la nature, ainsi qu’une profonde réflexion sur l’image et la conception du bonheur au dix-huitième siècle. Publiées en 1699, les Aventures de Télémaque est le titre d’un roman épique et didactique de Fénelon. Dans ce passage du septième livre, l’auteur met à profit les récits de voyageurs, pour entraîner ses lecteurs dans un rêve exotique : à bord du vaisseau qui le ramène en Ithaque, au sortir de l’île de Calypso, Télémaque écoute le Tyrien Adoam lui conter le voyage qu’il fit dans la Bétique. Ce pays utopique, qui « semble avoir conservé les délices de l’âge d’or », permet à Fénelon de livrer un profond message moral et politique, qui condamne implicitement la politique de guerres et de conquêtes menée par la France louis-quatorzienne. Les deux autres extraits présentés obligent également le lecteur à un décentrement de pensée : en situant son récit dans un cadre oriental, Montesquieu se livre à une savoureuse satire des mœurs et des jugements de son temps. Dans le passage présenté, l’auteur développe l’histoire du peuple des Troglodytes : c’est l’occasion pour lui de célébrer une société fondée sur les principes de vertu, de travail et de conscience communautaire. On retrouve sensiblement la même idée dans le chapitre trente par lequel s’achève le Candide de Voltaire : les héros, cherchant à s’organiser pour mener une vie heureuse, sont en admiration devant le bonheur simple d’un vieillard, qui travaille sa terre entouré de ses enfants. C’est l’occasion pour Voltaire de célébrer une vie simple et naturelle, fondée sur le travail et les valeurs de la terre, et où chacun pourra « cultiver son jardin ».

                     

Tous les textes se présentent d’abord comme une réhabilitation de la nature. La description entreprise par Fénelon semble en effet préfigurer ce que Rousseau appellera la « jeunesse du monde ». De fait, derrière les clichés pittoresques (« L’ardeur de l’été y est toujours tempérée par des zéphyrs rafraîchissants », « toute l’année n’est qu’un heureux hymen du printemps et de l’automne, qui semblent se donner la main », etc.), c’est fondamentalement l’idée d’une communion des hommes avec  la nature qui est mise en avant. On pourrait tout aussi bien évoquer ici la façon dont Montesquieu fait l’éloge d’une vie pastorale, à la fois simple et naturelle : l’auteur de l’Esprit des lois déploie ces aspects de façon très poétique, mais derrière le romanesque et l’épistolaire se cache surtout une profonde réflexion sur l’altruisme et le sens du partage (« ensuite des festins où la joie ne régnait pas moins que la frugalité. C’était dans ces assemblées que parlait la nature naïve ; c’est là qu’on apprenait à donner le cœur et à le recevoir… »). De même, nous comprenons que les descriptions exotiques du texte voltairien (« plusieurs sortes de sorbets […], du kaïmak piqué d’écorces de cédrat confit, des oranges, des citrons, des limons, des ananas, des pistaches, du café de Moka… ») n’ont d’autre but que d’amener le lecteur à s’interroger sur la dénaturation des hommes par la civilisation.

Cette deuxième idée est essentielle. Fénelon par exemple s’attarde sur « les habitants, simples et heureux dans leur simplicité, [qui] ne daignent pas seulement compter l’or et l’argent parmi leurs richesses : ils n’estiment que ce qui sert véritablement aux besoins de l’homme ». Ainsi, les valeurs sont inversées : s’il y a bien des mines d’or et d’argent, elles ne sont pas considérées comme richesse, puisque ces minerais sont employés aux mêmes usages que le fer, pour fabriquer des socs de charrue. Comme nous le voyons, le refus de la propriété privée, la disparition de la monnaie et du luxe permet aux habitants de l’idéale Bétique d’échapper à la servitude de l’argent, et de tirer leur sagesse de la nature, dans une sorte de communisme agraire originel, caractéristique de la littérature utopique. Ce texte est aussi l’occasion pour Fénelon, avant tout théologien et moraliste, de faire réfléchir le lecteur à ses propres actions : les hommes « ne sont-ils pas « rongés par une lâche et noire envie, toujours agités par l’ambition, par la crainte, par l’avarice, incapables des plaisirs purs et simples, puisqu’ils sont esclaves de tant de fausses nécessités dont ils font dépendre tout leur bonheur » ? Hostiles à toute forme de commerce, les habitants de la Bétique, échappant ainsi aux besoins artificiels, célèbrent une sorte de retour à « l’âge d’or » de l’innocence primitive.

Comme Fénelon et Voltaire, Montesquieu insiste  sur la valeur du travail : « Le soir, lorsque les troupeaux quittaient les prairies, et que les bœufs fatigués avaient ramené la charrue, ils s’assemblaient, et, dans un repas frugal, ils chantaient les injustices des premiers Troglodytes et leurs malheurs [… ], ils décrivaient ensuite les délices de la vie champêtre et le bonheur d’une condition toujours parée de l’innocence. Bientôt ils s’abandonnaient à un sommeil que les soins et les chagrins n’interrompaient jamais. La nature ne fournissait pas moins à leurs désirs qu’à leurs besoins. » Comment ne pas comparer le passage avec cet extrait du chapitre trente de Candide, par lequel se clôt le conte philosophique éponyme. Le « bon vieillard turc » affirme en effet que « le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice, et le besoin », seuls remèdes contre l’ennui ou le mal. On peut voir tout d’abord dans cet extrait un éloge du travail, à la fois comme facteur de production, mais surtout comme moyen d’aspiration individuelle, d’accomplissement de soi et corollairement d’épanouissement collectif. Le texte est porteur d’une charge culpabilisante nettement perceptible, à l’encontre du système monarchique, accusé implicitement de ne pas valoriser les vertus philosophiques et sociales du travail.

Le texte voltairien, qui est sans doute le moins utopique des trois, agit ainsi comme une espèce d’anti Eldorado puisqu’il amène le lecteur à une sorte de philosophie morale pratique :  l’homme qui sait s’écarter du monde, de ses tentations et de ses dangers (« ceux qui se mêlent des affaires publiques périssent quelquefois misérablement, et qu’ils le méritent »), peut vivre paisiblement des produits de la terre (« Je n’ai que vingt arpents, répondit le Turc ; je les cultive avec mes enfants »). Il lui appartient de refuser le « superflu » et les « fausses nécessités » qu’évoquait Fénelon dans son texte. Nous aurions pu tout aussi bien rappeler combien chez Montesquieu la vie naturelle et responsable des Troglodytes l’amenait à célébrer les vertus des Lumières : c’est par le travail et le partage équitable que l’homme peut prétendre au bonheur. Ainsi, derrière ces récits de voyage peut se lire un message politique : les textes recèlent un enseignement qui consacre le triomphe de l’action sur la parole. Voltaire ne disait-il pas d’ailleurs qu’il écrivait « pour agir » ? À l’opposé de la curiosité vaine de Pangloss (« aussi curieux que raisonneur »), la sagesse du vieillard conduit à s’interroger sur la véritable fonction de l’utopie : loin de valoriser le repli sur soi, l’irréalité et l’égoïsme, elle célèbre davantage un jardin symbolique à cultiver.

          

Comme nous l’avons vu, derrière l’idéale Bétique, derrière le cadre oriental des Lettres persanes ou l’utopie du jardin turc, peuvent se lire une recherche du bonheur, et plus largement les fondements d’une société idéale qui passe par la remise en cause profonde de la « chose publique », et des valeurs traditionnelles. Loin de cantonner le lecteur à un optimisme béat, ces utopies narratives fonctionnent davantage comme des apologues : tantôt figuration du rêve de communion harmonieuse avec la nature, tantôt figuration d’une société idéale, placée sous le signe de l’altruisme, du partage et de la quête de l’accomplissement de soi.

© Bruno Rigolt, juin 2010
Voyez aussi cette proposition de corrigé sur Études littéraires.

EAF Bac de Français sujets et corrigés Séries ES et S

Voici en ligne le sujet national proposé pour la session 2010 à l’Épreuve Anticipée de Français (séries ES/S). Une analyse du sujet ainsi que les corrigés seront mis en lignes prochainement.

 

Sujet national séries ES/S

Objet d’étude : L’argumentation

Convaincre, persuader et délibérer

Corpus

  • Texte A : Fénelon, Les Aventures de Télémaque (1699), septième livre

  • Texte B : Montesquieu, Lettres persanes (1721), lettre XII

  • Texte C : Voltaire, Candide (1759), chapitre XXX

 

  • Texte A : Fénelon, Les Aventures de Télémaque
Télémaque et son précepteur Mentor sont de retour aux abords de l’île de Calypso. Ils rencontrent un capitaine de navire dont le frère Adoam leur livre les dernières nouvelles et leur dépeint un pays extraordinaire, la Bétique.

Le fleuve Bétis coule dans un pays fertile et sous un ciel doux, qui est toujours serein. Le pays a pris le nom du fleuve, qui se jette dans le grand Océan, assez près des Colonnes d’Hercule (¹) et de cet endroit où la mer furieuse, rompant ses digues, sépara autrefois la terre de Tharsis (²) d’avec la grande Afrique. Ce pays semble avoir conservé les délices de l’âge d’or. Les hivers y sont tièdes, et les rigoureux aquilons (³) n’y soufflent jamais. L’ardeur de l’été y est toujours tempérée par des zéphyrs (4) rafraîchissants, qui viennent adoucir l’air vers le milieu du jour. Ainsi toute l’année n’est qu’un heureux hymen du printemps et de l’automne, qui semblent se donner la main. La terre, dans les vallons et dans les campagnes unies, y porte chaque année une double moisson. Les chemins y sont bordés de lauriers, de grenadiers, de jasmins et d’autres arbres toujours verts et toujours fleuris. Les montagnes sont couvertes de troupeaux, qui fournissent des laines fines recherchées de toutes les nations connues. Il y a plusieurs mines d’or et d’argent dans ce beau pays ; mais les habitants, simples et heureux dans leur simplicité, ne daignent pas seulement compter l’or et l’argent parmi leurs richesses : ils n’estiment que ce qui sert véritablement aux besoins de l’homme. Quand nous avons commencé à faire notre commerce chez ces peuples, nous avons trouvé l’or et l’argent parmi eux employés aux mêmes usages que le fer, par exemple, pour des socs de charrue. Comme ils ne faisaient aucun commerce au-dehors, ils n’avaient besoin d’aucune monnaie. Ils sont presque tous bergers ou laboureurs. On voit en ce pays peu d’artisans : car ils ne veulent souffrir que les arts qui servent aux véritables nécessités des hommes ; encore même la plupart des hommes en ce pays, étant adonnés à l’agriculture ou à conduire des troupeaux, ne laissent pas d’exercer les arts nécessaires pour leur vie simple et frugale. [ … ]

Quand on leur parle des peuples qui ont l’art de faire des bâtiments superbes, des meubles d’or et d’argent, des étoffes ornées de broderies et de pierres précieuses, des parfums exquis, des mets délicieux, des instruments dont l’harmonie charme, ils répondent en ces termes : « Ces peuples sont bien malheureux d’avoir employé tant de travail et d’industrie à se corrompre eux-mêmes ! Ce superflu amollit, enivre, tourmente ceux qui le possèdent : il tente ceux qui en sont privés de vouloir l’acquérir par l’injustice et par la violence. Peut-on nommer bien un superflu qui ne sert qu’à rendre les hommes mauvais ? Les hommes de ces pays sont-ils plus sains et plus robustes que nous ? Vivent-ils plus longtemps ? Sont-ils plus unis entre eux ? Mènent-ils une vie plus libre, plus tranquille, plus gaie ? Au contraire, ils doivent être jaloux les uns des autres, rongés par une lâche et noire envie, toujours agités par l’ambition, par la crainte, par l’avarice, incapables des plaisirs purs et simples, puisqu’ils sont esclaves de tant de fausses nécessités dont ils font dépendre tout leur bonheur ».

1. Ainsi sont appelées, dans l’Antiquité, les montagnes qui bordent, du côté de l’Europe et du côté de l’Afrique, le détroit de Gibraltar, aux limites du monde connu.
2. la terre de Tharsis : dans l’Antiquité, nom donné à la péninsule ibérique.
3. nom poétique des vents du nord.
4. vents d’ouest, doux, tièdes et agréables.
                       
  • Texte B : Montesquieu, Lettres persanes
Les Troglodytes sont un peuple imaginaire dépeint dans trois lettres successives. Le texte ci-dessous est un extrait de la deuxième.

Qui pourrait représenter ici le bonheur de ces Troglodytes ? Un peuple si juste devait être chéri des dieux. Dès qu’il ouvrit les yeux pour les connaître, il apprit à les craindre, et la Religion vint adoucir dans les moeurs ce que la Nature y avait laissé de trop rude.

Ils instituèrent des fêtes en l’honneur des dieux : les jeunes filles ornées de fleurs, et les jeunes garçons les célébraient par leurs danses et par les accords d’une musique champêtre. On faisait ensuite des festins où la joie ne régnait pas moins que la frugalité. C’était dans ces assemblées que parlait la nature naïve ; c’est là qu’on apprenait à donner le cœur et à le recevoir ; c’est là que la pudeur virginale faisait en rougissant un aveu surpris, mais bientôt confirmé par le consentement des pères ; et c’est là que les tendres mères se plaisaient à prévoir de loin une union douce et fidèle.

On allait au temple pour demander les faveurs des dieux ; ce n’était pas les richesses et une onéreuse abondance : de pareils souhaits étaient indignes des heureux Troglodytes ; ils ne savaient les désirer que pour leurs compatriotes. Ils n’étaient au pied des autels que pour demander la santé de leurs pères, l’union de leurs frères, la tendresse de leurs femmes, l’amour et l’obéissance de leurs enfants. Les filles y venaient apporter le tendre sacrifice de leur cœur, et ne leur demandaient d’autre grâce que celle de pouvoir rendre un Troglodyte heureux.

Le soir, lorsque les troupeaux quittaient les prairies, et que les bœufs fatigués avaient ramené la charrue, ils s’assemblaient, et, dans un repas frugal, ils chantaient les injustices des premiers Troglodytes et leurs malheurs, la vertu renaissante avec un nouveau peuple, et sa félicité. Ils célébraient les grandeurs des dieux, leurs faveurs toujours présentes aux hommes qui les implorent, et leur colère inévitable à ceux qui ne les craignent pas ; ils décrivaient ensuite les délices de la vie champêtre et le bonheur d’une condition toujours parée de l’innocence. Bientôt ils s’abandonnaient à un sommeil que les soins et les chagrins n’interrompaient jamais.

La nature ne fournissait pas moins à leurs désirs qu’à leurs besoins. Dans ce pays heureux, la cupidité était étrangère : ils se faisaient des présents où celui qui donnait croyait toujours avoir l’avantage. Le peuple troglodyte se regardait comme une seule famille ; les troupeaux étaient presque toujours confondus ; la seule peine qu’on s’épargnait ordinairement, c’était de les partager.

D’Erzeron, le 6 de la lune de Gemmadi 2, 1711.

 

  • Texte C : Voltaire, Candide
Nous sommes dans le dernier chapitre du conte de Voltaire et pour obtenir les réponses définitives aux questions qu’il se pose, Candide décide de rendre visite à un sage oriental et de l’interroger.

Pendant cette conversation, la nouvelle s’était répandue qu’on venait d’étrangler à Constantinople deux vizirs (¹) du banc et le muphti (²), et qu’on avait empalé plusieurs de leurs amis. Cette catastrophe faisait partout un grand bruit pendant quelques heures. Pangloss (³), Candide et Martin, en retournant à la petite métairie, rencontrèrent un bon vieillard qui prenait le frais à sa porte sous un berceau d’orangers. Pangloss, qui était aussi curieux que raisonneur, lui demanda comment se nommait le muphti qu’on venait d’étrangler. « Je n’en sais rien, répondit le bonhomme, et je n’ai jamais su le nom d’aucun muphti ni d’aucun vizir. J’ignore absolument l’aventure dont vous me parlez ; je présume qu’en général ceux qui se mêlent des affaires publiques périssent quelquefois misérablement, et qu’ils le méritent ; mais je ne m’informe jamais de ce qu’on fait à Constantinople ; je me contente d’y envoyer vendre les fruits du jardin que je cultive. » Ayant dit ces mots, il fit entrer les étrangers dans sa maison : ses deux filles et ses deux fils leur présentèrent plusieurs sortes de sorbets qu’ils faisaient eux-mêmes, du kaïmak piqué d’écorces de cédrat confit, des oranges, des citrons, des limons, des ananas, des pistaches, du café de Moka qui n’était point mêlé avec le mauvais café de Batavia et des îles. Après quoi les deux filles de ce bon musulman parfumèrent les barbes de Candide, de Pangloss et de Martin.
« Vous devez avoir, dit Candide au Turc, une vaste et magnifique terre ? – Je n’ai que vingt arpents, répondit le Turc ; je les cultive avec mes enfants ; le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice, et le besoin ».

1. vizir : ministre de l’empire ottoman.
2. muphti : homme de loi attaché à une mosquée qui donne des avis sur des questions juridiques et religieuses.
3. compagnon de voyage et précepteur de Candide, tenant de la philosophie de l’optimisme.
4. compagnon de voyage de Candide, et philosophe contradicteur de Pangloss.

 

I- Après avoir lu tous les textes du corpus, vous répondrez à la question suivante (4 points) :

Ces textes cherchent-ils seulement à nous dépayser ou ont-ils une autre visée ? Votre réponse se fondera sur quelques exemples précis. Elle devra être organisée et synthétique. Pour lire le corrigé de la question, cliquez ici.

II. Vous traiterez ensuite, au choix, l’un des sujets suivants C (16 points) :

  • Commentaire
    Vous commenterez le texte de Fénelon (texte A).

  • Dissertation
    En quoi l’évocation d’un monde très éloigné du sien permet-elle de faire réfléchir le lecteur sur la réalité qui l’entoure ?
    Vous développerez votre argumentation en vous appuyant sur les textes du corpus, les œuvres que vous avez étudiées en classe et celles que vous avez lues.

  • Invention
    Vous avez séjourné en Bétique. Déçu, vous décidez de partir. Ecrivez le discours d’adieu que vous prononcez devant les habitants.

Exposition « Poèmes Symbolistes » par la classe de Première ES1 Deuxième livraison

La classe de Première ES1 est fière de vous inviter à partager un moment poétique autour du Symbolisme. Préparée en décembre, cette exposition a été présentée pour la première fois lors de la journée Portes ouvertes du lycée, le samedi 20 mars 2010. Certains textes ont bénéficié de quelques remaniements depuis. Je vous invite à découvrir aujourd’hui ces écrits, dont certains sont d’une très grande force tant sur le plan littéraire qu’artistique. Pour accéder à la première partie de l’exposition, cliquez ici.

Deuxième et dernière livraison

Bonne lecture à toutes et à tous !

    Poèmes Symbolistes

(suite)

par la classe de Première ES1

                               

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Se révèle obscurité l’enfance

par Deborah P.

                   

Clé du bonheur au mal-être

Nous emprisonne perpétuellement

Tout est-il déterminé par l’ambiance du berceau ?

Etre gai, malheureux… C’est l’héritage des parents

L’ambiance familiale

Qui définit le mental

Une route, un carrefour : à droite ? A gauche ?

La conséquence enfantine agira sur toute la vie…

Se révèle obscurité l’enfance

Dans la route devenue dépendance…

             

                

L’Avant

par Astrid P.

                      

A-t-on vraiment rêvé de vivre les souvenirs ?

S’il se pouvait encore que rien n’ait réveillé

La solitude encrée par la plume du temps.

S’il se pouvait que tes yeux soient plus limpides

Que les clartés d’après la pluie.

                 

Mais le temps est la douce perfection comme des mots d’adieu

C’est là que la fin a commencé ;

Je me suis endormie dans la mort à demi

Là où la naïveté de l’azur

Explore d’éternelles gloires faussées…

               

                   

Parfums de l’été

par Rosanne C.

               

Parfums de l’été comme une rose éclose à peine

Été dans lequel débutait le périple des baroudeurs :

La vie semblait atteindre d’extrêmes grandiosités

Rappelant le chant d’une ode pianotée… 

Sans connaître la direction ni la route nous allions

De lieux en lieux vers l’inconnu

Découvrant le miel de la vie…

                   

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L’océan s’envole

par Émeline H.

              

Souvent l’inconscient fait sombrer la mémoire

Quand l’océan s’envole vers des milliards d’étoiles.

Je navigue à travers des poissons rougeoyants

Ma volonté bleuie face à l’élégance du soleil.

Ma solitude s’enfonçait dans des brises légères…

             

                       

De tristesse et de vent

par Maxime S.

                   

Les azurs somptueux

S’élèvent des cimetières dans un rayon de soleil

Pour continuer de vivre par delà les fossoyeurs

Comme des dragons aux couperets d’acier

Chantent et dansent

Comme des marguerites ivres

De tristesse et de vent.

                 

                       

Anaphore de l’eau

par marie B.

                 

L’anaphore de l’eau construite à partir d’un ruisseau

Réveille le côté fruité des galets.

La violence des regrets reste le plus beau voyage…

                    

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Dans le lointain proche de l’espoir

par Fanny B.

              

Étrange sensation d’obscurité

D’où me venait la lumière de ton histoire :

Une distance noire remplie de déception

M’enivrait jusqu’à la solitude.

               

Je restais seule chaque soir

Dans le lointain proche de l’espoir

Un choix d’expression autre que le regard

Me portait sur la musique de l’âme

               

Comprendras-tu ce que tu ne penses toi-même

Ce que tu n’oses faire :

Oublier la déception flagrante

Des musiques trop entendues.

                        

                           

Comme un hiver sans phrase

par Noémie B.

              

Je me souviens encore de l’enfance

Comme un hiver sans phrase

Le passé joyeux de l’enfant

Une humeur vagabonde et d’invisibles morts

Soudain, je repense aux souvenirs en loque de la vérité

À la magie féérique dans ce miroir brisé…

                 

                          

Sourire à la mer

par Agathe B.

                                

La poésie de l’Adieu est la peine du souvenir…

Oublier l’orage pour sourire à la mer,
Marcher avec la joie et manger la peur

Chanter la mort, comme un au-revoir à la vie
Un cœur rempli de bonheur aux portes du paradis

Un passé bleu, tant aimé
La photographie d’un sourire, émerveillé de soleil

Des souvenirs arc-en-ciel
Un homme rose pulmonaire disparu gentiment…

La clarté du soleil embrassait l’océan
Et le chant de la solitude éveillait mes larmes…

          

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J’espère te revoir

par Alexandrine L.

                

Un accident qui arrive et la vie devenue noire

L’amie dans le coma dévisagée

Mes larmes coulent dans la mer

Le caractère effacé oublié

Mes pensées s’assombrissent dans l’obscurité

Mes sentiments sont incrustés en toi…

J’espère te revoir…

                    

                      

Une chanson de tragédie

par Éléonore G.

                

Le mystère des feuilles tranquilles est la clé

De l’hémisphère de l’amour hypnotique

Et la solution de l’élément Lumière.

Énigmatique comme

La symphonie de l’amour,

Le voyage sacré de l’eau

L’ironie de la bulle…

Mais la musique du navire était une chanson de tragédie

Et les rouges rayures de l’écume

Envolaient la pulsion des vents.

              

                 

Son visage est de ciel

par Jordan P.

                       

Une déesse paraît sous mon âme

Son regard éclaircit l’horizon,

Son visage est de ciel.

Ses cheveux de soleil transcendent mon cœur

D’un indicible bonheur.

La déesse emporte dans son sourire

La vie et les ciels impuissants

Et les lunes et les hivers et les vents…

            

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Comme une envie de partir…

par Deborah P.

                       

La sombre nuit dangereuse comme une envie de partir

Dans la clarté des paradis

Immenses comme ces mers bleues du sud de la France.

Là-haut, de belles étoiles

Sans surprise

Des lendemains où lâche prise

Le cours de la vie…

                     

                     

Musicalité du soir

par Johanna D.

                        

La musicalité du soir est mélancolique

Sans son bien aimé.

Sa souffrance est d’une beauté suprême :

Un mal-être rebelle se met à lui parler.

Quand elle voit ce soleil encore vivant,

Un amour triste envahit son cœur ;

La puissance de ses sentiments

La fait voyager

Intensément…

                

                   

 Le poème sourit au vent

par Marie B.

                   

L’ébullition bleue du désert hante la blondeur du soleil

Et fait pétiller les clartés furtives du poème.

Le poème sourit au vent…

             

             

Amour friable

par Émeline H.

              

Le rideau se lève sur une vague étrange

Le feuillage des étoiles tombe de la lune

L’amour friable s’effrite sur l’astre amer

Les larmes enchantées sont prisonnières du rivage

Le cœur argenté de la nuit fait tomber le voile de l’innocence

Les vents se brisent

La clé de l’amour ouvre la porte.

                   

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Parfums d’une chanson

par Éléonore G.

             

Il faut vivre les saisons

Comme un mystère qui refuse de se taire

Comme les parfums d’une chanson

Qui jamais ne finirait,

Comme une mélodie ensorcelée par ton regard,

Comme la flamme du soleil

Éblouie de ton sourire énigmatique et tranquille.

            

               

Dans le turquoise du soleil

par Louis de B.

 

Départ, envol, espoir et renouveau

Illusion et véritable chemin de vent

Le désir n’est que déroute, recherche éperdue

Parfois imaginée au travers d’une fenêtre :

Alors soudain le turquoise du soleil

Reflète l’or de la mer

Soudain, la rapide échappée d’instants ressuscités

Soudain, une éphémère liberté

Conditionnelle

 

        

Retour au passé

par Fatimatabintou D.

                

L’image de mes paupières

Formant un chemin tel une muraille

En direction de ce visage heureux…

Le regard tourné vers les plaines ;

L’histoire d’une foudre de cris

Perdus au milieu des trottoirs

Rejoignant les autres cartes

Dans l’oubli des noms,

Dans les mémoires délaissées…

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la numérisation des textes est terminée.

Crédit iconographique : © B. R. (EPC/juin 2010)

Exposition "Poèmes Symbolistes" par la classe de Première ES1 Deuxième livraison

La classe de Première ES1 est fière de vous inviter à partager un moment poétique autour du Symbolisme. Préparée en décembre, cette exposition a été présentée pour la première fois lors de la journée Portes ouvertes du lycée, le samedi 20 mars 2010. Certains textes ont bénéficié de quelques remaniements depuis. Je vous invite à découvrir aujourd’hui ces écrits, dont certains sont d’une très grande force tant sur le plan littéraire qu’artistique. Pour accéder à la première partie de l’exposition, cliquez ici.

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    Poèmes Symbolistes

(suite)

par la classe de Première ES1

                               

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Se révèle obscurité l’enfance

par Deborah P.

                   

Clé du bonheur au mal-être

Nous emprisonne perpétuellement

Tout est-il déterminé par l’ambiance du berceau ?

Etre gai, malheureux… C’est l’héritage des parents

L’ambiance familiale

Qui définit le mental

Une route, un carrefour : à droite ? A gauche ?

La conséquence enfantine agira sur toute la vie…

Se révèle obscurité l’enfance

Dans la route devenue dépendance…

             

                

L’Avant

par Astrid P.

                      

A-t-on vraiment rêvé de vivre les souvenirs ?

S’il se pouvait encore que rien n’ait réveillé

La solitude encrée par la plume du temps.

S’il se pouvait que tes yeux soient plus limpides

Que les clartés d’après la pluie.

                 

Mais le temps est la douce perfection comme des mots d’adieu

C’est là que la fin a commencé ;

Je me suis endormie dans la mort à demi

Là où la naïveté de l’azur

Explore d’éternelles gloires faussées…

               

                   

Parfums de l’été

par Rosanne C.

               

Parfums de l’été comme une rose éclose à peine

Été dans lequel débutait le périple des baroudeurs :

La vie semblait atteindre d’extrêmes grandiosités

Rappelant le chant d’une ode pianotée… 

Sans connaître la direction ni la route nous allions

De lieux en lieux vers l’inconnu

Découvrant le miel de la vie…

                   

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L’océan s’envole

par Émeline H.

              

Souvent l’inconscient fait sombrer la mémoire

Quand l’océan s’envole vers des milliards d’étoiles.

Je navigue à travers des poissons rougeoyants

Ma volonté bleuie face à l’élégance du soleil.

Ma solitude s’enfonçait dans des brises légères…

             

                       

De tristesse et de vent

par Maxime S.

                   

Les azurs somptueux

S’élèvent des cimetières dans un rayon de soleil

Pour continuer de vivre par delà les fossoyeurs

Comme des dragons aux couperets d’acier

Chantent et dansent

Comme des marguerites ivres

De tristesse et de vent.

                 

                       

Anaphore de l’eau

par marie B.

                 

L’anaphore de l’eau construite à partir d’un ruisseau

Réveille le côté fruité des galets.

La violence des regrets reste le plus beau voyage…

                    

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Dans le lointain proche de l’espoir

par Fanny B.

              

Étrange sensation d’obscurité

D’où me venait la lumière de ton histoire :

Une distance noire remplie de déception

M’enivrait jusqu’à la solitude.

               

Je restais seule chaque soir

Dans le lointain proche de l’espoir

Un choix d’expression autre que le regard

Me portait sur la musique de l’âme

               

Comprendras-tu ce que tu ne penses toi-même

Ce que tu n’oses faire :

Oublier la déception flagrante

Des musiques trop entendues.

                        

                           

Comme un hiver sans phrase

par Noémie B.

              

Je me souviens encore de l’enfance

Comme un hiver sans phrase

Le passé joyeux de l’enfant

Une humeur vagabonde et d’invisibles morts

Soudain, je repense aux souvenirs en loque de la vérité

À la magie féérique dans ce miroir brisé…

                 

                          

Sourire à la mer

par Agathe B.

                                

La poésie de l’Adieu est la peine du souvenir…

Oublier l’orage pour sourire à la mer,
Marcher avec la joie et manger la peur

Chanter la mort, comme un au-revoir à la vie
Un cœur rempli de bonheur aux portes du paradis

Un passé bleu, tant aimé
La photographie d’un sourire, émerveillé de soleil

Des souvenirs arc-en-ciel
Un homme rose pulmonaire disparu gentiment…

La clarté du soleil embrassait l’océan
Et le chant de la solitude éveillait mes larmes…

          

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J’espère te revoir

par Alexandrine L.

                

Un accident qui arrive et la vie devenue noire

L’amie dans le coma dévisagée

Mes larmes coulent dans la mer

Le caractère effacé oublié

Mes pensées s’assombrissent dans l’obscurité

Mes sentiments sont incrustés en toi…

J’espère te revoir…

                    

                      

Une chanson de tragédie

par Éléonore G.

                

Le mystère des feuilles tranquilles est la clé

De l’hémisphère de l’amour hypnotique

Et la solution de l’élément Lumière.

Énigmatique comme

La symphonie de l’amour,

Le voyage sacré de l’eau

L’ironie de la bulle…

Mais la musique du navire était une chanson de tragédie

Et les rouges rayures de l’écume

Envolaient la pulsion des vents.

              

                 

Son visage est de ciel

par Jordan P.

                       

Une déesse paraît sous mon âme

Son regard éclaircit l’horizon,

Son visage est de ciel.

Ses cheveux de soleil transcendent mon cœur

D’un indicible bonheur.

La déesse emporte dans son sourire

La vie et les ciels impuissants

Et les lunes et les hivers et les vents…

            

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Comme une envie de partir…

par Deborah P.

                       

La sombre nuit dangereuse comme une envie de partir

Dans la clarté des paradis

Immenses comme ces mers bleues du sud de la France.

Là-haut, de belles étoiles

Sans surprise

Des lendemains où lâche prise

Le cours de la vie…

                     

                     

Musicalité du soir

par Johanna D.

                        

La musicalité du soir est mélancolique

Sans son bien aimé.

Sa souffrance est d’une beauté suprême :

Un mal-être rebelle se met à lui parler.

Quand elle voit ce soleil encore vivant,

Un amour triste envahit son cœur ;

La puissance de ses sentiments

La fait voyager

Intensément…

                

                   

 Le poème sourit au vent

par Marie B.

                   

L’ébullition bleue du désert hante la blondeur du soleil

Et fait pétiller les clartés furtives du poème.

Le poème sourit au vent…

             

             

Amour friable

par Émeline H.

              

Le rideau se lève sur une vague étrange

Le feuillage des étoiles tombe de la lune

L’amour friable s’effrite sur l’astre amer

Les larmes enchantées sont prisonnières du rivage

Le cœur argenté de la nuit fait tomber le voile de l’innocence

Les vents se brisent

La clé de l’amour ouvre la porte.

                   

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Parfums d’une chanson

par Éléonore G.

             

Il faut vivre les saisons

Comme un mystère qui refuse de se taire

Comme les parfums d’une chanson

Qui jamais ne finirait,

Comme une mélodie ensorcelée par ton regard,

Comme la flamme du soleil

Éblouie de ton sourire énigmatique et tranquille.

            

               

Dans le turquoise du soleil

par Louis de B.

 

Départ, envol, espoir et renouveau

Illusion et véritable chemin de vent

Le désir n’est que déroute, recherche éperdue

Parfois imaginée au travers d’une fenêtre :

Alors soudain le turquoise du soleil

Reflète l’or de la mer

Soudain, la rapide échappée d’instants ressuscités

Soudain, une éphémère liberté

Conditionnelle

 

        

Retour au passé

par Fatimatabintou D.

                

L’image de mes paupières

Formant un chemin tel une muraille

En direction de ce visage heureux…

Le regard tourné vers les plaines ;

L’histoire d’une foudre de cris

Perdus au milieu des trottoirs

Rejoignant les autres cartes

Dans l’oubli des noms,

Dans les mémoires délaissées…

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la numérisation des textes est terminée.

Crédit iconographique : © B. R. (EPC/juin 2010)

Une anecdote signifiante…

Je souhaiterais —une fois n’est pas coutume— relater une anecdote qui en dit long sur les représentations de la jeunesse dans l’imaginaire collectif. Je me trouvais dans le train de Montargis à Paris, et je relisais avant leur publication quelques poèmes rédigés par les élèves de Première ES1. Suite à un problème technique, le train a marqué un arrêt en gare de Melun et le compartiment s’étant rempli, une personne a pris place sur le siège inoccupé près de moi. Presque immédiatement, sa curiosité fut attirée par les poésies, et elle crut bon, tout en me faisant part de sa passion pour la littérature, d’attribuer au poète René Char un manuscrit d’élève. S’en suivit un interminable verbiage où il était question du rôle de l’école et de l’importance de transmettre le savoir à des jeunes qui ne savaient que chatter sur MSN ou tenir des blogs indigents, etc. etc.

J’ai entrepris de mettre un terme à ce malentendu en révélant la véritable identité des auteurs : il s’agissait d’élèves de Lycée. Soudainement, le ton changea et les éloges enflammés du début se muèrent en opinions quelque peu préfabriquées et bien-pensantes : tout devint « joli », « touchant », « mignon », mais les textes n’étaient plus de « beaux » textes, ils redevenaient des « travaux » d’élèves. Par une incroyable mutation, de manuscrits d’écrivains qu’ils étaient, les écrits se réduisaient soudainement à des « copies » d’élèves : il me fut demandé si les jeunes avaient corrigé eux-mêmes leurs fautes d’orthographe (Car ils avaient fait des fautes non?)… Tel poème rappelait soudain tel auteur illustre ; tel manuscrit faisait penser à… Mais j’avais certes raison d’encourager, de favoriser comme je le faisais, d’être indulgent…

De tels propos, pour discriminants qu’ils soient tant ils nourrissent le cliché et les aprioris, servent malheureusement trop souvent de cadre de référence inconscient pour aborder les jeunes. Si notre monde a tant de mal à évoluer, c’est, je crois, parce qu’il se complait à dénier à la jeunesse un talent qu’il n’a peut-être pas lui-même : voilà pourquoi il veut la rendre « conforme » à ses modes de comportement et de jugement, car il la perçoit (à juste titre) comme une remise en cause, voire comme une menace pour son statut. Crispés sur le passé, ses jugements prennent l’allure d’une commémoration. Ses évaluations sur les jeunes (« qui en savent de moins en moins » c’est bien connu), simplifiées et radicales, sont vécues comme règle, voire comme idéal normatif.

Personnellement, je suis fier de mes élèves, de tous mes élèves. J’ai souvent déploré de voir que les travaux des jeunes étaient si mal reconnus, un peu comme si être jeune c’était être condamné à vivre dans l’anonymat, dans le non défini, dans l’informel : comme si un poème écrit par un élève devait être quelque part un peu superficiel. Comme s’il fallait, à cause d’une certaine vision paternaliste qui lui refuserait le droit d’avoir du talent, considérer le jeune comme un personnage de fiction, ou comme un simple figurant. Ces comportements authentifient des antécédents culturels et des valeurs sociales qui n’ont d’autre but que de sacrifier l’innovation à l’intégration mécanique et aux préjugés idéologiques. Mais cette principale résistance au changement et à la créativité posent en soi la question de la reconnaissance sociale des jeunes.

En examinant rétrospectivement cette anecdote à la lumière des écrits d’élèves publiés depuis plus d’un an dans cet Espace Pédagogique Contributif, il paraît évident de dire qu’Internet va modifier en profondeur les missions traditionnelles de l’école, qui devient de plus en plus un milieu de vie, porteur de valeurs au sein d’une société elle-même profondément transformée, et qui va devoir changer son regard sur une jeunesse dont il convient de saluer haut et fort les potentialités et l’invention : non la jeunesse n’est pas que décontraction ou laisser-aller ; non, elle n’utilise pas qu’un langage vulgaire ou relâché. Tant il est vrai que l’image du jeune, désabusé, insouciant et désinvolte, repose en partie sur une fiction qu’entretiennent, parfois complaisamment, un certain nombre de lieux communs…

Bruno Rigolt

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Pour lire en ligne les travaux d’élèves, cliquez ici.

Oraux blancs… à partir du lundi 17 mai 2010…

Oraux blancs 2010

Ce que vous devez réviser pour les oraux blancs :

  • Pour l’exposé, j’ai limité les textes à 2 séquences (soit 8 textes). L’ensemble des textes (textes, documents complémentaires, ressources) est accessible en cliquant ici. La liste de textes est volontairement brève pour ces oraux blancs : cela signifie que je prendrai en compte pour le calcul de la moyenne trimestrielle les notes obtenues lors de ces oraux blancs.
  • Pour l’entretien, la connaissance (dans leurs grandes lignes uniquement) des 6 lectures analytiques sur le roman Thérèse Desqueyroux de Mauriac est souhaitable. De même, il est fortement conseillé d’avoir lu (même de façon cursive) l’étude disponible en ligne : Une Vie de Maupassant, Thérèse Desqueyroux de Mauriac : deux destins de femmes.

Organisation pratique :

Jour et heure de convocation : pour connaître votre horaire de passage, cliquez ici.

Les élèves sont libérés de cours par créneau de deux heures selon l’horaire de convocation (par exemple, pour une convocation à 9h00, l’élève est libéré entre 8h00 et 10h00).

NB : Les élèves convoqués à 8h00 et 13h00 sont priés de se rendre en vie scolaire où ils seront accueillis pour les 30 minutes de préparation, ils rejoindront leur professeur examinateur à l’issue de cette préparation.

L’épreuve vous mobilisera une heure environ (30 minutes de préparation + 10 minutes d’exposé, et 10 minutes d’entretien. Un bilan rapide (note et conseils) vous sera communiqué à la fin de votre passage. À ce titre, je vous rappelle que la liste de textes étant volontairement brève, je prendrai en compte les notes obtenues lors de ces oraux blancs pour le calcul de la moyenne trimestrielle.

Déroulement de l’épreuve :

Je ne saurais trop vous recommander de regarder les articles déjà publiés dans cet Espace Pédagogique (cliquez sur les liens hypertexte) :

Bon courage à toutes et à tous : je compte sur votre implication et votre sérieux !

              

NB : tous les liens hypertexte sont opérationnels (cliquez sur ces liens pour accéder aux séquences, aux textes, aux ressources multimedia, etc.)

                        

Séquence 1

Objet d’étude : la poésie

« Déchirement et Révélation dans la poésie symboliste »

  • Problématique : l’inspiration poétique entre désillusion et tâche spirituelle

  • Perspective d’étude dominante : étude de l’histoire littéraire et culturelle
  • Perspectives d’étude secondaires : étude de l’intertextualité et de la singularité des textes, formes et registres poétiques

______

  
Lectures analytiques :

  1. Charles Baudelaire «L’Albatros» : l’albatros comme allégorie du poète maudit
  2. Arthur Rimbaud «Le bateau ivre» : le rejet de la civilisation et l’exaltation de la nature sauvage
  3. Stéphane Mallarmé «Brise marine» : le conflit entre la vie et l’art
  4. Paul Claudel «Deuxième ode» (début) : le rôle de « l’image » en poésie

______

  
Lectures complémentaires :

  • Rimbaud : Lettre à Paul Demeny (15 mai 1871) « le poète voyant ». Problématique : la réflexion sur l’esthétique poétique.
  • Lecture cursive : Les Fleurs du mal (Baudelaire)

Lecture de l’image : Caspar David Friedrich « Le voyageur au-dessus d’une mer de nuages »

Travaux collectifs (exposés) :

  • le contexte culturel du romantisme (Problématiques: les relations du poète avec le monde et avec lui-même; le lyrisme poétique: souffrance et aspiration à l’au-delà)
  • Poésie et « mal du siècle »

Travaux de recherche :

Travail individuel :

  • Atelier d’écriture: rédaction de poèmes à la manière des Symbolistes et des Surréalistes.
  • Réalisation d’une anthologie personnelle (entre 15 et 20 poèmes) et de la préface qui l’accompagne (2 à 3 pages dactylographiées)
    • Thèmes possibles (liste non exhaustive) :
      • L’amour
      • La mort
      • Mal du siècle et mélancolie
      • Révolte et Société
      • L’infini et le néant
      • La nuit
      • La rêverie
      • L’Orient
      • Le voyage
      • etc.

 

Séquence 2

Objets d’étude : Le théâtre, texte et représentation

« Les Théâtres de l’absurde dans la France de l’après-guerre »

  • Problématique : le questionnement de l’homme

  • Perspective d’étude dominante: étude de l’intertextualité et de la singularité des textes
  • Perspective d’étude secondaires: étude de l’histoire littéraire et culturelle

______

 

Lectures analytiques :

  1. Eugène Ionesco, La Cantatrice chauve, acte I, scène 1 (extrait): parodie du langage et détournement du sens
    Depuis «MONSIEUR SMITH, toujours dans son journal, -Tiens, c’est écrit que Bobby Watson est mort.» jusqu’à «MONSIEUR SMITH. – De quel Bobby Watson parles-tu?»
  2. Samuel Beckett, En attendant Godot, scène d’exposition : insignifiance et attente
    Depuis «Route à la campagne, avec arbre. Soir. » jusqu’à «ESTRAGON : Il n’y à rien à voir. »
  3. Jean-Paul Sartre, Huis Clos, scène d’exposition (extrait) : le mélange des tons et des genres
    Depuis «GARCIN, redevenant sérieux tout à coup. Où sont les pals?» jusqu’à «GARCON, Dame!»
  4. Albert Camus, Caligula, acte I, scène 8 (extrait) : Depuis «Ecoute bien. Premier temps: » jusqu’à «S’il le faut, je commencerai par toi » Problématique : de la morale du surhumain à la morale de l’inhumain

______

Lecture cursive :

  • Eugène Ionesco, La Cantatrice chauve (réalisation d’une fiche de lecture).
  • Vous pourrez également écouter avec profit ce cours de l’Université de Bordeaux 3 sur Ionesco (utile pour resituer l’œuvre dans le contexte social et littéraire de l’époque).

Travaux collectifs (recherche) :

Travail individuel (écriture) :

  • Les élèves ont inventé une pièce répondant aux caractéristiques de l’absurde.
     
    PREMIERE PARTIE : En une trentaine de lignes environ, ils ont précisé l’idée de la pièce (synopsis + problématisation) et lui ont donné un titre.
     
    DEUXIEME PARTIE : les élèves ont rédigé intégralement une scène (2 à 3 pages) représentative de la pièce dans son ensemble (scène d’exposition, scène de clôture par exemple). En tant qu’auteur, leur but était d’amener le lecteur/spectateur à des questionnements. En tant que metteur en scène de leur pièce, les élèves pouvaient également imaginer des accessoires ou des situations, en expliquant le rapport avec l’axe de leur pièce.

Document sonore :

  • Ionesco lisant La Cantatrice chauve (La Voix de l’auteur LVA 11. 33 1/3 rpm, 30cm. Les Chefs-d’œuvre du théâtre. Pièce lue par l’auteur pour ses amis. Enregistré à Paris par Véga, 1961). Pour télécharger la pièce au format .mp3, cliquez ci-dessous : 

________________

RAPPEL Jour et heure de convocation : pour connaître votre horaire de passage, cliquez ici.
Dernière mise à jour : samedi 15 mai 2010, 06:44

Mise en ligne des supports de cours

Voici le calendrier prévisionnel de mise en ligne des supports de cours :

  • Sections BTS : corrigé de l’épreuve de CGE (Culture générale et Expression) session 2010 (Synthèse + écriture personnelle) : dimanche 16 mai 2010, 22 heures.
  • Sections de Première :
    • EAF/Oral blanc (conseils pour le passage de l’épreuve) : jeudi 13 mai 2010, 19 heures.
    • Bac blanc écrit : Rapport de correction + corrigés de l’épreuve : à partir du lundi 17 mai 2010, 22 heures.

“De mots, de rimes et de sables”… Suite de l’exposition de poésies par la classe de Première S3

Suite de l’exposition

“De mots, de rimes et de sables”

par la classe de Première S3

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Voici le deuxième volet de l’exposition « De mots, de rimes et de sables »

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Pour accéder à la première partie de l’exposition, cliquez ici.

               

                 

Se lever encore pour revivre les journées d’hier

Dorian

              

La douce lumière du matin entre dans la pièce

Mais la journée que je vis n’est que redite et répétition d’ennui,

Me levant seul dans la poussière et la sombrité

D’une maison vide…

Partir pour vivre de nouvelles clartés et d’autres soleils !

Mon cœur se perdra dans les brumes océaniques.

Des esprits sauvages opportuns me sauveront de la noyade.

Mon corps se trouvera plongé dans des matins

Au sourire de voyage…

                 

                    

D’or et de soir

Maeva, Alexia

        

La lumière exagérée de mes pensées
Fait battre mon cœur :
Une envie de tuer telle une évasion de couleurs
Dans un je agressif
Permet le devoir assassiné tel une perle de galère
Dans un espoir noir
Qui danse une envie d’ailleurs :

Douceur des nuages embrassés,
Amour dans tes yeux de rêve :
C’est l’élément de piqûre ennuyé,
C’est le bâton de souffrance
C’est le souvenir de cette passion au ciel envolé
La cause de ce jour de beauté.

Un morceau de chaîne rouge, rouge
Qui dans la douce mer bouge
Entraîne au loin la crise du malheur
Mêlé de vivante humanité…
Et ma poésie qui mourait d’espérance
Faisait naître la négation de cadavres malchanceux envolés de vent

Et la tendresse du pont de nos bras adoucis

Finissant en rêve,

Par une nuit alanguie

D’or et de soir…

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« D’or et de soir », d’après Odilon Redon, « Les Yeux clos« , © Maeva, Alexia, BR/EPC février 2010

                   

                    

Étrange fleur soluble

Arnaud

                

Précises phrases racontant mieux et tendrement
Les oiseaux de lumière marchant sous les ciels
Comme s’évaporent les choses.

Enfin maintenant étouffant les voix filtrantes,
La langue d’Ésope, doux poème percevant la plume,
Précises phrases racontant les oiseaux de lumière…

Reconnaître l’espoir d’un amour tombant
Par des mots nouveaux conduisant à un sentiment inconnu :
Bouleversement dramatique, étrange fleur soluble. 

                    

           

Fuite vers un ailleurs

Maëlise

             

L’amour naissant, la haine s’évapore doucement :

La rose rouge de la passion se prête à rêver,

La colère se fane…

Le  fleuve de paix colore les soirs d’été :

Sérénité, calme et silence de la nuit !

Tout bruit cesse, seule au milieu de nulle part,

Je me pose dans mes pensées…

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« Fuite vers un ailleurs », © Maëlise R. Crédit iconographique : Bruno Rigolt/EPC février 2010

                

               

Controverse des nuits d’ivresse

Pauline

             

Bercée par cette folle envie fâcheuse d’anéantir la triste rosée froide des herbes noires de ces nuits inachevées des matins de novembre…

Ce mois résonne tel un cataclysme me disant que la chaleur s’est envolée, comme ces colombes sédentaires fuyant arbres et continents.

Les matins secs et lourds ont donné place aux manteaux de velours :

C’est la controverse des nuits d’ivresse au feu de bois.

Je vends des miracles ineffables, et d’hivernales paroles :

Je ne dois pas oublier de vous parler de cette terre blanche qui se fait attendre peu à peu.

Le sommeil est triste, un brin cassant ; les journées courtes comme un livre inachevé

Laissant des cicatrices…

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© Pauline M. pour le texte. Crédit iconographique : Bruno Rigolt/EPC février 2010

               

                    

Planète

Adeline

                 

La terre est constituée d’îles et d’archipels sortis des mers :
Les vagues font un voyage au centre de la terre.

Les déplacements et affrontements des plaques
Se forment sous les mers, des tsunamis s’en vont et viennent

Naufrageant des terres promises.
La Belle au bois dormant croise des arbres flottants

Au gré des continents
Où s’envolent des hommes en voyage…

             

                   

Prête à m’envoler

Camille

               

Je m’enfonce dans ce mystère comme dans le rouge

Blanchâtre d’une mousse d’amour.

L’envie de ta peau se répand sur mes lèvres

Mais la mémoire inconnue du temps qui passe

Me fait oublier les feuilles de vieillesse de l’arbre familial.

Je pense à nous en contemplant nos racines communes,

Prête à m’envoler

Vers tous les océans de ta beauté perpétuée !

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« Prête à m’envoler » © Camille L. Crédit iconographique : Bruno Rigolt/EPC février 2010

              

                 

Haïku mélancolique

Angélique, Marine

            

Vie est vernis de soleil,
Dore et illumine
Le ciel  de mon avenir

Et puis comme fleur
Mon bonheur se fane :

Le rire des enfants
Exilés, irisés

S’est envolé dans le vent.
Et la brise traversa
Mes songes vertigineux.

              

              

Où le temps ne serait que sable

par Sofia

              

La fille à la solitude rouge, dans le Noir des champs de l’amour amer…

Que devient la rencontre de là-bas où l’hier s’inquiétait de l’impossible ?

Sans l’argent du soleil, où irait cet être ? Qui embellira le sang de ce cœur naufragé ?

Cette colombe reviendra peut-être pour un désir de l’ailleurs ?

Rarement le parfum de cet être qui dans le vent se réveilla

D’une tentation, d’un cauchemar, parvint jusqu’à la mer…

La mer, la mer : un symbole de rivage où le temps ne serait que sable

De l’écume de nos cœurs qui ne faisaient plus qu’Un…

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« Où le temps ne serait que sable » (d’après Magritte « La grande famille ») © Sofia V., BR/EPC février 2010

                     

                    

Je me lève

Camille

Je me lève cette nuit avec ton image dans la tête

À moitié endormie, je regarde par la fenêtre :

Le vent coule en larmes-prunes aux pieds de la lune…

                                                      

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© Les auteur(e)s (EPC/Lycée en Forêt, Montargis, France), février 2010

“De mots, de rimes et de sables”… Suite de l'exposition de poésies par la classe de Première S3

Suite de l’exposition

“De mots, de rimes et de sables”

par la classe de Première S3

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Voici le deuxième volet de l’exposition « De mots, de rimes et de sables »

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Pour accéder à la première partie de l’exposition, cliquez ici.

               

                 

Se lever encore pour revivre les journées d’hier

Dorian

              

La douce lumière du matin entre dans la pièce

Mais la journée que je vis n’est que redite et répétition d’ennui,

Me levant seul dans la poussière et la sombrité

D’une maison vide…

Partir pour vivre de nouvelles clartés et d’autres soleils !

Mon cœur se perdra dans les brumes océaniques.

Des esprits sauvages opportuns me sauveront de la noyade.

Mon corps se trouvera plongé dans des matins

Au sourire de voyage…

                 

                    

D’or et de soir

Maeva, Alexia

        

La lumière exagérée de mes pensées
Fait battre mon cœur :
Une envie de tuer telle une évasion de couleurs
Dans un je agressif
Permet le devoir assassiné tel une perle de galère
Dans un espoir noir
Qui danse une envie d’ailleurs :

Douceur des nuages embrassés,
Amour dans tes yeux de rêve :
C’est l’élément de piqûre ennuyé,
C’est le bâton de souffrance
C’est le souvenir de cette passion au ciel envolé
La cause de ce jour de beauté.

Un morceau de chaîne rouge, rouge
Qui dans la douce mer bouge
Entraîne au loin la crise du malheur
Mêlé de vivante humanité…
Et ma poésie qui mourait d’espérance
Faisait naître la négation de cadavres malchanceux envolés de vent

Et la tendresse du pont de nos bras adoucis

Finissant en rêve,

Par une nuit alanguie

D’or et de soir…

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« D’or et de soir », d’après Odilon Redon, « Les Yeux clos« , © Maeva, Alexia, BR/EPC février 2010

                   

                    

Étrange fleur soluble

Arnaud

                

Précises phrases racontant mieux et tendrement
Les oiseaux de lumière marchant sous les ciels
Comme s’évaporent les choses.

Enfin maintenant étouffant les voix filtrantes,
La langue d’Ésope, doux poème percevant la plume,
Précises phrases racontant les oiseaux de lumière…

Reconnaître l’espoir d’un amour tombant
Par des mots nouveaux conduisant à un sentiment inconnu :
Bouleversement dramatique, étrange fleur soluble. 

                    

           

Fuite vers un ailleurs

Maëlise

             

L’amour naissant, la haine s’évapore doucement :

La rose rouge de la passion se prête à rêver,

La colère se fane…

Le  fleuve de paix colore les soirs d’été :

Sérénité, calme et silence de la nuit !

Tout bruit cesse, seule au milieu de nulle part,

Je me pose dans mes pensées…

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« Fuite vers un ailleurs », © Maëlise R. Crédit iconographique : Bruno Rigolt/EPC février 2010

                

               

Controverse des nuits d’ivresse

Pauline

             

Bercée par cette folle envie fâcheuse d’anéantir la triste rosée froide des herbes noires de ces nuits inachevées des matins de novembre…

Ce mois résonne tel un cataclysme me disant que la chaleur s’est envolée, comme ces colombes sédentaires fuyant arbres et continents.

Les matins secs et lourds ont donné place aux manteaux de velours :

C’est la controverse des nuits d’ivresse au feu de bois.

Je vends des miracles ineffables, et d’hivernales paroles :

Je ne dois pas oublier de vous parler de cette terre blanche qui se fait attendre peu à peu.

Le sommeil est triste, un brin cassant ; les journées courtes comme un livre inachevé

Laissant des cicatrices…

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© Pauline M. pour le texte. Crédit iconographique : Bruno Rigolt/EPC février 2010

               

                    

Planète

Adeline

                 

La terre est constituée d’îles et d’archipels sortis des mers :
Les vagues font un voyage au centre de la terre.

Les déplacements et affrontements des plaques
Se forment sous les mers, des tsunamis s’en vont et viennent

Naufrageant des terres promises.
La Belle au bois dormant croise des arbres flottants

Au gré des continents
Où s’envolent des hommes en voyage…

             

                   

Prête à m’envoler

Camille

               

Je m’enfonce dans ce mystère comme dans le rouge

Blanchâtre d’une mousse d’amour.

L’envie de ta peau se répand sur mes lèvres

Mais la mémoire inconnue du temps qui passe

Me fait oublier les feuilles de vieillesse de l’arbre familial.

Je pense à nous en contemplant nos racines communes,

Prête à m’envoler

Vers tous les océans de ta beauté perpétuée !

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« Prête à m’envoler » © Camille L. Crédit iconographique : Bruno Rigolt/EPC février 2010

              

                 

Haïku mélancolique

Angélique, Marine

            

Vie est vernis de soleil,
Dore et illumine
Le ciel  de mon avenir

Et puis comme fleur
Mon bonheur se fane :

Le rire des enfants
Exilés, irisés

S’est envolé dans le vent.
Et la brise traversa
Mes songes vertigineux.

              

              

Où le temps ne serait que sable

par Sofia

              

La fille à la solitude rouge, dans le Noir des champs de l’amour amer…

Que devient la rencontre de là-bas où l’hier s’inquiétait de l’impossible ?

Sans l’argent du soleil, où irait cet être ? Qui embellira le sang de ce cœur naufragé ?

Cette colombe reviendra peut-être pour un désir de l’ailleurs ?

Rarement le parfum de cet être qui dans le vent se réveilla

D’une tentation, d’un cauchemar, parvint jusqu’à la mer…

La mer, la mer : un symbole de rivage où le temps ne serait que sable

De l’écume de nos cœurs qui ne faisaient plus qu’Un…

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« Où le temps ne serait que sable » (d’après Magritte « La grande famille ») © Sofia V., BR/EPC février 2010

                     

                    

Je me lève

Camille

Je me lève cette nuit avec ton image dans la tête

À moitié endormie, je regarde par la fenêtre :

Le vent coule en larmes-prunes aux pieds de la lune…

                                                      

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© Les auteur(e)s (EPC/Lycée en Forêt, Montargis, France), février 2010

Classe de Seconde 18… Quelques minutes avant la fin du cours…

Samedi 6 février 2010… Début des vacances d’hiver… Et voilà que dans la très sérieuse Seconde 18, quelques minutes avant la sonnerie, je découvre presque par hasard (avec la complicité de Luiza…) un dessin inédit de Janyce ! Je ne ferai aucun commentaire qui puisse fâcher les esprits scientifiques mais je constate que par deux fois Janyce « a son cahier de Français en Mathématiques » : n’est-ce pas là le signe tangible d’une incontestable « vocation littéraire » ?

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Bonnes vacances à toutes et à tous !

(Classes de Seconde 7 et Seconde 18 : n’oubliez pas le travail facultatif sur la poésie futuriste ainsi que le commentaire organisé sur la Métamorphose de Kafka ! Je n’aurais pas dû dire cela… Je pressens tout à coup sous votre « carapace » impassible un murmure de mécontentement très kafkaïen. Une copie double de commentaire : que tout cela est nihiliste !)

Ecrire… par les classes de Seconde 7 et Seconde 18

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Pour la deuxième année consécutive (*), les élèves de mes classes sont fiers de vous présenter le fruit de leurs réflexions sur le rôle que revêt à leurs yeux l’écriture. Après avoir mené un important travail de recherche sur la fonction de l’écrivain, les jeunes ont souhaité mettre en ligne dans ce nouvel Espace Pédagogique Contributif leur propre vision de l’écriture. Les propos, d’une grande densité intellectuelle parfois, résument non seulement leurs recherches précédentes, mais en redéfinissent les enjeux à la lumière d’un travail introspectif sur eux-mêmes : “c’est quoi écrire, pour un adolescent européen du vingt-et-unième siècle?”
(*) Voir en particulier les textes publiés le 21 janvier 2009  et le 29 janvier 2009 par la classe de Seconde 12 (année scolaire 2008-2009).
Étant donné le nombre très important de travaux, les textes seront publiés dans trois livraisons successives. Pour des raisons d’organisation matérielle, les contributions de la classe de Seconde 7 seront mises en ligne à partir du lundi 1er mars 2010. Bonne lecture !

         

Cheyenne M*** (Seconde 7)

« N’oubliez pas cette main qui écrit, ce stylo qui se vide, cette feuille qui se remplit de mots et de larmes… »

Cheyenne M. qui était en Seconde 7, va poursuivre sa scolarité dans une autre académie. Je lui souhaite de poursuivre ses travaux d’écriture et d’art, qui reflètent à l’évidence un talent précieux intellectuellement et humainement. Bonne continuation, et bon courage pour tout !

Écrire pour ne pas être une parole qui s’envole mais un écrit qui reste, écrire pour ne pas être perdue, écrire pour le plaisir d’écrire, dévoiler sa vie comme une opération à cœur ouvert. Nous : spectateurs d’un moment présent qui ne sera que le futur de notre passé. Vivre pour écrire, écrire pour être en vie, voyager pour trouver l’inspiration, écrire pour être le roi de son propre cœur, pour être éternel quand la vie n’est bientôt que le passé amer.

Écrire pour donner vie à ce qui n’est plus, écrire le silence monotone pour ne créer qu’un courant d’air qui réchauffait les cœurs. Donner l’impression de ne pas redevenir poussière aux yeux des gens, mais un rayon de soleil, qui se brise avec le soir. Écrire sa douleur que l’on n’ose pas avouer en la cachant derrière un sourire triste, écrire pour montrer que malgré une maturité prématurée je peux être un enfant, écrire intemporellement pour que le monde comprenne au fil des siècles…

N’oubliez pas les deux bouts de bois et le métal, la plume et le vent, et mon univers d’enfant… N’oubliez pas cette main qui écrit, ce stylo qui se vide, cette feuille qui se remplit de mots et de larmes…

           

Ksenia C*** (Seconde 18)

« Écrire est un travail de couturier… les lignes sont comme un fil qui explore des motifs aussi joyeux que tristes… »

Certains écrivent pour agir. Moi ce serait plutôt partir, et ne plus penser, découvrir un monde romancé et pouvoir explorer des univers sans limites. Il y a tant de voyages à faire : de lettres en lettres, de lignes en lignes je franchis les frontières, je m’embarque pour des destinations inconnues, j’emprunte un vol direct pour « ailleurs », sans escale, je plonge dans des océans de lettres où naviguent les mots. La mer est une étoffe soyeuse… C’est peut-être s’exiler qu’écrire. Exil du quotidien, qui est devenu soudainement inutile, qui ne sert plus à rien…

J’ai toujours aimé écrire, c’est un travail de couturier : les mots brodent les idées et j’aime embellir les miennes. Ma plume est l’aiguille, la page est la toile, les lignes sont comme un fil qui explore des motifs aussi joyeux que tristes, sur des étoffes plus ou moins précieuses, qui vont du synthétique superficiel à la soie naturelle. Mon travail parfois se déchire, se froisse, s’abime. Quelquefois je l’oublie au fond d’un tiroir et quand l’envie reprend, on défroisse, on retouche la faille, on recoud le trou pour le combler de sentiments…

Alors les mailles s’entrelacent de mots doux, rêches, satinés… De mots qui nous donnent envie d’y toucher délicatement, sans abimer les détails… Si bien qu’à la fin, on se retrouve avec une vraie étoffe, brodée de mots et d’arabesques qu’on effleure du bout de la plume. Nos travaux à tous, écrivains d’un jour, c’est de broder ce tissu d’idées : toutes ces lettres déposées sur le papier arrivent par je ne sais quel moyen, à se rendre réelles et bien plus concrètes qu’auparavant. Écrire c’est comme « poser les points sur les i », cela me permet d’y voir plus clair : avec l’étoffe des mots, je peux réaliser tant d’ouvrages !

           

Diane L*** (Seconde 18)

« Il m’arrive parfois d’écrire pour le seul plaisir de voir une feuille blanche se noircir sous ma main… »

C’est avec l’écriture que le jeu commence : si jouer, pour les enfants, leur permet de grandir, mon jeu à moi m’aide à gagner en maturité et en sagesse. L’écriture, qui au départ était un plaisir égoïste d’écrivain, me permet d’ouvrir les portes de mon jardin secret à ces gens assez fous qu’on appelle des lecteurs. Peut-être lisent-ils mes puériles élucubrations parce qu’ils veulent s’évader, tout comme moi, du monde réel, ce monde du conforme, cette fourmilière où chaque fourmi a un rôle prédéfini.

Il m’arrive parfois d’écrire pour le seul plaisir de voir une feuille blanche se noircir sous ma main. Ces signes que je suis la seule à pouvoir déchiffrer, me font voyager à travers une autre dimension, ils contribuent à mon évasion totale du monde réel. Après un point final, le retour à la réalité est toujours difficile : c’est ce qui me pousse à ne jamais m’arrêter d’écrire…

            

Inès E*** (Seconde 18)

« Au moment où l’extrémité de la plume touche le papier, un grand voyage commence… »

Écrire, c’est une histoire entre la feuille et l’écrivain. Elle le laisse libre d’exprimer ce qu’il veut. Il se dévoile à la lumière des mots, se découvre dans la nudité de son être. C’est le fruit de sa pensée qui prend forme avec elle : au moment où l’extrémité de la plume touche le papier, un grand voyage commence. Et le plus étrange, c’est que ce voyage se passe à l’intérieur de nous-mêmes : c’est une expérience unique et différente pour chacun de nous.

Nous avons besoin d’écrire pour exprimer nos émotions mais plus encore pour nous libérer de nous-mêmes : écrire, c’est laisser quelque chose de soi sur la feuille, et c’est aussi s’exiler : en relisant, on est étonné de soi, et plus encore de la force dont les mots font preuve ; et du message qu’inconsciemment peut-être, on a voulu faire passer. Écrire, ça sert à ça : à se dénoncer soi-même, à se retranscrire « à vif » sur le papier…

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Damien L*** (Seconde 18)

« Écrire relève d’une dualité : plaisir et souffrance sonnent comme un défi qu’il faut relever… »

Aussi loin que je me souvienne, je ne me suis jamais posé la question : l’écriture s’est toujours imposée à moi comme une évidence. J’aime inventer des mots et des phrases, des personnages, des intrigues. Quand j’écris, je me sens libre : je ne suis plus Damien, 55 rue … J’échappe à l’état civil, l’écriture me porte vers d’autres adresses, vers l’imaginaire. Ce sentiment de liberté et de puissance, seule le permet l’écriture.

Mais outre ce bonheur personnel, il faut plaire au lecteur et répondre à ses attentes : c’est là toute la difficulté. Ai-je choisi les mots qui convenaient ? Mon personnage est-il attachant ou suffisamment retors ? L’intrigue est-elle bien menée ? Combien de fois ai-je regardé la page blanche, devenue soudain hostile devant moi. Voilà pourquoi je pense qu’écrire relève d’une dualité : plaisir et souffrance sonnent comme un défi qu’il faut relever. C’est une école d’humilité, une remise en question perpétuelle.

                                   

Romane C***

« Si je n’avais pas trop pleuré, les mots me seraient restés étrangers »

Ce matin, sur mon bureau, une question ; simple, laconique, quelques mots : « Pourquoi écrivez-vous ? » Derrière la simplicité apparente, une question difficile, qui n’appelle peut-être pas de réponse concrète… Pour commencer, je dois avouer quelque chose : l’école ne m’a jamais donné envie d’écrire ; la littérature me semblait si décalée de la vie réelle…

Il est bientôt midi, et je reviens à la fameuse question : « Pourquoi écrivez-vous ? » En fait, ça m’est soudainement revenu : je me rappelle la première fois où j’ai commencé consciemment à écrire : j’avais trop pleuré. Si je n’avais pas trop pleuré, je n’aurais pas écrit. Si je n’avais pas trop pleuré, les mots me seraient restés étrangers. Il me fallait dire, crier ce que je ressentais.

Alors, le « pourquoi » de l’écriture ? Ne parlons pas de vocation : simplement quelques mots écrits au hasard des larmes. Écrire a été un moyen de m’exprimer sur tout : sensibilité, perception, regard sur le monde, toucher du monde… L’écriture ne prévient pas, elle surgit sans qu’on s’y attende.

              

Audrey G*** (Seconde 18)

« Un écrivain qui écrit dans l’ignorance n’est pas un écrivain : il doit connaître le poids des mots qu’il écrit… »

Honnêtement, on ne peut pas se lever le matin et se dire : « Tiens, si j’écrivais ? » Non, écrire c’est quelque chose de plus complexe que ça. Pour écrire, « vraiment » écrire, il faut connaître les mots, savoir les modeler, les manipuler, en sculpter le sens. Un écrivain qui écrit dans l’ignorance n’est pas un écrivain : il doit connaître le poids des mots qu’il écrit, parce que les mots sont ses amis. L’écrivain ne doit donc pas écrire pour le seul plaisir mais pour donner du sens à la fiction.

Parce que l’écrivain, quand il écrit, est quelqu’un de solitaire, plongé dans cet autre univers qui lui insuffle des arabesques qui deviendront des mots et du sens. C’est par sa maîtrise de ces mots que l’écrivain est quelqu’un d’unique. Alors la question posée à l’écrivain : « Écrire, ça sert à quoi ? » Surtout pas de réponse. Juste la question, sinon les mots n’auraient plus de secrets pour lui. Et que dire de tous ces mots inconnus, ceux que l’écrivain n’a jamais abordés… Voilà pourquoi il ne faut pas répondre à la question, parce qu’alors les mots perdraient leur sens et l’écrivain n’aurait plus de raison d’écrire.

Lisez aussi cette nouvelle d’Audrey : Overdose.

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William P*** (Seconde 18)

« Quand j’écris, je m’arme d’encre et je plonge dans le papier. Je ne m’en échappe que pour reprendre mon souffle… »

C’est un miroir, un reflet, une image de soi-même. Voilà ce qu’est écrire : une sorte de contemplation personnelle. L’écrivain se regarde toujours écrire ; il croit voir en lui comme à travers de l’eau limpide les secrets même inavoués de lui-même… Mais aussi clair soit-il, ce miroir présente des tâches, des défauts, des marques qui souillent l’écriture. Or ces salissures apparentes font la matière même de l’écrit. Il n’y a pas d’écriture « lisse » : ce sont bien les défauts qui valorisent le texte.

Quand j’écris, je m’arme d’encre et je plonge dans le papier. Je ne m’en échappe que pour reprendre mon souffle ; je ne regagne la rive que lorsque j’ai appris quelque chose sur moi. Je prends mon temps (je n’ai rien à perdre) : je me découvre et me baigne dans cet océan de bonheur limpide que je suis en train d’écrire…

             

Léa G*** (Seconde 18)

« Tracer, former des lettres, des caractères. Puis mélanger, assembler ces mots en fonction de son caractère… »

Je souris quand j’entends tous ces gens sérieux qui ne jurent que par l’engagement et l’invoquent comme la suprématie de l’écriture : selon eux, on ne peut écrire que pour cela. « L’art pour l’art » n’aurait plus sa place parmi nous. Un soupçon pèse sur le style et l’imaginaire. Pourtant le rêve n’est-il pas aussi important que l’engagement ? Tout est permis dans la littérature, toutes les émotions, tous les états d’esprit. Pendant que certains interpellent le lecteur, d’autres le font imaginer…

Dans une société où tout est à dénoncer, pourquoi ne pas inventer un monde (son monde) parfait ? Il pourrait être rempli de fées, de dragons, de pouvoirs magiques en tout genre pour certains. Pour d’autres, l’écriture serait une immense plaine verte, où le crime n’a pas sa place. Qu’importe ! L’essentiel est de faire vivre le lecteur, de le faire vibrer à travers les mots. On n’écrit pas par nécessité ; on écrit par envie : peu importe l’histoire pourvu qu’il y ait le plaisir de celui qui écrit et de celui qui lit.

Voilà ma recette de l’écriture : des phrases pleines de « caractères » pleins de « caractère » : tracer, former des lettres, des caractères. Puis mélanger, assembler ces mots en fonction de son caractère. Et puis des phrases qui marqueront à jamais notre caractère. Écrire parfois ne sert à rien, mais il sert à tout : avec des lettres, on écrit le monde.

           

Nabil B*** (Seconde 18)

« Les livres nourrissent l’esprit, ils nourrissent la mémoire et le cœur des hommes… »

D’abord écrire, c’est « coucher » sur le papier une part de soi : chacun écrit de manière originale, unique, transcendante. Pour s’en convaincre, il n’est que de lire les réponses à cette question : aucune n’est jamais la même. Personnellement, je dirai que l’écrivain est un peu un cuisinier, un faiseur de nourritures. Les livres nourrissent l’esprit, ils nourrissent la mémoire et le cœur des hommes, comme la nourriture nourrit l’estomac.

À ce repas, tout le monde est convié. Les connaissances et le savoir sont protégés dans le livre pour les rendre accessibles aux autres. Le livre devient ainsi un partage, comme le repas est partagé. Contrairement aux hommes, les écrits perdurent à travers les âges, ils suivent le cours des siècles, voire des millénaires. Jamais le voyage ne s’arrête…

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Marion C*** (Seconde 18)

« Écrire, c’est créer un monde dans lequel on a caché des questions… »

Quand j’écris, mon but premier est de faire entrer le lecteur dans l’histoire : je ne veux pas qu’il soit une simple personne assise dans un fauteuil, je voudrais qu’il vive dans et par le livre, j’aimerais qu’il ait peur en même temps que mon héros a peur, qu’il rie avec lui, qu’il partage ses larmes : c’est cela lire. Mais en dehors du fil rouge de mon histoire, des questions sont posées : il est possible que le lecteur ne se soit pas rendu compte qu’elles étaient là, cachées entre les mots. Pourtant, inconsciemment il y a déjà réfléchi, il a essayé de trouver des réponses à ces questions qu’ils ne soupçonnaient pas. Et si les réponses ne sont pas dans le livre, qu’importe : elles seront dans ce livre qui n’a pas encore été écrit, ce livre à venir. Écrire, c’est ainsi créer un monde dans lequel on a caché des questions…

            

Melisa A*** (Seconde 18)

« L’écriture d’un journal intime me permettait de voir après coup mes réactions, de redécouvrir mes sentiments… »

Quand j’ai eu douze ans, j’ai commencé à écrire un journal intime. C’était une volonté de revenir sur mon passé, de laisser une trace de ce que j’avais vécu en détaillant par écrit tous mes jours, et mes heures. J’ai appris aussi à mieux me connaître : l’écriture d’un journal intime me permettait de voir après coup mes réactions, de redécouvrir mes sentiments en les transcrivant sur le papier.

Mais je pense que l’écriture répond aussi à une volonté d’inventer : en se libérant d’un poids qu’on ne peut raconter à personne, on s’invente un monde conforme à sa volonté du moment, on imagine des personnages qui nous ressemblent. L’écriture est ainsi une amie, une confidente : elle apprend à inventer et à s’inventer.

Lisez aussi cette nouvelle de Melisa : J’essuierai mes larmes dans le soir qui tombe.

                   

Florent De W*** (Seconde 18)

« Une feuille de papier est infiniment respectable : elle entend et voit les mots, ces mots écrits qui nous touchent… »

Eh bien pour commencer, je dirais que j’écris (parfois sans réfléchir) comme un être de chair et de sang, de matière organique, d’os et d’organes. J’écris pour cet autre qui lui aussi est fait de matière organique, de sang et d’os mais qui réfléchit, pense à son passé parfois noyé, à son présent souvent instantané ou à son futur trop proche. Entre lui et moi, un mystérieux dialogue silencieux s’établit. Alors, le sens de l’écriture ? C’est peut-être le sens que l’on donne à sa vie : une feuille de papier est infiniment respectable : elle doit entendre et voir les mots, ces mots écrits qui nous touchent, qui sortent du cœur… Oui, pour moi écrire c’est le cœur ; le cœur et la pensée : ils plaident tous deux pour l’écriture et sont les principaux dépositaires de la parole au sens premier du terme : la parole sort de la bouche…

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Madeleine L*** (Seconde 18)

« Si la parole est un trésor, elle est parfois un trésor perdu, tandis que l’écrit est un peu le trésor retrouvé… »

Écrire pour ce qui me paraît l’un des aspects les plus importants : il faut savoir d’où l’on vient pour pouvoir avancer… Donc écrire pour ne pas oublier. Ne pas oublier ce qui fut dit, ce qui fut fait. Si la parole est un trésor, elle est parfois un trésor perdu, oublié ou déformé. Tandis que l’écrit est un peu le trésor retrouvé : cela fait sourire lorsqu’on retrouve enfoui au fond d’un tiroir ces souvenirs qu’on croyait oubliés et qu’on savoure de nouveau en les lisant : la mémoire est importante car elle forme notre personnalité. Et c’est ce qui fait la force et la richesse de l’écriture. En écrivant, on donne un sens au monde et à nous-mêmes : le partage.

          

Charlotte G*** (Seconde 18)

« Comme le peintre pose sur la toile blanche des couleurs, l’écrivain dépose sur la page blanche des caractères… »

Je comparerais l’écriture à un tableau car chaque personnalité peut la regarder et l’interpréter différemment : on peut écrire pour le seul plaisir de mettre des couleurs sur la toile des mots, mais on peut vouloir donner du sens au choix des couleurs, des nuances et à leur assemblage. Voilà, j’imagine que je suis un peintre des mots et j’écris pour voir ma toile prendre forme : alors je donne vie à des personnages et à des paysages grâce à ma plume devenue pinceau.

Comme le peintre pose sur la toile blanche des couleurs, l’écrivain dépose sur la page blanche des caractères. Ils donnent tous deux vie à quelque chose à venir : le peintre donne vie tantôt à des personnages ou à un paysage grâce à sa palette de couleurs, et l’écrivain donne aussi la vie par les mots. La vie est une histoire, qui elle-même est un tableau. Un tableau changeant : parfois sombre ou parfois gai… Et si le lecteur prête quelque attention à ce que j’ai écrit, s’il prend de la hauteur et du recul par rapport au tableau, il verra un tout autre dessin se former et il pourra réinventer l’histoire.

               

Alizée R*** (Seconde 18)

« Écrire c’est pardonner, et peut-être se pardonner… »

Pour moi, écrire permet de me libérer : je me sens libre après avoir rédigé quelques lignes : j’y raconte ma vie, je me pose d’incessantes questions et j’essaie d’y trouver des réponses. Quelquefois, à travers les mots, on trouve les réponses que l’on cherchait depuis si longtemps… Les vieilles rancœurs s’estompent : alors on essaie de trouver le pardon et de pardonner à un autre. Oui, écrire c’est « pardonner » et peut-être « se pardonner » : en allégeant son âme et ses pensées, on peut se créer un monde parallèle, celui où l’on recherchera en soi-même ces éléments épars qui forment notre joie, notre plaisir, nos larmes ou notre bonheur…

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Seydi B*** (Seconde 18)

« Je pense, donc j’écris… »

Écrire est un droit. Un droit inaliénable. Écrire, c’est être le porte-parole de ceux qui ne peuvent parler. C’est une manière non violente de s’exprimer, de militer et surtout d’EXISTER. « Je pense, donc j’écris » : laisser sa trace dans le patrimoine : c’est ça, exister. Et même si vous écrivez, ne serait-ce que pour une seule personne, vous pourrez lui transmettre votre engagement.

Mais il n’y a pas que l’engagement social ou politique… Faut-il ramener toujours l’écriture au militantisme des mots comme le faisait Sartre par exemple ? Je ne crois pas. Pour moi, la fonction première de l’écrit est de faire rêver le lecteur, de le faire s’évader « à travers mots ». Parfois, l’écrivain lui-même s’évade en laissant libre cours à son imagination.

                         

Antoine M*** (Seconde 18)

« Je parle d’un monde où le bonheur est possible… »

Je n’ai jamais vraiment écrit, autrement que pour mes devoirs. Les seules et rares fois où j’écris, c’est pour moi-même, pour me confier. Certes, il m’arrive d’écrire pour d’autres : je leur fais passer un message, banal parfois. Ou alors j’aime écrire pour ceux qui me sont proches, mais alors je raconte, je leur parle d’un monde sans guerres et sans violence, d’un monde où le bonheur est possible. Je pourrais écrire ces histoires, je pourrai ainsi les lire plus tard à mes enfants. Oui vraiment, pour moi, c’est ça écrire : donner accès à l’imaginaire.

               

Claire D*** (Seconde 18)

« L’écriture, c’est le cri du silence. C’est la parole cachée, c’est l’alignement des mots pour former une réponse… »

Il est 10h39, heure peut-être trop matinale pour décrire ce qu’est à mes yeux l’écriture. À cette question, chacun a sa réponse. Pour moi, écrire c’est marquer, toucher : on n’imagine pas à quel point le poids des mots est lourd : certains sont plus violents que les coups. Pourquoi certaines phrases vous glacent le sang alors que d’autres vous réchauffent le cœur ?

Quand on écrit, seule la mort peut vous arrêter : vous êtes libre d’écrire. Et dans ce monde où l’on ne peut faire confiance à personne, le papier, lui, ne vous trahira pas : vous pouvez lui confier vos peines, lui raconter vos joies sans crainte d’être jugé : l’écriture, c’est le cri du silence. C’est la parole cachée, c’est l’alignement des mots pour former une réponse. Bien sûr, il ne s’agit là que de ma propre vision : chacun a en lui sa propre opinion. En fait, peut-être que la vraie force de l’écriture réside précisément dans cette diversité.

Découvrez aussi cette nouvelle de Claire : Forever (larmes blanches).

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Vincent M*** (Seconde 18)

« Sans l’écriture il n’y a plus rien. C’est dans ce refuge des mots qu’un monde nouveau s’ouvre à nous »

Durant mes premières lectures, l’écriture d’un auteur ne m’inspirait rien. Ce n’est que plus tard, en réfléchissant, que j’ai compris combien chaque œuvre avait son propre message : l’écriture n’est pas seulement un art, elle peut être une arme pour dénoncer, mais aussi un refuge : l’écriture c’est la vie, et sans l’écriture il n’y a plus rien. C’est dans ce refuge des mots qu’un monde nouveau s’ouvre à nous. Et c’est aussi l’heure des choix : on est libre de dire, de partir à l’aventure, ou de chercher la vérité sur le monde qui nous entoure. Cette vérité peut être cachée par des ratures, des mots rayés qui tuent parfois la vérité de l’homme…

      

Deborah S*** (Seconde 18)

« Écrire, c’est dérouler son inconscient sur un morceau de papier blanc… »

« Pourquoi écrivez-vous ? » J’ai tenté moi-même de répondre à cette fameuse question, posée à tant d’auteurs. Et ma réponse fut nette : j’écris pour moi. Pour me découvrir et me redécouvrir moi-même. Par nos écrits, nous nous voyons vraiment tels que nous sommes, et pas tels que nous aimerions paraître. Pas de tabous, pas de limites ; si l’écriture est une liberté, elle révèle aussi la face cachée de l’être. Écrire, c’est dérouler son inconscient sur un morceau de papier blanc.

Voilà la véritable écriture, celle qui n’a peur de rien… sinon d’être lue, puisque c’est une partie de nous-mêmes que nous livrons. On n’écrit jamais pour rien. Chaque texte a sa spécificité certes, mais tous ont un socle commun : la défense, fût-elle implicite ou inconsciente, d’un idéal. Mon écriture est ainsi une recherche de ce qui constitue la personne que je suis : écrire pour mettre au jour ma vision du monde, et donc me découvrir, par la force de mes convictions…

Lisez aussi la très belle nouvelle de Deborah : Rose d’hiver, souffle du vent, étoile jaune.

            

Laurie C*** (Seconde 18)

« Si l’écriture est un pays, je crois aussi qu’elle est un voyage, un départ du monde actuel… »

Nina Bouraoui disait : « L’écriture, c’est mon vrai pays, le seul dans lequel je vis vraiment, la seule terre que je maîtrise ». Si l’écriture est un pays, je crois aussi qu’elle est un voyage, un départ du monde actuel. L’écriture serait donc dans un premier temps une échappatoire où l’on contrôle tout ; sans se soucier du monde extérieur. On écrit alors pour soi, pour se soulager, se libérer. Mais on écrit aussi pour les autres, pour ceux qui ne le peuvent pas, qui n’ont pas droit à la parole. Écrire sert donc à témoigner pour eux : entre l’auteur et le lecteur s’établit un dialogue invisible…

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Thulaciga Y*** (Seconde 18)

« Ces mots qui sont liés les uns aux autres forment une fraternité, une paix inconnue à notre monde… »

Les mots sont les seules personnes qui ne jugent pas mon apparence, qui ne se moquent pas de moi. Avec les mots, pas besoin de faire semblant de rire ou de faire des choses dans le but de plaire à des inconnus : en présence des mots, je me sens belle, intelligente, bien dans ma peau : peut-être parce qu’ils parlent à travers moi. L’écriture est un moyen d’échapper à la solitude, l’écriture est moi.

De plus, ces mots qui sont liés les uns aux autres forment une fraternité, une paix inconnue à notre monde. De toute façon, nous irons finir notre vie dans une malheureuse tombe, seule et isolée… Alors que l’écriture sera toujours présente jusqu’à la fin du monde : les mots seront toujours liés ensemble quoi qu’il arrive : ils ne changeront pas, ne vieilliront pas, ne mourront pas : ils sont immortels.

Vous connaissez le proverbe : « Toute bonne chose a une fin ». L’écriture nous montre cela : elle commence par une majuscule, par une naissance, et se termine par un point : c’est un peu comme la mort de la phrase, diront certains. Mais contrairement à nous, elle se ressuscite. Même après ma mort, les mots vivront, toujours les mêmes, et renaîtront, toujours nouveaux…

          

Pauline C*** (Seconde 18)

« Écrire sert à déranger : il n’y a pas de « lecture confortable… »

Je n’écris pas forcément pour convaincre, mais pour faire réagir. Être lue, c’est accepter le débat, c’est forcer ceux qui vous lisent à se poser des questions, c’est les obliger à prendre des décisions, à faire des choix. Ainsi, l’écriture est forcément une provocation : on « provoque » l’autre, on suscite une réaction, un sentiment chez lui ; joie, émotion, colère… Si vous lisez mes écrits (*), je ne souhaite pas que vous les appréciiez, j’ai juste besoin de me dire : « j’ai fait réagir ». Rendre le lecteur furieux, c’est presque le comble pour un écrivain : l’écriture n’est plus alors un simple divertissement, elle est une interpellation. C’est pour cela qu’à la question « Écrire, ça sert à quoi ? » il me semble juste de répondre qu’écrire sert à déranger : il n’y a pas de « lecture confortable ». Il faut déranger les opinions, les idées préfabriquées, l’écrivain doit remettre en cause les fondations…

(*) Lire en particulier la nouvelle de Pauline L’Eau est belle (noire, profonde, infinie).

         

Sibylle B*** (Seconde 18)

« Mots oubliés, rayés. Sentiments écrits puis détruits. Pourtant ces mots sont nés, ils existaient… »

Au commencement de l’écriture, quelques lettres assemblées formant des signes, éparpillés au hasard sur une feuille dite « brouillon ».

Écrire est le seul moyen de laisser une trace de sa vie : un papier et un crayon suffisent pour s’évader dans un monde, son monde, dans lequel l’imagination a le droit de divaguer. Une imagination hors piste, hors-la-loi parfois : on passe de la réalité à l’imaginaire, aux rêves d’enfants qui sont les rêves du monde. Balayées l’orthographe ou la syntaxe… De temps en temps une relecture s’impose : parfois ce qu’on avait écrit n’a aucune signification, l’imagination a divagué : elle a quitté la route. Alors on rature ces mots…

Mots oubliés, rayés. Sentiments écrits puis détruits.

Pourtant ces mots sont nés, ils existaient, puis la plume qui les a fait naître les a tués.

Pourtant ils ont existé, ils vivaient parmi tant d’autres.

Et puis ces mots sont morts.

Voilà pour moi la fonction de l’écriture :

Faire vivre et faire renaître les mots. Écrire, pour achever une histoire sans aucun sens pour autrui, pour en commencer une autre, pour se découvrir de nouveau, pour avoir un nouveau goût de la liberté, pour s’évader dans le monde et s’inventer cette vie dont on avait toujours rêvé, pour réaliser des projets irréalisables, pour bâtir le possible de l’impossible. Écrire, c’est plus qu’écrire, c’est parler sans être interrompu…

Lisez aussi cet autre très beau texte de Sibylle : All over the world, la fin d’un voyage, le début d’une vie.

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Janyce M*** (Seconde 18)

« Écrire, c’est trouver le mot juste pour décrire l’authentique. »

Pour beaucoup de personnes, écrire est forcément lié à une notion d’engagement… Mais la beauté des mots dans tout ça ? On les utilise certes pour « frapper », « viser juste »… Mais on ne cherche pas assez de profondeur. Tout rime alors avec débats, idées à défendre, parti à prendre, avis à scander… Ce n’est pas ainsi que je définirais l’écriture. Écrire pour moi, c’est un moment que l’on partage avec soi-même d’abord, un moment de vérité pure. Comme un aveu. On se dénude, on se met en accord avec soi. Moment de plénitude totale où l’on va transcrire, parfois inconsciemment, nos sentiments, nos pensées les plus secrètes.

Mais écrire, c’est aussi transmettre un magnifique héritage, une sensibilité qui doit vivre malgré le temps. L’écrivain est alors comme un pianiste : quand il commence à « jouer », il recherche les notes les plus justes, celles qui vont témoigner du sentiment profond qui envahit son être : détresse, joie, solitude déception… Et lorsque son doigt effleure enfin la touche ultime de sa mélodie, vient alors le soulagement d’avoir pu faire couler dans un courant fluide de notes ce qu’il ressentait secrètement. Et il aura envie de faire partager ce rendez-vous qu’il a eu avec lui-même, de raconter un peu de son vécu aux autres. Il recherche alors le mot convenant le mieux pour évoquer le ressenti, le mot approprié, le mot juste pour décrire l’authentique.

Lisez aussi cette nouvelle de Janyce : La Balançoire
 Cliquez ici pour lire les autres textes publiés à partir du 1er mars 2010.
© les auteur(e)s, LEF/EPC (janvier 2010)

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La citation (ou anti-citation) de la semaine… Paul Flat…

« La femme littéraire est un monstre… »

La Femme littéraire est un monstre, au sens latin du mot (*). Elle est un monstre, parce qu’elle est anti-naturelle. Elle est anti-naturelle parce qu’elle est anti-sociale, et si elle est anti-sociale, dernier terme du raisonnement, c’est qu’elle reproduit, comme en un saisissant microcosme, la plupart des ferments de dégénérescence qui travaillent notre monde moderne.

[…] Par la plus étrange interversion, qui modifie sa nature en l’élevant au rang littéraire, sera-ce peu de dire [que la Femme-auteur est] antimorale. C’est amorale qu’il faut substituer.

Pour ce qui est du point de vue social, on voit assez maintenant quel ferment [son] œuvre représente dans la dissolution des idées morales qui jadis ont mené le monde, et vers lesquelles il faudra bien qu’il se retourne un jour, faute d’une meilleure lumière pour le guider!

Paul Flat, Nos femmes de lettres, Paris, Perrin 1908

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« Dr Syntax with a Blue Stocking Beauty » (Dr Syntaxe avec une Beauté en « Bas-bleus« ). Détail, 1812.
Dans la continuité du philosophe allemand Arthur Schopenhauer qui prétendait que la femme était « un animal à cheveux longs et à idées courtes », le critique, homme de lettres et chroniqueur Paul Flat (1865-1918) rédige en 1908 un essai intitulé Nos femmes de lettres (**). Dans cet ouvrage à visée didactique autant que moralisatrice, l’auteur interprète le phénomène de l’écriture féminine et plus largement de l’émancipation des femmes comme une perversion qui irait à l’encontre de la nature du « deuxième sexe ». Témoin cette métaphore du monstre, qui ressortit d’ailleurs plus à l’affectivité qu’à la raison, pour rendre compte de l’anormalité de la femme de lettres, par définition « contre-nature » puisqu’elle cherche à s’affranchir en quelque sorte d’une détermination biologique et sociologique la cantonnant à la futilité et à la passivité. Or la vision idéologique que donne l’ouvrage de Paul Flat de ces « bas-bleus« , est d’autant plus remarquable qu’elle reflète parfaitement la structure intellectuelle de la société.
De fait, à partir du dix-neuvième siècle surtout (Madame de Staël, George Sand…), les femmes vont investir le champ littéraire et social, contribuant autant à l’essor et à la démocratisation du genre romanesque qu’à la constitution d’une sensibilité et d’un lectorat nouveaux. Mais paradoxalement, le développement de l’écriture féminine puis des mouvements féministes à la fin du dix-neuvième siècle se doublent d’un virulent conservatisme social (***). Époque révolue… Quoique… Il faut déplorer combien, à notre époque encore, nombre d’ouvrages de littérature, pourtant soucieux de s’actualiser en renouvelant leurs contenus intellectuels, peinent à mentionner les écrivaines. Cette situation discriminante, relevant sans doute de clichés ou de stéréotypes inconscients, contribue à perpétuer des modèles de représentation qui accréditent des images volontairement sexistes de la femme, et portent préjudice au renouvellement de l’enseignement des littératures que ces ouvrages prétendaient pourtant mettre en évidence (****).

_________________

(*) Du latin « monstrum » : créature étonnante qui « donne à voir » (montre=monstre) l’insolite, l’anormal. (**) Paul Flat, Nos femmes de lettres, Librairie académique Perrin, Paris 1909. L’ouvrage est accessible gratuitement par téléchargement (Project Gutenberg EBook) en cliquant ici. (***) Anne-Marie Thiesse fait remarquer par exemple qu’au début du vingtième siècle, les femmes ne peuvent prétendre à une carrière littéraire « qu’à deux conditions fort restrictives : associer à des ambitions littéraires (et un talent certain) une vie privée publiquement scandaleuse ou cacher du mieux possible cette honteuse association de la féminité et de la plume ». Anne-Marie Thiesse, Le Roman du quotidien, lecteurs et lectures populaires à la Belle Époque, éd. Le Chemin vert, Paris, 1984. Cité par Monique De Saint Martin, « Les « femmes écrivains » et le champ littéraire« , Actes de la recherche en sciences sociales, 1990, volume 83, p. 54. (****) Voir à ce sujet : Les Femmes dans les livres scolaires (collectif, éd. Mardaga, Wavre 1995) ou La Représentation des hommes et des femmes dans les livres scolaires : rapport au Premier ministre (La Documentation française, Paris 1997).

Objectif Culture Générale… Je découvre : « Marinetti et le Futurisme italien »

Ce cours de Culture Générale a pour but de présenter aux étudiant(e)s un mouvement poétique et artistique peu ou mal connu : le Futurisme.

 

La poésie futuriste
Les mots à la « sauce italienne »
–
Filippo Tommaso Marinetti, Irredentismo, 1914
(collage, Lugano, coll. privée) © Tous droits réservés.

Le

vingtième siècle est le siècle des avant-gardes artistiques et littéraires : Art nouveau, Cubisme, Expressionnisme, Surréalisme, Futurisme, Théâtres de l’Absurde, Existentialisme, Nouveau Roman… Autant de mouvances culturelles qui ont profondément remis en question l’ordre établi ainsi que les structures sociales et politiques. Comme le Surréalisme dont il est assez proche par certains aspects, le Futurisme affichera un goût prononcé pour l’expérimentation de tout ce qui est nouveau : Changer le monde, faire table rase du passé.

Filippo Tommaso Marinetti,
« Analogie dessinée », (Zang Tumb Tumb), 1914

Comme le dit Noëmi Blumenkranz-Onimus, avec le Futurisme, « la subversion de l’écriture, l’éclatement du langage deviennent alors un fait littéraire »¹. Mais jamais à la différence d’autres courants artistiques, le futurisme ne deviendra un mouvement structuré : c’est plutôt une sensibilité artistique, faite d’abord de provocation et d’illogisme.

 

Filippo Tommaso Marinetti :
“ la Caffeina dell’Europa ”

La figure centrale du Futurisme est le poète italien Filippo Tommaso Marinetti (1876-1944). Celui qui se surnommera lui-même « la caféine de l’Europe » est à la fois un anarchiste réfractaire à toute forme de morale et un fervent nationaliste (assez populiste au demeurant), qui revendique haut et fort son italianisme. Le 20 février 1909 il choisit pourtant Le Figaro pour publier le Manifeste du futurisme, texte provocateur qui fit scandale : Marinetti y faisait entre autres l’apologie de la violence, de la guerre et entendait faire table rase du passé : l’auteur prônait ainsi la destruction des musées et des académies. Au-delà des excès et de son exubérance verbale, ce texte a profondément marqué l’histoire des idées au vingtième siècle.

 nous voulons exalter le mouvement agressif, l’insomnie fiévreuse, le pas gymnastique, le saut périlleux, la gifle et le coup de poing  

Filippo Tommaso Marinetti
“Manifeste du Futurisme”
Le Figaro, 20 février 1909

  1.  Nous voulons chanter l’amour du danger, l’habitude de l’énergie et de la témérité.
  2. Les éléments essentiels de notre poésie seront le courage, l’audace, et la révolte.
  3. La littérature ayant jusqu’ici magnifié l’immobilité pensive, l’extase et le sommeil, nous voulons exalter le mouvement agressif, l’insomnie fiévreuse, le pas gymnastique, le saut périlleux, la gifle et le coup de poing.
  4. Nous déclarons que la splendeur du monde s’est enrichie d’une beauté nouvelle : la beauté de la vitesse. Une automobile de course avec son coffre orné de gros tuyaux tels des serpents à l’haleine explosive… une automobile rugissante, qui a l’air de courir sur de la mitraille, est plus belle que la Victoire de Samothrace.
  5. Nous voulons chanter l’homme qui tient le volant dont la tige idéale traverse la terre, lancée elle-même sur le circuit de son orbite… C’est en Italie que nous lançons ce manifeste de violence culbutante et incendiaire, par lequel nous fondons aujourd’hui le Futurisme parce que nous voulons délivrer l’Italie de sa gangrène d’archéologues, de cicérones et d’antiquaires.

Pour lire le texte complet, cliquez ici.

De fait, en tant que mouvement d’avant-garde, le Futurisme apparaît à une époque de profonds bouleversements idéologiques dans la culture européenne. Le culte du progrès et du scientisme, largement célébré dans la poésie futuriste, débouche donc sur l’affirmation d’un renouvellement des idées dans la ligne de l’héritage révolutionnaire et idéaliste du Risorgimento italien. La thématique des poèmes mêle à la fois l’expérience de la “voyance” (le poète est « inspiré », cf. Rimbaud), et une apologie de la violence, de la vitesse et de la machine.

Témoin ces vers extraits d’un poème d’Enrico Cavacchioli : « Sia maledetta la luna » (« Que soit maudite la lune ») :

Si tu veux vivre, crée un beau cœur mécanique […]
Tu dois faire de la vie un rêve automatique
tourmenté de leviers, de contacts et de fils […]
l’homme sera demain le roi de la machine brute,
dominateur de toutes les choses finies et infinies !
Que soit maudite la lune !

Cette réflexion esthétique et l’expérience de la guerre va pousser les Futuristes à élaborer un vaste programme théorique. En 1912 Marinetti rédigera le Manifeste technique de la littérature futuriste, texte très intéressant d’un point de vue artistique et sociologique, suivi d’un long supplément quelques mois plus tard. Son auteur y joint un poème (”Bataille Poids + Odeur”) écrit avec la “technique des Mots en Liberté”. Très révolutionnaires tant du point de vue de la forme que des idées, les poèmes de Marinetti se proposent de créer des analogies dessinées, sortes de métaphores visuelles qui vont profondément transformer les règles de l’écriture poétique. Sa théorie des Mots en Liberté est basée d’abord sur la destruction de la syntaxe : à commencer par l’abolition de la ponctuation et de la structure grammaticale (déjà mise en pratique par des poètes français comme Mallarmé).

—

“Les mots en liberté” ou l’art de libérer le langage

Pour délivrer le langage de ses règles, Marinetti va forger l’expression de “Mots en liberté” : il s’agit pour lui d’« intégrer à la poésie les récentes conquêtes de la peinture futuriste : la simultanéité et le dynamisme »². D’un point de vue typographique, ces “tableaux-poèmes” sont particulièrement intéressants à étudier. Regardez par exemple ce poème au très long titre : “Le soir, couchée sur son lit, elle relit la lettre de son artilleur” (Les Mots en Liberté futuriste, 1919). Ici la surcharge graphique ou au contraire les “blancs” ménagés avec art, l’utilisation des signes, des symboles, des onomatopées, les tailles des polices de caractère, les disproportions typographiques, etc. concourent à créer pour le lecteur une nouvelle expérience de la lecture de poème.

Jean Weisgerber parle à ce titre d’« une redynamisation de la peinture en tant qu’écriture et de l’écriture en tant que peinture »³. Cette révolution typographique amène à une sorte de transformation du langage lui-même : l’importance des onomatopées, les déformations de mots ont pour but d’offrir au lecteur une perception globale et synthétique, à la différence de la lecture “linéaire”. Assez proches de certains collages cubistes, les poèmes de Marinetti sont donc intéressants à découvrir et constituent une approche originale des mouvements artistiques avant-gardistes de la première moitié du vingtième siècle.

Crise et déclin du mouvement

Le mouvement initié par Marinetti ne survivra pas à la formation du Dadaïsme et surtout du Surréalisme en France. De plus, le Futurisme va s’orienter à partir des années Vingt vers des solutions radicales (les dérives fascistes en particulier) qui vont l’affaiblir puis le discréditer. Reste une initiative originale et novatrice d’un point de vue littéraire et artistique, qui préfigure la poésie visuelle contemporaine ou certains mouvements de Contreculture comme le Ready made ou le Pop’art, mouvements qui ont revendiqué à leur tour cette fonction contestataire du signe iconique ou linguistique.

En désacralisant le mot et « la signification langagière traditionnelle des gestes d’écriture et de graphisme »⁴, et en les libérant du culte de la tradition, le Futurisme a du même coup transformé l’acte de lecture du texte : ce n’est plus la lecture linéaire qui importe mais une lecture “spatiale” dominée par la simultanéité : lecture beaucoup plus suggestive et « plurielle » qui permet une multitude d’approches du fait qu’elle renferme une richesse sémantique et symbolique inouïe.

_______________

  1. Noëmi Blumenkranz-Onimus, La Poésie Futuriste italienne, éd. Klincksieck, Paris 1984, page 8.
  2. ibid. p. 25
  3. Jean Weisgerber, Les Avant-gardes littéraires au XXe siècle (Université libre de Bruxelles. Centre d’étude des avant-gardes littéraires, Bruxelles 1984), page 23.
  4. Noëmi Blumenkranz-Onimus, déjà citée, p. 200.

Ce qu’il faut retenir…

  • Pays : Italie (1909-1924) et influences en Russie. Auteur représentatif : Filippo Tommaso Marinetti (Manifeste du futurisme, 1909).
  • Définition : Mouvement littéraire et artistique qui rejette la tradition esthétique et exalte le monde moderne, en particulier la civilisation urbaine, les machines et la vitesse (source : Wikipedia).
  • Sur le plan poétique, le Futurisme remet en cause la syntaxe et la typographie traditionnelles. Rejetant toute lecture “linéaire” des textes, cette révolution artistique amène à une sorte de transformation du langage lui-même : l’importance des onomatopées, les déformations de mots ont pour but d’offrir au lecteur une perception globale et synthétique, assez proche de certains collages cubistes.
  • Place dans l’Histoire : rejetant tout concept moral, le mouvement sera confronté à plusieurs dérives idéologiques (le Fascisme en particulier) et ne résistera pas à l’ampleur et à l’importance sur le plan des idées du Surréalisme en France. L’influence du Futurisme sur le plan artistique est néanmoins considérable.


Filippo Tommaso Marinetti (1876-1944), Dunes 1914.
Source : Johanna Drucker, The Visible Word : Experimental Typography and Modern Art, 1909-1923. University of Chicago Press, 1994.

Umberto Boccioli (1882-1916), Primavera, poème édité par Zeno Birolli in Umberto Boccioni, 1972 (Umberto Boccioni, Altri inediti e apparati critici. A cura di Zeno Birolli, 1972).
Illustration reproduite par Noëmi Blumenkranz-Onimus, La Poésie Futuriste italienne, éd. Klincksieck, Paris 1984, page 41.


Filippo Tommaso Marinetti (1876-1944), “Montage + Vallate + Strade x Joffre”, 1915

Francesco Cangiullo (1884-1977) Poesia Pentagrammata (couverture), 1923


Cliquez sur l’image pour feuilleter les pages du livre.
(Giovanni Lista, Marinetti et le Futurisme, éd. L’Âge d’Homme, Paris 1977)

Objectif Culture Générale… Je découvre : "Marinetti et le Futurisme italien"

Ce cours de Culture Générale a pour but de présenter aux étudiant(e)s un mouvement poétique et artistique peu ou mal connu : le Futurisme.
 

La poésie futuriste
Les mots à la « sauce italienne »
–
Filippo Tommaso Marinetti, Irredentismo, 1914
(collage, Lugano, coll. privée) © Tous droits réservés.

Le

vingtième siècle est le siècle des avant-gardes artistiques et littéraires : Art nouveau, Cubisme, Expressionnisme, Surréalisme, Futurisme, Théâtres de l’Absurde, Existentialisme, Nouveau Roman… Autant de mouvances culturelles qui ont profondément remis en question l’ordre établi ainsi que les structures sociales et politiques. Comme le Surréalisme dont il est assez proche par certains aspects, le Futurisme affichera un goût prononcé pour l’expérimentation de tout ce qui est nouveau : Changer le monde, faire table rase du passé.

Filippo Tommaso Marinetti,
« Analogie dessinée », (Zang Tumb Tumb), 1914

Comme le dit Noëmi Blumenkranz-Onimus, avec le Futurisme, « la subversion de l’écriture, l’éclatement du langage deviennent alors un fait littéraire »¹. Mais jamais à la différence d’autres courants artistiques, le futurisme ne deviendra un mouvement structuré : c’est plutôt une sensibilité artistique, faite d’abord de provocation et d’illogisme.

 
Filippo Tommaso Marinetti :
“ la Caffeina dell’Europa ”

La figure centrale du Futurisme est le poète italien Filippo Tommaso Marinetti (1876-1944). Celui qui se surnommera lui-même « la caféine de l’Europe » est à la fois un anarchiste réfractaire à toute forme de morale et un fervent nationaliste (assez populiste au demeurant), qui revendique haut et fort son italianisme. Le 20 février 1909 il choisit pourtant Le Figaro pour publier le Manifeste du futurisme, texte provocateur qui fit scandale : Marinetti y faisait entre autres l’apologie de la violence, de la guerre et entendait faire table rase du passé : l’auteur prônait ainsi la destruction des musées et des académies. Au-delà des excès et de son exubérance verbale, ce texte a profondément marqué l’histoire des idées au vingtième siècle.

 nous voulons exalter le mouvement agressif, l’insomnie fiévreuse, le pas gymnastique, le saut périlleux, la gifle et le coup de poing  

Filippo Tommaso Marinetti
“Manifeste du Futurisme”
Le Figaro, 20 février 1909

  1.  Nous voulons chanter l’amour du danger, l’habitude de l’énergie et de la témérité.
  2. Les éléments essentiels de notre poésie seront le courage, l’audace, et la révolte.
  3. La littérature ayant jusqu’ici magnifié l’immobilité pensive, l’extase et le sommeil, nous voulons exalter le mouvement agressif, l’insomnie fiévreuse, le pas gymnastique, le saut périlleux, la gifle et le coup de poing.
  4. Nous déclarons que la splendeur du monde s’est enrichie d’une beauté nouvelle : la beauté de la vitesse. Une automobile de course avec son coffre orné de gros tuyaux tels des serpents à l’haleine explosive… une automobile rugissante, qui a l’air de courir sur de la mitraille, est plus belle que la Victoire de Samothrace.
  5. Nous voulons chanter l’homme qui tient le volant dont la tige idéale traverse la terre, lancée elle-même sur le circuit de son orbite… C’est en Italie que nous lançons ce manifeste de violence culbutante et incendiaire, par lequel nous fondons aujourd’hui le Futurisme parce que nous voulons délivrer l’Italie de sa gangrène d’archéologues, de cicérones et d’antiquaires.

Pour lire le texte complet, cliquez ici.

De fait, en tant que mouvement d’avant-garde, le Futurisme apparaît à une époque de profonds bouleversements idéologiques dans la culture européenne. Le culte du progrès et du scientisme, largement célébré dans la poésie futuriste, débouche donc sur l’affirmation d’un renouvellement des idées dans la ligne de l’héritage révolutionnaire et idéaliste du Risorgimento italien. La thématique des poèmes mêle à la fois l’expérience de la “voyance” (le poète est « inspiré », cf. Rimbaud), et une apologie de la violence, de la vitesse et de la machine.

Témoin ces vers extraits d’un poème d’Enrico Cavacchioli : « Sia maledetta la luna » (« Que soit maudite la lune ») :

Si tu veux vivre, crée un beau cœur mécanique […]
Tu dois faire de la vie un rêve automatique
tourmenté de leviers, de contacts et de fils […]
l’homme sera demain le roi de la machine brute,
dominateur de toutes les choses finies et infinies !
Que soit maudite la lune !

Cette réflexion esthétique et l’expérience de la guerre va pousser les Futuristes à élaborer un vaste programme théorique. En 1912 Marinetti rédigera le Manifeste technique de la littérature futuriste, texte très intéressant d’un point de vue artistique et sociologique, suivi d’un long supplément quelques mois plus tard. Son auteur y joint un poème (”Bataille Poids + Odeur”) écrit avec la “technique des Mots en Liberté”. Très révolutionnaires tant du point de vue de la forme que des idées, les poèmes de Marinetti se proposent de créer des analogies dessinées, sortes de métaphores visuelles qui vont profondément transformer les règles de l’écriture poétique. Sa théorie des Mots en Liberté est basée d’abord sur la destruction de la syntaxe : à commencer par l’abolition de la ponctuation et de la structure grammaticale (déjà mise en pratique par des poètes français comme Mallarmé).

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“Les mots en liberté” ou l’art de libérer le langage

Pour délivrer le langage de ses règles, Marinetti va forger l’expression de “Mots en liberté” : il s’agit pour lui d’« intégrer à la poésie les récentes conquêtes de la peinture futuriste : la simultanéité et le dynamisme »². D’un point de vue typographique, ces “tableaux-poèmes” sont particulièrement intéressants à étudier. Regardez par exemple ce poème au très long titre : “Le soir, couchée sur son lit, elle relit la lettre de son artilleur” (Les Mots en Liberté futuriste, 1919). Ici la surcharge graphique ou au contraire les “blancs” ménagés avec art, l’utilisation des signes, des symboles, des onomatopées, les tailles des polices de caractère, les disproportions typographiques, etc. concourent à créer pour le lecteur une nouvelle expérience de la lecture de poème.

Jean Weisgerber parle à ce titre d’« une redynamisation de la peinture en tant qu’écriture et de l’écriture en tant que peinture »³. Cette révolution typographique amène à une sorte de transformation du langage lui-même : l’importance des onomatopées, les déformations de mots ont pour but d’offrir au lecteur une perception globale et synthétique, à la différence de la lecture “linéaire”. Assez proches de certains collages cubistes, les poèmes de Marinetti sont donc intéressants à découvrir et constituent une approche originale des mouvements artistiques avant-gardistes de la première moitié du vingtième siècle.

Crise et déclin du mouvement

Le mouvement initié par Marinetti ne survivra pas à la formation du Dadaïsme et surtout du Surréalisme en France. De plus, le Futurisme va s’orienter à partir des années Vingt vers des solutions radicales (les dérives fascistes en particulier) qui vont l’affaiblir puis le discréditer. Reste une initiative originale et novatrice d’un point de vue littéraire et artistique, qui préfigure la poésie visuelle contemporaine ou certains mouvements de Contreculture comme le Ready made ou le Pop’art, mouvements qui ont revendiqué à leur tour cette fonction contestataire du signe iconique ou linguistique.

En désacralisant le mot et « la signification langagière traditionnelle des gestes d’écriture et de graphisme »⁴, et en les libérant du culte de la tradition, le Futurisme a du même coup transformé l’acte de lecture du texte : ce n’est plus la lecture linéaire qui importe mais une lecture “spatiale” dominée par la simultanéité : lecture beaucoup plus suggestive et « plurielle » qui permet une multitude d’approches du fait qu’elle renferme une richesse sémantique et symbolique inouïe.

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  1. Noëmi Blumenkranz-Onimus, La Poésie Futuriste italienne, éd. Klincksieck, Paris 1984, page 8.
  2. ibid. p. 25
  3. Jean Weisgerber, Les Avant-gardes littéraires au XXe siècle (Université libre de Bruxelles. Centre d’étude des avant-gardes littéraires, Bruxelles 1984), page 23.
  4. Noëmi Blumenkranz-Onimus, déjà citée, p. 200.

Ce qu’il faut retenir…

  • Pays : Italie (1909-1924) et influences en Russie. Auteur représentatif : Filippo Tommaso Marinetti (Manifeste du futurisme, 1909).
  • Définition : Mouvement littéraire et artistique qui rejette la tradition esthétique et exalte le monde moderne, en particulier la civilisation urbaine, les machines et la vitesse (source : Wikipedia).
  • Sur le plan poétique, le Futurisme remet en cause la syntaxe et la typographie traditionnelles. Rejetant toute lecture “linéaire” des textes, cette révolution artistique amène à une sorte de transformation du langage lui-même : l’importance des onomatopées, les déformations de mots ont pour but d’offrir au lecteur une perception globale et synthétique, assez proche de certains collages cubistes.
  • Place dans l’Histoire : rejetant tout concept moral, le mouvement sera confronté à plusieurs dérives idéologiques (le Fascisme en particulier) et ne résistera pas à l’ampleur et à l’importance sur le plan des idées du Surréalisme en France. L’influence du Futurisme sur le plan artistique est néanmoins considérable.


Filippo Tommaso Marinetti (1876-1944), Dunes 1914.
Source : Johanna Drucker, The Visible Word : Experimental Typography and Modern Art, 1909-1923. University of Chicago Press, 1994.

Umberto Boccioli (1882-1916), Primavera, poème édité par Zeno Birolli in Umberto Boccioni, 1972 (Umberto Boccioni, Altri inediti e apparati critici. A cura di Zeno Birolli, 1972).
Illustration reproduite par Noëmi Blumenkranz-Onimus, La Poésie Futuriste italienne, éd. Klincksieck, Paris 1984, page 41.


Filippo Tommaso Marinetti (1876-1944), “Montage + Vallate + Strade x Joffre”, 1915

Francesco Cangiullo (1884-1977) Poesia Pentagrammata (couverture), 1923


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(Giovanni Lista, Marinetti et le Futurisme, éd. L’Âge d’Homme, Paris 1977)