Ecrire… par les classes de Seconde 7 et Seconde 18

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Pour la deuxième année consécutive (*), les élèves de mes classes sont fiers de vous présenter le fruit de leurs réflexions sur le rôle que revêt à leurs yeux l’écriture. Après avoir mené un important travail de recherche sur la fonction de l’écrivain, les jeunes ont souhaité mettre en ligne dans ce nouvel Espace Pédagogique Contributif leur propre vision de l’écriture. Les propos, d’une grande densité intellectuelle parfois, résument non seulement leurs recherches précédentes, mais en redéfinissent les enjeux à la lumière d’un travail introspectif sur eux-mêmes : “c’est quoi écrire, pour un adolescent européen du vingt-et-unième siècle?”
(*) Voir en particulier les textes publiés le 21 janvier 2009  et le 29 janvier 2009 par la classe de Seconde 12 (année scolaire 2008-2009).
Étant donné le nombre très important de travaux, les textes seront publiés dans trois livraisons successives. Pour des raisons d’organisation matérielle, les contributions de la classe de Seconde 7 seront mises en ligne à partir du lundi 1er mars 2010. Bonne lecture !

         

Cheyenne M*** (Seconde 7)

« N’oubliez pas cette main qui écrit, ce stylo qui se vide, cette feuille qui se remplit de mots et de larmes… »

Cheyenne M. qui était en Seconde 7, va poursuivre sa scolarité dans une autre académie. Je lui souhaite de poursuivre ses travaux d’écriture et d’art, qui reflètent à l’évidence un talent précieux intellectuellement et humainement. Bonne continuation, et bon courage pour tout !

Écrire pour ne pas être une parole qui s’envole mais un écrit qui reste, écrire pour ne pas être perdue, écrire pour le plaisir d’écrire, dévoiler sa vie comme une opération à cœur ouvert. Nous : spectateurs d’un moment présent qui ne sera que le futur de notre passé. Vivre pour écrire, écrire pour être en vie, voyager pour trouver l’inspiration, écrire pour être le roi de son propre cœur, pour être éternel quand la vie n’est bientôt que le passé amer.

Écrire pour donner vie à ce qui n’est plus, écrire le silence monotone pour ne créer qu’un courant d’air qui réchauffait les cœurs. Donner l’impression de ne pas redevenir poussière aux yeux des gens, mais un rayon de soleil, qui se brise avec le soir. Écrire sa douleur que l’on n’ose pas avouer en la cachant derrière un sourire triste, écrire pour montrer que malgré une maturité prématurée je peux être un enfant, écrire intemporellement pour que le monde comprenne au fil des siècles…

N’oubliez pas les deux bouts de bois et le métal, la plume et le vent, et mon univers d’enfant… N’oubliez pas cette main qui écrit, ce stylo qui se vide, cette feuille qui se remplit de mots et de larmes…

           

Ksenia C*** (Seconde 18)

« Écrire est un travail de couturier… les lignes sont comme un fil qui explore des motifs aussi joyeux que tristes… »

Certains écrivent pour agir. Moi ce serait plutôt partir, et ne plus penser, découvrir un monde romancé et pouvoir explorer des univers sans limites. Il y a tant de voyages à faire : de lettres en lettres, de lignes en lignes je franchis les frontières, je m’embarque pour des destinations inconnues, j’emprunte un vol direct pour « ailleurs », sans escale, je plonge dans des océans de lettres où naviguent les mots. La mer est une étoffe soyeuse… C’est peut-être s’exiler qu’écrire. Exil du quotidien, qui est devenu soudainement inutile, qui ne sert plus à rien…

J’ai toujours aimé écrire, c’est un travail de couturier : les mots brodent les idées et j’aime embellir les miennes. Ma plume est l’aiguille, la page est la toile, les lignes sont comme un fil qui explore des motifs aussi joyeux que tristes, sur des étoffes plus ou moins précieuses, qui vont du synthétique superficiel à la soie naturelle. Mon travail parfois se déchire, se froisse, s’abime. Quelquefois je l’oublie au fond d’un tiroir et quand l’envie reprend, on défroisse, on retouche la faille, on recoud le trou pour le combler de sentiments…

Alors les mailles s’entrelacent de mots doux, rêches, satinés… De mots qui nous donnent envie d’y toucher délicatement, sans abimer les détails… Si bien qu’à la fin, on se retrouve avec une vraie étoffe, brodée de mots et d’arabesques qu’on effleure du bout de la plume. Nos travaux à tous, écrivains d’un jour, c’est de broder ce tissu d’idées : toutes ces lettres déposées sur le papier arrivent par je ne sais quel moyen, à se rendre réelles et bien plus concrètes qu’auparavant. Écrire c’est comme « poser les points sur les i », cela me permet d’y voir plus clair : avec l’étoffe des mots, je peux réaliser tant d’ouvrages !

           

Diane L*** (Seconde 18)

« Il m’arrive parfois d’écrire pour le seul plaisir de voir une feuille blanche se noircir sous ma main… »

C’est avec l’écriture que le jeu commence : si jouer, pour les enfants, leur permet de grandir, mon jeu à moi m’aide à gagner en maturité et en sagesse. L’écriture, qui au départ était un plaisir égoïste d’écrivain, me permet d’ouvrir les portes de mon jardin secret à ces gens assez fous qu’on appelle des lecteurs. Peut-être lisent-ils mes puériles élucubrations parce qu’ils veulent s’évader, tout comme moi, du monde réel, ce monde du conforme, cette fourmilière où chaque fourmi a un rôle prédéfini.

Il m’arrive parfois d’écrire pour le seul plaisir de voir une feuille blanche se noircir sous ma main. Ces signes que je suis la seule à pouvoir déchiffrer, me font voyager à travers une autre dimension, ils contribuent à mon évasion totale du monde réel. Après un point final, le retour à la réalité est toujours difficile : c’est ce qui me pousse à ne jamais m’arrêter d’écrire…

            

Inès E*** (Seconde 18)

« Au moment où l’extrémité de la plume touche le papier, un grand voyage commence… »

Écrire, c’est une histoire entre la feuille et l’écrivain. Elle le laisse libre d’exprimer ce qu’il veut. Il se dévoile à la lumière des mots, se découvre dans la nudité de son être. C’est le fruit de sa pensée qui prend forme avec elle : au moment où l’extrémité de la plume touche le papier, un grand voyage commence. Et le plus étrange, c’est que ce voyage se passe à l’intérieur de nous-mêmes : c’est une expérience unique et différente pour chacun de nous.

Nous avons besoin d’écrire pour exprimer nos émotions mais plus encore pour nous libérer de nous-mêmes : écrire, c’est laisser quelque chose de soi sur la feuille, et c’est aussi s’exiler : en relisant, on est étonné de soi, et plus encore de la force dont les mots font preuve ; et du message qu’inconsciemment peut-être, on a voulu faire passer. Écrire, ça sert à ça : à se dénoncer soi-même, à se retranscrire « à vif » sur le papier…

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Damien L*** (Seconde 18)

« Écrire relève d’une dualité : plaisir et souffrance sonnent comme un défi qu’il faut relever… »

Aussi loin que je me souvienne, je ne me suis jamais posé la question : l’écriture s’est toujours imposée à moi comme une évidence. J’aime inventer des mots et des phrases, des personnages, des intrigues. Quand j’écris, je me sens libre : je ne suis plus Damien, 55 rue … J’échappe à l’état civil, l’écriture me porte vers d’autres adresses, vers l’imaginaire. Ce sentiment de liberté et de puissance, seule le permet l’écriture.

Mais outre ce bonheur personnel, il faut plaire au lecteur et répondre à ses attentes : c’est là toute la difficulté. Ai-je choisi les mots qui convenaient ? Mon personnage est-il attachant ou suffisamment retors ? L’intrigue est-elle bien menée ? Combien de fois ai-je regardé la page blanche, devenue soudain hostile devant moi. Voilà pourquoi je pense qu’écrire relève d’une dualité : plaisir et souffrance sonnent comme un défi qu’il faut relever. C’est une école d’humilité, une remise en question perpétuelle.

                                   

Romane C***

« Si je n’avais pas trop pleuré, les mots me seraient restés étrangers »

Ce matin, sur mon bureau, une question ; simple, laconique, quelques mots : « Pourquoi écrivez-vous ? » Derrière la simplicité apparente, une question difficile, qui n’appelle peut-être pas de réponse concrète… Pour commencer, je dois avouer quelque chose : l’école ne m’a jamais donné envie d’écrire ; la littérature me semblait si décalée de la vie réelle…

Il est bientôt midi, et je reviens à la fameuse question : « Pourquoi écrivez-vous ? » En fait, ça m’est soudainement revenu : je me rappelle la première fois où j’ai commencé consciemment à écrire : j’avais trop pleuré. Si je n’avais pas trop pleuré, je n’aurais pas écrit. Si je n’avais pas trop pleuré, les mots me seraient restés étrangers. Il me fallait dire, crier ce que je ressentais.

Alors, le « pourquoi » de l’écriture ? Ne parlons pas de vocation : simplement quelques mots écrits au hasard des larmes. Écrire a été un moyen de m’exprimer sur tout : sensibilité, perception, regard sur le monde, toucher du monde… L’écriture ne prévient pas, elle surgit sans qu’on s’y attende.

              

Audrey G*** (Seconde 18)

« Un écrivain qui écrit dans l’ignorance n’est pas un écrivain : il doit connaître le poids des mots qu’il écrit… »

Honnêtement, on ne peut pas se lever le matin et se dire : « Tiens, si j’écrivais ? » Non, écrire c’est quelque chose de plus complexe que ça. Pour écrire, « vraiment » écrire, il faut connaître les mots, savoir les modeler, les manipuler, en sculpter le sens. Un écrivain qui écrit dans l’ignorance n’est pas un écrivain : il doit connaître le poids des mots qu’il écrit, parce que les mots sont ses amis. L’écrivain ne doit donc pas écrire pour le seul plaisir mais pour donner du sens à la fiction.

Parce que l’écrivain, quand il écrit, est quelqu’un de solitaire, plongé dans cet autre univers qui lui insuffle des arabesques qui deviendront des mots et du sens. C’est par sa maîtrise de ces mots que l’écrivain est quelqu’un d’unique. Alors la question posée à l’écrivain : « Écrire, ça sert à quoi ? » Surtout pas de réponse. Juste la question, sinon les mots n’auraient plus de secrets pour lui. Et que dire de tous ces mots inconnus, ceux que l’écrivain n’a jamais abordés… Voilà pourquoi il ne faut pas répondre à la question, parce qu’alors les mots perdraient leur sens et l’écrivain n’aurait plus de raison d’écrire.

Lisez aussi cette nouvelle d’Audrey : Overdose.

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William P*** (Seconde 18)

« Quand j’écris, je m’arme d’encre et je plonge dans le papier. Je ne m’en échappe que pour reprendre mon souffle… »

C’est un miroir, un reflet, une image de soi-même. Voilà ce qu’est écrire : une sorte de contemplation personnelle. L’écrivain se regarde toujours écrire ; il croit voir en lui comme à travers de l’eau limpide les secrets même inavoués de lui-même… Mais aussi clair soit-il, ce miroir présente des tâches, des défauts, des marques qui souillent l’écriture. Or ces salissures apparentes font la matière même de l’écrit. Il n’y a pas d’écriture « lisse » : ce sont bien les défauts qui valorisent le texte.

Quand j’écris, je m’arme d’encre et je plonge dans le papier. Je ne m’en échappe que pour reprendre mon souffle ; je ne regagne la rive que lorsque j’ai appris quelque chose sur moi. Je prends mon temps (je n’ai rien à perdre) : je me découvre et me baigne dans cet océan de bonheur limpide que je suis en train d’écrire…

             

Léa G*** (Seconde 18)

« Tracer, former des lettres, des caractères. Puis mélanger, assembler ces mots en fonction de son caractère… »

Je souris quand j’entends tous ces gens sérieux qui ne jurent que par l’engagement et l’invoquent comme la suprématie de l’écriture : selon eux, on ne peut écrire que pour cela. « L’art pour l’art » n’aurait plus sa place parmi nous. Un soupçon pèse sur le style et l’imaginaire. Pourtant le rêve n’est-il pas aussi important que l’engagement ? Tout est permis dans la littérature, toutes les émotions, tous les états d’esprit. Pendant que certains interpellent le lecteur, d’autres le font imaginer…

Dans une société où tout est à dénoncer, pourquoi ne pas inventer un monde (son monde) parfait ? Il pourrait être rempli de fées, de dragons, de pouvoirs magiques en tout genre pour certains. Pour d’autres, l’écriture serait une immense plaine verte, où le crime n’a pas sa place. Qu’importe ! L’essentiel est de faire vivre le lecteur, de le faire vibrer à travers les mots. On n’écrit pas par nécessité ; on écrit par envie : peu importe l’histoire pourvu qu’il y ait le plaisir de celui qui écrit et de celui qui lit.

Voilà ma recette de l’écriture : des phrases pleines de « caractères » pleins de « caractère » : tracer, former des lettres, des caractères. Puis mélanger, assembler ces mots en fonction de son caractère. Et puis des phrases qui marqueront à jamais notre caractère. Écrire parfois ne sert à rien, mais il sert à tout : avec des lettres, on écrit le monde.

           

Nabil B*** (Seconde 18)

« Les livres nourrissent l’esprit, ils nourrissent la mémoire et le cœur des hommes… »

D’abord écrire, c’est « coucher » sur le papier une part de soi : chacun écrit de manière originale, unique, transcendante. Pour s’en convaincre, il n’est que de lire les réponses à cette question : aucune n’est jamais la même. Personnellement, je dirai que l’écrivain est un peu un cuisinier, un faiseur de nourritures. Les livres nourrissent l’esprit, ils nourrissent la mémoire et le cœur des hommes, comme la nourriture nourrit l’estomac.

À ce repas, tout le monde est convié. Les connaissances et le savoir sont protégés dans le livre pour les rendre accessibles aux autres. Le livre devient ainsi un partage, comme le repas est partagé. Contrairement aux hommes, les écrits perdurent à travers les âges, ils suivent le cours des siècles, voire des millénaires. Jamais le voyage ne s’arrête…

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Marion C*** (Seconde 18)

« Écrire, c’est créer un monde dans lequel on a caché des questions… »

Quand j’écris, mon but premier est de faire entrer le lecteur dans l’histoire : je ne veux pas qu’il soit une simple personne assise dans un fauteuil, je voudrais qu’il vive dans et par le livre, j’aimerais qu’il ait peur en même temps que mon héros a peur, qu’il rie avec lui, qu’il partage ses larmes : c’est cela lire. Mais en dehors du fil rouge de mon histoire, des questions sont posées : il est possible que le lecteur ne se soit pas rendu compte qu’elles étaient là, cachées entre les mots. Pourtant, inconsciemment il y a déjà réfléchi, il a essayé de trouver des réponses à ces questions qu’ils ne soupçonnaient pas. Et si les réponses ne sont pas dans le livre, qu’importe : elles seront dans ce livre qui n’a pas encore été écrit, ce livre à venir. Écrire, c’est ainsi créer un monde dans lequel on a caché des questions…

            

Melisa A*** (Seconde 18)

« L’écriture d’un journal intime me permettait de voir après coup mes réactions, de redécouvrir mes sentiments… »

Quand j’ai eu douze ans, j’ai commencé à écrire un journal intime. C’était une volonté de revenir sur mon passé, de laisser une trace de ce que j’avais vécu en détaillant par écrit tous mes jours, et mes heures. J’ai appris aussi à mieux me connaître : l’écriture d’un journal intime me permettait de voir après coup mes réactions, de redécouvrir mes sentiments en les transcrivant sur le papier.

Mais je pense que l’écriture répond aussi à une volonté d’inventer : en se libérant d’un poids qu’on ne peut raconter à personne, on s’invente un monde conforme à sa volonté du moment, on imagine des personnages qui nous ressemblent. L’écriture est ainsi une amie, une confidente : elle apprend à inventer et à s’inventer.

Lisez aussi cette nouvelle de Melisa : J’essuierai mes larmes dans le soir qui tombe.

                   

Florent De W*** (Seconde 18)

« Une feuille de papier est infiniment respectable : elle entend et voit les mots, ces mots écrits qui nous touchent… »

Eh bien pour commencer, je dirais que j’écris (parfois sans réfléchir) comme un être de chair et de sang, de matière organique, d’os et d’organes. J’écris pour cet autre qui lui aussi est fait de matière organique, de sang et d’os mais qui réfléchit, pense à son passé parfois noyé, à son présent souvent instantané ou à son futur trop proche. Entre lui et moi, un mystérieux dialogue silencieux s’établit. Alors, le sens de l’écriture ? C’est peut-être le sens que l’on donne à sa vie : une feuille de papier est infiniment respectable : elle doit entendre et voir les mots, ces mots écrits qui nous touchent, qui sortent du cœur… Oui, pour moi écrire c’est le cœur ; le cœur et la pensée : ils plaident tous deux pour l’écriture et sont les principaux dépositaires de la parole au sens premier du terme : la parole sort de la bouche…

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Madeleine L*** (Seconde 18)

« Si la parole est un trésor, elle est parfois un trésor perdu, tandis que l’écrit est un peu le trésor retrouvé… »

Écrire pour ce qui me paraît l’un des aspects les plus importants : il faut savoir d’où l’on vient pour pouvoir avancer… Donc écrire pour ne pas oublier. Ne pas oublier ce qui fut dit, ce qui fut fait. Si la parole est un trésor, elle est parfois un trésor perdu, oublié ou déformé. Tandis que l’écrit est un peu le trésor retrouvé : cela fait sourire lorsqu’on retrouve enfoui au fond d’un tiroir ces souvenirs qu’on croyait oubliés et qu’on savoure de nouveau en les lisant : la mémoire est importante car elle forme notre personnalité. Et c’est ce qui fait la force et la richesse de l’écriture. En écrivant, on donne un sens au monde et à nous-mêmes : le partage.

          

Charlotte G*** (Seconde 18)

« Comme le peintre pose sur la toile blanche des couleurs, l’écrivain dépose sur la page blanche des caractères… »

Je comparerais l’écriture à un tableau car chaque personnalité peut la regarder et l’interpréter différemment : on peut écrire pour le seul plaisir de mettre des couleurs sur la toile des mots, mais on peut vouloir donner du sens au choix des couleurs, des nuances et à leur assemblage. Voilà, j’imagine que je suis un peintre des mots et j’écris pour voir ma toile prendre forme : alors je donne vie à des personnages et à des paysages grâce à ma plume devenue pinceau.

Comme le peintre pose sur la toile blanche des couleurs, l’écrivain dépose sur la page blanche des caractères. Ils donnent tous deux vie à quelque chose à venir : le peintre donne vie tantôt à des personnages ou à un paysage grâce à sa palette de couleurs, et l’écrivain donne aussi la vie par les mots. La vie est une histoire, qui elle-même est un tableau. Un tableau changeant : parfois sombre ou parfois gai… Et si le lecteur prête quelque attention à ce que j’ai écrit, s’il prend de la hauteur et du recul par rapport au tableau, il verra un tout autre dessin se former et il pourra réinventer l’histoire.

               

Alizée R*** (Seconde 18)

« Écrire c’est pardonner, et peut-être se pardonner… »

Pour moi, écrire permet de me libérer : je me sens libre après avoir rédigé quelques lignes : j’y raconte ma vie, je me pose d’incessantes questions et j’essaie d’y trouver des réponses. Quelquefois, à travers les mots, on trouve les réponses que l’on cherchait depuis si longtemps… Les vieilles rancœurs s’estompent : alors on essaie de trouver le pardon et de pardonner à un autre. Oui, écrire c’est « pardonner » et peut-être « se pardonner » : en allégeant son âme et ses pensées, on peut se créer un monde parallèle, celui où l’on recherchera en soi-même ces éléments épars qui forment notre joie, notre plaisir, nos larmes ou notre bonheur…

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Seydi B*** (Seconde 18)

« Je pense, donc j’écris… »

Écrire est un droit. Un droit inaliénable. Écrire, c’est être le porte-parole de ceux qui ne peuvent parler. C’est une manière non violente de s’exprimer, de militer et surtout d’EXISTER. « Je pense, donc j’écris » : laisser sa trace dans le patrimoine : c’est ça, exister. Et même si vous écrivez, ne serait-ce que pour une seule personne, vous pourrez lui transmettre votre engagement.

Mais il n’y a pas que l’engagement social ou politique… Faut-il ramener toujours l’écriture au militantisme des mots comme le faisait Sartre par exemple ? Je ne crois pas. Pour moi, la fonction première de l’écrit est de faire rêver le lecteur, de le faire s’évader « à travers mots ». Parfois, l’écrivain lui-même s’évade en laissant libre cours à son imagination.

                         

Antoine M*** (Seconde 18)

« Je parle d’un monde où le bonheur est possible… »

Je n’ai jamais vraiment écrit, autrement que pour mes devoirs. Les seules et rares fois où j’écris, c’est pour moi-même, pour me confier. Certes, il m’arrive d’écrire pour d’autres : je leur fais passer un message, banal parfois. Ou alors j’aime écrire pour ceux qui me sont proches, mais alors je raconte, je leur parle d’un monde sans guerres et sans violence, d’un monde où le bonheur est possible. Je pourrais écrire ces histoires, je pourrai ainsi les lire plus tard à mes enfants. Oui vraiment, pour moi, c’est ça écrire : donner accès à l’imaginaire.

               

Claire D*** (Seconde 18)

« L’écriture, c’est le cri du silence. C’est la parole cachée, c’est l’alignement des mots pour former une réponse… »

Il est 10h39, heure peut-être trop matinale pour décrire ce qu’est à mes yeux l’écriture. À cette question, chacun a sa réponse. Pour moi, écrire c’est marquer, toucher : on n’imagine pas à quel point le poids des mots est lourd : certains sont plus violents que les coups. Pourquoi certaines phrases vous glacent le sang alors que d’autres vous réchauffent le cœur ?

Quand on écrit, seule la mort peut vous arrêter : vous êtes libre d’écrire. Et dans ce monde où l’on ne peut faire confiance à personne, le papier, lui, ne vous trahira pas : vous pouvez lui confier vos peines, lui raconter vos joies sans crainte d’être jugé : l’écriture, c’est le cri du silence. C’est la parole cachée, c’est l’alignement des mots pour former une réponse. Bien sûr, il ne s’agit là que de ma propre vision : chacun a en lui sa propre opinion. En fait, peut-être que la vraie force de l’écriture réside précisément dans cette diversité.

Découvrez aussi cette nouvelle de Claire : Forever (larmes blanches).

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Vincent M*** (Seconde 18)

« Sans l’écriture il n’y a plus rien. C’est dans ce refuge des mots qu’un monde nouveau s’ouvre à nous »

Durant mes premières lectures, l’écriture d’un auteur ne m’inspirait rien. Ce n’est que plus tard, en réfléchissant, que j’ai compris combien chaque œuvre avait son propre message : l’écriture n’est pas seulement un art, elle peut être une arme pour dénoncer, mais aussi un refuge : l’écriture c’est la vie, et sans l’écriture il n’y a plus rien. C’est dans ce refuge des mots qu’un monde nouveau s’ouvre à nous. Et c’est aussi l’heure des choix : on est libre de dire, de partir à l’aventure, ou de chercher la vérité sur le monde qui nous entoure. Cette vérité peut être cachée par des ratures, des mots rayés qui tuent parfois la vérité de l’homme…

      

Deborah S*** (Seconde 18)

« Écrire, c’est dérouler son inconscient sur un morceau de papier blanc… »

« Pourquoi écrivez-vous ? » J’ai tenté moi-même de répondre à cette fameuse question, posée à tant d’auteurs. Et ma réponse fut nette : j’écris pour moi. Pour me découvrir et me redécouvrir moi-même. Par nos écrits, nous nous voyons vraiment tels que nous sommes, et pas tels que nous aimerions paraître. Pas de tabous, pas de limites ; si l’écriture est une liberté, elle révèle aussi la face cachée de l’être. Écrire, c’est dérouler son inconscient sur un morceau de papier blanc.

Voilà la véritable écriture, celle qui n’a peur de rien… sinon d’être lue, puisque c’est une partie de nous-mêmes que nous livrons. On n’écrit jamais pour rien. Chaque texte a sa spécificité certes, mais tous ont un socle commun : la défense, fût-elle implicite ou inconsciente, d’un idéal. Mon écriture est ainsi une recherche de ce qui constitue la personne que je suis : écrire pour mettre au jour ma vision du monde, et donc me découvrir, par la force de mes convictions…

Lisez aussi la très belle nouvelle de Deborah : Rose d’hiver, souffle du vent, étoile jaune.

            

Laurie C*** (Seconde 18)

« Si l’écriture est un pays, je crois aussi qu’elle est un voyage, un départ du monde actuel… »

Nina Bouraoui disait : « L’écriture, c’est mon vrai pays, le seul dans lequel je vis vraiment, la seule terre que je maîtrise ». Si l’écriture est un pays, je crois aussi qu’elle est un voyage, un départ du monde actuel. L’écriture serait donc dans un premier temps une échappatoire où l’on contrôle tout ; sans se soucier du monde extérieur. On écrit alors pour soi, pour se soulager, se libérer. Mais on écrit aussi pour les autres, pour ceux qui ne le peuvent pas, qui n’ont pas droit à la parole. Écrire sert donc à témoigner pour eux : entre l’auteur et le lecteur s’établit un dialogue invisible…

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Thulaciga Y*** (Seconde 18)

« Ces mots qui sont liés les uns aux autres forment une fraternité, une paix inconnue à notre monde… »

Les mots sont les seules personnes qui ne jugent pas mon apparence, qui ne se moquent pas de moi. Avec les mots, pas besoin de faire semblant de rire ou de faire des choses dans le but de plaire à des inconnus : en présence des mots, je me sens belle, intelligente, bien dans ma peau : peut-être parce qu’ils parlent à travers moi. L’écriture est un moyen d’échapper à la solitude, l’écriture est moi.

De plus, ces mots qui sont liés les uns aux autres forment une fraternité, une paix inconnue à notre monde. De toute façon, nous irons finir notre vie dans une malheureuse tombe, seule et isolée… Alors que l’écriture sera toujours présente jusqu’à la fin du monde : les mots seront toujours liés ensemble quoi qu’il arrive : ils ne changeront pas, ne vieilliront pas, ne mourront pas : ils sont immortels.

Vous connaissez le proverbe : « Toute bonne chose a une fin ». L’écriture nous montre cela : elle commence par une majuscule, par une naissance, et se termine par un point : c’est un peu comme la mort de la phrase, diront certains. Mais contrairement à nous, elle se ressuscite. Même après ma mort, les mots vivront, toujours les mêmes, et renaîtront, toujours nouveaux…

          

Pauline C*** (Seconde 18)

« Écrire sert à déranger : il n’y a pas de « lecture confortable… »

Je n’écris pas forcément pour convaincre, mais pour faire réagir. Être lue, c’est accepter le débat, c’est forcer ceux qui vous lisent à se poser des questions, c’est les obliger à prendre des décisions, à faire des choix. Ainsi, l’écriture est forcément une provocation : on « provoque » l’autre, on suscite une réaction, un sentiment chez lui ; joie, émotion, colère… Si vous lisez mes écrits (*), je ne souhaite pas que vous les appréciiez, j’ai juste besoin de me dire : « j’ai fait réagir ». Rendre le lecteur furieux, c’est presque le comble pour un écrivain : l’écriture n’est plus alors un simple divertissement, elle est une interpellation. C’est pour cela qu’à la question « Écrire, ça sert à quoi ? » il me semble juste de répondre qu’écrire sert à déranger : il n’y a pas de « lecture confortable ». Il faut déranger les opinions, les idées préfabriquées, l’écrivain doit remettre en cause les fondations…

(*) Lire en particulier la nouvelle de Pauline L’Eau est belle (noire, profonde, infinie).

         

Sibylle B*** (Seconde 18)

« Mots oubliés, rayés. Sentiments écrits puis détruits. Pourtant ces mots sont nés, ils existaient… »

Au commencement de l’écriture, quelques lettres assemblées formant des signes, éparpillés au hasard sur une feuille dite « brouillon ».

Écrire est le seul moyen de laisser une trace de sa vie : un papier et un crayon suffisent pour s’évader dans un monde, son monde, dans lequel l’imagination a le droit de divaguer. Une imagination hors piste, hors-la-loi parfois : on passe de la réalité à l’imaginaire, aux rêves d’enfants qui sont les rêves du monde. Balayées l’orthographe ou la syntaxe… De temps en temps une relecture s’impose : parfois ce qu’on avait écrit n’a aucune signification, l’imagination a divagué : elle a quitté la route. Alors on rature ces mots…

Mots oubliés, rayés. Sentiments écrits puis détruits.

Pourtant ces mots sont nés, ils existaient, puis la plume qui les a fait naître les a tués.

Pourtant ils ont existé, ils vivaient parmi tant d’autres.

Et puis ces mots sont morts.

Voilà pour moi la fonction de l’écriture :

Faire vivre et faire renaître les mots. Écrire, pour achever une histoire sans aucun sens pour autrui, pour en commencer une autre, pour se découvrir de nouveau, pour avoir un nouveau goût de la liberté, pour s’évader dans le monde et s’inventer cette vie dont on avait toujours rêvé, pour réaliser des projets irréalisables, pour bâtir le possible de l’impossible. Écrire, c’est plus qu’écrire, c’est parler sans être interrompu…

Lisez aussi cet autre très beau texte de Sibylle : All over the world, la fin d’un voyage, le début d’une vie.

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Janyce M*** (Seconde 18)

« Écrire, c’est trouver le mot juste pour décrire l’authentique. »

Pour beaucoup de personnes, écrire est forcément lié à une notion d’engagement… Mais la beauté des mots dans tout ça ? On les utilise certes pour « frapper », « viser juste »… Mais on ne cherche pas assez de profondeur. Tout rime alors avec débats, idées à défendre, parti à prendre, avis à scander… Ce n’est pas ainsi que je définirais l’écriture. Écrire pour moi, c’est un moment que l’on partage avec soi-même d’abord, un moment de vérité pure. Comme un aveu. On se dénude, on se met en accord avec soi. Moment de plénitude totale où l’on va transcrire, parfois inconsciemment, nos sentiments, nos pensées les plus secrètes.

Mais écrire, c’est aussi transmettre un magnifique héritage, une sensibilité qui doit vivre malgré le temps. L’écrivain est alors comme un pianiste : quand il commence à « jouer », il recherche les notes les plus justes, celles qui vont témoigner du sentiment profond qui envahit son être : détresse, joie, solitude déception… Et lorsque son doigt effleure enfin la touche ultime de sa mélodie, vient alors le soulagement d’avoir pu faire couler dans un courant fluide de notes ce qu’il ressentait secrètement. Et il aura envie de faire partager ce rendez-vous qu’il a eu avec lui-même, de raconter un peu de son vécu aux autres. Il recherche alors le mot convenant le mieux pour évoquer le ressenti, le mot approprié, le mot juste pour décrire l’authentique.

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© les auteur(e)s, LEF/EPC (janvier 2010)

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Publié par

brunorigolt

Bruno Rigolt Docteur es Lettres et Sciences Humaines Prix de Thèse de la Chancellerie des Universités de Paris Professeur de Lettres Modernes et de Culture générale au Lycée en Forêt (Montargis, France).