Entraînement BTS. Thème : Génération(s). La transmission des valeurs entre générations

bts2010b.1253099275.jpgEntraînement BTS

Générations et transmission

Cet entraînement est destiné prioritairement aux étudiants de BTS deuxième année. Il porte sur les processus de transmission des valeurs et de l’héritage culturel entre générations. En premier lieu, il apparaît que ces processus ont été largement contestés dans les sociétés occidentales depuis les Trente Glorieuses particulièrement : l’urbanisation, les développements technologiques et les médias ont en effet largement remis en cause l’apprentissage des normes et les modèles de comportement édictés traditionnellement par la famille. Pourtant, il convient de nuancer cette recomposition des liens entre générations qu’observent plusieurs auteurs. De fait, force est de reconnaître que, malgré le « fossé intergénérationnel »,  la famille demeure toujours un lieu important de solidarité entre les générations.
Tel est donc l’enjeu de ce corpus composé de cinq documents. Même si le nombre de textes vous paraît élevé et si les passages sélectionnés sont souvent denses, je vous conseille de traiter rigoureusement l’exercice. Il vous amènera à reformuler puis à expliciter les enjeux riches et complexes qui se dégagent des conflits de valeurs intergénérationnelles et entre normes de comportement, tant dans l’espace public que dans l’espace privé. Quant au travail d’écriture personnelle (non moins difficile), il met en relation l’identité individuelle et la manière dont chacune et chacun s’inscrit dans sa génération et par rapport aux générations antérieures : saurait-on réduire les parcours individuels et collectifs à l’opposition et au conflit entre générations ? Les travaux les plus subtils veilleront à nuancer voire à rectifier ce lieu commun en prenant en compte la dimension essentielle qu’est la solidarité entre les générations.

Niveau de difficulté : *** (* accessible ; ** moyennement difficile ; *** difficile)

Première partie : synthèse de documents

  • Document 1, Collectif, sous la direction d’Alain Cordier et Annie Fouquet, « La transmission entre les générations » (La Famille, espace de solidarité entre générations, rapport et propositions remis à Philippe Bas, Ministre délégué à la sécurité sociale, aux personnes âgées, aux personnes handicapées et à la famille), Post propos, p. 55-56, La Documentation française, Paris 2006.

  • Document 2, Françoise Hurstel, « La Mort du père » (interview publiée dans Transmission entre les générations, table ronde, mercredi 9 octobre 2002, Théâtre Jeune public, 2002.
  • Document 3, Sondage TNS Sofres-Pèlerin, Transmission des valeurs : le désarroi des familles.
  • Document 4, Edith Goldbeter-Merinfeld, « Générations et transmission«  (introduction), Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseaux, n°38, 2007-1, De Boeck Université.
  • Document 5, Édouard Tiryakian, « 1968 en perspective : l’ambiguïté de la modernité« , p. 207-208 (in Gabriel Gosselin, Les Nouveaux enjeux de l’anthropologie : autour de Georges Balandier, éd. L’Harmattan, Paris 1993). Depuis « Il s’agit bien de la génération dénommée celle du « baby-boom » (page 207) jusqu’à « à cause de la peur de la bombe démographique mondiale, qui remplace la peur de la bombe nucléaire » (page 208).

Deuxième partie : écriture personnelle

Vous répondrez d’une façon argumentée et ordonnée à la question suivante, en vous appuyant sur les textes du corpus et sur vos lectures personnelles :

  • Comment vous situez-vous par rapport aux générations antérieures ?

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Document 1, Collectif, sous la direction d’Alain Cordier et Annie Fouquet, « La transmission entre les générations » (La Famille, espace de solidarité entre générations, rapport et propositions remis à Philippe Bas, Ministre délégué à la sécurité sociale, aux personnes âgées, aux personnes handicapées et à la famille), Post propos, p. 55-56, La Documentation française, Paris 2006.

La solidarité entre les générations au sein des familles s’inscrit dans l’échange entre les générations dans la société (cf. le rapport du Groupe « la société intergénérationnelle au service de la Famille » présidé par Raoul Briet) et aussi, plus largement, dans la reconnaissance de la famille comme l’espace de transmission entre les générations.

La primauté donnée à l’instant caractérise nos sociétés occidentales, avec une absence de vision de long terme et une glorification des rentabilités de court terme. Or les anthropologues soulignent la temporalité spécifique à la relation entre les générations. La vie est relation, la vie est transmission. La solidarité au sein des familles signifie une confiance en l’avenir et en la capacité de créer cet avenir.

Rien ne serait plus dévastateur que de se contenter d’un constat rationnel visant à considérer que demain ne sera pas meilleur qu’aujourd’hui. La solidarité entre les générations passe par la confiance en le pouvoir créatif de chaque génération, au sein des familles, à l’école et dans l’univers professionnel.

Il serait inquiétant de se satisfaire d’une approche de la vie en accent circonflexe, une phase ascensionnelle suivie après la cinquantaine d’une chute programmée et irréversible. Une société humaine qui se définirait par la seule immédiateté de ses savoirs, l’instantanéité de ses capacités et le cliquetis de ses beautés artificielles, parviendrait avec peine à imaginer la vie autrement que comme une terrible épreuve de déchéance programmée et d’inutilité croissante. Elle oublierait que la vie est succession de passages comme autant de gués à franchir.

Cette observation du temps d’une vie nous invite à recevoir comme un cadeau la rencontre avec les générations qui nous précèdent ou celles qui nous suivent, en révélant, dans ce colloque intime, le trait d’union, fait de mémoire et d’espérance, le trait d’union qui donne sens à la vie reçue et donnée, le trait d’union que met au jour la famille et les liens qu’elle tisse.

Les mots pour le dire révèlent ou non la reconnaissance vraie du visage de l’autre. Ambivalence des approches lorsque les mots distinguent trop aisément le normal et le pathologique, le bien vieillir et le vieillissement repoussant, l’autonomie du sujet et la perte d’autonomie des personnes âgées ou en situation de handicap. Aller vers autrui et faire preuve de solidarité sans remise en cause de soi ou en classant les uns, capables, et les autres, assistés, restera toujours une démarche faussement généreuse.

Le renversement décisif vient au jour lorsque celui qui reçoit dispose de son espace pour donner à son tour, lorsque l’aide devient relation. La famille n’est pas un refuge mais un espace de reconnaissance de l’autre et de solidarité. En cela, elle est signe sur le chemin du vivre ensemble qui fonde une société et ses modes relationnels.

De génération en génération, ce qui s’y transmet n’est souvent pas prévisible, comme ces fleurs qui jaillissent ailleurs qu’à la verticale des graines plantées, là où le regard ne les attendait pas. A lire et à écouter les plus âgés, on pressent que les leçons, telles qu’elles furent assimilées, n’ont rien à voir avec ce qui était envisagé initialement.

Plutôt que de chercher en termes de transmission d’un acquis – avec ce que cela généralement comporte de complaintes chez les plus âgés – nous pouvons entrevoir, dans la rencontre des générations, l’idée de trace. La trace marque un chemin, un indice ou un exemple. Le sens de la transmission est en réalité la trace dans sa dynamique, un passage ouvert, l’espérance d’un possible. Celle ou celui qui trace le chemin, ignore le visage et les noms des marcheurs qui suivront, et jusqu’à l’heure de leur passage. Il en va comme d’un sédiment qui ne se voit pas mais qui nourrit. Nous nous surprenons à découvrir en nous ce que d’autres ont laissé, comme s’il nous arrivait de découvrir dans un grenier des objets que nous aurions oubliés et qui reprendraient d’un coup une nouvelle valeur.

Chaque génération naît héritière des autres, mais elle s’éprouve comme génération par la passion de fonder à son tour. Ce qui est en jeu est une humilité réciproque. Celle des anciens par la volonté de faire grandir, en chaque jeune, les capacités qui lui sont propres sans vouloir lui imposer un modèle et un rythme uniques et dominants. Celle des plus jeunes par la reconnaissance nécessaire de l’écoute et de l’observation des savoir-faire de ceux qui ont déjà dû faire.

Il s’agit de contribuer à ce que chaque génération découvre en elle sa part d’héritier et sa part de fondateur, et qu’elle les reconnaisse dans les autres. Si l’attention se focalise souvent sur la transmission entre les générations, il convient d’entendre aussi la réécriture d’une nouvelle proposition, par et à chaque génération. A situation nouvelle, décision nouvelle. Le rythme de nos sociétés s’accélère, ce qui rend rapidement obsolètes les solutions éprouvées et sûres des générations précédentes. En revanche, il fait naître le désir de sens, que le témoignage d’une vie en voie d’accomplissement peut révéler à une vie qui se cherche encore.

Ainsi surgit le miracle de la découverte réciproque des générations, parce que les plus anciens auront l’envie des plus jeunes, et les plus jeunes le désir des anciens, et tous d’apprendre des autres. Il ne s’agit ni de prescription ou de contrats obligatoires, ni d’opposer les jeunes et les vieux, il s’agit de reconnaître en chacun sa qualité de traceur et de passeur.

Document 2, Françoise Hurstel, « La Mort du père » (interview publiée dans Transmission entre les générations, table ronde, mercredi 9 octobre 2002, Théâtre Jeune public, 2002.

« Le père est mort » rappelle Françoise Hurstel (1). Ce qui est mort est une forme de paternité millénaire : selon la psychologue, le pater familias est clairement en destitution progressive depuis la deuxième guerre mondiale. Et cette révolution a bien sûr des répercussions sur la transmission familiale.

Pourquoi faut-il transmettre ?
Pour que les enfants des hommes deviennent des humains, qu’ils apprennent les valeurs, leur culture, leur langue. Cette transmission se fait aujourd’hui dans des formes culturelles tellement nouvelles qu’on ne sait plus comment la gérer.

Vous dites que les familles transmettent encore, mais autrement. Que transmettent-elles ?
Pour les sociologues, la famille doit favoriser la construction de l’identité de soi. S’épanouir coûte que coûte est le principe dominant. Mais cela ne suffit pas. L’enfant est aussi le maillon d’une chaîne généalogique. Pour pouvoir se construire et s’épanouir, il faut lui poser des interdits, dont le principal est celui de l’inceste. Si l’enfant n’est plus un maillon, alors pourquoi lui transmettre des valeurs ? Tout a changé, et pourtant tous les contenus anciens se transmettent encore. Même l’argent fait toujours transmission bien qu’on ne veuille pas lui donner tant d’importance. Au XVIIIème siècle, l’élément central de la transmission était le patrimoine. Il régissait tout, jusqu’aux mariages qui étaient contractés selon des stratégies d’alliance de biens familiaux. Au XIXème siècle, on assiste à la lente déconstruction de cette histoire. Aujourd’hui la transmission du patrimoine répond à une autre logique. Elle permet d’affirmer un lien généalogique. Et on y tient ! Il suffit de voir les rivalités entre frères et sœurs qui éclatent pour l’attribution d’une table ou d’une commode. Les valeurs d’autrefois se transmettent toujours, mais de façon anarchique. Nous transmettons très mal, en particulier les valeurs comme le respect d’autrui, car on ne sait plus ce qu’elles veulent dire. On transmet tout un système de valeurs que l’on a perdu.

Vous dites que la famille est en pleine révolution. Après ce séisme, allons-nous vers un équilibre ou resterons-nous dans une phase d’ajustement permanent ?
C’est toute la question de la modernité. La stabilité des transmissions est liée à la stabilité familiale et étatique. Or, en 20 ans, notre monde a connu plus de changements que durant les 200 dernières années (2). Nous sommes dans une période où les transformations s’accélèrent. Les adaptations rapides qu’elles entraînent n’ont rien d’évident, mais elles font aussi que nous vivons une époque formidable. Une autre psychologie de la famille apparaît dont nous sommes à la fois les acteurs et les spectateurs. Arriverons-nous à un équilibre ? Aujourd’hui, nous sommes en plein milieu du gué, ni au départ ni à l’arrivée d’une forme stabilisée de paternité ou de parentalité. Cette question devrait trouver des réponses plus satisfaisantes qu’aujourd’hui, mais toujours très transitoires. Cette stabilité ne pourra cependant être possible que si un ensemble de valeurs, comme la liberté, l’égalité et la fraternité, trouvent une définition pour la famille. Des essais existent comme l’association SOS Papa qui lutte pour l’égalité entre père et mère dans les divorces. Les valeurs ne sont pas encore arrivées à un état d’équilibre et elles ne le seront peut-être jamais, si chacun de nous ne se met pas à la tâche de réfléchir et penser ce que peut être cette transmission.

Quel est le rôle des grands-parents aujourd’hui dans la transmission ? En quoi a-t-il évolué ?
Il est vrai que les jeunes retraités font partie de la famille élargie. Ils se substituent souvent aux parents qui travaillent. Cette fonction d’aide est liée au nouveau statut de la femme, tout à la fois mère et femme active.

(1) HURSTEL, Françoise, « La déchirure paternelle », éd. PUF, 2002
(2) DUBY, Georges, « Le chevalier, la femme et le prêtre », éd. Hachette, 1981
Françoise Hurstel est professeur au Laboratoire de psychologie de la famille et de la filiation

Document 3, Sondage TNS Sofres-Pèlerin, Transmission des valeurs : le désarroi des familles.

Document 4, Edith Goldbeter-Merinfeld, « Générations et transmission » (introduction), Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseaux, n°38, 2007-1, De Boeck Université.

L’une des fonctions essentielles de la famille est la transmission : transmission génétique bien sûr, mais aussi bien d’autres, comme celles d’un savoir, d’une expérience, d’un savoir-faire et d’un savoir être. Premier milieu social où évolue le tout-petit, la famille est porteuse d’un modèle de socialisation et de couple, d’une manière de concevoir les hiérarchies et les relations, d’un langage et donc d’une manière de communiquer, même en se taisant. À ces formes de transmissions au premier degré (car connues le plus souvent de ses acteurs et exercées volontairement par eux) s’en ajoutent d’autres, plus implicites, façonnées par une histoire transgénérationnelle qui remonte dans la nuit des temps. Elles véhiculent les valeurs et les mythes, les habitudes et rituels répétés de manière automatique sans que vienne à la conscience l’idée d’en questionner le sens.

Document 5, Édouard Tiryakian, « 1968 en perspective : l’ambiguïté de la modernité« , p. 207-208 (in Gabriel Gosselin, Les Nouveaux enjeux de l’anthropologie : autour de Georges Balandier, éd. L’Harmattan, Paris 1993). Depuis « Il s’agit bien de la génération dénommée celle du « baby-boom » (page 207) jusqu’à « à cause de la peur de la bombe démographique mondiale, qui remplace la peur de la bombe nucléaire » (page 208). Cliquez ici pour accéder à l’extrait.

Publié par

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Bruno Rigolt Docteur es Lettres et Sciences Humaines Prix de Thèse de la Chancellerie des Universités de Paris Professeur de Lettres Modernes et de Culture générale au Lycée en Forêt (Montargis, France).