Prix de l'AMOPA 2013 : le Lycée en Forêt en tête du classement national

L’Association des Membres de l’Ordre des Palmes Académique (AMOPA) vient de décerner son prestigieux Prix d’Expression écrite « Défense et Illustration de la langue française » (Section Lycée) à l’une de mes élèves : Léna GNORRA-SONNERAT (Premier prix national ex æquo, et premier prix départemental) pour sa brillante dissertation qui portait sur le thème de l’émerveillement. Le sujet de composition française, particulièrement ardu, était le suivant : « Un homme qui n’est plus capable de s’émerveiller a pratiquement cessé de vivre ». Dans quelle mesure peut-on adhérer à ce jugement d’Albert Einstein ?

Par ailleurs, trois autres de mes élèves ont été sélectionnées au niveau académique :

  • Lucie M. (deuxième prix départemental),
  • Annaël P. (premier accessit),
  • Amélie S. (deuxième accessit).

Bravo enfin à la classe de Seconde 9 (promotion 2012-2013) pour sa remarquable implication.

Les productions écrites dans leur ensemble vont être mises en ligne sur cet Espace Pédagogique Contributif et feront l’objet d’une publication ultérieure sous forme d’un recueil qui sera consultable au CDI du Lycée.

Prix de l’AMOPA 2013 : le Lycée en Forêt en tête du classement national

L’Association des Membres de l’Ordre des Palmes Académique (AMOPA) vient de décerner son prestigieux Prix d’Expression écrite « Défense et Illustration de la langue française » (Section Lycée) à l’une de mes élèves : Léna GNORRA-SONNERAT (Premier prix national ex æquo, et premier prix départemental) pour sa brillante dissertation qui portait sur le thème de l’émerveillement. Le sujet de composition française, particulièrement ardu, était le suivant : « Un homme qui n’est plus capable de s’émerveiller a pratiquement cessé de vivre ». Dans quelle mesure peut-on adhérer à ce jugement d’Albert Einstein ?

Par ailleurs, trois autres de mes élèves ont été sélectionnées au niveau académique :

  • Lucie M. (deuxième prix départemental),
  • Annaël P. (premier accessit),
  • Amélie S. (deuxième accessit).

Bravo enfin à la classe de Seconde 9 (promotion 2012-2013) pour sa remarquable implication.

Les productions écrites dans leur ensemble vont être mises en ligne sur cet Espace Pédagogique Contributif et feront l’objet d’une publication ultérieure sous forme d’un recueil qui sera consultable au CDI du Lycée.

Support de cours BTS… Le phénomène E-Sport : de la convivialité à la post-humanité…

Le phénomène E-Sport
Ou le sport « métaphore » : de la convivialité à la post-humanité

Comme nous l’avons vu tout au long de nos entraînements¹, le sport se confond avec l’histoire culturelle, l’histoire de la citoyenneté et des idéologies ; en ce sens, il est révélateur du social et fait désormais partie de la vie quotidienne, à travers toutes les couches de la société.

Il serait à ce titre intéressant d’étudier le sport dans une perspective évolutionniste depuis les Lumières par exemple : c’est ainsi qu’à mesure que la bourgeoisie s’élevait et que son pouvoir s’affermissait, l’image du sportif changeait ; le sportif idéal n’était plus princier mais bourgeois. De même le sport a été le reflet de la rationalisation bureaucratique : que l’on songe par exemple à l’URSS transformant le sportif en travailleur. Pareillement, les fascismes ont pris le sport comme référence en lui ajoutant l’exaltation démesurée du sentiment national, ou la valeur de la pureté et de la race. Plus près de nous, avec la crise de l’État providence, c’est l’idée du sportif managérial qui domine la société mondialisée. Enfin, avec la fin du modèle politique et la transformation sans précédent des sociétés occidentales, les sports virtuels² accompagnent la numérisation du monde. Dès lors, une question se pose : quelles sont les implications culturelles et sociales des sports virtuels ?

À n’en pas douter, le passage du sport réel —lieu de la réalité— au sport virtuel aura une portée considérable quant à « l’être ensemble » et au « vivre ensemble ». Souvent prescriptif, le sport réel semble en effet affaire de rationalité. Les sports virtuels en revanche se départissent de cette image tournée vers la performativité pour s’inscrire davantage dans un contexte convivial mettant en valeur le moi en relation avec les autres. Comme il a été justement remarqué, « les sports virtuels, tout en continuant à donner la sensation de pratiquer un sport et en provoquant un certain mouvement chez ceux qui les pratiquent, excluent les dynamiques qui caractérisent le paradigme sportif qui fonde son projet éducatif et sa table de valeurs avant tout sur la réalité de la compétition, c’est-à-dire sur des adversaires existant physiquement, ainsi que sur le respect concret des règles et sur l’actualité du contact physique qui, par ce biais, précisément, devient une opportunité éducative.  Le risque de la virtualité est qu’elle peut finir par constituer le pas en avant ultérieur sur le chemin progressif du dépouillement des valeurs […] »
(Aldo Aledda, « La primauté de l’éthique en sport, un chemin tourmenté », in The Primacy of Ethics. Also in sports ? (collectif). Franco Angeli Edizioni, Milan 2011. Page 144).

Les sports virtuels à l’heure de l’éthique du care : le retour de l’émotionnel

Faut-il pour autant craindre cette déréalisation ? La différence avec les anciens systèmes de valeur du sport est en effet frappante. Il n’est pas étonnant que les ports virtuels par exemple soient contemporains d’une crise du modèle occidental, qui est avant tout une crise de l’homme occidental : l’homo œconomicus, structuré seulement par l’intérêt et la maximisation des besoins. À cet égard, ce qu’on a appelé l’éthique du care³ (« caring attitude ») est caractéristique d’une féminisation de la société occidentale : en se départissant de plus en plus de l’arrogance machiste traditionnelle pour repenser le sens du lien social, la féminisation de la société, fortement ancrée dans l’affectivité et l’attention à autrui, a déplacé les frontières établies entre les sphères privée et publique : au modèle égocentrique de l’individualisme libéral tourné vers la performativité, domine un autre modèle apte à repenser la sociabilité : celui du moi en relation avec les autres. C’est ainsi qu’on peut affirmer par exemple que la console Wii, en tant qu’espace de rencontre et de partage, s’inscrit dans une nouvelle anthropologie qui combine la performativité et la relationalité.

Les sports virtuels, reflet de la cyberculture

Le sport virtuel constitue donc une nouvelle modalité de la tradition sportive : en réinvestissant la pratique du jeu et du rituel et en tissant différemment le lien culturel, il est moins un sport au sens traditionnel du terme qu’une pratique de communication interactive. Les publicités pour la console Wii sont à ce titre très illustratives d’un tel changement : en cherchant à promouvoir d’autres logiques portant à un plus haut degré les théories du contrat social, les sports virtuels remettent en cause les fondements du libéralisme occidental construit à partir du dix-huitième siècle sur des logiques de cloisonnement et de discrimination, pour créer un espace environnant qui prend forme dans l’interaction sociale (sans doute aurez-vous noté l’aspect très « chorégraphique » de la publicité pour la Wii, qui met en avant la corporéité relationnelle).

Ce retour de l’émotionnel et du sensible va à l’encontre de l’instrumental qui a été le fondement de l’économie capitaliste. Ainsi, la Wii réintroduit le ludique mais aussi le communautaire, le métissage et le tribal. Comme le note très justement Emmanuelle Jacques, « la console de jeu Wii, comme la Xbox 360 Kinect et la PlayStation Move, bouleversent les modalités d’interaction des objets informatiques que nous utilisons. Dans nos salons s’installe une console de jeux qui connecte une petite barre de caméras infrarouges à un accéléromètre pour venir capter le corps en mouvement. Le canapé est poussé et l’agencement des meubles modifié, le temps d’un moment entre amis. Avec ces interfaces tangibles apparaît donc le « toucher » dans l’interaction homme-ordinateur et le plaisir de jouer ensemble »
Emmanuelle Jacques, « Le plaisir de jouer ensemble. Facilitation technique, expression du corps et convivialité » in Virtu@lité et Sport. Écrans multiples, vidéo et cybersport (28e Université Sportive d’été. Aix-en-Provence, 2010). Page 81.

Les sports virtuels en ce sens constituent un excellent reflet de la cyberculture, qui est avant tout une culture en réseau, apte à transformer l’espace et l’environnement traditionnels. À l’opposé des modèles de représentation dominants, les cybersports ont donc profondément modifié le cadre socio-culturel du sport.

Le sportif virtuel ou l’homme démiurge…

Ces mutations de plus en plus complexes vont certainement produire d’autres environnements, remettant en cause l’idée même de l’espace et du corps comme lieu maîtrisable, totalisable, bref comme lieu statique, comme lieu d’appartenance. On ne saurait en effet penser les sports virtuels comme une simple simulation du sport, mais comme un substitut qui attache au corps une définition beaucoup plus dynamique et mouvante. Ainsi que le notait avec une grande finesse Roberto Dodiato, « […] le corps virtuel accomplit un pas de plus, qui dans ses conséquences extrêmes, l’apparente à une mimesis non imitative ». (Roberto Dodiato, Esthétique du virtuel, traduit de l’italien par Hélène Goussebayle. Librairie Philosophique Vrin « Matière Étrangère »). Affranchi des contraintes physiques et investi par des millions de gens interconnectés dans un espace où la téléprésence remplace la présence, le corps virtuel offre un champ de pratiques sportives certes plus ouvert, plus participatif que dans les sports classiques, mais également plus complexe à circonscrire dans la mesure où il déplace l’attention sur le concept d’espace-temps virtuel et d’identité hybride.  

Sans être technophobe, il est certain que derrière une indéniable convivialité, les sports virtuels soustraient le corps à l’espace réel pour l’installer dans un univers projectif, qui fait échapper l’homme à la précarité de sa condition. Univers qui contribue à un retour au narcissisme dans lequel les limites du corps et de l’espace sont abolies. Gérard Dubey souligne à ce titre combien, « à travers les mondes virtuels qu’il côtoie et manipule, l’homme moderne se sent à l’abri de la mort et des assauts du temps. Il se sent et se perçoit invulnérable » (Le Lien social à l’ère du virtuel, PUF, Paris 2001. Page 135).

C’est dans ce contexte de postmodernité qu’il est donc intéressant de situer les sports virtuels, qui répondent d’abord et surtout à une quête identitaire, une quête de représentation parfaite de soi-même grâce à l’affinement des moyens techniques. Au fond, ce qui a changé, ce n’est pas intrinsèquement le sport mais l’environnement, de plus en plus surmédiatisé et technologisé. Un exemple me semble très caractéristique de cette évolution : c’est la publicité pour Red Bull. Flattant l’ego du spectateur qui devient presque démiurge, à l’écart des réalités externes, elle le présente comme un sportif surhomme maîtrisant le monde.

C’est ainsi que la réflexion sur les sports virtuels amène à une réflexion essentielle sur l’idée de progrès ou sur la notion d’utopie. Comme le rappellent les Instructions Officielles, « les débats actuels sur le sport offrent un reflet de nos espoirs et de nos peurs quant à l’avenir de notre société ». Dans les sports virtuels par exemple, l’identification à un avatar peut s’interpréter, dans une perspective eschatologique, comme une façon de se réinventer grâce à l’informatique. Cette mise en suspens du principe de réalité est très caractéristique de la cyberculture contemporaine, partagée entre l’intime et l’impersonnel, entre la survalorisation du corps, son immatérialité (le cybercorps du cybersportif) et sa finitude (le corps « réel », biologique), forcément décevante et anachronique au regard des nouvelles technologies.

Conclusion

Ainsi, les sports virtuels, prisonniers d’un certain darwinisme  social, apparaissent comme le rêve sécularisé de  l’homme créé à l’image de Dieu. Cette fusion entre eugénisme high-tech et postmodernité amène évidemment à une nécessaire réflexion éthique et morale. Même s’ils se réclament toujours de l’esprit sportif, les sports virtuels renvoient malgré eux à un monde au-delà du monde, à un homme au-delà de l’homme

© Bruno Rigolt, avril 2013
Espace Pédagogique Contributif / Lycée en Forêt (Montargis, France)


Documents d’accompagnement

  • Corinne Plantin, Américanisation culturelle, les cultures urbaines états-uniennes dans l’agglomération foyalaise (*) : exemples du hip-hop, du body system et de la glisse urbaine (1999-2002). Éditions Publibook Université (« Sciences Humaines et Sociales), 2011.
    Depuis : « La machinisation n’engendre-t-elle pas une artificialisation des efforts physiques et créatifs ? » (page 140) jusqu’à : « Ainsi les pratiquants se spécialisent également. » (page 141).

    (*) Foyalais(e) :  qui se rapporte à la commune de Fort-de-France.

  • Collectif (Alain Berthoz, Jean-François Caron, Marie-Florence Grenier-Loustalot, Charles-Yannick Guezennec, Pierre Letellier, Claude Lory, Denis Masseglia, Nicolas Puget, Isabelle Queval, Yves Rémond, Fabien Roland, Jean-François Toussaint et Jean-Luc Veuthey), La Chimie et le sport, EDP Sciences 2011. Pages 82-83.

  • Laurent Grelot, « La nécessaire prise en compte du développement durable dans le sport » in Le Modèle sportif français. Bilans et perspectives (collectif sous la direction de Sandra Montchaud et Pierre dantin), Lavoisier, Paris 2008.
    Depuis la page 310 (« Avec les technologies de l’information et de la communication » jusqu’à la page 312 (« En somme, le sport ne s’appartient plus »).


NOTES

1. Entraînements et supports de cours mis en ligne :

Vous trouverez ci-dessous plusieurs entraînements inédits sur le thème du sport(synthèse + écriture personnelle) :
  • Les valeurs du Sport : Excellence ou Sacralisation ? [Coubertin, INA, Caillat, Brohm] : Sujet + Corrigé
  • Sport et Droits de l’Homme [Bolotny, R. Yade, B. Laporte, Amnesty International, Lemieux, Collectif pour le Boycott des JO de Pékin 2008] : Sujet
  • Sport et discriminations de genre [Collectif, SOS Homophobie, Bodin, Robène, Héas, Mennesson, Kay, Jeanes + nombreux documents complémentaires] : Sujet
  • Sport et accomplissement [Lancelotti, Montherlant, Bollon, Andrieu] : Sujet
  • L’Art et le sport [Bégaudeau, De La Porte, Gaucher, Bellows, Boutrin] : Sujet
  • Sports de masse et Surmédiatisation [Thibon, Giono, Brohm, Couture] : Sujet + Corrigé
  • Le sport, reflet du capitalisme ? [Bodin, Sempé, Fatien, Fontanel, Joffard] Support de cours+ Sujet d’entraînement

2. « Le virtuel peut se définir comme « l’ensemble des technologies visant à construire des mondes virtuels et à y interfacer un être humain en lui procurant l’impression qu’il y perçoit et agit de manière naturelle » (Denis Berthier, Méditations sur le réel et le virtuel, L’Harmattan, Paris 2004, page 111).

3. Voir à ce sujet le remarquable ouvrage de Fabienne Brugère : L’Éthique du care, PUF « Que sais-je », Paris 2011.

Licence Creative CommonsNetÉtiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, cet article est protégé par copyright. Ils est mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le nom de l’auteur ainsi ainsi que la référence complète de l’article cité (URL de la page).


© Bruno Rigolt, EPC avril 2013__

Le 8 mars, c'est toute l'année ! Aujourd'hui la contribution de Mélanie et Thaïs !

Parce que le 8 mars, c’est toute l’année, vous trouverez sur cet Espace Pédagogique Contributif à partir du dimanche 17 mars jusqu’à la fin de l’année scolaire un travail mis en ligne chaque semaine : exposé, article, recherche, affiche… abordant la question du droit des femmes…

Cette semaine, la contribution de Ménanie T. et de Thaïs T., élèves de Seconde 7
(promotion 2012-2013)…

VIOLENCE FAITE AUX FEMMES…
UN « DÉVELOPPEMENT DURABLE » ?

par Ménanie T. et Thaïs T.

Cette affiche a été réalisée dans le cadre du concours Mix’Art 2013. Pour des raisons éditoriales le projet original a été retouché et traité numériquement. B. R.

 
Quelques mots sur notre projet…
par Mélanie et Thaïs

Jeunes filles et lycéennes, nous sommes confrontées chaque jour par les médias et les campagnes de sensibilisation à la question de la violence faite aux femmes : « Une femme sur deux meurt en effet tous les deux jours et demi » sous les coups de leur mari, conjoint, ex-compagnon… Bref sous les coups d’un homme.

Mais quand une femme meurt, dites-vous bien que c’est la moitié de l’humanité qui meurt, et quand près de deux millions de femmes battues meurent chaque année, c’est la démocratie qui meurt, c’est l’espoir qui meurt, c’est l’idée que « la femme est l’avenir de l’homme » qui meurt !

Nous avons choisi de défendre cette cause car la situation faite aux femmes, malgré les apparences, reste très tabou, un peu comme s’il était dans le gène des femmes de mourir, d’être soumises, de se taire ! La mort des femmes est donc le corrélat d’un terrible silence : le silence du monde. Nous pensons, comme le rappelle  opportunément le slogan du ministère des droits de la femme que la journée de la femme, « c’est toute l’année » et c’est la raison pour laquelle nous avons décidé de créer cette affiche.

Notre projet en effet consiste à montrer les différentes étapes du cycle de vie d’une femme : spontanément, le ruban de Möbius qui mêle le développement durable et le recyclage a sollicité notre imaginaire : n’avons-nous pas tendance à « recycler » la violence, par peur d’en parler, par crainte de la dévoiler au grand jour ? Ainsi nous habituons-nous à ce qu’une femme sur deux meure tous les deux jours et demi sous les coups : nous « recyclons » notre violence, nous cachons notre lâcheté sous d’autres emballages : si le développement durable permet de préserver les générations présentes et futures, le développement durable de la violence semble malheureusement d’une triste actualité…

Chaque jour en effet, de nouvelles femmes rentrent dans ce cycle infernal de la violence, et qui semble ne jamais finir… Notre composition est faite tout d’abord sur un fond de briques rouges pour rappeler bien sûr le street art, mais plus fondamentalement pour situer notre réflexion dans le quotidien le plus banal de chacune et chacun de nous. Quant aux trois flèches du recyclage, elles renvoient à un triste schéma narratif : la femme soumise d’abord à la violence presque anodine… Et puis les coups se répètent : indéfiniment, inlassablement : la deuxième image témoigne de cette violence quotidienne. « Un peu », « beaucoup », « à la folie » : telle est la dernière image : celle de la femme morte…

Une petite mort de rien du tout, avant la prochaine femme tuée dans deux jours et demi…
© Mélanie T. Thaïs T.
Classe de Seconde 7, Lycée en Forêt (Montargis, France)
Relecture, correction du manuscrit : Bruno Rigolt

Licence Creative CommonsNetÉtiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les travaux des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du document cité (URL de la page).


 

Le 8 mars, c’est toute l’année ! Aujourd’hui la contribution de Mélanie et Thaïs !

Parce que le 8 mars, c’est toute l’année, vous trouverez sur cet Espace Pédagogique Contributif à partir du dimanche 17 mars jusqu’à la fin de l’année scolaire un travail mis en ligne chaque semaine : exposé, article, recherche, affiche… abordant la question du droit des femmes…

Cette semaine, la contribution de Ménanie T. et de Thaïs T., élèves de Seconde 7
(promotion 2012-2013)…

VIOLENCE FAITE AUX FEMMES…
UN « DÉVELOPPEMENT DURABLE » ?

par Ménanie T. et Thaïs T.

Cette affiche a été réalisée dans le cadre du concours Mix’Art 2013. Pour des raisons éditoriales le projet original a été retouché et traité numériquement. B. R.

 

Quelques mots sur notre projet…
par Mélanie et Thaïs

Jeunes filles et lycéennes, nous sommes confrontées chaque jour par les médias et les campagnes de sensibilisation à la question de la violence faite aux femmes : « Une femme sur deux meurt en effet tous les deux jours et demi » sous les coups de leur mari, conjoint, ex-compagnon… Bref sous les coups d’un homme.

Mais quand une femme meurt, dites-vous bien que c’est la moitié de l’humanité qui meurt, et quand près de deux millions de femmes battues meurent chaque année, c’est la démocratie qui meurt, c’est l’espoir qui meurt, c’est l’idée que « la femme est l’avenir de l’homme » qui meurt !

Nous avons choisi de défendre cette cause car la situation faite aux femmes, malgré les apparences, reste très tabou, un peu comme s’il était dans le gène des femmes de mourir, d’être soumises, de se taire ! La mort des femmes est donc le corrélat d’un terrible silence : le silence du monde. Nous pensons, comme le rappelle  opportunément le slogan du ministère des droits de la femme que la journée de la femme, « c’est toute l’année » et c’est la raison pour laquelle nous avons décidé de créer cette affiche.

Notre projet en effet consiste à montrer les différentes étapes du cycle de vie d’une femme : spontanément, le ruban de Möbius qui mêle le développement durable et le recyclage a sollicité notre imaginaire : n’avons-nous pas tendance à « recycler » la violence, par peur d’en parler, par crainte de la dévoiler au grand jour ? Ainsi nous habituons-nous à ce qu’une femme sur deux meure tous les deux jours et demi sous les coups : nous « recyclons » notre violence, nous cachons notre lâcheté sous d’autres emballages : si le développement durable permet de préserver les générations présentes et futures, le développement durable de la violence semble malheureusement d’une triste actualité…

Chaque jour en effet, de nouvelles femmes rentrent dans ce cycle infernal de la violence, et qui semble ne jamais finir… Notre composition est faite tout d’abord sur un fond de briques rouges pour rappeler bien sûr le street art, mais plus fondamentalement pour situer notre réflexion dans le quotidien le plus banal de chacune et chacun de nous. Quant aux trois flèches du recyclage, elles renvoient à un triste schéma narratif : la femme soumise d’abord à la violence presque anodine… Et puis les coups se répètent : indéfiniment, inlassablement : la deuxième image témoigne de cette violence quotidienne. « Un peu », « beaucoup », « à la folie » : telle est la dernière image : celle de la femme morte…

Une petite mort de rien du tout, avant la prochaine femme tuée dans deux jours et demi…

© Mélanie T. Thaïs T.
Classe de Seconde 7, Lycée en Forêt (Montargis, France)
Relecture, correction du manuscrit : Bruno Rigolt

Licence Creative CommonsNetÉtiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les travaux des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du document cité (URL de la page).

 

Un automne en Poésie… Saison 4… Dernière livraison

Les classes de Seconde 7 et de Seconde 9 du Lycée en Forêt
vous invitent à une exposition exceptionnelle…

Un Automne en Poésie : quatrième livraison

Les élèves de Seconde 7 et de Seconde 9 du Lycée en Forêt sont fiers de vous présenter l’édition 2012-2013 d’« Un automne en Poésie », événement désormais incontournable qui marque comme chaque année l’actualité littéraire lycéenne. Puisant leur inspiration dans le message du Romantisme et du Symbolisme (voire du Surréalisme pour les textes récemment publiés), les jeunes étudiant(e)s ont souhaité mettre en avant l’écriture poétique comme exercice de la liberté : liberté du rêve, des grands infinis ; liberté du cœur et des sentiments ; liberté aussi des jeux sur l’image et le non-dit, l’inexprimable, l’ineffable du mot…

© Bruno Rigolt/EPC décembre 2012. D’après Eugène Delacroix, « La Liberté guidant le peuple » (Musée du Louvre-Lens)

Voici la quatrième et dernière livraison de l’exposition « Un Automne en Poésie » qui a accueilli cette année les classes de Seconde 7 et de Seconde 9 du Lycée en Forêt. Un peu plus de quarante textes ont été mis en ligne. Ce travail d’écriture, qui s’est échelonné  sur un trimestre, est avant tout un témoignage littéraire de grande valeur qui montre le potentiel  créatif dont sont capables les élèves. Bravo à toutes et à tous pour le travail accompli, et merci aux nombreux lecteurs venus découvrir et admirer les manuscrits publiés.

Pour accéder à la première livraison, cliquez ici. Pour accéder à la deuxième livraison de textes, cliquez ici. Pour accéder à la troisième livraison, cliquez ici.
Bonne lecture.

NetÉtiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les poèmes des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du poème cité (URL de la page).

 

 

Dans la royauté encore incertaine de la vie

Raïssa S.
Seconde 9

Dans la royauté encore incertaine de la vie,
Je marche, loin du pouvoir centralisateur des ombres.
Les courbes du soir m’ébranlent sous la lumière effervescente du monde
Mais je vous dis que les triomphes et la vigueur de la mer innovent l’amour !

La mer qui coule dans mon corps
Ressemble à une immense inondation d’adieux.
La vie est submergée d’espérances et de silences
Mais je vous dis que notre amour est rejeté du monde tel un craquement de larmes !

L’oiseau s’envole vers la royauté encore incertaine du soir…
Enivré de colère obscure, mon cœur est rempli d’orgueil :
C’est une flamme de vent qui crie la critique virulente d’un rang social interdit
Mais je vous dis que les oiseaux arc-en-cièlent le monde !

Raïssa S.
Lycée en Forêt (Montargis, France), novembre 2012

« L’oiseau s’envole vers la royauté encore incertaine du soir… »

Crédit iconographique : © Bruno Rigolt

          

           

Trois haïkus…

Amélie S.
Seconde 9

Être heureux comme la grandeur de l’océan…

La plaine de mon cœur est un ensemble d’horizons d’où fleurissait le soir.

Amélie S.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

Découvrez un autre texte d’Amélie : « Et de clarté indéfinissable« 

Variations mathématiques

Paul B.
Seconde 9

Pour certains, le diamètre de l’amour
Est incommensurable.
Mais je l’ai mesuré.

Pour d’autres, la vie serait constituée de segments
Et de droites arrondies prêtes à s’envoler.
Mais je les ai retenues

Dans mes mains avec des courbes sans problèmes,
Avec des additions, et des antithèses, et la vie
Qui élevait parfois ton nom au résultat décimal !

Paul B.
Lycée en Forêt (Montargis, France), décembre 2012

« La vie serait constituée de segments et de droites arrondies prêtes à s’envoler.
Mais je les ai retenues ! »


        

 

D’un trait de fusain

Coralie M.
Seconde 7

D’un trait de fusain, je te fais revivre
Et mes pensées fusent assez
Pour que quelques esquisses suffisent
Pour tenir ta main.

J’ai plongé dans le bleu camaïeu
De tes yeux.
Il m’est impossible de remonter à la surface
De ces eaux profondes

Qui recouvrent mon visage
Aux couleurs de sourire
Quand je marche
Sur tes lignes !

La nostalgie de tes paroles
De faible vent
Ressurgit de mon âme
Et je ne peux retenir la seule larme

Qui t’était destinée…
J’ai marché sur cette route jusqu’à l’intersection :
Tu m’as donné la main,
Mon cœur appartenait au tien…

Coralie M.
Lycée en Forêt (Montargis, France), novembre 2012

« Tu m’as donné la main, Mon cœur appartenait au tien… »

Joan Miro, « Dancer », 1925 (détail). Musée Sammlung Rosengart, Lucerne, Suisse

 

J’ai caressé la rivière…

Ludovic M.
Seconde 9

Une histoire brûle en chaque être
Une histoire de violence : les guerres
Sèment toujours leurs cendres
Elles étouffent la descendance…
Dans le temps rempli d’espace
J’ai caressé la rivière
Qui s’écoule éternellement
Sur le flanc de l’existence
Au-delà des barrages sans lendemains…

Ludovic M.
Lycée en Forêt (Montargis, France), novembre 2012


« J’ai caressé la rivière qui s’écoule éternellement s
ur le flanc de l’existence… »

Crédit photographique : © Bruno Rigolt

       

La fin de l’Inconnu

Siméon D.
Seconde 9

Le galop léger de la mer
Est comme l’envol d’un oiseau libre
Fuyant ce monde à ride
Qui ne meurt que pour la guerre.

Ainsi va mon âme fuyante
Pareille à l’oiseau qui veut quitter ce monde
Sans entente que je ne peux changer
Avec des mots.

Mon âme est un jardin de givre
Qui ne peut résister aux assauts
De l’amer. Je me laisse envahir
Par ce monde insensible aux mots.

Mon cœur s’en est allé aux frissons
Du soir comme dans un fleuve emporté.
Mon cœur inconnu, mon cœur n’en peut plus
De suivre ces routes closes aux pavés de silence.

« Le galop léger de la mer est comme l’envol d’un oiseau libre… »

Crédit iconographique : Bruno Rigolt

         

       

L’Envol

Nathanaël A.
Seconde 9

Élevée au-dessus du bonheur,
La plaine sans fin du ciel
Est un océan de liberté
Envahi par le vol gracieux
Des oiseaux.

Les nuages se laissaient porter
Par le vent : enveloppements de ciel
Par les obscurs délices
De la nuit qui se confondait
Avec le jour.

Le vent rejoignait
Le soleil. La lune avait pris
Lentement la place des matins d’hier
Qui tombaient entre les doigts
De l’horizon…

Nathanaël A.
Lycée en Forêt (Montargis, France), novembre 2012

« La lune avait pris lentement la place des matins d’hier… »

–         

          

Peut-être un jour…

Arnault C.
Seconde 7

Peut-être un jour la nuit se manifestera :
Un combat étoilé entre le soleil et la mer
Dans les registres taudifiés de la vie.

Peut-être un jour le monde émettra
Un langage astronomique :
Un appel tutorial autonome de légende et de vent,

L’étranger journalier luttant pour la Liberté.
Je désire le renouvellement épique
D’une extase agressive :

Manifestation presque incontrôlable,
Bataille sanguinaire applaudie
Par la mort de la mort.

Peut-être un jour l’obscurité
D’une autre année primitive
S’éteindra.

La version d’une histoire sans sens
Disparaîtra.  À l’amour du danger je m’adresse :
L’air court et l’homme vole !

Arnault C.
Lycée en Forêt (Montargis, France), décembre 2012

      

                 

Les Ombres de la vie

Éva C.
Seconde 7

Dans la neige sur les éternels toits
J’ai vu la douceur du feu, l’amour de la noirceur,
J’ai vu la colombe du malheur et du désespoir
Qui souriait.
J’ai vu la guerre de la joie triste,
Et la lumière des ténèbres
Qui brillait de mille feux parmi le désert de la vie.
J’ai vu la joie qui saluait la mort :
La mort blanche d’amour défiant la vie de l’ombre…

Éva C.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

« J’ai vu la joie qui saluait la mort : La mort blanche d’amour défiant la vie de l’ombre… »

Charles-François Daubigny (1817-1878), « La neige », 1873. Huile sur toile. Paris, Musée d’Orsay
© RMN-Grand Palais / Hervé Lewandowski

             

             

À la Dérive

Flore D.
Seconde 7

Seule dans le vertige du néant,
Le cœur lourd comme une ancre emportée
Par une vague de sanglots,
La marée haute me surprend.
Les lanternes du départ éclairent mon exil
J’aperçois l’horizon qui éloigne au loin
Le souvenir de tes yeux
Parti vers d’autres lieux
Que le rivage de mes yeux…

Flore D.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

 « Le cœur lourd comme une ancre emportée
Par une vague de sanglots… »

Crédit photographique : © Bruno Rigolt

             

                    

Vers de nouveaux verticaux
Fantaisie surréaliste
— I —

Larouci U.
Seconde 9

Tête vide pleine d’hélium,
Toujours dans les airs telle une montgolfière qui rêve
Partagée entre idéal et réalité, élevée par l’imaginaire
Vers de nouveaux verticaux, des nuages en marshmallow :
Tête harmonieuse qui écoute  le bourdonnement des vents,
Les pleurs des nuages.

Il observe les oiseaux aventuriers
Honorant les cieux impénétrables.
Il sursaute devant les hurlements étincelants
D’énormes manteaux noirs d’amertume.
Soudain, tête apeurée se siffone
Car aiguille épineuse l’a fatalement percée,

Tête horrifiée chute
Éclatant les gourmandises nuageuses.
Tête petite à travers
Les immensités noires tourmentées
Crie, pleure, hurle
Devant les gromellements mouillés, statiques

Tête en l’air appelle à l’aide les aigles royaux, impuissants.
Bientôt tête sereine
N’attend que l’Inévitable,
Bercée par la brutale sérénade du vent
Illuminée par le doux sourire d’Hélios…
Boum ! Tête devient crêpe.

Larouci U.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012


« Vers de nouveaux verticaux, des nuages en marshmallow… »

Crédit photographique : © Bruno Rigolt

                 

                  

Les larmes aussi d’un chevalier de sang
Fantaisie surréaliste
— II —

Larouci U.
Seconde 9

Vêtue de lueurs miroiresquement bleues,
Consumée par la rouge lumière portée à la main,
Droite et fière comme un buste : instrument de Lueur à la hanche
Inspirant méfiance et terreur. Légion de lueur face à la Forêt sombre,
Brumeuse et mystérieuse telle un traître voleur encapuchonné.

Lueur déglutie, transpirant de stress, arme agitée, torche sereine.
Coup d’œil à sinistra puis à dextram contre la panique poignante de minuit.
Lueur inspirant de peur ; expirant de rassurance, pleine de courage.
Légion orchestrant un tintement de lames écarlates contre les courses tambourines
Et les rugissements tromboneux murmurés à travers bois.

Entre les troncs, fourmillaient par milliers des soldats verdâtres et la Légion
Hurlait la charge et sa recherche de gloire. Parmi elle, frère de Lueur, un déferlement
De gouttelettes rougeoyantes, ensemble d’une vague tempétueuse
Qui mit le feu aux herbes. Lueur vaillante contemplant dans le gros globe oculaire
Des peaux vertes : le reflet d’un monstre en armure venant des flammes.

Incendie de clairière inondée d’eau d’être vivant. Nuit d’apocalypse : éternelle Nuit.
Enveloppes charnelles putréfiées en fumée par les flammes destructrices.
Refrain répétitivement cruel de la nuit : Légion mourante. À l’aube,
Lueur d’un regard vide qui voit les cadavres de la colère, ses frères de lueur
Tombés dans les bras de la Mort sur le champ de ferrailles.

Porteur se défait de Lueur, immaculée de sang qui rejoint le Ciel.
La pluie chute, le feu se tait.
Porteur s’agenouille seul sur la clairière troublée.
Le jour ruisselle et les larmes aussi
D’un chevalier de sang.

« Incendie de clairière inondée d’eau d’être vivant. Nuit d’apocalypse : éternelle Nuit. »

Image tirée du jeu Blood Knights®. Tous droits réservés.

Larouci U.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

                 

                        

Comme un doux rêve mélancolique

Lisa P.
Seconde 7

Le destin est une piqûre d’abeille
Pareille au rouge du sang ou de l’arc-en-ciel.
En plein cœur elle prend sa place
Dans le regard bleu du jour qui trépasse.
Survient une brûlure comme un hommage
À l’horizon qui s’éteint
Dans l’ombre descendue de la vie.

Le destin est une piqûre d’abeille,
Fleur d’une réalité qui s’éveille
Au parfum magnifique de l’amour
Comme un doux rêve mélancolique,
Comme peint sur des souvenirs lointains
Qui rêvaient d’exister
Au fond des nuits de particulière passion.

Lisa P.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

« Survient une brûlure comme un hommage à l’horizon qui s’éteint
Dans l’ombre descendue de la vie… »

Création originale d’après Pierre Puvis de Chavannes « Le Rêve » (1883). Paris, Musée d’Orsay.

La numérisation des textes de la quatrième livraison est terminée.
Pour des raisons techniques, certains manuscrits seront publiés ultérieurement.

Pour accéder à la première livraison de textes, cliquez ici. Pour accéder à la deuxième livraison de textes, cliquez ici. Pour accéder à la troisième livraison de textes, cliquez ici.

NetÉtiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les poèmes des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du poème cité (URL de la page).

Licence Creative Commons

Crédit iconographique : © Bruno Rigolt sauf mention contraire.

Un automne en Poésie… Saison 4… Troisième livraison

Les classes de Seconde 7 et de Seconde 9 du Lycée en Forêt
vous invitent à une exposition exceptionnelle…

Un Automne en Poésie : troisième livraison
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Pour accéder à la deuxième livraison de textes, cliquez ici.

Les élèves de Seconde 7 et de Seconde 9 du Lycée en Forêt sont fiers de vous présenter l’édition 2012-2013 d’« Un automne en Poésie », événement désormais incontournable qui marque comme chaque année l’actualité littéraire lycéenne. Puisant leur inspiration dans le message du Romantisme et du Symbolisme, les jeunes étudiant(e)s ont souhaité mettre en avant l’écriture poétique comme exercice de la liberté : liberté du rêve, des grands infinis ; liberté du cœur et des sentiments ; liberté aussi des jeux sur l’image et le non-dit, l’inexprimable, l’ineffable du mot…

Voici la troisième livraison.
Pour accéder à la première livraison, cliquez ici. Pour accéder à la deuxième livraison de textes, cliquez ici
Bonne lecture.

NetÉtiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les poèmes des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du poème cité (URL de la page).

 

 

Et toi, mon poème…

Nicolas Q.
Seconde 7

Toi pâle rêve
Maquillé de pourpre et de vent
Aussi petit qu’un morceau de lune
Quand la nuit se tâche les ailes…

Et toi, mon poème,
Tu es un secret aussi friable
Que le diamant
Qui se brise dans un cri étoilé.

Tu marchais tel un faune
Dans les vapeurs d’un songe orgueilleux
Pour disparaître
Sur une étoile filante. 

Nicolas Q.
Lycée en Forêt (Montargis, France), novembre 2012

« Et toi, mon poème, tu es un secret aussi friable que le diamant qui se brise dans un cri étoilé… »

Vincent Van Gogh, « La Nuit étoilée », 1889. New York, Museum of Modern Art.

             

              

Foule de solitude

Johanna B.
Seconde 7

Observez le reflet du soleil couchant :
C’est une eau d’un bleu profond,
C’est le reflet d’une catastrophe inexplicable,
Illogique, contradictoire 

Avec les profondeurs festives de la vie.
Le rayonnement du soleil
Semblait être rejeté sur le pavé
Envahi de futilité et d’amertume.

J’aperçus une foule de solitude
Puis le trébuchement d’un souvenir
Aussi léger que cruel, et des flocons de neige noire
Qui tombaient du ciel de tes yeux…

Johanna B.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

           

                  

Dans un dernier envol

Marie C. et Clémantine D.
Seconde 9

Crépuscule fuyant dans la nuit noire aveuglante,
Ciel bleu de tristesse sous la lune
Éclairant tous les chemins de mélancolie de la vie.

Rose de l’amour, fleur de bonheur
Au cœur bleu scintillant de désir et d’épines.
Fleur faisant fuir le désespoir de la lune !

Le soleil levant éclaire le monde de ses rayons et de ses sentiments !

La magie de ce moment envoute mon esprit d’euphorie
Et me fait voyager dans le ciel du souvenir.
L’oiseau de la vie m’emmène loin de mon pays :

Vers l’ailleurs, lumière infinie !
L’onde de l’espoir vole au-dessus du monde.
Mon esprit vagabond voyage loin parmi l’étoile !

La métaphore de la vérité traverse la nuit dans un dernier envol !

Marie C. et Clémantine D.
Lycée en Forêt (Montargis, France), novembre 2012

« La métaphore de la vérité traverse la nuit dans un dernier envol ! »

Marc Chagall, « Le Songe de Jacob », 1960-1966 (détail). Nice, Musée national Marc Chagall.

Pauvre comme une feuille

Lucie M.
Seconde 9

Au crépuscule de son jour,
Un homme.
Dans la maison vide de son cœur,
Son empire déchiré.

Dans le couloir de mes sentiments,
Ses espoirs brûlants
Expirant la solitude :
Bientôt il meurt :

Pauvre comme une feuille
Quittant l’arbre.
En ouvrant ma fenêtre j’aperçus
L’ombre de son cœur dans l’obscurité lumineuse

À terre, cet homme qui se confondait
Avec la poussière…
Dans la chambre de mon âme,
Il pleure encore !

Lucie M.
Lycée en Forêt (Montargis, France), novembre 2012

D’après Roy Lichtenstein, « Drowning Girl », 1963

                    

                 

Vers les ports de solitude

Sophie B.
Seconde 9

 

Au loin apparaît le bateau étoilé,
Autrefois si vivant
Se préparant à revenir
Vers les ports de solitude.

Jadis voguait une embarcation ailée
Qui voyageait vers l’espace infini
Du ciel délimité
Tel un rivage.

Et ce bateau est pareil
À l’envol de la mer :
Abandonné des mouettes immobiles,
Partant vers un nouveau départ.

Sophie B.
Lycée en Forêt (Montargis, France), novembre 2012

François Bensa (Nice 1811-1895), « Le quartier du Lazaret avec la Réserve » (détail). Nice, Villa Masséna.

 

 

–         

 

Enchantement

Émile C.
Seconde 7

Dans un bruit silencieux de la détresse des rêves peaufinés,
Les heures défilent,

Envahies par un désert d’évasion désertique,
Saturées d’une large étendue de pensée :

Le symbole du repos se révèle enfin !
Voici l’heure où la nuit divinatrice pleine d’ailleurs et de liberté

Réclame l’assassinat des limites tant repoussées !
Voici l’horizon effacé de toutes pistes !

Ô mon cœur, prolonge ces doux sanglots de sommeil alterné
Dans le mirage du soir tant désiré…

Émile C.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

              

          

Dans le soir qui mène vers l’au-delà…

Quentin L. Julien R. Andéol É.
Seconde 7

Ton regard bleu me transporte
Vers les abysses du livre sans fin de la mer !
La mélodie des vagues portées par le sourire du monde
Éclaire nos cœurs.
L’ombre de ton âme hante mes pensées :
Tu sembles sirène sous les vagues ondulantes
De tes cheveux.

La voix de la mer chuchote devant ta voix.
Et dans le soir qui mène vers l’au-delà,
J’écoutais le sable fin caresser ton cœur,
Je voyais le scintillement d’une vague azuréenne
Refermer le livre aquatique de l’amour,
Couleur de silence
Et de lumière !

Quentin L. Julien R. Andéol É.
Lycée en Forêt (Montargis, France), novembre 2012

« Ton regard bleu me transporte
Vers les abysses du livre sans fin de la mer ! »

            

 

Dans les limbes de tes cheveux

Théophile M.
Seconde 9

Une sensation de liberté m’envahit quand je te vois,
Comme un espoir rempli d’inaccompli.
Ton seul sourire est suivi d’un abîme épanoui,
Et tes yeux, tes yeux me font tourbillonner
Dans un enfer de bonheurs diaphanes.

Un jardin de pureté
Et des îlots de vide devant ta beauté
Flottent dans mon cœur. Un paradis s’est perdu
Dans les limbes de tes cheveux
Où murmurait le soir…

Théophile M.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

             

               

Haïkus de nature et d’amitié
俳句

Annaël P.
Seconde 9

— I —

Joie éclatante
Comme un soleil levant
De gaieté fleurissante
Entre le bleu et le vent.
Un cri de triomphe
Jailli des fleurs fanées,
Des joncs flétris,
Fantômes du passé…

— II —

Le temps se refait
Le soleil est une épée qui coupe le malheur
Et perce les nuages
Partis vers l’immensité transparente
De la vie…

Annaël P.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

                                 

          

Requiem

Diane P.
Seconde 9

La mort à la silencieuse conscience
Perce de sa faucheuse le chahut du crépuscule,
Elle avance dans la chaleur du soir
Pâlement éclairée de la lumière du couchant.

Banni du paradis, son regard est un fleuve entre mes mains
Pareil à celui d’une fausse symphonie :
Légitime considération d’une ignorance qui empêcherait
Son cœur de rejoindre l’absolue sérénité de l’irrémédiable !

Son souffle éphémère s’est brisé sur les bords de l’horizon
À peine visible, emprisonné entre terre et ciel
À la façon d’une ombre éclatante, poison de son âme
Quand la vie se confond avec la fin !

Mélomane emprisonné dans la cellule de son esprit
Traînant la chaîne d’une assommante cacophonie
Comme l’espérance prisonnière de la peur despotique
Tuant sa solitude dans la désharmonie du silence !

L’envie de renaître illumine son cœur
Battant au rythme d’une intenable musique
Défiant la faible hérésie qui l’accable,
Faisant pleurer son doux talent dans un mélodieux cauchemar…

Diane P.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

« Traînant la chaîne d’une assomante cacophonie… »

Odilon Redon (1840-1916), « Puis je vis un ange descendre du ciel, ayant en main la clé de l’abîme ainsi qu’une énorme chaîne »
Planche VIII de l’album Apocalypse de saint Jean. Lithographie à l’encre de Chine, 1899. New York, Museum of Modern Art

             

                  

Linceul d’été

Yanis G.
Seconde 9

De ses yeux, le soleil  fixe les grilles
Qui mènent au jardin d’été.
Maintenant la soif du temps brille
Et décharne les aubes hivernales
Sous des myriades d’obscurités.

Alors que son bras lâche l’arme,
Fanent de boréales mers
De cristal et de larmes.
La syncope du temps ainsi fige
Un doux ruisseau indécis de sang.

Yanis G.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

       

              

             

Par un coucher de soleil d’encre

Mélanie T. et Thaïs T.
Seconde 7

La nuit vagabonde
Me fait penser au voleur de feu
Qui sombre dans l’étendue des temps perdus
Où jaillissait la tristesse de l’onde.

L’ombre du nuage associable
Rayonne ! Flamme incandescente
Rêvant encore de son amour passé
Qui la hante de doux regrets aux couleurs de murmures

Solitaire, je partirai parmi les tristes ciels
Comme une âme errante
Si tendre et si frêle entre les bras du soir
Par un coucher de soleil d’encre…

Mélanie T. et Thaïs T.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012


« Si tendre et si frêle entre les bras du soir
Par un coucher de soleil d’encre… »

Composition originale d’après « La grande famille » de René Magritte, huile sur toile, 1947.

             

La numérisation des textes de la deuxième livraison est presque terminée.
Prochaine livraison : dimanche 16 décembre 2012.
Pour voir les textes de la première livraison, cliquez ici.
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Licence Creative Commons

Crédit iconographique : © Bruno Rigolt sauf mention contraire.

Un Automne en Poésie, Saison 4… Deuxième livraison

Les classes de Seconde 7 et de Seconde 9 du Lycée en Forêt
vous invitent à une exposition exceptionnelle…

Un Automne en Poésie : deuxième livraison
Pour accéder à la première livraison de textes, cliquez ici.

Le Lycée en Forêt s’affiche à Paris !
(Ben quoi ? C’est la vérité, non ? Crédit iconographique : © Bruno Rigolt, 2012)

Les élèves de Seconde 7 et de Seconde 9 du Lycée en Forêt sont fiers de vous présenter l’édition 2012-2013 d’« Un automne en Poésie », événement désormais incontournable qui marque comme chaque année l’actualité littéraire lycéenne. Puisant leur inspiration dans le message du Romantisme et du Symbolisme, les jeunes étudiant(e)s ont souhaité mettre en avant l’écriture poétique comme exercice de la liberté : liberté du rêve, des grands infinis ; liberté du cœur et des sentiments ; liberté aussi des jeux sur l’image et le non-dit, l’inexprimable, l’ineffable du mot…

Voici la deuxième livraison. Pour accéder à la première livraison, cliquez ici. Bonne lecture.

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Pensée intruse

Kadietou F.
Seconde 7

Une brutale absence de raison
Résonnant aussi fort que dans une chanson
Me conduisit vers l’interrogation ineffable

Et paradoxale dissidence.
Ces obsessions ténébreuses couleur saphir et silence
Avides de sentiments qui perturbaient mon cœur
Me menèrent les yeux bandés

En d’étranges adieux fanés :
Pensée intruse qui éclaire un instant
Tous les chemins du temps.

Scintillant de larmes rouges, le reste de mon âme
Se remémora l’amertume de la vie
Et réchauffa en les brûlant
De quelques gouttes de fleurs et de peines

Mes yeux bleus de blessures
Peuplées de mystères et de pensées brisées
Où sommeillait la laideur du monde.

Kadietou F.
Lycée en Forêt (Montargis, France), novembre 2012

« Le reste de mon âme scintillant de larmes rouges / Se remémora l’amertume de la vie… »

Crédit iconographique : © Bruno Rigolt, 2012

                

             

Et de clarté indéfinissable

Amélie S.
Seconde 9

Le secret est un étourdissement de pensée,
La vie, un univers de murmures
Et de rêves s’épanouissant
De lumière incontournable.

Le bonheur ressemble à un croisement
De vent oublié
Entraînant le brouillard de l’âme
Vers sa bien-aimée.

Une larme rompit le sourire de mon cœur
Je vis une perle qui composait l’étrange façade de l’eau
Comme un parfum de soleil
Semblant loin de la vie…

Amélie S.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

« Je vis une perle… Comme un parfum de soleil / Semblant loin de la vie… »

Crédit iconographique : composition d’après René Magritte : « Poison » (1949)

                  

                  

L . A . R . M. E . S

Océane De A.
Seconde 7

Si les larmes racontaient une histoire
Elle viendrait des souvenirs
Désignant le bateau voguant ivre
Par la recherche de déconstruire

Comme tu me l’as souvent fait dire
Elles nous font réagir
Et même si elles nous rendent fébriles
Avec éclat, illuminent les rives…

Là-haut, elles parleraient de nous
De nos états d’âme, arriveraient
Par centaines, nous brûleraient les joues
Comme un fardeau de mauvais inconnu !

Toi, tu sais aujourd’hui que je les ai connues
Et quand elles dérivent, ne s’arrêtent plus
J’ai bien tenté des les cacher
Sous des simulacres de sourire pour mieux te désarmer

Moi qui n’ai jamais voulu les sentir
Sur ma joue, non jamais !
Et toi qui m’avais promis
Tu as menti ! Tu es parti !

Alors je les laisse couler
Et elles heureuses, partent vers d’autres rivages
Certaines marcheront jusqu’à la bordure
De mes cils. D’autres finiront vers les îles de mon cœur.

Et la vague m’envahit
Et je compte mes larmes :
Pauvres elles seront, pauvres je les aimerai
Jusque dans le partir…

Océane De A.
Lycée en Forêt (Montargis, France), novembre 2012

« Certaines marcheront jusqu’à la bordure de mes cils. D’autres finiront vers les îles de mon cœur… »

Photomontage d’après Man Ray « Tears », 1933

Retour vers Tanger

Rayane F.
Seconde 9

Le vent de la mer respirait en caressant mes cheveux
À l’instar de ces traversiers blancs
Qui blessaient les vagues dans leur danse
Le plancher du ferry craquait ses larmes bleues sous mes pas
Et le quai du port croustillait dans le soir.

C’était l’évasion au bled des mers vieilles
De pollution pétrolifère aussi abondante que sonore
C’était le littoral plein d’amour néanmoins célibataire
En même temps que j’écoutais
Le chant amer des mouettes sur le port de Tanger

Des beignets bien gras naviguaient dans mon cœur,
Des parasols camouflaient la joie du soleil
La foule écrasait le sable qui transpirait de douleur
C’étaient les reflets d’ailleurs poignardé par une atmosphère industrielle
Qui accueillait dans ses bras ouverts de vagabondes vagues rouillées…

Rayane F.
Lycée en Forêt (Montargis, France), novembre 2012

« … j’écoutais le chant amer des mouettes sur le port de Tanger… »

                   

         

Aube Finale

Anouk M.
Seconde 9

Le murmure d’un cri lointain s’est levé
Sur les hauts monts soufflés
Par les chemins bossus.
C’était l’heure où les près verts de lumière
Dansaient au soleil.

Au loin, d’autres montagnes
Grises des flammes de leurs entrailles blessées
Prenaient conscience
De ces rumeurs d’orage, vieilles et noires
Que les hommes appellent la guerre.

Les filaments du savoir se perdaient
Dans la noire incompréhension.
Loin de connaître les sciences,
La raison dispersée
Par les mortes respirations d’un alizé indistinct

Mettait en transe des torrents
De querelles et de sang,
Le miroir de la mort jetée sur les rivages,
Attaquait de sa pointe assassine
Les hommes torturés sans destin ni âge

Il avait bien fallu que les petits orphelins de la guerre,
Voient la vanité et la colère
Jeter leurs roches informes
Sur les routes célestes
Aux frissons de soleil…

Anouk M.
Lycée en Forêt (Montargis, France), novembre 2012

« Le miroir de la mort… attaquait de sa pointe assassine Les hommes torturés sans destin ni âge… »

Crédit iconographique : Marcel Gromaire, « La Guerre », 1925, huile sur toile
© Musée d’art moderne de la Ville de Paris / Roger-Viollet

 –

Sous le chagrin d’un oiseau abandonné

Laura M.
Seconde 7

Toi à qui j’ai donné mon cœur endormi,
Tu étais ma seule passion éveillée,
Mon seul amour éphémère.
Ton absence m’enveloppe
Telle une immense île déserte

Et ton insensibilité m’a laissée
Sous le chagrin d’un oiseau abandonné.
Les profondes blessures resurgissent,
Comme un grand champ de roses
Mêlées d’épines,

Sous l’impression d’un froid glacial.
Ce sentiment de liberté
E
st pareil à ces vagues dépeuplées
Pleurant vers les rochers,
Sous les couleurs du sang bleuté de la mer.

Le jour m’habille d’une vaste peine,
Devant l’horizon rempli de rivages et de plaines,
Et les douces neiges d’antan
Me bercent d’une plénitude légère
Sous les lueurs amères du couchant…

Laura M.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

« Et ton insensibilité m’a laissée / Sous le chagrin d’un oiseau abandonné… »

Crédit iconographique : Bruno Rigolt

                               

                                            

L’Insoupçonnable Soupçon

Léna G.-S.
Seconde 9

Ce que l’on ressent quand on est triste
Est une vaste plaine de nostalgie,
Une avalanche de sentiments désunis,
Un torrent de solitude.

Absence torturante telle l’amont d’un fleuve
Rappelant l’immense delta de l’oubli,
Le déni d’une vie,
Un mensonge caché dans l’océan des pleurs d’un secret.

Ce que l’on ressent quand on est triste
Est un cœur entravé de sentiments
Un corps brûlant torturé
Se pliant comme arbre blessé sous le vent

Insouciante équation de larmes,
Superposition de l’attente de l’heure
De l’ivresse nouvelle
D’une joie qui n’est pas encore connue.

Ce que l’on ressent quand on est triste
Est pareil au cachemire enivrant
Du sommeil insomniaque :
C’est un chagrin perpétuel posé sur la vie.

De la plume du monde à celle de Brinks,
Voici l’insoupçonnable soupçon de la plainte
Médiatrice des sentiments heureux
Comme une naissance nouvelle…

Léna G.-S.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

« Ce que l’on ressent quand on est triste / Est pareil au cachemire enivrant
D’un sommeil insomniaque… »

Rembrandt, « Jeune femme endormie », 1654. Lavis brun, British Museum (Londres). Cliché personnel.

                      

                             

Mon cœur ce soir…

Manon G.
Seconde 9

Le vert de vos yeux est la preuve que je tiens à toi.
Mon manque de vous éphémère mon cœur de jour en jour.

Ton regard chaud d’été créait en moi un arc-en-ciel
De fleurs frémissant de s’unir
Aux pétales tombant de la vie.

Retournons à notre rencontre :
Un an auparavant, un an en arrière…
Je vois les jours défiler sans toi à mes côtés

Et mon cœur, mon cœur ce soir
Est plein de papillons d’hiver.

Manon G.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

« Mon cœur ce soir est plein de papillons d’hiver… »

           –          

              –          

De flamme et de nacre

Yanissa D.
Seconde 7

De cette femme errant
Dans cet espace vide,
Je ne vis que le paradis lumineux
De ses yeux : flammes renversées
Rejetant de sombres lueurs ;
Passion si claire et si pure,
Vitrail où dormaient des larmes
Parmi l’azur.

Ses yeux comme un tourbillon
De drames orageux,
Comme un flacon épouvantable
De doux parfums de fleur,
De flamme et de nacre
Que le couchant éclaire…
Les yeux de cette femme, ces yeux errants
Dans cet espace vide…

Yanissa D.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012


« Les yeux de cette femme, ces yeux errants / Dans cet espace vide… »

Crédit iconographique : © Bruno Rigolt, novembre 2012

                  

                 

Présence de ton absence

Marion C.
Seconde 9

Mes pensées permanentes sincères
Ont brûlé au soleil.
Égaré de souffrance, mon cœur perdu
A retourné le sablier de ton absence.

Les étoiles de mes yeux s’éclairent
De larmes légères.
Quand je vois l’éclat de ton sourire,
Il pleure en ma vie une chanson de soir et d’exil.

Quand je pense à toi,
L’océan de mes yeux submerge mes paupières
Tes bras étaient un nuage de douceur,
L’âme de ma présence,

Les étoiles de mes yeux s’éteignent
De lourds vêtements de silence
Il pleure en ma vie une chanson de souvenirs
Partis très loin, de l’autre côté de la vie…

Marion C.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

« Il pleure en ma vie une chanson de souvenirs / Partis très loin, de l’autre côté de la vie… »

                        

                  

La numérisation des textes de la deuxième livraison est terminée.
Prochaine livraison : mercredi 5 décembre 2012.
Pour voir les textes de la première livraison, cliquez ici.

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Entraînement BTS. Thème : paroles… « Du bavardage, entre vacuité et vérité » 1/2

Thème : Paroles, échanges, conversations et révolution numérique

Cours en ligne : « Du bavardage, entre vacuité et vérité »

Première partie :
Du bavardage au clavardage
La parole comme fin en soi ou la perte de la valeur des mots

(Deuxième partie : « Éloges du bavardages », à paraître dans quelques jours, sous forme d’un corpus de documents).

« Le rôle de la parole, c’est de témoigner de l’invisible. »
Louis Lavelle

« Tu causes, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire »
Raymond Queneau, Zazie dans le métro 

Si, comme l’a écrit le grand linguiste Émile Benveniste, « le langage est l’essence de l’homme », le bavardage serait à l’inverse une maladie du langage, au point d’en détourner la fonction première, communicationnelle et sémantique. De fait, à la différence de la parole qui se conjugue en termes de savoir, le bavardage se conjuguerait en termes d’insignifiance : bavarder, comme le rappelle dans une édition de 1835 le Dictionnaire de l’Académie française, c’est d’abord « parler excessivement de choses vaines et frivoles ».

  Le bavardage, c’est l’homme séparé du langage

Ainsi considéré comme une vacuité de la pensée et de la parole, le bavardage est donc assimilé à un discours réduisant le langage à ce que les linguistes appellent la communication phatique : propos vidés de leur sens, réduits à leur usage social, définis par leur seule fonction de contact, et dénués d’intention pragmatique, de responsabilité, d’engagement, de contenu. Le bavardage de plus exclut le critère fonctionnel de la langue car il est redondant et n’apporte pas vraiment d’information.

À l’heure de la révolution numérique, il paraît donc légitime d’interroger plus profondément ce que les Anglo-saxons désignent du nom de « small talk ». Nos sociétés, tout entières vouées à l’hyper-communication et au « trop plein » d’informations, incarnent paradoxalement une culture du vide et de l’insignifiance. Ainsi, la profusion de paroles contingentes et futiles qui accompagne souvent ces « petites conversations » s’apparente pour beaucoup d’observateurs à un langage expansif et sans fin, incapable d’atteindre la profondeur des choses et des êtres.

Document 1. Hervé Pasqua, Introduction à la lecture de « Être et Temps » de Martin Heidegger, éd. L’Âge d’Homme, Lausanne (Suisse) 1993, pages 80-81
     Qu’est-ce que le bavardage ? Parler […] signifie d’abord communiquer. Toute communication vise à faire participer celui qui écoute à la parole de celui qui parle. Bavarder c’est parler pour parler, sans comprendre de quoi l’on parle : « On comprend la parole, on ne comprend qu’approximativement l’objet de la parole ». Or, en s’attachant davantage au parlant qu’au parlé, la communication cesse de communiquer. […] Le discours oublie le rapport d’être à l’étant dont il parle et la communication se réduit à répéter le discours lui-même. […]. Quand ce qui se transmet n’est que la répétition du discours dans l’oubli total de l’objet de ce qui est dit, alors nous avons le bavardage. Le bavardage ne se contente pas de répéter l’ouï-dire, il n’est pas seulement répétition verbale, mais aussi répétition écrite comme lors de lectures faites machinalement par exemple. Le lecteur moyen, dans ce cas, « comprend tout », sauf ce qui a été créé et conquis par l’écrivain.      La scission entre les mots et les choses, entre le discours et son objet, voilà donc ce qui constitue le bavardage. Le bavardage est une répétition de mots. Il croit tout comprendre, mais il n’est que vacuité : « Le bavardage est la possibilité de tout comprendre sans appropriation préalable de la chose ». Et puisqu’il n’y a rien à comprendre, tout le monde peut comprendre ! D’où le succès des bavards auprès du public ! Ce qui se dit en se répétant, se généralise et en se généralisant accroît l’écart entre le parlant et le parlé. Cela transforme le révélé en dissimulé. Et cette dissimulation n’est pas feinte, elle n’est pas consciente, elle est naturelle au bavardage.

  Je bavarde parce que j’ai peur de penser…

Comme nous le voyons à travers ce jugement sévère d’un philosophe, le bavardage est par définition tributaire du lieu commun. Dissimulé sous le caractère souvent conventionnel des propos échangés, il est une perte du moi authentique, une fuite devant soi-même, une « déchéance » pour reprendre quelques termes forts de Martin Heidegger. Dans le monde de l’authenticité perdue, le bavardage apparaît ainsi comme une sorte de divertissement, au sens pascalien du terme, c’est-à-dire de détournement du langage, de « remplissage » du silence ; réponse médiocre et insatisfaisante de l’homme à son propre vide existentiel : je bavarde parce que j’ai peur de penser.

Le bavardage constitue donc de manière assez paradoxale une impuissance à parler, une parole non assumée, sans identité et sans transitivité, au détriment de la communication véritable. L’exemple de certains forums de discussion sur Internet serait à ce titre révélateur : condamné à vivre dans une virtualité d’autant plus douloureuse qu’elle est anonyme, le chateur dévalue la parole au rang de l’inauthentique, parce que ne parvenant pas à accéder au discours. Comme nous le comprenons, avec le bavardage c’est le rapport entre langue et parole qui n’est plus assuré. Alors qu’on peut assimiler la parole à une force d’expression du sujet, le bavardage implique en réalité un refus de dialoguer et de communiquer.

Document 2. Eric Fiat, « Le bavardage »
in Figures ordinaires de l’extrême (Collectif, sous la direction de François Pommier), Publication des Universités de Rouen et du Havre, 2009. Pages 44-45

     Le bavardage est une très bonne chose comme propédeutique à une parole de vérité. D’abord, on bavarde, c’est-à-dire qu’on parle de tout sauf de l’essentiel, avant que de parler de l’essentiel. Le problème est que lorsque le bavardage s’installe, il devient un obstacle à toute parole de vérité. Bavarder, c’est baver, mais parce que nous ne sommes pas des bœufs, nous accompagnons notre bave de mots. Bavarder, c’est parler pour ne rien dire. Les commères sous le marché couvert le vendredi matin cancanent, elles clabaudent, elles piaillent, elles se rengorgent, gloussent, etc. Les compères au marché couvert eux aussi ragotent, cancanent, canardent, etc. Et les deux ennemis principaux du bavardage, ce sont la polémique et le silence. Aussi pour éviter toute polémique, tout dissensus, les bavards évitent-ils soigneusement tous les sujets qui pourraient fâcher, et fuient le silence, qui risquerait de révéler la profondeur extrême de l’âme de chacun, comme la peste. Mais le bavardage ne suffit pas à dissimuler l’étrangeté de notre aventure, et sans doute faut-il commencer par se taire pour que l’essentiel puisse se dire. Le silence est une des manifestations de l’essentiel, mais nous avons peur du silence. Nos sociétés modernes sont obsédées par la peur du silence car le silence risque de révéler l’abîme. Et voilà pourquoi on essaie de le meubler.

     Ainsi la parfaite maîtresse de maison doit-elle éviter à tout prix deux choses : la polémique et le silence, c’est-à-dire les conversations politiques et le silence. Et si le silence arrive à se glisser, que va-t-elle dire ? « Tiens, un ange passe » et elle ne va pas le laisser parler […]. L’ange plane, l’ange attend que nous cessions de bavarder pour dire l’essentiel. Et au moment où il se dit : « ça y est, je peux parler, moi, l’ange », eh bien on s’empresse de lui clouer le bec en disant « Tiens, un ange passe », avant que de tenter de relancer la conversation en faisant mine de s’intéresser à ce qui n’intéresse pas ».

Ce texte violemment critique porte sur ceux qui bavardent un regard sévère : en repoussant la parole dans l’inauthentique et l’artifice, le bavardage est en effet une parole morte. Proche de la « langue de bois », il ne cesse d’esquiver la vérité et de transformer l’authenticité de la parole en verbiage. Comme mensonge à soi-même, le bavardage est conséquemment une fausse communication avec les autres. Voilà pourquoi il est souvent associé à la dissimulation ou au simulacre : prisonniers d’un contenu référentiel vide, les mots ne laissent plus rien entrer.

  Un langage qui tient lieu d’action…

D’une certaine manière, l’absurde est au cœur du bavardage. Si nous considérons que la parole est une activité qui doit mener à l’acte, c’est-à-dire à l’action, au faire, alors cette surenchère de langage en miettes qu’est le bavardage est une déchéance ontologique, un langage en crise, un langage vide qui tient lieu d’action : il se donne à entendre par le manque qu’il génère. Privilégiant l’affectif, l’instantané et l’éphémère, il prive l’homme du « garant indispensable de la qualité de l’échange » qui est d’abord « le temps de la réflexion » (Instructions Officielles).

Document 3. Théophraste, « De l’impertinent ou du diseur de rien » (*)
Des Caractères (traduit du grec par Jean de La Bruyère), vers 319 av. JC.
     La sotte envie de discourir vient d’une habitude qu’on a contractée de parler beaucoup et sans réflexion. Un homme qui veut parler, se trouvant assis proche d’une personne qu’il n’a jamais vue et qu’il ne connaît point, entre d’abord en matière, l’entretient de sa femme et lui fait son éloge, lui conte son songe, lui fait un long détail d’un repas où il s’est trouvé sans oublier le moindre mets ni un seul service. Il s’échauffe ensuite dans la conversation, déclame contre le temps présent, et soutient que les hommes qui vivent présentement ne valent point leurs pères. De là il se jette sur ce qui se débite au marché, sur la cherté du blé, sur le grand nombre d’étrangers qui sont dans la ville ; il dit qu’au printemps, où commencent les Bacchanales, la mer devient navigable ; qu’un peu de pluie serait utile aux biens de la terre, et ferait espérer une bonne récolte ; qu’il cultivera son champ l’année prochaine, et qu’il le mettra en valeur ; que le siècle est dur, et qu’on a bien de la peine à vivre. Il apprend à cet inconnu que c’est Damippe qui a fait brûler la plus belle torche devant l’autel de Cérès à la fête des Mystères, il lui demande combien de colonnes soutiennent le théâtre de la musique, quel est le quantième du mois ; il lui dit qu’il a eu la veille une indigestion ; et si cet homme à qui il parle a la patience de l’écouter, il ne partira pas d’auprès de lui : il lui annoncera comme une chose nouvelle que les Mystères se célèbrent dans le mois d’août, les Apaturies au mois d’octobre ; et à la campagne dans le mois de décembre, les Bacchanales. Il n’y a avec de si grands causeurs qu’un parti à prendre, qui est de fuir, si l’on veut du moins éviter la fièvre ; car quel moyen de pouvoir tenir contre des gens qui ne savent pas discerner ni votre loisir ni le temps de vos affaires ?_______________(*) Ce chapitre serait mieux intitulé Du bavardage ou Du bavard.
NDLR : Cette note est de La Bruyère.

  La parole comme fin en soi

Le bavardage amène ainsi à une réflexion  essentielle sur le langage même : dépourvue d’intériorité, la parole bavarde devient une fin en soi. Au lieu de servir l’homme, elle l’asservit à l’évidence absurde du « parler pour parler ». Noyé sous le flux des paroles, le langage perd donc son sens : au lieu d’éveiller l’esprit, il le distrait de la vérité. Le bavardage débouche donc sur la thématique du vide et enferme le langage dans le déni du sens. Je souhaiterais évoquer ici plus précisément la question du bavardage sous l’angle de ce qu’on a appelé le théâtre de l’absurde. C’est en effet dans le contexte troublé de l’après-guerre que, face aux drames de l’Histoire et à la menace d’un conflit atomique, face aux stéréotypes du parler petit-bourgeois et « bien-pensant », se développent vers 1950, dans les théâtres de la Rive Gauche, des pièces d’un style radicalement nouveau, chargé de dérision, de satire, de provocation, et qui apportent au théâtre les ressources d’un langage volontairement subversif, apte à faire naître chez le spectateur la conscience de l’absurde.

Des auteurs comme Eugène Ionesco ou Samuel Beckett par exemple n’auront de cesse de dénoncer le « parler pour ne rien dire ». Tel est en effet le sens qu’il convient d’accorder aux répliques plus absurdes les unes que les autres de la Cantatrice chauve de Ionesco (1950), qui visent d’abord, en déconstruisant les fondements du langage, à stigmatiser des idées et des modes de vie jugés médiocres. En témoigne ce passage particulièrement illustratif :

Comme vous le voyez, les propos des Smith sont un alignement de stéréotypes et de poncifs qui renvoient à la définition du cliché comme lieu commun. Ainsi qu’il a été justement dit, « des scènes entières de La Cantatrice chauve comme de En attendant Godot semblent avoir été écrites pour illustrer à l’avance la définition de la fonction phatique du langage par Roman Jakobson. […] Chez Ionesco, où l’opérateur dominant est l’adjonction, le lieu commun prolifère comme hypertrophie (hyperbole) d’une fonction subalterne du langage » [Jean Weisgerber (sous la direction de), Les Avant-gardes littéraires au XXe siècle, volume 2, John Benjamins Publishing Company, Amsterdam/Philadelphie 1984, page 916].

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la fin de la pièce met à mal le langage au point de provoquer une rupture totale entre le signifiant et le signifié : loin d’être un outil de communication, le langage au contraire devient un instrument d’oppression. « Seuls les mots comptent, tout le reste n’est que bavardage » aimait à dire Ionesco : toute la question est en effet de savoir à quoi doit finalement mener l’échange.  Ainsi, avons-nous vu que, détourné de sa fonction communicationnelle et sémantique, le langage pouvait constituer une parole en miettes, vide de sens.

Les Instructions officielles invitent à ce titre l’étudiant à porter un regard critique sur l’usage que l’on peut en faire à travers les nouvelles technologies. À l’heure de la révolution numérique, il est évident qu’une réflexion sur la parole est indissociable d’une réflexion d’ordre épistémologique : non sans excès, les nouvelles technologies véhiculent souvent une parole protéiforme, immodérée, confuse : les milliards de courriers électroniques, de SMS, de tweets que nous échangeons quotidiennement, l’explosion des paroles personnelles sur Internet à travers les blogs, font que la parole s’est banalisée au point de modifier sensiblement et durablement les conditions de la circulation de l’information.

♦  « Le medium est le message… »

D’une certaine façon, ces vains bavardages, inutiles et répétitifs, dévalorisent et pervertissent bien souvent l’essence même du langage, dans sa dimension d’expression et de transmission : ce n’est pas en fait du langage qui circule mais une oralité qui n’assume plus le pouvoir de la langue, plus proche du bavardage et soustraite à la vraie parole humaine. De manière plus fondamentale, il faudrait noter combien cette hypertrophie communicationnelle est consubstantielle à la mort du monde : parler pour parler, twitter pour rendre la vie plus supportable, vouloir toujours plus d’amis sur Facebook, envoyer des tonnes de SMS pour trouver une satisfaction dans le fait même d’exister, n’est-ce pas désagréger la valeur de la parole et de l’échange ?

Entre héroïsme et nihilisme, le « parler pour parler » confond la logorrhée, c’est-à-dire la surabondance de signes, et ce qui fait sens : quelle est la valeur d’un ami sur Facebook ? Quelle est la valeur des échanges sur Internet ? En perdant de sa valeur symbolique, la parole se transforme en marchandise, en perdant de leur valeur, les mots perdent leur certitude et modifient le sens profond que les hommes donnent à l’existence. Car cette désorientation est en fait une perte du sens, qui est la question fondamentale à laquelle notre modernité doit répondre.

Paradoxalement, la survalorisation des flux de paroles comme fin en soi, qui imprègne la culture post-moderne, a dépersonnalisé les rapports humains. Comme nous le comprenons, l’un des dangers des nouvelles technologies de l’hypercommunication est de faire dépendre les contenus qu’elles véhiculent de leur propre nature, et donc que l’échange ne se fasse plus par le langage, mais par la technologie qui s’attribue par le moyen des mots, un statut de fin. L’avertissement de McLuhan est toujours d’actualité : « le medium est le message » ; peu importe ce qui est échangé puisque nous échangeons…

Bruno Rigolt
Espace Pédagogique Contributif/ Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

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Entraînement BTS. Thème : paroles… "Du bavardage, entre vacuité et vérité" 1/2

Thème : Paroles, échanges, conversations et révolution numérique

Cours en ligne : « Du bavardage, entre vacuité et vérité »


Première partie :
Du bavardage au clavardage
La parole comme fin en soi ou la perte de la valeur des mots

(Deuxième partie : « Éloges du bavardages », à paraître dans quelques jours, sous forme d’un corpus de documents).

« Le rôle de la parole, c’est de témoigner de l’invisible. »
Louis Lavelle

« Tu causes, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire »
Raymond Queneau, Zazie dans le métro 

Si, comme l’a écrit le grand linguiste Émile Benveniste, « le langage est l’essence de l’homme », le bavardage serait à l’inverse une maladie du langage, au point d’en détourner la fonction première, communicationnelle et sémantique. De fait, à la différence de la parole qui se conjugue en termes de savoir, le bavardage se conjuguerait en termes d’insignifiance : bavarder, comme le rappelle dans une édition de 1835 le Dictionnaire de l’Académie française, c’est d’abord « parler excessivement de choses vaines et frivoles ».

  Le bavardage, c’est l’homme séparé du langage

Ainsi considéré comme une vacuité de la pensée et de la parole, le bavardage est donc assimilé à un discours réduisant le langage à ce que les linguistes appellent la communication phatique : propos vidés de leur sens, réduits à leur usage social, définis par leur seule fonction de contact, et dénués d’intention pragmatique, de responsabilité, d’engagement, de contenu. Le bavardage de plus exclut le critère fonctionnel de la langue car il est redondant et n’apporte pas vraiment d’information.

À l’heure de la révolution numérique, il paraît donc légitime d’interroger plus profondément ce que les Anglo-saxons désignent du nom de « small talk ». Nos sociétés, tout entières vouées à l’hyper-communication et au « trop plein » d’informations, incarnent paradoxalement une culture du vide et de l’insignifiance. Ainsi, la profusion de paroles contingentes et futiles qui accompagne souvent ces « petites conversations » s’apparente pour beaucoup d’observateurs à un langage expansif et sans fin, incapable d’atteindre la profondeur des choses et des êtres.

Document 1. Hervé Pasqua, Introduction à la lecture de « Être et Temps » de Martin Heidegger, éd. L’Âge d’Homme, Lausanne (Suisse) 1993, pages 80-81
     Qu’est-ce que le bavardage ? Parler […] signifie d’abord communiquer. Toute communication vise à faire participer celui qui écoute à la parole de celui qui parle. Bavarder c’est parler pour parler, sans comprendre de quoi l’on parle : « On comprend la parole, on ne comprend qu’approximativement l’objet de la parole ». Or, en s’attachant davantage au parlant qu’au parlé, la communication cesse de communiquer. […] Le discours oublie le rapport d’être à l’étant dont il parle et la communication se réduit à répéter le discours lui-même. […]. Quand ce qui se transmet n’est que la répétition du discours dans l’oubli total de l’objet de ce qui est dit, alors nous avons le bavardage. Le bavardage ne se contente pas de répéter l’ouï-dire, il n’est pas seulement répétition verbale, mais aussi répétition écrite comme lors de lectures faites machinalement par exemple. Le lecteur moyen, dans ce cas, « comprend tout », sauf ce qui a été créé et conquis par l’écrivain.      La scission entre les mots et les choses, entre le discours et son objet, voilà donc ce qui constitue le bavardage. Le bavardage est une répétition de mots. Il croit tout comprendre, mais il n’est que vacuité : « Le bavardage est la possibilité de tout comprendre sans appropriation préalable de la chose ». Et puisqu’il n’y a rien à comprendre, tout le monde peut comprendre ! D’où le succès des bavards auprès du public ! Ce qui se dit en se répétant, se généralise et en se généralisant accroît l’écart entre le parlant et le parlé. Cela transforme le révélé en dissimulé. Et cette dissimulation n’est pas feinte, elle n’est pas consciente, elle est naturelle au bavardage.

  Je bavarde parce que j’ai peur de penser…

Comme nous le voyons à travers ce jugement sévère d’un philosophe, le bavardage est par définition tributaire du lieu commun. Dissimulé sous le caractère souvent conventionnel des propos échangés, il est une perte du moi authentique, une fuite devant soi-même, une « déchéance » pour reprendre quelques termes forts de Martin Heidegger. Dans le monde de l’authenticité perdue, le bavardage apparaît ainsi comme une sorte de divertissement, au sens pascalien du terme, c’est-à-dire de détournement du langage, de « remplissage » du silence ; réponse médiocre et insatisfaisante de l’homme à son propre vide existentiel : je bavarde parce que j’ai peur de penser.

Le bavardage constitue donc de manière assez paradoxale une impuissance à parler, une parole non assumée, sans identité et sans transitivité, au détriment de la communication véritable. L’exemple de certains forums de discussion sur Internet serait à ce titre révélateur : condamné à vivre dans une virtualité d’autant plus douloureuse qu’elle est anonyme, le chateur dévalue la parole au rang de l’inauthentique, parce que ne parvenant pas à accéder au discours. Comme nous le comprenons, avec le bavardage c’est le rapport entre langue et parole qui n’est plus assuré. Alors qu’on peut assimiler la parole à une force d’expression du sujet, le bavardage implique en réalité un refus de dialoguer et de communiquer.

Document 2. Eric Fiat, « Le bavardage »
in Figures ordinaires de l’extrême (Collectif, sous la direction de François Pommier), Publication des Universités de Rouen et du Havre, 2009. Pages 44-45

     Le bavardage est une très bonne chose comme propédeutique à une parole de vérité. D’abord, on bavarde, c’est-à-dire qu’on parle de tout sauf de l’essentiel, avant que de parler de l’essentiel. Le problème est que lorsque le bavardage s’installe, il devient un obstacle à toute parole de vérité. Bavarder, c’est baver, mais parce que nous ne sommes pas des bœufs, nous accompagnons notre bave de mots. Bavarder, c’est parler pour ne rien dire. Les commères sous le marché couvert le vendredi matin cancanent, elles clabaudent, elles piaillent, elles se rengorgent, gloussent, etc. Les compères au marché couvert eux aussi ragotent, cancanent, canardent, etc. Et les deux ennemis principaux du bavardage, ce sont la polémique et le silence. Aussi pour éviter toute polémique, tout dissensus, les bavards évitent-ils soigneusement tous les sujets qui pourraient fâcher, et fuient le silence, qui risquerait de révéler la profondeur extrême de l’âme de chacun, comme la peste. Mais le bavardage ne suffit pas à dissimuler l’étrangeté de notre aventure, et sans doute faut-il commencer par se taire pour que l’essentiel puisse se dire. Le silence est une des manifestations de l’essentiel, mais nous avons peur du silence. Nos sociétés modernes sont obsédées par la peur du silence car le silence risque de révéler l’abîme. Et voilà pourquoi on essaie de le meubler.

     Ainsi la parfaite maîtresse de maison doit-elle éviter à tout prix deux choses : la polémique et le silence, c’est-à-dire les conversations politiques et le silence. Et si le silence arrive à se glisser, que va-t-elle dire ? « Tiens, un ange passe » et elle ne va pas le laisser parler […]. L’ange plane, l’ange attend que nous cessions de bavarder pour dire l’essentiel. Et au moment où il se dit : « ça y est, je peux parler, moi, l’ange », eh bien on s’empresse de lui clouer le bec en disant « Tiens, un ange passe », avant que de tenter de relancer la conversation en faisant mine de s’intéresser à ce qui n’intéresse pas ».

Ce texte violemment critique porte sur ceux qui bavardent un regard sévère : en repoussant la parole dans l’inauthentique et l’artifice, le bavardage est en effet une parole morte. Proche de la « langue de bois », il ne cesse d’esquiver la vérité et de transformer l’authenticité de la parole en verbiage. Comme mensonge à soi-même, le bavardage est conséquemment une fausse communication avec les autres. Voilà pourquoi il est souvent associé à la dissimulation ou au simulacre : prisonniers d’un contenu référentiel vide, les mots ne laissent plus rien entrer.

  Un langage qui tient lieu d’action…

D’une certaine manière, l’absurde est au cœur du bavardage. Si nous considérons que la parole est une activité qui doit mener à l’acte, c’est-à-dire à l’action, au faire, alors cette surenchère de langage en miettes qu’est le bavardage est une déchéance ontologique, un langage en crise, un langage vide qui tient lieu d’action : il se donne à entendre par le manque qu’il génère. Privilégiant l’affectif, l’instantané et l’éphémère, il prive l’homme du « garant indispensable de la qualité de l’échange » qui est d’abord « le temps de la réflexion » (Instructions Officielles).

Document 3. Théophraste, « De l’impertinent ou du diseur de rien » (*)
Des Caractères (traduit du grec par Jean de La Bruyère), vers 319 av. JC.
     La sotte envie de discourir vient d’une habitude qu’on a contractée de parler beaucoup et sans réflexion. Un homme qui veut parler, se trouvant assis proche d’une personne qu’il n’a jamais vue et qu’il ne connaît point, entre d’abord en matière, l’entretient de sa femme et lui fait son éloge, lui conte son songe, lui fait un long détail d’un repas où il s’est trouvé sans oublier le moindre mets ni un seul service. Il s’échauffe ensuite dans la conversation, déclame contre le temps présent, et soutient que les hommes qui vivent présentement ne valent point leurs pères. De là il se jette sur ce qui se débite au marché, sur la cherté du blé, sur le grand nombre d’étrangers qui sont dans la ville ; il dit qu’au printemps, où commencent les Bacchanales, la mer devient navigable ; qu’un peu de pluie serait utile aux biens de la terre, et ferait espérer une bonne récolte ; qu’il cultivera son champ l’année prochaine, et qu’il le mettra en valeur ; que le siècle est dur, et qu’on a bien de la peine à vivre. Il apprend à cet inconnu que c’est Damippe qui a fait brûler la plus belle torche devant l’autel de Cérès à la fête des Mystères, il lui demande combien de colonnes soutiennent le théâtre de la musique, quel est le quantième du mois ; il lui dit qu’il a eu la veille une indigestion ; et si cet homme à qui il parle a la patience de l’écouter, il ne partira pas d’auprès de lui : il lui annoncera comme une chose nouvelle que les Mystères se célèbrent dans le mois d’août, les Apaturies au mois d’octobre ; et à la campagne dans le mois de décembre, les Bacchanales. Il n’y a avec de si grands causeurs qu’un parti à prendre, qui est de fuir, si l’on veut du moins éviter la fièvre ; car quel moyen de pouvoir tenir contre des gens qui ne savent pas discerner ni votre loisir ni le temps de vos affaires ?_______________(*) Ce chapitre serait mieux intitulé Du bavardage ou Du bavard.
NDLR : Cette note est de La Bruyère.

  La parole comme fin en soi

Le bavardage amène ainsi à une réflexion  essentielle sur le langage même : dépourvue d’intériorité, la parole bavarde devient une fin en soi. Au lieu de servir l’homme, elle l’asservit à l’évidence absurde du « parler pour parler ». Noyé sous le flux des paroles, le langage perd donc son sens : au lieu d’éveiller l’esprit, il le distrait de la vérité. Le bavardage débouche donc sur la thématique du vide et enferme le langage dans le déni du sens. Je souhaiterais évoquer ici plus précisément la question du bavardage sous l’angle de ce qu’on a appelé le théâtre de l’absurde. C’est en effet dans le contexte troublé de l’après-guerre que, face aux drames de l’Histoire et à la menace d’un conflit atomique, face aux stéréotypes du parler petit-bourgeois et « bien-pensant », se développent vers 1950, dans les théâtres de la Rive Gauche, des pièces d’un style radicalement nouveau, chargé de dérision, de satire, de provocation, et qui apportent au théâtre les ressources d’un langage volontairement subversif, apte à faire naître chez le spectateur la conscience de l’absurde.

Des auteurs comme Eugène Ionesco ou Samuel Beckett par exemple n’auront de cesse de dénoncer le « parler pour ne rien dire ». Tel est en effet le sens qu’il convient d’accorder aux répliques plus absurdes les unes que les autres de la Cantatrice chauve de Ionesco (1950), qui visent d’abord, en déconstruisant les fondements du langage, à stigmatiser des idées et des modes de vie jugés médiocres. En témoigne ce passage particulièrement illustratif :

Comme vous le voyez, les propos des Smith sont un alignement de stéréotypes et de poncifs qui renvoient à la définition du cliché comme lieu commun. Ainsi qu’il a été justement dit, « des scènes entières de La Cantatrice chauve comme de En attendant Godot semblent avoir été écrites pour illustrer à l’avance la définition de la fonction phatique du langage par Roman Jakobson. […] Chez Ionesco, où l’opérateur dominant est l’adjonction, le lieu commun prolifère comme hypertrophie (hyperbole) d’une fonction subalterne du langage » [Jean Weisgerber (sous la direction de), Les Avant-gardes littéraires au XXe siècle, volume 2, John Benjamins Publishing Company, Amsterdam/Philadelphie 1984, page 916].

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la fin de la pièce met à mal le langage au point de provoquer une rupture totale entre le signifiant et le signifié : loin d’être un outil de communication, le langage au contraire devient un instrument d’oppression. « Seuls les mots comptent, tout le reste n’est que bavardage » aimait à dire Ionesco : toute la question est en effet de savoir à quoi doit finalement mener l’échange.  Ainsi, avons-nous vu que, détourné de sa fonction communicationnelle et sémantique, le langage pouvait constituer une parole en miettes, vide de sens.

Les Instructions officielles invitent à ce titre l’étudiant à porter un regard critique sur l’usage que l’on peut en faire à travers les nouvelles technologies. À l’heure de la révolution numérique, il est évident qu’une réflexion sur la parole est indissociable d’une réflexion d’ordre épistémologique : non sans excès, les nouvelles technologies véhiculent souvent une parole protéiforme, immodérée, confuse : les milliards de courriers électroniques, de SMS, de tweets que nous échangeons quotidiennement, l’explosion des paroles personnelles sur Internet à travers les blogs, font que la parole s’est banalisée au point de modifier sensiblement et durablement les conditions de la circulation de l’information.

♦  « Le medium est le message… »

D’une certaine façon, ces vains bavardages, inutiles et répétitifs, dévalorisent et pervertissent bien souvent l’essence même du langage, dans sa dimension d’expression et de transmission : ce n’est pas en fait du langage qui circule mais une oralité qui n’assume plus le pouvoir de la langue, plus proche du bavardage et soustraite à la vraie parole humaine. De manière plus fondamentale, il faudrait noter combien cette hypertrophie communicationnelle est consubstantielle à la mort du monde : parler pour parler, twitter pour rendre la vie plus supportable, vouloir toujours plus d’amis sur Facebook, envoyer des tonnes de SMS pour trouver une satisfaction dans le fait même d’exister, n’est-ce pas désagréger la valeur de la parole et de l’échange ?

Entre héroïsme et nihilisme, le « parler pour parler » confond la logorrhée, c’est-à-dire la surabondance de signes, et ce qui fait sens : quelle est la valeur d’un ami sur Facebook ? Quelle est la valeur des échanges sur Internet ? En perdant de sa valeur symbolique, la parole se transforme en marchandise, en perdant de leur valeur, les mots perdent leur certitude et modifient le sens profond que les hommes donnent à l’existence. Car cette désorientation est en fait une perte du sens, qui est la question fondamentale à laquelle notre modernité doit répondre.

Paradoxalement, la survalorisation des flux de paroles comme fin en soi, qui imprègne la culture post-moderne, a dépersonnalisé les rapports humains. Comme nous le comprenons, l’un des dangers des nouvelles technologies de l’hypercommunication est de faire dépendre les contenus qu’elles véhiculent de leur propre nature, et donc que l’échange ne se fasse plus par le langage, mais par la technologie qui s’attribue par le moyen des mots, un statut de fin. L’avertissement de McLuhan est toujours d’actualité : « le medium est le message » ; peu importe ce qui est échangé puisque nous échangeons…

Bruno Rigolt
Espace Pédagogique Contributif/ Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

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La classe de seconde 7 du LEF va participer au Concours Mix’Art 2013…

Après examen de sa candidature, la classe de Seconde 7 du Lycée en Forêt (promotion 2012-2013) a été retenue par l’association Ariana, organisatrice de l’opération MIX’ART, l’art liberté, en faveur de la promotion de la citoyenneté et de la diversité culturelle…

Tous les élèves de la classe se mobilisent dès maintenant pour l’édition 2013 de ce grand concours dont la finale se déroulera au début du mois de juin à Berlin !

© Bruno Rigolt « Mona Lisa U+262E ». D’après la Joconde de Léonard de Vinci (Musée du Louvre, Paris).

Le Cahier des charges 2013 est consultable en ligne en cliquant ici.

Toutes les œuvres crées par les élèves feront l’objet d’une vaste exposition mise en ligne au mois de juin !

La classe de seconde 7 du LEF va participer au Concours Mix'Art 2013…

Après examen de sa candidature, la classe de Seconde 7 du Lycée en Forêt (promotion 2012-2013) a été retenue par l’association Ariana, organisatrice de l’opération MIX’ART, l’art liberté, en faveur de la promotion de la citoyenneté et de la diversité culturelle…
Tous les élèves de la classe se mobilisent dès maintenant pour l’édition 2013 de ce grand concours dont la finale se déroulera au début du mois de juin à Berlin !
© Bruno Rigolt « Mona Lisa U+262E ». D’après la Joconde de Léonard de Vinci (Musée du Louvre, Paris).
Le Cahier des charges 2013 est consultable en ligne en cliquant ici.

Toutes les œuvres crées par les élèves feront l’objet d’une vaste exposition mise en ligne au mois de juin !

Découvrez bientôt l’exposition des classes de Seconde 7 et 9 : Un Automne en Poésie. Saison 4

Bientôt au Lycée en Forêt…

Pour fêter comme il se doit la rentrée littéraire, la classe de Seconde 7 et la classe de Seconde 9 du Lycée en Forêt préparent la saison 4 d’Un Automne en Poésie, événement désormais incontournable qui marque comme chaque année l’actualité littéraire lycéenne.

Puisant leur inspiration dans le message poétique du Romantisme et du Symbolisme, les élèves ont souhaité travailler sur le non-dit, l’inexprimable, l’ineffable du mot : poésie abstraite, anti-réaliste, imaginaire…

 

Le lancement de l’exposition est prévu sur Internet le lundi 29 octobre 2012.

Chaque semaine, de nouveaux textes seront publiés jusqu’en décembre 2012…

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Découvrez bientôt l'exposition des classes de Seconde 7 et 9 : Un Automne en Poésie. Saison 4

Bientôt au Lycée en Forêt…

Pour fêter comme il se doit la rentrée littéraire, la classe de Seconde 7 et la classe de Seconde 9 du Lycée en Forêt préparent la saison 4 d’Un Automne en Poésie, événement désormais incontournable qui marque comme chaque année l’actualité littéraire lycéenne.

Puisant leur inspiration dans le message poétique du Romantisme et du Symbolisme, les élèves ont souhaité travailler sur le non-dit, l’inexprimable, l’ineffable du mot : poésie abstraite, anti-réaliste, imaginaire…

 

Le lancement de l’exposition est prévu sur Internet le lundi 29 octobre 2012.

Chaque semaine, de nouveaux textes seront publiés jusqu’en décembre 2012…

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La citation de la semaine… Don DeLillo…

« C’était l’éloquence des alphabets et des systèmes numériques, pleinement réalisée sous forme électronique à présent, dans l’état zéro-un du monde… »

This was the eloquence of alphabets and numeric systems, now fully realized in electronic form, in the zero-oneness of the world…

      Il regardait […] les flux de chiffres qui coulaient dans des directions opposées. Il comprenait tout ce que cela représentait pour lui, le déroulement et les secousses des données sur un écran. Il examinait les diagrammes imagés qui faisaient jouer entre eux des modèles organiques, l’aile d’oiseau et la coquille protectrice. Il était superficiel de prétendre que les chiffres et les tableaux fussent la froide compression d’énergies humaines désordonnées et de suées nocturnes réduites à de lumineuses unités au firmament du marché financier. En fait, les données mêmes étaient vibrantes et rayonnantes, autre aspect dynamique du processus vital. C’était l’éloquence des alphabets et des systèmes numériques, pleinement réalisée sous forme électronique à présent, dans l’état zéro-un du monde, l’impératif numérique qui définissait le moindre souffle des milliards d’habitants de la planète. C’est là qu’était l’élan de la biosphère. Nos corps et nos océans étaient là, perceptibles et entiers.

[…]

     La voiture entra dans le West-Side en traversant l’avenue, et dut aussitôt ralentir, franchissant le passage au feu rouge et laissant retomber derrière elle des vagues de piétons.
      La voix de Torval annonça une rupture de canalisations quelque part en amont.
      Eric vit ses agents de sécurité, un de chaque côté de la limousine, qui marchaient à un rythme calculé, dans leurs tenues identiques, blazer sombre, pantalon gris, chemise à col montant.
—-L’un des écrans montra un geyser de boue rougeâtre qui jaillissait d’un trou dans le sol. Ça lui plaisait bien. Les autres écrans montraient de l’argent en mouvement. Il y avait des chiffres qui glissaient horizontalement et des histogrammes qui montaient et descendaient. Il savait qu’il y avait quelque chose que personne n’avait détecté, un motif latent dans la nature même, un saut de langage-image qui allait au-delà des modèles standard d’analyse technique et dépassait même les tableaux prévisionnels les plus ésotériques de ses propres disciplines dans ce domaine. Il y avait forcément un moyen d’expliquer le yen.

Robert Pattinson dans l’adaptation cinématographique de David Cronenberg →

 —-Il avait faim, il était au bord de l’inanition. Il y avait des jours où il avait tout le temps envie de manger, de parler aux visages des gens, de vivre dans l’espace viande.
[…]
Il vit une femme assise sur le trottoir qui mendiait, un bébé dans les bras. Elle parlait une langue qu’il ne connaissait pas. Il connaissait plusieurs langues mais pas celle-là. Elle paraissait enracinée dans ce coin de béton. Peut-être que son bébé était né là, sous le panneau No Parking. Des camions de FedEx et d’UPS. Des hommes-sandwichs noirs parlaient en murmures africains. Ils payaient cash l’or et les diamants. Bagues, pièces, perles, bijoux en gros, bijoux anciens. C’était le souk, le shtetl. C’est ici que s’affairaient marchandeurs et colporteurs de rumeurs, récupérateurs de débris et négociateurs à la langue mystérieuse. La rue était une offense à la vérité du futur. Mais il l’absorbait. Il la sentait pénétrer électriquement dans chaque récepteur et cavité de son cerveau.
     La voiture s’immobilisa complètement et il sortit pour s’étirer. La circulation en aval était un long scintillement liquide de métal inerte…

Don DeLillo, Cosmopolis, Scribner New-York 2003 pour la première édition.
Actes Sud « Babel » 2003 pour l’édition française, 2012 pour la présente réédition. Pages 34-35 ; 74-76.
Traduit de l’américain par Marianne Véron.

Affiche du film Cosmopolis de David Cronenberg (2012), superbe adaptation du roman de Don DeLillo
avec Robert Pattinson, Juliette Binoche, Mathieu Amalric et Sarah Gardon.

L’argent « dévore le monde ». Ces propos du grand historien Fernand Braudel me paraissent correspondre parfaitement à la démarche de Don DeLillo dans Cosmopolis. Publié en 2003, ce roman s’est imposé d’emblée comme une réflexion majeure sur notre postmodernité, marquée par la fragmentation sociale et le délitement progressif du système capitaliste mondial.

Né en 1936 dans le quartier du Bronx à New York, Don DeLillo est une figure marquante du paysage romanesque contemporain. « Portée par la conviction que « la fiction se doit de contester le pouvoir », son œuvre peut se lire comme une anatomie critique de la culture américaine » (1) dont il interroge inlassablement à travers ses romans l’histoire et la mythologie.

C’est donc sur fond de crise et de peurs millénaristes qu’il faut appréhender la narration de Cosmopolis. Celle-ci est en effet centrée sur « une journée dans la vie d’un golden boy qui s’apprête à perdre son empire à cause de la crise, indifférent au monde incertain qui l’entoure, hypocondriaque et schizophrène. Sa longue traversée d’un New York en plein chaos, au rythme de ses rencontres avec sa femme, ses maîtresses et ses employés, le mènera finalement à un point de non-retour » (2). Mais ce huis-clos à la fois violent, onirique et déstabilisant, est surtout l’occasion pour Don DeLillo d’introduire une réflexion originale sur la marchandisation des rapports humains et la soumission au monétaire dont la puissance démesurée finit par corrompre tout lien social : les yeux rivés en permanence sur des écrans où s’affichent les cours mondiaux de l’argent, Eric Packer n’est-il pas l’allégorie du capitalisme moderne, de plus en plus étranger au monde et aux hommes ?

Don DeLillo →

Rédigée dans une langue admirable et remarquablement traduite par Marianne Véron pour Actes Sud, cette fiction se caractérise sur le plan de l’écriture par « des  myriades d’impressions évanescentes, de descriptions à la fois abondantes et incertaines d’un réel fuyant, une écriture qui va où bon lui semble afin de donner corps à notre expérience perceptive et affective quotidienne […] » (3). En se focalisant ainsi sur le référentiel et le banal de l’espace urbain, le style de Don DeLillo tour à tour abstrait, immatériel, mais aussi minimaliste et déroutant, met à nu le nihilisme des sociétés contemporaines, écrasées par le trop plein des choses et la présence proliférante des biens de consommation dans un monde en crise, confronté désormais à une histoire et à une géographie sociales faites de fragmentations et de ruptures ; monde en archipel où personne ne croit à rien et cherche encore à donner un sens à l’absence de sens…

Bruno Rigolt

(1) François Happe, Don DeLillo, la fiction contre les systèmes, Belin Paris 2000
(2) Fabrice Leclerc (Studio Ciné Live), publié dans l’Express Culture le 23 mai 2012
(3) Arnaud Schmitt, « Espaces iconiques/Espaces collectifs dans l’œuvre de Don DeLillo » in Icones, Iconoclasmes (Collectif), Annales du CRAA (Centre de Recherches sur l’Amérique Anglophone), n° 27, page 209.

Voir aussi :
Entretien de Don DeLillo avec Slate lors de la sortie du film de David Cronenberg.
– La citation de la semaine… Michel Houellebecq

Crédits filmiques : © David Cronenberg, Alfama Films/Kinology

Un million de connexions… ça se fête… MERCI !

           Un peu plus de trois ans et demi après son lancement, l’Espace Pédagogique Contributif vient de passer le cap symbolique d’un million de pages consultées (*). Mis en œuvre à la fin du mois d’octobre 2008, ce qui n’était au départ qu’un modeste cahier de texte électronique s’est imposé parmi d’autres acteurs de l’éducation connectée.
Merci à toutes celles et à tous ceux qui ont contribué à cette réussite !

Des origines du projet…

L’objectif premier était d’engager une dynamique de participation en encourageant des stratégies de renforcement du sentiment d’appartenance à une même communauté d’apprentissage : je suis fier d’enseigner au Lycée en Forêt et fier de montrer ce que mes étudiants et moi-même y faisons. C’est pourquoi, dès le début j’ai proposé la mise en place d’activités collaboratives ou mutualisantes. J’ai souhaité par ailleurs compléter ces dispositifs par la mise à disposition pour tous les internautes (et pas seulement mes élèves) d’un grand nombre de ressources contribuant à la construction des connaissances afin de redonner à l’École son rôle de transmetteur du savoir.

Récompensé en novembre 2009 au festival TICE par le Prix des Lycées, le « Cahier de texte électronique » est devenu depuis « Espace Pédagogique Contributif ». D’une trentaine de connexions par jour en novembre 2008, il a connu une progression rapide à partir de janvier 2009 (600 visiteurs par jour) pour atteindre aujourd’hui  environ 11.000 connexions par semaine. Alors qu’au départ les étudiants du Lycée constituaient le public le plus nombreux, les ressources proposées sur le site touchent désormais davantage des publics moins favorisés ou plus éloignés géographiquement (France bien sûr, mais aussi Europe, Antilles et Caraïbes, Maghreb, Québec…).

Ce large accueil du public aux travaux publiés semble répondre à une attente pressante, exigeante et d’autant plus impérieuse que l’intérêt pour la culture a changé : il est évident que l’usage d’Internet (et la multiplication des réseaux sociaux) est indissociable d’une transformation rapide des pratiques culturelles qui est en train de bouleverser les interactions entre l’École et la société. L’écriture collaborative par exemple amènera bientôt à des stratégies moins prescriptives dans la mesure où les étudiants et les élèves pourront intervenir directement dans l’élaboration des scénarios pédagogiques eux-mêmes. C’est une évolution inévitable et qui mérite réflexion.

… aux nouveaux défis !

Au terme de cette année scolaire, j’en profite pour exposer ici les priorités et les axes culturels qui seront développés dans cet Espace dès la rentrée 2012-2013 :

  1. Renforcer la place des femmes dans l’histoire littéraire enseignée. L’absence presque totale de représentativité des écrivaines dans la plupart des manuels de littérature sortis très récemment, et en tous points conformes au nouveau programme de l’enseignement commun de Français dans les classes de Lycée, pose un véritable problème de société : de fait, comme je l’avais écrit dans une chronique du Monde, « cette exclusion des femmes du champ de la visibilité culturelle légitime l’enseignement et la transmission de savoirs procéduralisés et sert implicitement de justification à tous les discours misogynes dont le XXIe siècle se nourrit quotidiennement ».
  2. Ouvrir davantage l’Espace Pédagogique Contributif aux dynamiques culturelles plurielles de la francophonie (Suisse, Belgique, Québec, Antilles, Caraïbes, Maghreb, pays d’Afrique…) qui permettent de mieux appréhender la spécificité de la langue française et les liens séculaires qui se sont tissés autour d’une même langue.
  3. Développer l’écriture collaborative et le tutorat en ligne selon une logique dynamique renforçant la dimension « transversale » du cours.
  4. Promouvoir la place de la culture numérique. De fait, la numérisation du patrimoine culturel universel qui est en train de s’accomplir sous nos yeux, est en train de transformer durablement l’accès aux connaissances, la transmission du savoir, et les conditions de la recherche. Allez sur Gallica, Google-livres ou Europeana pour vous en convaincre… À travers cette transformation sans précédent des pratiques culturelles, qui bouleverse déjà notre vie quotidienne, se joue en fait une recomposition majeure des rapports entre la société et la culture.

Bruno Rigolt

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(*) Source : WordPress. Nombre de pages consultées au jeudi 7 juin 2012 : 1 million 400. Meilleur nombre de pages vues sur une seule journée (13 mai 2012) : 11,753. Meilleur nombre de connexions sur une semaine (du samedi 12 mai au vendredi 18 mai) : 32,576.

Exposition sur le Romantisme… Le Romantisme russe par Clarisse, Sarah, et Mylline… Seconde 1 Deuxième partie (suite) : du romantisme au réalisme Section 2 : Anna Karénine

Pendant le mois de mai et le mois de juin seront mis en ligne une série d’articles de recherche préparés par les élèves de Seconde 1 et de Seconde 12 du Lycée en Forêt dans le cadre de la grande exposition : « Le Romantisme en France et en Europe ». Chaque semaine, un ou plusieurs exposés seront publiés…

Aujourd’hui : Anna Karénine : un roman qui reflète la transition vers le Réalisme…

Après le premier exposé que Clarisse, Sarah et Mylline ont conacrée à la peinture et à la poésie russe, et leur deuxième travail qui portait sur le romantisme dans Anna Karénine, je vous propose de découvrir le troisième et dernier volet de cette recherche consacrée à la Russie : nous restons toujours dans Anna Karénine, mais les élèves ont choisi de montrer de quelle manière ce roman amorce la transition du romantisme vers le réalisme…

 

 

Le Romantisme russe
par Clarisse Q. Sarah B. et Mylline Z.

Classe de Seconde 1 (promotion 2011-2012)

Deuxième partie (suite)
Du Romantisme au Réalisme

Section 2 

ANNA KARENINE :
un roman qui reflète la transition vers le Réalisme

 

Ivan Kramskoï, "L'inconnue" (huile sur toile, détail), 1883. Galerie Tretiakov, Moscou (Russie).

 

 

« Le romantisme n’appartient pas seulement
à l’art, 
à la poésie : sa source est là où sont
les sources de l’art et de la poésie – dans la vie. »

Vissarion Bielinski

 

Rappel : tout au long de cette analyse, nous utiliserons comme support l’édition Gallimard, Collection Folio classique, Paris 2011.

En quoi Anna Karénine est-il un roman réaliste ?

 

Introduction

Tout d’abord, il semble nécessaire de rappeler quelques faits historiques. À partir de 1840, sous l’influence en particulier de Pouchkine, l’art russe va évoluer vers un romantisme « progressiste » qui confinera de plus en plus à l’art réaliste. C’est alors la fin du Romantisme en Russie et le début d’un vaste mouvement qui explore la veine réaliste et sociale. Comme le fait remarquer Eugène-Melchior de Vogüé dans le Roman russe, « les faiseurs d’élégie et de ballades se tournèrent vers le drame historique, vers les côtés pittoresques de la vie populaire et la résurrection du passé » (1). Par ailleurs, comme le rappelle l’auteur, « le mouvement littéraire de 1830, en Russie, était purement esthétique ; confiné dans les jouissances d’art, les querelles de forme, il n’offrait aucune satisfaction aux besoins moraux et sociaux d’un pays affamé de réformes, d’idées, de solutions pour tous les problèmes qui commençaient de se poser » (2).

Vsevolod Meyerhold, Écrits sur le théâtre…
Pour feuilleter le passage dans Google-livres, cliquez ici

La Russie traverse en effet une intense période de transformations sociales et idéologiques. Face aux problèmes rencontrés par le pays, le peuple inquiet revendique un art nouveau qui porterait un regard critique sur la société. On doit ici s’arrêter sur la figure emblématique de Piotr Iakovlevitch Tchaadaiev dont la première Lettre philosophique publiée en 1836 dans le numéro 15 de Teleskop marquera tous les esprits. L’idée fondamentale qu’il exprime est que la Russie « attend d’abord un renouveau moral, une remise en cause radicale des fondements illusoires sur lesquels s’est identifiée […] sa puissance actuelle » (3) :

« Solitaires dans le monde, nous ne lui avons rien donné, ni rien appris : nous n’avons pas ajouté une idée au trésor des idées de l’humanité, nous n’avons aidé en rien au perfectionnement de la raison humaine et nous avons vicié tout ce que cette raison nous communiquait… » (4).

Cette tendance s’intensifie dans les années suivantes et « la mode délaisse la « vague des passions » pour la « raison pure » » (2). Plus tard, le critique Biélinsky, mettant le doigt sur les points faibles du romantisme, va en effet exercer une influence prépondérante sur la littérature. Ainsi, en 1843, dans ses études sur les poètes romantiques, il  écrit :

« Il est passé, le temps des enthousiasmes juvéniles ; celui de la pensée est venu. Le public est plus exigeant. À la vérité, il ne se rend pas un compte exact de ce qu’il demande, mais il ne se contente plus de ce qu’on lui offre. Il n’est pas encore arrivé à la pleine conscience de lui-même ; il est bien près d’y atteindre. Les proposées magnifiques et les phrases à effet ne fascinent plus personne, on n’en veut pas entendre parler » (5).

On voit très nettement ici l’essoufflement du Romantisme et l’attente d’un art nouveau, apte à satisfaire la fonction éducative de la littérature. A partir de là, se développe le roman réaliste : les œuvres de Gogol, de Tourgueniev et de Dostoïevski reflètent certains travers de la société russe notamment ceux du régime tsariste, et portent un intérêt particulier au peuple : les problèmes contemporains deviennent les thèmes principaux. En tant que réformateur engagé, Tolstoï « considère l’art comme le passe-temps des riches » (6) et marquera de son empreinte le roman russe. Son roman  Anna Karénine, dont nous avons vu précédemment qu’il était inspiré par un certain romantisme, traduit bien cette transition vers le Réalisme : problématique sur laquelle nous allons maintenant consacrer notre étude.

 

Scènes de la vie sociale : la noblesse russe et les paysans

 Si Anna Karénine raconte l’histoire de deux amours contraires (la passion d’Anna et Vronski par opposition au bonheur paisible de Lévine et Kitty), Tolstoï en profite néanmoins  pour peindre parallèlement la vie sociale de son époque : la noblesse russe, les bals, la cour, l’éducation des enfants, le mariage, la vie à la campagne, la chasse, les récoltes… Ainsi nous étudierons dans le réalisme de certaines scènes, l’importance de l’observation et de la documentation chez l’auteur.

 

 Kitty et sa mère arrivent au bal…

 Le bal commençait à peine lorsque Kitty et sa mère montèrent le grand escalier paré de fleurs et brillamment illuminé, sur lequel se tenaient des valets en livrées rouges et perruques poudrées. Du palier décoré d’arbustes, où devant un miroir elles arrangeaient leurs robes et leurs coiffures, on percevait un bruissement continu semblable à celui d’une ruche et le son des violons de l’orchestre attaquant avec circonspection la première valse. […] Un jeune homme imberbe, au gilet largement échancré, un de ceux que le vieux prince Stcherbatski appelait des « chiots », les salua au passage tout en rectifiant dans sa course sa cravate blanche ; mais il revint sur ses pas pour prier Kitty de lui accorder une contredanse. La première était promise à Vronski, il fallut promettre la seconde au petit jeune homme.

             Anna (Sophie Marceau) et Vronski (Ean Ben) dans la scène du bal (film de Bernard Rose, 1997)

 

Après avoir passé sa journée à faucher en compagnie de ses paysans, Lévine retourne chez lui, où se trouve son frère Serge, venu lui rendre visite quelques jours.

Serge avait dîné depuis longtemps ; retiré dans sa chambre, il prenait une limonade glacée en parcourant les journaux et les revues que le facteur venait d’apporter, quand Levine entra brusquement, la blouse noircie, trempée, les cheveux en désordre et collés aux tempes.

 

Dans le premier extrait, Tolstoï décrit l’arrivée au bal de Kitty Stcherbatski et de sa mère, appartenant toutes deux à la haute noblesse. Ainsi évoque-t-il le décor et le déroulement des soirées mondaines : l’auteur met en effet l’accent sur l’aspect somptueux du bal tout en dressant le portrait de la noblesse russe. Nous pouvons noter le grand souci d’esthétique qui se dégage de la scène, et que l’extrait du film de Bernard Rose met bien en valeur : regardez par exemple le « grand escalier paré de fleurs et brillamment illuminé » : tout semble devoir être parfait jusqu’à la tenue des valets « en livrées rouges et perruques poudrées » et des invités… Mais derrière cette somptuosité se cachent ce que Tchaadaiev appelait (cf. nos remarques dans l’introduction) les « fondements illusoires » de la société : d’où l’aspect artificiel et quelque peu surfait de la soirée : on y danse la valse ou encore la mazurka, danse d’origine polonaise. De plus, les hommes sont chargés d’inviter les femmes à danser, lesquelles semblent presque obligées d’accepter les propositions (« il fallut promettre la seconde au petit jeune homme ») selon un rituel assez artificiel. Si les bals semblent donc être un univers permettant à la haute société d’entretenir ses relations, la manière dont Tolstoï décrit la scène est assez critique. Le regard trop objectif du romancier est caractéristique du Réalisme.

En outre, les détails descriptifs témoignent d’un sens de l’observation et d’une volonté chez l’auteur de reproduire la réalité qui l’entoure de la manière la plus exacte possible, à la manière des Réalistes français. Comme le note Eugène-Melchior Vogüé, « Après la guerre, ce que Tolstoï étudie avec le plus de passion et de bonheur, c’est l’intrigue des hautes sphères de la société » (7). Les détails qu’il ajoute ne sont d’ailleurs pas étrangers à la longueur du roman (858 pages dans la version utilisée). Mais ces détails ont leur importance : ils permettent en effet à l’auteur de Guerre et Paix de rendre compte de la complexité et de la diversité de la vie. Comme le souligne Émile Hennequin, pour Tolstoï, et à l’encontre de tous les romanciers idéalistes, « le roman, s’il veut être l’image et contenir tout l’intérêt  et l’importance de la vie, doit être complexe, nombreux et diffus comme elle ; construite sur cette intuition profonde, l’œuvre perdra en fini, en concentration artificielle d’effet, en unité factice des caractères ; mais elle pourra se hausser à la variété frémissante et nuancée des vrais faits et des vraies âmes » (8).  Nous remarquons ici un refus de l’esthétique ou du moins une utilisation de l’esthétique non pour elle-même, mais pour privilégier un compte-rendu exact de la réalité. Ainsi, tout au long du roman nous voyons évoluer parallèlement des personnages au caractère, au mode de vie et au milieu social complètement opposés.

Dans le second extrait, Tolstoï décrit en effet un personnage complètement différent de ceux présentés dans le premier passage : il s’agit de Levine, un homme simple qui trouve son bonheur dans la vie à la campagne et les travaux des champs et dont nous verrons plus tard qu’il est la représentation de l’auteur. Ainsi, nous pouvons constater la simplicité de la scène qui est finalement très banale : « il prenait une limonade glacée en parcourant les journaux et les revues que le facteur venait d’apporter ». Le passage traduit par ailleurs le milieu social des personnages. Notons à ce titre que Tolstoï n’idéalise aucunement les faits, il les présente tels qu’ils sont réellement : alors que certains auteurs se seraient gardés de décrire l’état de Levine en rentrant des champs. L’auteur n’essaie pas d’embellir le récit. Ainsi, Levine entre « la blouse noircie, trempée, les cheveux en désordre et collés aux tempes. »

À la différence de l’artificialité du bal que nous remarquions précédemment, « tout se passe ici comme « dans la vie » : c’est le réel référentiel qui prend le dessus. Plus généralement, à travers ces deux extraits, nous remarquons que l’écrivain s’intéresse particulièrement aux différents groupes sociaux (ici la noblesse et la paysannerie), ce qui montre une nouvelle fois sa volonté de représenter une société dans son intégralité. Nous noterons enfin que le personnage principal, Levine, est un être simple appartenant à la paysannerie, une des caractéristiques du Réalisme puisqu’il privilégie le « petit peuple ».

 

Des faits réels inspirés de la vie de Tolstoï…
 
 La vraisemblance de certaines scènes est rendue possible grâce au fait que Tolstoï s’est inspiré de sa propre vie, ainsi que nous allons le voir en étudiant plus spécifiquement  le suicide d’Anna et le personnage de Levine.

Dans ce passage, Vronski se remémore l’image du corps déchiqueté d’Anna.

« Elle » lui apparut tout d’un coup ou du moins ce qui restait d’elle, lorsque, entrant comme un fou dans la baraque où on l’avait transportée, il aperçut son corps ensanglanté, étalé sans pudeur aux yeux de tous ; la tête intacte, avec ses lourdes nattes et ses boucles légères autour des tempes, était rejetée en arrière ; une expression étrange s’était figée sur son beau visage, aux yeux encore béants d’horreur, et les lèvres entrouvertes et pitoyables semblaient prêtes à proférer encore leur terrible menace, à lui prédire comme pendant la fatale querelle « qu’il se repentirait ».

Extrait saisissant s’il en est ! Remarquez la précision avec laquelle Tolstoï décrit le corps d’Anna « ensanglanté », mais « la tête intacte » jusqu’à l’expression de son visage qui fait preque frémir : les « yeux béants d’horreur », les « lèvres entrouvertes et pitoyables ». Mais si cette description paraît si réelle dans son expressionnisme terrible, c’est qu’elle a été inspirée à Tolstoï par un fait divers. Attardons-nous à ce titre sur les remarques éclairantes de Sylvie Luneau : « En janvier 1872, une jeune femme, Anna Prirogova, abandonnée par son amant Bibikov, voisin et ami des Tolstoï, alla se jeter sous un train de marchandises à la gare de Iassenki, non loin de Iasnaïa Poliana. […] Il va assiter à l’autopsie du corps déchiqueté dans un des bâtiments de la petite gare. L’impression est terrible » (4). On ne peut en effet que constater les similitudes entre ce suicide et celui d’Anna Karénine : similitude de prénoms, ressemblance quant à la situation. C’est effectivement « de cette image qu’est né le « destin » d’Anna Karénine. » (10).  

Mais le personnage de Levine semble pousser plus loin encore le réalisme puisqu’il serait « une projection de [Tolstoï] lui-même ». « Il se présente sous les traits de cet homme pieux et amoureux de la nature » (11). De fait, tout comme Levine, Tolstoï décide de fuir « les cercles littéraires de Saint-Pétersbourg pour s’installer au milieu des paysans dans son domaine héréditaire de Lasnaïa Poliana et y fonder une famille » (12). Dans une lettre à sa tante, il écrit : « Je vais me consacrer à la vie rustique, pour laquelle je sens que je suis né. » (13) Comme Levine d’ailleurs, Tolstoï aime peu en effet la mondanité et préfère sa vie paisible à la campagne.

Tolstoï, photographié par Sergueï Prokoudine-Gorski (détail)

Mentionnons ici, sans nous y attarder, un certain nombre de similitudes : l’importance du mariage pour Tolstoï comme pour Levine qui le considère comme « l’acte principal de l’existence ». Un autre passage du livre nous semble éclairant : en 1856, Tolstoï offre la liberté à ses paysans mais ceux-ci la refusent craignant un piège. Ainsi, Levine se heurte lui aussi au refus de ses paysans lorsqu’il essaie de les associer à l’entreprise « La méfiance invétérée des paysans constituait un obstacle non moins sérieux : ils ne pouvaient admettre que le maître ne cherchât pas à les exploiter ». Par ailleurs, en 1857 et en 1860, l’auteur réalise des voyages en Europe afin d’étudier les méthodes pédagogiques. Dans le roman, Levine effectuera lui aussi un voyage à l’étranger pour étudier les méthodes européennes. En outre, ayant perdu un grand nombre de ses proches pendant son enfance, Tolstoï sera perpétuellement préoccupé par la mort (14), Ainsi, Levine à l’approche du décès de son frère Nicolas (qui est aussi le prénom du frère de Tolstoï lui aussi décédé), s’interroge sur le sens de la vie « Levine parlait en toute franchise : il ne voyait plus devant lui que la mort ». Enfin, comme le fait remarquer Sylvie Luneau, « le nom Levine vient de Lev, le propre prénom de Tolstoï ». Ces quelques exemples parmi tant d’autres, des similitudes entre Tolstoï et Levine témoignent donc de l’aspect autobiographique du roman : « sa vie peut être considérée comme le premier de ses ouvrages, comme la matière de la plupart d’entre eux. Tolstoï est l’un des principaux personnages de ses romans » (15). C’est ce qui permet à l’écrivain de peindre la réalité avec encore plus d’exactitude.

 

La peinture d’une société en mutation

Pour terminer cette seconde analyse, nous verrons que Tolstoï, à travers ses personnages et leurs nombreux débats, s’emploie à peindre les transformations politiques et idéologiques qui s’opèrent en Russie à cette époque. Comme le fait remarquer Flore Beaugendre, « Tolstoï écrit Anna Karénine entre 1873 et 1877 et ancre son récit dans les mêmes années : l’intrigue se déroule au cours des années 1870. Le roman reflète donc les grands changements intervenus dans le monde russe à cette période, que ce soit les réformes entreprises par Alexandre II ou la mutation d’une société qui se sort peu à peu de son conservatisme. » (16).

Commençons notre analyse par un bref rappel du contexte historique et social (17). Durant la seconde moitié du XIXe siècle (et jusqu’à la veille de la première guerre mondiale), l’immense empire russe possède un régime tsariste. Alexandre II, qui succède en 1855 à Nicolas Ier (18), dirige de main de maître une Russie dominée par la haute noblesse et toujours largement soumise au principe de la féodalité. La montée de la violence révolutionnaire contre le tsarisme obligera d’ailleurs Alexandre II à entreprendre des réformes à la fois économiques et sociales. Ainsi, en 1861, abolit-il le servage, qui rendait le paysan dépendant d’un maître et de la terre sur laquelle il travaillait. Cinquante millions de moujiks (paysans de rang social peu élevé) sont concernés. Dans le même esprit, des conseils locaux élus au suffrage censitaire et pouvant gérer les affaires de province,  sont créés en 1864. Dans Anna Karénine, il est fait mention à plusieurs reprises de ce contexte, qui s’accompagne d’un effondrement progressif de la noblesse, de l’acquisition d’un système de droits, de la réforme de l’armée, de l’abolition des châtiments corporels…

 

 

 

 

 

Pour voir de plus larges extraits, cliquez ici. →

 

 

 

 

 

 

 

Nous allons maintenant consacrer notre étude à l’analyse de deux passages. Le premier concerne l’abolition du servage, et le deuxième touche à la situation de l’agriculture…

Un propriétaire exprime son mécontentement quant à l’abolition du servage : selon lui, il aurait provoqué la baisse de l’agriculture. Cependant, Sviajski, lui aussi un propriétaire, ne partage pas cet avis : pour lui le vrai problème ne vient pas de là…

«  Une terre qui, au temps du servage, rendait neuf fois la semence ne la rendra plus que trois fois en compte à demi. L’émancipation a ruiné la Russie !
[…]
Tout progrès se fait par la force et rien que par la force. Prenez les réformes de Pierre, de Catherine, d’Alexandre, prenez l’histoire de l’Europe. L’agriculture n’échappe pas à la règle, bien au contraire. […]  Et si de nos jours, les propriétaires ont pu améliorer leurs modes de culture, introduire des séchoirs, des batteuses, des engrais et tout le fourniment, c’est parce que, grâce au servage, ils le faisaient d’autorité et que les paysans, d’abord réfractaires, obéissaient et finissaient par les imiter. Maintenant qu’on nous a enlevé nos droits, notre agriculture, qui par endroits avait fait des progrès indéniables, doit finalement retomber dans la barbarie primitive. Telle est du moins mon opinion.
[…]
Nous ouvriers, continuait le hobereau, ne veulent ni fournir de la bonne besogne, ni employer de bons instruments. Ils ne savent que se saouler comme des porcs et gâter tout ce qu’ils touchent. […] Tout ce qui dépasse leur routine leur fait mal au cœur. Aussi notre agriculture est-elle en baisse sur tout la ligne ; la terre est négligée et reste en friche, à moins qu’on ne la cède aux paysans ; un domaine qui rendait disons deux millions d’hectolitres n’en rend plus que quelques centaines de milliers. Si l’on voulait à tout prix émanciper, il fallait au moins agir avec circonspection…
[…]
Je ne suis pas de cet avis, rétorqua Sviajski devenu sérieux. La vérité c’est que nous sommes de piètres agriculteurs et que même au temps du servage, nous n’obtenions de nos terres qu’un médiocre rendement. Nous n’avons jamais eu ni machines, ni bétail convenables, ni bonne administration ; nous ne savons même pas compter. Interrogez un propriétaire, il ignore aussi bien ce qui lui coûte que ce qui lui rapporte.
[…]
Que parlez-vous toujours d’abîmer ? Votre vieux fouloir à la russe, passe, mais je vous garantis qu’on ne me brisera pas ma batteuse à vapeur. Vos mauvaises rosses bien russes, qu’il faut tirer par la queue pour les faire avancer, possible qu’on les éreintera, mais achetez des percherons ou même des Orlov, et vous verrez si ça marchera ! Et le reste à l’avenant. Ce qu’il nous faut c’est améliorer notre technique. »

Dans cet extrait, s’engage un débat sur l’abolition du servage entre plusieurs propriétaires… Un vieillard, qui s’exprime en premier, critique fermement la réforme en raison de la perte considérable d’argent qu’elle a entraînée : « Une terre qui, au temps du servage, rendait neuf fois la semence ne la rendra plus que trois fois en compte à demi ». Il va même jusqu’à affirmer que « l’émancipation a ruiné la Russie » : à partir de ses observations personnelles, il fait donc une généralisation du « désastre » engendré. Envisagé comme effet référentiel et argumentatif, ce dialogue permet à Tolstoï d’introduire à de nombreuses reprises dans le récit des éléments historiques venant renforcer l’impression de réel dégagée par le roman.

Un autre personnage, Sviajski, lui aussi propriétaire, n’est cependant pas d’accord avec ce qu’avance le hobereau. Pour lui en effet, l’abolition du servage ne semble pas être un problème : « même au temps du servage, nous n’obtenions de nos terres qu’un médiocre rendement ». La véritable cause des mauvais rendements de l’agriculture semble plutôt venir du fait qu’ils sont de « piètres agriculteurs ». Il met ainsi en avant le retard de la Russie, notamment ses lacunes sur le plan de l’éducation : « nous ne savons même pas compter. Interrogez un propriétaire, il ignore aussi bien ce qui lui coûte que ce qui lui rapporte ». Par ailleurs, à travers les propos de Sviajski, on peut noter le retard économique et agricole de la Russie : « Nous n’avons jamais eu ni machines, ni bétail convenables ». Alors que le hobereau prétend que le problème vient des ouvriers qui détériorent le matériel, Sviajski pense au contraire que le vrai souci vient des moyens techniques eux-mêmes, de leur mauvaise qualité. Les méthodes agricoles ne paraissent pas en effet avoir évoluées : « Votre vieux fouloir à la russe », « Vos mauvaises rosses bien russes ». Ici, le propriétaire insiste sur la manque d’évolution, la Russie reste trop dans ses traditions « à la russe », « bien russes », elle ne semble pas assez ouverte sur l’extérieur notamment sur l’Europe, en pleine Révolution industrielle, où ont lieu de nombreux progrès. Il oppose effectivement ces méthodes traditionnelles à des techniques plus modernes « je vous garantis qu’on ne me brisera pas ma batteuse à vapeur ». C’est donc le manque de modernisation en lui-même qui empêche la Russie d’augmenter ses rendements « Ce qu’il nous faut c’est améliorer notre technique ».

En outre, nous pouvons constater également une évocation rapide de la mauvaise organisation de l’Empire « ni bonne administration ». A travers ses personnages, Tolstoï met donc en avant les travers de la Russie et particulièrement son retard sur les pays européens. Plus généralement, tout au long du roman, l’auteur insère de nombreux débats semblables à celui-ci. Ainsi, les personnages s’exprimeront sur les sciences, les zemstvos, le capitalisme, le socialisme, la culture, l’émancipation des femmes… Autant de sujets d’actualité à l’époque où Tolstoï écrit le roman. La multiplication des débats permet donc à l’écrivain de rendre compte des différents points de vue qui parcourent alors l’Empire. Ainsi le roman, qui avec la nouvelle est d’ailleurs le genre le plus utilisé par le Réalisme, s’appuie-t-il sur un contexte historique et social qui se superpose à l’histoire sentimentale. Cette caractéristique des auteurs réalistes qui s’inspirent pour leur œuvre du monde dans lequel ils vivent permet à Tolstoï d’utiliser les personnages secondaires pour mieux enraciner la narration dans le réalisme social et ainsi peindre les vastes changements d’une époque. Comme il a été très justement souligné à propos de Tolstoï, « dans ses œuvres, le cours complexe de la vie à une époque donnée prend forme dans les vies entremêlées de nombreux personnages ordinaires qui représentent les mouvements de l’histoire » (19). l’auteur est témoin des transformations historiques de la Russie.

Au terme de notre étude, nous pouvons affirmer que cette fidèle description de la société, qui est inspirée à Tolstoï de faits réels vécus, prend valeur de témoignage —autant réquisitoire que plaidoyer— sur les transformations politiques et idéologiques de la Russie du XIXème siècle. Comme nous l’avons compris, l’histoire romantique d’Anna Karénine semble donc s’effacer derrière un réalisme beaucoup plus cru où l’on trouve l’écho d’une longue observation du monde et d’un formidable travail d’enquête documentaire, tout à fait caractéristiques de l’esthétique réaliste.  

Intéressons-nous pour finir, à cette présence simultanée du Romantisme et du Réalisme, tant le roman Anna Karénine semble refléter la transition entre les deux mouvements. Portant l’influence évidente du lyrisme et du pathétique à travers le drame d’une passion illégitime, il n’empêche que « ce sujet de tragédie est traité avec les instruments du roman réaliste, que Tolstoï compare à une « expérience en laboratoire », consistant à faire vivre des personnages imaginaires dans des scènes concrètes » (20). D’ailleurs, celui pour qui le roman devait être le fidèle reflet de la vie trouvait ce livre inutile, interminable et « trop sentimental ». L’expression des sentiments n’était pas en effet la priorité de l’écrivain, mais elle est néanmoins présente dans Anna Karénine. Ainsi, est-elle nuancée par des descriptions très réalistes de la société de son temps qui correspondent mieux aux idées de l’auteur.

Il est donc difficile de dire s’il s’agit d’un roman romantique ou réaliste. Comme le soulignait à juste titre Claude Frochaux dans son très beau livre L’Homme seul : « Anna Karénine, c’est le roman d’adieu au romantisme écrit par un homme qui avait déjà franchi la passerelle du réalisme. Tolstoï voulait aller ailleurs, mais il avait manqué une étape. Ce qui l’obligeait à revenir sur ses pas » (21). Anna Karénine semble donc marquer la transition entre les deux mouvements, et sans doute il est vrai d’affirmer que pour Tolstoï, il est le dernier roman portant l’influence du Romantisme…

© Clarisse Q. Sarah B. et Mylline Z.
Lycée en Forêt/Espace Pédagogique Contributif (janvier 2012-mai 2012 pour la présente publication

 
NOTES

(1) Eugène-Melchior de Vogüé, Le Roman russe, deuxième édition, E. Plon, Nourrit et Cie, Paris, 1888. Rééd. L’Âge d’Homme, Lausanne (Suisse) 1971, page 107
(2) ibid. pages 107108.
(3) Alexandre Bourmeyster, L’Idée russe entre Lumières et spiritualité sous le règne de Nicolas Ier, Ellug, Université Stendhal, Grenoble 2001, page 108.
(4) Cité par Eugène-Melchior de Vogüé, Le Roman russe, op. cit. page 108109.
(5) ibid. page 111.
(6) Collectif, Histoire de l’humanité, volume VI : 1789 – 1914, éditions UNESCO, collection Histoire plurielle, 2008. Page 512.
(7) Eugène-Melchior de Vogüé, op. cit. page 274.
(8) Émile Hennequin, Écrivains francisés : Dickens, Heine, Tourgueneff, Poe, Dostoïewski, Tolstoï, éditions Perrin, Paris, 1889.
(4) Sylvie Luneau, « Notice » du roman de Léon Tolstoï, Anna Karénine, op. cit. page 868.
(10) http://www.alalettre.com/tolstoi-oeuvres-anna-karenine.php 
(11) http://mabouquinerie.canalblog.com/archives/2011/09/19/21897709.html
(12) http://www.tolstoisalon.com/?page_id=193 
(13) Ossip Lourié, La Psychologie des romanciers russes du XIXe siècle, Félix Alcan Paris 1905. Texte numérisé consultable sur Wikisource.
(14)  « il est frappé dès son enfance par l’absurdité de la vie » (source : Wikipedia, article « Léon Tolstoï », « La pensée de Tolstoï)
(15) Ossip Lourié, La Psychologie des romanciers russes, op. cit.
(16) Flore Beaugendre, Livre électronique Anna Karénine de Tolstoï (fiche de lecture), éditions LePetitLittéraire.fr, 2011.
(17) Nous nous sommes servi entre autres de remarques trouvées sur Wikipedia, article « Empire russe« .
(18) Lequel avait mené une politique très répressive, notamment en 1825 contre les révoltes des décembristes qui souhaitaient libérer l’Empire de l’autocratie et abolir le servage.
(19) Collectif, Histoire de l’humanité, volume VI : 1789 – 1914, op. cit. page 512.
 
(20) http://www.universalis.fr/encyclopedie/anna-karenine/
(21)
Claude Frochaux, L’Homme seul (deuxième partie), éditions L’Âge d’Homme, Lausanne (Suisse), 2001, page 200.

 

Annexe 

Emma Bovary et Anna Karénine : deux héroïnes au caractère passionné dans un cadre réaliste…

Si le roman de Léon Tolstoï est souvent comparé au chef-d’œuvre de Gustave Flaubert, Madame Bovary (1856), c’est d’abord parce que leurs héroïnes ont un destin similaire. Plus fondamentalement, nous pouvons affirmer que les deux œuvres sont le reflet de la transition du mouvement romantique à l’école réaliste.

Ainsi, par leur caractère passionné et leur destin tragique, Anna Karénine et Emma Bovary, l’une vivant en Russie et l’autre en Normandie, ont marqué durablement l’histoire de la Littérature. Ayant, toutes deux fait un mariage de raison, elle vivent dans l’ennui et la lassitude jusqu’au fameux bal, élément perturbateur qui fera rentrer l’histoire dans le drame existentiel.  Emma, amoureuse de l’idée même de l’amour et croyant à la sincérité de ses relations avec Rodolphe et Léon, se heurtera en effet à la désillusion d’un amour non partagé, tandis qu’Anna renoncera à la tranquillité d’esprit et à la paix pour vivre dans le mensonge, la passion et finalement la déchéance en compagnie de son amant, Vronski.

Prises dans un engrenage dont elles n’arrivent à se défaire —les dettes pour Emma et l’isolement puis la folie pour Anna—, elle commettront finalement l’irréparable : à Emma qui s’empoisonne à l’arsenic répond le suicide d’Anna qui se jette sous un train. Cette issue funeste résultant de la  quête d’un amour impossible et d’un conflit intérieur des deux héroïnes traduit finalement cet « adieu au romantisme » que nous notions avec Claude Frochaux précédemment. 

Comme le notait Marlène Lebrun (www.aefr.ru/int-2012-15.doc), « Flaubert et Tolstoï, romanciers de la littérature réaliste, ont  donné vie à leurs protagonistes pour les faire évoluer dans un contexte socioculturel précis, la petite bourgeoisie normande pour l’écrivain français et l’aristocratie russe du XIXe pour le comte Léon  Tolstoï. À travers l’analyse d’une société vue de l’intérieur  où le poids des apparences et des convenances est paralysant, les écrivains donnent à lire une réflexion  […] sur le couple, l’amour, la passion, le rapport fiction-réalité et  la condition féminine ».

De plus, Madame Bovary est un roman de mœurs : « MOEURS DE PROVINCE » est d’ailleurs le sous-titre de ce récit où Flaubert évoque Rouen, son lieu natal, et la campagne normande sous la Monarchie de Juillet. Il présente également le milieu des paysans comme celui de la petite bourgeoisie et de l’aristocratie. Tolstoï, quant à lui, rend compte des transformations idéologiques et politiques qui s’opèrent en Russie ainsi que des traditions de la haute société russe du XIXème siècle. Cet ancrage référentiel et l’absence d’idéalisation montrent donc la volonté des auteurs de faire du roman une représentation de la société. Cependant, comme le faisait remarquer Claude Frochaux (op. cit. page  200) : « Madame Bovary est un roman romantique qui se veut réaliste. Tandis qu’au contraire Anna Karénine est un roman réaliste qui se veut romantique. »

Gustave Flaubert et Léon Tolstoï se situent donc tous deux au carrefour du Romantisme et du Réalisme. Flaubert ne disait-il pas de lui-même : « Il y a en moi, littérairement parlant, deux bonshommes distincts : un qui est épris de gueulades, de lyrisme, de grands vols d’aigles, de toutes les sonorités de la phrase et des sommets de l’idée ; un autre qui creuse et fouille le vrai tant qu’il peut ». Madame Bovary et Anna Karénine, témoignent selon nous de cette double influence…

 

Bibliographie

 

Webographie

Liens vérifiés le samedi 19 mai 2012, 05:57
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Relecture et vérification du manuscrit : Bruno Rigolt

Exposition sur le Romantisme… Le Romantisme russe par Clarisse, Sarah, et Mylline… Seconde 1 Deuxième partie : du romantisme au réalisme

 
Pendant le mois de mai et le mois de juin seront mis en ligne une série d’articles de recherche préparés par les élèves de Seconde 1 et de Seconde 12 du Lycée en Forêt dans le cadre de la grande exposition : « Le Romantisme en France et en Europe ». Chaque semaine, un ou plusieurs exposés seront publiés…

Après la première partie de l’exposé que Clarisse, Sarah et Mylline ont conacrée à la peinture et à la poésie russe, je vous propose de découvrir la deuxième partie de leur travail consacrée au roman Anna Karenine…

 

Le Romantisme russe
par Clarisse Q. Sarah B. et Mylline Z.

Classe de Seconde 1 (promotion 2011-2012)

 

Deuxième partie
Du Romantisme au Réalisme

Section 1

ANNA KARENINE :
 un « roman d’adieu au Romantisme » (1)

 

Tout au long de cette analyse, nous utiliserons comme support l’édition Gallimard
(Collection Folio classique), Paris 2011. →

 

Introduction

Publié en 1877 et unanimement salué comme un chef-d’œuvre de la littérature, Anna Karénine est un roman de Léon Tolstoï. Appartenant à une famille de la haute noblesse russe, Léon Tolstoï, de son vrai nom Lev Nikolaïevitch Tolstoï, refusa dès son enfance l’hypocrisie des relations sociales et préféra abandonner l’Université pour se consacrer, après quelques années d’errance, à la vie rustique dans sa propriété à Iasnaïa Poliana.

 

Tolstoï ou la conscience problématique des âmes et des choses

Tolstoï "Observateur pénétrant et doté d'une grande justesse d'analyse, il fait de la vie réelle la matière de son œuvre..."

Véritable « phénomène spontané » (2), cet homme de génie ne relève d’aucun maître ni d’aucun groupe. Observateur pénétrant et doté d’une grande justesse d’analyse, il fait de la vie réelle la matière de son œuvre. Comme le fait remarquer Eugène-Melchior de Vogüé, « il a la vue nette, prompte, analytique, de tout ce qui est sur terre, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’homme ; les réalités sensibles d’abord, puis le jeu des passions, les plus fugitifs mobiles des actions, les plus légers malaises de la conscience. » (2). À ce titre, Tolstoï considère que « le roman doit être complexe pour représenter fidèlement la vie qui est complexe » (3). Aux visions lyriques de ses aînés, il substitue donc ce que nous appellerons la conscience problématique des âmes et des choses.

La première allusion à Anna Karénine est faite en 1870. Ainsi, le 24 février, la comtesse Tolstoï écrit dans son journal : « Hier soir, il [Tolstoï] m’a dit qu’il avait entrevu un type de femme mariée, de la haute société, mais qui se serait perdue. Il m’a expliqué que le problème pour lui était de la peindre uniquement digne de pitié et non coupable » (4). On reconnaît ici le personnage d’Anna. Ainsi, dans son roman, Tolstoï opposera le calme bonheur d’un ménage honnête formé par Levine et Kitty Stcherbatski aux humiliations et aux déboires qui accompagnent la passion coupable d’Alexis Vronski et d’Anna Karénine (les premiers brouillons étaient d’ailleurs intitulés « Deux mariages, deux couples »).

Cependant, l’auteur profite de l’histoire individuelle pour dresser parallèlement le tableau de la Russie de la fin du XIXème siècle avec ses transformations politiques et idéologiques. Comme nous le suggérions en parlant de conscience problématique du monde, le roman Anna Karenine en est un bon exemple, car il problématise le rapport entre le destin individuel et l’histoire collective à travers la transition du Romantisme au Réalisme. Ainsi, nous étudierons dans un premier temps, le romantisme qui caractérise l’amour passionné liant Anna et Vronski par opposition au réalisme de certaines scènes du roman qui occupera notre deuxième partie.

 

 

I. Un drame romantique : le couple Anna-Vronski

1-1 En quoi l’histoire d’Anna et Vronski est-elle romantique ?

 

Voici comment Emmanuel Waegemans, dans son Histoire de la littérature russe, présente le roman :

« Ánna Karénina est une jeune femme envoûtante qui a fait un mariage malheureux. Plein de noblesse, elle ne peut supporter le mensonge que constitue cette union fictive avec un homme beaucoup plus âgé qu’elle. Elle se sent irrésistiblement attirée par le comte Vronski, représentant de la jeunesse dorée de Saint-Pétersbourg. Ce jeune officier se pose comme le rival du ministre Karénin, un homme insensible et guindé, pour qui seule la carrière compte. Mais aucun des deux ne saurait rivaliser en grandeur d’âme et en sincérité avec Ánna. Entre les deux hommes, la jeune femme choisit son amant ; elle quitte mari et enfant –Karénin refuse d’entendre parler du divorce–, mais se retrouve mise au ban de la société. Elle se raccroche à ce qui lui reste encore : Vrónskij, lequel a rompu avec sa classe en renonçant pour elle à sa carrière militaire. Mais voilà qu’il commence à s’éloigner d’elle. À force de scènes de jalousie, de haine et de désespoir, Ánna finit par ne plus entrevoir qu’une issue : le suicide. Elle se jette sous le train de la gare où elle a rencontré Vrónskij pour la première fois » (5).

Anna (Greta Garbo) et Vronski (Frederic March), dans l'adaptation célèbre de Clarence Brown (1935)

 

Le début d’un amour passionné

Dès la première partie d’Anna Karénine, à travers l’amour passionné qui lie Anna et Vronski, nous pouvons voir l’inspiration romantique qui animera la dynamique du roman. Ainsi dans le passage suivant, qui marque le début de leur passion illégitime, nous retrouvons quelques grandes caractéristiques du Romantisme :

Le lendemain du bal dans lequel elle a rencontré Vronski, Anna prend le train pour rentrer à Saint-Pétersbourg. A un arrêt, elle se rend compte qu’il est lui aussi dans le train ; elle l’interroge sur les raisons qui l’amène. Celui-ci lui déclare son amour pour la première fois de manière explicite.
Son visage brillait d’une indicible allégresse.
Ce que j’y viens faire ? Répéta-t-il en plongeant son regard dans le sien. Vous savez bien  que j’y vais pour être là où vous êtes ; je ne puis faire autrement.
 A ce moment le vent, comme s’il eût vaincu tous les obstacles, rabattit la neige du toit des wagons, agita triomphalement une feuille de tôle qu’il avait arrachée ; le sifflet exhala un hurlement lugubre. Anna goûta encore la tragique beauté de la tempête : elle venait d’entendre les mots que redoutait sa raison, mais que souhaitait son cœur. Elle garda le silence, mais Vronski lut sur son visage la lutte qui se livrait en elle. » […]
Éprouvant le besoin de se recueillir, elle s’arrêta quelques instants à l’entrée du wagon. Sans pouvoir retrouver les paroles exactes qu’ils avaient échangées, elle sentit avec une épouvante mêlée de joie que cet instant d’entretien les avaient rapprochés l’un de l’autre. […] Sa nervosité augmentait sans cesse : elle en arrivait à croire qu’une corde trop tendue allait se rompre en elle. Elle ne dormit point de la nuit. Au reste cette tension d’esprit, ce travail de l’imagination n’avaient rien de bien pénible : elle ressentait simplement un trouble, une ardeur, un émoi joyeux.

La scène correspondant à l’extrait ci-dessus dans le film de Bernard Rose (1997) →

Comme nous le savons, le Romantisme, que ce soit en Russie ou les  autres pays, privilégie le lyrisme personnel et conteste toute forme de rationalisme, au point de transgresser les règles sociales. Ainsi, nous constatons dans ce passage, que Vronski déclare son amour à Anna « j’y vais pour être là où vous êtes ; je ne puis faire autrement », laquelle, à ce stade de l’histoire, hésite encore entre être « raisonnable » ou se laisser aller à ses sentiments : « elle venait d’entendre les mots que redoutait sa raison, mais que souhaitait son cœur ». Par la suite, Anna privilégiera les sentiments, et par conséquent refusera toute forme de rationalisme. Mais Anna Karénine ne serait sûrement pas un livre romantique sans cette passion qui détruit peu à peu les deux amants.

Dans un premier temps, leur nouvelle relation semble insouciante et magnifique comme le début de n’importe quelle idylle : les deux amants se découvrent et ne songent guère aux conséquences de leurs actes face au monde qui les entoure : ils laissent parler leur cœur. Ainsi, dans cet extrait, le visage de Vronski brille « d’une indicible allégresse ». L’emploi du qualificatif « indicible » témoigne de l’importance, de la beauté et de la puissance du sentiment de bien-être qu’il ressent. Cet état semble presque « ineffable » et paraît provenir de la vue de la jeune femme (« en plongeant son regard dans le sien »). Tout son bonheur semble donc dépendre d’un seul et même être : Anna. Ici, on voit apparaître une des caractéristiques récurrentes du Romantisme, qui est l’instabilité et la vulnérabilité du bonheur des personnages : tous les espoirs de Vronski sont placés sur Anna, laquelle sacrifiera plus tard sa vie pour son amant. Malgré le lyrisme de la scène, nous percevons déjà le côté plus tragique d’une relation vouée inéluctablement à l’échec et à la souffrance. Par exemple, alors que Vronski déclare son amour à Anna, Tolstoï procède à la mise en place d’un cadre référentiel qui traduit déjà tout le malheur et tout le désespoir que cet amour sublime mais redoutable va entraîner dans l’existence des deux amoureux. Ainsi, l’auteur dépeint une nature sauvage, rebelle et dangereuse à l’image de la relation d’Anna et Vronski : « A ce moment le vent […] agita triomphalement une feuille de tôle qu’il avait arrachée ; le sifflet exhala un hurlement lugubre. »

Comme les romantiques, Tolstoï établit donc une relation entre la nature et les états d’âme. Cette « tempête » traduit en effet « la beauté tragique » de la situation décrite mais aussi de l’amour des deux amants dans son intégralité, qui est bâti sur des sentiments contradictoires. A cet égard, nous remarquons que lorsque la jeune femme rejoint son wagon, elle semble perdue, éprouvant le « besoin de se recueillir » car elle ne sait plus vraiment ce qu’elle ressent réellement : « elle sentit avec une épouvante mêlée de joie que cet instant d’entretien les avaient rapprochés l’un de l’autre » : éprouve-t-elle de la joie ou de la peur ? Elle n’en sait trop rien. Cette sensation de doute et de vertige, ainsi que ce trouble intérieur montrent déjà la souffrance que va causer cette relation qui lui sera finalement « fatale » : «  Elle garda le silence, mais Vronski lut sur son visage la lutte qui se livrait en elle ». Cette phrase témoigne bien de l’état d’Anna tout au long du roman : elle sera perpétuellement dans un dilemme : rester fidèle à un époux qu’elle n’aime plus ou fuir avec un amant pour qui elle donnerait sa vie ; ce qui est traduit ici par le mot « lutte ». En outre, elle ne pourra jamais vraiment s’exprimer « elle garda le silence » dans une société où certains codes doivent être respectés. Cette impossibilité de se manifester et ce manque de compréhension de la part de son entourage la tourmentera tout au long de l’œuvre : « sa nervosité augmentait sans cesse », « une corde trop tendue allait se rompre en elle », « ne dormit point de la nuit »… Cet amour se transformera donc progressivement en décadence…

 

Une relation impossible et vouée à la souffrance

Comme nous le remarquions, toute passion est vouée à la souffrance et cet amour impossible n’est pas sans rappeler le Romantisme « sombre » puisque nous savons que l’événement qui mettra fin à la relation des deux amants est le suicide d’Anna. Ainsi à travers les passages suivants, nous étudierons l’évolution tragique de cette liaison.

Commentons tout d’abord le passage dans lequel Vronski s’adresse à Anna : « Et je ne vois dans l’avenir aucune tranquillité ni pour vous ni pour moi. Je ne vois en perspective que le malheur et le désespoir… ou le bonheur, et quel bonheur ! Est-il donc vraiment impossible ? » Profitant d’un moment de solitude pour relire une lettre de sa mère qui condamne sa relation avec Anna, Vronski s’exprime alors sur le sujet :

 Ils sentent probablement qu’il y a là quelque chose qu’ils ne peuvent comprendre. Si c’ était une vulgaire liaison mondaine, ils me laisseraient tranquille ; mais ils devinent que la bagatelle n’a rien à voir ici, que cette femme m’est plus chère que la vie. Voilà ce qui les dépasse et par conséquent les irrite. Quel que soit notre sort, c’est nous qui l’avons fait et nous ne le regretterons pas, songeait-il en s’unissant à Anna dans le mot « nous ». Ils veulent à tout prix nous apprendre à vivre, eux qui n’ont aucune idée de ce qu’est le bonheur. Ils ne savent que sans cet amour il n’y aurait pour nous ni joie ni douleur en ce monde, la vie n’existerait plus.

Au fond, ce qui l’irritait le plus contre les siens, c’est que sa conscience lui disait qu’ils avaient raison. Son amour pour Anna n’était pas un entraînement passager destiné, comme tant de liaisons, à disparaître en ne laissant d’autres traces que des souvenirs agréables ou pénibles. Il sentait vivement la fausseté de leur situation, maudissait les obligations mondaines qui les contraignaient, pour sauver les apparences, à mener une vie de ruse et de dissimulation, à se préoccuper sans cesse du qu’en-dira-t-on, alors que toutes les choses étrangères à leur passion leur étaient devenues parfaitement indifférentes.

 De son côté, Anna comprend que son mari ne lui pardonnera pas ; elle envisage de fuir avec son fils Serge et sa femme de chambre Annouchka :

 Elle s’arrêta, contempla un moment les cimes des trembles, dont les feuilles encore humides luisaient au soleil et comprit soudain qu’on ne lui pardonnerait point, que le monde entier serait sans pitié pour elle comme ce ciel et cette verdure. De nouveau elle se sentit en proie aux hésitations, au dédoublement intérieur. « Allons, se dit-elle, il ne faut pas penser…Il faut fuir… Mais où ? quand ? avec qui ?… A Moscou, par le train du soir… J’emmènerai Serge et Annouchka et ne prendrai que le strict nécessaire… Mais il me faut d’abord leur écrire à tous les deux…

Lorsque Vronski s’adresse à Anna dans le premier extrait, les deux personnages commencent déjà à réaliser leur impossibilité d’être heureux ensemble : leur amour n’apportera que tourment, malheur et désespoir dans une société qui condamne par définition ce type de transgression. Ainsi, dans le second passage, on voit très nettement que les proches de Vronski, notamment sa mère, sont défavorables à sa liaison avec Anna. Cependant ce dernier voit les choses différemment, il se moque des règles et des codes de la noblesse russe, la seule chose qui lui importe est d’écouter ses propres sentiments. Pour lui, sa vie n’a de sens que si elle légitime en quelque sorte son amour pour  Anna : « cette femme m’est plus chère que la vie » s’écrie-t-il ; et magré les conséquences de leur relation, rien ne semble pouvoir l’empêcher de la vivre pleinement : « quel que soit notre sort, c’est nous qui l’avons fait et nous ne le regretterons pas ». De plus, il rejette la société dont il se croit différent : lui seul semble savoir ce qu’est le bonheur alors que la société ignore tout des sentiments « Ils veulent à tout prix nous apprendre à vivre, eux qui n’ont aucune idée de ce qu’est le bonheur ». Dans cette phrase, on perçoit très bien l’opposition entre le « nous » qui désigne Anna et Vronski et le « eux » qui a ici une connotation péjorative, impersonnelle, et qui désigne au-delà des proches de Vronski, la société tout entière.

Par ailleurs, Vronski refuse la réalité, qui consisterait à admettre que ses proches sont dans le vrai : « ce qui l’irritait le plus contre les siens, c’est que sa conscience lui disait qu’ils avaient raison ». Il veut croire en cette relation impossible qui représente finalement toute sa vie (« sans cet amour il n’y aurait pour nous ni joie ni douleur en ce monde, la vie n’existerait plus »). En outre, tout ce qui peut se passer autour de Vronski et d’Anna se situe dans leur subejctivité, anéantissant l’objectivité : « toutes les choses étrangères à leur passion leur étaient devenues parfaitement indifférentes ». Mais ils ne peuvent pas vivre leur amour au grand jour, ils sont contraints de s’aimer en cachette « maudissait les obligations mondaines qui les contraignaient, pour sauver les apparences, à mener une vie de ruse et de dissimulation, à se préoccuper sans cesse du qu’en-dira-t-on ». Aucun bonheur ne semble donc possible pour les deux amants et la souffrance paraît être le seul sentiment qu’engendre leur liaison. Comme le souligne Emmanuel Waegemans dans son Histoire de littérature russe, il s’agit d’une « passion amoureuse dévorante dans un monde qui la contrarie » (6).

Face à cette impasse, Anna va chercher désespérément une issue. Dans le troisième extrait, alors qu’elle a annoncé à son mari Alexis Alexandrovitch sa liaison avec Vronski, elle réalise qu’elle a commis l’irréparable : « elle […] comprit soudain qu’on ne lui pardonnerait point, que le monde entier serait sans pitié pour elle comme ce ciel et cette verdure ». On pourrait de nouveau insister ici sur cette relation entre la nature et les états d’âme. Nous avions noté prédemment les doutes caractéristiques du personnage romantique, confronté à un amour qui unit mais qui en même temps sépare. De  fait, Anna est un être déchiré, constamment tourmenté : « elle se sentit en proie aux hésitations, au dédoublement intérieur ». Ici, ainsi qu’à de nombreuses reprises dans le roman, Tolstoï nous immerge dans les tourments de ses personnages et dans leurs questionnements intérieurs. Complètement perdue, Anna décidera finalement de fuir ce monde dans lequel elle n’a plus sa place. La relation des deux amoureux semble donc sans issue, ils sont voués à souffrir éternellement et ces souffrances du cœur et de l’âme s’intensifieront tout au long du roman…

Sous les yeux de son mari, Anna (Sophie Marceau) s'inquiète pour Vronski qui concourt dans une course hippique. Fim de Bernard Rose (1997)

 

Décadence et suicide

Cette passion fatale poussera dans un premier temps les deux amants à fuir la société russe pour voyager notamment en France et en Italie. Mais très rapidement l’ennui s’empare de leur quotidien et leur relation se détériore progressivement. De retour en Russie, ils vivent en marge de la société. Anna ne supporte plus d’avoir trahi son mari et abandonné son fils, tandis que Vronski vit difficilement sa liaison et les accès de jalousie d’Anna. Désespérée, celle-ci ne voit plus qu’une seule issue : le suicide.
Étudions désormais cette dégradation de la relation entre Anna et Vronski.

 

Le voyage d’Anna et Vronski à travers l’Europe

Cette première période de délivrance morale et de retour à la santé fut pour Anna une époque de joie exubérante. L’idée du mal qu’elle avait causé ne parvenait pas à empoisonner son ivresse : ces souvenirs étaient trop douloureux pour qu’elle y arrêta sa pensée, et d’ailleurs ne devait-elle pas à l’infortune de son mari un bonheur assez grand pour effacer tout remords ? Les événements qui avaient suivi sa maladie […] tout cela lui semblait un cauchemar dont son voyage à l’étranger, seule avec Vronski, l’avait délivrée.

Quant à Vronski, malgré la réalisation de ses plus chers désirs, il n’était pas pleinement heureux. Éternelle erreur de ceux qui croient trouver le bonheur dans l’accomplissement de tous leurs vœux, il ne possédait que quelques parcelles de cette immense félicité rêvée par lui. Les premiers temps qui suivirent sa démission, il savoura comme il sied le charme de la liberté conquise. Mais cet enchantement fut de courte durée et céda bientôt place à l’ennui. Il chercha presque à son insu un nouveau but à ses désirs et prit des caprices passagers pour des aspirations sérieuses.

 Anna se jette sous un train dans la gare où elle avait rencontré Vronski

 Un sentiment semblable à celui qu’elle éprouvait jadis avant de faire un plongeon dans la rivière, s’empara d’elle, et elle fit le signe de la croix. Ce geste familier réveilla dans son âme une foule de souvenirs d’enfance et de jeunesse ; les minutes heureuses de sa vie scintillèrent un instant à travers les ténèbres qui l’enveloppaient. Cependant elle ne quittait pas des yeux le wagon, et lorsque le milieu entre les deux roues apparut, elle […] se jeta sur les genoux sous le wagon, comme prête à se relever. Elle eut le temps d’avoir peur. « Où suis-je ? Que fais-je ? Pourquoi ? » pensa-t-elle, faisant effort pour se rejeter en arrière. Mais une masse énorme, inflexible, la frappa à la tête et l’entraîna par le dos. […] Et la lumière qui pour l’infortunée avait éclairé le livre de la vie, avec ses tourments, ses trahisons et ses douleurs, brilla soudain d’un plus vif éclat, illumina les pages demeurées jusqu’alors dans l’ombre, puis crépita, vacilla, et s’éteignit pour toujours.

Dans le premier passage, Vronski et Anna voyagent à travers l’Europe ce qui procure aux deux amants un illusoire sentiment de bonheur et de liberté. Ainsi Anna traverse-t-elle une période de « délivrance morale » qui lui procure une « joie exubérante ». Elle oublie toutes les souffrances endurées pour profiter pleinement de son état d’ « ivresse » : « tout cela lui semblait un cauchemar dont son voyage à l’étranger, seule avec Vronski, l’avait délivrée. » Mais ce pur bonheur sera de courte durée. L’ennui ne tarde pas en effet à s’installer dans leur quotidien, notamment chez Vronski qui supporte mal cette vie en marge de la société. La « réalisation de ses plus chers désirs » entraîne donc chez lui un sentiment d’insatisfaction à l’image du personnage romantique qui trouve son bonheur dans la recherche vaine d’un impossible inatteignable. Dès lors, Vronski n’éprouve plus la sensation intense qu’il ressentait au moment où Anna refusait encore d’avouer son amour pour lui : « Combien de fois ne s’était-il pas répété que le bonheur n’existait pour lui que dans cet amour ; et maintenant qu’elle l’aimait comme seule peut aimer une femme qui a tout sacrifié à sa passion, il se sentait plus loin du bonheur qu’à l’époque où il avait quitté Moscou pour la suivre. » Selon Tolstoï d’ailleurs, « tous les hommes font la même erreur, de s’imaginer que bonheur veut dire que tous les vœux se réalisent ». Ici, c’est le cas de Vronski qui en voyageant avec Anna, ne possède finalement « que quelques parcelles de cette immense félicité rêvée par lui ». Son émerveillement des premiers jours cède progressivement place à l’ennui et au désenchantement.

De fait, Vronski va s’éloigner progressivement d’Anna dont les scènes de jalousie lui seront de plus en plus pénibles. Celle-ci se met par ailleurs à regretter d’avoir abandonné son fils et trahi son mari. Ses tourments s’intensifient et elle finit par sombrer dans la mélancolie et la culpabilité. Comme le remarque Jean Lionnet, « Anna Karénine n’est point heureuse, faute d’avoir réalisé l’égoïsme total : elle pense, malgré elle, au devoir ; elle pense à son fils abandonné ; elle ne peut être ni vraiment mère ni vraiment épouse ; elle a honte et elle souffre » (7).

← Anna (Vivien Leigh) et Vronski (Ralph Richardson) dans le film de Julien Duvivier (1948)

Prise dans un engrenage dont elle ne peut se délivrer, elle mettra fin à ses jours en se jetant sous un train. Dans le deuxième passage, on peut voir en effet tout le désespoir qui s’empare d’elle : « Ce geste familier réveilla dans son âme une foule de souvenirs d’enfance et de jeunesse ». Si elle se remémore « les minutes heureuses de sa vie », celles-ci paraissent insignifiantes à côté des « ténèbres » qui l’anéantissent. Tolstoï accentue la tragédie de la scène par une description d’un réalisme froid qui contraste avec le pathétique de la scène : « une masse énorme, inflexible, la frappa à la tête et l’entraîna par le dos ». Ce décès triste, douloureux semble paradoxalement la délivrer d’une vie difficile « le livre de la vie, avec ses tourments, ses trahisons et ses douleurs, brilla soudain d’un plus vif éclat », la mort semble presque joyeuse (« illumina les pages demeurées jusqu’alors dans l’ombre »). Comme il a été justement dit, « sa mort est une protestation symbolique contre l’homme qu’elle aime et la société qui la repousse » (8). C’est ainsi que s’éteint pour toujours Anna laissant derrière elle une existence malheureuse et un amant qui malgré son éloignement perd sa seule raison de vivre. Vronski décidera en effet à la suite du suicide d’Anna de s’engager dans l’armée pour combattre les Turcs, son existence n’ayant plus d’intérêt après ce drame…

Au terme de notre première partie, nous pouvons affirmer que cet amour et ce bonheur impossibles, à la fois fragiles, malheureux et sublimes, sont tout à fait caractéristiques du Romantisme, et qu’ils portent la marque proprement doloriste et désespérante du pessimisme généralisé qui marquera la deuxième moitié du dix-neuvième siècle.

Cliquez ici pour accéder à la section 2 (Un roman qui reflète la transition vers le Réalisme).

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NOTES

(1) Nous empruntons cette expression à Claude Frochaux, L’Homme seul (deuxième partie), éditions L’Âge d’Homme, Lausanne (Suisse), 2001. Page 200.
(2) Eugène-Melchior de Vogüé, Le Roman russe, deuxième édition, éditeur : E. Plon, Nourrit et Cie, Paris, 1888.
(3) Émile Hennequin, Écrivains francisés : Dickens, Heine, Tourgueneff, Poe, Dostoïewski, Tolstoï, éditionq Perrin, Paris, 1889.
(4) Cité par Sylvie Luneau, « Notice » du roman de Léon Tolstoï, Anna Karénine, op. cit. page 868. 
(5) Emmanuel Waegemans (traduit du néerlandais par Daniel Cunin), Histoire de la littérature russe, Presses universitaires du Mirail, « Coll. Amphi 7 », Toulouse 2003, page 142.
(6) ibid.
(7) Jean Lionnet, L’évolution des idées chez quelques-uns de nos contemporains. 1ère série : Zola, Tolstoï, Huysmans, Lemaître, Barrès, Bourget, le roman catholique, Perrin, Paris 1903. Cliquez ici pour accéder au document dans Gallica.
(8) http://litterature-russe.blogvie.com/ouvrages-principaux/

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Relecture et vérification du manuscrit : Bruno Rigolt

 

Exposition sur le Romantisme… Le Romantisme russe par Clarisse, Sarah, et Mylline… Seconde 1 Première partie : du sentimentalisme au romantisme

 

Pendant le mois de mai et le mois de juin seront mis en ligne une série d’articles de recherche préparés par les élèves de Seconde 1 et de Seconde 12 du Lycée en Forêt dans le cadre de la grande exposition : « Le Romantisme en France et en Europe ». Chaque semaine, un ou plusieurs exposés seront publiés…

Après l’exposé de Roman R. consacré à la guitare romantique je vous propose de découvrir ce remarquable travail de recherche..

 

Le Romantisme russe
par Clarisse Q. Sarah B. et Mylline Z.

Classe de Seconde 1 (promotion 2011-2012)

 

 
Ivanivitch Ivanov, "La traversée du Dniepr par Nikolaî Gogol" (1845). Détail. Galerie Tretiakov, Moscou.

 

Aux origines du projet…

Nous n’avions pas beaucoup d’idées d’exposé sur le thème du Romantisme. Nous avons donc dans un premier temps pensé étudier ce mouvement dans un pays en particulier : Italie, Angleterre, Allemagne… Nos recherches n’ont pas vraiment abouti, et puis nous sommes tombées un peu par hasard sur le roman Anna Karénine de Léon Tolstoï  que nous ne connaissions aucunement. Nous avons commencé par visionner le film de Bernard Rose avec Sophie Marceau dans le rôle d’Anna, puis entrepris de lire le roman. Ce magnifique drame romantique nous a tout de suite plu. Après des recherches sur l’auteur et son œuvre, nous avons finalement élargi notre exposé au Romantisme russe, notamment à la poésie de Pouchkine et de Lermontov ainsi qu’à la peinture, ce qui nous a permis d’étudier un Romantisme « pur » par opposition au roman Anna Karénine qui porte déjà l’influence du Réalisme. Ainsi, l’étude de ces trois arts nous a semblé nécessaire afin d’avoir la vision la plus exhaustive possible du Romantisme en Russie…

← l’affiche du film Anna Karenine de Bernard Rose (1997) avec Sophie Marceau

 

 

 

SOMMAIRE

Introduction

Première partie : du Sentimentalisme au Romantisme

1-1 Le Romantisme russe et son contexte 
1-2 La peinture
1-3 La poésie romantique russe : Pouchkine et Lermontov 

Deuxième partie : du Romantisme au Réalisme

2-1 Anna Karénine, un « roman d’adieu au Romantisme » ?

Un drame romantique : le couple Anna-Vronski

2-2 Un roman qui reflète la transition vers le Réalisme

Annexe : Emma Bovary et Anna Karénine : deux héroïnes au caractère passionné dans un cadre réaliste…

Bibliographie

Webographie

 

Introduction générale

La Russie étant un pays de l’Orient, sa culture littéraire, pourtant très riche, est assez mal connue en Occident, notamment à cause des problèmes rencontrés pour traduire la langue russe qui s’exporte peu, même encore de nos jours. Or, comme il a été justement dit, la littérature est  »le miroir dans lequel se reflète un peuple entier »(1), elle est donc essentielle à la compréhension de l’identité d’un pays. Ainsi, semble-t-il pertinent de s’interroger sur les mouvements culturels qui ont parcouru l’histoire de la Russie. Nous nous intéresserons dans cette étude au Romantisme, mouvement tardif et court en Russie qui a été largement influencé par l’Occident, tout en s’émancipant des cultures européennes par un retour aux traditions. Nous verrons également qu’il a très rapidement laissé la place au Réalisme.

À travers quelques œuvres précises, nous chercherons à comprendre tout d’abord  l’influence qu’à eue le Romantisme sur la Russie. Ainsi, nous commencerons par l’analyse de deux tableaux de la peinture romantique russe « La traversée du Dniepr par Nikolaï Gogol » ainsi que « La Tempête » (ou Le chêne foudroyé ») que nous comparerons à des œuvres picturales occidentales (2). Dans un second temps, nous nous attarderons sur la poésie, à travers la « Conversation entre un libraire et un poète » de Pouchkine, écrivain à l’origine de la grande littérature russe, et qui a inspiré un nombre considérable d’auteurs, dont les plus illustres sont Lermontov, Gogol, Tolstoï, Dostoïevski, Tourgeniev ou encore au siècle suivant Blok, Boulgakov… Mis en musique par les plus grands, à commencer par Tchaïkovski, il a été traduit par Prosper Mérimée et sa nouvelle La Dame de Pique sera adaptée prochainement par le réalisateur russe de Taxi Blues et Tsar.

Nous présenterons également un autre grand poète, Lermontov, dont nous étudierons le très beau texte lyrique « La voile ». Enfin, nous achèverons notre recherche par l’étude du roman Anna Karénine de Léon Tolstoï, qui marque déjà la transition vers le Réalisme. Ce roman, reconnu comme l’une des œuvres marquantes du XIXe siècle, a  inspiré et continue d’inspirer le cinéma : on compte pas moins de six films de 1914 à 1997 et une septième adaptation doit sortir prochainement (de Joe Wright, le réalisateur d’Orgueils et Préjugés, avec Keira Knightley et Jude Law).

Ivan Aïvazovski,  « La Neuvième Vague » (1850)

 

 

Première partie 
Du Sentimentalisme au Romantisme

 

1-1 Le Romantisme russe et son contexte

Apparu trente ans plus tard qu’en Allemagne, à l’époque où la réaction antiromantique se développait en Occident, le mouvement romantique russe a été de courte durée (1825-1840). Nous commencerons cette étude par un bref rappel du contexte historique et littéraire dans lequel est né le Romantisme en Russie.

Vers la fin du XVIIIe siècle, la culture russe évolue sous l’influence de l’idéologie des Lumières, qui vise à transmettre le savoir pour combattre l’ignorance, l’absolutisme et le servage. À ce titre, le pays entretient des relations nombreuses avec l’Occident et les universités se développent.  Ces tendances idéalistes et libérales s’emparent en effet des esprits de la jeune Russie, amenant cependant à une répression importante. « Pendant la période de réaction aux idées des Lumières, les intellectuels, les professeurs et les enseignants sont persécutés par les autorités. La quasi-totalité de la première génération d’intellectuels, formée à l’université de Moscou, est poursuivie à cause de sa libre-pensée » (3).

Voici comment l’encyclopédie en ligne Larousse présente ce contexte : « La fin du XVIIIe siècle est donc une époque de gestation, où les thèmes nationaux et la sensibilité personnelle s’accordent à la sensibilité préromantique de l’Europe. Karamzine (1766-1826), introducteur du Sentimentalisme, inaugure les premiers grands récits en prose, et surtout milite en faveur d’une langue russe libérée des archaïsmes. Il a ses partisans, regroupés dans la société Arzamas », une sorte  d’académie qui a été, pour le romantisme russe, le centre d’attaque et de résistance contre les classiques.

← Vasily Tropinin, portrait de Nikolaï Karamzine (1818). Détail

György Mihály Vajda dans Le Tournant Du Siecle Des Lumieres, nous éclaire sur cette période d’intenses transformations : « La crise du sentimentalisme russe, écrit-il,  survient entre 1800 et 1810. […] Zukovskij (1783-1852) qui présente d’ailleurs certains rapports non seulement avec la poésie, mais aussi avec la peinture romantique allemande (Caspar David Friedrich), constitue une transition entre le sentimentalisme et le romantisme, qui deviendra très caractéristique de l’Europe orientale » (4). Comme il a été remarqué à juste titre, « la poésie de Byron est une véritable révolution pour les Russes aux alentours de 1820. Ses contes orientaux provoquent des passions et sont immédiatement traduits et imités. En vingt ans, près de 200 poèmes épiques et lyriques byroniens sont composés. Pourtant, Pouchkine et Lermontov sont les seuls véritables créateurs de poésie lyrique épique » (4).

Karl Brioullov, portrait de Vassili Joukoski (1837). Détail →

C’est à cette période que commence un véritable « âge d’or » de la poésie russe. D’une part, les poètes décabristes (ou « décembristes »), s’inspirant des idéaux de la Révolution française, vont concourir à l’épanouissement d’un romantisme révolutionnaire et national. D’autre part, dans la lignée de Pouchkine (1799-1837), va se développer   une intense période de renouvellement de la langue et des idées, qui « ouvre des perspectives neuves à la fois à la poésie et à la prose, au théâtre et à la nouvelle, en réussissant une synthèse de la tradition et des influences étrangères » (Encyclopédie en ligne Larousse, op. cit.). En 1820, Pouchkine est condamné à l’exil dans le Caucase par le tsar Alexandre Ier : ces six années d’exil sont essentielles pour l’inspiration de Pouchkine, c’est là qu’il conçoit ses poèmes romantiques dont « La fontaine de Bakchisarai » ou la « Conversation entre un libraire et un poète » que nous étudierons plus spécifiquement.

Nous avons trouvé dans l’ouvrage collectif publié par l’UNESCO Histoire de l’humanité (5) ces propos qui nous ont paru très intéressants : « Pouchkine porte un grand intérêt au folklore et à l’histoire de la nation, qui lui fournissent les sujets de ses célèbres contes […]. Cependant, ce sont la vie et les sentiments de l’homme noble et instruit de son époque  qui constituent le thème central de son œuvre […]. Ce dialogue avec la culture folklorique et cette quête de la connaissance de soi évoluent en étroite connexion avec la culture européenne vers une réinterprétation de ses thèmes principaux ».

Un autre grand poète qui s’impose également est bien sûr Lermontov (1814-1841). Nous consacrerons dans notre exposé plusieurs paragraphes à son œuvre.

← Alexandre Pouchkine par Vassili Tropinine (1827)

Les genres caractéristiques de la poésie russe sont l’épître, la ballade, la chanson et l’élégie. Mais nous verrons dans a suprématie de ce courant littéraire n’est cependant que de courte durée. De fait, les œuvres de Lermontov et de Gogol (1809-1852) reflètent déjà la transition vers le réalisme : les sujets qui retiennent les écrivains ne sont plus les mêmes. Après 1840, les poètes qui suivaient la voix de Pouchkine se dispersent : c’est la fin du Romantisme.

 

 

1-2 La peinture romantique russe

Comme les romantiques français, les écrivains et artistes russes voyagent. Certains vont en Orient : c’est «  le Grand Tour » ou en Italie « le Petit Tour » : à ce titre, toute une série de toiles seront peintes dans la péninsule. Voici ce qu’affirme Didier Rykner dans La Tribune de l’Art à propos des peintres russes de cette époque : « Souvent formés en France ou par des artistes français, ayant beaucoup voyagé, en Allemagne notamment, les peintres russes montrent ce qu’ils doivent à l’art de ces deux pays, même s’ils possèdent leur propre originalité. On pourrait ainsi évoquer l’exemple des paysagistes germaniques, Friedrich en premier lieu, dans des œuvres comme La Traversée du Dniepr par Nikolaï Gogol d’Anton Ivanovitch Ivanov ou La Tempête  de Maxime Nikiforovitch Vorobiev mais ce serait sans doute fort réducteur, tant ces toiles traduisent un sentiment encore différent et indéfinissable ».

Comparaison de « La Tempête » (« Le chêne foudroyé ») de Maxime Nikiforovitch Vorobiev (1842) avec « l’arbre aux corbeaux » de Caspar David Friedrich (1822)

Maxime Nikifororovitch Vorobiev, "La Tempête- le chêne foudroyé" (1842)

 

Caspar David Friedrich, "L'Arbre aux corbeaux" (1822)

 

Commençons notre étude comparative avec le tableau de Friedrich. Ce qui s’impose d’emblée, qui est l’une des caractéristiques récurrentes du peintre, est la représentation de cette nature tourmentée qui en est le thème principal. À cet égard, le contraste entre la vie et la mort est saisissant : c’est l’hiver et l’arbre demeure désespérément seul dans ses tourments.

Le tableau «  La Tempête » semble beaucoup plus violent : à la nature tourmentée s’ajoute le pathétique du mal du siècle, cette inadaptation à la marche du temps, ainsi qu’un sentiment non moins saisissant de lugubre. C’est la tempête dans la nature mais également dans l’âme humaine. Le paysage représenté a été d’ailleurs perçu comme une allégorie de la mort de Kleopatra Vorobiev, la femme de Nikiforovitch Vorobiev. Regardez combien l’image de l’éclair aveuglant se combine avec la furie des trombes aériennes ! La violence déchaînée des torrents d’eau est également renforcée par la vue de la vallée sauvage. Les éclairs qui brillent dans le lointain annoncent la possibilité de catastrophes ultérieures, la dynamique de la couleur accompagne l’entrechoquement de la lumière et de l’ombre. Le peintre veut faire de sa souffrance une catastrophe universelle. Personne ni avant ni après lui n’invoquera une telle violence des émotions à travers la peinture de la nature, qui prend ici une dimension presque apocalyptique !

En conclusion, ces tableaux inspirent une mort certaine et solitaire malgré un but différent apparent. Le russe Vorobiev veut faire de son cas une « généralité » contrairement à Friedrich qui reste plus individualiste et contemplatif dans sa peinture.

 

Comparaison de « La traversée du Dniepr par Nikolaî Gogol » (Ivanivitch Ivanov, 1845) avec  Julie et Saint-Preux sur le lac Léman »  de Charles Crespy le Prince (1824)

Ivanov, "La traversée du Dniepr par Nikolaî Gogol" (1845) Détail. Galerie Tretiakov, Moscou

 

Charles-Edouard Crespy le Prince , "Julie et Saint-Preux sur le lac Léman" (1824)

 

Peint en 1824, le tableau de Charles-Edouard Crespy le Prince relève de la sensibilité romantique. Il évoque d’ailleurs un épisode célèbre du roman épistolaire Julie ou la Nouvelle Héloïse rédigé en 1761 par Jean-Jacques Rousseau. Pour une analyse complète du tableau, cliquez ici. Bornons-nous ici à quelques remarques rapides, qui reprennent pour l’essentiel l’analyse publiée dans l’Espace Pédagogique Contributif : L’expression des sentiments est magnifiquement exprimée par le peintre. De fait, l’immensité horizontale du lac évoque l’évasion et l’ailleurs. Sa contemplation, mêlée au murmure apaisant des rames glissant sur l’eau, plonge le spectateur dans la méditation et le recueillement. Cependant, ce spectacle grandiose connote aussi le pathétique tragique, car Julie et Saint-Preux ne peuvent vivre leur amour. Quant à la profondeur du lac, elle laisse présager un destin funeste, suggérant que le bonheur est à jamais perdu. Le paysage, typiquement romantique, symbolise donc à la fois le dépaysement, l’immensité, l’infini, mais par contraste le désordre des sentiments, les orages du cœur, les tempêtes de l’amour… Plus qu’un paysage qui fait rêver, on devine les déchirements de Julie et de Saint-Preux, on imagine combien nos deux amoureux seront voués à la souffrance ! »

Quant à Ivanov (1806-1858), à la différence de Friedrich dont la réputation outre Rhin n’est plus à faire depuis longtemps, c’est un peintre peu connu en Occident, la plupart de ses œuvres étant exposées en Russie. C’est pourtant un artiste exceptionnel mais il est vrai « académiste », ce qui lui sera reproché sévèrement. Dans ce tableau qui allie avec bonheur les règles du classicisme à l’imaginaire romantique, Ivanov réinvestit les contes populaires racontés dans son enfance par les paysans auxquels il rendait visite. Tout semble en effet hors du temps : le réel et l’imaginaire se côtoient à merveille pour créer un paysage presque onirique, situé au cœur de l’affectif du sensible.

Comme il a été justement noté, « l’artiste crée le tableau poétique d’une soirée paisible, quand les derniers rayons du soleil couchant glissent sur la surface lisse de l’eau endormie, inondent le ciel de leur reflet rose et jaune, rejaillissent en reflets rouges sur les pentes des falaises de la berge. « Superbe est le Dniepr par beau temps ! », s’écriait Gogol, et la calme majesté du vaste fleuve, charriant ses eaux lentes, n’est pas altéré par les scènes de genre insérées dans la composition du tableau : les barques qui avancent, les pêcheurs sur la berge » (6). De fait, on a l’impression qu’il n’y a presque plus de différence entre la perception du réel et l’onirisme.

Comme chez Crespy le Prince, le spectacle de l’eau, mais aussi le coucher du soleil sont propices à une vaste méditation qui emporte le spectateur dans l’imaginaire : au spectacle grandiose du Léman correspondent la majesté et l’immensité du Dniepr qui laisse place à une rêverie qui n’en finit pas. De même, le coucher du soleil est important car il connote chez les Romantiques la fuite vers un ailleurs indéterminé. Dans les deux tableaux, les embarcations semblent d’ailleurs se diriger vers un lointain non précis qui sollicite l’émotionnel et l’affectif. Comme nous le comprenons grâce à ces deux tableaux, le Romantisme est bien le mouvement qui, faisant communier le réel et l’imaginaire, amène à saisir l’invisible dans le visible.

 

 

1-3 La poésie romantique russe : Pouchkine et Lermontov

1-3-1 Notes biographiques sur Pouchkine
1-3-2 Étude de la poésie : « Conversation entre un libraire et un poète » (extraits)
1-3-3 Biographie de Lermontov
1-3-4 Étude du poème « La Voile »

Dans les années 1820, la poésie russe connaît une véritable renaissance avec les poètes « décabristes » en particulier Lermontov et Pouchkine. C’est sur ce dernier que nous nous attarderons ici. 

« Il ne suffit pas d’être poète pour être poète national ; il faut encore être pour ainsi dire, élevé au sein de la vie de son peuple, il faut partager les espérances de sa patrie, ses aspirations, ses pertes, en un mot, vivre de sa vie, et l’exprimer involontairement en s’exprimant soi-même »

Pouchkine
cité par Alexandre Koyré, Études sur l’histoire de la pensée philosophique en Russie,
éd. J. Vrin, Paris 1950. Page 165

 

1-3-1 Notes biographiques sur Pouchkine

Né à Moscou le 26 mai 1799 et mort  en 1837, Pouchkine est issu d’une famille de vieille noblesse amatrice d’arts et de littérature. Sans nul doute, Pouchkine peut être considéré come le chef de file de l’école romantique en Russie (7) : c’est en effet lui qui donna à la littérature russe ses lettres de noblesses en l’affranchissant des cadres normatifs étrangers. Dans ses œuvres (la plupart censurées et devant être publiées à l’étranger), il réclame pour son pays égalité, justice et liberté. De par ses origines, Pouchkine se sent en effet investi d’une responsabilité historique et politique à l’égard de la nation russe. C’est par la lecture des textes de Voltaire qu’il façonne d’abord ses idées :  particulièrement « son idéal esthétique de clarté, de sobriété, de mesure » ainsi que « son idéal politique […] fondé sur une conception rationaliste des droits naturels de l’homme garantis par la souveraineté des lois » (8).
Condamné à l’exil par Alexandre Ier, en 1820 et exclu de l’armée en 1823 , il fréquente des amis libéraux et rencontre les futurs conjurés décembristes. Durant cette période d’exil il découvre Byron dont les poèmes lui fourniront des modèles pour ses poèmes du Sud  comme : « La Fontaine de Bakhtchisaraï » ou « Le Prisonnier du Caucase« .

Pouchkine mène une vie de bohême, faite de conquêtes amoureuses et de frasques qui lui valurent plusieurs duels dont il sortira indemne, sauf le dernier qui lui sera fatal. Il meurt à l’âge de trente-sept ans, des suites d’une blessure reçue lors d’un duel avec son beau-frère, le baron d’Anthès, qui aurait courtisé sa femme. Lermontov écrit alors en 1837 la célèbre poésie intitulée « La Mort du poète ».

Les œuvres de maturité de Pouchkine sont évidemment les plus essentielles. Sans entrer dans les détails, nous reprenons ici quelques informations que nous avons trouvées sur Internet et qui nous ont paru intéressantes :

Source : http://www.oocities.org/ambrusgui/russia/pushkin.html

 

1-3-2 Étude de la poésie « Conversation entre un libraire et un poète » (extraits)

À quoi puis-je ici-bas prétendre?
On me bat froid. Est-il resté
Dans mon cœur une image aimable ?
L’amour, l’ai-je vraiment goûté ?
[…]
Eh quoi ! Mes soupirs amoureux
Et mes paroles vont paraître
Délire abscons d’un malheureux.
Un cœur les comprendra peut-être,
Non sans un morne frisson. Oui,
Tel est le sort. Il faut l’admettre.
Ah ! Faire renaître aujourd’hui
La poétique rêverie.
Oui, seul ce cœur débrouillerait
Tout le flou brumeux de mes rimes.
Elle seule en moi brûlerait
D’un amour aux flammes sublimes.
Elle repousse de la main
Et mes prières et ma détresse.

Texte extrait de l’anthologie Pouchkine. Choix de poésies, traduit du Russe par Charles Weinstein, L’Harmattan Paris 2011, page 53. Voir aussi cette autre traduction.

C’est en 1824, alors qu’il a vingt-cinq ans et qu’il traverse une diffcile période liée à l’exil, que Pouchkine rédige la « Conversation entre un libraire et un poète ». L’auteur y exprime ses doutes et un certain rejet de la société, qui est l’une des caractéristiques inhérentes au Romantisme. Particulièrement lyrique, ce passage pourrait être considéré comme un épanchement, tant il privilégie la tonalité affective  : nous retrouvons en effet l’expression déplorative des sentiments et l’exaltation du moi.

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Plusieurs thèmes apparaissent, notamment un certain rejet de la vie, qui au yeux du poète à perdu de son importance, de sa valeur. De fait, il évoque à plusieurs reprises cette envie de fuir le temps et de réenchanter le monde grâce au pouvoir évocateur de la poésie.

On pourrait à ce titre mentionner avec quelle vigueur expressive ce « poète maudit » exprime ses doutes sur sa vie sentimentale et sur son passé, ainsi que sa méfiance vis-à-vis d’une société qui le rejette. Nous retrouvons cet aspect par exemple dans ces vers désabusés aux tonalités si pathétiques :

À quoi puis-je ici-bas prétendre?
On me bat froid. Est-il resté
Dans mon cœur une image aimable ?
L’amour, l’ai-je vraiment goûté ?

Doutes et interrogations sur le sens de l’existence humaine se succèdent : le je lyrique semble ici plein d’amertume et de désespoir ; n’oublions pas, comme nous l’avons mentionné dans notre notice biographique que cet être épris de liberté qu’est Pouchkine a été proche des « décembristes », ce qui explique  sans douute se révolte. Même si le romantisme russe est spécifique, on pense quand même à Baudelaire ou à Byron… L’antithèse entre le présent, sans amour et dénué d’intérêt, et la nostalgie d’un passé probablement heureux est renforcée par la tonalité mélancolique qui affecte le texte. 

Alexandre Benois, "Pouchkine à Saint-Petersbourg" (détail). Source : Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg

 

 1-3-3 Notes biographiques sur Lermontov

Né le 15 octobre 1814 à Moscou, Mikhaïl Iourievitch Lermontov est avec Pouchkine un « sommet de la poésie » russe. Souvent appelé le « poète du Caucase », il doit ce qualificatif à la vie d’exil qu’il a menée : officier dans l’un des régiments qui faisaient la conquête du Caucase, celui-ci a passé sa courte vie dans les montagne lesghiennes, où il a été exilé pour des écrits jugés subversifs par la censure impériale (en particulier son hommage à Pouchkine dans « La mort du poète« ). C’est là qu’il  composera ses poèmes les plus fameux. Il meurt en duel à l’âge de 26 ans. 

Katkóv écrira d’ailleurs : « Tous les grands poètes russes connaissent le même sort. Ils succombent tous à une mort violente : Griboédov, Pouchkine, Lérmontov… ». Cité par Daniel Cunin dans Histoire de la littérature russe de 1700 à nos jours, Presses Universitaires du Mirail, Toulouse 2003, page 77.

Extrait du Petit Futé Russie (2012-2013), page 492. Pour accéder au document complet, cliquez ici

De cette vie d’errance à travers la Russie reculée et les monts du Caucase, lui viendra l’image d’un poète-prophète, souvent en rupture avec la société. Ainsi en 1838, « il rédige un poème dans la lignée du Faust de Goethe qu’l intitule Le Démon. Dans ce poème, l’auteur reprend le mythe de Satan et met en scène un ange déchu aspirant au salut de son âme grâce à l’amour qu’il voue à une mortelle » (9).

Plus encore que Pouchkine, Lermontov est l’exemple même du poète romantique. Très marqué par la poésie de Byron, il sera fortement affecté par la mort de Pouchkine. L’essayiste russe Alexandre Herzen, n’hésite pas à ce titre à affirmer que « le coup de revolver qui a tué Pouchkine, tira Lermontov de son sommeil ». De cet événement traumatisant, l’auteur conservera toute sa vie la tonalité douloureuse dont tous ses vers sont empreints.

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La poésie de Lermontov est parcourue par le souffle douloureux de l’exil. Il en ressort un regard triste et souvent pessimiste sur l’existence humaine. De là ce sentiment d’inanité et de vide dont son poème « La voile » est un parfait exemple.

Notons enfin que la plupart des poèmes de Lermontov sont fortement connotés politiquement : son exil en effet l’amènera à cultiver sa « nature sombre, misanthropique, froidement railleuse. Ses œuvres sont la fidèle expression de l’amertume presque continuelle de sa pensée » (10).

Terminons cette brève présentation par ces propos de Lermontov qui ont valeur d’autoportrait : « J’ai vécu sous l’empire d’une unique pensée, d’un unique désir, mais ardent, passionné… » (Cité par François Cornillot, « Lermontov ou la soif éternelle »   Cahiers du monde russe et soviétique, année   1976, volume   17, numéro 17-1, pages 81-111.   Article consultable sur Persée. Article téléchargeable en cliquant ici.

 

 1-3-4 Étude du poème « La Voile »

 Écrit en 1831, « La Voile » est un poème allégorique dans lequel Lermontov, en s’identifiant à une voile, exprime son mal-être ainsi que sa quête désespérée du bonheur…

La Voile

Une voile blanche et solitaire apparaît
Dans le brouillard bleu des mers. ―
Que cherche-t-elle en terre lointaine ?
Qu’a-t-elle quitté dans son pays ?

Les vagues jouent, le vent siffle,
Le mât ploie et s’écrie ;
Hélas ! ― ce n’est pas le bonheur qu’elle cherche
Et ce n’est pas le bonheur qu’elle fuit ! ―

Au dessous d’elle, un courant plus clair que l’azur
Au dessus d’elle, un rayon doré de soleil : ―
Mais elle, rebelle, réclame la tempête,
Comme si dans les tempêtes se trouve la paix !

Sans nul doute possible, « La Voile » de Lermontov exprime remarquablement cette quête éperdue du bonheur chantée par les Romantiques. De fait, cette voile ne part-elle pas pour un voyage « en terre lointaine » ? Dès lors, une question traevrse notre esprit :  pourquoi part-elle, vers quel lieu de la Terre, dans quel but ? Rien ne semble plus la retenir, plus rien ne la rattache à la société : on peut donc déduire que cette voile est malheureusement à la recherche de l’impossible lieu d’un impossible bonheurdu bonheur… En vain, car cette ette voile a perdu espoir à jamais : cette quête n’est donc qu’échec en ce bas monde.

Piotr Zabolotski, portrait de Mikhaïl Lermontov (1837)

Par certains aspects, on songe à « Brise Marine » de Mallarmé… De fait le voyage est associé à l’idée de fuite : la mer, assez calme au début s’anime soudain dans la deuxième strophe : les vagues  »qui jouent » et le vent « siffle » célèbrent presque la tempête. Dans un style certes très différent, on pourrait évoquer ici le fameux « Bateau ivre » de Rimbaud : la tempête est en effet associée à l’idée d’une transfiguration après la mort selon une symbolique mélodramatique souvent exploitée par les Romantiques. La fin du poème est comme l’avènement d’un paysage soudain paisible, plus pur que le ciel, inaccessible aux lois de l’ordonnance humaine.

Notons à cet égard combien la voile est « rebelle » : elle s’oppose aux règles, à la société et à ses codes. De là ce goût du risque et de la transgression célébré par tous les Romantiques : dans le monde spleenétique, trop calme et trop paisible, la voile est l’allégorie du bonheur introuvé et qui n’a de cesse de  célébrer dans la tempête, le mal et le coté obscur de la vie, pour atteindre enfin l’idéal. On pourrait ici évoquer ce qu’on a appelé le romantisme noir cher à Baudelaire, Rimbaud et plus encore le Lautréamont des Chants de Maldoror. 

 

Comme nous avons essayé de le montrer dans cette première partie de notre exposé, le Romantisme européen a joué un rôle prépondérant dans la culture russe. Ainsi, Byron a très largement inspiré des auteurs comme Pouchkine notamment. On peut également noter la forte influence française que ce soit dans la littérature mais aussi en peinture. Mais si le Romantisme russe s’est largement inspiré des cultures européennes, il s’est forgé une identité propre qui lui a permis de s’affranchir progressivement des influences occidentales…

Clarisse Q. Sarah B. et Mylline Z.

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Notes

(1) A. de Villamarie, avant-propos du roman de Mikhaïl Lermontov, Un héros de notre temps. Bibliothèque russe et slave.
(2) La peinture romantique russe a d’ailleurs fait l’objet d’une remarquable exposition au musée de la Vie romantique à Paris du 28 septembre 2010 au 16 janvier 2011.
(3) Histoire de l’humanité : 1789-1914 (collectif),  publié par l’UNESCO, Coll. « Histoire Plurielle », Paris 2008, page 846.
(4) György Mihály Vajda (sous la direction de), Le Tournant Du Siecle Des Lumieres, John Benjamins/Association Internationale de Littérature comparée, Budapest 2002  page 65.
(5) Histoire de l’humanité, op. cit. pages 502-503.
(6) Svetlana Stepanova, à propos du tableau lors de l’exposition « La Russie Romantique » (Musée de la Vie Romantique, Paris. Exposition du 28 septembre 2010 – 16 janvier 2011)
(7) Même si « la période romantique de Pouchkine sera relativement brève ».  Charles Weinstein, Pouchkine : Choix de poésies, page 8.
(8) Encyclopedia Universalis, article « Pouchkine« .
(9) Cosimo Campa, La Littérature européenne, Studyrama 2005, page 68.
 
(10)  Au bord de la Néva. Contes russes, traduits par Xavier Marmier, Paris 1865, page 2.

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Relecture et vérification du manuscrit : Bruno Rigolt

 

Première STMG4. Atelier d’écriture. Deuxième livraison…

Atelier d’écriture…

« Les mots qui s’évadent… »
Hommage au Surréalisme

Par la classe de Première STMG4
— Promotion 2011-2012 —

Deuxième livraison

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Comme vous le savez si vous suivez régulièrement l’actualité littéraire de ce blog, la classe de Première STMG4 du Lycée en Forêt a souhaité rendre hommage à travers cet atelier d’écriture au Surréalisme. La semaine dernière, les premiers textes rédigés par les étudiants ont été présentés. Voici la deuxième livraison.

Pour accéder aux premiers textes publiés et lire la présentation de la démarche adoptée par la classe, cliquez ici.

Bonne lecture…

← Dans ce texte publié en 1929, André Breton propose une nouvelle réflexion sur le langage comme remise en cause complète du rationalisme. Voir aussi le texte du premier Manifeste (1924).

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 Prochaine livraison : samedi 19 mai 2012.

 

Pour montrer la neige
par Dylan B.

Au moment de partir en voyage
Pour sortir de l’horizon
Ainsi plein de souvenirs tirés d’une mémoire
Sur le sable
Le visage plein de luxe, de lune et d’argent
Pour montrer la neige
Aux lèvres gercées de la mer…

 

La brise m’embrasse à flot flottant
par Lamya E. B.

Ta chevelure telle un soleil de midi éclaire ma face obscure
Ta chevelure comme un soleil purement chaud…
Comme une joie de vie supérieure à celle de l’Homme.

Seulement là s’opère une sorte de symbiose harmonieuse :
La meilleure façon d’aimer c’est de ressentir les mêmes désirs
Que l’oiseau disparaissant à la belle étoile.

Mais le sais-tu : la première femme fut celle retrouvée
Dans les bras du monde de la mélancolie.
Et moi je dis OUI, car la brise m’embrasse à flot flottant…

« La meilleure façon d’aimer c’est de ressentir les mêmes désirs
Que l’oiseau disparaissant à la belle étoile… »
(Cliché photographique : Bruno Rigolt)

 

  

La paix vivra demain
par Mahroua C.

L’amour rose de sang est souvent l’œuvre de la réalité
L’or intérieur efface la jeune tiédeur de la femme si âgée :
La lassitude attend le voyage électrique
Vernis rouge, sourire de la paix morte
La flamme de mes yeux voulait voir les merveilles :
Le soleil des lèvres parfois arraché,
Les talons de la folie courir comme un nuage

 

 

 

 

Encre triste
par Antoine B.

La plume flotte sur le cahier :
J’écris étonné la rime de l’ailleurs
Souvenir rigoureux libre d’orthographe
La forme des étoiles étonne les avions
Attrapés d’oubli d’encre triste
Cœur parti, dur charme foncé
Comme un adieu à jamais :
Le stylo bleu suit la route de la guerre… 

 

 

 

Pour feuilleter l’ouvrage dans Google-livres, cliquez ici →

 

 

 

 

 

 

Sous un abri de paradis
par Laura L.

Sous un abri de paradis
Le soleil qui fuit devient le vent interminable de l’amour.
Le vol des soldats anime cette volupté
Qui assombrit les paquetages nuageux
Desquels on observe un voyage de moutons

Dormant sensiblement comme un enfant

À l’aube de la guerre :
Le soleil s’est éteint pour elle…

 

 

La tristesse de la nuit
par Timothée L. F.

Étrangère mélancolie des étoiles
Sur un chemin de sentiments essoufflés
Dans la poussière des mots effacés

Ô limites nostalgiques d’un amour absurde

L’encre coule telle une larme sur la feuille qui se fane
Et certains nuages pleurent
Sous l’emprisonnement de la nuit…

« Étrangère mélancolie des étoiles… »
Vincent Van Gogh, « La nuit étoilée », 1889

 

 

Magnificence pourpre
par Mahawa G.

Près d’une colline verte,
J’ai rencontré tes yeux aussi purs qu’une rose rouge.
J’ai tenu tes mains d’une blancheur semblable
Aux épices brunes de l’orient

Ma tristesse s’allonge dans la nuit,
La société tombe telle des pétales tristes
Qui sourient comme des femmes patientes
Au soleil de l’amour :

Magnificence pourpre de l’humanité éternelle !

 

 

Accourir les yeux pleurants
par Aurélie V.


Illustration sur une idée d’Aurélie, d’après une planche extraite du manga Code Geass, tome 1

 

La mise en ligne de la deuxième livraison est terminée. Prochaine livraison : vendredi 25 mai 2012. Pour lire les textes de la première livraison, cliquez ici.

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