Festival TICE 2009… Prix « Lycée » pour le « Cahier de texte électronique »

festival-tice.1257127264.gifOrganisé chaque année par l’académie d’Orléans-Tours et le Conseil régional du Centre, le festival TICE a pour but de « repérer et mettre en valeur la création de ressources pédagogiques et des usages pédagogiques qui mettent en œuvre les Technologies de l’Information et de la Communication ». L’édition 2009, qui s’est déroulée ce mercredi 14 octobre au lycée Charles Péguy d’Orléans, a été l’occasion pour des écoles, des collèges et des lycées de concourir en présentant devant des jurys académiques prestigieux des projets tous passionnants et dignes d’éloges.

Comme vous le savez, j’avais souhaité inscrire ce cahier de texte électronique au nom du Lycée en Forêt : sélectionné en juin 2009 pour participer à la grande finale, ce projet vient d’être récompensé par le Jury qui a voulu ainsi honorer le travail accompli en lui décernant le prix « Lycée ». Prix qui permettra à notre établissement de s’équiper davantage en matériel innovant : un tableau blanc interactif dernier cri, un vidéoprojecteur, ainsi qu’un ordinateur portable équipé d’une solution logicielle complète pour piloter l’ensemble.

Je tiens à remercier chaleureusement M. Jacques Thiriat, ancien proviseur, qui m’a encouragé à poursuivre ce projet initié en octobre 2008. Que soient également félicités tous les élèves de mes classes pour leur investissement et leur collaboration. Merci à vous toutes et à vous tous : c’est d’abord votre prix ! Merci enfin aux très nombreux internautes (quelque 170.000 pages vues à ce jour) qui ont eu l’occasion de parcourir ce qui est un peu plus qu’un simple cahier de texte. Pour fêter dignement ce premier anniversaire, plein de défis nous attendent à partir de la rentrée de novembre 2009, à commencer par la création de rubriques entièrement nouvelles, créées et animées par les élèves : des jeunes des classes de Seconde 18 et Seconde 7 vont bientôt s’investir dans cette entreprise ambitieuse! De plus, nous essaierons tous ensemble de miser sur des projets d’écriture collaborative encore plus innovants, et qui, je l’espère, feront honneur à notre établissement et à notre académie. Merci encore à vous toutes et à vous tous ! B. R.

Site du festival : http://festival.tice.ac-orleans-tours.fr/

Festival TICE 2009… Prix "Lycée" pour le "Cahier de texte électronique"

festival-tice.1257127264.gifOrganisé chaque année par l’académie d’Orléans-Tours et le Conseil régional du Centre, le festival TICE a pour but de « repérer et mettre en valeur la création de ressources pédagogiques et des usages pédagogiques qui mettent en œuvre les Technologies de l’Information et de la Communication ». L’édition 2009, qui s’est déroulée ce mercredi 14 octobre au lycée Charles Péguy d’Orléans, a été l’occasion pour des écoles, des collèges et des lycées de concourir en présentant devant des jurys académiques prestigieux des projets tous passionnants et dignes d’éloges.
Comme vous le savez, j’avais souhaité inscrire ce cahier de texte électronique au nom du Lycée en Forêt : sélectionné en juin 2009 pour participer à la grande finale, ce projet vient d’être récompensé par le Jury qui a voulu ainsi honorer le travail accompli en lui décernant le prix « Lycée ». Prix qui permettra à notre établissement de s’équiper davantage en matériel innovant : un tableau blanc interactif dernier cri, un vidéoprojecteur, ainsi qu’un ordinateur portable équipé d’une solution logicielle complète pour piloter l’ensemble.
Je tiens à remercier chaleureusement M. Jacques Thiriat, ancien proviseur, qui m’a encouragé à poursuivre ce projet initié en octobre 2008. Que soient également félicités tous les élèves de mes classes pour leur investissement et leur collaboration. Merci à vous toutes et à vous tous : c’est d’abord votre prix ! Merci enfin aux très nombreux internautes (quelque 170.000 pages vues à ce jour) qui ont eu l’occasion de parcourir ce qui est un peu plus qu’un simple cahier de texte. Pour fêter dignement ce premier anniversaire, plein de défis nous attendent à partir de la rentrée de novembre 2009, à commencer par la création de rubriques entièrement nouvelles, créées et animées par les élèves : des jeunes des classes de Seconde 18 et Seconde 7 vont bientôt s’investir dans cette entreprise ambitieuse! De plus, nous essaierons tous ensemble de miser sur des projets d’écriture collaborative encore plus innovants, et qui, je l’espère, feront honneur à notre établissement et à notre académie. Merci encore à vous toutes et à vous tous ! B. R.

Site du festival : http://festival.tice.ac-orleans-tours.fr/

« Des mots égarés, une écriture du silence » par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7… Troisième livraison…

Voici la troisième et dernière livraison des poèmes créés par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7 en hommage à Marguerite Duras.

  • Cliquez ici pour accéder aux textes publiés le 30 septembre 2009.
  • Cliquez ici pour accéder aux textes publiés le 16 septembre 2009.

        

motsegares_affiche3.1256830367.jpg

          

                 

Oublier pour l’éternité

par Alizée R. (Seconde 18)

            

Alors que s’écoulent autrement

Les larmes du soleil

Je cherche dans la peur

la morale du tableau silencieux

Avec l’envie d’ignorer,

D’oublier une vie seule :

Pourquoi l’horizon court-il au loin ?

           

Je veux partir avec le cœur de l’autre

Sans voler ses ailes de papier,

M’égarer dans la puissance à jamais,

Calculer les secondes d’amour à deux

Mais rester dans la grande ignorance d’avoir à oublier

Et juste percevoir la solitude.

          

J’ai fermé les yeux sur l’espoir

J’ai marché dans les larmes du soleil…

  

            

Prendre le large

par Audrey G. (Seconde 18)

              

On vit, l’on profite de mensonges sincères,

On se noie, l’on s’écorche :

Mentir pour mieux se protéger.

Être nouveau, sans personne,

Sans mélancolie

Un besoin d’ailes,

Comme une attente pour se reconstruire.

Besoin d’horizon : oublier, renaître…

Sans personne,

Sans mélancolie

Un besoin d’ailes…

     

nyanimgif.1257125524.gif

New York, 1991, © B. R.

        

              

Haïku mélancolique

par Nabil B. (Seconde 18)

             

Un bruit dans la nuit :

Sur l’île

La solitude emplissait

Nos cœurs enfuis…

      

                               

Partir

par Charlotte B. (Seconde 7)

                

Attente inconsciente imaginée sans refus,

Embrasée, affligée de larmes

Noires sensations névrosées, épuisées de désir

Et de voyage.

Espoir assigné, oppressé de tristesse

Rongé par ces songes :

Partir, partir…

Cette mélancolie de liberté,

Ranimée d’éveils brûlant de rêves, en vain, épuisés…

            

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Belle nuit

par Florian C. (Seconde 7)

                 

Belle nuit où le temps s’arrête

Et ne reprend qu’au coucher de la vie

Aussi froide et sombre que le vent

Aussi noire et incertaine que l’aube

Belle nuit

Où l’on rêve que l’on ne pense à rien…

         

              

Un cœur égaré

par Tiffany J. (Seconde 7)

         

Dans la nuit inconnue

Ce cœur égaré par la lumière hésitante

D’un voyage oublié.mer-1.1255800756.jpg

   

Dans l’océan froissé

Du silence obscur,

Une solitude

Incertaine.

       

Ce cœur séparé,

Comme une musique dans le vent

Une musique de paroles colorées…

            

               

J’ai dû mourir plus vite que les autres

par Céline L. (Seconde 7)

             

Ce monde est-il noir ?

J’ai dû mourir plus vite que les autres.

M’occuper de la maison, de la lessive, des courses…

Les arbres sont creux, l’herbe hurle, les nuages pleurent :

J’ai dû mourir plus vite que les autres.

Je cache mes craintes, les maisons brûlent, et craque la terre :

J’ai dû mourir plus vite que les autres.

L’orage crie de douleur, les étoiles se fanent, les fleurs sont ternes :

J’ai dû mourir plus vite que les autres.

Ceux qui me critiquent ne savent pas. Ne connaissent pas.

Ce monde est-il noir ?

J’ai dû mourir plus vite que les autres.

            

             

Une histoire éphémère

par Janyce M. Inès E. et Déborah S. (Seconde 18)

              

Écrire dans le vent, au soleil de l’automne

Tant l’écriture est un rêve :

Léger tel ce lourd fardeau.

Admirer par la fenêtre la vérité,

Perdue dans le nuage des mots :

Ne jamais comprendre la conformité.

Apprendre le pouvoir de mordre le temps,

Prétendre qu’on le passe en pensant.

Je joue de la montre-bracelet,

Et gagne au Loto de la solitude

Une histoire éphémère :

Sourire à l’aube,

Pleurer le crépuscule…

         

histoire-ephemere-1.1255924194.jpg

Photomontage à partir de deux tableaux du peintre surréaliste R. Magritte (« La Grande famille » et « La lunette d’approche »)

            

                    

Paysage d’été

par Lauren C. (Seconde 18)

         

S’amuser de soleils et de feuilles

Rire de paysages et de fleurs l’été

Sans amis, le soleil n’est que passage

Les regarder sourire

Faisait l’effet d’une friandise

Sur la plage

Dans le paysage d’été…

          

                   

Une guitare dans le Bleu

par Lucie L. (Seconde 7)

        

Partir, retrouver une vie

Se souvenir d’un regard,

guitare1.1256846842.jpgD’une mélodie douce…

Cœur vidé,

Mais une lueur d’espoir…

Un chien vagabondait.

                    

Le retour du temps passé,

Je crie mon envie, sans un bruit :

Un geste parti de mon cœur,

Une guitare dans le Bleu,

Une chevelure dorée,

Fascination d’un être.

                          

Un adieu, des larmes…

           

                 

Il s’agit du même livre…

par Marine D. et Marion L. (Seconde 7)

               

Chaque personne que l’on rencontre est unique

Mais les souvenirs parfois s’effacent :

L’ami s’en va, marche, s’évade,

Finit par s’endormir, partir…

La vie avec un ami parti

Est vie à mourir, tempête sans le vent,

Des larmes sans pleurer, un couloir sans issue.

Tourner la page ?

Mais il s’agit toujours du même livre…

               

                    

Des ombres ouvraient un chemin

par William P. (Seconde 18)

            

Sous un ciel

Qui brillait d’étrange lumière

new-york-1.1255844936.jpgDes ombres ouvraient un chemin.

Un cœur perdu

Triste d’oubli

Cherchait une proie.

L’enfant innocent

Endormi par l’ennui

Découvrit des images de la nuit

La nuit

Qui toujours s’évapore

De rayons roses

Qui se cachent…

          

                   

Je pense à la faim

par Haroun M. (Seconde 18)

             

Je pense à la faim, à la soif

De vivre pour manger

Se remplir de pays inconnus et

De villes perdues,

De cités égarées.

Je pense à la faim, à la soif

De vivre pour boire

Les mots

De livres égarés,

Quelques mots envolés…

              

                  

Délivrance

par Léo R. (Seconde 18)

Après une lecture de la nouvelle de M. Duras « Le coupeur d’eau« 

           

Découverte d’une tentation nouvelle,

Souvenir d’une mélodie égarée

À l’heure du silence de la société.

J’ai vu la beauté étoilée du Noir dans le soir,

L’émerveillement d’une nuit d’été hésitante,

La profondeur d’un regard

Dans le silence obscur de la vie.

C’était comme une infinité inconnue,

Comme le regret d’un changement lointain :

Le désespoir d’une femme à mes côtés

Le soulagement dernier d’un voyage espéré…

          

rails.1255867774.jpg

             

                

La nuit, le ciel…

par Damien L. (Seconde 18)

         

Un homme sortit dans l’infini bleuté

Les mille bougies du ciel éclairaient son visage.

L’homme cherchait à se rappeler

Des souvenirs disparus

Dans l’obscurité-mémoire.

Puis le ciel pleura

L’homme fondit

Dans un déluge

De larmes bleues…

           

larmes-bleues2.1255860949.jpg

             

                   

Envolé

par Claire D. (Seconde 18)

         

Un homme s’arrête : essoufflé, perdu.

Pourtant le soleil brille, pourtant un oiseau chante.

Un papillon, une abeille, puis un soupir lointain.

L’homme rêve : il voit comme un amour

Mais c’est la pluie.

Et puis l’orage : même l’oiseau qui chantait s’est tu

L’homme ne respire plus.

Un éclair rose brise l’horizon.

L’homme est mort car c’est la guerre.

Le soleil revient.

L’oiseau a repris son chant mélodieux.

L’homme, lui, s’est envolé…

              

                     

Tourner la page

par Madeleine L. et  Harivelo A. (Seconde 18)

                  

Autour du feu de lecture

Des lettres de cœur,

Les odeurs de la mer classées, cataloguées

Avec les mots-poubelle

Du passé comme les vieux chagrins…

           

Le tour de manège ivre de plaisir est fini

Courir au loin puis seul

À un banc dans la nuit sans étoile

Questions, pensées, ennui :

la peur en route vers le mystère futur…

              

tourner-la-page2.1256832387.jpg

"Des mots égarés, une écriture du silence" par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7… Troisième livraison…

Voici la troisième et dernière livraison des poèmes créés par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7 en hommage à Marguerite Duras.

  • Cliquez ici pour accéder aux textes publiés le 30 septembre 2009.
  • Cliquez ici pour accéder aux textes publiés le 16 septembre 2009.

        

motsegares_affiche3.1256830367.jpg

          

                 

Oublier pour l’éternité

par Alizée R. (Seconde 18)

            

Alors que s’écoulent autrement

Les larmes du soleil

Je cherche dans la peur

la morale du tableau silencieux

Avec l’envie d’ignorer,

D’oublier une vie seule :

Pourquoi l’horizon court-il au loin ?

           

Je veux partir avec le cœur de l’autre

Sans voler ses ailes de papier,

M’égarer dans la puissance à jamais,

Calculer les secondes d’amour à deux

Mais rester dans la grande ignorance d’avoir à oublier

Et juste percevoir la solitude.

          

J’ai fermé les yeux sur l’espoir

J’ai marché dans les larmes du soleil…

  

            

Prendre le large

par Audrey G. (Seconde 18)

              

On vit, l’on profite de mensonges sincères,

On se noie, l’on s’écorche :

Mentir pour mieux se protéger.

Être nouveau, sans personne,

Sans mélancolie

Un besoin d’ailes,

Comme une attente pour se reconstruire.

Besoin d’horizon : oublier, renaître…

Sans personne,

Sans mélancolie

Un besoin d’ailes…

     

nyanimgif.1257125524.gif

New York, 1991, © B. R.

        

              

Haïku mélancolique

par Nabil B. (Seconde 18)

             

Un bruit dans la nuit :

Sur l’île

La solitude emplissait

Nos cœurs enfuis…

      

                               

Partir

par Charlotte B. (Seconde 7)

                

Attente inconsciente imaginée sans refus,

Embrasée, affligée de larmes

Noires sensations névrosées, épuisées de désir

Et de voyage.

Espoir assigné, oppressé de tristesse

Rongé par ces songes :

Partir, partir…

Cette mélancolie de liberté,

Ranimée d’éveils brûlant de rêves, en vain, épuisés…

            

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Belle nuit

par Florian C. (Seconde 7)

                 

Belle nuit où le temps s’arrête

Et ne reprend qu’au coucher de la vie

Aussi froide et sombre que le vent

Aussi noire et incertaine que l’aube

Belle nuit

Où l’on rêve que l’on ne pense à rien…

         

              

Un cœur égaré

par Tiffany J. (Seconde 7)

         

Dans la nuit inconnue

Ce cœur égaré par la lumière hésitante

D’un voyage oublié.mer-1.1255800756.jpg

   

Dans l’océan froissé

Du silence obscur,

Une solitude

Incertaine.

       

Ce cœur séparé,

Comme une musique dans le vent

Une musique de paroles colorées…

            

               

J’ai dû mourir plus vite que les autres

par Céline L. (Seconde 7)

             

Ce monde est-il noir ?

J’ai dû mourir plus vite que les autres.

M’occuper de la maison, de la lessive, des courses…

Les arbres sont creux, l’herbe hurle, les nuages pleurent :

J’ai dû mourir plus vite que les autres.

Je cache mes craintes, les maisons brûlent, et craque la terre :

J’ai dû mourir plus vite que les autres.

L’orage crie de douleur, les étoiles se fanent, les fleurs sont ternes :

J’ai dû mourir plus vite que les autres.

Ceux qui me critiquent ne savent pas. Ne connaissent pas.

Ce monde est-il noir ?

J’ai dû mourir plus vite que les autres.

            

             

Une histoire éphémère

par Janyce M. Inès E. et Déborah S. (Seconde 18)

              

Écrire dans le vent, au soleil de l’automne

Tant l’écriture est un rêve :

Léger tel ce lourd fardeau.

Admirer par la fenêtre la vérité,

Perdue dans le nuage des mots :

Ne jamais comprendre la conformité.

Apprendre le pouvoir de mordre le temps,

Prétendre qu’on le passe en pensant.

Je joue de la montre-bracelet,

Et gagne au Loto de la solitude

Une histoire éphémère :

Sourire à l’aube,

Pleurer le crépuscule…

         

histoire-ephemere-1.1255924194.jpg

Photomontage à partir de deux tableaux du peintre surréaliste R. Magritte (« La Grande famille » et « La lunette d’approche »)

            

                    

Paysage d’été

par Lauren C. (Seconde 18)

         

S’amuser de soleils et de feuilles

Rire de paysages et de fleurs l’été

Sans amis, le soleil n’est que passage

Les regarder sourire

Faisait l’effet d’une friandise

Sur la plage

Dans le paysage d’été…

          

                   

Une guitare dans le Bleu

par Lucie L. (Seconde 7)

        

Partir, retrouver une vie

Se souvenir d’un regard,

guitare1.1256846842.jpgD’une mélodie douce…

Cœur vidé,

Mais une lueur d’espoir…

Un chien vagabondait.

                    

Le retour du temps passé,

Je crie mon envie, sans un bruit :

Un geste parti de mon cœur,

Une guitare dans le Bleu,

Une chevelure dorée,

Fascination d’un être.

                          

Un adieu, des larmes…

           

                 

Il s’agit du même livre…

par Marine D. et Marion L. (Seconde 7)

               

Chaque personne que l’on rencontre est unique

Mais les souvenirs parfois s’effacent :

L’ami s’en va, marche, s’évade,

Finit par s’endormir, partir…

La vie avec un ami parti

Est vie à mourir, tempête sans le vent,

Des larmes sans pleurer, un couloir sans issue.

Tourner la page ?

Mais il s’agit toujours du même livre…

               

                    

Des ombres ouvraient un chemin

par William P. (Seconde 18)

            

Sous un ciel

Qui brillait d’étrange lumière

new-york-1.1255844936.jpgDes ombres ouvraient un chemin.

Un cœur perdu

Triste d’oubli

Cherchait une proie.

L’enfant innocent

Endormi par l’ennui

Découvrit des images de la nuit

La nuit

Qui toujours s’évapore

De rayons roses

Qui se cachent…

          

                   

Je pense à la faim

par Haroun M. (Seconde 18)

             

Je pense à la faim, à la soif

De vivre pour manger

Se remplir de pays inconnus et

De villes perdues,

De cités égarées.

Je pense à la faim, à la soif

De vivre pour boire

Les mots

De livres égarés,

Quelques mots envolés…

              

                  

Délivrance

par Léo R. (Seconde 18)

Après une lecture de la nouvelle de M. Duras « Le coupeur d’eau« 

           

Découverte d’une tentation nouvelle,

Souvenir d’une mélodie égarée

À l’heure du silence de la société.

J’ai vu la beauté étoilée du Noir dans le soir,

L’émerveillement d’une nuit d’été hésitante,

La profondeur d’un regard

Dans le silence obscur de la vie.

C’était comme une infinité inconnue,

Comme le regret d’un changement lointain :

Le désespoir d’une femme à mes côtés

Le soulagement dernier d’un voyage espéré…

          

rails.1255867774.jpg

             

                

La nuit, le ciel…

par Damien L. (Seconde 18)

         

Un homme sortit dans l’infini bleuté

Les mille bougies du ciel éclairaient son visage.

L’homme cherchait à se rappeler

Des souvenirs disparus

Dans l’obscurité-mémoire.

Puis le ciel pleura

L’homme fondit

Dans un déluge

De larmes bleues…

           

larmes-bleues2.1255860949.jpg

             

                   

Envolé

par Claire D. (Seconde 18)

         

Un homme s’arrête : essoufflé, perdu.

Pourtant le soleil brille, pourtant un oiseau chante.

Un papillon, une abeille, puis un soupir lointain.

L’homme rêve : il voit comme un amour

Mais c’est la pluie.

Et puis l’orage : même l’oiseau qui chantait s’est tu

L’homme ne respire plus.

Un éclair rose brise l’horizon.

L’homme est mort car c’est la guerre.

Le soleil revient.

L’oiseau a repris son chant mélodieux.

L’homme, lui, s’est envolé…

              

                     

Tourner la page

par Madeleine L. et  Harivelo A. (Seconde 18)

                  

Autour du feu de lecture

Des lettres de cœur,

Les odeurs de la mer classées, cataloguées

Avec les mots-poubelle

Du passé comme les vieux chagrins…

           

Le tour de manège ivre de plaisir est fini

Courir au loin puis seul

À un banc dans la nuit sans étoile

Questions, pensées, ennui :

la peur en route vers le mystère futur…

              

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Sections d’examen : publication en ligne des supports de cours…

Afin de permettre aux étudiant(e)s de mieux planifier leur travail, voici le calendrier de mise en ligne des supports de cours jusqu’aux vacances de la Toussaint. Ce calendrier ne concerne que les articles destinés aux sections d’examen.
  • BTS / Culture Gé « Détour et détournements parodiques : du modèle à la déconstruction du modèle ». Mise en ligne le dimanche 11 octobre 2009. Publié.
  • Classes de Première : Synthèse sur « Le Cimetière marin » de Paul Valéry. Mise en ligne le mercredi 21 octobre 2009.

Sections d'examen : publication en ligne des supports de cours…

Afin de permettre aux étudiant(e)s de mieux planifier leur travail, voici le calendrier de mise en ligne des supports de cours jusqu’aux vacances de la Toussaint. Ce calendrier ne concerne que les articles destinés aux sections d’examen.
  • BTS / Culture Gé « Détour et détournements parodiques : du modèle à la déconstruction du modèle ». Mise en ligne le dimanche 11 octobre 2009. Publié.
  • Classes de Première : Synthèse sur « Le Cimetière marin » de Paul Valéry. Mise en ligne le mercredi 21 octobre 2009.

Classes de Première : Bientôt le premier Bac blanc écrit facultatif…

Un premier entraînement à l’EAF (Épreuve Anticipée de Français) aura lieu le mercredi 21 octobre 2009 pour toutes mes classes de Première à partir de 13h30 (le lieu vous sera communiqué ultérieurement). Cette épreuve est FACULTATIVE et ne peut EN AUCUN CAS abaisser votre moyenne, quels que soient vos résultats. Ce bac blanc portera comme vous le savez sur la poésie. C’est d’ailleurs cet objet d’étude qui tombera également lors du Bac blanc organisé par le Lycée (obligatoire celui-là !) en janvier 2010 (date communiquée sous toute réserve).

Je vous conseille avant de venir de relire les instructions officielles : cela vous donne une indication précise sur les exigences requises. De fait, on ne va pas à un examen (même facultatif) “comme ça”. Il faut toujours, même si l’on croit à peu près tout connaître de l’épreuve, s’en imprégner avant et relire les directives, les consignes, etc. afin de bien cibler vos réponses le jour de l’épreuve.

Enfin, le « rapport du jury » que j’avais rédigé après le premier bac blanc organisé par le Lycée l’an passé vous rappellera certaines erreurs à éviter.

Un deuxième bac blanc facultatif aura lieu vraisemblablement avant les vacances de Noël.

“Des mots égarés, une écriture du silence” par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7… Deuxième livraison…

Voici la deuxième livraison des poèmes créés par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7 en hommage à Marguerite Duras. Cliquez ici pour lire (ou relire) les premiers textes déjà publiés sur le site…

 

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La vie raconte…

par Vincent M. (Seconde 18)

        

L’nfinie beauté du soleil éclaire l’avenir de la nuit.

Voici l’heure de l’humanité calme.

La pluie hurle sans bruit de peur d’être mangée par le soleil.

La vie raconte toujours le silence

Ce silence d’évasion

Devant les portes de la gloire….

            

                

Ouvrir la vie

Aurélie V. et Flavie H. (Seconde 7)

                  

Ouvrir la vie dans son lit de printemps,

Sur un chantier enneigé… Le vent était glacial…

Écrire sur un cahier, ouvrir la porte d’un arbre ouvert,

Les feuilles tombantes défilaient comme un livre.

L’espace noir de l’infini de Mars

Étoilé,

Sur un chantier enneigé :

Ouvrir la vie dans son lit de printemps…

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Dans la noyade d’une larme

par Laura F. Victor E. Tiphanie C. Samuel B. (Seconde 7)

                       

La vie est répétition d’habitudes dans une liberté condamnée,

Obscure beauté de la fleur fanée dans de noires clartés.

La vie est le regard de l’aveugle perdu dans le cri des cités,

Et le sang du mort rendant la vue à une poupée

Dans la noyade d’une larme…

              

La vie est l’enfant noyé dans l’alcool dans une courte éternité,

Et, par une lenteur si brève, la joie dans le malheur

Une étrange pureté, et de peur

Le commencement par la fin

Durant la fin de l’Apocalypse…

          

               

Des souvenirs

par Corentine H. (Seconde 7)

                      

Rappelle un été

Un champ nulle part

dali1.1289659511.jpgUn temps sans montre

Des rires montaient au ciel…

        

Parler sans mot

Une bulle, une cabane

Des histoires sans fin

D’une vie qui se fâne…

           

Imaginer, créer, voyager

Des tâches, des murs

Une journée sans nuit,

Ce souffle du vent qui réchauffe :

  

Abandonné, oublié…

Dalí (1904-1989), « La Persistance de la mémoire » (détail), 1931. Huile sur toile, The Museum of Modern Art, New York. © 2008 Salvador Dalí, Fundació Gala-Salvador Dalí / Artists Rights Society (ARS), New York

           

                                                          

Soupçon de la mer rose

par Émilie S. et Johanna H. (Seconde 7)

            

Horizon, paradis noir blessé

Étoile arrondie veut vouloir vivre

Passion de rêver écartelée

Tristesse hantée par le rire

Jalousie ensoleillée :

Soupçon de la mer rose.

               

Aboyer du regard

Rougir d’un amour haineux

Tromper le métissage des sentiments,

Tuer le cinéma rouge :

Toi, étoile haineuse

Arrivée par la jolie fleur.

              

Écrire trop fort l’absence qui blesse,

Pleurer d’une grande réconciliation…

mer-rose.1289661225.jpg

 B. Rigolt (pastel et aquarelle), d’après Paul Levere

      

                                        

Dans la nuit des dernières larmes

par Antoine B. et Alexandre B. (Seconde 7)

           

Des pages de la vie qui se tournent :

Rupture du cœur triste,

Mon rêve est maintenant loin de moi.

Envie d’exil, de voyage :

Prendre un bateau et sombrer

Dans la nuit des dernières larmes

Et recommencer à aimer…

          

                                         

Le retranchement

par Aurélie V. et Flavie H. (Seconde 7)

         

larmes_after.1289660060.jpgL’individu tarde à fermer son soupir ;

Le retranchement maladroit est moqueur

L’effet blanc des larmes sur la table

Pèse le mouvement des brûlures des mains

La pluie orangée nettoie le rythme palpable…

Photomontage d’après Man Ray « Tears », 1933

                

                            

Emporté par le vent

par Nina D. (Seconde 7)

                

Une douce rose éclata aux aurores ;

Par la chaleur du soleil, un trèfle descendit du ciel

Ainsi qu’une cerise emportée par le vent.

Au loin la mer déchaînée,

Les roches griffées

Par le cri des vagues.

Puis une cloche qui chanta de bonheur

Le cri du bébé réveillé

Sur le cœur de la mère

Débordant d’un amour sucré

Emporté par le vent…

                     

Mélodie mélancolique

par Michaël C. Nicolas D. Tennesse V. Thomas L. (Seconde 7)

             

soleil.1289661706.jpgMa joie s’est dessinée un matin

Par la fenêtre du ciel

J’entendis la musique qui tombait monotone

Crépitait mélancolique :

Elle zébrait le ciel,

Me faisait vivre et mourir.

L’amour se dessinait dans un monde

Plein de colère et de trahisons,

Il faisait tomber le soleil…

                   

                             

Attendre l’aube

par Léa G. (Seconde 18)

             

         Nuitée profonde, triste et abandonnée

Oubliée doucement,

Attendait l’aube rouge et miroitante clarté,

Contemplait l’astre lumineux,

Lentement s’endormait…

               

                 

Sorbet d’ananas au parfum artistique

par Alexandra D. (Seconde 18)

      ananas.1289662133.jpg  

 Danser dans un rêve toujours plongé

Au cœur bleuté d’anachronismes

Comme de tristesse ensoleillée.

Nager dans des ouragans

De peluche envoûtée par le jour

Accompagnés de cannelle

Sous la tristesse de la mer…

   

                         

            

             

Temps est vent

par Clémentine G. (Seconde 7)

              

Temps est vent :

Regardez le temps passé,

Le temps lointain, le temps présent

            

Temps est vent,

Écoutez son chant : c’est le chant du temps qui passe

Qui laisse des souvenirs en noir et blanc

Qui fait croire en l’avenir

        

Temps est vent,

Laissez-vous porter

Par les profondeurs bleues du temps

Qui marche, court et vole mais ne se retourne pas

          

Temps est vent,

C’est une brise silencieuse

 Fraîche, nouvelle, mystérieusement…

magritte1.1289663496.jpg

René Magritte, « Le poison » (détail), 1939 

               

                         

La beauté du voyage

par Romane C. (Seconde 18)

             

La beauté du voyage,

oiseaux-dans-la-nuit.1289663556.jpgC’est partir vers d’autres nulle part

C’est découvrir de pourpres lunes

Parcourues d’oiseaux de miel,

Des soleils lunatiques,

Des océans de pain d’épices

Ou de sirop de pêche.

La beauté du voyage,

C’est un ciel d’étoiles sans nuit,

De nuit sans étoiles :

Monde retourné, aucune idée,

C’est cette photo sans image :

Cris et silence mêlés.

Le voyage est la clé…

                                  

                               

Aidé par le temps

par Marion C. (Seconde 18)

              

Sourire, et soupir-silence…

Aidé par le temps,

Le va-et-vient de la vague blanche

A effacé les traces dernières

De mon esprit vagabond :

J’ai cru arrêter de croire…

                

                      

Litanie des émotions

par Amel F. et Camille R. (Seconde 7)

             

Laideur d’une douce sirène

(L’instabilité renforçait l’authenticité),

Monotonie mêlée de désespoir en forme de chose précieuse.

Un valet assis sur un banc attendait les lèvres de sa reine ;

La douleur de la trahison  affaiblit le son du corbeau…

La fluorescence de l’amour empêche le visage d’avoir peur,

Amour interdit équivaut au désir.

La lueur de la lampe faisait ressentir ta sensualité.

Litanie des émotions, fraîcheur du crime…

echiquier-br.1254507728.jpg

 

               

(D’autres textes seront publiés prochainement…)

Support de cours Classes de Lycée : Symbolisme, « Esprit nouveau »


Le but de ce support de cours est de présenter brièvement pour mes classes de Première
la doctrine symboliste, et de montrer le bouleversement qu’elle va introduire dans le paysage littéraire français et européen… L’accent est particulièrement mis sur les auteurs étudiés en cours.

_

Esprit nouveau et 
Symbolisme

_

Il est difficile de proposer du Symbolisme une « définition » qui en énonce explicitement les principes. De fait, le Symbolisme apparaît d’abord comme une révolution spirituelle et une réaction idéaliste contre le Réalisme et le Naturalisme. Commencé avec Verlaine et Baudelaire, il atteint son apogée dans les années 1885-1895. Héritier du Romantisme, mouvement de transition, il s’achève au début du vingtième siècle avec l’apparition du Surréalisme.

Dans un siècle qui voit le règne de la machine et du matérialisme, le Symbolisme chante la nostalgie de l’Idéal et du Spirituel. Du Romantisme, il conservera l’idée d’un certain rejet social et la rébellion contre toute forme de rationalisme. fantin-latour-immortalite-1889.1254057733.jpgCe refus de percevoir le monde objectivement conduira donc les jeunes générations à privilégier d’une part la subjectivité et d’autre part un goût affirmé pour la Décadence, le Surnaturel (voire l’Anarchisme).

Prétendant à un style nouveau et à une langue inédite, purifiée, où les mots peuvent jouer librement avec l’imagination la plus débridée, cette nouvelle école littéraire peut ainsi s’apparenter à un art de la subjectivité et de l’idéalisation du réel.

← Henri Fantin Latour, « Immortalité » 
1889. Huile sur toile, Cardiff, National Museum of Wales
 © National Museum of Wales

On pourrait évoquer ici la célèbre définition de Rémy de Gourmont, qui dans la préface au Livre des Masques (1896) déclare : « Que veut dire Symbolisme ? Cela peut vouloir dire : individualisme en littérature, liberté de l’art, abandon des formules enseignées, tendance vers ce qui est nouveau, étrange et même bizarre ; cela peut vouloir dire aussi : idéalisme, dédain de l’anecdote sociale, antinaturalisme ». Mais c’est sans aucun doute le poète Jean Moréas dans son « Manifeste du Symbolisme » (Le Figaro littéraire du 18 septembre 1886) qui met le mieux l’accent sur la volonté de rupture introduite par le Symbolisme :

« Comme tous les arts, la littérature évolue : évolution cyclique avec des retours strictement déterminés et qui se compliquent des diverses modifications apportées par la marche du temps et les bouleversements des milieux […]. Une nouvelle manifestation d’art était donc attendue, nécessaire, inévitable. Cette manifestation, couvée depuis longtemps, vient d’éclore. […]. Et que peut-on reprocher, que reproche-t-on à la nouvelle école ?Gustave Moreau_Salomé_dansant
L’abus de la pompe, l’étrangeté de la métaphore, un vocabulaire neuf où les harmonies se combinent avec les couleurs et les lignes : caractéristiques de toute renaissance ».

Gustave Moreau (1826-1898)
« Salomé dansant devant Hérode » (1876) →
Paris, Musée Gustave Moreau

Le pouvoir de l’Esprit sur les sens

Car il s’agit bien en effet d’une « renaissance » : proclamant le pouvoir de l’Esprit sur les sens, de l’art sur la nature, de la subjectivité sur l’objectivité, de l’imaginaire sur le réel, le Symbolisme met l’accent sur la relation entre le signe (signifiant) et son signifié allégorique. Jean Moréas insiste bien sur cette dimension intellectuelle et métaphysique du mouvement : « Ennemie de l’enseignement, la déclamation, la fausse sensibilité, la description objective, la poésie symbolique cherche à vêtir l’Idée d’une forme sensible […] ».

Ce passage est important : on y retrouve très explicitement exprimée l’idée selon laquelle la poésie serait l’incarnation d’une forme extrême de la subjectivité, que l’artiste doit découvrir et exprimer par le langage. Ainsi, la fascination des premiers Romantiques pour la mort et le pathétique conduira les Symbolistes à une recherche presque mystique de la Vérité abstraite et de l’Absolu : de là le culte du mot rare, la fascination pour l’étrange, l’irrationnel, l’ineffable…

Luc Olivier Merson_1Luc-Olivier Merson (1846-1920)
« Le repos pendant la fuite en Égypte » (détail. Huile sur toile, 1880)
Nice, Musée des Beaux-Arts

Dans un remarquable ouvrage, Bertrand Marchal  rappelle combien le symbolisme apparaît « comme une protestation de l’esprit, ou de l’âme, contre le matérialisme contemporain, un matérialisme contemporain qui trouve son incarnation littéraire dans le naturalisme zolien […]. Antimatérialisme et antinaturalisme sont les deux faces d’une même réaction au nom de l’idéal, si bien que le mot de symbole a pour fonction essentielle, dans le discours symboliste, de rappeler que la réalité ne se réduit pas à la réalité brute du discours naturaliste, et de suggérer ainsi un réel au-delà du réel. Le symbolisme est d’abord et avant tout un idéalisme […] »1.

Ce culte d’un renouveau métaphysique et mystique, amplifié par le refus de la vie quotidienne dans son conformisme banal, conduira les auteurs à une volonté de recréation du langage qui va ouvrir la voie à une poétique nouvelle, plus abstraite et conceptuelle. « Au caractère utile du langage brut s’oppose le caractère sacré du poème. Comme Baudelaire, Mallarmé pense qu' »il y a dans le Verbe quelque chose de sacré […] »2. Avant tout « élitiste », la poésie symboliste aboutira immanquablement au culte du moi, comme le suggère très bien cette sentence sans appel de Mallarmé : « Que les masses lisent la morale, mais de grâce ne leur donnez pas notre poésie à gâter »3. Ainsi l’art, transcendé par la poésie, revêt-il une dimension spiritualiste et mystique proche du Sacré. Conçu comme une « aristocratie de l’esprit » et placé au-dessus de tout dans une perspective élitiste, il n’est réservé qu’à quelques initiés, seuls capables d’en saisir le sens (Songez à la « Lettre du Voyant » de Rimbaud).

Edouard Manet,
Portrait de Stéphane Mallarmé (détail) →
Paris, musée d’Orsay. © Photo RMN – H. Lewandowski)

Comme le dit très bien Edward Lucie-Smith, « De là est né le mythe du « génie », de l’homme à inspiration divine, capable de transformer en art toutes ses expériences et ses émotions, dispensé d’obéir aux règles normales en raison de ses dons, ayant même le devoir, en fait, de refuser de s’y soumettre dans l’intérêt de son épanouissement »4. C’est à juste titre qu’on a souligné les dérives hermétiques de la poésie symboliste, en particulier celle de Baudelaire, de Mallarmé ou de Valéry, dont le langage introduit de la subjectivité dans toute représentation artistique, au risque de devenir parfois quelque peu « artificiel ». De fait, ce « désir de forger, par la syntaxe aussi bien que par le vocabulaire, par l’archaïsme ou le néologisme, une langue poétique absolument distincte de la langue courante »5 aboutit immanquablement à l’hermétisme (voire à l’incompréhensible).

Une quête de l’absolu

C’est peut-être l’article d’Albert Aurier sur le peintre Gauguin paru dans le Mercure de France en 1891 qui traduit explicitement l’esthétique symboliste. Bien qu’appliquée à l’art pictural, elle caractérise bien la poésie. Selon lui, l’œuvre d’art doit être :

    1. Idéiste, puisque son idéal unique sera l’expression de l’Idée ;
    2. Symboliste, puisqu’elle exprimera cette idée par des formes ;
    3. Synthétique, puisqu’elle écrira ces formes, ces signes, selon un mode de compréhension générale ;
    4. Subjective, puisque l’objet n’y sera jamais considéré en tant qu’objet, mais en tant que signe d’idée perçu par le sujet […].

Affranchie de ses éléments didactiques, narratifs, et libérée du vers traditionnel, la poésie symboliste serait ainsi une poésie de la quête et du déchiffrement, mettant en correspondance le réel et l’inconnu : « ne rien nommer, ne rien expliquer » : tel semble le credo de la doctrine symboliste. La valeur de l’artiste ne réside non plus dans ce qu’il peut faire ou dire mais dans sa capacité à chercher une vérité primordiale qui échappe d’autant plus au sens commun qu’elle s’appuie sur la suggestion et l’évocation.

Envisagée à la fois comme un retour vers la vérité originelle et comme une avancée vers l’incréé et le mystère, la poésie symboliste est largement ésotérique : accessible aux seuls initiés, elle semble s’abreuver à la recherche d’une langue pure et subjective, qu’on pourrait qualifier de « Symbolisme allégorique », capable d’exprimer dans toute sa force l’Idée et l’Absolu.

Le poème de Mallarmé « Le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui » est très caractéristique de cette recherche métaphysique et spirituelle : l’image centrale du texte est assez commune : un cygne qui cherche à se libérer de la glace dans laquelle il est prisonnier. Pourtant, autour de cette métaphore s’organisent une série de correspondances thématiques et sonores plus audacieuses les unes que les autres qui font passer de l’image concrète à l’idée abstraite (l’hiver, l’exil, la captivité de l’oiseau, la liberté, etc.). Ces analogies parviennent ainsi à une sorte de « synthétisme » de la pensée, apte à saisir une vérité supérieure, dont la signification est à déchiffrer par le lecteur ; il ne lui suffit plus de lire, il lui faut interpréter :

Le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui
Va-t-il nous déchirer avec un coup d’aile ivre
Ce lac dur oublié que hante sous le givre
Le transparent glacier des vols qui n’ont pas fui !

Un cygne d’autrefois se souvient que c’est lui
Magnifique mais qui sans espoir se délivre
Pour n’avoir pas chanté la région où vivre
Quand du stérile hiver a resplendi l’ennui.

Tout son col secouera cette blanche agonie
Par l’espace infligée à l’oiseau qui le nie,
Mais non l’horreur du sol où le plumage est pris.

Fantôme qu’à ce lieu son pur éclat assigne,
Il s’immobilise au songe froid de mépris
Que vêt parmi l’exil inutile le Cygne.

Cette identification du symbole avec la poésie est essentielle. Comme le dit Mallarmé, « La poésie consistant à créer, il faut prendre dans l’âme humaine des états, des lueurs d’une pureté si absolue que bien chantés et bien mis en lumière, cela constitue en effet les joyaux de l’homme : là il y a symbole, il y a création, et le mot poésie a ici son sens : c’est, en somme, la seule création humaine possible »6. Fortement influencé par la lecture de l’œuvre du philosophe allemand Hegel, Mallarmé cherchera à formuler les liens secrets qui unissent l’Être à la pensée, la nature à l’idée.

En affirmant l’absolue nécessité de situer la poésie « dans le domaine de l’essence », Mallarmé, comme beaucoup d’autres auteurs symbolistes estime en effet « que ce serait devenir impur que de descendre dans celui de l’existence »7. L’auteur poursuivra cette recherche de « l’esprit pur » et d’une « conception pure » de la poésie tout au long de sa vie. Par essence non narrative, sa poésie se fera de plus en plus « fiction », poussant l’art jusqu’à un « fanatisme de pureté »8.

Transformer l’objet en idée

L’idée de représenter abstraitement la nature, permet ainsi aux poètes de tisser un réseau de significations symboliques, qui ajoute à l’univers des choses visibles une inépuisable métaphysique de l’invisible. Lisez par exemple ce passage très célèbre du « Cimetière marin » de Paul Valéry : loin de figurer le réel, la description de la mer (« Ce toit tranquille… ») représente d’abord une idée (« le songe est savoir ») qui ordonne une vaste méditation sur le temps. Cette recherche de l’abstraction, de l’ambiguïté, du mystère, amène à une forme d’idéalisation stupéfiante : les images, par leur hermétisme même, concourent à la création d’un univers dont le contenu réel nous échappe : ce n’est pas un paysage maritime qui est représenté, mais un paysage pensé, façonné par le mystère de la langue, né d’une véritable fusion de l’homme et de l’univers, permettant de suggérer peu à peu, et conférant au réel force et pureté :

« Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes ;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer, toujours recommencée !
O récompense après une pensée
Qu’un long regard sur le calme des dieux !

Quel pur travail de fins éclairs consume
Maint diamant d’imperceptible écume,
Et quelle paix semble se concevoir!
Quand sur l’abîme un soleil se repose,
Ouvrages purs d’une éternelle cause,
Le temps scintille et le songe est savoir. »

Que l’on songe de nouveau à Mallarmé qui affirmait que « nommer un objet, c’est supprimer les trois quart de la jouissance du poème qui est faite de deviner peu à peu : le suggérer, voila le rêve ». Ce qu’il faut donc retenir du Symbolisme, c’est précisément ce pouvoir de suggestion qui confère à la poésie une dimension presque surnaturelle : transformer l’objet en idée… Pour conclure, il serait permis d’interpréter l’esthétique symboliste comme une alchimie de l’indicible, obéissant à la sollicitation de l’intellect, et poussant les mots jusque dans leurs derniers retranchements ; la réalité et le signifié en effet semblent s’évanouir au point de s’effacer totalement, pour laisser place au mystère d’une plastique pure, inspirée, mais quelque peu inintelligible, à la limite de l’incommunicabilité…

Gustav Klimt, « La Vie et la Mort », 1908-1911 →
Huile sur toile (détail), © Coll. Part. Vienne

Cette recherche à tout prix de la sensation et de l’Idée a d’ailleurs été jugée sévèrement : elle entraînera pour partie le déclin progressif du mouvement. Prisonnier d’une transcendance abstraite, « déchiré entre les contraintes d’un réel méprisable et les utopies d’une idéalité inaccessible »9, l’art des Symbolistes a pu apparaître presque vain et stérile dans sa volonté d’exprimer l’inconcevable au détriment du matériel et du périssable… Comme le dit justement J. Chénieux-Gendron, « la littérature est pour eux un exil […] : n’existant que pour elle-même, elle n’a bientôt plus que d’elle-même à parler, de son regret, de ce qu’elle a perdu, à la limite même de sa stérilité et de son silence »10.

Mais c’est paradoxalement ce qui fait toute la force de cette « poésie du silence », hantée par l’ambition mallarméenne d’aboutir au poème du vide et de la « page blanche ». En rejetant l’objectivité du Réalisme, elle est magnifiquement parvenue à faire du langage une notion pure, et l’a restitué sous une forme matérielle et visible dans son essence immatérielle pour en donner une vision sublimée, quêteuse d’absolu et d’indéchiffrable.

© Bruno Rigolt, septembre 2009 (dernière mise à jour : avril 2014)
Espace Pédagogique Contributif/Lycée en Forêt (Montargis, France)

NOTES

1.  Bertrand Marchal,  Le Symbolisme, A. Colin (« Esthétique Lettres Sup. ») Paris 2011, pages 17-18.
2. I. Merlin, Poètes de la révolte de Baudelaire à Michaux, Alchimie de l’être et du verbe, éd. de l’École, Paris 1971
3. Stéphane Mallarmé, « Hérésies artistiques. L’Art pour tous », L’Artiste, 15 septembre 1862 (tome 2, p. 127). Pour lire l’intégralité du texte, cliquez ici.
4. Edward Lucie-Smith, Le Symbolisme, Thames and Hudson, 1972 (1999 pour la traduction française).
5.  Bertrand Marchal,  Le Symbolisme, op. cit. page 21.
6.  Enquête de Jules Huret, citée par Albert Thibaudet dans La Poésie de Stéphane Mallarmé, Gallimard 2006
7. Léon Wencelius, La Philosophie de l’art chez les néo-scolastiques de langue française, Paris, F. Alcan 1932, page 74.
8. Albert Thibaudet, La Poésie de Stéphane Mallarmé, Paris Gallimard 1926, page 140.
9.  Dominique Rincé, Bernard Lecherbonnier, Littérature XIXème siècle, Textes et Documents, « La constellation symboliste », Nathan 1986
10. J. Chénieux-Gendron, article « Symbolisme », Dictionnaire des écrivains de langue française, Larousse 2001

Ouvrages à consulter utilement au CDI…

  • A. Chassang, Ch. Senninger, Recueil de textes littéraires français, quatrième partie « Idéalisme et Symbolisme », p. 452 et suivantes. COTE CDI : 840 « 18 » CHA
    Dominique Rincé, Bernard Lecherbonnier, Littérature XIXème siècle, Textes et Documents, « La constellation symboliste », p. 517 et suivantes, Nathan 1986. COTE CDI : 840 « 18 » RIN
    I. Merlin, Poètes de la révolte de Baudelaire à Michaux, Alchimie de l’être et du verbe, éd. de l’École, Paris 1971. COTE CDI : 840 « 18/19 » MER

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Support de cours Classes de Lycée : Symbolisme, "Esprit nouveau"


Le but de ce support de cours est de présenter brièvement pour mes classes de Première
la doctrine symboliste, et de montrer le bouleversement qu’elle va introduire dans le paysage littéraire français et européen… L’accent est particulièrement mis sur les auteurs étudiés en cours.

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Esprit nouveau et 
Symbolisme

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Il est difficile de proposer du Symbolisme une « définition » qui en énonce explicitement les principes. De fait, le Symbolisme apparaît d’abord comme une révolution spirituelle et une réaction idéaliste contre le Réalisme et le Naturalisme. Commencé avec Verlaine et Baudelaire, il atteint son apogée dans les années 1885-1895. Héritier du Romantisme, mouvement de transition, il s’achève au début du vingtième siècle avec l’apparition du Surréalisme.

Dans un siècle qui voit le règne de la machine et du matérialisme, le Symbolisme chante la nostalgie de l’Idéal et du Spirituel. Du Romantisme, il conservera l’idée d’un certain rejet social et la rébellion contre toute forme de rationalisme. Ce refus de percevoir le monde objectivement conduira donc les jeunes générations à privilégier d’une part la subjectivité et d’autre part un goût affirmé pour la Décadence, le Surnaturel (voire l’Anarchisme).

fantin-latour-immortalite-1889.1254057733.jpgPrétendant à un style nouveau et à une langue inédite, purifiée, où les mots peuvent jouer librement avec l’imagination la plus débridée, cette nouvelle école littéraire peut ainsi s’apparenter à un art de la subjectivité et de l’idéalisation du réel.

← Henri Fantin Latour, « Immortalité » 
1889. Huile sur toile, Cardiff, National Museum of Wales
 © National Museum of Wales

On pourrait évoquer ici la célèbre définition de Rémy de Gourmont, qui dans la préface au Livre des Masques (1896) déclare : « Que veut dire Symbolisme ? Cela peut vouloir dire : individualisme en littérature, liberté de l’art, abandon des formules enseignées, tendance vers ce qui est nouveau, étrange et même bizarre ; cela peut vouloir dire aussi : idéalisme, dédain de l’anecdote sociale, antinaturalisme ». Mais c’est sans aucun doute le poète Jean Moréas dans son « Manifeste du Symbolisme » (Le Figaro littéraire du 18 septembre 1886) qui met le mieux l’accent sur la volonté de rupture introduite par le Symbolisme :

« Comme tous les arts, la littérature évolue : évolution cyclique avec des retours strictement déterminés et qui se compliquent des diverses modifications apportées par la marche du temps et les bouleversements des milieux […]. Une nouvelle manifestation d’art était donc attendue, nécessaire, inévitable. Cette manifestation, couvée depuis longtemps, vient d’éclore. […]. Et que peut-on reprocher, que reproche-t-on à la nouvelle école ?
Gustave Moreau_Salomé_dansantL’abus de la pompe, l’étrangeté de la métaphore, un vocabulaire neuf où les harmonies se combinent avec les couleurs et les lignes : caractéristiques de toute renaissance ».

Gustave Moreau (1826-1898)
« Salomé dansant devant Hérode » (1876) →
Paris, Musée Gustave Moreau

Le pouvoir de l’Esprit sur les sens

Car il s’agit bien en effet d’une « renaissance » : proclamant le pouvoir de l’Esprit sur les sens, de l’art sur la nature, de la subjectivité sur l’objectivité, de l’imaginaire sur le réel, le Symbolisme met l’accent sur la relation entre le signe (signifiant) et son signifié allégorique. Jean Moréas insiste bien sur cette dimension intellectuelle et métaphysique du mouvement : « Ennemie de l’enseignement, la déclamation, la fausse sensibilité, la description objective, la poésie symbolique cherche à vêtir l’Idée d’une forme sensible […] ».

Ce passage est important : on y retrouve très explicitement exprimée l’idée selon laquelle la poésie serait l’incarnation d’une forme extrême de la subjectivité, que l’artiste doit découvrir et exprimer par le langage. Ainsi, la fascination des premiers Romantiques pour la mort et le pathétique conduira les Symbolistes à une recherche presque mystique de la Vérité abstraite et de l’Absolu : de là le culte du mot rare, la fascination pour l’étrange, l’irrationnel, l’ineffable…

Luc Olivier Merson_1Luc-Olivier Merson (1846-1920)
« Le repos pendant la fuite en Égypte » (détail. Huile sur toile, 1880)
Nice, Musée des Beaux-Arts

Dans un remarquable ouvrage, Bertrand Marchal  rappelle combien le symbolisme apparaît « comme une protestation de l’esprit, ou de l’âme, contre le matérialisme contemporain, un matérialisme contemporain qui trouve son incarnation littéraire dans le naturalisme zolien […]. Antimatérialisme et antinaturalisme sont les deux faces d’une même réaction au nom de l’idéal, si bien que le mot de symbole a pour fonction essentielle, dans le discours symboliste, de rappeler que la réalité ne se réduit pas à la réalité brute du discours naturaliste, et de suggérer ainsi un réel au-delà du réel. Le symbolisme est d’abord et avant tout un idéalisme […] » |1|.

Ce culte d’un renouveau métaphysique et mystique, amplifié par le refus de la vie quotidienne dans son conformisme banal, conduira les auteurs à une volonté de recréation du langage qui va ouvrir la voie à une poétique nouvelle, plus abstraite et conceptuelle. « Au caractère utile du langage brut s’oppose le caractère sacré du poème. Comme Baudelaire, Mallarmé pense qu' »il y a dans le Verbe quelque chose de sacré […] » |2|. Avant tout « élitiste », la poésie symboliste aboutira immanquablement au culte du moi, comme le suggère très bien cette sentence sans appel de Mallarmé : « Que les masses lisent la morale, mais de grâce ne leur donnez pas notre poésie à gâter » |3|. Ainsi l’art, transcendé par la poésie, revêt-il une dimension spiritualiste et mystique proche du Sacré. Conçu comme une « aristocratie de l’esprit » et placé au-dessus de tout dans une perspective élitiste, il n’est réservé qu’à quelques initiés, seuls capables d’en saisir le sens (Songez à la « Lettre du Voyant » de Rimbaud).

Edouard Manet,
Portrait de Stéphane Mallarmé (détail) →  

Paris, musée d’Orsay. © Photo RMN – H. Lewandowski)

Comme le dit très bien Edward Lucie-Smith, « De là est né le mythe du « génie », de l’homme à inspiration divine, capable de transformer en art toutes ses expériences et ses émotions, dispensé d’obéir aux règles normales en raison de ses dons, ayant même le devoir, en fait, de refuser de s’y soumettre dans l’intérêt de son épanouissement |4| ». C’est à juste titre qu’on a souligné les dérives hermétiques de la poésie symboliste, en particulier celle de Baudelaire, de Mallarmé ou de Valéry, dont le langage introduit de la subjectivité dans toute représentation artistique, au risque de devenir parfois quelque peu « artificiel ». De fait, ce « désir de forger, par la syntaxe aussi bien que par le vocabulaire, par l’archaïsme ou le néologisme, une langue poétique absolument distincte de la langue courante » |5| aboutit immanquablement à l’hermétisme (voire à l’incompréhensible).

Une quête de l’absolu

C’est peut-être l’article d’Albert Aurier sur le peintre Gauguin paru dans le Mercure de France en 1891 qui traduit explicitement l’esthétique symboliste. Bien qu’appliquée à l’art pictural, elle caractérise bien la poésie. Selon lui, l’œuvre d’art doit être :

    1. Idéiste, puisque son idéal unique sera l’expression de l’Idée ;
    2. Symboliste, puisqu’elle exprimera cette idée par des formes ;
    3. Synthétique, puisqu’elle écrira ces formes, ces signes, selon un mode de compréhension générale ;
    4. Subjective, puisque l’objet n’y sera jamais considéré en tant qu’objet, mais en tant que signe d’idée perçu par le sujet […].

Affranchie de ses éléments didactiques, narratifs, et libérée du vers traditionnel, la poésie symboliste serait ainsi une poésie de la quête et du déchiffrement, mettant en correspondance le réel et l’inconnu : « ne rien nommer, ne rien expliquer » : tel semble le credo de la doctrine symboliste. La valeur de l’artiste ne réside non plus dans ce qu’il peut faire ou dire mais dans sa capacité à chercher une vérité primordiale qui échappe d’autant plus au sens commun qu’elle s’appuie sur la suggestion et l’évocation.

Envisagée à la fois comme un retour vers la vérité originelle et comme une avancée vers l’incréé et le mystère, la poésie symboliste est largement ésotérique : accessible aux seuls initiés, elle semble s’abreuver à la recherche d’une langue pure et subjective, qu’on pourrait qualifier de « Symbolisme allégorique », capable d’exprimer dans toute sa force l’Idée et l’Absolu.

Le poème de Mallarmé « Le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui » est très caractéristique de cette recherche métaphysique et spirituelle : l’image centrale du texte est assez commune : un cygne qui cherche à se libérer de la glace dans laquelle il est prisonnier. Pourtant, autour de cette métaphore s’organisent une série de correspondances thématiques et sonores plus audacieuses les unes que les autres qui font passer de l’image concrète à l’idée abstraite (l’hiver, l’exil, la captivité de l’oiseau, la liberté, etc.). Ces analogies parviennent ainsi à une sorte de « synthétisme » de la pensée, apte à saisir une vérité supérieure, dont la signification est à déchiffrer par le lecteur ; il ne lui suffit plus de lire, il lui faut interpréter :

Le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui
Va-t-il nous déchirer avec un coup d’aile ivre
Ce lac dur oublié que hante sous le givre
Le transparent glacier des vols qui n’ont pas fui !

Un cygne d’autrefois se souvient que c’est lui
Magnifique mais qui sans espoir se délivre
Pour n’avoir pas chanté la région où vivre
Quand du stérile hiver a resplendi l’ennui.

Tout son col secouera cette blanche agonie
Par l’espace infligée à l’oiseau qui le nie,
Mais non l’horreur du sol où le plumage est pris.

Fantôme qu’à ce lieu son pur éclat assigne,
Il s’immobilise au songe froid de mépris
Que vêt parmi l’exil inutile le Cygne.

Cette identification du symbole avec la poésie est essentielle. Comme le dit Mallarmé, « La poésie consistant à créer, il faut prendre dans l’âme humaine des états, des lueurs d’une pureté si absolue que bien chantés et bien mis en lumière, cela constitue en effet les joyaux de l’homme : là il y a symbole, il y a création, et le mot poésie a ici son sens : c’est, en somme, la seule création humaine possible |6| ». Fortement influencé par la lecture de l’œuvre du philosophe allemand Hegel, Mallarmé cherchera à formuler les liens secrets qui unissent l’Être à la pensée, la nature à l’idée.

En affirmant l’absolue nécessité de situer la poésie « dans le domaine de l’essence », Mallarmé, comme beaucoup d’autres auteurs symbolistes estime en effet « que ce serait devenir impur que de descendre dans celui de l’existence » |7|. L’auteur poursuivra cette recherche de « l’esprit pur » et d’une « conception pure » de la poésie tout au long de sa vie. Par essence non narrative, sa poésie se fera de plus en plus « fiction », poussant l’art jusqu’à un « fanatisme de pureté » |8|.

Transformer l’objet en idée

L’idée de représenter abstraitement la nature, permet ainsi aux poètes de tisser un réseau de significations symboliques, qui ajoute à l’univers des choses visibles une inépuisable métaphysique de l’invisible. Lisez par exemple ce passage très célèbre du « Cimetière marin » de Paul Valéry : loin de figurer le réel, la description de la mer (« Ce toit tranquille… ») représente d’abord une idée (« le songe est savoir ») qui ordonne une vaste méditation sur le temps. Cette recherche de l’abstraction, de l’ambiguïté, du mystère, amène à une forme d’idéalisation stupéfiante : les images, par leur hermétisme même, concourent à la création d’un univers dont le contenu réel nous échappe : ce n’est pas un paysage maritime qui est représenté, mais un paysage pensé, façonné par le mystère de la langue, né d’une véritable fusion de l’homme et de l’univers, permettant de suggérer peu à peu, et conférant au réel force et pureté :

« Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes ;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer, toujours recommencée !
O récompense après une pensée
Qu’un long regard sur le calme des dieux !

Quel pur travail de fins éclairs consume
Maint diamant d’imperceptible écume,
Et quelle paix semble se concevoir!
Quand sur l’abîme un soleil se repose,
Ouvrages purs d’une éternelle cause,
Le temps scintille et le songe est savoir. »

Que l’on songe de nouveau à Mallarmé qui affirmait que « nommer un objet, c’est supprimer les trois quart de la jouissance du poème qui est faite de deviner peu à peu : le suggérer, voila le rêve ». Ce qu’il faut donc retenir du Symbolisme, c’est précisément ce pouvoir de suggestion qui confère à la poésie une dimension presque surnaturelle : transformer l’objet en idée… Pour conclure, il serait permis d’interpréter l’esthétique symboliste comme une alchimie de l’indicible, obéissant à la sollicitation de l’intellect, et poussant les mots jusque dans leurs derniers retranchements ; la réalité et le signifié en effet semblent s’évanouir au point de s’effacer totalement, pour laisser place au mystère d’une plastique pure, inspirée, mais quelque peu inintelligible, à la limite de l’incommunicabilité…

Gustav Klimt, « La Vie et la Mort », 1908-1911 →
Huile sur toile (détail), © Coll. Part. Vienne

Cette recherche à tout prix de la sensation et de l’Idée a d’ailleurs été jugée sévèrement : elle entraînera pour partie le déclin progressif du mouvement. Prisonnier d’une transcendance abstraite, « déchiré entre les contraintes d’un réel méprisable et les utopies d’une idéalité inaccessible » |9|, l’art des Symbolistes a pu apparaître presque vain et stérile dans sa volonté d’exprimer l’inconcevable au détriment du matériel et du périssable… Comme le dit justement J. Chénieux-Gendron, « la littérature est pour eux un exil […] : n’existant que pour elle-même, elle n’a bientôt plus que d’elle-même à parler, de son regret, de ce qu’elle a perdu, à la limite même de sa stérilité et de son silence |10| ». Mais c’est paradoxalement ce qui fait toute la force de cette « poésie du silence », hantée par l’ambition mallarméenne d’aboutir au poème du vide et de la « page blanche ».

En rejetant l’objectivité du Réalisme, elle est magnifiquement parvenue à faire du langage une notion pure, et l’a restitué sous une forme matérielle et visible dans son essence immatérielle pour en donner une vision sublimée, quêteuse d’absolu et d’indéchiffrable…

© Bruno Rigolt, septembre 2009 (dernière mise à jour : avril 2014)
Espace Pédagogique Contributif/Lycée en Forêt (Montargis, France)


NOTES

1.  Bertrand Marchal,  Le Symbolisme, A. Colin (« Esthétique Lettres Sup. ») Paris 2011, pages 17-18.

2. I. Merlin, Poètes de la révolte de Baudelaire à Michaux, Alchimie de l’être et du verbe, éd. de l’École, Paris 1971

3. Stéphane Mallarmé, « Hérésies artistiques. L’Art pour tous », L’Artiste, 15 septembre 1862 (tome 2, p. 127). Pour lire l’intégralité du texte, cliquez ici.

4. Edward Lucie-Smith, Le Symbolisme, Thames and Hudson, 1972 (1999 pour la traduction française).

5.  Bertrand Marchal,  Le Symbolisme, op. cit. page 21.

6.  Enquête de Jules Huret, citée par Albert Thibaudet dans La Poésie de Stéphane Mallarmé, Gallimard 2006

7. Léon Wencelius, La Philosophie de l’art chez les néo-scolastiques de langue française, Paris, F. Alcan 1932, page 74.
8. Albert Thibaudet, La Poésie de Stéphane Mallarmé, Paris Gallimard 1926, page 140.

9.  Dominique Rincé, Bernard Lecherbonnier, Littérature XIXème siècle, Textes et Documents, « La constellation symboliste », Nathan 1986

10. J. Chénieux-Gendron, article « Symbolisme », Dictionnaire des écrivains de langue française, Larousse 2001

Ouvrages à consulter utilement au CDI…

  • A. Chassang, Ch. Senninger, Recueil de textes littéraires français, quatrième partie « Idéalisme et Symbolisme », p. 452 et suivantes. COTE CDI : 840 « 18 » CHA

  • Dominique Rincé, Bernard Lecherbonnier, Littérature XIXème siècle, Textes et Documents, « La constellation symboliste », p. 517 et suivantes, Nathan 1986. COTE CDI : 840 « 18 » RIN

  • I. Merlin, Poètes de la révolte de Baudelaire à Michaux, Alchimie de l’être et du verbe, éd. de l’École, Paris 1971. COTE CDI : 840 « 18/19 » MER

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« Des mots égarés, une écriture du silence » par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7

Les classes de Seconde 18 et Seconde 7 ont travaillé sur une nouvelle dense et forte de Marguerite Duras, « Le Coupeur d’eau » (La Vie matérielle, P.O.L. 1987). Ce texte a amené les élèves à s’interroger sur le style si particulier de cette écrivaine : dans Écrire, voici comment Duras présente sa propre conception de l’écriture : « Il y aurait une écriture du non-écrit. Un jour ça arrivera. Une écriture brève, sans grammaire, une écriture de mots seuls. Des mots sans grammaire de soutien. Égarés. Là, écrits. Et quittés aussitôt ». Cette expression de « mots égarés » a suscité l’intérêt des étudiants qui ont souhaité créer des poèmes dont la langue, très épurée, est comme une réponse au vœu de l’auteure… Découvrez ces textes, particulièrement le travail sur le style et la syntaxe entrepris par les « jeunes écrivains ».

Les poèmes seront publiés au fur et à mesure de leur achèvement. Bonne lecture !

Au matin de la pluie…

par Luiza M. (Seconde 18)

          

Expliquer ses larmes,

Larmes postées sans sens

Écrire au loin des mots parallèles

effacer la mort

Avoir une dernière chance

Sortir du fleuve brûlé

Incendié de souvenirs…

La mer est voilée de chiffres

Qui s’additionnent, se multiplient,

Mais sans être mouillés…

La mer a traversé mes yeux

J’ai écrit une feuille sans eau

Au matin de la pluie…

La vie ?

par Rayan D. (Seconde 18)

          

L’amour on peut en rire,

Boire sodas et manger gâteaux,

Il faut savoir séduire,

Pleurer si pas assez beau.

Venir en manteau et bas,

Un collier et son chat,

regarder un nuage,

Remplir des pages,

Montrer son journal intime,

Être consolé par une fille,

Humilié par un garçon qui rit,

Faire des poèmes à mauvaises rimes.

Routine de la vie et du temps

par Leïla G. (Seconde 7)

La vie est comme le jour :

Un lever de soleil pour te donner l’amour en un cri

Comme un sourire, un « Je t’aime »

La vie est comme la pluie qui tombe

Comme ces coups bas de l’existence

Comme pour affronter une mort, une séparation.

Puis vint le coucher du soleil :

La mort d’une personne

Qui regarde le soleil par l’adieu de la lumière

Laissera place au ciel noir

Où les étoiles et la lune brilleront,

Comme pour rendre hommage à ceux

Ayant vécu la routine de la vie et du temps…

Qui n’ose étinceler

par Pauline C. (Seconde 18)

          

L’exceptionnel infini, ostentatoire pour l’horizon,

Orgueilleux pour l’océan qui n’ose étinceler,

(Pauvre instrument du voyage…)

N’accentuait aucune émotion.

Les vagues, les vagues…

Futiles espoirs égarés,

Renouvelaient vagabonds et naufragés

Ailleurs, en exil…

À l’heure du silence…

par Léo R. (Seconde 18)

          

Découverte d’une tentation nouvelle :

Le souvenir d’une mélodie égarée

À l’heure du silence,

La beauté étoilée du Noir au Soir,

L’émerveillement d’une nuit d’été hésitante

(profondeur d’un regard

Dans la lumière obscure de la vie)

Infinité inconnue,

Regret d’un changement lointain

Et la raison d’une fascination :

Ce désespoir d’une femme à mes côtés

Quelques larmes, une infinité inconnue…

Joie et la mort

par Mélisa A. et Thulaciga Y. (Seconde 18)

          

Rose soir soleil arc-en-ciel

Mer plage et les arbres

Lumière de la nature

Famille couleurs

Sirène retentit, guerre arrive

Enfants soldats apeurés

Partout douleur et malheur

Femmes battues partout,

Hommes, enfants battus

Partout soleil couché,

partout nuit noire

Loin d’eux rester

Écrire dessiner sans eux

Source de la mort courage

Courir voler vers la lumière

Du paradis timide…

L’eau a touché le vent

par Victor E. (Seconde 7)

          

Dans sa tristesse remplie de joie,

L’eau a touché le vent :

Couleur sombre devenue claire !

Libérée, emprisonnée,

Touchera la mort la vie

Et l’esprit quittera le corps.

Colline regardant montagne

Dans l’obscurité d’une toile blanche,

L’eau a touché le vent…

Une soif rare

par Ksénia C. (Seconde 18)

Trouver sans fin des carreaux

Découvrir un sourire vide, infantile, décoloré

Partir vers des pointes symétriques.

Ouvrir une montre hermétique,

Arrêter le temps

Des lacets grisés par personne

Noués autour de tes pieds.

Une crêpe sur le sol

Encore chaude, colorée

Au revoir est écrit à l’envers

Coloré par des larmes sans compter

Une soif rare, linéaire

Plaquée sur toi…

Tombe la nuit

par Hélène P. (Seconde 18)       

Tombe la nuit en installant le silence

Aussi froide et sombre

Le souffle de mon cœur

Ébréché par un amour perdu…

Je ris d’une promesse brisée

Souffre de la tristesse de la pluie

Mon corps dénué de rire

Les signes nourissent les plis de ma pensée…

motsegares3.1253121329.jpg

Associé, Dissocié

par Arthur S. (Seconde 18)

Crayon bleu

Arbre de Noël

Ville de maisons

La pluie sur le feu

Le clair de lune, de terre et de force

La télé regardant le canapé

Une bouche vit la voiture courir

La fin de la vie

Contact dans mon téléphone

Le soir de la barrière

Une main dans le vent…

Infinie tristesse

par Charlotte G. (Seconde 18)

Amis perdus, solitude partagée

Savoir aimer, peur de haïr

Amour Haine

Tous deux très proches

Sentir des parfums libertaires

Oublier la lumière

Ouvrir les portes de la mer…

Découvrir l’infini, croire au bonheur

Complicité entre sœurs

Superficielle : l’amour est réel

Un jeu de hasard :

Océan de laine ?

Poisson de porcelaine ?

Infinie tristesse…

En direction de l’été

par Florent de W. (Seconde 18)

          

Amour vivant sa vie

Sonnerie, Guerre et la pluie

Hiver, rage, vent

Forêt rouge de têtes

Seules, meurent et pleurent

Cœur de pierre blanc

Peur magique du képi

Couloir crevé de sang

Meurent les cœurs noirs au matin

En direction de l’été

Monument généalogique du souvenir

Retentit Sonnerie du passé

Mais l’amour a perdu la vie,

Sonnerie, guerre et la pluie…

Mon Cœur

par Marion D. (Seconde 7)

            

Mon cœur battait de vie

Quand tu es arrivé.

De sentiments, il battait :

Tes yeux m’ont touchée.

Mon cœur bat de silence :

Je ne t’ai jamais parlé…

Bruits qui se répètent

par Laurie C. (Seconde 18)

          

Hommes aux cœurs égarés

[Solitude de leurs sourires]

Bruits qui se répètent

PEUR

Hurlements silencieux

GOMMER LE MONDE

L’horloge ronde tourne

Tic-tac, Tic-tac des coups de feu

Courir jusqu’au fond

Trouver la porte

Quitter le monde

[Tic-tac, Tic-tac]

C’est fini.

Comme un sablier

Maxime C. (Seconde 7)

                        

Le temps sillonne à travers les étoiles :

Sablier qui s’écoule

Destructeur et fatal.

Plus je m’avance et plus je vieillis

Je m’approche de la cascade finale :

Pierre qui roule

Vers le silence…

(Voir les autres parutions de textes)

_______________________

Crédit photographique : B. Rigolt

"Des mots égarés, une écriture du silence" par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7

Les classes de Seconde 18 et Seconde 7 ont travaillé sur une nouvelle dense et forte de Marguerite Duras, « Le Coupeur d’eau » (La Vie matérielle, P.O.L. 1987). Ce texte a amené les élèves à s’interroger sur le style si particulier de cette écrivaine : dans Écrire, voici comment Duras présente sa propre conception de l’écriture : « Il y aurait une écriture du non-écrit. Un jour ça arrivera. Une écriture brève, sans grammaire, une écriture de mots seuls. Des mots sans grammaire de soutien. Égarés. Là, écrits. Et quittés aussitôt ». Cette expression de « mots égarés » a suscité l’intérêt des étudiants qui ont souhaité créer des poèmes dont la langue, très épurée, est comme une réponse au vœu de l’auteure… Découvrez ces textes, particulièrement le travail sur le style et la syntaxe entrepris par les « jeunes écrivains ».

Les poèmes seront publiés au fur et à mesure de leur achèvement. Bonne lecture !

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Au matin de la pluie…

par Luiza M. (Seconde 18)

          

Expliquer ses larmes,

Larmes postées sans sens

Écrire au loin des mots parallèles

effacer la mort

Avoir une dernière chance

Sortir du fleuve brûlé

Incendié de souvenirs…

La mer est voilée de chiffres

Qui s’additionnent, se multiplient,

Mais sans être mouillés…

La mer a traversé mes yeux

J’ai écrit une feuille sans eau

Au matin de la pluie…

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La vie ?

par Rayan D. (Seconde 18)

          

L’amour on peut en rire,

Boire sodas et manger gâteaux,

Il faut savoir séduire,

Pleurer si pas assez beau.

          

Venir en manteau et bas,

Un collier et son chat,

regarder un nuage,

Remplir des pages,

      

Montrer son journal intime,

Être consolé par une fille,

Humilié par un garçon qui rit,

Faire des poèmes à mauvaises rimes.

                

             

Routine de la vie et du temps

par Leïla G. (Seconde 7)

              

La vie est comme le jour :

Un lever de soleil pour te donner l’amour en un cri

Comme un sourire, un « Je t’aime »

La vie est comme la pluie qui tombe

Comme ces coups bas de l’existence

Comme pour affronter une mort, une séparation.

Puis vint le coucher du soleil :

La mort d’une personne

Qui regarde le soleil par l’adieu de la lumière

Laissera place au ciel noir

Où les étoiles et la lune brilleront,

Comme pour rendre hommage à ceux

Ayant vécu la routine de la vie et du temps…

           

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Qui n’ose étinceler

par Pauline C. (Seconde 18)

          

L’exceptionnel infini, ostentatoire pour l’horizon,

Orgueilleux pour l’océan qui n’ose étinceler,

(Pauvre instrument du voyage…)

N’accentuait aucune émotion.        

Les vagues, les vagues…

Futiles espoirs égarés,

Renouvelaient vagabonds et naufragés

Ailleurs, en exil…   

              

                  

À l’heure du silence…

par Léo R. (Seconde 18)

          

motsegares5.1253371444.jpgDécouverte d’une tentation nouvelle :

Le souvenir d’une mélodie égarée

À l’heure du silence,

La beauté étoilée du Noir au Soir,

L’émerveillement d’une nuit d’été hésitante

(profondeur d’un regard

Dans la lumière obscure de la vie)

Infinité inconnue,

Regret d’un changement lointain

Et la raison d’une fascination :

Ce désespoir d’une femme à mes côtés

Quelques larmes, une infinité inconnue…

       

               

Joie et la mort

par Mélisa A. et Thulaciga Y. (Seconde 18)

          

Rose soir soleil arc-en-ciel

Mer plage et les arbres

motsegares1.1253120065.jpgLumière de la nature

Famille couleurs

Sirène retentit, guerre arrive

Enfants soldats apeurés

Partout douleur et malheur

Femmes battues partout,

Hommes, enfants battus

Partout soleil couché,

partout nuit noire

Loin d’eux rester

Écrire dessiner sans eux

Source de la mort courage

Courir voler vers la lumière

Du paradis timide…

         

               

L’eau a touché le vent

par Victor E. (Seconde 7)

          

Dans sa tristesse remplie de joie,

L’eau a touché le vent :

Couleur sombre devenue claire !

Libérée, emprisonnée,

Touchera la mort la vie

Et l’esprit quittera le corps.

Colline regardant montagne

Dans l’obscurité d’une toile blanche,

L’eau a touché le vent…

 

        

Une soif rare

par Ksénia C. (Seconde 18)

Trouver sans fin des carreaux

Découvrir un sourire vide, infantile, décoloré

motsegares_7.1253453061.jpgPartir vers des pointes symétriques.

Ouvrir une montre hermétique,

Arrêter le temps

Des lacets grisés par personne

Noués autour de tes pieds.

Une crêpe sur le sol

Encore chaude, colorée

Au revoir est écrit à l’envers

Coloré par des larmes sans compter

Une soif rare, linéaire

Plaquée sur toi…

              

      

Tombe la nuit

par Hélène P. (Seconde 18)       

 

Tombe la nuit en installant le silence

Aussi froide et sombre

Le souffle de mon cœur

Ébréché par un amour perdu…

Je ris d’une promesse brisée

Souffre de la tristesse de la pluie

Mon corps dénué de rire

Les signes nourissent les plis de ma pensée…

                    

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Associé, Dissocié

par Arthur S. (Seconde 18)

         

Crayon bleu

Arbre de Noël

Ville de maisons

La pluie sur le feu

Le clair de lune, de terre et de force

La télé regardant le canapé

Une bouche vit la voiture courir

La fin de la vie

Contact dans mon téléphone

Le soir de la barrière

Une main dans le vent…

 

            

Infinie tristesse

par Charlotte G. (Seconde 18)

        

Amis perdus, solitude partagée

Savoir aimer, peur de haïr

motsegares1.1253367594.jpgAmour Haine

Tous deux très proches

Sentir des parfums libertaires

Oublier la lumière

Ouvrir les portes de la mer…

Découvrir l’infini, croire au bonheur

Complicité entre sœurs

Superficielle : l’amour est réel

Un jeu de hasard :

Océan de laine ?

Poisson de porcelaine ?

Infinie tristesse…

            

             

En direction de l’été

par Florent de W. (Seconde 18)

          

Amour vivant sa vie

Sonnerie, Guerre et la pluie

Hiver, rage, vent

Forêt rouge de têtes

Seules, meurent et pleurent

Cœur de pierre blanc

Peur magique du képi

Couloir crevé de sang

Meurent les cœurs noirs au matin

En direction de l’été

Monument généalogique du souvenir

Retentit Sonnerie du passé

Mais l’amour a perdu la vie,

Sonnerie, guerre et la pluie…

 

                                     

Mon Cœur

par Marion D. (Seconde 7)

            

Mon cœur battait de vie

Quand tu es arrivé.

De sentiments, il battait :

Tes yeux m’ont touchée.

Mon cœur bat de silence :

Je ne t’ai jamais parlé…

 

                      

Bruits qui se répètent

par Laurie C. (Seconde 18)

          

Hommes aux cœurs égarés

motsegares7.1253385546.jpg[Solitude de leurs sourires]

Bruits qui se répètent

PEUR

Hurlements silencieux

GOMMER LE MONDE

L’horloge ronde tourne

Tic-tac, Tic-tac des coups de feu

Courir jusqu’au fond

Trouver la porte

Quitter le monde

[Tic-tac, Tic-tac]

C’est fini.

                 

                         

Comme un sablier

Maxime C. (Seconde 7)

                        

Le temps sillonne à travers les étoiles :

Sablier qui s’écoule

Destructeur et fatal.

Plus je m’avance et plus je vieillis

Je m’approche de la cascade finale :

Pierre qui roule

Vers le silence…

        

 

(Voir les autres parutions de textes)

_______________________

Crédit photographique : B. Rigolt

Publication en ligne des supports de cours

  • Toutes sections : méthodologie de la fiche de lecture. Dimanche 13 septembre 2009
  • Classes de Seconde :
    • Commenter une citation (Duras : « je rétablis la littérature avec son silence profond »). Lundi 14 septembre 2009
    •  présentation des œuvres de Colette : Claudine à l’école ; Claudine s’en va. Mercredi 30 septembre 2009
  • Classes de Première (ES, S) : introduction à la poésie symboliste. Mercredi 23 septembre 2009
  • BTS : « détour et parodie ». Samedi 19 septembre 2009

Fonctionnement du cours : fournitures et modalités d’évaluation

arrow.1242450507.jpg Présentation du cours

Le cours de Français au Lycée a été conçu pour développer les capacités de réflexion, d’analyse et d’expression écrite et orale qui sont nécessaires pour la formation de la sensibilité, de l’esprit critique et plus largement de la citoyenneté. Son objectif est également de sensibiliser les élèves aux mouvements culturels, aux débats d’idées et aux méthodes qui caractérisent la Littérature et son histoire. Les cours dispensés sont complétés par des modules (classes de Seconde), des exercices pratiques, des travaux dirigés, etc. qui ont pour but de préparer à l’Épreuve Anticipée de Français.

En BTS, l’enseignement est plus ouvert sur les problèmes du monde contemporain : il accorde une place très importante à la pluridisciplinarité et à la culture générale. L’objectif est en effet de mettre en perspective notre passé et ce qui peut façonner le vingt-et-unième siècle, en donnant aux étudiants un socle de connaissances en littérature et en sciences humaines plus directement exploitable dans les pratiques professionnelles. Ce cursus permet donc l’accès à des fonctions pour lesquelles une formation axée sur la culture générale, l’esprit d’analyse et de synthèse constitue un atout majeur.

arrow.1242450507.jpg Fournitures

(les parents sont fortement invités s’ils le souhaitent à privilégier les enseignes partenaires des « Essentiels de la rentrée » qui proposent des fournitures à prix maîtrisé).
  • un GRAND classeur (rigide ou souple, au choix de l’élève) ;

  • des copies grand format (simples et doubles) ;

  • des pochettes transparentes (indispensable) ;

  • quelques surligneurs ;

  • un répertoire.

arrow.1242450507.jpg Modalités du contrôle des connaissances :

  • Contrôles « surprise » : NON

  • Les étudiants sont prévenus 10 jours à l’avance minimum des évaluations.

  • Évaluations formatives (en cours de séquence) : coefficient 1

  • Contrôles écrits sur table (en fin de séquence) : coefficient 2. Ils se composent généralement de deux parties notées chacune sur 10 : une partie sur des questions relatives au cours ; une partie sur un sujet de réflexion ou d’écriture relatif au cours ; (coefficient 3 pour les évaluations trimestrielles).

  • Travaux d’écriture effectués à la maison : coefficient 2. Ils sont donnés entre 2 semaines minimum et 3 voire 4 semaines pour les travaux les plus complexes. Les étudiants peuvent montrer leur(s) brouillon(s) pendant la période de préparation ou m’envoyer un courriel justifiant de l’avancement de leur recherche. Concernant les exercices à rendre, les étudiants peuvent me donner une copie dactylographiée ou manuscrite (dont l’écriture sera parfaitement lisible). Dans certains cas, et après m’en avoir informé, ils peuvent aussi me faire parvenir leurs devoirs sous forme dématérialisée en pièce jointe à un message électronique (format .doc ; .docx ; .odt, .wps.).

  • Des exercices courts facultatifs ou de rattrapage seront proposés aux élèves et aux étudiants à la fin de chaque semaine pour la semaine suivante : coefficient 1

arrow.1242450507.jpg Assiduité et consultation du cahier de texte

La présence à chaque séance des élèves et étudiants étant obligatoire (cf. le Règlement intérieur du Lycée), toutes les absences doivent donc être justifiées. En outre, il est du devoir de chacune et de chacun de récupérer le contenu des séances manquées et de prendre connaissance du travail à effectuer pour les séances suivantes. Ces informations sont disponibles sur ce cahier de texte électronique, qui est mis à jour quotidiennement : il mentionne le contenu des séquences, des séances, le travail à faire, etc. Il comporte par ailleurs de nombreux supports de cours en ligne, des pages et des liens utiles à la culture générale, à la méthodologie, etc. Les étudiants assistant à mes cours sont donc tenus de consulter très régulièrement ce cahier de texte électronique afin de se tenir au courant des informations qui y sont déposées.

Si vous souhaitez me rencontrer pour un conseil, ou une question relative au cours ou à votre cursus, je peux vous recevoir mais uniquement sur rendez-vous (mon emploi du temps étant très chargé). Vous pouvez également me joindre par courrier électronique (brigolt@gmail.com).

Fonctionnement du cours : fournitures et modalités d'évaluation

arrow.1242450507.jpg Présentation du cours

Le cours de Français au Lycée a été conçu pour développer les capacités de réflexion, d’analyse et d’expression écrite et orale qui sont nécessaires pour la formation de la sensibilité, de l’esprit critique et plus largement de la citoyenneté. Son objectif est également de sensibiliser les élèves aux mouvements culturels, aux débats d’idées et aux méthodes qui caractérisent la Littérature et son histoire. Les cours dispensés sont complétés par des modules (classes de Seconde), des exercices pratiques, des travaux dirigés, etc. qui ont pour but de préparer à l’Épreuve Anticipée de Français.

En BTS, l’enseignement est plus ouvert sur les problèmes du monde contemporain : il accorde une place très importante à la pluridisciplinarité et à la culture générale. L’objectif est en effet de mettre en perspective notre passé et ce qui peut façonner le vingt-et-unième siècle, en donnant aux étudiants un socle de connaissances en littérature et en sciences humaines plus directement exploitable dans les pratiques professionnelles. Ce cursus permet donc l’accès à des fonctions pour lesquelles une formation axée sur la culture générale, l’esprit d’analyse et de synthèse constitue un atout majeur.

arrow.1242450507.jpg Fournitures

(les parents sont fortement invités s’ils le souhaitent à privilégier les enseignes partenaires des « Essentiels de la rentrée » qui proposent des fournitures à prix maîtrisé).
  • un GRAND classeur (rigide ou souple, au choix de l’élève) ;

  • des copies grand format (simples et doubles) ;

  • des pochettes transparentes (indispensable) ;

  • quelques surligneurs ;

  • un répertoire.

arrow.1242450507.jpg Modalités du contrôle des connaissances :

  • Contrôles « surprise » : NON

  • Les étudiants sont prévenus 10 jours à l’avance minimum des évaluations.

  • Évaluations formatives (en cours de séquence) : coefficient 1

  • Contrôles écrits sur table (en fin de séquence) : coefficient 2. Ils se composent généralement de deux parties notées chacune sur 10 : une partie sur des questions relatives au cours ; une partie sur un sujet de réflexion ou d’écriture relatif au cours ; (coefficient 3 pour les évaluations trimestrielles).

  • Travaux d’écriture effectués à la maison : coefficient 2. Ils sont donnés entre 2 semaines minimum et 3 voire 4 semaines pour les travaux les plus complexes. Les étudiants peuvent montrer leur(s) brouillon(s) pendant la période de préparation ou m’envoyer un courriel justifiant de l’avancement de leur recherche. Concernant les exercices à rendre, les étudiants peuvent me donner une copie dactylographiée ou manuscrite (dont l’écriture sera parfaitement lisible). Dans certains cas, et après m’en avoir informé, ils peuvent aussi me faire parvenir leurs devoirs sous forme dématérialisée en pièce jointe à un message électronique (format .doc ; .docx ; .odt, .wps.).

  • Des exercices courts facultatifs ou de rattrapage seront proposés aux élèves et aux étudiants à la fin de chaque semaine pour la semaine suivante : coefficient 1

arrow.1242450507.jpg Assiduité et consultation du cahier de texte

La présence à chaque séance des élèves et étudiants étant obligatoire (cf. le Règlement intérieur du Lycée), toutes les absences doivent donc être justifiées. En outre, il est du devoir de chacune et de chacun de récupérer le contenu des séances manquées et de prendre connaissance du travail à effectuer pour les séances suivantes. Ces informations sont disponibles sur ce cahier de texte électronique, qui est mis à jour quotidiennement : il mentionne le contenu des séquences, des séances, le travail à faire, etc. Il comporte par ailleurs de nombreux supports de cours en ligne, des pages et des liens utiles à la culture générale, à la méthodologie, etc. Les étudiants assistant à mes cours sont donc tenus de consulter très régulièrement ce cahier de texte électronique afin de se tenir au courant des informations qui y sont déposées.

Si vous souhaitez me rencontrer pour un conseil, ou une question relative au cours ou à votre cursus, je peux vous recevoir mais uniquement sur rendez-vous (mon emploi du temps étant très chargé). Vous pouvez également me joindre par courrier électronique (brigolt@gmail.com).

EAF 2009… Corrigé de l’écrit d’invention

Rappel du sujet :

Dans Cyrano de Bergerac, avant le lever du rideau, « Tout le monde s’immobilise. Attente. »
Vous allez assister à la représentation d’une pièce que vous connaissez. Les lumières s’éteignent progressivement. Vous découvrez alors l’espace scénique. Faites part de vos réactions, de cette expérience des premiers instants du spectacle.
Attention, il ne s’agit ni de raconter la pièce, ni de la résumer.

_________________

Le libellé du sujet invitait l’élève à une réflexion sur le sens. À l’opposé des exercices habituels, le présent travail largement introspectif et réflexif, exigeait une analyse de déchiffrement des signes offerts au spectateur lors d’une scène d’exposition… Le corrigé que je vous propose n’est nullement un modèle, mais simplement une approche possible.

Pour accéder au corrigé de la question, cliquez ici.

arrow.1242450507.jpg L’écrit d’invention

En fait, les lumières ne se sont pas éteintes progressivement. Et j’avais découvert l’espace scénique bien avant les trois coups. La salle dans laquelle je me trouve, peut-être par refus des conventions (ou par manque de moyens ?), n’a pas de rideau. Il n’y a pas non plus de fauteuils de velours rouge ni de lambris dorés sur les murs comme dans un théâtre « à l’Italienne ». Non, c’est une salle de fête banale, avec ses bancs de bois et une scène plus imaginaire que réelle. Mais faisons comme si les lumières s’éteignaient, imaginons que je découvre alors l’espace scénique… Le rideau de mes yeux s’ouvre sur une toile de fond grise devant laquelle est planté un balai renversé qui figure un simulacre d’arbre sans feuilles. Sur mes genoux est posé En attendant Godot de Beckett… Quant à la route de campagne annoncée dans la didascalie initiale, elle est suggérée ici par un décor peint sur un panneau de contreplaqué. Maladresse de l’artiste ? Ou parti pris esthétique ? Sans doute s’agit-il d’un choix légitime du metteur en scène qui veut, par la distanciation ainsi créée, que le public sache qu’il est au théâtre. A l’opposé de toute illusion réaliste, le décor convient donc bien à cette « anti-pièce » dont l’un des buts était justement de remettre en cause les règles de la dramaturgie classique…

Enfin, les lumières s’éteignent, mais pas progressivement comme le voudrait l’usage, assez brutalement au contraire en même temps que retentissent les trois coups du « brigadier ». Je ne peux m’empêcher de penser, non sans un certain amusement, combien la notion de code est importante au théâtre, même dans la plus humble salle : onze coups très rapides puis trois coups, un peu comme pour signifier d’autres règles du jeu : les voix se taisent, quelques toussotements et murmures étouffés accompagnent cet étrange rituel. Soudain, un éclairage de poursuite braque son faisceau lumineux sur un comédien qui, assis non loin de moi dans la salle, se lève et se dirige vers la scène. Mes camarades et moi-même nous amusons de cet effet de « happening », brisant ainsi la barrière entre le public et les acteurs. Je n’avais pas remarqué la tenue, je devrais dire l’accoutrement du personnage : il est vêtu d’un pantalon rayé, d’une veste noire informe et d’un chapeau melon complètement défoncé ; sans doute Estragon. Il est bientôt rejoint par l’autre personnage de la pièce : Vladimir. Les deux compères s’efforcent de meubler le silence, et discutent pour passer le temps.

Une telle entrée en matière me surprend car malgré moi, peut-être prisonnier du cinéma d’action ou du théâtre d’intrigue, j’attends qu’il se passe quelque chose. D’ailleurs, la première impression que j’ai ressentie en voyant ces deux vagabonds sur scène, a été de me dire : « Comment pareils « clowns » peuvent-ils être des héros ? » Il est vrai qu’à première vue, il paraît impossible de mettre sur la scène tragique des gens si banals tirés de la vie courante, englués dans la contingence sociale. Car à l’évidence, on va au théâtre pour assister à un spectacle distrayant qui repose sur la mise en œuvre d’un artifice, comme le montre bien l’Illusion Comique de Corneille par exemple. Mais là… Loin de nous faire oublier la réalité ordinaire, j’ai l’impression que la pièce nous replonge au contraire dans le matériel et le pathétique de l’existence. Voilà ce qui justifie sans doute la banalité, poussée jusqu’à l’absurde et au grotesque, des propos :

« Estragon. – Qu’est-ce que je dois dire ?
Vladimir. – Dis, Je suis content.
Estragon. – Je suis content.
Vladimir. – Moi aussi.
Estragon. – Moi aussi.
Vladimir. – Nous sommes contents. Qu’est-ce qu’on fait maintenant qu’on est content ? »

Combien la vie semble insignifiante soudain, à l’image de l’anti-théâtre de Beckett : insignifiante et absurde. Sans doute est-ce le mérite de l’auteur de montrer que l’homme n’est pas confronté à des dilemmes cornéliens : il se heurte bien souvent à des obstacles dérisoires : c’est la vie quotidienne qui est tragique, et non l’exceptionnel. Derrière les échanges de répliques, en effet, nul dialogue véritable : les personnages ne communiquent pas : attendre pour pallier l’absence d’intrigue, parler pour meubler le silence, n’est-ce pas là, sur un plan plus philosophique, un échec du langage dans sa vocation d’échange et de partage ? Décousu, absurde, le dialogue atteste l’existence des personnages mais ne donne pas un sens aux mots qu’ils prononcent. Cette conscience que le monde est absurde, que nos actions sont elles-mêmes absurdes s’impose mieux dans un dialogue vide de signification : je ne peux m’empêcher de songer qu’en cet instant même, des centaines de milliers de semblables attendent peut-être Godot, confondus dans un même espoir ou un même malheur… Tous ces voyageurs de la vie sont à l’image des personnages tragiques de Beckett : ils prennent le bus, attendent le métro, vont au travail ou au spectacle, mais dans quel but ?

Au fond, la vie n’est-elle pas comme cette pièce sans intrigue : elle n’est certes pas une tragédie, mais elle est chargée de tragique. Tout le monde sait, à commencer par les spectateurs, que Godot ne viendra jamais… Alors pourquoi être venu au théâtre ? Si j’étais Meursault, le héros de L’Étranger, j’aurais dit que « ça n’a pas de sens », tant il est vrai que l’absurde, c’est « le divorce de l’homme et de sa vie ». De fait, n’est-il pas vain d’assister au spectacle de deux étrangers jouant à être ridicules, jouant à attendre, le temps d’une représentation ? La logique voudrait qu’on en finisse au plus vite, que le temps ne soit pas absurde… La première parole d’Estragon résonne encore dans ma tête : « Rien à faire ». Et cette réponse édifiante de Vladimir : « Je commence à le croire […]. J’ai longtemps résisté à cette pensée en me disant, Vladimir sois raisonnable, tu n’as pas encore tout essayé. Et je reprenais le combat ». C’est peut-être dans l’inanité de ce combat dérisoire et absurde que réside le vrai message : pour paraphraser Albert Camus dans Le Mythe de Sisyphe, j’ai envie de dire qu’il faut imaginer Vladimir, ou Estragon, c’est-à-dire l’homme, heureux ». Attendre Godot, n’est-ce pas dans un monde si souvent privé d’humanité, « reprendre le combat », fût-ce dérisoirement, et attendre cette impossible part d’espérance qu’on appelle le bonheur ?

EAF 2009… Corrigé de l'écrit d'invention

Rappel du sujet :

Dans Cyrano de Bergerac, avant le lever du rideau, « Tout le monde s’immobilise. Attente. »
Vous allez assister à la représentation d’une pièce que vous connaissez. Les lumières s’éteignent progressivement. Vous découvrez alors l’espace scénique. Faites part de vos réactions, de cette expérience des premiers instants du spectacle.
Attention, il ne s’agit ni de raconter la pièce, ni de la résumer.
_________________
Le libellé du sujet invitait l’élève à une réflexion sur le sens. À l’opposé des exercices habituels, le présent travail largement introspectif et réflexif, exigeait une analyse de déchiffrement des signes offerts au spectateur lors d’une scène d’exposition… Le corrigé que je vous propose n’est nullement un modèle, mais simplement une approche possible.

Pour accéder au corrigé de la question, cliquez ici.

arrow.1242450507.jpg L’écrit d’invention

En fait, les lumières ne se sont pas éteintes progressivement. Et j’avais découvert l’espace scénique bien avant les trois coups. La salle dans laquelle je me trouve, peut-être par refus des conventions (ou par manque de moyens ?), n’a pas de rideau. Il n’y a pas non plus de fauteuils de velours rouge ni de lambris dorés sur les murs comme dans un théâtre « à l’Italienne ». Non, c’est une salle de fête banale, avec ses bancs de bois et une scène plus imaginaire que réelle. Mais faisons comme si les lumières s’éteignaient, imaginons que je découvre alors l’espace scénique… Le rideau de mes yeux s’ouvre sur une toile de fond grise devant laquelle est planté un balai renversé qui figure un simulacre d’arbre sans feuilles. Sur mes genoux est posé En attendant Godot de Beckett… Quant à la route de campagne annoncée dans la didascalie initiale, elle est suggérée ici par un décor peint sur un panneau de contreplaqué. Maladresse de l’artiste ? Ou parti pris esthétique ? Sans doute s’agit-il d’un choix légitime du metteur en scène qui veut, par la distanciation ainsi créée, que le public sache qu’il est au théâtre. A l’opposé de toute illusion réaliste, le décor convient donc bien à cette « anti-pièce » dont l’un des buts était justement de remettre en cause les règles de la dramaturgie classique…
Enfin, les lumières s’éteignent, mais pas progressivement comme le voudrait l’usage, assez brutalement au contraire en même temps que retentissent les trois coups du « brigadier ». Je ne peux m’empêcher de penser, non sans un certain amusement, combien la notion de code est importante au théâtre, même dans la plus humble salle : onze coups très rapides puis trois coups, un peu comme pour signifier d’autres règles du jeu : les voix se taisent, quelques toussotements et murmures étouffés accompagnent cet étrange rituel. Soudain, un éclairage de poursuite braque son faisceau lumineux sur un comédien qui, assis non loin de moi dans la salle, se lève et se dirige vers la scène. Mes camarades et moi-même nous amusons de cet effet de « happening », brisant ainsi la barrière entre le public et les acteurs. Je n’avais pas remarqué la tenue, je devrais dire l’accoutrement du personnage : il est vêtu d’un pantalon rayé, d’une veste noire informe et d’un chapeau melon complètement défoncé ; sans doute Estragon. Il est bientôt rejoint par l’autre personnage de la pièce : Vladimir. Les deux compères s’efforcent de meubler le silence, et discutent pour passer le temps.
Une telle entrée en matière me surprend car malgré moi, peut-être prisonnier du cinéma d’action ou du théâtre d’intrigue, j’attends qu’il se passe quelque chose. D’ailleurs, la première impression que j’ai ressentie en voyant ces deux vagabonds sur scène, a été de me dire : « Comment pareils « clowns » peuvent-ils être des héros ? » Il est vrai qu’à première vue, il paraît impossible de mettre sur la scène tragique des gens si banals tirés de la vie courante, englués dans la contingence sociale. Car à l’évidence, on va au théâtre pour assister à un spectacle distrayant qui repose sur la mise en œuvre d’un artifice, comme le montre bien l’Illusion Comique de Corneille par exemple. Mais là… Loin de nous faire oublier la réalité ordinaire, j’ai l’impression que la pièce nous replonge au contraire dans le matériel et le pathétique de l’existence. Voilà ce qui justifie sans doute la banalité, poussée jusqu’à l’absurde et au grotesque, des propos :

« Estragon. – Qu’est-ce que je dois dire ?
Vladimir. – Dis, Je suis content.
Estragon. – Je suis content.
Vladimir. – Moi aussi.
Estragon. – Moi aussi.
Vladimir. – Nous sommes contents. Qu’est-ce qu’on fait maintenant qu’on est content ? »

Combien la vie semble insignifiante soudain, à l’image de l’anti-théâtre de Beckett : insignifiante et absurde. Sans doute est-ce le mérite de l’auteur de montrer que l’homme n’est pas confronté à des dilemmes cornéliens : il se heurte bien souvent à des obstacles dérisoires : c’est la vie quotidienne qui est tragique, et non l’exceptionnel. Derrière les échanges de répliques, en effet, nul dialogue véritable : les personnages ne communiquent pas : attendre pour pallier l’absence d’intrigue, parler pour meubler le silence, n’est-ce pas là, sur un plan plus philosophique, un échec du langage dans sa vocation d’échange et de partage ? Décousu, absurde, le dialogue atteste l’existence des personnages mais ne donne pas un sens aux mots qu’ils prononcent. Cette conscience que le monde est absurde, que nos actions sont elles-mêmes absurdes s’impose mieux dans un dialogue vide de signification : je ne peux m’empêcher de songer qu’en cet instant même, des centaines de milliers de semblables attendent peut-être Godot, confondus dans un même espoir ou un même malheur… Tous ces voyageurs de la vie sont à l’image des personnages tragiques de Beckett : ils prennent le bus, attendent le métro, vont au travail ou au spectacle, mais dans quel but ?
Au fond, la vie n’est-elle pas comme cette pièce sans intrigue : elle n’est certes pas une tragédie, mais elle est chargée de tragique. Tout le monde sait, à commencer par les spectateurs, que Godot ne viendra jamais… Alors pourquoi être venu au théâtre ? Si j’étais Meursault, le héros de L’Étranger, j’aurais dit que « ça n’a pas de sens », tant il est vrai que l’absurde, c’est « le divorce de l’homme et de sa vie ». De fait, n’est-il pas vain d’assister au spectacle de deux étrangers jouant à être ridicules, jouant à attendre, le temps d’une représentation ? La logique voudrait qu’on en finisse au plus vite, que le temps ne soit pas absurde… La première parole d’Estragon résonne encore dans ma tête : « Rien à faire ». Et cette réponse édifiante de Vladimir : « Je commence à le croire […]. J’ai longtemps résisté à cette pensée en me disant, Vladimir sois raisonnable, tu n’as pas encore tout essayé. Et je reprenais le combat ». C’est peut-être dans l’inanité de ce combat dérisoire et absurde que réside le vrai message : pour paraphraser Albert Camus dans Le Mythe de Sisyphe, j’ai envie de dire qu’il faut imaginer Vladimir, ou Estragon, c’est-à-dire l’homme, heureux ». Attendre Godot, n’est-ce pas dans un monde si souvent privé d’humanité, « reprendre le combat », fût-ce dérisoirement, et attendre cette impossible part d’espérance qu’on appelle le bonheur ?

Ecrit EAF 2009 Séries ES/S Premiers éléments d’analyse…

Le corpus, particulièrement difficile à synthétiser (il m’a fallu plus d’une heure et demi pour traiter la question), conduisait à analyser la relation entre théâtre et public, et à définir implicitement les fonctions du théâtre. Les exercices d’écriture étaient également d’une rare complexité. Rassurez-vous cependant : tous les correcteurs savent que des jeunes gens qui passent leur Épreuve Anticipée de Français n’ont pas la culture d’un étudiant de Lettres, évidemment plus familier de ce genre de sujets…

  • Le commentaire amenait les candidats à réfléchir au problème de la légitimation du théâtre à travers le dialogue du marquis et de Dorante. En outre, il réinvestissait la question de sa fonction, et plus fondamentalement de sa mission artistique, didactique et sociale.
  • La dissertation portait quant à elle sur la réception du texte théâtral par le public. Elle conduisait les candidats à méditer la manière dont le spectateur est impliqué dans la représentation théâtrale : la réussite d’un tel travail exigeait un certain nombre de savoirs théoriques sur le processus complexe de communication qui s’instaure avec les spectateurs lors d’une représentation. Cela dit, malgré son apparente difficulté, l’exercice était assez abordable et il était possible de réinvestir avec aisance les textes du corpus.
  • Quant à l’écrit d’invention, le libellé du sujet (refus du narratif) invitait l’élève à une réflexion sur le sens. À l’opposé des exercices habituels, le présent travail largement introspectif et réflexif, exigeait une analyse de déchiffrement des signes offerts au spectateur lors d’une scène d’exposition…
Ma charge de travail étant importante en ce moment (oraux + correction de l’écrit), m’amène à un léger retard dans la mise en ligne des corrigés. Je m’en excuse par avance.

arrow.1242450507.jpg La Question

[Après avoir lu tous les textes du corpus, vous répondrez d’abord à la question suivante (4 points) : quelles attitudes de spectateur ces textes proposent-ils ? Vous répondrez de façon organisée et synthétique.]

L’intérêt du groupement de textes proposé est de montrer les rapports qui existent entre le public et l’action scénique. Les passages présentés nous rappellent combien le premier accès au texte est la représentation elle-même : contrairement au roman par exemple, le théâtre est avant tout un spectacle fait pour être représenté, d’où le rôle essentiel des spectateurs, dont il s’agit de définir les attitudes : pourquoi va-t-on au théâtre ? Et plus fondamentalement, quelle est la fonction du théâtre ? L’opposition des points de vue dans la pièce de Molière amène ainsi à une réflexion sur l’esthétique théâtrale. Plus encore, le procédé du « théâtre dans le théâtre » dans la pièce de Rostand joue habilement avec la fiction du « quatrième mur » : celui qui, par convention, sépare la scène de la salle. Cette orientation est encore plus nette chez Claudel et Anouilh qui assignent au spectateur la fonction de participer solidairement avec les acteurs à quelque chose de fort : faire vivre le personnage de théâtre.

arrow.1242450507.jpg Le premier texte du corpus est extrait de la Critique de l’École des femmes. Publiée en 1663, cette pièce en un acte de Molière « met en scène un débat entre des personnages adversaires et partisans de la pièce l’École des femmes quatre jours après la première représentation » (paratexte), L’intérêt de ce passage est donc de refléter plaisamment les diverses attitudes de spectateurs qui se sont fait jour dans la querelle de L’École des femmes, pièce qui a fait scandale lors de sa sortie. Face à un marquis imbécile et pédant qui trouve la pièce « détestable », sans pouvoir justifier ni étayer son jugement (« Elle est détestable parce qu’elle est détestable », « Que sais-je, moi ? Je ne me suis pas seulement donné la peine de l’écouter »), Dorante au contraire défend intelligemment la pièce et développe les thèses de Molière sur l’esthétique théâtrale : la grande règle est de plaire, aussi bien à la Cour qu’au parterre (« Tu es donc, Marquis, de ces Messieurs du bel air, qui ne veulent pas que le parterre ait du sens commun, et qui seraient fâchés d’avoir ri avec lui »). Dorante est à ce titre l’incarnation de « l’honnête homme » : contre tout élitisme, il représente le spectateur « averti » qui, loin de se limiter aux « règles » traditionnelles et aux préceptes obtus imposés par la morale, privilégie le bon sens « qui est de se laisser prendre aux choses, et de n’avoir ni prévention aveugle, ni complaisance affectée, ni délicatesse ridicule ».

arrow.1242450507.jpg À la pièce de Molière, qui fait l’éloge d’un théâtre authentiquement populaire, répond le premier acte de Cyrano de Bergerac. Le rideau se lève en effet sur un public très mélangé et contrasté socialement attendant une représentation à l’Hôtel de Bourgogne : c’est donc une autre pièce qui va être représentée à l’intérieur de la pièce. Cette mise en abyme, habilement exploitée par le procédé du « théâtre dans le théâtre », permet à l’auteur de rendre compte de l’atmosphère bruyante, voire survoltée, de la salle : les apostrophes nombreuses, les effets de duel dans le dialogue, le mélange des registres déplacent l’intérêt de la pièce vers la salle. Les spectateurs dont il est ici question (des Bourgeois, des Nobles, des pages et un public roturier venu pour se délecter autant du spectacle de la salle que de celui de la scène) se caractérisent donc par leur aptitude à faire vivre le théâtre : même si la pièce s’inspire librement d’un personnage du dix-septième siècle devenu le héros d’Edmond Rostand, elle a été rédigée en 1897, époque propice au boulevard et au vaudeville bourgeois, genre authentiquement populaire. De fait, un théâtre sans spectateurs n’aurait guère de légitimité : la perception de l’œuvre théâtrale passe donc par le public. Ce passage de Rostand prolonge ainsi les thèses de Molière quant à l’esthétique théâtrale et annonce des conceptions plus modernes sur le renouvellement des codes dramatiques, dont les textes de Claudel et d’Anouilh sont porteurs.

arrow.1242450507.jpg De fait, ces deux dramaturges —de façon plus conceptuelle et distanciée néanmoins— invitent à une réflexion sur le système symbolique qui régit l’échange entre les acteurs et les spectateurs. En introduisant non sans humour une figure de l’auteur, Claudel et Anouilh contraignent le spectateur à préférer au plaisir de l’illusion théâtrale et réaliste une participation consciente à la symbolique du texte. Cette modification des codes de représentation dont l’Annoncier et le Prologue sont les archétypes, permet de bâtir un théâtre très idéaliste et poétique qui sollicite à chaque instant la réceptivité et la complicité du spectateur : « Écoutez bien, ne toussez pas et essayez de comprendre un peu. C’est ce que vous ne comprendrez pas qui est le plus beau, c’est ce qui est le plus long qui est le plus intéressant et c’est ce que vous ne trouverez pas amusant qui est le plus drôle ». Ces propos de l’Annoncier peuvent être mis en parallèle avec l’avertissement du Prologue : « Voilà. Ces personnages vont vous jouer l’histoire d’Antigone. Antigone, c’est la petite maigre qui est assise là-bas, et qui ne dit rien. Elle regarde droit devant elle. Elle pense. Elle pense qu’elle va être Antigone tout à l’heure […]. Elle pense qu’elle va mourir […] et il va falloir qu’elle joue son rôle jusqu’au bout… ». 

Un peu comme s’il était en coulisses, le spectateur semble donc prendre part à la construction de la pièce avant le lever de rideau : l’intention des auteurs est en effet de l’y faire participer en lui livrant des éléments signifiants du décor (Claudel : « Et ici-bas un peintre qui voudrait représenter l’œuvre des pirates ») ou de l’intrigue (Anouilh : « Cet homme robuste, aux cheveux blancs, qui médite là, près de son page, c’est Créon. C’est le roi. Il a des rides. Il est fatigué. Il joue au jeu difficile de conduire les hommes. Avant, du temps d’Œdipe… »). Ce choix d’un théâtre de la distanciation renforce évidemment le rôle actif du spectateur : loin de se contenter d’assister passivement à la pièce, il en devient presque « acteur ». Cette esthétique de la représentation témoigne d’un aspect essentiel : la dénonciation de l’illusion théâtrale. Les directions scéniques données par l’Annoncier et le Prologue en sont la preuve : il s’agit pour les auteurs d’élaborer une sorte de pédagogie du théâtre, apte à favoriser une communion poétique et spirituelle avec le spectateur. Ce parti-pris esthétique aboutit également à une désacralisation des conventions théâtrales : en prenant le contre-pied du style tragique classique, Antigone et le Soulier de satin tendent ainsi vers une esthétique de la représentation qui valorise l’art de la mise en scène et participe au mouvement de rénovation du langage verbal qui marquera le vingtième siècle : autant d’éléments qui mettent en question la mimésis au théâtre (réalisme de l’intrigue, réalité des personnages, etc.).

Mise à jour : samedi 27 juin 2009, 08:29

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Ecrit EAF 2009 Séries ES/S Premiers éléments d'analyse…

Le corpus, particulièrement difficile à synthétiser (il m’a fallu plus d’une heure et demi pour traiter la question), conduisait à analyser la relation entre théâtre et public, et à définir implicitement les fonctions du théâtre. Les exercices d’écriture étaient également d’une rare complexité. Rassurez-vous cependant : tous les correcteurs savent que des jeunes gens qui passent leur Épreuve Anticipée de Français n’ont pas la culture d’un étudiant de Lettres, évidemment plus familier de ce genre de sujets…

  • Le commentaire amenait les candidats à réfléchir au problème de la légitimation du théâtre à travers le dialogue du marquis et de Dorante. En outre, il réinvestissait la question de sa fonction, et plus fondamentalement de sa mission artistique, didactique et sociale.
  • La dissertation portait quant à elle sur la réception du texte théâtral par le public. Elle conduisait les candidats à méditer la manière dont le spectateur est impliqué dans la représentation théâtrale : la réussite d’un tel travail exigeait un certain nombre de savoirs théoriques sur le processus complexe de communication qui s’instaure avec les spectateurs lors d’une représentation. Cela dit, malgré son apparente difficulté, l’exercice était assez abordable et il était possible de réinvestir avec aisance les textes du corpus.
  • Quant à l’écrit d’invention, le libellé du sujet (refus du narratif) invitait l’élève à une réflexion sur le sens. À l’opposé des exercices habituels, le présent travail largement introspectif et réflexif, exigeait une analyse de déchiffrement des signes offerts au spectateur lors d’une scène d’exposition…
Ma charge de travail étant importante en ce moment (oraux + correction de l’écrit), m’amène à un léger retard dans la mise en ligne des corrigés. Je m’en excuse par avance.

arrow.1242450507.jpg La Question

[Après avoir lu tous les textes du corpus, vous répondrez d’abord à la question suivante (4 points) : quelles attitudes de spectateur ces textes proposent-ils ? Vous répondrez de façon organisée et synthétique.]

L’intérêt du groupement de textes proposé est de montrer les rapports qui existent entre le public et l’action scénique. Les passages présentés nous rappellent combien le premier accès au texte est la représentation elle-même : contrairement au roman par exemple, le théâtre est avant tout un spectacle fait pour être représenté, d’où le rôle essentiel des spectateurs, dont il s’agit de définir les attitudes : pourquoi va-t-on au théâtre ? Et plus fondamentalement, quelle est la fonction du théâtre ? L’opposition des points de vue dans la pièce de Molière amène ainsi à une réflexion sur l’esthétique théâtrale. Plus encore, le procédé du « théâtre dans le théâtre » dans la pièce de Rostand joue habilement avec la fiction du « quatrième mur » : celui qui, par convention, sépare la scène de la salle. Cette orientation est encore plus nette chez Claudel et Anouilh qui assignent au spectateur la fonction de participer solidairement avec les acteurs à quelque chose de fort : faire vivre le personnage de théâtre.
arrow.1242450507.jpg Le premier texte du corpus est extrait de la Critique de l’École des femmes. Publiée en 1663, cette pièce en un acte de Molière « met en scène un débat entre des personnages adversaires et partisans de la pièce l’École des femmes quatre jours après la première représentation » (paratexte), L’intérêt de ce passage est donc de refléter plaisamment les diverses attitudes de spectateurs qui se sont fait jour dans la querelle de L’École des femmes, pièce qui a fait scandale lors de sa sortie. Face à un marquis imbécile et pédant qui trouve la pièce « détestable », sans pouvoir justifier ni étayer son jugement (« Elle est détestable parce qu’elle est détestable », « Que sais-je, moi ? Je ne me suis pas seulement donné la peine de l’écouter »), Dorante au contraire défend intelligemment la pièce et développe les thèses de Molière sur l’esthétique théâtrale : la grande règle est de plaire, aussi bien à la Cour qu’au parterre (« Tu es donc, Marquis, de ces Messieurs du bel air, qui ne veulent pas que le parterre ait du sens commun, et qui seraient fâchés d’avoir ri avec lui »). Dorante est à ce titre l’incarnation de « l’honnête homme » : contre tout élitisme, il représente le spectateur « averti » qui, loin de se limiter aux « règles » traditionnelles et aux préceptes obtus imposés par la morale, privilégie le bon sens « qui est de se laisser prendre aux choses, et de n’avoir ni prévention aveugle, ni complaisance affectée, ni délicatesse ridicule ».
arrow.1242450507.jpg À la pièce de Molière, qui fait l’éloge d’un théâtre authentiquement populaire, répond le premier acte de Cyrano de Bergerac. Le rideau se lève en effet sur un public très mélangé et contrasté socialement attendant une représentation à l’Hôtel de Bourgogne : c’est donc une autre pièce qui va être représentée à l’intérieur de la pièce. Cette mise en abyme, habilement exploitée par le procédé du « théâtre dans le théâtre », permet à l’auteur de rendre compte de l’atmosphère bruyante, voire survoltée, de la salle : les apostrophes nombreuses, les effets de duel dans le dialogue, le mélange des registres déplacent l’intérêt de la pièce vers la salle. Les spectateurs dont il est ici question (des Bourgeois, des Nobles, des pages et un public roturier venu pour se délecter autant du spectacle de la salle que de celui de la scène) se caractérisent donc par leur aptitude à faire vivre le théâtre : même si la pièce s’inspire librement d’un personnage du dix-septième siècle devenu le héros d’Edmond Rostand, elle a été rédigée en 1897, époque propice au boulevard et au vaudeville bourgeois, genre authentiquement populaire. De fait, un théâtre sans spectateurs n’aurait guère de légitimité : la perception de l’œuvre théâtrale passe donc par le public. Ce passage de Rostand prolonge ainsi les thèses de Molière quant à l’esthétique théâtrale et annonce des conceptions plus modernes sur le renouvellement des codes dramatiques, dont les textes de Claudel et d’Anouilh sont porteurs.
arrow.1242450507.jpg De fait, ces deux dramaturges —de façon plus conceptuelle et distanciée néanmoins— invitent à une réflexion sur le système symbolique qui régit l’échange entre les acteurs et les spectateurs. En introduisant non sans humour une figure de l’auteur, Claudel et Anouilh contraignent le spectateur à préférer au plaisir de l’illusion théâtrale et réaliste une participation consciente à la symbolique du texte. Cette modification des codes de représentation dont l’Annoncier et le Prologue sont les archétypes, permet de bâtir un théâtre très idéaliste et poétique qui sollicite à chaque instant la réceptivité et la complicité du spectateur : « Écoutez bien, ne toussez pas et essayez de comprendre un peu. C’est ce que vous ne comprendrez pas qui est le plus beau, c’est ce qui est le plus long qui est le plus intéressant et c’est ce que vous ne trouverez pas amusant qui est le plus drôle ». Ces propos de l’Annoncier peuvent être mis en parallèle avec l’avertissement du Prologue : « Voilà. Ces personnages vont vous jouer l’histoire d’Antigone. Antigone, c’est la petite maigre qui est assise là-bas, et qui ne dit rien. Elle regarde droit devant elle. Elle pense. Elle pense qu’elle va être Antigone tout à l’heure […]. Elle pense qu’elle va mourir […] et il va falloir qu’elle joue son rôle jusqu’au bout… ». 
Un peu comme s’il était en coulisses, le spectateur semble donc prendre part à la construction de la pièce avant le lever de rideau : l’intention des auteurs est en effet de l’y faire participer en lui livrant des éléments signifiants du décor (Claudel : « Et ici-bas un peintre qui voudrait représenter l’œuvre des pirates ») ou de l’intrigue (Anouilh : « Cet homme robuste, aux cheveux blancs, qui médite là, près de son page, c’est Créon. C’est le roi. Il a des rides. Il est fatigué. Il joue au jeu difficile de conduire les hommes. Avant, du temps d’Œdipe… »). Ce choix d’un théâtre de la distanciation renforce évidemment le rôle actif du spectateur : loin de se contenter d’assister passivement à la pièce, il en devient presque « acteur ». Cette esthétique de la représentation témoigne d’un aspect essentiel : la dénonciation de l’illusion théâtrale. Les directions scéniques données par l’Annoncier et le Prologue en sont la preuve : il s’agit pour les auteurs d’élaborer une sorte de pédagogie du théâtre, apte à favoriser une communion poétique et spirituelle avec le spectateur. Ce parti-pris esthétique aboutit également à une désacralisation des conventions théâtrales : en prenant le contre-pied du style tragique classique, Antigone et le Soulier de satin tendent ainsi vers une esthétique de la représentation qui valorise l’art de la mise en scène et participe au mouvement de rénovation du langage verbal qui marquera le vingtième siècle : autant d’éléments qui mettent en question la mimésis au théâtre (réalisme de l’intrigue, réalité des personnages, etc.).

Mise à jour : samedi 27 juin 2009, 08:29

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