La citation de la semaine… Charlie Chaplin…

« Don’t give yourselves to these machine men… »

Ne donnez pas votre vie à ces hommes machines…

« Greed has poisoned men’s souls ; has barricaded the world with hate ; has goose-stepped us into misery and bloodshed. We have developed speed, but we have shut ourselves in. Machinery that gives abundance has left us in want. Our knowledge as made us cynical ; our cleverness, hard and unkind. We think too much and feel too little. More than machinery we need humanity. More than cleverness, we need kindness and gentleness.

Without these qualities, life will be violent and all will be lost. The aeroplane and the radio have brought us closer together. The very nature of these inventions cries out for the goodness in man ; cries out for universal brotherhood; for the unity of us all. Even now my voice is reaching millions throughout the world, millions of despairing men, women, and little children, victims of a system that makes men torture and imprison innocent people.

To those who can hear me, I say « Do not despair. » The misery that is now upon us is but the passing of greed, the bitterness of men who fear the way of human progress. The hate of men will pass, and dictators die, and the power chaplin_le_dicateur_7.1261500955.jpgthey took from the people will return to the people. And so long as men die, liberty will never perish. Soldiers! Don’t give yourselves to brutes, men who despise you and enslave you ; who regiment your lives, tell you what to do, what to think and what to feel! Who drill you, diet you, treat you like cattle, use you as cannon fodder! Don’t give yourselves to these unnatural men, machine men with machine minds and machine hearts! You are not machines! You are not cattle! You are men! You have a love of humanity in your hearts ! »

La cupidité a empoisonné l’esprit des hommes, a barricadé le monde avec la haine, nous a fait sombrer dans la misère et les effusions de sang. Nous avons développé la vitesse pour nous enfermer en nous-mêmes. Les machines qui nous apportent l’abondance nous laissent dans l’insatisfaction. Notre savoir nous a fait devenir cyniques. Nous sommes inhumains à force d’intelligence, nous pensons trop et ressentons trop peu. Nous sommes trop mécanisés et nous manquons d’humanité. Nous sommes trop cultivés et nous manquons de tendresse et de gentillesse.

Sans ces qualités humaines, la vie n’est plus que violence et tout est perdu. Les avions, la radio nous ont rapprochés les uns des autres, ces inventions ne trouveront leur vrai sens que dans la bonté de l’être humain, que dans la fraternité, l’amitié et l’unité de tous les hommes. En ce moment même, ma voix atteint des millions de gens à travers le monde, des millions d’hommes, de femmes, d’enfants chaplin_le_dicateur_8.1261505266.jpgdésespérés, victimes d’un système qui torture les faibles et emprisonne des innocents.

À tous ceux qui m’entendent je dis : « Ne désespérez pas » ! Le malheur qui est sur nous n’est que le produit éphémère de l’avidité, de l’amertume de ceux qui ont peur des progrès qu’accomplit l’Humanité. Mais la haine finira par disparaître et les dictateurs mourront et le pouvoir qu’ils avaient pris au peuple va retourner au peuple. Et tant que des hommes mourront pour elle, la liberté ne pourra pas périr. Soldats, ne vous donnez pas à ces brutes, à une minorité qui vous méprise et qui fait de vous des esclaves, enrégimente toute votre vie et qui vous dit tout ce qu’il faut faire et ce qu’il faut penser, qui vous dirige, vous manœuvre, se sert de vous comme chair à canons et qui vous traite comme du bétail. Ne donnez pas votre vie à ces êtres inhumains, ces hommes-machines avec une machine à la place de la tête et une machine dans le cœur. Vous n’êtes pas des machines. Vous n’êtes pas des esclaves. Vous êtes des hommes, des hommes avec tout l’amour du monde dans le cœur…

Charlie Chaplin, Le Dictateur (The Great Dictator), 1940

Tourné en 1940 à partir d’un scénario élaboré dès 1938, Le Dictateur de Charlie Chaplin (1889-1977) est le premier film parlant du réalisateur, film résolument engagé, porteur d’un message humaniste et film de rupture avec la figure « de l’errant solitaire ballotté par les vicissitudes de l’existence » (*), dont Les Temps modernes (1936) constituait l’inoubliable épopée. Au-delà du travestissement parodique (un barbier juif transformé en dictateur nazi (**), le film déplace ainsi le personnage du vagabond en l’identifiant à tout un peuple. Ce passage du drame individuel au drame collectif permet à Chaplin de revoir son esthétique burlesque en réalisant un film très ambitieux.

Le passage présenté est un extrait du fameux discours du barbier dans la séquence finale : l’utilisation des ressources de la bande sonore permet à Chaplin de dresser un réquisitoire sans appel contre le régime nazi. chaplin_hitler_cadre.1261638952.jpgComme l’écrit Daniel Grojnowski (***), « Dans l’œuvre abondante de Chaplin, Le Dictateur est un cas d’école, une entreprise sans équivalent où un artiste de renom interpelle le dirigeant politique le plus redouté du moment et prend l’initiative d’un affrontement direct. Avec ce film, tout se passe comme si la Fable traversait l’écran pour intervenir dans l’actualité, comme si l’acteur pensait pouvoir encore modifier le cours des événements, comme si —par impossible— une représentation caricaturale et une harangue passionnée pouvaient désarmer les peuples, les ramener à la raison ».

Plus encore qu’un réquisitoire contre le nazisme, le discours, par sa force oratoire, doit en effet être écouté comme un plaidoyer pacifiste. Mariange Ramozzi-Doreau fait justement remarquer combien les techniques de cadrage et l’absence de maquillage (le maquillage habituel de « Charlot ») participent à une sorte d’esthétique du dévoilement : chaplin_le_dicateur_6.1261467629.jpg« Quand le barbier entame son discours à la tribune, l’alternance des plans taille, poitrine et des gros plans et le cadrage en plan frontal fixe révèlent un homme vieilli, tête nue, le cheveu blanc, sans fard. Le regard caméra insistant et la voix calme et pénétrante, du moins au début, engendre et maintient une implication spectatorielle forte. Charlot s’est effacé au profit du barbier, qui s’efface aussitôt au profit de Chaplin lui-même » (****).

« J’ai fait Le Dictateur parce que je hais les dictateurs » écrira Chaplin en 1940 (Dossier de Presse), et sans doute faut-il voir dans ce film visionnaire une réflexion majeure sur la mission de l’artiste engagé : faire du cinéma parlant pour Chaplin, c’était non seulement témoigner mais plus encore « assumer » une prise de parole en amenant à faire réfléchir, par l’imbrication étroite entre l’Art et l’Histoire, au rôle de l’homme et à sa responsabilité, individuelle et collective. Le discours du barbier, grâce au travail dramaturgique accompli par Chaplin, met ainsi en scène notre humanité : au nihilisme, au tragique existentiel, à l’absurdité de la condition humaine, le film oppose, dans une perspective morale et politique, la force de l’espérance, seule capable de désarmer la fatalité, le mal et la haine…

___________________

(*) Mariange Ramozzi-Doreau, Charlot au cœur de l’écriture cinématographique de Chaplin : Tome 2, Le parlant. Éditions du CEFAL, Liège 2003, page 61. Cet ouvrage est l’adaptation d’une remarquable thèse de Doctorat : Charlot au cœur de l’écriture cinématographique de Chaplin, Université Lumière, Lyon 2, Faculté des Lettres, des Sciences du Langage et des Arts, 22 mai 2000. (**) L’histoire est censée se dérouler lors de la Première guerre mondiale. À noter l’avertissement provocateur et cocasse de Chaplin au début du film : « Toute ressemblance entre le dictateur Hynkel et le barbier juif est purement accidentelle ». (***) Daniel Grojnowski, Comiques d’Alphonse Allais à Charlot : le comique dans les lettres et les arts, Presses Universitaires du Septentrion, Villeneuve d’Ascq 2004, page 130. Pour feuilleter l’ouvrage grâce à Google-livres, cliquez ici. (****) Mariange Ramozzi-Doreau, déjà citée, page 69.
Le film a été restauré et la bande son remasterisée en 2002 dans une édition qui fait référence (distribution Mk2). Cliquez ici pour consulter la fiche technique et avoir accès à quelques bonus.

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Crédit photographique : images tirées du film. Photomontages : Bruno Rigolt

Classes de Seconde (207 et 218)… Livres à lire pour 2010…

Programme de lecture 

2010

pour les classes de Seconde

Janvier 2010

metamorphose.1261101842.jpgLa Métamorphose suivie de Dans la colonie pénitentiaire (Kafka, traduction : Bernard Lortholary). Éditions Librio : 2 euros.

NB : pour des raisons pratiques (pagination et traduction différentes selon les éditeurs), cette édition est indispensable. Si vous éprouviez des difficultés à vous la procurer, elle est disponible en ligne notamment chez Amazon ou à la Fnac.               

Février 2010

cantatrice_chauve.1261102737.jpgLa Cantatrice chauve (Eugène Ionesco). Édition au choix de l’élève. Si vous possédez déjà l’ouvrage, inutile de le racheter, donc. 

           

          

Mars-avril 2010

etranger_camus.1261103393.jpgL’Étranger (Albert Camus). Édition au choix de l’élève.

         

            

              

                      

Mai-Juin 2010

poesie_des_romantiques.1261104694.jpgLa Poésie des Romantiques (Anthologie), Librio : 2 euros.

          

                  

                 

             

brunel_haikus.1261123815.jpgHenri Brunel, Les Haïkus (Anthologie), Librio : 2 euros.

           

          

         

                          

Enfin, les élèves liront au cours de l’année 2010 deux livres de leur choix, dont ils réaliseront un compte-rendu de lecture. Ces livres pourront être achetés ou empruntés (au CDI par exemple). Un de ces livres sera obligatoirement un ouvrage de littérature étrangère (européenne ou extra-européenne). L’autre ouvrage appartiendra à la littérature française ou d’expression française.

__________

Facultatif… mais très utile : un guide de culture générale…

Comme je l’avais indiqué en début d’année, je préconise fortement (dès la classe de Seconde) l’acquisition d’un Guide de culture générale.

L’immense majorité d’entre vous va poursuivre en effet une scolarité après le Baccalauréat. Certains envisagent déjà une classe préparatoire aux Grandes Écoles, aux instituts d’étude politique, une formation ambitieuse en fac, en IUT, en BTS, etc. À ce titre, je ne saurais trop leur conseiller de faire l’acquisition d’un guide de Culture générale. C’est fortement recommandé pour les étudiants, et indispensable si vous envisagez une classe Prépa ou une Grande école. Les guides de culture générale sont d’un abord difficile a priori, cependant il est intéressant de s’y familiariser tôt (dès le lycée) car ils présentent l’avantage d’offrir un panorama thématique et chronologique très large. Abordant simultanément plusieurs domaines (par exemple l’histoire, la philosophie, la littérature, les arts, les sciences, etc.), ils vous habitueront à pratiquer progressivement une véritable gymnastique intellectuelle grâce à leur pluridisciplinarité. De fait, les compétences spécialisées, si elles sont essentielles, ne sont souvent pas suffisantes pour aborder certaines épreuves lors des concours, particulièrement difficiles du fait qu’elles exigent du candidat des connaissances générales dans tous les domaines.

N’oubliez pas que si vous attendez l’année du concours pour travailler votre culture générale, ce sera malheureusement trop tard : vous aurez pris des habitudes qui ne vous permettront pas de vous adapter à de nouvelles méthodes, au rythme de travail intensif, et vous ne parviendrez pas à franchir l’écueil des sélections. En commençant tôt en revanche, vous n’aurez aucun mal à maîtriser l’interdisciplinarité qui est à la base de tous les grands concours de recrutement et des examens de haut niveau.

Pour les élèves intéressés, des séances d’initiation à l’utilisation de ces guides pourront être menées en Aide Individualisée ou sur un autre créneau horaire. Voici une courte sélection d’ouvrages :

culture_ge_ellipses.1261121244.jpgHélène Brégant, Précis de culture générale, coll. “Optimum”, Ellipses 2003 (prix public : 11,50€). Excellent guide, dans l’optique des classes prépa.

         

            

            

culture_ge_hatier.1261120914.jpgCatherine Roux-Lanier, Frank Lanot, Daniel Pimbé, La Culture générale de A à Z, Hatier 2004 (prix public : 12,10 €). Ouvrage très bien fait : un “classique”.

            

                  

 

 

culture_ge_colin.1261120659.jpgJean-François Braunstein, Bernard Phan, Manuel de culture générale, Armand Colin 2009 (prix public : 26,00€). Ouvrage remarquable et très récemment actualisé. Malheureusement assez cher.

 

 

 

culture_ge_letudiant.1261121718.jpgCliquez ici pour découvrir sur ce cahier de texte plusieurs chapitres d’un excellent guide de culture générale, rédigé sous la direction de Pierre Gévart (éditions L’Étudiant, Paris 2007).

Lancement de l’exposition de poésies de la classe de Première S3 « De mots, de rimes et de sables… »

La Classe de Première S3 présente…

               

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La classe de Première S3 a mené un important travail de création poétique, mêlant à l’inspiration littéraire le graphisme, le dessin ou la peinture : de fait, tous les poèmes ont été illustrés par les élèves. Pour accéder à cette exposition, cliquez ici ou allez à la rubrique « Les classes exposent » (colonne latérale à gauche) et cliquez sur la classe de Première S3. À cette heure, l’ensemble des textes a été numérisé… Mais les élèves terminent les illustrations. Donc seuls les poèmes finalisés sont exposés. Les autres textes seront mis en ligne au fur et à mesure de l’achèvement des dessins (de décembre 2009 à janvier 2010).

Et découvrez ci-dessous une création collective conçue à partir des titres des poèmes de l’exposition !

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Lancement de l'exposition de poésies de la classe de Première S3 "De mots, de rimes et de sables…"

La Classe de Première S3 présente…

               

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La classe de Première S3 a mené un important travail de création poétique, mêlant à l’inspiration littéraire le graphisme, le dessin ou la peinture : de fait, tous les poèmes ont été illustrés par les élèves. Pour accéder à cette exposition, cliquez ici ou allez à la rubrique « Les classes exposent » (colonne latérale à gauche) et cliquez sur la classe de Première S3. À cette heure, l’ensemble des textes a été numérisé… Mais les élèves terminent les illustrations. Donc seuls les poèmes finalisés sont exposés. Les autres textes seront mis en ligne au fur et à mesure de l’achèvement des dessins (de décembre 2009 à janvier 2010).

Et découvrez ci-dessous une création collective conçue à partir des titres des poèmes de l’exposition !

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Les élèves ont du talent… Lire en ligne : « C’était ma sœur après tout… » par Ksénia C.

“Et si c’était un jour leur premier roman?”

Tel pourrait être le titre de cette nouvelle rubrique proposée par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7… Au départ, un exercice tout à fait “classique” : rédiger le début et la fin d’un roman… Les élèves les plus assidus à la tâche se sont pleinement investis dans ce challenge : travaillant et retravaillant les manuscrits, corrigeant la grammaire, revoyant la syntaxe, précisant le lexique et surtout s’attelant à la grande question du “style”, afin de proposer la première ébauche de ce qui pourrait bien devenir un jour leur “roman”. Le cahier de texte électronique est fier de vous proposer la lecture de ces textes tous inédits. Même s’il s’agit des premières pages et des dernières pages d’un possible livre, les manuscrits peuvent se lire comme une nouvelle…
Bonne lecture !
                    

C’était ma sœur après-tout…

(des larmes sans compter)

(roman)

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Première page du roman…

Elle restait devant l’écran vide, noir, inanimé, sans savoir pourquoi ni comment, sans comprendre —ne fût-ce qu’un instant— ses gestes (peut-être ceux de la révolte, ou était-ce de l’acceptation ou du désarroi ?). Elle le fixait sans bouger, immobile. Je crus même qu’elle était vraiment paralysée. Seuls ses yeux clignaient d’une façon banale et monotone. Rêvait-elle? Pensait-elle à un moyen ou à un autre de remédier à cette situation? (non je ne le crois pas).

C’était un soir d’octobre, McDowel Road semblait hiberner, malgré « un terrible vent froid venu de Sibérie » disait-on au journal de vingt heures. Et tout d’un coup, malgré la chaleur étouffante de notre maison, je sens un frisson m’envahir.

Aucun bruit (les voisins étaient depuis déjà un bon bout de temps inactifs, au chômage je crois, ils me paraissaient attardés, à regarder toute la journée par la fenêtre, comme s’ils s’attendaient à l’arrivée d’une bonne nouvelle, ou d’une mauvaise, enfin… de quelque chose). Des rumeurs circulaient dans le quartier, comme quoi leur fils était mort à la guerre du Vietnam, et que depuis ce jour, ils étaient devenus si (je ne trouve aucun mot correspondant a mes pensées), « déroutés », serait peut-être le mieux approprié.

Une voix qui me sembla venue de loin, informe la population qu’une tornade viendra frapper tout l’État d’Arizona d’ici environ cinq heures… À Phoenix nous ne sommes pas si souvent sujets à des désastres climatiques, contrairement à d’autres États… Et pourtant je ne peux m’empêcher d’être inquiète aujourd’hui. Pourquoi reste-t-elle devant l’écran vide ? à regarder une image statique ? à tapoter maintenant sa cuisse, avec sont petit doigt (allez savoir si c’était un tic?)…

Je prends ensuite une feuille de papier A4. Et saisis un crayon de graphiste. Je gribouille un instant quelques phrases qui me viennent naturellement, tel un écrivain sûr de son geste, et j’essaye de leur donner un sens, le tout forme un poème de mots égarés… De minuscules particules d’eau viennent effleurer la fenêtre, aussi douces que la rosée au départ, mais qui, avec le vent, prennent une ampleur surdimensionnée : à les voir, elles pourraient terrasser un immeuble, ou peut-être même la vie ?

Je la saisis par la main telle un petit être fragile, pensant deviner dans ses pensées la crainte d’un danger. Pas de réaction. Mais je veux me convaincre qu’elle me remercie intérieurement. Sa main était tiède et sèche. On aurait cru qu’elle pouvait se briser, rien qu’avec une infime pression de mes doigts. J’eus très envie d’essayer…

Une nouvelle annonce nous explique, avec des mots très scientifiques, que le cyclone se rapproche plus rapidement que prévu, il devrait nous atteindre d’ici une demi-heure… Nous sommes priés de bien vouloir rester à la maison et de n’utiliser la voiture qu’en cas « de force majeure ». J’entends ma mère : elle crie, elle à l’air paniqué, je crois qu’elle me dit de faire attention, de ne pas m’inquiéter… Oui, elle doit partir mais elle va bientôt revenir : elle n’en n’a pas pour très longtemps, des amis l’ont appelée, apparemment la tornade à déjà fait beaucoup de dégâts chez eux, ils habitent à l’autre bout de la ville, près de l’amphithéâtre sur la quarante-huitième. J’espère qu’il n’arrivera rien.

Mais soudain, j’aperçois sur son visage fatigué et pâle un pauvre sourire, un faux espoir… Entre elle et moi, un gigantesque fossé, infranchissable, malgré de multiples tentatives… Je voudrais lui dire…

ksenia.1260646982.jpg

Dernière page…

Une infirmière s’approche de moi. Je la sens mal à l’aise, exténuée. Moi aussi, pour la première fois je ne sais comment réagir face à ce qu’elle m’annonce peut-être avec tact : « elle est condamnée, vous savez il ne lui reste plus beaucoup de temps, je suis désolée, puis je faire… ». Je ne lui laisse pas le temps de finir sa phrase : non, elle ne peut pas faire. Je suis devant le distributeur de café, je ne verse aucune larme, je réfléchis, je pense au passé, je ne fais que retourner dans ma tête la phrase de l’infirmière : « elle est condamnée… elle est condamnée… elle est condamnée… ».

Je n’ose plus m’approcher de sa chambre, de peur de la voir pour la dernière fois. Mais je sais qu’il faut que je sois près d’elle, je savais que ce moment devait un jour ou l’autre se produire mais pas maintenant, pas ici ! Ça ne sera jamais le bon moment, jamais le bon endroit de toute façon. Après tout ce temps passé à m’occuper d’elle, je ne suis pas prête à la laisser partir, et pourtant je me suis battue… J’avance tout droit sans le vouloir, mes pieds m’emmènent vers sa chambre, son lit toujours bien fait, sur lequel elle est couchée. Elle ne me regarde même plus, elle ne s’alimente plus.

Près de dix ans se sont écoulés depuis cette fameuse tornade de 1999, qui a tout balayé sur son passage, y compris ma joie de vivre. Cela fait dix ans qu’elle ne marche plus, qu’elle me laisse dans l’ignorance, et cela fait dix ans que je ne me considère plus comme une enfant. C’est à partir de ce moment là que tout a changé dans ma vie, et que ma vie… a cessé de vivre. Au début je ne comprenais pas, je ne la comprenais pas, je pensais qu’elle faisait semblant, et que c’était normal. Après la tornade, j’ai compris, la réalité m’a giclé au visage et depuis, je ne vis plus que pour elle, et pour sa maladie.

Je suis face à la porte de la chambre, tétanisée par l’image que je verrai : celle de son visage raide succombant à ces derniers souffles… Tu étais ma vie… Pourquoi j’attends ? Elle est là ! Avance ! C’est trop dur ! Je hurle de souffrance ! Ah ! Mon Dieu ! Ma vie est derrière cette porte ! Si elle n’est plus là, je n’ai aucune raison d’exister, de respirer, elle me donne ce courage même avec tout ce que j’ai enduré… Je franchis cette porte, je pleure pour la première fois depuis dix ans, plus que des pleurs des sanglots… Dix ans… Je lui tiens la main, je la serre très fort, je n’ai plus peur de lui faire mal, non, même ses yeux ne s’ouvrent plus, est-ce qu’elle sait que je l’aime d’un amour décadent ?

Chaque battement de son cœur est comme une pointe enfoncée de plus en plus loin dans mon corps partout (je n’en peux plus, je savais tout ça)… Ma main, elle a serré ma main ! Je n’y crois pas, mon espoir revient, je me sens mieux, je me sens libre, plus rien ne me fait mal maintenant. Je veux l’embrasser, la prendre dans mes bras. Je n’entends même pas les infirmières derrière moi, qui me supplient de la lâcher… Je le fais, passe un regard circulaire sur elles. Elles ne comprennent pas mon enthousiasme, je crie : «  elle m’a serré la main c’est un miracle ! » Je suis comme folle. Mais les deux infirmières me disent que non, le temps était venu pour elle, ce n’était pas vraiment elle qui m’a serré la main mais juste un réflexe, elles sont vraiment désolées… Elles me présentent leurs condoléances les plus sincères. Je les repousse, je regarde l’écran vide de ses battements de cœur, ce ne sont plus des piques, c’est une ligne : elle est morte…

Trouver sans fin des carreaux
Découvrir un sourire vide, infantile, décoloré
Partir vers des pointes symétriques.
Ouvrir une montre hermétique,
Arrêter le temps
Des lacets grisés par personne
Noués autour de tes pieds.
Une crêpe sur le sol
Encore chaude, colorée
« Au revoir » est écrit à l’envers
Coloré par des larmes sans compter
Une soif rare, linéaire
Plaquée sur toi…

Ma vie se résume à ce poème, écrit… Il y a dix ans déjà…

Cela fait un mois qu’elle est morte, je l’ai enterrée, il n’y avait que moi ce jour-là, je ne connaissais personne.

C’était ma sœur après tout… Partie en voyage sans laisser d’adresse…

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© Ksénia C. (Lycée en Forêt, Montargis, France. Décembre 2009).
Creative Commons License
“C’était ma sœur après tout” par Ksénia C. Ce texte est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique sur un autre support n’est autorisée qu’après accord de l’auteure.

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Crédit iconographique : toutes les images sont librement inspirées de toiles de Gustav Klimt, recolorisées et retouchées numériquement.

Les élèves ont du talent… Lire en ligne : "C'était ma sœur après tout…" par Ksénia C.

“Et si c’était un jour leur premier roman?”

Tel pourrait être le titre de cette nouvelle rubrique proposée par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7… Au départ, un exercice tout à fait “classique” : rédiger le début et la fin d’un roman… Les élèves les plus assidus à la tâche se sont pleinement investis dans ce challenge : travaillant et retravaillant les manuscrits, corrigeant la grammaire, revoyant la syntaxe, précisant le lexique et surtout s’attelant à la grande question du “style”, afin de proposer la première ébauche de ce qui pourrait bien devenir un jour leur “roman”. Le cahier de texte électronique est fier de vous proposer la lecture de ces textes tous inédits. Même s’il s’agit des premières pages et des dernières pages d’un possible livre, les manuscrits peuvent se lire comme une nouvelle…
Bonne lecture !
                    

C’était ma sœur après-tout…

(des larmes sans compter)

(roman)

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Première page du roman…
Elle restait devant l’écran vide, noir, inanimé, sans savoir pourquoi ni comment, sans comprendre —ne fût-ce qu’un instant— ses gestes (peut-être ceux de la révolte, ou était-ce de l’acceptation ou du désarroi ?). Elle le fixait sans bouger, immobile. Je crus même qu’elle était vraiment paralysée. Seuls ses yeux clignaient d’une façon banale et monotone. Rêvait-elle? Pensait-elle à un moyen ou à un autre de remédier à cette situation? (non je ne le crois pas).
C’était un soir d’octobre, McDowel Road semblait hiberner, malgré « un terrible vent froid venu de Sibérie » disait-on au journal de vingt heures. Et tout d’un coup, malgré la chaleur étouffante de notre maison, je sens un frisson m’envahir.
Aucun bruit (les voisins étaient depuis déjà un bon bout de temps inactifs, au chômage je crois, ils me paraissaient attardés, à regarder toute la journée par la fenêtre, comme s’ils s’attendaient à l’arrivée d’une bonne nouvelle, ou d’une mauvaise, enfin… de quelque chose). Des rumeurs circulaient dans le quartier, comme quoi leur fils était mort à la guerre du Vietnam, et que depuis ce jour, ils étaient devenus si (je ne trouve aucun mot correspondant a mes pensées), « déroutés », serait peut-être le mieux approprié.
Une voix qui me sembla venue de loin, informe la population qu’une tornade viendra frapper tout l’État d’Arizona d’ici environ cinq heures… À Phoenix nous ne sommes pas si souvent sujets à des désastres climatiques, contrairement à d’autres États… Et pourtant je ne peux m’empêcher d’être inquiète aujourd’hui. Pourquoi reste-t-elle devant l’écran vide ? à regarder une image statique ? à tapoter maintenant sa cuisse, avec sont petit doigt (allez savoir si c’était un tic?)…
Je prends ensuite une feuille de papier A4. Et saisis un crayon de graphiste. Je gribouille un instant quelques phrases qui me viennent naturellement, tel un écrivain sûr de son geste, et j’essaye de leur donner un sens, le tout forme un poème de mots égarés… De minuscules particules d’eau viennent effleurer la fenêtre, aussi douces que la rosée au départ, mais qui, avec le vent, prennent une ampleur surdimensionnée : à les voir, elles pourraient terrasser un immeuble, ou peut-être même la vie ?
Je la saisis par la main telle un petit être fragile, pensant deviner dans ses pensées la crainte d’un danger. Pas de réaction. Mais je veux me convaincre qu’elle me remercie intérieurement. Sa main était tiède et sèche. On aurait cru qu’elle pouvait se briser, rien qu’avec une infime pression de mes doigts. J’eus très envie d’essayer…
Une nouvelle annonce nous explique, avec des mots très scientifiques, que le cyclone se rapproche plus rapidement que prévu, il devrait nous atteindre d’ici une demi-heure… Nous sommes priés de bien vouloir rester à la maison et de n’utiliser la voiture qu’en cas « de force majeure ». J’entends ma mère : elle crie, elle à l’air paniqué, je crois qu’elle me dit de faire attention, de ne pas m’inquiéter… Oui, elle doit partir mais elle va bientôt revenir : elle n’en n’a pas pour très longtemps, des amis l’ont appelée, apparemment la tornade à déjà fait beaucoup de dégâts chez eux, ils habitent à l’autre bout de la ville, près de l’amphithéâtre sur la quarante-huitième. J’espère qu’il n’arrivera rien.
Mais soudain, j’aperçois sur son visage fatigué et pâle un pauvre sourire, un faux espoir… Entre elle et moi, un gigantesque fossé, infranchissable, malgré de multiples tentatives… Je voudrais lui dire…

ksenia.1260646982.jpg

Dernière page…
Une infirmière s’approche de moi. Je la sens mal à l’aise, exténuée. Moi aussi, pour la première fois je ne sais comment réagir face à ce qu’elle m’annonce peut-être avec tact : « elle est condamnée, vous savez il ne lui reste plus beaucoup de temps, je suis désolée, puis je faire… ». Je ne lui laisse pas le temps de finir sa phrase : non, elle ne peut pas faire. Je suis devant le distributeur de café, je ne verse aucune larme, je réfléchis, je pense au passé, je ne fais que retourner dans ma tête la phrase de l’infirmière : « elle est condamnée… elle est condamnée… elle est condamnée… ».
Je n’ose plus m’approcher de sa chambre, de peur de la voir pour la dernière fois. Mais je sais qu’il faut que je sois près d’elle, je savais que ce moment devait un jour ou l’autre se produire mais pas maintenant, pas ici ! Ça ne sera jamais le bon moment, jamais le bon endroit de toute façon. Après tout ce temps passé à m’occuper d’elle, je ne suis pas prête à la laisser partir, et pourtant je me suis battue… J’avance tout droit sans le vouloir, mes pieds m’emmènent vers sa chambre, son lit toujours bien fait, sur lequel elle est couchée. Elle ne me regarde même plus, elle ne s’alimente plus.
Près de dix ans se sont écoulés depuis cette fameuse tornade de 1999, qui a tout balayé sur son passage, y compris ma joie de vivre. Cela fait dix ans qu’elle ne marche plus, qu’elle me laisse dans l’ignorance, et cela fait dix ans que je ne me considère plus comme une enfant. C’est à partir de ce moment là que tout a changé dans ma vie, et que ma vie… a cessé de vivre. Au début je ne comprenais pas, je ne la comprenais pas, je pensais qu’elle faisait semblant, et que c’était normal. Après la tornade, j’ai compris, la réalité m’a giclé au visage et depuis, je ne vis plus que pour elle, et pour sa maladie.
Je suis face à la porte de la chambre, tétanisée par l’image que je verrai : celle de son visage raide succombant à ces derniers souffles… Tu étais ma vie… Pourquoi j’attends ? Elle est là ! Avance ! C’est trop dur ! Je hurle de souffrance ! Ah ! Mon Dieu ! Ma vie est derrière cette porte ! Si elle n’est plus là, je n’ai aucune raison d’exister, de respirer, elle me donne ce courage même avec tout ce que j’ai enduré… Je franchis cette porte, je pleure pour la première fois depuis dix ans, plus que des pleurs des sanglots… Dix ans… Je lui tiens la main, je la serre très fort, je n’ai plus peur de lui faire mal, non, même ses yeux ne s’ouvrent plus, est-ce qu’elle sait que je l’aime d’un amour décadent ?
Chaque battement de son cœur est comme une pointe enfoncée de plus en plus loin dans mon corps partout (je n’en peux plus, je savais tout ça)… Ma main, elle a serré ma main ! Je n’y crois pas, mon espoir revient, je me sens mieux, je me sens libre, plus rien ne me fait mal maintenant. Je veux l’embrasser, la prendre dans mes bras. Je n’entends même pas les infirmières derrière moi, qui me supplient de la lâcher… Je le fais, passe un regard circulaire sur elles. Elles ne comprennent pas mon enthousiasme, je crie : «  elle m’a serré la main c’est un miracle ! » Je suis comme folle. Mais les deux infirmières me disent que non, le temps était venu pour elle, ce n’était pas vraiment elle qui m’a serré la main mais juste un réflexe, elles sont vraiment désolées… Elles me présentent leurs condoléances les plus sincères. Je les repousse, je regarde l’écran vide de ses battements de cœur, ce ne sont plus des piques, c’est une ligne : elle est morte…

Trouver sans fin des carreaux
Découvrir un sourire vide, infantile, décoloré
Partir vers des pointes symétriques.
Ouvrir une montre hermétique,
Arrêter le temps
Des lacets grisés par personne
Noués autour de tes pieds.
Une crêpe sur le sol
Encore chaude, colorée
« Au revoir » est écrit à l’envers
Coloré par des larmes sans compter
Une soif rare, linéaire
Plaquée sur toi…

Ma vie se résume à ce poème, écrit… Il y a dix ans déjà…
Cela fait un mois qu’elle est morte, je l’ai enterrée, il n’y avait que moi ce jour-là, je ne connaissais personne.
C’était ma sœur après tout… Partie en voyage sans laisser d’adresse…

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© Ksénia C. (Lycée en Forêt, Montargis, France. Décembre 2009).
Creative Commons License
“C’était ma sœur après tout” par Ksénia C. Ce texte est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique sur un autre support n’est autorisée qu’après accord de l’auteure.

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Crédit iconographique : toutes les images sont librement inspirées de toiles de Gustav Klimt, recolorisées et retouchées numériquement.

Les élèves ont du talent… Lire en ligne : “La Balançoire” par Janyce M.

“Et si c’était un jour leur premier roman?”

Tel pourrait être le titre de cette nouvelle rubrique proposée par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7… Au départ, un exercice tout à fait “classique” : rédiger le début et la fin d’un roman… Les élèves les plus assidus à la tâche se sont pleinement investis dans ce challenge : travaillant et retravaillant les manuscrits, corrigeant la grammaire, revoyant la syntaxe, précisant le lexique et surtout s’attelant à la grande question du “style”, afin de proposer la première ébauche de ce qui pourrait bien devenir un jour leur “roman”. Le cahier de texte électronique est fier de vous proposer la lecture de ces textes tous inédits. Même s’il s’agit des premières pages et des dernières pages d’un possible livre, les manuscrits peuvent se lire comme une nouvelle…
Bonne lecture !

Découvrez le manuscrit

« La Balançoire »

par Janyce M. (Seconde 18)

               

(incipit)

16h45. Regarde toi ! Et que vois-tu ? Un con. Un con accoudé à sa fenêtre, un con fumant sa clope.

Regardez, admirez mon royaume ! Mes yeux se perdent une nouvelle fois dans ce spectacle répugnant, cette petite représentation quotidienne qui me rappelle l’enfer dans lequel je vis. Mon regard se pose sur le ciel. Soupir de lassitude. Nouvelle clope. Le ciel n’existe pas, pas chez moi. Là où je vis, ce n’est qu’une mélasse terne. Je peux voir la ville entière d’où je suis. Je peux voir les usines cracher leur fumée, cette fumée qui rend notre ciel si triste, sans fond, sans forme, sans nuages pour rêver. Je peux voir les habitants vomir leurs saletés, leurs détritus. Je suis en overdose. Une overdose de cette ville dégueulasse. Un profond dégoût, une nausée constante.

Mais il y a l’océan. J’aime bien l’océan. Malheureusement, on ne le voit plus. Il est caché par de nouvelles habitations, toujours plus hautes, plus nombreuses … Cubes de béton. Je suis asphyxié.

C’est dégueulasse !

J’aimerais m’évader, m’en aller de cette foutue ville. Voilà pourquoi j’ai décidé d’écrire un livre. Un livre qui parlerait d’une île, enfant de l’union de l’océan et du ciel. Il y aurait enfin un ciel ! Un beau ciel azur rempli de moutons blancs. On y verrait des mouettes voler … Oui, de belles mouettes ! J’irais m’y installer … Et comme seul bagage à main : mon rêve d’ailleurs. Je n’ai besoin de rien d’autre. Je veux être loin d’ici ! Loin de cette ville de merde. Loin de ces usines dégueulasses. Je serais sur mon île … Oh oui …

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«Pourquoi tu pleures ? Merde alors ! C’est honteux de pleurer ! Essuie-moi ces larmes tout de suite !» Je reprends possession de mon corps. Mes voix intérieures se sont tues. Je passe machinalement la main sur ma joue mal rasée et je m’aperçois que je pleure … Je prends une autre clope. D’ailleurs … Si je commence à écrire, j’arrête de fumer. La clope, c’est mauvais. Je jette le paquet à la poubelle. Envie de tout jeter à la poubelle. La ville aussi. C’est un nouveau départ.

Je me lève, quitte ma fenêtre. Soupir de celui qui n’a rien à perdre. Je m’installe, un paquet de feuilles jaunies par le temps devant moi. Je prends mon stylo. Ma main tremble. Enfin… Enfin… La pointe de mon stylo effleure la feuille… Quelle jouissance ! Quel bien-être ! Je… Je…

Ma main se crispe. Mon poignet aussi. Tout mon corps se fige. J’entends mon cœur. Résonance sur peau de tambour. Tendu. Mes yeux coulent une eau tiède. La feuille reste vierge. Vierge de mots, mais inondée de sentiments … Espoirs, doutes, tristesse, déception et toujours cette impuissance amère. Alors la rage. Je lance ma chaise contre le mur. Chaise brisée. Je jette mes feuilles et mon stylo par la fenêtre. Je m’assois sur mon lit en plongeant mon visage dans mes mains.

Je ne sais pas écrire.

Je dors. Je rêve. Nuit et jour. Je pense que je suis tombé malade, à cause de la fenêtre qui ne se ferme pas complètement. Je reste dans l’obscurité. Comme ça, pas besoin de fermer les yeux sur le monde, je peux les garder grands ouverts, ils restent aveugles.

«Merde ! Mais qu’est-ce qui te prend ? T’abandonnes ? T’en as dans les tripes, non ? Tu le veux ce livre ! Alors debout ! Lève toi ! ALLEZ LÈVE-TOI !»

Je me redresse. Maladroit. Je m’habille. Je regarde par la fenêtre. Il neige. J’enfile ma petite veste de coton, la seule que j’aie. Je sors. Le vent est glacial. Pas ma volonté.

Je ne sais peut-être pas écrire, mais je ne suis pas un nullos. Faut que je me fasse aider.

(excipit)

16h45. Ça pourrait être une heure de départ d’avion, de train, de retrouvailles, de réunions. 16h45, c’était bien car c’était déjà la journée bien entamée, avec une soirée en perspective en plus. 16h45, ça voulait dire la vie qui a bougé, travaillé, marché, cuisiné, parlé, ri, partagé, lu, réfléchi, pleuré peut-être aussi … 16h45, c’était des heures déjà ben remplies depuis le matin. Mais ça, c’est le 16h45 des autres.

Mon 16h45 à moi, ça a été du vent. Et là, j’ai froid. Je suis fatigué, las. Ce que j’ai fait n’a servi à rien : rien, nada. Mon livre, oui, je l’ai écrit. Mais pas tout seul. Avec plein de rencontres qui ont posé sur mes feuilles mes obésités d’espoirs. Et puis, quoi ? J’ai balancé mes tripes, mais ma vie est la même. Peut-être à balancer elle aussi ?

Je vomis ma nicotine. Je tousse, je crache, je m’arrache les poumons depuis que j’ai repris la clope. Après l’envol de mon livre et sa fin, j’ai chuté : le décalage entre mes rêves et la réalité m’a fait faire le grand écart. J’ai chuté et rechuté, avec la clope.

Les gamins d’aujourd’hui diraient que ma vie est glauque. C’est drôle, c’est ma mère qui trouvait que j’avais un beau regard glauque —ce bleu-vert indéfinissable de l’océan— disait-elle …

J’ai besoin d’air.

Je sors. Il neige. Je ne la sens pas. Je ne sens plus rien. Je marche. Droit devant moi. Le ciel pleure-t-il lui aussi ? Je marche entre les plaques de verglas, ces petits miroirs sur l’asphalte. Je peux sentir l’air salé d’ici. Inconsciemment, mes pas m’ont mené près de l’eau. J’aurai presque pu fermer les yeux pour y arriver. Je me sens plus calme. C’est comme si je retrouvais un vieil ami. Je m’assois au bout de la jetée. Je regarde l’horizon. Ou plutôt ce qui doit être l’horizon.

Je sens la présence d’un môme. Je ne vois que son short vert kaki, ses maigres rotules écorchées. Il s’est assis juste à côté de moi. J’ai rien à lui dire. Nos jambes pendent par-dessus l’eau. Il balance les siennes. Qu’est ce qu’il fout là, l’gamin ? Qu’est-ce qu’il me veut ? Il cause pas. Je fais celui qui ne l’a pas vu. Je regarde le fond de l’eau. Gris-bleu, vert-de-gris, bleu-marine et outremer, gris ardoise. Déclinaison. Nuances. Peut-être que j’en manque ?

Un cri de mouette déchire mon monologue intérieur. Je lève la tête et suit les arabesques qu’elle dessine. Le gamin a dû sentir que je revenais à la vie car il me dit :

«T’as vu la fumée là-bas, au-dessus de la grande usine ? On dirait un renard tu trouves pas ?

janyce_2.1260385728.jpgIl pointe son doigt vers le panache gris. Son doigt attend ma réponse. Un renard ? Comment il voit ça le gamin ? Oui … peut-être … Alors je réponds :

– On dirait que tu as raison, ça y ressemble.

Du coup, j’ai regardé la fumée autrement. C’est vrai, elle pouvait, comme les nuages, s’étirer sous le vent et jouer de notre imagination. Je me suis senti sourire : j’avais vu un dragon. Je regarde le gamin. Brun, des mèches lui tombant sur son regard vert, il m’offrait un sourire tout frais avec une dent de lait manquante. Est-ce que ce gamin a autant de rêves que j’en avais à son âge ? Le gosse fouilla dans sa poche arrière et en sortit un bout de papier. Il me le tendit :

– Dis, tu peux m’faire un avion ?

J’ai pris le papier. Je l’ai plié, déplié, replié. Je me rappelais mes geste d’enfance. J’y suis arrivé. Même qu’il était pas mal mon avion. Le gosse avait l’air ravi, lui.

Il a sauté sur ses jambes, l’a tenu au-dessus de l’eau, prêt à le faire voler.

– Et comment il s’appelle ton avion ?

– Point de Vue»

© Janyce M. (Lycée en Forêt, Montargis, France. Décembre 2009).
Creative Commons License
“La Balançoire” par Janyce M. Ce texte est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique sur un autre support n’est autorisée qu’après accord de l’auteure.

Les élèves ont du talent… Lire en ligne : “J’essuierai mes larmes dans le soir qui tombe” par Melisa A.

 “Et si c’était un jour leur premier roman?”

Tel pourrait être le titre de cette nouvelle rubrique proposée par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7… Au départ, un exercice tout à fait “classique” : rédiger le début et la fin d’un roman… Les élèves les plus assidus à la tâche se sont pleinement investis dans ce challenge : travaillant et retravaillant les manuscrits, corrigeant la grammaire, revoyant la syntaxe, précisant le lexique et surtout s’attelant à la grande question du “style”, afin de proposer la première ébauche de ce qui pourrait bien devenir un jour leur “roman”. Le cahier de texte électronique est fier de vous proposer la lecture de ces textes tous inédits. Même s’il s’agit des premières pages et des dernières pages d’un possible livre, les manuscrits peuvent se lire comme une nouvelle…
Bonne lecture !
                  
            

Découvrez le manuscrit

« J’essuierai mes larmes

dans le soir qui tombe »

             

par Melisa A. (Seconde 18)

Première page du roman…

12 août 1914, Mobilisation : Ce matin, j’ai reçu une lettre de Franck, mon frangin. Il me souhaite bonne chance pour la mobilisation de demain et espère qu’on se retrouvera ensemble au Front. Oui, nous les hommes, nous avons été appelés pour la guerre : « Par décret du Président de la République, la mobilisation des armées de Terre et de Mer est ordonnée… ». Je ne sais pas s’il faut que je pleure ? Pleurer, parce-que la guerre me fait peur. La guerre me tuera peut-être ou me blessera. Ou sourire parce-que la guerre nous amènera peut-être la victoire… La victoire en chantant…

Je me souviens de mon enfance. Quand Franck et moi nous avions sept ans, notre plus grand rêve était de combattre, de faire la guerre. Moi, je voulais devenir un grand soldat, lui, un général. On ramassait des branches de bois pour ensuite les tailler, puis les rassembler et en faire un fusil. On s’amusait beaucoup ensemble, la guerre c’était un jeu.

Beaucoup d’années se sont écoulées depuis… Je crois que Franck a toujours eu envie de faire la guerre… Demain, le train partira vers six heures. Par un beau matin du mois d’août.

13 Août 1914 : Je suis dans ce train depuis deux heures et demie. Papa, Maman et ma sœur me manquent déjà. Je pense à Franck. Il doit être sûrement dans un train semblable, en direction de l’Allemagne. On est quatre dans le compartiment. Ce jeune qui est en face de moi, assis, la tête baissée depuis le début du trajet, il doit avoir à peu près mon âge. L’autre est assis à côté de moi. Il lit un livre paisiblement, tourne les pages une à une. Contrairement à nous, il n’a pas l’air inquiet, ou peut-être fait-il semblant ? Un autre est à ma droite, un mouchoir à la main, il essuie ses larmes et regarde ce paysage qu’il ne reverra plus jamais. Il a le teint si pâle qu’on le croirait déjà mort. Moi aussi je pense à la mort, à ma mort. Est-ce que je vais mourir ? Et si je meurs ? Ce n’est pas le moment ! Je veux vivre bon sang ! J’ai encore beaucoup de choses à faire, à espérer. Mon Dieu, je n’ai que vingt ans, c’est trop tôt !

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Dernière page

11 novembre 1919 : Ah! Le fameux 11 Novembre… Ce jour où nous avions gagné la paix au prix des larmes. J’ai perdu les deux jambes, j’ai perdu mon pouvoir de marcher mais la guerre a été gagnée. Je ne peux plus courir comme avant mais on a gagné la guerre. J’ai tout perdu pour une victoire. Déjà un an. Franck est mort sur le front, un petit matin de juin.

Tu me manques tellement. Je me suis reveillé tôt ce matin pour rendre hommage à toi et aux autres. Ce soir, j’essuierai mes larmes dans le soir qui tombe… Mais le sens ? Le sens de tout ça ?

Te rappelles-tu de ces jours « d’avant la guerre ? » On avait sept ans, il y a bien longtemps, on rêvait de faire la guerre…

Eh bien c’est fait. Notre rêve s’est réalisé : on a fait la guerre. Tu es mort presque sans un bruit, dans le soir, en chuchotant quelques mots. Notre victoire à toi et à moi. On devait la fêter ensemble. On a gagné la guerre Franck : toi mort, et moi paralysé. On a gagné la guerre : la victoire en pleurant… Je t’ai trouvé allongé sur les genoux, dans la tranchée, le visage calme, il ne restait plus que toi et le vent glacé du Nord, et puis la neige, et puis la nuit, et le cri des hommes en voyage, là-bas, très loin, à l’autre bout de la terre…

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© Melisa A. (Lycée en Forêt, Montargis, France. Décembre 2009).
Creative Commons License
 
“J’essuierai mes larmes dans le soir qui tombe” par Melisa A. Ce texte est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique sur un autre support n’est autorisée qu’après accord de l’auteure.

Les élèves ont du talent… Lire en ligne : “J'essuierai mes larmes dans le soir qui tombe” par Melisa A.

 “Et si c’était un jour leur premier roman?”

Tel pourrait être le titre de cette nouvelle rubrique proposée par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7… Au départ, un exercice tout à fait “classique” : rédiger le début et la fin d’un roman… Les élèves les plus assidus à la tâche se sont pleinement investis dans ce challenge : travaillant et retravaillant les manuscrits, corrigeant la grammaire, revoyant la syntaxe, précisant le lexique et surtout s’attelant à la grande question du “style”, afin de proposer la première ébauche de ce qui pourrait bien devenir un jour leur “roman”. Le cahier de texte électronique est fier de vous proposer la lecture de ces textes tous inédits. Même s’il s’agit des premières pages et des dernières pages d’un possible livre, les manuscrits peuvent se lire comme une nouvelle…
Bonne lecture !
                  
            

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« J’essuierai mes larmes

dans le soir qui tombe »

             

par Melisa A. (Seconde 18)

Première page du roman…
12 août 1914, Mobilisation : Ce matin, j’ai reçu une lettre de Franck, mon frangin. Il me souhaite bonne chance pour la mobilisation de demain et espère qu’on se retrouvera ensemble au Front. Oui, nous les hommes, nous avons été appelés pour la guerre : « Par décret du Président de la République, la mobilisation des armées de Terre et de Mer est ordonnée… ». Je ne sais pas s’il faut que je pleure ? Pleurer, parce-que la guerre me fait peur. La guerre me tuera peut-être ou me blessera. Ou sourire parce-que la guerre nous amènera peut-être la victoire… La victoire en chantant…
Je me souviens de mon enfance. Quand Franck et moi nous avions sept ans, notre plus grand rêve était de combattre, de faire la guerre. Moi, je voulais devenir un grand soldat, lui, un général. On ramassait des branches de bois pour ensuite les tailler, puis les rassembler et en faire un fusil. On s’amusait beaucoup ensemble, la guerre c’était un jeu.
Beaucoup d’années se sont écoulées depuis… Je crois que Franck a toujours eu envie de faire la guerre… Demain, le train partira vers six heures. Par un beau matin du mois d’août.
13 Août 1914 : Je suis dans ce train depuis deux heures et demie. Papa, Maman et ma sœur me manquent déjà. Je pense à Franck. Il doit être sûrement dans un train semblable, en direction de l’Allemagne. On est quatre dans le compartiment. Ce jeune qui est en face de moi, assis, la tête baissée depuis le début du trajet, il doit avoir à peu près mon âge. L’autre est assis à côté de moi. Il lit un livre paisiblement, tourne les pages une à une. Contrairement à nous, il n’a pas l’air inquiet, ou peut-être fait-il semblant ? Un autre est à ma droite, un mouchoir à la main, il essuie ses larmes et regarde ce paysage qu’il ne reverra plus jamais. Il a le teint si pâle qu’on le croirait déjà mort. Moi aussi je pense à la mort, à ma mort. Est-ce que je vais mourir ? Et si je meurs ? Ce n’est pas le moment ! Je veux vivre bon sang ! J’ai encore beaucoup de choses à faire, à espérer. Mon Dieu, je n’ai que vingt ans, c’est trop tôt !

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Dernière page
11 novembre 1919 : Ah! Le fameux 11 Novembre… Ce jour où nous avions gagné la paix au prix des larmes. J’ai perdu les deux jambes, j’ai perdu mon pouvoir de marcher mais la guerre a été gagnée. Je ne peux plus courir comme avant mais on a gagné la guerre. J’ai tout perdu pour une victoire. Déjà un an. Franck est mort sur le front, un petit matin de juin.
Tu me manques tellement. Je me suis reveillé tôt ce matin pour rendre hommage à toi et aux autres. Ce soir, j’essuierai mes larmes dans le soir qui tombe… Mais le sens ? Le sens de tout ça ?
Te rappelles-tu de ces jours « d’avant la guerre ? » On avait sept ans, il y a bien longtemps, on rêvait de faire la guerre…
Eh bien c’est fait. Notre rêve s’est réalisé : on a fait la guerre. Tu es mort presque sans un bruit, dans le soir, en chuchotant quelques mots. Notre victoire à toi et à moi. On devait la fêter ensemble. On a gagné la guerre Franck : toi mort, et moi paralysé. On a gagné la guerre : la victoire en pleurant… Je t’ai trouvé allongé sur les genoux, dans la tranchée, le visage calme, il ne restait plus que toi et le vent glacé du Nord, et puis la neige, et puis la nuit, et le cri des hommes en voyage, là-bas, très loin, à l’autre bout de la terre…

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© Melisa A. (Lycée en Forêt, Montargis, France. Décembre 2009).
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“J’essuierai mes larmes dans le soir qui tombe” par Melisa A. Ce texte est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique sur un autre support n’est autorisée qu’après accord de l’auteure.

Les élèves ont du talent… Lire en ligne : “Dernier voyage : sous-sol du vague à l’âme” par Charlotte B.

“Et si c’était un jour leur premier roman?”

Tel pourrait être le titre de cette nouvelle rubrique proposée par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7… Au départ, un exercice tout à fait “classique” : rédiger le début et la fin d’un roman… Les élèves les plus assidus à la tâche se sont pleinement investis dans ce challenge : travaillant et retravaillant les manuscrits, corrigeant la grammaire, revoyant la syntaxe, précisant le lexique et surtout s’attelant à la grande question du “style”, afin de proposer la première ébauche de ce qui pourrait bien devenir un jour leur “roman”. Le cahier de texte électronique est fier de vous proposer la lecture de ces textes tous inédits. Même s’il s’agit des premières pages et des dernières pages d’un possible livre, les manuscrits peuvent se lire comme une nouvelle…
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“Dernier voyage…

Sous-sol du vague à l’âme”

             

par Charlotte B. (Seconde 7)

               

Début du voyage…

8h21, mardi matin, et encore une fois en retard ! Le chemin coupant à travers le parc était terriblement boueux, ses chaussures ne s’en sortiraient pas indemnes, quelle poisse ! Mais les bottes pour ce soir se trouvaient au fond de son placard, bien au chaud, prêtes à l’emploi, et c’aurait été terrible si la boue les avait sauvagement attaquées, comme ces vulgaires chaussures, déjà bien trop ternies à son goût. Ses sourcils se froncèrent : même d’aussi loin, la sonnerie stridente ne lui échappait pas. Plus que trois minutes avant le début du cours. Enfin, le bâtiment apparut, le blanc du crépi accentué par la brume matinale. La porte de la salle 112 était déjà fermée mais tandis qu’elle arrivait, un groupe de retardataires apparut aussi à la porte. En entrant, un vague « Désolés pour le retard » flotta mais M. Histoire plongé dans sa recherche quotidienne de la fiche d’appel n’y prit pas garde. « Ahah ! fit-il tout à coup en sortant le carnet de sa sacoche. Stanislas B. ?  (Sa voix suraiguë accentuait plus que de nécessaire les dernières syllabes…

– Oui.
– Jérémie C… ?
– Présent.
– Amélie D… ?
– Oui, répondit la jeune fille qui tentait vainement de retirer la boue de son sac noir.
– Julien D… ?
– Présent m’sieur!

L’appel continua ainsi plusieurs minutes. M. Histoire se leva finalement et mit la fiche d’appel à la porte. « Hier, nous étudiiiiiiions la population paysaaaanne au temps du règne de Charles IX, booooooon ; prenez vos manuels d’histoââââre, aucun oubli j’espèèèèère ? Sa voix prit des aigus épouvantables : « Vous connaissez le tarif, hein ? Deux heures de colle par élève. » Un silence sarcastique accompagna ces paroles répétées comme un rituel, chacun se concentrant pour ne pas rire tant la scène était comique : les longs doigts du professeur pianotaient frénétiquement sur un tas de copies éparpillées, son crâne luisant était encore garni de quelques cheveux qui voletaient, tout son corps semblait animé de tics nerveux (un ébrouement à la façon des chevaux mais sans émettre le moindre son). Outre son nez pointu et ses problèmes capillaires, il portait un nom impossible à retenir, quelque chose comme… (bref…) « Bon, alors, manuel page 171 ! ». On ne peut pas dire qu’Amélie s’ennuyait, mais elle était plongée dans ses pensées, rêvant de SA soirée, celle qu’elle attendait depuis … humm, au moins sept mois. Elle passa donc les heures de cours de la matinée à rêver d’Eux, et de Leur concert du soir.  

À l’heure du déjeuner, elle sortit du lycée avec sa bécane et rentra en quatrième vitesse chez elle : il fallait qu’elle se douche absolument ce midi, pour avoir le temps de mettre ses dreadlocks après les cours.  À une heure et demie, et pour la deuxième fois de la journée, Amélie partit en retard et pesta tout le long du chemin -le long de la piste d’athlétisme, le seul garanti sans boue- contre son chat : « Makkura ta gourmandise va m’attirer des ennuis ! » Le chat n’avait cessé de gratter à sa porte pour réclamer à manger, ce qu’elle lui avait finalement accordé, la mettant en retard. L’effet soporifique du cours de bio quitta instantanément la jeune fille quand la sonnerie retentit : contre son habitude, elle fut la première à sortir de la salle, dévala les escaliers, fonça au « garage à vélos » -rempli en majorité absolue par des scooters- sauta sur sa bécane, et fit vrombir le moteur jusqu’à son hangar, la séance de préparation allait enfin commencer !

Ses cheveux encore humides de la douche du midi -remouillés par le crachin automnal- lui facilitèrent la pose de ses dreadlocks, des tresses synthétiques noires et rouge-bordeaux aux extrémités. Elle cerna ses yeux et teinta ses lèvres en noir, puis finalement ajouta une nouveauté due à l’importance de l’événement : des lentilles ambrées ; dernier achat en date de sa virée à Paris avec Adrian, son « Chéri ». Dans le miroir, elle se dit que cela lui allait bien : le carmin de ses lentilles faisant ressortir la pâleur de sa peau, et ses boucles brunes flottaient en harmonie avec les dreadlocks. Elle ouvrit son placard, et commença par mettre son collant noir et son sous-pull rayé noir et rouge, des mêmes teintes que ses cheveux. La sonnerie de l’interphone retentit. Amélie descendit l’escalier à toute vitesse et décrocha :

– C’est moi, dit-il de sa voix au timbre si doux, tu es prête ?
– Non pas tout à fait, je t’ouvre.

En remontant dans sa chambre, Amélie mit ses bijoux : deux petits anneaux noirs à chaque oreille et le collier habituel gothique à pointes en argent. Adrian entra, le son de ses talons répercuté dans toute la maison. « Tu t’es pris de nouvelles New Rock ? demanda-t-elle de sa chambre. « Oui » répondit-il en montant les escaliers. Amélie enfila sa jupe à motif écossais du même coloris que ses cheveux et ses dreads, mit son petit gilet qui lui allait si bien : légèrement décolleté, avec un tissu assez brillant, une capuche terminée par une étoile, et surtout, dans le dos : le logo et le nom du groupe qu’ils allaient voir ce soir brodés en lettres blanches. Son Chéri entra dans la chambre : toujours très grand -mais il trichait avec ses bottes- les cheveux bruns longs jusqu’au bassin, un nez un peu pointu et des yeux d’ordinaire gris qui, pour l’événement avaient pris la même teinte ambrée que les siens

– Ouah! Tu as encore grandi ! s’exclama Amélie en lui sautant dans les bras. Il l’attrapa en lui rendant son étreinte.
– Toi tu n’as pas bien grandi, mais tu t’es drôlement bien fringuée ! Tu as perdu du poids ? Il me semblait que tu… Enfin, ta taille est plus fine, non ?
– Et voilà, qu’est-ce que je te disais ? Tu vois que tu ne viens pas assez me voir, tu ne te rappelles même plus à quel point je suis belle ! » lança Amélie, un sourire ironique au coin des lèvres.
Il la reposa et Amélie se regarda un dernier instant dans la glace, puis d’un air satisfait elle ferma sa porte descendit les escaliers, ses bottes et sa sacoche à la main..
« Montre-moi tes nouvelles New-Rock » demanda la jeune fille en se tournant vers lui.
Adrian souleva son long manteau noir à boutons argent et elle les détailla : boucles en argent -le même que celui des boutons- pas très hautes, semelles plates, sans lacets, bref c’était pas son style, mais pour Adrian, ça lui collait à la peau.
« On est parti ! » s’écria Amélie une fois ses bottes et ses gants enfilés.
 -Ton père travaille ? Tu l’as bien prévenu ? Je ne veux plus avoir de problèmes avec lui.
– Oui..
– Sûr ?
– Complètement sûre et certaine. L’interrogatoire est terminé, on peut y aller ? Amélie s’impatientait, une main sur la poignée, et attendait qu’Adrian daigne sortir.
– D’accord, c’est parti ! s’exclama-t-il tout à coup plus joyeux.

La porte fermée, Amélie descendit les marches du perron au bras d’Adrian. Il sortit les clefs de sa poche et mit le contact.

Le trajet se déroula sans encombre, la circulation du périphérique était fluide. Ils arrivèrent place Clichy aux environs de 19 heures. Amélie commençait déjà à s’exciter en charlotte_1.1260378745.jpgsifflotant les airs de ses musiques préférées. Le temps de garer la moto et le couple se promenait le long de la rue XXXXXXXX en croisant nombre de personnes vêtues dans le même style qu’eux et quelques passants presque effrayés croyant à l’invasion vampirique, démoniaque, ou quelque chose du même type !

Repas habituel à l’Ante-Concert, un vulgaire fast-food ayant pour seul intérêt d’avoir des toilettes gratuites et un service rapide. Vers vingt heures, ils se dirigèrent vers les portes d’entrée de La Locomotive, près du fameux Moulin-Rouge. Ils donnèrent leur ticket au videur et entrèrent dans l’atmosphère glauque et enfumée de la salle qu’Amélie aimait tant. À gauche du « central » se trouvait un bar immense, à droite une grande affiche annonçait le programme de la soirée :

DOPE STARS INC : 21h00-21h30
LACRIMAS FUNDERE : 22h00-22h45
DIARY OF DREAMS : 23h00-00h00
DEATHSTARS : 00h30-01h30

Des vendeurs proposaient toutes sortes de produits dérivés à l’effigie des groupes ; ils s’installèrent ensemble sur des fauteuils placés à l’étage surplombant la grande scène. Adrian alluma une cigarette.

« Tu en veux ? proposa-t-il à Amélie.
– C’est quoi exactement ?
– Une clope…

La soirée se déroula lentement, Amélie devenait de plus en plus excitée à l’approche de la dernière partie de soirée, son groupe préféré à l’affiche !

« Calme-toi », répétait Adrian. « Mais je suis très calme ! » Au comptoir, Amélie partit dans un long monologue : « C’est tout de même la deuxième fois qu’on va les voir, et je suis toujours autant…, tu comprends quoi ! Depuis que je rêve de retourner à La Loco ! Les membres de Deathstars sont pour moi de véritables icônes, des modèles, mais pas à imiter, juste, des gens qui créent du pur son, enfin tu comprends quoi ? Ne laissant pas le temps à Adrian de répondre, elle poursuivit : C’est fou tout de même de les voir en vrai alors qu’ils ont fait tout un tas de choses : des clips-vidéos, ils ont un MySpace, ils fréquentent des tas de groupes internationaux comme Cradle ; j’ai pas l’impression que l’on vit dans la même dimension, tu vois ? » Oui, la jeune fille ne vivait plus que pour cela…

Ils descendirent les escaliers, et se posèrent sur la rambarde en fer qui formait le tour de la fosse. Et voilà, ça allait commencer dans moins d’une demi-heure, Amélie était au comble de l’excitation : ses pommettes en rougissaient, elle regardait fébrilement sa montre et jetait de longs regards noirs à la scène immanquablement vide.

Quand enfin le ballet des techniciens du son s’arrêta, Amélie se leva en sursaut et vint se placer au second rang, devant Adrian, derrière la scène, de telle façon qu’elle pouvait la toucher, avec juste assez d’angle pour bien les voir. Le fond sonore fit place au thème du titre principal de leur dernier album : un solo de basse et de batterie au rythme entraînant. Devant Amélie, les deux hystériques se déchaînaient comme la plupart des autres aux premiers rangs lançant des cris suraigus ou frappant dans leurs mains ; la jeune fille se hâta de mettre ses boules Kies tandis que le premier guitariste entra sur scène bientôt suivit du second -un grand et mince à la coiffure plutôt impressionnante- puis le batteur qui testa sa grosse caisse, effet qui doubla les hurlements hystériques auxquels Amélie se joignit lorsque le bassiste, à la forme de visage si particulière et tellement attirante, vint saluer la foule en délire.

Le fond sonore s’arrêta et les spots de lumière tournèrent. Des flashs illuminèrent les visages des musiciens. La foule en délire se déchaîna avec l’arrivée en trombe du chanteur, ses cheveux mi-longs ondulant en cadence. Voilà, c’était parti pour une heure de bonheur total, une heure pendant laquelle Amélie ne penserait plus qu’à Eux, où ses soucis de vie quotidienne allaient s’estomper, pour laisser place à Leur show.

___________

Fin du voyage

Un mal de tête à lui briser les tempes. Un mauvais goût dans la bouche accompagné d’une envie de vomir. Depuis qu’elle y avait goûté, le reste n’avait plus qu’une valeur dérisoire et sa vie était devenue tellement fade, aussi triste qu’un rendez-vous d’amour manqué… Amélie se retourna, le réveil indiquait quinze heures. Elle s’assit, la tête lui tournait : cela faisait une éternité qu’elle n’avait rien avalé. Elle prit un briquet sur la table : elle fumerait les quelques feuilles qui restaient. Des volutes de fumée envahirent rapidement la chambre d’hôtel. Les nausées reprirent alors qu’elle tentait de resserrer la ceinture de sa jupe à motif écossais, sans résultat, tant elle avait maigri. Skinny vint l’aider.

Après avoir fixé la ceinture sur le dernier cran, il la prit par les épaules puis ils sortirent tous deux de la chambre. À l’extérieur l’air parisien était glacial. Sur le Boulevard de Clichy, Amélie frissonnait tant que Skinny lui fit enfiler sa veste. Ils marchèrent quelques minutes et entrèrent à leur café habituel dans lequel flottait une odeur de peinture fraîche. À une table reculée par rapport aux autres, Amélie reconnut la silhouette élancée d’un jeune homme à la coiffure impressionnante, ses cheveux d’un noir de jais lui donnaient un air de poussin ébouriffé. Mais il ne fit pas attention à elle.

À droite de celui-ci, un type aux cheveux mi-longs, surnommé Whip, titubait en buvant un alcool… Le portable d’Amélie se mit à sonner tandis que le serveur leur apportait la commande. C’était son père, mais elle ne pouvait pas répondre : non, cela faisait trop longtemps, et puis elle n’aurait pas su quoi lui dire : c’était la fin du voyage de toute façon. Amélie voulut sourire à Skinny, qui lui posa une main sur la nuque et commença à jouer avec ses cheveux. La jeune fille chercha du regard d’où venait l’odeur de peinture, un ouvrier en bleu de travail lui avait échappé lorsqu’ils étaient entrés : il se trouvait en face d’eux, à l’autre bout de la pièce, il repeignait les lettres rouges « issue de secours ».

Amélie voulut reprendre une gorgée d’alcool, mais le liquide lui dégoulina sur le menton. Skinny lui passa son bras autour de la taille et elle posa sa tête sur son épaule. Son téléphone sonna à nouveau. Elle l’éteignit, et reposa sa tête sur l’épaule de Skinny, les yeux perdus dans le vague, très loin, fixant les gestes de l’ouvrier sans le voir.

FIN

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© Charlotte B. (Lycée en Forêt, Montargis, France. Décembre 2009).
Creative Commons License
 
“Dernier voyage : sous-sol du vague à l’âme” par Charlotte B. Ce texte est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique sur un autre support n’est autorisée qu’après accord de l’auteure.

Les élèves ont du talent… Lire en ligne : “Dernier voyage : sous-sol du vague à l'âme” par Charlotte B.

“Et si c’était un jour leur premier roman?”

Tel pourrait être le titre de cette nouvelle rubrique proposée par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7… Au départ, un exercice tout à fait “classique” : rédiger le début et la fin d’un roman… Les élèves les plus assidus à la tâche se sont pleinement investis dans ce challenge : travaillant et retravaillant les manuscrits, corrigeant la grammaire, revoyant la syntaxe, précisant le lexique et surtout s’attelant à la grande question du “style”, afin de proposer la première ébauche de ce qui pourrait bien devenir un jour leur “roman”. Le cahier de texte électronique est fier de vous proposer la lecture de ces textes tous inédits. Même s’il s’agit des premières pages et des dernières pages d’un possible livre, les manuscrits peuvent se lire comme une nouvelle…
Bonne lecture !
                  
            

Découvrez le manuscrit

“Dernier voyage…

Sous-sol du vague à l’âme”

             

par Charlotte B. (Seconde 7)

               

Début du voyage…

8h21, mardi matin, et encore une fois en retard ! Le chemin coupant à travers le parc était terriblement boueux, ses chaussures ne s’en sortiraient pas indemnes, quelle poisse ! Mais les bottes pour ce soir se trouvaient au fond de son placard, bien au chaud, prêtes à l’emploi, et c’aurait été terrible si la boue les avait sauvagement attaquées, comme ces vulgaires chaussures, déjà bien trop ternies à son goût. Ses sourcils se froncèrent : même d’aussi loin, la sonnerie stridente ne lui échappait pas. Plus que trois minutes avant le début du cours. Enfin, le bâtiment apparut, le blanc du crépi accentué par la brume matinale. La porte de la salle 112 était déjà fermée mais tandis qu’elle arrivait, un groupe de retardataires apparut aussi à la porte. En entrant, un vague « Désolés pour le retard » flotta mais M. Histoire plongé dans sa recherche quotidienne de la fiche d’appel n’y prit pas garde. « Ahah ! fit-il tout à coup en sortant le carnet de sa sacoche. Stanislas B. ?  (Sa voix suraiguë accentuait plus que de nécessaire les dernières syllabes…

– Oui.
– Jérémie C… ?
– Présent.
– Amélie D… ?
– Oui, répondit la jeune fille qui tentait vainement de retirer la boue de son sac noir.
– Julien D… ?
– Présent m’sieur!

L’appel continua ainsi plusieurs minutes. M. Histoire se leva finalement et mit la fiche d’appel à la porte. « Hier, nous étudiiiiiiions la population paysaaaanne au temps du règne de Charles IX, booooooon ; prenez vos manuels d’histoââââre, aucun oubli j’espèèèèère ? Sa voix prit des aigus épouvantables : « Vous connaissez le tarif, hein ? Deux heures de colle par élève. » Un silence sarcastique accompagna ces paroles répétées comme un rituel, chacun se concentrant pour ne pas rire tant la scène était comique : les longs doigts du professeur pianotaient frénétiquement sur un tas de copies éparpillées, son crâne luisant était encore garni de quelques cheveux qui voletaient, tout son corps semblait animé de tics nerveux (un ébrouement à la façon des chevaux mais sans émettre le moindre son). Outre son nez pointu et ses problèmes capillaires, il portait un nom impossible à retenir, quelque chose comme… (bref…) « Bon, alors, manuel page 171 ! ». On ne peut pas dire qu’Amélie s’ennuyait, mais elle était plongée dans ses pensées, rêvant de SA soirée, celle qu’elle attendait depuis … humm, au moins sept mois. Elle passa donc les heures de cours de la matinée à rêver d’Eux, et de Leur concert du soir.  
À l’heure du déjeuner, elle sortit du lycée avec sa bécane et rentra en quatrième vitesse chez elle : il fallait qu’elle se douche absolument ce midi, pour avoir le temps de mettre ses dreadlocks après les cours.  À une heure et demie, et pour la deuxième fois de la journée, Amélie partit en retard et pesta tout le long du chemin -le long de la piste d’athlétisme, le seul garanti sans boue- contre son chat : « Makkura ta gourmandise va m’attirer des ennuis ! » Le chat n’avait cessé de gratter à sa porte pour réclamer à manger, ce qu’elle lui avait finalement accordé, la mettant en retard. L’effet soporifique du cours de bio quitta instantanément la jeune fille quand la sonnerie retentit : contre son habitude, elle fut la première à sortir de la salle, dévala les escaliers, fonça au « garage à vélos » -rempli en majorité absolue par des scooters- sauta sur sa bécane, et fit vrombir le moteur jusqu’à son hangar, la séance de préparation allait enfin commencer !
Ses cheveux encore humides de la douche du midi -remouillés par le crachin automnal- lui facilitèrent la pose de ses dreadlocks, des tresses synthétiques noires et rouge-bordeaux aux extrémités. Elle cerna ses yeux et teinta ses lèvres en noir, puis finalement ajouta une nouveauté due à l’importance de l’événement : des lentilles ambrées ; dernier achat en date de sa virée à Paris avec Adrian, son « Chéri ». Dans le miroir, elle se dit que cela lui allait bien : le carmin de ses lentilles faisant ressortir la pâleur de sa peau, et ses boucles brunes flottaient en harmonie avec les dreadlocks. Elle ouvrit son placard, et commença par mettre son collant noir et son sous-pull rayé noir et rouge, des mêmes teintes que ses cheveux. La sonnerie de l’interphone retentit. Amélie descendit l’escalier à toute vitesse et décrocha :

– C’est moi, dit-il de sa voix au timbre si doux, tu es prête ?
– Non pas tout à fait, je t’ouvre.

En remontant dans sa chambre, Amélie mit ses bijoux : deux petits anneaux noirs à chaque oreille et le collier habituel gothique à pointes en argent. Adrian entra, le son de ses talons répercuté dans toute la maison. « Tu t’es pris de nouvelles New Rock ? demanda-t-elle de sa chambre. « Oui » répondit-il en montant les escaliers. Amélie enfila sa jupe à motif écossais du même coloris que ses cheveux et ses dreads, mit son petit gilet qui lui allait si bien : légèrement décolleté, avec un tissu assez brillant, une capuche terminée par une étoile, et surtout, dans le dos : le logo et le nom du groupe qu’ils allaient voir ce soir brodés en lettres blanches. Son Chéri entra dans la chambre : toujours très grand -mais il trichait avec ses bottes- les cheveux bruns longs jusqu’au bassin, un nez un peu pointu et des yeux d’ordinaire gris qui, pour l’événement avaient pris la même teinte ambrée que les siens

– Ouah! Tu as encore grandi ! s’exclama Amélie en lui sautant dans les bras. Il l’attrapa en lui rendant son étreinte.
– Toi tu n’as pas bien grandi, mais tu t’es drôlement bien fringuée ! Tu as perdu du poids ? Il me semblait que tu… Enfin, ta taille est plus fine, non ?
– Et voilà, qu’est-ce que je te disais ? Tu vois que tu ne viens pas assez me voir, tu ne te rappelles même plus à quel point je suis belle ! » lança Amélie, un sourire ironique au coin des lèvres.
Il la reposa et Amélie se regarda un dernier instant dans la glace, puis d’un air satisfait elle ferma sa porte descendit les escaliers, ses bottes et sa sacoche à la main..
« Montre-moi tes nouvelles New-Rock » demanda la jeune fille en se tournant vers lui.
Adrian souleva son long manteau noir à boutons argent et elle les détailla : boucles en argent -le même que celui des boutons- pas très hautes, semelles plates, sans lacets, bref c’était pas son style, mais pour Adrian, ça lui collait à la peau.
« On est parti ! » s’écria Amélie une fois ses bottes et ses gants enfilés.
 -Ton père travaille ? Tu l’as bien prévenu ? Je ne veux plus avoir de problèmes avec lui.
– Oui..
– Sûr ?
– Complètement sûre et certaine. L’interrogatoire est terminé, on peut y aller ? Amélie s’impatientait, une main sur la poignée, et attendait qu’Adrian daigne sortir.
– D’accord, c’est parti ! s’exclama-t-il tout à coup plus joyeux.

La porte fermée, Amélie descendit les marches du perron au bras d’Adrian. Il sortit les clefs de sa poche et mit le contact.
Le trajet se déroula sans encombre, la circulation du périphérique était fluide. Ils arrivèrent place Clichy aux environs de 19 heures. Amélie commençait déjà à s’exciter en charlotte_1.1260378745.jpgsifflotant les airs de ses musiques préférées. Le temps de garer la moto et le couple se promenait le long de la rue XXXXXXXX en croisant nombre de personnes vêtues dans le même style qu’eux et quelques passants presque effrayés croyant à l’invasion vampirique, démoniaque, ou quelque chose du même type !
Repas habituel à l’Ante-Concert, un vulgaire fast-food ayant pour seul intérêt d’avoir des toilettes gratuites et un service rapide. Vers vingt heures, ils se dirigèrent vers les portes d’entrée de La Locomotive, près du fameux Moulin-Rouge. Ils donnèrent leur ticket au videur et entrèrent dans l’atmosphère glauque et enfumée de la salle qu’Amélie aimait tant. À gauche du « central » se trouvait un bar immense, à droite une grande affiche annonçait le programme de la soirée :

DOPE STARS INC : 21h00-21h30
LACRIMAS FUNDERE : 22h00-22h45
DIARY OF DREAMS : 23h00-00h00
DEATHSTARS : 00h30-01h30

Des vendeurs proposaient toutes sortes de produits dérivés à l’effigie des groupes ; ils s’installèrent ensemble sur des fauteuils placés à l’étage surplombant la grande scène. Adrian alluma une cigarette.

« Tu en veux ? proposa-t-il à Amélie.
– C’est quoi exactement ?
– Une clope…

La soirée se déroula lentement, Amélie devenait de plus en plus excitée à l’approche de la dernière partie de soirée, son groupe préféré à l’affiche !
« Calme-toi », répétait Adrian. « Mais je suis très calme ! » Au comptoir, Amélie partit dans un long monologue : « C’est tout de même la deuxième fois qu’on va les voir, et je suis toujours autant…, tu comprends quoi ! Depuis que je rêve de retourner à La Loco ! Les membres de Deathstars sont pour moi de véritables icônes, des modèles, mais pas à imiter, juste, des gens qui créent du pur son, enfin tu comprends quoi ? Ne laissant pas le temps à Adrian de répondre, elle poursuivit : C’est fou tout de même de les voir en vrai alors qu’ils ont fait tout un tas de choses : des clips-vidéos, ils ont un MySpace, ils fréquentent des tas de groupes internationaux comme Cradle ; j’ai pas l’impression que l’on vit dans la même dimension, tu vois ? » Oui, la jeune fille ne vivait plus que pour cela…
Ils descendirent les escaliers, et se posèrent sur la rambarde en fer qui formait le tour de la fosse. Et voilà, ça allait commencer dans moins d’une demi-heure, Amélie était au comble de l’excitation : ses pommettes en rougissaient, elle regardait fébrilement sa montre et jetait de longs regards noirs à la scène immanquablement vide.
Quand enfin le ballet des techniciens du son s’arrêta, Amélie se leva en sursaut et vint se placer au second rang, devant Adrian, derrière la scène, de telle façon qu’elle pouvait la toucher, avec juste assez d’angle pour bien les voir. Le fond sonore fit place au thème du titre principal de leur dernier album : un solo de basse et de batterie au rythme entraînant. Devant Amélie, les deux hystériques se déchaînaient comme la plupart des autres aux premiers rangs lançant des cris suraigus ou frappant dans leurs mains ; la jeune fille se hâta de mettre ses boules Kies tandis que le premier guitariste entra sur scène bientôt suivit du second -un grand et mince à la coiffure plutôt impressionnante- puis le batteur qui testa sa grosse caisse, effet qui doubla les hurlements hystériques auxquels Amélie se joignit lorsque le bassiste, à la forme de visage si particulière et tellement attirante, vint saluer la foule en délire.
Le fond sonore s’arrêta et les spots de lumière tournèrent. Des flashs illuminèrent les visages des musiciens. La foule en délire se déchaîna avec l’arrivée en trombe du chanteur, ses cheveux mi-longs ondulant en cadence. Voilà, c’était parti pour une heure de bonheur total, une heure pendant laquelle Amélie ne penserait plus qu’à Eux, où ses soucis de vie quotidienne allaient s’estomper, pour laisser place à Leur show.

___________

Fin du voyage

Un mal de tête à lui briser les tempes. Un mauvais goût dans la bouche accompagné d’une envie de vomir. Depuis qu’elle y avait goûté, le reste n’avait plus qu’une valeur dérisoire et sa vie était devenue tellement fade, aussi triste qu’un rendez-vous d’amour manqué… Amélie se retourna, le réveil indiquait quinze heures. Elle s’assit, la tête lui tournait : cela faisait une éternité qu’elle n’avait rien avalé. Elle prit un briquet sur la table : elle fumerait les quelques feuilles qui restaient. Des volutes de fumée envahirent rapidement la chambre d’hôtel. Les nausées reprirent alors qu’elle tentait de resserrer la ceinture de sa jupe à motif écossais, sans résultat, tant elle avait maigri. Skinny vint l’aider.
Après avoir fixé la ceinture sur le dernier cran, il la prit par les épaules puis ils sortirent tous deux de la chambre. À l’extérieur l’air parisien était glacial. Sur le Boulevard de Clichy, Amélie frissonnait tant que Skinny lui fit enfiler sa veste. Ils marchèrent quelques minutes et entrèrent à leur café habituel dans lequel flottait une odeur de peinture fraîche. À une table reculée par rapport aux autres, Amélie reconnut la silhouette élancée d’un jeune homme à la coiffure impressionnante, ses cheveux d’un noir de jais lui donnaient un air de poussin ébouriffé. Mais il ne fit pas attention à elle.
À droite de celui-ci, un type aux cheveux mi-longs, surnommé Whip, titubait en buvant un alcool… Le portable d’Amélie se mit à sonner tandis que le serveur leur apportait la commande. C’était son père, mais elle ne pouvait pas répondre : non, cela faisait trop longtemps, et puis elle n’aurait pas su quoi lui dire : c’était la fin du voyage de toute façon. Amélie voulut sourire à Skinny, qui lui posa une main sur la nuque et commença à jouer avec ses cheveux. La jeune fille chercha du regard d’où venait l’odeur de peinture, un ouvrier en bleu de travail lui avait échappé lorsqu’ils étaient entrés : il se trouvait en face d’eux, à l’autre bout de la pièce, il repeignait les lettres rouges « issue de secours ».
Amélie voulut reprendre une gorgée d’alcool, mais le liquide lui dégoulina sur le menton. Skinny lui passa son bras autour de la taille et elle posa sa tête sur son épaule. Son téléphone sonna à nouveau. Elle l’éteignit, et reposa sa tête sur l’épaule de Skinny, les yeux perdus dans le vague, très loin, fixant les gestes de l’ouvrier sans le voir.

FIN

charlotte_2.1260375905.jpg

© Charlotte B. (Lycée en Forêt, Montargis, France. Décembre 2009).
Creative Commons License
 
“Dernier voyage : sous-sol du vague à l’âme” par Charlotte B. Ce texte est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique sur un autre support n’est autorisée qu’après accord de l’auteure.

Les élèves ont du talent… Lire en ligne : « Rose d’hiver, Souffle du vent, Etoile Jaune » par Deborah S.

« Et si c’était un jour leur premier roman? »

Tel pourrait être le titre de cette nouvelle rubrique proposée par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7… Au départ, un exercice tout à fait « classique » : rédiger le début et la fin d’un roman… Les élèves les plus assidus à la tâche se sont pleinement investis dans ce challenge : travaillant et retravaillant les manuscrits, corrigeant la grammaire, revoyant la syntaxe, précisant le lexique et surtout s’attelant à la grande question du « style », afin de proposer la première ébauche de ce qui pourrait bien devenir un jour leur « roman ». L’Espace Pédagogique Contributif est fier de vous proposer la lecture de ces textes tous inédits. Même s’il s’agit des premières pages et des dernières pages d’un possible livre, les manuscrits peuvent se lire comme une nouvelle…
Bonne lecture !
                  
            
Découvrez le manuscrit…

« Rose d’hiver, souffle du vent, étoile jaune »

             

par Deborah S. (Seconde 18)

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Il était aux alentours de trois heures du matin —peut-être plus, peut-être moins— Je ne suis plus vraiment sûre de rien. Tout ce que je sais, c’est que la nuit était noire, comme toutes les nuits d’hiver de cette année 43. Le vent froid s’abattait dans un bruit aigu sur la petite fenêtre de la chambre, unique ouverture vers l’extérieur. La buée sur la vitre dessinait des auréoles blanches sur lesquelles on pouvait lire des prénoms écrits d’une écriture incertaine. Les lettres tantôt rondes, tantôt plus fines, s’assemblaient les unes avec les autres. Dehors, il neigeait. Je ne trouvais plus le sommeil. J’observais la chambre de long en large. Je me disais que je ne reverrais jamais tous ces visages qui pourtant m’étaient familiers. Nous étions six dans cette petite pièce : six jeunes filles cachées, pour l’unique raison qu’Ils les enverraient dans les camps de la mort s’Ils les découvraient. J’ai toujours trouvé cette appellation « camps de le mort » bien vague. Qu’était-ce au juste ? Personne ici n’en savait rien. Mais nous en avions toutes peur. Une peur, ou plutôt devrais-je dire une angoisse, une terrible, une oppressante angoisse : le genre de sentiment qu’on ne ressent qu’une fois tellement sa force vous détruit de l’intérieur. Maman avait été emmenée là-bas. On ne l’avait plus jamais revue…

Ma sœur jumelle dormait paisiblement dans son lit aux couvertures trop fines. Elle tremblait de froid. Son gilet brodé d’une étoile jaune était posé sur la chaise, face à l’armoire. Je n’avais pas compris tout de suite la signification de cette étoile lorsque maman l’avait cousue. « C’est important » répétait-elle sans cesse, comme pour se persuader elle-même qu’elle faisait le bon choix. Mais aujourd’hui, ma sœur et moi savions que maman avait eu tort. Ce n’était pas le bon choix que de se livrer sans mener aucun combat. J’acceptais de perdre. Mais je n’acceptais pas de ne pas jouer. Et au point où on était, la vie c’était un jeu, non ? Il fallait miser, faire des choix, anticiper, attendre, observer. Perdre. Gagner. On en apprenait la règle à ses dépends : Les règles de la vie.

Les minutes passaient. Et plus les minutes passaient, plus je mourrais d’envie de déchirer cette étoile.  Cette étoile sur laquelle étaient écrites les lettres R et O, initiales de ma sœur. Cette étoile qui faisait de nous des étrangères à notre pays. Alors que nous étions nées ici ! Nous étions Françaises bon sang ! Nous étions sûrement plus françaises que le chef du Gouvernement français lui-même ! Je décidais alors de mettre mon envie à exécution. Je me levai d’un bond sans faire de bruit. Je saisis la veste de Rose, et arracha une à une toute les coutures qui maintenaient encore le bout de tissu sur la veste noire. Je me saisis de la petite étoile jaune. Il fallait m’en débarrasser. Ne plus jamais revoir d’étoiles. Je ne voulais plus d’étoiles. J’avais trop vu d’étoiles. Ce sentiment d’oppression me poussa alors à ouvrir la fenêtre dans un sourd fracas qui réveilla ma sœur. 

« Que fais tu donc ? » demanda-t-elle à peine réveillée. Ses cheveux lui tombaient dans les yeux ce qui lui donnait cet air comique qui avait provoqué la plupart de nos fous-rires. Mais cette nuit, l’heure n’était pas à la rigolade.

– Je… Je me débarrasse de ce qui ne devrait pas exister. Lâchais-je enfin, en jetant l’étoile au loin, dans la rue.

– De ce qui ne devrait pas exister?

– Je vais coudre une rose d’hiver à la place. On ne verra pas qu’il y a des fils arrachés ne t’inquiète pas.

Ce soir là, je pris la plus grande décision de ma vie. Une décision qui pourrait nous faire vivre toutes les deux, ou bien nous faire mourir. Pensive, je regardais la petite étoile jaune se faire ensevelir par la neige. Etait-ce le bon choix ? Qu’importe. Rose et moi allions partir ce soir.  Avec nos baluchons et nos grandes bottes, sur les routes de la vie. Rose s’empara d’une couverture qu’elle enfila par-dessus sa robe déchirée. Je me coiffais d’un bonnet en laine. La première partie de mon « plan » d’évasion consistait à sortir de l’internat sans nous faire prendre (ce qui n’était pas une mince affaire puisque la vielle concierge, plus communément nommée « la vielle Dewick » avait l’ouïe aussi affûtée et le regard aussi perçant qu’un hiboux). Nous traversâmes le long corridor jusqu’à la porte d’entrée de l’internat. Je savais où étaient cachées les clefs. J’avais vu la deborah_s_2.1289731316.jpgvieille Dewick, les ranger dans la boîte à lettres. Je fourrais ma main dans la grande boîte en acier. Je cherchais à tâtons une clef, un bout de métal. Mais rien. La boîte était vide. Affolée, j’appelais ma sœur pour qu’elle vienne à mon aide.

« Rose ! Rose ! Viens voir vite, j’ai un problème !

– Qu’y a-t-il? Demanda-t-elle d’un naturel surprenant. Comme si elle n’était pas en train de commettre une infraction.

– Chuuuut! Parle moins fort, la vielle Dewick va nous entendre! J’ai un problème, viens voir ! Je fis signe à ma sœur d’approcher. La petite brune aux cheveux bouclés marcha sur la pointe des pieds jusqu’à moi, et leva un sourcil comme pour dire : « Cela m’aurait étonné qu’on s’en sorte sans rencontrer aucune difficulté! »

– Quoi? Qu’est-ce qu’il y a ?

– Eh bien… Je ne trouve pas les clefs ! Mon cœur battait de plus en plus fort dans ma poitrine. Je regardais l’horloge : elle indiquait 3h45 du matin. Dans 2h et 15 minutes, tout l’étage serait éveillé. Il nous fallait partir vite !

– Les clefs? Mais c’est moi qui les ai les clefs! Tu m’avais dit de les prendre hier soir au cas où! Un large sourire s’afficha sur le visage de Rose. En temps normal, je lui aurais dit d’effacer son sourire de tête à claques. Mais ce soir, tout était différent : « Tu es fabuleuse petite sœur! Fabuleuse! Et dire que tu es la plus jeune et que c’est grâce à toi qu’on s’en sort! Dans les romans, ce n’est jamais comme ça »…

Rose et moi arrivions au pas de la porte d’entrée de l’internat. Le tout était de ne pas la faire grincer. Sinon, tous nos efforts n’auraient servi à rien, et la vielle Dewick nous ferait remonter dans notre chambre en nous tirant les oreilles, et pire peut-être à cause des clés volées. Je fus soudain prise d’une idée lumineuse. Je dis à ma sœur de sortir du shampoing de son sac. Elle me regarda avec un regard assez significatif qui voulait dire « Tu deviens folle ma pauvre ». Mais elle s’exécuta. J’appliquai avec soin un zeste de shampoing sur les gonds de la vielle porte rouillée. Je fis tourner la clef dans la serrure, et appuyai sur la clenche. Comme par magie, la porte s’ouvrit sans aucun bruit sur la rue. Ma sœur et moi n’osions sortir, profitant du dernier instant dans cet internat que nous ne reverrions jamais. Le spectacle était mélancolique. La neige tombait toujours sur les pavés de la route. Les roses du voisin fanaient, comme pour nous dire Adieu ! Le chant du vent d’hiver faisait tournoyer les dernières feuilles que l’automne avait oubliées. Tous les volets alentour étaient clos sur les fenêtres de ces maisons où des gens dormaient, rêvaient. Rêvaient peut-être à un monde meilleur. Il était temps de changer de vie. De toute façon, avait-on le choix ?

Nous marchions en direction du Sud. Si nous arrivions jusqu’à Niort, notre tante pourrait sûrement nous aider…

…………………………………………………..

Quelques années et beaucoup de larmes plus tard…

Je marchais toujours dans Paris. Le soleil tapait fort, inondant les rues, les bâtiments et les places de sa chaleur. J’étais arrivée dans la ruelle que je cherchais. Elle avait bien vieilli, depuis l’année 43, cette ruelle ouverte sur le quartier des Orangeries. Je reconnaissais les maisons qui défilaient devant mes yeux. Les appartements aux portes vertes, l’ancienne boulangerie, La tannerie de Monsieur Erdert. Il n’y avait plus aux fenêtres les roses blanches, ses préférées, celles qui s’accordaient si bien avec l’hiver. Celles qu’il nommait : « Les faiseuses de neige ». On pouvait toujours deviner le Jardin de Mademoiselle Pins, qui avait été changé en immeuble. Certains bâtiments étaient neufs et reconstruits dans l’après-guerre. Et l’odeur d’orange avait disparu avec le temps. Le temps qui emporte tout, le temps qui passe, et qu’on ne voit pas. Le temps qui ne laisse sur nous que quelques rides, quelques souvenirs gris, presque effacés. Le temps qui court, de plus en plus vite, ne s’arrêtant que quand vient la fin.

deborah_s_4.1289731448.jpgJe partis en quête du numéro 45. Je cherchais, demandant aux passants « L’internat de jeunes filles ». Mais les réponses n’étaient que négatives. Plus personne ne connaissait l’internat. Dans un soupir de lassitude immense, je m’assis sur le trottoir. « Emma… Tu croyais vraiment qu’en revenant ici tu retrouverais l’internat intact ? Qu’imaginais tu enfin ? Tu vois bien qu’il n’y a plus rien. Il a dû être remplacé par une de ces tours en béton immonde depuis bien longtemps… » Me parler à moi-même me faisais du bien. Cela me confortait dans l’idée que je n’étais qu’une pauvre folle, ce que ma sœur avait toujours dit. Et ma sœur, avait toujours raison. Quinze années que je ne sais pas ce qu’elle est devenue. Morte ? Mariée ? Mère ? Commerçante ? Ouvrière ? Peut-être a-t-elle eu cette vie que je désire tant et que pourtant, je n’ai jamais eue. Je ne me décourageais pas. Il fallait que je la retrouve.

Et tout à coup, le numéro 45. Il m’avait suffi de lever la tête pour l’apercevoir. Il était sous mes yeux depuis tout à l’heure. Une vielle bâtisse de plus d’une dizaine d’étages me faisait face. Il était là, l’internat de jeunes filles. Celui que nous avions quitté Rose et moi. Il se tenait devant mes yeux et semblait me dire « Tiens ! Te revoilà toi ! Tu n’as pas changé petite » Les volets aux fenêtres étaient semblables à ceux que j’avais connus. La façade en revanche, avait été repeinte récemment, il n’y avait aucune tâche. Je toquais à la porte lentement. Et si ce n’était plus un internat ? Et si je m’étais trompée ? Tant pis. Maman disait toujours : «  Il faut savoir ce que l’on veut dans la vie. ». Enfin, une dame âgée ouvrit la porte rouillée qui grinçait affreusement. C’est certain, je ne me trompais pas, c’était bien là !

– Oui ? Demanda la vielle dame.

– Hmm… Bonjour! Lançais-je sur un ton peu assuré. Je suis Emma Ornell, j’étais logée dans cet internat pendant la guerre. Je voudrais savoir si une jeune femme du nom de Rose, se serait présentée ici.

– Rose? Demanda la dame d’une voix grinçante. L’internat? Continua-t-elle. La guerre? Elle prit une voix grave et fronça les sourcils. Sa peau ridée était si blanche que j’aurais juré qu’elle n’avait pas vu le soleil depuis plusieurs années.

– Oui, Rose Ornell, c’est ma sœur, ma sœur jumelle. Elle me ressemble vous voyez, elle porte les cheveux un peu plus courts que les miens et… Mais je me rendis compte au même moment que la dame était aveugle. J’arrêtai immédiatement mon discours. Elle me fit signe d’entrer en esquissant un léger sourire.

L’intérieur, sentait le renfermé. La tapisserie brodée aux murs était identique à celle que j’avais connu. En fait… Tout était identique. Rien dans cette maison n’avait changé. Pas même les meubles, ni les photos aux murs, celles des différentes chambres de l’internat, ainsi que leurs occupantes. Sur la photographie de ma chambre, je retrouvais toutes mes anciennes amies, ainsi que ma sœur. Sur la droite, se dessinait la silhouette de la vielle Dewick. La vielle Dewick ? Je tournais soudain mon regard sur la femme qui m’avait fait entrer. Elle soupira en s’asseyant dans le fauteuil vert.

– Emma… Soupira-t-elle.Tu as bien changé depuis tout ce temps…

C’est alors que je réalisai : la vielle dame qui se tenait devant moi c’était elle : La vielle Dewick. Celle qui nous avait couru après dans la ruelle, celle qui nous avait fait nettoyer les chambres. Celle qui nous avait élevées et qui nous mettait des coups de règle sur les doigts pour que l’on finisse notre soupe. C’était elle.

« Regarde ce qu’ils ont fait de moi Emma »

Il a suffit de cette phrase. Il a suffit de cette  parole, pour que je comprenne tout. Cette femme, qu’à l’époque je détestais, à présent, je l’admirais. Elle m’amena jusqu’à une petite boîte. Une boîte de ferraille, assez menue. De laquelle elle sortit un étoile jaune. Sur la face arrière étaient inscrites les lettres R O.

– Je l’ai trouvée dans la neige, le matin de votre départ. Je vous ai cherchées dans la ville, mais rien. Je n’ai retrouvé que cette étoile qui appartenait à Rose. Le lendemain, ils sont venus, ils sont rentrés, et m’ont attachée. Ils ont emmené les autres filles, jusqu’au fourgon. » C’est depuis ce jour que Dewick était aveugle.

Elle ne revit jamais Rose. Elle m’expliqua qu’elle avait reçu un rapport de mairie l’année de la Libération qui recensait le nom des jeunes filles de l’internat tuées dans les camps. Elle me le tendit, et je lus très lentement les noms à haute voix : «  Marie Tourbert, Jeanne Chasseley, Amélie Moreaux, Émilie Françoisine… » Je m’arrêtai de lire. Mes yeux s’emplirent de larmes : « Rose Ornell ».

 

© Deborah S. (Lycée en Forêt, Montargis, France. Décembre 2009).

Creative Commons License

“Rose d’hiver, souffle du vent, étoile jaune” par Deborah S. Ce texte est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique sur un autre support n’est autorisée qu’après accord de l’auteure.

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Les élèves ont du talent… Lire en ligne : "Rose d'hiver, Souffle du vent, Etoile Jaune" par Deborah S.

« Et si c’était un jour leur premier roman? »

Tel pourrait être le titre de cette nouvelle rubrique proposée par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7… Au départ, un exercice tout à fait « classique » : rédiger le début et la fin d’un roman… Les élèves les plus assidus à la tâche se sont pleinement investis dans ce challenge : travaillant et retravaillant les manuscrits, corrigeant la grammaire, revoyant la syntaxe, précisant le lexique et surtout s’attelant à la grande question du « style », afin de proposer la première ébauche de ce qui pourrait bien devenir un jour leur « roman ». L’Espace Pédagogique Contributif est fier de vous proposer la lecture de ces textes tous inédits. Même s’il s’agit des premières pages et des dernières pages d’un possible livre, les manuscrits peuvent se lire comme une nouvelle…
Bonne lecture !
                  
            
Découvrez le manuscrit…

« Rose d’hiver, souffle du vent, étoile jaune »

             

par Deborah S. (Seconde 18)

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Il était aux alentours de trois heures du matin —peut-être plus, peut-être moins— Je ne suis plus vraiment sûre de rien. Tout ce que je sais, c’est que la nuit était noire, comme toutes les nuits d’hiver de cette année 43. Le vent froid s’abattait dans un bruit aigu sur la petite fenêtre de la chambre, unique ouverture vers l’extérieur. La buée sur la vitre dessinait des auréoles blanches sur lesquelles on pouvait lire des prénoms écrits d’une écriture incertaine. Les lettres tantôt rondes, tantôt plus fines, s’assemblaient les unes avec les autres. Dehors, il neigeait. Je ne trouvais plus le sommeil. J’observais la chambre de long en large. Je me disais que je ne reverrais jamais tous ces visages qui pourtant m’étaient familiers. Nous étions six dans cette petite pièce : six jeunes filles cachées, pour l’unique raison qu’Ils les enverraient dans les camps de la mort s’Ils les découvraient. J’ai toujours trouvé cette appellation « camps de le mort » bien vague. Qu’était-ce au juste ? Personne ici n’en savait rien. Mais nous en avions toutes peur. Une peur, ou plutôt devrais-je dire une angoisse, une terrible, une oppressante angoisse : le genre de sentiment qu’on ne ressent qu’une fois tellement sa force vous détruit de l’intérieur. Maman avait été emmenée là-bas. On ne l’avait plus jamais revue…

Ma sœur jumelle dormait paisiblement dans son lit aux couvertures trop fines. Elle tremblait de froid. Son gilet brodé d’une étoile jaune était posé sur la chaise, face à l’armoire. Je n’avais pas compris tout de suite la signification de cette étoile lorsque maman l’avait cousue. « C’est important » répétait-elle sans cesse, comme pour se persuader elle-même qu’elle faisait le bon choix. Mais aujourd’hui, ma sœur et moi savions que maman avait eu tort. Ce n’était pas le bon choix que de se livrer sans mener aucun combat. J’acceptais de perdre. Mais je n’acceptais pas de ne pas jouer. Et au point où on était, la vie c’était un jeu, non ? Il fallait miser, faire des choix, anticiper, attendre, observer. Perdre. Gagner. On en apprenait la règle à ses dépends : Les règles de la vie.

Les minutes passaient. Et plus les minutes passaient, plus je mourrais d’envie de déchirer cette étoile.  Cette étoile sur laquelle étaient écrites les lettres R et O, initiales de ma sœur. Cette étoile qui faisait de nous des étrangères à notre pays. Alors que nous étions nées ici ! Nous étions Françaises bon sang ! Nous étions sûrement plus françaises que le chef du Gouvernement français lui-même ! Je décidais alors de mettre mon envie à exécution. Je me levai d’un bond sans faire de bruit. Je saisis la veste de Rose, et arracha une à une toute les coutures qui maintenaient encore le bout de tissu sur la veste noire. Je me saisis de la petite étoile jaune. Il fallait m’en débarrasser. Ne plus jamais revoir d’étoiles. Je ne voulais plus d’étoiles. J’avais trop vu d’étoiles. Ce sentiment d’oppression me poussa alors à ouvrir la fenêtre dans un sourd fracas qui réveilla ma sœur. 

« Que fais tu donc ? » demanda-t-elle à peine réveillée. Ses cheveux lui tombaient dans les yeux ce qui lui donnait cet air comique qui avait provoqué la plupart de nos fous-rires. Mais cette nuit, l’heure n’était pas à la rigolade.

– Je… Je me débarrasse de ce qui ne devrait pas exister. Lâchais-je enfin, en jetant l’étoile au loin, dans la rue.

– De ce qui ne devrait pas exister?

– Je vais coudre une rose d’hiver à la place. On ne verra pas qu’il y a des fils arrachés ne t’inquiète pas.

Ce soir là, je pris la plus grande décision de ma vie. Une décision qui pourrait nous faire vivre toutes les deux, ou bien nous faire mourir. Pensive, je regardais la petite étoile jaune se faire ensevelir par la neige. Etait-ce le bon choix ? Qu’importe. Rose et moi allions partir ce soir.  Avec nos baluchons et nos grandes bottes, sur les routes de la vie. Rose s’empara d’une couverture qu’elle enfila par-dessus sa robe déchirée. Je me coiffais d’un bonnet en laine. La première partie de mon « plan » d’évasion consistait à sortir de l’internat sans nous faire prendre (ce qui n’était pas une mince affaire puisque la vielle concierge, plus communément nommée « la vielle Dewick » avait l’ouïe aussi affûtée et le regard aussi perçant qu’un hiboux). Nous traversâmes le long corridor jusqu’à la porte d’entrée de l’internat. Je savais où étaient cachées les clefs. J’avais vu la deborah_s_2.1289731316.jpgvieille Dewick, les ranger dans la boîte à lettres. Je fourrais ma main dans la grande boîte en acier. Je cherchais à tâtons une clef, un bout de métal. Mais rien. La boîte était vide. Affolée, j’appelais ma sœur pour qu’elle vienne à mon aide.

« Rose ! Rose ! Viens voir vite, j’ai un problème !

– Qu’y a-t-il? Demanda-t-elle d’un naturel surprenant. Comme si elle n’était pas en train de commettre une infraction.

– Chuuuut! Parle moins fort, la vielle Dewick va nous entendre! J’ai un problème, viens voir ! Je fis signe à ma sœur d’approcher. La petite brune aux cheveux bouclés marcha sur la pointe des pieds jusqu’à moi, et leva un sourcil comme pour dire : « Cela m’aurait étonné qu’on s’en sorte sans rencontrer aucune difficulté! »

– Quoi? Qu’est-ce qu’il y a ?

– Eh bien… Je ne trouve pas les clefs ! Mon cœur battait de plus en plus fort dans ma poitrine. Je regardais l’horloge : elle indiquait 3h45 du matin. Dans 2h et 15 minutes, tout l’étage serait éveillé. Il nous fallait partir vite !

– Les clefs? Mais c’est moi qui les ai les clefs! Tu m’avais dit de les prendre hier soir au cas où! Un large sourire s’afficha sur le visage de Rose. En temps normal, je lui aurais dit d’effacer son sourire de tête à claques. Mais ce soir, tout était différent : « Tu es fabuleuse petite sœur! Fabuleuse! Et dire que tu es la plus jeune et que c’est grâce à toi qu’on s’en sort! Dans les romans, ce n’est jamais comme ça »…

Rose et moi arrivions au pas de la porte d’entrée de l’internat. Le tout était de ne pas la faire grincer. Sinon, tous nos efforts n’auraient servi à rien, et la vielle Dewick nous ferait remonter dans notre chambre en nous tirant les oreilles, et pire peut-être à cause des clés volées. Je fus soudain prise d’une idée lumineuse. Je dis à ma sœur de sortir du shampoing de son sac. Elle me regarda avec un regard assez significatif qui voulait dire « Tu deviens folle ma pauvre ». Mais elle s’exécuta. J’appliquai avec soin un zeste de shampoing sur les gonds de la vielle porte rouillée. Je fis tourner la clef dans la serrure, et appuyai sur la clenche. Comme par magie, la porte s’ouvrit sans aucun bruit sur la rue. Ma sœur et moi n’osions sortir, profitant du dernier instant dans cet internat que nous ne reverrions jamais. Le spectacle était mélancolique. La neige tombait toujours sur les pavés de la route. Les roses du voisin fanaient, comme pour nous dire Adieu ! Le chant du vent d’hiver faisait tournoyer les dernières feuilles que l’automne avait oubliées. Tous les volets alentour étaient clos sur les fenêtres de ces maisons où des gens dormaient, rêvaient. Rêvaient peut-être à un monde meilleur. Il était temps de changer de vie. De toute façon, avait-on le choix ?

Nous marchions en direction du Sud. Si nous arrivions jusqu’à Niort, notre tante pourrait sûrement nous aider…

…………………………………………………..

Quelques années et beaucoup de larmes plus tard…

Je marchais toujours dans Paris. Le soleil tapait fort, inondant les rues, les bâtiments et les places de sa chaleur. J’étais arrivée dans la ruelle que je cherchais. Elle avait bien vieilli, depuis l’année 43, cette ruelle ouverte sur le quartier des Orangeries. Je reconnaissais les maisons qui défilaient devant mes yeux. Les appartements aux portes vertes, l’ancienne boulangerie, La tannerie de Monsieur Erdert. Il n’y avait plus aux fenêtres les roses blanches, ses préférées, celles qui s’accordaient si bien avec l’hiver. Celles qu’il nommait : « Les faiseuses de neige ». On pouvait toujours deviner le Jardin de Mademoiselle Pins, qui avait été changé en immeuble. Certains bâtiments étaient neufs et reconstruits dans l’après-guerre. Et l’odeur d’orange avait disparu avec le temps. Le temps qui emporte tout, le temps qui passe, et qu’on ne voit pas. Le temps qui ne laisse sur nous que quelques rides, quelques souvenirs gris, presque effacés. Le temps qui court, de plus en plus vite, ne s’arrêtant que quand vient la fin.

deborah_s_4.1289731448.jpgJe partis en quête du numéro 45. Je cherchais, demandant aux passants « L’internat de jeunes filles ». Mais les réponses n’étaient que négatives. Plus personne ne connaissait l’internat. Dans un soupir de lassitude immense, je m’assis sur le trottoir. « Emma… Tu croyais vraiment qu’en revenant ici tu retrouverais l’internat intact ? Qu’imaginais tu enfin ? Tu vois bien qu’il n’y a plus rien. Il a dû être remplacé par une de ces tours en béton immonde depuis bien longtemps… » Me parler à moi-même me faisais du bien. Cela me confortait dans l’idée que je n’étais qu’une pauvre folle, ce que ma sœur avait toujours dit. Et ma sœur, avait toujours raison. Quinze années que je ne sais pas ce qu’elle est devenue. Morte ? Mariée ? Mère ? Commerçante ? Ouvrière ? Peut-être a-t-elle eu cette vie que je désire tant et que pourtant, je n’ai jamais eue. Je ne me décourageais pas. Il fallait que je la retrouve.

Et tout à coup, le numéro 45. Il m’avait suffi de lever la tête pour l’apercevoir. Il était sous mes yeux depuis tout à l’heure. Une vielle bâtisse de plus d’une dizaine d’étages me faisait face. Il était là, l’internat de jeunes filles. Celui que nous avions quitté Rose et moi. Il se tenait devant mes yeux et semblait me dire « Tiens ! Te revoilà toi ! Tu n’as pas changé petite » Les volets aux fenêtres étaient semblables à ceux que j’avais connus. La façade en revanche, avait été repeinte récemment, il n’y avait aucune tâche. Je toquais à la porte lentement. Et si ce n’était plus un internat ? Et si je m’étais trompée ? Tant pis. Maman disait toujours : «  Il faut savoir ce que l’on veut dans la vie. ». Enfin, une dame âgée ouvrit la porte rouillée qui grinçait affreusement. C’est certain, je ne me trompais pas, c’était bien là !

– Oui ? Demanda la vielle dame.

– Hmm… Bonjour! Lançais-je sur un ton peu assuré. Je suis Emma Ornell, j’étais logée dans cet internat pendant la guerre. Je voudrais savoir si une jeune femme du nom de Rose, se serait présentée ici.

– Rose? Demanda la dame d’une voix grinçante. L’internat? Continua-t-elle. La guerre? Elle prit une voix grave et fronça les sourcils. Sa peau ridée était si blanche que j’aurais juré qu’elle n’avait pas vu le soleil depuis plusieurs années.

– Oui, Rose Ornell, c’est ma sœur, ma sœur jumelle. Elle me ressemble vous voyez, elle porte les cheveux un peu plus courts que les miens et… Mais je me rendis compte au même moment que la dame était aveugle. J’arrêtai immédiatement mon discours. Elle me fit signe d’entrer en esquissant un léger sourire.

L’intérieur, sentait le renfermé. La tapisserie brodée aux murs était identique à celle que j’avais connu. En fait… Tout était identique. Rien dans cette maison n’avait changé. Pas même les meubles, ni les photos aux murs, celles des différentes chambres de l’internat, ainsi que leurs occupantes. Sur la photographie de ma chambre, je retrouvais toutes mes anciennes amies, ainsi que ma sœur. Sur la droite, se dessinait la silhouette de la vielle Dewick. La vielle Dewick ? Je tournais soudain mon regard sur la femme qui m’avait fait entrer. Elle soupira en s’asseyant dans le fauteuil vert.

– Emma… Soupira-t-elle.Tu as bien changé depuis tout ce temps…

C’est alors que je réalisai : la vielle dame qui se tenait devant moi c’était elle : La vielle Dewick. Celle qui nous avait couru après dans la ruelle, celle qui nous avait fait nettoyer les chambres. Celle qui nous avait élevées et qui nous mettait des coups de règle sur les doigts pour que l’on finisse notre soupe. C’était elle.

« Regarde ce qu’ils ont fait de moi Emma »

Il a suffit de cette phrase. Il a suffit de cette  parole, pour que je comprenne tout. Cette femme, qu’à l’époque je détestais, à présent, je l’admirais. Elle m’amena jusqu’à une petite boîte. Une boîte de ferraille, assez menue. De laquelle elle sortit un étoile jaune. Sur la face arrière étaient inscrites les lettres R O.

– Je l’ai trouvée dans la neige, le matin de votre départ. Je vous ai cherchées dans la ville, mais rien. Je n’ai retrouvé que cette étoile qui appartenait à Rose. Le lendemain, ils sont venus, ils sont rentrés, et m’ont attachée. Ils ont emmené les autres filles, jusqu’au fourgon. » C’est depuis ce jour que Dewick était aveugle.

Elle ne revit jamais Rose. Elle m’expliqua qu’elle avait reçu un rapport de mairie l’année de la Libération qui recensait le nom des jeunes filles de l’internat tuées dans les camps. Elle me le tendit, et je lus très lentement les noms à haute voix : «  Marie Tourbert, Jeanne Chasseley, Amélie Moreaux, Émilie Françoisine… » Je m’arrêtai de lire. Mes yeux s’emplirent de larmes : « Rose Ornell ».

 

© Deborah S. (Lycée en Forêt, Montargis, France. Décembre 2009).

Creative Commons License

“Rose d’hiver, souffle du vent, étoile jaune” par Deborah S. Ce texte est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique sur un autre support n’est autorisée qu’après accord de l’auteure.

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L’encrier bavard… Chronique littéraire tenue par Janyce Inès et Deborah… Chronique du 30 novembre 2009

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Aujourd’hui :

Élisabeth Badinter, Émilie, Émilie, ou l’ambition féminine au dix-huitième siècle (Le Livre de Poche, 1997. Cote CDI : 396 17 BAD).

         

Le sujet…

Histoire étonnante de deux destins similaires : celui de deux jeunes femmes portant le même prénom, possédant les mêmes ambitions et rêvant au même idéal : madame du Châtelet et madame d’Épinal… Même si l’ouvrage d’Élisabeth  Badinter est un peu ancien de par sa date de parution, il est néanmoins d’une brûlante actualité ! Question en effet toujours controversée que celle de l’ambition féminine, « la grande affaire des hommes » : socialement et culturellement, une femme qui a de l’ambition est toujours un peu mal vue, et provoque une certaine suspicion. On connaît par exemple madame du Châtelet pour avoir été la compagne de Voltaire, mais sait-on qu’elle traduisit le grand œuvre de Newton, et qu’elle s’imposa à l’égal des savants de son temps ? Sait-on que madame d’Épinay fit valoir du temps de Rousseau des idées pédagogiques qui renouvelèrent l’approche de la maternité ? De fait, comme le dit l’auteure, « rares sont les moments de l’Histoire où l’alliance des badinter_emilie_emilie.1259777494.jpgdeux mots « ambition » et « féminine » n’a pas choqué »… C’est donc dans son acception la plus noble qu’il faut comprendre le terme « ambition » : loin d’être une vanité, l’ambition féminine est ainsi un affranchissement des limites qu’impose la société, une émancipation.

Notre avis…

L’intérêt de cette double biographie, féministe par excellence, est à notre avis de plonger d’abord le lecteur au cœur des Lumières et d’en renouveler subtilement l’approche à travers deux destins de femmes : de fait, Élisabeth Badinter (spécialiste du dix-huitième siècle) nous présente le véritable combat de ces femmes dans leur temps. Nous les découvrons sûres d’elles, soucieuses de leur valeur, prêtes à tout pour faire triompher leurs idées. Écrire pour elles est d’abord une mission : loin d’être des « femmes savantes » (avec toutes les connotations péjoratives de cette expression), elles ont souvent abandonné la vie mondaine et amoureuse pour se consacrer au travail intellectuel, définissant par la même occasion une sorte de « devoir d’écriture ». L’intérêt de l’ouvrage est justement de lever le voile sur le courage et les motivations réelles de ces deux ambitieuses dans un siècle d’hommes… D’ailleurs, le combat féministe est-il pour autant terminé ? N’a-t-on pas tendance, même de nos jours, à évacuer le problème de l’identité féminine et de la fonction sociale des femmes ? Ne cherche-t-on pas à inscrire l’ambition féminine dans des clichés où l’éternel féminin le dispute aux représentations assez stéréotypées de l’accomplissement de la femme dans la séduction ou la maternité ?

Quelques citations…

« En ce temps où l’éducation des filles était si négligée, et se limitait la plupart du temps à un peu d’écriture, de lecture, quelques bribes d’histoire et aux arts d’agrément, Émilie [du Châtelet] fit des études approfondies dont beaucoup d’hommes du monde ne pouvaient même pas se targuer… » (pages 67-68).

« Madame du Châtelet n’a jamais été déchirée entre ses passions et ses devoirs. Ella a toujours fait passer les premières avant les seconds » (page 173).

© Janyce M. Inès E. Deborah S. (Seconde 18, Lycée en Forêt – Montargis – France) novembre 2009

L'encrier bavard… Chronique littéraire tenue par Janyce Inès et Deborah… Chronique du 30 novembre 2009

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Aujourd’hui :

Élisabeth Badinter, Émilie, Émilie, ou l’ambition féminine au dix-huitième siècle (Le Livre de Poche, 1997. Cote CDI : 396 17 BAD).

         

Le sujet…

Histoire étonnante de deux destins similaires : celui de deux jeunes femmes portant le même prénom, possédant les mêmes ambitions et rêvant au même idéal : madame du Châtelet et madame d’Épinal… Même si l’ouvrage d’Élisabeth  Badinter est un peu ancien de par sa date de parution, il est néanmoins d’une brûlante actualité ! Question en effet toujours controversée que celle de l’ambition féminine, « la grande affaire des hommes » : socialement et culturellement, une femme qui a de l’ambition est toujours un peu mal vue, et provoque une certaine suspicion. On connaît par exemple madame du Châtelet pour avoir été la compagne de Voltaire, mais sait-on qu’elle traduisit le grand œuvre de Newton, et qu’elle s’imposa à l’égal des savants de son temps ? Sait-on que madame d’Épinay fit valoir du temps de Rousseau des idées pédagogiques qui renouvelèrent l’approche de la maternité ? De fait, comme le dit l’auteure, « rares sont les moments de l’Histoire où l’alliance des badinter_emilie_emilie.1259777494.jpgdeux mots « ambition » et « féminine » n’a pas choqué »… C’est donc dans son acception la plus noble qu’il faut comprendre le terme « ambition » : loin d’être une vanité, l’ambition féminine est ainsi un affranchissement des limites qu’impose la société, une émancipation.

Notre avis…

L’intérêt de cette double biographie, féministe par excellence, est à notre avis de plonger d’abord le lecteur au cœur des Lumières et d’en renouveler subtilement l’approche à travers deux destins de femmes : de fait, Élisabeth Badinter (spécialiste du dix-huitième siècle) nous présente le véritable combat de ces femmes dans leur temps. Nous les découvrons sûres d’elles, soucieuses de leur valeur, prêtes à tout pour faire triompher leurs idées. Écrire pour elles est d’abord une mission : loin d’être des « femmes savantes » (avec toutes les connotations péjoratives de cette expression), elles ont souvent abandonné la vie mondaine et amoureuse pour se consacrer au travail intellectuel, définissant par la même occasion une sorte de « devoir d’écriture ». L’intérêt de l’ouvrage est justement de lever le voile sur le courage et les motivations réelles de ces deux ambitieuses dans un siècle d’hommes… D’ailleurs, le combat féministe est-il pour autant terminé ? N’a-t-on pas tendance, même de nos jours, à évacuer le problème de l’identité féminine et de la fonction sociale des femmes ? Ne cherche-t-on pas à inscrire l’ambition féminine dans des clichés où l’éternel féminin le dispute aux représentations assez stéréotypées de l’accomplissement de la femme dans la séduction ou la maternité ?

Quelques citations…

« En ce temps où l’éducation des filles était si négligée, et se limitait la plupart du temps à un peu d’écriture, de lecture, quelques bribes d’histoire et aux arts d’agrément, Émilie [du Châtelet] fit des études approfondies dont beaucoup d’hommes du monde ne pouvaient même pas se targuer… » (pages 67-68).

« Madame du Châtelet n’a jamais été déchirée entre ses passions et ses devoirs. Ella a toujours fait passer les premières avant les seconds » (page 173).

© Janyce M. Inès E. Deborah S. (Seconde 18, Lycée en Forêt – Montargis – France) novembre 2009

Les classes de Seconde 7 et Seconde 18 du Lycée en Forêt présentent… « Paroles menottées » : Ecriture et Engagement.

paroles-menottees-affiche.1268460921.jpg

Les classes de Seconde du Lycée en Forêt vous invitent à une exposition exceptionnelle : « Paroles menottées : Écriture et Engagement« . Découvrez chaque semaine une sélection d’extraits présentés et commentés par les élèves d’après l’anthologie Écrivains en prison (Labor & Fides, 1997). Pour accéder aux parties librement consultables de l’ouvrage sur Google-livres, cliquez ici.

Chaque semaine, un ou plusieurs nouveaux textes : les articles seront progressivement mis en ligne tout au long de l’année… Cliquez sur l’image ou le titre pour accéder à l’article.

timerman_vignette.1259043052.jpgL’Œil de Jacobo Timerman

par Ksenia C.

soljenitsyne_vignette1.1259043004.jpgL’Archipel du Goulag d’Alexandre Soljenitsyne

par Hélène P. Antoine M. Romane C. et Deborah S.

ken_saro_wiwa_vignette.1259052063.jpgKen Saro-Wiwa, « La Vraie Prison »

par Seydi B.

molefe_pheto.1259133557.jpgMolefe Pheto… And Night Fell : Memoirs of a Political Prisoner

par Madeleine L. Alizée R. et Inès E.

arthur-koestler.1259135400.jpgArthur Koestler… Dialogue avec la mort

par Claire D. William P. et Florent de W.

yannis-ritsos-miniature.1268416857.jpgYannis Ritsos… Pierres, Répétitions, Barreaux…

par Rayan D.

nien-cheng-miniature.1268461427.jpgNien Cheng… Vie et mort à Shanghai…

par Charlotte B.

ruth-first-miniature.1268499164.jpgRuth First… 117 Days…

par Angélique M.

Les classes de Seconde 7 et Seconde 18 du Lycée en Forêt présentent… "Paroles menottées" : Ecriture et Engagement.

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Les classes de Seconde du Lycée en Forêt vous invitent à une exposition exceptionnelle : « Paroles menottées : Écriture et Engagement« . Découvrez chaque semaine une sélection d’extraits présentés et commentés par les élèves d’après l’anthologie Écrivains en prison (Labor & Fides, 1997). Pour accéder aux parties librement consultables de l’ouvrage sur Google-livres, cliquez ici.

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par Ksenia C.
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par Hélène P. Antoine M. Romane C. et Deborah S.
ken_saro_wiwa_vignette.1259052063.jpgKen Saro-Wiwa, « La Vraie Prison »
par Seydi B.
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par Madeleine L. Alizée R. et Inès E.
arthur-koestler.1259135400.jpgArthur Koestler… Dialogue avec la mort
par Claire D. William P. et Florent de W.
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par Rayan D.
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par Charlotte B.
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par Angélique M.

« Des mots égarés, une écriture du silence »… par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7 : derniers textes publiés…

motsegares_affiche_09.1258531471.jpg                      

Pour des raisons techniques, certains textes n’ont pu être insérés dans les précédentes livraisons.
             
Voici donc les derniers poèmes de l’hommage à l’écrivaine Marguerite Duras, par les classes de Seconde 7 et de Seconde 18 du Lycée en Forêt.
             
Cliquez ici pour accéder aux textes publiés le 17 octobre 2009. Cliquez ici pour accéder aux textes publiés le 30 septembre 2009. Cliquez ici pour accéder aux textes publiés le 16 septembre 2009.

                  

           

En tournant les pages

par Valentin B. (Seconde 7)

                

En tournant les pages d’un livre

On écoute un peu l’ouverture du paysage

Céleste nocturne, ou quelque part à l’aube.

Une petite place pour l’Himalaya à gauche

Une grande place pour Monaco.

Quelques pages plus loin on découvre

Un drapeau italien

Séduit par un poisson rouge

Qui mange une pierre

Et déguste une glace chaude

À la fin du livre.

Surcharge explosive explosée

Qui se réincarne en colis surprise du samedi…

Autre livre : d’autres pages…

Et puis non j’ouvre le journal :

Un vulcanologue invente le temps,

Un hacker est trahi par des onomatopées,

Un manga a été oublié à la fenêtre de la Chine…

                

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Une tempête

par Rodolf de T. et Amaury G. (Seconde 7)

paysage_pluie.1258534562.GIF              

Il traverse le pont obscur, le vent.

Même l’herbe blanche a peur

Son ombre écoutait la pluie

Couper les ailes du bonheur.

L’ouragan se poursuivait là-bas

Tel un morceau de musique…

             

                 

            

Comme Athènes se remémorant…

par Seydi B. (Seconde 18)

          

Comme Athènes se remémorant

Puissance et guerres

Sa gloire d’antan,

enfants_cage_1.1258567093.jpgMa mémoire a tourné l’horloge directrice

Vers le lexique du temps.

        

Ce jour-là, j’ai nommé

La lenteur rapide

De la terre glorieuse, mais si petite.

J’aurais voulu parler

Des enfants enfermés

         

Dans la cage d’acier

Des soldats du ciel.

La tentation fut trop grande :

Les paradoxes s’éteignirent

À jamais : les mots se relevèrent…

              

               

Un amour qui était perdu…

par Déborah C. et Angélique M. (Seconde 7)

              

     amour_perdu.1258548270.jpg  

            

                

Pour seul bagage

par Estelle T. (Seconde 18)

              

Mon amour qu’éclairait le soleil couleur de blé

Me poussait à savourer chaque instant de paysage.

Ma vie n’est que passage

Je n’ai que mon cœur pour bagage.

J’aimerais tant courir jusqu’au voyage de tes yeux…

                   

                     

Aimer, briser, cœur…

par Diane L. (Seconde 18)

            

Aimer, briser, cœur

trottoir.1258554935.jpgGrignoter, manger, grossir

Jeter le livre romantique.

Frapper, hurler, pleurer

Menaces, violences, peur 

Un chagrin au hasard

Sur le trottoir.

Et puis la prison,

Portes qui claquent, testament

La vie se referme aussi :

Homme fini

Qui meurt triste

Sous le soleil meurtri…

                   

                       

La beauté du soir

par Antoine M.

              

Je navigue la voile au vent

Retrouvant parfois un sourire passé,

Au gré des temps,

Et sans jamais me retourner.

          

La beauté du soir

Avançant inlassablement

Et la sincérité de nos regards

Permettaient de nous retrouver…

            

                  

Toi : apocalypse de ce monde

par Cheyenne M. (Seconde 7)

           

Mon regard jaloux n’était qu’amour triste

Dès que je t’ai rencontré.

Et puis, plus de nouvelles

Pas même l’eau du ciel sur tes cheveux.

Ton regard simple, rempli de mystère :

Mon cœur battait de pluie et de vent pour toi.

Pour toi mon cœur battait de ciel…

Un amour de collège passé dans l’oubli

Devenu amour de lycée : je ne cesse de te croiser.

Je ne pense qu’à toi,

Toi : apocalypse de ce monde !

              

apocalypse.1258608979.jpg

             

La mise en ligne de l’exposition « Des mots égarés, une écriture du silence » est terminée. Tous les textes ont été publiés (mise à jour : mercredi 18 novembre 2009-23:50).

"Des mots égarés, une écriture du silence"… par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7 : derniers textes publiés…

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Pour des raisons techniques, certains textes n’ont pu être insérés dans les précédentes livraisons.
             
Voici donc les derniers poèmes de l’hommage à l’écrivaine Marguerite Duras, par les classes de Seconde 7 et de Seconde 18 du Lycée en Forêt.
             
Cliquez ici pour accéder aux textes publiés le 17 octobre 2009. Cliquez ici pour accéder aux textes publiés le 30 septembre 2009. Cliquez ici pour accéder aux textes publiés le 16 septembre 2009.

                  

           

En tournant les pages

par Valentin B. (Seconde 7)

                

En tournant les pages d’un livre

On écoute un peu l’ouverture du paysage

Céleste nocturne, ou quelque part à l’aube.

Une petite place pour l’Himalaya à gauche

Une grande place pour Monaco.

Quelques pages plus loin on découvre

Un drapeau italien

Séduit par un poisson rouge

Qui mange une pierre

Et déguste une glace chaude

À la fin du livre.

Surcharge explosive explosée

Qui se réincarne en colis surprise du samedi…

Autre livre : d’autres pages…

Et puis non j’ouvre le journal :

Un vulcanologue invente le temps,

Un hacker est trahi par des onomatopées,

Un manga a été oublié à la fenêtre de la Chine…

                

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Une tempête

par Rodolf de T. et Amaury G. (Seconde 7)

paysage_pluie.1258534562.GIF              

Il traverse le pont obscur, le vent.

Même l’herbe blanche a peur

Son ombre écoutait la pluie

Couper les ailes du bonheur.

L’ouragan se poursuivait là-bas

Tel un morceau de musique…

             

                 

            

Comme Athènes se remémorant…

par Seydi B. (Seconde 18)

          

Comme Athènes se remémorant

Puissance et guerres

Sa gloire d’antan,

enfants_cage_1.1258567093.jpgMa mémoire a tourné l’horloge directrice

Vers le lexique du temps.

        

Ce jour-là, j’ai nommé

La lenteur rapide

De la terre glorieuse, mais si petite.

J’aurais voulu parler

Des enfants enfermés

         

Dans la cage d’acier

Des soldats du ciel.

La tentation fut trop grande :

Les paradoxes s’éteignirent

À jamais : les mots se relevèrent…

              

               

Un amour qui était perdu…

par Déborah C. et Angélique M. (Seconde 7)

              

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Pour seul bagage

par Estelle T. (Seconde 18)

              

Mon amour qu’éclairait le soleil couleur de blé

Me poussait à savourer chaque instant de paysage.

Ma vie n’est que passage

Je n’ai que mon cœur pour bagage.

J’aimerais tant courir jusqu’au voyage de tes yeux…

                   

                     

Aimer, briser, cœur…

par Diane L. (Seconde 18)

            

Aimer, briser, cœur

trottoir.1258554935.jpgGrignoter, manger, grossir

Jeter le livre romantique.

Frapper, hurler, pleurer

Menaces, violences, peur 

Un chagrin au hasard

Sur le trottoir.

Et puis la prison,

Portes qui claquent, testament

La vie se referme aussi :

Homme fini

Qui meurt triste

Sous le soleil meurtri…

                   

                       

La beauté du soir

par Antoine M.

              

Je navigue la voile au vent

Retrouvant parfois un sourire passé,

Au gré des temps,

Et sans jamais me retourner.

          

La beauté du soir

Avançant inlassablement

Et la sincérité de nos regards

Permettaient de nous retrouver…

            

                  

Toi : apocalypse de ce monde

par Cheyenne M. (Seconde 7)

           

Mon regard jaloux n’était qu’amour triste

Dès que je t’ai rencontré.

Et puis, plus de nouvelles

Pas même l’eau du ciel sur tes cheveux.

Ton regard simple, rempli de mystère :

Mon cœur battait de pluie et de vent pour toi.

Pour toi mon cœur battait de ciel…

Un amour de collège passé dans l’oubli

Devenu amour de lycée : je ne cesse de te croiser.

Je ne pense qu’à toi,

Toi : apocalypse de ce monde !

              

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La mise en ligne de l’exposition « Des mots égarés, une écriture du silence » est terminée. Tous les textes ont été publiés (mise à jour : mercredi 18 novembre 2009-23:50).

Tentatives de piratage…

Chers étudiants et parents,

Sans doute avez-vous remarqué ces derniers temps une inactivité tout à fait inhabituelle du cahier de texte en ligne. Sachez qu’il a été confronté à une tentative de piratage dont les raisons sont actuellement en cours d’analyse. Mais sans doute s’agit-il d’un pirate qui a réussi à s’identifier dans l’interface d’administration ou qui s’est introduit dans un serveur hébergeant le site… Avec la capacité d’accéder à plusieurs données ou ressources, en particulier la possibilité d’éditer ou de modifier certains articles, heureusement sans conséquence majeure. La raison tient au fait que plus un site est populaire, plus il s’expose à une visibilité sur la « toile » qui peut le rendre vulnérable. La situation devrait maintenant se régler rapidement. Merci de votre indulgence et de votre patience.

Bruno Rigolt