Ecriture collaborative : La poésie… ça n'a pas de prix ! par Timothy

logo_lef_rubriques_eleves.1294596949.jpgLa poésie… Ça n’a pas de prix !

par Timothy A.

(classe de Première S2)
              
La classe de Première S2 du Lycée en Forêt (Promotion 2010) a eu l’occasion de défendre haut et fort la Poésie à travers une écriture d’invention intitulée ”La poésie… Ça n’a pas de prix ! »… 
Parmi tous les textes rédigés, toujours de grande qualité, deux contributions m’ont paru suffisamment remarquables pour être publiées dans l’Espace Pédagogique Contributif : celles de Sofiène M. et celle de Timothy A.
Je vous laisse découvrir ici le texte de Timothy A.

         

lettrine-d.1294600601.jpgans un monde où tout est matériel et consommation, la poésie se distingue. En effet, « les poètes sont morts de faim à l’ombre du show-business ». Cette citation de Charles Aznavour montre que la poésie n’a aucune valeur marchande : elle transcende tout consumérisme. Ainsi, a-t-elle une valeur inestimable à mes yeux. Chers lycéens, je vais vous prouver que la poésie est un art à part qui n’a pas d’égal.

Le premier facteur de mon attirance pour la pratique de la poésie est cette liberté que l’on ressent. De fait, l’écriture de poèmes n’est-elle pas le meilleur outil d’expression qui existe ? Dans un monde où il est parfois difficile de s’exprimer, la poésie nous offre un recours. On peut écrire tout ce que l’on a sur le cœur. On peut dénoncer des injustices, se libérer de l’emprise du contingent, faire part de ses sentiments. Dans ce passage de René par exemple, Chateaubriand expose ses émotions à travers un épanchement que l’on ne saurait oublier :

Comment exprimer cette foule de sensations fugitives que j’éprouvais dans mes promenades ? Les sons que rendent les passions dans le vide d’un cœur solitaire ressemblent au murmure que les vents et les eaux font entendre dans le silence d’un désert ; on en jouit, mais on ne peut les peindre.
L’automne me surprit au milieu de ces incertitudes : j’entrai avec ravissement dans le mois des tempêtes. Tantôt j’aurais voulu être un de ces guerriers errant au milieu des vents, des nuages et des fantômes ; tantôt j’enviais jusqu’au sort du pâtre que je voyais réchauffer ses mains à l’humble feu de broussailles qu’il avait allumé au coin d’un bois. J’écoutais ses chants mélancoliques, qui me rappelaient que dans tout pays le chant naturel de l’homme est triste, lors même qu’il exprime le bonheur…

Des mots comme « mélancoliques », « triste », « bonheur », « joie », « tourmenté » montrent bien cette union intime des sentiments extrêmes qui s’affrontent en l’homme. Comme le disait si bien Hugo, « l’art n’a que faire des lisières, des menottes, des bâillons, il vous dit : Va ! et vous lâche dans ce grand jardin de poésie, où il n’y a pas de fruit défendu ». Cet extrait de la Préface des Orientales insiste sur le fait que la poésie est un art dénué des règles du commun, chaque poète est libre !

Oui, ce voyage imaginaire que la poésie nous propose est véritablement libérateur. Nous voguons au gré des mots vers des mondes utopiques dans lesquels la solitude et le silence règnent, et nous nous affranchissons ainsi du tumulte des multitudes. Loin de l’agitation stérile, la « montagne », le « fleuve », le « lac », les « bois sombres », la « colline » chantés dans « L’isolement » par Lamartine nous procurent une réelle envie de quitter notre quotidien banal pour rejoindre les essentiels. Lire un poème donne de l’ampleur au rêve, du sens à l’exotisme. Imaginez alors quelles sont les sensations que procure l’écriture d’un poème ! On a vraiment l’impression de ne plus se trouver sur Terre. Je peux vous assurez qu’aucun autre genre littéraire ne provoque une telle exultation ! Et sans doute cette sensation de voyage métaphorique encourage-t-elle la pratique de la poésie : ne sommes-nous pas tous à la recherche du rêve ?

Mais la principale propriété de la poésie est peut-être cette richesse de la langue, cette émotion du Verbe qu’elle enseigne, et qui fait d’elle l’art le plus noble. Tout d’abord, la poésie est un art harmonieux. Les rimes et les correspondances sonores créent une dimension musicale extraordinaire : le poème est un espace sonore avant d’être un texte lu. Et ces milliers de figures de style qui le composent réinventent chaque fois le pouvoir des mots. Le poète procède à l’utilisation d’images qui amènent à se réapproprier le texte. J’ai en mémoire le troisième quatrain des « Séparés » de Marceline Desbordes-Valmore :

marceline-desbordes-valmore_1.1294640121.jpg« N’écris pas. Je te crains ; j’ai peur de ma mémoire ;
Elle a gardé ta voix qui m’appelle souvent.
Ne montre pas l’eau vive à qui ne peut la boire.
Une chère écriture est un portrait vivant.
N’écris pas »
Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859)

Les personnes qui ont l’habitude de lire des livres où tout est exprimé de manière explicite, dans lesquels il n’y a rien à déchiffrer ne verront rien que de banal dans ce passage alors qu’il est magnifique. Dans un premier temps, on identifie une épanodiplose, qui, par la répétition de l’impératif « N’écris pas » à la fin du texte fait penser au poignant refrain d’une chanson. Ensuite, au niveau de l’intertextualité, l’auteur se compare dans le troisième vers à Tantale, personnage de la mythologie grecque, et nous comprenons qu’il doit rester éternellement tenaillé par la soif d’un amour irrémédiablement hors de sa portée. Enfin, la métaphore comparant une écriture à un portrait vivant met en exergue le fait que le narrateur souffre de la séparation : il voit l’image de la personne qui lui écrit sans pour autant voir cette personne en vrai. Quel plaisir, en commentant un poème, de s’ouvrir à cette richesse symbolique du texte ! Ce dernier argument me tient à cœur car il me paraît très important de comprendre et maitriser la langue afin de s’approprier le sens des choses : posséder le langage, c’est posséder le monde tout entier !

Timothy, 1S2

arrow.1242450507.jpg Du même auteur :

arrow.1242450507.jpg « L’hyperbole de l’amour » et « Le chant des lyres » (poèmes rédigés en collaboration avec Robin C.)

arrow.1242450507.jpg Les lecteurs intéressés par cet article peuvent également lire avec profit les contributions d’élèves suivantes :

arrow.1242450507.jpg Sofiène M. (Première S2), « La poésie, ça n’a pas de prix !« 
arrow.1242450507.jpg Honorine B. (Première L2), « Lettre ouverte à la grisaille du quotidien« 
arrow.1242450507.jpg Nicolas B. (Première L2), « Lettre ouverte à la grisaille du quotidien« 

Ecriture collaborative : La poésie… ça n’a pas de prix ! par Timothy

logo_lef_rubriques_eleves.1294596949.jpgLa poésie… Ça n’a pas de prix !

par Timothy A.

(classe de Première S2)
              
La classe de Première S2 du Lycée en Forêt (Promotion 2010) a eu l’occasion de défendre haut et fort la Poésie à travers une écriture d’invention intitulée ”La poésie… Ça n’a pas de prix ! »… 
Parmi tous les textes rédigés, toujours de grande qualité, deux contributions m’ont paru suffisamment remarquables pour être publiées dans l’Espace Pédagogique Contributif : celles de Sofiène M. et celle de Timothy A.
Je vous laisse découvrir ici le texte de Timothy A.

         

lettrine-d.1294600601.jpgans un monde où tout est matériel et consommation, la poésie se distingue. En effet, « les poètes sont morts de faim à l’ombre du show-business ». Cette citation de Charles Aznavour montre que la poésie n’a aucune valeur marchande : elle transcende tout consumérisme. Ainsi, a-t-elle une valeur inestimable à mes yeux. Chers lycéens, je vais vous prouver que la poésie est un art à part qui n’a pas d’égal.

Le premier facteur de mon attirance pour la pratique de la poésie est cette liberté que l’on ressent. De fait, l’écriture de poèmes n’est-elle pas le meilleur outil d’expression qui existe ? Dans un monde où il est parfois difficile de s’exprimer, la poésie nous offre un recours. On peut écrire tout ce que l’on a sur le cœur. On peut dénoncer des injustices, se libérer de l’emprise du contingent, faire part de ses sentiments. Dans ce passage de René par exemple, Chateaubriand expose ses émotions à travers un épanchement que l’on ne saurait oublier :

Comment exprimer cette foule de sensations fugitives que j’éprouvais dans mes promenades ? Les sons que rendent les passions dans le vide d’un cœur solitaire ressemblent au murmure que les vents et les eaux font entendre dans le silence d’un désert ; on en jouit, mais on ne peut les peindre.
L’automne me surprit au milieu de ces incertitudes : j’entrai avec ravissement dans le mois des tempêtes. Tantôt j’aurais voulu être un de ces guerriers errant au milieu des vents, des nuages et des fantômes ; tantôt j’enviais jusqu’au sort du pâtre que je voyais réchauffer ses mains à l’humble feu de broussailles qu’il avait allumé au coin d’un bois. J’écoutais ses chants mélancoliques, qui me rappelaient que dans tout pays le chant naturel de l’homme est triste, lors même qu’il exprime le bonheur…

Des mots comme « mélancoliques », « triste », « bonheur », « joie », « tourmenté » montrent bien cette union intime des sentiments extrêmes qui s’affrontent en l’homme. Comme le disait si bien Hugo, « l’art n’a que faire des lisières, des menottes, des bâillons, il vous dit : Va ! et vous lâche dans ce grand jardin de poésie, où il n’y a pas de fruit défendu ». Cet extrait de la Préface des Orientales insiste sur le fait que la poésie est un art dénué des règles du commun, chaque poète est libre !

Oui, ce voyage imaginaire que la poésie nous propose est véritablement libérateur. Nous voguons au gré des mots vers des mondes utopiques dans lesquels la solitude et le silence règnent, et nous nous affranchissons ainsi du tumulte des multitudes. Loin de l’agitation stérile, la « montagne », le « fleuve », le « lac », les « bois sombres », la « colline » chantés dans « L’isolement » par Lamartine nous procurent une réelle envie de quitter notre quotidien banal pour rejoindre les essentiels. Lire un poème donne de l’ampleur au rêve, du sens à l’exotisme. Imaginez alors quelles sont les sensations que procure l’écriture d’un poème ! On a vraiment l’impression de ne plus se trouver sur Terre. Je peux vous assurez qu’aucun autre genre littéraire ne provoque une telle exultation ! Et sans doute cette sensation de voyage métaphorique encourage-t-elle la pratique de la poésie : ne sommes-nous pas tous à la recherche du rêve ?

Mais la principale propriété de la poésie est peut-être cette richesse de la langue, cette émotion du Verbe qu’elle enseigne, et qui fait d’elle l’art le plus noble. Tout d’abord, la poésie est un art harmonieux. Les rimes et les correspondances sonores créent une dimension musicale extraordinaire : le poème est un espace sonore avant d’être un texte lu. Et ces milliers de figures de style qui le composent réinventent chaque fois le pouvoir des mots. Le poète procède à l’utilisation d’images qui amènent à se réapproprier le texte. J’ai en mémoire le troisième quatrain des « Séparés » de Marceline Desbordes-Valmore :

marceline-desbordes-valmore_1.1294640121.jpg« N’écris pas. Je te crains ; j’ai peur de ma mémoire ;
Elle a gardé ta voix qui m’appelle souvent.
Ne montre pas l’eau vive à qui ne peut la boire.
Une chère écriture est un portrait vivant.
N’écris pas »
Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859)

Les personnes qui ont l’habitude de lire des livres où tout est exprimé de manière explicite, dans lesquels il n’y a rien à déchiffrer ne verront rien que de banal dans ce passage alors qu’il est magnifique. Dans un premier temps, on identifie une épanodiplose, qui, par la répétition de l’impératif « N’écris pas » à la fin du texte fait penser au poignant refrain d’une chanson. Ensuite, au niveau de l’intertextualité, l’auteur se compare dans le troisième vers à Tantale, personnage de la mythologie grecque, et nous comprenons qu’il doit rester éternellement tenaillé par la soif d’un amour irrémédiablement hors de sa portée. Enfin, la métaphore comparant une écriture à un portrait vivant met en exergue le fait que le narrateur souffre de la séparation : il voit l’image de la personne qui lui écrit sans pour autant voir cette personne en vrai. Quel plaisir, en commentant un poème, de s’ouvrir à cette richesse symbolique du texte ! Ce dernier argument me tient à cœur car il me paraît très important de comprendre et maitriser la langue afin de s’approprier le sens des choses : posséder le langage, c’est posséder le monde tout entier !

Timothy, 1S2

arrow.1242450507.jpg Du même auteur :

arrow.1242450507.jpg « L’hyperbole de l’amour » et « Le chant des lyres » (poèmes rédigés en collaboration avec Robin C.)

arrow.1242450507.jpg Les lecteurs intéressés par cet article peuvent également lire avec profit les contributions d’élèves suivantes :

arrow.1242450507.jpg Sofiène M. (Première S2), « La poésie, ça n’a pas de prix !« 
arrow.1242450507.jpg Honorine B. (Première L2), « Lettre ouverte à la grisaille du quotidien« 
arrow.1242450507.jpg Nicolas B. (Première L2), « Lettre ouverte à la grisaille du quotidien« 

Ecriture collaborative : La poésie… ça n'a pas de prix !

logo_lef_rubriques_eleves.1294596949.jpgLa poésie… Ça n’a pas de prix !

par Sofiène M.

(classe de Première S2)
              
La classe de Première S2 du Lycée en Forêt (Promotion 2010) a eu l’occasion de défendre haut et fort la Poésie à travers une écriture d’invention intitulée ”La poésie… Ça n’a pas de prix ! »… 
Parmi tous les textes rédigés, toujours de grande qualité, deux contributions m’ont paru suffisamment remarquables pour être publiées dans l’Espace Pédagogique Contributif : celles de Sofiène M. et celle de Timothy A.
Je vous laisse découvrir ici le texte de Sofiène M.

lettrine_l.1294599135.jpga poésie… Ça n’a pas de prix ! Entendez par là : les poèmes sont inestimables. Littéralement : que l’on ne peut estimer. Mais oui, la magie existe les enfants ! Et pas qu’à Disneyland ! La poésie est un  trésor qui dépasse les valeurs communes, à tel point que le monde ne saurait réduire cet art unique à une quelconque valeur marchande. Je vous explique pourquoi en quatre points. Vous allez voir en premier lieu que la poésie ne « remplit » pas de fonction au sens utilitariste et social, et par là-même qu’elle se dérobe aux lois consuméristes de notre époque. Tant il est vrai que si la poésie permet la plus belle des évasions de l’esprit pour échapper au quotidien, c’est qu’elle est une représentation de la force extraordinaire que le poète donne aux mots. Enfin, comme nous le comprendrons, la poésie n’est-elle pas la représentation la plus aboutie de la Beauté par l’Homme ?

feuille.1242597878.jpg

« En direct de Wall Street, les cours de la poésie terminent aujourd’hui avec une baisse de 2,5 % ce qui est la plus grosse chute du marché depuis… » Non, ça ne le fait pas ! La poésie ne se vend pas. Elle échappe aux lois du marché et aux valeurs utilitaires. On ne produit pas une poésie en lui donnant une fonction. La poésie ne sert à rien. Tu as bien lu : contrairement à tout produit matériel, que l’on cherche à vendre de la manière la plus rentable, elle reste une entité de l’irréel, un art non palpable qui s’élève au-dessus du monde. Les Romantiques, marginalisés, inadaptés à la société, en  quête  d’une fuite verticale vers un infini qu’eux seuls savaient percevoir, ont choisi la poésie pour exprimer ce pouvoir démiurgique du verbe : un art qui leur correspond, au-delà du vulgaire et du commun.

Tenez, Mallarmé, cet illustre Symboliste, souhaita toute sa vie partir, réaliser ce grand et impérieux voyage spirituel. Certes, il n’en fut jamais ainsi, mais comme nous le suggère le dernier vers de « Brise marine », il est tout de même parvenu à s’enfuir, grâce à la magie des mots. La poésie nous transporte, nous pénètre,  nous possède. Elle permet l’évasion de l’esprit où bon lui semble. Je mets au défi quiconque de me faire ressentir la même émotion que Rimbaud a transmise à son poème « Au Cabaret Vert » en décrivant sur plusieurs vers ce qu’il mangeait (en l’occurrence du jambon, du beurre et des biscottes). Ça vous paraît absurde ? Mais c’est ça, le formidable pouvoir de la poésie. Les mots mènent à tout. Non pas les mots lents du long schéma narratif d’un roman. Non ! Les mots brefs, vifs, les mots inspirés, instinctifs et directs d’un poème. Les mots qui ne se laissent pas avoir dès la première lecture et  qu’il faut relire puis interpréter. Les mots simples et mystérieux d’une minute de lecture qui peuvent amener à des heures d’analyse afin de se rapprocher au mieux du Sens Véritable. Ce sont ces mots-là qui font le Poème.

Que l’on utilise des animaux comme le fait La Fontaine pour dénoncer la monarchie ou que l’on apostrophe directement  Napoléon III comme ne s’en prive pas Hugo dans « Souvenir de la nuit du 4 »,  la volonté de critiquer l’ordre établi est la base même du pouvoir poétique. Cet engagement de la poésie a été très efficace pour appeler les Français à la Résistance ou pour convaincre des soldats à cesser le combat (songez à Boris Vian « Monsieur le Président, je vous fais une lettre… » ). On me dira alors : « O.K la poésie a un certain impact mais si elle n’est pas engagée, elle ne sert à rien ! » Et bien la belle Terminale que tu regardes en rêvant marcher dans la cour, pendant tes heures de math, tu ne penses pas qu’un beau poème dans son casier lui ferait plus remarquer ton existence que des « pokes » sur Facebook ?

La poésie est pour beaucoup ce qui se rapproche le mieux de la Beauté. Lisez un recueil de poèmes, romantiques par exemple. Vous allez probablement vous exclamer « P***** ce que c’est beau ! ». Si vous vous extasiez devant les passements de jambes de Christiano Ronaldo, vous allez être ébahis devant les passements de mots de Lamartine. Parfois, quand on lit un poème, on se perd presque dans les rythmes en oubliant de se concentrer sur le sens. Ne vous blâmez pas, ça m’arrive aussi. Devant une ballade, je me surprends à chanter les hémistiches sans en comprendre les mots, en me délectant de la régularité mélodieuse que l’auteur a mise sur un texte. Certains poèmes comme ceux de Ronsard ont même été adaptés en musique. Mais enterrez vos préjugés sur la régularité : les alexandrins ne sont pas souverains. Vous serez surpris de la magnificence de la prose d’Alosyus Bertrand dans « Ondine ». En somme diversifiée mais toujours délicieuse, la poésie provoque un bien-être unique, peut-être même supérieur à celui du… Nutella !

feuille.1242597878.jpg

Si avec ça je n’ai pas convaincu les dernières hésitations… oui je reconnais que ce coup fatal était prévu depuis le début. Allons, maintenant  tous à nos recueils, tous à nos analyses, tous à la réflexion et à l’admiration des poètes car ils sont ce que l’Homme a de plus beau. Conservons au mieux cet art, qui demeure l’une des seules choses épargnées par la nouvelle habitude des Hommes de donner une valeur monétaire à tout. Et n’hésitez pas à vous essayez à la poésie, vous vous rendrez vite compte qu’on ne fait pas de l’or du premier coup, mais des génies se cachent peut-être en vous. Qui sait, on apprendra peut-être vos poèmes aux enfants du XXIIème siècle…

(Je ne cache pas mon scepticisme… LOL!)

Sofiène, 1S2

arrow.1242450507.jpg Du même auteur :

arrow.1242450507.jpg « Rupture » (poème)

arrow.1242450507.jpg Les lecteurs intéressés par cet article peuvent également lire avec profit les contributions d’élèves suivantes :

arrow.1242450507.jpg Timothy A. (Première S2), « La poésie, ça n’a pas de prix !« 
arrow.1242450507.jpg Honorine B. (Première L2), « Lettre ouverte à la grisaille du quotidien« 
arrow.1242450507.jpg Nicolas B. (Première L2), « Lettre ouverte à la grisaille du quotidien« 

Ecriture collaborative : La poésie… ça n’a pas de prix !

logo_lef_rubriques_eleves.1294596949.jpgLa poésie… Ça n’a pas de prix !

par Sofiène M.

(classe de Première S2)
              
La classe de Première S2 du Lycée en Forêt (Promotion 2010) a eu l’occasion de défendre haut et fort la Poésie à travers une écriture d’invention intitulée ”La poésie… Ça n’a pas de prix ! »… 
Parmi tous les textes rédigés, toujours de grande qualité, deux contributions m’ont paru suffisamment remarquables pour être publiées dans l’Espace Pédagogique Contributif : celles de Sofiène M. et celle de Timothy A.
Je vous laisse découvrir ici le texte de Sofiène M.

lettrine_l.1294599135.jpga poésie… Ça n’a pas de prix ! Entendez par là : les poèmes sont inestimables. Littéralement : que l’on ne peut estimer. Mais oui, la magie existe les enfants ! Et pas qu’à Disneyland ! La poésie est un  trésor qui dépasse les valeurs communes, à tel point que le monde ne saurait réduire cet art unique à une quelconque valeur marchande. Je vous explique pourquoi en quatre points. Vous allez voir en premier lieu que la poésie ne « remplit » pas de fonction au sens utilitariste et social, et par là-même qu’elle se dérobe aux lois consuméristes de notre époque. Tant il est vrai que si la poésie permet la plus belle des évasions de l’esprit pour échapper au quotidien, c’est qu’elle est une représentation de la force extraordinaire que le poète donne aux mots. Enfin, comme nous le comprendrons, la poésie n’est-elle pas la représentation la plus aboutie de la Beauté par l’Homme ?

feuille.1242597878.jpg

« En direct de Wall Street, les cours de la poésie terminent aujourd’hui avec une baisse de 2,5 % ce qui est la plus grosse chute du marché depuis… » Non, ça ne le fait pas ! La poésie ne se vend pas. Elle échappe aux lois du marché et aux valeurs utilitaires. On ne produit pas une poésie en lui donnant une fonction. La poésie ne sert à rien. Tu as bien lu : contrairement à tout produit matériel, que l’on cherche à vendre de la manière la plus rentable, elle reste une entité de l’irréel, un art non palpable qui s’élève au-dessus du monde. Les Romantiques, marginalisés, inadaptés à la société, en  quête  d’une fuite verticale vers un infini qu’eux seuls savaient percevoir, ont choisi la poésie pour exprimer ce pouvoir démiurgique du verbe : un art qui leur correspond, au-delà du vulgaire et du commun.

Tenez, Mallarmé, cet illustre Symboliste, souhaita toute sa vie partir, réaliser ce grand et impérieux voyage spirituel. Certes, il n’en fut jamais ainsi, mais comme nous le suggère le dernier vers de « Brise marine », il est tout de même parvenu à s’enfuir, grâce à la magie des mots. La poésie nous transporte, nous pénètre,  nous possède. Elle permet l’évasion de l’esprit où bon lui semble. Je mets au défi quiconque de me faire ressentir la même émotion que Rimbaud a transmise à son poème « Au Cabaret Vert » en décrivant sur plusieurs vers ce qu’il mangeait (en l’occurrence du jambon, du beurre et des biscottes). Ça vous paraît absurde ? Mais c’est ça, le formidable pouvoir de la poésie. Les mots mènent à tout. Non pas les mots lents du long schéma narratif d’un roman. Non ! Les mots brefs, vifs, les mots inspirés, instinctifs et directs d’un poème. Les mots qui ne se laissent pas avoir dès la première lecture et  qu’il faut relire puis interpréter. Les mots simples et mystérieux d’une minute de lecture qui peuvent amener à des heures d’analyse afin de se rapprocher au mieux du Sens Véritable. Ce sont ces mots-là qui font le Poème.

Que l’on utilise des animaux comme le fait La Fontaine pour dénoncer la monarchie ou que l’on apostrophe directement  Napoléon III comme ne s’en prive pas Hugo dans « Souvenir de la nuit du 4 »,  la volonté de critiquer l’ordre établi est la base même du pouvoir poétique. Cet engagement de la poésie a été très efficace pour appeler les Français à la Résistance ou pour convaincre des soldats à cesser le combat (songez à Boris Vian « Monsieur le Président, je vous fais une lettre… » ). On me dira alors : « O.K la poésie a un certain impact mais si elle n’est pas engagée, elle ne sert à rien ! » Et bien la belle Terminale que tu regardes en rêvant marcher dans la cour, pendant tes heures de math, tu ne penses pas qu’un beau poème dans son casier lui ferait plus remarquer ton existence que des « pokes » sur Facebook ?

La poésie est pour beaucoup ce qui se rapproche le mieux de la Beauté. Lisez un recueil de poèmes, romantiques par exemple. Vous allez probablement vous exclamer « P***** ce que c’est beau ! ». Si vous vous extasiez devant les passements de jambes de Christiano Ronaldo, vous allez être ébahis devant les passements de mots de Lamartine. Parfois, quand on lit un poème, on se perd presque dans les rythmes en oubliant de se concentrer sur le sens. Ne vous blâmez pas, ça m’arrive aussi. Devant une ballade, je me surprends à chanter les hémistiches sans en comprendre les mots, en me délectant de la régularité mélodieuse que l’auteur a mise sur un texte. Certains poèmes comme ceux de Ronsard ont même été adaptés en musique. Mais enterrez vos préjugés sur la régularité : les alexandrins ne sont pas souverains. Vous serez surpris de la magnificence de la prose d’Alosyus Bertrand dans « Ondine ». En somme diversifiée mais toujours délicieuse, la poésie provoque un bien-être unique, peut-être même supérieur à celui du… Nutella !

feuille.1242597878.jpg

Si avec ça je n’ai pas convaincu les dernières hésitations… oui je reconnais que ce coup fatal était prévu depuis le début. Allons, maintenant  tous à nos recueils, tous à nos analyses, tous à la réflexion et à l’admiration des poètes car ils sont ce que l’Homme a de plus beau. Conservons au mieux cet art, qui demeure l’une des seules choses épargnées par la nouvelle habitude des Hommes de donner une valeur monétaire à tout. Et n’hésitez pas à vous essayez à la poésie, vous vous rendrez vite compte qu’on ne fait pas de l’or du premier coup, mais des génies se cachent peut-être en vous. Qui sait, on apprendra peut-être vos poèmes aux enfants du XXIIème siècle…

(Je ne cache pas mon scepticisme… LOL!)

Sofiène, 1S2

arrow.1242450507.jpg Du même auteur :

arrow.1242450507.jpg « Rupture » (poème)

arrow.1242450507.jpg Les lecteurs intéressés par cet article peuvent également lire avec profit les contributions d’élèves suivantes :

arrow.1242450507.jpg Timothy A. (Première S2), « La poésie, ça n’a pas de prix !« 
arrow.1242450507.jpg Honorine B. (Première L2), « Lettre ouverte à la grisaille du quotidien« 
arrow.1242450507.jpg Nicolas B. (Première L2), « Lettre ouverte à la grisaille du quotidien« 

ECulturE…

Lancement d’une nouvelle rubrique bimensuelle : ECulturE

L’actualité de la culture numérique…

e-culture.1292840427.jpgLa numérisation du patrimoine culturel universel qui est en train de s’accomplir sous nos yeux, va transformer durablement l’accès aux connaissances, la transmission du savoir, et les conditions de la recherche. À travers cette transformation sans précédent des pratiques culturelles, qui bouleverse déjà notre vie quotidienne, se joue en fait une recomposition majeure des rapports entre la société et la culture. Dans le domaine de la culture numérique (ou eculture), la France occupe une position majeure (¹) qui a largement influencé la construction d’une bibliothèque numérique europeana.1292821182.jpgeuropéenne : Europeana.

À son lancement en 2008, Europeana n’était qu’un ambitieux prototype, mais il est devenu aujourd’hui une réalité : vous pouvez d’ores et déjà accéder à un portail multilingue de plus de deux millions d’œuvres : peintures, musiques, films et livres provenant des galeries, bibliothèques, archives et musées de l’Europe entière ! En ce moment par exemple, une magnifique exposition intitulée « Reading Europe » vous permettra de vous balader virtuellement à travers les bibliothèques nationales européennes et de feuilleter plus de mille livres et manuscrits rares.

Reading Europe from Europeana on Vimeo.

Je ne saurais trop vous conseiller de vous adapter dès maintenant à l’utilisation de ces nouveaux outils et services, qui témoignent d’une part du fort dynamisme des réseaux de coopération culturelle en Europe, et qui invitent d’autre part à modifier les usages éducatifs ainsi que les pratiques d’apprentissage. Pour vous en convaincre, prenez le temps de découvrir la nouvelle version de Gallica, qui est la bibliothèque numérique de la prestigieuse Bibliothèque nationale de France (BnF). gallica.1292825591.jpgRempli d’innovations technologiques et d’outils de navigation sophistiqués, le site est de loin le premier portail culturel francophone, avec pas moins de 160000 livres numérisés et près de 700000 magazines ou revues ! Son partenariat avec Wikimedia permettra par ailleurs d’intégrer au projet Wikisource des milliers d’ouvrages francophones tombés dans le domaine public.

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Guilhem Molinier, Las Leys d’amors, un manuscrit exceptionnel (lettrines dorées, filigranées, enluminures…) datant de… 1356 : à consulter sur le site de la Bibliothèque de Toulouse, partenaire de Gallica, ou à télécharger au format pdf.

À la différence de son concurrent privé Google-livres, toujours incontournable mais plus généraliste, Gallica propose un portail de recherche unique, de nombreux contenus interactifs et dynamiques et surtout des ressources très spécialisées, souvent remarquables pour leur contenu patrimonial, historique ou littéraire, allant des livres numérisés aux cartes, revues, photographies, en passant par les manuscrits et même les enluminures ou les partitions de musique, excessivement rares et précieuses pour certaines. Par ailleurs, la numérisation en réseau avec d’autres bibliothèques, tant françaises qu’étrangères, et la constitution d‘un fonds d’archives de l’Internet, unique au monde avec plus de 14 milliards de fichiers de sites web, font de Gallica un portail dont nul n’oserait récuser aujourd’hui le décisif ascendant. 

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Feulletez grâce à Gallica cet exemplaire très rare d’Une saison en enfer d’Arthur Rimbaud, publié à Bruxelles en 1873 pour la modique somme… d’un franc !

Si vous êtes un(e) passionné(e) d’Histoire, allez faire un tour aussi du côté du site « Patrimoine numérique« , qui est un immense catalogue collectif du patrimoine culturel numérisé. Vous y trouverez des collections d’ouvrages, des productions multimédia associées (site internet, dévédérom, cédérom…), et des expositions en ligne d’une remarquable tenue (en ce moment un très riche dossier sur la seconde Guerre mondiale et la présentation des collections numérisées relatives au sujet : fonds photographiques, films, affiches, archives…). Sur un plan plus simple et plus pratique, le portail peut vous aider à faire des recherches historiques sur une époque, une période précise, et même pourquoi pas vous aider à construire votre arbre généalogique !

Mais l’un des aspetcs les plus ludiques et les plus stimulants de la mise en place d’un fonds numérique s’appuie sur la possibilité pour l’internaute d’interagir directement dans de nombreux espaces participatifs comme Facebook ou Twitter. La page Facebook de Gallica est à ce titre très riche : vous pouvez poster des commentaires, des avis, des annotations personnelles, etc. Comme vous le voyez, l’image « poussiéreuse » que l’on avait, il y a quelques années à peine, de la bibliothèque, a complètement changé. Dès lors, il nous appartient nous-mêmes de nous « dépoussiérer » quelque peu au risque de ressembler à ceux qui, au quinzième siècle, n’ont pas compris combien l’invention de l’imprimerie par Gutenberg en 1455 allait bouleverser les conditions de la diffusion du savoir en Europe… 

En ce début de vingt-et-unième siècle, une même révolution du savoir se produit sous nos yeux : la révolution numérique oblige à construire différemment la recherche documentaire, la diffusion des connaissances (et bien entendu les pratiques pédagogiques…) : plus rien ne sera jamais comme avant ! C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de lancer « ECulturE ». Dans cette nouvelle rubrique, je sélectionnerai parmi quelques sites majeurs des documents présentant un intérêt pour l’étudiant(e) souhaitant améliorer sa culture générale. Pour cette première édition d’ECulturE, je vous invite à découvrir un ouvrage qui va vous plonger au cœur du Paris de la Belle Époque : Vingt jours à Paris… par Constant de Tours, publié à Paris en 1890 soit un an après la construction de la Tour Eiffel ! À la fois guide touristique et magnifique recueil de dessins, cet ouvrage qui provient de la BNF se feuillette comme un album. De plus, il est rempli d’anecdotes pittoresques et amusantes !

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Vingt jours à Paris… par Constant de Tours (Paris, 1890)

Regardez aussi ce catalogue de l’Exposition Universelle à Paris en 1889 !

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(1) Sur les deux millions de documents qu’Europeana regroupe à l’heure actuelle, la France est le principal pourvoyeur du fonds (52 %). Saviez-vous aussi que grâce à l’INA,  la France sera en 2015 le seul pays au monde à avoir sauvegardé l’intégralité de son patrimoine audiovisuel ?

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Quelques bibliothèques numériques en bref…

Europeana
Projet européen d’envergure. L’objectif est de parvenir à numériser près de six millions de sources (livres, documents sonores, images, enregistrements audiovisuels, films, etc.) provenant des galeries, bibliothèques, archives et musées de l’Europe entière.
BnF-Gallica
Les collections numériques de la Bibliothèque nationale de France (BnF). Portail multisupport extrêmement riche : imprimés (livres, périodiques et presse) en mode image et en mode texte, manuscrits rares, documents sonores, documents iconographiques, cartes et plans…
Google-livres
Accédez grâce à un vaste catalogue généraliste à des millions d’ouvrages publiés dans le monde entier.
Patrimoine numérique
Le catalogue en ligne du patrimoine culturel numérisé (collections numérisées et productions multimédia associées). Un portail très riche.
INA
Le catalogue de l’Institut National de l’Audiovisuel (INA) donne accès à trois millions d’heures de radio et de télévision françaises, et à plus d’un million de documents photographiques. La plupart de ces documents sont consultables gratuitement. Les fonds d’archives de l’INA sont les plus importants d’Europe.

Au fil des pages… Méditations poétiques…

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Méditations poétiques

Retrouvez l’émotion qu’ont dû éprouver les contemporains de Lamartine en feuilletant cette neuvième édition des Méditations poétiques, datée de 1823, et conservée parmi d’autres manuscrits rares à la New York Public Library (NYPL), l’une des plus importantes et des plus prestigieuses bibliothèques américaines. À la différence d’un tirage récent par exemple qui, en modifiant la composition typographique, les polices de caractère, etc. ne permet pas vraiment de s’approprier le texte, cette ancienne édition, pleine de charme, a tout d’abord un intérêt rétrospectif : sans doute comprendrez-vous mieux, en feuilletant les pages, en regardant les six belles lithographies originales, pourquoi les Méditations poétiques de Lamartine ont à ce point cristallisé les attentes de toute une génération en faisant descendre la poésie au cœur même de l’homme afin de le toucher, comme le dira Lamartine “par les innombrables frissons de l’âme et de la nature”. 

En outre, si vous avez à cœur d’enrichir votre culture générale, les Méditations de Lamartine sont une excellente introduction au vaste mouvement de renouveau, spirituel, artistique et social que fut le Romantisme. Certes, ce mince recueil ne comporte que vingt-quatre poèmes mais il fut un véritable événement littéraire, une “révélation” (Sainte-Beuve), et c’est à juste titre qu’on peut le considérer comme le premier manifeste du Romantisme. De fait, en remettant au centre de la pratique artistique et poétique le sentiment de la nature, l’élan élégiaque, l’emphase, l’effusion lyrique, le langage de la contemplation, cet ouvrage est un véritable dépaysement littéraire. Ne ratez surtout pas la lecture de « L’Isolement » (page 1), du « Soir » (page 29), de « L’Immortalité » (page 37), du « Vallon » (page 45) et bien sûr du « Lac » (page 103) : de toutes les Méditations, c’est sans doute la plus poignante et la plus profondément humaine…

Vous pouvez également télécharger cet ouvrage au format pdf ou epub.

 

La citation de la semaine… Honoré de Balzac…

Elle était, comme vous le savez déjà, sans rien savoir encore, « le lys de cette vallée »…

Là se découvre une vallée qui commence à Montbazon, finit à la Loire, et semble bondir sous les châteaux posés sur ces doubles collines ; une magnifique coupe d’émeraude au fond de laquelle l’Indre se roule par des mouvements de serpent. A cet aspect, je fus saisi d’un étonnement voluptueux que l’ennui des landes ou la fatigue du chemin avait préparé. — Si cette femme, la fleur de son sexe, habite un lieu dans le monde, ce lieu, le voici ? À cette pensée je m’appuyai contre un noyer sous lequel, depuis ce jour, je me repose toutes les fois que je reviens dans ma chère vallée. Sous cet arbre confident de mes pensées, je m’interroge sur les changements que j’ai subis pendant le BR_illustration_lys_dans_la_vallée_webtemps qui s’est écoulé depuis le dernier jour où j’en suis parti. Elle demeurait là, mon cœur ne me trompait point : le premier castel que je vis au penchant d’une lande était son habitation. Quand je m’assis sous mon noyer, le soleil de midi faisait pétiller les ardoises de son toit et les vitres de ses fenêtres. Sa robe de percale produisait le point blanc que je remarquai dans ses vignes sous un hallebergier¹. Elle était, comme vous le savez déjà, sans rien savoir encore, LE LYS DE CETTE VALLÉE où elle croissait pour le ciel, en la remplissant du parfum de ses vertus. L’amour infini, sans autre aliment qu’un objet à peine entrevu dont mon âme était remplie, je le trouvais exprimé par ce long ruban d’eau qui ruisselle au soleil entre deux rives vertes, par ces lignes de peupliers qui parent de leurs dentelles mobiles ce val d’amour, par les bois de chênes qui s’avancent entre les vignobles sur des coteaux que la rivière arrondit toujours différemment, et par ces horizons estompés qui fuient en se contrariant. Si vous voulez voir la nature belle et vierge comme une fiancée, allez là par un jour de printemps, si vous voulez calmer les plaies saignantes de votre cœur, revenez-y par les derniers jours de l’automne ! Au printemps, l’amour y bat des ailes à plein ciel ; en automne on y songe à ceux qui ne sont plus. Le poumon malade y respire une bienfaisante fraîcheur, la vue s’y repose sur des touffes dorées qui communiquent à l’âme leurs paisibles douceurs. En ce moment, les moulins situés sur les chutes de l’Indre donnaient une voix à cette vallée frémissante, les peupliers se balançaient en riant, pas un nuage au ciel, les oiseaux chantaient, les cigales criaient, tout y était mélodie. Ne me demandez plus pourquoi j’aime la Touraine ? je ne l’aime ni comme on aime son berceau, ni comme on aime une oasis dans le désert ; je l’aime comme un artiste aime l’art ; je l’aime moins que je ne vous aime, mais sans la Touraine, peut-être ne vivrais-je plus. Sans savoir pourquoi, mes yeux revenaient au point blanc, à la femme qui brillait dans ce vaste jardin comme au milieu des buissons verts éclatait la clochette d’un convolvulus², flétrie si l’on y touche…

Honoré de Balzac, Le Lys dans la vallée, 1836

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Honoré de Balzac (1799-1850) est un monument de la littérature française. Il a produit une œuvre romanesque aussi vaste que dense : 91 romans marqués par la technique du retour des personnages, et rassemblés sous le titre La Comédie humaine³. Achevé en 1835 et publié en volume un an plus tard, le Lys dans la vallée constitue le dernier tome des Scènes de la vie de campagne, et fait partie avec Eugénie Grandet (1833) ou le Père Goriot (1834) des Études de mœurs réparties en six livres³. Ce roman, qui comporte de nombreux éléments autobiographiques (Balzac y évoque indirectement sa passion pour madame de Berny, à tel point que le je de l’auteur se confond souvent avec le je du narrateur), est d’abord le roman de l’enfance et de l’amour, avant d’être le roman de la désillusion amoureuse. L’histoire, au demeurant, est simple, et apparente le Lys dans la vallée à un roman de l’éducation sentimentale : Félix de Vandenesse, jeune homme romantique, fragile et délaissé par sa mère tombe éperdument amoureux lors d’un bal donné à Tours par le Duc d’Angoulême, de la belle madame de Mortsauf, mariée et plus âgée que lui. Mais cet amour est celui d’un amour impossible…

Le passage présenté est celui où Félix de Vandenesse, bien des années plus tard, se remémore son arrivée à pied depuis Tours dans la vallée de l’Indre : il acquiert tout à coup la conviction que la jeune femme rencontrée lors du bal habite dans la vallée qui honore_de_balzac_1.1291363833.JPGs’offre à son regard. C’est l’occasion pour le narrateur (mais c’est bien Balzac qui parle ici) de se livrer à une suggestive comparaison entre le paysage de la Touraine, tout en galbes et en arrondis, et la femme aimée. De fait, le but pour l’auteur n’est pas tant de décrire la réalité que d’amener à une lecture symbolique du lieu, métamorphosé et poétisé par le désir amoureux : la nature est décrite en fonction des battements du cœur. Les personnifications nombreuses, de même que les métaphores florales participent à une sorte d’humanisation de la nature « belle et vierge comme une fiancée ». La découverte du paysage s’apparente ainsi à un dévoilement de la femme idéale, totalement confondue avec le lieu : « Elle était, comme vous le savez déjà, sans rien savoir encore, LE LYS DE CETTE VALLÉE où elle croissait pour le ciel, en la remplissant du parfum de ses vertus ».

De fait, on est surpris par la symbolique du lieu, qui semble ainsi avoir une âme :  en participant à l’intériorité de l’homme, la contemplation de la nature ouvre sur la révélation amoureuse ; la description si sensuelle de la « frémissante » vallée de l’Indre, tout en courbes et en arrondis, emprunte un ensemble de valeurs à l’emblématique du désir : les multiples boucles et méandres de l’Indre, « ce long ruban d’eau qui ruisselle »,  qui « se roule par des mouvements de serpent » et provoque l’« étonnement voluptueux » du narrateur, suggèrent bien l’éternel féminin et la tentation ; tentation d’autant plus grande qu’elle se heurte à un amour qui restera interdit… Par son lyrisme intime et personnel, ce texte, qui figure parmi les plus belles pages de la poésie amoureuse, est aussi une merveilleuse invitation à découvrir le Romantisme : l’élan élégiaque, l’emphase, l’effusion, le langage de la contemplation, l’importance de la nature, complice et témoin de l’amour sont en effet caractéristiques du lyrisme romantique dont le but est de faire descendre la poésie au cœur même de l’homme afin de le toucher, comme le disait Lamartine, « par les innombrables frissons de l’âme et de la nature »…

Bruno Rigolt

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1. Hallebergier : variété d’abricotier (l’orthogrphe exacte est : albergier).
2. Convolvulus : liseron.
3. Pour comprendre le plan de la Comédie humaine, je vous conseille d’accéder à cette page, très bien faite.
 
→ Accédez au texte intégral du Lys dans la vallée en cliquant ici (Wikisource).
→ Écoutez ou téléchargez gratuitement le livre audio du Lys dans la vallée en cliquant ici (Litteratureaudio.com)
Crédit iconographique : © Bruno Rigolt
(d’après Alexander Ignatius Roche, « 
Portrait de jeune femme en blanc ». Paris, Musée d’Orsay)

Un hommage au 11 novembre 1918… par la classe de Première L2…

Signé à l’aube du 11 novembre 1918 en forêt de Compiègne (Oise), l’armistice marque la fin de la Première Guerre mondiale (1914-1918), qui a fait plus de vingt millions de morts et autant d’invalides et de mutilés. Au-delà de la capitulation de l’Allemagne et de la victoire des Alliés, sa commémoration dans un monde plus fragmenté que jamais, appelle à un nécessaire travail de mémoire que la classe de Première L2 du Lycée en Forêt a souhaité accompagner par une recherche poétique, dont voici le fruit.

                   

Verdun

Création collective (*)

(Première L2)

                

Tes mains étaient douces comme l’horizon

Ton sourire arraché au vent comme la tristesse

Tes larmes vivantes comme l’orage,

Et comme ce train déjà mort

Qui filait dans l’oubli,

Loin du bleu nuit de ton regard

Sous un déluge d’obus…

Le temps changeant de ton visage

S’est perdu comme l’exil

Dans un rapport de pertes de un pour deux…

               

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Là où les fusils chantaient la peur…

par Étienne L.

(Première L2)

                  

Plongé dans cet océan de bruit,

Je me suis égaré dans l’abyme des cris,

Méandres douloureux et anéantis,

Là où les fusils chantaient la peur,

Même les rats nous prenaient en horreur.   

Le vent éparpillé de larmes verra à jamais ce drame

Comme la frénésie d’une patrie

Emmenant ses propres enfants

Qui refusaient simplement

De tirer sur l’opposant.

La poussière de l’aube les tira des explosions

Pour les mener au peloton…

             

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Dans le cœur libre des oiseaux

Création collective (*)

(Première L2)

               

L’eau de tes yeux coulait fascinante comme le rêve

Et le train de 7h30 s’ébranla vers Berlin

La lumière de mon cœur vagabondait

Dans le cœur libre des oiseaux…

Comme il était prescrit sur mon ordre de mobilisation,

Je partais vers toujours,

Vers les peines riches de l’Histoire.

Je rêvais profondément d’amour :

Ton fantôme murmurait doucement comme la mort au matin…

                   

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Marcel Gromaire, « La Guerre« , 1925 (Musée d’art moderne de la Ville de Paris. © ADAGP/RMN – Bulloz)

                     

(*) Création collective : Floriane A. Adelyne B. Nicolas B. Ingrid B. Lola B. Céline B. Honorine B. Marie B. Noëlle B. Rose B. Nicolas B. Margaux B. Émilie C. Morane C. Théo D. Marc D. Léa G. Coralie G. Dakota G. Melvin H. Todd H. Patricia K. Étienne L. Émilie M. Mélissa M. Guillaume M. Manon M. Antoine N. Arthur S. Odyssée S. Lucie S. Brice T. Lysiane V. Agathe V. Kevin V.

Un automne en poésie 2011 1L2 1S2 1STG3… Cinquième livraison

Un automne en poésie… édition 2011… Cinquième livraison

Voici l’avant-dernière livraison de l’édition 2011 d’Un automne en poésie, manifestation d’art qui entend marquer à sa manière la rentrée littéraire au Lycée en Forêt. Plus de soixante textes, tous inédits ! Ces poèmes, souvent d’une grande densité intellectuelle, chantent avant tout la nostalgie de l’Idéal et du Spirituel. Proclamant le pouvoir de l’art sur la vie quotidienne, de la subjectivité sur l’objectivité, de l’imaginaire sur le réel, ils s’inscrivent dans la tradition symboliste. Je vous laisse découvrir la suite des textes publiés…

NetÉtiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans cet Espace Pédagogique Contributif, les poèmes des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du poème cité (URL de la page).
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La brume commence à danser

par Melvin H.

(Classe de Première L2)

               

La pureté des étoiles se fond dans la nuit
Le soupir du vent ne fait plus de bruit
Des lumières dans le ciel vacillent
Ce sont celles des lucioles
D’ici déjà des heures les rayons du soleil
Caresseront le sol. La brume commence à danser
Dans les herbes fades et la fraîcheur de l’air
Qui court lentement sur moi s’évade…

           

          

Je m’envole

par Louis C.
(Classe de Première STG3)

                 

Comme Icare je m’envole
Vers l’infini désespoir
De la tristesse envoûtée.

Mon cœur mélancolique
Ne saurait faire trembler
Les fleurs du voyage.

Homme, je sais me comparer
Aux nuées ardentes :
Le jour du Jugement Dernier arrivera :

Zeus, roi des rois,
Viendra disloquer l’homme le long des côtes
Les entrailles du monde pourriront au fond des abysses

Alors la nature s’enfuira
Pour échapper aux hommes
Pleins de solitude et d’amertume.

                 

                    

De nos jours

par Zyad A.
(Classe de Première S2)

                 

De nos jours, le cœur des hommes est noir de vide
La démence des anges appelle à l’enfer
Le monde exprime ses joies au-dessus du précipice
Ces joies qui attristent le bonheur,
Qui grisent les roses
Et font pleurer les rêves…

De nos jours, imposture et fabulation
Éblouissent les hommes
D’une lumière ténébreuse
Une chimère qui aveugle le monde.
Les larmes de nos jours heureux coulent, coulent
Vers une chute certaine.

        

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Les sentiments s’évaporent

par Hapsa S.
(Classe de Première STG3)

                 

En ce jour de tristesse,

Les sentiments s’évaporent ;

Le temps n’a guère de valeur

Et la clarté lunaire se reflète en mon cœur.

             

Les âmes se vident

En ce jour de tristesse,

Le cœur fragile,

Le mal nous déchire.

                       

Les esprits voyagent

Les souvenirs s’effacent

En ce jour de tristesse

Et le silence s’installe.

              

Le désir de Liberté

Vers nos rêves

Se lit dans les yeux du monde

En ce jour de tristesse…

                  

    

Après une lecture de “Brise marine”

par Odyssée S.
(Classe de Première L2)

                 

Pantin de vos réalités
Où sommeillent de fictives vérités
Son cœur d’automate hurle à l’excursion :       

Ses membres engourdis veulent partir
Et sa tête se balade à travers les vers et les syllabes
Et son âme délibère parmi les mots,

Abandonne tout son être à d’irréelles proses.
Ce désir onirique lui fit presque épargner
Le dur réveil dans votre réalité.

  

                     

Bonheur accusé

par Léa G.
(Classe de Première L2)

                 

L’orient mord à pleines dents

Le sable chaud et la chaleur éternelle

Le soleil s’achève

Sur les chemins de la mer.

                 

Je vole au fond des océans

J’ai chaviré la profondeur des mers

Doux parfum d’écume envolée

D’étoiles lointaines.

                   

Mes pensées légères comme une feuille morte,

Le bras de la justice frappe à ma porte

Arc-en-ciel arraché de la vie

Mouillé par l’horizon au cœur suprême…

             

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Ivan Aïvazovski La Baie de Naples au clair de lune, 1842 (The Ayvazovski Art Gallery, Théodosie, Ukraine)

                

                    

Le lieu

par Antoine N.
(Classe de Première L2)

                 

C’est un lieu perdu et froid
Pourtant doux comme la soie
Parfois, on ne comprend pas à quoi il sert
Car il peut être vide et silencieux comme le désert.

Beaucoup de gens le gardent pour eux
Ils ne disent rien, sont malheureux
S’ils ne souhaitent dire leur bonheur
C’est qu’il s’agit peut-être d’un simple malheur ?         

Parfois il décide de se chauffer
C’est à ce moment que l’on peut aspirer
À vivre en paix dans un foyer
Devant un feu ardent toujours animé.

Ce lieu peut aussi s’arrêter de parler
Ou bien, dans le pire des cas, se briser
Car cet endroit qui peut donner ou non le malheur
C’est ce beau lieu qu’on appelle le cœur…

           

La rencontre

par Estelle J.
(Classe de Première STG3)

                 

Le toucher d’une femme redonne espoir :

Le temps d’un baiser

Et toutes les larmes sont oubliées.

Cette étoile brillante dans un regard,

Il le sait : il restera celui qui l’aimait sans mesure

Il cherchera aux limites du monde

À revoir ses yeux azur en amande tant convoités.

De la falaise rocheuse où il l’avait rencontrée

Il revoit ce visage inondé d’innocence et de pureté :

Le vent faisait virevolter sa robe blanche

Et ses cheveux d’été pénétrés de soleil…

“Vais-je la revoir un jour ?” pensait-il,

“En tout cas je l’espère”…

                    

                 

Libération solitaire

par Manon M.
(Classe de Première L2)

                 

L’oxygène respire la nature

Et les oiseaux volent vers l’instant

D’une rime étrangère :

Là où la nature est arrachée de ses rêves,

Où la mélancolie des mondes solitaires

Envahit l’intense étourdissement,

Là où des oiseaux papillonnent

Parmi ces cloisons parfois libérées…

       

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Le fleuve du monde déferle

par Nicolas B.
(Classe de Première L2)

                 

Perdu dans une brume à la grisaille éclatante,

L’esprit vagabonde, invisible et gracieux,

Pareil au nuage dans la tempête,

Comme les larmes des glaciers se répandent…

Que l’hiver migre

Et le fleuve du monde déferle !

Noyant, brisant, anéantissant ses souvenirs :

Le barrage a cédé.

Il faut maintenant reconstruire.

              

               

Le poids d’une goutte de pluie

par Pierre A.
(Classe de Première STG3)

                 

La vie, vaste chose oppressée

Telle une feuille subissant le poids

D’une goutte de pluie…

Et l’homme, petite chose

Devant ces colosses que l’on nomme

Les défis de la vie humaine.

Agréable douleur que la vie emplie de larmes ?

L’homme commence à perdre haleine

Ses mains tremblent,

Le Fossoyeur lentement creuse sa tombe.

             

               

Histoire d’une nuit étoilée

par Émilie C.

(Classe de Première L2)

                 

Le chant suprême de mon cœur résonne

Comme le cri de détresse d’un homme à la mer.

Il m’emporte vers des îles belles de solitude

Mon âme se laisse envoler par ce doux rêve

Séquestrée par la douleur d’une nuit étoilée.

              

Puis au soleil levant, elle laisse libre cour

À son désespoir. Mille fois,

J’ai entendu l’histoire de ces nuits étoilées

Jusqu’à ce que ma douce lumière s’éteigne

Laissant en moi un sentiment d’amertume en fleur…

             

           

               

Tempête ensoleillée

par Mélissa M.

(Classe de Première L2)

                 

Semaine sans inspiration

Fin de tempête laissant place au soleil

L’humeur du jour réduite à penser

À la beauté de la vie.

Le vent se mêlera à la mer…

         

            

Le chant des lyres

par Timothy A. et Robin C.

(Classe de Première S2)

                            

Le chant des lyres berce mon cœur décédé

La plainte des nuages comme supplice à une mort égarée

Je parcours ton cœur dans l’image d’une souffrance infinie

Le souvenir de toi envahit ma douce pensée :

Ma peine est vaste comme l’existence succincte…

           

D’autres textes seront publiés prochainement…

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Chroniques d’élèves… Première L2 : Lettre ouverte à la grisaille du quotidien… Honorine B

La classe de Première L2 du Lycée en Forêt (Promotion 2010) a eu l’occasion de défendre haut et fort la Poésie à travers une écriture d’invention intitulée « Lettre ouverte à la grisaille du quotidien »… 
Parmi tous les textes rédigés, toujours de grande qualité, quelques uns m’ont paru suffisamment remarquables pour être publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif.
Le deuxième est le texte d’Honorine B… Je vous le laisse découvrir :

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« Dans la poésie, la vie est plus que la vie elle même…»
Vissarion Bielinski, La Poésie de M. Lermontov

          

honorine_b_1l2_lettrine_b.1289640407.jpgielinski avait tout compris. Contrairement à ce monde, devenu aveugle. Et contrairement à toi, Grisaille du quotidien : le voyage t’effraie, la nature te fait peur, l’inconscient te dépasse, et le vrai te terrifie. Tu ne peux concevoir l’individu. C’est pour ça que tu n’aimes pas la poésie. Tu ne saurais percevoir sa valeur immatérielle, mille fois plus importante que le prix de tous tes gadgets réunis. D’ailleurs, c’est à cause d’eux que tu ne peux plus voir la beauté des choses. Alors je vais essayer de t’ouvrir les yeux.

Premièrement, surmonte ton angoisse de l’inconnu. Baudelaire nous a fait une invitation, et quelle invitation ! « L’invitation au Voyage« . Suis-le !  Cette promenade, c’est avec ton cœur que tu la feras. Laisse tes oripeaux au placard. Certes, tu ne pourras prendre aucune photographie au cours de ce voyage… Mais c’est ton âme qui gardera ces précieux souvenirs. Tu n’aimes pas ? Tu n’as pas l’air de comprendre ? Lis-tu entre les lignes ? Non. Tu n’y arrives pas. Ou plutôt, tu ne veux pas. Tu refuses d’apporter un peu de couleur à ta monotonie. Ce « pays de Cocagne » ne semble pas assez concret pour toi. Et pourtant il est bien plus réel que tout ce qui t’entoure. Certes, tu ne pourras rien acheter, rien vendre, rien toucher, rien prendre. Mais les apparences sont trompeuses. Tes sophismes l’illustrent parfaitement. Car ce voyage est réel. Ce voyage est concret. Simplement pas dans le sens où tu l’entends.

honorine_b_1l2_lettrine_f.1289648309.jpginalement, Baudelaire n’est peut-être pas approprié à ton cas : tu es devenue trop nihiliste pour ressentir la magnificence de  ses textes. Mais n’abandonne pas ! Peut-être les haïkus Japonais te parleront-ils davantage ? Puisses-tu les lire, et te projeter dans les îles de ton inconscient. Mais la poésie est un lieu difficile d’accès, et tu en as tellement peur que tu le bloques… Alors rappelle-toi simplement d’une île qui existe. C’est un début. Imaginer. Ressentir. Penser.

         

Mystique mirage dont découlent d’exquises perditions… (¹)

Car la poésie est un exil : tu peux toujours essayer de la suivre ! En vain. Contente-toi, si tu le peux, de suivre Bernard Weber : son Livre du voyage n’est pas de la poésie au sens commun et banal du terme, mais dans son acception la plus noble. Si le texte est simple, en revanche la pensée est profonde : pour Bernard Weber, entrer en poésie contribue à imaginer son propre monde. C’est bien là le sens du Poétique, non ? Le poème aide à s’évader de son quotidien. Lis de la poésie, et ta grisaille « s’arc-en-cièlisera ». Ton quotidien « s’exceptionnalisera » : peut-être apprendras-tu à penser par toi-même. Car lire est en soi une chose charmante, mais écrire libère encore plus. Ce monde ne néglige-t-il pas la puissance des mots ? Car avoue-le : tu négliges la puissance des mots. Et pourtant c’est par eux que tout passe. C’est par eux que tout à commencé… Écrire est un véritable mirage. Un « mystique mirage dont découlent d’exquises perditions » (¹)…

honorine_b_1l2_lettrine_t.1289649969.jpgTu dois te dire peut-être que la poésie est élitiste. Et pourtant elle ne l’est pas. Elle peuple ton quotidien : tu peux la retrouver dans des chansons. Tu peux la retrouver dans des tableaux, et dans l’harmonie même de la nature. La nature n’est-elle pas ce qu’il y a de plus beau, et de plus pur en ce monde ? Il n’y a qu’à regarder les actualités pour voir ce tu en as as fait. Le monde se meurt par ta faute. Si tu faisais plus attention à ses besoins, elle t’en remercierait. Gaïa est belle. Et tu l’as corrompue. Il serait tant maintenant de la vénérer, comme tant d’autres l’ont fait avant toi. Mais tu as démoli tout ce qui leur était cher. Tu essayes d’analyser leurs écrits, mais tu le fais de façon tellement linéaire que tu passes à côté de l’essentiel. Tu fais des commentaires et autres analyses de textes, tu te laisses aveugler par des procédés stylistiques et tu en oublies le principal : le Verbe. Je reviens à Baudelaire : quand il rédige « Correspondances« , il a pourtant essayé de t’expliquer à quel point le monde matériel correspondait au monde spirituel : « La nature est un temple où de vivants piliers/Laissent parfois sortir de confuses paroles »… Ne chante-t-il pas ici les mystérieuses synesthésies du monde ?

L’art peut emmener vers l’Inconnu le plus ultime…

honorine_b_1l2_lettrine_s.1289650776.jpgSi tu n’entend toujours pas, essaie d’autres horizons : en traçant ces mots, je repense à ce voyageur qui friedrich4.1244031330.jpgsemble marcher au dessus d’une mer de nuages… Comme le suggère le titre du tableau de Friedrich, l’art peut emmener vers l’Inconnu le plus ultime. Ne te contente pas de classer ce tableau dans tes cases préconçues. Ressens ce tableau. Perds-toi dans les pensées de l’artiste comme la brume se perd dans le ciel. Vois-tu avec ses yeux ? L’art, tu peux le voir, le toucher, et l’entendre. La musique aussi est poétique. Je peux te proposer quelques auteurs, compositeurs et autres interprètes, qui se battent pour cette terre que tu abandonnes lâchement. Par exemple, Tryo, avec son « Air du plastique« , te somme d’arrêter de recouvrir notre Mère avec ce film de pétrole :

Quand de la terre le plastique, devient malgré elle son engrais
Main de l’homme sur le monde, redessine les paysages.

Tu te sens coupable ? C’est sûrement ton inconscient qui travaille ! Mais au fond de moi, je sais que tu n’aimes pas l’idée de ne pouvoir toujours tout contrôler.  Tu as la  phobie de ne pouvoir toujours être rationnelle. Eh bien, la poésie peut t’aider à accepter tes passions, tes pulsions. Tu es  tellement  raisonnable. Tellement moralisatice, toi, Grisaille du Quotidien. Tu  adules les Lumières, Voltaire, Diderot ou encore d’Alembert, car ils sont les fondateurs de ta pensée utilitariste et de ton pragmatisme. Pourtant, il y a des écrivains, tels Rousseau, qui ont osé te tenir tête. L’auteur des Rêveries n’a-t-il pas écrit que « c’est l’imagination qui étend pour nous la mesure des possibles, et nourrit les désirs par l’espoir de les satisfaire » ? Lui au moins n’avait pas peur de l’inconscient ! Ce à quoi tu opposerais Voltaire en clamant que « l’étude a cela de bon […] qu’elle nous délivre du fardeau de notre oisiveté, et qu’elle nous empêche de courir hors de chez nous, pour aller dire et écouter des riens, d’un bout de la ville à l’autre »… Travailler, étudier, rationaliser… Tes discours moralisateurs enlèvent tout le charme qu’a la vie. Nous n’en avons qu’une, alors pourquoi la gâcher avec ta monotonie et tes codes ?

honorine_b_1l2_lettrine_p.1289652020.jpgPrécédemment, je te parlais d’artistes de la chanson française. Mais tu sais, d’autres cultures ont également parsemé leurs textes de poésie. Par exemple, le chanteur jamaïcain Damian Marley nous invite à entreprendre le voyage vers Sion, la cité souterraine des humains rescapés de Matrix, vivant dans le « monde réel » :

I got to keep on walking on the road to Zion land…

Pour moi, vois-tu, ce monde « bien réel » est celui de l’imaginaire. Oui, ce mythe de l’Éden Perdu peut devenir réalité. Mais tu empêches la concrétisation de ce rêve, avec ta rationalité. À cause de ton Spleen, Baudelaire n’a pu atteindre son Idéal. Es-tu consciente de ce que tu as fait, et de ce que tu fais endurer à des âmes sans défense aucune ? À propos, tu connais Rimbaud, j’en suis sûre. Et aussi sa fameuse « Lettre du voyant« . Mais oui, ce texte est de la poésie ! Mais oui, il défend tout ce que tu abjures. Quand il dit à son professeur de Français que « Je est un autre », cela t’inquiète n’est-ce pas ? Cela te fait peur ? Mais accepte de prendre des risques ! Regarde les choses sous un autre angle. Sous plusieurs angles différents. En fait, je pense que c’est simplement le fait de découvrir ta vraie nature qui t’épouvante. La poésie romantique a prôné le retour au réel, au vrai, au naturel. Primitivisme ne veut pas dire régression, il veut dire essentiel : tu commences peut-être à comprendre que ce romantisme dont je te parle depuis le début s’oppose entièrement à toi !

J’en appelle aussi au Symbolisme, ce vaste mouvement de déchiffrement du sens ! Claude Debussy dans « La mer« , une des œuvres orchestrales les plus originales de la musique contemporaine, a peint parfaitement cette poésie idéaliste dont tu as horreur. Ses trois mouvements vont crescendo. Comme si tu montais de plus en plus haut, de plus en plus vite, de plus en plus loin en toi. Laisse-toi emporter par cette symphonie naturelle. Elle te rappellera les plaisirs purs dont tu as oublié de jouir. Pourquoi es-tu toujours pressée, toujours à la recherche de quelque chose de nouveau, alors que le vrai t’attend, juste devant toi ? Tu le fuis comme on fuit la peste. Sens les réminiscences de tes émotions perdues… Apprends à chanter les paroles de cet hymne au réel. C’est ce que l’homme recherche depuis toujours. Déjà Horace le préconisait :

« Carpe Diem »

honorine_b_1l2_lettrine_o.1289653663.jpgui ! Profite de l’instant présent. Tu es toujours à te projeter dans un espace-temps et dans un lieu où tu n’es pas. Tu gâches le peu de temps qui t’es imparti dans des prévisions, ou dans des souvenirs, ainsi que dans des idées préconçues. Et cela depuis toujours. Tu as formé des bataillons en marche vers une société déshumanisée, qui ne se connait pas, qui ne se voit plus, où le factice est roi. Bientôt, les paroles des poètes ne seront que de l’art abstrait, juste jolies pour décorer une chambre ou les couloirs du métro. Mais il est encore temps de changer tout ça. Il est encore temps de laisser à la poésie la place qu’elle a toujours méritée ! Encore une fois, je vais reprendre l’exemple de Rimbaud. Dans son « Bateau ivre« , il nous explique son voyage vers lui-même, vers le profond de lui-même : oui, il a « vu quelquefois ce que l’homme a cru voir ! » Il a vu ce que tu te donnes tant de mal à enfouir bien profondément dans nos cerveaux : nous faire oublier le rêve, pour nous préparer à accepter ton « idéal », ta fausse sensibilité…

Tu as probablement remarqué que le « moi » est une chose essentielle pour le poète. Mais comme tout comme le reste, tu le renies, car tu en as peur. Certes, être en groupe a un effet rassurant : nous ne sommes pas seuls. Illusion du social ! Illusion de l’homme uniformisé ! Il faut de tout pour faire un monde. Notre monde… Pour moi, le premier à avoir rejeté cette illusion unanimiste fut véritablement Rousseau, avec ses Confessions. Il a osé se démarquer et avouer toutes ses fautes, même les plus abominables. Et comment fut-il remercié ? À coups de pierre. Nous n’étions pas prêts à recevoir tant d’honnêteté. TU n’étais pas prête. Toi qui pensais que l’Homme est entier et rationnel, voilà toutes tes théories envolées, grâce à UN homme qui a eu le courage de se dévoiler entièrement. Je repense aussi à Mallarmé : n’a-t-il pas, dans ce monologue découragé qu’est « Brise Marine« , révélé au grand jour toutes ces choses qu’il abandonnerait pour entreprendre le « grand voyage » ? Bien sûr, ce n’est absolument pas conventionnel. Et ça te dérange. Au lieu de le blâmer pour son courage, tu ferais mieux de devenir moins hypocrite. Car c’est grâce à des gens qui osent écrire avec une franchise sans limites que la poésie est tellement importante et que « le monde est réel ».

honorine_b_1l2_lettrine_j.1289654780.jpg‘en arrive au dernier point, le plus essentiel peut-être. Ce qui te gène dans la poésie, c’est qu’elle n’a aucune valeur marchande. La poésie ne s’achète pas. Tu ne peux pas acheter du lyrisme, pas plus que les mots, pas plus que le langage. De plus, elle n’a aucune utilité physique. Et c’est d’ailleurs pour cela qu’elle t’est étrangère. Dans le film American Beauty réalisé par Sam Mendes, Lester Burnham est ta personnification. Et Ricky Fitts représente la poésie elle-même. La plus belle chose jamais filmée était un sac plastique dansant avec le vent. Tu trouves probablement ça idiot. Mais regarde comment tu finis. C’est vers cette voie que tu nous emmènes. Je terminerai par un livre : Voyage au bout de la solitude, relatant l’histoire réelle de Christopher McCandless, et dont Sean Penn a tiré le film bouleversant Into the Wild. Christopher t’a fui comme tu fuyais la Vérité. Il a compris une chose plus qu’essentielle. Si l’argent contribue au bonheur, il ne le fabrique pas. C’est dans sa gratuité que réside le secret de la poésie… McCandless a vécu sa vie poétiquement. Avec tous les défauts que cela comporte. Il est allé plus haut et plus loin que la majorité d’entre nous…

Alors, si tu as retenu que la poésie était belle et importante, et qu’elle pouvait t’aider à changer, alors j’aurai réussi. Et peut-être même que toi, grisaille du quotidien, tu deviendras couleur de l’exceptionnel.

La poésie est en toute chose. Il suffit de chercher…

          
__________
Notes
(1) Honorine B « Anarchitecture de l’ombre« .
(2) Voltaire, Lettre à Madame du Deffand (17 février 1766). Correspondance de Mme du Deffand, t. I, p. 338.
__________
© Honorine B., élève de Première L2 (Espace pédagogique Contributif/Lycée en Forêt, Montargis, France. Novembre 2010)
NetÉtiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans cet Espace Pédagogique Contributif, les textes des élèves et des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à la disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du texte cité (URL de la page).

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Retrouvez sur la playlist « Lettre ouverte d’Honorine » les références citées dans l’article !

Chroniques d'élèves… Première L2 : Lettre ouverte à la grisaille du quotidien… Honorine B

La classe de Première L2 du Lycée en Forêt (Promotion 2010) a eu l’occasion de défendre haut et fort la Poésie à travers une écriture d’invention intitulée « Lettre ouverte à la grisaille du quotidien »… 
Parmi tous les textes rédigés, toujours de grande qualité, quelques uns m’ont paru suffisamment remarquables pour être publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif.
Le deuxième est le texte d’Honorine B… Je vous le laisse découvrir :

honorine_b_1l2_lettre_ouverte_a_2.1289647723.jpg

          
             
« Dans la poésie, la vie est plus que la vie elle même…»
Vissarion Bielinski, La Poésie de M. Lermontov

          

honorine_b_1l2_lettrine_b.1289640407.jpgielinski avait tout compris. Contrairement à ce monde, devenu aveugle. Et contrairement à toi, Grisaille du quotidien : le voyage t’effraie, la nature te fait peur, l’inconscient te dépasse, et le vrai te terrifie. Tu ne peux concevoir l’individu. C’est pour ça que tu n’aimes pas la poésie. Tu ne saurais percevoir sa valeur immatérielle, mille fois plus importante que le prix de tous tes gadgets réunis. D’ailleurs, c’est à cause d’eux que tu ne peux plus voir la beauté des choses. Alors je vais essayer de t’ouvrir les yeux.

Premièrement, surmonte ton angoisse de l’inconnu. Baudelaire nous a fait une invitation, et quelle invitation ! « L’invitation au Voyage« . Suis-le !  Cette promenade, c’est avec ton cœur que tu la feras. Laisse tes oripeaux au placard. Certes, tu ne pourras prendre aucune photographie au cours de ce voyage… Mais c’est ton âme qui gardera ces précieux souvenirs. Tu n’aimes pas ? Tu n’as pas l’air de comprendre ? Lis-tu entre les lignes ? Non. Tu n’y arrives pas. Ou plutôt, tu ne veux pas. Tu refuses d’apporter un peu de couleur à ta monotonie. Ce « pays de Cocagne » ne semble pas assez concret pour toi. Et pourtant il est bien plus réel que tout ce qui t’entoure. Certes, tu ne pourras rien acheter, rien vendre, rien toucher, rien prendre. Mais les apparences sont trompeuses. Tes sophismes l’illustrent parfaitement. Car ce voyage est réel. Ce voyage est concret. Simplement pas dans le sens où tu l’entends.

honorine_b_1l2_lettrine_f.1289648309.jpginalement, Baudelaire n’est peut-être pas approprié à ton cas : tu es devenue trop nihiliste pour ressentir la magnificence de  ses textes. Mais n’abandonne pas ! Peut-être les haïkus Japonais te parleront-ils davantage ? Puisses-tu les lire, et te projeter dans les îles de ton inconscient. Mais la poésie est un lieu difficile d’accès, et tu en as tellement peur que tu le bloques… Alors rappelle-toi simplement d’une île qui existe. C’est un début. Imaginer. Ressentir. Penser.

         

Mystique mirage dont découlent d’exquises perditions… (¹)

Car la poésie est un exil : tu peux toujours essayer de la suivre ! En vain. Contente-toi, si tu le peux, de suivre Bernard Weber : son Livre du voyage n’est pas de la poésie au sens commun et banal du terme, mais dans son acception la plus noble. Si le texte est simple, en revanche la pensée est profonde : pour Bernard Weber, entrer en poésie contribue à imaginer son propre monde. C’est bien là le sens du Poétique, non ? Le poème aide à s’évader de son quotidien. Lis de la poésie, et ta grisaille « s’arc-en-cièlisera ». Ton quotidien « s’exceptionnalisera » : peut-être apprendras-tu à penser par toi-même. Car lire est en soi une chose charmante, mais écrire libère encore plus. Ce monde ne néglige-t-il pas la puissance des mots ? Car avoue-le : tu négliges la puissance des mots. Et pourtant c’est par eux que tout passe. C’est par eux que tout à commencé… Écrire est un véritable mirage. Un « mystique mirage dont découlent d’exquises perditions » (¹)…

honorine_b_1l2_lettrine_t.1289649969.jpgTu dois te dire peut-être que la poésie est élitiste. Et pourtant elle ne l’est pas. Elle peuple ton quotidien : tu peux la retrouver dans des chansons. Tu peux la retrouver dans des tableaux, et dans l’harmonie même de la nature. La nature n’est-elle pas ce qu’il y a de plus beau, et de plus pur en ce monde ? Il n’y a qu’à regarder les actualités pour voir ce tu en as as fait. Le monde se meurt par ta faute. Si tu faisais plus attention à ses besoins, elle t’en remercierait. Gaïa est belle. Et tu l’as corrompue. Il serait tant maintenant de la vénérer, comme tant d’autres l’ont fait avant toi. Mais tu as démoli tout ce qui leur était cher. Tu essayes d’analyser leurs écrits, mais tu le fais de façon tellement linéaire que tu passes à côté de l’essentiel. Tu fais des commentaires et autres analyses de textes, tu te laisses aveugler par des procédés stylistiques et tu en oublies le principal : le Verbe. Je reviens à Baudelaire : quand il rédige « Correspondances« , il a pourtant essayé de t’expliquer à quel point le monde matériel correspondait au monde spirituel : « La nature est un temple où de vivants piliers/Laissent parfois sortir de confuses paroles »… Ne chante-t-il pas ici les mystérieuses synesthésies du monde ?

L’art peut emmener vers l’Inconnu le plus ultime…

honorine_b_1l2_lettrine_s.1289650776.jpgSi tu n’entend toujours pas, essaie d’autres horizons : en traçant ces mots, je repense à ce voyageur qui friedrich4.1244031330.jpgsemble marcher au dessus d’une mer de nuages… Comme le suggère le titre du tableau de Friedrich, l’art peut emmener vers l’Inconnu le plus ultime. Ne te contente pas de classer ce tableau dans tes cases préconçues. Ressens ce tableau. Perds-toi dans les pensées de l’artiste comme la brume se perd dans le ciel. Vois-tu avec ses yeux ? L’art, tu peux le voir, le toucher, et l’entendre. La musique aussi est poétique. Je peux te proposer quelques auteurs, compositeurs et autres interprètes, qui se battent pour cette terre que tu abandonnes lâchement. Par exemple, Tryo, avec son « Air du plastique« , te somme d’arrêter de recouvrir notre Mère avec ce film de pétrole :

Quand de la terre le plastique, devient malgré elle son engrais
Main de l’homme sur le monde, redessine les paysages.

Tu te sens coupable ? C’est sûrement ton inconscient qui travaille ! Mais au fond de moi, je sais que tu n’aimes pas l’idée de ne pouvoir toujours tout contrôler.  Tu as la  phobie de ne pouvoir toujours être rationnelle. Eh bien, la poésie peut t’aider à accepter tes passions, tes pulsions. Tu es  tellement  raisonnable. Tellement moralisatice, toi, Grisaille du Quotidien. Tu  adules les Lumières, Voltaire, Diderot ou encore d’Alembert, car ils sont les fondateurs de ta pensée utilitariste et de ton pragmatisme. Pourtant, il y a des écrivains, tels Rousseau, qui ont osé te tenir tête. L’auteur des Rêveries n’a-t-il pas écrit que « c’est l’imagination qui étend pour nous la mesure des possibles, et nourrit les désirs par l’espoir de les satisfaire » ? Lui au moins n’avait pas peur de l’inconscient ! Ce à quoi tu opposerais Voltaire en clamant que « l’étude a cela de bon […] qu’elle nous délivre du fardeau de notre oisiveté, et qu’elle nous empêche de courir hors de chez nous, pour aller dire et écouter des riens, d’un bout de la ville à l’autre »… Travailler, étudier, rationaliser… Tes discours moralisateurs enlèvent tout le charme qu’a la vie. Nous n’en avons qu’une, alors pourquoi la gâcher avec ta monotonie et tes codes ?

honorine_b_1l2_lettrine_p.1289652020.jpgPrécédemment, je te parlais d’artistes de la chanson française. Mais tu sais, d’autres cultures ont également parsemé leurs textes de poésie. Par exemple, le chanteur jamaïcain Damian Marley nous invite à entreprendre le voyage vers Sion, la cité souterraine des humains rescapés de Matrix, vivant dans le « monde réel » :

I got to keep on walking on the road to Zion land…

Pour moi, vois-tu, ce monde « bien réel » est celui de l’imaginaire. Oui, ce mythe de l’Éden Perdu peut devenir réalité. Mais tu empêches la concrétisation de ce rêve, avec ta rationalité. À cause de ton Spleen, Baudelaire n’a pu atteindre son Idéal. Es-tu consciente de ce que tu as fait, et de ce que tu fais endurer à des âmes sans défense aucune ? À propos, tu connais Rimbaud, j’en suis sûre. Et aussi sa fameuse « Lettre du voyant« . Mais oui, ce texte est de la poésie ! Mais oui, il défend tout ce que tu abjures. Quand il dit à son professeur de Français que « Je est un autre », cela t’inquiète n’est-ce pas ? Cela te fait peur ? Mais accepte de prendre des risques ! Regarde les choses sous un autre angle. Sous plusieurs angles différents. En fait, je pense que c’est simplement le fait de découvrir ta vraie nature qui t’épouvante. La poésie romantique a prôné le retour au réel, au vrai, au naturel. Primitivisme ne veut pas dire régression, il veut dire essentiel : tu commences peut-être à comprendre que ce romantisme dont je te parle depuis le début s’oppose entièrement à toi !

J’en appelle aussi au Symbolisme, ce vaste mouvement de déchiffrement du sens ! Claude Debussy dans « La mer« , une des œuvres orchestrales les plus originales de la musique contemporaine, a peint parfaitement cette poésie idéaliste dont tu as horreur. Ses trois mouvements vont crescendo. Comme si tu montais de plus en plus haut, de plus en plus vite, de plus en plus loin en toi. Laisse-toi emporter par cette symphonie naturelle. Elle te rappellera les plaisirs purs dont tu as oublié de jouir. Pourquoi es-tu toujours pressée, toujours à la recherche de quelque chose de nouveau, alors que le vrai t’attend, juste devant toi ? Tu le fuis comme on fuit la peste. Sens les réminiscences de tes émotions perdues… Apprends à chanter les paroles de cet hymne au réel. C’est ce que l’homme recherche depuis toujours. Déjà Horace le préconisait :

« Carpe Diem »

honorine_b_1l2_lettrine_o.1289653663.jpgui ! Profite de l’instant présent. Tu es toujours à te projeter dans un espace-temps et dans un lieu où tu n’es pas. Tu gâches le peu de temps qui t’es imparti dans des prévisions, ou dans des souvenirs, ainsi que dans des idées préconçues. Et cela depuis toujours. Tu as formé des bataillons en marche vers une société déshumanisée, qui ne se connait pas, qui ne se voit plus, où le factice est roi. Bientôt, les paroles des poètes ne seront que de l’art abstrait, juste jolies pour décorer une chambre ou les couloirs du métro. Mais il est encore temps de changer tout ça. Il est encore temps de laisser à la poésie la place qu’elle a toujours méritée ! Encore une fois, je vais reprendre l’exemple de Rimbaud. Dans son « Bateau ivre« , il nous explique son voyage vers lui-même, vers le profond de lui-même : oui, il a « vu quelquefois ce que l’homme a cru voir ! » Il a vu ce que tu te donnes tant de mal à enfouir bien profondément dans nos cerveaux : nous faire oublier le rêve, pour nous préparer à accepter ton « idéal », ta fausse sensibilité…

Tu as probablement remarqué que le « moi » est une chose essentielle pour le poète. Mais comme tout comme le reste, tu le renies, car tu en as peur. Certes, être en groupe a un effet rassurant : nous ne sommes pas seuls. Illusion du social ! Illusion de l’homme uniformisé ! Il faut de tout pour faire un monde. Notre monde… Pour moi, le premier à avoir rejeté cette illusion unanimiste fut véritablement Rousseau, avec ses Confessions. Il a osé se démarquer et avouer toutes ses fautes, même les plus abominables. Et comment fut-il remercié ? À coups de pierre. Nous n’étions pas prêts à recevoir tant d’honnêteté. TU n’étais pas prête. Toi qui pensais que l’Homme est entier et rationnel, voilà toutes tes théories envolées, grâce à UN homme qui a eu le courage de se dévoiler entièrement. Je repense aussi à Mallarmé : n’a-t-il pas, dans ce monologue découragé qu’est « Brise Marine« , révélé au grand jour toutes ces choses qu’il abandonnerait pour entreprendre le « grand voyage » ? Bien sûr, ce n’est absolument pas conventionnel. Et ça te dérange. Au lieu de le blâmer pour son courage, tu ferais mieux de devenir moins hypocrite. Car c’est grâce à des gens qui osent écrire avec une franchise sans limites que la poésie est tellement importante et que « le monde est réel ».

honorine_b_1l2_lettrine_j.1289654780.jpg‘en arrive au dernier point, le plus essentiel peut-être. Ce qui te gène dans la poésie, c’est qu’elle n’a aucune valeur marchande. La poésie ne s’achète pas. Tu ne peux pas acheter du lyrisme, pas plus que les mots, pas plus que le langage. De plus, elle n’a aucune utilité physique. Et c’est d’ailleurs pour cela qu’elle t’est étrangère. Dans le film American Beauty réalisé par Sam Mendes, Lester Burnham est ta personnification. Et Ricky Fitts représente la poésie elle-même. La plus belle chose jamais filmée était un sac plastique dansant avec le vent. Tu trouves probablement ça idiot. Mais regarde comment tu finis. C’est vers cette voie que tu nous emmènes. Je terminerai par un livre : Voyage au bout de la solitude, relatant l’histoire réelle de Christopher McCandless, et dont Sean Penn a tiré le film bouleversant Into the Wild. Christopher t’a fui comme tu fuyais la Vérité. Il a compris une chose plus qu’essentielle. Si l’argent contribue au bonheur, il ne le fabrique pas. C’est dans sa gratuité que réside le secret de la poésie… McCandless a vécu sa vie poétiquement. Avec tous les défauts que cela comporte. Il est allé plus haut et plus loin que la majorité d’entre nous…

Alors, si tu as retenu que la poésie était belle et importante, et qu’elle pouvait t’aider à changer, alors j’aurai réussi. Et peut-être même que toi, grisaille du quotidien, tu deviendras couleur de l’exceptionnel.

La poésie est en toute chose. Il suffit de chercher…

          
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Notes
(1) Honorine B « Anarchitecture de l’ombre« .
(2) Voltaire, Lettre à Madame du Deffand (17 février 1766). Correspondance de Mme du Deffand, t. I, p. 338.
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© Honorine B., élève de Première L2 (Espace pédagogique Contributif/Lycée en Forêt, Montargis, France. Novembre 2010)
NetÉtiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans cet Espace Pédagogique Contributif, les textes des élèves et des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à la disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du texte cité (URL de la page).

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Après incident technique… Retour progressif à la normale…

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Chroniques d'élèves… Première L2 : Lettre ouverte à la grisaille du quotidien… Nicolas B

La classe de Première L2 du Lycée en Forêt (Promotion 2010) a eu l’occasion de défendre haut et fort la Poésie à travers une écriture d’invention intitulée « Lettre ouverte à la grisaille du quotidien »… 
Parmi tous les textes rédigés, toujours de grande qualité, quelques uns m’ont paru suffisamment remarquables pour être publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif.
Le premier est le texte de Nicolas B… Je vous le laisse découvrir :
                     

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« Le poète apparaît en ce monde ennuyé », ainsi débutait Spleen et Idéal de Baudelaire, le poète maudit. Aujourd’hui, dans une société où plus que jamais le consumérisme se développe à l’insu de l’identité humaine, un retour aux sources s’impose. Le moyen le plus efficace d’y arriver : la poésie.

Les maux…

Le siècle premier du troisième millénaire s’annonce comme étant celui des néo-Lumières, ayant pour seul dieu le progrès technique et pour seule motivation le pétrodollar ! Face à cette véritable ingurgitation de l’homme par la machine, la question se pose de savoir si la personne à maudire est bien Charles Baudelaire, ou si ce ne serait pas plutôt Vous, chère grisaille du quotidien, vous qui menez lentement la société à l’autodestruction !

Vous avez fait de notre monde celui du télévisuel qui se veut prophète ! La réflexion personnelle y est purement et simplement annihilée et notre civilisation est, en somme, celle du « prêt à consommer » cérébral, où l’on sert au peuple des pseudo stimulations intellectuelles, visant à lui laisser croire qu’il est conscient pour mieux l’endormir. Petit à petit, la société de consommation dans laquelle nous vivons et le poids que vous pesez sur nos épaules finiront par nous tuer. La mort ne sera peut-être pas physique, mais l’Homme mourra, son esprit, ses pensées et ses émotions si merveilleuses disparaîtront, et notre planète s’en trouvera peuplée de robots organiques, endoctrinés depuis des dizaines de générations, programmés pour avoir comme seuls objectifs la compétitivité et le rendement. Victor Hugo, lui, l’avait compris, et il affirme sans honte dans « Le poème éploré se lamente » (1834), que « l’esprit, c’est le cœur » ; ces paroles sont précédées d’une très pertinente entrée en matière : « la foule a tort »…

Pertinente en effet car voilà bien le problème : la foule. Finalement, l’homme n’existe plus à vos yeux. Seuls « les gens », « la majorité » comptent. L’individu est effacé, caché derrière une masse difforme et dépourvue d’âme. Vous en êtes la responsable. À affubler chaque citoyen du monde des mêmes fardeaux, vous avez nécessairement créé six milliards cinq cents millions de fois le même être triste et idiot, et c’est cet être triste et idiot qui est à l’origine de tous les problèmes du monde. Il oublie ce qu’il a pour se concentrer sur ce que l’autre possède. Plus grave : il oublie ce qu’il est pour se disperser dans ce que l’Autre pense qu’il est. Et c’est votre faute : vous agissez à la manière d’un cultivateur qui pulvériserait des tonnes de pesticide depuis un avion sans se soucier du cycle de destruction qu’il entraîne, sauf que pour vous, l’insecte nuisible à exterminer, c’est le moi, chose absolument catastrophique s’il en est car c’est cette dernière petite lueur d’âme qui empêche l’humanité de sombrer dans une bêtise aussi grande que la vôtre !

Finissons par le meilleur ! La merveilleuse « norme sociale »… Superbe invention : il faut être comme tout le monde pour ne pas passer pour un ahuri. Le fait que tout le monde, par exemple, regarde un show télévisé dépourvu de la plus petite once d’intérêt consistant à s’enfermer dans un bocal en se mentant en permanence pendant plus de trois mois importe peu. Ce qu’il faut, c’est faire comme la majorité. Car c’est bien là la définition de norme : « règle ou loi à laquelle on doit se conformer, état habituel conforme à la moyenne des cas, a la normale » (Dictionnaire Hachette encyclopédique). Ici, le terme réellement important est « encyclopédique », car il prouve sans équivoque que c’est bien vous, par le biais de vos sbires adeptes du lumiérisme, qui êtes la responsable et l’instigatrice de cet endoctrinement. Vous, madame, êtes un danger pour l’humanité. Vous essayez par tout les moyens de maintenir dans la population mondiale un climat de peur pour mieux contrôler les badaud crédules qui voient alors en vous le grand sauveur. Vous êtes un bien triste gourou, un gourou sadique et diabolique. Mais tout espoir n’est pas perdu, car si l’on en croit Hölderlin, « là où grandit le danger croît aussi ce qui sauve ».

… et le remède.

Tout d’abord un constat s’impose : même si la lutte est inégale, il y a eu, depuis votre plus « tendre enfance », des personnes pour se rendre compte de votre dangerosité, et s’opposer à vous. La plus célèbre est sans doute Victor Hugo. Père fondateur du « Romantisme social », il fera dans ses écrits —Les Misérables par exemple, ou encore Les Châtiments— un portrait tristement fidèle de votre œuvre. Car voyez-vous, les artistes, poètes en tête, depuis toujours, aiment les mots et ceux qui ont du talent les utilisent pour retranscrire les sentiments. C’est d’ailleurs là le but premier du Verbe : exprimer l’âme. L’écriture, elle, n’est jamais que la mémoire de ces sentiments. Ce sont donc les mots qui donnent son pouvoir à la poésie : elle offre à qui sait la comprendre la clairvoyance et à qui sait la pratiquer le privilège d’expurger ses sentiments. J’ose dire que la poésie est votre antimatière. Un opposé clair et complet de ce que vous êtes. Contrairement à vous, la poésie appelle à l’expression personnelle, et par là même au refus de toute norme sociale. L’homme redevient véritablement humain et cesse d’être cet atome composant un ensemble virtuel et invisible.

Deuxième point plus fondamental encore : la poésie offre à ses adeptes une autre vision du monde. Ainsi les usines puantes et les rues sales des villes pleines de péchés qui constituent votre vision du paradis apparaissent au poète pareilles à des immondices sortis tout droit de l’enfer. Celui qui se revendique poète se doit de préférer la nature. À la manière d’un Rimbaud, et aussi « ivre » que son bateau, l’homme qui aime la poésie peine à vivre dans votre monde et il « sait ». Il sait que ce que vous offrez n’a rien de bon, et il sait que c’est de la terre que vient l’inspiration : Orientalisme, Primitivisme… Qu’iimporte ! Seul compte l’aller simple vers un lieu loin de vous, un lieu vers le retour aux sources : quelle vision jubilatoire que d’imaginer votre monde déserté par des milliers de personnes ayant enfin pris conscience de ce que le poète a toujours su !

Et que ce soit dans dix ans ou dans mille ans, soyez assurée que cela arrivera. La machine est en marche, et le jour où chaque citoyen du monde prendra conscience qu’il existe une autre voie que celle que vous avez ouverte, c’est en place publique que se fera votre exécution !

© Nicolas B., élève de Première L2 (EPC/Lycée en Forêt, Montargis, France. Novembre 2010)
NetÉtiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans cet Espace Pédagogique Contributif, les textes des élèves et des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à la disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du texte cité (URL de la page).

 

Chroniques d’élèves… Première L2 : Lettre ouverte à la grisaille du quotidien… Nicolas B

La classe de Première L2 du Lycée en Forêt (Promotion 2010) a eu l’occasion de défendre haut et fort la Poésie à travers une écriture d’invention intitulée « Lettre ouverte à la grisaille du quotidien »… 
Parmi tous les textes rédigés, toujours de grande qualité, quelques uns m’ont paru suffisamment remarquables pour être publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif.
Le premier est le texte de Nicolas B… Je vous le laisse découvrir :
                     

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« Le poète apparaît en ce monde ennuyé », ainsi débutait Spleen et Idéal de Baudelaire, le poète maudit. Aujourd’hui, dans une société où plus que jamais le consumérisme se développe à l’insu de l’identité humaine, un retour aux sources s’impose. Le moyen le plus efficace d’y arriver : la poésie.

Les maux…

Le siècle premier du troisième millénaire s’annonce comme étant celui des néo-Lumières, ayant pour seul dieu le progrès technique et pour seule motivation le pétrodollar ! Face à cette véritable ingurgitation de l’homme par la machine, la question se pose de savoir si la personne à maudire est bien Charles Baudelaire, ou si ce ne serait pas plutôt Vous, chère grisaille du quotidien, vous qui menez lentement la société à l’autodestruction !

Vous avez fait de notre monde celui du télévisuel qui se veut prophète ! La réflexion personnelle y est purement et simplement annihilée et notre civilisation est, en somme, celle du « prêt à consommer » cérébral, où l’on sert au peuple des pseudo stimulations intellectuelles, visant à lui laisser croire qu’il est conscient pour mieux l’endormir. Petit à petit, la société de consommation dans laquelle nous vivons et le poids que vous pesez sur nos épaules finiront par nous tuer. La mort ne sera peut-être pas physique, mais l’Homme mourra, son esprit, ses pensées et ses émotions si merveilleuses disparaîtront, et notre planète s’en trouvera peuplée de robots organiques, endoctrinés depuis des dizaines de générations, programmés pour avoir comme seuls objectifs la compétitivité et le rendement. Victor Hugo, lui, l’avait compris, et il affirme sans honte dans « Le poème éploré se lamente » (1834), que « l’esprit, c’est le cœur » ; ces paroles sont précédées d’une très pertinente entrée en matière : « la foule a tort »…

Pertinente en effet car voilà bien le problème : la foule. Finalement, l’homme n’existe plus à vos yeux. Seuls « les gens », « la majorité » comptent. L’individu est effacé, caché derrière une masse difforme et dépourvue d’âme. Vous en êtes la responsable. À affubler chaque citoyen du monde des mêmes fardeaux, vous avez nécessairement créé six milliards cinq cents millions de fois le même être triste et idiot, et c’est cet être triste et idiot qui est à l’origine de tous les problèmes du monde. Il oublie ce qu’il a pour se concentrer sur ce que l’autre possède. Plus grave : il oublie ce qu’il est pour se disperser dans ce que l’Autre pense qu’il est. Et c’est votre faute : vous agissez à la manière d’un cultivateur qui pulvériserait des tonnes de pesticide depuis un avion sans se soucier du cycle de destruction qu’il entraîne, sauf que pour vous, l’insecte nuisible à exterminer, c’est le moi, chose absolument catastrophique s’il en est car c’est cette dernière petite lueur d’âme qui empêche l’humanité de sombrer dans une bêtise aussi grande que la vôtre !

Finissons par le meilleur ! La merveilleuse « norme sociale »… Superbe invention : il faut être comme tout le monde pour ne pas passer pour un ahuri. Le fait que tout le monde, par exemple, regarde un show télévisé dépourvu de la plus petite once d’intérêt consistant à s’enfermer dans un bocal en se mentant en permanence pendant plus de trois mois importe peu. Ce qu’il faut, c’est faire comme la majorité. Car c’est bien là la définition de norme : « règle ou loi à laquelle on doit se conformer, état habituel conforme à la moyenne des cas, a la normale » (Dictionnaire Hachette encyclopédique). Ici, le terme réellement important est « encyclopédique », car il prouve sans équivoque que c’est bien vous, par le biais de vos sbires adeptes du lumiérisme, qui êtes la responsable et l’instigatrice de cet endoctrinement. Vous, madame, êtes un danger pour l’humanité. Vous essayez par tout les moyens de maintenir dans la population mondiale un climat de peur pour mieux contrôler les badaud crédules qui voient alors en vous le grand sauveur. Vous êtes un bien triste gourou, un gourou sadique et diabolique. Mais tout espoir n’est pas perdu, car si l’on en croit Hölderlin, « là où grandit le danger croît aussi ce qui sauve ».

… et le remède.

Tout d’abord un constat s’impose : même si la lutte est inégale, il y a eu, depuis votre plus « tendre enfance », des personnes pour se rendre compte de votre dangerosité, et s’opposer à vous. La plus célèbre est sans doute Victor Hugo. Père fondateur du « Romantisme social », il fera dans ses écrits —Les Misérables par exemple, ou encore Les Châtiments— un portrait tristement fidèle de votre œuvre. Car voyez-vous, les artistes, poètes en tête, depuis toujours, aiment les mots et ceux qui ont du talent les utilisent pour retranscrire les sentiments. C’est d’ailleurs là le but premier du Verbe : exprimer l’âme. L’écriture, elle, n’est jamais que la mémoire de ces sentiments. Ce sont donc les mots qui donnent son pouvoir à la poésie : elle offre à qui sait la comprendre la clairvoyance et à qui sait la pratiquer le privilège d’expurger ses sentiments. J’ose dire que la poésie est votre antimatière. Un opposé clair et complet de ce que vous êtes. Contrairement à vous, la poésie appelle à l’expression personnelle, et par là même au refus de toute norme sociale. L’homme redevient véritablement humain et cesse d’être cet atome composant un ensemble virtuel et invisible.

Deuxième point plus fondamental encore : la poésie offre à ses adeptes une autre vision du monde. Ainsi les usines puantes et les rues sales des villes pleines de péchés qui constituent votre vision du paradis apparaissent au poète pareilles à des immondices sortis tout droit de l’enfer. Celui qui se revendique poète se doit de préférer la nature. À la manière d’un Rimbaud, et aussi « ivre » que son bateau, l’homme qui aime la poésie peine à vivre dans votre monde et il « sait ». Il sait que ce que vous offrez n’a rien de bon, et il sait que c’est de la terre que vient l’inspiration : Orientalisme, Primitivisme… Qu’iimporte ! Seul compte l’aller simple vers un lieu loin de vous, un lieu vers le retour aux sources : quelle vision jubilatoire que d’imaginer votre monde déserté par des milliers de personnes ayant enfin pris conscience de ce que le poète a toujours su !

Et que ce soit dans dix ans ou dans mille ans, soyez assurée que cela arrivera. La machine est en marche, et le jour où chaque citoyen du monde prendra conscience qu’il existe une autre voie que celle que vous avez ouverte, c’est en place publique que se fera votre exécution !

© Nicolas B., élève de Première L2 (EPC/Lycée en Forêt, Montargis, France. Novembre 2010)
NetÉtiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans cet Espace Pédagogique Contributif, les textes des élèves et des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à la disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du texte cité (URL de la page).

 

Lycée en Forêt. Classe de première S2. Exposition : Poésies purement formelles

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Octavio Paz, dans un essai célèbre intitulé L’Arc et la lyre (1956) décrit la création poétique comme « une violence faite au langage. Son premier acte, affirme-t-il, est de déraciner les mots. Le poète les soustrait à leurs connexions et à leurs emplois habituels. » Cette citation nous amène aux origines de l’atelier d’écriture mené avec la classe de Première S2 du Lycée en Forêt (promotion 2010-2011) le vendredi 22 octobre 2010. Ayant déjà travaillé sur la théorie symboliste, les étudiants ont eu à cœur de s’interroger grâce à l’interaction Mathématiques-Poésie sur la propriété du signe, et plus particulièrement sur la « poéticité » des signifiants mathématiques : ne seraient-ils pas à même d’exprimer l’inexprimable du mot ?
Les poèmes présentés ici amènent donc à envisager la poésie comme un « pur code de dénotation », qui selon Jakobson était la première fonction du poème. On pourrait évoquer ici « le signe pour le signe » comme on parlait jadis de « l’art pour l’art ». Mais si le langage mathématique est celui de la rigueur causale, n’allez pas croire que les textes sont dépouillés de toute connotation affective : bien au contraire, le signe mathématique devient la genèse de l’imaginaire et des sentiments : même le langage des mathématiques peut être métaphorique. Ainsi les élèves ont-ils voulu montrer à travers leurs écrits que les mathématiques et les sciences peuvent aider à mieux comprendre la profondeur cachée du réel.
C’est d’ailleurs toute l’entreprise symboliste que de vouloir chercher dans l’exprimable l’indicible. Je vous invite donc à dépasser quand vous lirez ces textes, le sens commun, habituel des mots ou des signes. Bien au contraire, vous verrez que, soustraits « à leurs connexions et à leurs emplois habituels », pour reprendre l’expression d’Octavio Paz, c’est-à-dire soustraits à l’arbitraire de la relation entre signifiant et signifié, les mots et concepts mathématiques utilisés sont un peu comme une réconciliation des contraires : le langage littéraire et le langage scientifique ne sont-ils pas deux aspects, différents mais complémentaires, de la poéticité ?

          

Poésies purement formelles

nombres, figures, structures

         

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“Théorème du cœur”

Exposition virtuelle “Poésies Purement formelles : nombres, figures, structures”
LEF, Montargis (France), 2010. Auteure : Léa L. Crédit iconographique : B. Rigolt.

                 

             

             

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“Clarté rotative”

Exposition virtuelle “Poésies Purement formelles : nombres, figures, structures”
LEF, Montargis (France), 2010. Auteures : Anaïs F., Laura P. Crédit iconographique : B. Rigolt.

             

                

                   

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“L’hyperbole de l’amour”

Exposition virtuelle “Poésies Purement formelles : nombres, figures, structures”
LEF, Montargis (France), 2010. Auteurs : Timothy A. et Robin C. Crédit iconographique : B. Rigolt.

                

                  

                  

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“Ascension en équation”

Exposition virtuelle “Poésies Purement formelles : nombres, figures, structures”
LEF, Montargis (France), 2010. Auteurs : Alexandra L. et Tanguy B. Crédit iconographique : B. Rigolt.

              

                    

              

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“Théorème d’un amour manqué”

Exposition virtuelle “Poésies Purement formelles : nombres, figures, structures”
LEF, Montargis (France), 2010. Auteurs : Mathieu L. et Charles C. Crédit iconographique : B. Rigolt.

               

          

                         

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“Droites sécantes”

Exposition virtuelle “Poésies Purement formelles : nombres, figures, structures”
LEF, Montargis (France), 2010. Auteure : Lucile C. Crédit iconographique : B. Rigolt.

               

                                  

                

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“Enfance”

Exposition virtuelle “Poésies Purement formelles : nombres, figures, structures”
LEF, Montargis (France), 2010. Auteures : Clara D. et Marie-Sophie H. Crédit iconographique : B. Rigolt.

               

                

             

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“La notion essentielle”

Exposition virtuelle “Poésies Purement formelles : nombres, figures, structures”
LEF, Montargis (France), 2010. Auteur : Othmane Z. Crédit iconographique : B. Rigolt.

             

            

                

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« Le cycle de la vie »

Exposition virtuelle « Poésies Purement formelles : nombres, figures, structures »
LEF, Montargis (France), 2010. Auteurs : Romane M. et Anthony B. Crédit iconographique : B. Rigolt

 

                       

                

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« Cœur Alpha »

Exposition virtuelle « Poésies Purement formelles : nombres, figures, structures »
LEF, Montargis (France), 2010. Auteures : Lucie L., Julia J. Crédit iconographique : B. Rigolt. Lettrine d’après Piranèse, 1768

          

               

                 

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« La tristesse d’une fleur solitaire »

Exposition virtuelle « Poésies Purement formelles : nombres, figures, structures »
LEF, Montargis (France), 2010. Auteures : Clémence Le S. et Adèle R. Crédit iconographique : B. Rigolt

                     

                 

 

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« La valeur des sentiments »

Exposition virtuelle « Poésies Purement formelles : nombres, figures, structures »
LEF, Montargis (France), 2010. Auteure : Lucile C. Crédit iconographique : B. Rigolt

            

                 

                

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« Léger penchant vers l’inconnue »

Exposition virtuelle « Poésies Purement formelles : nombres, figures, structures »
LEF, Montargis (France), 2010. Auteure : Lucile C. Crédit iconographique : B. Rigolt

           

                   

                       

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« Dans la pénombre des angles orientés »

Exposition virtuelle « Poésies Purement formelles : nombres, figures, structures »
LEF, Montargis (France), 2010. Auteurs : Alexandra L. et Tanguy B. Crédit iconographique : B. Rigolt

             

                

               

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« Rupture »

Exposition virtuelle « Poésies Purement formelles : nombres, figures, structures »
LEF, Montargis (France), 2010. Auteur : Sofiène M. Crédit iconographique : B. Rigolt

La citation de la semaine… Annie Leclerc…

« Le monde est la parole de l’homme. L’homme est la parole du monde… »

Rien n’existe qui ne soit le fait de l’homme, ni pensée, ni parole, ni mot. Rien n’existe encore qui ne soit le fait de l’homme ; pas même moi, surtout pas moi. Tout est à inventer. Les choses de l’homme ne sont pas seulement bêtes, mensongères et oppressives. Elles sont tristes surtout, tristes à en mourir d’ennui et de désespoir.

Inventer une parole de femme. Mais pas de femme comme il est dit dans la parole de l’homme ; car celle-là peut bien se fâcher, elle répète. Toute femme qui veut tenir un discours qui lui soit propre ne peut se dérober à cette urgence extraordinaire : inventer la femme. C’est une folie, j’en conviens. Mais c’est la seule raison qui me reste.

Qui parle ici ? Qui a jamais parlé ? Assourdissant tumulte des grandes voix ; pas une n’est de femme. Je n’ai pas oublié le nom des grands parleurs. Platon et Aristote et Montaigne, et Marx et Freud et Nietzsche… Annie Leclerc_3Je les connais pour avoir vécu parmi eux et seulement parmi eux. Ces plus fortes voix sont aussi celles qui m’ont le plus réduite au silence. Ce sont ces superbes parleurs qui mieux que tout autre m’ont forcée à me taire.

Qui parle dans les gros livres sages des bibliothèques ? Qui parle au Capitole ? Qui parle au temple ? Qui parle à la tribune et qui parle dans les lois ? Les hommes ont la parole. Le monde est la parole de l’homme. Les paroles des hommes ont l’air de se faire la guerre. C’est pour faire oublier qu’elles disent toutes la même chose : notre parole d’homme décide. Le monde est la parole de l’homme. L’homme est la parole du monde.

[…] Une honnête femme ne saurait être un honnête homme. Une grande femme ne saurait être un grand homme, la grandeur est chez elle affaire de centimètres. […] Et je me dis : l’Homme ? Qu’est-ce que c’est, l’Homme ? L’Homme, c’est ce dont l’homme a accouché. Nous avons fait les enfants, et eux, ils ont fait l’Homme. Ils ont fait naître l’universel du particulier. Et l’universel a porté le visage du particulier. L’universalité fut désormais leur tour favori. Le décret parut légitime et la loi parut bonne : une parole pour tous.

[…] Toute bancale qu’elle fut, la machine fonctionna incomparablement mieux qu’aucune machine jamais conçue. Le monde entier, Blancs, Noirs, Jeunes, femmes et enfants, fut nourri, gavé, de son produit de base, la vérité et ses sous-produits, âme, raison, valeurs… Le tout toujours garanti, estampillé Universel. Ils ont dit que la vérité n’avait pas de sexe. Ils ont dit que l’art, la science et la philosophie étaient vérités pour tous. […] Pourquoi la Vérité sortirait-elle de la bouche des hommes ? La Vérité peut sortir de n’importe où. Pourvu que certains parlent et d’autres se taisent. La Vérité n’existe que parce qu’elle opprime et réduit au silence ceux qui n’ont pas la parole.

Inventer une parole qui ne soit pas oppressive. Une parole qui ne couperait pas la parole mais délierait les langues.

[…] Inventer, est-ce possible ?

[…] Je voudrais que la femme apprenne à naître, à manger, et à boire, à regarder le jour et à porter la nuit…

Annie Leclerc, Parole de femme, Grasset, Paris 1974
2001 pour la présente édition (« Babel » n°473, Actes Sud), page 15 et suivantes

NB : La structure des paragraphes a été modifiée, pour des raisons de mise en page.

–

C’

est dans la mouvance des mouvements féministes des années 70 qu’Annie Leclerc (1940-2006), écrivaine et professeure de Philosophie, livre au grand public cet ouvrage audacieux et provocateur, qui fit scandale lors de sa parution : Parole de femme. De fait, l’auteure y exalte un féminisme nouveau, qui revendique haut et fort une « identité féminine » qu’il faut définir et construire. À la différence du féminisme « égalitariste » par exemple qui s’en tient à des revendications d’égalité entre les hommes et les femmes, ce courant du féminisme est appelé « différentialiste » car il célèbre dans la femme la prise de conscience de sa féminité et de sa différence comme remède premier à l’impérialisme culturel des hommes et aux systèmes de valeur qui imprègnent la culture patriarcale. 

En somme, ce que propose Annie Leclerc dans ce très beau texte militant n’est autre qu’un renouvellement des savoirs, qui passe par l’affirmation du féminin, et donc d’une identité sexuelle. Comme elle l’écrit plus loin dans le livre, il faut que « les femmes se constituent des territoires propres, donnant lieu à l’émergence de savoirs et de pouvoirs particuliers ». Tout l’essai d’Annie Leclerc, et particulièrement ce texte, est en effet traversé par la problématique fondamentale de l’appropriation par les femmes du savoir et la mise en évidence de l’écriture féminine valorisant à la fois la conscience de soi en tant que femme, et une nouvelle approche des rapports de pouvoir.

Approche originale s’il en est mais qui ne va pas sans difficulté : de nombreuses féministes égalitaristes (Élisabeth Badinter |source| entre autres) ont en effet reproché à Annie Leclerc de défendre implicitement une certaine « répartition des tâches » au nom de données biologiques. Rappelez-vous la fameuse affirmation de Simone de Beauvoir Annie Leclerc_2dans le Deuxième sexe (1949) : « On ne naît pas femme, on le devient », autrement dit, la « féminité » de la femme ne serait que le produit de déterminismes et de conditionnements idéologiques que seule l’égalité entre sexes peut remettre en cause. En réfutant cette indifférenciation des genres, Annie Leclerc montre au contraire que l’égalitarisme n’est qu’un mythe élaboré par la société : croyant être l’égale des hommes, la femme bien souvent ne fait qu’en reproduire le discours, et la virilité de la pensée. Or, sa vraie supériorité est ailleurs : c’est en elle-même, dans sa féminité même, que la femme doit la chercher. 

Les propos d’Annie Leclerc dans ce passage de Parole de femme se situent donc sur deux registres : celui de la revendication militante et féministe ; et celui du sensible, de l’intime, du lyrisme personnel. Son inspiration, qui puise aux sources du corps et de l’expérience féminine, explore ainsi les paramètres d’une écriture-femme, pleinement assumée, qui caresse l’énigme d’un moi féminin, intégré à une nouvelle manière de penser, invalidée du référent masculin. Cette écriture s’impose ainsi comme une véritable stratégie de libération, qui s’apparente à une revendication identitaire : écrire, c’est exister. S’assimiler à la culture des hommes, c’est précisément ne pas prendre la parole.

L’attachement d’Annie Leclerc à une « parole de femme » est donc comme la célébration d’une nouvelle naissance amenant la femme à naître à elle-même et à développer son humanité propre par l’éducation et la connaissance. Ainsi, le féminisme doit-il être conçu non comme une revendication catégorielle, mais comme un bouleversement des valeurs qui gouvernent la société : « Inventer, est-ce possible » ? À n’en pas douter, inventer la femme consiste à réinventer l’homme en construisant un monde plus équitable, apte à promouvoir des changements significatifs et à repenser les enjeux du pouvoir. En ce sens le féminisme doit être posé comme la condition essentielle d’un nouvel humanisme, c’est-à-dire d’une nouvelle idée de l’homme et de la femme…

Copyright © novembre 2010, Bruno Rigolt (dernière mise à jour : mars 2016)

« Liberté, Egalité, Parité »… Parce que la littérature s’écrit aussi au féminin… Espace Pédagogique Contributif

Pour une analyse complète de cet extrait, cliquez ici.

Voir aussi : Marie Denis, compte-rendu de l’ouvrage d’Annie Leclerc, Parole de Femme
(Les Cahiers du GRIF, n°3, 1974. » Ceci (n’) est (pas) mon corps » pp. 83-84).

Ces autres « Citations de la semaine » peuvent également vous intéresser :
Christine de Pisan ;  Olympe de Gouges ; George Sand ; Colette ; Simone de Beauvoir ; Benoîte Groult ; Gabriela Mistral

Au fil des pages… Patrimoine littéraire européen: Mondialisation de l’Europe, 1885-1922…

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Patrimoine littéraire européen : Mondialisation de l’Europe, 1885-1922

Rédigé sous la direction de Jean-Claude Polet (De Boeck Université, Bruxelles 2000), ce volumineux ouvrage de 1136 pages est une passionnante introduction à la littérature européenne, et plus largement aux transformations du contexte social et culturel du début du vingtième siècle. Voici comment l’éditeur présente cette anthologie : « Entre la mort de Victor Hugo (1885) et celle de Marcel Proust (1922), l’Histoire de l’Europe connaît un de ses accomplissements décisifs. Si les empires coloniaux avaient déjà répandu sa civilisation, ses langues et sa culture dans le monde, la Première Guerre mondiale, la fondation de la Société des nations (1920) et l’établissement de l’URSS (1922) achèvent de mondialiser ses normes et de faire de ses valeurs le méridien de référence de l’humanité universelle. Expression, par le langage verbal artistement maîtrisé, des relations que l’homme entretient avec lui-même et avec le monde, la littérature, au cours de cette période en Europe, est travaillée par la conscience de sa haute mission humaine » (pour lire la suite, cliquez ici).

Même si l’ouvrage n’est consultable que partiellement, les passages librement accessibles sont suffisants pour découvrir, à côté d’œuvres célèbres, des cultures et des auteurs qui nous sont peu familiers (catalans, arméniens, estoniens, bulgares, gaéliques…). Ce livre offre aussi un très beau panorama sur les relations qui se sont établies entre le contexte linguistique et littéraire et le contexte historique ou idéologique. Les auteurs sélectionnés de même que les extraits présentés, expliqués toujours de façon très pédagogique, permettent de mieux appréhender les clivages qui ont traversé l’Europe et qui la bouleversent encore aujourd’hui : crise de l’État-nation, crise des comportements et des valeurs, crise de la spiritualité. Mais comme le fait bien voir le livre, cet ébranlement de l’humanisme occidental a pour contrepoint un extraordinaire foisonnement d’idées, de tendances et d’écoles, caractéristiques des aspirations modernistes revendiquées par des générations nouvelles d’écrivains qui, à l’aube du vingtième siècle, n’ont cessé de questionner l’Europe sur son identité, sa culture et son destin…

_______________

 Si les caractères s’affichent en taille trop petite, pensez à utiliser l’outil de zoom intégré au livre numérique. Pour un plus grand confort de lecture, vous pouvez consulter cet ouvrage dans Google-livres en cliquant ici.

Comment « bien lire » ?

Le but bien entendu n’est pas de “tout lire” (ce n’est d’ailleurs ni le but ni le principe d’un tel ouvrage) mais de lire un peu “au fil des pages”, selon votre envie. Quand vous avez le temps, parcourez un article, lisez un extrait de texte, découvrez un auteur, etc. Si vous le pouvez, notez (dans un petit répertoire) ce qui vous paraît important en précisant le titre de l’ouvrage et la page, afin de pouvoir vous y référer ultérieurement. Une règle importante : ne forcez jamais ! Si quelque chose vous rebute ou vous semble trop difficile, passez à un autre sujet. Plus qu’apprendre pour apprendre, c’est en fait la démarche qui importe : découvrir et enrichir sa culture générale.
 Les internautes ayant consulté cette page pourront également être intéressés par ces articles :
Recommandations de lecture : les guides de culture générale ; L’Indispensable en culture générale… Réussir l’épreuve de culture générale à Sciences Po ; Le Guide des Études ; Dictionnaire de culture générale (Francis Foreaux) ; Dictionnaire de culture générale (Pierre Gévart) ; Anthologie de la poésie française ; Introduction aux littératures francophones : Afrique, Caraïbe, Maghreb

Au fil des pages… Patrimoine littéraire européen: Mondialisation de l'Europe, 1885-1922…

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Patrimoine littéraire européen : Mondialisation de l’Europe, 1885-1922

Rédigé sous la direction de Jean-Claude Polet (De Boeck Université, Bruxelles 2000), ce volumineux ouvrage de 1136 pages est une passionnante introduction à la littérature européenne, et plus largement aux transformations du contexte social et culturel du début du vingtième siècle. Voici comment l’éditeur présente cette anthologie : « Entre la mort de Victor Hugo (1885) et celle de Marcel Proust (1922), l’Histoire de l’Europe connaît un de ses accomplissements décisifs. Si les empires coloniaux avaient déjà répandu sa civilisation, ses langues et sa culture dans le monde, la Première Guerre mondiale, la fondation de la Société des nations (1920) et l’établissement de l’URSS (1922) achèvent de mondialiser ses normes et de faire de ses valeurs le méridien de référence de l’humanité universelle. Expression, par le langage verbal artistement maîtrisé, des relations que l’homme entretient avec lui-même et avec le monde, la littérature, au cours de cette période en Europe, est travaillée par la conscience de sa haute mission humaine » (pour lire la suite, cliquez ici).

Même si l’ouvrage n’est consultable que partiellement, les passages librement accessibles sont suffisants pour découvrir, à côté d’œuvres célèbres, des cultures et des auteurs qui nous sont peu familiers (catalans, arméniens, estoniens, bulgares, gaéliques…). Ce livre offre aussi un très beau panorama sur les relations qui se sont établies entre le contexte linguistique et littéraire et le contexte historique ou idéologique. Les auteurs sélectionnés de même que les extraits présentés, expliqués toujours de façon très pédagogique, permettent de mieux appréhender les clivages qui ont traversé l’Europe et qui la bouleversent encore aujourd’hui : crise de l’État-nation, crise des comportements et des valeurs, crise de la spiritualité. Mais comme le fait bien voir le livre, cet ébranlement de l’humanisme occidental a pour contrepoint un extraordinaire foisonnement d’idées, de tendances et d’écoles, caractéristiques des aspirations modernistes revendiquées par des générations nouvelles d’écrivains qui, à l’aube du vingtième siècle, n’ont cessé de questionner l’Europe sur son identité, sa culture et son destin…

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 Si les caractères s’affichent en taille trop petite, pensez à utiliser l’outil de zoom intégré au livre numérique. Pour un plus grand confort de lecture, vous pouvez consulter cet ouvrage dans Google-livres en cliquant ici.

Comment « bien lire » ?

Le but bien entendu n’est pas de “tout lire” (ce n’est d’ailleurs ni le but ni le principe d’un tel ouvrage) mais de lire un peu “au fil des pages”, selon votre envie. Quand vous avez le temps, parcourez un article, lisez un extrait de texte, découvrez un auteur, etc. Si vous le pouvez, notez (dans un petit répertoire) ce qui vous paraît important en précisant le titre de l’ouvrage et la page, afin de pouvoir vous y référer ultérieurement. Une règle importante : ne forcez jamais ! Si quelque chose vous rebute ou vous semble trop difficile, passez à un autre sujet. Plus qu’apprendre pour apprendre, c’est en fait la démarche qui importe : découvrir et enrichir sa culture générale.
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Recommandations de lecture : les guides de culture générale ; L’Indispensable en culture générale… Réussir l’épreuve de culture générale à Sciences Po ; Le Guide des Études ; Dictionnaire de culture générale (Francis Foreaux) ; Dictionnaire de culture générale (Pierre Gévart) ; Anthologie de la poésie française ; Introduction aux littératures francophones : Afrique, Caraïbe, Maghreb

Un automne en poésie 2011 1L2 1S2 1STG3… Quatrième livraison

Un automne en poésie… édition 2011… Quatrième livraison.

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Depuis la fin du mois de septembre, les classes de Première dont j’ai la charge cette année sont fières de vous présenter l’édition 2011 d’Un automne en poésie, manifestation d’art qui entend marquer à sa manière la rentrée littéraire au Lycée en Forêt. Plus de soixante textes, tous inédits, sont en cours de publication. Ces poèmes, souvent d’une grande densité intellectuelle, chantent avant tout la nostalgie de l’Idéal et du Spirituel. Proclamant le pouvoir de l’art sur la vie quotidienne, de la subjectivité sur l’objectivité, de l’imaginaire sur le réel, ils s’inscrivent dans la tradition symboliste. Je vous laisse découvrir la suite des textes publiés…
NetÉtiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans cet Espace Pédagogique Contributif, les poèmes des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du poème cité (URL de la page).
arrow.1242450507.jpg Pour accéder aux textes de la première livraison, cliquez ici.
arrow.1242450507.jpg Pour accéder aux textes de la deuxième livraison, cliquez ici.
arrow.1242450507.jpg Pour accéder aux textes de la troisième livraison, cliquez ici.

                

         

Le ciel au coucher de soleil

par Arthur S.

(Première L2)

             

Ciel bleuté de triste sang

Ciel rougeté où mène le vent

Parmi la mer rougie

Je reste là, à regarder

Par delà l’esprit envolé

La beauté de la mer.

Sa force m’emmène

Au soulager de mes peines

Me voici dans les nuages

Si confortable je nage

Au coucher de soleil :

Je touche les ciels.

              

                   

Chanson nostalgique de mon cœur

par Julie T.

(Première STG3)

             

Ce soir, la pluie a sombré dans le bonheur :

Chanson nostalgique de mon cœur

Parfumée par l’encens de mes rêves.

C’est dans l’ombre que ma vie s’achève…

            

Mais je me sens immortelle

par l’existence de mon amour.

Son regard m’illumine

Tel un ange des étoiles prochaines.

         

Le ciel apaise mes souffrances

Que seul Dieu peut comprendre

Je reste seule. Sereine et seule face à la vie :

Mon sourire renaissant comme un adieu au désespoir !

            

         

Voyage impossible d’un amour égaré

par Katy B.

(Première S2)

             

La froideur de l’automne

Ne put s’empêcher de ravager mon idéal

La plus belle feuille emportée par le vent

S’envole au loin vers un souffle gris

Laissant là, le fruit d’une innocence brisée.

       

La brume voile alors mon cœur décomposé,

la solitude effleure tendrement ma pensée

La nuit bouleverse toutes désillusions

Infimes espoirs du souvenir d’avant

La quête d’une lèvre attendue

                   

Ne peut cesser le voyage impossible

D’un amour égaré. La douleur assourdissante

Du silence s’empare de mon être indicible

Qui fait renaître mon âme au son mélodieux

De la poésie.

         

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« La plus belle feuille emportée par le vent s’envole au loin vers un souffle gris… »
(illustration : © Bruno Rigolt)

               

 

Soif de parfums

par Clara D.

(Première S2)

             

Visages rouillés de banalité,

Salivant d’impassibilité, le palais somnolant,

Se contentent de mets insipides, ces pauvres émois.

          

Et puis, là, maîtresse est la Renaissance.

Ces acteurs aux costumes sérieux,

Déambulent dans le délicat labyrinthe

Aux saveurs souveraines, aux jeux gourmands.

          

D’abord, l’odorat jubilant de ces fourbes fumets,

Cuillère en bouche, un élan d’acidité.

Enfin, rayonne la soif de parfums, de

Frénésies. Asséché, l’abreuvoir d’étincelles reste.

         

Et sonne le glas.

Les coutures malsaines, masques austères,

Cloisonnent aussitôt ces âmes fiévreuses.

La cuillère essuyée, les saveurs essorées.

        

Désolant est le monde, dépourvu dans la monotonie,

Incapable, de vénérer, de croire au bonheur anodin.

Et d’attendre l’unique service de sensations, sur un plateau, fragile.

           

           

Éclats de peine

par Garance D.

(Première STG3)

             

Viendra un jour

L’ange blanc de la délivrance

Rayonnant de lumière.

Il tendra une main amicale et lente

Il t’emportera vers des pays

Regorgeant de richesses lointaines

Qui t’éblouiront par leur beauté arabesque.

       

Puis avec d’extrêmes douceurs

Il te chuchotera qu’enfin

Comme un éclat de rire

Tu pourras te décharger

De tes éclats de peine.

Il t’emmènera vers la rivière inexorable

Des larmes du pardon.

           

              

Ce lieu lointain

par Patricia K.

(Première L2)

             

Cette peine trouvée par hasard sur le rivage,

Cette peine profonde comme l’océan de ton regard

La fraîcheur de ces vagues me fait chavirer

Une envie de m’évader

Vers ce lieu lointain,

Cette peine lointaine.

            

Le ciel se couvre de nuages et de sables

Tes yeux se remplissent de larmes.

Tes larmes coulent tout comme une cascade

Sur la façade de la vie :

Ce lieu lointain,

Cette peine lointaine.

           

L’ennui de la vie me tue.

Je rêve de départs et de dissidence

Mon cœur brûle de douleur

Et me donne un grand sentiment de silence.

Ce lieu lointain,

Cette peine lointaine.

       

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« Ce lieu lointain, cette peine lointaine… »
(photographie : © Bruno Rigolt)

          

             

Vers ce nuage omniscient

par Laura M.

(Première STG3)

       

Marre de cette brume quotidienne

De cette pluie, de ce triste à l’afflux de larmes

Je vois là-bas, à l’horizon

Un chemin aussi pur qu’une âme de nouveau né

            

Reflété par la brillance de ce soleil doré.   

Je veux fuir vers ce nuage omniscient

Semblable au paradis.

Je veux déployer mes ailes blanches

           

Et prendre mon envol vers le ciel au toit de liberté.

Un rêve, un rêve : l’aube apparaît

Sous les volets rouillés de la vie.

Une mélancolie…

            

D’autres textes seront publiés prochainement…

Un automne en poésie 2011 1L2 1S2 1STG3… Troisième livraison

Un automne en poésie… édition 2011… Troisième livraison.

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Depuis trois semaines, les classes de Première dont j’ai la charge cette année sont fières de vous présenter l’édition 2011 d’Un automne en poésie, manifestation d’art qui entend marquer à sa manière la rentrée littéraire au Lycée en Forêt. Plus de soixante textes, tous inédits, sont en cours de publication. Ces poèmes, souvent d’une grande densité intellectuelle, chantent avant tout la nostalgie de l’Idéal et du Spirituel. Proclamant le pouvoir de l’art sur la vie quotidienne, de la subjectivité sur l’objectivité, de l’imaginaire sur le réel, ils s’inscrivent dans la tradition symboliste. Je vous laisse découvrir la suite des textes publiés…
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Le piano et la guerre

par Chloé B.

(Première STG3)

             

Le piano est sombre comme le monde

Sa mélodie noire comme le soleil.

Cependant les touches brillantes reflètent

Les sourires de l’espoir du pianiste rêvant

        

D’une autre vie où la mélodie de la boîte à musique

Ne s’arrête jamais. 

Mais dans la grande salle du chateau délabré

La musique ne parvient pas à couvrir

          

Le bruit aride des cris et des pleurs.

Le craquement du parquet donne du rythme à la guerre,

La froideur des notes de musique brûle

Comme le feu de Paris.

                

Le pianiste actionne la pédale

Qui déclenche un coup de bombe

Et, doucement, le piano se referme

Comme le monde.

            

           

L’amour marchait sous la pluie

par Émilie M. et Mélissa M.

(Première L2)

       

L’amour marchait sous la pluie,

L’écharpe volant au vent…

En arrivant,

Il passa le pas de la porte,

Elle le regarda,

Il aperçut ses yeux verts

Où voyageait le bleu du ciel,

Ces yeux camouflés par ses lunettes,

Des yeux brillants d’espérance.

Il jeta son mégot près de la table

Comme on jette un mouchoir sur le sable

C’est en ce jour que mon cœur chavira…

           

             

Ô splendide lys !

par Adelyne B.

(Première L2)

         

Ô splendide lys

Éveille-toi contre la souffrance,

Cultive le jardin du fond de tes yeux.

          

Les flocons de mes contradictions

S’entassent dans ma tête.

Tombent les neiges, tombent

            

Et couvrent mon cœur

Leur douceur caresse

Les saisons de mon âme.

            

Les vagues d’air brisent mon espoir

Ô splendide lys, révèle-toi.

Mon rêve frissonnait dans les limbes du néant…

       

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Ineffables paroles

par Ludivine D.

(Première S2)

         

La grisaille du quotidien hante ma conscience

Qui dans l’impossible se brise.

Désemparées, mes idées se succèdent.

Le bruit de leur évasion fait frémir mon cœur.

Des querelles diverses et variées

Exportent l’envie de fuite.

Dans le couloir du temps,

Le néant est fait d’images éparpillées.

                

Transporté par l’assurance

Créditée de paroles insensées,

L’indéfini ineffable embellit

L’inconnu !

Déchiré par les rimes,

Mon visage sourit machinalement

Et l’accumulation de quintessences

Séduit le milieu.

            

Désespérées mais parallèlement banales,

Expressions bondissantes de mon chemin…

Attachée à la vie par l’écharpe du froid,

Mais délaissée par la chaleur de l’amour

Mon âme se lasse du génie créateur.

Mon idylle est perchée au plus haut :

Jamais partir,

Mais prendre son envol…

               

              

Mon cœur s’éparpille

par Mélanie L.

(Première STG3)

                   

À quelle distance de mon cœur

Pourrait se situer le bonheur ?

Les fenêtres sombres de mes rêves

Me guident vers mon idéal certain

Puis devant ces fenêtres, je trébuche ;

Une vitre se brise comme une larme coule…

Mon cœur s’éparpille, je suis à genoux

L’amour, lui, est en mille morceaux.

J’aperçois les reflets de mes actes manqués :

Je vois aussi une petite fille insouciante de ce qui la hante

Elle vit sa vie, attend son destin,

Essaime ses larmes

En murmurant qu’il y aura un lendemain…

            

            

Dernier souffle

par Coralie G.

(Première L2)

                   

Si loin, la tempête se lève

Dans l’horizon ensorcelé.

Un effroi de tendresse s’échappe de mes pupilles.

Mes cheveux de blé coulent

Telle une éternelle pluie

Se figent aux pures pensées de la nuit.

Dès l’aube, jaillira le paysage

Comme un volcan éveillé

Qui pousse son dernier soupir.

Je m’évapore sous l’emprise

D’une marée de sables au toit de dunes

M’échouant dans le souffle inconnu.

      

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Des jours et des nuits

par Nathan C.

(Première STG3)

                   

Une nuit obscure envoûte mes rêves

La clarté du soleil illumine mes jours

Sur les ciels de nuages,

Je prends mon envol

Vers l’eau de l’au-delà de la vie.

Sonne l’heure telle une fleur

en pleine éclosion, vision de liberté

L’heure sonne, je sens que les autres arrivent

Ils oppressent mon cœur, mon souffle.

Mon âme s’évapore avec le soir en fleur

Mon corps sombre et vide

Sombre dans les sables du néant…

           

             

Ô Nature

par Clara E. et Tanguy B.

(Première S2)

                   

Telle une lumière qui s’efface

La vague inconsciente des nuages

Surpasse mon espace paisible.

          

La brume clarté jamais plus ne viendra

Délaissée par la nature future

Qui rejoint lentement son destin.

          

La découverte du paysage me déçoit

Par son infernale domination

Et ses inégales montagnes…

         

          

Voyage à travers une étoile

par Noelle B.

(Première L2)

                   

J’ai rêvé l’Orient suprême

Où la richesse se trouve si l’on sait chercher les trésors.

J’ai mangé des douceurs

Sous les palmiers d’une île.

J’ai écouté les chants des colombes

Semblables à des âmes échappées du vent.

J’ai marché sur le rivage ébloui

Par de l’or sous un fond de diamant noir.

        

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Composition d’après Magritte (« La grande famille », 1963)

          

D’autres textes seront publiés prochainement…
Crédit iconographique : Bruno Rigolt