Un automne en Poésie… Saison 3. Deuxième livraison

Un automne en Poésie

— Saison 3 —
Deuxième livraison

Seconde 1, Seconde 12
Lycée en Forêt (Montargis, France)

Les élèves de Seconde 1 et de Seconde 12 du Lycée en Forêt sont fiers de vous présenter l’édition 2012 d’«Un automne en Poésie», événement désormais incontournable qui marque comme chaque année l’actualité littéraire lycéenne. Puisant leur inspiration dans le message du Romantisme et du Symbolisme, les jeunes étudiant(e)s ont souhaité mettre en avant l’écriture poétique comme exercice de la liberté : liberté du rêve, des grands infinis ; liberté du cœur et des sentiments ; liberté aussi des jeux sur l’image et le non-dit, l’inexprimable, l’ineffable du mot…

Voici la deuxième livraison. Chaque semaine, une dizaine de textes environ seront publiés. Bonne lecture. Pour lire les poèmes de la première livraison, cliquez ici.

NetÉtiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les poèmes des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du poème cité (URL de la page).


Au creux de mes larmes

Sarah B.
Classe de Seconde 1

 

La courbe du soir se lève déjà vers l’ailleurs
L’oiseau de mon cœur s’éloigne sans frontière,
Il est tard vois-tu : les voiles insaisissables
Quittent les bords de la terre.

La peine est devenue ma compagne
Mes peurs et mes rêves prennent place
Mais tu as su me guider à travers des cités perdues
Parmi l’azur introuvable.

Ta voix est au creux de mes larmes
Et mes pensées multicolores s’envolent à tire d’aile
Sur les chemins empruntés par les aiguilles de mon cœur
La nuit m’apaise au bord du ciel : je suis délivrée de tes actes.

Le regard tourné vers le sol, je ne dis plus un mot
Mon cœur ne cesse de t’appeler
Aux confins de ses battements
Comme cet accord que tu jouas

Le soir de ton dernier concert…

          

           

 

 

Corps de pierre

Pauline H.
Classe de Seconde 1

 

Ton cœur aux mille roses, à l’amour éphémère
Ton cœur au corps de pierre
Me fait rêver

Ta curiosité jonchée de larmes, éveille mes sens
À chaque regard ta beauté s’illumine
Dans mes yeux

Seule au bord du désespoir
Ce drap blanc qui s’étend à mes cils
Incline ses vertiges

Remplis de mensonges et s’efface aussitôt
Je regarde au fond de ma mémoire
Le cri granitique de tes souffrances.

 

 

 

 

À l’inexorable de la mer…

Alexandra H.
Classe de Seconde 1

 

Tombe la nuit et mes yeux se ferment
Dans un océan rempli de passions.
Mon cœur s’éloigne,
S’éteint le monde, nos regards se croisent.
Ne restaient que nos âmes suspendues
À l’inexorable de la mer.

Allarmé, le vent se mit à crier,
Les vagues dansaient autour de nos corps
Vidés par la froide brutalité de l’anxiété
De te voir t’envoler loin de moi
Vers un lointain plein de sable et de solitude.

Le jour se lève : voici l’aube renaissante…
Tu es partie dans l’été aux cimes de l’espace
À tout jamais partie me laissant seule en ce monde
Où nul ne pourra plus jamais atteindre
Mon cœur où voyageait ton nom…

« Où nul ne pourra plus jamais atteindre mon cœur où voyageait ton nom… »

 

 

 

Et si la nuit tombée ?

Canelle T.
Classe de Seconde 12

 

Le soir est tombé en sang,
La violence est comme courir après un enfant.
Et si tous mes mots n’étaient que du vide ?
Laissant agir une forme si rigide
Mais pourtant née d’un sentiment…
Et si la nuit tombée comme une fleur fânée
Avait laissé mon cœur comme un trésor non trouvé ?
Ainsi naquit l’été,
Puis vint ce parfum réel
Comme un amour qui se révèle
À chacun de mes rêves…

 

 

 

Toi l’homme aimant

Maeva B.
Classe de Seconde 12

 

Toi l’homme aimant
Uni à sa femme appelée Maman
Moi, petite fille : je ne voyais encore
Que par tes yeux.

Le jour de séparation
Arriva, bouleversa et brisa…
Tu avais une, deux, trois
Filles espérant que tu reviennes

Tu es parti sans regret
Marchant pas à pas
Vers de nouveaux horizons,
Amusé de ta nouvelle vie.

 

 

Couleur Sépia…

Mylline Z.
Classe de Seconde 1

 

Sur la colline des mélancolies,
j’écris mes maux par colis
La nuit tombe comme des feuilles
Je te regarde partir, le cœur en miettes.

La sentence nocturne s’abat sur la couronne orangée de l’ailleurs
Et je vois le jardin se revêtir de larmes
Ainsi au loin ta chevelure rousse
Danse au rythme du va-et-vient et du vent.

Mes doutes se recouvrent de feuilles : l’automne se dessine
La pluie tombe sur la page comme un chateau de cartes
Je me décompose, fragile
Juste le temps d’une composition

Vies croisées, larmes versées : tu t’envoles, je dégringole.
Le vent passe, les arbres dansent
Les branches tombantes m’annoncent le soir :
Mon parapluie est trop lourd à porter, comme les souvenirs…

 

 

 

Chagrins exilés

Nakadi F.
Classe de Seconde 12

 

Je vis cette passion pour les ténèbres
Dans le ciel je vois un soleil orageux
Et plus loin, l’horizon invisible.
Demain, je prendrai cette longue et belle route,
Route des Exilés.

J’apercevrai cette vieille femme
Versant des larmes
Je m’avancerai, et lui demanderai :
« Pourquoi ? » Elle me racontera ces rêves qui défilent
Sur la Route des Exilés.

Je reprendrai mon voyage
Avec l’inquiétude et l’incertitude qui terrorisent
Plus j’avancerai et plus je verrai
Cette vision rouge, ces forts craquements des bateaux
Sur la Route des exilés.

Et puis j’arriverai : je verrai sur le quai
Tant de belles souffrances,
Tant d’esclaves libres
Monter dans un bateau
Peuplé de chagrins exilés…

 

 

Les lèvres du voyage

Isabelle R.
Classe de Seconde 1

 

Tantôt l’océan de l’automne
Devient la couleur de mes larmes,
Tantôt un lieu dans mon cœur
Coloré par la joie.

Le souffle du vent
Fut le premier pas
Dans un monde nouveau
Où voyageait la clarté de tes yeux.

La brise du vent me rappelle
La douceur d’un amour arrogant :
Ma mémoire effleurant ton visage
Est aussi grande que le monde

Aux contours de présage.
Le mot Amour n’est pas assez grand
Pour exprimer ce que je ressens :
Quelques moments passés

Au bord de l’inexprimable de la mer
La mer… La mer…
Poussée par les vents
Et les lèvres du voyage…

 

 

Définition

Jérôme D.
Classe de Seconde 1

 

Amour (n. m.) Du latin « amor ». Murmure bourdonnant notre existence d’une passion aveuglante et prochaine. Pressentiment idéalisé d’une interférence inhabituelle, ordinaire et dépendante de la femme aimée, naturellement inaccessible. Sans jamais la comprendre, comme le soleil qui émet de la lumière en nous, voguant à toute allure vers l’horizon, heurtant les vagues sans jamais s’arrêter, aux confins de l’été…

 

 

La numérisation de la deuxième livraison est terminée.
Prochaine livraison : mercredi 23 novembre…

Crédit iconographique : Bruno Rigolt

NetÉtiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les poèmes des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du poème cité (URL de la page).

Un automne en Poésie… Saison 3. Première livraison

Un automne en Poésie

 — Saison 3 —

                  

copyright : Bruno RigoltSeconde 1, Seconde 12
Lycée en Forêt (Montargis, France)

Les élèves de Seconde 1 et de Seconde 12 du Lycée en Forêt sont fiers de vous présenter l’édition 2012 d’«Un automne en Poésie», événement désormais incontournable qui marque comme chaque année l’actualité littéraire lycéenne. Puisant leur inspiration dans le message du Romantisme et du Symbolisme, les jeunes étudiant(e)s ont souhaité mettre en avant l’écriture poétique comme exercice de la liberté : liberté du rêve, des grands infinis ; liberté du cœur et des sentiments ; liberté aussi des jeux sur l’image et le non-dit, l’inexprimable, l’ineffable du mot…

Voici la première livraison. Chaque semaine, une dizaine de textes environ seront publiés. Bonne lecture.

NetÉtiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les poèmes des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du poème cité (URL de la page).

 

Dans l’immensité de la nuit

Claudia F.
Classe de Seconde 1

                         

Projection de mes désirs inassouvis
Qui étrangement ressemblent
À l’espérance impressionnée par la clarté du soir,
Voici l’étoile gravée aux sources de mon cœur

Comme un reflet du Possible,
Souriant à jamais
Devant ce monde pourtant indifférent
À ce qui pourra m’arriver.

Voici l’étoile repoussant ma douleur
Et voici le vent à jamais enfui
Dans l’immensité de la nuit
Où voyageait la pluie.

Je me suis condamnée à crier
La beauté, l’aube et le Parfait,
Respirant à jamais l’arrivée de ma découverte
Sur ce qui est

Ma vie…

 

Regarde-moi

Sandy C.
Classe de Seconde 12

 

C’est fou comme le monde, la vie et ses merveilles ne sont pas en acier :
Dans tes yeux je vois tout ce qui n’existe pas.
(Le temps est une invention que l’homme a créée pour cacher la peur de mourir.)
Je vois des âmes, des paysages comme personne n’en a jamais vu,
Des sourires éblouis par la lumière de tes yeux.
Essayer de prévoir l’heure de la mort est impossible,

Mais j’ai vu tout cela que les gens ne voient pas : j’ai vu l’impossible espoir !

(L’impulsion de la survie peut tuer alors que nous n’étions pas destinés à mourir,
alors que nous aurions dû y échapper…)
J’ai vu une pupille entourée d’un bleu océanique
Qui ouvre un monde dont personne n’a réellement la clef…
(Personne ne l’a, elle est en celui qui y croit.)
J’ai vu l’incompréhension, la destruction et l’égoïsme.

Au contraire, il y a l’invention de ce que notre esprit veut faire vivre
Pour une seule et unique personne :
On la voit un jour, le lendemain tout ce qui faisait d’elle
Un être vivant a disparu…
Plus de sentiments qu’elle ressentait quand elle était triste, heureuse ou en colère.
Elle ne ressent plus la douleur. Ne ressent plus le bien-être.

Elle ne peut plus émettre un seul son, aucun.
Elle ne peut plus faire un seul mouvement, aucun.
Éteinte comme si elle n’avait jamais connu la vie.
(Pendant qu’elle traversait ce miroir, à quoi pensait-elle ?
Avait-elle peur ?
A-t-elle eu le temps au moins d’avoir peur ?)

J’ai vu tes souvenirs : chacun pour toi était précieux… Tout s’est effacé.
Sous terre tu demeures ; je pleure.
Et ce soir, vois-tu, je vois la pleine lune, un miroir dans lequel je te vois.
La mort ne nous a pas séparées : je pense à toi…
Tu es un mirage qui s’étend sous la mer,
Comme le visage que tu as lorsque tu sais ce qui suit,

Et que les choses viennent comme des ondes.

Les yeux se tournent vers ceux qui ont besoin de les voir :
Ceux qui ont perdu le goût du réel, perdu le goût de leur propre vie.
Je veux posséder ce regard immortel, ces yeux, ces deux perles.
Je vois ce que tu vois parce que
Ce que tu vois, c’est moi.
Entre nous qui est le plus diffèrent des deux ?

Regarde moi…

« Regarde-moi » Photomontage d'après Man Ray "Tears", 1933

 

Tempête guitariste

Roman R.
Classe de Seconde 1

     

Seuls face à l’eau pâle
Mes doigts s’agitent sur ma guitare
Et la mélopée matinale
Accompagne le son des vagues
Au ciel inexorable de ce phare exilé.
Les vagues sont des lames
Mes mains frappent les cordes
Et la danse mystique du vent.

Moi, je t’attendrai sur les bords du jour
À l’horizon couleur safran.

Au large, l’orage fait rage
Les mouettes et le sable deviennent tempête.
Le concert s’enflamme
Émeut les falaises, laisse couler leurs larmes
Telles des tambours au dénouement de l’inséparable.
Les éclairs illuminent la terre
La lanterne surveille la mer
Et l’astre venu peut venir me prendre

Au son d’un dernier accord parfait,
Aux premiers rayons du monde…

 

Au seuil d’exiler mon âme…

Camille D.
Classe de Seconde 1

 

Une nuit orageuse
Non ordinaire
Porte sur moi
La curieuse illusion
D’un vaste sanglot.

Survint le voyage
Favorisant l’espérance aux lendemains de rosée.
Apparut une mystérieuse silhouette :
La soudaine ambiguïté
D’une complexité à résoudre.

Au seuil d’exiler mon âme,
Les sinistres chuchotements du départ
Quittèrent mon cœur
Pour interrompre le dernier signal
Pour un fabuleux voyage pénétrable…

 

Les oiseaux tombèrent et s’envolèrent

Emma V.
Classe de Seconde 1

 

Devant moi, il y a un arbre
Parmi des chagrins de couleur marbre
Et derrière l’arbre
Comme une vie remple de pluie.

Je vois dans mon jardin
L’ortie berçant la douleur
Et glaçant l’aurore abimée,
Perdue parmi la feuille effacée de mon cœur.

J’ai pris la clé envolée de la vie
J’ai senti la fuite et les combats infinis
Je m’échappai dans la nuit battue
Par le sourire écarlate de la lune…

 

 

Virages de la vie

Chloé M.
Classe de Seconde 12

 

Une route revêtue d’un mélange de bitume et de gravillons,
Une route sombre comme ton âme :
La tragédie de ton départ reflète les gris cieux
Revêtus d’une dalle de béton.

Triste route au soleil couchant, route inconsolable
Et ce jour qui va éclore sera comme comme les autres jours :
Vide de sens ainsi que les grandes agglomérations
Aux murs de pierre, aux toits de métal.

Le virage de la vie m’égare à nouveau
La mélodie présente dans mon cœur
S’estompe sur les routes urbaines
Où voyageaient mes larmes lourdes comme des peines.

D’une voix tremblante, j’implore nos souvenirs
Pour que tu reviennes : beaucoup de chemins
Mènent jusqu’à toi mais les interdits nous séparent :
Alors je reste dans cette étrange obscurité,

Au bord de cette route revêtue d’un mélange de bitume et de gravillons
J’attends que passe mon existence perdue
Tandis que passent parmi l’azur
Les silences frémissants de ton absence.

   

 

Une banlieue de nature morte

Melvin C.
Classe de Seconde 1

 

La ville humaine est encore là inexorablement
Je ne vois rien que le triste :
Une envie de fuir
Vers de nouveaux parfums,
De nouvelles dissidences
encore possibles.

Il faudrait redessiner les trottoirs de la vie,
Couper ces haies de villes où poussent des fleurs de simulacre,
Transformer l’arbre de béton en chanson évasée de rosée.
Joyeux, le pinceau de mon cœur a peint les sables
Et les sillons de la mer…

 

 

Au creux de mon cœur serré

Romane S.
Classe de Seconde 1

 

Des larme d’amour coulaient
Sur mon âme salée ;
Au creux des montagnes rosées,
Au creux de mon cœur serré

Un regret inutile fut le voyage
De nos chemins séparés :
Restèrent quelques instants égarés entre nos mains,
De dangereux aveux rassurants

Comme un rêve de lointain et de vent
Au creux des montagnes rosées,
Au creux de mon cœur serré
Ivre de partir seule pour un unique voyage

Une mélancolie serrée me rappelle
Les souvenirs enlacés de nos yeux :
Je pense à toi, au creux des montagnes rosées,
Au creux de mon cœur serré.

 

Un manque automnal

Cécile D-S.
Classe de Seconde 1

 

Dans le voyage immobile de la tristesse,
J’assassine le temps. Il ne reste rien :
Plus un baiser, que des fragments de regrets…
Les fleurs de raison se fanent,
Envolées par la vie

Dansent les feuilles autour de moi,
Tristes les souvenirs perdus au fond de moi,
Des larmes de neige, des larmes brunes
Papillons de fraicheur, blancs dans l’horizon,
Tapissent mon cœur

Une brise automnale emporte avec elle
Les rires et des confidences de chagrins.
Ivre de cet amour, de cette mélancolie désastreuse
Et de ces doux parfums je me souviens.
La tendresse du vent emporte tous mes sentiments

Des feuilles ont soulevé ce passé pessimiste et glacé
L’œil éclairant la nuit, berce les arbres
Qui sans jalousie m’observent.
Seule sous un nuage de pluie prochaine
Je m’efface éphémère

Dans la saison d’un bonheur perdu sans raison
Et dans le silence de l’enfance,
Je me noie à l’utopie des dernières clartés.
Je verse des larmes, belles de trahison :
Un manque automnal à perdre la raison…

« Je me noie à l’utopie des dernières clartés. Je verse des larmes, belles de trahison : Un manque automnal à perdre la raison... »

 

La numérisation de la première livraison est terminée.
Prochaine livraison : dimanche 13 novembre…

Crédit iconographique : Bruno Rigolt

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La citation de la semaine… Tomas Tranströmer… Prix Nobel de Littérature 2011

« Vous avez bu de l’ombre pour vous rendre visibles. »

J’ouvre la première porte
C’est une grande chambre inondée de soleil
Une lourde voiture passe dans la rue
et fait trembler la porcelaine.
       
J’ouvre la porte numéro deux.
Amis ! Vous avez bu de l’ombre
pour vous rendre visibles.
        
Porte numéro trois. Une chambre d’hôtel étroite.
Avec vue sur une ruelle.
Une lanterne qui étincelle sur l’asphalte.
Belles scories de l’existence.

_

Tomas Tranströmer, « Élégie », Baltiques et autres poèmes, Le Castor astral éditeur (coll. Les Écrits des Forges), Paris 1985. Traduit du Suédois par Jacques Outin.

        

Tomas Tranströmer. Photo © Ulla Montan. Remerciements : Albert Bonniers Förlag

Il paraît à première vue difficile de pénétrer l’univers à la fois intimiste, austère et contemplatif de Tomas Tranströmer, prix Nobel 2011 de Littérature. Peu connu du public français, cet immense poète suédois (né en 1931 à Stockholm), psychologue de formation, a travaillé plusieurs années auprès de jeunes délinquants avant de poursuivre une carrière de psychologue du travail. Ses observations, pressenties à partir de réactions subjectives sur le genre humain (et non d’un « engagement » politique) l’ont amené à une écriture profondément métaphysique sur le sens de la vie.

Claude-Michel Cluny qualifiait à ce titre ses textes « d’admirables visions, que leur simplicité fait évidentes, une fois le choc dissipé ». De fait, la poésie de Tomas Tranströmer est profondément ancrée dans l’expressionnisme scandinave, métamorphosant et stylisant la réalité pour atteindre la plus grande intensité esthétique et expressive ; l’auteur de Baltiques propose ainsi une lecture à la fois réaliste et allégorique du monde qui tient tout autant des états d’âme (la mélancolie, l’angoisse, l’obsession de la solitude) que d’une réalité géographique et sociale typiquement nordiques :

Porte numéro trois. Une chambre d’hôtel étroite.
Avec vue sur une ruelle.
Une lanterne qui étincelle sur l’asphalte.
Belles scories de l’existence.
_

André Velter dans un article du Monde (« Visions au bord du réel », 21 avril 1995) notait très justement : « C’est avec une perception aiguë, méticuleuse, que Tomas Tranströmer parcourt la zone limitrophe des terres habitées, comme si cette étendue en marge s’apparentait à un réservoir de visions simples, de visions vastes, de visions suscitées au bord du réel. [Ses livres] suggèrent une quête obstinée, accomplie sans emphase et pas à pas, qui affronte l’opacité des signes, l’irréductibilité des choses, l’ombre des actes. […] Plus la déroute que le but ».

On pourrait en effet  remarquer combien la perception de l’espace, fragmentaire et restreinte, renvoie dans le texte à une impression de claustration : « porte », « chambre… étroite », « vue sur une ruelle ». Mais c’est ce qui rend aussi le poème si profondément intériorisé. Le jury du Nobel a d’ailleurs justifié son choix en affirmant que « par des images denses, limpides, [Tranströmer] nous donne un nouvel accès au réel ». C’est tout le sens de cette poésie, métaphorique et contingente à la fois ; presque diaphane et intemporelle dans sa volonté de représenter une réalité toujours insaisissable…

Bruno Rigolt

Bientôt… Un automne en poésie saison 3

Pour fêter comme il se doit la rentrée littéraire, la classe de Seconde 1 et la classe de Seconde 12 du Lycée en Forêt préparent la saison 3 d’Un Automne en Poésie, événement désormais incontournable qui marque comme chaque année l’actualité littéraire lycéenne.

Puisant leur inspiration dans le message poétique du Romantisme et du Symbolisme, les élèves ont souhaité travailler sur le non-dit, l’inexprimable, l’ineffable du mot : poésie abstraite, anti-réaliste, imaginaire… Les manuscrits sont en cours de finalisation, et le lancement de l’exposition est prévu sur Internet le samedi  5 novembre 2011.

Crédit iconographique : Bruno Rigolt

Au fil des pages… Indiana…

I n d i a n a

Publiée en 1832, Indiana de George Sand est bien plus qu’une captivante histoire romantique, c’est un chef-d’œuvre féministe qui a bravé en son temps les conventions sociales, à commencer par le malheur des femmes dans le mariage :

« J’ai écrit Indiana avec le sentiment non raisonné, mais profond et légitime, de l’injustice et de la barbarie des lois qui régissent encore l’existence de la femme dans le mariage, dans la famille et dans la société » (George Sand, Indiana, préface de 1842).
_
Tony Johannot, illustration pour Indiana, éd. Hetzel, Paris 1861

Le roman commence de la façon la plus tristement banale : Indiana, jeune et belle Créole de dix-neuf ans, a été mariée en France au colonel Delmare, homme brutal, tyrannique, et plus vieux qu’elle de quarante ans. En proie à l’ennui et à la solitude dans un sombre manoir de province où elle dépérit, la jeune femme oubliera pour quelque temps son désespoir lors d’une idylle  sans lendemain. C’est alors que le récit connaît un revirement brutal : ruiné, le colonel Delmare doit s’exiler dans l’île Bourbon (la Réunion) où il finira par mourir. C’est là que dans l’île de son enfance, après plusieurs mésaventures et péripéties, et après avoir frôlé de peu le suicide, la jeune femme connaîtra enfin le grand Amour…

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Indiana plaira d’abord à toutes celles et ceux qui aspirent à lire de grandes et belles histoires sentimentales. Vous pourrez d’ailleurs réinvestir utilement vos connaissances sur le Romantisme : elles vous aideront à mieux contextualiser le roman, et caractériser les personnages. Mais Indiana est surtout un vibrant réquisitoire : George Sand y dénonce l’hypocrisie sociale quant à l’union conjugale et propose l’idéal du mariage d’amour. Le roman a d’ailleurs valeur de témoignage autobiographique : même si elle s’en est toujours défendue, l’auteure évoque en fait son union malheureuse avec le baron Dudevant. Plus fondamentalement, c’est l’injustice des lois de l’époque qui est le grand sujet d’Indiana :

— Qui donc est le maître ici, de vous ou de moi ? qui donc porte une jupe et doit filer une quenouille ? Prétendez-vous m’ôter la barbe du menton ? Cela vous sied bien, femmelette !
— Je sais que je suis l’esclave et vous le seigneur. La loi de ce pays vous a fait mon maître. Vous pouvez lier mon corps, garrotter mes mains, gouverner mes actions. Vous avez le droit du plus fort, et la société vous le confirme ; mais sur ma volonté, monsieur, vous ne pouvez rien, Dieu seul peut la courber et la réduire. Cherchez donc une loi, un cachot, un instrument de supplice qui vous donne prise sur moi ! c’est comme si vous vouliez manier l’air et saisir le vide.
— Taisez-vous, sotte et impertinente créature ; vos phrases de roman nous ennuient.
— Vous pouvez m’imposer silence, mais non m’empêcher de penser.
_

Ce passage pathétique qui dépeint avec force la tyranie du colonel Delmare est également très représentatif des thèses de George Sand (dans le roman Valentine, elle n’hésitait pas à apparenter le mariage à un « viol légal » !). Si par certains aspects (les descriptions qui ralentissent beaucoup le schéma narratif, les longues considérations morales, etc.), Indiana est surtout destiné aux « bons lecteurs » qui ne seront pas rebutés par la longueur de l’œuvre, je conseillerai néanmoins à tous les étudiant(e)s d’en feuilleter les pages. Vous serez étonné(e) de la modernité des propos de George Sand.

Vous pouvez aussi consulter la « citation de la semaine » que j’avais consacrée à l’écrivaine.

Pour télécharger le roman :
 

Ca s’est passé le… 19 septembre 1783 !

19 septembre 1783 :

L’Expérience des frères Montgolfier à Versailles !

e 19 septembre 1783, il y a exactement 228 ans jour pour jour, en plein siècle des Lumières (*), se déroulait à Versailles le premier vol aérostatique de l’Histoire, devant le roi Louis XVI, la cour et plus de 150 000 badauds fascinés par l’imaginaire de la navigation aérienne. De fait, l’expérience du « ballon à feu » des frères Étienne et Jospeh Montgolfier devait non seulement immortaliser leur nom mais marquer durablement l’histoire des sciences, le développement du commerce et de l’industrialisation ainsi que les valeurs de la société.

Voici comment Louis Figuier (Les Grandes inventions scientifiques et industrielles, Hachette, Paris 1859) relate l’événement :

« On avait enfermé dans une cage d’osier, suspendue à la partie inférieure du ballon, un mouton, un coq et un canard. Ces premiers navigateurs aériens firent un heureux voyage et, après s’être élevés à une assez grande hauteur, ils touchèrent la terre sans accident » (page 228).
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Pour vous replonger dans l’ambiance de l’époque, les plus curieux d’entre vous liront cette page de l’Album littéraire et musical (1849) remplie d’anecdotes. Voici entre autres ce que relate un analyste :

« Je n’ai pas besoin de dire quelle sensation produisit à Paris l’expérience d’Annonay. Les guerres de l’Amérique passèrent de mode, et l’on ne s’inquiéta plus que de la navigation aérienne. Les savants faisaient mille conjectures sur la substance mystérieuse, lorsqu’un physicien, nommé Charles, expliqua le mécanisme du ballon des frères Montgolfier… »
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C’est en effet à un événement de l’histoire des aérostats, célèbre entre tous, qu’on venait d’assister : pour la première fois, une machine s’était élevée dans le ciel à 500 mètres de hauteur pour transporter sur près de trois kilomètres des êtres vivants, et réaliser le rêve d’Icare : libérer l’homme de la pesanteur ! Parcourez cette page (très accessible) du Château de Versailles : vous y apprendrez comment et pourquoi cette ascension dans les airs incarne à elle seule la vaste entreprise philosophique, humaniste et scientifique des Lumières.

Admirez aussi ces belles gravures à l’eau-forte proposés par Gallica-BnF :

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(*) Pour approfondir vos connaissances des Lumières, consultez ce passage tout à fait exhaustif de l’ouvrage Letteratura, Europa, scuola, volume 2, Armando, Rome 2006.

 

Ca s'est passé le… 19 septembre 1783 !

19 septembre 1783 :

L’Expérience des frères Montgolfier à Versailles !

e 19 septembre 1783, il y a exactement 228 ans jour pour jour, en plein siècle des Lumières (*), se déroulait à Versailles le premier vol aérostatique de l’Histoire, devant le roi Louis XVI, la cour et plus de 150 000 badauds fascinés par l’imaginaire de la navigation aérienne. De fait, l’expérience du « ballon à feu » des frères Étienne et Jospeh Montgolfier devait non seulement immortaliser leur nom mais marquer durablement l’histoire des sciences, le développement du commerce et de l’industrialisation ainsi que les valeurs de la société.

Voici comment Louis Figuier (Les Grandes inventions scientifiques et industrielles, Hachette, Paris 1859) relate l’événement :

« On avait enfermé dans une cage d’osier, suspendue à la partie inférieure du ballon, un mouton, un coq et un canard. Ces premiers navigateurs aériens firent un heureux voyage et, après s’être élevés à une assez grande hauteur, ils touchèrent la terre sans accident » (page 228).
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Pour vous replonger dans l’ambiance de l’époque, les plus curieux d’entre vous liront cette page de l’Album littéraire et musical (1849) remplie d’anecdotes. Voici entre autres ce que relate un analyste :

« Je n’ai pas besoin de dire quelle sensation produisit à Paris l’expérience d’Annonay. Les guerres de l’Amérique passèrent de mode, et l’on ne s’inquiéta plus que de la navigation aérienne. Les savants faisaient mille conjectures sur la substance mystérieuse, lorsqu’un physicien, nommé Charles, expliqua le mécanisme du ballon des frères Montgolfier… »
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C’est en effet à un événement de l’histoire des aérostats, célèbre entre tous, qu’on venait d’assister : pour la première fois, une machine s’était élevée dans le ciel à 500 mètres de hauteur pour transporter sur près de trois kilomètres des êtres vivants, et réaliser le rêve d’Icare : libérer l’homme de la pesanteur ! Parcourez cette page (très accessible) du Château de Versailles : vous y apprendrez comment et pourquoi cette ascension dans les airs incarne à elle seule la vaste entreprise philosophique, humaniste et scientifique des Lumières.

Admirez aussi ces belles gravures à l’eau-forte proposés par Gallica-BnF :

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(*) Pour approfondir vos connaissances des Lumières, consultez ce passage tout à fait exhaustif de l’ouvrage Letteratura, Europa, scuola, volume 2, Armando, Rome 2006.

 

La citation de la semaine… Marie-Léontine Tsibinda…

« Courir, impensable, tu te fais lyncher. Une âme de moins, qui s’en souviendra ? »

[…] Ceux qui n’ont pas su tirer ont sorti des machettes, des sagaies. On a égorgé, on a scalpé, on a tranché les membres, on a sorti les intestins des corps morts, on les a portés comme colliers hideux. Femmes et enfants ont subi le même sort, le même destin sauvage, barbare et cruel.

La vie est têtue, elle revient et elle me dit que tu n’es pas près de moi. Je marche dans les quartiers dévastés. Je veux dominer ma peur coûte que coûte. J’ai l’impression qu’une personne va me dire : « Ici, j’ai vu le jour, j’ai grandi mais la haine m’a ôté la vie que Dieu donne…».

Te souviens-tu de ma panique après notre passage près de la boulangerie ? Ce jour-là, à cause des tirs répétés, je n’ai pas envoyé les enfants chercher du pain. J’ai marché jusqu’à la boulangerie du quartier, la peur au ventre. Dans la rue, des enfants armés patrouillent. Ils ont l’âge des enfants de mes cousines : des gamins qui ont besoin d’affection. Ils ont les yeux dilatés par la drogue. Un faux pas, une fausse parole et tout est cuit, fini. Courir, impensable, tu te fais lyncher. Une âme de moins, qui s’en souviendra ? Je pense aux parents qui ont essayé en vain de les dissuader de prendre les armes. Certains, hélas, ne sont plus de ce monde, ils ont été éliminés par leurs propres enfants brûlés par la fièvre des combats et la soif d’argent.

On leur promettait monts et merveilles : des études à l’étranger, l’intégration dans l’armée, des postes de directeur, ou de fonctionnaire international quand la victoire retentira. Les parents pleurent encore leurs gosses morts pour des causes qui leur étaient étrangères. Silence ! La mère patrie le veut !

Marie-Léontine Tsibinda, d'après un cliché Kinzenguélé/afriphoto.com (photographie modifiée numériquement)

Les dalles de la route ont été enlevées. Il faut enjamber les caniveaux au risque de se casser les jambes. Les arbres aussi ont été taillés en morceaux, les ruisseaux de la ville ont vomi les vieilles carcasses qui dormaient dans leur lit.

Une foule devant la boulangerie crie : du pain ! du pain !

À quel prix ! La bousculade m’entraîne tantôt à gauche, tantôt à droite. Je sors de la bâtisse en sueur, la lanière de ma sandale a cédé. Munie de mon bien, je rentre chez moi avec des compagnes de fortune. Soudain, des coups de feu éclatent. Des coups de canon aussi. Vite il nous faut un abri. Une maison délabrée nous sert de refuge. Dieu est grand, il saura nous sortir de cet enfer où nous plongent les cœurs cyniques. La séparation est inévitable. Je trouve les enfants sous le lit. Ils se jettent dans mes bras. On a encore tiré tantine.

Hélas, oui mon petit !

C’est la guerre ?

Oui la guerre. […]

© Marie-Léontine Tsibinda, « Les pagnes mouillés« , extrait (1996). Nouvelle  couronnée par le prix Unesco-Aschberg et publiée en février 1997 dans la revue Amina  n° 322. Cette nouvelle figure dans le recueil  Les Hirondelles de mer, éd. Acoria, Paris 2009. En accédant au site de l’éditeur, vous pourrez feuilleter en libre accès les 29 premières pages du recueil .

Extrait publié avec l’autorisation écrite de l’auteure. Merci encore à elle. BR.

Poétesse, novelliste et romancière africaine d’expression française (Girard, Congo, 1955), Marie-Léontine Tsibinda a fui le Congo-Brazzaville en 1999 à cause de la guerre civile (¹). Comme elle le confiera lors d’un entretien en 2002, « rester à Brazza était devenu un cauchemar pour moi dans la mesure où ma maison a été brûlée après l’offensive du 15 octobre 1997. […] J’ai eu peur. J’ai essayé de tenir bon. Mais si les incendiaires m’avaient trouvée chez moi, au Plateau-des-15-ans, dans ma maison, je serais morte sans aucun doute en ce jour fatal de novembre 1997. Partir était devenu inévitable. J’ai pris les enfants qui étaient avec moi à Brazza : ma famille, comme beaucoup d’autres, a éclaté. »

C’est cette violence paroxystique qui a embrasé le Congo, et plus largement l’Afrique centrale, dont le récit se fait dramatiquement l’écho : « Terrorisée par les émeutes et la guerre civile, une jeune femme se réfugie dans un abri de fortune avec quelques compagnes qui lui racontent l’horreur de la guerre vécue au quotidien » (présentation de l’auteure). La nouvelle renvoie ainsi à l’expérience que fit personnellement Marie-Léontine Tsibinda de la guerre : « Les pagnes mouillés« , c’est donc d’abord une « mémoire de réfugiée ». Par des mots à la fois simples et terribles, la novelliste dresse le bilan de cette dévastation : le drame des enfants soldats, « les yeux dilatés par la drogue, […] brûlés par la fièvre des combats et la soif d’argent », mais aussi les ratissages systématiques, tous ces sans-logis, ces déplacés obligés de parcourir des centaines de kilomètres dans l’angoisse de se faire « lyncher » :

On a égorgé, on a scalpé, on a tranché les membres, on a sorti les intestins des corps morts, on les a portés comme colliers hideux. Femmes et enfants ont subi le même sort, le même destin sauvage, barbare et cruel.

Mais la nouvelle de Marie-Léontine Tsibinda est aussi (est surtout) un vibrant hommage à toutes ces femmes condamnées à survivre sans repos ni nourriture, à toutes ces mères, si vulnérables et démunies, et pourtant si admirables dans leur volonté de s’assumer et de faire face à la guerre :

Je sors de la bâtisse en sueur, la lanière de ma sandale a cédé. Munie de mon bien, je rentre chez moi avec des compagnes de fortune. […] Je trouve les enfants sous le lit. Ils se jettent dans mes bras. On a encore tiré tantine.
Hélas, oui mon petit !
C’est la guerre ?
Oui la guerre.

Femmes exilées, réfugiées, déplacées de force ; femmes victimes de l’insécurité permanente et de la brutalité des miliciens. Femmes enfin, veuves ou épouses, capables de tant d’amour, de tant de compassion face à l’horreur de la guerre :

J’ai longtemps pleuré après toi. Je savais que je te reverrais. Ton souvenir ne m’a jamais quittée. Moi aussi, je t’aime… Ici, la vie renaît à la vie… Je t’aime… Oh, oui, moi aussi… Eh, voisine, j’ai mouillé mes pagnes.
Oui, voisine, mes pagnes mouillés…
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C’est sur ces paroles mêlées de larmes que s’achève la nouvelle : non plus les larmes de peur et les larmes de sang, mais des larmes de souffrance qui sont aussi des larmes de mémoire, des larmes d’espoir. Larmes pour tous ceux qui sont partis, qui ne sont pas revenus, pour toutes les âmes victimes de la guerre et de la barbarie ; larmes contre tous les maux, larmes contre toutes les armes… Je ne saurais trop vous conseiller de lire en intégralité ce texte qui bouleverse d’ailleurs nombre de clichés encore largement répandus, considèrant que la guerre est un thème d’hommes, « en marge des responsabilités de la femme » (²). Bien au contraire : l’un des buts premiers de la nouvelle de Marie-Léontine Tsibinda a sans doute été d’alerter la communauté internationale sur les conséquences dramatiques de la guerre. Elle nous amène aussi, nous lecteurs, à réfléchir aux événements socio-politiques, et leurs cohortes de misère et de violence, qui déchirent tant de pays du monde…

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(1) Les étudiant(e)s intéressé(e)s gagneront à parcourir l’ouvrage remarquable de Patrice Yengo, chercheur associé à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) : La Guerre civile du Congo-Brazzaville, 1993-2002, éd. Karthala, Paris 2006. Lisez en particulier l’introduction.

(2) Jean-Marie Volet, « La guerre chez les romancières« , Mots Pluriels (The University of Western Australia), vol.1. no 4. 1997.

Découvrez également ces interviews : « Exil, violence et mort ambiante ou la nécessité de quitter l’Afrique ?« , un entretien avec Marie-Léontine Tsibinda, femme de Lettres congolaise et exilée. « L’écrivain est la mémoire d’un peuple« , entretien d’André Désiré Loutsono avec Marie Léontine Tsibinda. Voyez enfin dans Google-livres l’ouvrage d’Alain Brezault et Gérard Clavreuil, Conversations congolaises, L’Harmattan, Paris 1989, page 13 et suivantes.

 

Crédit photographique : Kinzenguélé/afriphoto.com. J’ai recolorisé et retouché numériquement le cliché d’origine.

Au fil des pages… Dictionnaire de culture générale…

Dictionnaire de Culture Générale

(Francis Foreaux, Pearson Education France, 2010)

Si vous parcourez régulièrement les pages de cet Espace Pédagogique, vous n’aurez pas manqué de constater l’importance accordée à la culture générale. C’est en effet la « culture gé » qui marque la différence dans les épreuves de sélection pour les grandes écoles, les universités, et bien sûr les entretiens de recrutement. Comme je l’avais dit dans la présentation de deux autres ouvrages (L’Indispensable en culture générale… Réussir l’épreuve de culture générale à Sciences Po…), «accéder à une filière sélective se prépare longuement avant. Certains se diront peut-être : « Je suis en Seconde ou en Première, j’ai bien le temps » ou alors : « Je n’ai pas encore fait de Philo, or beaucoup de sujets abordent des questions que je ne pourrai pas comprendre ».

La grande erreur de ces étudiants est d’abord de se sous-estimer : « Je ne suis pas capable de » alors que vous êtes tout à fait capable (mais en cédant au découragement, on cède souvent à la paresse… Pas vrai ?). L’autre erreur, c’est de sous-estimer le niveau de culture générale qui sera exigé de vous : or, c’est sur la culture générale que se font les sélections. Si vous attendez l’année du concours, il sera malheureusement trop tard, car vous n’aurez ni le temps, ni l’ambition, ni une acquisition suffisante des méthodes de pensée et de travail requises. C’est dès maintenant que vous devez vous y préparer : et c’est d’autant plus facile qu’il n’y a pas pour le moment de risque pour vous ni d’enjeu immédiat. Il n’en ira pas de même l’année du concours !»

C’est la raison pour laquelle je ne saurais trop vous recommander de parcourir quelques articles de ce gros ouvrage (510 pages, prix habituellement pratiqué : 28,41 €), rédigé sous la direction de Francis Foreaux, et publié en 2010 par Pearson Education France. S’il s’adresse prioritairement aux candidat(e)s des classes préparatoires économiques et commerciales, les lycéens gagneront à se familiariser avec ce type d’ouvrage.  Ne vous laissez pas rebuter par la présentation un peu austère des articles. Comme le rappelle l’éditeur, « cet ouvrage est plus qu’un simple dictionnaire de définitions lexicales. Chaque article propose l’analyse d’une notion, d’un concept, d’un courant de littérature, de pensée ou d’art, d’une personnalité » [lire la présentation complète].

Ne manquez pas les articles : « Argumentation » (p. 8), « Aristote » (p. 11), « Art » (p. 14), « Autobiographie » (p. 22), « Autrui » (p. 27), « Avant-garde » (p. 29), « Baroque » (p. 32), « Beauté » (p. 33), « Cause/Causalité » (p. 48)…

RAPPEL DE MÉTHODE : Comment « bien lire » un guide de culture générale ? Le but bien entendu n’est pas de “tout lire” (ce n’est d’ailleurs ni le but ni le principe d’un tel ouvrage) mais de lire un peu “au fil des pages”, selon votre envie. Quand vous avez le temps, parcourez un article, lisez un extrait de texte, découvrez un auteur, etc. Si vous le pouvez, notez (dans un petit répertoire) ce qui vous paraît important en précisant le titre de l’ouvrage et la page, afin de pouvoir vous y référer ultérieurement. Une règle importante : ne forcez jamais ! Si quelque chose vous rebute ou vous semble trop difficile, passez à un autre sujet. Plus qu’apprendre pour apprendre, c’est en fait la démarche qui importe : découvrir et enrichir sa culture générale.

Astuce : les parties librement consultables étant limitées, prenez l’habitude de feuilleter plusieurs ouvrages : premier avantage, vous vous familiariserez avec différentes approches ou méthodologies. Deuxième avantage : en feuilletant par exemple 5 à 6 guides de Culture Gé, on finit par « reconstituer le puzzle » et avoir ainsi un ouvrage complet !

Autres notes et articles à consulter :

Recommandations de lecture : les guides de culture générale ; L’Indispensable en culture générale… Réussir l’épreuve de culture générale à Sciences Po ; Le Guide des Études ; Dictionnaire de culture générale (Pierre Gévart) ; Patrimoine littéraire européen: Mondialisation de l’Europe, 1885-1922 ; Anthologie de la poésie française ; Introduction aux littératures francophones : Afrique, Caraïbe, Maghreb

 

La citation de la semaine… Gaston Bachelard…

« La mort de l’eau est plus songeuse que la mort de la terre : la peine de l’eau est infinie… »

L’eau est vraiment l’élément transitoire. […] L’être voué à l’eau est un être en vertige. Il meurt à chaque minute, sans cesse quelque chose de sa substance s’écoule. La mort quotidienne n’est pas la mort exubérante du feu qui perce le ciel de ses flèches ; la mort quotidienne est la mort de l’eau. L’eau coule toujours, l’eau tombe toujours, elle finit toujours en sa mort horizontale. […] la mort de l’eau est plus songeuse que la mort de la terre : la peine de l’eau est infinie. […]

Gaston Bachelard

Je retrouve toujours la même mélancolie devant les eaux dormantes, une mélancolie très spéciale qui a la couleur d’une mare dans une forêt humide, une mélancolie sans oppression, songeuse, lente, calme. Un détail infime de la vie des eaux devient souvent pour moi un symbole psychologique essentiel. […] C’est près de l’eau et de ses fleurs que j’ai mieux compris que la rêverie est un univers en émanation, un souffle odorant qui sort des choses par l’intermédiaire d’un rêveur. Si je veux étudier la vie des images de l’eau, il me faut donc rendre leur rôle dominant à la rivière et aux sources de mon pays.

Je suis né dans un pays de ruisseaux et de rivières, dans un coin de la Champagne vallonnée, dans le Vallage, ainsi nommé à cause du grand nombre de ses vallons. La plus belle des demeures serait pour moi au creux d’un vallon, au bord d’une eau vive, dans l’ombre courte des saules et des osières. Et quand octobre viendrait, avec ses brumes sur la rivière…

Mon plaisir est encore d’accompagner le ruisseau, de marcher le long des berges, dans le bon sens, dans le sens de l’eau qui coule, de l’eau qui mène la vie ailleurs, au village voisin. Mon « ailleurs » ne va pas plus loin. […] Le Vallage a dix-huit lieues de long et douze de large. C’est donc un monde. Je ne le connais pas tout entier : je n’ai pas suivi toutes ses rivières.

Mais le pays natal est moins une étendue qu’une matière; c’est un granit ou une terre, un vent ou une sécheresse, une eau ou une lumière. C’est en lui que nous matérialisons nos rêveries ; c’est par lui que notre rêve prend sa juste substance ; c’est à lui que nous demandons notre couleur fondamentale. En rêvant près de la rivière, j’ai voué mon imagination à l’eau, à l’eau verte et claire, à l’eau qui verdit les prés. Je ne puis m’asseoir près d’un ruisseau sans tomber dans une rêverie profonde, sans revoir mon bonheur… Il n’est pas nécessaire que ce soit le ruisseau de chez nous, l’eau de chez nous. L’eau anonyme sait tous mes secrets. Le même souvenir sort de toutes les fontaines…

Gaston Bachelard, L’Eau et les rêves, essai sur l’imagination de la matière, © Librairie José Corti 1942. Le livre de Poche n°4160, Paris 2007, pages 13-15

À la fois historien de la philosophie et théoricien des sciences, penseur et savant érudit mais aussi auteur d’écrits littéraires et poétiques, Gaston Bachelard (1884-1962) a renouvelé l’approche philosophique de la connaissance en fondant son œuvre sur une « imagination de la matière » éclairée par la psychanalyse. Pour lui, les quatre éléments de la nature (le feu, l’eau, l’air et la terre) sont la source même de l’imagination poétique. De fait, l’approche philosophique de Bachelard s’éloigne du modèle positiviste et substitue à la « physique scientifique » ce qu’il appelle une « physique poétique », allant jusqu’à prôner la réconciliation de la poésie et de la science grâce à une ouverture de l’esprit humain à l’imaginaire et à la poésie de la nature.

Dans la Poétique de la rêverie (1960), il s’est d’ailleurs lui-même défini comme un « rêveur de mots » : pour Bachelard en effet, notre appartenance au monde des images est peut-être plus forte, plus constitutive de notre être, que notre appartenance au monde des idées : c’est par le rêve et la poésie que le réel s’énonce dans toute sa complexité. Les titres mêmes de ses ouvrages expriment le travail infatigable qu’accomplit Bachelard pour renouveler notre compréhension de l’imaginaire : la Psychanalyse du feu (1938), l’Eau et les rêves (1942), l’Air et les songes (1943), la Terre et les rêveries du repos (1946), la Terre et les rêveries de la volonté (1948), la Poétique de l’espace (1957)… Dans tous ses ouvrages, Bachelard défend ainsi ce qu’il appellera lui-même « le droit de rêver », autrement dit la force du langage poétique, car il est un reflet du cosmos.

Le passage présenté me paraît très représentatif de cette vision particulière de la nature et de la matière que propose Bachelard : comme il l’avait dit dans la Poétique de la rêverie, « pour un grand rêveur, voir dans l’eau c’est voir dans l’âme et le monde extérieur n’est bientôt plus que ce qu’il a rêvé » : espace de convergence et de rayonnement, l’eau est en effet la fusion du voyant et de l’invisible, du créé et de l’incréé, du rêve et de la matière, du dedans et du dehors. Il existe ainsi une « poétique de l’eau » qui va bien au-delà de la perception : l’eau est à ce titre un imaginaire, une « surréalité », une métaphore du temps qui s’écoule. L’eau est le songe de la vie : « l’eau tombe toujours, elle finit toujours en sa mort horizontale. […] la mort de l’eau est plus songeuse que la mort de la terre : la peine de l’eau est infinie ».

Cette symbolique de l’eau est essentielle, car elle mène à la connaissance : « C’est près de l’eau et de ses fleurs que j’ai mieux compris que la rêverie est un univers en émanation, un souffle odorant qui sort des choses par l’intermédiaire d’un rêveur. […] Mon plaisir est encore d’accompagner le ruisseau, de marcher le long des berges, dans le bon sens, dans le sens de l’eau qui coule, de l’eau qui mène la vie ailleurs »… Voici comment le grand éditeur José Corti présente l’essai de Bachelard : « À l’écoute de l’eau et de ses mystères, Gaston Bachelard entraîne son lecteur dans une superbe méditation sur l’imagination de la matière. Son domaine s’élargit, le philosophe se laissant davantage guider par les images des poètes, s’abandonne à sa propre rêverie. Des eaux claires, brillantes où naissent des images fugitives, jusqu’aux profondeurs obscures, où gisent mythes et fantasmes »…

Je ne saurais trop vous recommander la lecture de cet ouvrage, difficile certes, mais ô combien stimulant intellectuellement grâce à cette nouvelle approche de la réalité et du monde de la connaissance qu’il propose. Comme il a été dit très justement, « l’œuvre bachelardienne est une exaltation de la constitution dynamique de l’esprit humain qui se construit de façon constante et inépuisable par le dynamisme de la raison et de l’imagination » (Marly Bulcão). Ce renouvellement du champ épistémologique et méthodologique entrepris par Bachelard a littéralement bouleversé, en France mais aussi dans le monde, l’esprit scientifique et les théories de l’imaginaire… Je terminerai avec cette belle phrase de Bachelard, qui au seuil de cette nouvelle année scolaire, a valeur de programme : « J’étudie ! Je ne suis que le sujet du verbe étudier. Penser je n’ose. Avant de penser, il faut étudier » (*).

L’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) propose des ouvrages (entiers ou de larges extraits) à télécharger gratuitement. Ressources très intéressantes.

(*) Gaston Bachelard, La Flamme d’une chandelle, PUF Coll. « Quadrige », Paris 1996, p. 55. Cité par G. Canguilhem, in G. Bachelard, Études, Librairie Philosophique J. Vrin, « Bibliothèque des Textes Philosophiques », Paris 1970, 2002, page 7.

http://www.ina.fr/video/ticket/CAF89004641/969098/481f50fd77111fe0834dff60125fe537

Au fil des pages… Black Feminism…

Black Feminism

Anthologie du féminisme africain-américain (1975-2000)

Publiée chez L’Harmattan en 2008 (coll. « Bibliothèque du féminisme », 260 pages) sous la direction d’Elsa Dorlin, maître de conférence en Philosophie à l’Université Paris I, cette anthologie est la première en France à rassembler autant d’articles fondateurs du mouvement féministe noir-américain, et à proposer un vaste questionnement quant à l’influence des facteurs de classe et des structures sociales sur la condition des femmes de couleur. De fait, ce qu’on a appelé le Black Feminism est un courant de pensée politique qui, au sein du féminisme, a repensé les interrelations entre sexisme et racisme. En ce sens, le Black Feminism s’est défini comme une « minorité dans la minorité », dénonçant la prétention d’un « féminisme blanc » à l’universalisme. À ce titre, voici comment l’éditeur présente l’ouvrage :

« Toutes les femmes sont blanches, tous les Noirs sont hommes, mais nous sommes quelques-unes à être courageuses ».
Sous ce titre magnifique paraissait en 1982 aux Etats-Unis une anthologie de textes fondateurs des études féministes noires : un titre qui dénonçait la double exclusion des femmes noires d’un féminisme blanc et bourgeois et d’un nationalisme noir sexiste. Ces féministes noires ont créé un mouvement politique d’une importance unique en ce que, d’emblée, il s’est constitué sur la dénonciation d’une oppression simultanée de race, de classe, de sexe et du modèle de sexualité qui va avec.
Les textes présentés dans ce recueil du Black feminism – le premier en France – explorent sur une période de trente ans les thèmes de l’identité, de l’expérience singulière, de la sororité, de la sexualité, comme la place dans les institutions, les coalitions nécessaires et les alliances possibles, les Normes culturelles de rébellion et de lutte, le passage de témoin entre générations. Pourquoi, en France, ex-puissance coloniale, l’équivalent d’un féminisme noir n’a-t-il pas existé ? Ces textes, par leur vitalité et leur perspicacité politiques, invitent à poser cette question et à s’interroger autrement sur les faux-semblants de l’universalisme républicain comme sur les points aveugles du féminisme français.

Je ne saurais trop vous engager à feuilleter les parties librement consultables —très nombreuses— de cet ouvrage : tout d’abord, lisez l’introduction (page 9 et s.) : elle revient sur la véritable « révolution politique et théorique » qu’a représentée le féminisme noir, dans la mesure où, en articulant le sexisme au racisme, il a reformulé l’ensemble des problématiques et des revendications féministes. Ne ratez pas non plus l’article d’Hazel Carby « Femme blanche écoute« . Comme le dit l’auteure : « Bien des femmes noires ont été aliénées par l’absence de reconnaissance de leurs vies, de leurs expériences et de leurs histoires de la part du mouvement de libération des femmes. Les féministes noires ont exigé, et exigent toujours, que le racisme soit reconnu comme élément structurant nos rapports aux femmes blanches […] ».

Beaucoup d’autres textes sont également d’un grand intérêt (en particulier le texte bouleversant d’Audre Lorde Transformer le silence en paroles et en actes)  : ils permettent d’articuler les expériences personnelles, ou certains témoignages liés aux discriminations, à des problématiques plus globales obligeant non seulement à repenser les cadres habituels du féminisme, mais aussi les rapports de domination et les mouvements sociaux dans leur ensemble. Une lecture selon moi indispensable, non seulement sur le plan personnel mais plus encore pour enrichir votre culture générale.

Rappel : comme je l’ai souvent dit, lorsque vous lisez ce type d’ouvrage, inutile de lire “en une fois” et “linéairement” toutes les pages : ce n’est d’ailleurs pas le principe d’un guide de culture gé, d’une anthologie, etc. Plus utilement, prenez une notion, un chapitre, une problématique au hasard et lisez l’article ou quelques pages. Le mieux est de reporter sur un petit répertoire les points importants (définition, dates à retenir, auteur clé, citation, etc.) afin de vous constituer progressivement votre propre guide de culture générale. En même temps, cela vous entraînera à la synthèse (Bien entendu, ne notez sur votre répertoire que l’essentiel !). Dès que vous avez 10 minutes (une ou deux fois par semaine), faites ce petit exercice : vous verrez dans un an à peine combien vous aurez progressé !

La citation de la semaine… Gabriela Mistral…

Dans leur quiétude, les hommes ne sentent pas cette amertume, cette eau triste venue d’en haut…

Dentro del hogar, los hombres no sienten esta amargura, este envío de agua triste de la altura…

 

La lluvia lenta
 
Esta agua medrosa y triste,
como un niño que padece,
antes de tocar la tierra
desfallece.
 
Quieto el árbol, quieto el viento,
¡ y en el silencio estupendo,
este fino llanto amargo
cayendo !
 
El cielo es como un inmenso
corazón que se abre, amargo.
No llueve : es un sangrar lento
y largo.
 
Dentro del hogar, los hombres
no sienten esta amargura,
este envío de agua triste
de la altura.
 
Este largo y fatigante
descender de aguas vencidas,
¡ hacia la Tierra yacente
y transida !
 
Llueve y como un chacal trágico
la noche acecha en la sierra.
¿ Qué va a surgir, en la sombra,
de la Tierra ?
 
¿ Dormiréis, mientras afuera
cae, sufriendo, esta agua inerte,
esta agua letal,
hermana de la Muerte ?
Pluie lente
 
Cette eau craintive et triste
comme un enfant qui souffre,
avant de toucher la terre
défaille.
 
Calme est l’arbre, calme est le vent,
et dans le silence splendide
ces fines larmes amères
tombent !
 
Le ciel est comme un immense
cœur qui s’ouvre, amer.
Pas de pluie : juste un saignement lent
et long.
 
Dans leur quiétude, les hommes
ne sentent pas cette amertume,
cette eau triste venue
d’en haut.
 
Cette longue et lassante
descente d’eaux vaincues,
vers la Terre gisante
et transie !
 
Il pleut et comme un chacal tragique,
la nuit se cache dans les montagnes.
Que va-t-il surgir, dans l’ombre,
de la Terre ?
 
Dormirez-vous, tandis que dehors
tombe et souffre, cette eau inerte,
cette eau létale,
sœur de la Mort ?
 

Gabriela Mistral, « La lluvia lenta », Desolación, Première édition, Institut hispanique, New York 1922.

Traduction française : Bruno Rigolt.
Ce poème figure dans le recueil D’Amour et de désolation. Choix de textes présentés et traduits par Claude Couffon. Orphée/La Différence, Paris 1989. Néanmoins, la traduction proposée par Claude Couffon me semblant parfois trop éloignée du texte d’origine, j’ai préféré proposer une nouvelle traduction.

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C’est à vingt-cinq ans en 1914, au moment où elle remporte à Santiago le concours littéraire des Jeux floraux de poésie pour ses Sonnets de la Mort (Sonetos de la Muerte) que Lucila de Maria del Perpetuo Socorro Godoy Alcayaga se fait connaître sous le pseudonyme de Gabriela Mistral, double hommage au poète italien Gabriele d’Annunzio (1863-1938) et surtout au Français Frédéric Mistral (1830-1914). Rien pourtant ne prédestinait cette petite provinciale du fin fond du Chili à devenir en 1945 le premier prix Nobel de Littérature décerné à un écrivain latino-américain (pour voir la vidéo de la cérémonie de remise du prix, cliquez ici).

La région de Vicuña au Chili

Gabriela Mistral voit le jour le 7 avril 1889 à Vicuña, petit bourg rural et montagneux sur le Rio Elqui, aux confins de la Cordillère des Andes et de l’Argentine. Abandonnée par son père à l’âge de trois ans, Gabriela est élevée par sa mère institutrice dans le hameau de Monte Grande. Elle y mène, à l’affût des valeurs spirituelles, une enfance de privations, humble et rude, qui décidera de sa vocation poétique et de son engagement humain. Nommée institutrice à 17 ans, elle n’aura de cesse de dénoncer l’exploitation des enfants et « la douloureuse condition de la femme en Amérique latine, aliénée par la tradition et les structures sociales » (*).

C’est dans cet esprit qu’il faut lire les poèmes, tous empreints de gravité, de lyrisme et d’émotion, du recueil Desolación, édité à New York en 1922 grâce à l’admiration et au soutien d’universitaires nord-américains. Volodia Teitelboim faisait remarquer à cet égard le point suivant : « En vérité Desolación c’est l’histoire d’une passion qui déborde de prières et de malédictions, d’interrogations et d’agonies » (**). De fait, le motif de l’amour impossible pour un homme (Romeo Ueta, le seul homme qu’elle ait jamais aimé s’était suicidé en 1909), s’élargit en une vaste méditation sur la vie et la mort ; s’y entrecroisent dans une inflexion quasi religieuse et mystique les thèmes de l’enfance bafouée, de la nature détruite par la faute des hommes, et de la femme humiliée, intimement mêlée à la figure de la mère originelle, gardienne de la Terre, créatrice et matrice de l’homme. Ce dernier aspect est essentiel.

Avec beaucoup de pertinence, Eliana Ortega (***) faisait remarquer :

« On doit lire le discours féminin de Mistral comme une création construite par un je féminin, se référant et s’attachant à la relation avec l’Autre Originelle : la mère. Ainsi s’expliquerait la prépondérance des mères dans le discours mistralien, et la capacité complexe de ce sujet féminin à se dédoubler, à refléter, et à réfléchir l’image de la mère dans son propre moi. Un tel dédoublement du sujet peut également se lire dans ces rencontres mistraliennes avec la Déesse, la Vierge, la mère indigène et surtout avec la Terre mère. Pour révéler la multiplicité des significations de l’image de la femme dans le discours de Mistral, il est nécessaire de déconstruire et de démystifier les paradigmes culturels masculins qui ont été adoptés, jusqu’à récemment […].
__

« Déconstruire », « démystifier » pour mieux reconstruire cette part fondamentalement transgressive et féministe de la poésie de Gabriela Mistral et qui passe comme le suggère Eliana Ortega par « la relación primigenio, la relación con la Otra mujer, con la madre, con la Diosa, con la Tierra » […]

« la relation primordiale, la relation avec l’Autre femme : la mère, la déesse, la Terre ».

Comme nous le comprenons maintenant, cette « pluie lente » dont parle avec intensité et ampleur Gabriela Mistral, c’est précisément la « mère indigène », la « terre mère ». Plus que son aspect esthétisant, c’est la valeur symbolique de cette eau baptismale qui est intéressante à étudier : entre réminiscences bibliques et visions spleenétiques chères à Verlaine, l’évocation de la pluie se confond plus fondamentalement avec la souffrance de la femme, expression de la douleur, de l’angoisse humaine, et d’une profonde quête mystique sur le sens de la vie :

Pas de pluie : juste un saignement lent
et long.
Dans leur quiétude, les hommes
ne sentent pas cette amertume,
cette eau triste venue
d’en haut.
 

Il y a en effet dans ce poème, très représentatif des autres textes du recueil, une interrogation fondamentale sur notre humaine condition, une quête, une aspiration à autre chose venu « d’en haut ». En ce sens, la création littéraire chez Gabriela Mistral se confond avec la nécessité de transformer l’être en destin dans une quête absolue de lui-même grâce à l’expérience poétique, proprement transgressive. L’acte d’écrire devient ainsi une « parole dans la cour des hommes »(****), un appel, dont le but est de sauver de la mort les hommes eux-mêmes, aveugles à la souffrance et au désir des femmes, à l’ivresse mystérieuse de la maternité symbolisée par cette « pluie lente » :

Il pleut et comme un chacal tragique,
la nuit se cache dans les montagnes.
Que va-t-il surgir, dans l’ombre,
de la Terre ?
 
Dormirez-vous, tandis que dehors
tombe et souffre, cette eau inerte,
cette eau létale,
sœur de la Mort ?
__

Entre transmission et transgression, entre déchirements, drame et révélation, la poésie de Gabriela Mistral exprime bien plus que la gratuité d’un quelconque spleen, elle passe par un engagement, une prise de responsabilité, une réflexion féministe sur la littérature ; et si elle célèbre d’abord une communion, grandiose et rustique avec la Terre, elle lui confère par là même, la mission de renouveler l’idéal sacro-saint de la femme latino-américaine, dans une société androcentrée, réfractaire à l’émancipation des femmes.

Car « cette eau craintive et triste » qui, « avant de toucher la terre défaille », c’est bien la femme dans son élan de liberté, prête à défaillir ; mais c’est aussi « cette eau létale, sœur de la Mort », autrement dit la voix du silence : le silence des femmes, tant il est vrai qu’écrire pour Gabriela Mistral, c’est être le porte-parole de ces femmes qui ne pouvaient pas parler, qui ne savaient pas s’exprimer…

Loin de se limiter à sa fonction poétique, le texte littéraire, tel que le conçoit Mistral doit donc parvenir à l’affirmation d’une vérité plus intime, ouvertement dissidente…

© Bruno Rigolt
Espace Pédagogique Contributif, août 2011.

Découvrez d’autres poèmes de Gabriela Mistral dans cette édition, richement nourrie :

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(*) Claude Couffon, D’Amour et de Désolation, Choix de poèmes traduits de l’espagnol (Chili) et présentés par Claude Couffon. Orphée/Editions de la différence, Paris 1989.
(**) Volodia Teitelboim, Mistral publique et secrète : biographie du premier prix Nobel latino-américain, L’Harmattan « Horizons Amériques Latines », Paris 2004, page 125.
(***) Eliana Ortega : Amada Umunte : discurso femenil de Gabriela Mistral, Universidad de Chile. « Hay que leer el discurso femenil de Mistral como una creación construida por un yo femenino, referido y afianzado desde la relación con la Otra Original, la madre. Se explicaría así la preponderancia de madres en el discurso mistraliano, y la compleja dimensionalidad de ese sujeto femenino al desdoblarse, reflejar, refractar la imagen de la madre en su propio yo. Tal desdoble del sujeto también puede leerse en esos encuentros mistralianos con la Diosa, con la Virgen, con la madre indígena y sobre todo con la madre-tierra. Para revelar esta multiplicidad de sentidos de la imagen de la mujer en el discurso mistraliano, se hace necesario desconstruir y desmitificar los paradigmas culturales masculinos con que se ha leído hasta hace muy poco […].
Voyez aussi le site (en Espagnol) de l’Université du Chili consacré à Gabriela Mistral en cliquant ici.
(****) « palabra en corral ajeno ». L’expression est d’Adriana Valdés, Composición de lugar, Escritos sobre cultura, Santiago de Chile, Editorial Universitaria, 1995

 
___

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ECulturE La Culture gé se porte bien en vacances !

eculture_logo.1292935329.jpgECulturE, l’actualité de la culture numérique

La Culture gé se porte bien en vacances !

La numérisation du patrimoine culturel universel qui est en train de s’accomplir sous nos yeux, est en train de transformer durablement l’accès aux connaissances, la transmission du savoir, et les conditions de la recherche. Allez sur Gallica, Google-livres ou Europeana pour vous en convaincre… À travers cette transformation sans précédent des pratiques culturelles, qui bouleverse déjà notre vie quotidienne, se joue en fait une recomposition majeure des rapports entre la société et la culture. Pour ce nouveau numéro de ECulturE, profitez des vacances pour enrichir votre culture générale grâce aux nombreux documents (dossiers, livres, expo, manuscrits, articles, etc.) sélectionnés pour vous…

Parcourez quelques documents exceptionnels de BnF-Gallica…

gallica.1292825591.jpgLes collections numériques de la Bibliothèque nationale de France (BnF). Portail multisupport extrêmement riche : imprimés (livres, périodiques et presse) en mode image et en mode texte, manuscrits rares, documents sonores, documents iconographiques, cartes et plans…

Voici une sélection de documents que j’ai réalisée. Pour accéder au document, cliquez sur l’image correspondant…

 Dossier
À l’occasion de l’exposition Marcel Proust, Gallica propose un dossier consacré au dernier volume de A la Recherche du temps perdu : Le Temps retrouvé. Ce dossier a été réalisé par Florence Callu, directeur du Département des manuscrits de la Bibliothèque nationale de France.
 Pour les bibliophiles
Relisez La Belle au bois dormant d’après Charles Perrault, avec de très magnifiques illustrations d’Arthur Rackham (1867-1939).
Ce document est intégralement téléchargeables (plusieurs formats disponibles).
Presse d’époque
Feuilletez ce numéro (25 décembre 1920, numéro 1566)  du Petit Journal Illustré. Ne vous limitez pas à ce seul numéro, 18 années de publications sont disponibles en cliquant ici. Téléchargements possibles.

 

 Manuscrit rare
Tous les écrivains vous le diront : « Écrire, c’est réécrire ». Et bien sûr, à l’heure du Zapping et du SMS, les étudiants ne l’acceptent pas facilement. En un sens, ils ont raison : quand on a terminé un travail, quel est l’intérêt de revenir dessus? C’est un peu comme si on vous demandait, alors que vous êtes en train de marcher dans la rue, de revenir sur vos pas pour mieux avancer! Pourtant le brouillon est à la base de la démarche littéraire. Pour vous en convaincre, amusez-vous à feuilleter le manuscrit de Salammbô de Flaubert, avec copies annotées, brouillons et notes). Date d’édition : 1857-1862. Téléchargeable.

 

Visitez sur Europeana une superbe exposition virtuelle « Art Nouveau« 

Europeana est un projet européen d’envergure. L’objectif est de parvenir à numériser près de six millions de sources (livres, documents sonores, images, enregistrements audiovisuels, films, etc.) provenant des galeries, bibliothèques, archives et musées de l’Europe entière. La France contribue très largement à la réussite de ce projet…

europeana.1292821182.jpgPrésentation de l’exposition

L’Art Nouveau a dominé la scène culturelle pendant une brève mais non moins brillante période couvrant la fin du 19e siècle, des années 1890 à la Première Guerre Mondiale. Tous domaines, de l’ameublement domestique et de l’art décoratif à l’architecture, en passant par l’art publicitaire, étaient caractérisés par l’élégance curviligne et les formes organiques propre à la nature. Encore aujourd’hui, plus d’un siècle après l’émergence de l’Art Nouveau, des artistes et des créateurs continuent de s’inspirer des éléments floraux, des caractéristiques et couleurs naturelles de ce style immuable.

 Les thèmes de l’exposition

Europeana Art Nouveau
Drageoir
Artisanat d’art
La Maison moderne
Commerce et collectivités
Willow tea rooms
Un monde de nouveaux intérieurs
Instruments pour la cheminée, chenêt, motifs floraux, pare-feu
Contextes
Blütenartiger Frauenkopf in floralem Arrangement
Publications
Iris et sauterelle
Influences et inspirations

Dans l’Espace Pédagogique Contributif, découvrez (ou redécouvrez) une sélection de quelques dossiers ou articles. Lancé en novembre 2008, ce blog s’est vu attribuer le Prix Lycée au festival TICE 2009. Depuis, il s’est considérablement développé au point de totaliser plus de 631000 pages vues à ce jour…

fauteuilrouge.1232822873.jpgLes Métamorphoses de l’image : de Lascaux à Big Brother

Des origines jusqu’à nos jours, les civilisations ont multiplié les moyens de donner à voir par l’image : aux formes d’expression traditionnelle comme l’art, les médias nouveaux entraînés par les progrès techniques (télévision, cinéma, Internet) mettent en évidence la nécessité d’une réflexion éthique et morale quant aux finalités de l’image…

Objectif Culture Générale : « Marinetti et le Futurisme italien »

Découvrez le Futurisme, ce vaste mouvement  poétique qui voulait remettre en question l’ordre établi ainsi que les structures artistiques et  sociales. Comme le Surréalisme dont il est assez proche par certains aspects, le Futurisme affichera un goût prononcé pour l’expérimentation de tout ce qui est nouveau : « Changer le monde », faire table rase du passé.

Objectif Culture Générale : du « chien de Pavlov » au Meilleur des mondes d’Huxley

Prenez un savant (Ivan Petrovich PAVLOV, 1849-1936), ajoutez un chien, accommodez le tout à la sauce « Soviet », et vous obtenez l’une des plus célèbres expériences de Psychologie. Elle donnera naissance à la « théorie des réflexes conditionnés »…

Jeu test : découvrez quel est votre profil romantique ! Un test inédit réalisé par la classe de Seconde 12 (promotion 2008-2009). 11 questions seulement pour savoir quel(le) romantique vous êtes !
 Culture Gé… Détour et détournements parodiques : du modèle à la déconstruction du modèle.

Comment fonctionne la parodie ? Dans ce dossier, je vous propose de faire le point rapidement sur les principes, les définitions et les enjeux culturels qui sous-tendent le détour parodique.

Au fil des pages… Foot & violence. Politique, stades et hooligans : Heysel 85…

Foot & violence. Politique, stades et hooligans : Heysel 85

Paru en 1995 aux éditions De Boeck Université, cet ouvrage de Serge Govaert et Manuel Comeron (*) me semble tout indiqué pour les étudiant(e)s de BTS de deuxième année. De fait, le nouveau thème concernant l’enseignement de « culture générale et expression » en deuxième année, session 2012 est « Le sport, miroir de notre société ? « . Comme il est rappelé dans les instructions officielles, « Le sport dans les sociétés contemporaines structure une part importante de la vie publique. Créateur d’événements, il occasionne des rassemblements de masse et des manifestations qui rythment le temps collectif. […] Néanmoins, le sport nous renvoie l’image de certaines dérives. […] Lieu de rassemblement, il peut aussi devenir lieu de débordements identitaires dégénérant en violence ouverte ».

C’est précisément cet aspect qui a retenu l’attention des auteurs : ainsi qu’ils le précisent en introduction,

« Le contexte footballistique «privilégie» des comportements de violence individuelle ou de masse et, surtout, de groupes inscrits dans des problématiques de société.
Au centre : le supporter. Celui-ci s’identifie fortement au spectacle compétitif («on a gagné !») et est plongé dans un contexte de virilité («c’est le plus fort qui gagne»). Contexte particulier, par ailleurs, où, les médias pointent cette compétition comme un enjeu crucial et où l’aspect festif est profondément ancré — avec la consommation d’alcool qui va de pair.
A l’épicentre : les hooligans. L’environnement social (médias, clubs, forces de l’ordre, pouvoir politique, etc.) leur accorde une reconnaissance formelle, une identité qu’ils accepteront avec avidité malgré sa connotation négative. Les plus imposants de ces noyaux durs se verront assimilés à des «associations de malfaiteurs», statut juridique qui parachève l’édification de ces «gangs» en groupes sociaux formels. Ces groupes aux comportements radicaux font partie intégrante d’un phénomène collectif qui les dépasse […].
Ces comportements de masse incontrôlables, autrefois ponctuels, que les noyaux durs ont modélisés et extrémisés pour en faire un mode de fonctionnement permanent (un way of life pour certains), apparaissent comme la facette la plus visible du phénomène. Cette visibilité détonante deviendra le moteur de ces jeunes en quête de valorisations symboliques : en raison d’un contexte sociétal qui les favorise peu (cumul de critères sociaux défavorables, absence de perspectives futures, etc.), mais aussi par le fossé déresponsabilisant qui les sépare inexorablement des structures du football — spo,t sur lequel ils sont venus se greffer, moins par hasard que par nécessité » (page 6 et s.).

En analysant ce phénomène de société qu’est le hooliganisme à travers la finale de la Coupe d’Europe opposant la Juventus de Turin à Liverpool au stade du Heysel en 1985, Serge Govaert et Manuel Comeron rendent très bien compte des rapports qui s’établissent entre sport, violence et société. Lisez tout d’abord l’introduction (page 5 et s.) : elle vous sera très utile pour comprendre cet aspect essentiel mentionné dans les instructions officielles :  » Lieu de rassemblement, [le sport] peut aussi devenir lieu de débordements identitaires dégénérant en violence ouverte ». Comme il a été justement rappelé dans le Rapport au Parlement et au Gouvernement portant sur la violence et le sport, (**), « les grandes manifestations de football deviennent des lieux spécifiques de débordements identitaires et de transgression qui, pour certains groupes, sont d’autant plus recherchés qu’ils apparaissent à l’écran ».

Rédigée dans un style journalistique alerte et largement accessible, la première partie de l’ouvrage revient sur la tragédie du Heysel ainsi que sur la gestion calamiteuse du drame puis sur ses conséquences sociales et politiques. Quant à la deuxième partie (malheureusement non consultable), elle s’attarde davantage sur l’apparition de la notion de hooliganisme, en tant que violence organisée et préméditée. Même si quelques passages seulement sont librement consultables (en fait, les quatre premiers chapitres), ils ouvrent néanmoins des pistes de réflexion pertinentes sur les phénomènes de violence collective au sein du sport, et plus largement sur la vulnérabilité des institutions et la très grande fragilité des démocraties.

(*) Serge Govaert, Manuel Comeron, Foot & violence. Politique, stades et hooligans : Heysel 85, De Boeck Université (Bruxelles, 1995).

(**) Rapport au Parlement et au Gouvernement portant sur : la violence et le sport ; le sport contre la violence » , décembre 2007, page 9. Rapport librement consultable (et téléchargeable) en cliquant sur le lien hypertexte.

  • A lire aussi (en intégralité, mais d’un abord plus difficile) : LE FOOTBALL À L’ÉPREUVE DE LA VIOLENCE ET DE L’EXTRÉMISME, Sous la direction de Thomas Busset, Christophe Jaccoud, Jean-Philippe Dubey et Dominique Malatesta.
  • Je vous conseille enfin de parcourir cet ouvrage : Jean-Philippe Leclaire, Le Heysel, une tragédie européenne, Calmann-Lévy, Paris 2005 (cliquez ici pour lire sur Gallica-BNF le descriptif complet). De nombreux passages sont consultables gratuitement sur Numilog (installation de Silverlight requise) : cliquez ici pour feuilleter le livre.

Au fil des pages… Foot & violence. Politique, stades et hooligans : Heysel 85…

Foot & violence. Politique, stades et hooligans : Heysel 85

Paru en 1995 aux éditions De Boeck Université, cet ouvrage de Serge Govaert et Manuel Comeron (*) me semble tout indiqué pour les étudiant(e)s de BTS de deuxième année. De fait, le nouveau thème concernant l’enseignement de « culture générale et expression » en deuxième année, session 2012 est « Le sport, miroir de notre société ? « . Comme il est rappelé dans les instructions officielles, « Le sport dans les sociétés contemporaines structure une part importante de la vie publique. Créateur d’événements, il occasionne des rassemblements de masse et des manifestations qui rythment le temps collectif. […] Néanmoins, le sport nous renvoie l’image de certaines dérives. […] Lieu de rassemblement, il peut aussi devenir lieu de débordements identitaires dégénérant en violence ouverte ».

C’est précisément cet aspect qui a retenu l’attention des auteurs : ainsi qu’ils le précisent en introduction,

« Le contexte footballistique «privilégie» des comportements de violence individuelle ou de masse et, surtout, de groupes inscrits dans des problématiques de société.
Au centre : le supporter. Celui-ci s’identifie fortement au spectacle compétitif («on a gagné !») et est plongé dans un contexte de virilité («c’est le plus fort qui gagne»). Contexte particulier, par ailleurs, où, les médias pointent cette compétition comme un enjeu crucial et où l’aspect festif est profondément ancré — avec la consommation d’alcool qui va de pair.
A l’épicentre : les hooligans. L’environnement social (médias, clubs, forces de l’ordre, pouvoir politique, etc.) leur accorde une reconnaissance formelle, une identité qu’ils accepteront avec avidité malgré sa connotation négative. Les plus imposants de ces noyaux durs se verront assimilés à des «associations de malfaiteurs», statut juridique qui parachève l’édification de ces «gangs» en groupes sociaux formels. Ces groupes aux comportements radicaux font partie intégrante d’un phénomène collectif qui les dépasse […].
Ces comportements de masse incontrôlables, autrefois ponctuels, que les noyaux durs ont modélisés et extrémisés pour en faire un mode de fonctionnement permanent (un way of life pour certains), apparaissent comme la facette la plus visible du phénomène. Cette visibilité détonante deviendra le moteur de ces jeunes en quête de valorisations symboliques : en raison d’un contexte sociétal qui les favorise peu (cumul de critères sociaux défavorables, absence de perspectives futures, etc.), mais aussi par le fossé déresponsabilisant qui les sépare inexorablement des structures du football — spo,t sur lequel ils sont venus se greffer, moins par hasard que par nécessité » (page 6 et s.).

En analysant ce phénomène de société qu’est le hooliganisme à travers la finale de la Coupe d’Europe opposant la Juventus de Turin à Liverpool au stade du Heysel en 1985, Serge Govaert et Manuel Comeron rendent très bien compte des rapports qui s’établissent entre sport, violence et société. Lisez tout d’abord l’introduction (page 5 et s.) : elle vous sera très utile pour comprendre cet aspect essentiel mentionné dans les instructions officielles :  » Lieu de rassemblement, [le sport] peut aussi devenir lieu de débordements identitaires dégénérant en violence ouverte ». Comme il a été justement rappelé dans le Rapport au Parlement et au Gouvernement portant sur la violence et le sport, (**), « les grandes manifestations de football deviennent des lieux spécifiques de débordements identitaires et de transgression qui, pour certains groupes, sont d’autant plus recherchés qu’ils apparaissent à l’écran ».

Rédigée dans un style journalistique alerte et largement accessible, la première partie de l’ouvrage revient sur la tragédie du Heysel ainsi que sur la gestion calamiteuse du drame puis sur ses conséquences sociales et politiques. Quant à la deuxième partie (malheureusement non consultable), elle s’attarde davantage sur l’apparition de la notion de hooliganisme, en tant que violence organisée et préméditée. Même si quelques passages seulement sont librement consultables (en fait, les quatre premiers chapitres), ils ouvrent néanmoins des pistes de réflexion pertinentes sur les phénomènes de violence collective au sein du sport, et plus largement sur la vulnérabilité des institutions et la très grande fragilité des démocraties.

(*) Serge Govaert, Manuel Comeron, Foot & violence. Politique, stades et hooligans : Heysel 85, De Boeck Université (Bruxelles, 1995).

(**) Rapport au Parlement et au Gouvernement portant sur : la violence et le sport ; le sport contre la violence » , décembre 2007, page 9. Rapport librement consultable (et téléchargeable) en cliquant sur le lien hypertexte.

  • A lire aussi (en intégralité, mais d’un abord plus difficile) : LE FOOTBALL À L’ÉPREUVE DE LA VIOLENCE ET DE L’EXTRÉMISME, Sous la direction de Thomas Busset, Christophe Jaccoud, Jean-Philippe Dubey et Dominique Malatesta.
  • Je vous conseille enfin de parcourir cet ouvrage : Jean-Philippe Leclaire, Le Heysel, une tragédie européenne, Calmann-Lévy, Paris 2005 (cliquez ici pour lire sur Gallica-BNF le descriptif complet). De nombreux passages sont consultables gratuitement sur Numilog (installation de Silverlight requise) : cliquez ici pour feuilleter le livre.

La citation de la semaine… Renée Vivien…

« Chair des choses ! J’ai cru parfois étreindre une âme Avec le frôlement prolongé de mes doigts… »

Chair des choses

Je possède, en mes doigts subtils, le sens du monde,
Car le toucher pénètre ainsi que fait la voix,
L’harmonie et le songe et la douleur profonde
Frémissent longuement sur le bout de mes doigts.

Je comprends mieux, en les frôlant, les choses belles,
Je partage leur vie intense en les touchant,
C’est alors que je sais ce qu’elles ont en elles
De noble, de très doux et de pareil au chant.

Car mes doigts ont connu la chair des poteries
La chair lisse du marbre aux féminins contours
Que la main qui les sait modeler a meurtries,
Et celle de la perle et celle du velours.

Ils ont connu la vie intime des fourrures,
Toison chaude et superbe où je plonge les mains !
Ils ont connu l’ardent secret des chevelures
Où se sont effeuillés des milliers de jasmins.

Et, pareils à ceux-là qui viennent des voyages
Mes doigts ont parcouru d’infinis horizons,
Ils ont éclairé, mieux que mes yeux, des visages
Et m’ont prophétisé d’obscures trahisons.

Ils ont connu la peau subtile de la femme,
Et ses frissons cruels et ses parfums sournois…
Chair des choses ! J’ai cru parfois étreindre une âme
Avec le frôlement prolongé de mes doigts…

Renée Vivien, « Chair des choses », Sillages (1908)

 Renée Vivien (photomontage, BR)
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Comme Marceline Desbordes-Valmore, ou Anna de Noailles, Renée Vivien (1877-1909) est à n’en pas douter une auteure de tout premier ordre, et je ne saurai trop vous inciter à pénétrer dans son univers poétique, mêlant à la pureté parnassienne du verbe le goût pour l’ambivalence, l’intimité et le mystère. D’ascendance anglaise et américaine mais Parisienne d’adoption, Renée Vivien (de son vrai nom Pauline Mary Tarn) s’est installée en France et a voué sa poésie tout comme sa vie à Sapho, n’hésitant pas à renverser les valeurs de la société de la Belle Epoque, pour exprimer l’inexprimable (une femme s’adressant à une autre femme).

Au-delà de cet aspect transgressif, la poésie de Renée Vivien instaure une inhérence de la conscience et du corps qui exploite magnifiquement toutes les ressources de la musicalité des mots et de leur valeur émotionnelle :

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Car mes doigts ont connu la chair des poteries
La chair lisse du marbre aux féminins contours
[…]
Ils ont connu l’ardent secret des chevelures
Où se sont effeuillés des milliers de jasmins.
___
Et, pareils à ceux-là qui viennent des voyages.
Mes doigts ont parcouru d’infinis horizons…
 
__
Mais cette « écriture-femme », si neuve et révolutionnaire dans sa manière d’imposer le corps et le désir féminins dans le texte, va bien au-delà de l’esthétique et du lyrisme : les mots sont ici des essences invisibles du visible : ils  expriment une absence, un non-dit qui est à mettre en relation avec le titre du poème, et qui fait que les choses « ont une chair ». Dans sa concrétude même, le titre choisi par Renée Vivien évoque presque une « pesanteur », une « présence en creux » qui nous projette vers la texture invisible de « l’être des choses ». On pourrait s’interroger longuement sur ce titre énigmatique et ô combien philosophique : l’expression de « chair des choses » ne renvoie-t-elle pas d’ailleurs à la notion philosophique de phénoménologie ? A ce titre, toute l’originalité du poème de Renée Vivien consiste, en partant de phénomènes concrets, tels qu’ils se manifestent dans le temps et l’espace, à les rattacher à une « poésie de la profondeur » pour y appréhender un sens caché. Tout le poème procède ainsi par un retour aux données immédiates de la corporéité et de la perception (les sensations du toucher par exemple), qui semblent jaillir de l’être des choses et qui renvoient par là même à la profondeur du monde, et aux structures transcendentales de la conscience :
—
Je possède, en mes doigts subtils, le sens du monde,
Car le toucher pénètre ainsi que fait la voix,
L’harmonie et le songe et la douleur profonde
Frémissent longuement sur le bout de mes doigts.
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Ce primat de la perception et de la sensation dans sa réalité immanente à la conscience me paraît être à la base de l’écriture féminine (*), et nécessiterait d’ailleurs une longue étude…

Vous entendrez parler assez peu de Renée Vivien comme tant d’autres écrivaines dans les manuels scolaires, tant ils renvoient une image de la poésie singulièrement tronquée. Un tel processus d’occultation qui cantonne bien souvent les femmes dans des zones secondaires de la littérature, impose me semble-t-il, une réflexion critique au plus haut niveau : il est urgent en effet que les femmes soient reconnues en tant que telles dans l’histoire littéraire.

Bruno Rigolt

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(*) Voyez par exemple, dans la rubrique « La citation de la semaine », les textes d’Herta Müller, de Monique Wittig, de Virginia Woolf ou d’Hélène Cixous.
Pour en savoir plus sur Renée Vivien, vous pouvez feuilleter dans Google-livres les ouvrages suivants :
  • Marie-Ange Bartholomot Bessou, L’imaginaire du féminin dans l’oeuvre de Renée Vivien : de mémoires en mémoire (Cahier romantique n°10, Université Blaise Pascal (Clermont-Ferrand, 2004).
  • Évelyne Wilwerth, Visages de la littérature féminine, éditions Mardaga, Wavre (Belgique, 1995), page 197 et s.
  • Marie-Ange Bartholomot Bessou, « Réécriture des féminités dans l’oeuvre de Renée Vivien », in Renée Vivien à rebours : édition pour un centenaire, coll. sous la direction de Nicole G. Albert, L’Harmattan Paris 2009, page 141 et s.
 
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Crédit iconographique : Bruno Rigolt, d’après des clichés d’époque retouchés, et modifiés numériquement (photomontages).

Exposition de poésies… par la classe de Seconde 6… Troisième livraison

Poésies du Silence (3/3)

Partez à la rencontre de la parole silencieuse des mots…

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L’exposition des Seconde 6 s’affiche à Time Square… (Lol !)

La classe de Seconde 6 du Lycée en Forêt a travaillé sur une nouvelle dense et forte de Marguerite Duras, “Le Coupeur d’eau” (La Vie matérielle, P.O.L. 1987). Ce texte a amené les élèves à s’interroger sur le style si particulier de cette écrivaine : dans Écrire, voici comment Duras présente sa propre conception de l’écriture : “Il y aurait une écriture du non-écrit. Un jour ça arrivera. Une écriture brève, sans grammaire, une écriture de mots seuls. Des mots sans grammaire de soutien. Égarés. Là, écrits. Et quittés aussitôt”.

Cette expression de “mots égarés” a suscité l’intérêt des étudiants qui ont souhaité créer des poèmes dont la langue, très épurée, est comme une réponse au vœu de l’auteure… La classe de Seconde 6 a par ailleurs voulu exprimer dans les textes rédigés cet « Absolu du Verbe » qu’a tant cherché Marguerite Duras : c’est dans le silence que paradoxalement la parole est la plus palpable… Et si c’était justement le silence qui était à la base de la parole poétique ?

Cette exposition sera présentée au CDI du Lycée du 8 au 18 février 2011.
(Lycée en Forêt Avenue Louis Maurice Chautemps BP 717 45207 MONTARGIS Cedex)
arrow.1242450507.jpg Pour lire les poésies publiées le 24 janvier (première livraison), cliquez ici.
arrow.1242450507.jpg Pour lire les poésies publiées le 29 janvier (deuxième livraison), cliquez ici.

 

 

Péripéties d’un voyage

par Alexandre C.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

 

Un mot roulait rapidement

Il roulait sans s’arrêter

Un mot pouvant se surpasser

Écrit de consonnes et de voyelles

Fabriqué de lettres qu’on épelle.

Un mot qui cassait tout sur son passage…

Et puis soudain plus rien

Le mot se fit tuer

Se faisant gommer :

La page redevenue blanche,

Et inexorable…

 

 

Monde obscur

par Laly R.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

 

Le ciel fondant sur terre

Atterrissait dans une mare de larmes lentes

Coulant des rivières

Pour finalement mourir desséché,

Brisant la vie de tout amour

En laissant derrière une petite étoile

Brillant dans ce monde obscur

Rendant une lueur d’espoir

Dans ce monde silencieux

Telle la tombe d’un défunt dans la morte saison…

 

 

Fin du monde

par Sophie L.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

 

La brûlure du doux rêve paisible,

Sombre destin

Dans l’apothéose du paradis

Au loin, l’horizon,

Blessé par le seul baiser du soir :

La douce ombre du ciel émerveillé par un sourire

Laisse le printemps dans un sommeil tendre.

Infinie blessure, tendre peine, orgueil tremblant,

Mélancolie d’un monde…

 

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« Au loin, l’horizon, blessé par le seul baiser du soir… »
(Composition : B. Rigolt d’après Caspar David Friedrich : « Falaises de craie sur l’île de Rügen« )

 

 

La parole du soleil

par Alexandre C.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

 

La créature des ténèbres se dissipa

Puis la parole du soleil se débattit d’un mouvement,

Se réveilla d’un pas lourd et soupçonneux

La mécanique de l’aube remplit le ciel :

De ses profondeurs jaillit un phénix.

 

 

Le mot

par Alicia C. et Flavie H.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

 

LE MOT

(Mot abandonné. Bouleversé. Calme

Mot détruit au bord de la vie.

Mot égaré, fâché. Mot Galère

Haineux, ignoré, aride.

Mot jaloux, kitsch, lassé

Mélancolique, navré,

Oublié, fossoyé, empli de larmes

Perturbé, querelleur,

Seul, triste, ulcéré.

Renaissant

Vexé

Waterproof

Yogi

Zen au bord du ciel

Debout vers l’azur)

EST SILENCIEUX.

 

 

Silence mortel éternel

par Paul B. Nathan L. Émile C.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

 

Le silence pourrait être répertorié dans le lexique de la mort.

Mort en apparence silencieuse

Mais dont l’explosion de cris et de chagrins qu’elle suscite

Hurle à mort la souffrance désignée par ce silence.

 

Silence inoubliable que l’on ne pourrait taire.

Cris perdus un jour,

Remplacés par ce silence de toujours,

Silence qui fut cris dans une vie antérieure.

 

Silence de marbre qui reste et qui nous parle.

Qui restera à jamais gravé silencieusement dans la tombe

Et enfoui profondément comme un souvenir vivant.

Ce poème est silencieux, écoutez le !

 

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Edvard Munch (1863-1944), « Le Cri » (« Skrik », 1893, Nasjonalgalleriet, Oslo). Détail

 

 

Un jour ou l’autre

par Géraldine V.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

 

Nuit, les ténèbres se referment sur mon cœur blessé

Le désespoir m’envahit et aspire mon ardeur

Effondrement, il n’y a plus que moi, seule, toute seule

Et cette impression de suffoquer, de perdre pied, vertige déroutant,

Si seulement tu étais resté, au lieu de partir, sans te retourner, aussi loin…

 

Jour, je ne le vois pas, tout est toujours sombre et confus

Ma vie entière a été comme ça : quelques fragments de larmes,

Tant de refus et de rejets. Et moi, seule, si seule dans ce silence assourdissant.

Tout le monde part un jour ou l’autre,

Souvent, trop souvent, inexplicablement, sans retour…

 

 

Vie et mort des mots

par Alexandre T.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

 

Vie

Naissance du mot, début d’un sens, début d’une phrase,

Début d’un lien, d’un commencement.

Don de la vie, don de la mort.

 

Enfance, bêtises et amusements,

Fautes d’orthographe, disputes, apprentissage, on apprend en se trompant

Croissance, épanouissement, expansion nominale, vie.

 

Adolescence, folies entre amis.

Etudes ; maths, français, histoire.

Champs lexicaux, rêves de réussite dans la vie.

 

Mot adulte, maturité.

Travail, argent, mots rentables

Polysémiques, suivis d’enfants et d’une famille

Champ sémantique, Vie.

 

Vieillesse, âge de la sagesse.

Vide installé, nostalgie, que des souvenirs,

Mots oubliés, gommés, effacés.

Mort, tristesse, néant

 

Et puis tout recommence :

Naissance du mot, début d’un sens, début d’une phrase,

Début d’un lien, d’un commencement.

D’une vie…

 

 

J’ai vogué près de tes larmes

par Jimmy B.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

 

Chaque pensée est écrite :

Cette pensée, c’est ton âme qui l’écrit

Sur l’immense mélancolie de tes larmes.

Elle fait naître dans ton cœur le chemin du destin.

 

L’espoir dans mon cœur est éternel

Quand l’épine du chagrin part,

Je vogue près de tes larmes

Qui tombent en pétales sur l’immense du silence…

 

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(ill. Bruno Rigolt)

 

Barrage de mot

par Alexandre C.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

 

Un mot se déplaçant aussi vite que le vent

Et puis route barrée :

Mot se faisant arrêter comme un humain.

Mais les lettres allaient trop vite…

Le mot n’a pas vu le virage,

Ce mot composé seulement de voyelles et de larmes

(Et dire que tout se passait bien

Jusqu’au moment où…)

 

 

Ébloui par les ruines

par Solène A.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

 

Jadis, tremblant au bord de ce précipice éphémère

Un mot en ruines, dégradé par le temps,

Sombrant dans ce ravin de sommeil, fleuri de regrets

Enseveli d’une tempête de soupçons fatigués

Humilié à la vue de la féérie de l’avenir.

Porte de sortie ouverte sur la culpabilité :

FIN secrète.

 

 

Tombe du mot inconnu

par Cindie De F.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

 

(Une nuit d’hiver dans une sombre rue déserte)

Un mot titubant tombe à terre

Un mot titubant se vidant de toutes ses lettres, de tout son être,

Un mot blessé au combat

Mot et nom perdus à jamais,

Luttant contre l’uniformité

Agonisant, sombre dans un profond sommeil sans fin.

La neige le recouvrant petit à petit

Mot mourant seul dans le silence profond.

 

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(Ill. Bruno Rigolt)

 

Les mots rêveurs

par Priscilla D.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

 

Mots rêveurs dans le chagrin de la page

Où l’éternité est un monde sans nuage ;

Où les astres souffrent,

Dans un jardin de résignation.

La phrase montre l’obligation des sentiments

Mais la page tournée

Fait fuir à jamais la réalité.

 

 

La saison du vent

par Kevin M.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

 

La saison du vent s’éclaire

Sur ce visage féminin, avec des yeux ardents.

Quand je vois son visage à l’horizon,

Je ne veux pas perdre les mots

Qui sommeillent dans mon cœur.

 

 

L’échappement du charme

par Anna P. Flavie H. Katerine M-S. Alicia C.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

 

L’apparition pensive du mot tel un labyrinthe

Dissipe les vives solitudes qui

Admirent les misères alternatives d’un monde de noble ironie.

Un rayon de lune enveloppe les mystères du Verbe

Inspiré par les pensées des mots :

Envie d’illusions confectionnées par le sentiment du poème.

La force des signifiants supplie la songeuse évidence

Des sons, brouillés par l’usure du sens

Les nuances sonores flottent dans l’apparence

Qui semble ôter le signifié…

 

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« L’échappement du charme », d’après René Magritte « Le faux miroir » (1928), MoMA (New York)

 

 

La vague immensité

par Anna P. Flavie H. Katerine M-S. Alicia C.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

 

Le référentiel de la gravité des mondes

S’épanouit face à cette angélique figure de style :

Voici que l’humaine aventure de la colère

Grandit au souffle de la brume.

La montée des rêves embellit la gloire

Jusqu’aux entrailles de la nuit.

Le regard suprême de la joie

Confesse l’admiration des peines

Sortant du ciel en pleine fusion

Puis s’évanouit sur la Terre.

 

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Terminus

par Lola R.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

 

Vous me dites muet,

J’avais tant de choses à dire !

Vos gommes me disent inutile,

Moi qui peux remplacer tant d’autres maux !

Vous qui m’avez bâillonné pendant tout ce temps,

J’ai retrouvé enfin ma liberté !

Moi le mot incompris, oublié de vos manuels,

Je vous quitte et m’en vais pour de bon !

Vous comprendrez peut-être mon importance…

Mais il sera trop tard…

 

 

Lettre égarée

par Julien L. et Kevin M.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

 

Une lettre s’en va vers un lointain voyage

S’en va loin de ses mots, vers l’inconnu

Transportée par une main, d’une ligne à l’autre

Boîte noire et sombre pour une lettre blanche et claire

Une lettre qui subit les intempéries du destin

Et cherche des mots nouveaux pour lui donner du sens

Une main calleuse la saisit,

Et puis quelque temps après, sous la pluie, la main lâche la lettre

parmi quelques mots malhonnêtes…

 

 

Word’s Story

par Sandrine D. Léna G. et Samira A.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

 

Par un beautiful day, où trouver un mot,

Un pequeño mot qui avait perdu son étymologie

Dans les rayons du dictionnaire

Il était là, alone et tournait en boucle

Tout à BOUM ! La page se tourne,

Emprisonné, blessé, le mot continue sa survie

Avec une lettre en moins, il s’agrippe aux verbes,

Aux définitions et se hisse sur la couverture du Larousse

Désespéré il tente de se manifester au monde entier

Mais il était déjà oublié, d’autres l’avaient remplacé…

Alors, le mot se splash dans une flaque d’encre !

 

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Poème du silence

par Sandrine D. et Lena G.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

 

Former

Une phrase à partir

De lettres en majuscules

Et puis d’autres phrases à partir, à courir, et à rire…

Je ne

Peux rien

Ecrire, jeu de

Mots, champ lexical

De l’emprisonnement.

Des mots noyés, abandonnés, perdus,

Naufragés, emprisonnés.

Des mots à partir, des mots à mourir…

Détention, chef, évadé, liberté,

Mot enfermé

Oublié, condamné, largué…

SILENCE

 

La numérisation des textes est terminée (mise à jour : mercredi 2 mars, 12:13)
Crédit iconographique : © Bruno Rigolt  (sauf mention contraire)
arrow.1242450507.jpg Pour lire les poésies publiées le 24 janvier (première livraison), cliquez ici.
arrow.1242450507.jpg Pour lire les poésies publiées le 29 janvier (deuxième livraison), cliquez ici.
arrow.1242450507.jpg NetÉtiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans cet Espace Pédagogique Contributif, les poèmes des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du poème cité (URL de la page : http://brunorigolt.blog.lemonde.fr/2011/01/24/exposition-de-poesies-par-la-classe-de-seconde-6/).

Exposition de poésies… par la classe de Seconde 6… Deuxième livraison

Poésies du Silence (2/3)

Partez à la rencontre de la parole silencieuse des mots…

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L’exposition des Seconde 6 s’affiche à Time Square… (Lol !)
  
La classe de Seconde 6 du Lycée en Forêt a travaillé sur une nouvelle dense et forte de Marguerite Duras, “Le Coupeur d’eau” (La Vie matérielle, P.O.L. 1987). Ce texte a amené les élèves à s’interroger sur le style si particulier de cette écrivaine : dans Écrire, voici comment Duras présente sa propre conception de l’écriture : “Il y aurait une écriture du non-écrit. Un jour ça arrivera. Une écriture brève, sans grammaire, une écriture de mots seuls. Des mots sans grammaire de soutien. Égarés. Là, écrits. Et quittés aussitôt”.
Cette expression de “mots égarés” a suscité l’intérêt des étudiants qui ont souhaité créer des poèmes dont la langue, très épurée, est comme une réponse au vœu de l’auteure… La classe de Seconde 6 a par ailleurs voulu exprimer dans les textes rédigés cet « Absolu du Verbe » qu’a tant cherché Marguerite Duras : c’est dans le silence que paradoxalement la parole est la plus palpable… Et si c’était justement le silence qui était à la base de la parole poétique ?
Cette exposition sera présentée au CDI du Lycée du 4 au 18 février 2011.
(Lycée en Forêt Avenue Louis Maurice Chautemps BP 717 45207 MONTARGIS Cedex)
  •  Pour lire les poésies publiées le 24 janvier (première livraison), cliquez ici.

               

                 

Strophes

par Maxime H.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

         

Dans sa main les failles d’un sourire

La vaillance qui plaît en fait son cachemire

Azur ivre, extase trop gourmande des lianes du crépuscule,

Elle tenait dans sa main le torrent de sa lyre.

                 

Le désarroi, congé vermeil,

Naviguait entre l’écarlate amer

Et l’antre de l’aveugle

En sanglots épistolaires.

           

Le visage imprudent des oublis prodiges du zéphyr

Rejouait le faisceau d’un idéal malaise musical :

Austère paradoxe d’une rêverie féérique,

Anathème pur du jour qui s’achève dans le désert…

                   

                   

Immense aimant

par Émile C.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

         

En regardant furtivement

Dans l’abîme ouvert sous mes yeux

La cheminée qu’attise le feu de ma passion

Fait battre mon cœur ambitieux

Puis je repense aux sublimités,

Au soleil couché dans ses vapeurs d’opium…

                  

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L’azur de tes yeux

par Idriss B.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

         

Le lys m’inspire des désirs d’innocence

Le poids de mon cœur subit une marginale défaillance.

Le bonheur auxiliaire donne l’illusion d’une immensité infinie…

L’azur de tes yeux donne un sens à ma vie.

        

L’étendard de ma liberté se consume,

Se meurt ou se ravive à la lumière de tes vœux

Se mouvant sur la dissidence de tes vents indolents

Au rythme insondable des battements de ton cœur…

        

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Entre terre et mère

par Léa M.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

         

Ange foudroyant d’une ombre enfantine

Harmonieuse absence de ce céleste rêve

Orphelin d’un parfum étoilé

Solitude affectée par une hypocrite sagesse

Larmes de satin au péril d’un éternel sommeil… 

Je rêve, je vois un Tombeau du paradis

Dont l’âme commence son mystérieux voyage.

Puis le visage souillé d’une pureté destructrice

Délice impitoyable de mon cœur,

Jour de nuit espérant un chagrin délirant,

Fontaine de joie, Fontaine de vie éclatée par la haine,

Intérieur ouvert sur l’enfer d’une brèche dévorante.

                   

                     

Mélancolie de l’existence

(1945)

par Cindie de F.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

         

À l’aube, dans un sombre cimetière

Que l’on appelle la guerre

La misère emplissait le soleil fatal

D’un gouffre de larmes.

Éblouissement de la souffrance

Triomphante et secrète.

Influence de la haine,

Un torrent d’humanité hostile,

Une orgie d’impostures insondables…

Et derrière un buisson de clémence

Un orphelin fiévreux, lugubre et hagard

Empli d’envies prodigieusement inaccessibles :

Un flot insensé d’espérance…

(échapper à la rafle)

L’étrange nuit de catastrophes célestes

Monstrueuse de charité

Réveillait des défauts posthumes…

L’intimité périssant dans l’existence imparfaite

Véritable attachement personnifié

D’une mélancolie naïve…

1945 : la vie silencieuse tel un enfant en pleurs

Et puis l’eau calme d’un bombardement

Le silence bruyant d’une douce musique

L’eau calme des larmes du monde…

            

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Une histoire de mot

par Alicia C.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

         

C’est la nuit et il neige, le mot marche seul

Oublié des virgules et des parenthèses

Détruit par les conjonctions et les propositions

Il déprime sur la page enneigée.

Le préfixe gelé et le suffixe glacé,

Il s’égare parmi les adverbes

Pensant à son impossible terminaison.

Au détour d’une phrase, le mot hésite entre les indices de personnes,

Les modes et les temps.

Le mot s’épelle lentement : « D. É. P. R. I. M. E. R. »

C’est la nuit et il neige, le mot marche seul…

                 

                    

Poème à relecture

par Émile C. Paul B. Nathan L.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

         

Début de texte ; voix forte. Attention à la majuscule

Des mots marchaient. Comme ça. Tous seuls.

Pause de quelques secondes.

Même s’ils sont seuls, les mots s’amusent.

Pause brève, mais pas trop.

Les mots s’amusent et m’amusent

(Même quand j’admire ma muse).

Attrister la lecture. Lire plus lentement

Mais à force de s’amuser, les mots se sont usés et le silence se fit.

Les mots s’arrêtèrent.

Fin de l’histoire. Relire le poème.

                

                      

Triste mariage

par Léa M. Sophie L. Solène A.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

          

Passion partagée, espoir abandonné

Obscur bonheur oublié dans le tiroir de mon cœur,

Frisson délaissé dans le parfait silence

Jour effacé de l’irréel.

Désespoir atteint par une haine passionnée

Au bord du ciel, au bord des larmes…

Tristesse libérée, écoute mes blessures

Tristesse comparée à la froideur de la nuit

Pleurs féériques déversés sur la cruauté de l’Autel

Pensée oubliée dans le parfait silence…

                 

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« Triste mariage » d’après Roy Lichtenstein : « Hopeless » (1963)

       

La numérisation des textes de la deuxième livraison est terminée…
Crédit iconographique : © Bruno Rigolt  (sauf mention contraire)
 Pour lire les poésies publiées le 24 janvier (première livraison), cliquez ici.
NetÉtiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans cet Espace Pédagogique Contributif, les poèmes des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du poème cité (URL de la page : http://brunorigolt.blog.lemonde.fr/2011/01/24/exposition-de-poesies-par-la-classe-de-seconde-6/).

 

Exposition de poésies… par la classe de Seconde 6

Poésies du Silence (1/3)

Partez à la rencontre de la parole silencieuse des mots…

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La classe de Seconde 6 du Lycée en Forêt a travaillé sur une nouvelle dense et forte de Marguerite Duras, “Le Coupeur d’eau” (La Vie matérielle, P.O.L. 1987). Ce texte a amené les élèves à s’interroger sur le style si particulier de cette écrivaine : dans Écrire, voici comment Duras présente sa propre conception de l’écriture : “Il y aurait une écriture du non-écrit. Un jour ça arrivera. Une écriture brève, sans grammaire, une écriture de mots seuls. Des mots sans grammaire de soutien. Égarés. Là, écrits. Et quittés aussitôt”.
Cette expression de “mots égarés” a suscité l’intérêt des étudiants qui ont souhaité créer des poèmes dont la langue, très épurée, est comme une réponse au vœu de l’auteure… La classe de Seconde 6 a par ailleurs voulu exprimer dans les textes rédigés cet « Absolu du Verbe » qu’a tant cherché Marguerite Duras : c’est dans le silence que paradoxalement la parole est la plus palpable… Et si c’était justement le silence qui était à la base de la parole poétique ?
Cette exposition sera mise en ligne à partir du lundi 24 janvier, et présentée au CDI du Lycée du 4 au 18 février 2011.

              

               

Floréal

par Thomas P.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

         

Mon cœur, sémaphore de passion

Ivre de ta présence, frivole vers les cieux

Onde breloque, Zéphyr de la vie

Perdu de Germinal à Floréal

              

Nuance dans ce désert, Rupture est à ses pieds

                            

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Ce qui se ferme…

par Alexandre T.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

                

Obscurité causée

par la fermeture de tes paupières :

Une fatigue constante.

Je quitte ce monde pour les cieux :

Une forêt partante en fumée…

                 

Après une vie mouvementée

Sous la mélodie des champs :

Enfin mort constante sous une paix clémente

Trop peut-être :

Aucun honneur, aucun discours.

             

Ce qui se ferme

Ne s’est jamais réellement ouvert

Si personne

N’était là

Pour y aller…

                

                    

Malheur s’amuse des courbes…

par Lola R.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

                      

Songe fécond, esclave artificiel du plaisir, jette

La blondeur silhouette importune. Le bruissement

De l’aurore indécise, berce et incline l’hypothèse.

Énigme du crépuscule absolu, idéalisme, sensibilité

Précieuse, involontaire comédie,

Blessantes sources internes, gestes réduits, criminels :

Malheur s’amuse des courbes…

            

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Sur l’oreiller fleurissant de mes confessions

par Géraldine V.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

             

La symphonie de ma douleur adoucit l’orage de mes sentiments ;

Une marche funèbre qui fait trembler peu à peu ma litanie :

Dans un soupir dansant, mon âme se brise

Et s’en va périr sur l’oreiller fleurissant de mes confessions

              

Endormie sur mes soupçons, je perce la lumière

Pour vaincre la mort échouée sur mon cœur

Le souffle s’échappe de la nuit tel un fugitif

Je sombre dans les profondeurs de l’abandon…

                 

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Passe, passera toujours…

par Paulyne H.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

                  

Il y aura toujours des cœurs remplis d’espoir

Des larmes remplies de rêves

Des yeux remplis de neiges

Et des mains qui se cherchent ;

             

Des amours dissous dans la nature

Des routes sans issue

Des âmes séparées

Et des amours perdus

              

Des promesses oubliées,

Des histoires sans lendemain

Mais avec un hier et un hiver

Et les souvenirs douloureux de ce cœur brisé déchiré…

                    

                    

Une passion libre

par Marion P.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

                  

Serrer amour cotonneux,

De sombres nœuds braisés crient de douceur :

Le sang des légendes soupire,

Vermeille robe, flambée aux éternelles amertumes…

               

Azur coule, serments accusent, l’air s’assoupit

Les pâquerettes de velours s’effondrent :

Rêves profonds, jadis abimés

Le zéphyr retrouve une multitude d’aurores.

                   

Mon cœur à peine ébauché

Foudroie les beautés du vent et de la mer

Rayon secret arrose

Le nuage ivre de givre rose…

                   

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Je pleurais sur les mots tombés…

par Élodie L.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

                  

Je casse le silence pour laisser place aux destins

aux brisures de la passion,

La maladie du silence.

Je pleurais pour la mort,

Je pleurais sur les mots d’amour tombés…

Laisser libre le cœur des soupçons,

Éveiller la pensée du bonheur ?

        

                 

Tableau de vie

par Julien L.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

                  

Je veux écrire ;

L’inspiration ne vient pas

Mon esprit se consume et devient cendre :

La vérité est là

Comme une fleur qui se montre au soleil

Mais se cache au soir…

Voilà comment se compose ce tableau

Qu’on appelle la vie.

La vie, comme un diamant

Qui s’use et brille moins avec le temps.

             

                 

Overdose calme

par Marion P.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

                  

Dans une solitude gris-nuage

Cassé-solitaire-fermé,

Il voit  la réalité isolée : Silence.

Pensées : déception. Regarder la nuit…

Espérances-Larmes-Saturation.

TOMBÉ SUR LE SOL, LES YEUX CLOS

Revivre l’imaginaire, ouvrir le rêve

Croire en elle, sa muse et sourire…

IL LA REVOIT ALORS

Et puis : saturation,

Oubliés les rêves imaginants…

LA SOUFFRANCE S’ARRÊTE ENFIN, LE BRUIT AUSSI

Espoir encore : admirer les images, observer le vide

Jouer un arc-en-ciel de lumière infinie…

LE SILENCE ÉGARÉ RETENTIT…

ROUGE

          

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« Overdose calme », d’après Man Ray : « L’Œil« 

                 

                   

Sur le seuil de la porte

par Nathan L.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

                  

Vous succomberiez aux naïfs tourments

Une fuite de la nature amoureuse

Vous succomberiez aux joies glacées,

Aux lueurs d’un lys en fuite.

             

Stoïque sur le seuil de la porte,

J’écoutais les pleurs, les soupirs

La paix embrassant de nombreuses failles,

Une terre conscrite où la douceur glacée est reine.

              

                    

Le temps d’un voyage

par Samira A.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

                  

Braves voyageurs, pauvres insouciants,

Le temps moqueur, file en riant…

Avalanche de mots froids et orgueilleux

Vagues d’encre, le bateau coule :

Mots noyés, des gouttes d’encre

S’écoulent de leurs yeux fatigués

mouillés d’encre et de chagrin..

Mots naufragés du temps

Trouvent une île pleine d’espoirs,

Des espoirs illusoires… 

Cachée sous son masque de roche

Une méchante lave brûlante approche :

Engloutis, les mots prisonniers périssent.

Poussières de lettres, cendres d’espoirs

Emportés au loin par le vent..

Des rêveurs frêles et innocents

Entraînés dans une dissidence de mots nouveaux

Mots oubliés, mots délaissés

Dans le désert du temps

Les mots assoiffés

Resteront à jamais

Encrés sur le poignard encore saignant

De cet affreux meurtrier !

               

                     

Une fleur d’oranger

par Jimmy B.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

                  

Une fleur d’oranger,

Dépossédée du corps de l’arbre

Brûle de la nullité d’un  voile.

L’éternel feuillage, borné de miel

Et dénoué de la mer qui par un sourire de  ténèbres

Fait briller l’ombre.

L’oiseau matinal déclenche la nostalgie

Et le voyage.

           

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(Crédit iconographique : © Bruno Rigolt, janvier 2011)

               

                 

Clair de lune

par Samy F. et Léna G.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

                   

Son cœur tout aimant ne saura jamais vivre.

Je dis mort lointaine pour se perdre encore !

Un cœur d’amour fourmillant de battements

Un peu triste cependant. Un grand sourire

Et puis la pluie s’est mise à tomber.

Sous la lune et les étoiles

Mon trouble amour l’aimait

Ce trésor vint à moi, docile :

J’avais une lampe

Toi la lumière

Qui a vendu la mèche ?

                

                 

L’Esprit hasardeux

par Anna P. Flavie H. Katerine M. Alicia C.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

                  

Les rêves souffrent

D’une affection insupportable dévoyée

Par les illusions rêveuses blessées

Par la joie de cet ange frémissant doucement,

Par la lumière renversante de ce cruel martyr.

              

L’ouragan épargne la gravité de l’angoisse

Dans l’ennui des voyageurs

Sur le quai du départ :

Instant fugitif de la clarté

Soupirant de la bénédiction des adieux…

               

Mes yeux s’ouvrent au recueil des âmes audacieuses

Montrées comme l’impie.

Le secret de la température de mon cœur

Coopère par la soumission comparée

Aux plumes pesantes du passé…

              

                    

La création à l’excès

par Anna P. Flavie H. Katerine M. Alicia C.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

                  

L’amour n’est que hasard

D’un calcul en profondeur

Les yeux pleurent dans les flots de mer

Dont l’écume s’évapore vers les papillons d’une complicité dévoilée.

Le réseau de la clarté écoute l’esprit dissipé du silence :

Une légère brûlure félicite le crépuscule comparable

Au dessin du matin.

                  

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(Crédit iconographique : © Bruno Rigolt, janvier 2011)

                 

                         

Sous l’ombre d’un cerisier de Perse

par Yonnel C.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

              

Devant la mer, un monde sous l’ombre d’un cerisier de Perse :

L’azur des ailes du phénix céleste naît des mystères de la nuit.

L’amour infini brille comme une étoile à la rencontre de mon cœur.

Adieu les pleurs battant la barque d’amour,

Aujourd’hui coule en moi les ballades du bonheur.

                        

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Un soir où le soleil pleurait en silence…

par Julien F.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

       

Un soir où le soleil pleurait en silence

Le mot Liberté eut l’audace de se promener.

Mais à son grand malheur

Une voiture qu’il n’avait pas remarquée

L’emmena voir la zone brute du cimetière

Seule ne restait de lui que son ombre

Tracée en craie blanche.

               

                      

Tranquillité du néant…

par Laly R.

(Classe de Seconde 6 – promotion 2010)

                 

La paix de l’éternité habite le serment de mon âme

Rare éprouvant un silence d’affection.

Trahie par un ange tombant des cieux,

Je regardais l’étoile aux confins du silence :

Le soir dansait pour apporter la tranquillité du néant,

Emportait dans les ruines une mystérieuse pierre

Enlevait l’espace des esprits mourants…

                  

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« Tranquillité du néant », d’après Pierre Puvis de Chavannes : « Le Rêve« 

            

La numérisation des textes de la première livraison est terminée.
Crédit iconographique : © Bruno Rigolt              
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Bientôt une exposition exceptionnelle : Poésies du Silence, par la classe de Seconde 6

Les élèves de la classe de Seconde 6 du Lycée en Forêt vous invitent à une exposition exceptionnelle :

Poésies du Silence

Partez à la rencontre de la parole silencieuse des mots…

Cette exposition sera mise en ligne à partir du lundi 24 janvier, et présentée au CDI du Lycée du 4 au 18 février 2011.

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CDI du Lycée en Forêt Avenue Louis Maurice Chautemps BP 717 45207 MONTARGIS Cedex