Au fil des pages… Qu'est-ce qu'un livre ?

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Qu’est-ce qu’un livre ?
De la page blanche à l’achevé d’imprimer

Voici un bel ouvrage que je vous propose de feuilleter cette semaine : publié par les éditions Fides en 2006, il est signé Madeleine Sauvé, qui a longtemps été professeure à l’Université de Montréal (Québec, Canada).

L’ambition de l’ouvrage  est tout d’abord de faire découvrir la structure et les composantes d’un livre « qui ont chacune un nom propre, une figure particulière ». Comme le dit l’auteure dans l’avant-propos, « la préface n’est pas l’introduction, l’introduction n’a rien de l’avertissement, l’avertissement ne saurait être nommé prologue ». Cet ouvrage, certes technique mais passionnant, vous expliquera donc comment se construit un livre, du titre à la quatrième de couverture, de la maquette au choix de la typographie, de la dédicace (page 15) aux notes de référence,  en passant par l’avant-propos, le préambule, l’exergue (page 22), l’épigraphe (page 24), le prologue (page 47), l’épilogue… Vous verrez que ces choix n’ont rien d’arbitraire et qu’ils obéissent à des stratégies éditoriales ciblées.

Les lycéen/nes auront tout intérêt à approfondir leurs connaissances dans ce domaine. De nombreux écrits d’invention au Baccalauréat par exemple peuvent vous demander la rédaction d’un avant-propos, d’une préface (page 61), d’une postface, d’un épilogue, etc. Il faut donc connaître ces genres et savoir en distinguer les exigences. Or très souvent, bien des textes produits (et parfois des corrigés publiés) se ressemblent dans leur forme, au point d’entraîner de navrantes confusions. C’est la raison pour laquelle je ne saurais trop vous recommander la lecture de cet ouvrage qui joint au plaisir de la découverte l’intérêt théorique et pratique.

Même si les pages consultables sur Google-livres restent limitées, elles sont suffisantes pour donner à l’élève et à l’étudiant de Lettres, exemples à l’appui, des outils pertinents sur la meilleure façon de rédiger et de s’adapter à des consignes d’écriture particulières.

Madeleine Sauvé, Qu’est-ce qu’un livre ? De la page blanche à l’achevé d’imprimer, Montréal, Fides, 2006.

RAPPEL DE MÉTHODE : Comment « bien lire » ce type d’ouvrage ? Le but bien entendu n’est pas de “tout lire” mais de lire un peu “au fil des pages”, selon votre envie. Quand vous avez le temps, parcourez un article, lisez un extrait de texte, découvrez un auteur, une notion, etc. Si vous le pouvez, notez dans un petit répertoire ce qui vous paraît important. Une règle essentielle : ne forcez jamais ! Si quelque chose vous rebute ou vous semble trop difficile, passez à un autre sujet. Plus qu’apprendre pour apprendre, c’est en fait la démarche qui importe : découvrir et enrichir sa culture générale.

Classes de Première Séries technologiques Le corrigé de l’EAF 2012 (1/2) : les questions

Voici la première partie du corrigé de l’épreuve écrite du Baccalauréat technologique, consacrée aux deux questions. Les éléments de corrigé pour les travaux d’écriture (commentaire, dissertation, invention) seront mis en ligne prochainement.

  • Pour accéder au sujet ainsi qu’au corpus de textes, cliquez ici.

EAF Technologique : corrigé (1/2)

Rappel des questions :

I – Après avoir lu attentivement les textes du corpus, vous répondrez aux questions suivantes de façon organisée et synthétique. (6 points)

  • Question 1 : Quels pronoms personnels désignent l’adolescent dans ces trois poèmes ? Comment interpréter ces choix différents ? (3 points)
  • Question 2 : Quelles expériences vécues par les adolescents évoquent ces poèmes ? Que leur apportent-elles ? (3 points)

Remarques préliminaires
Chacune des deux questions comportait pour plus de clarté deux sous-questions : elles abordaient les textes sous des angles divers allant du repérage et de l’observation à l’interprétation textuelle plus globale. L’une des difficultés, que vous avez sans doute ressentie, était de répondre « de façon […] synthétique » alors que la diversité des situations d’énonciation pouvait amener à considérer les textes de manière singulière. Il fallait essayer cependant de confronter les écrits afin de mieux mettre en perspective les expériences d’adolescents relatées dans le corpus.

En outre, même si le libellé ne le précisait pas, il est toujours valorisant comme vous le savez, de rédiger quelques propos introductifs, même très brefs, permettant de présenter le corpus : certains d’entre vous ont ainsi peut-être contextualisé historiquement les textes, ou abordé la thématique de l’adolescence. Plus finement, on pouvait remarquer que le groupement se caractérisait sur le plan de la forme par une grande diversité : le poème d’Arthur Rimbaud par exemple obéit à une structure régulière (huit quatrains d’alexandrins à rimes croisées), alors que le poème de Blaise Cendrars, rédigé en vers libres, ne respecte pas une forme définie ni une rythmique fixe. Enfin, le texte de René Char, non versifié, contribue à l’esthétique du poème en prose, qui répond bien à un souci de brièveté et d’intensité d’effet.

Question 1

• Les poèmes présentés dans le corpus évoquent trois formes singulières d’expériences d’adolescents, comme en témoignent les personnes grammaticales différentes : le pronom Je dans le poème de Cendrars, le On et le Vous dans la poésie de Rimbaud, et enfin les pronoms Il et l’ chez René Char.

• Le poème de Blaise Cendrars est le seul à privilégier la première personne du singulier : « […] j’étais en mon adolescence/J’avais à peine seize ans […] ». Comme nous le voyons, le locuteur adresse directement au lecteur, sous forme biographique, l’image qu’il a construite de lui-même et qu’il veut transmettre directement. Le Je  introduit donc très explicitement la notion de texte autobiographique sur un mode rétrospectif qui s’efforce de raconter une histoire vécue intensément. À ce titre, le paratexte rappelle que « ce récit d’un jeune narrateur » est « nourri de références à l’histoire de Cendrars ».

Les deux autres textes impliquaient quant à eux une certaine mise à distance du sujet énonciateur. Ainsi, le pronom personnel On dans le poème de Rimbaud confère une universalité à sa pensée dans laquelle tout lecteur peut se reconnaître : « On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans ». Cette maxime d’ordre général, qui est presque une définition de l’adolescence (remarquez la valeur du présent) cible également le lecteur par l’emploi du pronom Vous, un peu comme si Rimbaud nous prêtait en quelque sorte ses propres sentiments.

Enfin, le texte de René Char relate à travers la figure d’un enfant meurtri, une douloureuse expérience personnelle. À cet égard, l’absence de paratexte pouvait induire en erreur tant l’emploi de la troisième personne (Il ; l’), caractéristique du récit, confère un certain recul du sujet énonciateur : ainsi l’auteur semble-t-il se mettre à distance de son propre vécu pour lui donner une portée plus générale : « l’adolescent souffleté » devenant ainsi le symbole dramatique d’un adolescent anonyme, plongé dans son drame le plus secret mais aussi le plus universel.

Question 2

Les expériences vécues par les adolescents vont de la légèreté désinvolte et insouciante évoquée dans le poème de Rimbaud à la violence subie comme en témoigne le récit dramatique de René Char.

Tous les textes présentent d’abord l’adolescence comme une période d’émancipation individuelle et d’affranchissement identitaire. Chez Rimbaud, cette soif de liberté se fait grâce à la découverte des premiers émois amoureux : « On se laisse griser » (v. 13) ; « La sève est du champagne et vous monte à la tête » (v. 14) ; « On divague » (v. 15) : « Le cœur fou Robinsonne » (v. 17). Ce néologisme, construit sur le titre du roman d’aventure Robinson Crusoé, évoque plus particulièrement l’envie d’évasion ainsi que les escapades légères et quelque peu futiles d’un adolescent fugueur en mal d’aventure.

Dans le poème de Blaise Cendrars, l’émancipation de l’enfance est plus encore suggérée par l’éloignement géographique. Ainsi le titre Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France peut-il se lire comme une invitation au voyage. Comme chez Rimbaud, la figure de l’adolescent aventurier est présentée à travers les motifs de la fugue et de l’insoumission : « mon adolescence était alors si ardente et si folle » (v. 6). En outre, le lexique du désir (« J’avais soif » v. 17 ; « J’avais faim » v. 26) ainsi que les tournures anaphoriques (« Et ») traduisent bien la fougue et l’emportement du jeune homme, incapable d’ « aller jusqu’au bout » des choses (v. 25). Sans doute convient-il de noter ici le champ lexical de la violence : « et tous les verres/J’aurais voulu les boire et les casser » (v. 27, 28) ; « fournaise de glaives » (v. 32) ; « j’aurais voulu broyer tous les os/Et arracher toutes les langues » (v. 33, 34) : comme le Rimbaud du « Bateau Ivre », on a l’impression que tout anéantir et tout briser est pour le jeune Cendrars l »unique moyen de vivre pleinement sa vie.

Enfin, le texte de René Char, s’il évoque comme les autres écrits une fugue (« il s’échappait, s’enfuyait et devenait souverainement heureux »), se singularise d’abord par l’évocation dramatique de l’enfance maltraitée : « souffleté » ; « les mêmes coups qui l’envoyaient au sol » ; « saignerait » : « l’iniquité d’un seul ». Toutefois, il convient de noter que ce récit poignant met en avant, comme les autres poèmes du groupement, la construction de l’adolescence en tant que processus d’affirmation de soi : « Tel l’arbuste que réconfortent ses racines et qui presse ses rameaux meurtris contre son fût résistant » : ces propos donnent en effet l’impression que la violence subie rend l’adolescent plus fort (« fût résistant »), et plus à même de se construire.

Dépassant l’anecdote, tous ces textes à forte valeur autobiographique présentent ainsi l’adolescence comme une expérience de crise et de rupture identitaires. Mais cette volonté d’affranchissement est aussi vécue comme un processus de passage et de revendication existentielle qui nous amène à mieux percevoir, à travers le regard introspectif et rétrospectif que les auteurs portent sur eux-mêmes, le rôle de la poésie qui est de sublimer les désillusions de la vie par la recherche d’un idéal.

NB : ce corrigé est un peu plus développé afin que chacune et chacun puisse retrouver dans les réponses des éléments de son propre travail. Bien entendu, on n’attendait pas de la part des candidats des remarques aussi exhaustives.

Bruno Rigolt

TUTORIEL EAF… Tout sur l’oral : l’exposé et l’entretien

L’Oral de l’Épreuve Anticipée de Français

Cet article a été actualisé ! Merci de regarder l’article mis à jour :

TUTORIEL EAF… Tout sur l'oral : l'exposé et l'entretien

L’Oral de l’Épreuve Anticipée de Français

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L’oral du Bac de Français à partir de la session 2020 (Bac 2021)… Tout sur la nouvelle épreuve orale de l’EAF.

Voici pour toutes les sections (générales et technologiques) les points essentiels que vous devez connaître pour présenter dans de bonnes conditions l’épreuve orale de Français. En rouge, sont indiqués les aspects qui doivent retenir particulièrement votre attention.

→ À lire utilement : la Charte des examinateurs de l’ÉAF, notamment la « Note à l’attention des candidats »  (pp. 14-17 de la Charte des examinateurs de l’ÉAF, Académie d’Orléans-Tours ; février 2016).


Votre arrivée dans la salle d’examen…

Tout d’abord, présentez-vous impérativement à l’heure (indiquée sur votre convocation) muni(e) des documents demandés :

  1. votre convocation ;
  2. une pièce OFFICIELLE prouvant votre identité (CNI, Passeport, titre de séjour, etc.) ;

    Si vous avez oublié un document officiel (pièce d’identité, convocation, etc.), allez IMMÉDIATEMENT AU SECRÉTARIAT DU BAC afin de faire régulariser votre situation (on pourra être amené à vous demander de repasser dans la journée avec les documents manquants pour vérification). Si vous arrivez juste à temps pour l’épreuve, signalez le problème à l’examinateur : dans la plupart des cas, il vous fera passer l’oral et vous demandera de régulariser dans la journée votre situation auprès du secrétariat d’examen. Il pourra également vous demander de lui présenter en main propre vos justificatifs. Cela dit, je vous conseille de ne RIEN oublier : cela fait toujours mauvaise impression.

  3. votre LISTE D’ORAL ;
  4. les textes présentés en lecture analytique (et qui sont donc mentionnés sur votre liste) ;
  5. les œuvres intégrales ;
  6. le manuel que vous avez utilisé avec votre professeur pendant l’année.

    Attention : vous devez avoir avec vous l’ensemble des textes sur lesquels vous pouvez être interrogé(e). 

    Il est rappelé en outre que les candidat(e)s doivent avoir en double exemplaire les textes afin d’en présenter une copie à l’examinateur. Arrangez-vous par exemple pour vous prêter un exemplaire d’une œuvre… Quoi qu’il en soit, on ne peut pas vous pénaliser pour le cas où vous n’auriez pas les textes en double exemplaire.

  7.  des stylos, des surligneurs, telephone.1244988302.jpgainsi qu’une MONTRE (ou un petit réveil, un minuteur, etc.). Pendant la préparation et le déroulement de l’épreuve, n’hésitez pas à regarder votre montre pour bien gérer le temps.
    ATTENTION : vous n’avez PAS le droit de sortir votre téléphone portable même pour voir l’heure ! Pensez à l’éteindre complètement (S’il venait à sonner ou à vibrer, cela pourrait être interprété comme une tentative de tricherie, et vous pénaliser lourdement) et à le ranger dans vos affaires personnelles que vous déposerez à l’entrée de la salle.

 

La première partie de l’épreuve :
l’exposé oral

La préparation de l’oral dure 30 minutes le jour de l’épreuve. Votre exposé sur le texte doit durer 10 minutes environ. Il sera suivi d’un entretien de 10 minutes qui fera le point sur vos connaissances et l’ensemble des activités que vous aurez menées dans le cadre d’une séquence consacrée à un objet d’étude qui se rapporte au texte choisi pour l’exposé.

Si vous êtes interrogé(e) sur une œuvre intégrale : la plupart du temps, l’examinateur vous demandera d’étudier un extrait délimité par votre professeur et clairement indiqué sur la liste d’oral. Dans ce cas, « l’examinateur n’ira jamais au-delà du texte tel qu’il a été délimité par le professeur sur le descriptif »). Mais, dans le cadre d’une œuvre intégrale (et uniquement dans ce cadre), l’examinateur « a la liberté de définir […] un extrait non étudié spécifiquement en classe ». (Sources : oral entente académique, juin 2012).

Concernant les œuvres intégrales, peut-on m’interroger sur un passage qui n’a pas été étudié en lecture analytique ?
Tout à fait : c’est la différence avec les groupements de textes. Mais dans ce cas, l’examinateur n’aura pas les mêmes attentes, et il sera sans aucun doute plus compréhensif.

Répondre à la question posée par l’examinateur

La première partie de l’épreuve orale est consacrée à la lecture analytique d’un texte. Les instructions officielles indiquent nettement l’esprit de cet exercice : il s’agit en 10 minutes environ d’explorer de façon organisée un texte en répondant à une problématique précisée au départ. Cette épreuve vise pour l’examinateur à s’assurer de la bonne compréhension du texte, de la culture littéraire, de l’aptitude à construire la réflexion, en privilégiant des outils spécifiques de stylistique, d’expression et de communication.

Les 30 minutes de préparation…

Quand vous allez préparer votre exposé, ayez toujours à l’esprit que la lecture analytique n’est pas la « récitation » de notes de cours, pas plus qu’un commentaire oralisé. Elle est un processus de construction du sens en réponse à la question posée par l’examinateur.

Attention pour l’oral : si des passages de vos fiches de synthèse ou de votre cours sont trop rédigés, vous devez impérativement les transformer en plans très détaillés afin de ne pas lire le jour de l’oral. Dans le cas contraire, c’est l’échec assuré !

Avant toute chose, il convient donc d’avoir à l’esprit quelques points essentiels :

  • N’oubliez pas de prendre en compte la problématique, c’est-à-dire la question posée par l’examinateur et qui doit orienter votre interprétation du texte. Attention : si vous étudiez le texte mais sans rattacher votre exposé à la question posée, ou si vous vous contentez de paraphraser, ou d’énumérer des observations sur le texte sans interprétation, vous pouvez perdre jusqu’à la moitié des points !
  • Adoptez la « positive » attitude ! La connaissance du cours ne suffit pas : il faut savoir se préparer mentalement à l’épreuve Si votre apprentissage du cours est évidemment essentiel, vous réussirez d’autant mieux cette épreuve que vous adopterez face à l’examinateur une attitude positive, si vous êtes convaincant (et convaincu !). Comment voulez-vous qu’on croie en vous si vous apparaissez penaud, peu sûr, vaincu d’avance? Votre réussite dépend de votre motivation et de votre implication : ce sont vos réactions personnelles de lecteur, votre sensibilité face au texte, votre intérêt et votre motivation qui prouveront que vous possédez les aptitudes pour atteindre les objectifs fixés par l’épreuve.
    Conseils : Soyez sûr(e) de vous, pensez à des choses positives. Avant l’épreuve : fermez les yeux, et imaginez-vous en train de passer l’épreuve. Mimez mentalement les différentes étapes de l’entretien afin de vous y préparer.

C’est un détail, mais il est essentiel : tenez-vous droit et ne soyez pas nonchalant, avachi sur la table ! Votre but, c’est de faire valoir votre culture et votre personnalité. N’importe quel examinateur (moi le premier !) serait agacé par l’attitude désinvolte ou relâchée d’un candidat.

Le déroulement de l’exposé

L’introduction

Contextualisation : dans votre introduction, vous devez d’abord situer brièvement le passage en portant votre attention sur les éléments qui permettent de le contextualiser dans l’œuvre ou dans le mouvement culturel, en restituant s’il y a lieu l’environnement social, politique, etc.

Problématisation : puis vous en présentez brièvement le sujet en réponse à la problématique définie par l’examinateur.
Rappel : Une problématique est un angle particulier d’approche qui va orienter le travail d’analyse.
Cette problématique, qui rend souvent compte de l’essentiel du texte, va néanmoins orienter votre hypothèse de lecture que vous allez vérifier tout au long de votre exposé. La présentation doit aussi situer le texte ou le passage (par rapport à l’œuvre), de manière à permettre à l’examinateur de suivre l’explication en lui fournissant tous les éléments qui ne figurent pas dans le texte et sont nécessaires à sa compréhension. Elle doit en même temps être concise : inutile de tout dire ; n’oubliez pas qu’on évalue l’aptitude de l’élève à sélectionner dans ses connaissances les éléments pertinents et à hiérarchiser les informations (aptitude à l’esprit de synthèse).

Annonce du plan : annoncez le plus clairement possible votre plan : axes d’étude ou plan du texte dans le cas d’une étude linéaire. Pensez à bien poser vos axes de lecture, sans aller trop vite, afin de permettre à l’examinateur de noter votre démarche analytique.

  • La lecture du texte

« Le candidat fait une lecture à haute voix de la totalité ou d’une partie du texte à étudier Cette lecture peut se faire au début ou au cours de l’exposé » (Charte des examinateurs, page 6).

Même s’il n’y a pas de règle impérative à respecter, il paraît plus logique néanmoins que la lecture intervienne en second lieu, après l’introduction. Bien souvent, lorsqu’on commence à parler au tout début de l’exposé, la voix est insuffisamment posée pour capter l’attention de l’examinateur. Il est donc préférable de commencer d’abord par l’introduction : cela vous laisse le temps de placer votre voix et de gagner en assurance. Vous pouvez ensuite aborder plus sereinement la lecture.

Une lecture doit à la fois être expressive et posée. La lecture vise à montrer que le texte est compris : le ton que vous employez est important dans l’évaluation que l’on fait de votre lecture.Parlez lentement. N’oubliez pas de marquer des pauses par exemple. Elles sont importantes non seulement pour mettre en valeur les mots porteurs de sens, mais aussi afin de déstresser le jour de l’examen (vous reprenez votre respiration pendant les pauses). Dernière remarque : en poésie, le respect de la versification est bien entendu déterminant. Pensez aussi à bien marquer les changements de rythme et de tonalité !
  • Le développement

Vous devrez proposer des pistes d’étude à la fois pertinentes (permettant de commenter l’essentiel de ce qui fait l’intérêt du texte, et distinctes (attention aux redites). Pensez à distinguer les éléments essentiels des idées secondaires, qui ne servent qu’à mettre en valeur les points importants, en les illustrant. Rappelez au fur et à mesure les phases d’exploration que vous allez conduire. Pensez à mettre en avant les transitions permettant de suivre le fil de l’exposé. Après chaque analyse, tirez un bref bilan (déduction) que vous rattacherez à la problématique posée par l’examinateur, avant de poursuivre votre exploration du texte.

Le fond et la forme…

L’explication du texte doit associer (sans les dissocier surtout) l’étude du style (remarques précises et variées avec maîtrise des notions et des termes spécifiques) et du sens afin de permettre un repérage et une interprétation efficaces. Ne séparez jamais le fond de la forme : de fait, la forme elle-même contribue au sens. Pour y parvenir, le candidat doit ainsi mettre en œuvre des savoir-faire et utiliser des outils propres à l’examen d’un texte court : c’est également sur la pertinence de leur choix et la qualité de leur utilisation qu’il sera jugé (remarques placées au bon endroit, remarques en cohérence avec l’axe annoncé, remarques ordonnées (progression).

L’examinateur s’assurera par exemple que le candidat va à l’essentiel pour exprimer ce qui fait à ses yeux l’intérêt du passage en s’appuyant sur des sources pertinentes. Vos différentes remarques sur le texte doivent être fondées sur des références précises : quand vous citez le texte, n’oubliez pas de justifier toujours le lien entre l’affirmation que vous proposez et la citation retenue.

Enfin, rappelez-vous que l’examinateur note la manière dont vous serez capable de structurer et d’orienter vos remarques en fonction des conclusions partielles et de la conclusion générale à laquelle vous voulez aboutir : c’est le parcours analytique. La question que se pose un examinateur est celle-ci : un candidat est-il apte à passer du stade de l’observation de détail à celui de l’interprétation en fonction de perspectives plus larges, plus abstraites par exemple ?

  • La conclusion

Pensez à rappeler brièvement vos axes d’étude et proposez un bilan global permettant d’élargir la problématique étudiée vers un point de vue qui englobe le texte et dépasse le cadre de celui-ci. Vous pouvez par exemple élargir au groupement de textes dans votre conclusion, au mouvement culturel, à une autre œuvre étudiée, etc.

La seconde partie de l’épreuve : l’entretien…

La deuxième partie de l’épreuve, également notée sur 10, est consacrée à un entretien avec l’examinateur. Cet entretien est « un échange dialogué qui doit permettre au candidat de valoriser ses savoirs et ses lectures, d’approfondir et d’élargir sa réflexion. Il vise à faire émerger un ensemble de connaissances et de compétences issues de l’année (dans le cadre de l’objet d’étude […] » (Source : oral entente académique juin 2012).

C’est l’occasion par excellence de prouver que vous avez le « physique de l’emploi ». Cherchez à mettre en avant votre capacité à dialoguer : l’aisance dans la communication, l’utilisation pertinente des notes, la valorisation de votre culture générale sont des critères importants. En outre, l’emploi d’un lexique précis, d’une langue correcte, et la connaissance du vocabulaire de l’analyse littéraire, constituent des critères importants de l’évaluation orale. Personnellement, quand je fais passer l’oral du Bac, j’apprécie particulièrement qu’un(e) candidat(e) défende son point de vue sur une problématique de lecture, à la condition que ce point de vue soit fondé bien entendu !

Je vous conseille en outre d’être très attentif aux questions posées : certains candidats par exemple n’écoutent pas bien les questions, ce qui les conduit à répondre de façon erronée ou allusive. Rappelez-vous aussi que la nervosité ne sert à rien : mieux vous aurez préparé l’épreuve, plus vous devriez être calme. Enfin, soyez toujours « positif » : ne critiquez pas les textes, encore moins les choix de votre professeur-e. Lors d’une session, un candidat m’a dit : « Notre prof, elle est un peu bizarre : ce texte est ultra ch… » Sans commentaire !

Pour vous entraîner…

Pensez à travailler dans 2 directions :

  1. tout d’abord, entraînez-vous à 2 ou 3 par exemple. Interrogez-vous à tour de rôle dans les conditions de l’examen (20 à 25 minutes de préparation et le même temps d’entretien : 2 camarades interrogeant afin de varier l’axe des questions). Utilisez le barème de notation ci-dessous pour vous auto-évaluer !

  2. De plus, essayez d’élargir vos connaissances sur les courants littéraires et les contextes historiques ou culturels afin de pouvoir enrichir vos analyses.

Exemple de barème d’évaluation
(source : Académie d’Orléans-Tours)

critères évaluation EAF_2016

Ce tableau résume, pour chacune des deux parties de l’épreuve, les principales connaissances et compétences faisant l’objet de l’évaluation (BOEN N°7 du 6 octobre 2011).

Questions-réponses…

— Mes textes comportent des annotations. Que dois-je faire ?
S’il s’agit de lectures cursives, de documents complémentaires, etc. vous avez le droit d’apporter sur vos textes des notes explicatives, à l’exception des textes présentés en lecture analytique. Mais tout dépend bien sûr de la nature de ces annotations. Souligner un mot dans un texte, noter le sens d’un terme ou d’une expression difficile est tout à fait toléré (les manuels et les œuvres intégrales le font bien) mais de là à rédiger un paragraphe explicatif sur la page… Dans le doute, le mieux est de montrer votre texte à l’examinateur AVANT de commencer la préparation afin d’éviter tout malentendu.

— Ai-je le droit de conserver avec moi pendant les 30 minutes de préparation et pendant l’épreuve mon descriptif ?
Oui bien entendu. N’hésitez pas au contraire à vous en servir, afin de montrer à l’examinateur que vous pratiquez avec aisance l’intertextualité, c’est-à-dire la mise en relation des textes entre eux.

— Mon exposé dure moins de 10 minutes. Est-ce grave ?
Un exposé de 8 à 9 minutes est toléré (tout dépend bien sûr de la densité des remarques). En revanche, s’il ne devait durer que 5 voire 4 minutes, vous seriez fortement pénalisé(e) et vous n’obtiendriez pas la moyenne pour cette première partie de l’épreuve. Bien souvent, un élève qui a appris son cours mais qui termine trop vite lit ses notes à toute vitesse, oublie de développer, de citer le texte, de commenter les citations, etc. Pensez à marquer des pauses, à justifier vos remarques en vous référant au texte, ou à d’autres passages (ou d’autres œuvres). Exploitez l’intertextualité afin d’approfondir vos remarques, rappelez les définitions importantes, etc.

Attention : l’examinateur n’est PAS tenu de prolonger un exposé qui n’aurait duré que 3 ou 4 minutes. Si vous restez court et que vous n’avez plus rien à dire, l’examinateur passera directement à l’entretien… Donc utilisez le plus possible la totalité du temps de parole qui vous est accordé.

— J’ai fait l’impasse sur un texte et j’ai l’impression de n’avoir rien à dire…
 La pire des choses est de paniquer ou de s’avouer vaincu(e). Essayez au contraire de voir ce qui dans vos connaissances peut être utilisé pour aborder intelligemment le texte. Dans le cas d’une œuvre intégrale par exemple, vous gagnerez à exploiter votre culture sur l’auteur et sur d’autres passages de l’œuvre et à les mettre en perspective avec l’extrait que vous devez analyser. Cela ne présente pas de grande difficulté (à la condition d’avoir lu l’ouvrage certes). Concernant un texte issu d’un groupement, essayez de situer le passage par rapport à un cadre connu (un mouvement littéraire par exemple, un groupe d’écrivains, un genre, un registre, etc.). Vous devez aussi essayer de confronter le texte avec d’autres extraits que vous connaissez mieux. Le tout est de savoir mobiliser vos connaissances et de valoriser votre culture générale auprès de l’examinateur.

— Le plan est-il très important à l’oral ?
Le plan est évidemment déterminant. Un problème qui se pose souvent aux candidat(e)s tient à l’organisation de l’exposé oral. Avec le stress, et en cherchant à « ne pas réciter son cours », on fait moins attention à structurer le plan, de là certains exposés qui partent dans tous les sens, sans suivre une logique de progression. Dès qu’on vous aura indiqué votre problématique, si vous hésitez sur la marche à suivre, je vous conseille de vous poser les questions suivantes : « Qu’est-ce que je veux prouver exactement ? », « D’où est-ce que je vais partir… Pour parvenir où ? » 

Veillez à structurer votre parcours analytique ou argumentatif : oral ne veut pas dire désordre, bien au contraire ! Choisissez une idée directrice en fonction de la problématique posée, c’est-à-dire le thème central à partir duquel vous organiserez votre démonstration. Évitez de trop multiplier les questionnements, qui risquent de faire perdre de vue le principe d’organisation logique de votre exposé et la question qu’on vous aura posée. Pensez par ailleurs aux transitions quand vous enchaînez les idées ou les axes entre eux. Concernant les citations, elles sont toujours utiles dans un exposé, à la condition de les choisir à bon escient et de ne pas les multiplier, afin d’éviter la lourdeur encyclopédique.

 — Comment introduire mon exposé ?
Tout d’abord, n’oubliez pas que dans un exposé de 9 à 10 minutes, la première minute est déterminante. Dès votre introduction (qui doit être brève : 1 minute maximum), soignez l’entrée en matière : beaucoup de candidats arrivent devant l’examinateur en soupirant et commencent par des mots qui en disent long sur leur motivation : « Bon alors, je vais vous parler de… ». C’est non seulement maladroit syntaxiquement, mais peu engageant. Si vous hésitez, privilégiez une approche neutre et courtoise : « Le texte que je vais vous présenter est un(e) [précisez le genre et le type : par exemple, « un poème argumentatif »] intitulé [titre, sous-titre] rédigé en¹… par²… Enfin problématisez l’extrait en veillant à rattacher l’idée générale du texte au questionnement choisi par l’examinateur et annoncez votre PLAN le plus clairement possible.

1. Veillez à contextualiser le texte en le situant par rapport à votre groupement ou à l’œuvre intégrale, et bien sûr relativement à un contexte : historique, culturel, social.
2. Présentez de manière très succincte l’auteur en mettant en valeur UNIQUEMENT ce qui permet, dans sa biographie ou sa bibliographie, de comprendre le passage

— L’absence de conclusion est-elle pénalisante ?
C’est certain. D’expérience, j’ai constaté que de nombreux candidats ont tendance à bâcler leur conclusion, sans doute par stress, émotion… ou désir d’en finir ? Toujours est-il que c’est le meilleur moyen d’abaisser votre note. La conclusion se prépare dès l’élaboration du plan : elle ne consiste surtout pas à résumer le développement, ni à reproduire le plan annoncé : essayez de reformuler vos idées en mettant en valeur l’évolution de votre pensée, et en élargissant si possible à un questionnement plus général privilégiant l’intertextualité.

— Lors de l’entretien, l’examinateur me pose une question dont je ne comprends pas bien le sens. Que dois-je faire ?
Vous pouvez prier poliment l’examinateur de reformuler sa question. Mais attention cependant : il ne le fera en général qu’une ou deux fois, et cela vous desservirait évidemment si vous abusiez de cette bienveillance.

— Je stresse beaucoup à l’approche de l’oral. Y a-t-il des solutions ?
Entraînez-vous avec… une glace et un MP3 ! Voici un excellent exercice à faire chez vous qui vous permettra de vérifier que vous maîtrisez votre voix et votre respiration lors de la prise de parole : L’exercice que je vous propose consiste à vous entraîner sur un sujet (avec une problématique) pendant 30 minutes comme à l’oral du Bac. Si vous n’avez pas trop de connaissances sur votre cours, aidez-vous de vos notes : à ce stade, ce n’est pas grave. Puis, essayez en vous regardant obligatoirement devant une glace de faire votre exposé : parlez à voix haute comme si vous étiez devant l’examinateur (donc en regardant le moins possible votre support et en vous fixant le plus possible dans la glace). Si vous le pouvez, enregistrez-vous avec un MP3 et écoutez ce que ça donne afin de corriger les petits problèmes (placement de la voix par exemple, répétitions de « euh », « alors », « voilà », « donc », etc.).

Mon conseil…
Dans chacune des séquences, arrangez-vous pour maîtriser particulièrement bien un texte, ou un aspect important d’une œuvre, d’une thématique, d’un mouvement littéraire, afin de pouvoir orienter l’entretien (qui est toujours ouvert et dialogué) vers des aspects que vous connaissez parfaitement et qui sont de nature à influencer positivement l’examinateur dans l’appréciation qu’il portera sur votre culture générale. Rien n’est pire qu’entendre un candidat à qui l’on demande quel texte ou quel auteur il a préféré dans le cadre d’un objet d’étude et pourquoi, répondre par des banalités, ou de la paraphrase. Montrez au contraire votre curiosité intellectuelle. N’hésitez pas à dépasser si vous le pouvez le cadre de la liste d’oral en faisant état de recherches personnelles : c’est toujours très apprécié.

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Bonne chance à toutes et à tous !

Donnez le meilleur de vous-même, et ne cédez jamais au découragement, qui est toujours une facilité ! Ayez également une bonne image de vous-même, quel que soit le résultat.

Copyright © juin 2012, Bruno Rigolt

Ecriture collaborative : Corrigé de dissertation par Sarah. Discuter une thèse : Anaïs Nin

 

Entraînement à la dissertation littéraire…

« Discuter une thèse »

 

Corrigé élève (2/2)

♦ Aujourd’hui, la dissertation de Sarah B. Classe de Seconde 1, promotion 2011-2012
Voir aussi la dissertation proposée par Clarisse !

Rappel du sujet : À la question « Pourquoi écrivez-vous ? », Anaïs Nin répond : « Je ne pouvais vivre dans aucun des mondes qui m’étaient proposés […]. J’ai dû créer un monde pour moi, comme un climat, un anais-nin-1.1254664398.jpgpays, une atmosphère, où je puisse respirer, régner et me recréer lorsque j’étais détruite par la vie… C’est un monde pour les autres, un héritage pour les autres, un don aux autres en définitive. Nous écrivons afin de pouvoir transcender notre vie, aller au-delà. Nous écrivons pour nous apprendre à parler avec les autres, pour raconter le voyage à travers le labyrinthe, nous écrivons pour élargir notre univers, lorsque nous nous sentons étranglés, gênés, seuls »

(extrait du Journal d’Anaïs Nin, février 1954).

Anaïs Nin affirme que « nous écrivons pour nous apprendre à parler avec les autres ». Vous discuterez ces propos.

Cette dissertation, préparée en classe, a donné lieu à l’élaboration collective d’un plan en trois parties. Les élèves avaient ensuite la rude tâche d’élaborer leur travail. Parmi tous les travaux qu’il m’a été donné de lire, quelques-uns, particulièrement exceptionnels, seront publiés dans cet Espace Pédagogique Contributif.

Je vous laisse découvrir aujourd’hui la dissertation de Sarah… Note obtenue : 19/20 : bravo à elle pour ce travail de très grande qualité, dont quelques passages ont été retouchés ou étayés en vue de la publication dans ce blog de Lettres.


 

[Introduction]

     La naissance puis le développement de l’écriture ont profondément marqué l’histoire des civilisations et la diffusion des connaissances, à tel point que l’on peut s’interroger : dans quel but écrit-on ? À ce titre, Anaïs Nin propose en février 1954 dans son Journal une vision très personnelle qui place l’écriture au centre d’une réflexion humaniste : «  Nous écrivons pour nous apprendre à parler avec les autres ». Ces propos nous amènent à réfléchir au rôle et à la mission de l’écrivain.

     Si, comme nous le verrons d’abord, l’écriture est au cœur du dialogisme et de l’altérité, n’amène-t-elle pas également à se découvrir à travers les mots ? C’est en effet dans le rapport à soi-même qu’il faudra aussi envisager la mission de l’écrivain. Enfin, nous réfléchirons à l’importance même que revêt l’acte d’écrire : les propos d’Anaïs Nin ne nous invitent-ils pas à ce titre à dépasser les impératifs utilitaires ou pragmatiques de l’écriture pour privilégier sa dimension symbolique et subjective ?

[Première partie]

     À l’origine de l’écriture, il y a le geste physique, le « signe d’encre », qui est la base même de l’échange : le geste calligraphique n’est-il pas, dans son mouvement et sa dynamique mêmes, l’esquisse d’un dialogue ? Embellir l’écriture, former de « belles lettres », c’est d’abord prendre en compte celui qui, avant même de les lire, regardera les mots. Le geste calligraphié instaure donc une communication avec autrui. Plus fondamentalement, nous pouvons affirmer que l’écriture est par définition « migrante » : écrire, c’est être lu par les autres ; c’est écrire pour les autres, c’est une forme de dialogue à distance, à travers les mots. À ce titre, Anaïs Nin a souvent revendiqué son cosmopolitisme, se présentant volontiers comme un « auteur international ». De fait, lorsqu’elle affirme que « nous écrivons pour nous apprendre à parler avec les autres », nous pouvons comprendre qu’en éprouvant l’altérité comme condition de l’écriture, l’écrivain crée une aire de complicité avec le monde qui l’entoure. Que l’on songe ici à Victor Hugo qui, dans la préface des Contemplations(1856), s’exclame : « Ah ! Quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le sentez-vous pas ? Ah ! Insensé qui crois que je ne suis pas toi ! ». En répondant à ceux qui reprochent aux Romantiques leur culte du moi, Hugo nous amène à comprendre qu’écrire, même en parlant de soi, c’est parler au nom des autres : l’écrivain d’ailleurs, n’exprime-t-il pas des sentiments universels ? De fait, sa parole est fraternelle avec le monde. C’est en cela que l’écriture devient ainsi un moyen d’apprendre des autres.

     Comme nous le voyons,  écrire en apprenant des autres, dépasse le simple stade de la communication. Dans un monde qui est souvent fait de confrontations et de conflits, l’écriture peut se définir dans le cadre d’une altérité relationnelle, qui est en même temps une altérité existentielle : l’écrivaine algérienne de langue française Assia Djebar faisait à ce titre remarquer qu’elle pratiquait « une écriture « contre » : le « contre » de l’opposition, de la révolte, quelquefois muette, qui vous ébranle et traverse votre être tout entier […] » mais aussi une écriture « tout contre, c’est-à-dire une écriture du rapprochement, de l’écoute, le besoin d’être auprès de…, de cerner une chaleur humaine, une solidarité […] ». En ce sens, l’écriture répond à une impérieuse nécessité qui pose l’écrivain comme existence en relation : en se rapprochant des autres, en échangeant et ainsi en apprenant d’eux, l’écrivain, loin de faire de « l’art pour l’art » est d’abord un être en communion. Son écriture constitue ainsi un fait d’altérité qui participe à la logique « cosmopolite » et universelle du monde. Cette écriture de contact et de rapprochement a été très bien illustrée par Paul Éluard. Ainsi dans une conférence prononcée à Londres le 24 juin 1936, l’auteur revendique la nécessité pour les poètes de faire partie du peuple afin de s’en faire comprendre, et d’apprendre de lui : « les poètes, écrit-il, sont descendus des sommets sur lesquels ils se croyaient. Ils sont allés dans les rues, ils ont insulté leurs maîtres, ils n’ont plus de dieux ». Cette conception particulière de l’engagement que défend Éluard passe donc par la volonté de toucher le lecteur dans son expérience la plus concrète et la plus universelle : comme il l’affirme plus loin, les poètes « ont appris les chants de révolte de la foule malheureuse […], ils ont maintenant l’assurance de parler pour tous. »

     De nos remarques précédentes, il ressort l’idée que l’écriture, en nous apprenant « à parler avec les autres », peut aussi être interprétée comme engagement ; la dimension esthétique du langage étant ainsi subordonnée à sa dimension éthique et morale. De fait, écrire, c’est transmettre des idées : ainsi l’écrivain se trouve-t-il « en situation » —pour reprendre une formule chère à Sartre— dans l’Histoire. Parler au nom de tous, pour des personnes qui elles ne peuvent pas s’exprimer, c’est parler avec les autres. Ici, la parole littéraire se trouve au centre de la question de l’action : elle devient une arme capable de transgresser toutes les censures et tous les interdits. Qui ne connaît pas le célèbre article rédigé par Émile Zola lors de l’affaire Dreyfus : « J’accuse » ? Publié dans l’édition du 13 janvier 1898 du journal L’Aurore, cet article prend la forme d’une lettre ouverte au président de la République, Félix Faure. En s’engageant ainsi publiquement, Émile Zola nous rappelle combien l’engagement dans l’écriture est une exigence radicale : écrire, c’est assumer un rôle moral qui commande à l’écrivain d’être au service des autres : c’est par et pour autrui qu’il écrit. Qu’il nous soit permis d’évoquer ici  la « Complainte du fusillé » de Jacques Prévert, véritable cri de révolte contre l’inanité de la guerre :

Ils m’ont tiré au mauvais sort
par les pieds
et m’ont jeté dans la charrette des morts
des morts tirés des rangs
des rangs de leur vivant
numéroté
leur vivant hostile à la mort
Et je suis là près d’eux
vivant encore un peu
tuant le temps de mon mal
tuant le temps de mon mieux.

Ces quelques vers extraits du poème valent comme engagement social, militant et revendicatif. L’écriture, comme nous l’avons vu, est donc utilisée pour « parler avec les autres ». En ce sens, nous comprenons mieux maintenant les propos d’Anaïs Nin : c’est en effet le principe dialogique qui fonde la légitimité de l’écriture en tant que fait social. Ainsi l’écriture suppose l’autre.

[Deuxième partie]

     Certes, comme nous l’enseigne Anaïs Nin, il n’y a pas d’écriture sans possibilité d’échange et de dialogue. Mais faut-il pour autant s’en tenir seulement à cette conception ? Si le dialogisme est au cœur de l’acte d’écriture, et si l’altérité semble un élément inhérent au langage humain, n’est-il pas pour autant légitime d’affirmer que nous écrivons pour nous apprendre à nous parler ? Si dialogisme il y a, l’écriture pourrait ainsi être un dialogue avec soi-même. À cet égard, Anaïs Nin a tenu un imposant journal qu’elle commença à l’âge de onze ans et qu’elle n’abandonna jamais : l’écriture de l’intime n’est-elle pas précisément la meilleure expression de ce dialogue avec soi-même que nous évoquions à l’instant ? L’autobiographie fonctionne en effet comme miroir : apprendre à se connaître, voilà l’enjeu véritable de l’écriture. Marcel Proust écrit ainsi qu’un livre « est le produit d’un autre moi que celui que nous manifestons dans nos habitudes, dans la société, dans nos vices. Ce moi-là, si nous voulons essayer de le comprendre, c’est au fond de nous-même, en essayant de le recréer en nous, que nous pouvons y parvenir ». L’auteur d’À la recherche du temps perdu, en analysant ici la différence entre le moi social et le moi de l’écrivain, nous montre magnifiquement qu’écrire est une manière de reconstituer son passé. Toute écriture est donc identitaire : en reconstruisant un temps oublié ou « perdu », l’écriture donne un sens à la vie. 

     Cette dimension existentielle de l’écriture est primordiale : écrire, c’est bien sûr garder une trace de la vie, mais plus profondément une empreinte de soi. L’écriture est une quête, une reconfiguration identitaire : « Passant ma vie avec moi, je dois me connaître », affirme Jean-Jacques Rousseau dans sa première lettre à Monsieur de Malesherbes. Apprendre à se connaître, entrer dans son intimité, chercher sa personnalité et trouver une vérité intérieure sont ici essentiels. C’est grâce aux mots que l’écriture donne un sens à la vie. Nous pourrions même dire qu’en écrivant et en entrant dans l’intimité du langage, nous rentrons dans notre propre intimité. Le lyrisme, et particulièrement le lyrisme romantique, place le moi au premier plan. Cette subjectivité lyrique a été fort bien exprimée dans la poésie lamartinienne par exemple. « L’Isolement » est l’expression même de ce pacte lyrique :

Mais à ces doux tableaux mon âme indifférente
N’éprouve devant eux ni charme ni transports ;
Je contemple la terre ainsi qu’une ombre errante
Le soleil des vivants n’échauffe plus les morts.
[…]
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé !

Comme nous le voyons en relisant ces vers célèbres, l’écriture en tant qu’expression des états d’âme, amène se connaître car elle fonde l’identité même de l’homme.  Le fait d’exprimer ou d’épancher ses sentiments avec l’écriture, permet d’apprendre sur nous-même. Récemment, l’écrivaine Nina Bouraoui évoquait ainsi cette quête de soi : « L’écriture, c’est mon vrai pays, le seul dans lequel je vis vraiment, la seule terre que je maîtrise » : écrire pour se chercher, pour se perdre et ainsi mieux se retrouver. En ce sens, l’écriture et donc le livre, sont des territoires de rencontres : et même la rencontre avec soi-même, c’est-à-dire avec cet autre qui est en soi, est peut-être la plus belle rencontre que permet le langage.

     De ce fait, écrire c’est rendre dicible l’indicible, et c’est chercher conséquemment une certaine vérité. Se soulager et se confesser à travers les mots, c’est se réinventer, tant il est vrai que l’écriture venge de la vie. Transfigurer ses problèmes, ses angoisses par le biais de l’écrit, c’est un peu parler à quelqu’un, alimenter une conversation intérieure qui conditionne la réflexion. Le journal d’Anne Frank, qui est le témoignage unique d’une adolescente juive cachée avec sa famille pendant deux ans durant la seconde Guerre mondiale, nous semble ici fondamental : en refusant un destinataire de l’écrit, le journal intime prend ici une signification bouleversante. Écrire à soi-même, au seuil de disparaître, n’est-ce pas chercher à travers le monologue intérieur une réponse au silence du monde ? Comme si le « jeu » avec l’inconnue rêvée, idéalisée, était une façon de réinventer le « je » ? Une façon de ne pas mourir… Dans le contexte brutal et oppressant de la déportation, l’écriture apparaît comme le seul moyen de sauver non seulement son identité individuelle mais aussi celle de l’humanité, menacée de disparaître. En s’adressant à un destinataire imaginaire, la petite Anne donne un sens à la douleur, à la privation, à la peur, qui est tout autant une expérience d’écriture qu’une expérience humaine. Écrire pour soi, écrire pour se réinventer, pour se « connaître », c’est-à-dire pour naître à nouveau et pour sortir du nihilisme…

[Troisième partie]

     Essayons désormais de mieux comprendre la portée des propos d’Anaïs Nin : entre altérité et identité, si l’écriture est d’une certaine façon un espace de parole, n’est-elle pas aussi un espace de silence ? Dès lors, ne pourrions-nous affirmer qu’écrire, c’est créer quelque chose entre le présent et l’absence. C’est Maurice Blanchot qui affirmait à ce titre qu’entre présence et absence, un espace s’ouvre grâce à l’immanence de l’écriture. Écrire, c’est bien sûr une présence : présence de la vie de tous les jours ; écrire pour penser le présent, pour rester parmi les autres, pour faire partie du monde. Mais si l’écriture permet de rester dans l’actualité et la réalité des faits, dans le concret et le compréhensible, ne risque-t-elle pas de subordonner le langage à la recherche utilitariste ? Ne pouvons-nous dès lors affirmer que le simple fait d’écrire confère une présence aux mots, qu’elle leur donne la possibilité même d’exister ? Si des mots se regroupent ensemble, ils font une phrase, puis un sujet, une histoire… L’écriture ouvre donc la parole à sa potentialité : les mots prennent vie, ils prennent sens. Faire vivre des mots, c’est faire vivre la vie elle-même : tel pourrait être le but de l’écriture. Un peu comme si les mots, parlant de la vie elle-même sur du papier, avaient ce pouvoir de transfigurer la vie. Que l’on songe ici au roman de Georges Pérec, La Vie mode d’emploi, qui a valeur d’avertissement :

Cinoc, qui avait alors une cinquantaine d’années, exerçait un curieux métier. Comme il le disait lui-même, il était «tueur de mots» : il travaillait à la mise à jour des dictionnaires Larousse. Mais alors que d’autres rédacteurs étaient à la recherche de mots et de sens nouveaux, lui devait, pour leur faire de la place, éliminer tous les mots et tous les sens tombés en désuétude.
Quand il prit sa retraite, […] il avait fait disparaître des centaines et des milliers d’outils, de techniques, de coutumes, de croyances, de dictons, de plats, de jeux, de sobriquets, de poids et de mesures; il avait rayé de la carte des dizaines d’îles, des centaines de villes et de fleuves, des milliers de chefs-lieux de canton ; il avait renvoyé à leur anonymat des centaines de sortes de vaches, des espèces d’oiseaux, d’insectes et de serpents, des poissons un peu spéciaux, des variétés de coquillages, des plantes pas tout à fait pareilles, des types particuliers de légumes et de fruits ; il avait fait s’évanouir dans la nuit des temps des cohortes de géographes, de missionnaires, d’entomologistes, de Pères de l’Église, d’hommes de lettres, de généraux, de Dieux & de Démons.

En tuant les mots, Cinoc tue la différence. N’est-ce pas ce qui disparaît de notre propre monde ? Et n’est-ce pas le sens profond qu’il convient d’attribuer à la citation d’Anaïs Nin ? Tant il est vrai qu’il y a un lien fort entre l’écrivain et les mots qu’il emploie : tuer les mots revient à nier l’existence, la vie même. On pourrait dès lors affirmer que les mots sont aussi une part de vie de l’écrivain. Toute sa sensibilité est mise dans les mots, ils ont donc une grande force morale, et de ce fait, ils prennent vie.

     Cette libération du mot est aussi une libération de l’homme. L’écriture automatique, inventée par les Surréalistes, nous semble exprimer ce dessein. En se libérant de toute raison, et en laissant s’exprimer sa pensée, son ressenti et ses envies au fil des mots, le sujet écrivant restitue le mystère de l’écriture elle-même : André Breton, dans le Manifeste du Surréalisme, présente ainsi l’écriture automatique : « monologue de débit aussi rapide que possible, sur lequel l’esprit critique du sujet ne fasse porter aucun jugement… » : on se laisse ainsi porter, et les mots qui nous passent par la tête expriment soudainement une vérité qui dépasse le langage oral. Écrire apparaît donc comme un au-delà de la parole, et le lieu de l’écriture apparaît comme un lieu indéterminé dans le temps, en dehors de la réalité physique, capable d’atteindre une réalité symbolique et métaphysique. Ce lien si profond qui unit l’écrivain et les mots qu’il utilise en dit long sur nous-même… L’écriture est comme la transcription en abîme de l’être : nous écrivons pour nous apprendre à atteindre le silence, qui est peut-être la parole véritable. Écrire s’accomplit comme la quête de l’indicible. Au-delà de leur référence factuelle et monstrative, les mots s’enracinent dans le mystère même de la Création : l’écriture, ainsi que nous le comprenons au terme de cette réflexion, pourrait être aussi celle de l’absence. Nous écrivons, pourrions-nous dire dès lors pour paraphraser les propos d’Anaïs Nin, pour apprendre le langage du silence. 

     Comme nous le voyons, il y a un moment où toute personne qui écrit, se tournant vers l’indicible, cherche à atteindre par les mots l’inaccessible même, comme pour mieux déchiffrer et repenser le monde. Certains même verront dans le mot lui-même l’expression du silence… Écrire, c’est comme aller quelque part où s’arrête le dire, et commence le silence. Dans notre monde où la surcommunication tend à tuer le langage et les mots eux-mêmes, l’écrit est un détour permettant d’éviter les dérives fonctionnalistes du langage que nous évoquions précédemment à travers le texte de Georges Pérec. L’écriture permet ainsi de voiler parfois les choses, afin de mieux les dévoiler.  Elle symbolise en effet un refus de la norme référentielle : le mot contre l’uniformité collectiviste, la liberté de langage contre le déterminisme, le désordre poétique contre l’ordre normatif. Notre société de l’hyper-communication serait ainsi une société de l’hyper-solitude, dépourvue d’échanges, c’est-à-dire de silences véritables : dans leurs maisons-murs, mis en visibilité permanente, des individus communiquent à travers des écrans interposés dans un monde de résolution de problèmes via des réseaux (cette analyse réinvestit quelques passages de l’article suivant : Modernité et architecture, l’impossible détour). Dès lors, les propos d’Anaïs Nin prennent tout leur sens : l’écriture pourrait représenter ce qui n’est pas nommé, et qui se prête au déchiffrement et donc au silence. Claude Abastado, dans « Expérience et théorie de la poésie chez Mallarmé » (Archives des Lettres Modernes, 119, page 39. Propos cités par Annette de La Motte dans Au-Delà du Mot : Une « écriture du Silence »…), dit que l’auteur de « Brise marine » « voudrait  ne retenir des mots que la connotation, effacer la valeur dénotative, joaillier qui rêve de garder les feux des pierreries en supprimant les gemmes ». Cette approche nous semble bien résumer notre démonstration : toute écriture est ainsi improbable,  improchable, car elle reste un cheminement intérieur que l’on pourrait appeler la parole du silence… 

[Conclusion]

     Au terme de ce travail, exigeant et difficile, interrogeons-nous : comme nous l’avons compris, l’acte d’écrire oscille entre le moi collectif et le moi le plus individuel. Mais s’il est incontestable que « nous écrivons pour nous apprendre à parler avec les autres », comme l’a si bien dit Anaïs Nin, nous pouvons affirmer que l’écriture amène à réfléchir sur soi. Il y a tant de façons de s’exprimer, de penser… Et tant de manières de vivre à travers les mots que toute définition reste incomplète.

     Nous avons commencé notre travail en évoquant la rencontre de la parole et de l’écriture, et nous le concluons sur le silence. Non point le silence stérile, vide, mais le silence du sens, le silence de la signification, le silence comme « horizon de l’écriture ». Terminons sur ces mots de Christian Bobin, rapportés par Annette de La Motte dans Au-Delà du Mot : Une « écriture du Silence »… : « Mon vrai désir, ce n’était pas d’écrire, c’était de me taire. M’asseoir sur le pas d’une porte et regarder ce qui vient, sans ajouter au grand bruissement du monde »…

© Sarah B. Classe de Seconde 1 (Promotion 2011-2012).
Lycée en Forêt/Espace Pédagogique Contributif (Montargis, France, mai 2012)

Secrétariat de rédaction et contributions additionnelles : Bruno Rigolt

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Objectif EAF… Commentaire littéraire Anna de Noailles « Le Port de Palerme » par Cécile…

Entraînement à l’EAF

Commentaire littéraire 

Anna de Noailles,
« Le Port de Palerme »

Corrigé élèves

Aujourd’hui, le commentaire de Cécile D-S.
Classe de Seconde 1, promotion 2011-2012
Lisez également le commentaire de Clarisse et celui de Sarah.

Après avoir publié les commentaires de Clarisse et de Sarah, je vous laisse découvrir aujourd’hui le très original commentaire de Cécile sur lequel s’achève notre cycle d’étude consacré à la poésie d’Anna de Noailles…

 

TEXTE
 
 

Je regardais souvent, de ma chambre si chaude,
Le vieux port goudronné de Palerme, le bruit
Que faisaient les marchands, divisés par la fraude,
Autour des sacs de grains, de farine et de fruits,
Sous un beau ciel, teinté de splendeur et d’ennui…

J’aimais la rade noire et sa pauvre marine,
Les vaisseaux délabrés d’où j’entendais jaillir
Cet éternel souhait du cœur humain : partir !
— Les vapeurs, les sifflets faisaient un bruit d’usine
Dans ces cieux où le soir est si lent à venir…

C’était l’heure où le vent, en hésitant, se lève
Sur la ville et le port que son aile assainit.
Mon cœur fondait d’amour, comme un nuage crève.
J’avais soif d’un breuvage ineffable et béni,
Et je sentais s’ouvrir, en cercles infinis,
Dans le désert d’azur les citernes du rêve.

 

ans son recueil Les Vivants et les morts publié en 1913, celle que l’on surnomma «la muse des jardins» est parvenue à construire une vision poétique à la fois intimiste, sensorielle et sensible, dont « Le Port de Palerme » constitue sans nul doute l’une des expressions les plus abouties. De fait, Anna de Noailles a utilisé à dessein l’intimité féminine  pour transporter ses lecteurs dans une envolée lyrique et spirituelle particulièrement originale. D’inspiration néoromantique mais influencé également par des motifs symbolistes, ce texte adopte le registre de l’expérience vécue pour s’épanouir en un chant exaltant magnifiquement la réalité et la nature, mais aussi et surtout le moi dans son rapport au monde sensible.

          Inspirée par la thématique de l’amour et de la mort, cette artiste nous transporte donc dans un voyage spirituel et passionné inspiré d’une expérience individuelle. C’est ainsi que, si l’on peut considérer « le Port de Palerme » comme un épanchement inscrit au cœur de l’expérience sensible, le texte invite également le lecteur à une universalisation de cette expérience, pour proposer une idéalisation du monde, que nous interprèterons selon la thématique symboliste. Dans la première partie de notre travail, nous nous intéresserons à la description pittoresque et réaliste du lieu. Nous montrerons ensuite comment cette vision s’épanouit dans un imaginaire intimiste apte à mettre en évidence le désir de l’ailleurs et la quête de l’infini…

la première lecture, c’est une image atypique de la poésie qui s’offre à nous. C’est en effet le décor urbain et industriel du port de Palerme qui sert de toile de fond au texte. Celui-ci conjugue à l’épanchement romantique la représentation réaliste des apparences matérielles : ainsi est-il question d’un « vieux port goudronné », « de sacs de grains, de farine et de fruits », de «citernes»… Et sans doute est-il vrai qu’à travers l’utilisation d’expressions se rapportant au réel référentiel, ce texte ne se rattache —tout au moins en apparence— en rien à l’idéal romantique. Nous avons donc l’impression que c’est une personne ordinaire qui se chargerait de décrire quelque carte postale représentant le port de Palerme.

          Image atypique disions-nous, quand on sait combien pour les Romantiques et les Symbolistes, le matérialisme est souvent associé à la déchéance, voire à la dégénérescence ! Or, qu’on ne s’y trompe pas : comme nous le verrons, cette capacité de tendre au réel est évidemment tout le contraire de celui prôné par les romanciers naturalistes. Toute la beauté et l’harmonie du poème tiennent donc dans le réalisme de la signification spirituelle du concret : en décrivant le paysage d’une manière réaliste, la poétesse a pour but de réenchanter le réel grâce au pouvoir évocateur de la poésie.

          Ce n’est qu’à partir du vers cinq que nous comprenons combien la description, loin de se borner à un rôle décoratif, atteint à un rôle substantiel unique : l’alliance faite entre deux mots de sens incompatible  « splendeur » et « ennui » a en effet de quoi dérouter : d’un côté l’Idéal de la beauté, de l’autre une certaine vision spleenétique qui n’est pas sans évoquer l’univers baudelairien. Mais Anna de Noailles prend soin de parler  d’un «beau ciel», comme si la beauté comprenait ce dualisme même, propice à la rêverie et au recueillement : on comprend qu’Anna de Noailles partage en une même acception deux visions contradictoires de la vie : d’une part la vision enchanteresse et glorifiée («splendeur») et d’autre part la vision abaissée et ternie («ennui»).

          Pour bien comprendre ce rapport signifiant, il faut en réalité se pencher sur le haut degré d’intuition abstractive de la poésie d’Anna de Noailles : l’observation détaillée et concrète du port de Palerme dévoile d’une manière implicite le mystère de l’être et du monde qui est le véritable réel auquel devrait tendre l’Art : plus qu’une banale transcription de la réalité, il en est la représentation et la métamorphose : c’est ainsi que le réalisme des signes, des rêves et du spirituel qui apparaît dans cette poésie tente donc de stimuler l’imaginaire et la sensibilité des lecteurs pour permettre le passage du monde réel au monde de l’idée, et pour offrir la possibilité d’une connaissance de soi dans l’acte poétique.

ous pouvons distinguer un puissant contraste entre le début et la fin du poème. Si dans les premiers vers semblait prévaloir la description réaliste et banale d’un port italien, la suite du texte amène le lecteur à infléchir ce point de vue. La description devient alors progressivement un rêve dont chaque seconde est un espoir supplémentaire pour «partir !». Le champ lexical du voyage qui se développe ainsi à partir de la deuxième strophe («marine», «vaisseaux», «partir», «vapeurs», «cieux») laisse entrevoir l’essence dans l’existence : l’essence, c’est avant tout le spirituel, né dans la contemplation au plus profond de l’être de l’existence, dans ce qu’elle a de plus banal et de plus quotidien : comme si le port n’était plus décrit réellement, mais bel et bien imaginé et idéalisé comme moyen d’accéder à la connaissance de soi.

          Cette intensité spirituelle nous semble bien apparaître au vers huit : plus que le cliché romantique du dépaysement, c’est au contraire l’imagination et le recueillement qui apparaissent. Au « bruit/Que faisaient les marchands, divisés par la fraude », succède le grand silence du voyage : « Cet éternel souhait du cœur humain : partir ! ». N’assiste-t-on pas ici à une représentation du « cœur  humain » toute chargée de plénitude et d’allégorie ? Ne prend-il pas l’allure d’une révélation du moi ? Comme si le « cœur » entier du monde exigeait de s’éloigner des apparences pour pénétrer l’essence de toute chose, dans le feu de la communion spirituelle avec le matériel, pour atteindre ainsi un monde dénué de règles, utopiste mais bien réel : fuite vers un ailleurs primitiviste et, au sens propre du terme, essentiel.

          Une deuxième interprétation de ce vers, cette fois-ci beaucoup plus grave, serait que ce cœur qui bat à chaque seconde de la vie, peut un jour décider de s’arrêter, de « partir » et  ainsi faire disparaître l’amour à tout jamais…  Ce réel goût pour l’exil s’abîmerait donc sur la mort, comme le suggère d’ailleurs le titre du recueil. La tonalité exclamative du vers, si elle renforce l’idéalisme du voyage, témoignerait donc d’une certaine affinité avec la question primordiale d’un au-delà du monde. S’ajoute à cela l’allusion aux «vapeurs» (v. 9) qui amplifie cette attirance pour l’inconnu et l’immatériel. Intéressons-nous enfin au vers dix : « Dans ces cieux où le soir est si lent à venir… ». Le pluriel connote ici bien plus que le ciel : la recherche incessante et contemplative de Dieu, c’est-à-dire du paradis.

          En observant attentivement le dernier sizain, il convient dès lors de s’interroger sur l’opposition entre le verbe « assainir » au vers douze et le verbe « crever » au vers treize. De fait, si le verbe « assainir » évoque le désir de purification, le verbe « crever » possède en revanche une connotation brutale qui confère aux émotions humaines toute leur force : ici le cœur rempli d’amour est comparé à un nuage qui « crève » : si cette comparaison expose une vision chaotique de l’amour, résultant assurément d’une déception sentimentale, elle amène à comprendre aussi que le monde idéaliste dont parle la poétesse tend vers l’Absolu, où l’allégorie du bonheur est d’abord l’Idéal recherché. Ce n’est pas un hasard si la dernière strophe amène à un déchiffrement du mystère du monde : des mots comme « nuage », « béni », « infinis », « ineffable » ou « rêve » sont comme l’expression de la vérité la plus transcendante et la plus inaccessible à la raison.

          Le poème s’achève ainsi sur une évocation idéalisée de l’Idéal et de l’ailleurs. Aux inévitables déceptions de l’amour humain, succède la richesse de la vie spirituelle : Anna de Noailles semble vouée à la quête mystique et platonicienne du paysage parfait : ainsi a-t-elle « soif d’un breuvage ineffable et béni ». L’ineffable, c’est ce qui ne peut être exprimé, et qui prépare à la révélation mystique : le réel se confond avec l’irréel, et l’abstrait s’unit intimement avec le concret. Même le réel le plus matériel devient immatériel : de simples citernes se métamorphosent subitement en « citernes du rêve »…

omme nous l’avons compris, l’acte d’écrire pour Anna de Noailles, s’élabore sur des notions à la fois concrètes et abstraites. Le poème est ainsi le chant d’une connaissance du monde et d’une connaissance de soi : face à une âme noyée dans l’ennui du quotidien, l’acte d’écrire suppose une méditation vers la Vérité essentielle. Ce n’est guère un hasard si l’œuvre d’Anna de Noailles fait de l’art un enjeu dans la quête de la foi et dans la quête de soi. C’est donc grâce aux richesses de l’art poétique que cette auteure cherche à atteindre une réalité idéaliste et transcendante. N’est-il pas vrai que « Le Port de Palerme », comme nous avons cherché à le montrer, résulte d’un voyage métaphorique et d’une idéalisation du monde qui élève le réel à un niveau supérieur de connaissance ?
          Placée au cœur d’un conflit, la poésie est aussi une réconciliation entre la réalité la plus matérielle et l’ineffable poème du monde…

© Cécile D-S. (Lycée en Forêt, Classe de Seconde 1, février 2012)
Relecture du manuscrit : Bruno Rigolt

NetÉtiquette : article protégé par copyright ; la diffusion publique est autorisée sous réserve d’indiquer le nom de l’auteur ainsi que la source (URL de la page).

Creative Commons License

Objectif EAF… Commentaire littéraire Anna de Noailles "Le Port de Palerme" par Cécile…

Entraînement à l’EAF
Commentaire littéraire 
Anna de Noailles,
« Le Port de Palerme »

Corrigé élèves
Aujourd’hui, le commentaire de Cécile D-S.
Classe de Seconde 1, promotion 2011-2012
Lisez également le commentaire de Clarisse et celui de Sarah.

Après avoir publié les commentaires de Clarisse et de Sarah, je vous laisse découvrir aujourd’hui le très original commentaire de Cécile sur lequel s’achève notre cycle d’étude consacré à la poésie d’Anna de Noailles…

 

TEXTE
 
 

Je regardais souvent, de ma chambre si chaude,
Le vieux port goudronné de Palerme, le bruit
Que faisaient les marchands, divisés par la fraude,
Autour des sacs de grains, de farine et de fruits,
Sous un beau ciel, teinté de splendeur et d’ennui…

J’aimais la rade noire et sa pauvre marine,
Les vaisseaux délabrés d’où j’entendais jaillir
Cet éternel souhait du cœur humain : partir !
— Les vapeurs, les sifflets faisaient un bruit d’usine
Dans ces cieux où le soir est si lent à venir…

C’était l’heure où le vent, en hésitant, se lève
Sur la ville et le port que son aile assainit.
Mon cœur fondait d’amour, comme un nuage crève.
J’avais soif d’un breuvage ineffable et béni,
Et je sentais s’ouvrir, en cercles infinis,
Dans le désert d’azur les citernes du rêve.

 

ans son recueil Les Vivants et les morts publié en 1913, celle que l’on surnomma «la muse des jardins» est parvenue à construire une vision poétique à la fois intimiste, sensorielle et sensible, dont « Le Port de Palerme » constitue sans nul doute l’une des expressions les plus abouties. De fait, Anna de Noailles a utilisé à dessein l’intimité féminine  pour transporter ses lecteurs dans une envolée lyrique et spirituelle particulièrement originale. D’inspiration néoromantique mais influencé également par des motifs symbolistes, ce texte adopte le registre de l’expérience vécue pour s’épanouir en un chant exaltant magnifiquement la réalité et la nature, mais aussi et surtout le moi dans son rapport au monde sensible.

          Inspirée par la thématique de l’amour et de la mort, cette artiste nous transporte donc dans un voyage spirituel et passionné inspiré d’une expérience individuelle. C’est ainsi que, si l’on peut considérer « le Port de Palerme » comme un épanchement inscrit au cœur de l’expérience sensible, le texte invite également le lecteur à une universalisation de cette expérience, pour proposer une idéalisation du monde, que nous interprèterons selon la thématique symboliste. Dans la première partie de notre travail, nous nous intéresserons à la description pittoresque et réaliste du lieu. Nous montrerons ensuite comment cette vision s’épanouit dans un imaginaire intimiste apte à mettre en évidence le désir de l’ailleurs et la quête de l’infini…

la première lecture, c’est une image atypique de la poésie qui s’offre à nous. C’est en effet le décor urbain et industriel du port de Palerme qui sert de toile de fond au texte. Celui-ci conjugue à l’épanchement romantique la représentation réaliste des apparences matérielles : ainsi est-il question d’un « vieux port goudronné », « de sacs de grains, de farine et de fruits », de «citernes»… Et sans doute est-il vrai qu’à travers l’utilisation d’expressions se rapportant au réel référentiel, ce texte ne se rattache —tout au moins en apparence— en rien à l’idéal romantique. Nous avons donc l’impression que c’est une personne ordinaire qui se chargerait de décrire quelque carte postale représentant le port de Palerme.

          Image atypique disions-nous, quand on sait combien pour les Romantiques et les Symbolistes, le matérialisme est souvent associé à la déchéance, voire à la dégénérescence ! Or, qu’on ne s’y trompe pas : comme nous le verrons, cette capacité de tendre au réel est évidemment tout le contraire de celui prôné par les romanciers naturalistes. Toute la beauté et l’harmonie du poème tiennent donc dans le réalisme de la signification spirituelle du concret : en décrivant le paysage d’une manière réaliste, la poétesse a pour but de réenchanter le réel grâce au pouvoir évocateur de la poésie.

          Ce n’est qu’à partir du vers cinq que nous comprenons combien la description, loin de se borner à un rôle décoratif, atteint à un rôle substantiel unique : l’alliance faite entre deux mots de sens incompatible  « splendeur » et « ennui » a en effet de quoi dérouter : d’un côté l’Idéal de la beauté, de l’autre une certaine vision spleenétique qui n’est pas sans évoquer l’univers baudelairien. Mais Anna de Noailles prend soin de parler  d’un «beau ciel», comme si la beauté comprenait ce dualisme même, propice à la rêverie et au recueillement : on comprend qu’Anna de Noailles partage en une même acception deux visions contradictoires de la vie : d’une part la vision enchanteresse et glorifiée («splendeur») et d’autre part la vision abaissée et ternie («ennui»).

          Pour bien comprendre ce rapport signifiant, il faut en réalité se pencher sur le haut degré d’intuition abstractive de la poésie d’Anna de Noailles : l’observation détaillée et concrète du port de Palerme dévoile d’une manière implicite le mystère de l’être et du monde qui est le véritable réel auquel devrait tendre l’Art : plus qu’une banale transcription de la réalité, il en est la représentation et la métamorphose : c’est ainsi que le réalisme des signes, des rêves et du spirituel qui apparaît dans cette poésie tente donc de stimuler l’imaginaire et la sensibilité des lecteurs pour permettre le passage du monde réel au monde de l’idée, et pour offrir la possibilité d’une connaissance de soi dans l’acte poétique.

ous pouvons distinguer un puissant contraste entre le début et la fin du poème. Si dans les premiers vers semblait prévaloir la description réaliste et banale d’un port italien, la suite du texte amène le lecteur à infléchir ce point de vue. La description devient alors progressivement un rêve dont chaque seconde est un espoir supplémentaire pour «partir !». Le champ lexical du voyage qui se développe ainsi à partir de la deuxième strophe («marine», «vaisseaux», «partir», «vapeurs», «cieux») laisse entrevoir l’essence dans l’existence : l’essence, c’est avant tout le spirituel, né dans la contemplation au plus profond de l’être de l’existence, dans ce qu’elle a de plus banal et de plus quotidien : comme si le port n’était plus décrit réellement, mais bel et bien imaginé et idéalisé comme moyen d’accéder à la connaissance de soi.

          Cette intensité spirituelle nous semble bien apparaître au vers huit : plus que le cliché romantique du dépaysement, c’est au contraire l’imagination et le recueillement qui apparaissent. Au « bruit/Que faisaient les marchands, divisés par la fraude », succède le grand silence du voyage : « Cet éternel souhait du cœur humain : partir ! ». N’assiste-t-on pas ici à une représentation du « cœur  humain » toute chargée de plénitude et d’allégorie ? Ne prend-il pas l’allure d’une révélation du moi ? Comme si le « cœur » entier du monde exigeait de s’éloigner des apparences pour pénétrer l’essence de toute chose, dans le feu de la communion spirituelle avec le matériel, pour atteindre ainsi un monde dénué de règles, utopiste mais bien réel : fuite vers un ailleurs primitiviste et, au sens propre du terme, essentiel.

          Une deuxième interprétation de ce vers, cette fois-ci beaucoup plus grave, serait que ce cœur qui bat à chaque seconde de la vie, peut un jour décider de s’arrêter, de « partir » et  ainsi faire disparaître l’amour à tout jamais…  Ce réel goût pour l’exil s’abîmerait donc sur la mort, comme le suggère d’ailleurs le titre du recueil. La tonalité exclamative du vers, si elle renforce l’idéalisme du voyage, témoignerait donc d’une certaine affinité avec la question primordiale d’un au-delà du monde. S’ajoute à cela l’allusion aux «vapeurs» (v. 9) qui amplifie cette attirance pour l’inconnu et l’immatériel. Intéressons-nous enfin au vers dix : « Dans ces cieux où le soir est si lent à venir… ». Le pluriel connote ici bien plus que le ciel : la recherche incessante et contemplative de Dieu, c’est-à-dire du paradis.

          En observant attentivement le dernier sizain, il convient dès lors de s’interroger sur l’opposition entre le verbe « assainir » au vers douze et le verbe « crever » au vers treize. De fait, si le verbe « assainir » évoque le désir de purification, le verbe « crever » possède en revanche une connotation brutale qui confère aux émotions humaines toute leur force : ici le cœur rempli d’amour est comparé à un nuage qui « crève » : si cette comparaison expose une vision chaotique de l’amour, résultant assurément d’une déception sentimentale, elle amène à comprendre aussi que le monde idéaliste dont parle la poétesse tend vers l’Absolu, où l’allégorie du bonheur est d’abord l’Idéal recherché. Ce n’est pas un hasard si la dernière strophe amène à un déchiffrement du mystère du monde : des mots comme « nuage », « béni », « infinis », « ineffable » ou « rêve » sont comme l’expression de la vérité la plus transcendante et la plus inaccessible à la raison.

          Le poème s’achève ainsi sur une évocation idéalisée de l’Idéal et de l’ailleurs. Aux inévitables déceptions de l’amour humain, succède la richesse de la vie spirituelle : Anna de Noailles semble vouée à la quête mystique et platonicienne du paysage parfait : ainsi a-t-elle « soif d’un breuvage ineffable et béni ». L’ineffable, c’est ce qui ne peut être exprimé, et qui prépare à la révélation mystique : le réel se confond avec l’irréel, et l’abstrait s’unit intimement avec le concret. Même le réel le plus matériel devient immatériel : de simples citernes se métamorphosent subitement en « citernes du rêve »…

omme nous l’avons compris, l’acte d’écrire pour Anna de Noailles, s’élabore sur des notions à la fois concrètes et abstraites. Le poème est ainsi le chant d’une connaissance du monde et d’une connaissance de soi : face à une âme noyée dans l’ennui du quotidien, l’acte d’écrire suppose une méditation vers la Vérité essentielle. Ce n’est guère un hasard si l’œuvre d’Anna de Noailles fait de l’art un enjeu dans la quête de la foi et dans la quête de soi. C’est donc grâce aux richesses de l’art poétique que cette auteure cherche à atteindre une réalité idéaliste et transcendante. N’est-il pas vrai que « Le Port de Palerme », comme nous avons cherché à le montrer, résulte d’un voyage métaphorique et d’une idéalisation du monde qui élève le réel à un niveau supérieur de connaissance ?
          Placée au cœur d’un conflit, la poésie est aussi une réconciliation entre la réalité la plus matérielle et l’ineffable poème du monde…

© Cécile D-S. (Lycée en Forêt, Classe de Seconde 1, février 2012)
Relecture du manuscrit : Bruno Rigolt

NetÉtiquette : article protégé par copyright ; la diffusion publique est autorisée sous réserve d’indiquer le nom de l’auteur ainsi que la source (URL de la page).

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Objectif EAF… Commentaire littéraire Anna de Noailles « Le Port de Palerme » par Sarah…

Entraînement à l’EAF

Commentaire littéraire…

 

Anna de Noailles, « Le Port de Palerme »… Corrigé élèves

♦ Aujourd’hui, le commentaire de Sarah B. Classe de Seconde 1, promotion 2011-2012
Lisez également  le commentaire de Clarisse !

Après avoir publié hier l’exceptionnel travail de Clarisse, je vous laisse découvrir aujourd’hui le commentaire non moins remarquable de Sarah…

TEXTE
 
 

Je regardais souvent, de ma chambre si chaude,
Le vieux port goudronné de Palerme, le bruit
Que faisaient les marchands, divisés par la fraude,
Autour des sacs de grains, de farine et de fruits,
Sous un beau ciel, teinté de splendeur et d’ennui…

J’aimais la rade noire et sa pauvre marine,
Les vaisseaux délabrés d’où j’entendais jaillir
Cet éternel souhait du cœur humain : partir !
— Les vapeurs, les sifflets faisaient un bruit d’usine
Dans ces cieux où le soir est si lent à venir…

C’était l’heure où le vent, en hésitant, se lève
Sur la ville et le port que son aile assainit.
Mon cœur fondait d’amour, comme un nuage crève.
J’avais soif d’un breuvage ineffable et béni,
Et je sentais s’ouvrir, en cercles infinis,
Dans le désert d’azur les citernes du rêve.

 

‘est en 1913 qu’Anna de Noailles (1876-1933), écrivaine française, première femme commandeur de la Légion d’honneur, rédige « Le port de Palerme », évocation nostalgique d’un lieu maritime typique et de l’ambiance qui y règne. Ce texte, qui figure dans le recueil Les Vivants et les Morts, chante avant tout l’amour pour les paysages et porte les empreintes fortes du lyrisme romantique. Composé de seize alexandrins, ce poème est donc à la fois une description très pittoresque, mais aussi et surtout, une célébration de l’ailleurs et du partir, tout autant qu’une idéalisation du lieu.
          Trois axes structureront notre analyse. Après avoir évoqué ce qu’on pourrait qualifier de « poétique du pittoresque », nous verrons combien la description réaliste fait place à une idéalisation du réel en lui donnant à exprimer l’envie d’ailleurs et de voyage. Nous montrerons enfin plus brièvement comment, à travers la forme symboliste de cet épanchement, l’auteure nous transporte vers l’au-delà.

n premier lieu, le poème d’Anna de Noailles présente une description particulièrement réelle et pittoresque du port de Palerme.
          C’est tout d’abord le registre réaliste qui frappe dès la première lecture. On voit dans la strophe 1 par exemple que l’auteure utilise nombre d’éléments volontairement empruntés au réel référentiel. N’est-ce pas la vie de tous les jours qui est évoquée à travers la description du port ? Des termes comme « goudronné » et « citerne » sembleraient même presque déplacés dans une poésie. De plus, Anna de Noailles décrit l’activité marchande et manufacturière qui se déroule autour du port, ce qui situe le texte dans l’espace du travail : ainsi nous parle-t-elle de « sacs de grains, de farine et de fruits », de « vapeurs » ou de « sifflets ». Cette présence du registre réaliste et de détails vrais situe presque le texte dans la chronique sociale et le concret : un port bruyant, populaire… Nous pouvons imaginer qu’Anna de Noailles, femme de la haute aristocratie, regarde avec superbe et sans doute compassion ces humbles vendeurs, affairés à leurs marchandages.
         
Ce soin pour vraisemblabiliser la description et ancrer le lecteur dans la réalité quotidienne a néanmoins de quoi surprendre. Comme nous le notions, l’écrivaine emploie un lexique parfois bien peu empreint de poésie. C’est ainsi que l’adjectif « goudronné » au vers 1, projette sur le vieux port une utilité révélatrice du processus d’urbanisation qui a touché la ville de Palerme lors de la révolution industrielle. Ce primat du référentiel est quelque peu paradoxal, particulièrement sous la plume d’une auteure symboliste, dont la poésie apparaît comme le lieu de contestation de la toute-puissance rationnelle : le titre du recueil, Les Vivants et les morts, en est la probante illustration. 

          Grâce à cette prépondérance du référentiel, tout concourt à un effet pittoresque dans le sens où sont accumulées les notations visuelles pour nous faire imaginer la vie locale, et l’ambiance populaire qui règne sur le port, avec ces « marchands divisés par la fraude » qui crient ou arranguent les passants. Comment ne pas imaginer les interminables tractations « autour des sacs de grains, de farine et de fruits ». Il est également question du « bruit » que font ces vendeurs, terme quelque peu péjoratif ici. De même, « la  rade noire et sa pauvre marine » évoquées au vers six, font-elles ressurgir les vieux clichés sur les villes méditerranéennes, souvent mal entretenues, en proie aux trafics en tous genres et aux activités illicites qui s’y déroulent. 

          Par cette description pittoresque de la population, Anna de Noailles amène le lecteur à se projeter dans la réalité concrète du port. Néanmoins, il est permis de s’interroger : certes, le registre semble à première vue celui du réalisme et de l’objectivité, mais il n’en demeure pas moins qu’Anna de Noailles, si elle travaille sur le même terrain que les naturalistes, retire quelque peu au monde réel sa matière et son enjeu social. Le fait d’articuler le registre symboliste sur le registre réaliste produit un effet poétique particulièrement original : c’est ainsi que le réel semble soudain métamorphosé grâce à ce croisement entre la réalité et l’imaginaire, qui va progressivement faire naître, ainsi que nous allons le voir, des impressions de plus en plus irréelles.

our réaliste qu’elle soit, la description du port amène donc subtilement la poétesse à changer et à métamorphoser un lieu populaire ainsi qu’une réalité éminemment ordinaire en un paysage rempli d’inspiration, de rêve et de beauté.
         
Commençons par nous intéresser à l’idéalisation du réel. On peut voir implicitement que le port, pourtant bien « concret », tend à conquérir l’espace du voyage et de l’ailleurs. Par quelques notations impressionnistes, le décor se métamorphose en un paysage onirique : ainsi, de banales citernes portuaires, témoignage des grandes raffineries de sucre construites au centre du golfe de Palerme, peu esthétiques et assez grossières architecturalement, deviennent des « citernes du rêve », comme si la poétesse aspirait à trouver dans son imaginaire, un paysage apte à faire ressurgir, selon le credo romantique, les élans lyriques du cœur.
          Remarquons en effet combien, même la réalité la plus triviale, semble soudainement embellie : c’est ainsi que le vent au vers onze, confère à ce décor urbain des connotations d’envol et de plénitude : « son aile assainit ». N’incarne-t-il pas dès lors l’idéal et le spirituel, en opposition au monde matérialiste et vulgaire ?
Nous pouvons également remarquer combien Anna de Noailles paraît attendre le soir « si lent à venir » comme un philtre, « un breuvage ineffable et béni » susceptible d’apporter l’inspiration. Le choix de ces deux adjectifs n’est pas, comme nous le verrons un peu plus loin, sans conséquence : c’est à une quête de pureté et d’absolu  que nous convie l’écrivaine.

          De même, l
‘auteure utilise des images susceptibles de variations subtiles. Témoin ces « cercles infinis », dont la dimension spiraloïde connote, outre un éloignement du réel, une sorte de mouvement centrifuge qui semble faire l’apologie d’un paysage infini et sans limite, si caractéristique de l’imaginaire symboliste. C’est bien l’appel du voyage et du partir qui se trouve évoqué ici. Le port de Palerme devient ainsi « le lieu du voyageur ». Plus qu’un simple dépaysement, le paysage est prétexte à une quête de l’inspiration. Le contraste entre les termes « splendeur » et « ennui » au vers cinq, évoque ainsi la majesté et l’immensité de la mer, par opposition avec la monotonie des longues journées méditerranéennes, où le temps semble arrêté. « Le Port de Palerme » est ainsi une ode au Voyage. Les « vaisseaux », fussent-ils « délabrés », de même que les « vapeurs » dont il est question aux vers sept et neuf, mettent l’accent sur l’immatériel.
          N’est-ce pas tout le mythe du voyage en Orient qui semble ressurgir dans ces vers ? Par ses connotations, le mot « vaisseaux » pourrait en effet faire songer à la découverte de
cultures magnifiques, de lieux sacrés où se lèvent d’autres soleils et d’autres rêves. Dès lors, le vers huit résonne comme une prière autant qu’un appel : « Cet éternel souhait du cœur humain : partir ! ». Renforcé par la tournure exclamative, le verbe traduit  un emportement, presque une exultation. Enfin, l’expression « désert d’azur» du dernier vers renforce cet appel de l’Orient que nous évoquions à l’instant : euphorie du voyage idéalisé, appel de l’inconnu et du mystère, comme la quête d’une impossible Terre promise… 

pprofondissons désormais cette dimension idéaliste du texte d’Anna de Noailles. De fait, « le Port de Palerme » est tout à fait représentatif de la réaction spirituelle, idéaliste voire idéiste, qui marquera la fin du dix-neuvième siècle et les premières années du vingtième siècle. Anna de Noailles nous fait part d’un paysage dont nous pourrions dire qu’il est d’une certaine façon non figuratif.
          Ainsi que nous le pressentions, l’expérience de l’effacement du réel se veut une expérience de l’impossible et du non
représenté. Démarche presque provocatrice s’il en est : rédigé en 1913, soit un an avant la première Guerre Mondiale, c’est en effet un refus de tout engagement, que présuppose ce merveilleux épanchement : vécue comme échappatoire aux vicissitudes de la vie, la poésie permet de réinventer le monde : « engagement poétique » plutôt qu’engagement « politique », comme une manière de conjurer les tragédies de l’Histoire. Ainsi, c’est bien la quête et le déchiffrement qui confèrent au poème sa dimension allégorique. Lorsque Anna de Noailles évoque les «citernes du rêve», on ne sait pas vraiment ce que représentent pour elle ces citernes : l’indéchiffrable est ainsi un voyage : même les choses les moins belles sont matière au rêve. C’est alors que le véritable voyage commence ; et sans doute il est vrai que pour Anna de Noailles, le poème est surtout prétexte à un voyage métaphorique qui se fait symboliquement à travers les mots.  Pour la «muse des jardins», la poésie participe en effet d’un réenchantement du réel. N’écrivait-elle pas, dans son recueil Le Cœur innombrable paru en 1901, qu’« il n’est rien de réel que le rêve et l’amour» ?
          Dès lors, le poème peut se lire comme une interrogation métaphysique sur la vie et la mort, comme nous y invite d’ailleurs le titre du recueil. Transcendant toute vraisemblance, le texte est comme un appel à la Liberté et à l’Absolu. Comment ne pas évoquer ici les propos de Mallarmé, selon qui
 « la poésie est l’expression, par le langage humain ramené à son rythme essentiel, du sens mystérieux des aspects de l’existence : elle doue ainsi d’authenticité notre séjour et constitue la seule tâche spirituelle ». Mais ce chemin vers les symboles est aussi pouvoir de l’Esprit sur les sens. L’« ineffable » dont parle Anna de Noailles signifie en effet ce qui ne peut être dit, que l’on ne peut comprendre qu’en le déchiffrant. Pareillement, le terme de « breuvage » est comme un symbole initiatique. Enfin l’adjectif  « béni » semble placer le poème  sous la protection de Dieu, et l’on pourrait parler ici d’un symbolisme mystique comme chemin possible de l’art poétique en quête d’une vérité qui reste toujours à déchiffrer.

evenons en conclusion sur un point qui nous paraît essentiel : comme nous l’avons compris, pour Anna de Noailles comme pour les Symbolistes en général, si la poésie est vécue comme une idéalisation du réel, c’est qu’elle confère au langage l’ambitieuse mission de réinventer le monde. « Le Port de Palerme » est ainsi  l’expression d’un voyage, d’autant plus fabuleux qu’il est métaphorique : voyage immobile, apte à saisir l’idéal, le transcendant et l’indicible… Cette quête de l’ailleurs ne s’apparente-t-elle pas, finalement, à une quête de soi ? Partir pour mieux se retrouver…

© Sarah B. (Lycée en Forêt, Classe de Seconde 1, janvier 2012)
Relecture du manuscrit : Bruno Rigolt

 

NetÉtiquette : article protégé par copyright ; la diffusion publique est autorisée sous réserve d’indiquer le nom de l’auteur ainsi que la source (URL de la page).

Creative Commons License

 

Objectif EAF… Commentaire littéraire Anna de Noailles "Le Port de Palerme" par Sarah…

Entraînement à l’EAF
Commentaire littéraire…

 
Anna de Noailles, « Le Port de Palerme »… Corrigé élèves
♦ Aujourd’hui, le commentaire de Sarah B. Classe de Seconde 1, promotion 2011-2012
Lisez également  le commentaire de Clarisse !

Après avoir publié hier l’exceptionnel travail de Clarisse, je vous laisse découvrir aujourd’hui le commentaire non moins remarquable de Sarah…

TEXTE
 
 

Je regardais souvent, de ma chambre si chaude,
Le vieux port goudronné de Palerme, le bruit
Que faisaient les marchands, divisés par la fraude,
Autour des sacs de grains, de farine et de fruits,
Sous un beau ciel, teinté de splendeur et d’ennui…

J’aimais la rade noire et sa pauvre marine,
Les vaisseaux délabrés d’où j’entendais jaillir
Cet éternel souhait du cœur humain : partir !
— Les vapeurs, les sifflets faisaient un bruit d’usine
Dans ces cieux où le soir est si lent à venir…

C’était l’heure où le vent, en hésitant, se lève
Sur la ville et le port que son aile assainit.
Mon cœur fondait d’amour, comme un nuage crève.
J’avais soif d’un breuvage ineffable et béni,
Et je sentais s’ouvrir, en cercles infinis,
Dans le désert d’azur les citernes du rêve.

 

‘est en 1913 qu’Anna de Noailles (1876-1933), écrivaine française, première femme commandeur de la Légion d’honneur, rédige « Le port de Palerme », évocation nostalgique d’un lieu maritime typique et de l’ambiance qui y règne. Ce texte, qui figure dans le recueil Les Vivants et les Morts, chante avant tout l’amour pour les paysages et porte les empreintes fortes du lyrisme romantique. Composé de seize alexandrins, ce poème est donc à la fois une description très pittoresque, mais aussi et surtout, une célébration de l’ailleurs et du partir, tout autant qu’une idéalisation du lieu.
          Trois axes structureront notre analyse. Après avoir évoqué ce qu’on pourrait qualifier de « poétique du pittoresque », nous verrons combien la description réaliste fait place à une idéalisation du réel en lui donnant à exprimer l’envie d’ailleurs et de voyage. Nous montrerons enfin plus brièvement comment, à travers la forme symboliste de cet épanchement, l’auteure nous transporte vers l’au-delà.

n premier lieu, le poème d’Anna de Noailles présente une description particulièrement réelle et pittoresque du port de Palerme.
          C’est tout d’abord le registre réaliste qui frappe dès la première lecture. On voit dans la strophe 1 par exemple que l’auteure utilise nombre d’éléments volontairement empruntés au réel référentiel. N’est-ce pas la vie de tous les jours qui est évoquée à travers la description du port ? Des termes comme « goudronné » et « citerne » sembleraient même presque déplacés dans une poésie. De plus, Anna de Noailles décrit l’activité marchande et manufacturière qui se déroule autour du port, ce qui situe le texte dans l’espace du travail : ainsi nous parle-t-elle de « sacs de grains, de farine et de fruits », de « vapeurs » ou de « sifflets ». Cette présence du registre réaliste et de détails vrais situe presque le texte dans la chronique sociale et le concret : un port bruyant, populaire… Nous pouvons imaginer qu’Anna de Noailles, femme de la haute aristocratie, regarde avec superbe et sans doute compassion ces humbles vendeurs, affairés à leurs marchandages.
         
Ce soin pour vraisemblabiliser la description et ancrer le lecteur dans la réalité quotidienne a néanmoins de quoi surprendre. Comme nous le notions, l’écrivaine emploie un lexique parfois bien peu empreint de poésie. C’est ainsi que l’adjectif « goudronné » au vers 1, projette sur le vieux port une utilité révélatrice du processus d’urbanisation qui a touché la ville de Palerme lors de la révolution industrielle. Ce primat du référentiel est quelque peu paradoxal, particulièrement sous la plume d’une auteure symboliste, dont la poésie apparaît comme le lieu de contestation de la toute-puissance rationnelle : le titre du recueil, Les Vivants et les morts, en est la probante illustration. 

          Grâce à cette prépondérance du référentiel, tout concourt à un effet pittoresque dans le sens où sont accumulées les notations visuelles pour nous faire imaginer la vie locale, et l’ambiance populaire qui règne sur le port, avec ces « marchands divisés par la fraude » qui crient ou arranguent les passants. Comment ne pas imaginer les interminables tractations « autour des sacs de grains, de farine et de fruits ». Il est également question du « bruit » que font ces vendeurs, terme quelque peu péjoratif ici. De même, « la  rade noire et sa pauvre marine » évoquées au vers six, font-elles ressurgir les vieux clichés sur les villes méditerranéennes, souvent mal entretenues, en proie aux trafics en tous genres et aux activités illicites qui s’y déroulent. 

          Par cette description pittoresque de la population, Anna de Noailles amène le lecteur à se projeter dans la réalité concrète du port. Néanmoins, il est permis de s’interroger : certes, le registre semble à première vue celui du réalisme et de l’objectivité, mais il n’en demeure pas moins qu’Anna de Noailles, si elle travaille sur le même terrain que les naturalistes, retire quelque peu au monde réel sa matière et son enjeu social. Le fait d’articuler le registre symboliste sur le registre réaliste produit un effet poétique particulièrement original : c’est ainsi que le réel semble soudain métamorphosé grâce à ce croisement entre la réalité et l’imaginaire, qui va progressivement faire naître, ainsi que nous allons le voir, des impressions de plus en plus irréelles.

our réaliste qu’elle soit, la description du port amène donc subtilement la poétesse à changer et à métamorphoser un lieu populaire ainsi qu’une réalité éminemment ordinaire en un paysage rempli d’inspiration, de rêve et de beauté.
         
Commençons par nous intéresser à l’idéalisation du réel. On peut voir implicitement que le port, pourtant bien « concret », tend à conquérir l’espace du voyage et de l’ailleurs. Par quelques notations impressionnistes, le décor se métamorphose en un paysage onirique : ainsi, de banales citernes portuaires, témoignage des grandes raffineries de sucre construites au centre du golfe de Palerme, peu esthétiques et assez grossières architecturalement, deviennent des « citernes du rêve », comme si la poétesse aspirait à trouver dans son imaginaire, un paysage apte à faire ressurgir, selon le credo romantique, les élans lyriques du cœur.
          Remarquons en effet combien, même la réalité la plus triviale, semble soudainement embellie : c’est ainsi que le vent au vers onze, confère à ce décor urbain des connotations d’envol et de plénitude : « son aile assainit ». N’incarne-t-il pas dès lors l’idéal et le spirituel, en opposition au monde matérialiste et vulgaire ?
Nous pouvons également remarquer combien Anna de Noailles paraît attendre le soir « si lent à venir » comme un philtre, « un breuvage ineffable et béni » susceptible d’apporter l’inspiration. Le choix de ces deux adjectifs n’est pas, comme nous le verrons un peu plus loin, sans conséquence : c’est à une quête de pureté et d’absolu  que nous convie l’écrivaine.

          De même, l
‘auteure utilise des images susceptibles de variations subtiles. Témoin ces « cercles infinis », dont la dimension spiraloïde connote, outre un éloignement du réel, une sorte de mouvement centrifuge qui semble faire l’apologie d’un paysage infini et sans limite, si caractéristique de l’imaginaire symboliste. C’est bien l’appel du voyage et du partir qui se trouve évoqué ici. Le port de Palerme devient ainsi « le lieu du voyageur ». Plus qu’un simple dépaysement, le paysage est prétexte à une quête de l’inspiration. Le contraste entre les termes « splendeur » et « ennui » au vers cinq, évoque ainsi la majesté et l’immensité de la mer, par opposition avec la monotonie des longues journées méditerranéennes, où le temps semble arrêté. « Le Port de Palerme » est ainsi une ode au Voyage. Les « vaisseaux », fussent-ils « délabrés », de même que les « vapeurs » dont il est question aux vers sept et neuf, mettent l’accent sur l’immatériel.
          N’est-ce pas tout le mythe du voyage en Orient qui semble ressurgir dans ces vers ? Par ses connotations, le mot « vaisseaux » pourrait en effet faire songer à la découverte de
cultures magnifiques, de lieux sacrés où se lèvent d’autres soleils et d’autres rêves. Dès lors, le vers huit résonne comme une prière autant qu’un appel : « Cet éternel souhait du cœur humain : partir ! ». Renforcé par la tournure exclamative, le verbe traduit  un emportement, presque une exultation. Enfin, l’expression « désert d’azur» du dernier vers renforce cet appel de l’Orient que nous évoquions à l’instant : euphorie du voyage idéalisé, appel de l’inconnu et du mystère, comme la quête d’une impossible Terre promise… 

pprofondissons désormais cette dimension idéaliste du texte d’Anna de Noailles. De fait, « le Port de Palerme » est tout à fait représentatif de la réaction spirituelle, idéaliste voire idéiste, qui marquera la fin du dix-neuvième siècle et les premières années du vingtième siècle. Anna de Noailles nous fait part d’un paysage dont nous pourrions dire qu’il est d’une certaine façon non figuratif.
          Ainsi que nous le pressentions, l’expérience de l’effacement du réel se veut une expérience de l’impossible et du non
représenté. Démarche presque provocatrice s’il en est : rédigé en 1913, soit un an avant la première Guerre Mondiale, c’est en effet un refus de tout engagement, que présuppose ce merveilleux épanchement : vécue comme échappatoire aux vicissitudes de la vie, la poésie permet de réinventer le monde : « engagement poétique » plutôt qu’engagement « politique », comme une manière de conjurer les tragédies de l’Histoire. Ainsi, c’est bien la quête et le déchiffrement qui confèrent au poème sa dimension allégorique. Lorsque Anna de Noailles évoque les «citernes du rêve», on ne sait pas vraiment ce que représentent pour elle ces citernes : l’indéchiffrable est ainsi un voyage : même les choses les moins belles sont matière au rêve. C’est alors que le véritable voyage commence ; et sans doute il est vrai que pour Anna de Noailles, le poème est surtout prétexte à un voyage métaphorique qui se fait symboliquement à travers les mots.  Pour la «muse des jardins», la poésie participe en effet d’un réenchantement du réel. N’écrivait-elle pas, dans son recueil Le Cœur innombrable paru en 1901, qu’« il n’est rien de réel que le rêve et l’amour» ?
          Dès lors, le poème peut se lire comme une interrogation métaphysique sur la vie et la mort, comme nous y invite d’ailleurs le titre du recueil. Transcendant toute vraisemblance, le texte est comme un appel à la Liberté et à l’Absolu. Comment ne pas évoquer ici les propos de Mallarmé, selon qui
 « la poésie est l’expression, par le langage humain ramené à son rythme essentiel, du sens mystérieux des aspects de l’existence : elle doue ainsi d’authenticité notre séjour et constitue la seule tâche spirituelle ». Mais ce chemin vers les symboles est aussi pouvoir de l’Esprit sur les sens. L’« ineffable » dont parle Anna de Noailles signifie en effet ce qui ne peut être dit, que l’on ne peut comprendre qu’en le déchiffrant. Pareillement, le terme de « breuvage » est comme un symbole initiatique. Enfin l’adjectif  « béni » semble placer le poème  sous la protection de Dieu, et l’on pourrait parler ici d’un symbolisme mystique comme chemin possible de l’art poétique en quête d’une vérité qui reste toujours à déchiffrer.

evenons en conclusion sur un point qui nous paraît essentiel : comme nous l’avons compris, pour Anna de Noailles comme pour les Symbolistes en général, si la poésie est vécue comme une idéalisation du réel, c’est qu’elle confère au langage l’ambitieuse mission de réinventer le monde. « Le Port de Palerme » est ainsi  l’expression d’un voyage, d’autant plus fabuleux qu’il est métaphorique : voyage immobile, apte à saisir l’idéal, le transcendant et l’indicible… Cette quête de l’ailleurs ne s’apparente-t-elle pas, finalement, à une quête de soi ? Partir pour mieux se retrouver…

© Sarah B. (Lycée en Forêt, Classe de Seconde 1, janvier 2012)
Relecture du manuscrit : Bruno Rigolt

 

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Objectif EAF… Commentaire littéraire Anna de Noailles « Le Port de Palerme » par Clarisse…

Entraînement à l’EAF

Commentaire littéraire…

 

Anna de Noailles, « Le Port de Palerme »… Corrigé élèves

♦ Aujourd’hui, le commentaire de Clarisse Q. Classe de Seconde 1, promotion 2011-2012
    Découvrez également le commentaire de Sarah !

Il y a quelques mois, j’avais consacré ma « Citation de la semaine » à l’écrivaine Anna de Noailles. Son poème « Le port de Palerme » m’avait tant interpellé que j’ai décidé d’en proposer le commentaire à mes classes de Seconde cette année. Le texte, préparé en classe, a donné lieu à l’élaboration collective d’un plan en trois parties. Les élèves avaient ensuite la rude tâche d’élaborer leur commentaire. Parmi tous les travaux qu’il m’a été donné de lire, quelques-uns, particulièrement exceptionnels, seront publiés dans cet Espace Pédagogique Contributif.

Je vous laisse découvrir aujourd’hui le commentaire de Clarisse… Note obtenue : 20/20 : bravo à elle pour ce travail absolument remarquable.

TEXTE

Je regardais souvent, de ma chambre si chaude,
Le vieux port goudronné de Palerme, le bruit
Que faisaient les marchands, divisés par la fraude,
Autour des sacs de grains, de farine et de fruits,
Sous un beau ciel, teinté de splendeur et d’ennui…

J’aimais la rade noire et sa pauvre marine,
Les vaisseaux délabrés d’où j’entendais jaillir
Cet éternel souhait du cœur humain : partir !
— Les vapeurs, les sifflets faisaient un bruit d’usine
Dans ces cieux où le soir est si lent à venir…

C’était l’heure où le vent, en hésitant, se lève
Sur la ville et le port que son aile assainit.
Mon cœur fondait d’amour, comme un nuage crève.
J’avais soif d’un breuvage ineffable et béni,
Et je sentais s’ouvrir, en cercles infinis,
Dans le désert d’azur les citernes du rêve. 

 

ublié dans le recueil Les Vivants et les morts (1913), « le Port de Palerme » témoigne du lyrisme passionné et de la recherche d’une langue pure qui parcourent les œuvres d’Anna de Noailles. Ainsi, dans ce poème, si la « muse des jardins » reprend, à travers la contemplation du port et des bateaux, le thème romantique du voyage, il importe néanmoins de souligner que cette méditation, par l’idéalisation du réel qu’elle entreprend, amène finalement le lecteur à investir un monde imaginaire, partagé entre l’esthétique et la dimension métaphysique.
À partir de l’évocation d’un cadre réaliste qui occupera notre première partie, nous verrons dans un deuxième temps combien la poétesse tend à idéaliser le réel référentiel pour laisser place au rêve et au voyage vers un idéal pur. Nous montrerons enfin dans notre dernier axe que l’empreinte symboliste, habile à gouverner les images, marque profondément ce voyage, tout autant métaphorique que spirituel.

           Dans un premier temps, Anna de Noailles procède à une description très concrète du port de Palerme. Dès le premier vers, le réalisme surgit du cadre référentiel, déjà suggéré par le titre ; il s’agit du port de Palerme. Pour son poème, l’écrivaine utilise donc comme « support » un lieu qui existe réellement : la grande ville italienne et portuaire de Palerme, située dans une baie au nord de la Sicile. Cependant, elle circonscrit uniquement sa description à la zone portuaire : « port » (v. 2), « rade », « marine » (v. 6), « vaisseaux » (v. 7). On ne connaît rien de la ville elle-même qui n’est pas évoquée, si ce n’est une brève mention au vers 12. L’auteure commence par décrire l’aspect « extérieur », c’est-à-dire l’activité commerciale et la pauvreté du lieu. Comme n’importe quel port, Palerme est en effet un endroit propice aux échanges manufacturiers, comme en témoigne d’ailleurs le champ lexical du commerce : « marchands » (v.2), « sacs de grains, de farine et fruits » (v.3) : ici on peut noter l’évocation de produits locaux divers, de même que le terme « usine » au vers 9, suggère la fabrication ou la transformation des matières premières.
En outre, ce dispositif référentiel est renforcé par une description « sonore » qu’il s’agit de qualifier brièvement : « le bruit que faisaient les marchands » (v.1) suggère par exemple une impression de mouvement et d’agitation particulièrement réaliste ; les vendeurs sont si nombreux et bruyants qu’ils semblent former un amas de personnes « autour des sacs ». Ils manquent de discrétion dans ce lieu éminemment populaire et très fréquenté. De plus, cet appel au sens auditif se retrouve aux vers 6 et 8 : « entendais », « les sifflets faisaient un bruit d’usine » : ici, Anna de Noailles évoque le va et vient bruyant des bateaux, ceux qui partent du port et ceux qui arrivent à Palerme, ce qui donne de la vivacité au lieu. Par ailleurs, cette sensation est accentuée par une description très colorée : l’évocation, « sous un beau ciel, teinté de splendeur » (v. 5),  des produits locaux, notamment les « fruits » (v. 4) ainsi que la journée ensoleillée, éclatante, magnifique, propice aux échanges et au commerce, confèrent à la scène une forte couleur locale.

          Ce parti pris très réaliste et assez inhabituel en poésie s’oppose aux stéréotypes du Romantisme qui utilise généralement un cadre plus idyllique. À ce titre, l’auteure n’hésite pas à peindre la pauvreté du lieu : « la rade » devenue « noire », peut-être à cause de la pollution, semble manquer d’entretien. Nous percevons ici un contraste avec les couleurs de la première strophe : le port, davantage triste et sombre, se perçoit comme l’incarnation d’une certaine mélancolie : l’écrivaine, qui décrit avec nostalgie la « pauvre marine » et les « vaisseaux délabrés », montre ainsi ce qu’on pourrait appeler « l’envers du décor ». De fait, si le port de Palerme est le pôle central de toute la vie économique, ce milieu commercial et cosmopolite semble par ailleurs traduire une certaine malhonnêteté de la société. Les marchands sont en effet « divisés » (v. 3). Par ce terme, on comprend qu’ils n’ont pas tous les mêmes points de vue : il y a des rivalités, des tromperies et des tensions, chaque négociant défendant son propre intérêt « autour des sacs ». De même est-il possible que le « bruit » dont il est question au vers 2, provienne des disputes ou des inlassables tractations marchandes. Le port apparaît donc comme un lieu peu fréquentable : n’est-il pas d’ailleurs question de « fraude » au vers trois ? Ce non-respect des lois et des droits d’autrui pèse encore sur l’image de la société palermitaine, fortement marquée par l’emprise de la mafia et de la corruption.
Sans doute convient-il de noter ici combien cette société est en outre très portée sur le matérialisme. L’oxymore « vieux port goudronné » (opposition entre vieux et goudronné) témoigne en effet du processus de modernisation et d’urbanisation du « vieux port » : on y a construit des routes. Il semble avoir perdu ce qui faisait son charme tout comme « les vapeurs » et « les sifflets » (v. 9) qui font un « bruit d’usine ». Ils paraissent ainsi associés à une société urbaine et spéculative qui détruit l’harmonie pour produire toujours plus. La vente « des sacs de grain, de farine et de fruits » (v. 4) et la « fraude » (v. 4) traduisent à cet égard un goût particulier pour l’argent et le lucre. Mais si Anna de Noailles fait prévaloir une vision critique du monde qui l’entoure, elle éprouve également de la compassion pour cette population à la gouaille populaire qui arpente les quais ou flâne le long du port.
Elle évoque ainsi au vers cinq les langueurs des pays chauds où tout semble « teinté… d’ennui ». Le vers se fait l’écho quelque peu nostalgique de ces longues journées d’été « où le soir est si lent à venir… » (v. 10). Par l’emploi de l’intensif « si » et des points de suspension, l’auteure insiste en effet sur la durée du jour, qui paraît sans fin… De plus, comme le montre l’emploi du présent de vérité générale, cette scène prend une valeur omnitemporelle : il semble en être ainsi de tous les jours : habitude, répétition des mêmes scènes, des mêmes bruits… Cette valeur d’indéfini est également renforcée par le très beau rythme du vers : « Dans ces cieux/où le soir/est si lent/à venir ». Ce rythme quaternaire crée une syntaxe presque chantante qui est comme une invitation au voyage. Les allitérations en [r] et en [s] ajoutent à cet égard une sensation tactile qui, en apportant de la douceur, semble presque susurrer à notre oreille toute la sympathie qu’Anna de Noailles porte envers la société palermitaine.  À partir de ces éléments concrets, l’auteure peint donc un univers référentiel qu’elle parvient progressivement à métamorphoser et à idéaliser grâce au pouvoir évocateur de la poésie.

‘est en effet par le rêve et surtout par l’idéalisation du réel, que s’opère le passage de l’expérience sensible de la vie concrète à son idéalisation, caractéristique de l’entreprise symboliste en tant qu’expression d’une poésie vers un Idéal pur, seule capable de figurer le mystère de l’âme.
Alors qu’elle semblait porter un regard quelque peu hautain sur cette société palermitaine, Anna de Noailles change progressivement de point de vue en contemplant les bateaux qui s’éloignent de la terre. Ainsi au vers six, la vue du port, et plus particulièrement son côté simple, pauvre et misérable, semble comme une révélation qu’il y a quelque chose d’essentiel dans cette contemplation  : « J’aimais la rade noire et sa pauvre marine ». Sentiment qui va s’intensifier puisque la poétesse finira même par « fondre d’amour » au vers treize devant ce paysage. Idéalisation de la réalité disions-nous, tant il est vrai que chez les poètes symbolistes, la poésie est seule capable de recréer le réel : témoin ces « vaisseaux délabrés » au vers sept : l’emploi du mot légendaire « vaisseaux », est comme une métamorphose : les bateaux sont ainsi présentés dans toute leur puissance, comme ils l’étaient sans doute auparavant. Bien qu’ils soient au contraire en ruines et « délabrés », ils sont magnifiques aux yeux de la poétesse car ils sont les représentants du voyage qu’ils traduisent en symboles. Leur état n’a donc pas d’importance, elle n’a pas le souci du matériel, ce qui compte c’est ce qu’ils évoquent, les émotions et les idées qu’ils suscitent. Tout est allégorique : c’est en effet à travers leur contemplation que commence l’évasion de la poétesse vers l’imaginaire : n’emploie-t-elle pas par la suite des mots de plus en plus abstraits et immatériels tels que « vapeurs » ou « cieux » (v.9) ?
On remarque également une évocation des sentiments : « cœur humain » au vers huit ou « fondait d’amour » au vers treize donnent toute sa valeur au registre lyrique, en chargeant l’acte d’écriture d’une totale communion avec la nature : « comme un nuage crève » (v. 13). N’est-ce pas le sens profond de la poésie qui apparaît à travers le lexique des sensations : « je sentais s’ouvrir » écrit Anna de Noailles, comme pour nous faire éprouver, à travers cette impression de plénitude et de bien-être, la fin véritable de toute poésie : la quête idéiste de la pureté. On pourrait faire remarquer combien, dans la dernière strophe, les éléments concrets ont presque totalement disparu, il ne reste plus que « la ville » et « le port » (v. 12), qui laissent eux-mêmes place à l’immatérialité du « vent ». D’abord hésitant, il finit en effet par s’imposer sur la ville. L’imaginaire est finalement total dans les trois derniers vers : « J’avais soif d’un breuvage… » (v. 14). Ici, l’expression qui fait penser à un être altéré d’une soif violente, revêt un sens très fort, qui connote le désir certes, mais un désir ardent, qui n’est pas réel.
De plus, de simples citernes exposées sur le port, se transforment en « citernes du rêve » (vers 16). Par cette métaphore, celles-ci semblent permettre l’accès à l’imaginaire et à l’idéal ; elles s’ouvrent à la poétesse « en cercles infinis » (v.15), oxymore s’il en est, qui traduit l’absence de tout rationalisme : un cercle ne saurait en effet être infini, il désigne ici la forme ronde des citernes. Le lecteur aura relevé le symbolisme bien connu du cercle, caractéristique du voyage mystique à travers l’espace et le temps. C’est donc par le truchement de la contemplation du port et de la mer devenue « désert d’azur » (v. 16) qu’Anna de Noailles s’évade pour parvenir à la quête de Soi : l’impression d’infinité et de beauté est donc essentielle. La description réaliste du port de Palerme, par une idéalisation et une allégorie du concret, s’est transformée peu à peu en un univers imaginaire, qui est celui du rêve, mais plus fondamentalement, en une quête idéale de la Vérité.

          Parallèlement, et toujours dans cette même optique idéiste, l’auteure évoque son désir de voyager vers un Idéal pur, un des thèmes majeurs du Symbolisme. De fait, dès les vers sept et huit, Anna de Noailles exprime sa quête du partir à travers la contemplation des « vaisseaux délabrés ». Ce souhait semble à ce titre provenir des bateaux : « d’où j’entendais jaillir » : l’emploi du verbe « jaillir » apparaît comme un surgissement, une renaissance. Rompant avec la monotonie du quotidien, il crée un effet de surprise, d’agitation et de mouvement. En outre, cette envie de fuir semble irrépressible comme le suggère la tonalité exclamative et presque jubilatoire du vers huit ainsi que la place du verbe « partir ». Positionné en fin de vers, il est mis en avant et crée un effet d’insistance. Il semble d’ailleurs être le seul motif de l’existence « éternel souhait » (v.7) : loin d’être un désir passager, il apparaît comme le but de toute une vie, comme une quête profondément existentielle. Et si l’auteure, comme nous le notions précédemment, se laisse guider par ses sentiments et ses émotions (« souhait du cœur humain »), c’est surtout pour conférer au voyage la mission d’atteindre un idéal « pur ». À travers celui-ci, l’écrivaine semble en effet rechercher un Idéal transcendant. Elle n’aspire pas à un lieu précis, elle s’évade à travers une succession de non-lieux : tout d’abord, l’évocation des « vapeurs » au vers neuf connote l’immatérialité de même que « les cieux » (v. 10) paraissent substituer aux « bruits d’usine » et aux « sifflets » le calme, l’apaisement, et l’infini. De même, « le vent », élément essentiellement primitiviste, traduit-il un sentiment de purification : « son aile assainit » la société profane et quelque peu vulgaire, malhonnête, matérialiste, remplie de tromperies et de tensions. L’ « aile » rappelle à ce titre les oiseaux, symboles de majesté, de liberté et de pureté, ils volent dans les airs, et semblent au-dessus de tout. De plus, l’utilisation du présent à valeur de généralité donne à cette « purification » une dimension universelle, relativement abstraite et idéiste.
Enfin, cette recherche spirituelle de l’Idéal se retrouve aussi dans le « désert d’azur » du dernier vers qui désigne l’infinité de la mer. À cette quête s’ajoute celle de sentiments aussi purs et indicibles que ces non-lieux : «Mon cœur fondait d’amour comme un nuage crève ». Ici la comparaison de sentiments et d’émotions particulièrement forts avec un nuage, élément immatériel qui renvoie au ciel, est comme une transfiguration aux accents d’évangile, comme une communion avec Dieu. On retrouve cette soif d’absolu au vers quatorze : « J’avais soif d’un breuvage ineffable et béni », là encore l’auteure est en quête de la lumière de Dieu (« béni ») et les sentiments, si beaux qu’ils puissent être, restent dans le mystère et l’« ineffable »…

nsistons, pour terminer, sur un point essentiel : par un grand nombre de caractéristiques du Romantisme qu’il réinterprète et transcende, « le Port de Palerme » est un poème particulièrement représentatif de la mouvance symboliste. De fait, en reprenant le grand thème romantique du voyage, Anna de Noailles essaie peut-être, comme nous l’avons vu précédemment, de fuir une société malhonnête (« fraude »), ennuyeuse (« ennui ») et quelque peu matérialiste dans laquelle l’homme a détruit l’harmonie universelle. Ce sentiment d’inadaptation à la marche de l’histoire, qui n’est pas sans évoquer le fameux « mal du siècle », dépasse pourtant le simple cliché romantique. Il s’agit, comme nous le remarquions, d’un poème davantage symboliste, capable de rendre par le symbole, ce que le monde a d’infini et de mystérieux. Cette démarche allégorique, où chaque image concrète renvoie à l’abstrait le plus pur, rend le poème quelque peu hermétique à la compréhension du simple lecteur, alors obligé de déchiffrer le sens caché des mots pour en pénétrer la puissance suggestive. Ainsi, « les sacs de grains, de farine et de fruits » (v.3) font-ils allusion à la volupté de l’Orient et annoncent déjà de manière implicite le thème du voyage dont « les vaisseaux délabrés » (v.6) sont les véritables représentants. On pourrait aussi faire remarquer combien l’emploi de l’expression « désert d’azur » pour la mer ou de « citernes du rêve » pour qualifier de banals éléments de tout décor portuaire, traduisent, au-delà de l’aspect pictural, une quête du Vrai, pour laquelle les mots ne suffisent pas.
Cette vision allégorique confère donc au poème une part de mystère, renforcée par l’association du réel et de l’imaginaire. L’auteure part en effet d’une description réaliste pour finalement aboutir aux symboles abstraits, unissant terre et ciel, fini et infini : les mouvements spiraloïdes des « citernes du rêve » en sont une parfaite illustration. Notons aussi combien l’emploi d’un vocabulaire volontairement anachronique ou l’utilisation de comparaisons inattendues n’a d’autre but que de confirmer l’idée selon laquelle la création poétique, particulièrement chez les Symbolistes, est alchimie, transformation de la vie en art, seule capable, en créant un monde imaginaire qui s’inspire du monde réel, d’atteindre par ces correspondances reliant le monde inférieur et le monde supérieur, la Vérité.

          On remarque en effet que tout le poème mène à une vérité supérieure et essentielle. De fait, à travers un certain nombre de symboles que nous avons évoqués, nous comprenons que l’auteure ne part pas réellement, il s’agit d’un voyage métaphorique qui donne à l’imagination toute sa valeur créatrice : « j’avais soif » traduit une envie qui ne se réalise pas réellement mais qui reste à l’état de désir. De même, l’image spiraloïde des « cercles infinis » (v.14), par son manque total de rationalisme, suggère la géométrie sacrée des Pythagoriciens. On comprend donc mieux le vers dix dont nous commentions précédemment l’harmonie rythmique : « Dans ces cieux où le soir est si lent à venir… », l’écrivaine n’attend pas le soir en lui-même, mais son mystérieux symbolisme, enrichi du mythe de la nuit, pendant laquelle on est amené à rêver : c’est en effet le seul instant de la journée où l’on peut s’évader pleinement et se laisser aller à la vie, comme à la mort. Moment de pur accomplissement « Mon cœur fondait d’amour », mais ô combien éphémère tel le nuage voué à disparaître. Cependant c’est sa brièveté même qui le rend paradoxalement si intense comme le suggère la dureté du mot « crever ».
Ce n’est pas un hasard si le soir semble également être le moment de la journée choisi par l’auteure pour évoquer l’acte d’écriture. Tant il est vrai que le poème est tout autant la quête fiévreuse d’un au-delà qu’un voyage spirituel, si difficile à atteindre. Comme le dira Anna de Noailles « Il n’est rien de réel que le rêve et l’amour »… La poésie n’est-elle pas, dès lors, un voyage spirituel à l’intérieur de soi, que chacun doit accomplir pour atteindre le Moi véritable ? Nous comprenons dès lors l’importance qu’Anna de Noailles accorde à l’abstrait : l’esprit l’emporte sur les sens. Tout comme un rêve éveillé, la poésie permet de créer un monde imaginaire et idéal, qui est le signe d’une transcendance de la conscience. Par son pouvoir évocateur, par sa simple lecture, elle suffit à nous évader dans un univers aussi bien réaliste qu’indescriptible et ineffable. Comme le soulignait Charles Baudelaire « La poésie est ce qu’il y a de plus réel, c’est ce qui n’est complètement vrai que dans un autre monde ». Cette affirmation nous semble parfaitement s’adapter au « Port de Palerme », qui finit par identifier la poésie à un acte de pur langage, seul capable d’échapper à la banalité du monde.

u terme de cette analyse, il convient de rappeler quelques points essentiels. Comme nous avons cherché à le montrer, Anna de Noailles dévoile à travers « Le port de Palerme », sa conception de la poésie, qui est aussi une conception du monde. Pour l’auteure, la poésie permet en effet l’expression de ses sentiments et la quête existentielle d’un Idéal inaccessible aux lois de l’ordonnance humaine. Et si, comme l’affirmait Baudelaire « ce qui est créé par l’esprit est plus vivant que la matière », c’est bien l’art poétique, par sa puissance transfiguratrice, qui permet cette alchimie, capable de rendre plus réelle la signification transcendante des mots que la réalité immanente qu’ils désignent. La poésie apparaît ainsi plus profonde, plus sensée, voire plus vraisemblable que la vie elle-même. Porteuse d’imaginaire, elle suscite chez le lecteur des sensations, et à la façon d’un rêve, elle l’invite l’espace d’un instant à voyager vers un univers inconnu, qui est autant un questionnement qu’une réponse…

© Clarisse Q. (Lycée en Forêt, Classe de Seconde 1, janvier 2012)
Relecture du manuscrit : Bruno Rigolt

NetÉtiquette : article protégé par copyright ; la diffusion publique est autorisée sous réserve d’indiquer le nom de l’auteur ainsi que la source (URL de la page).

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Objectif EAF… Commentaire littéraire Anna de Noailles "Le Port de Palerme" par Clarisse…

Entraînement à l’EAF
Commentaire littéraire…

 
Anna de Noailles, « Le Port de Palerme »… Corrigé élèves
♦ Aujourd’hui, le commentaire de Clarisse Q. Classe de Seconde 1, promotion 2011-2012
    Découvrez également le commentaire de Sarah !

Il y a quelques mois, j’avais consacré ma « Citation de la semaine » à l’écrivaine Anna de Noailles. Son poème « Le port de Palerme » m’avait tant interpellé que j’ai décidé d’en proposer le commentaire à mes classes de Seconde cette année. Le texte, préparé en classe, a donné lieu à l’élaboration collective d’un plan en trois parties. Les élèves avaient ensuite la rude tâche d’élaborer leur commentaire. Parmi tous les travaux qu’il m’a été donné de lire, quelques-uns, particulièrement exceptionnels, seront publiés dans cet Espace Pédagogique Contributif.

Je vous laisse découvrir aujourd’hui le commentaire de Clarisse… Note obtenue : 20/20 : bravo à elle pour ce travail absolument remarquable.

TEXTE

Je regardais souvent, de ma chambre si chaude,
Le vieux port goudronné de Palerme, le bruit
Que faisaient les marchands, divisés par la fraude,
Autour des sacs de grains, de farine et de fruits,
Sous un beau ciel, teinté de splendeur et d’ennui…

J’aimais la rade noire et sa pauvre marine,
Les vaisseaux délabrés d’où j’entendais jaillir
Cet éternel souhait du cœur humain : partir !
— Les vapeurs, les sifflets faisaient un bruit d’usine
Dans ces cieux où le soir est si lent à venir…

C’était l’heure où le vent, en hésitant, se lève
Sur la ville et le port que son aile assainit.
Mon cœur fondait d’amour, comme un nuage crève.
J’avais soif d’un breuvage ineffable et béni,
Et je sentais s’ouvrir, en cercles infinis,
Dans le désert d’azur les citernes du rêve. 

 

ublié dans le recueil Les Vivants et les morts (1913), « le Port de Palerme » témoigne du lyrisme passionné et de la recherche d’une langue pure qui parcourent les œuvres d’Anna de Noailles. Ainsi, dans ce poème, si la « muse des jardins » reprend, à travers la contemplation du port et des bateaux, le thème romantique du voyage, il importe néanmoins de souligner que cette méditation, par l’idéalisation du réel qu’elle entreprend, amène finalement le lecteur à investir un monde imaginaire, partagé entre l’esthétique et la dimension métaphysique.
À partir de l’évocation d’un cadre réaliste qui occupera notre première partie, nous verrons dans un deuxième temps combien la poétesse tend à idéaliser le réel référentiel pour laisser place au rêve et au voyage vers un idéal pur. Nous montrerons enfin dans notre dernier axe que l’empreinte symboliste, habile à gouverner les images, marque profondément ce voyage, tout autant métaphorique que spirituel.

           Dans un premier temps, Anna de Noailles procède à une description très concrète du port de Palerme. Dès le premier vers, le réalisme surgit du cadre référentiel, déjà suggéré par le titre ; il s’agit du port de Palerme. Pour son poème, l’écrivaine utilise donc comme « support » un lieu qui existe réellement : la grande ville italienne et portuaire de Palerme, située dans une baie au nord de la Sicile. Cependant, elle circonscrit uniquement sa description à la zone portuaire : « port » (v. 2), « rade », « marine » (v. 6), « vaisseaux » (v. 7). On ne connaît rien de la ville elle-même qui n’est pas évoquée, si ce n’est une brève mention au vers 12. L’auteure commence par décrire l’aspect « extérieur », c’est-à-dire l’activité commerciale et la pauvreté du lieu. Comme n’importe quel port, Palerme est en effet un endroit propice aux échanges manufacturiers, comme en témoigne d’ailleurs le champ lexical du commerce : « marchands » (v.2), « sacs de grains, de farine et fruits » (v.3) : ici on peut noter l’évocation de produits locaux divers, de même que le terme « usine » au vers 9, suggère la fabrication ou la transformation des matières premières.
En outre, ce dispositif référentiel est renforcé par une description « sonore » qu’il s’agit de qualifier brièvement : « le bruit que faisaient les marchands » (v.1) suggère par exemple une impression de mouvement et d’agitation particulièrement réaliste ; les vendeurs sont si nombreux et bruyants qu’ils semblent former un amas de personnes « autour des sacs ». Ils manquent de discrétion dans ce lieu éminemment populaire et très fréquenté. De plus, cet appel au sens auditif se retrouve aux vers 6 et 8 : « entendais », « les sifflets faisaient un bruit d’usine » : ici, Anna de Noailles évoque le va et vient bruyant des bateaux, ceux qui partent du port et ceux qui arrivent à Palerme, ce qui donne de la vivacité au lieu. Par ailleurs, cette sensation est accentuée par une description très colorée : l’évocation, « sous un beau ciel, teinté de splendeur » (v. 5),  des produits locaux, notamment les « fruits » (v. 4) ainsi que la journée ensoleillée, éclatante, magnifique, propice aux échanges et au commerce, confèrent à la scène une forte couleur locale.

          Ce parti pris très réaliste et assez inhabituel en poésie s’oppose aux stéréotypes du Romantisme qui utilise généralement un cadre plus idyllique. À ce titre, l’auteure n’hésite pas à peindre la pauvreté du lieu : « la rade » devenue « noire », peut-être à cause de la pollution, semble manquer d’entretien. Nous percevons ici un contraste avec les couleurs de la première strophe : le port, davantage triste et sombre, se perçoit comme l’incarnation d’une certaine mélancolie : l’écrivaine, qui décrit avec nostalgie la « pauvre marine » et les « vaisseaux délabrés », montre ainsi ce qu’on pourrait appeler « l’envers du décor ». De fait, si le port de Palerme est le pôle central de toute la vie économique, ce milieu commercial et cosmopolite semble par ailleurs traduire une certaine malhonnêteté de la société. Les marchands sont en effet « divisés » (v. 3). Par ce terme, on comprend qu’ils n’ont pas tous les mêmes points de vue : il y a des rivalités, des tromperies et des tensions, chaque négociant défendant son propre intérêt « autour des sacs ». De même est-il possible que le « bruit » dont il est question au vers 2, provienne des disputes ou des inlassables tractations marchandes. Le port apparaît donc comme un lieu peu fréquentable : n’est-il pas d’ailleurs question de « fraude » au vers trois ? Ce non-respect des lois et des droits d’autrui pèse encore sur l’image de la société palermitaine, fortement marquée par l’emprise de la mafia et de la corruption.
Sans doute convient-il de noter ici combien cette société est en outre très portée sur le matérialisme. L’oxymore « vieux port goudronné » (opposition entre vieux et goudronné) témoigne en effet du processus de modernisation et d’urbanisation du « vieux port » : on y a construit des routes. Il semble avoir perdu ce qui faisait son charme tout comme « les vapeurs » et « les sifflets » (v. 9) qui font un « bruit d’usine ». Ils paraissent ainsi associés à une société urbaine et spéculative qui détruit l’harmonie pour produire toujours plus. La vente « des sacs de grain, de farine et de fruits » (v. 4) et la « fraude » (v. 4) traduisent à cet égard un goût particulier pour l’argent et le lucre. Mais si Anna de Noailles fait prévaloir une vision critique du monde qui l’entoure, elle éprouve également de la compassion pour cette population à la gouaille populaire qui arpente les quais ou flâne le long du port.
Elle évoque ainsi au vers cinq les langueurs des pays chauds où tout semble « teinté… d’ennui ». Le vers se fait l’écho quelque peu nostalgique de ces longues journées d’été « où le soir est si lent à venir… » (v. 10). Par l’emploi de l’intensif « si » et des points de suspension, l’auteure insiste en effet sur la durée du jour, qui paraît sans fin… De plus, comme le montre l’emploi du présent de vérité générale, cette scène prend une valeur omnitemporelle : il semble en être ainsi de tous les jours : habitude, répétition des mêmes scènes, des mêmes bruits… Cette valeur d’indéfini est également renforcée par le très beau rythme du vers : « Dans ces cieux/où le soir/est si lent/à venir ». Ce rythme quaternaire crée une syntaxe presque chantante qui est comme une invitation au voyage. Les allitérations en [r] et en [s] ajoutent à cet égard une sensation tactile qui, en apportant de la douceur, semble presque susurrer à notre oreille toute la sympathie qu’Anna de Noailles porte envers la société palermitaine.  À partir de ces éléments concrets, l’auteure peint donc un univers référentiel qu’elle parvient progressivement à métamorphoser et à idéaliser grâce au pouvoir évocateur de la poésie.

‘est en effet par le rêve et surtout par l’idéalisation du réel, que s’opère le passage de l’expérience sensible de la vie concrète à son idéalisation, caractéristique de l’entreprise symboliste en tant qu’expression d’une poésie vers un Idéal pur, seule capable de figurer le mystère de l’âme.
Alors qu’elle semblait porter un regard quelque peu hautain sur cette société palermitaine, Anna de Noailles change progressivement de point de vue en contemplant les bateaux qui s’éloignent de la terre. Ainsi au vers six, la vue du port, et plus particulièrement son côté simple, pauvre et misérable, semble comme une révélation qu’il y a quelque chose d’essentiel dans cette contemplation  : « J’aimais la rade noire et sa pauvre marine ». Sentiment qui va s’intensifier puisque la poétesse finira même par « fondre d’amour » au vers treize devant ce paysage. Idéalisation de la réalité disions-nous, tant il est vrai que chez les poètes symbolistes, la poésie est seule capable de recréer le réel : témoin ces « vaisseaux délabrés » au vers sept : l’emploi du mot légendaire « vaisseaux », est comme une métamorphose : les bateaux sont ainsi présentés dans toute leur puissance, comme ils l’étaient sans doute auparavant. Bien qu’ils soient au contraire en ruines et « délabrés », ils sont magnifiques aux yeux de la poétesse car ils sont les représentants du voyage qu’ils traduisent en symboles. Leur état n’a donc pas d’importance, elle n’a pas le souci du matériel, ce qui compte c’est ce qu’ils évoquent, les émotions et les idées qu’ils suscitent. Tout est allégorique : c’est en effet à travers leur contemplation que commence l’évasion de la poétesse vers l’imaginaire : n’emploie-t-elle pas par la suite des mots de plus en plus abstraits et immatériels tels que « vapeurs » ou « cieux » (v.9) ?
On remarque également une évocation des sentiments : « cœur humain » au vers huit ou « fondait d’amour » au vers treize donnent toute sa valeur au registre lyrique, en chargeant l’acte d’écriture d’une totale communion avec la nature : « comme un nuage crève » (v. 13). N’est-ce pas le sens profond de la poésie qui apparaît à travers le lexique des sensations : « je sentais s’ouvrir » écrit Anna de Noailles, comme pour nous faire éprouver, à travers cette impression de plénitude et de bien-être, la fin véritable de toute poésie : la quête idéiste de la pureté. On pourrait faire remarquer combien, dans la dernière strophe, les éléments concrets ont presque totalement disparu, il ne reste plus que « la ville » et « le port » (v. 12), qui laissent eux-mêmes place à l’immatérialité du « vent ». D’abord hésitant, il finit en effet par s’imposer sur la ville. L’imaginaire est finalement total dans les trois derniers vers : « J’avais soif d’un breuvage… » (v. 14). Ici, l’expression qui fait penser à un être altéré d’une soif violente, revêt un sens très fort, qui connote le désir certes, mais un désir ardent, qui n’est pas réel.
De plus, de simples citernes exposées sur le port, se transforment en « citernes du rêve » (vers 16). Par cette métaphore, celles-ci semblent permettre l’accès à l’imaginaire et à l’idéal ; elles s’ouvrent à la poétesse « en cercles infinis » (v.15), oxymore s’il en est, qui traduit l’absence de tout rationalisme : un cercle ne saurait en effet être infini, il désigne ici la forme ronde des citernes. Le lecteur aura relevé le symbolisme bien connu du cercle, caractéristique du voyage mystique à travers l’espace et le temps. C’est donc par le truchement de la contemplation du port et de la mer devenue « désert d’azur » (v. 16) qu’Anna de Noailles s’évade pour parvenir à la quête de Soi : l’impression d’infinité et de beauté est donc essentielle. La description réaliste du port de Palerme, par une idéalisation et une allégorie du concret, s’est transformée peu à peu en un univers imaginaire, qui est celui du rêve, mais plus fondamentalement, en une quête idéale de la Vérité.

          Parallèlement, et toujours dans cette même optique idéiste, l’auteure évoque son désir de voyager vers un Idéal pur, un des thèmes majeurs du Symbolisme. De fait, dès les vers sept et huit, Anna de Noailles exprime sa quête du partir à travers la contemplation des « vaisseaux délabrés ». Ce souhait semble à ce titre provenir des bateaux : « d’où j’entendais jaillir » : l’emploi du verbe « jaillir » apparaît comme un surgissement, une renaissance. Rompant avec la monotonie du quotidien, il crée un effet de surprise, d’agitation et de mouvement. En outre, cette envie de fuir semble irrépressible comme le suggère la tonalité exclamative et presque jubilatoire du vers huit ainsi que la place du verbe « partir ». Positionné en fin de vers, il est mis en avant et crée un effet d’insistance. Il semble d’ailleurs être le seul motif de l’existence « éternel souhait » (v.7) : loin d’être un désir passager, il apparaît comme le but de toute une vie, comme une quête profondément existentielle. Et si l’auteure, comme nous le notions précédemment, se laisse guider par ses sentiments et ses émotions (« souhait du cœur humain »), c’est surtout pour conférer au voyage la mission d’atteindre un idéal « pur ». À travers celui-ci, l’écrivaine semble en effet rechercher un Idéal transcendant. Elle n’aspire pas à un lieu précis, elle s’évade à travers une succession de non-lieux : tout d’abord, l’évocation des « vapeurs » au vers neuf connote l’immatérialité de même que « les cieux » (v. 10) paraissent substituer aux « bruits d’usine » et aux « sifflets » le calme, l’apaisement, et l’infini. De même, « le vent », élément essentiellement primitiviste, traduit-il un sentiment de purification : « son aile assainit » la société profane et quelque peu vulgaire, malhonnête, matérialiste, remplie de tromperies et de tensions. L’ « aile » rappelle à ce titre les oiseaux, symboles de majesté, de liberté et de pureté, ils volent dans les airs, et semblent au-dessus de tout. De plus, l’utilisation du présent à valeur de généralité donne à cette « purification » une dimension universelle, relativement abstraite et idéiste.
Enfin, cette recherche spirituelle de l’Idéal se retrouve aussi dans le « désert d’azur » du dernier vers qui désigne l’infinité de la mer. À cette quête s’ajoute celle de sentiments aussi purs et indicibles que ces non-lieux : «Mon cœur fondait d’amour comme un nuage crève ». Ici la comparaison de sentiments et d’émotions particulièrement forts avec un nuage, élément immatériel qui renvoie au ciel, est comme une transfiguration aux accents d’évangile, comme une communion avec Dieu. On retrouve cette soif d’absolu au vers quatorze : « J’avais soif d’un breuvage ineffable et béni », là encore l’auteure est en quête de la lumière de Dieu (« béni ») et les sentiments, si beaux qu’ils puissent être, restent dans le mystère et l’« ineffable »…

nsistons, pour terminer, sur un point essentiel : par un grand nombre de caractéristiques du Romantisme qu’il réinterprète et transcende, « le Port de Palerme » est un poème particulièrement représentatif de la mouvance symboliste. De fait, en reprenant le grand thème romantique du voyage, Anna de Noailles essaie peut-être, comme nous l’avons vu précédemment, de fuir une société malhonnête (« fraude »), ennuyeuse (« ennui ») et quelque peu matérialiste dans laquelle l’homme a détruit l’harmonie universelle. Ce sentiment d’inadaptation à la marche de l’histoire, qui n’est pas sans évoquer le fameux « mal du siècle », dépasse pourtant le simple cliché romantique. Il s’agit, comme nous le remarquions, d’un poème davantage symboliste, capable de rendre par le symbole, ce que le monde a d’infini et de mystérieux. Cette démarche allégorique, où chaque image concrète renvoie à l’abstrait le plus pur, rend le poème quelque peu hermétique à la compréhension du simple lecteur, alors obligé de déchiffrer le sens caché des mots pour en pénétrer la puissance suggestive. Ainsi, « les sacs de grains, de farine et de fruits » (v.3) font-ils allusion à la volupté de l’Orient et annoncent déjà de manière implicite le thème du voyage dont « les vaisseaux délabrés » (v.6) sont les véritables représentants. On pourrait aussi faire remarquer combien l’emploi de l’expression « désert d’azur » pour la mer ou de « citernes du rêve » pour qualifier de banals éléments de tout décor portuaire, traduisent, au-delà de l’aspect pictural, une quête du Vrai, pour laquelle les mots ne suffisent pas.
Cette vision allégorique confère donc au poème une part de mystère, renforcée par l’association du réel et de l’imaginaire. L’auteure part en effet d’une description réaliste pour finalement aboutir aux symboles abstraits, unissant terre et ciel, fini et infini : les mouvements spiraloïdes des « citernes du rêve » en sont une parfaite illustration. Notons aussi combien l’emploi d’un vocabulaire volontairement anachronique ou l’utilisation de comparaisons inattendues n’a d’autre but que de confirmer l’idée selon laquelle la création poétique, particulièrement chez les Symbolistes, est alchimie, transformation de la vie en art, seule capable, en créant un monde imaginaire qui s’inspire du monde réel, d’atteindre par ces correspondances reliant le monde inférieur et le monde supérieur, la Vérité.

          On remarque en effet que tout le poème mène à une vérité supérieure et essentielle. De fait, à travers un certain nombre de symboles que nous avons évoqués, nous comprenons que l’auteure ne part pas réellement, il s’agit d’un voyage métaphorique qui donne à l’imagination toute sa valeur créatrice : « j’avais soif » traduit une envie qui ne se réalise pas réellement mais qui reste à l’état de désir. De même, l’image spiraloïde des « cercles infinis » (v.14), par son manque total de rationalisme, suggère la géométrie sacrée des Pythagoriciens. On comprend donc mieux le vers dix dont nous commentions précédemment l’harmonie rythmique : « Dans ces cieux où le soir est si lent à venir… », l’écrivaine n’attend pas le soir en lui-même, mais son mystérieux symbolisme, enrichi du mythe de la nuit, pendant laquelle on est amené à rêver : c’est en effet le seul instant de la journée où l’on peut s’évader pleinement et se laisser aller à la vie, comme à la mort. Moment de pur accomplissement « Mon cœur fondait d’amour », mais ô combien éphémère tel le nuage voué à disparaître. Cependant c’est sa brièveté même qui le rend paradoxalement si intense comme le suggère la dureté du mot « crever ».
Ce n’est pas un hasard si le soir semble également être le moment de la journée choisi par l’auteure pour évoquer l’acte d’écriture. Tant il est vrai que le poème est tout autant la quête fiévreuse d’un au-delà qu’un voyage spirituel, si difficile à atteindre. Comme le dira Anna de Noailles « Il n’est rien de réel que le rêve et l’amour »… La poésie n’est-elle pas, dès lors, un voyage spirituel à l’intérieur de soi, que chacun doit accomplir pour atteindre le Moi véritable ? Nous comprenons dès lors l’importance qu’Anna de Noailles accorde à l’abstrait : l’esprit l’emporte sur les sens. Tout comme un rêve éveillé, la poésie permet de créer un monde imaginaire et idéal, qui est le signe d’une transcendance de la conscience. Par son pouvoir évocateur, par sa simple lecture, elle suffit à nous évader dans un univers aussi bien réaliste qu’indescriptible et ineffable. Comme le soulignait Charles Baudelaire « La poésie est ce qu’il y a de plus réel, c’est ce qui n’est complètement vrai que dans un autre monde ». Cette affirmation nous semble parfaitement s’adapter au « Port de Palerme », qui finit par identifier la poésie à un acte de pur langage, seul capable d’échapper à la banalité du monde.

u terme de cette analyse, il convient de rappeler quelques points essentiels. Comme nous avons cherché à le montrer, Anna de Noailles dévoile à travers « Le port de Palerme », sa conception de la poésie, qui est aussi une conception du monde. Pour l’auteure, la poésie permet en effet l’expression de ses sentiments et la quête existentielle d’un Idéal inaccessible aux lois de l’ordonnance humaine. Et si, comme l’affirmait Baudelaire « ce qui est créé par l’esprit est plus vivant que la matière », c’est bien l’art poétique, par sa puissance transfiguratrice, qui permet cette alchimie, capable de rendre plus réelle la signification transcendante des mots que la réalité immanente qu’ils désignent. La poésie apparaît ainsi plus profonde, plus sensée, voire plus vraisemblable que la vie elle-même. Porteuse d’imaginaire, elle suscite chez le lecteur des sensations, et à la façon d’un rêve, elle l’invite l’espace d’un instant à voyager vers un univers inconnu, qui est autant un questionnement qu’une réponse…

© Clarisse Q. (Lycée en Forêt, Classe de Seconde 1, janvier 2012)
Relecture du manuscrit : Bruno Rigolt

NetÉtiquette : article protégé par copyright ; la diffusion publique est autorisée sous réserve d’indiquer le nom de l’auteur ainsi que la source (URL de la page).

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Méthodologie Lycée… Comment bien apprendre un cours…

Texte support : cours sur le Symbolisme.

Réaliser une fiche de synthèse...

Les dangers d’un cours appris « mot à mot »

Nombreux sont les étudiants qui estiment que « prendre un cours » relève de la simplicité : il suffirait de « recopier le tableau » et d’en apprendre tel quel le contenu. Une pareille conception est fréquemment source d’échecs. D’une part parce que beaucoup de professeurs (moi le premier) ne notent bien souvent au tableau que quelques points de détail qui ne correspondent pas forcément aux informations clés, ou à la structure du cours ; et d’autre part, parce qu’il est impossible de tout retenir.

Prenez le cas d’un élève de Première qui présenterait à l’oral du Baccalauréat 16 textes. Chaque lecture suivie occupe une copie double environ, soit plus de 60 pages rien que pour l’oral ! Il est évident que si le candidat ne constitue pas de fiches de synthèse il lui sera impossible d’affronter l’examen dans de bonnes conditions, pour la simple raison que personne ne peut apprendre correctement un tel volume de pages : l’esprit se perd dans le détail, on n’a pas de vision nette des notions, on commet des confusions nombreuses, on n’est pas capable de distinguer ce qui a de l’importance du détail inutile : vous devez donc veiller à discerner l’essentiel de l’accessoire afin de restituer avec exactitude une leçon…

Exercez-vous à partir du cours que j’ai mis en ligne sur le Symbolisme : ce cours comporte près de 2000 mots… Le grand danger, en ne faisant pas de fiche de synthèse, tient principalement au fait qu’on retient souvent des détails parfaitement inutiles, au lieu de se concentrer sur l’essentiel.
← Dans l’exemple ci-contre, les informations surlignées en jaune sont très nombreuses, mais pourtant elles sont inutiles et n’amènent à retenir que des mots et pas du sens !

_

Privilégiez la pensée globale…

À l’opposé, si vous vous réappropriez le cours en le synthétisant, vous l’apprendrez beaucoup plus facilement et rapidement. Le but, c’est d’être capable de partir du sens global et de reconstituer mentalement les points de détail à partir des mots clés qu’on a notés. La pensée est ainsi plus synthétique : au lieu de se noyer dans les faits, elle privilégie l’abstraction et l’idée, c’est-à-dire le sens.  

Le principe d’une fiche de synthèse…

Étape 1 : la prise de notes

Tout d’abord, il faut lire attentivement le texte (en le prononçant à voix basse si vous le pouvez) en surlignant les mots ou groupes de mots qui correspondent aux informations principales, ou qui présentent un intérêt particulier, car le texte est inexploitable tel quel !

Attention : ne surlignez que l’essentiel, surtout pas de phrases ou de parties de phrases entières. Trop surligner revient en fait à ne rien noter du tout !

Étape 2 : l‘exploitation des notes

Il ne faut jamais apprendre à partir du texte surligné. Les notes doivent être retravaillées afin de mieux mémoriser le cours : vous devez donc les ordonner puis les compléter.

 ◊ Pensez en premier lieu à rechercher le sens des mots inconnus ou difficiles, ou ce que vous ne comprenez pas bien (au crayon de papier sur votre feuille de cours, pensez aussi à noter dans la marge les questions ou remarques qui vous viennent à l’esprit afin de les évoquer au début du cours suivant…).

 ◊ Il faut ensuite reporter les informations importantes (qui sont surlignées) en reformulant, en regroupant les idées et en évitant les inutiles présentations (« Le Symbolisme est un mouvement littéraire et culturel… »).

Le nouveau texte comporte 35 mots seulement (contre 170 pour le texte d’origine, soit 5 fois moins environ).

Alors que dans le cours écrit, la structure des phrases, volontairement « littéraire », permettait d’enrichir l’énoncé, dans les notes au contraire, il est impératif de reformuler et de supprimer les redondances (répétitions sous une autre forme), les adverbes, les propositions, certains exemples, etc.

◊ Au moment de reporter les informations importantes, il faut donc penser à :

  • Synthétiser. Posez-vous toujours ces questions évidentes, mais pourtant essentielles : de quoi est-il question dans le cours ? Quels en sont les axes directeurs ? Sur quoi faut-il que j’insiste avant tout ?
  • Hiérarchiser : dans l’exemple ci-dessus, le titre (« Symbolisme »), les repères historiques (« 1885-1895 ») ainsi que la définition (« Révolution spirituelle et idéaliste contre le Réalisme et le Naturalisme ») sont bien mis en évidence. Obligez-vous ensuite, à l’oral, à formuler des phrases rédigées à partir de vos notes afin de vous entraîner à la maîtrise du discours.
  • Regrouper les idées : dans le texte d’origine, certaines expressions ou mots importants étaient parfois répétés afin d’aider le lecteur à cerner l’idée directrice (« réaction idéaliste » ligne 3 ; « nostalgie de l’idéal » ligne 8 ; « idéalisation du réel » dernière ligne) : dans votre fiche, il faut évidemment regrouper les informations : tout ce qui est redondant, mais aussi accessoire ou secondaire doit être supprimé.
Attention : s’il est important de reformuler avec son propre langage, il ne faut pas « traduire » les mots clés ou les notions : leur chercher à tout prix un synonyme ou recourir à des approximations de langage ne saurait aboutir qu’à un travail maladroit, voire incorrect : ici les mots « idéal », « Réalisme », « Naturalisme », « Romantisme », etc. doivent être appris tels quels. Mais rien ne vous empêche évidemment d’approfondir une notion en consultant un ouvrage ou un site spécialisé, en demandant conseil au professeur afin de vérifier que vous avez bien compris…

Etape 3 : l’apprentissage actif du cours

Apprenez toujours le cours à partir de vos fiches de synthèse (et jamais comme je le rappelais plus haut, à partir du cours lui-même). Pensez à relire régulièrement vos fiches en privilégiant à la fois la compréhension du sens global et le « par cœur » pour ce qui concerne la mémorisation des notions, du vocabulaire, des définitions, des citations…

Entraînez-vous par ailleurs aux évaluations en vous posant des « colles » : l’entraînement joue en effet un rôle essentiel afin de vérifier que les notions à étudier sont bien acquises. Le mieux est de vous imposer une « interro surprise » : posez-vous une question d’ensemble et donnez-vous 10 à 15 minutes pour y répondre, pas plus.

Stimuler la mémoire auditive : apprendre avec un smartphone : cliquez ici pour accéder à l’article dans lequel j’explique en détail la méthode).

L’intérêt de la mémoire auditive

Après une journée de travail, la mémoire visuelle est souvent défaillante, surtout si l’on veille tard le soir : fatigue oculaire, difficultés de concentration, troubles de la vision… De plus, votre cerveau est un peu comme un disque dur d’ordinateur : après plusieurs heures de cours sur des matières complètement différentes, une fois rentré chez vous, l’ordinateur, la télévision, les jeux vidéo sollicitent de nouveau votre cerveau. À un certain moment, il ne parvient plus à gérer cette multiplication de signes : le « disque dur » de votre cerveau est littéralement « fragmenté », impossible pour lui de restituer convenablement les connaissances, de là de nombreuses confusions, souvent très lourdes de conséquences en situation d’évaluation.

© Bruno Rigolt (Lycée en Forêt, Montargis, France) dernière révision : 26 octobre 2011 à 09:26

Bientôt l’oral TPE… Dernières révisions avant le jour J

Cet article a pour but de vous aider à aborder l’épreuve dans les meilleures conditions possibles. N’oubliez pas que vous serez évalué(e) individuellement sur la base de votre production écrite et de votre prestation orale.

La soutenance orale du TPE

  • Savoir prendre de la distance…

Une soutenance de TPE sert à présenter de manière concise et synthétique le contexte, les motivations de votre recherche, puis les méthodes, ainsi que les résultats et conclusions auxquels vous êtes parvenu(e).

L’une des premières difficultés tient au fait qu’une soutenance orale vous oblige à prendre de la distance avec votre travail : pour préparer l’épreuve, vous devez donc vous mettre à la place du jury. Cela implique de votre part une certaine distance critique : tout d’abord, relisez ce que vous avez écrit avec un regard extérieur et mettez-vous à la place de celui qui le lit (la question que ne manquera pas de se poser spontanément le lecteur est de se dire : à partir de quelle perspective, de quel point de vue, les élèves ont-ils interrogé telle réalité ou tel fait ?). Dépassez les détails pour vous attacher à la démarche d’ensemble, qui doit être synthétique et permettre au jury de comprendre l’ensemble de votre projet et de saisir les principales étapes de sa démonstration. Le but d’une soutenance orale en effet n’est pas de résumer l’intégralité de votre travail (ce qui vous amènerait à une redite de ce qui est écrit) mais plutôt d’en justifier la démarche en prenant du recul. Le jury ayant préalablement pris connaissance de vos travaux, il serait donc très maladroit de revenir sur ce que les professeurs connaissent déjà.

Dites-vous plutôt :

  • D’où est-ce que je suis parti ? Quelles étaient les hypothèses de travail au départ ?
  • Qu’est-ce que j’ai cherché à prouver, à démontrer, en m’engageant dans cette recherche ?
  • À quels résultats le travail a-t-il abouti ? Qu’avez-vous appris avec ce TPE ?
  • Quels sont les aspects insuffisamment développés ? Pourquoi ? Comment referiez-vous le travail si vous en aviez la possibilité ?

Les qualités d’une bonne prestation orale

Le bon candidat à l’oral du TPE est donc celui qui ne perd jamais de vue les objectifs de l’épreuve : présentez-les le plus clairement possible, en insistant sur les points forts. Pensez également à minuter votre exposé. Cela vous oblige à aller à l’essentiel, en négligeant les aspects secondaires. Si vous hésitez pour présenter votre exposé, partez toujours de questions simples (que vous noterez sur une feuille) :

  • QUOI ? C’est-à-dire de quoi s’agit-il, quel est le problème abordé ? Sous quel angle a-t-il été posé ?
  • COMMENT ? Comment avez-vous procédé au niveau du groupe, et au niveau individuel ? Comment le travail a-t-il progressé ? Qu’est-ce qui vous a amené à faire ceci plutôt que cela ?
  • POURQUOI ? C’est-à-dire pourquoi ce sujet présente-t-il un intérêt ? Situez toujours votre travail dans une perspective globale qui va de la problématique que vous avez posée au thème dans lequel elle s’intègre (C’est un peu une mise en perspective du projet d’ensemble : montrez ce que vous avez pu tirer comme enseignements de cette recherche).

Rappel

La soutenance de mémoire de TPE n’est pas un résumé du travail écrit mais un exposé oral permettant d’éclairer l’ensemble de votre démarche.

                

Deux défauts à éviter à tout prix :
le « par cœur » et la lecture des notes…

N’oubliez pas non plus qu’il s’agit d’une épreuve orale : cela exclut toute lecture prolongée. Bien entendu, s’il est recommandé de vous aider de notes personnelles —sur lesquelles vous jetterez un coup d’œil en cas de besoin— cela doit rester néanmoins ponctuel. L’épreuve étant orale, le jury attend davantage un exposé puis un entretien effectués de façon vivante et argumentée. Pensez à parler haut et fort, en regardant chaque membre du jury : ne vous noyez pas dans les détails, allez rapidement à l’essentiel en mettant les informations particulières en perspective avec un questionnement plus global.

La qualité de votre expression orale est également déterminante : attention à un style trop relâché, ou familier. Privilégiez au contraire le lexique soutenu. Montrez-vous par ailleurs spontané, naturel, convaincant, impliqué dans ce que vous dites, concerné par ce que vous avez fait : rien n’est pire qu’un candidat qui fait preuve de relâchement, d’indifférence, ou qui donne l’impression de n’avoir effectué un travail que par obligation scolaire (« les-professeurs-m’ont-demandé-de »), et qui une fois la note attribuée se désintéresse complètement de ce qu’il a écrit. Attention aussi à respecter le temps qui vous est imparti : c’est la raison pour laquelle je vous recommande de ne traiter qu’une sélection de points importants plutôt que de vouloir tout dire (pour finalement ne rien dire du tout).

L’utilisation des supports pendant votre intervention

Vous avez tout à fait le droit de présenter au jury des documents d’accompagnement : par exemple des transparents, des supports papier en annexe, des documents présentés à l’ordinateur, etc. Mais attention toutefois : si ces documents sont utiles pour illustrer une démonstration ou pour éclairer des aspects particuliers de votre exposé, ils ne doivent en aucun cas remplacer l’exposé ou se substituer à vous. Vous devez donc limiter leur exploitation. Attention en particulier aux séquences vidéo, aux images : rien n’est pire qu’un candidat qui montre une vidéo de 2 minutes en l’illustrant finalement par une phrase explicative de quelques secondes. Allez toujours à l’essentiel en problématisant, c’est-à-dire en situant votre démarche dans un questionnement pertinent.

Concernant les transparents, ou une présentation à l’écran, évitez le plus possible le texte rédigé : surtout pas de phrases, ce qui amènerait le jury à devoir lire un texte (ce qu’il ne fera pas de toute façon) : privilégiez plutôt les titres ou quelques mots-clés que vous commenterez de vive voix : limitez-vous par exemple à une idée majeure par transparent, débouchant sur quelques idées secondaires que vous exprimerez ensuite par oral. Une préparation s’impose donc : faites-la chez vous individuellement mais également en groupe si vous le pouvez. Veillez à organiser au préalable entre les membres du groupe le passage de parole et la coordination dans la présentation des informations.

L’entretien avec le jury

Une fois que vous aurez terminé votre exposé, les membres du jury vous poseront un certain nombre de questions. Ne vous précipitez pas pour répondre. Prenez tout d’abord le temps de bien comprendre la question posée et répondez-y de manière claire, sans vous laisser gagner par le stress ou l’appréhension. Si vous n’avez pas bien compris une question, demandez poliment à ce qu’elle soit reformulée. Pensez aussi à vous munir d’un papier et d’un stylo : si la question comporte par exemple des sous-questions, notez-les brièvement afin de répondre plus efficacement. De même, si un conseil vous est donné, pensez également à le noter. Enfin, adoptez toujours une attitude positive, dynamique et consensuelle, ayez également une bonne image de vous-même, quel que soit le résultat.

Bonne chance à toutes et à tous !

Bruno Rigolt

            
  • Voyez aussi cette page (au format pdf) qui donne de précieux conseils et propose un exemple de plan possible pour l’oral des TPE.

Bientôt l'oral TPE… Dernières révisions avant le jour J

Cet article a pour but de vous aider à aborder l’épreuve dans les meilleures conditions possibles. N’oubliez pas que vous serez évalué(e) individuellement sur la base de votre production écrite et de votre prestation orale.

La soutenance orale du TPE

  • Savoir prendre de la distance…

Une soutenance de TPE sert à présenter de manière concise et synthétique le contexte, les motivations de votre recherche, puis les méthodes, ainsi que les résultats et conclusions auxquels vous êtes parvenu(e).

L’une des premières difficultés tient au fait qu’une soutenance orale vous oblige à prendre de la distance avec votre travail : pour préparer l’épreuve, vous devez donc vous mettre à la place du jury. Cela implique de votre part une certaine distance critique : tout d’abord, relisez ce que vous avez écrit avec un regard extérieur et mettez-vous à la place de celui qui le lit (la question que ne manquera pas de se poser spontanément le lecteur est de se dire : à partir de quelle perspective, de quel point de vue, les élèves ont-ils interrogé telle réalité ou tel fait ?). Dépassez les détails pour vous attacher à la démarche d’ensemble, qui doit être synthétique et permettre au jury de comprendre l’ensemble de votre projet et de saisir les principales étapes de sa démonstration. Le but d’une soutenance orale en effet n’est pas de résumer l’intégralité de votre travail (ce qui vous amènerait à une redite de ce qui est écrit) mais plutôt d’en justifier la démarche en prenant du recul. Le jury ayant préalablement pris connaissance de vos travaux, il serait donc très maladroit de revenir sur ce que les professeurs connaissent déjà.

Dites-vous plutôt :

  • D’où est-ce que je suis parti ? Quelles étaient les hypothèses de travail au départ ?
  • Qu’est-ce que j’ai cherché à prouver, à démontrer, en m’engageant dans cette recherche ?
  • À quels résultats le travail a-t-il abouti ? Qu’avez-vous appris avec ce TPE ?
  • Quels sont les aspects insuffisamment développés ? Pourquoi ? Comment referiez-vous le travail si vous en aviez la possibilité ?

Les qualités d’une bonne prestation orale

Le bon candidat à l’oral du TPE est donc celui qui ne perd jamais de vue les objectifs de l’épreuve : présentez-les le plus clairement possible, en insistant sur les points forts. Pensez également à minuter votre exposé. Cela vous oblige à aller à l’essentiel, en négligeant les aspects secondaires. Si vous hésitez pour présenter votre exposé, partez toujours de questions simples (que vous noterez sur une feuille) :

  • QUOI ? C’est-à-dire de quoi s’agit-il, quel est le problème abordé ? Sous quel angle a-t-il été posé ?
  • COMMENT ? Comment avez-vous procédé au niveau du groupe, et au niveau individuel ? Comment le travail a-t-il progressé ? Qu’est-ce qui vous a amené à faire ceci plutôt que cela ?
  • POURQUOI ? C’est-à-dire pourquoi ce sujet présente-t-il un intérêt ? Situez toujours votre travail dans une perspective globale qui va de la problématique que vous avez posée au thème dans lequel elle s’intègre (C’est un peu une mise en perspective du projet d’ensemble : montrez ce que vous avez pu tirer comme enseignements de cette recherche).

Rappel

La soutenance de mémoire de TPE n’est pas un résumé du travail écrit mais un exposé oral permettant d’éclairer l’ensemble de votre démarche.

                

Deux défauts à éviter à tout prix :
le « par cœur » et la lecture des notes…

N’oubliez pas non plus qu’il s’agit d’une épreuve orale : cela exclut toute lecture prolongée. Bien entendu, s’il est recommandé de vous aider de notes personnelles —sur lesquelles vous jetterez un coup d’œil en cas de besoin— cela doit rester néanmoins ponctuel. L’épreuve étant orale, le jury attend davantage un exposé puis un entretien effectués de façon vivante et argumentée. Pensez à parler haut et fort, en regardant chaque membre du jury : ne vous noyez pas dans les détails, allez rapidement à l’essentiel en mettant les informations particulières en perspective avec un questionnement plus global.

La qualité de votre expression orale est également déterminante : attention à un style trop relâché, ou familier. Privilégiez au contraire le lexique soutenu. Montrez-vous par ailleurs spontané, naturel, convaincant, impliqué dans ce que vous dites, concerné par ce que vous avez fait : rien n’est pire qu’un candidat qui fait preuve de relâchement, d’indifférence, ou qui donne l’impression de n’avoir effectué un travail que par obligation scolaire (« les-professeurs-m’ont-demandé-de »), et qui une fois la note attribuée se désintéresse complètement de ce qu’il a écrit. Attention aussi à respecter le temps qui vous est imparti : c’est la raison pour laquelle je vous recommande de ne traiter qu’une sélection de points importants plutôt que de vouloir tout dire (pour finalement ne rien dire du tout).

L’utilisation des supports pendant votre intervention

Vous avez tout à fait le droit de présenter au jury des documents d’accompagnement : par exemple des transparents, des supports papier en annexe, des documents présentés à l’ordinateur, etc. Mais attention toutefois : si ces documents sont utiles pour illustrer une démonstration ou pour éclairer des aspects particuliers de votre exposé, ils ne doivent en aucun cas remplacer l’exposé ou se substituer à vous. Vous devez donc limiter leur exploitation. Attention en particulier aux séquences vidéo, aux images : rien n’est pire qu’un candidat qui montre une vidéo de 2 minutes en l’illustrant finalement par une phrase explicative de quelques secondes. Allez toujours à l’essentiel en problématisant, c’est-à-dire en situant votre démarche dans un questionnement pertinent.

Concernant les transparents, ou une présentation à l’écran, évitez le plus possible le texte rédigé : surtout pas de phrases, ce qui amènerait le jury à devoir lire un texte (ce qu’il ne fera pas de toute façon) : privilégiez plutôt les titres ou quelques mots-clés que vous commenterez de vive voix : limitez-vous par exemple à une idée majeure par transparent, débouchant sur quelques idées secondaires que vous exprimerez ensuite par oral. Une préparation s’impose donc : faites-la chez vous individuellement mais également en groupe si vous le pouvez. Veillez à organiser au préalable entre les membres du groupe le passage de parole et la coordination dans la présentation des informations.

L’entretien avec le jury

Une fois que vous aurez terminé votre exposé, les membres du jury vous poseront un certain nombre de questions. Ne vous précipitez pas pour répondre. Prenez tout d’abord le temps de bien comprendre la question posée et répondez-y de manière claire, sans vous laisser gagner par le stress ou l’appréhension. Si vous n’avez pas bien compris une question, demandez poliment à ce qu’elle soit reformulée. Pensez aussi à vous munir d’un papier et d’un stylo : si la question comporte par exemple des sous-questions, notez-les brièvement afin de répondre plus efficacement. De même, si un conseil vous est donné, pensez également à le noter. Enfin, adoptez toujours une attitude positive, dynamique et consensuelle, ayez également une bonne image de vous-même, quel que soit le résultat.

Bonne chance à toutes et à tous !

Bruno Rigolt

            
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TP Seconde 6 Sémiologie de l’image publicitaire. Lave-linge Electrolux.

Ce support de cours est destiné en priorité à la classe de Seconde 6 qui prépare actuellement une série d’analyses sur la sémiologie de l’image publicitaire en vue d’un projet d’écriture collectif. Cette quatrième analyse d’image vous permettra, si vous la lisez attentivement, de voir comment il est possible de réinvestir plusieurs notions apprises en cours (Fonctions du langage, énonciation, valeur des temps, etc.).

Ce travail s’inspire d’une étude menée en 2008 avec les étudiantes BTS AG-PME 1ère année dans le cadre de mon cours de Culture générale et Expression française.

Copyright

© Toutes les marques citées dans cette étude sont déposées. Les publicités et les différents éléments qui les composent (logos, messages linguistiques et iconiques) sont la propriété de leurs détenteurs respectifs.
    
Merci à eux d’en permettre l’exploitation à des fins pédagogiques.

        
Analyses précédentes…
               
  •  Présentation du TP “Sémiologie de l’image publicitaire” : cliquez ici.
  •  Pour voir l’analyse d’image de la Lancia Musa), cliquez ici.
  •  Pour voir l’analyse d’image du parfum Princess de Vera Wang, cliquez ici.
 
  •  Pour voir l’analyse d’image du Touran de Volkswagen, cliquez ici.
         

Exemple d’analyse de publicité : 
lave-linge Électrolux

electrolux_all.1291303922.jpg

                

Contexte

Cette publicité pour un lave-linge a de quoi surprendre. Publiée dans le magazine Elle du 22 octobre 2007, elle se borne en apparence à présenter le plus sobrement possible le produit. Celui-ci est situé pratiquement au centre du cadre de l’image. C’est la construction axiale qui est privilégiée puisqu’elle place le lave-linge dans l’axe du regard. Mais en étant particulièrement attentif, on voit également une construction en Z avec de nombreux points de fixation permettant d’orienter le regard du lecteur. Tout un jeu graphique le pousse à déplacer son regard de points de fixation en points de fixation. Plus qu’une construction axiale (qui apparaît de prime abord), c’est donc davantage une construction séquentielle qui est privilégiée. Le but est d’amener le regard à embrasser un nombre élevé de signes afin d’élargir l’angle de vision. On peut ici parler d’une véritable « stratégie du regard » qui s’accompagne d’une stratégie sémantique d’accès au sens (donc du signifiant au signifié).

 

electrolux_1.1291304553.jpg

Les éléments qui composent l’image

Tout en haut, en partant de la gauche se trouve l’accroche : « Nous pensions… ». Au centre de l’image apparaît le lave-linge. Latéralement, un énorme bouton, très disproportionné, attire immédiatement le regard de par sa taille et sa position invraisemblable. electrolux_2.1291307455.jpgCe bouton est placé de façon stratégique pour devenir le point de fixation incontournable de l’image : tous les éléments convergent vers lui. electrolux_3.1291307556.jpgLe hublot de la machine est également le fruit d’un photomontage : il évoque en fait un minuteur. Pour ne pas surcharger (et amener inutilement une perte du sens),  il n’y a aucune mise en situation du produit. Le fond est volontairement neutre, bien que les ombres aient leur importance : elles ajoutent de la profondeur de champ, donc de la perspective. L’absence de détails, d’objets disparates est également un facteur clé : le public ressent l’impression que « c’est simple », qu’on ne cherche pas à le tromper. Sous le lave-linge est placé l’argumentaire qui renseigne opportunément  sur le fameux bouton et le « hublot-minuteur » : nous apprenons qu’il s’agit d’une fonction exclusive « Time manager » censée adapter le temps de lavage aux besoins de la personne. En bas à droite, le logo, le nom de la marque ainsi que le slogan se trouvent mis en situation grâce à une forme elliptique dont la rotondité (qui rappelle le gros bouton et le hublot) contraste avec la géométrie assez carrée et angulaire de l’ensemble.

L’art du paradoxe

Un paradoxe est une idée qui va contre l’opinion communément admise. Or, la « doxa » populaire voudrait que l’idée de diminution de temps s’accompagne conséquemment d’une minimalisation des accessoires. Or c’est tout le contraire : en les surdimensionnant, la machine paraît du même coup très petite. À un niveau symbolique, cela semble également accorder une place importante à la variable « espace » et au « temps ». Dans la vie quotidienne de la ménagère en effet, c’est bien le manque d’espace et le manque de temps qui vont conditionner l’acte d’achat.

« Nous pensions… » L’exploitation de la modalisation

Voilà une accroche pour le moins originale. Présentée comme la suite du texte dans une police neutre sans empâtement pour bien mettre en valeur les signifiants, elle se présente plutôt comme une suggestion. electrolux_4.1291307836.jpgLe choix de l’imparfait à une valeur d’étalement dans le temps, très descriptive. On peut noter également qu’il a ici une valeur de modalisation qui atténue l’affirmation : « C’est à vous de décider… ». Le choix du verbe (verbe modalisateur) est également intéressant. L’action est exprimée ici par un verbe d’état qui a une valeur assez suggestive. De fait, le verbe « penser » évoque davantage un état d’esprit, un sentiment qui fait appel à la subjectivité ; il est presque synonyme de « méditer » ou « d’imaginer ». La cible du magazine Elle, essentiellement féminine, ne peut qu’être séduite par cette accroche séduisante, non agressive, qui semble amener un hors-champ narratif : dans la vie quotidienne de plus en plus stressante, où le présent, l’impératif, ou le subjonctif dominent, l’imparfait amène à « imaginer » un monde plus harmonieux, en rupture avec un cliché lié au monde moderne selon lequel l’individu serait dominé par la machine, écrasé par les rythmes, les cadences de travail. On pourrait aussi remarquer l’importance des points de suspension qui confèrent à l’énoncé une valeur ouverte, affective, sans clore la phrase sur elle-même. Enfin, cette accroche évoque le slogan de la marque rappelé au-dessus du logo : « Thinking of you » (« On pense à vous »).

La suite de l’accroche ne fait que confirmer ce premier constat par la redondance de l’idée : « C’est à vous de décider du temps de lavage, pas à votre machine ». Ici s’impose de façon sous-jacente le thème du refus d’un quelconque asservissement de l’individu à la machine. On pourrait également faire remarquer qu’à l’aspect ouvert et dialogique du début de l’accroche (« Nous pensions ») succède ici une phrase beaucoup plus injonctive et péremptoire qui met l’accent sur la composante conative et pédagogique : « C’est à vous ». L’argumentaire situé en bas à gauche sert d’explicitation : « vous adaptez », « vous pouvez », « soyez tranquille » : toutes ces expressions à visée métalinguistique visent à rassurer le consommateur. Face à tant de qualités, celui-ci ne peut qu’être séduit par un produit censé lui accorder la première place dans le processus décisionnel mais qui en réalité « fait à la place » ! Qu’importe ! Notre inconscient de consommateur ne demande qu’une chose : pouvoir utiliser un produit de façon simple, intuitive, sans se transformer en analyste-programmeur !

Les indices de personne

Au niveau de l’énonciation, la multiplication du « vous » interpelle directement le consommateur et vise à la persuasion. Tout l’argumentaire est en effet fortement conatif, mais les phrases sont pleines de nuances, et introduisent le lecteur dans le cadre d’un scénario narratif :

« Alors, vous adaptez vos lessive à votre planning… Vous pouvez ainsi gagner jusqu’à 1h45 min… Et soyez tranquilles… »

Le public s’imagine ainsi ce qu’il ferait s’il avait cette machine. Or, tout est conçu pour que la vie paraisse réglée d’avance, sans mauvaise surprise ; la fin de l’argumentaire est tout à fait claire : l’expression « toujours aussi » amène un point de vue itératif (valeur d’habitude) : les lavages semblent se répéter et c’est « toujours aussi impeccable ». À l’exploit technologique, trop événementiel et limité dans le temps, les publicitaires ont privilégié plutôt une temporalité longue : imparfait à valeur durative et présent de généralité confèrent au produit une sorte de reconnaissance, d’universalité et d’omnitemporalité, le faisant échapper ainsi à l’aspect « phénomène de mode » et « passager » du gadget.

« Science sans conscience »…

Pour terminer cette étude, consacrons quelques lignes au logo et au visuel de la marque. Contrastant avec la structure assez  carrée de l’image, la forme elliptique suggère ici une sorte de retour aux valeurs fondamentales de l’être humain : trop aller de l’avant est suicidaire si le progrès n’est pas maîtrisé par l’homme. Comme on le voit, cette electrolux_7.1291318555.jpgpublicité possède une dimension éthique forte puisqu’elle met en avant des valeurs morales inscrivant le progrès technologique dans une réflexion sur le sens de nos actions, et implicitement sur l’environnement. D’où le slogan « On pense à vous » hautement polysémique : facilitation de la vie quotidienne, simplification des tâches ménagères, et lutte contre le gaspillage. Le verbe « penser » est très important ici : il signifie « concevoir », « réfléchir », « créer », autant de mots qui connotent l’engagement presque  éthique, au sens de « ne pas oublier » un devoir fondamental de l’être humain. Il inscrit ainsi le signifié de la marque dans un nouvel humanisme qui place les valeurs humaines et environnementales au centre de nos préoccupations quotidiennes. Le slogan rappelle également et prolonge la phrase d’accroche « Nous pensions ». Mais à l’imparfait succède ici le présent de vérité générale. Enfin, le verbe « penser » évoque le fameux « cogito » cartésien (« Je pense donc je suis » : la répétition du verbe place le lecteur dans une perspective essentialiste (un consommateur du troisième millénaire qui sent, qui ressent, qui doute). La publicité lui propose ainsi une réponse rationnelle et objective qui justifie le choix du produit comme réponse aux doutes et aux incertitudes du consommateur.

Le logo de la marque

Quant au logo de la marque, il est en parfaite cohérence avec la symbolique de l’ensemble : le cercle, symbole de temps, évoque le monde electrolux_6.1291308574.jpgdans sa totalité signifiante, à la fois multiple et unique. La flèche stylisée est tournée vers la gauche comme pour situer la marque dans une perspective identitaire intergénérationnelle. La ligne verticale qui clôt le motif semble ici répondre à une préoccupation morale, suggérant la droiture et l’éthique du progrès technologique qui doit être maîtrisé rationnellement. Le logo s’insère en outre dans un fond très codé au niveau de la couleur : le gris bleuté assez clair connote bien les aspects environnementaux qui préoccupent les nouveaux consommateurs.

« Science sans conscience »… Tel semble bien être le slogan implicite de cette publicité, dont la simplicité même est pourtant si complexe à déchiffrer…

Bruno Rigolt

____________

Crédits
NetÉtiquette : article protégé par copyright ; la diffusion publique est autorisée sous réserve d’indiquer le nom de l’auteur ainsi que la source : http://brunorigolt.blog.lemonde.fr/2010/12/02/tp-seconde-6-semiologie-de-limage-publicitaire-lave-linge-electrolux/

Copyright : toutes les marques citées dans cette étude sont déposées. Les publicités et les différents éléments qui les composent (logos, messages linguistiques et iconiques) sont la propriété de leurs détenteurs respectifs.

Merci à eux d’en permettre l’exploitation à des fins pédagogiques.

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© Bruno Rigolt, (EPC/Lycée en Forêt, Montargis, France), février 2008, décembre 2010

TP Seconde 6 Sémiologie de l'image publicitaire. Lave-linge Electrolux.

Ce support de cours est destiné en priorité à la classe de Seconde 6 qui prépare actuellement une série d’analyses sur la sémiologie de l’image publicitaire en vue d’un projet d’écriture collectif. Cette quatrième analyse d’image vous permettra, si vous la lisez attentivement, de voir comment il est possible de réinvestir plusieurs notions apprises en cours (Fonctions du langage, énonciation, valeur des temps, etc.).

Ce travail s’inspire d’une étude menée en 2008 avec les étudiantes BTS AG-PME 1ère année dans le cadre de mon cours de Culture générale et Expression française.

Copyright

© Toutes les marques citées dans cette étude sont déposées. Les publicités et les différents éléments qui les composent (logos, messages linguistiques et iconiques) sont la propriété de leurs détenteurs respectifs.
    
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Exemple d’analyse de publicité : 
lave-linge Électrolux

electrolux_all.1291303922.jpg

                

Contexte

Cette publicité pour un lave-linge a de quoi surprendre. Publiée dans le magazine Elle du 22 octobre 2007, elle se borne en apparence à présenter le plus sobrement possible le produit. Celui-ci est situé pratiquement au centre du cadre de l’image. C’est la construction axiale qui est privilégiée puisqu’elle place le lave-linge dans l’axe du regard. Mais en étant particulièrement attentif, on voit également une construction en Z avec de nombreux points de fixation permettant d’orienter le regard du lecteur. Tout un jeu graphique le pousse à déplacer son regard de points de fixation en points de fixation. Plus qu’une construction axiale (qui apparaît de prime abord), c’est donc davantage une construction séquentielle qui est privilégiée. Le but est d’amener le regard à embrasser un nombre élevé de signes afin d’élargir l’angle de vision. On peut ici parler d’une véritable « stratégie du regard » qui s’accompagne d’une stratégie sémantique d’accès au sens (donc du signifiant au signifié).

 

electrolux_1.1291304553.jpg

Les éléments qui composent l’image

Tout en haut, en partant de la gauche se trouve l’accroche : « Nous pensions… ». Au centre de l’image apparaît le lave-linge. Latéralement, un énorme bouton, très disproportionné, attire immédiatement le regard de par sa taille et sa position invraisemblable. electrolux_2.1291307455.jpgCe bouton est placé de façon stratégique pour devenir le point de fixation incontournable de l’image : tous les éléments convergent vers lui. electrolux_3.1291307556.jpgLe hublot de la machine est également le fruit d’un photomontage : il évoque en fait un minuteur. Pour ne pas surcharger (et amener inutilement une perte du sens),  il n’y a aucune mise en situation du produit. Le fond est volontairement neutre, bien que les ombres aient leur importance : elles ajoutent de la profondeur de champ, donc de la perspective. L’absence de détails, d’objets disparates est également un facteur clé : le public ressent l’impression que « c’est simple », qu’on ne cherche pas à le tromper. Sous le lave-linge est placé l’argumentaire qui renseigne opportunément  sur le fameux bouton et le « hublot-minuteur » : nous apprenons qu’il s’agit d’une fonction exclusive « Time manager » censée adapter le temps de lavage aux besoins de la personne. En bas à droite, le logo, le nom de la marque ainsi que le slogan se trouvent mis en situation grâce à une forme elliptique dont la rotondité (qui rappelle le gros bouton et le hublot) contraste avec la géométrie assez carrée et angulaire de l’ensemble.

L’art du paradoxe

Un paradoxe est une idée qui va contre l’opinion communément admise. Or, la « doxa » populaire voudrait que l’idée de diminution de temps s’accompagne conséquemment d’une minimalisation des accessoires. Or c’est tout le contraire : en les surdimensionnant, la machine paraît du même coup très petite. À un niveau symbolique, cela semble également accorder une place importante à la variable « espace » et au « temps ». Dans la vie quotidienne de la ménagère en effet, c’est bien le manque d’espace et le manque de temps qui vont conditionner l’acte d’achat.

« Nous pensions… » L’exploitation de la modalisation

Voilà une accroche pour le moins originale. Présentée comme la suite du texte dans une police neutre sans empâtement pour bien mettre en valeur les signifiants, elle se présente plutôt comme une suggestion. electrolux_4.1291307836.jpgLe choix de l’imparfait à une valeur d’étalement dans le temps, très descriptive. On peut noter également qu’il a ici une valeur de modalisation qui atténue l’affirmation : « C’est à vous de décider… ». Le choix du verbe (verbe modalisateur) est également intéressant. L’action est exprimée ici par un verbe d’état qui a une valeur assez suggestive. De fait, le verbe « penser » évoque davantage un état d’esprit, un sentiment qui fait appel à la subjectivité ; il est presque synonyme de « méditer » ou « d’imaginer ». La cible du magazine Elle, essentiellement féminine, ne peut qu’être séduite par cette accroche séduisante, non agressive, qui semble amener un hors-champ narratif : dans la vie quotidienne de plus en plus stressante, où le présent, l’impératif, ou le subjonctif dominent, l’imparfait amène à « imaginer » un monde plus harmonieux, en rupture avec un cliché lié au monde moderne selon lequel l’individu serait dominé par la machine, écrasé par les rythmes, les cadences de travail. On pourrait aussi remarquer l’importance des points de suspension qui confèrent à l’énoncé une valeur ouverte, affective, sans clore la phrase sur elle-même. Enfin, cette accroche évoque le slogan de la marque rappelé au-dessus du logo : « Thinking of you » (« On pense à vous »).

La suite de l’accroche ne fait que confirmer ce premier constat par la redondance de l’idée : « C’est à vous de décider du temps de lavage, pas à votre machine ». Ici s’impose de façon sous-jacente le thème du refus d’un quelconque asservissement de l’individu à la machine. On pourrait également faire remarquer qu’à l’aspect ouvert et dialogique du début de l’accroche (« Nous pensions ») succède ici une phrase beaucoup plus injonctive et péremptoire qui met l’accent sur la composante conative et pédagogique : « C’est à vous ». L’argumentaire situé en bas à gauche sert d’explicitation : « vous adaptez », « vous pouvez », « soyez tranquille » : toutes ces expressions à visée métalinguistique visent à rassurer le consommateur. Face à tant de qualités, celui-ci ne peut qu’être séduit par un produit censé lui accorder la première place dans le processus décisionnel mais qui en réalité « fait à la place » ! Qu’importe ! Notre inconscient de consommateur ne demande qu’une chose : pouvoir utiliser un produit de façon simple, intuitive, sans se transformer en analyste-programmeur !

Les indices de personne

Au niveau de l’énonciation, la multiplication du « vous » interpelle directement le consommateur et vise à la persuasion. Tout l’argumentaire est en effet fortement conatif, mais les phrases sont pleines de nuances, et introduisent le lecteur dans le cadre d’un scénario narratif :

« Alors, vous adaptez vos lessive à votre planning… Vous pouvez ainsi gagner jusqu’à 1h45 min… Et soyez tranquilles… »

Le public s’imagine ainsi ce qu’il ferait s’il avait cette machine. Or, tout est conçu pour que la vie paraisse réglée d’avance, sans mauvaise surprise ; la fin de l’argumentaire est tout à fait claire : l’expression « toujours aussi » amène un point de vue itératif (valeur d’habitude) : les lavages semblent se répéter et c’est « toujours aussi impeccable ». À l’exploit technologique, trop événementiel et limité dans le temps, les publicitaires ont privilégié plutôt une temporalité longue : imparfait à valeur durative et présent de généralité confèrent au produit une sorte de reconnaissance, d’universalité et d’omnitemporalité, le faisant échapper ainsi à l’aspect « phénomène de mode » et « passager » du gadget.

« Science sans conscience »…

Pour terminer cette étude, consacrons quelques lignes au logo et au visuel de la marque. Contrastant avec la structure assez  carrée de l’image, la forme elliptique suggère ici une sorte de retour aux valeurs fondamentales de l’être humain : trop aller de l’avant est suicidaire si le progrès n’est pas maîtrisé par l’homme. Comme on le voit, cette electrolux_7.1291318555.jpgpublicité possède une dimension éthique forte puisqu’elle met en avant des valeurs morales inscrivant le progrès technologique dans une réflexion sur le sens de nos actions, et implicitement sur l’environnement. D’où le slogan « On pense à vous » hautement polysémique : facilitation de la vie quotidienne, simplification des tâches ménagères, et lutte contre le gaspillage. Le verbe « penser » est très important ici : il signifie « concevoir », « réfléchir », « créer », autant de mots qui connotent l’engagement presque  éthique, au sens de « ne pas oublier » un devoir fondamental de l’être humain. Il inscrit ainsi le signifié de la marque dans un nouvel humanisme qui place les valeurs humaines et environnementales au centre de nos préoccupations quotidiennes. Le slogan rappelle également et prolonge la phrase d’accroche « Nous pensions ». Mais à l’imparfait succède ici le présent de vérité générale. Enfin, le verbe « penser » évoque le fameux « cogito » cartésien (« Je pense donc je suis » : la répétition du verbe place le lecteur dans une perspective essentialiste (un consommateur du troisième millénaire qui sent, qui ressent, qui doute). La publicité lui propose ainsi une réponse rationnelle et objective qui justifie le choix du produit comme réponse aux doutes et aux incertitudes du consommateur.

Le logo de la marque

Quant au logo de la marque, il est en parfaite cohérence avec la symbolique de l’ensemble : le cercle, symbole de temps, évoque le monde electrolux_6.1291308574.jpgdans sa totalité signifiante, à la fois multiple et unique. La flèche stylisée est tournée vers la gauche comme pour situer la marque dans une perspective identitaire intergénérationnelle. La ligne verticale qui clôt le motif semble ici répondre à une préoccupation morale, suggérant la droiture et l’éthique du progrès technologique qui doit être maîtrisé rationnellement. Le logo s’insère en outre dans un fond très codé au niveau de la couleur : le gris bleuté assez clair connote bien les aspects environnementaux qui préoccupent les nouveaux consommateurs.

« Science sans conscience »… Tel semble bien être le slogan implicite de cette publicité, dont la simplicité même est pourtant si complexe à déchiffrer…

Bruno Rigolt
____________

Crédits
NetÉtiquette : article protégé par copyright ; la diffusion publique est autorisée sous réserve d’indiquer le nom de l’auteur ainsi que la source : http://brunorigolt.blog.lemonde.fr/2010/12/02/tp-seconde-6-semiologie-de-limage-publicitaire-lave-linge-electrolux/

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© Bruno Rigolt, (EPC/Lycée en Forêt, Montargis, France), février 2008, décembre 2010

Bac blanc du 28 janvier 2010 "La Poésie" Corrigé de l'écrit d'invention

Corrigé
de l’écriture d’invention

 

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arrow.1242450507.jpg Rappel du sujet : imaginez un dialogue entre le poète baudelairien et un des “hommes d’équipage” représentant une société sourde à la poésie.

 

arrow.1242450507.jpg Bien comprendre le sujet

La première erreur consistait (selon moi) à faire intervenir la question des albatros dans ce dialogue. De fait, l’oiseau est une allégorie dans le poème, or de nombreux élèves ont oublié cette dimension métaphorique essentielle et ont fait porter le débat sur le thème : « est-il légitime de torturer les albatros ? », perdant de vue par la même occasion l’objet d’étude qui leur était proposé (la poésie) ainsi que la problématique amenée par le corpus sur le statut et la mission du poète dans la société.

L’autre erreur, que j’ai commentée dans le Rapport de correction du Bac blanc, a été de rédiger tout de suite (même au brouillon : là n’est pas la question) : les élèves sont ainsi partis sur du narratif alors qu’il fallait centrer le dialogue sur de l’argumentatif. Il convenait donc de problématiser, c’est-à-dire d’identifier la logique propre au sujet, en le replaçant dans un contexte particulier, qui ne prenait son sens qu’au sein de la problématique d’ensemble de la poésie (« quête du sens »).

Le dialogue amenait ainsi implicitement à un questionnement essentiel : à quoi sert la poésie dans une « société sourde » à son message ? Si l’on n’avait pas compris cela, on répondait évidemment à côté de la question. Rappelez-vous que le sujet posé vous demandera toujours, a fortiori un jour d’examen, d’exploiter vos connaissances. Si vous ne pensez pas à utiliser votre apprentissage du cours, votre culture générale ou les thèmes, idées, procédés, etc. proposés dans le corpus, vous passerez à côté du sujet.

La première chose à faire consistait à dresser un tableau en deux colonnes, en suivant l’intitulé du sujet qui vous proposait une indication de plan. Implicitement, le libellé amenait à valoriser les arguments du poète baudelairien. De fait, l’adjectif « sourde » contient une connotation péjorative évidente puis qu’il évoque l’idée d’un système obtus et fermé. Cela dit, rien n’empêchait de valoriser les arguments du marin (ce que j’ai personnellement fait). Beaucoup de candidats ont cantonné ce personnage dans un rôle de « charretier » tueur d’albatros : cela donnait parfois des propos à la limite de la caricature, qui faisaient tomber le travail dans le manichéisme le plus étroit.

 Le poète baudelairien = homme révolté (Idéalisme) L’homme d’équipage = société sourde à la poésie (Réalisme)
 arguments arguments

 

arrow.1242450507.jpg L’élaboration du plan

Ensuite, il fallait se rappeler bien entendu les thèmes chers à Baudelaire. On pouvait élargir au Romantisme, au Symbolisme (voire au Surréalisme). Il était non moins important de confronter dialogiquement ces thèmes au contexte culturel et social, en prenant pour référence la Révolution industrielle, dominée par les progrès de la science et le Réalisme. L’expression assez large de « poète baudelairien », dans le libellé du sujet, permettait d’ouvrir, si le candidat le souhaitait, à d’autres périodes, plus contemporaines : ainsi beaucoup de groupes néogothiques, punk ou hard rock, dans leur différenciation sociale et leur goût pour la décadence, se sont réclamés d’un individualisme antisocial, d’un lyrisme et d’une mélancolie hérités de Baudelaire : c’était l’occasion —pourquoi pas— d’exploiter, avec prudence et discernement certes, son éventuelle culture personnelle.

Le poète baudelairien = homme révolté = Idéalisme L’homme d’équipage = société sourde à la poésie = Réalisme

Thème de l’évasion et du voyage pour échapper aux tourments du spleen (≠idéal) cf. Baudelaire, Mallarmé

La société obéit à des lois, à des règles : les méconnaître ou les transgresser, c’est amener à la décomposition sociale et à l’anarchie

Culte du moi : du paysage au « paysage intérieur » du poète

Quel est l’intérêt d’une poésie qui ne peut être ressentie que par une minorité ? La poésie souffre d’une exagération de l’individualisme.

Recherche de l’Amour (surtout idéalisé) : rêve, beauté, attirance pour la mort, etc. La poésie nous met en contact avec les aspects mystérieux du monde = importance de l’allégorie (refus du monde, orientation vers le symbole)

La poésie ne peut pas, à elle seule, changer le monde. Enthousiasme du progrès. Produire de l’utile et de la richesse matérielle, c’est produire de la richesse (satisfaction personnelle et gratifications matérielles).

Le poète « prophète » et le « poète voyant » (cf. Rimbaud) : rêverie, « hallucinations », regret d’une vie antérieure (unité originelle, paradis perdu de l’enfance), recherche de l’infini, désir de l’impossible, etc.

Éloge d’une société dominée par la technique et les valeurs rationnelles, qui sont des éléments d’accès au bonheur (par opposition à une poésie triste et souvent négative, qui se complait dans des rêves stériles)

« Réenchanter » le monde (« Rétablir, au cœur de la vie humaine, les moments « enchantés », effacés par la civilisation : cf. Rimbaud)

Le capitalisme (utilitariste) opposé à l’inutilité de l’Art (cf. l’art pour l’art). La poésie ne peut pas répondre aux besoins et aux aspirations de la société : il faut cesser de chanter la nostalgie.

 

arrow.1242450507.jpg L’élaboration du dialogue

Une fois que le plan était rapidement fait, il suffisait d’intégrer au moment de recopier les éléments caractéristiques du dialogue ainsi que le style :

  • typographie et mise en forme ;
  • discours direct ;
  • verbes de paroles pour introduire les discours, verbes concessifs, adverbes modalisateurs ;
  • tournures concessives (afin d’articuler le raisonnement à une pensée qui lui est extérieure ou opposée) ;
  • registres : éloge, blâme, polémique, etc.
  • éléments de rhétorique : apostrophes, gradations ternaires, anaphores, parallélismes, interrogations oratoires, etc.

 

arrow.1242450507.jpg Corrigé rédigé

 

— Cher Monsieur Baudelaire, me ferez-vous l’honneur de dîner en ma compagnie ?

C’était la première fois depuis l’appareillage que le capitaine de l’Île Bourbon, un steamer à faire pâlir d’envie la marine britannique, s’adressait directement au poète. Contre toute attente, Baudelaire accepta l’invitation et ils se retrouvèrent dans la rutilante salle à manger, dont les boiseries en bois d’acajou et de citronnier lui donnaient un charme exotique indéfinissable. Ce n’est que tard dans la soirée, bien après la fin du repas, que les langues se délièrent au fumoir sous l’effet des alcools.

— Voyez-vous, cher ami, s’exclama avec emphase le capitaine, mon travail sur l’Île Bourbon, au-delà de ses gratifications matérielles, est source d’une profonde satisfaction personnelle. L’emploi de la vapeur doit en effet changer les destinées collectives : dans deux jours exactement, j’aurai parcouru en une année trois fois les mers de l’Inde. Que les partisans de la voile en disent autant ! Je me flatte d’être de mon temps, moi !

Ces dernières paroles furent prononcées en détachant chaque mot, et l’auteur des Paradis artificiels, échauffé qu’il fût par l’enivrement de l’opium, crut bon de ne pas relever l’invective : « Oui je vous envie, l’évasion et le voyage sont pour moi-même des échappatoires au monde, et d’ailleurs… »

— Permettez, permettez ! Je ne parlais pas d’échappatoire. Je ne suis pas dans les tourments du spleen, croyez-moi, mon cher !

— Vous l’êtes, s’exclama Baudelaire se sentant pris à parti. Vous ne vous en rendez même pas compte mais tous vos propos font l’éloge de la révolution industrielle. Vous ne pouvez pas vous empêcher de parler de distances parcourues, de rendements, de gratifications et de profit. Elle est belle la Révolution industrielle, mais la prospérité matérielle ne fait qu’annoncer la crise !

Les prunelles vibrantes de colère, le capitaine s’emporta :

— Culte du moi, fantasme d’individualisme ! Vous vivez dans un temps qui est fait de chimères ! Parlez-moi de votre métier, voulez-vous ? Vous faîtes des « voyages » et écrivez des « poèmes » ! La belle occupation ! Moi Monsieur, je transporte du coton, du blé, du fer jusqu’aux confins de l’Occident ! Moi et mes hommes travaillons au bien être de la société. Car figurez-vous —pardonnez-moi de vous le rappeler— que la société obéit à des lois, à des règles : les méconnaître ou les transgresser, c’est amener à la décomposition sociale et à l’anarchie !

— Vous et vos hommes comme vous dites, ne pensez qu’à humilier autrui, vous ne faites pas des voyages, vous parcourez des distances ! Vous ne produisez pas des richesses, vous appauvrissez le cœur et l’esprit, vous les soumettez au rendement. « Culte du moi » dites-vous. Quant à vous ? Culte du profit ! De la division du travail ! Société sans goût, impénétrable au sens mystérieux des aspects de l’existence ! Dans ces conditions, oui, je préfère le retranchement dans l’individualisme.

Le commandant de l’Île Bourbon fulminait : « Quel est donc, je vous le demande, l’intérêt d’une poésie qui ne peut être ressentie que par une minorité ? Vous et autres Romantiques souffrez d’une exagération de l’individualisme ! Vous me faites penser à Rousseau, tenez ! Un « promeneur solitaire », voilà ce que vous êtes. La promenade quand le monde est en marche ! L’oisiveté quand le progrès humain est à l’œuvre ! »

— Comme vous parlez Monsieur ! Individualisme ne saurait vouloir dire solitude ! Il me permet de ne point m’arrêter à la surface des choses, et de mieux observer. Depuis mon départ, je suis attentif à chacun, chaque visage qui passe, je le vois. J’ai vu vos hommes souffrir sous le joug de l’airain et du fer, je les ai vus martyriser des albatros ! Un jour peut-être le dira-t-on : « le poète est voyant ». Voilà quel est mon métier : moi, je vois, Monsieur, j’observe !

— Allons bon, voulut tempérer le capitaine qui réalisait que la conversation avait pris un tour déplacé, je ne vous en veux pas mon cher Baudelaire de vouloir enchanter le monde avec vos vers, mais reconnaissez-le : la poésie ne peut pas, à elle seule, changer le monde. Oui, je suis enthousiaste du progrès, pourquoi le nier ? Produire de l’utile et de la richesse matérielle, c’est produire du bien-être, qui de plus profite au peuple, quoi que vous en doutiez apparemment !

Baudelaire regarda le rhum ambré qui teintait le fond de son verre. Il ne répondit pas tout de suite. Par le hublot s’apercevaient quelques îlots sur la mer.

— Vous regardez les atolls ? S’enquit le capitaine. Savez-vous que l’océan Indien compte six à sept mille îlots, sans compter ceux autour du Sri Lanka et de Madagascar, et des atolls par milliers. Vous voyez, cher Monsieur, je peux moi aussi être sensible à la beauté des choses !

À cet instant, une jeune femme les croisa. C’était une occidentale, mais son visage était ocré par un mélange de curcuma et d’eau. Ses yeux, soulignés par un trait de khôl lui donnaient l’indicible apparence d’une statue antique.

— Je vois que notre poète maudit n’est pas insensible à la beauté !

Baudelaire se contenta de murmurer, comme s’il se parlait à lui-même : « Je l’aimerais volontiers déesse et immortelle. La femme comme la poésie nous met en contact avec les aspects mystérieux du monde ». Puis il ajouta tout haut : « Détrompez-vous, cher ami, ce n’est pas la femme que je vois, c’est le symbole ».

— On dit ça !

— Vous ne me ferez pas dire ce que je ne pense pas, même avec le rhum, mon cher. Non, croyez-moi, en réalité quand j’ai vu cette femme, j’avais… Comment vous dire… le regret d’une vie antérieure, d’une vérité authentique, profonde. Son visage était si pur qu’il figurait presque le paradis perdu de l’enfance, auquel nous aspirons tous, n’est-il pas vrai ? Ah ! Mon Dieu… Recherche de l’infini, désir de l’impossible… Voici les vrais triomphes de la poésie !

Les yeux soudain perdus dans le vague des atolls, le poète semblait s’attrister : il regardait autour de lui comme s’il était dans un autre monde. Le capitaine crut bon d’intervenir :

— Certes, Baudelaire, je vous le concède, oui je fais l’éloge d’une société dominée par la technique et les valeurs rationnelles. Mais c’est mon tempérament. Et puis je vous dirai que pour moi, ce sont des éléments d’accès au bonheur. Regardez où vous mène votre antinaturalisme et votre vaine quête de l’idéal ! Vous êtes triste et négatif depuis le début du voyage… Et ne croyez pas que vous êtes le seul à « voir » comme vous dites. Moi aussi, je vous ai observé, mon cher, vous vous complaisez dans des rêves stériles ! Ne m’en veuillez pas, mais le capitalisme auquel vous semblez farouchement opposé parce qu’il est utilitariste, est quand même salutaire : sans mon Vapeur, comment seriez-vous allé à la Réunion ? Il faut cesser de chanter la nostalgie. La poésie ne peut pas répondre aux besoins et aux aspirations de la société : reconnaissez-le !

Baudelaire de nouveau, contemplait la mer. On n’entendait que le clapotis des vagues contre les flancs du navire et sous la carène. Des étoiles fugitives traçaient l’immensité des cieux et même le capitaine sembla soudain attentif au spectacle de la nuit.

— Vous regardez, n’est-ce pas ? lui dit Baudelaire, désignant les abysses. Mais voyez-vous, jamais machine ne pourra décrire l’immensité du ciel et l’immensité de ces gouffres amers. Jamais le génie technique ne pourra réenchanter le monde comme le fait le Verbe poétique. Comme la mer, la poésie échappe à la vie quotidienne dans son conformisme banal, ou alors elle perdrait son caractère d’immensité et de mystère. J’écris pour rétablir, au cœur de la vie humaine, les moments « enchantés », effacés par la civilisation…

À cet instant, un homme d’équipage entra et murmura quelques mots au capitaine qui se leva et s’excusa : on allait bientôt arriver à Port-Louis. Mais Baudelaire semblait ailleurs. Il regardait toujours l’horizon : tout là-bas, très loin, de l’autre côté de la terre, une étoile disparut à la croisée des chemins, entre l’océan Indien et le Pacifique. Comme absorbé dans ses pensées, le poète sortit de sa poche un petit carnet à spirales, il en tourna fiévreusement les pages puis écrivit sur l’une qui était encore vierge quelques mots, et un titre : « L’Étranger »…

Copyright © février 2010, Bruno Rigolt
Espace Pédagogique Contributif


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Bac blanc du 28 janvier 2010 « La Poésie » Corrigé de l’écrit d’invention

Corrigé
de l’écriture d’invention

 

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arrow.1242450507.jpg Bien comprendre le sujet

La première erreur consistait (selon moi) à faire intervenir la question des albatros dans ce dialogue. De fait, l’oiseau est une allégorie dans le poème, or de nombreux élèves ont oublié cette dimension métaphorique essentielle et ont fait porter le débat sur le thème : « est-il légitime de torturer les albatros ? », perdant de vue par la même occasion l’objet d’étude qui leur était proposé (la poésie) ainsi que la problématique amenée par le corpus sur le statut et la mission du poète dans la société.

L’autre erreur, que j’ai commentée dans le Rapport de correction du Bac blanc, a été de rédiger tout de suite (même au brouillon : là n’est pas la question) : les élèves sont ainsi partis sur du narratif alors qu’il fallait centrer le dialogue sur de l’argumentatif. Il convenait donc de problématiser, c’est-à-dire d’identifier la logique propre au sujet, en le replaçant dans un contexte particulier, qui ne prenait son sens qu’au sein de la problématique d’ensemble de la poésie (« quête du sens »).

Le dialogue amenait ainsi implicitement à un questionnement essentiel : à quoi sert la poésie dans une « société sourde » à son message ? Si l’on n’avait pas compris cela, on répondait évidemment à côté de la question. Rappelez-vous que le sujet posé vous demandera toujours, a fortiori un jour d’examen, d’exploiter vos connaissances. Si vous ne pensez pas à utiliser votre apprentissage du cours, votre culture générale ou les thèmes, idées, procédés, etc. proposés dans le corpus, vous passerez à côté du sujet.

La première chose à faire consistait à dresser un tableau en deux colonnes, en suivant l’intitulé du sujet qui vous proposait une indication de plan. Implicitement, le libellé amenait à valoriser les arguments du poète baudelairien. De fait, l’adjectif « sourde » contient une connotation péjorative évidente puis qu’il évoque l’idée d’un système obtus et fermé. Cela dit, rien n’empêchait de valoriser les arguments du marin (ce que j’ai personnellement fait). Beaucoup de candidats ont cantonné ce personnage dans un rôle de « charretier » tueur d’albatros : cela donnait parfois des propos à la limite de la caricature, qui faisaient tomber le travail dans le manichéisme le plus étroit.

 Le poète baudelairien = homme révolté (Idéalisme) L’homme d’équipage = société sourde à la poésie (Réalisme)
 arguments arguments

 

arrow.1242450507.jpg L’élaboration du plan

Ensuite, il fallait se rappeler bien entendu les thèmes chers à Baudelaire. On pouvait élargir au Romantisme, au Symbolisme (voire au Surréalisme). Il était non moins important de confronter dialogiquement ces thèmes au contexte culturel et social, en prenant pour référence la Révolution industrielle, dominée par les progrès de la science et le Réalisme. L’expression assez large de « poète baudelairien », dans le libellé du sujet, permettait d’ouvrir, si le candidat le souhaitait, à d’autres périodes, plus contemporaines : ainsi beaucoup de groupes néogothiques, punk ou hard rock, dans leur différenciation sociale et leur goût pour la décadence, se sont réclamés d’un individualisme antisocial, d’un lyrisme et d’une mélancolie hérités de Baudelaire : c’était l’occasion —pourquoi pas— d’exploiter, avec prudence et discernement certes, son éventuelle culture personnelle.

Le poète baudelairien = homme révolté = Idéalisme L’homme d’équipage = société sourde à la poésie = Réalisme

Thème de l’évasion et du voyage pour échapper aux tourments du spleen (≠idéal) cf. Baudelaire, Mallarmé

La société obéit à des lois, à des règles : les méconnaître ou les transgresser, c’est amener à la décomposition sociale et à l’anarchie

Culte du moi : du paysage au « paysage intérieur » du poète

Quel est l’intérêt d’une poésie qui ne peut être ressentie que par une minorité ? La poésie souffre d’une exagération de l’individualisme.

Recherche de l’Amour (surtout idéalisé) : rêve, beauté, attirance pour la mort, etc. La poésie nous met en contact avec les aspects mystérieux du monde = importance de l’allégorie (refus du monde, orientation vers le symbole)

La poésie ne peut pas, à elle seule, changer le monde. Enthousiasme du progrès. Produire de l’utile et de la richesse matérielle, c’est produire de la richesse (satisfaction personnelle et gratifications matérielles).

Le poète « prophète » et le « poète voyant » (cf. Rimbaud) : rêverie, « hallucinations », regret d’une vie antérieure (unité originelle, paradis perdu de l’enfance), recherche de l’infini, désir de l’impossible, etc.

Éloge d’une société dominée par la technique et les valeurs rationnelles, qui sont des éléments d’accès au bonheur (par opposition à une poésie triste et souvent négative, qui se complait dans des rêves stériles)

« Réenchanter » le monde (« Rétablir, au cœur de la vie humaine, les moments « enchantés », effacés par la civilisation : cf. Rimbaud)

Le capitalisme (utilitariste) opposé à l’inutilité de l’Art (cf. l’art pour l’art). La poésie ne peut pas répondre aux besoins et aux aspirations de la société : il faut cesser de chanter la nostalgie.

 

arrow.1242450507.jpg L’élaboration du dialogue

Une fois que le plan était rapidement fait, il suffisait d’intégrer au moment de recopier les éléments caractéristiques du dialogue ainsi que le style :

  • typographie et mise en forme ;
  • discours direct ;
  • verbes de paroles pour introduire les discours, verbes concessifs, adverbes modalisateurs ;
  • tournures concessives (afin d’articuler le raisonnement à une pensée qui lui est extérieure ou opposée) ;
  • registres : éloge, blâme, polémique, etc.
  • éléments de rhétorique : apostrophes, gradations ternaires, anaphores, parallélismes, interrogations oratoires, etc.

 

arrow.1242450507.jpg Corrigé rédigé

 

— Cher Monsieur Baudelaire, me ferez-vous l’honneur de dîner en ma compagnie ?

C’était la première fois depuis l’appareillage que le capitaine de l’Île Bourbon, un steamer à faire pâlir d’envie la marine britannique, s’adressait directement au poète. Contre toute attente, Baudelaire accepta l’invitation et ils se retrouvèrent dans la rutilante salle à manger, dont les boiseries en bois d’acajou et de citronnier lui donnaient un charme exotique indéfinissable. Ce n’est que tard dans la soirée, bien après la fin du repas, que les langues se délièrent au fumoir sous l’effet des alcools.

— Voyez-vous, cher ami, s’exclama avec emphase le capitaine, mon travail sur l’Île Bourbon, au-delà de ses gratifications matérielles, est source d’une profonde satisfaction personnelle. L’emploi de la vapeur doit en effet changer les destinées collectives : dans deux jours exactement, j’aurai parcouru en une année trois fois les mers de l’Inde. Que les partisans de la voile en disent autant ! Je me flatte d’être de mon temps, moi !

Ces dernières paroles furent prononcées en détachant chaque mot, et l’auteur des Paradis artificiels, échauffé qu’il fût par l’enivrement de l’opium, crut bon de ne pas relever l’invective : « Oui je vous envie, l’évasion et le voyage sont pour moi-même des échappatoires au monde, et d’ailleurs… »

— Permettez, permettez ! Je ne parlais pas d’échappatoire. Je ne suis pas dans les tourments du spleen, croyez-moi, mon cher !

— Vous l’êtes, s’exclama Baudelaire se sentant pris à parti. Vous ne vous en rendez même pas compte mais tous vos propos font l’éloge de la révolution industrielle. Vous ne pouvez pas vous empêcher de parler de distances parcourues, de rendements, de gratifications et de profit. Elle est belle la Révolution industrielle, mais la prospérité matérielle ne fait qu’annoncer la crise !

Les prunelles vibrantes de colère, le capitaine s’emporta :

— Culte du moi, fantasme d’individualisme ! Vous vivez dans un temps qui est fait de chimères ! Parlez-moi de votre métier, voulez-vous ? Vous faîtes des « voyages » et écrivez des « poèmes » ! La belle occupation ! Moi Monsieur, je transporte du coton, du blé, du fer jusqu’aux confins de l’Occident ! Moi et mes hommes travaillons au bien être de la société. Car figurez-vous —pardonnez-moi de vous le rappeler— que la société obéit à des lois, à des règles : les méconnaître ou les transgresser, c’est amener à la décomposition sociale et à l’anarchie !

— Vous et vos hommes comme vous dites, ne pensez qu’à humilier autrui, vous ne faites pas des voyages, vous parcourez des distances ! Vous ne produisez pas des richesses, vous appauvrissez le cœur et l’esprit, vous les soumettez au rendement. « Culte du moi » dites-vous. Quant à vous ? Culte du profit ! De la division du travail ! Société sans goût, impénétrable au sens mystérieux des aspects de l’existence ! Dans ces conditions, oui, je préfère le retranchement dans l’individualisme.

Le commandant de l’Île Bourbon fulminait : « Quel est donc, je vous le demande, l’intérêt d’une poésie qui ne peut être ressentie que par une minorité ? Vous et autres Romantiques souffrez d’une exagération de l’individualisme ! Vous me faites penser à Rousseau, tenez ! Un « promeneur solitaire », voilà ce que vous êtes. La promenade quand le monde est en marche ! L’oisiveté quand le progrès humain est à l’œuvre ! »

— Comme vous parlez Monsieur ! Individualisme ne saurait vouloir dire solitude ! Il me permet de ne point m’arrêter à la surface des choses, et de mieux observer. Depuis mon départ, je suis attentif à chacun, chaque visage qui passe, je le vois. J’ai vu vos hommes souffrir sous le joug de l’airain et du fer, je les ai vus martyriser des albatros ! Un jour peut-être le dira-t-on : « le poète est voyant ». Voilà quel est mon métier : moi, je vois, Monsieur, j’observe !

— Allons bon, voulut tempérer le capitaine qui réalisait que la conversation avait pris un tour déplacé, je ne vous en veux pas mon cher Baudelaire de vouloir enchanter le monde avec vos vers, mais reconnaissez-le : la poésie ne peut pas, à elle seule, changer le monde. Oui, je suis enthousiaste du progrès, pourquoi le nier ? Produire de l’utile et de la richesse matérielle, c’est produire du bien-être, qui de plus profite au peuple, quoi que vous en doutiez apparemment !

Baudelaire regarda le rhum ambré qui teintait le fond de son verre. Il ne répondit pas tout de suite. Par le hublot s’apercevaient quelques îlots sur la mer.

— Vous regardez les atolls ? S’enquit le capitaine. Savez-vous que l’océan Indien compte six à sept mille îlots, sans compter ceux autour du Sri Lanka et de Madagascar, et des atolls par milliers. Vous voyez, cher Monsieur, je peux moi aussi être sensible à la beauté des choses !

À cet instant, une jeune femme les croisa. C’était une occidentale, mais son visage était ocré par un mélange de curcuma et d’eau. Ses yeux, soulignés par un trait de khôl lui donnaient l’indicible apparence d’une statue antique.

— Je vois que notre poète maudit n’est pas insensible à la beauté !

Baudelaire se contenta de murmurer, comme s’il se parlait à lui-même : « Je l’aimerais volontiers déesse et immortelle. La femme comme la poésie nous met en contact avec les aspects mystérieux du monde ». Puis il ajouta tout haut : « Détrompez-vous, cher ami, ce n’est pas la femme que je vois, c’est le symbole ».

— On dit ça !

— Vous ne me ferez pas dire ce que je ne pense pas, même avec le rhum, mon cher. Non, croyez-moi, en réalité quand j’ai vu cette femme, j’avais… Comment vous dire… le regret d’une vie antérieure, d’une vérité authentique, profonde. Son visage était si pur qu’il figurait presque le paradis perdu de l’enfance, auquel nous aspirons tous, n’est-il pas vrai ? Ah ! Mon Dieu… Recherche de l’infini, désir de l’impossible… Voici les vrais triomphes de la poésie !

Les yeux soudain perdus dans le vague des atolls, le poète semblait s’attrister : il regardait autour de lui comme s’il était dans un autre monde. Le capitaine crut bon d’intervenir :

— Certes, Baudelaire, je vous le concède, oui je fais l’éloge d’une société dominée par la technique et les valeurs rationnelles. Mais c’est mon tempérament. Et puis je vous dirai que pour moi, ce sont des éléments d’accès au bonheur. Regardez où vous mène votre antinaturalisme et votre vaine quête de l’idéal ! Vous êtes triste et négatif depuis le début du voyage… Et ne croyez pas que vous êtes le seul à « voir » comme vous dites. Moi aussi, je vous ai observé, mon cher, vous vous complaisez dans des rêves stériles ! Ne m’en veuillez pas, mais le capitalisme auquel vous semblez farouchement opposé parce qu’il est utilitariste, est quand même salutaire : sans mon Vapeur, comment seriez-vous allé à la Réunion ? Il faut cesser de chanter la nostalgie. La poésie ne peut pas répondre aux besoins et aux aspirations de la société : reconnaissez-le !

Baudelaire de nouveau, contemplait la mer. On n’entendait que le clapotis des vagues contre les flancs du navire et sous la carène. Des étoiles fugitives traçaient l’immensité des cieux et même le capitaine sembla soudain attentif au spectacle de la nuit.

— Vous regardez, n’est-ce pas ? lui dit Baudelaire, désignant les abysses. Mais voyez-vous, jamais machine ne pourra décrire l’immensité du ciel et l’immensité de ces gouffres amers. Jamais le génie technique ne pourra réenchanter le monde comme le fait le Verbe poétique. Comme la mer, la poésie échappe à la vie quotidienne dans son conformisme banal, ou alors elle perdrait son caractère d’immensité et de mystère. J’écris pour rétablir, au cœur de la vie humaine, les moments « enchantés », effacés par la civilisation…

À cet instant, un homme d’équipage entra et murmura quelques mots au capitaine qui se leva et s’excusa : on allait bientôt arriver à Port-Louis. Mais Baudelaire semblait ailleurs. Il regardait toujours l’horizon : tout là-bas, très loin, de l’autre côté de la terre, une étoile disparut à la croisée des chemins, entre l’océan Indien et le Pacifique. Comme absorbé dans ses pensées, le poète sortit de sa poche un petit carnet à spirales, il en tourna fiévreusement les pages puis écrivit sur l’une qui était encore vierge quelques mots, et un titre : « L’Étranger »…

Copyright © février 2010, Bruno Rigolt
Espace Pédagogique Contributif

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Bac blanc du 28 janvier 2010 "La Poésie" Rapport du Jury

Rapport de correction

Voici le rapport que j’ai établi pour ce premier examen blanc préparant à l’écrit de l’EAF, sur la base des remarques de ma collègue et de mes propres observations. Même si ce rapport ne saurait engager les autres enseignants de l’établissement, il est évident que la plupart des observations formulées ici dépassent largement le cadre de mes classes.

Les deux divisions de Première ont participé à ce premier examen blanc : 31 élèves pour la division de Première ES1 et 18 élèves pour la division de Première S3. Le niveau a été assez hétérogène, de faible à moyen dans l’ensemble.

arrow.1242450507.jpg Pour accéder au sujet (textes du corpus + corrigés), cliquez ici.

1. Remarques générales

Un bilan qui mérite réflexion

Afin de préserver l’impartialité et l’objectivité de l’épreuve, j’ai anonymé les copies avant leur correction. En outre, j’ai demandé à une collègue enseignant en région parisienne de bien vouloir évaluer la deuxième partie de l’épreuve (les travaux d’écriture) : nous avons donc corrigé « en aveugle ». Dans le cas de divergence entre les notes, j’ai retenu la notation la plus avantageuse pour l’élève.

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  • Première ES1 : la moyenne générale obtenue est de 8,1
    (8 pour le correcteur 1 : moi ; 8,3 pour le correcteur 2 : ma collègue).
  • Première S3 : la moyenne générale obtenue est de 8,5
    (8,1 pour le correcteur 1 : moi ; 8,8 pour le correcteur 2 : ma collègue).

Comme vous le voyez, il n’y a pas eu d’amplitude très significative, au niveau des scores, entre mes notes et celles du deuxième correcteur dans la plupart des cas (moins de 0,3 point en Première ES1 ; à noter cependant un écart plus important en Première S3 de l’ordre de 0,7 point en raison de quelques travaux posant problème : j’y reviendrai). Concernant les résultats, sans être alarmant, le bilan est cependant préoccupant et devra amener certains élèves à se mettre sérieusement en question.

Des élèves partis au bout de trois heures…

J’évoquerai immédiatement le cas des candidats partis au bout de la troisième heure : 9 élèves en Première ES1 sont concernés, soit 28% de la classe ! C’était évidemment l’erreur (rédhibitoire !) à ne pas commettre : la moyenne de ces devoirs est de 06/20. Ils se caractérisent souvent par une orthographe et une syntaxe affligeantes, une écriture ainsi qu’une typographie peu soignées, des erreurs de méthode assorties à un manque important de réflexion.

Je rappellerai ici ce que j’avais écrit dans un rapport précédent :

Partir avant, comme je l’avais d’ailleurs dit et répété (en classe et sur ce blog) est évidemment une chose à ne jamais faire, surtout lors d’un examen. Plus qu’une absence de sérieux, j’y vois davantage un manque de discernement : la difficulté en Français c’est en effet de travailler avec peu de consignes, ce qui déstabilise beaucoup d’élèves, habitués plus qu’ils ne l’imaginent, à être « dirigés », et guidés par les consignes : si vous regardez attentivement la question préparatoire comme le travail d’écriture, vous verrez qu’ils vous amènent en fait à déterminer vous-même ce qu’il convient de faire : la marche à suivre étant davantage laissée à votre libre-arbitre, à votre appréciation personnelle, qu’à une succession de contraintes à respecter. Prenons comme exemple l’introduction du commentaire : je suis certain que si l’on avait dit : 1) vous ferez d’abord une introduction qui comprendra obligatoirement a) une amorce, puis b) la contextualisation du texte ainsi que c) sa problématisation, et enfin d) l’annonce du plan, certains élèves (qui n’ont rien fait de tout ça) auraient scrupuleusement exécuté ce qu’on leur disait de faire. Mais quand on leur dit seulement « Faites le commentaire », ces étudiants sont décontenancés parce que c’est à eux tout à coup à déterminer la marche à suivre, en s’adaptant de surcroît à un support textuel qu’ils ne connaissent pas. Ce sont ces mêmes élèves qui attendent en classe qu’on leur dise de prendre des notes en cours… Bref qui attendent qu’on leur donne des directives, incapables qu’ils sont d’être autonomes… En réalité, malgré leur absence apparente, les consignes sont bien là, mais elles sont implicites : vous êtes censés les connaître et les appliquer.

J’ajouterai à ces considérations la remarque suivante : partir une heure avant la fin d’une épreuve qui en dure quatre, c’est négliger 25% du temps. C’est donc perdre 25% d’efficacité : ces étudiant(e)s semblent ainsi accepter leur manque de performance, et se satisfaire que d’autres soient bien meilleurs qu’eux. Ce sont parfois les mêmes étudiant(e) qui justifient leurs difficultés ou leur sentiment d’échec personnel par des causes extérieures (« L’enfer, c’est les autres », c’est bien connu !). Et sans doute auront-ils le même raisonnement quand il s’agira pour eux d’envisager leur réussite professionnelle. Une telle attitude est évidemment déconcertante car elle est incompatible avec l’esprit de performance : comment chercher à atteindre des objectifs ambitieux si l’on accepte de perdre 25% de son efficacité ?

Choix des sujets et moyenne des travaux d’écriture en Première ES1

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Classe de Première ES1 : moyenne des dissertations

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Classe de Première ES1 : moyenne des commentaires

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Classe de Première ES1 : moyenne des écrits d’invention

Choix des sujets et moyenne des travaux d’écriture en Première S3

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Classe de Première S3 : moyenne des dissertations

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Classe de Première S3 : moyenne des commentaires

Présentation de la copie, typographie

Tout d’abord, évoquons la lisibilité : il est inconcevable qu’un candidat au Baccalauréat rende une copie qui, pour être comprise, nécessite de la part du correcteur un travail de déchiffrement (voire de « surtraduction »). C’est à juste titre que de tels devoirs sont lourdement sanctionnés aux examens et concours : les ratures, le manque de soin, etc. traduisent en effet une profonde désinvolture à l’égard de l’autre (a fortiori quand certains candidats sont partis 3 heures après le début de l’épreuve et qu’ils auraient donc eu le temps de soigner leur graphie). À l’exception de cas malheureusement avérés médicalement de dysgraphie (qui est à l’écriture ce que la dyslexie est à la parole), la plupart des candidats font tout simplement preuve d’une négligence coupable, qui les pénalisera professionnellement s’ils ne modifient pas leurs pratiques. Deux copies en particulier ont nécessité de la part de ma collègue et de moi-même, pas moins de 35 minutes pour tenter de déchiffrer les caractères. En outre, ce temps occupé au déchiffrage fait souvent oublier le message véhiculé par le texte (obligeant souvent à relire depuis le début la phrase !). Autant vous dire que le jour du Bac, un correcteur ne sera guère prêt à l’indulgence.

Je vous renvoie ici aux remarques riches d’enseignement d’un autre rapport du jury (accès au cycle préparatoire au concours interne d’entrée à l’ENA, session 2008) :

Lorsque l’écriture d’une copie est pratiquement illisible, il est tout aussi difficile de la noter, et encore davantage de porter sur elle une appréciation positive. A la limite, le candidat qui l’a rédigée l’a ipso facto quasiment annulée. L’on suggérera aux candidats concernés par cette difficulté de faire lire quelques pages de leur main à des proches pour recueillir leurs conseils, et de consacrer, au cours de leur préparation, tout le temps nécessaire à des exercices d’écriture articulée, – de la même façon que ceux qui éprouvent du mal à parler d’une manière audible et compréhensible se soumettent à des exercices d’articulation orale. Comment le jury pourrait-il prendre au sérieux un candidat, quelles que soient ses qualités, qui ne veille pas d’abord à se faire comprendre ? Peut-on accorder grand crédit à un homme ou une femme qui vise à exercer des fonctions importantes au sein de la haute administration sans paraître se soucier des conditions minimales de la communication avec les autres ? Est-il pensable en effet que cette personne soit, à terme, en mesure d’expliquer les enjeux d’une situation donnée, de définir ses objectifs, de convaincre ou de persuader l’autorité hiérarchique dont il dépend, les subordonnés qui attendent de lui soutien et instructions, le public qu’il est chargé de servir ?

L’orthographe et la syntaxe

Si de nombreux élèves ont porté leur attention sur l’orthographe, des difficultés persistent, d’abord dans l’écriture des noms propres, pourtant connus. C’est encore plus agaçant quand il s’agit d’auteurs dont le nom est mentionné dans le corpus : Beaudelaire pour Baudelaire par exemple. Dans deux copies, Daumal est devenu Duval ! Attention également aux fautes sur du vocabulaire d’usage qui dénotent un manque de rigueur (d’autant plus qu’il n’est quand même pas compliqué d’apprendre une fois pour toutes l’orthographe de certaines expressions !) :

  • Quand à pour quant à
  • malgrés pour malgré
  • (malgré que : sans être incorrecte, cette expression est néanmoins lourde et fort peu littéraire. Préférez « bien que »)
  • Voir (dans le sens de « et même ») au lieu de voire
  • quatres pour quatre
  • de faite pour de fait (en raison de la prononciation du « t » à l’oral qui n’est pas recommandable)
  • etc.

J’évoquerai brièvement les familiarités : n’attendez aucune indulgence, a fortiori dans les examens et concours de haut niveau, pour ce qui concerne tout relâchement au niveau du lexique. Voici quelques exemples alarmants : « le poète se fout de la société » ; « Daumal en a marre » ; « arrêtez de nous embêter avec vos conneries M. Baudelaire (dans l’écriture d’invention), etc.

Nous avons noté par ailleurs un très grand manque de rigueur dans le choix du vocabulaire utilisé : attention par exemple à l’usage que vous faites du verbe « citer » : c’est toujours vous qui citez et non l’auteur ! Prenons l’exemple de cette copie :

« À travers « Les dernières paroles du poète », René Daumal cite : « Je vous ferai retrouver la parole ».

Il aurait fallu écrire :

  • « À travers « Les dernières paroles du poète », René Daumal s’écrie : « Je vous ferai retrouver la parole ».
  • Ou alors : « Citons « Les dernières paroles du poète », où René Daumal s’écrie : « Je vous ferai retrouver la parole ».

Attention enfin à la syntaxe, c’est-à-dire aux constructions de phrases. Dans l’exemple ci-dessous, la répétition des mots ou expressions, ainsi qu’un mauvais usage du système verbal (concordance des temps), alourdissent non seulement le texte, mais finissent par compromettre le sens entier du message qui devient difficilement compréhensible :

Après avoir refusé la société, le poète prend la décision de revenir à la réalité parce qu’il veut revivre et demande qu’on le délivre. Il a décidé de revenir à la réalité car il entendait des bruits de baïonnette et d’éperons, il a donc conclu que son délai accordé pour dire ses paroles était proche de la fin. Au dernier moment, sa parole était proche, il éclata, il veut être délivré et il veut aussi revivre avec les autres pour qu’il leur fasse retrouver la parole. Pour être délivré et pour délivrer les autres, il leur demande…

On voit combien la langue, insuffisante et confuse, ne parvient pas à communiquer la pensée, la structurer et l’organiser. Autre difficulté : l’élève raconte le texte au lieu de l’analyser. C’est la raison pour laquelle je ne saurais trop vous recommander de vous entraîner à l’expression : c’est en écrivant, en lisant, en notant sur un petit répertoire des formules « toutes faites » que l’on peut s’améliorer et progresser. J’avais même suggéré, dans un support de cours précédent, d’utiliser votre MP3, afin de mémoriser certaines expressions facilitant ainsi le travail d’écriture le jour de l’examen. Peu d’élèves malheureusement suivent ce conseil.

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2. La question sur le corpus

arrow.1242450507.jpg Voir le corrigé en cliquant ici.

arrow.1242450507.jpg Rappel du sujet : il était demandé aux candidats de « caractériser, en les comparant, les figures du poète imaginées dans les quatre textes du corpus ».

Les contresens d’interprétation de la consigne

Attention aux lectures hâtives des consignes : elle conduisent presque toujours à une mauvaise compréhension de la question. Ainsi, les mots « figure » et « imaginées » ont suscité quelques graves erreurs. D’où un certain nombre de réponses entièrement hors-sujet et malheureusement inévaluables. De fait, vous avez été un certain nombre à interpréter le terme « figure » dans son sens stylistique. Le participe « imaginées » qui fait penser aux « images » en poésie, n’a fait que renforcer cette erreur. Les élèves concernés auraient dû cependant prêter attention : de fait, l’expression de « figure du poète » ne renvoie absolument pas aux « figures de style ». Ici, étudier les « figures du poète » revenait à s’interroger sur la représentation du poète afin de déterminer quelle image les auteurs donnaient de sa condition et de sa mission dans la société.

La nécessité de « confronter » les textes

On attendait une réponse d’une trentaine de lignes environ. Il était donc attendu des aptitudes à la synthèse, en particulier la capacité à confronter les textes au lieu de les traiter isolément. Tous les textes du corpus mettaient en relation le poète et la société. En général, les élèves l’ont bien compris. Chez Baudelaire et Daumal (et dans une certaine mesure chez Aragon) cet élan vers l’autre aboutissait pourtant à un échec. De nombreux étudiants ont à ce titre rappelé la figure du « poète maudit ». C’était tout à fait acceptable à la condition bien entendu d’utiliser avec prudence la notion. Si l’on pouvait tolérer qu’un élève compare Daumal à un « poète maudit » comme Baudelaire, il était en revanche inconcevable d’inclure Éluard ou Aragon. Quelques rares candidats ont perçu dans la figure du poète imaginée par les textes l’allégorie d’une mise en question d’un ordre social existant, symbolisée finalement par la mort biologique du poète. Cela a donné des réponses souvent judicieuses. En revanche, le discours d’Éluard et le poème d’Aragon ont posé davantage de difficultés d’interprétation, parce qu’ils touchaient à des problématiques moins évidentes, en particulier le refus de toute représentation élitiste ou spiritualiste de la poésie.

Dans quelques rares copies, ma collègue et moi-même avons déploré des réponses du type : « Dans les documents A et B, par opposition au document C ». Ce genre de prose « administrative » ne veut strictement rien dire. La présentation des textes doit mentionner explicitement leur titre ou le nom de l’auteur : « Dans « l’Albatros » ainsi que dans le poème de René Daumal… ». L’indication de numéro ou de lettre dans l’intitulé des sujets n’est donc qu’une aide typographique destinée à mieux mettre en valeur les textes.

La tendance à la généralisation

C’est l’erreur la plus fréquente. Elle touche un certain nombre de candidats (parfois de valeur) qui éprouvent des difficultés à hiérarchiser et à sélectionner leurs connaissances : ils veulent tout mettre en négligeant les aspects particuliers de la consigne : c’est-à-dire sa délimitation. Leur réponse ressemble ainsi à une sorte d’exposé ou de discours très général. Autre cas de figure : vous vous trouvez devant un texte évoquant une problématique déjà traitée (c’était le cas du poème « L’Albatros » de Baudelaire), et vous cherchez à réutiliser vos connaissances… le risque est de tomber dans les généralités en oubliant la prise en compte minutieuse de la question spécifique qui vous est soumise.

Voici un exemple de cette tendance à la généralisation :

Le poème de Baudelaire est composé de quatrains rédigés en alexandrins. Le poème évoque le thème du voyage. En effet, le poète emploie le champ lexical de la mer : « tempête », « mers », « gouffres amers », « avirons »...

Comme on le voit, l’élève exploite des connaissances qui auraient peut-être été judicieuses dans un autre contexte mais qui s’avèrent tout à fait inutiles ici.

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3. Le commentaire

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arrow.1242450507.jpg Voir la fiche-méthode sur le commentaire en cliquant ici.

Comme la dissertation dont il reprend un certain nombre d’exigences, le commentaire consiste à présenter avec ordre et méthode un bilan personnel de lecture. Il y a donc dans tout commentaire une visée démonstrative : le but étant de démontrer grâce à des notions spécifiques d’analyse littéraire organisées en axes, ce qui fait l’intérêt d’un texte.

J’ai été étonné du nombre très important de candidats ayant opté pour le commentaire, sans mesurer, semble-t-il, la difficulté de cet exercice. De là, des notes assez faibles dans l’ensemble. Elles tiennent au fait que les élèves n’ont pas bien perçu la portée politique et même révolutionnaire du texte de Daumal, qui était difficile, il est vrai. Pourtant les indices étaient nombreux : tantôt réquisitoire, tantôt plaidoyer, le texte justifiait l’engagement dans sa fonction destructrice de mise en question d’un système idéologique :

Aux armes ! À vos fourches, à vos couteaux,
à vos cailloux, à vos marteaux
vous êtes mille, vous êtes forts,
délivrez-vous, délivrez-moi !
je veux vivre, vivez avec moi !
tuez à coups de faux, tuez à coups de pierre !
Faites que je vive et moi, je vous ferai retrouver la parole !

De cette mauvaise interprétation de départ ont découlé plusieurs erreurs : la plus regrettable a été de négliger la fonction symbolique du texte (qui pouvait se lire comme un apologue) au profit d’une lecture narrative et affective (souvent au premier degré) assez puérile (on nous « raconte » la vie d’un poète qui se frappe la tête contre les murs, isolé et incompris, et qui va être pendu, etc.) ; lecture qui ne parvenait pas au symbolique. Nous avons par ailleurs été littéralement « ahuris » de lire dans certaines copies que le poète était qualifié d’assassin, de tueur, etc. Certains candidats sont partis dans de vagues procès sur la peine de mort amenant à s’interroger sur la légitimité de la sentence !

« Pour avoir trop balancé »… source de contresens !

« Et pour avoir trop balancé pendant sa vie, le poète se balance encore après sa mort. » Cette phrase, en apparence anodine a semé un grand trouble chez certains… Au point de les amener à commettre un grave contresens sur le verbe « balancer ». Si le balancement au bout d’une corde n’a posé aucune difficulté, quelques candidats soucieux de polysémie ont risqué l’hypothèse selon laquelle le poète (devenu soudainement déloyal, fourbe et félon) a été condamné à mort parce qu’il avait « balancé » ! Morale de l’apologue : le traitre n’avait donc que ce qu’il méritait !

L’introduction

En général, elle a posé problème dans de nombreux commentaires. En premier lieu, vous avez oublié (à quelques très rares exceptions près) de contextualiser le texte de Daumal. Pourtant l’année 1936 ne vous était pas inconnue sur le plan historique (la Guerre civile espagnole, le Front populaire, la montée des fascismes…). D’où des introductions d’à peine quelques lignes, situant grossièrement le texte et annonçant vaguement un plan. À l’opposé, certains (bons) élèves ont commis la regrettable erreur de réciter leur cours sur la poésie engagée pour problématiser le texte : non seulement, cela n’avait pas d’intérêt mais de plus, cela perdait le lecteur au lieu de le guider. Attention donc : des introductions trop longues, qui ressemblent à des exposés sur un genre, une époque, un auteur sont tout aussi problématiques que des introductions trop courtes.

Dans l’introduction, amenez rapidement le texte (genre, questions littéraires que pose ce genre). La date de parution du texte doit vous permettre de le replacer dans l’histoire des idées et des mouvements culturels, sans vous attarder pour autant sur des considérations trop générales. C’est à partir de là que vous pourrez problématiser le passage à commenter et annoncer votre plan.

Mais l’erreur majeure de beaucoup d’introductions a été de mal annoncer le plan (voire de l’oublier !). Lisons ces deux exemples d’introduction pour essayer de comprendre ce qui ne convient pas et doit être amélioré :

  • introduction 1 [problématisation + annonce du plan] :

Nous nous demanderons comment le poète a vécu ses dernières heures de vie. Dans un premier temps, nous verrons les conditions d’enfermement du poète, puis le moment de sa pendaison et enfin nous étudierons les minutes qui suivent sa mort.

  • introduction 2 [problématisation + annonce du plan + début de la première partie] :

Dans ce poème de René Daumal, « Les dernières paroles du poète », nous voyons la mise à mort d’un poète. Nous verrons le déroulement en deux parties. La première : la veille de l’exécution ; puis en deux le jour de l’exécution pour répondre à la question : comment le poète vit l’approche de son exécution ? »

[Début du premier axe] Donc la veille de sa mise à mort, le poète est désespéré. Il se tape la tête contre le mur comme s’il n’en revenait pas…

Comme nous le voyons, la difficulté de ces deux introductions tient d’abord au fait qu’elles ne problématisent pas le texte, c’est-à-dire qu’elles ne parviennent pas à en dégager l’enjeu, le problème posé et qui doit amener à un questionnement (ici la question de l’engagement). Au lieu de cela, les candidat(e)s adoptent une démarche maladroite, qui consiste dès l’annonce de leur plan à « raconter » le texte. L’introduction 2 est particulièrement illustrative de cette difficulté : non seulement le plan ne progresse pas puisqu’il est « linéaire », au lieu d’être “organisé”, c’est-à-dire structuré selon une logique démonstrative, mais il amène par la force des choses à faire de la paraphrase.

Un bon plan doit être fondé sur plusieurs axes allant vers la formulation des intentions de l’auteur, ou des effets produits sur le lecteur. Comme pour la dissertation, vous annoncerez d’abord l’idée principale que vous développerez en quelques lignes, si possible de façon conceptuelle et analytique. Puis vous illustrerez cette idée à l’aide d’exemples, donc de citations.

Le plan d’exemples

Au lieu d’être fondé sur des axes permettant de faire émerger la problématique, le plan d’exemples se limite à des remarques de détail : il n’y a pas de fil conducteur, d’idée directrice. On le voit nettement dans l’exemple ci-dessous tiré d’une copie d’élève :

D’autre part, l’auteur a fortement insisté sur l’emploi de l’imparfait à valeur descriptive. Cette fois-ci encore cela dégrade de manière irréversible le statut de l’artiste puisque la description […]
Enfin, l’artiste de cette œuvre a fait appel au discours direct. Dans ce contexte, le discours direct permet au poète d’exprimer son désespoir, son impuissance face à un destin qu’il ne peut contrôler […].

Certes, il y a bien des connecteurs (« D’autre part », « enfin ») mais le candidat juxtapose des remarques (d’ailleurs beaucoup trop superficielles) sur les formes d’écriture (l’imparfait, le discours direct), à partir desquelles s’organise son parcours démonstratif : mais ici les moyens (la forme, les procédés) sont mis à la place de la fin (l’interprétation et le sens global du texte) : il n’y a donc pas de lecture « organisée » et « structurée en axe.

Il y avait peu pourtant à faire ; il suffisait de modifier l’ordre des éléments :

Premier paragraphe : « D’autre part… l’irréversibilité de la mort [sens] est accentuée par les imparfaits à valeur durative [forme] qui évoquent l’écoulement du temps, la longue attente de la mort. »

Deuxième paragraphe : « Enfin, l’expression du désespoir et de l’impuissance face à la mort [sens] est bien rendue par l’utilisation du discours direct [forme] qui traduit la violence affective du poète, et peut-être le refus d’un destin qu’il ne peut contrôler…

Le fait de « raconter » le texte au lieu de l’analyser

Dans de très nombreux commentaires, les élèves ont été abusés par l’apparence narrative du texte de Daumal. Ils l’ont donc envisagé comme une « histoire », commettant ainsi des erreurs regrettables sur le plan de l’interprétation. Beaucoup d’élèves en effet n’ont fait que « raconter » ou « décrire » le texte en oubliant sa spécificité poétique d’une part et son très net ancrage argumentatif d’autre part. D’où un très grand nombre de commentaires entièrement « linéaires » et strictement paraphrastiques. On fait de la paraphrase quand on redit ce qu’exprime déjà un texte. C’est un obstacle majeur dans le commentaire puisqu’elle conduit à délayer le contenu au lieu de l’expliquer. De là une absence totale de raisonnement démonstratif, sans aucune analyse et sans aucune réflexion sur la question de l’engagement, qui était pourtant essentielle dans le texte.

La conclusion

Beaucoup de conclusions se sont bornées à répéter l’introduction. De là l’impression très négative laissée par la lecture. On doit mesurer au contraire en vous lisant ce qui a justifié votre démarche analytique. Attention aussi aux conclusions qui poursuivent l’analyse du texte, avec exemples et citations à la clef. C’est d’une maladresse incroyable.

Par définition, une conclusion est un bilan. Elle doit être brève et ne pas comporter d’exemples. Elle sera d’autant meilleure qu’elle répondra implicitement à la question : « D’où est-ce que je suis parti, pour parvenir où ? ». C’est la raison pour laquelle je vous conseille de rédiger votre conclusion dès que vous avez terminé l’introduction, afin de bien mettre en valeur la cohérence de votre parcours démonstratif.

Concernant l’élargissement, je vous recommande la prudence. Attention aux prétendues “ouvertures”, tellement larges et vagues, qu’elles se noient bien souvent dans des considérations dépourvues d’intérêt ; ce qui est fortement pénalisant, surtout en fin de devoir : si vous manquez d’inspiration, je vous recommande donc de ne pas élargir. Certes, il est possible d’ouvrir une perspective, mais en restant dans les limites de la problématique posée.

Grille d’évaluation retenue

  • Compréhension du sens global du texte (4 points) : être capable de dégager les enjeux
    • Thèmes abordés,
    • Contextualisation, même sommaire
    • Capacité à présenter un projet de lecture
  • Capacités d’analyse (4 points) : le candidat est capable d’analyser la façon dont le style du texte suscite des effets de sens.
    • Prise en compte de la spécificité générique du texte (un poème)
    • Analyse précise du lexique et de la rhétorique
  • Organisation et structuration du devoir (4 points)
    • Introduction, conclusion
    • Parcours démonstratif organisé en axes (être capable de dégager deux ou trois axes de lecture, si possible hiérarchisés)
    • Structure des paragraphes démonstratifs
  • Mobilisation adaptée des connaissances (4 points)
    • Qualité de l’écrit (orthographe, syntaxe)
    • Vocabulaire spécifique à l’analyse littéraire
    • Réinvestissement de la culture générale

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4. La dissertation

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arrow.1242450507.jpg Rappel du sujet : Est-il juste de penser, comme le dit Éluard, que les poètes “parlent pour tous” ? Vous construirez votre réponse en vous appuyant sur les textes du corpus, ainsi que sur vos connaissances et lectures personnelles.

Analyse du sujet

Le libellé du sujet posait clairement la nature du travail demandé : il s’agissait de rédiger une discussion (« Est-il juste de penser […] que ? »). À ce titre, beaucoup de candidats ont débuté leur devoir en réfutant la thèse de l’auteur. C’est une erreur du point de vue de la méthode. Je rappelle que toute discussion exige de soutenir d’abord l’opinion puis de la réfuter ou tout au moins de la nuancer.

La citation amenait par ailleurs le candidat à réfléchir au statut et à la mission du poète dans la société, et donc plus largement aux enjeux de la poésie. Le défaut de nombreux travaux a été de ne pas considérer suffisamment les limites imposées par le sujet : il ne s’agissait en aucun cas de discourir vaguement sur les poètes ou les mouvements littéraires mais de répondre de manière ordonnée et construite à une problématique. Il était donc essentiel de déterminer les limites de l’énoncé afin d’éviter la généralisation (voir plus haut) ou le hors-sujet : n’oubliez pas que les devoirs hors-sujet peuvent être notés sur la moitié des points ! Certes, votre connaissance des œuvres et votre culture générale sont essentielles… mais à la condition de les exploiter avec discernement en tenant compte de la spécificité de l’énoncé. Quel est l’intérêt de “recracher” ses connaissances sur le Romantisme ou la poésie si ce qu’on écrit n’a pas de rapport étroit avec la problématique posée ? Certains élèves ont ainsi perdu un nombre considérable de points parce qu’ils ont voulu « tout mettre », ôtant ainsi à leur parcours démonstratif sa cohérence.

L’introduction

En général, nous avons trouvé une introduction dans tous les devoirs. Mais dans de trop nombreux travaux, cette introduction a posé problème parce que les étudiants n’ont pas su amener correctement le sujet et la problématique. N’oubliez pas tout d’abord l’entrée en matière (accroche ou amorce) : elle est importante d’un point de vue rhétorique puisque son but est de préparer le lecteur au thème que vous allez aborder. L’annonce du sujet est évidemment essentielle. Vous devez obligatoirement rappeler le sujet (ici la citation d’Éluard) en le contextualisant brièvement [ancrage historique, culturel, etc.] et en le problématisant. Je vous conseille à ce titre de privilégier une approche restreinte en partant d’une problématique clairement définie plutôt que d’élargir et de prendre le risque de rester dans le vague et les généralités. Prenons un exemple concret :

Les poètes parlent pour tous car il y a différentes manières et de styles d’écrire des poèmes comme au XIXème siècle pour le Romantisme mené par Charles Baudelaire, Rimbaud, Victor Hugo… suivis par le réalisme et le Surréalisme avec des poètes comme Paul Éluard, Louis Aragon dans le XXème siècle. Tous les poètes écrivent pour des personnes précises comme pour une chanson. La poésie est une mélodie pour divertir toutes les personnes qui voudront l’écouter et la croire…

Outre les maladresses de syntaxe, l’élève ici n’amène pas bien le sujet. Tout d’abord, il n’y a pas d’entrée en matière : dès la première ligne, la citation d’Éluard est certes rappelée mais sans guillemets ! Sans mention même du nom de l’auteur. En outre, toute l’introduction est très générale, voire confuse : quel est l’intérêt de rappeler Baudelaire, Rimbaud, Hugo, Éluard, Aragon ? Quel est l’intérêt d’évoquer le réalisme qui est avant tout un mouvement romanesque ? Pourquoi également partir sur la chanson en prenant le risque de faire perdre au lecteur le fil du raisonnement. D’ailleurs, le terme « divertir » qui est utilisé amène à négliger l’enjeu majeur de la problématique posée par le corpus, qui était celle de l’engagement. À la fin du paragraphe, on ne sait donc plus vraiment où l’élève veut en venir.

Dans l’exemple ci-dessous, il y a une meilleure application de la méthode, dans la mesure où l’élève a choisi une problématique plus restreinte, permettant de mieux cerner les enjeux de la poésie. En revanche, l’absence d’entrée en matière et de contextualisation sont préjudiciables, tout comme les maladresses de syntaxe et les lourdeurs de style :

Ils ont maintenant l’assurance de parler pour tous. Tels sont les dires de Paul Éluard pour décrire les poètes dans l’Évidence poétique, écrit en 1937. Cette phrase peut nous amener à nous poser la question suivante : « Est-il juste de penser, comme le dit Éluard, que les poètes parlent pour tous ? » C’est ce que nous tenterons de démontrer en développant dans une première partie les poètes engagés, s’exprimant au nom de tous et pour toute la société, et en y opposant, dans une deuxième partie, les poètes marginaux, tournés vers eux-mêmes et ceux voulant la qualité de prophète uniquement afin de montrer leur supériorité.

Avec un peu plus de travail pourtant, l’élève aurait pu (très facilement) réussir son introduction ; cela aurait pu donner par exemple :

C’est en 1937, quelques mois après le Front populaire et en pleine guerre d’Espagne, que Paul Éluard affirme dans l’Évidence poétique, que les poètes « ont maintenant l’assurance de parler pour tous ». Ces propos nous amènent à réfléchir à la mission du poète dans la société. Est-il juste de penser, comme le proclame l’auteur, que les poètes « parlent pour tous » ? De tels propos méritent en effet d’être discutés. Dans une première partie, nous ferons porter nos analyses sur la problématique de l’engagement en montrant comment les poètes engagés s’expriment au nom de tous et pour toute la société. Mais dans une deuxième partie, nous nuancerons toutefois l’affirmation d’Éluard en centrant notre réflexion sur la poésie plus intimiste, celle des poètes romantiques ou symbolistes en particulier qui, élevant le poète au rang de prophète, l’ont souvent séparé de la société.
 

La problématisation sous forme de titres dans le commentaire ou la dissertation

Je vous rappelle qu’en aucun cas, vous ne devez faire apparaître de titres dans un commentaire ou une dissertation littéraires (alors que c’est admis dans une dissertation économique). Certes, sur votre brouillon, il est tout à fait recommandé de mettre des titres à vos parties afin de visualiser votre parcours démonstratif, mais ces titres ne doivent pas figurer sur votre copie. Vous devez toujours problématiser sous forme de phrases.

Prenons l’exemple d’une copie dans laquelle l’élève commence ainsi l’une de ses parties :

II Le poète transmet sa vision au monde
1) La société

Ici, il aurait fallu écrire : « Quand le poète parle pour tous, il transmet sa vision au monde et tente de la faire partager au lecteur. Tout d’abord, c’est dans la société qu’il cherchera à agir… ». J’en profite d’ailleurs pour rappeler qu’un titre aussi vague que « La société » ne permet pas au lecteur d’en comprendre l’enjeu argumentatif (le poète est-il POUR la société ? CONTRE ? DANS ? HORS ?).

L’organisation du parcours argumentatif : le plan

Nous avons relevé un effort des élèves pour ordonner leur devoir selon un plan : c’est donc une bonne chose, mais malheureusement, trop de plans manquaient de rigueur et de cohérence : absence de progression dans la réflexion, « plans d’exemples » vides de sens. Je ne reviens pas ici sur les remarques déjà formulées à propos du commentaire. Je me bornerai donc à quelques rappels.

Le plan doit amener le lecteur à comprendre le parcours argumentatif sur lequel repose votre réflexion : il faut donc structurer le devoir selon une logique de progression qui va toujours du moins important au plus important. Une dissertation obéit en effet à une finalité que l’on peut résumer ainsi : « D’où est-ce que je suis parti ? Pour parvenir où ? » Ce principe de cohérence est d’autant plus essentiel que la dissertation repose sur une logique démonstrative.

Ce qui a posé le plus de difficultés aux candidats a été d’organiser leur plan autour d’idées. Bien souvent, comme dans le commentaire, ce sont malheureusement les exemples qui ont présidé à l’élaboration du parcours démonstratif, de là des paragraphes très plats, reposant sur des faits et non des arguments. Je vous rappelle l’une des règles essentielles de la dissertation : à savoir que vous devez structurer chacune des parties autour de deux ou trois arguments en partant de l’argument le plus évident (le moins important) pour arriver à l’idée la plus essentielle à vos yeux.

Afin de guider le correcteur dans votre parcours argumentatif, n’oubliez pas en outre d’utiliser les connecteurs logiques ainsi que les tournures de transition. De fait, il ne faut jamais enchaîner les arguments en se contentant de juxtaposer les idées entre elles. Enfin, renoncez toujours à exploiter une idée qui ne s’inscrirait pas dans la problématique : c’est ainsi que quelques élèves ont souhaité aborder la question du lyrisme en poésie. C’était pertinent à la condition de rattacher le lyrisme à l’expression intimiste d’une émotion personnelle en opposition donc avec la thèse d’Éluard. Mais il n’y avait évidemment aucun intérêt à évoquer le thème de la nature ou du voyage dans la poésie romantique, ou de rédiger tout un paragraphe sur le sentiment amoureux chez Ronsard.

Concernant les exemples, certains élèves ont souhaité élargir le cadre de leur réflexion en ouvrant à la chanson. Ma collègue et moi-même avons accepté cette approche dès lors qu’elle reposait sur des connaissances et une curiosité intellectuelle avérées. Mentionner Léo Ferré, Grand Corps Malade, Jean Ferrat ou même un groupe de Rap français est tout à fait légitime à la condition de passer du fait à l’interprétation. Quel est l’intérêt d’aligner des banalités et des lieux communs par manque de réflexion personnelle ?

La tendance à la généralisation

J’ai maintes fois évoqué ce risque. Je n’y reviendrai donc pas longuement. Dans une dissertation particulièrement, la tendance à la généralisation amène au hors-sujet. Sachez que tout paragraphe sortant du cadre imposé n’est pas pris en compte (et s’avère même pénalisant). Dans l’exemple ci-dessous, le candidat a donc travaillé « pour rien » :

La poésie est née en Grèce et à Rome durant l’Antiquité. Elle est, avec le théâtre, l’une des grandes inventions non scientifiques de cette époque. La poésie fut longtemps le moyen d’expression des ménestrels qui accompagnent ces poésies de musique. Ils mettaient sous forme de vers les histoires qu’ils entendaient et les répandaient de village en village, de ville en ville, ce qui donna naissance à de nombreuses légendes, les histoires étant toujours, ou presque, changées, modifiées afin de paraître plus monstrueuses ou plus héroïques. Au fur et à mesure, elle devint le domaine gardé des poètes et ne fut plus comprise des masses qui s’en détachèrent.

En lisant ce paragraphe, le lecteur se demande quel est le lien avec la problématique. On a davantage l’impression d’une sorte d’exposé historique, au demeurant fort incomplet : on passe de l’Antiquité aux ménestrels ! De plus, la démonstration est peu évidente. Il suffisait pourtant de peu de choses pour coller au sujet. Le candidat aurait dû rappeler d’abord l’axe de sa réflexion, puis l’étayer en explicitant avant de passer à l’exemple :

Comme le dit Paul Éluard, la poésie « parle pour tous » [rappel de l’idée générale], elle assume ainsi en premier lieu une fonction de représentation sociale [argument]. De fait, le poète représente le peuple, il en est souvent le porte-parole [développement de l’idée]. Sur le plan historique, les exemples ne manquent pas. Comment ne pas citer ici les ménestrels, qui sont l’une des figures les plus emblématiques de l’histoire médiévale ? Ces poètes qui s’accompagnaient d’instruments (etc.) [exemple].

Ensuite, l’élève pouvait terminer en orientant son argumentation sur l’importance donnée à la réalité sociale. L’exemple des ménestrels était intéressant et aurait pu faire l’objet d’une exploitation probante, en particulier avec les littératures orales contemporaines : c’est ainsi que les joutes oratoires, fréquentes dans le rap, perpétuent de nos jours cet ancrage populaire d’une poésie qui parlerait « pour tous ». Comme vous le voyez, il est assez facile, une fois que l’on a compris la démarche, de réaliser un travail acceptable, à la condition de réfléchir rigoureusement en se posant des questions, en variant les points de vue. Tout est question de pratique : plus vous vous entraînerez et plus vous progresserez.

La conclusion

Beaucoup de conclusions se sont bornées à répéter l’introduction. De là l’impression très négative laissée par la lecture. On doit mesurer au contraire en vous lisant ce qui a justifié votre démarche analytique. Attention aussi aux conclusions qui poursuivent l’analyse du texte, avec exemples et citations à la clef. C’est d’une maladresse incroyable.

Par définition, une conclusion est un bilan critique. Elle doit être brève et ne pas comporter d’exemples. Il ne s’agit donc pas de rappeler les étapes du raisonnement, ce qui vous amènerait à d’inévitables redites, mais les résultats auxquels vous êtes parvenu au terme de votre démonstration. 

Concernant l’élargissement, je vous recommande la prudence. Attention aux prétendues « ouvertures », tellement larges et vagues, qu’elles se noient bien souvent dans des considérations dépourvues d’intérêt ; ce qui est fortement pénalisant, surtout en fin de devoir : si vous manquez d’inspiration, je vous recommande donc de ne pas élargir. Certes, il est possible d’ouvrir une perspective, mais en restant dans les limites de la problématique posée.

Grille d’évaluation retenue

  • Compréhension du sujet (4 points) : être capable de dégager les enjeux
    • Thèmes abordés, problématisation : interprétation juste des éléments essentiels de l’énoncé
  • Aptitude à la réflexion et à l’argumentation (4 points)
    • capacité à développer un point de vue critique à l’aide d’arguments convaincants et pertinents
    • pertinence des exemples et des illustrations
  • Organisation et structuration du devoir (4 points)
    • Introduction, conclusion, transitions
    • Parcours démonstratif organisé en axes cohérents
    • Structure des paragraphes argumentatifs
  • Mobilisation adaptée des connaissances (4 points)
    • Qualité de l’expression écrite (orthographe, syntaxe, style)
    • Exploitation du corpus et culture littéraire

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5. L’écrit d’invention

arrow.1242450507.jpg Pour accéder au corrigé, cliquez ici.

arrow.1242450507.jpg Rappel du sujet : imaginez un dialogue entre le poète baudelairien et un des “hommes d’équipage” représentant une société sourde à la poésie.

Beaucoup d’élèves, qui ont encore en mémoire de vagues souvenirs de rédactions au collège, interprètent souvent très mal la nature de cet exercice. Je rappellerai d’abord les Instructions officielles (B.O. n° 46 du 14.12.06) qui fixent précisément les exigences requises :

« L’écriture d’invention permet au candidat de mettre en œuvre d’autres formes d’écriture que celle de la dissertation ou du commentaire. Il doit écrire un texte, en liaison avec celui ou ceux du corpus, et en fonction d’un certain nombre de consignes rendues explicites par le libellé du sujet. L’exercice se fonde, comme les deux autres, sur une lecture intelligente et sensible du corpus, et exige du candidat qu’il se soit approprié la spécificité des textes dont il dispose (langue, style, pensée), afin d’être capable de les reproduire, de les prolonger, de s’en démarquer ou de les critiquer ». […] En aucun cas on ne demande, le jour de l’examen, l’écriture de textes de pure imagination, libre et sans contrainte ».

C’est la raison pour laquelle, sélectionner l’écriture d’invention lors de l’épreuve relève avant tout d’un choix quoi doit être mûrement réfléchi. Le sujet proposé invitait les élèves à « imaginer un dialogue entre le poète baudelairien et un des “hommes d’équipage” représentant une société sourde à la poésie ».

Ce type de travail conjuguait donc deux contraintes :

  • la contrainte argumentative puisqu’il s’agissait d’exprimer des opinions à partir d’une problématique donnée, en fonction d’un but précis (la place et la mission de la poésie dans la société) ;
  • la contrainte proprement littéraire.

Même si la production demandée relevait donc de la fiction, il est évident que la forme imposée par le dialogue suggérait de savoir exploiter une culture générale suffisante ainsi qu’un certain nombre de registres (éloge, blâme, réquisitoire, plaidoyer, etc.). En outre, il paraissait évident qu’un tel sujet amenait le candidat à un travail approfondi sur le style.

Ce n’est pas un hasard si Baudelaire a été choisi par les concepteurs du sujet. L’auteur des Fleurs du mal est en effet bien connu de la plupart des jeunes. Sa marginalité qui en a fait la figure emblématique du « poète maudit », empreinte d’une esthétique nouvelle placée sous le signe de l’antithèse (le spleen et l’idéal) permettaient de réfléchir à la double condition du poète, telle qu’elle était posée dans « l’Albatros » : d’une part, le poète mage et prophète ; d’autre part le poète maudit.

Je rappellerai ici ce que j’avais déjà dit dans un précédent rapport :

Je dois, et fort malheureusement, faire un constat globalement négatif à propos du niveau général des élèves ayant choisi cet exercice ; sauf quelques bonnes (même très bonnes) copies, le manque de préparation, aussi bien stylistique que culturelle, des candidats est inquiétant […] tant l’accumulation des fautes les plus élémentaires est au-delà de ce qui se peut concevoir : aucune référence culturelle ». […] N’oubliez pas que le correcteur vous juge d’abord sur des connaissances (le fond) et la manière dont vous allez les exploiter au niveau rédactionnel (la forme). Nous ne saurions trop vous rappeler que cet exercice exige, tout comme le commentaire et la dissertation, de la méthode. Un écrit d’invention ne s’improvise pas : cela passe d’abord par un strict respect des contraintes imposées par le sujet et par un entraînement personnel.

La grande erreur de beaucoup d’étudiants a été de se précipiter : les élèves les plus sérieux ont certes fait un brouillon, mais ils ont rédigé tout de suite. Au lieu de préparer un plan, ils ont « imaginé » spontanément leur dialogue. De là des travaux souvent décevants dans la mesure où il n’y avait pas de parcours argumentatif. Prenons par exemple cet écrit, assez représentatif de nombreuses copies :

– Excusez-moi Monsieur, mais avec tout le respect que je vous dois, vous trouvez normal de laisser agir vos hommes de la sorte ?
– Oh ! Monsieur Baudelaire, après plusieurs jours passés en mer, il faut bien que mes hommes puissent se défouler, trouver une occupation. Vous savez, sur un bateau, on a vite fait de s’ennuyer.
Baudelaire révolté essaye de se retenir, mais ce n’est pas chose facile.
– Vous pensez que c’est normal de torturer un animal à bout de force en lui crevant les yeux, dit-il sèchement.
En effet, les albatros sont des oiseaux marins qui parcourent d’énormes distances lors de leurs migrations pour se reproduire. Malheureusement, en mer il n’y a rien pour qu’ils puissent se reposer…

La difficulté ici, c’est qu’il y a certes un dialogue, mais il détourne le sujet de son enjeu majeur qui était de faire réfléchir à la fonction de la poésie, et non au sort des albatros ! N’oubliez pas que l’épreuve est destinée à tester vos connaissances sur les objets d’étude (ici la poésie) et à apprécier la qualité de votre expression littéraire : dans le cas présent, l’élève n’a pas pensé à exploiter sa culture et ses connaissances. Par ailleurs, le discours s’oriente au fur et à mesure vers une sorte d’exposé documentaire sur la vie des albatros. Je renonce à évoquer d’autres écrits d’invention, qui se caractérisent malheureusement par une accumulation de bavardages superficiels. Que dire aussi de certains travaux qui, voulant mettre en scène Baudelaire, ont carrément fait parler l’albatros, amenant ainsi leur discours du côté du fantastique et du merveilleux ! Quelques rares étudiants, souhaitant se mettre à la place de Baudelaire, ont privilégié un discours ampoulé, pseudo poétique, bourré de stéréotypes langagiers, allant à l’encontre même des idées de Baudelaire ! Prenons le cas de cette copie :

Moi diabolique ? ! Ce n’est pas pour vous rendre hystérique mais mes amis disent de moi que je suis plutôt fort sympathique. Et si je vous parle à présent ce n’est point pour vous causer malheur mais je dirai que c’est pour vous démontrer toute ma splendeur ainsi que ma grandeur…

La démarche adoptée est ici des plus maladroites : quel est l’intérêt d’émailler les propos de Baudelaire de rimes ou de correspondances sonores (d’ailleurs fort pauvres : hystérique/sympathique ; malheur/splendeur/grandeur) et d’archaïsmes (« ce n’est point ») qui desservent considérablement le message à faire passer. Alors que Baudelaire et d’autres Symbolistes ont révolutionné la poésie (poème en prose, refus de la rime, transgression des normes et des conventions), de tels propos accréditent le stéréotype du registre « soutenu » hérité de la « petite école ». C’est tout à fait dommageable d’autant plus que les consignes n’amenaient absolument pas à ce type d’écrit.

Mais la méconnaissance du cours ne saurait à elle seule justifier de telles erreurs. Elles s’expliquent également par l’absence de plan préalable, et donc de parcours démonstratif. Pour pallier ce genre d’inconvénients, il suffisait de dresser au brouillon un tableau en deux colonnes (d’un côté les arguments du poète baudelairien ; de l’autre ceux du marin) et de les opposer en exploitant impérativement votre connaissance du cours (poète baudelairien = homme énigmatique, distant avec la société, refusant les valeurs morales et sociales reconnues, à la recherche de la beauté, de l’évasion, du rêve, du spirituel, etc. par opposition avec le marin, représentant de la société et de ses codes). Quelques arguments seulement, s’ils étaient bien étayés, étaient acceptables pour ce type de travail. Il suffisait ensuite d’approfondir les idées (selon la même technique que celle du paragraphe argumentatif) et de les confronter dialogiquement, en veillant à faire progresser les idées. Et c’est seulement à la fin (au moment où le parcours argumentatif était structuré) qu’il fallait travailler rigoureusement la forme.

Mon conseil pour l’écriture d’invention

  1. Les fondations ;
  2. Les murs ;
  3. La déco.
 
  1. D’abord les fondations… Ne vous précipitez pas ! Réfléchissez calmement, et essayez de poser au brouillon les arguments sous forme d’une phrase simple, même d’une phrase nominale. L’idée doit évidemment être pertinente, puisqu’elle va constituer la base de votre paragraphe. Comme pour une maison : si la fondation est mauvaise, la maison s’écroule… Et si l’idée est mauvaise, votre paragraphe s’effondre  !
  2. Puis les murs ! Récrivez cette idée en étayant un peu plus : vous verrez que progressivement cela fera surgir des exemples, peut-être d’autres idées. Essayez toujours d’aller du particulier au général, de l’individuel au collectif.
  3. Et enfin, la déco ! Après vous pouvez faire du style afin d’exploiter les potentialités du langage : gradations ternaires, questions oratoires, anaphores, etc.
            
 

Grille d’évaluation retenue

  • Respect des consignes du sujet (4 points)
    • Adaptation de l’écriture au genre, au registre, etc.
  • Aptitude à la réflexion et à l’argumentation (5 points)
    • capacité à formuler des enjeux à partir du réinvestissement du texte, et des questionnements du corpus
  • Organisation et structuration du devoir (2 points)
  • Culture générale et qualités littéraires (5 points)
    • Qualité de l’expression écrite (orthographe, syntaxe, style)
    • culture littéraire (la notion de « poète baudelairien »)
    • utilisation des outils linguistiques et stylistiques
 

Copyright © février 2010, Bruno Rigolt
Espace Pédagogique Contributif

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Bac blanc du 28 janvier 2010 « La Poésie » Rapport du Jury

Rapport de correction

Voici le rapport que j’ai établi pour ce premier examen blanc préparant à l’écrit de l’EAF, sur la base des remarques de ma collègue et de mes propres observations. Même si ce rapport ne saurait engager les autres enseignants de l’établissement, il est évident que la plupart des observations formulées ici dépassent largement le cadre de mes classes.

Les deux divisions de Première ont participé à ce premier examen blanc : 31 élèves pour la division de Première ES1 et 18 élèves pour la division de Première S3. Le niveau a été assez hétérogène, de faible à moyen dans l’ensemble.

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1. Remarques générales

Un bilan qui mérite réflexion

Afin de préserver l’impartialité et l’objectivité de l’épreuve, j’ai anonymé les copies avant leur correction. En outre, j’ai demandé à une collègue enseignant en région parisienne de bien vouloir évaluer la deuxième partie de l’épreuve (les travaux d’écriture) : nous avons donc corrigé « en aveugle ». Dans le cas de divergence entre les notes, j’ai retenu la notation la plus avantageuse pour l’élève.

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  • Première ES1 : la moyenne générale obtenue est de 8,1
    (8 pour le correcteur 1 : moi ; 8,3 pour le correcteur 2 : ma collègue).
  • Première S3 : la moyenne générale obtenue est de 8,5
    (8,1 pour le correcteur 1 : moi ; 8,8 pour le correcteur 2 : ma collègue).

Comme vous le voyez, il n’y a pas eu d’amplitude très significative, au niveau des scores, entre mes notes et celles du deuxième correcteur dans la plupart des cas (moins de 0,3 point en Première ES1 ; à noter cependant un écart plus important en Première S3 de l’ordre de 0,7 point en raison de quelques travaux posant problème : j’y reviendrai). Concernant les résultats, sans être alarmant, le bilan est cependant préoccupant et devra amener certains élèves à se mettre sérieusement en question.

Des élèves partis au bout de trois heures…

J’évoquerai immédiatement le cas des candidats partis au bout de la troisième heure : 9 élèves en Première ES1 sont concernés, soit 28% de la classe ! C’était évidemment l’erreur (rédhibitoire !) à ne pas commettre : la moyenne de ces devoirs est de 06/20. Ils se caractérisent souvent par une orthographe et une syntaxe affligeantes, une écriture ainsi qu’une typographie peu soignées, des erreurs de méthode assorties à un manque important de réflexion.

Je rappellerai ici ce que j’avais écrit dans un rapport précédent :

Partir avant, comme je l’avais d’ailleurs dit et répété (en classe et sur ce blog) est évidemment une chose à ne jamais faire, surtout lors d’un examen. Plus qu’une absence de sérieux, j’y vois davantage un manque de discernement : la difficulté en Français c’est en effet de travailler avec peu de consignes, ce qui déstabilise beaucoup d’élèves, habitués plus qu’ils ne l’imaginent, à être « dirigés », et guidés par les consignes : si vous regardez attentivement la question préparatoire comme le travail d’écriture, vous verrez qu’ils vous amènent en fait à déterminer vous-même ce qu’il convient de faire : la marche à suivre étant davantage laissée à votre libre-arbitre, à votre appréciation personnelle, qu’à une succession de contraintes à respecter. Prenons comme exemple l’introduction du commentaire : je suis certain que si l’on avait dit : 1) vous ferez d’abord une introduction qui comprendra obligatoirement a) une amorce, puis b) la contextualisation du texte ainsi que c) sa problématisation, et enfin d) l’annonce du plan, certains élèves (qui n’ont rien fait de tout ça) auraient scrupuleusement exécuté ce qu’on leur disait de faire. Mais quand on leur dit seulement « Faites le commentaire », ces étudiants sont décontenancés parce que c’est à eux tout à coup à déterminer la marche à suivre, en s’adaptant de surcroît à un support textuel qu’ils ne connaissent pas. Ce sont ces mêmes élèves qui attendent en classe qu’on leur dise de prendre des notes en cours… Bref qui attendent qu’on leur donne des directives, incapables qu’ils sont d’être autonomes… En réalité, malgré leur absence apparente, les consignes sont bien là, mais elles sont implicites : vous êtes censés les connaître et les appliquer.

J’ajouterai à ces considérations la remarque suivante : partir une heure avant la fin d’une épreuve qui en dure quatre, c’est négliger 25% du temps. C’est donc perdre 25% d’efficacité : ces étudiant(e)s semblent ainsi accepter leur manque de performance, et se satisfaire que d’autres soient bien meilleurs qu’eux. Ce sont parfois les mêmes étudiant(e) qui justifient leurs difficultés ou leur sentiment d’échec personnel par des causes extérieures (« L’enfer, c’est les autres », c’est bien connu !). Et sans doute auront-ils le même raisonnement quand il s’agira pour eux d’envisager leur réussite professionnelle. Une telle attitude est évidemment déconcertante car elle est incompatible avec l’esprit de performance : comment chercher à atteindre des objectifs ambitieux si l’on accepte de perdre 25% de son efficacité ?

Choix des sujets et moyenne des travaux d’écriture en Première ES1

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Classe de Première ES1 : moyenne des dissertations

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Classe de Première ES1 : moyenne des commentaires

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Classe de Première ES1 : moyenne des écrits d’invention

Choix des sujets et moyenne des travaux d’écriture en Première S3

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Classe de Première S3 : moyenne des dissertations

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Classe de Première S3 : moyenne des commentaires

Présentation de la copie, typographie

Tout d’abord, évoquons la lisibilité : il est inconcevable qu’un candidat au Baccalauréat rende une copie qui, pour être comprise, nécessite de la part du correcteur un travail de déchiffrement (voire de « surtraduction »). C’est à juste titre que de tels devoirs sont lourdement sanctionnés aux examens et concours : les ratures, le manque de soin, etc. traduisent en effet une profonde désinvolture à l’égard de l’autre (a fortiori quand certains candidats sont partis 3 heures après le début de l’épreuve et qu’ils auraient donc eu le temps de soigner leur graphie). À l’exception de cas malheureusement avérés médicalement de dysgraphie (qui est à l’écriture ce que la dyslexie est à la parole), la plupart des candidats font tout simplement preuve d’une négligence coupable, qui les pénalisera professionnellement s’ils ne modifient pas leurs pratiques. Deux copies en particulier ont nécessité de la part de ma collègue et de moi-même, pas moins de 35 minutes pour tenter de déchiffrer les caractères. En outre, ce temps occupé au déchiffrage fait souvent oublier le message véhiculé par le texte (obligeant souvent à relire depuis le début la phrase !). Autant vous dire que le jour du Bac, un correcteur ne sera guère prêt à l’indulgence.

Je vous renvoie ici aux remarques riches d’enseignement d’un autre rapport du jury (accès au cycle préparatoire au concours interne d’entrée à l’ENA, session 2008) :

Lorsque l’écriture d’une copie est pratiquement illisible, il est tout aussi difficile de la noter, et encore davantage de porter sur elle une appréciation positive. A la limite, le candidat qui l’a rédigée l’a ipso facto quasiment annulée. L’on suggérera aux candidats concernés par cette difficulté de faire lire quelques pages de leur main à des proches pour recueillir leurs conseils, et de consacrer, au cours de leur préparation, tout le temps nécessaire à des exercices d’écriture articulée, – de la même façon que ceux qui éprouvent du mal à parler d’une manière audible et compréhensible se soumettent à des exercices d’articulation orale. Comment le jury pourrait-il prendre au sérieux un candidat, quelles que soient ses qualités, qui ne veille pas d’abord à se faire comprendre ? Peut-on accorder grand crédit à un homme ou une femme qui vise à exercer des fonctions importantes au sein de la haute administration sans paraître se soucier des conditions minimales de la communication avec les autres ? Est-il pensable en effet que cette personne soit, à terme, en mesure d’expliquer les enjeux d’une situation donnée, de définir ses objectifs, de convaincre ou de persuader l’autorité hiérarchique dont il dépend, les subordonnés qui attendent de lui soutien et instructions, le public qu’il est chargé de servir ?

L’orthographe et la syntaxe

Si de nombreux élèves ont porté leur attention sur l’orthographe, des difficultés persistent, d’abord dans l’écriture des noms propres, pourtant connus. C’est encore plus agaçant quand il s’agit d’auteurs dont le nom est mentionné dans le corpus : Beaudelaire pour Baudelaire par exemple. Dans deux copies, Daumal est devenu Duval ! Attention également aux fautes sur du vocabulaire d’usage qui dénotent un manque de rigueur (d’autant plus qu’il n’est quand même pas compliqué d’apprendre une fois pour toutes l’orthographe de certaines expressions !) :

  • Quand à pour quant à
  • malgrés pour malgré
  • (malgré que : sans être incorrecte, cette expression est néanmoins lourde et fort peu littéraire. Préférez « bien que »)
  • Voir (dans le sens de « et même ») au lieu de voire
  • quatres pour quatre
  • de faite pour de fait (en raison de la prononciation du « t » à l’oral qui n’est pas recommandable)
  • etc.

J’évoquerai brièvement les familiarités : n’attendez aucune indulgence, a fortiori dans les examens et concours de haut niveau, pour ce qui concerne tout relâchement au niveau du lexique. Voici quelques exemples alarmants : « le poète se fout de la société » ; « Daumal en a marre » ; « arrêtez de nous embêter avec vos conneries M. Baudelaire (dans l’écriture d’invention), etc.

Nous avons noté par ailleurs un très grand manque de rigueur dans le choix du vocabulaire utilisé : attention par exemple à l’usage que vous faites du verbe « citer » : c’est toujours vous qui citez et non l’auteur ! Prenons l’exemple de cette copie :

« À travers « Les dernières paroles du poète », René Daumal cite : « Je vous ferai retrouver la parole ».

Il aurait fallu écrire :

  • « À travers « Les dernières paroles du poète », René Daumal s’écrie : « Je vous ferai retrouver la parole ».
  • Ou alors : « Citons « Les dernières paroles du poète », où René Daumal s’écrie : « Je vous ferai retrouver la parole ».

Attention enfin à la syntaxe, c’est-à-dire aux constructions de phrases. Dans l’exemple ci-dessous, la répétition des mots ou expressions, ainsi qu’un mauvais usage du système verbal (concordance des temps), alourdissent non seulement le texte, mais finissent par compromettre le sens entier du message qui devient difficilement compréhensible :

Après avoir refusé la société, le poète prend la décision de revenir à la réalité parce qu’il veut revivre et demande qu’on le délivre. Il a décidé de revenir à la réalité car il entendait des bruits de baïonnette et d’éperons, il a donc conclu que son délai accordé pour dire ses paroles était proche de la fin. Au dernier moment, sa parole était proche, il éclata, il veut être délivré et il veut aussi revivre avec les autres pour qu’il leur fasse retrouver la parole. Pour être délivré et pour délivrer les autres, il leur demande…

On voit combien la langue, insuffisante et confuse, ne parvient pas à communiquer la pensée, la structurer et l’organiser. Autre difficulté : l’élève raconte le texte au lieu de l’analyser. C’est la raison pour laquelle je ne saurais trop vous recommander de vous entraîner à l’expression : c’est en écrivant, en lisant, en notant sur un petit répertoire des formules « toutes faites » que l’on peut s’améliorer et progresser. J’avais même suggéré, dans un support de cours précédent, d’utiliser votre MP3, afin de mémoriser certaines expressions facilitant ainsi le travail d’écriture le jour de l’examen. Peu d’élèves malheureusement suivent ce conseil.

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2. La question sur le corpus

arrow.1242450507.jpg Voir le corrigé en cliquant ici.

arrow.1242450507.jpg Rappel du sujet : il était demandé aux candidats de « caractériser, en les comparant, les figures du poète imaginées dans les quatre textes du corpus ».

Les contresens d’interprétation de la consigne

Attention aux lectures hâtives des consignes : elle conduisent presque toujours à une mauvaise compréhension de la question. Ainsi, les mots « figure » et « imaginées » ont suscité quelques graves erreurs. D’où un certain nombre de réponses entièrement hors-sujet et malheureusement inévaluables. De fait, vous avez été un certain nombre à interpréter le terme « figure » dans son sens stylistique. Le participe « imaginées » qui fait penser aux « images » en poésie, n’a fait que renforcer cette erreur. Les élèves concernés auraient dû cependant prêter attention : de fait, l’expression de « figure du poète » ne renvoie absolument pas aux « figures de style ». Ici, étudier les « figures du poète » revenait à s’interroger sur la représentation du poète afin de déterminer quelle image les auteurs donnaient de sa condition et de sa mission dans la société.

La nécessité de « confronter » les textes

On attendait une réponse d’une trentaine de lignes environ. Il était donc attendu des aptitudes à la synthèse, en particulier la capacité à confronter les textes au lieu de les traiter isolément. Tous les textes du corpus mettaient en relation le poète et la société. En général, les élèves l’ont bien compris. Chez Baudelaire et Daumal (et dans une certaine mesure chez Aragon) cet élan vers l’autre aboutissait pourtant à un échec. De nombreux étudiants ont à ce titre rappelé la figure du « poète maudit ». C’était tout à fait acceptable à la condition bien entendu d’utiliser avec prudence la notion. Si l’on pouvait tolérer qu’un élève compare Daumal à un « poète maudit » comme Baudelaire, il était en revanche inconcevable d’inclure Éluard ou Aragon. Quelques rares candidats ont perçu dans la figure du poète imaginée par les textes l’allégorie d’une mise en question d’un ordre social existant, symbolisée finalement par la mort biologique du poète. Cela a donné des réponses souvent judicieuses. En revanche, le discours d’Éluard et le poème d’Aragon ont posé davantage de difficultés d’interprétation, parce qu’ils touchaient à des problématiques moins évidentes, en particulier le refus de toute représentation élitiste ou spiritualiste de la poésie.

Dans quelques rares copies, ma collègue et moi-même avons déploré des réponses du type : « Dans les documents A et B, par opposition au document C ». Ce genre de prose « administrative » ne veut strictement rien dire. La présentation des textes doit mentionner explicitement leur titre ou le nom de l’auteur : « Dans « l’Albatros » ainsi que dans le poème de René Daumal… ». L’indication de numéro ou de lettre dans l’intitulé des sujets n’est donc qu’une aide typographique destinée à mieux mettre en valeur les textes.

La tendance à la généralisation

C’est l’erreur la plus fréquente. Elle touche un certain nombre de candidats (parfois de valeur) qui éprouvent des difficultés à hiérarchiser et à sélectionner leurs connaissances : ils veulent tout mettre en négligeant les aspects particuliers de la consigne : c’est-à-dire sa délimitation. Leur réponse ressemble ainsi à une sorte d’exposé ou de discours très général. Autre cas de figure : vous vous trouvez devant un texte évoquant une problématique déjà traitée (c’était le cas du poème « L’Albatros » de Baudelaire), et vous cherchez à réutiliser vos connaissances… le risque est de tomber dans les généralités en oubliant la prise en compte minutieuse de la question spécifique qui vous est soumise.

Voici un exemple de cette tendance à la généralisation :

Le poème de Baudelaire est composé de quatrains rédigés en alexandrins. Le poème évoque le thème du voyage. En effet, le poète emploie le champ lexical de la mer : « tempête », « mers », « gouffres amers », « avirons »...

Comme on le voit, l’élève exploite des connaissances qui auraient peut-être été judicieuses dans un autre contexte mais qui s’avèrent tout à fait inutiles ici.

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3. Le commentaire

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Comme la dissertation dont il reprend un certain nombre d’exigences, le commentaire consiste à présenter avec ordre et méthode un bilan personnel de lecture. Il y a donc dans tout commentaire une visée démonstrative : le but étant de démontrer grâce à des notions spécifiques d’analyse littéraire organisées en axes, ce qui fait l’intérêt d’un texte.

J’ai été étonné du nombre très important de candidats ayant opté pour le commentaire, sans mesurer, semble-t-il, la difficulté de cet exercice. De là, des notes assez faibles dans l’ensemble. Elles tiennent au fait que les élèves n’ont pas bien perçu la portée politique et même révolutionnaire du texte de Daumal, qui était difficile, il est vrai. Pourtant les indices étaient nombreux : tantôt réquisitoire, tantôt plaidoyer, le texte justifiait l’engagement dans sa fonction destructrice de mise en question d’un système idéologique :

Aux armes ! À vos fourches, à vos couteaux,
à vos cailloux, à vos marteaux
vous êtes mille, vous êtes forts,
délivrez-vous, délivrez-moi !
je veux vivre, vivez avec moi !
tuez à coups de faux, tuez à coups de pierre !
Faites que je vive et moi, je vous ferai retrouver la parole !

De cette mauvaise interprétation de départ ont découlé plusieurs erreurs : la plus regrettable a été de négliger la fonction symbolique du texte (qui pouvait se lire comme un apologue) au profit d’une lecture narrative et affective (souvent au premier degré) assez puérile (on nous « raconte » la vie d’un poète qui se frappe la tête contre les murs, isolé et incompris, et qui va être pendu, etc.) ; lecture qui ne parvenait pas au symbolique. Nous avons par ailleurs été littéralement « ahuris » de lire dans certaines copies que le poète était qualifié d’assassin, de tueur, etc. Certains candidats sont partis dans de vagues procès sur la peine de mort amenant à s’interroger sur la légitimité de la sentence !

« Pour avoir trop balancé »… source de contresens !

« Et pour avoir trop balancé pendant sa vie, le poète se balance encore après sa mort. » Cette phrase, en apparence anodine a semé un grand trouble chez certains… Au point de les amener à commettre un grave contresens sur le verbe « balancer ». Si le balancement au bout d’une corde n’a posé aucune difficulté, quelques candidats soucieux de polysémie ont risqué l’hypothèse selon laquelle le poète (devenu soudainement déloyal, fourbe et félon) a été condamné à mort parce qu’il avait « balancé » ! Morale de l’apologue : le traitre n’avait donc que ce qu’il méritait !

L’introduction

En général, elle a posé problème dans de nombreux commentaires. En premier lieu, vous avez oublié (à quelques très rares exceptions près) de contextualiser le texte de Daumal. Pourtant l’année 1936 ne vous était pas inconnue sur le plan historique (la Guerre civile espagnole, le Front populaire, la montée des fascismes…). D’où des introductions d’à peine quelques lignes, situant grossièrement le texte et annonçant vaguement un plan. À l’opposé, certains (bons) élèves ont commis la regrettable erreur de réciter leur cours sur la poésie engagée pour problématiser le texte : non seulement, cela n’avait pas d’intérêt mais de plus, cela perdait le lecteur au lieu de le guider. Attention donc : des introductions trop longues, qui ressemblent à des exposés sur un genre, une époque, un auteur sont tout aussi problématiques que des introductions trop courtes.

Dans l’introduction, amenez rapidement le texte (genre, questions littéraires que pose ce genre). La date de parution du texte doit vous permettre de le replacer dans l’histoire des idées et des mouvements culturels, sans vous attarder pour autant sur des considérations trop générales. C’est à partir de là que vous pourrez problématiser le passage à commenter et annoncer votre plan.

Mais l’erreur majeure de beaucoup d’introductions a été de mal annoncer le plan (voire de l’oublier !). Lisons ces deux exemples d’introduction pour essayer de comprendre ce qui ne convient pas et doit être amélioré :

  • introduction 1 [problématisation + annonce du plan] :

Nous nous demanderons comment le poète a vécu ses dernières heures de vie. Dans un premier temps, nous verrons les conditions d’enfermement du poète, puis le moment de sa pendaison et enfin nous étudierons les minutes qui suivent sa mort.

  • introduction 2 [problématisation + annonce du plan + début de la première partie] :

Dans ce poème de René Daumal, « Les dernières paroles du poète », nous voyons la mise à mort d’un poète. Nous verrons le déroulement en deux parties. La première : la veille de l’exécution ; puis en deux le jour de l’exécution pour répondre à la question : comment le poète vit l’approche de son exécution ? »

[Début du premier axe] Donc la veille de sa mise à mort, le poète est désespéré. Il se tape la tête contre le mur comme s’il n’en revenait pas…

Comme nous le voyons, la difficulté de ces deux introductions tient d’abord au fait qu’elles ne problématisent pas le texte, c’est-à-dire qu’elles ne parviennent pas à en dégager l’enjeu, le problème posé et qui doit amener à un questionnement (ici la question de l’engagement). Au lieu de cela, les candidat(e)s adoptent une démarche maladroite, qui consiste dès l’annonce de leur plan à « raconter » le texte. L’introduction 2 est particulièrement illustrative de cette difficulté : non seulement le plan ne progresse pas puisqu’il est « linéaire », au lieu d’être “organisé”, c’est-à-dire structuré selon une logique démonstrative, mais il amène par la force des choses à faire de la paraphrase.

Un bon plan doit être fondé sur plusieurs axes allant vers la formulation des intentions de l’auteur, ou des effets produits sur le lecteur. Comme pour la dissertation, vous annoncerez d’abord l’idée principale que vous développerez en quelques lignes, si possible de façon conceptuelle et analytique. Puis vous illustrerez cette idée à l’aide d’exemples, donc de citations.

Le plan d’exemples

Au lieu d’être fondé sur des axes permettant de faire émerger la problématique, le plan d’exemples se limite à des remarques de détail : il n’y a pas de fil conducteur, d’idée directrice. On le voit nettement dans l’exemple ci-dessous tiré d’une copie d’élève :

D’autre part, l’auteur a fortement insisté sur l’emploi de l’imparfait à valeur descriptive. Cette fois-ci encore cela dégrade de manière irréversible le statut de l’artiste puisque la description […]
Enfin, l’artiste de cette œuvre a fait appel au discours direct. Dans ce contexte, le discours direct permet au poète d’exprimer son désespoir, son impuissance face à un destin qu’il ne peut contrôler […].

Certes, il y a bien des connecteurs (« D’autre part », « enfin ») mais le candidat juxtapose des remarques (d’ailleurs beaucoup trop superficielles) sur les formes d’écriture (l’imparfait, le discours direct), à partir desquelles s’organise son parcours démonstratif : mais ici les moyens (la forme, les procédés) sont mis à la place de la fin (l’interprétation et le sens global du texte) : il n’y a donc pas de lecture « organisée » et « structurée en axe.

Il y avait peu pourtant à faire ; il suffisait de modifier l’ordre des éléments :

Premier paragraphe : « D’autre part… l’irréversibilité de la mort [sens] est accentuée par les imparfaits à valeur durative [forme] qui évoquent l’écoulement du temps, la longue attente de la mort. »

Deuxième paragraphe : « Enfin, l’expression du désespoir et de l’impuissance face à la mort [sens] est bien rendue par l’utilisation du discours direct [forme] qui traduit la violence affective du poète, et peut-être le refus d’un destin qu’il ne peut contrôler…

Le fait de « raconter » le texte au lieu de l’analyser

Dans de très nombreux commentaires, les élèves ont été abusés par l’apparence narrative du texte de Daumal. Ils l’ont donc envisagé comme une « histoire », commettant ainsi des erreurs regrettables sur le plan de l’interprétation. Beaucoup d’élèves en effet n’ont fait que « raconter » ou « décrire » le texte en oubliant sa spécificité poétique d’une part et son très net ancrage argumentatif d’autre part. D’où un très grand nombre de commentaires entièrement « linéaires » et strictement paraphrastiques. On fait de la paraphrase quand on redit ce qu’exprime déjà un texte. C’est un obstacle majeur dans le commentaire puisqu’elle conduit à délayer le contenu au lieu de l’expliquer. De là une absence totale de raisonnement démonstratif, sans aucune analyse et sans aucune réflexion sur la question de l’engagement, qui était pourtant essentielle dans le texte.

La conclusion

Beaucoup de conclusions se sont bornées à répéter l’introduction. De là l’impression très négative laissée par la lecture. On doit mesurer au contraire en vous lisant ce qui a justifié votre démarche analytique. Attention aussi aux conclusions qui poursuivent l’analyse du texte, avec exemples et citations à la clef. C’est d’une maladresse incroyable.

Par définition, une conclusion est un bilan. Elle doit être brève et ne pas comporter d’exemples. Elle sera d’autant meilleure qu’elle répondra implicitement à la question : « D’où est-ce que je suis parti, pour parvenir où ? ». C’est la raison pour laquelle je vous conseille de rédiger votre conclusion dès que vous avez terminé l’introduction, afin de bien mettre en valeur la cohérence de votre parcours démonstratif.

Concernant l’élargissement, je vous recommande la prudence. Attention aux prétendues “ouvertures”, tellement larges et vagues, qu’elles se noient bien souvent dans des considérations dépourvues d’intérêt ; ce qui est fortement pénalisant, surtout en fin de devoir : si vous manquez d’inspiration, je vous recommande donc de ne pas élargir. Certes, il est possible d’ouvrir une perspective, mais en restant dans les limites de la problématique posée.

Grille d’évaluation retenue

  • Compréhension du sens global du texte (4 points) : être capable de dégager les enjeux
    • Thèmes abordés,
    • Contextualisation, même sommaire
    • Capacité à présenter un projet de lecture
  • Capacités d’analyse (4 points) : le candidat est capable d’analyser la façon dont le style du texte suscite des effets de sens.
    • Prise en compte de la spécificité générique du texte (un poème)
    • Analyse précise du lexique et de la rhétorique
  • Organisation et structuration du devoir (4 points)
    • Introduction, conclusion
    • Parcours démonstratif organisé en axes (être capable de dégager deux ou trois axes de lecture, si possible hiérarchisés)
    • Structure des paragraphes démonstratifs
  • Mobilisation adaptée des connaissances (4 points)
    • Qualité de l’écrit (orthographe, syntaxe)
    • Vocabulaire spécifique à l’analyse littéraire
    • Réinvestissement de la culture générale

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4. La dissertation

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arrow.1242450507.jpg Rappel du sujet : Est-il juste de penser, comme le dit Éluard, que les poètes “parlent pour tous” ? Vous construirez votre réponse en vous appuyant sur les textes du corpus, ainsi que sur vos connaissances et lectures personnelles.

Analyse du sujet

Le libellé du sujet posait clairement la nature du travail demandé : il s’agissait de rédiger une discussion (« Est-il juste de penser […] que ? »). À ce titre, beaucoup de candidats ont débuté leur devoir en réfutant la thèse de l’auteur. C’est une erreur du point de vue de la méthode. Je rappelle que toute discussion exige de soutenir d’abord l’opinion puis de la réfuter ou tout au moins de la nuancer.

La citation amenait par ailleurs le candidat à réfléchir au statut et à la mission du poète dans la société, et donc plus largement aux enjeux de la poésie. Le défaut de nombreux travaux a été de ne pas considérer suffisamment les limites imposées par le sujet : il ne s’agissait en aucun cas de discourir vaguement sur les poètes ou les mouvements littéraires mais de répondre de manière ordonnée et construite à une problématique. Il était donc essentiel de déterminer les limites de l’énoncé afin d’éviter la généralisation (voir plus haut) ou le hors-sujet : n’oubliez pas que les devoirs hors-sujet peuvent être notés sur la moitié des points ! Certes, votre connaissance des œuvres et votre culture générale sont essentielles… mais à la condition de les exploiter avec discernement en tenant compte de la spécificité de l’énoncé. Quel est l’intérêt de “recracher” ses connaissances sur le Romantisme ou la poésie si ce qu’on écrit n’a pas de rapport étroit avec la problématique posée ? Certains élèves ont ainsi perdu un nombre considérable de points parce qu’ils ont voulu « tout mettre », ôtant ainsi à leur parcours démonstratif sa cohérence.

L’introduction

En général, nous avons trouvé une introduction dans tous les devoirs. Mais dans de trop nombreux travaux, cette introduction a posé problème parce que les étudiants n’ont pas su amener correctement le sujet et la problématique. N’oubliez pas tout d’abord l’entrée en matière (accroche ou amorce) : elle est importante d’un point de vue rhétorique puisque son but est de préparer le lecteur au thème que vous allez aborder. L’annonce du sujet est évidemment essentielle. Vous devez obligatoirement rappeler le sujet (ici la citation d’Éluard) en le contextualisant brièvement [ancrage historique, culturel, etc.] et en le problématisant. Je vous conseille à ce titre de privilégier une approche restreinte en partant d’une problématique clairement définie plutôt que d’élargir et de prendre le risque de rester dans le vague et les généralités. Prenons un exemple concret :

Les poètes parlent pour tous car il y a différentes manières et de styles d’écrire des poèmes comme au XIXème siècle pour le Romantisme mené par Charles Baudelaire, Rimbaud, Victor Hugo… suivis par le réalisme et le Surréalisme avec des poètes comme Paul Éluard, Louis Aragon dans le XXème siècle. Tous les poètes écrivent pour des personnes précises comme pour une chanson. La poésie est une mélodie pour divertir toutes les personnes qui voudront l’écouter et la croire…

Outre les maladresses de syntaxe, l’élève ici n’amène pas bien le sujet. Tout d’abord, il n’y a pas d’entrée en matière : dès la première ligne, la citation d’Éluard est certes rappelée mais sans guillemets ! Sans mention même du nom de l’auteur. En outre, toute l’introduction est très générale, voire confuse : quel est l’intérêt de rappeler Baudelaire, Rimbaud, Hugo, Éluard, Aragon ? Quel est l’intérêt d’évoquer le réalisme qui est avant tout un mouvement romanesque ? Pourquoi également partir sur la chanson en prenant le risque de faire perdre au lecteur le fil du raisonnement. D’ailleurs, le terme « divertir » qui est utilisé amène à négliger l’enjeu majeur de la problématique posée par le corpus, qui était celle de l’engagement. À la fin du paragraphe, on ne sait donc plus vraiment où l’élève veut en venir.

Dans l’exemple ci-dessous, il y a une meilleure application de la méthode, dans la mesure où l’élève a choisi une problématique plus restreinte, permettant de mieux cerner les enjeux de la poésie. En revanche, l’absence d’entrée en matière et de contextualisation sont préjudiciables, tout comme les maladresses de syntaxe et les lourdeurs de style :

Ils ont maintenant l’assurance de parler pour tous. Tels sont les dires de Paul Éluard pour décrire les poètes dans l’Évidence poétique, écrit en 1937. Cette phrase peut nous amener à nous poser la question suivante : « Est-il juste de penser, comme le dit Éluard, que les poètes parlent pour tous ? » C’est ce que nous tenterons de démontrer en développant dans une première partie les poètes engagés, s’exprimant au nom de tous et pour toute la société, et en y opposant, dans une deuxième partie, les poètes marginaux, tournés vers eux-mêmes et ceux voulant la qualité de prophète uniquement afin de montrer leur supériorité.

Avec un peu plus de travail pourtant, l’élève aurait pu (très facilement) réussir son introduction ; cela aurait pu donner par exemple :

C’est en 1937, quelques mois après le Front populaire et en pleine guerre d’Espagne, que Paul Éluard affirme dans l’Évidence poétique, que les poètes « ont maintenant l’assurance de parler pour tous ». Ces propos nous amènent à réfléchir à la mission du poète dans la société. Est-il juste de penser, comme le proclame l’auteur, que les poètes « parlent pour tous » ? De tels propos méritent en effet d’être discutés. Dans une première partie, nous ferons porter nos analyses sur la problématique de l’engagement en montrant comment les poètes engagés s’expriment au nom de tous et pour toute la société. Mais dans une deuxième partie, nous nuancerons toutefois l’affirmation d’Éluard en centrant notre réflexion sur la poésie plus intimiste, celle des poètes romantiques ou symbolistes en particulier qui, élevant le poète au rang de prophète, l’ont souvent séparé de la société.
 

La problématisation sous forme de titres dans le commentaire ou la dissertation

Je vous rappelle qu’en aucun cas, vous ne devez faire apparaître de titres dans un commentaire ou une dissertation littéraires (alors que c’est admis dans une dissertation économique). Certes, sur votre brouillon, il est tout à fait recommandé de mettre des titres à vos parties afin de visualiser votre parcours démonstratif, mais ces titres ne doivent pas figurer sur votre copie. Vous devez toujours problématiser sous forme de phrases.

Prenons l’exemple d’une copie dans laquelle l’élève commence ainsi l’une de ses parties :

II Le poète transmet sa vision au monde
1) La société

Ici, il aurait fallu écrire : « Quand le poète parle pour tous, il transmet sa vision au monde et tente de la faire partager au lecteur. Tout d’abord, c’est dans la société qu’il cherchera à agir… ». J’en profite d’ailleurs pour rappeler qu’un titre aussi vague que « La société » ne permet pas au lecteur d’en comprendre l’enjeu argumentatif (le poète est-il POUR la société ? CONTRE ? DANS ? HORS ?).

L’organisation du parcours argumentatif : le plan

Nous avons relevé un effort des élèves pour ordonner leur devoir selon un plan : c’est donc une bonne chose, mais malheureusement, trop de plans manquaient de rigueur et de cohérence : absence de progression dans la réflexion, « plans d’exemples » vides de sens. Je ne reviens pas ici sur les remarques déjà formulées à propos du commentaire. Je me bornerai donc à quelques rappels.

Le plan doit amener le lecteur à comprendre le parcours argumentatif sur lequel repose votre réflexion : il faut donc structurer le devoir selon une logique de progression qui va toujours du moins important au plus important. Une dissertation obéit en effet à une finalité que l’on peut résumer ainsi : « D’où est-ce que je suis parti ? Pour parvenir où ? » Ce principe de cohérence est d’autant plus essentiel que la dissertation repose sur une logique démonstrative.

Ce qui a posé le plus de difficultés aux candidats a été d’organiser leur plan autour d’idées. Bien souvent, comme dans le commentaire, ce sont malheureusement les exemples qui ont présidé à l’élaboration du parcours démonstratif, de là des paragraphes très plats, reposant sur des faits et non des arguments. Je vous rappelle l’une des règles essentielles de la dissertation : à savoir que vous devez structurer chacune des parties autour de deux ou trois arguments en partant de l’argument le plus évident (le moins important) pour arriver à l’idée la plus essentielle à vos yeux.

Afin de guider le correcteur dans votre parcours argumentatif, n’oubliez pas en outre d’utiliser les connecteurs logiques ainsi que les tournures de transition. De fait, il ne faut jamais enchaîner les arguments en se contentant de juxtaposer les idées entre elles. Enfin, renoncez toujours à exploiter une idée qui ne s’inscrirait pas dans la problématique : c’est ainsi que quelques élèves ont souhaité aborder la question du lyrisme en poésie. C’était pertinent à la condition de rattacher le lyrisme à l’expression intimiste d’une émotion personnelle en opposition donc avec la thèse d’Éluard. Mais il n’y avait évidemment aucun intérêt à évoquer le thème de la nature ou du voyage dans la poésie romantique, ou de rédiger tout un paragraphe sur le sentiment amoureux chez Ronsard.

Concernant les exemples, certains élèves ont souhaité élargir le cadre de leur réflexion en ouvrant à la chanson. Ma collègue et moi-même avons accepté cette approche dès lors qu’elle reposait sur des connaissances et une curiosité intellectuelle avérées. Mentionner Léo Ferré, Grand Corps Malade, Jean Ferrat ou même un groupe de Rap français est tout à fait légitime à la condition de passer du fait à l’interprétation. Quel est l’intérêt d’aligner des banalités et des lieux communs par manque de réflexion personnelle ?

La tendance à la généralisation

J’ai maintes fois évoqué ce risque. Je n’y reviendrai donc pas longuement. Dans une dissertation particulièrement, la tendance à la généralisation amène au hors-sujet. Sachez que tout paragraphe sortant du cadre imposé n’est pas pris en compte (et s’avère même pénalisant). Dans l’exemple ci-dessous, le candidat a donc travaillé « pour rien » :

La poésie est née en Grèce et à Rome durant l’Antiquité. Elle est, avec le théâtre, l’une des grandes inventions non scientifiques de cette époque. La poésie fut longtemps le moyen d’expression des ménestrels qui accompagnent ces poésies de musique. Ils mettaient sous forme de vers les histoires qu’ils entendaient et les répandaient de village en village, de ville en ville, ce qui donna naissance à de nombreuses légendes, les histoires étant toujours, ou presque, changées, modifiées afin de paraître plus monstrueuses ou plus héroïques. Au fur et à mesure, elle devint le domaine gardé des poètes et ne fut plus comprise des masses qui s’en détachèrent.

En lisant ce paragraphe, le lecteur se demande quel est le lien avec la problématique. On a davantage l’impression d’une sorte d’exposé historique, au demeurant fort incomplet : on passe de l’Antiquité aux ménestrels ! De plus, la démonstration est peu évidente. Il suffisait pourtant de peu de choses pour coller au sujet. Le candidat aurait dû rappeler d’abord l’axe de sa réflexion, puis l’étayer en explicitant avant de passer à l’exemple :

Comme le dit Paul Éluard, la poésie « parle pour tous » [rappel de l’idée générale], elle assume ainsi en premier lieu une fonction de représentation sociale [argument]. De fait, le poète représente le peuple, il en est souvent le porte-parole [développement de l’idée]. Sur le plan historique, les exemples ne manquent pas. Comment ne pas citer ici les ménestrels, qui sont l’une des figures les plus emblématiques de l’histoire médiévale ? Ces poètes qui s’accompagnaient d’instruments (etc.) [exemple].

Ensuite, l’élève pouvait terminer en orientant son argumentation sur l’importance donnée à la réalité sociale. L’exemple des ménestrels était intéressant et aurait pu faire l’objet d’une exploitation probante, en particulier avec les littératures orales contemporaines : c’est ainsi que les joutes oratoires, fréquentes dans le rap, perpétuent de nos jours cet ancrage populaire d’une poésie qui parlerait « pour tous ». Comme vous le voyez, il est assez facile, une fois que l’on a compris la démarche, de réaliser un travail acceptable, à la condition de réfléchir rigoureusement en se posant des questions, en variant les points de vue. Tout est question de pratique : plus vous vous entraînerez et plus vous progresserez.

La conclusion

Beaucoup de conclusions se sont bornées à répéter l’introduction. De là l’impression très négative laissée par la lecture. On doit mesurer au contraire en vous lisant ce qui a justifié votre démarche analytique. Attention aussi aux conclusions qui poursuivent l’analyse du texte, avec exemples et citations à la clef. C’est d’une maladresse incroyable.

Par définition, une conclusion est un bilan critique. Elle doit être brève et ne pas comporter d’exemples. Il ne s’agit donc pas de rappeler les étapes du raisonnement, ce qui vous amènerait à d’inévitables redites, mais les résultats auxquels vous êtes parvenu au terme de votre démonstration. 

Concernant l’élargissement, je vous recommande la prudence. Attention aux prétendues « ouvertures », tellement larges et vagues, qu’elles se noient bien souvent dans des considérations dépourvues d’intérêt ; ce qui est fortement pénalisant, surtout en fin de devoir : si vous manquez d’inspiration, je vous recommande donc de ne pas élargir. Certes, il est possible d’ouvrir une perspective, mais en restant dans les limites de la problématique posée.

Grille d’évaluation retenue

  • Compréhension du sujet (4 points) : être capable de dégager les enjeux
    • Thèmes abordés, problématisation : interprétation juste des éléments essentiels de l’énoncé
  • Aptitude à la réflexion et à l’argumentation (4 points)
    • capacité à développer un point de vue critique à l’aide d’arguments convaincants et pertinents
    • pertinence des exemples et des illustrations
  • Organisation et structuration du devoir (4 points)
    • Introduction, conclusion, transitions
    • Parcours démonstratif organisé en axes cohérents
    • Structure des paragraphes argumentatifs
  • Mobilisation adaptée des connaissances (4 points)
    • Qualité de l’expression écrite (orthographe, syntaxe, style)
    • Exploitation du corpus et culture littéraire

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5. L’écrit d’invention

arrow.1242450507.jpg Pour accéder au corrigé, cliquez ici.

arrow.1242450507.jpg Rappel du sujet : imaginez un dialogue entre le poète baudelairien et un des “hommes d’équipage” représentant une société sourde à la poésie.

Beaucoup d’élèves, qui ont encore en mémoire de vagues souvenirs de rédactions au collège, interprètent souvent très mal la nature de cet exercice. Je rappellerai d’abord les Instructions officielles (B.O. n° 46 du 14.12.06) qui fixent précisément les exigences requises :

« L’écriture d’invention permet au candidat de mettre en œuvre d’autres formes d’écriture que celle de la dissertation ou du commentaire. Il doit écrire un texte, en liaison avec celui ou ceux du corpus, et en fonction d’un certain nombre de consignes rendues explicites par le libellé du sujet. L’exercice se fonde, comme les deux autres, sur une lecture intelligente et sensible du corpus, et exige du candidat qu’il se soit approprié la spécificité des textes dont il dispose (langue, style, pensée), afin d’être capable de les reproduire, de les prolonger, de s’en démarquer ou de les critiquer ». […] En aucun cas on ne demande, le jour de l’examen, l’écriture de textes de pure imagination, libre et sans contrainte ».

C’est la raison pour laquelle, sélectionner l’écriture d’invention lors de l’épreuve relève avant tout d’un choix quoi doit être mûrement réfléchi. Le sujet proposé invitait les élèves à « imaginer un dialogue entre le poète baudelairien et un des “hommes d’équipage” représentant une société sourde à la poésie ».

Ce type de travail conjuguait donc deux contraintes :

  • la contrainte argumentative puisqu’il s’agissait d’exprimer des opinions à partir d’une problématique donnée, en fonction d’un but précis (la place et la mission de la poésie dans la société) ;
  • la contrainte proprement littéraire.

Même si la production demandée relevait donc de la fiction, il est évident que la forme imposée par le dialogue suggérait de savoir exploiter une culture générale suffisante ainsi qu’un certain nombre de registres (éloge, blâme, réquisitoire, plaidoyer, etc.). En outre, il paraissait évident qu’un tel sujet amenait le candidat à un travail approfondi sur le style.

Ce n’est pas un hasard si Baudelaire a été choisi par les concepteurs du sujet. L’auteur des Fleurs du mal est en effet bien connu de la plupart des jeunes. Sa marginalité qui en a fait la figure emblématique du « poète maudit », empreinte d’une esthétique nouvelle placée sous le signe de l’antithèse (le spleen et l’idéal) permettaient de réfléchir à la double condition du poète, telle qu’elle était posée dans « l’Albatros » : d’une part, le poète mage et prophète ; d’autre part le poète maudit.

Je rappellerai ici ce que j’avais déjà dit dans un précédent rapport :

Je dois, et fort malheureusement, faire un constat globalement négatif à propos du niveau général des élèves ayant choisi cet exercice ; sauf quelques bonnes (même très bonnes) copies, le manque de préparation, aussi bien stylistique que culturelle, des candidats est inquiétant […] tant l’accumulation des fautes les plus élémentaires est au-delà de ce qui se peut concevoir : aucune référence culturelle ». […] N’oubliez pas que le correcteur vous juge d’abord sur des connaissances (le fond) et la manière dont vous allez les exploiter au niveau rédactionnel (la forme). Nous ne saurions trop vous rappeler que cet exercice exige, tout comme le commentaire et la dissertation, de la méthode. Un écrit d’invention ne s’improvise pas : cela passe d’abord par un strict respect des contraintes imposées par le sujet et par un entraînement personnel.

La grande erreur de beaucoup d’étudiants a été de se précipiter : les élèves les plus sérieux ont certes fait un brouillon, mais ils ont rédigé tout de suite. Au lieu de préparer un plan, ils ont « imaginé » spontanément leur dialogue. De là des travaux souvent décevants dans la mesure où il n’y avait pas de parcours argumentatif. Prenons par exemple cet écrit, assez représentatif de nombreuses copies :

– Excusez-moi Monsieur, mais avec tout le respect que je vous dois, vous trouvez normal de laisser agir vos hommes de la sorte ?
– Oh ! Monsieur Baudelaire, après plusieurs jours passés en mer, il faut bien que mes hommes puissent se défouler, trouver une occupation. Vous savez, sur un bateau, on a vite fait de s’ennuyer.
Baudelaire révolté essaye de se retenir, mais ce n’est pas chose facile.
– Vous pensez que c’est normal de torturer un animal à bout de force en lui crevant les yeux, dit-il sèchement.
En effet, les albatros sont des oiseaux marins qui parcourent d’énormes distances lors de leurs migrations pour se reproduire. Malheureusement, en mer il n’y a rien pour qu’ils puissent se reposer…

La difficulté ici, c’est qu’il y a certes un dialogue, mais il détourne le sujet de son enjeu majeur qui était de faire réfléchir à la fonction de la poésie, et non au sort des albatros ! N’oubliez pas que l’épreuve est destinée à tester vos connaissances sur les objets d’étude (ici la poésie) et à apprécier la qualité de votre expression littéraire : dans le cas présent, l’élève n’a pas pensé à exploiter sa culture et ses connaissances. Par ailleurs, le discours s’oriente au fur et à mesure vers une sorte d’exposé documentaire sur la vie des albatros. Je renonce à évoquer d’autres écrits d’invention, qui se caractérisent malheureusement par une accumulation de bavardages superficiels. Que dire aussi de certains travaux qui, voulant mettre en scène Baudelaire, ont carrément fait parler l’albatros, amenant ainsi leur discours du côté du fantastique et du merveilleux ! Quelques rares étudiants, souhaitant se mettre à la place de Baudelaire, ont privilégié un discours ampoulé, pseudo poétique, bourré de stéréotypes langagiers, allant à l’encontre même des idées de Baudelaire ! Prenons le cas de cette copie :

Moi diabolique ? ! Ce n’est pas pour vous rendre hystérique mais mes amis disent de moi que je suis plutôt fort sympathique. Et si je vous parle à présent ce n’est point pour vous causer malheur mais je dirai que c’est pour vous démontrer toute ma splendeur ainsi que ma grandeur…

La démarche adoptée est ici des plus maladroites : quel est l’intérêt d’émailler les propos de Baudelaire de rimes ou de correspondances sonores (d’ailleurs fort pauvres : hystérique/sympathique ; malheur/splendeur/grandeur) et d’archaïsmes (« ce n’est point ») qui desservent considérablement le message à faire passer. Alors que Baudelaire et d’autres Symbolistes ont révolutionné la poésie (poème en prose, refus de la rime, transgression des normes et des conventions), de tels propos accréditent le stéréotype du registre « soutenu » hérité de la « petite école ». C’est tout à fait dommageable d’autant plus que les consignes n’amenaient absolument pas à ce type d’écrit.

Mais la méconnaissance du cours ne saurait à elle seule justifier de telles erreurs. Elles s’expliquent également par l’absence de plan préalable, et donc de parcours démonstratif. Pour pallier ce genre d’inconvénients, il suffisait de dresser au brouillon un tableau en deux colonnes (d’un côté les arguments du poète baudelairien ; de l’autre ceux du marin) et de les opposer en exploitant impérativement votre connaissance du cours (poète baudelairien = homme énigmatique, distant avec la société, refusant les valeurs morales et sociales reconnues, à la recherche de la beauté, de l’évasion, du rêve, du spirituel, etc. par opposition avec le marin, représentant de la société et de ses codes). Quelques arguments seulement, s’ils étaient bien étayés, étaient acceptables pour ce type de travail. Il suffisait ensuite d’approfondir les idées (selon la même technique que celle du paragraphe argumentatif) et de les confronter dialogiquement, en veillant à faire progresser les idées. Et c’est seulement à la fin (au moment où le parcours argumentatif était structuré) qu’il fallait travailler rigoureusement la forme.

Mon conseil pour l’écriture d’invention

  1. Les fondations ;
  2. Les murs ;
  3. La déco.
 
  1. D’abord les fondations… Ne vous précipitez pas ! Réfléchissez calmement, et essayez de poser au brouillon les arguments sous forme d’une phrase simple, même d’une phrase nominale. L’idée doit évidemment être pertinente, puisqu’elle va constituer la base de votre paragraphe. Comme pour une maison : si la fondation est mauvaise, la maison s’écroule… Et si l’idée est mauvaise, votre paragraphe s’effondre  !
  2. Puis les murs ! Récrivez cette idée en étayant un peu plus : vous verrez que progressivement cela fera surgir des exemples, peut-être d’autres idées. Essayez toujours d’aller du particulier au général, de l’individuel au collectif.
  3. Et enfin, la déco ! Après vous pouvez faire du style afin d’exploiter les potentialités du langage : gradations ternaires, questions oratoires, anaphores, etc.
            
 

Grille d’évaluation retenue

  • Respect des consignes du sujet (4 points)
    • Adaptation de l’écriture au genre, au registre, etc.
  • Aptitude à la réflexion et à l’argumentation (5 points)
    • capacité à formuler des enjeux à partir du réinvestissement du texte, et des questionnements du corpus
  • Organisation et structuration du devoir (2 points)
  • Culture générale et qualités littéraires (5 points)
    • Qualité de l’expression écrite (orthographe, syntaxe, style)
    • culture littéraire (la notion de « poète baudelairien »)
    • utilisation des outils linguistiques et stylistiques
 

Copyright © février 2010, Bruno Rigolt
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