Publication des supports de cours en ligne. Calendrier prévisionnel [octobre 2011]

Voici le calendrier prévisionnel de publication des supports de cours pour les trois semaines à venir :

  1. BTS deuxième année
    • Support de cours : Éthique et morale du rire ; existe-t-il un « rire juste » ? Mise en ligne : vendredi 28 octobre 2011.
    • Entraînement BTS (synthèse + écriture personnelle) : Sport et discrimination de genre. Mise en ligne : samedi 15 octobre 2011. Mis en ligne.
    • Entraînement BTS (synthèse + écriture personnelle) : L’esthétique du rire. Ironie et grotesque : dimanche 23 octobre 2011.
  2. Classes de Seconde
    • Support de cours : le Romantisme européen entre quête de l’idéal et tentation de l’absolu : du poète prophète au mythe du surhomme. Mise en ligne : lundi 1er novembre 2011.

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BTS Corrigé de l’entraînement Sport et Sacralisation

Corrigé de l’entraînement BTS Sessions 2012>13

 

Les valeurs du sport : Excellence ou sacralisation ?

Pour accéder au corpus, cliquez ici.

Corpus :

  1. Pierre de Coubertin, « Les assises philosophiques de l’olympisme moderne », 1935
  2. Vidéo de l’INA « Nuit de fête sur les Champs-Élysées », 1998
  3. Michel Caillat, Sport et civilisation : histoire et critique d’un phénomène social de masse, 1996
  4. Jean-Marie Brohm, La Tyrannie sportive : théorie critique d’un opium du peuple, 2006

Sujet : Vous ferez des documents suivants, une synthèse concise, objective et ordonnée.

 


[Introduction]

Particulièrement depuis le vingtième siècle, le sport s’est imposé comme une activité sociale et une pratique de masse qui amène à en questionner les valeurs. Tel est l’objet de ce corpus. Le premier document présente un extrait du message radiodiffusé le 4 août 1935 depuis Berlin par Pierre de Coubertin. Selon lui, le sport doit être investi d’un idéal humaniste promoteur d’exigences morales fortes. Mais cette conception idéalisée de l’Olympisme peut à l’inverse alimenter un certain nombre de dérives populistes : issu des archives de l’INA, le deuxième document qui présente un extrait du journal télévisé après la victoire de la France lors du Mondial de football en 1998 est caractéristique de cette ambiguïté. Enfin, la vision socio-anthropologique que proposent Michel Caillat et Jean-Marie Brohm met définitivement à mal l’idéologie sportive : pour les auteurs, elle constituerait davantage un vecteur d’aliénation sociale qu’un outil d’émancipation. Nous nous proposons d’aborder ces questionnements selon une triple perspective : si tous les documents amènent à réfléchir sur l’importance du sport dans la construction des identités collectives, ils divergent sensiblement dans l’interprétation des valeurs associées au sport, ainsi que dans les principes et les finalités idéologiques dont il est porteur.

__________

[Première partie : l’importance du sport dans la construction des identités collectives]

Le corpus fait tout d’abord apparaître combien le sport est un élément clé de la construction de l’identité collective. Prononcé au début de la rénovation des Jeux olympiques en 1935, le discours de Pierre de Coubertin est ainsi l’occasion de rappeler d’abord les origines profondément sacrées du sport dans l’Antiquité et de les rattacher à l’idéal de pureté et d’équité qui sous-tend l’Olympisme moderne. Ainsi, l’auteur considère-t-il le sport comme une dimension significative de la culture, apte à fédérer les peuples : selon lui, le sport de haut niveau peut et doit faire la promotion de la compréhension mutuelle entre les nations, de la paix et de la démocratie universelles. N’est-ce pas sensiblement le même ordre d’idée que le reportage télévisé proposé par l’Institut National de l’Audiovisuel (INA) met en valeur ? En insistant en effet sur le patriotisme si particulier « black blanc beur » qui s’est forgé le 12 juillet 1998 au terme d’une épopée devenue mythique, le journaliste rappelle combien le football peut constituer un vecteur essentiel de la diversité culturelle et de l’intégration sociale.

De fait, il y a une forte dimension collective dans le sport, à tel point qu’il peut être considéré à plein titre comme partie constituante de la culture et de l’identité des nations : espace de principes éthiques et de valeurs morales comme la compréhension mutuelle entre les peuples et les liens pacifiques pour Coubertin, échappatoire aux pesanteurs sociales et métissage par le football comme on le voit sur la vidéo. Quant à Michel Caillat, dans son essai Sport et Civilisation : histoire et critique d’un phénomène social de masse (1996), il montre très bien que le sport peut être inclus dans une approche sociologique rapprochant l’identité collective et la socialisation. Jean-Marie Brohm, dans La Tyrannie sportive : théorie critique d’un opium du peuple (2006), insiste en outre sur le fait que le sport, particulièrement de compétition, peut devenir un instrument de fabrication du consensus national et de renforcement de l’ordre social existant. Dans le même ordre d’idée, Michel Caillat montre que le sport est devenu un enjeu majeur des politiques nationales.

__________

[Deuxième partie : les interprétations divergentes des valeurs du sport]

On perçoit ici nettement une approche très contrastée du phénomène sportif et de son mythe selon les auteurs et les époques. Pour le baron de Coubertin, le sportif est celui qui par son engagement et son exemplarité honore « sa patrie, sa race, son drapeau ». Cette approche culturelle et symbolique, si elle s’enracine dans l’idéal chevaleresque, véhicule néanmoins une dérive nationaliste qui n’a pas échappé à Jean-Marie Brohm. Dans cette perspective, le spectacle sportif est en effet moins une occasion d’ouverture que de repli et de manipulation des masses ; l’essayiste n’hésite pas à parler d’ « unanimisme » pour stigmatiser les spectacles sportifs, investis dangereusement comme instruments de « canalisation émotionnelle ». Quant à Michel Caillat, il s’en prend très sévèrement aux dérives actuelles des pratiques d’entraînement, qui ont eu selon lui pour conséquence d’encourager les effets pervers de l’élitisme sportif : la performance, la compétition, le risque excessif au détriment des valeurs traditionnelles du sport.

De fait, tout le problème tient dans la conception même de ces valeurs : pour Pierre de Coubertin, l’olympisme est le lieu d’un rapport étroit entre l’art et le sport. L’auteur va même plus loin en rattachant les valeurs sportives à l’ascétisme religieux. Mais cette sacralisation des pratiques sportives pose en soi un problème éthique : Michel Caillat n’hésite pas à parler de « sacralisation mortifère du dépassement et du risque ». Quant à Jean-Marie Brohm, commentant des propos d’Umberto Eco, il rappelle combien nos spectacles sportifs ne sont pas si éloignés des « circenses » des Romains, c’est-à-dire des jeux du cirque. L‘articulation du sport autour d’un véritable culte dont le spectacle inspire les foules est en fait une manipulation des masses en leur faisant miroiter un imaginaire illusoire et mystificateur. Les démocraties modernes utiliseraient ainsi le sport comme instrument de contrôle social. La vidéo proposée par l’INA est à ce titre porteuse d’une profonde ambiguïté : cette « communion de tout un peuple » autour des Bleus présentés comme de véritables idoles, et apparentés aux Libérateurs de la France en 1945 ne fait-elle pas prévaloir un certain nombre de dérives identitaires au détriment de l’idéal sportif ?

__________

[Les principes et finalités idéologiques dont le sport est porteur]

Comme nous le comprenons, ces visions et approches très différentes recouvrent plusieurs sens selon les finalités sociales que chacun attribue au sport. Pierre de Coubertin milite à ce titre pour une reconnaissance du sport comme support des politiques éducatives. Sa vision de la pédagogie sportive est celle du dépassement de soi : « toujours plus vite, plus haut, plus fort ». Selon cette conception, la pédagogie olympique repose sur le culte de l’effort, qui n’est autre qu’un modèle de perfection humaine. L’approche coubertinienne s’insère en fait dans une vision révélatrice d’un idéal altruiste et humaniste : selon lui, la participation sportive peut être vue  comme le moyen le plus sûr d’éviter la violence en s’y adonnant symboliquement. La nuit de fête sur les Champs Elysées après la victoire des Bleus semblerait donner raison à cette approche : le commentateur n’hésite d’ailleurs pas à parler du « même drapeau pour tous ». Mais cet aspect collectif et festif fondé sur l’homogénéisation des masses n’est-il pas quelque peu trompeur ?

C’est ce que tend à démontrer la vision socio-anthropologique que proposent Michel Caillat et Jean-Marie Brohm. Selon eux, les situations nouvelles générées par l’environnement économique, politique et social ont perverti les finalités du sport. Loin de souscrire à un quelconque mythe rédempteur ou salvateur du sport, qui n’est pas exempt d’un certain populisme, ils montrent au contraire qu’il faut analyser les pratiques sportives selon une perspective critique : il n’y a pas de sport sans questionnement épistémologique de la société et de ses valeurs. Cette approche d’inspiration marxiste les amène à insister sur le lien entre le sport et l’économie capitaliste : le sport peut ainsi favoriser l’émergence ou le maintien de ce que Jean-Marie Brohm appelle une « mercantilisation généralisée ». Quant à Michel Caillat, il dénonce les similitudes entre les dures lois des entraînements ou des championnats sportifs, faites de concurrence, et celles du processus capitaliste, qui repose sur la méritocratie et l’objectivation à tout prix des résultats.

__________

[Conclusion]

Au terme de ce travail, il convient de s’interroger. Entre l’idéal d’excellence prôné par Pierre de Coubertin et le sacre des Bleus en 1998, que de chemin parcouru ! Que de dérives aussi. S’il est convenu d’admettre que l’idéal olympique est le symbole du sport moderne, il faut également questionner la capacité des politiques nationales à préserver dans le sport des valeurs qui ne sont plus celles des systèmes actuels. Tel est le paradoxe fondamental posé par Michel Caillat et Jean-Marie Brohm. Fondé sur l’évaluation quantitative, la méritocratie et la manipulation des masses, le sport moderne n’a-t-il pas perdu ce qui faisait tout l’enjeu de ses fondements humanistes ? C’est précisément dans sa capacité à promouvoir un impératif éthique visant à rassembler les femmes et les hommes dans leurs différences et leur diversité, que le sport peut aider à mieux appréhender l’idéal démocratique dans un monde de plus en plus fragmenté…

© Bruno Rigolt, octobre 2011 (Lycée en Forêt/Espace Pédagogique Contributif)

Sauf mention contraire, cet article, tout comme le contenu de ce site est sous contrat Creative Commons.

Creative Commons License

BTS Corrigé de l'entraînement Sport et Sacralisation


Corrigé de l’entraînement BTS Sessions 2012>13
 
Les valeurs du sport : Excellence ou sacralisation ?
Pour accéder au corpus, cliquez ici.
Corpus :

  1. Pierre de Coubertin, « Les assises philosophiques de l’olympisme moderne », 1935
  2. Vidéo de l’INA « Nuit de fête sur les Champs-Élysées », 1998
  3. Michel Caillat, Sport et civilisation : histoire et critique d’un phénomène social de masse, 1996
  4. Jean-Marie Brohm, La Tyrannie sportive : théorie critique d’un opium du peuple, 2006

Sujet : Vous ferez des documents suivants, une synthèse concise, objective et ordonnée.

 


[Introduction]

Particulièrement depuis le vingtième siècle, le sport s’est imposé comme une activité sociale et une pratique de masse qui amène à en questionner les valeurs. Tel est l’objet de ce corpus. Le premier document présente un extrait du message radiodiffusé le 4 août 1935 depuis Berlin par Pierre de Coubertin. Selon lui, le sport doit être investi d’un idéal humaniste promoteur d’exigences morales fortes. Mais cette conception idéalisée de l’Olympisme peut à l’inverse alimenter un certain nombre de dérives populistes : issu des archives de l’INA, le deuxième document qui présente un extrait du journal télévisé après la victoire de la France lors du Mondial de football en 1998 est caractéristique de cette ambiguïté. Enfin, la vision socio-anthropologique que proposent Michel Caillat et Jean-Marie Brohm met définitivement à mal l’idéologie sportive : pour les auteurs, elle constituerait davantage un vecteur d’aliénation sociale qu’un outil d’émancipation. Nous nous proposons d’aborder ces questionnements selon une triple perspective : si tous les documents amènent à réfléchir sur l’importance du sport dans la construction des identités collectives, ils divergent sensiblement dans l’interprétation des valeurs associées au sport, ainsi que dans les principes et les finalités idéologiques dont il est porteur.

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[Première partie : l’importance du sport dans la construction des identités collectives]

Le corpus fait tout d’abord apparaître combien le sport est un élément clé de la construction de l’identité collective. Prononcé au début de la rénovation des Jeux olympiques en 1935, le discours de Pierre de Coubertin est ainsi l’occasion de rappeler d’abord les origines profondément sacrées du sport dans l’Antiquité et de les rattacher à l’idéal de pureté et d’équité qui sous-tend l’Olympisme moderne. Ainsi, l’auteur considère-t-il le sport comme une dimension significative de la culture, apte à fédérer les peuples : selon lui, le sport de haut niveau peut et doit faire la promotion de la compréhension mutuelle entre les nations, de la paix et de la démocratie universelles. N’est-ce pas sensiblement le même ordre d’idée que le reportage télévisé proposé par l’Institut National de l’Audiovisuel (INA) met en valeur ? En insistant en effet sur le patriotisme si particulier « black blanc beur » qui s’est forgé le 12 juillet 1998 au terme d’une épopée devenue mythique, le journaliste rappelle combien le football peut constituer un vecteur essentiel de la diversité culturelle et de l’intégration sociale.

De fait, il y a une forte dimension collective dans le sport, à tel point qu’il peut être considéré à plein titre comme partie constituante de la culture et de l’identité des nations : espace de principes éthiques et de valeurs morales comme la compréhension mutuelle entre les peuples et les liens pacifiques pour Coubertin, échappatoire aux pesanteurs sociales et métissage par le football comme on le voit sur la vidéo. Quant à Michel Caillat, dans son essai Sport et Civilisation : histoire et critique d’un phénomène social de masse (1996), il montre très bien que le sport peut être inclus dans une approche sociologique rapprochant l’identité collective et la socialisation. Jean-Marie Brohm, dans La Tyrannie sportive : théorie critique d’un opium du peuple (2006), insiste en outre sur le fait que le sport, particulièrement de compétition, peut devenir un instrument de fabrication du consensus national et de renforcement de l’ordre social existant. Dans le même ordre d’idée, Michel Caillat montre que le sport est devenu un enjeu majeur des politiques nationales.

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[Deuxième partie : les interprétations divergentes des valeurs du sport]

On perçoit ici nettement une approche très contrastée du phénomène sportif et de son mythe selon les auteurs et les époques. Pour le baron de Coubertin, le sportif est celui qui par son engagement et son exemplarité honore « sa patrie, sa race, son drapeau ». Cette approche culturelle et symbolique, si elle s’enracine dans l’idéal chevaleresque, véhicule néanmoins une dérive nationaliste qui n’a pas échappé à Jean-Marie Brohm. Dans cette perspective, le spectacle sportif est en effet moins une occasion d’ouverture que de repli et de manipulation des masses ; l’essayiste n’hésite pas à parler d’ « unanimisme » pour stigmatiser les spectacles sportifs, investis dangereusement comme instruments de « canalisation émotionnelle ». Quant à Michel Caillat, il s’en prend très sévèrement aux dérives actuelles des pratiques d’entraînement, qui ont eu selon lui pour conséquence d’encourager les effets pervers de l’élitisme sportif : la performance, la compétition, le risque excessif au détriment des valeurs traditionnelles du sport.

De fait, tout le problème tient dans la conception même de ces valeurs : pour Pierre de Coubertin, l’olympisme est le lieu d’un rapport étroit entre l’art et le sport. L’auteur va même plus loin en rattachant les valeurs sportives à l’ascétisme religieux. Mais cette sacralisation des pratiques sportives pose en soi un problème éthique : Michel Caillat n’hésite pas à parler de « sacralisation mortifère du dépassement et du risque ». Quant à Jean-Marie Brohm, commentant des propos d’Umberto Eco, il rappelle combien nos spectacles sportifs ne sont pas si éloignés des « circenses » des Romains, c’est-à-dire des jeux du cirque. L‘articulation du sport autour d’un véritable culte dont le spectacle inspire les foules est en fait une manipulation des masses en leur faisant miroiter un imaginaire illusoire et mystificateur. Les démocraties modernes utiliseraient ainsi le sport comme instrument de contrôle social. La vidéo proposée par l’INA est à ce titre porteuse d’une profonde ambiguïté : cette « communion de tout un peuple » autour des Bleus présentés comme de véritables idoles, et apparentés aux Libérateurs de la France en 1945 ne fait-elle pas prévaloir un certain nombre de dérives identitaires au détriment de l’idéal sportif ?

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[Les principes et finalités idéologiques dont le sport est porteur]

Comme nous le comprenons, ces visions et approches très différentes recouvrent plusieurs sens selon les finalités sociales que chacun attribue au sport. Pierre de Coubertin milite à ce titre pour une reconnaissance du sport comme support des politiques éducatives. Sa vision de la pédagogie sportive est celle du dépassement de soi : « toujours plus vite, plus haut, plus fort ». Selon cette conception, la pédagogie olympique repose sur le culte de l’effort, qui n’est autre qu’un modèle de perfection humaine. L’approche coubertinienne s’insère en fait dans une vision révélatrice d’un idéal altruiste et humaniste : selon lui, la participation sportive peut être vue  comme le moyen le plus sûr d’éviter la violence en s’y adonnant symboliquement. La nuit de fête sur les Champs Elysées après la victoire des Bleus semblerait donner raison à cette approche : le commentateur n’hésite d’ailleurs pas à parler du « même drapeau pour tous ». Mais cet aspect collectif et festif fondé sur l’homogénéisation des masses n’est-il pas quelque peu trompeur ?

C’est ce que tend à démontrer la vision socio-anthropologique que proposent Michel Caillat et Jean-Marie Brohm. Selon eux, les situations nouvelles générées par l’environnement économique, politique et social ont perverti les finalités du sport. Loin de souscrire à un quelconque mythe rédempteur ou salvateur du sport, qui n’est pas exempt d’un certain populisme, ils montrent au contraire qu’il faut analyser les pratiques sportives selon une perspective critique : il n’y a pas de sport sans questionnement épistémologique de la société et de ses valeurs. Cette approche d’inspiration marxiste les amène à insister sur le lien entre le sport et l’économie capitaliste : le sport peut ainsi favoriser l’émergence ou le maintien de ce que Jean-Marie Brohm appelle une « mercantilisation généralisée ». Quant à Michel Caillat, il dénonce les similitudes entre les dures lois des entraînements ou des championnats sportifs, faites de concurrence, et celles du processus capitaliste, qui repose sur la méritocratie et l’objectivation à tout prix des résultats.

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[Conclusion]

Au terme de ce travail, il convient de s’interroger. Entre l’idéal d’excellence prôné par Pierre de Coubertin et le sacre des Bleus en 1998, que de chemin parcouru ! Que de dérives aussi. S’il est convenu d’admettre que l’idéal olympique est le symbole du sport moderne, il faut également questionner la capacité des politiques nationales à préserver dans le sport des valeurs qui ne sont plus celles des systèmes actuels. Tel est le paradoxe fondamental posé par Michel Caillat et Jean-Marie Brohm. Fondé sur l’évaluation quantitative, la méritocratie et la manipulation des masses, le sport moderne n’a-t-il pas perdu ce qui faisait tout l’enjeu de ses fondements humanistes ? C’est précisément dans sa capacité à promouvoir un impératif éthique visant à rassembler les femmes et les hommes dans leurs différences et leur diversité, que le sport peut aider à mieux appréhender l’idéal démocratique dans un monde de plus en plus fragmenté…

© Bruno Rigolt, octobre 2011 (Lycée en Forêt/Espace Pédagogique Contributif)

Sauf mention contraire, cet article, tout comme le contenu de ce site est sous contrat Creative Commons.

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Ca s’est passé le… 19 septembre 1783 !

19 septembre 1783 :

L’Expérience des frères Montgolfier à Versailles !

e 19 septembre 1783, il y a exactement 228 ans jour pour jour, en plein siècle des Lumières (*), se déroulait à Versailles le premier vol aérostatique de l’Histoire, devant le roi Louis XVI, la cour et plus de 150 000 badauds fascinés par l’imaginaire de la navigation aérienne. De fait, l’expérience du « ballon à feu » des frères Étienne et Jospeh Montgolfier devait non seulement immortaliser leur nom mais marquer durablement l’histoire des sciences, le développement du commerce et de l’industrialisation ainsi que les valeurs de la société.

Voici comment Louis Figuier (Les Grandes inventions scientifiques et industrielles, Hachette, Paris 1859) relate l’événement :

« On avait enfermé dans une cage d’osier, suspendue à la partie inférieure du ballon, un mouton, un coq et un canard. Ces premiers navigateurs aériens firent un heureux voyage et, après s’être élevés à une assez grande hauteur, ils touchèrent la terre sans accident » (page 228).
__

Pour vous replonger dans l’ambiance de l’époque, les plus curieux d’entre vous liront cette page de l’Album littéraire et musical (1849) remplie d’anecdotes. Voici entre autres ce que relate un analyste :

« Je n’ai pas besoin de dire quelle sensation produisit à Paris l’expérience d’Annonay. Les guerres de l’Amérique passèrent de mode, et l’on ne s’inquiéta plus que de la navigation aérienne. Les savants faisaient mille conjectures sur la substance mystérieuse, lorsqu’un physicien, nommé Charles, expliqua le mécanisme du ballon des frères Montgolfier… »
__

C’est en effet à un événement de l’histoire des aérostats, célèbre entre tous, qu’on venait d’assister : pour la première fois, une machine s’était élevée dans le ciel à 500 mètres de hauteur pour transporter sur près de trois kilomètres des êtres vivants, et réaliser le rêve d’Icare : libérer l’homme de la pesanteur ! Parcourez cette page (très accessible) du Château de Versailles : vous y apprendrez comment et pourquoi cette ascension dans les airs incarne à elle seule la vaste entreprise philosophique, humaniste et scientifique des Lumières.

Admirez aussi ces belles gravures à l’eau-forte proposés par Gallica-BnF :

___________

(*) Pour approfondir vos connaissances des Lumières, consultez ce passage tout à fait exhaustif de l’ouvrage Letteratura, Europa, scuola, volume 2, Armando, Rome 2006.

 

Ca s'est passé le… 19 septembre 1783 !

19 septembre 1783 :

L’Expérience des frères Montgolfier à Versailles !

e 19 septembre 1783, il y a exactement 228 ans jour pour jour, en plein siècle des Lumières (*), se déroulait à Versailles le premier vol aérostatique de l’Histoire, devant le roi Louis XVI, la cour et plus de 150 000 badauds fascinés par l’imaginaire de la navigation aérienne. De fait, l’expérience du « ballon à feu » des frères Étienne et Jospeh Montgolfier devait non seulement immortaliser leur nom mais marquer durablement l’histoire des sciences, le développement du commerce et de l’industrialisation ainsi que les valeurs de la société.

Voici comment Louis Figuier (Les Grandes inventions scientifiques et industrielles, Hachette, Paris 1859) relate l’événement :

« On avait enfermé dans une cage d’osier, suspendue à la partie inférieure du ballon, un mouton, un coq et un canard. Ces premiers navigateurs aériens firent un heureux voyage et, après s’être élevés à une assez grande hauteur, ils touchèrent la terre sans accident » (page 228).
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Pour vous replonger dans l’ambiance de l’époque, les plus curieux d’entre vous liront cette page de l’Album littéraire et musical (1849) remplie d’anecdotes. Voici entre autres ce que relate un analyste :

« Je n’ai pas besoin de dire quelle sensation produisit à Paris l’expérience d’Annonay. Les guerres de l’Amérique passèrent de mode, et l’on ne s’inquiéta plus que de la navigation aérienne. Les savants faisaient mille conjectures sur la substance mystérieuse, lorsqu’un physicien, nommé Charles, expliqua le mécanisme du ballon des frères Montgolfier… »
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C’est en effet à un événement de l’histoire des aérostats, célèbre entre tous, qu’on venait d’assister : pour la première fois, une machine s’était élevée dans le ciel à 500 mètres de hauteur pour transporter sur près de trois kilomètres des êtres vivants, et réaliser le rêve d’Icare : libérer l’homme de la pesanteur ! Parcourez cette page (très accessible) du Château de Versailles : vous y apprendrez comment et pourquoi cette ascension dans les airs incarne à elle seule la vaste entreprise philosophique, humaniste et scientifique des Lumières.

Admirez aussi ces belles gravures à l’eau-forte proposés par Gallica-BnF :

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(*) Pour approfondir vos connaissances des Lumières, consultez ce passage tout à fait exhaustif de l’ouvrage Letteratura, Europa, scuola, volume 2, Armando, Rome 2006.

 

La citation de la semaine… Marie-Léontine Tsibinda…

« Courir, impensable, tu te fais lyncher. Une âme de moins, qui s’en souviendra ? »

[…] Ceux qui n’ont pas su tirer ont sorti des machettes, des sagaies. On a égorgé, on a scalpé, on a tranché les membres, on a sorti les intestins des corps morts, on les a portés comme colliers hideux. Femmes et enfants ont subi le même sort, le même destin sauvage, barbare et cruel.

La vie est têtue, elle revient et elle me dit que tu n’es pas près de moi. Je marche dans les quartiers dévastés. Je veux dominer ma peur coûte que coûte. J’ai l’impression qu’une personne va me dire : « Ici, j’ai vu le jour, j’ai grandi mais la haine m’a ôté la vie que Dieu donne…».

Te souviens-tu de ma panique après notre passage près de la boulangerie ? Ce jour-là, à cause des tirs répétés, je n’ai pas envoyé les enfants chercher du pain. J’ai marché jusqu’à la boulangerie du quartier, la peur au ventre. Dans la rue, des enfants armés patrouillent. Ils ont l’âge des enfants de mes cousines : des gamins qui ont besoin d’affection. Ils ont les yeux dilatés par la drogue. Un faux pas, une fausse parole et tout est cuit, fini. Courir, impensable, tu te fais lyncher. Une âme de moins, qui s’en souviendra ? Je pense aux parents qui ont essayé en vain de les dissuader de prendre les armes. Certains, hélas, ne sont plus de ce monde, ils ont été éliminés par leurs propres enfants brûlés par la fièvre des combats et la soif d’argent.

On leur promettait monts et merveilles : des études à l’étranger, l’intégration dans l’armée, des postes de directeur, ou de fonctionnaire international quand la victoire retentira. Les parents pleurent encore leurs gosses morts pour des causes qui leur étaient étrangères. Silence ! La mère patrie le veut !

Marie-Léontine Tsibinda, d'après un cliché Kinzenguélé/afriphoto.com (photographie modifiée numériquement)

Les dalles de la route ont été enlevées. Il faut enjamber les caniveaux au risque de se casser les jambes. Les arbres aussi ont été taillés en morceaux, les ruisseaux de la ville ont vomi les vieilles carcasses qui dormaient dans leur lit.

Une foule devant la boulangerie crie : du pain ! du pain !

À quel prix ! La bousculade m’entraîne tantôt à gauche, tantôt à droite. Je sors de la bâtisse en sueur, la lanière de ma sandale a cédé. Munie de mon bien, je rentre chez moi avec des compagnes de fortune. Soudain, des coups de feu éclatent. Des coups de canon aussi. Vite il nous faut un abri. Une maison délabrée nous sert de refuge. Dieu est grand, il saura nous sortir de cet enfer où nous plongent les cœurs cyniques. La séparation est inévitable. Je trouve les enfants sous le lit. Ils se jettent dans mes bras. On a encore tiré tantine.

Hélas, oui mon petit !

C’est la guerre ?

Oui la guerre. […]

© Marie-Léontine Tsibinda, « Les pagnes mouillés« , extrait (1996). Nouvelle  couronnée par le prix Unesco-Aschberg et publiée en février 1997 dans la revue Amina  n° 322. Cette nouvelle figure dans le recueil  Les Hirondelles de mer, éd. Acoria, Paris 2009. En accédant au site de l’éditeur, vous pourrez feuilleter en libre accès les 29 premières pages du recueil .

Extrait publié avec l’autorisation écrite de l’auteure. Merci encore à elle. BR.

Poétesse, novelliste et romancière africaine d’expression française (Girard, Congo, 1955), Marie-Léontine Tsibinda a fui le Congo-Brazzaville en 1999 à cause de la guerre civile (¹). Comme elle le confiera lors d’un entretien en 2002, « rester à Brazza était devenu un cauchemar pour moi dans la mesure où ma maison a été brûlée après l’offensive du 15 octobre 1997. […] J’ai eu peur. J’ai essayé de tenir bon. Mais si les incendiaires m’avaient trouvée chez moi, au Plateau-des-15-ans, dans ma maison, je serais morte sans aucun doute en ce jour fatal de novembre 1997. Partir était devenu inévitable. J’ai pris les enfants qui étaient avec moi à Brazza : ma famille, comme beaucoup d’autres, a éclaté. »

C’est cette violence paroxystique qui a embrasé le Congo, et plus largement l’Afrique centrale, dont le récit se fait dramatiquement l’écho : « Terrorisée par les émeutes et la guerre civile, une jeune femme se réfugie dans un abri de fortune avec quelques compagnes qui lui racontent l’horreur de la guerre vécue au quotidien » (présentation de l’auteure). La nouvelle renvoie ainsi à l’expérience que fit personnellement Marie-Léontine Tsibinda de la guerre : « Les pagnes mouillés« , c’est donc d’abord une « mémoire de réfugiée ». Par des mots à la fois simples et terribles, la novelliste dresse le bilan de cette dévastation : le drame des enfants soldats, « les yeux dilatés par la drogue, […] brûlés par la fièvre des combats et la soif d’argent », mais aussi les ratissages systématiques, tous ces sans-logis, ces déplacés obligés de parcourir des centaines de kilomètres dans l’angoisse de se faire « lyncher » :

On a égorgé, on a scalpé, on a tranché les membres, on a sorti les intestins des corps morts, on les a portés comme colliers hideux. Femmes et enfants ont subi le même sort, le même destin sauvage, barbare et cruel.

Mais la nouvelle de Marie-Léontine Tsibinda est aussi (est surtout) un vibrant hommage à toutes ces femmes condamnées à survivre sans repos ni nourriture, à toutes ces mères, si vulnérables et démunies, et pourtant si admirables dans leur volonté de s’assumer et de faire face à la guerre :

Je sors de la bâtisse en sueur, la lanière de ma sandale a cédé. Munie de mon bien, je rentre chez moi avec des compagnes de fortune. […] Je trouve les enfants sous le lit. Ils se jettent dans mes bras. On a encore tiré tantine.
Hélas, oui mon petit !
C’est la guerre ?
Oui la guerre.

Femmes exilées, réfugiées, déplacées de force ; femmes victimes de l’insécurité permanente et de la brutalité des miliciens. Femmes enfin, veuves ou épouses, capables de tant d’amour, de tant de compassion face à l’horreur de la guerre :

J’ai longtemps pleuré après toi. Je savais que je te reverrais. Ton souvenir ne m’a jamais quittée. Moi aussi, je t’aime… Ici, la vie renaît à la vie… Je t’aime… Oh, oui, moi aussi… Eh, voisine, j’ai mouillé mes pagnes.
Oui, voisine, mes pagnes mouillés…
__

C’est sur ces paroles mêlées de larmes que s’achève la nouvelle : non plus les larmes de peur et les larmes de sang, mais des larmes de souffrance qui sont aussi des larmes de mémoire, des larmes d’espoir. Larmes pour tous ceux qui sont partis, qui ne sont pas revenus, pour toutes les âmes victimes de la guerre et de la barbarie ; larmes contre tous les maux, larmes contre toutes les armes… Je ne saurais trop vous conseiller de lire en intégralité ce texte qui bouleverse d’ailleurs nombre de clichés encore largement répandus, considèrant que la guerre est un thème d’hommes, « en marge des responsabilités de la femme » (²). Bien au contraire : l’un des buts premiers de la nouvelle de Marie-Léontine Tsibinda a sans doute été d’alerter la communauté internationale sur les conséquences dramatiques de la guerre. Elle nous amène aussi, nous lecteurs, à réfléchir aux événements socio-politiques, et leurs cohortes de misère et de violence, qui déchirent tant de pays du monde…

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(1) Les étudiant(e)s intéressé(e)s gagneront à parcourir l’ouvrage remarquable de Patrice Yengo, chercheur associé à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) : La Guerre civile du Congo-Brazzaville, 1993-2002, éd. Karthala, Paris 2006. Lisez en particulier l’introduction.

(2) Jean-Marie Volet, « La guerre chez les romancières« , Mots Pluriels (The University of Western Australia), vol.1. no 4. 1997.

Découvrez également ces interviews : « Exil, violence et mort ambiante ou la nécessité de quitter l’Afrique ?« , un entretien avec Marie-Léontine Tsibinda, femme de Lettres congolaise et exilée. « L’écrivain est la mémoire d’un peuple« , entretien d’André Désiré Loutsono avec Marie Léontine Tsibinda. Voyez enfin dans Google-livres l’ouvrage d’Alain Brezault et Gérard Clavreuil, Conversations congolaises, L’Harmattan, Paris 1989, page 13 et suivantes.

 

Crédit photographique : Kinzenguélé/afriphoto.com. J’ai recolorisé et retouché numériquement le cliché d’origine.

Au fil des pages… Dictionnaire de culture générale…

Dictionnaire de Culture Générale

(Francis Foreaux, Pearson Education France, 2010)

Si vous parcourez régulièrement les pages de cet Espace Pédagogique, vous n’aurez pas manqué de constater l’importance accordée à la culture générale. C’est en effet la « culture gé » qui marque la différence dans les épreuves de sélection pour les grandes écoles, les universités, et bien sûr les entretiens de recrutement. Comme je l’avais dit dans la présentation de deux autres ouvrages (L’Indispensable en culture générale… Réussir l’épreuve de culture générale à Sciences Po…), «accéder à une filière sélective se prépare longuement avant. Certains se diront peut-être : « Je suis en Seconde ou en Première, j’ai bien le temps » ou alors : « Je n’ai pas encore fait de Philo, or beaucoup de sujets abordent des questions que je ne pourrai pas comprendre ».

La grande erreur de ces étudiants est d’abord de se sous-estimer : « Je ne suis pas capable de » alors que vous êtes tout à fait capable (mais en cédant au découragement, on cède souvent à la paresse… Pas vrai ?). L’autre erreur, c’est de sous-estimer le niveau de culture générale qui sera exigé de vous : or, c’est sur la culture générale que se font les sélections. Si vous attendez l’année du concours, il sera malheureusement trop tard, car vous n’aurez ni le temps, ni l’ambition, ni une acquisition suffisante des méthodes de pensée et de travail requises. C’est dès maintenant que vous devez vous y préparer : et c’est d’autant plus facile qu’il n’y a pas pour le moment de risque pour vous ni d’enjeu immédiat. Il n’en ira pas de même l’année du concours !»

C’est la raison pour laquelle je ne saurais trop vous recommander de parcourir quelques articles de ce gros ouvrage (510 pages, prix habituellement pratiqué : 28,41 €), rédigé sous la direction de Francis Foreaux, et publié en 2010 par Pearson Education France. S’il s’adresse prioritairement aux candidat(e)s des classes préparatoires économiques et commerciales, les lycéens gagneront à se familiariser avec ce type d’ouvrage.  Ne vous laissez pas rebuter par la présentation un peu austère des articles. Comme le rappelle l’éditeur, « cet ouvrage est plus qu’un simple dictionnaire de définitions lexicales. Chaque article propose l’analyse d’une notion, d’un concept, d’un courant de littérature, de pensée ou d’art, d’une personnalité » [lire la présentation complète].

Ne manquez pas les articles : « Argumentation » (p. 8), « Aristote » (p. 11), « Art » (p. 14), « Autobiographie » (p. 22), « Autrui » (p. 27), « Avant-garde » (p. 29), « Baroque » (p. 32), « Beauté » (p. 33), « Cause/Causalité » (p. 48)…

RAPPEL DE MÉTHODE : Comment « bien lire » un guide de culture générale ? Le but bien entendu n’est pas de “tout lire” (ce n’est d’ailleurs ni le but ni le principe d’un tel ouvrage) mais de lire un peu “au fil des pages”, selon votre envie. Quand vous avez le temps, parcourez un article, lisez un extrait de texte, découvrez un auteur, etc. Si vous le pouvez, notez (dans un petit répertoire) ce qui vous paraît important en précisant le titre de l’ouvrage et la page, afin de pouvoir vous y référer ultérieurement. Une règle importante : ne forcez jamais ! Si quelque chose vous rebute ou vous semble trop difficile, passez à un autre sujet. Plus qu’apprendre pour apprendre, c’est en fait la démarche qui importe : découvrir et enrichir sa culture générale.

Astuce : les parties librement consultables étant limitées, prenez l’habitude de feuilleter plusieurs ouvrages : premier avantage, vous vous familiariserez avec différentes approches ou méthodologies. Deuxième avantage : en feuilletant par exemple 5 à 6 guides de Culture Gé, on finit par « reconstituer le puzzle » et avoir ainsi un ouvrage complet !

Autres notes et articles à consulter :

Recommandations de lecture : les guides de culture générale ; L’Indispensable en culture générale… Réussir l’épreuve de culture générale à Sciences Po ; Le Guide des Études ; Dictionnaire de culture générale (Pierre Gévart) ; Patrimoine littéraire européen: Mondialisation de l’Europe, 1885-1922 ; Anthologie de la poésie française ; Introduction aux littératures francophones : Afrique, Caraïbe, Maghreb

 

La citation de la semaine… Gaston Bachelard…

« La mort de l’eau est plus songeuse que la mort de la terre : la peine de l’eau est infinie… »

L’eau est vraiment l’élément transitoire. […] L’être voué à l’eau est un être en vertige. Il meurt à chaque minute, sans cesse quelque chose de sa substance s’écoule. La mort quotidienne n’est pas la mort exubérante du feu qui perce le ciel de ses flèches ; la mort quotidienne est la mort de l’eau. L’eau coule toujours, l’eau tombe toujours, elle finit toujours en sa mort horizontale. […] la mort de l’eau est plus songeuse que la mort de la terre : la peine de l’eau est infinie. […]

Gaston Bachelard

Je retrouve toujours la même mélancolie devant les eaux dormantes, une mélancolie très spéciale qui a la couleur d’une mare dans une forêt humide, une mélancolie sans oppression, songeuse, lente, calme. Un détail infime de la vie des eaux devient souvent pour moi un symbole psychologique essentiel. […] C’est près de l’eau et de ses fleurs que j’ai mieux compris que la rêverie est un univers en émanation, un souffle odorant qui sort des choses par l’intermédiaire d’un rêveur. Si je veux étudier la vie des images de l’eau, il me faut donc rendre leur rôle dominant à la rivière et aux sources de mon pays.

Je suis né dans un pays de ruisseaux et de rivières, dans un coin de la Champagne vallonnée, dans le Vallage, ainsi nommé à cause du grand nombre de ses vallons. La plus belle des demeures serait pour moi au creux d’un vallon, au bord d’une eau vive, dans l’ombre courte des saules et des osières. Et quand octobre viendrait, avec ses brumes sur la rivière…

Mon plaisir est encore d’accompagner le ruisseau, de marcher le long des berges, dans le bon sens, dans le sens de l’eau qui coule, de l’eau qui mène la vie ailleurs, au village voisin. Mon « ailleurs » ne va pas plus loin. […] Le Vallage a dix-huit lieues de long et douze de large. C’est donc un monde. Je ne le connais pas tout entier : je n’ai pas suivi toutes ses rivières.

Mais le pays natal est moins une étendue qu’une matière; c’est un granit ou une terre, un vent ou une sécheresse, une eau ou une lumière. C’est en lui que nous matérialisons nos rêveries ; c’est par lui que notre rêve prend sa juste substance ; c’est à lui que nous demandons notre couleur fondamentale. En rêvant près de la rivière, j’ai voué mon imagination à l’eau, à l’eau verte et claire, à l’eau qui verdit les prés. Je ne puis m’asseoir près d’un ruisseau sans tomber dans une rêverie profonde, sans revoir mon bonheur… Il n’est pas nécessaire que ce soit le ruisseau de chez nous, l’eau de chez nous. L’eau anonyme sait tous mes secrets. Le même souvenir sort de toutes les fontaines…

Gaston Bachelard, L’Eau et les rêves, essai sur l’imagination de la matière, © Librairie José Corti 1942. Le livre de Poche n°4160, Paris 2007, pages 13-15

À la fois historien de la philosophie et théoricien des sciences, penseur et savant érudit mais aussi auteur d’écrits littéraires et poétiques, Gaston Bachelard (1884-1962) a renouvelé l’approche philosophique de la connaissance en fondant son œuvre sur une « imagination de la matière » éclairée par la psychanalyse. Pour lui, les quatre éléments de la nature (le feu, l’eau, l’air et la terre) sont la source même de l’imagination poétique. De fait, l’approche philosophique de Bachelard s’éloigne du modèle positiviste et substitue à la « physique scientifique » ce qu’il appelle une « physique poétique », allant jusqu’à prôner la réconciliation de la poésie et de la science grâce à une ouverture de l’esprit humain à l’imaginaire et à la poésie de la nature.

Dans la Poétique de la rêverie (1960), il s’est d’ailleurs lui-même défini comme un « rêveur de mots » : pour Bachelard en effet, notre appartenance au monde des images est peut-être plus forte, plus constitutive de notre être, que notre appartenance au monde des idées : c’est par le rêve et la poésie que le réel s’énonce dans toute sa complexité. Les titres mêmes de ses ouvrages expriment le travail infatigable qu’accomplit Bachelard pour renouveler notre compréhension de l’imaginaire : la Psychanalyse du feu (1938), l’Eau et les rêves (1942), l’Air et les songes (1943), la Terre et les rêveries du repos (1946), la Terre et les rêveries de la volonté (1948), la Poétique de l’espace (1957)… Dans tous ses ouvrages, Bachelard défend ainsi ce qu’il appellera lui-même « le droit de rêver », autrement dit la force du langage poétique, car il est un reflet du cosmos.

Le passage présenté me paraît très représentatif de cette vision particulière de la nature et de la matière que propose Bachelard : comme il l’avait dit dans la Poétique de la rêverie, « pour un grand rêveur, voir dans l’eau c’est voir dans l’âme et le monde extérieur n’est bientôt plus que ce qu’il a rêvé » : espace de convergence et de rayonnement, l’eau est en effet la fusion du voyant et de l’invisible, du créé et de l’incréé, du rêve et de la matière, du dedans et du dehors. Il existe ainsi une « poétique de l’eau » qui va bien au-delà de la perception : l’eau est à ce titre un imaginaire, une « surréalité », une métaphore du temps qui s’écoule. L’eau est le songe de la vie : « l’eau tombe toujours, elle finit toujours en sa mort horizontale. […] la mort de l’eau est plus songeuse que la mort de la terre : la peine de l’eau est infinie ».

Cette symbolique de l’eau est essentielle, car elle mène à la connaissance : « C’est près de l’eau et de ses fleurs que j’ai mieux compris que la rêverie est un univers en émanation, un souffle odorant qui sort des choses par l’intermédiaire d’un rêveur. […] Mon plaisir est encore d’accompagner le ruisseau, de marcher le long des berges, dans le bon sens, dans le sens de l’eau qui coule, de l’eau qui mène la vie ailleurs »… Voici comment le grand éditeur José Corti présente l’essai de Bachelard : « À l’écoute de l’eau et de ses mystères, Gaston Bachelard entraîne son lecteur dans une superbe méditation sur l’imagination de la matière. Son domaine s’élargit, le philosophe se laissant davantage guider par les images des poètes, s’abandonne à sa propre rêverie. Des eaux claires, brillantes où naissent des images fugitives, jusqu’aux profondeurs obscures, où gisent mythes et fantasmes »…

Je ne saurais trop vous recommander la lecture de cet ouvrage, difficile certes, mais ô combien stimulant intellectuellement grâce à cette nouvelle approche de la réalité et du monde de la connaissance qu’il propose. Comme il a été dit très justement, « l’œuvre bachelardienne est une exaltation de la constitution dynamique de l’esprit humain qui se construit de façon constante et inépuisable par le dynamisme de la raison et de l’imagination » (Marly Bulcão). Ce renouvellement du champ épistémologique et méthodologique entrepris par Bachelard a littéralement bouleversé, en France mais aussi dans le monde, l’esprit scientifique et les théories de l’imaginaire… Je terminerai avec cette belle phrase de Bachelard, qui au seuil de cette nouvelle année scolaire, a valeur de programme : « J’étudie ! Je ne suis que le sujet du verbe étudier. Penser je n’ose. Avant de penser, il faut étudier » (*).

L’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) propose des ouvrages (entiers ou de larges extraits) à télécharger gratuitement. Ressources très intéressantes.

(*) Gaston Bachelard, La Flamme d’une chandelle, PUF Coll. « Quadrige », Paris 1996, p. 55. Cité par G. Canguilhem, in G. Bachelard, Études, Librairie Philosophique J. Vrin, « Bibliothèque des Textes Philosophiques », Paris 1970, 2002, page 7.

http://www.ina.fr/video/ticket/CAF89004641/969098/481f50fd77111fe0834dff60125fe537

Au fil des pages… Black Feminism…

Black Feminism

Anthologie du féminisme africain-américain (1975-2000)

Publiée chez L’Harmattan en 2008 (coll. « Bibliothèque du féminisme », 260 pages) sous la direction d’Elsa Dorlin, maître de conférence en Philosophie à l’Université Paris I, cette anthologie est la première en France à rassembler autant d’articles fondateurs du mouvement féministe noir-américain, et à proposer un vaste questionnement quant à l’influence des facteurs de classe et des structures sociales sur la condition des femmes de couleur. De fait, ce qu’on a appelé le Black Feminism est un courant de pensée politique qui, au sein du féminisme, a repensé les interrelations entre sexisme et racisme. En ce sens, le Black Feminism s’est défini comme une « minorité dans la minorité », dénonçant la prétention d’un « féminisme blanc » à l’universalisme. À ce titre, voici comment l’éditeur présente l’ouvrage :

« Toutes les femmes sont blanches, tous les Noirs sont hommes, mais nous sommes quelques-unes à être courageuses ».
Sous ce titre magnifique paraissait en 1982 aux Etats-Unis une anthologie de textes fondateurs des études féministes noires : un titre qui dénonçait la double exclusion des femmes noires d’un féminisme blanc et bourgeois et d’un nationalisme noir sexiste. Ces féministes noires ont créé un mouvement politique d’une importance unique en ce que, d’emblée, il s’est constitué sur la dénonciation d’une oppression simultanée de race, de classe, de sexe et du modèle de sexualité qui va avec.
Les textes présentés dans ce recueil du Black feminism – le premier en France – explorent sur une période de trente ans les thèmes de l’identité, de l’expérience singulière, de la sororité, de la sexualité, comme la place dans les institutions, les coalitions nécessaires et les alliances possibles, les Normes culturelles de rébellion et de lutte, le passage de témoin entre générations. Pourquoi, en France, ex-puissance coloniale, l’équivalent d’un féminisme noir n’a-t-il pas existé ? Ces textes, par leur vitalité et leur perspicacité politiques, invitent à poser cette question et à s’interroger autrement sur les faux-semblants de l’universalisme républicain comme sur les points aveugles du féminisme français.

Je ne saurais trop vous engager à feuilleter les parties librement consultables —très nombreuses— de cet ouvrage : tout d’abord, lisez l’introduction (page 9 et s.) : elle revient sur la véritable « révolution politique et théorique » qu’a représentée le féminisme noir, dans la mesure où, en articulant le sexisme au racisme, il a reformulé l’ensemble des problématiques et des revendications féministes. Ne ratez pas non plus l’article d’Hazel Carby « Femme blanche écoute« . Comme le dit l’auteure : « Bien des femmes noires ont été aliénées par l’absence de reconnaissance de leurs vies, de leurs expériences et de leurs histoires de la part du mouvement de libération des femmes. Les féministes noires ont exigé, et exigent toujours, que le racisme soit reconnu comme élément structurant nos rapports aux femmes blanches […] ».

Beaucoup d’autres textes sont également d’un grand intérêt (en particulier le texte bouleversant d’Audre Lorde Transformer le silence en paroles et en actes)  : ils permettent d’articuler les expériences personnelles, ou certains témoignages liés aux discriminations, à des problématiques plus globales obligeant non seulement à repenser les cadres habituels du féminisme, mais aussi les rapports de domination et les mouvements sociaux dans leur ensemble. Une lecture selon moi indispensable, non seulement sur le plan personnel mais plus encore pour enrichir votre culture générale.

Rappel : comme je l’ai souvent dit, lorsque vous lisez ce type d’ouvrage, inutile de lire “en une fois” et “linéairement” toutes les pages : ce n’est d’ailleurs pas le principe d’un guide de culture gé, d’une anthologie, etc. Plus utilement, prenez une notion, un chapitre, une problématique au hasard et lisez l’article ou quelques pages. Le mieux est de reporter sur un petit répertoire les points importants (définition, dates à retenir, auteur clé, citation, etc.) afin de vous constituer progressivement votre propre guide de culture générale. En même temps, cela vous entraînera à la synthèse (Bien entendu, ne notez sur votre répertoire que l’essentiel !). Dès que vous avez 10 minutes (une ou deux fois par semaine), faites ce petit exercice : vous verrez dans un an à peine combien vous aurez progressé !

Corrigé de dissertation : Milan Kundera « l’esprit du roman est l’esprit de complexité »

Dissertation corrigée :
[voir : méthodologie de la dissertation]

Travail sur Milan Kundera : roman et complexité

Sujet proposé aux élèves de Seconde 6 (promotion 2010-2011) :

Dans l’Art du roman (1986), Milan Kundera affirme que « L’esprit du roman est l’esprit de complexité. Chaque roman dit au lecteur : les choses sont plus compliquées que tu ne le penses. »
Vous commenterez et au besoin discuterez ces propos.

Merci à Alicia C. et Samira A., toutes deux brillantes élèves de Seconde 6, pour leurs recherches et leur contribution au présent corrigé.
NB : le présent corrigé est proposé à partir d’un programme de lectures imposé.


es fonctions et la finalité du roman ont souvent été mises en débat. Particulièrement depuis la fin du dix-neuvième siècle, s’il est convenu d’admettre que le roman, de par son analogie avec l’épopée, a pour cadre une tension entre l’individuel et le collectif, cette définition n’échappe pas à une certaine indétermination : si certains auteurs, dans la lignée du Réalisme, ont circonscrit le romanesque au fait historique et social, d’autres ont souhaité au contraire mettre en avant son aspect esthétique du fait même du statut fictionnel du récit. Mais l’essence du romanesque n’est-elle pas par nature, comme l’écrira en 1986 Milan Kundera dans son essai l’Art du roman, « interrogative », « hypothétique » ? C’est ainsi que l’auteur de L’Insoutenable légèreté de l’être affirme que « L’esprit du roman est l’esprit de complexité. Chaque roman dit au lecteur : les choses sont plus compliquées que tu ne le penses ».

Pour Kundera, cette affirmation se justifie d’emblée par le fait que l’intérêt principal du roman réside dans la relativité, la complexité même des choses humaines et non dans les phénomènes de réduction en tout genre qui se seraient installés selon lui dans les productions romanesques contemporaines. Si nul n’oserait récuser de tels propos, il convient cependant de les nuancer quelque peu : on ne saurait négliger le fait que cette complexité dont parle Kundera se heurte à ce qu’il appelle sévèrement « l’esprit du temps » : le monde de l’efficacité au lieu du doute, de la vitesse au lieu de la lenteur, de la rapidité au lieu du questionnement. De par sa nature même, le roman répond en effet à une grande complexité, tant narrative que stylistique ou psychologique.

Pour autant, quel sens donner à la complexité dont parle Milan Kundera ? Ne pourrait-on opposer à « l’esprit de complexité », ce que nous appellerions « l’esprit de simplicité » : simplicité et non réduction ; simplicité d’aimer lire un « bon livre » par exemple, simplicité d’un roman épuré, débarrassé de ce qui ne fait pas son essence propre… Cela dit, faut-il s’en tenir à ce dualisme quelque peu réducteur ? Ne faudrait-il pas plutôt se poser la question de savoir si cette complexité évoquée par Milan Kundera ne viendrait pas de notre propre « horizon d’attente », c’est-à-dire de notre complexité de lecteur ?

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out d’abord, si « l’esprit du roman » se définit par « l’esprit de complexité », c’est que l’espace littéraire nous fait entrer dans une indéniable complexité intellectuelle. Le roman est par définition toujours complexe, de par sa forme et sa structure. Il l’est par le style même de l’auteur : l’étude des procédés, des constructions narratives, des structures thématiques sont autant d’aspects essentiels de cet « esprit de complexité » dont parle Kundera. Ainsi comme l’a dit si bien Maupassant, dans la préface de Pierre et Jean, (1888), « le but du romancier n’est pas seulement de nous raconter une histoire, de nous amuser ou de nous attendrir, mais aussi de nous forcer à penser, à comprendre le sens profond et caché des événements […]. Il devra donc composer son œuvre d’une manière si adroite, si dissimulée et d’apparence si simple, qu’il soit impossible d’en apercevoir et d’en indiquer le plan, de découvrir ses intentions […], il devra savoir éliminer parmi les menus événements innombrables et quotidiens tous ceux qui lui sont inutiles, et mettre en lumière, d’une façon spéciale, tous ceux qui seraient demeurés inaperçus pour des observateurs peu clairvoyants et qui donnent au livre sa portée, sa valeur d’ensemble ». Pour ne retenir qu’un élément parmi d’autres, attardons-nous sur ce qu’on appelle la « littérarité », c’est-à-dire la condition « poétique » même du roman : avant de raconter une histoire, celui-ci s’illustre d’abord par son aptitude à textualiser des émotions et des sentiments. Qui n’a pas en mémoire cette magnifique description du Lys dans la vallée, et qui « est l’occasion pour le narrateur (mais c’est bien Balzac qui parle ici) de se livrer à une suggestive comparaison entre le paysage de la Touraine, tout en galbes et en arrondis, et la femme aimée«  : « Là se découvre une vallée qui commence à Montbazon, finit à la Loire, et semble bondir sous les châteaux posés sur ces doubles collines ; une magnifique coupe d’émeraude au fond de laquelle l’Indre se roule par des mouvements de serpent. […] Elle était, comme vous le savez déjà, sans rien savoir encore, LE LYS DE CETTE VALLÉE où elle croissait pour le ciel, en la remplissant du parfum de ses vertus ». Comme nous le voyons, « la découverte du paysage s’apparente à un dévoilement de la femme idéale, totalement confondue avec le lieu« . Dévoilement entrepris au moyen du langage.

Ainsi, la lecture du roman, par nature élaborée, contribue à développer chez le lecteur une pensée non moins complexe : la complexité du roman ne vient-elle pas du fait qu’il serait un  miroir de la vie ? Dans L’Assommoir, septième volume de la série des Rougon-Macquart, publié en 1877, le naturaliste Émile Zola affirme à ce titre que c’est « le premier roman sur le peuple, qui ne mente pas et qui ait l’odeur du peuple ». De fait, en cherchant à reconstituer la langue et les mœurs des ouvriers sous le second Empire, l’auteur cherche à montrer la « vraie » vie. La citation de Kundera suppose donc que soit restituée la dimension « anthropologique » et culturelle de la lecture. Aussi, lorsque l’auteur parle des « choses », elles correspondent certes à l’histoire ou à l’imaginaire du texte, mais plus encore peut-être au contexte, qui ne saurait être réduit à une simple unité factice :  l’esprit de complexité du texte littéraire ne touche-t-il pas à l’acte même de lecture ? Confronter le texte au contexte, c’est mettre à jour les enjeux sociaux, culturels mais aussi humains dont il a été l’objet ; ou même grâce à l’étude de l’intertextualité, c’est étudier les relations que le texte entretient avec d’autres productions littéraires ou artistiques. Et sans doute faut-il reconnaître la nature éminemment sociale et interculturelle du roman. Cette complexité dont parle Kundera, c’est d’abord la complexité du monde. Prenons l’exemple de Zola, très caractéristique : pour chacune de ses œuvres, l’auteur de l’Assommoir a mis en place nombre de « dossiers préparatoires » souvent complexes : Colette Becker, dans le Roman, rapporte le fait suivant : « le dossier de Germinal […] comporte 962 feuillets, dont 453 de documents. Mais Zola ne se veut pas l’esclave de cette documentation. […] Chez lui la fiction l’emporte toujours sur la mimesis. » Cette dernière notation est tout à fait essentielle : C’est Balzac, qui dans Le Chef-d’œuvre inconnu affirmait : « la mission de l’art n’est pas de copier la nature mais de l’exprimer ». De fait, la description du personnage d’Etienne ne saurait être assimilée au mineur qu’il représente : une signification symbolique lui est associée du fait qu’il est la représentation complexe de tout un groupe social.

Comme nous le pressentons, la complexité du roman ne repose-t-elle pas en grande partie sur la complexité intérieure du personnage romanesque ? Complexité bien plus grande encore que le personnage social. La notion de point de vue serait à ce titre particulièrement intéressante à étudier : chercher à pénétrer l’univers subjectif du héros, c’est en effet pénétrer dans l’atelier de fabrication du roman : que pense vraiment Félix de Vandenesse ? Est-il possible, quoi que nous fassions, de sonder les profondeurs de l’âme de Georges Duroy dans Bel-Ami ? L’exploration du personnage est l’un des mystères sans cesse renouvelé, de la complexité du roman : l’évolution du héros ou des personnages secondaires est à mettre en relation avec sa dissolution parfois : le romancier se laisse aller à une déconstruction du personnage qui s’apparente à un véritable parricide : on pourrait citer le destin tragique de la malheureuse Jeanne dans Une Vie, ou du personnage de Gregor dans la Métamorphose (qui est une nouvelle certes, mais dont la structure et l’écriture s’apparentent néanmoins aux codes du romanesque). De ces remarques, il faut comprendre que le romancier nous invite en fait à examiner les relations que les personnages entretiennent avec l’espace et l’histoire, mais aussi avec eux-mêmes. Qu’il soit de premier ou de second plan, un personnage est donc toujours symbolique. De même, la multiplicité des rapports entre personnages accentue le caractère complexe du roman. Dans Bel-Ami de Maupassant par exemple, l’évolution du personnage principal entre l’ouverture et la clôture du roman est essentielle pour comprendre les implications sociales, voire idéologiques du texte. Cette complexité qu’évoquait Milan Kundera repose donc sur une mystérieuse connivence de plusieurs facteurs, qui sont à la base de l’esthétique romanesque : de ce point de vue, l’intérêt du roman —mais aussi sa difficulté—pour le lecteur est de devoir déchiffrer le texte pour en comprendre la complexité.

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i, comme nous l’avons vu, « l’esprit du roman est l’esprit de complexité », il faut noter également que cette affirmation n’est pas aussi évidente qu’il y paraît de prime abord. Comme nous le suggérions à la fin de notre première partie, toute la difficulté de la définition que Milan Kundera donne du roman, vient qu’elle implique un lecteur tout aussi complexe : un lecteur engagé dans une aventure intellectuelle et symbolique, apte à déchiffrer les énigmes du texte… Une telle conception ne serait-elle pas trop abstraite ? Ne risque-t-elle pas de faire perdre une notion non moins essentielle, et que l’on pourrait résumer en parlant d’un nécessaire « esprit de simplicité »… D’aucuns objecteront avec justesse que Milan Kundera s’en prend d’abord à l’esprit réducteur de notre époque. Dans ses écrits théoriques, et en particulier l’Art du roman, Kundera revient longuement sur ses idées et ses principes esthétiques : pour lui, comme nous l’avons vu dans notre première partie, l’art romanesque à travers l’ensemble de ses procédés narratifs, énonciatifs, esthétiques, a surtout pour objet de « questionner » le lecteur en ébranlant ses certitudes. Une telle approche ne risque-t-elle pas néanmoins de faire perdre le plaisir de la lecture comme divertissement ? De fait, un roman par trop de complexité, peut nous faire oublier le fil de l’histoire. Une narration trop complexe entraine souvent lassitude ou ennui. De même, le romancier utilise-t-il certains procédés qui vont eux aussi complexifier la lecture au point de compromettre l’intelligibilité du roman : que dire de ces récits épistolaire qui multiplient par exemple les analepses (retours en arrière), ou les prolepses (anticipations dans le récit) ? Lors de ces nombreux changements temporels, le lecteur se retrouve parfois complètement perdu. S’ajoute à ces procédés la complexité et l’ambiguïté des relations entre les différents personnages. De fait, nous avons parfois affaire à des situations assez déroutantes. C’est ainsi que dans Le Lys dans la vallée, Madame de Mortsauf entretient une relation des plus particulières avec le jeune Félix de Vandenesse. Et cette relation va de confusion en confusion, plus nous avançons dans la narration. Nous nous demandons alors : mais qui est-elle pour lui ? Une mère protectrice et aimante (ce dont il a cruellement manqué) ou une femme idéale ? L’esprit de complexité du roman se heurte à n’en pas douter à l’esprit de complexité de l’auteur. On pourrait aussi objecter qu’en se centrant uniquement sur les mobiles intérieurs des personnages, le roman finit par créer une sorte d’illusion romanesque, dont la crise du personnage, directement mis en cause par les « nouveaux romanciers » n’est pas étrangère. Le Nouveau Roman en effet est un mouvement littéraire qui a souvent rejeté toute idée d’intrigue, de portraits psychologiques et même la notion de personnage-héros, tant de notions qui sont à l’origine de cette complexité romanesque. Nous en voulons pour preuve La Modification écrite par Michel Butor : n’est-ce pas l’exemple même d’une crise de la fiction ? N’est-ce pas une façon de montrer que le personnage de roman est quelque part un faux-semblant ?

En outre, on pourrait nuancer l’opinion de Milan Kundera en avançant l’idée que ce n’est peut-être pas le roman qui est complexe en lui-même, mais l’interprétation que nous en faisons : en se technicisant, la critique littéraire a amené souvent une complexité qui a détruit le simple plaisir de la lecture : on parle ainsi d’énonciation, de focalisation interne, zéro, externe, de fonctions du langage, etc. Bref, tout un jargon qui nécessite un certain nombre de codes et d’apprentissages, en rupture avec ce que nous appelions « l’esprit de simplicité ». Ainsi le lecteur savant ou érudit, en introduisant des notions abstraites, aura souvent tendance à compliquer la compréhension d’œuvres qui n’avaient d’autre prétention que de distraire et de plaire.  Enfin, le but du romancier n’est-il pas de révéler la simple réalité ? Et la simplicité n’est-elle pas par définition à l’opposé même de la complexité ? C’est ainsi qu’à partir d’une situation banale qui pourrait être accessible à tous, sans difficultés, sans artifices, l’écrivain ou le critique littéraire vont complexifier la situation, et la rendre ambiguë. Reprenons l’exemple de La Modification de Michel Butor : l’auteur est parti d’une histoire banale —un mari qui trompe sa femme, qui s’apprête à la quitter pour sa maîtresse et qui finalement s’abstient— mais en substituant à la narration une sorte de récit « clinique » amenant le lecteur à une distance critique vis-à-vis du romanesque traditionnel, l’auteur nous prive peut-être d’un plaisir simple que tout le monde (ou du moins presque tout le monde) peut s’offrir : la lecture.

Plus fondamentalement, la recherche du style n’a-t-elle pas compliqué le roman, au point de rendre la narration inintelligible ? De ce fait, l’auteur utilise parfois des procédés au point d’en abuser, et conséquemment transformer l’art romanesque en « artifice ». Ainsi dans un essai intitulé Écrire, Marguerite Duras ne se prive pas d’une critique sévère à l’encontre de certains auteurs : « Je crois que c’est ça que je reproche aux livres, en général, c’est qu’ils ne sont pas libres. On le voit à travers l’écriture : ils sont fabriqués, ils sont organisés, réglementés, conformes on dirait. […] Sans silence, d’un classicisme sans risque aucun ». À titre d’exemple, si le roman L’Opoponax de Monique Witting était si apprécié de Marguerite Duras, c’est qu’il était selon elle « le premier livre moderne qui ait été fait sur l’enfance.  […] C’est un livre à la fois admirable et très important parce qu’il est régi par une règle de fer, jamais enfreinte ou presque jamais, celle de n’utiliser qu’un matériau descriptif pur, et qu’un outil, le langage objectif pur ». À première vue pourtant ce roman peut paraître simple et naïf car le lecteur se retrouve dans la conscience d’un enfant :

« Le petit garçon qui s’appelle Robert Payen entre dans la classe le dernier en criant qui c’est qui veut voir ma quéquette, qui c’est qui veut voir ma quéquette. Il est en train de reboutonner sa culotte. Il a des chaussettes en laine beige. Ma sœur lui dit de se taire, et pourquoi tu arrives toujours le dernier. Ce petit garçon qui n’a que la route à traverser et qui arrive toujours le dernier. »

Comme nous le voyons, ce roman respecte les conventions de Duras d’un livre « libre » : on pourrait alors parler d’une sorte de « complexité de la simplicité », ou de « simplicité de la complexité » ! Dès lors, faut-il forcément opposer ces deux notions ? De ce fait, l’esprit du roman pourrait être « l’esprit de complexité de la simplicité ». Mais n’aurait-il pas finalement pour origine notre propre complexité de lecteur ?

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econnaissons-le : la complexité du roman a d’abord pour origine notre propre complexité de lecteur. Après avoir lu un roman, on peut se demander pourquoi nous l’avons lu : question en apparence simple mais éminemment complexe. Comme le faisait remarquer avec justesse Jean-Marie Poupart (Le Champion de cinq heures moins dix), « l’atmosphère d’un roman, c’est aussi le décor dans lequel on fait la lecture ». Si par exemple le lecteur se trouve dans la même situation que celle exposée dans le roman, trouvera-t-il la distance nécessaire pour en apprécier la complexité ?  Reprenons l’exemple de l’Assommoir ou de Germinal d’Emile Zola, en imaginant la lecture qu’un ouvrier à cette époque aurait pu en faire. Prendra-t-il mieux conscience des conditions de travail, de la misère du peuple après avoir lu le livre ? Que va-t-il apprendre de ce roman, quelles difficultés va-t-il découvrir qu’il ne connaît déjà, puisqu’il vit la même situation que celle exposée dans le récit. Toutes ces « choses », ces difficultés, il les a vécues. La qualité de la lecture dépendrait ainsi de la distance avec l’événement raconté. On apprécie d’autant plus un roman sur la guerre qu’on ne l’a pas vécue.

Une deuxième remarque dès lors s’impose : jusqu’à présent, nous nous sommes basées uniquement sur le fait que l’auteur avait volontairement créé cette complexité. Et s’il n’avait au contraire pas recherché cette complexité? Si elle lui était apparue sans qu’il le veuille ? Tout repose donc sur le lecteur, et sur ses stratégies d’interprétation du texte : comme nous le voyons, la complexité déjoue le jeu des apparences, elle permet d’atteindre par l’acte de lecture l’essence même de ces « choses » qu’évoquait Kundera, et de leur faire dire tout ce qu’elles ont à révéler. Par exemple, dans le roman intitulé Le Renard était déjà le chasseur d’Herta Müller, il est écrit : “Clara se fabrique un chemisier pour l’été. L’aiguille plonge, le fil avance pas à pas, ta mère sur la glace, lance Clara qui lèche le sang sur son doigt. Un juron sur la glace, la mère de l’aiguille, le petit brin de fil, le gros fil. Dans les jurons de Clara, tout a une mère. La mère de l’aiguille est l’endroit qui saigne. La mère de l’aiguille est la plus vieille aiguille du monde, celle qui a donné naissance à toutes les aiguilles”. Dans ce roman, l’auteur dénonce la dictature, mais pour dénoncer cette violence elle utilise la force des images comme l’allégorie de l’aiguille par exemple. Et cette force des mots nous incite à nous poser des questions sur nous-même, qui parfois dépassent l’intention même de l’auteur : ce n’est donc peut-être pas l’esprit du roman qui est l’esprit de complexité mais celui du lecteur. Ainsi chacun à sa propre stratégie de lecture : en fonction de l’âge d’ailleurs, l’esprit du lecteur diffère, de même que le niveau de complexité de la lecture. Dans ce magnifique roman intitulé Les Vagues, Virginia Woolf a écrit “Je marcherai dans la lande. Les grands chevaux des cavaliers fantômes s’arrêteront soudain…”. Dans cette phrase, elle évoque ses sentiments et semble prendre part à l’histoire mais chaque lecteur ne ressentira pas les mêmes émotions car chacun n’aura pas le même passé, le même vécu, la même culture…

C’est la raison pour laquelle il apparaît si difficile de définir le romanesque. Ce que nous retiendrons des propos de Milan Kundera, c’est que l’écriture comme la lecture d’un roman, appelle à la vigilance. De fait, le roman interfère avec notre vécu de lecteurs, de sorte que chacun a sa propre vision du roman. Il serait donc presque illégitime si l’on peut dire de « subjectiviser » cette idée. Le lecteur réinterprète le texte en fonction de différentes caractéristiques qui lui sont propres, il possède différents horizons d’attente, différents styles, différentes personnalités, différents vécus personnels… En fait, en lisant un roman, il va chercher une réponse à sa propre complexité de lecteur. On lit en effet un roman pour satisfaire une attente personnelle, dans le but de trouver des réponses aux questions, parfois inconscientes, que l’on se pose. D’après cette idée apparaît une deuxième supposition : la complexité du roman dans son esprit exprime une vérité, une réalité cachée. C’est la complexité de l’univers romanesque qui permet d’impliquer le lecteur dans l’œuvre en l’amenant de révélation en révélation vers ces « choses » dont parle Kundera et qui semblent correspondre à la vérité subjective de l’acte de lecture. C’est peut-être même cette complexité qui va susciter le désir d’explorer la totalité de l’œuvre d’un auteur. Tel est le cas de la somme romanesque À la recherche du temps perdu de Marcel Proust, où l’on se laisse prendre progressivement par la lecture du roman, au point de n’en perdre pas une phrase, pas un mot jusqu’à la fin. Le lecteur est donc invité à mener une enquête, guidé par le romancier, pour trouver progressivement les indices d’une vérité dissimulée. Ainsi, chacun s’approprie subjectivement le texte et y trouve des réponses qui ne seront pas forcément les mêmes pour un autre.  Le roman nous amène donc à réfléchir sur nous-même et quelquefois à nous questionner. L’auteur n’est d’ailleurs pas étranger à ce questionnement. Catherine Rihoit, lors d’un entretien avec Bernard Pivot en avril 1980) affirmait à ce titre : « Ce qu’il y a de merveilleux dans un roman, c’est qu’on peut y parler de soi, tout en ayant l’air de parler des autres ». Le champ romanesque est celui de l’intime : l’écrivain, qu’il le veuille ou non, renvoie au lecteur des fragments de lui-même, éparpillés au fil des mots…

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u terme de ce travail, on s’aperçoit donc que l’esprit de complexité du roman évoqué par Milan Kundera a pour origine l’esprit du lecteur, l’esprit humain. Ne devrait-on pas alors s’interroger sur l’acte fondamental de lire ? Comme nous l’avons compris, toute personne lit un livre pour répondre à une question précise qu’elle se pose sur elle-même. Ce questionnement est peut-être, est sans doute, la base même du roman. À dire vrai, la complexité du roman reflète la complexité de la vie, des « choses », sachant que l’être humain est fragile, complexe, contradictoire, discutable et qu’il est ainsi l’une des bases même du romanesque : le roman est alors lui aussi chargé d’une certaine ambiguïté et ce tant que l’humain existera. Milan Kundera affirmait justement lors d’un entretien avec Antoine de Gaudemar en février 1984 : «La bêtise des gens consiste à avoir une réponse à tout. La sagesse d’un roman consiste à avoir une question à tout». Cette citation n’est-elle pas à la fois un appel et un questionnement sur le sens même de la vie ?

Bruno Rigolt, Lycée en Forêt, Montargis, mars 2011. Merci à Merci à Alicia C. et Samira A pour leur contribution au présent corrigé.
Manuscrit revu et corrigé en août 2011.

Sauf mention contraire, cet article, tout comme le contenu de ce site est sous contrat Creative Commons.

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Corrigé de dissertation : Milan Kundera "l'esprit du roman est l'esprit de complexité"

Dissertation corrigée :
[voir : méthodologie de la dissertation]

Travail sur Milan Kundera : roman et complexité

Sujet proposé aux élèves de Seconde 6 (promotion 2010-2011) :

Dans l’Art du roman (1986), Milan Kundera affirme que « L’esprit du roman est l’esprit de complexité. Chaque roman dit au lecteur : les choses sont plus compliquées que tu ne le penses. »
Vous commenterez et au besoin discuterez ces propos.

Merci à Alicia C. et Samira A., toutes deux brillantes élèves de Seconde 6, pour leurs recherches et leur contribution au présent corrigé.
NB : le présent corrigé est proposé à partir d’un programme de lectures imposé.


es fonctions et la finalité du roman ont souvent été mises en débat. Particulièrement depuis la fin du dix-neuvième siècle, s’il est convenu d’admettre que le roman, de par son analogie avec l’épopée, a pour cadre une tension entre l’individuel et le collectif, cette définition n’échappe pas à une certaine indétermination : si certains auteurs, dans la lignée du Réalisme, ont circonscrit le romanesque au fait historique et social, d’autres ont souhaité au contraire mettre en avant son aspect esthétique du fait même du statut fictionnel du récit. Mais l’essence du romanesque n’est-elle pas par nature, comme l’écrira en 1986 Milan Kundera dans son essai l’Art du roman, « interrogative », « hypothétique » ? C’est ainsi que l’auteur de L’Insoutenable légèreté de l’être affirme que « L’esprit du roman est l’esprit de complexité. Chaque roman dit au lecteur : les choses sont plus compliquées que tu ne le penses ».

Pour Kundera, cette affirmation se justifie d’emblée par le fait que l’intérêt principal du roman réside dans la relativité, la complexité même des choses humaines et non dans les phénomènes de réduction en tout genre qui se seraient installés selon lui dans les productions romanesques contemporaines. Si nul n’oserait récuser de tels propos, il convient cependant de les nuancer quelque peu : on ne saurait négliger le fait que cette complexité dont parle Kundera se heurte à ce qu’il appelle sévèrement « l’esprit du temps » : le monde de l’efficacité au lieu du doute, de la vitesse au lieu de la lenteur, de la rapidité au lieu du questionnement. De par sa nature même, le roman répond en effet à une grande complexité, tant narrative que stylistique ou psychologique.

Pour autant, quel sens donner à la complexité dont parle Milan Kundera ? Ne pourrait-on opposer à « l’esprit de complexité », ce que nous appellerions « l’esprit de simplicité » : simplicité et non réduction ; simplicité d’aimer lire un « bon livre » par exemple, simplicité d’un roman épuré, débarrassé de ce qui ne fait pas son essence propre… Cela dit, faut-il s’en tenir à ce dualisme quelque peu réducteur ? Ne faudrait-il pas plutôt se poser la question de savoir si cette complexité évoquée par Milan Kundera ne viendrait pas de notre propre « horizon d’attente », c’est-à-dire de notre complexité de lecteur ?

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out d’abord, si « l’esprit du roman » se définit par « l’esprit de complexité », c’est que l’espace littéraire nous fait entrer dans une indéniable complexité intellectuelle. Le roman est par définition toujours complexe, de par sa forme et sa structure. Il l’est par le style même de l’auteur : l’étude des procédés, des constructions narratives, des structures thématiques sont autant d’aspects essentiels de cet « esprit de complexité » dont parle Kundera. Ainsi comme l’a dit si bien Maupassant, dans la préface de Pierre et Jean, (1888), « le but du romancier n’est pas seulement de nous raconter une histoire, de nous amuser ou de nous attendrir, mais aussi de nous forcer à penser, à comprendre le sens profond et caché des événements […]. Il devra donc composer son œuvre d’une manière si adroite, si dissimulée et d’apparence si simple, qu’il soit impossible d’en apercevoir et d’en indiquer le plan, de découvrir ses intentions […], il devra savoir éliminer parmi les menus événements innombrables et quotidiens tous ceux qui lui sont inutiles, et mettre en lumière, d’une façon spéciale, tous ceux qui seraient demeurés inaperçus pour des observateurs peu clairvoyants et qui donnent au livre sa portée, sa valeur d’ensemble ». Pour ne retenir qu’un élément parmi d’autres, attardons-nous sur ce qu’on appelle la « littérarité », c’est-à-dire la condition « poétique » même du roman : avant de raconter une histoire, celui-ci s’illustre d’abord par son aptitude à textualiser des émotions et des sentiments. Qui n’a pas en mémoire cette magnifique description du Lys dans la vallée, et qui « est l’occasion pour le narrateur (mais c’est bien Balzac qui parle ici) de se livrer à une suggestive comparaison entre le paysage de la Touraine, tout en galbes et en arrondis, et la femme aimée«  : « Là se découvre une vallée qui commence à Montbazon, finit à la Loire, et semble bondir sous les châteaux posés sur ces doubles collines ; une magnifique coupe d’émeraude au fond de laquelle l’Indre se roule par des mouvements de serpent. […] Elle était, comme vous le savez déjà, sans rien savoir encore, LE LYS DE CETTE VALLÉE où elle croissait pour le ciel, en la remplissant du parfum de ses vertus ». Comme nous le voyons, « la découverte du paysage s’apparente à un dévoilement de la femme idéale, totalement confondue avec le lieu« . Dévoilement entrepris au moyen du langage.

Ainsi, la lecture du roman, par nature élaborée, contribue à développer chez le lecteur une pensée non moins complexe : la complexité du roman ne vient-elle pas du fait qu’il serait un  miroir de la vie ? Dans L’Assommoir, septième volume de la série des Rougon-Macquart, publié en 1877, le naturaliste Émile Zola affirme à ce titre que c’est « le premier roman sur le peuple, qui ne mente pas et qui ait l’odeur du peuple ». De fait, en cherchant à reconstituer la langue et les mœurs des ouvriers sous le second Empire, l’auteur cherche à montrer la « vraie » vie. La citation de Kundera suppose donc que soit restituée la dimension « anthropologique » et culturelle de la lecture. Aussi, lorsque l’auteur parle des « choses », elles correspondent certes à l’histoire ou à l’imaginaire du texte, mais plus encore peut-être au contexte, qui ne saurait être réduit à une simple unité factice :  l’esprit de complexité du texte littéraire ne touche-t-il pas à l’acte même de lecture ? Confronter le texte au contexte, c’est mettre à jour les enjeux sociaux, culturels mais aussi humains dont il a été l’objet ; ou même grâce à l’étude de l’intertextualité, c’est étudier les relations que le texte entretient avec d’autres productions littéraires ou artistiques. Et sans doute faut-il reconnaître la nature éminemment sociale et interculturelle du roman. Cette complexité dont parle Kundera, c’est d’abord la complexité du monde. Prenons l’exemple de Zola, très caractéristique : pour chacune de ses œuvres, l’auteur de l’Assommoir a mis en place nombre de « dossiers préparatoires » souvent complexes : Colette Becker, dans le Roman, rapporte le fait suivant : « le dossier de Germinal […] comporte 962 feuillets, dont 453 de documents. Mais Zola ne se veut pas l’esclave de cette documentation. […] Chez lui la fiction l’emporte toujours sur la mimesis. » Cette dernière notation est tout à fait essentielle : C’est Balzac, qui dans Le Chef-d’œuvre inconnu affirmait : « la mission de l’art n’est pas de copier la nature mais de l’exprimer ». De fait, la description du personnage d’Etienne ne saurait être assimilée au mineur qu’il représente : une signification symbolique lui est associée du fait qu’il est la représentation complexe de tout un groupe social.

Comme nous le pressentons, la complexité du roman ne repose-t-elle pas en grande partie sur la complexité intérieure du personnage romanesque ? Complexité bien plus grande encore que le personnage social. La notion de point de vue serait à ce titre particulièrement intéressante à étudier : chercher à pénétrer l’univers subjectif du héros, c’est en effet pénétrer dans l’atelier de fabrication du roman : que pense vraiment Félix de Vandenesse ? Est-il possible, quoi que nous fassions, de sonder les profondeurs de l’âme de Georges Duroy dans Bel-Ami ? L’exploration du personnage est l’un des mystères sans cesse renouvelé, de la complexité du roman : l’évolution du héros ou des personnages secondaires est à mettre en relation avec sa dissolution parfois : le romancier se laisse aller à une déconstruction du personnage qui s’apparente à un véritable parricide : on pourrait citer le destin tragique de la malheureuse Jeanne dans Une Vie, ou du personnage de Gregor dans la Métamorphose (qui est une nouvelle certes, mais dont la structure et l’écriture s’apparentent néanmoins aux codes du romanesque). De ces remarques, il faut comprendre que le romancier nous invite en fait à examiner les relations que les personnages entretiennent avec l’espace et l’histoire, mais aussi avec eux-mêmes. Qu’il soit de premier ou de second plan, un personnage est donc toujours symbolique. De même, la multiplicité des rapports entre personnages accentue le caractère complexe du roman. Dans Bel-Ami de Maupassant par exemple, l’évolution du personnage principal entre l’ouverture et la clôture du roman est essentielle pour comprendre les implications sociales, voire idéologiques du texte. Cette complexité qu’évoquait Milan Kundera repose donc sur une mystérieuse connivence de plusieurs facteurs, qui sont à la base de l’esthétique romanesque : de ce point de vue, l’intérêt du roman —mais aussi sa difficulté—pour le lecteur est de devoir déchiffrer le texte pour en comprendre la complexité.

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i, comme nous l’avons vu, « l’esprit du roman est l’esprit de complexité », il faut noter également que cette affirmation n’est pas aussi évidente qu’il y paraît de prime abord. Comme nous le suggérions à la fin de notre première partie, toute la difficulté de la définition que Milan Kundera donne du roman, vient qu’elle implique un lecteur tout aussi complexe : un lecteur engagé dans une aventure intellectuelle et symbolique, apte à déchiffrer les énigmes du texte… Une telle conception ne serait-elle pas trop abstraite ? Ne risque-t-elle pas de faire perdre une notion non moins essentielle, et que l’on pourrait résumer en parlant d’un nécessaire « esprit de simplicité »… D’aucuns objecteront avec justesse que Milan Kundera s’en prend d’abord à l’esprit réducteur de notre époque. Dans ses écrits théoriques, et en particulier l’Art du roman, Kundera revient longuement sur ses idées et ses principes esthétiques : pour lui, comme nous l’avons vu dans notre première partie, l’art romanesque à travers l’ensemble de ses procédés narratifs, énonciatifs, esthétiques, a surtout pour objet de « questionner » le lecteur en ébranlant ses certitudes. Une telle approche ne risque-t-elle pas néanmoins de faire perdre le plaisir de la lecture comme divertissement ? De fait, un roman par trop de complexité, peut nous faire oublier le fil de l’histoire. Une narration trop complexe entraine souvent lassitude ou ennui. De même, le romancier utilise-t-il certains procédés qui vont eux aussi complexifier la lecture au point de compromettre l’intelligibilité du roman : que dire de ces récits épistolaire qui multiplient par exemple les analepses (retours en arrière), ou les prolepses (anticipations dans le récit) ? Lors de ces nombreux changements temporels, le lecteur se retrouve parfois complètement perdu. S’ajoute à ces procédés la complexité et l’ambiguïté des relations entre les différents personnages. De fait, nous avons parfois affaire à des situations assez déroutantes. C’est ainsi que dans Le Lys dans la vallée, Madame de Mortsauf entretient une relation des plus particulières avec le jeune Félix de Vandenesse. Et cette relation va de confusion en confusion, plus nous avançons dans la narration. Nous nous demandons alors : mais qui est-elle pour lui ? Une mère protectrice et aimante (ce dont il a cruellement manqué) ou une femme idéale ? L’esprit de complexité du roman se heurte à n’en pas douter à l’esprit de complexité de l’auteur. On pourrait aussi objecter qu’en se centrant uniquement sur les mobiles intérieurs des personnages, le roman finit par créer une sorte d’illusion romanesque, dont la crise du personnage, directement mis en cause par les « nouveaux romanciers » n’est pas étrangère. Le Nouveau Roman en effet est un mouvement littéraire qui a souvent rejeté toute idée d’intrigue, de portraits psychologiques et même la notion de personnage-héros, tant de notions qui sont à l’origine de cette complexité romanesque. Nous en voulons pour preuve La Modification écrite par Michel Butor : n’est-ce pas l’exemple même d’une crise de la fiction ? N’est-ce pas une façon de montrer que le personnage de roman est quelque part un faux-semblant ?

En outre, on pourrait nuancer l’opinion de Milan Kundera en avançant l’idée que ce n’est peut-être pas le roman qui est complexe en lui-même, mais l’interprétation que nous en faisons : en se technicisant, la critique littéraire a amené souvent une complexité qui a détruit le simple plaisir de la lecture : on parle ainsi d’énonciation, de focalisation interne, zéro, externe, de fonctions du langage, etc. Bref, tout un jargon qui nécessite un certain nombre de codes et d’apprentissages, en rupture avec ce que nous appelions « l’esprit de simplicité ». Ainsi le lecteur savant ou érudit, en introduisant des notions abstraites, aura souvent tendance à compliquer la compréhension d’œuvres qui n’avaient d’autre prétention que de distraire et de plaire.  Enfin, le but du romancier n’est-il pas de révéler la simple réalité ? Et la simplicité n’est-elle pas par définition à l’opposé même de la complexité ? C’est ainsi qu’à partir d’une situation banale qui pourrait être accessible à tous, sans difficultés, sans artifices, l’écrivain ou le critique littéraire vont complexifier la situation, et la rendre ambiguë. Reprenons l’exemple de La Modification de Michel Butor : l’auteur est parti d’une histoire banale —un mari qui trompe sa femme, qui s’apprête à la quitter pour sa maîtresse et qui finalement s’abstient— mais en substituant à la narration une sorte de récit « clinique » amenant le lecteur à une distance critique vis-à-vis du romanesque traditionnel, l’auteur nous prive peut-être d’un plaisir simple que tout le monde (ou du moins presque tout le monde) peut s’offrir : la lecture.

Plus fondamentalement, la recherche du style n’a-t-elle pas compliqué le roman, au point de rendre la narration inintelligible ? De ce fait, l’auteur utilise parfois des procédés au point d’en abuser, et conséquemment transformer l’art romanesque en « artifice ». Ainsi dans un essai intitulé Écrire, Marguerite Duras ne se prive pas d’une critique sévère à l’encontre de certains auteurs : « Je crois que c’est ça que je reproche aux livres, en général, c’est qu’ils ne sont pas libres. On le voit à travers l’écriture : ils sont fabriqués, ils sont organisés, réglementés, conformes on dirait. […] Sans silence, d’un classicisme sans risque aucun ». À titre d’exemple, si le roman L’Opoponax de Monique Witting était si apprécié de Marguerite Duras, c’est qu’il était selon elle « le premier livre moderne qui ait été fait sur l’enfance.  […] C’est un livre à la fois admirable et très important parce qu’il est régi par une règle de fer, jamais enfreinte ou presque jamais, celle de n’utiliser qu’un matériau descriptif pur, et qu’un outil, le langage objectif pur ». À première vue pourtant ce roman peut paraître simple et naïf car le lecteur se retrouve dans la conscience d’un enfant :

« Le petit garçon qui s’appelle Robert Payen entre dans la classe le dernier en criant qui c’est qui veut voir ma quéquette, qui c’est qui veut voir ma quéquette. Il est en train de reboutonner sa culotte. Il a des chaussettes en laine beige. Ma sœur lui dit de se taire, et pourquoi tu arrives toujours le dernier. Ce petit garçon qui n’a que la route à traverser et qui arrive toujours le dernier. »

Comme nous le voyons, ce roman respecte les conventions de Duras d’un livre « libre » : on pourrait alors parler d’une sorte de « complexité de la simplicité », ou de « simplicité de la complexité » ! Dès lors, faut-il forcément opposer ces deux notions ? De ce fait, l’esprit du roman pourrait être « l’esprit de complexité de la simplicité ». Mais n’aurait-il pas finalement pour origine notre propre complexité de lecteur ?

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econnaissons-le : la complexité du roman a d’abord pour origine notre propre complexité de lecteur. Après avoir lu un roman, on peut se demander pourquoi nous l’avons lu : question en apparence simple mais éminemment complexe. Comme le faisait remarquer avec justesse Jean-Marie Poupart (Le Champion de cinq heures moins dix), « l’atmosphère d’un roman, c’est aussi le décor dans lequel on fait la lecture ». Si par exemple le lecteur se trouve dans la même situation que celle exposée dans le roman, trouvera-t-il la distance nécessaire pour en apprécier la complexité ?  Reprenons l’exemple de l’Assommoir ou de Germinal d’Emile Zola, en imaginant la lecture qu’un ouvrier à cette époque aurait pu en faire. Prendra-t-il mieux conscience des conditions de travail, de la misère du peuple après avoir lu le livre ? Que va-t-il apprendre de ce roman, quelles difficultés va-t-il découvrir qu’il ne connaît déjà, puisqu’il vit la même situation que celle exposée dans le récit. Toutes ces « choses », ces difficultés, il les a vécues. La qualité de la lecture dépendrait ainsi de la distance avec l’événement raconté. On apprécie d’autant plus un roman sur la guerre qu’on ne l’a pas vécue.

Une deuxième remarque dès lors s’impose : jusqu’à présent, nous nous sommes basées uniquement sur le fait que l’auteur avait volontairement créé cette complexité. Et s’il n’avait au contraire pas recherché cette complexité? Si elle lui était apparue sans qu’il le veuille ? Tout repose donc sur le lecteur, et sur ses stratégies d’interprétation du texte : comme nous le voyons, la complexité déjoue le jeu des apparences, elle permet d’atteindre par l’acte de lecture l’essence même de ces « choses » qu’évoquait Kundera, et de leur faire dire tout ce qu’elles ont à révéler. Par exemple, dans le roman intitulé Le Renard était déjà le chasseur d’Herta Müller, il est écrit : “Clara se fabrique un chemisier pour l’été. L’aiguille plonge, le fil avance pas à pas, ta mère sur la glace, lance Clara qui lèche le sang sur son doigt. Un juron sur la glace, la mère de l’aiguille, le petit brin de fil, le gros fil. Dans les jurons de Clara, tout a une mère. La mère de l’aiguille est l’endroit qui saigne. La mère de l’aiguille est la plus vieille aiguille du monde, celle qui a donné naissance à toutes les aiguilles”. Dans ce roman, l’auteur dénonce la dictature, mais pour dénoncer cette violence elle utilise la force des images comme l’allégorie de l’aiguille par exemple. Et cette force des mots nous incite à nous poser des questions sur nous-même, qui parfois dépassent l’intention même de l’auteur : ce n’est donc peut-être pas l’esprit du roman qui est l’esprit de complexité mais celui du lecteur. Ainsi chacun à sa propre stratégie de lecture : en fonction de l’âge d’ailleurs, l’esprit du lecteur diffère, de même que le niveau de complexité de la lecture. Dans ce magnifique roman intitulé Les Vagues, Virginia Woolf a écrit “Je marcherai dans la lande. Les grands chevaux des cavaliers fantômes s’arrêteront soudain…”. Dans cette phrase, elle évoque ses sentiments et semble prendre part à l’histoire mais chaque lecteur ne ressentira pas les mêmes émotions car chacun n’aura pas le même passé, le même vécu, la même culture…

C’est la raison pour laquelle il apparaît si difficile de définir le romanesque. Ce que nous retiendrons des propos de Milan Kundera, c’est que l’écriture comme la lecture d’un roman, appelle à la vigilance. De fait, le roman interfère avec notre vécu de lecteurs, de sorte que chacun a sa propre vision du roman. Il serait donc presque illégitime si l’on peut dire de « subjectiviser » cette idée. Le lecteur réinterprète le texte en fonction de différentes caractéristiques qui lui sont propres, il possède différents horizons d’attente, différents styles, différentes personnalités, différents vécus personnels… En fait, en lisant un roman, il va chercher une réponse à sa propre complexité de lecteur. On lit en effet un roman pour satisfaire une attente personnelle, dans le but de trouver des réponses aux questions, parfois inconscientes, que l’on se pose. D’après cette idée apparaît une deuxième supposition : la complexité du roman dans son esprit exprime une vérité, une réalité cachée. C’est la complexité de l’univers romanesque qui permet d’impliquer le lecteur dans l’œuvre en l’amenant de révélation en révélation vers ces « choses » dont parle Kundera et qui semblent correspondre à la vérité subjective de l’acte de lecture. C’est peut-être même cette complexité qui va susciter le désir d’explorer la totalité de l’œuvre d’un auteur. Tel est le cas de la somme romanesque À la recherche du temps perdu de Marcel Proust, où l’on se laisse prendre progressivement par la lecture du roman, au point de n’en perdre pas une phrase, pas un mot jusqu’à la fin. Le lecteur est donc invité à mener une enquête, guidé par le romancier, pour trouver progressivement les indices d’une vérité dissimulée. Ainsi, chacun s’approprie subjectivement le texte et y trouve des réponses qui ne seront pas forcément les mêmes pour un autre.  Le roman nous amène donc à réfléchir sur nous-même et quelquefois à nous questionner. L’auteur n’est d’ailleurs pas étranger à ce questionnement. Catherine Rihoit, lors d’un entretien avec Bernard Pivot en avril 1980) affirmait à ce titre : « Ce qu’il y a de merveilleux dans un roman, c’est qu’on peut y parler de soi, tout en ayant l’air de parler des autres ». Le champ romanesque est celui de l’intime : l’écrivain, qu’il le veuille ou non, renvoie au lecteur des fragments de lui-même, éparpillés au fil des mots…

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u terme de ce travail, on s’aperçoit donc que l’esprit de complexité du roman évoqué par Milan Kundera a pour origine l’esprit du lecteur, l’esprit humain. Ne devrait-on pas alors s’interroger sur l’acte fondamental de lire ? Comme nous l’avons compris, toute personne lit un livre pour répondre à une question précise qu’elle se pose sur elle-même. Ce questionnement est peut-être, est sans doute, la base même du roman. À dire vrai, la complexité du roman reflète la complexité de la vie, des « choses », sachant que l’être humain est fragile, complexe, contradictoire, discutable et qu’il est ainsi l’une des bases même du romanesque : le roman est alors lui aussi chargé d’une certaine ambiguïté et ce tant que l’humain existera. Milan Kundera affirmait justement lors d’un entretien avec Antoine de Gaudemar en février 1984 : «La bêtise des gens consiste à avoir une réponse à tout. La sagesse d’un roman consiste à avoir une question à tout». Cette citation n’est-elle pas à la fois un appel et un questionnement sur le sens même de la vie ?

Bruno Rigolt, Lycée en Forêt, Montargis, mars 2011. Merci à Merci à Alicia C. et Samira A pour leur contribution au présent corrigé.
Manuscrit revu et corrigé en août 2011.

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Entraînement BTS Les causes du rire…

Entraînement BTS Sessions 2011>12

Les causes du rire

Présentation

Pour débuter cette nouvelle année scolaire, je vous propose un sujet (relativement abordable et ne présentant pas de difficulté particulière) sur les causes du rire. Le corpus présenté amène en effet à s’interroger sur une caractéristique essentielle de l’art du comique : le contraste, autrement dit l’opposition de deux éléments mis en valeur par leur juxtaposition. Ce qui fait rire, c’est bien la perception d’un contraste entre ce qui est attendu et l’événement produit, entre le rationnel et l’infraction à l’ordre, à la règle ou à la bienséance.

Les deux premiers documents, relativement didactiques mais néanmoins faciles à lire malgré leur ancienneté (1822 et 1887), invitent donc à interpréter le rire comme un produit des contrastes : faisant alterner la théorie et des exemples tirés de la vie quotidienne, les auteurs tentent de définir l’esprit ludique du rire. Quant au document 3, il s’agit d’un dessin fort célèbre et très drôle (1949) du caricaturiste Albert Dubout (1905-1976) : le contraste grotesque des personnages placés dans un décor banal et quotidien est à mettre en relation avec « Les routiers » (1966) de Jean Yanne (1933-2003), sketch à juste titre célèbre qui joue à fond sur le comique de contraste (entre les situations, les niveaux de langue, etc.).

Mais ce ressort ludique du rire, en portant la contradiction et même l’ambiguïté à leur comble, peut enclencher un processus critique et satirique. Patrick Fargier (*) notait justement : « rire, c’est donc faire jaillir les contrastes, souligner les contradictions, interroger les écarts et les différences, montrer l’incongruité. [Le rire] naît du contraste entre un sens prétendu (la doxa) et un non-sens avéré et grâce à cette duplicité qui lui est inhérente, il dénonce l’écart —qui ne devrait pas être— entre l’être et le paraître […] ». De fait, au-delà de l’aspect comique, le rire détient une fonction subversive et idéologique questionnant les valeurs admises et les normes sociales…

(*) Patrick Fargier, « L’élève est son corps et son rire », in Rire en toutes lettres, sous la direction d’Hugues Lethierry, Presses Universitaires du Septentrion, Paris 2001, chapitre 9 page 150.

Corpus :

  1. Jean-Charles Laveaux, Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue française, 1822
  2. Ernest Coquelin, Le Rire, 1887
  3. Albert Dubout, dessin humoristique, 1949
  4. Jean Yanne « Les routiers », 1966
  • Documents complémentaires :
    1. Léon A. Dumont, Des causes du rire, 1862
    2. Cercle Gallimard de l’Enseignement, Dossier thématique sur le comique.

Sujet : Vous ferez des documents suivants, une synthèse concise, objective et ordonnée.

Écriture personnelle : Un comique fondé sur le contraste fait-il toujours rire ?

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1. Jean-Charles Laveaux, Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue française, tome premier, éd. Ledentu, Paris 1822, page 288.

Depuis « Il est une espèce particulière de contraste » (colonne de gauche, milieu de page, début de paragraphe) jusqu’à « car alors on tarirait la source du rire » (colonne de droite, milieu de page, fin de paragraphe). Cliquez ici pour afficher la page directement dans Google-livres.

Il est une espèce particulière de contraste, qui est l’effet de la surprise que nous éprouvons par l’action ou par la perception imprévue de quelque objet : plus l’opposition entre ce qui arrive et entre ce que nous attendions est forte, plus notre étonnement est grand ; si l’événement qui nous surprend non intéresse, et peut exciter en nous quelque passion, telle que la joie ou la pitié, l’âme s’y livrera à l’instant ; mais si l’événement ne nous intéresse pas, alors l’âme, ramenée alternativement aux idées inattendues et disparates, éprouvera une oscillation ou des secousses du cri, de la surprise et de l’admiration qu’on appelle le rire.

Il est évident que les ignorants doivent par conséquent rire plus facilement et plus longtemps que les savants qui ne s’étonnent de rien et qui savent concilier les idées les plus disparates. L’homme de lettres ne rit point des jeux de mots et des pointes, parce qu’il sait que les mots n’ont point une liaison essentielle avec les choses ; il n’y aperçoit aucun contraste. Le sage rit des choses qui ne paraissent pas risibles à l’ignorant, parce qu’il n’aperçoit pas le contraste voilé et caché sous des rapports si délicats, qu’on ne peut les saisir qu’avec un moment de réflexion. Les hommes gais et plaisants savent faire rire les autres, en prenant un ton sérieux dans une matière très peu importante, pour mettre du contraste, et pour voiler aux autres l’ordre et la liaison des idées qu’ils emploient.

Le style de la plaisanterie consiste à unir des idées accessoires, tellement opposées et disparates avec l’idée principale, que le lecteur ou l’auditeur attend tout autre résultat ; il faut que ces idées soient uniques par le fait, et par un fait inattendu, et jamais par analogie et par une relation attendue ou prévue.

Il ne faut pas que les idées contrastantes éveillent d’autres sentiments et d’autres intérêts, ou qu’elles soient tellement dissemblables entre elles ou avec l’idée principale, qu’elles puissent inspirer l’ennui, causer de la douleur ou entraîner de l’obscurité ; car alors on tarirait la source du rire.

2. Ernest Coquelin, Le Rire (2e éd.), illustrations de Sapeck, éd. Ollendorff, Paris 1887, pages 3 à 7.

Depuis « On a beaucoup écrit sur le rire » (début de la page 3) jusqu’au bas de la page 10 (« et vous éclateriez si vous n’étiez pas arrêté par la majesté de l’église« ). Cliquez sur le lien hypertexte pour télécharger le passage sélectionné au format pdf : Le Rire

3. Albert Dubout, dessin humoristique (sans titre), 1949. Message de la légende : « Là ! Vous avez la vue sur les gorges du Tarn. » Copyright © Dubout, 2005.

"Là ! Vous avez la vue sur les gorges du Tarn."

4. Jean Yanne « Les routiers », 1966. Interprètes : Jean Yanne (Bébert), Paul Mercey (Fredo)

Bébert : Eh, t’endors pas, Frédo, on a encore de la route à faire.
Frédo : T’en fais pas, j’ai fait la pause-café, je peux tenir le choc jusqu’à Montélimar.
Bébert : Pourvu qu’il y ait pas de brouillard…
Frédo : On verra bien.
Bébert : Tiens, en attendant, mets toujours « Route de nuit », ça nous fera passer le temps.
Radio : Et, amis routiers, souvenez-vous que les camions Souchebir sont les seuls camions équipés de sièges Louis XVI à pieds galbés. Camions Souchebir, un vrai plaisir ! Et maintenant, amis routiers, un peu de musique : nous allons écouter le premier mouvement du quatuor numéro six en si bémol majeur opus 18 de Ludwig van Beethoven.
Bébert : la la la… sol la… sol la… sol la sol la… Tu diras ce que tu voudras, Frédo, mais dans cet allegro de Beethoven, eh ben, on sent encore vachement l’influence de Mozart !
Frédo : Ah ! Faut dire que c’est la période charnière de l’évolution beethovenienne.
Bébert : J’suis d’accord avec toi, Frédo, mais avoue que c’est plus sensible dans l’allegro que dans l’adagio, hein, c’est en filigrane, quoi!
Frédo : Ben par le fait, c’est sa deuxième manière, à Beethoven. Dans le premier thème, il fait un large exposé, alors forcément, dans l’allegro ma non troppo, quand le premier violon et le violoncelle, ils attaquent à l’unisson, eh ben on sent déjà que ça va s’épanouir en contrepoint.
Bébert : c’est vrai ce que tu dis, Frédo !
Frédo : Tu sais comme le disait Delacroix « dans le Beethoven des quatuors, on respire déjà la mélancolie qui trahit un feu intérieur »… Il a pas fini de faire du slalom avec son scooter, çui-là!
Bébert : Ah, dis donc les deux roues, faut se les goinfrer !
Frédo : Ah ! C’est pas vrai ! Tiens, tiens v’là écoute le pianissimo, dis si c’est enlevé… (ils chantent)
Radio : Nous interrompons, ce quatuor, amis routiers, pour vous rappeler que Beethoven ne connaissait pas la gamme, oui il ne connaissait pas la gamme, la gamme des camions Souchebir bien entendu. Et souvenez-vous, camion Souchebir un vrai plaisir !
Bébert : Ah ! Tu sais qu’ils commençent à nous bassiner avec leur publicité, hein !
Frédo : T’as raison, ils ont coupé juste au moment de la montée chromatique, le plus beau passage !
Bébert : Ben, je pense bien, c’est le passage en la bémol mineur… Deux altérations à la clef…
Frédo : Exactement.
Bébert : Enfin c’est comme ça, c’est comme ça… Tiens c’est du Bach maintenant…
Frédo : Ben ouais c’est du Bach, c’est pas du Verchuren… Qui c’est qui joue là ? C’est François Chombier ça hein ?
Bébert : Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah !
Frédo : Quoi ? Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah !
Bébert : T’as vraiment pas de feuille ! François Chombier ! Mais tu reconnais pas l’attaque ! C’est Adrienne Flambard, eh ! Ben, Chombier, il joue plus délié dans les aigus !
Frédo : Mouais… Ouais… T’as p’têtre raison…
Bébert : Ben je veux !
Frédo : Tiens, samedi dernier j’ai de nouveau emmené les mômes à Saint-Louis des Invalides, pour entendre Dupré.
Bébert : Ah ! Il est bien Dupré, hein ?
Frédo : Oh ouais !
Bébert : Moi j’trouve qu’il a une bonne persistance rythmique…
Frédo : Oh ouais !
Bébert : Mais tu vois, y’a un truc qui me chiffonne chez Dupré quand même… Comme dit Gavoty, il est bien… Et il sait pas se servir de la pédale. Tu sais, Gavoty c’est un connaisseur !
Frédo : Ouais, ce des fois, il a la registration touffue, mais, quand il a un bon instrument, comment qu’il s’défend ! Tiens l’année dernière avec Mémène on est allés l’écouter à Notre-Dame. Il nous a fait chialer… Il les éteindra pas ses phares, c’t abruti !
Bébert : Ah ! Le salaud !
Frédo : Ça va pas la tête non ? J’y ai dit !
Bébert : T’es pas fatigué Frédo ? Tu veux pas que j’te reprenne un peu ?
Frédo : Penses-tu, tu peux roupiller si tu veux.
Bébert : Oh non, ben maintenant que tu m’as causé, j’ai plus sommeil. J’vais lire un peu, tiens.
Frédo : Qu’est-ce que c’est qu’tu lis ?
Bébert : Péguy… Club français du livre.
Frédo : C’est chouette Péguy, hein ?
Bébert : Ben j’vais t’dire surtout c’est pas lassant… C’est Tuture qui m’a donné ce bouquin. Tu connais Tuture ?
Frédo : Ben j’vois pas, non…
Bébert : Tuture, le gand rouquin qui fait Paris-Strasbourg avec son 12 tonnes !
Frédo : Ah ouais, ça y est…
Bébert : Dans un Routier, j’lui avais réparé son démarreur, eh ben pour me remercier il m’avait filé tout Péguy !
Frédo : Il s’est pas foutu d’toi.
Bébert : T’as raison, douze volumes, qu’est-ce que j’me régale !
[…]
 

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Découvrez la playlist Jean Yanne Les Routiers avec Jean Yanne
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  • Document complémentaire : Léon A. Dumont, Des causes du rire, éditeur A. Durand, Paris 1862, chapitre VI, page 77 et suivantes.

Certaines causes, telles que la nouveauté, le contraste, l’harmonie, l’association des idées, peuvent augmenter ou diminuer l’énergie de nos facultés, et, par conséquent, modifier le degré du plaisir ou de la peine qui lui correspondent. Cette loi générale de la sensibilité est applicable au sentiment particulier du risible.

La nouveauté rend plus intense l’énergie de notre entendement, et, par conséquent, plus vif le plaisir du rire, de deux manières : à un point de vue subjectif ou à un point de vue objectif. Au premier point de vue, un objet risible nous affecte davantage quand il trouve notre esprit inoccupé et le détermine à passer de l’inactivité à l’activité : jamais une plaisanterie n’est mieux accueillie de nous que lorsque l’ennui nous ronge ; nos facultés, privées pendant un certain temps d’objet sur lequel elles puissent s’exercer, se jettent avec avidité sur celui qu’on leur présente et le saisissent comme une proie. L’objet risible fait encore une impression relativement vive sur notre sensibilité lorsqu’il trouve notre esprit occupé d’objets tout différents, et qu’il le détermine, par conséquent, à changer de mode d’activité ; nos facultés s’exercent avec moins de vigueur en proportion de la durée du même exercice ; elles finissent, quand ce même exercice se prolonge, par se fatiguer et se refuser à agir ; c’est dans ces circonstances qu’une occupation nouvelle de l’esprit vient faire succéder à un sentiment pénible un sentiment de plaisir qui n’en paraît que plus vif. Il s’ensuit qu’une plaisanterie qui vient frapper nos oreilles, quand nous venons de rire déjà d’un grand nombre d’autres objets, ou, en général, quand notre entendement est fatigué, nous est beaucoup moins agréable que si elle se présentait isolée ; on trouverait outrés dans un drame sérieux des traits qui passeraient presque inaperçus dans un vaudeville ; un trop grand nombre d’objets risibles se nuisent les uns aux autres, et l’abus de la plaisanterie amène la satiété. Au point de vue objectif, le risible nous cause plus de plaisir quand il se présente à nous pour la première fois ; quand, au contraire, nous le connaissons déjà, le second des deux rapports s’offre tout d’abord à notre esprit, et nous négligeons entièrement le premier, que nous savons n’être pas vrai ; l’entendement averti ne se laisse plus surprendre. Nous pouvons alors juger que l’objet est risible, c’est-à-dire qu’il renferme les qualités nécessaires pour faire rire ceux qui le verront ou l’entendront pour la première fois ; mais nous ne sentons plus cet effet sur nous-mêmes. Cependant, quand le premier rapport est de nature à commander fortement notre attention, et à s’imposer à nous malgré nous, même lorsque nous savons qu’il est faux, nous pouvons rire plusieurs fois du même objet, mais toujours moins fortement à chaque présentation nouvelle. La même chose arrive quand il y a, entre les deux perceptions, un intervalle assez considérable pour que nous n’ayons plus qu’un souvenir vague de la première, ou que nous l’ayons même complétement oubliée : l’entendement retombe alors dans sa première erreur.

Enfin nous rions encore, quoique l’objet risible ne soit pas nouveau pour nous, toutes les fois que nous n’avons pu déterminer lequel des deux rapports est le vrai, et qu’ils continuent, par conséquent, à se présenter l’un et l’autre à notre esprit avec des titres égaux. Ce fait se produit à l’occasion des ambiguïtés les plus complètes. Le contraste augmente non seulement l’intensité réelle ou absolue du rire, mais aussi son intensité apparente ou relative. Quant à la première, le risible produit beaucoup plus d’effet dans un objet qui ne paraissait pas de nature à le renfermer ; comme la plaisanterie, par exemple, dans la bouche d’un homme sérieux. […]

  • Document complémentaire : Cercle Gallimard de l’Enseignement, Dossier thématique sur le comique. En particulier le paragraphe consacré aux Caractères de La Bruyère (« Une gravité trop étudiée devient comique ; ce sont comme des extrémités qui se touchent et dont le milieu est dignité »), ainsi que le paragraphe suivant consacré à Hugo (« Moi qui pourrais mordre, je ris »).

ECulturE La Culture gé se porte bien en vacances !

eculture_logo.1292935329.jpgECulturE, l’actualité de la culture numérique

La Culture gé se porte bien en vacances !

La numérisation du patrimoine culturel universel qui est en train de s’accomplir sous nos yeux, est en train de transformer durablement l’accès aux connaissances, la transmission du savoir, et les conditions de la recherche. Allez sur Gallica, Google-livres ou Europeana pour vous en convaincre… À travers cette transformation sans précédent des pratiques culturelles, qui bouleverse déjà notre vie quotidienne, se joue en fait une recomposition majeure des rapports entre la société et la culture. Pour ce nouveau numéro de ECulturE, profitez des vacances pour enrichir votre culture générale grâce aux nombreux documents (dossiers, livres, expo, manuscrits, articles, etc.) sélectionnés pour vous…

Parcourez quelques documents exceptionnels de BnF-Gallica…

gallica.1292825591.jpgLes collections numériques de la Bibliothèque nationale de France (BnF). Portail multisupport extrêmement riche : imprimés (livres, périodiques et presse) en mode image et en mode texte, manuscrits rares, documents sonores, documents iconographiques, cartes et plans…

Voici une sélection de documents que j’ai réalisée. Pour accéder au document, cliquez sur l’image correspondant…

 Dossier
À l’occasion de l’exposition Marcel Proust, Gallica propose un dossier consacré au dernier volume de A la Recherche du temps perdu : Le Temps retrouvé. Ce dossier a été réalisé par Florence Callu, directeur du Département des manuscrits de la Bibliothèque nationale de France.
 Pour les bibliophiles
Relisez La Belle au bois dormant d’après Charles Perrault, avec de très magnifiques illustrations d’Arthur Rackham (1867-1939).
Ce document est intégralement téléchargeables (plusieurs formats disponibles).
Presse d’époque
Feuilletez ce numéro (25 décembre 1920, numéro 1566)  du Petit Journal Illustré. Ne vous limitez pas à ce seul numéro, 18 années de publications sont disponibles en cliquant ici. Téléchargements possibles.

 

 Manuscrit rare
Tous les écrivains vous le diront : « Écrire, c’est réécrire ». Et bien sûr, à l’heure du Zapping et du SMS, les étudiants ne l’acceptent pas facilement. En un sens, ils ont raison : quand on a terminé un travail, quel est l’intérêt de revenir dessus? C’est un peu comme si on vous demandait, alors que vous êtes en train de marcher dans la rue, de revenir sur vos pas pour mieux avancer! Pourtant le brouillon est à la base de la démarche littéraire. Pour vous en convaincre, amusez-vous à feuilleter le manuscrit de Salammbô de Flaubert, avec copies annotées, brouillons et notes). Date d’édition : 1857-1862. Téléchargeable.

 

Visitez sur Europeana une superbe exposition virtuelle « Art Nouveau« 

Europeana est un projet européen d’envergure. L’objectif est de parvenir à numériser près de six millions de sources (livres, documents sonores, images, enregistrements audiovisuels, films, etc.) provenant des galeries, bibliothèques, archives et musées de l’Europe entière. La France contribue très largement à la réussite de ce projet…

europeana.1292821182.jpgPrésentation de l’exposition

L’Art Nouveau a dominé la scène culturelle pendant une brève mais non moins brillante période couvrant la fin du 19e siècle, des années 1890 à la Première Guerre Mondiale. Tous domaines, de l’ameublement domestique et de l’art décoratif à l’architecture, en passant par l’art publicitaire, étaient caractérisés par l’élégance curviligne et les formes organiques propre à la nature. Encore aujourd’hui, plus d’un siècle après l’émergence de l’Art Nouveau, des artistes et des créateurs continuent de s’inspirer des éléments floraux, des caractéristiques et couleurs naturelles de ce style immuable.

 Les thèmes de l’exposition

Europeana Art Nouveau
Drageoir
Artisanat d’art
La Maison moderne
Commerce et collectivités
Willow tea rooms
Un monde de nouveaux intérieurs
Instruments pour la cheminée, chenêt, motifs floraux, pare-feu
Contextes
Blütenartiger Frauenkopf in floralem Arrangement
Publications
Iris et sauterelle
Influences et inspirations

Dans l’Espace Pédagogique Contributif, découvrez (ou redécouvrez) une sélection de quelques dossiers ou articles. Lancé en novembre 2008, ce blog s’est vu attribuer le Prix Lycée au festival TICE 2009. Depuis, il s’est considérablement développé au point de totaliser plus de 631000 pages vues à ce jour…

fauteuilrouge.1232822873.jpgLes Métamorphoses de l’image : de Lascaux à Big Brother

Des origines jusqu’à nos jours, les civilisations ont multiplié les moyens de donner à voir par l’image : aux formes d’expression traditionnelle comme l’art, les médias nouveaux entraînés par les progrès techniques (télévision, cinéma, Internet) mettent en évidence la nécessité d’une réflexion éthique et morale quant aux finalités de l’image…

Objectif Culture Générale : « Marinetti et le Futurisme italien »

Découvrez le Futurisme, ce vaste mouvement  poétique qui voulait remettre en question l’ordre établi ainsi que les structures artistiques et  sociales. Comme le Surréalisme dont il est assez proche par certains aspects, le Futurisme affichera un goût prononcé pour l’expérimentation de tout ce qui est nouveau : « Changer le monde », faire table rase du passé.

Objectif Culture Générale : du « chien de Pavlov » au Meilleur des mondes d’Huxley

Prenez un savant (Ivan Petrovich PAVLOV, 1849-1936), ajoutez un chien, accommodez le tout à la sauce « Soviet », et vous obtenez l’une des plus célèbres expériences de Psychologie. Elle donnera naissance à la « théorie des réflexes conditionnés »…

Jeu test : découvrez quel est votre profil romantique ! Un test inédit réalisé par la classe de Seconde 12 (promotion 2008-2009). 11 questions seulement pour savoir quel(le) romantique vous êtes !
 Culture Gé… Détour et détournements parodiques : du modèle à la déconstruction du modèle.

Comment fonctionne la parodie ? Dans ce dossier, je vous propose de faire le point rapidement sur les principes, les définitions et les enjeux culturels qui sous-tendent le détour parodique.

Au fil des pages… Foot & violence. Politique, stades et hooligans : Heysel 85…

Foot & violence. Politique, stades et hooligans : Heysel 85

Paru en 1995 aux éditions De Boeck Université, cet ouvrage de Serge Govaert et Manuel Comeron (*) me semble tout indiqué pour les étudiant(e)s de BTS de deuxième année. De fait, le nouveau thème concernant l’enseignement de « culture générale et expression » en deuxième année, session 2012 est « Le sport, miroir de notre société ? « . Comme il est rappelé dans les instructions officielles, « Le sport dans les sociétés contemporaines structure une part importante de la vie publique. Créateur d’événements, il occasionne des rassemblements de masse et des manifestations qui rythment le temps collectif. […] Néanmoins, le sport nous renvoie l’image de certaines dérives. […] Lieu de rassemblement, il peut aussi devenir lieu de débordements identitaires dégénérant en violence ouverte ».

C’est précisément cet aspect qui a retenu l’attention des auteurs : ainsi qu’ils le précisent en introduction,

« Le contexte footballistique «privilégie» des comportements de violence individuelle ou de masse et, surtout, de groupes inscrits dans des problématiques de société.
Au centre : le supporter. Celui-ci s’identifie fortement au spectacle compétitif («on a gagné !») et est plongé dans un contexte de virilité («c’est le plus fort qui gagne»). Contexte particulier, par ailleurs, où, les médias pointent cette compétition comme un enjeu crucial et où l’aspect festif est profondément ancré — avec la consommation d’alcool qui va de pair.
A l’épicentre : les hooligans. L’environnement social (médias, clubs, forces de l’ordre, pouvoir politique, etc.) leur accorde une reconnaissance formelle, une identité qu’ils accepteront avec avidité malgré sa connotation négative. Les plus imposants de ces noyaux durs se verront assimilés à des «associations de malfaiteurs», statut juridique qui parachève l’édification de ces «gangs» en groupes sociaux formels. Ces groupes aux comportements radicaux font partie intégrante d’un phénomène collectif qui les dépasse […].
Ces comportements de masse incontrôlables, autrefois ponctuels, que les noyaux durs ont modélisés et extrémisés pour en faire un mode de fonctionnement permanent (un way of life pour certains), apparaissent comme la facette la plus visible du phénomène. Cette visibilité détonante deviendra le moteur de ces jeunes en quête de valorisations symboliques : en raison d’un contexte sociétal qui les favorise peu (cumul de critères sociaux défavorables, absence de perspectives futures, etc.), mais aussi par le fossé déresponsabilisant qui les sépare inexorablement des structures du football — spo,t sur lequel ils sont venus se greffer, moins par hasard que par nécessité » (page 6 et s.).

En analysant ce phénomène de société qu’est le hooliganisme à travers la finale de la Coupe d’Europe opposant la Juventus de Turin à Liverpool au stade du Heysel en 1985, Serge Govaert et Manuel Comeron rendent très bien compte des rapports qui s’établissent entre sport, violence et société. Lisez tout d’abord l’introduction (page 5 et s.) : elle vous sera très utile pour comprendre cet aspect essentiel mentionné dans les instructions officielles :  » Lieu de rassemblement, [le sport] peut aussi devenir lieu de débordements identitaires dégénérant en violence ouverte ». Comme il a été justement rappelé dans le Rapport au Parlement et au Gouvernement portant sur la violence et le sport, (**), « les grandes manifestations de football deviennent des lieux spécifiques de débordements identitaires et de transgression qui, pour certains groupes, sont d’autant plus recherchés qu’ils apparaissent à l’écran ».

Rédigée dans un style journalistique alerte et largement accessible, la première partie de l’ouvrage revient sur la tragédie du Heysel ainsi que sur la gestion calamiteuse du drame puis sur ses conséquences sociales et politiques. Quant à la deuxième partie (malheureusement non consultable), elle s’attarde davantage sur l’apparition de la notion de hooliganisme, en tant que violence organisée et préméditée. Même si quelques passages seulement sont librement consultables (en fait, les quatre premiers chapitres), ils ouvrent néanmoins des pistes de réflexion pertinentes sur les phénomènes de violence collective au sein du sport, et plus largement sur la vulnérabilité des institutions et la très grande fragilité des démocraties.

(*) Serge Govaert, Manuel Comeron, Foot & violence. Politique, stades et hooligans : Heysel 85, De Boeck Université (Bruxelles, 1995).

(**) Rapport au Parlement et au Gouvernement portant sur : la violence et le sport ; le sport contre la violence » , décembre 2007, page 9. Rapport librement consultable (et téléchargeable) en cliquant sur le lien hypertexte.

  • A lire aussi (en intégralité, mais d’un abord plus difficile) : LE FOOTBALL À L’ÉPREUVE DE LA VIOLENCE ET DE L’EXTRÉMISME, Sous la direction de Thomas Busset, Christophe Jaccoud, Jean-Philippe Dubey et Dominique Malatesta.
  • Je vous conseille enfin de parcourir cet ouvrage : Jean-Philippe Leclaire, Le Heysel, une tragédie européenne, Calmann-Lévy, Paris 2005 (cliquez ici pour lire sur Gallica-BNF le descriptif complet). De nombreux passages sont consultables gratuitement sur Numilog (installation de Silverlight requise) : cliquez ici pour feuilleter le livre.

Au fil des pages… Foot & violence. Politique, stades et hooligans : Heysel 85…

Foot & violence. Politique, stades et hooligans : Heysel 85

Paru en 1995 aux éditions De Boeck Université, cet ouvrage de Serge Govaert et Manuel Comeron (*) me semble tout indiqué pour les étudiant(e)s de BTS de deuxième année. De fait, le nouveau thème concernant l’enseignement de « culture générale et expression » en deuxième année, session 2012 est « Le sport, miroir de notre société ? « . Comme il est rappelé dans les instructions officielles, « Le sport dans les sociétés contemporaines structure une part importante de la vie publique. Créateur d’événements, il occasionne des rassemblements de masse et des manifestations qui rythment le temps collectif. […] Néanmoins, le sport nous renvoie l’image de certaines dérives. […] Lieu de rassemblement, il peut aussi devenir lieu de débordements identitaires dégénérant en violence ouverte ».

C’est précisément cet aspect qui a retenu l’attention des auteurs : ainsi qu’ils le précisent en introduction,

« Le contexte footballistique «privilégie» des comportements de violence individuelle ou de masse et, surtout, de groupes inscrits dans des problématiques de société.
Au centre : le supporter. Celui-ci s’identifie fortement au spectacle compétitif («on a gagné !») et est plongé dans un contexte de virilité («c’est le plus fort qui gagne»). Contexte particulier, par ailleurs, où, les médias pointent cette compétition comme un enjeu crucial et où l’aspect festif est profondément ancré — avec la consommation d’alcool qui va de pair.
A l’épicentre : les hooligans. L’environnement social (médias, clubs, forces de l’ordre, pouvoir politique, etc.) leur accorde une reconnaissance formelle, une identité qu’ils accepteront avec avidité malgré sa connotation négative. Les plus imposants de ces noyaux durs se verront assimilés à des «associations de malfaiteurs», statut juridique qui parachève l’édification de ces «gangs» en groupes sociaux formels. Ces groupes aux comportements radicaux font partie intégrante d’un phénomène collectif qui les dépasse […].
Ces comportements de masse incontrôlables, autrefois ponctuels, que les noyaux durs ont modélisés et extrémisés pour en faire un mode de fonctionnement permanent (un way of life pour certains), apparaissent comme la facette la plus visible du phénomène. Cette visibilité détonante deviendra le moteur de ces jeunes en quête de valorisations symboliques : en raison d’un contexte sociétal qui les favorise peu (cumul de critères sociaux défavorables, absence de perspectives futures, etc.), mais aussi par le fossé déresponsabilisant qui les sépare inexorablement des structures du football — spo,t sur lequel ils sont venus se greffer, moins par hasard que par nécessité » (page 6 et s.).

En analysant ce phénomène de société qu’est le hooliganisme à travers la finale de la Coupe d’Europe opposant la Juventus de Turin à Liverpool au stade du Heysel en 1985, Serge Govaert et Manuel Comeron rendent très bien compte des rapports qui s’établissent entre sport, violence et société. Lisez tout d’abord l’introduction (page 5 et s.) : elle vous sera très utile pour comprendre cet aspect essentiel mentionné dans les instructions officielles :  » Lieu de rassemblement, [le sport] peut aussi devenir lieu de débordements identitaires dégénérant en violence ouverte ». Comme il a été justement rappelé dans le Rapport au Parlement et au Gouvernement portant sur la violence et le sport, (**), « les grandes manifestations de football deviennent des lieux spécifiques de débordements identitaires et de transgression qui, pour certains groupes, sont d’autant plus recherchés qu’ils apparaissent à l’écran ».

Rédigée dans un style journalistique alerte et largement accessible, la première partie de l’ouvrage revient sur la tragédie du Heysel ainsi que sur la gestion calamiteuse du drame puis sur ses conséquences sociales et politiques. Quant à la deuxième partie (malheureusement non consultable), elle s’attarde davantage sur l’apparition de la notion de hooliganisme, en tant que violence organisée et préméditée. Même si quelques passages seulement sont librement consultables (en fait, les quatre premiers chapitres), ils ouvrent néanmoins des pistes de réflexion pertinentes sur les phénomènes de violence collective au sein du sport, et plus largement sur la vulnérabilité des institutions et la très grande fragilité des démocraties.

(*) Serge Govaert, Manuel Comeron, Foot & violence. Politique, stades et hooligans : Heysel 85, De Boeck Université (Bruxelles, 1995).

(**) Rapport au Parlement et au Gouvernement portant sur : la violence et le sport ; le sport contre la violence » , décembre 2007, page 9. Rapport librement consultable (et téléchargeable) en cliquant sur le lien hypertexte.

  • A lire aussi (en intégralité, mais d’un abord plus difficile) : LE FOOTBALL À L’ÉPREUVE DE LA VIOLENCE ET DE L’EXTRÉMISME, Sous la direction de Thomas Busset, Christophe Jaccoud, Jean-Philippe Dubey et Dominique Malatesta.
  • Je vous conseille enfin de parcourir cet ouvrage : Jean-Philippe Leclaire, Le Heysel, une tragédie européenne, Calmann-Lévy, Paris 2005 (cliquez ici pour lire sur Gallica-BNF le descriptif complet). De nombreux passages sont consultables gratuitement sur Numilog (installation de Silverlight requise) : cliquez ici pour feuilleter le livre.

La citation de la semaine… Renée Vivien…

« Chair des choses ! J’ai cru parfois étreindre une âme Avec le frôlement prolongé de mes doigts… »

Chair des choses

Je possède, en mes doigts subtils, le sens du monde,
Car le toucher pénètre ainsi que fait la voix,
L’harmonie et le songe et la douleur profonde
Frémissent longuement sur le bout de mes doigts.

Je comprends mieux, en les frôlant, les choses belles,
Je partage leur vie intense en les touchant,
C’est alors que je sais ce qu’elles ont en elles
De noble, de très doux et de pareil au chant.

Car mes doigts ont connu la chair des poteries
La chair lisse du marbre aux féminins contours
Que la main qui les sait modeler a meurtries,
Et celle de la perle et celle du velours.

Ils ont connu la vie intime des fourrures,
Toison chaude et superbe où je plonge les mains !
Ils ont connu l’ardent secret des chevelures
Où se sont effeuillés des milliers de jasmins.

Et, pareils à ceux-là qui viennent des voyages
Mes doigts ont parcouru d’infinis horizons,
Ils ont éclairé, mieux que mes yeux, des visages
Et m’ont prophétisé d’obscures trahisons.

Ils ont connu la peau subtile de la femme,
Et ses frissons cruels et ses parfums sournois…
Chair des choses ! J’ai cru parfois étreindre une âme
Avec le frôlement prolongé de mes doigts…

Renée Vivien, « Chair des choses », Sillages (1908)

 Renée Vivien (photomontage, BR)
____

Comme Marceline Desbordes-Valmore, ou Anna de Noailles, Renée Vivien (1877-1909) est à n’en pas douter une auteure de tout premier ordre, et je ne saurai trop vous inciter à pénétrer dans son univers poétique, mêlant à la pureté parnassienne du verbe le goût pour l’ambivalence, l’intimité et le mystère. D’ascendance anglaise et américaine mais Parisienne d’adoption, Renée Vivien (de son vrai nom Pauline Mary Tarn) s’est installée en France et a voué sa poésie tout comme sa vie à Sapho, n’hésitant pas à renverser les valeurs de la société de la Belle Epoque, pour exprimer l’inexprimable (une femme s’adressant à une autre femme).

Au-delà de cet aspect transgressif, la poésie de Renée Vivien instaure une inhérence de la conscience et du corps qui exploite magnifiquement toutes les ressources de la musicalité des mots et de leur valeur émotionnelle :

___
Car mes doigts ont connu la chair des poteries
La chair lisse du marbre aux féminins contours
[…]
Ils ont connu l’ardent secret des chevelures
Où se sont effeuillés des milliers de jasmins.
___
Et, pareils à ceux-là qui viennent des voyages.
Mes doigts ont parcouru d’infinis horizons…
 
__
Mais cette « écriture-femme », si neuve et révolutionnaire dans sa manière d’imposer le corps et le désir féminins dans le texte, va bien au-delà de l’esthétique et du lyrisme : les mots sont ici des essences invisibles du visible : ils  expriment une absence, un non-dit qui est à mettre en relation avec le titre du poème, et qui fait que les choses « ont une chair ». Dans sa concrétude même, le titre choisi par Renée Vivien évoque presque une « pesanteur », une « présence en creux » qui nous projette vers la texture invisible de « l’être des choses ». On pourrait s’interroger longuement sur ce titre énigmatique et ô combien philosophique : l’expression de « chair des choses » ne renvoie-t-elle pas d’ailleurs à la notion philosophique de phénoménologie ? A ce titre, toute l’originalité du poème de Renée Vivien consiste, en partant de phénomènes concrets, tels qu’ils se manifestent dans le temps et l’espace, à les rattacher à une « poésie de la profondeur » pour y appréhender un sens caché. Tout le poème procède ainsi par un retour aux données immédiates de la corporéité et de la perception (les sensations du toucher par exemple), qui semblent jaillir de l’être des choses et qui renvoient par là même à la profondeur du monde, et aux structures transcendentales de la conscience :
—
Je possède, en mes doigts subtils, le sens du monde,
Car le toucher pénètre ainsi que fait la voix,
L’harmonie et le songe et la douleur profonde
Frémissent longuement sur le bout de mes doigts.
___

Ce primat de la perception et de la sensation dans sa réalité immanente à la conscience me paraît être à la base de l’écriture féminine (*), et nécessiterait d’ailleurs une longue étude…

Vous entendrez parler assez peu de Renée Vivien comme tant d’autres écrivaines dans les manuels scolaires, tant ils renvoient une image de la poésie singulièrement tronquée. Un tel processus d’occultation qui cantonne bien souvent les femmes dans des zones secondaires de la littérature, impose me semble-t-il, une réflexion critique au plus haut niveau : il est urgent en effet que les femmes soient reconnues en tant que telles dans l’histoire littéraire.

Bruno Rigolt

___________

(*) Voyez par exemple, dans la rubrique « La citation de la semaine », les textes d’Herta Müller, de Monique Wittig, de Virginia Woolf ou d’Hélène Cixous.
Pour en savoir plus sur Renée Vivien, vous pouvez feuilleter dans Google-livres les ouvrages suivants :
  • Marie-Ange Bartholomot Bessou, L’imaginaire du féminin dans l’oeuvre de Renée Vivien : de mémoires en mémoire (Cahier romantique n°10, Université Blaise Pascal (Clermont-Ferrand, 2004).
  • Évelyne Wilwerth, Visages de la littérature féminine, éditions Mardaga, Wavre (Belgique, 1995), page 197 et s.
  • Marie-Ange Bartholomot Bessou, « Réécriture des féminités dans l’oeuvre de Renée Vivien », in Renée Vivien à rebours : édition pour un centenaire, coll. sous la direction de Nicole G. Albert, L’Harmattan Paris 2009, page 141 et s.
 
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Crédit iconographique : Bruno Rigolt, d’après des clichés d’époque retouchés, et modifiés numériquement (photomontages).

La citation de la semaine… Haruki Murakami…

« Écoute le bruit du vent », m’a dit Oshima. Je tends l’oreille. Mais aucun vent ne souffle ici…

— Écoute. La bataille qui mettra fin à toutes les batailles n’existe pas, dit le garçon nommé Corbeau. La guerre se nourrit d’elle-même. Elle lèche le sang que la violence a répandu, elle dévore la chair blessée par les combats. La guerre est une sorte de créature autosuffisante qui renaît d’elle-même. Il faut que tu le saches.
[…] Tu dois dépasser la peur et la colère qui sont en toi, dit le garçon nommé Corbeau. Laisser entrer dans ton cœur une lumière rayonnante qui en fera fondre la glace. C’est ainsi que tu deviendras un vrai dur. Alors tu seras enfin le garçon de quinze ans le plus endurci du monde. Tu comprends ce que je veux dire ? Il n’est pas top tard pour te retrouver vraiment.

[…]

Je me retourne. Le garçon nommé Corbeau n’est plus là. Le silence a absorbé ma question.
Seul dans la forêt profonde, l’être que je suis me paraît étrangement vide. Il me semble être devenu moi aussi un de ces hommes vides, dont Oshima m’a parlé un jour. Il y a un grand vide en moi, et il s’étend progressivement. En ce moment même, il dévore le peu de substance qui me reste. J’entends le bruit de ses mandibules. Je comprends de moins en moins qui je suis.haruki-murakami.1300605959.jpg Je me sens perdu. Là où je suis, il n’y a ni directions, ni ciel, ni terre. Je pense à Melle Saeki, à Sakura, à Oshima. Mais je suis à des années-lumières du lieu où ils sont. C’est comme si je regardais dans des jumelles à l’envers. J’aurai beau tendre les mains, je n’arriverai pas à les toucher. Je suis seul, perdu dans un obscur labyrinthe. « Ecoute le bruit du vent », m’a dit Oshima. Je tends l’oreille. Mais aucun vent ne souffle ici.

[…] Mes réflexions aboutissent dans un cul-de-sac de labyrinthe. Qu’y a-t-il vraiment en moi ? Y a-t-il vraiment quoi que ce soit pour s’opposer au vide ?
Si je pouvais éliminer mon existence ? Au cœur de cette épaisse muraille végétale, sur ce chemin qui n’en est pas un, j’arrêterais de respirer, j’enseveliserais en silence ma conscience dans les ténèbres, ferais couler jusqu’à la dernière goutte mon sang obscur imprégné de violence, laisserais pourrir mon patrimoine génétique dans ces sous-bois. Ainsi je pourrais mettre un terme final à ma bataille. Sinon, je continuerai éternellement à tuer celui qui est mon père, à souiller celle qui est ma mère, à salir celle qui est ma sœur et à détruire jusqu’au monde lui-même. Je ferme les yeux, essaie de trouver mon propre centre. Il est recouvert de ténèbres irrégulières, aux bords effilochés. Puis ces nuages sombres se déchirent, et les feuilles des cornouaillers scintillent, telles des milliers de lames dans le clair de lune…

Haruki Murakami, Kafka sur le rivage, éd. Belfond, Paris 2005, chapitre 41 (extraits). Traduction : Corinne Atlan.
japon.1300603233.jpg Haruki Murakami (村上 春樹), écrivain japonais contemporain (Kyoto, 12 janvier 1949). Du même auteur : La Fin des temps (Seuil, « Points » 2001) ; Après le tremblement de terre (10/18 2002) ; L’Éléphant s’évapore ; Saules aveugles, femme endormie : deux recueils de nouvelles traduits chez Belfond (2008).

Je vous invite à découvrir cette semaine l’univers fascinant d’Haruki Murakami, un des très grands auteurs contemporains. Comme beaucoup d’écrivains japonais, son œuvre participe d’une esthétique de l’ambivalence et de l’ambiguïté, mêlant l’ésotérisme à la réalité quotidienne, la fable fantastique au voyage initiatique. Voici comment l’éditeur présente le roman : « Kafka Tamura, quinze ans, s’enfuit de sa maison de Tokyo pour échapper à la terrible prophétie que son père a prononcée contre lui. De l’autre côté de l’archipel, Nakata, un vieil homme amnésique décide lui aussi de prendre la route. Leurs deux destinées s’entremêlent pour devenir le miroir l’une de l’autre tandis que, sur leur chemin, la réalité bruisse d’un murmure enchanteur. Les forêts se peuplent de soldats échappés de la dernière guerre, les poissons tombent du ciel et les prostituées se mettent à lire Hegel. Conte initiatique du XXIe siècle, Kafka sur le rivage nous plonge dans une odyssée moderne et onirique au cœur du Japon contemporain ».

De fait, le terme d’odyssée n’est pas trop fort pour qualifier l’univers initiatique de Murakami, dont l’exploration des confins de l’irrationel et de l’inconscient sous-tend la démarche littéraire. Comme l’auteur le dira lui-même, « Tout est dans la quête. En écrivant des histoires, je cherche ma propre histoire, mon âme profonde sous la surface ». Mais cette quête de soi est en même temps perte du sens :

Si je pouvais éliminer mon existence ? Au cœur de cette épaisse muraille végétale, sur ce chemin qui n’en est pas un, j’arrêterais de respirer, j’enseveliserais en silence ma conscience dans les ténèbres, ferais couler jusqu’à la dernière goutte mon sang obscur imprégné de violence, laisserais pourrir mon patrimoine génétique dans ces sous-bois…

Conscient et inconscient se mêlent pour créer une écriture typiquement japonaise dans sa quête du dépassement, répondant aux mouvements de l’âme, et faisant surgir des mots un mystère qui n’est pas sans rappeler l’art calligraphique, dans son éthique du geste, dont l’ivresse créatrice permet à l’artiste de transformer l’âme en pinceau et de dépasser le figuratif pour accéder à la personnalité profonde. André Clavel dans l’Express du 5 janvier 2006 souligne à ce titre combien l’écriture de Murakami « distille ses nectars dans une œuvre subtile, complexe, où les ténèbres les plus inquiétantes et la grâce la plus lumineuse se mêlent jusqu’au vertige […] d’une prose presque impalpable, feutrée, aussi dépouillée qu’un champ de neige » :

Je ferme les yeux, essaie de trouver mon propre centre. Il est recouvert de ténèbres irrégulières, aux bords effilochés. Puis ces nuages sombres se déchirent, et les feuilles des cornouaillers scintillent, telles des milliers de lames dans le clair de lune…

             

foret_magique_1.1300625982.jpg

« Seul dans la forêt profonde, l’être que je suis me paraît étrangement vide… » (ill. BR)

Bientôt l’oral TPE… Dernières révisions avant le jour J

Cet article a pour but de vous aider à aborder l’épreuve dans les meilleures conditions possibles. N’oubliez pas que vous serez évalué(e) individuellement sur la base de votre production écrite et de votre prestation orale.

La soutenance orale du TPE

  • Savoir prendre de la distance…

Une soutenance de TPE sert à présenter de manière concise et synthétique le contexte, les motivations de votre recherche, puis les méthodes, ainsi que les résultats et conclusions auxquels vous êtes parvenu(e).

L’une des premières difficultés tient au fait qu’une soutenance orale vous oblige à prendre de la distance avec votre travail : pour préparer l’épreuve, vous devez donc vous mettre à la place du jury. Cela implique de votre part une certaine distance critique : tout d’abord, relisez ce que vous avez écrit avec un regard extérieur et mettez-vous à la place de celui qui le lit (la question que ne manquera pas de se poser spontanément le lecteur est de se dire : à partir de quelle perspective, de quel point de vue, les élèves ont-ils interrogé telle réalité ou tel fait ?). Dépassez les détails pour vous attacher à la démarche d’ensemble, qui doit être synthétique et permettre au jury de comprendre l’ensemble de votre projet et de saisir les principales étapes de sa démonstration. Le but d’une soutenance orale en effet n’est pas de résumer l’intégralité de votre travail (ce qui vous amènerait à une redite de ce qui est écrit) mais plutôt d’en justifier la démarche en prenant du recul. Le jury ayant préalablement pris connaissance de vos travaux, il serait donc très maladroit de revenir sur ce que les professeurs connaissent déjà.

Dites-vous plutôt :

  • D’où est-ce que je suis parti ? Quelles étaient les hypothèses de travail au départ ?
  • Qu’est-ce que j’ai cherché à prouver, à démontrer, en m’engageant dans cette recherche ?
  • À quels résultats le travail a-t-il abouti ? Qu’avez-vous appris avec ce TPE ?
  • Quels sont les aspects insuffisamment développés ? Pourquoi ? Comment referiez-vous le travail si vous en aviez la possibilité ?

Les qualités d’une bonne prestation orale

Le bon candidat à l’oral du TPE est donc celui qui ne perd jamais de vue les objectifs de l’épreuve : présentez-les le plus clairement possible, en insistant sur les points forts. Pensez également à minuter votre exposé. Cela vous oblige à aller à l’essentiel, en négligeant les aspects secondaires. Si vous hésitez pour présenter votre exposé, partez toujours de questions simples (que vous noterez sur une feuille) :

  • QUOI ? C’est-à-dire de quoi s’agit-il, quel est le problème abordé ? Sous quel angle a-t-il été posé ?
  • COMMENT ? Comment avez-vous procédé au niveau du groupe, et au niveau individuel ? Comment le travail a-t-il progressé ? Qu’est-ce qui vous a amené à faire ceci plutôt que cela ?
  • POURQUOI ? C’est-à-dire pourquoi ce sujet présente-t-il un intérêt ? Situez toujours votre travail dans une perspective globale qui va de la problématique que vous avez posée au thème dans lequel elle s’intègre (C’est un peu une mise en perspective du projet d’ensemble : montrez ce que vous avez pu tirer comme enseignements de cette recherche).

Rappel

La soutenance de mémoire de TPE n’est pas un résumé du travail écrit mais un exposé oral permettant d’éclairer l’ensemble de votre démarche.

                

Deux défauts à éviter à tout prix :
le « par cœur » et la lecture des notes…

N’oubliez pas non plus qu’il s’agit d’une épreuve orale : cela exclut toute lecture prolongée. Bien entendu, s’il est recommandé de vous aider de notes personnelles —sur lesquelles vous jetterez un coup d’œil en cas de besoin— cela doit rester néanmoins ponctuel. L’épreuve étant orale, le jury attend davantage un exposé puis un entretien effectués de façon vivante et argumentée. Pensez à parler haut et fort, en regardant chaque membre du jury : ne vous noyez pas dans les détails, allez rapidement à l’essentiel en mettant les informations particulières en perspective avec un questionnement plus global.

La qualité de votre expression orale est également déterminante : attention à un style trop relâché, ou familier. Privilégiez au contraire le lexique soutenu. Montrez-vous par ailleurs spontané, naturel, convaincant, impliqué dans ce que vous dites, concerné par ce que vous avez fait : rien n’est pire qu’un candidat qui fait preuve de relâchement, d’indifférence, ou qui donne l’impression de n’avoir effectué un travail que par obligation scolaire (« les-professeurs-m’ont-demandé-de »), et qui une fois la note attribuée se désintéresse complètement de ce qu’il a écrit. Attention aussi à respecter le temps qui vous est imparti : c’est la raison pour laquelle je vous recommande de ne traiter qu’une sélection de points importants plutôt que de vouloir tout dire (pour finalement ne rien dire du tout).

L’utilisation des supports pendant votre intervention

Vous avez tout à fait le droit de présenter au jury des documents d’accompagnement : par exemple des transparents, des supports papier en annexe, des documents présentés à l’ordinateur, etc. Mais attention toutefois : si ces documents sont utiles pour illustrer une démonstration ou pour éclairer des aspects particuliers de votre exposé, ils ne doivent en aucun cas remplacer l’exposé ou se substituer à vous. Vous devez donc limiter leur exploitation. Attention en particulier aux séquences vidéo, aux images : rien n’est pire qu’un candidat qui montre une vidéo de 2 minutes en l’illustrant finalement par une phrase explicative de quelques secondes. Allez toujours à l’essentiel en problématisant, c’est-à-dire en situant votre démarche dans un questionnement pertinent.

Concernant les transparents, ou une présentation à l’écran, évitez le plus possible le texte rédigé : surtout pas de phrases, ce qui amènerait le jury à devoir lire un texte (ce qu’il ne fera pas de toute façon) : privilégiez plutôt les titres ou quelques mots-clés que vous commenterez de vive voix : limitez-vous par exemple à une idée majeure par transparent, débouchant sur quelques idées secondaires que vous exprimerez ensuite par oral. Une préparation s’impose donc : faites-la chez vous individuellement mais également en groupe si vous le pouvez. Veillez à organiser au préalable entre les membres du groupe le passage de parole et la coordination dans la présentation des informations.

L’entretien avec le jury

Une fois que vous aurez terminé votre exposé, les membres du jury vous poseront un certain nombre de questions. Ne vous précipitez pas pour répondre. Prenez tout d’abord le temps de bien comprendre la question posée et répondez-y de manière claire, sans vous laisser gagner par le stress ou l’appréhension. Si vous n’avez pas bien compris une question, demandez poliment à ce qu’elle soit reformulée. Pensez aussi à vous munir d’un papier et d’un stylo : si la question comporte par exemple des sous-questions, notez-les brièvement afin de répondre plus efficacement. De même, si un conseil vous est donné, pensez également à le noter. Enfin, adoptez toujours une attitude positive, dynamique et consensuelle, ayez également une bonne image de vous-même, quel que soit le résultat.

Bonne chance à toutes et à tous !

Bruno Rigolt

            
  • Voyez aussi cette page (au format pdf) qui donne de précieux conseils et propose un exemple de plan possible pour l’oral des TPE.

Bientôt l'oral TPE… Dernières révisions avant le jour J

Cet article a pour but de vous aider à aborder l’épreuve dans les meilleures conditions possibles. N’oubliez pas que vous serez évalué(e) individuellement sur la base de votre production écrite et de votre prestation orale.

La soutenance orale du TPE

  • Savoir prendre de la distance…

Une soutenance de TPE sert à présenter de manière concise et synthétique le contexte, les motivations de votre recherche, puis les méthodes, ainsi que les résultats et conclusions auxquels vous êtes parvenu(e).

L’une des premières difficultés tient au fait qu’une soutenance orale vous oblige à prendre de la distance avec votre travail : pour préparer l’épreuve, vous devez donc vous mettre à la place du jury. Cela implique de votre part une certaine distance critique : tout d’abord, relisez ce que vous avez écrit avec un regard extérieur et mettez-vous à la place de celui qui le lit (la question que ne manquera pas de se poser spontanément le lecteur est de se dire : à partir de quelle perspective, de quel point de vue, les élèves ont-ils interrogé telle réalité ou tel fait ?). Dépassez les détails pour vous attacher à la démarche d’ensemble, qui doit être synthétique et permettre au jury de comprendre l’ensemble de votre projet et de saisir les principales étapes de sa démonstration. Le but d’une soutenance orale en effet n’est pas de résumer l’intégralité de votre travail (ce qui vous amènerait à une redite de ce qui est écrit) mais plutôt d’en justifier la démarche en prenant du recul. Le jury ayant préalablement pris connaissance de vos travaux, il serait donc très maladroit de revenir sur ce que les professeurs connaissent déjà.

Dites-vous plutôt :

  • D’où est-ce que je suis parti ? Quelles étaient les hypothèses de travail au départ ?
  • Qu’est-ce que j’ai cherché à prouver, à démontrer, en m’engageant dans cette recherche ?
  • À quels résultats le travail a-t-il abouti ? Qu’avez-vous appris avec ce TPE ?
  • Quels sont les aspects insuffisamment développés ? Pourquoi ? Comment referiez-vous le travail si vous en aviez la possibilité ?

Les qualités d’une bonne prestation orale

Le bon candidat à l’oral du TPE est donc celui qui ne perd jamais de vue les objectifs de l’épreuve : présentez-les le plus clairement possible, en insistant sur les points forts. Pensez également à minuter votre exposé. Cela vous oblige à aller à l’essentiel, en négligeant les aspects secondaires. Si vous hésitez pour présenter votre exposé, partez toujours de questions simples (que vous noterez sur une feuille) :

  • QUOI ? C’est-à-dire de quoi s’agit-il, quel est le problème abordé ? Sous quel angle a-t-il été posé ?
  • COMMENT ? Comment avez-vous procédé au niveau du groupe, et au niveau individuel ? Comment le travail a-t-il progressé ? Qu’est-ce qui vous a amené à faire ceci plutôt que cela ?
  • POURQUOI ? C’est-à-dire pourquoi ce sujet présente-t-il un intérêt ? Situez toujours votre travail dans une perspective globale qui va de la problématique que vous avez posée au thème dans lequel elle s’intègre (C’est un peu une mise en perspective du projet d’ensemble : montrez ce que vous avez pu tirer comme enseignements de cette recherche).

Rappel

La soutenance de mémoire de TPE n’est pas un résumé du travail écrit mais un exposé oral permettant d’éclairer l’ensemble de votre démarche.

                

Deux défauts à éviter à tout prix :
le « par cœur » et la lecture des notes…

N’oubliez pas non plus qu’il s’agit d’une épreuve orale : cela exclut toute lecture prolongée. Bien entendu, s’il est recommandé de vous aider de notes personnelles —sur lesquelles vous jetterez un coup d’œil en cas de besoin— cela doit rester néanmoins ponctuel. L’épreuve étant orale, le jury attend davantage un exposé puis un entretien effectués de façon vivante et argumentée. Pensez à parler haut et fort, en regardant chaque membre du jury : ne vous noyez pas dans les détails, allez rapidement à l’essentiel en mettant les informations particulières en perspective avec un questionnement plus global.

La qualité de votre expression orale est également déterminante : attention à un style trop relâché, ou familier. Privilégiez au contraire le lexique soutenu. Montrez-vous par ailleurs spontané, naturel, convaincant, impliqué dans ce que vous dites, concerné par ce que vous avez fait : rien n’est pire qu’un candidat qui fait preuve de relâchement, d’indifférence, ou qui donne l’impression de n’avoir effectué un travail que par obligation scolaire (« les-professeurs-m’ont-demandé-de »), et qui une fois la note attribuée se désintéresse complètement de ce qu’il a écrit. Attention aussi à respecter le temps qui vous est imparti : c’est la raison pour laquelle je vous recommande de ne traiter qu’une sélection de points importants plutôt que de vouloir tout dire (pour finalement ne rien dire du tout).

L’utilisation des supports pendant votre intervention

Vous avez tout à fait le droit de présenter au jury des documents d’accompagnement : par exemple des transparents, des supports papier en annexe, des documents présentés à l’ordinateur, etc. Mais attention toutefois : si ces documents sont utiles pour illustrer une démonstration ou pour éclairer des aspects particuliers de votre exposé, ils ne doivent en aucun cas remplacer l’exposé ou se substituer à vous. Vous devez donc limiter leur exploitation. Attention en particulier aux séquences vidéo, aux images : rien n’est pire qu’un candidat qui montre une vidéo de 2 minutes en l’illustrant finalement par une phrase explicative de quelques secondes. Allez toujours à l’essentiel en problématisant, c’est-à-dire en situant votre démarche dans un questionnement pertinent.

Concernant les transparents, ou une présentation à l’écran, évitez le plus possible le texte rédigé : surtout pas de phrases, ce qui amènerait le jury à devoir lire un texte (ce qu’il ne fera pas de toute façon) : privilégiez plutôt les titres ou quelques mots-clés que vous commenterez de vive voix : limitez-vous par exemple à une idée majeure par transparent, débouchant sur quelques idées secondaires que vous exprimerez ensuite par oral. Une préparation s’impose donc : faites-la chez vous individuellement mais également en groupe si vous le pouvez. Veillez à organiser au préalable entre les membres du groupe le passage de parole et la coordination dans la présentation des informations.

L’entretien avec le jury

Une fois que vous aurez terminé votre exposé, les membres du jury vous poseront un certain nombre de questions. Ne vous précipitez pas pour répondre. Prenez tout d’abord le temps de bien comprendre la question posée et répondez-y de manière claire, sans vous laisser gagner par le stress ou l’appréhension. Si vous n’avez pas bien compris une question, demandez poliment à ce qu’elle soit reformulée. Pensez aussi à vous munir d’un papier et d’un stylo : si la question comporte par exemple des sous-questions, notez-les brièvement afin de répondre plus efficacement. De même, si un conseil vous est donné, pensez également à le noter. Enfin, adoptez toujours une attitude positive, dynamique et consensuelle, ayez également une bonne image de vous-même, quel que soit le résultat.

Bonne chance à toutes et à tous !

Bruno Rigolt

            
  • Voyez aussi cette page (au format pdf) qui donne de précieux conseils et propose un exemple de plan possible pour l’oral des TPE.