Pour la troisième année, du dimanche 10 juillet 2016 au mercredi 10 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie »… Thématique de l’édition 2016 :
« D’Europe et de Méditerranées… Poésies de tous les rivages ».
Chaque jour, du dimanche au jeudi, un poème sera publié. Cette année, de très nombreux pays seront représentés dans ce voyage en Europe et autour de la Méditerranée, mêlant écriture et arts visuels. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.
Pays représentés : France, Espagne, Portugal, Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Palestine, Israël, Liban, Syrie, Turquie,
Grèce, Italie.
Aujourd’hui… Yves Bonnefoy ♂ (1923, Tours — 2016, Paris ) … FRANCE
Hier, lundi 11 juillet : Catherine Pozzi… France
Demain, mercredi 13 juillet : Ramón del Valle-Inclán… Espagne
« Aube, fille des larmes, rétablis »
Aube, fille des larmes, rétablis
La chambre dans sa paix de chose grise
Et le cœur dans son ordre.
Tant de nuit
Demandait à ce feu qu’il décline et s’achève,
Il nous faut bien veiller près du visage mort.
A peine a-t-il changé… Le navire des lampes
Entrera-t-il au port qu’il avait demandé,
Sur les tables d’ici la flamme faite cendre
Grandira-t-elle ailleurs dans une autre clarté ?
Aube, soulève, prends le visage sans ombre,
Colore peu à peu le temps recommencé.
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Yves Bonnefoy (1923-2016) À une terre d’aube, Mercure de France Paris 1978.
Édition utilisée : Poèmes, Paris Gallimard NRF coll. « Poésie » 1982, page 165.
« Aube, soulève, prends le visage sans ombre, Colore peu à peu le temps recommencé. »
Illustration : Bruno Rigolt, Variations autour d’un dessin d’Henri Matisse (« Visage de face », crayon, 1952) |Document original|
« Le jardin était d’orangers »
Le jardin était d’orangers, l’ombre bleue, des oiseaux pépiaient dans les branches. Le grand vaisseau, tous feux allumés, avançait lentement, entre ces rives silencieuses. Qu’est-ce que la couleur, se demanda celui qui venait de pousser la petite porte basse, dont le bois s’effritait, s’en allait par plaques après tant d’années, tant de pluies. Peut-être est-elle le signe que Dieu nous fait à travers le monde, parce que de ce vert à ce bleu ou à cet ocre un peu rouge c’est en somme comme une phrase mais qui n’a pas de sens, et qui donc se tait, comme lui ? Le bateau s’était arrêté, mieux visibles étaient maintenant toutes ces personnes qui allaient et venaient sur un des ponts, silhouettes noires au-dessus de petites flammes, dans des fumées. Mais le monde n’a pas de couleurs, comme on le croit si naïvement, se dit-il encore, c’est la couleur qui est, seule, et ses ombres à lui, lieux ou choses, ne sont que la façon qu’elle a de se nouer à soi seule, de s’inquiéter de soi, de chercher rivage. La nuit tombe, le jour se lève, mais c’est toujours le même bleu, parfois gris, ou le même rouge à travers les heures, n’est-ce pas ? Et quant aux mots ! — On descendait du bateau, déjà, des enfants, beaucoup d’enfants qui couraient en tous sens, riaient, puis une femme âgée, la tête ceinte de flammes, puis un vieillard au bras d’un jeune homme, vêtu de blanc. Et combien d’autres encore ! Mais lui, déjà, cet autre arrivant, ne regardait plus, qui avançait tout pensif dans le jardin des orangers, sur le sable.
Yves Bonnefoy (1923-2016) La Vie errante, « Lis le livre ! », Paris, Mercure de France 1993, pages 11-12.
« Mais lui, déjà, cet autre arrivant, ne regardait plus, qui avançait tout pensif
dans le jardin des orangers… »
Illustration : Bruno Rigolt, « Les orangers », (cliché personnel modifié numériquement)
Pour la troisième année, du dimanche 10 juillet 2016 au mercredi 10 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie »… Thématique de l’édition 2016 :
« D’Europe et de Méditerranées… Poésies de tous les rivages ».
Chaque jour, du dimanche au jeudi, un poème sera publié. Cette année, de très nombreux pays seront représentés dans ce voyage en Europe et autour de la Méditerranée, mêlant écriture et arts visuels. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.
Pays représentés : France, Espagne, Portugal, Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Palestine, Israël, Liban, Syrie, Turquie,
Grèce, Italie.
Aujourd’hui… Catherine Pozzi ♀ (1882 — 1934 Paris ) … FRANCE
Hier, dimanche 10 juillet : Renée Vivien… France
Demain, mardi 12 juillet : Yves Bonnefoy… France
« Maya »
Je descends les degrés de siècles et de sable
Qui retournent à vous l’instant désespéré
Terre des temples d’or, j’entre dans votre fable __________Atlantique adoré.
D’un corps qui ne m’est plus que fuie enfin la flamme
L’Âme est un nom chéri détesté du destin —
Que s’arrête le temps, que s’affaisse la trame,
Je reviens sur mes pas vers l’abîme enfantin.
Les oiseaux sur le vent dans l’ouest marin s’engagent,
Il faut voler, bonheur, à l’ancien été
Tout endormi profond où cesse le rivage
Rochers, le chant, le roi, l’arbre longtemps bercé,
Astres longtemps liés à mon premier visage,
Singulier soleil de calme couronné.
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Catherine Pozzi (1882-1934) Poèmes, Paris Gallimard 1959
Édition utilisée : Catherine Pozzi, Œuvre poétique, textes recueillis, établis et présentés par Lawrence Joseph. Paris Éditions de la Différence 1988, page 59.
Pour la troisième année, du dimanche 10 juillet 2016 au mercredi 10 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie »… Thématique de l’édition 2016 :
« D’Europe et de Méditerranées… Poésies de tous les rivages ».
Chaque jour, du dimanche au jeudi, un poème sera publié. Cette année, de très nombreux pays seront représentés dans ce voyage en Europe et autour de la Méditerranée, mêlant écriture et arts visuels. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.
Pays représentés : France, Espagne, Portugal, Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Palestine, Israël, Liban, Syrie, Turquie,
Grèce, Italie.
Aujourd’hui… Renée Vivien ♀ (Pauline Mary Tarn, 1877, Londres — Paris, 1909)… FRANCE
Demain, lundi 11 juillet : Catherine Pozzi… France
« Aurore sur la mer »
Je te méprise enfin, souffrance passagère ! J’ai relevé le front. J’ai fini de pleurer. Mon âme est affranchie, et ta forme légère Dans les nuits sans repos ne vient plus l’effleurer.
Aujourd’hui je souris à l’Amour qui me blesse. Ô vent des vastes mers, qui, sans parfum de fleurs, D’une âcre odeur de sel ranimes ma faiblesse, Ô vent du large ! Emporte à jamais les douleurs !
Emporte les douleurs au loin, d’un grand coup d’aile, Afin que le bonheur éclate, triomphal, Dans nos cœurs où l’orgueil divin se renouvelle, Tournés vers le soleil, les chants et l’idéal !
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Renée Vivien (1877-1909) Études et Préludes, Paris Alphonse Lemerre éditeur, 1901
Pour la troisième année, du dimanche 10 juillet 2016 au mercredi 10 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie »…
Thématique de l’édition 2016 :
« D’Europe et de Méditerranées… Poésies de tous les rivages »
Chaque jour, du dimanche au jeudi, un poème sera publié. Cette année encore, de très nombreux pays seront représentés dans ce voyage en Europe et autour de la Méditerranée, mêlant écriture et arts visuels. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.
Pays représentés : France, Espagne, Portugal, Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Palestine, Israël, Liban, Syrie, Turquie, Grèce, Italie.
La classe de Première ES2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime »… Plusieurs fois par semaine, les élèves vous inviteront à partager l’une de leurs créations poétiques…
Bonne lecture !
Aujourd’hui, lundi 27 juin, la contribution de Jessica Précédentes publications : dimanche 26 juin : Marine et Jeanne ; dimanche 26 juin : Julie ; samedi 25 juin : Kassandra ; vendredi 24 juin : Lucie ; vendredi 24 juin : Mélinda ; jeudi 23 juin : Lou ; jeudi 23 juin : Noémie et Emma ; vendredi 3 juin : Pauline ; vendredi 20 mai, Agatha et Léa ; dimanche 15 mai : Furkan ; samedi 14 mai : Céline ; mardi 10 mai : Alyssa et Ninon ; dimanche 8 mai, Aymmy ; vendredi 6 mai, Aymeric ;
Prochaine publication : Mattis
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« Papa»
par Jessica D. Classe de Première ES2
Toi qui étais là, quand tout n’allait pas
Toi qui n’as jamais cessé de croire en moi
Oh ! mon petit papa !
Digne d’être ta fille je me dois
Toi qui as tout fait pour moi
Toi qui es toujours sorti vainqueur
Quel que soit le combat
De toi je tiens ma vigueur
Dans tes bras tu me rassures
Quand s’écroule tel un château de sable
Mon monde alentour
Emporté par la mer, emporté par le vent
L’amour que je te porte est semblable
À l’éternelle et élégante lancée
De la moto noire au gré du vent
Elle ne s’arrête jamais
Illustration : Bruno Rigolt, juin 2016 (photomontage et digital painting d’après motocycle Lauge Jensen, modèle « Viking »)
Le point de vue de l’auteure…
Combien d’enfants n’ont pas eu la chance de grandir près de leur père ? Quel est le nombre d’enfants qui ne l’ont pas entendu rentrer le soir et crier « Je suis rentré ! » ? Ne sont ils pas nombreux à vouloir, ne serait-ce qu’un instant entendre la voix de leur père, même pour les disputer ? Combien voudraient qu’il soit là pour leur dire ce qu’il faut et ce qu’il ne faut pas faire ? Dans notre vie , un père est un repère, il est difficile de vivre sans.
Voici pourquoi j’ai décidé d’écrire ce poème : pour toucher le lecteur, pour qu’il partage mon émotion, qu’il ressente ce que je ressens : nos parents, notre mère, notre père, les êtres qui nous ont élevés, éduqués, aimés, ces personnes chères à nos yeux qui nous bercent jusqu’à ce que l’on prenne notre envol quand il en est temps, je pense que l’on ne leur donne pas toujours l’importance qu’elles méritent. Pourtant, ce sont elles qui nous apprennent les valeurs de la vie, le bien, le mal. Ce sont elles qui créent les souvenirs de notre enfance, nous donnent l’exemple à suivre, et qui font qu’hier deviendra demain…
Oui : nous devons nous l’avouer à nous-mêmes : nos parents sont le moteur de notre vie. Oh ! Je sais bien que tout le monde n’a pas eu la même chance que moi d’avoir des parents exceptionnels, une mère qui sacrifie tout pour donner à ses enfants les clefs d’une bonne réussite , et un père dévoué pour le bonheur des siens. Certes, tous les enfants n’ont pas eu droit à cette chance, pour certains, elle leur a été enlevée, ou bien la vie ne leur a pas donné ces moments heureux : ils ont dû s’élever seuls.
Je pense que l’on ne dit pas assez à nos parents et même à ceux qui nous sont chers ce que l’on ressent pour eux : à quel point on les admire, à quel point ils sont importants pour nous, à quel point aussi nous leur sommes reconnaissants. Lorsque le temps est passé ou compté, que reste t-il quand vous n’avez pas dit à la personne qui vous aime tant, que vous l’aimez aussi ? S’il ne reste rien que des regrets, que reste-t-il de la vie ? Le temps passe si vite… Et les instants de bonheur sont si fugaces qu’il faut les saisir quand il est encore temps… Alors, dites aux personnes importantes de notre vie, vos frères et sœurs, vos ami/es, un mari, une femme, un enfant, un grand parent… Dites-lui les mots qui veulent tout dire : « Je t’aime ».
Oh ! Je sais bien, c’est difficile parfois de dire ainsi les choses… Et c’est bien la raison pour laquelle j’ai décidé d’écrire ce poème dédié à mon père, pour mettre des mots sur les sentiments que j’éprouve à son égard, n’étant pas de nature à exprimer mes sentiments : écrire était pour moi le moyen le plus sûr et le plus exact pour exprimer ce que je garde pour moi. Ce poème était l’occasion de mettre en parole mes émotions : n’est-ce pas tout le sens de la poésie ? De mettre des mots sur nos sentiments ? Ne perdons pas de temps par vaine fierté, ou sotte pudeur, à garder ces choses-là pour nous : un sentiment non dit est comme un oiseau en cage, il doit prendre son envol… « semblable/À l’éternelle et élégante lancée/De la moto noire au gré du vent »…
La classe de Première ES2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime »… Plusieurs fois par semaine, les élèves vous inviteront à partager l’une de leurs créations poétiques…
Bonne lecture !
Aujourd’hui, dimanche 26 juin, la contribution de Marine et Jeanne Précédentes publications : dimanche 26 juin : Julie ; samedi 25 juin : Kassandra ; vendredi 24 juin : Lucie ; vendredi 24 juin : Mélinda ; jeudi 23 juin : Lou ; jeudi 23 juin : Noémie et Emma ; vendredi 3 juin : Pauline ; vendredi 20 mai, Agatha et Léa ; dimanche 15 mai : Furkan ; samedi 14 mai : Céline ; mardi 10 mai : Alyssa et Ninon ; dimanche 8 mai, Aymmy ; vendredi 6 mai, Aymeric ;
Prochaines publications : Jessica, Mattis
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« Pourquoi es-tu partie, nuit ?»
par Marine P. et Jeanne J. Classe de Première ES2
Pourquoi es-tu partie, nuit ?
Pourquoi m’as-tu abandonnée ?
Pourquoi m’as-tu laissée seule avec la réalité ?
Pourquoi l’as-tu laissée prendre ta place ?
Réponds moi je t’en prie,
Nous avons passé tant d’années-lumière
À rêver au milieu des étoiles
Et des chemins du soir…
Tu étais pour moi le songe
Du soleil. Tu étais le Temps,
Entends mes appels. De là où tu es,
Rappelle-toi. Rappelle-toi de moi,
Rappelle-toi de l’enfant que tu étais,
Celui qui rêvait de voyager,
Qui pensait pouvoir se camoufler
Derrière la voie lactée…
Tu es partie, ô nuit, comme un voleur,
Me laissant quelques vagues souvenirs
Qui voguent à présent tels un bateau frêle
Sur l’océan de mon esprit…
Le poème que nous avons écrit est adressé à un seul et même destinataire, évoqué au premier vers : la nuit. Cette personnification de la nature se prolonge tout au long du texte avec l’analogie au vers 10 de la nuit et du temps. En personnifiant ainsi la nature, nous avons voulu lui accorder des propriétés qui régissent généralement les êtres humains.
La nuit semble ainsi douée de sentiments : elle exprime des émotions. Le narrateur du texte lui pose toute une série de questions formulées dans la première strophe et qui semblent sans réponse :
Pourquoi es-tu partie, nuit ?
Pourquoi m’as-tu abandonnée ? Pourquoi m’as-tu laissée seule avec la réalité ? Pourquoi l’as-tu laissée prendre ta place ?
Comme nous le verrons, tous ces « pourquoi » prennent la forme d’une interrogation fondamentale sur le sens de l’existence, comme si le narrateur attendait désespérément une réponse à ses propres questionnements. La supplique du vers 5 (« Réponds moi je t’en prie ») se métamorphose progressivement en une longue plainte nostalgique qui introduit dans le texte une méditation sur la fuite du temps :
Tu étais le Temps, Entends mes appels. De là où tu es Rappelle-toi. Rappelle-toi de moi,
Rappelle-toi de l’enfant que tu étais
En outre, nous avons dans notre poème utilisé de nombreux mots et expressions appartenant au champ lexical de l’univers (« nuit », « années-lumière », « étoiles », « Soleil », « Lune », « voie lactée ») afin de mettre en évidence l’immensité des sentiments, élargis aux dimensions du cosmos. Le caractère hyperbolique des vers 6 et 7 par exemple le montre très bien.
De même, la tonalité élégiaque renforce l’intimité du narrateur avec la nuit : la deuxième et la troisième strophe montrent combien la relation entre le poète et la nuit dure depuis de nombreuses années : il la connaît depuis qu’elle est « enfant ». Le temps qu’ils ont passé ensemble suggère même des images sentimentales et nostalgiques, révélatrices d’un bonheur qui semblait pourtant éternel : « Nous avons passé tant d’années-lumière/À rêver au milieu des étoiles ».
Le poème est ainsi placé sous le signe de la perte, de la disparition. Le temps passe, et le destinataire du poème semble avoir oublié le poète, seul avec ses souvenirs, « qui voguent […] sur l’océan de [son ] esprit ». À ce titre, l’anaphore « Rappelle-toi » aux vers 12 et 13 montre combien le narrateur souhaite que la nuit fasse appel à sa mémoire pour se replonger à son tour dans l’innocence de l’enfance. Voilà pourquoi il souhaite qu’elle soit franche comme avant, qu’elle redevienne « l’enfant » d’avant, et lui dise tout sans « se camoufler », ainsi que le suggèrent ces propos du vers 13 : « Rappelle-toi de l’enfant que tu étais » (v. 13). On peut noter ici un aspect particulièrement cher aux Romantiques : face au monde adulte, monde du spleen plein de désenchantements (« Pourquoi m’as-tu laissée seule avec la réalité ? », v. 2), le souvenir du passé est comme une quête de l’innocence, de l’idéal, ou plutôt comme un impossible retour en enfance.
D’un point de vue symbolique, le texte peut en effet se lire métaphoriquement comme un adieu à l’enfance. De nombreuses expressions du texte traduisent ce passage de l’adolescence à l’âge adulte : « Tu es partie comme un voleur,/Tu ne m’as laissé que quelques vagues souvenirs ». Comme si le narrateur cherchait à se remémorer douloureusement le paradis perdu de l’enfance : tous ces moments fugaces disparus « au milieu des étoiles » (v. 7)… La nuit figure ainsi les ombres rassurantes du passé, où l’on ne se préoccupe que de « rêver au milieu des étoiles », où l’on cherche à « se camoufler/Derrière la voie lactée » (v. 15-16) sans se poser de questions, par opposition au jour qui est une confrontation avec le monde réel :
Pourquoi m’as-tu laissée seule avec la réalité ? Pourquoi l’as-tu laissée prendre ta place ?
Cette prière à la nuit est donc un poème à la fois empreint de lyrisme, sorte de dialogue presque intimiste avec la nature, et une méditation sur la fuite du temps qui débouche plus fondamentalement sur une réflexion d’ordre existentiel et mémoriel : les « quelques vagues souvenirs/Qui voguent à présent tels un bateau frêle/Sur l’océan de mon esprit » (v. 18-20) posent en fait une vaste question qu’on pourrait résumer ainsi : « Qui suis-je ? »
Comme nous avons essayé de le montrer, cette dimension introspective de la mémoire est essentielle : si nous avons personnifié la nuit, c’est que la nature parle à notre âme, objectivité et subjectivité sont ici inséparables. Mais la nuit est également un double du narrateur : les questions qu’il lui pose ne sont-elles pas les questions qu’il se pose ? Les nombreux enjambements présents dans le texte, outre qu’ils lui donnent un rythme ample, traduisent cette dynamique si complexe du temps et du souvenir, qui fait de l’adolescence une période charnière entre l’adieu à l’enfance et l’apprentissage d’une nouvelle vie en devenir…
La classe de Première ES2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime »… Plusieurs fois par semaine, les élèves vous inviteront à partager l’une de leurs créations poétiques…
Bonne lecture !
Aujourd’hui, dimanche 26 juin, la contribution de Julie Précédentes publications : samedi 25 juin : Kassandra ; vendredi 24 juin : Lucie ; vendredi 24 juin : Mélinda ; jeudi 23 juin : Lou ; jeudi 23 juin : Noémie et Emma ; vendredi 3 juin : Pauline ; vendredi 20 mai, Agatha et Léa ; dimanche 15 mai : Furkan ; samedi 14 mai : Céline ; mardi 10 mai : Alyssa et Ninon ; dimanche 8 mai, Aymmy ; vendredi 6 mai, Aymeric ;
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« Rêves d’ailleurs»
par Julie D. Classe de Première ES2
J’ai rêvé tant de fois de vivre
L’innocente vertu du vent,
D’entendre le léger murmure de la liberté
J’ai tant de fois soupiré : « partir loin d’ici » !
Le rêve n’est qu’un voyage incertain,
Le voyage n’est que songe
Dont le souvenir est inoubliable :
Mon esprit s’évade dans le désert étoilé de la nuit
Tel les plumes d’une colombe qui virevolte dans les airs :
Ces plumes atterrissent plus loin sur la terre
Ô triste réalité ! Pensées nourries de rêves éphémères
Et de voyages inachevés !
Intitulé « Rêves d’ailleurs », ce poème est l’expression d’une profonde envie de voyage. Comme l’a si bien exprimé Baudelaire, le départ de l’homme pour un voyage allégorique est la seule façon d’échapper à l’insuffisance du réel :
Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent Pour partir […]
Et qui rêvent […]
De vastes voluptés, changeantes, inconnues, Et dont l’esprit humain n’a jamais su le nom ! »
Au sentiment de la réalité comme spleen, le désir de voyage est une manière de donner un sens à la vie : telle Anna de Noailles, dans « Le Port de Palerme », j’aurais pu évoquer « cet éternel souhait du cœur humain : partir ! » ou m’exclamer avec Mallarmé dans « Brise marine » : « fuir ! Là-bas fuir… »
Loin d’être un désir superficiel ou passager, le voyage apparaît comme une quête profondément existentielle. Et si dans ce poème, je me suis laissée guider par mes sentiments et mes émotions, c’est pour conférer au voyage la mission d’atteindre un idéal « pur ». Le but n’est pas d’aller vers un lieu précis, mais de s’évader en rêve à travers une succession de non-lieux : le vent, ou « le désert étoilé de la nuit » (v. 8).
Insatisfait de ce monde, l’esprit voyage à la recherche d’un lieu idéal, d’un paradis rempli de symboles : l’hypallage double des vers 2 et 3 fait que le vent devient une « vertu », et la liberté, un « léger murmure ». De fait, dans le monde de la poésie, tout est possible : elle nous permet, comme Alice, d’entreprendre un voyage « au pays des merveilles ». « Voyage incertain » (v. 5), tel un mirage d’Orient qui entraîne l’esprit à l’autre bout de la terre vers des lieux lointains, bercé par les parfums capiteux des fleurs exotiques, de la myrrhe, de l’encens ou des roses.
La dernière strophe est comme un retour douloureux à la « triste réalité » (v. 11) : pourtant, à la manière des symbolistes, la fin du texte qui évoque les « rêves éphémères » et les « voyages inachevés » met en évidence le pouvoir évocateur de la poésie : n’est-ce pas elle qui permet de faire un voyage métaphorique ? Comme l’affirmait Baudelaire, « ce qui est créé par l’esprit est plus vivant que la matière ».
C’est bien l’art poétique en effet, par sa puissance transfiguratrice, qui permet cette alchimie, capable de rendre plus réelle la signification transcendante des mots que la réalité immanente qu’ils désignent. La poésie apparaît dès lors plus profonde, plus sensée, voire plus vraisemblable que la vie elle-même.
Porteuse d’imaginaire, toute chargée de plénitude et d’allégorie, elle prend ainsi son sens : fuite vers un ailleurs primitiviste, goût pour la liberté, quête de l’ineffable : le voyage apparaît comme un déchiffrement des mystères du monde…
La classe de Première ES2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime »… Plusieurs fois par semaine, les élèves vous inviteront à partager l’une de leurs créations poétiques…
Bonne lecture !
Aujourd’hui, samedi 25 juin, la contribution de Kassandra Précédentes publications : vendredi 24 juin : Lucie ; vendredi 24 juin : Mélinda ; jeudi 23 juin : Lou ; jeudi 23 juin : Noémie et Emma ; vendredi 3 juin : Pauline ; vendredi 20 mai, Agatha et Léa ; dimanche 15 mai : Furkan ; samedi 14 mai : Céline ; mardi 10 mai : Alyssa et Ninon ; dimanche 8 mai, Aymmy ; vendredi 6 mai, Aymeric ;
Prochaines publications : Julie, Marine et Jeanne, Jessica…
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« Souvenir d’un ange»
par Kassandra G. Classe de Première ES2
Te souviens-tu de moi qui me souviens de toi ?
Je me souviens de tous ces moments
Heureux, malheureux,
Où nous avons tant partagé ensemble…
Te souviens-tu de moi qui me souviens de toi ?
Chaque jour je te sens près de moi,
Chaque heure qui frissonne je pense à toi,
Je pense à ce que l’on était.
Te souviens-tu de moi qui me souviens de toi ?
Sais-tu où je suis, ce que je vis, ce que je ressens ?
Me souviendrai-je de toi dans quelques années ?
Je ne sais pas où tu es, ce que tu vis, ce que tu ressens.
Te souviens-tu de moi qui me souviens de toi ?
Je me souviens du jour où tu nous as quittés.
Je suis dans un endroit sombre depuis que tu es parti.
Je ne sais plus quoi ressentir : que le vide, que le vide…
Louis Janmot (1814–1892), Le Poème de l’âme, « Le Vol de l’âme » (détail)
Lyon, Musée des Beaux-Arts
Le point de vue de l’auteure…
« Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé ! »… Ce vers célèbre de Lamartine extrait du poème « L’Isolement » résume à lui seul ces heures de souffrance et de deuil que l’on peut éprouver après la perte d’un être cher. À ce titre, ma poésie s’intitule « Souvenir d’un ange » en hommage à ces personnes qui nous ont quittés et que nous ne reverrons plus. Avec le temps tout disparaît, tout s’efface sauf le souvenir, qui lui demeure intact : la personne n’est plus là, mais quelque chose d’elle survit dans l’existence et dans la mémoire de ceux qui sont en vie.
Voici pourquoi mon poème répond d’abord à une exigence fondamentale : la nécessité de se souvenir. Mais si le texte cherche à nous plonger dans le passé, il nous pousse également au questionnement : quand on est seul, fatigué, que l’on se sent abandonné, on ne pense qu’à une chose : retrouver ces êtres qui nous étaient si chers, les voir et les avoir près de nous, entendre leur voix, sentir leur présence et leur souffle… Tant de questions restent sans réponse :
Sais-tu où je suis, ce que je vis, ce que je ressens ? Me souviendrai-je de toi dans quelques années ? Je ne sais pas où tu es, ce que tu vis, ce que tu ressens.
Ces questionnements submergent l’existence quotidienne : ils amènent à une profonde mélancolie qui se répète inlassablement, à l’image du premier vers de chaque strophe, dont le rythme anaphorique scande le poème : « Te souviens-tu de moi qui me souviens de toi ? ». Comme il a été très bien dit : « Nos morts bien-aimés se souviennent-ils de nous ? Nous-mêmes, quand nous aurons franchi le redoutable passage, conserverons-nous le souvenir de ce que nous aurons fait, éprouvé, souffert ici-bas ? » |source| Autant de questions dont chacun selon sa conscience garde secrètement la réponse…
Mais sans doute il est vrai que se questionner sur la vie après la mort pose des questions fondamentales d’ordre spirituel. Certaines personnes pensent qu’il existe un « au-delà », d’autre non. Se questionner, c’est déjà croire : parler à l’autre, parti de l’autre côté de la vie, l’interpeller en lui posant directement tant de questions qui nous submergent, n’est-ce pas d’une certaine façon donner du sens ? Cette quête d’obtenir des réponses à nos questions, de savoir si l’autre pense à nous et s’il nous voit malgré le fait qu’il ne soit plus là… Tant de manières d’espérer en la vie.
L’écriture prend ainsi toute sa signification, et notamment l’écriture poétique dans ce qui la rattache à la quête du sens : ce pouvoir évocateur de la poésie, qu’ont si bien chanté les Romantiques et les poètes symbolistes est apte à nous faire traverser le fleuve de l’oubli : sur l’autre rive se trouve l’autre qui nous regarde et nous sourit. L’écriture, même si elle est empreinte de nostalgie et de tristesse profonde, n’est-elle pas là comme une « Parole », dans le sens que lui donnait l’auteur de « Barbara » ?
Se souvenir, grâce à l’écriture poétique, c’est une façon de combler le manque, l’oubli, le vide : écrire pour se souvenir, pour ne jamais oublier « tous ces moments/Heureux, malheureux,/Où nous avons tant partagé ensemble »… Et même si le poème semble profondément nostalgique, il amène par l’écriture même à une profonde espérance : se souvenir, n’est-ce pas renaître quelque part ? Et se rappeler de l’autre, n’est-ce pas en un sens le faire renaître ?
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Aujourd’hui, vendredi 24 juin, la contribution de Lucie Précédentes publications : vendredi 20 mai, Agatha et Léa ; dimanche 15 mai : Furkan ; samedi 14 mai : Céline ; mardi 10 mai : Alyssa et Ninon ; dimanche 8 mai, Aymmy ; vendredi 6 mai, Aymeric ;
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« Sans titre»
par Lucie B. Classe de Première ES2
Pour lui, écrire n’est que douleur,
Pensées blanchissant l’infinie page sans couleur
Ni joie, ni peine ne rythme les jours
Dépourvus de toute musicalité.
Aujourd’hui, perdu dans l’immensité du vide,
Le poète s’abîme à penser,
Sans trouver l’arrivée, sans trouver le quai
Se perdant dans des idées prises d’inutilité.
Mais il insiste, brouillant les pistes
Qu’il crut apercevoir.
Et tombant dans le désespoir,
Copie blanche, où furent écrites les plus belles phrases
Il part… Laissant sa plume,
Encre séchant au bout de la hampe, au bout de la brume
Comme le poète désespéré,
Je laisse ce poème entrepris mais gâché, inachevé, inachevé…
Qui n’a pas connu l’angoisse de la page blanche ? Que l’on soit un écrivain reconnu ou comme moi une lycéenne, c’est une sensation douloureuse, presque angoissante que s’interroger sur les mécanismes de la création : c’est ainsi que Mallarmé, dont j’ai étudié cette année « Brise marine », parle du « vide papier que la blancheur défend ». Mon poème est précisément intitulé « Sans titre » pour évoquer cette mélancolie de l’encre noire sur « l’infinie page sans couleur ». De même, la répétition du terme « inachevé » à la fin du texte met en scène la difficulté que l’on éprouve à se dire : « J’ai achevé mon texte ». Le poème ne figure-t-il pas un aboutissement toujours inachevé ?
Que de moments de doute, d’inspiration confuse, d’exaltation et bien souvent de solitude ! Éric Bordas, dans l’Analyse littéraire, livre une intéressante remarque à ce sujet : Edgar Poe, dans un essai intitulé La Genèse d’un poème, regrettait que peu d’écrivains racontent « pas à pas, la marche progressive qu’a suivie une de [leurs] compositions pour arriver au terme définitif de son accomplissement » |source|. Écrire, c’est en effet se confronter à l’évidence d’une poème toujours inachevé, toujours à recommencer. Tel Sisyphe, il faut remonter le rocher et donner du sens à ce qui pourrait paraître quelque peu absurde : certes, il n’est pas de punition plus terrible que le travail inutile et sans espoir. Pour autant, ce moment de doute nous apprend à profiter pleinement de la vie.
D’où un sentiment très paradoxal. D’un côté, mon poème se fait l’écho d’un certain vide existentiel qu’ont si bien mis en avant des auteurs comme Baudelaire ou Mallarmé : « Ni joie, ni peine ne rythme les jours/Dépourvus de toute musicalité » : ces vers témoignent ainsi d’un profond sentiment de spleen : l’art poétique lui-même ne semble plus inspirer le poète. Mais d’autre part, cette hantise de la page blanche est constitutive de la création car elle débouche sur la vérité énigmatique du poème : même une élève comme moi connais par cœur cette « copie blanche, où furent écrites les plus belles phrases » : c’est la copie simple du classeur, la page fiévreusement arrachée du cahier… J’en connais les sortilèges, les secrets qui bruissent sous la plume : «Encre séchant au bout de la hampe, au bout de la brume »…
Écrire est donc le contraire de l’absurde : « Il faut imaginer Sisyphe heureux » disait Camus à la fin de son essai. Et au fond, rien n’est plus beau que la création. Tel est le paradoxe : écrire, c’est forcément contredire le blanc de la page : on rature, on ajoute, on raye, on crée ! C’est cette page blanche qui suscite la création, la curiosité intellectuelle, la liberté : même le manque d’inspiration devient à lui seul motif de création : à la « page sans couleurs », à « l’immensité du vide » se substitue le sens profond de l’écriture. Car même pour parler du manque de création, il faut encore créer : ce paradoxe est constitutif de l’œuvre d’art : le manque de création devient la matière même du poème, c’est-à-dire motif de création. Fût-il « gâché, inachevé, inachevé », le poème débouche sur un autre poème à naître…
La classe de Première ES2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime »… Plusieurs fois par semaine, les élèves vous inviteront à partager l’une de leurs créations poétiques…
Bonne lecture !
Aujourd’hui, vendredi 24 juin, la contribution de Mélinda Précédentes publications : vendredi 20 mai, Agatha et Léa ; dimanche 15 mai : Furkan ; samedi 14 mai : Céline ; mardi 10 mai : Alyssa et Ninon ; dimanche 8 mai, Aymmy ; vendredi 6 mai, Aymeric ;
Prochaines publications : Lucie, Kassandra, Julie, Marine et Jeanne, Jessica, Mattis…
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« Envolée du vent»
par Mélinda B. Classe de Première ES2
Le voyage mélodieux de la nostalgie semble
M’emporter dans une réalité de miel et d’ambre :
Inébranlable souvenir rougeâtre
Gémissant dans le soir ; lointaine ballade
Sauvagement dérobée de mon esprit.
C’est une plume fraîche comme la brise
D’hiver frôlant mon âme scintillante,
Envolée comme la rosée du matin
Qui voguait entre joie et mélancolie
Parmi les chemins du vent…
William Turner, « Light and Colour (Goethe’s Theory) – the Morning after the Deluge – Moses Writing the Book of Genesis
« Lumière et couleur (la théorie de Goethe) – le lendemain du déluge, Moïse écrivant le livre de la genèse »
1843, Londres, Tate Gallery
Le point de vue de l’auteure…
Mon poème s’inscrit en premier lieu dans la tradition du romantisme qui prône la subjectivité et l’exaltation des sentiments. En proie à la mélancolie, le poète s’évade « dans une réalité de miel et d’ambre » : de par ses connotations orientalistes, cette image évoque l’ailleurs et les pays lointains. Entre fiction et réalité, la poésie est donc fortement associée à la représentation du paysage et à l’exaltation de la nature. Mais le paysage dont il est ici question est également un paysage d’âme, un voyage « parmi les chemins du vent »…
On retrouve à cet égard dans le texte la place centrale que le Romantique donne à la vie spirituelle par opposition au monde matériel, forcément illusoire : dès lors, le voyage s’apparente à une quête du moi intérieur et idéaliste, à une « lointaine ballade/Sauvagement dérobée de mon esprit ». Comme on le voit, la sensibilité l’emporte sur la raison. L’exaltation de la passion permet d’accéder à la pureté : « C’est une plume fraîche comme la brise/D’hiver frôlant mon âme scintillante ».
De fait, point de désespoir dans ce texte, ni de méditation pathétique stérile. Ce qui domine au contraire est le dépassement du moi par le spirituel, comme le suggère l’image lumineuse de cette « âme scintillante/Envolée comme la rosée du matin ». « Intimité, spiritualité », dira Baudelaire en 1846 à propos du phénomène romantique. De tels propos me semblent parfaitement s’appliquer à mon poème : le paysage a en effet une portée allégorique puisqu’il reflète parfaitement l’âme du romantique, colorée par les passions qui agitent le cœur.
Paysage onirique d’une part, comme le suggère le réseau lexical du voyage et de l’ailleurs. Paysage métaphysique d’autre part, qui élève la pensée jusqu’à la méditation sur le temps qui passe : la métaphore du premier vers associe ainsi la nostalgie à un « voyage mélodieux » dont la musique, tantôt joyeuse, tantôt mélancolique (v.9) semble se prolonger jusqu’à l’inaccessible, jusqu’à l’ineffable : « Parmi les chemins du vent ».
Cette dernière image sur laquelle se clôt le texte exprime ainsi la relation spirituelle de l’auteure avec la nature afin de donner vie aux visions les plus intérieures : pour moi, quand je regarde un paysage, ce n’est pas la réalité qui m’intéresse mais plutôt l’allégorie, le symbole, et pourquoi pas son aspect mystique : le monde visible apparaît dès lors comme l’image d’une réalité spirituelle et « métaphysique » que j’ai voulu exprimer en donnant pour titre à mon poème : « Envolée du vent ».
La classe de Première ES2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime »… Plusieurs fois par semaine, les élèves vous inviteront à partager l’une de leurs créations poétiques…
Bonne lecture !
Aujourd’hui, jeudi 23 juin, la contribution de Lou Précédentes publications : vendredi 20 mai, Agatha et Léa ; dimanche 15 mai : Furkan ; samedi 14 mai : Céline ; mardi 10 mai : Alyssa et Ninon ; dimanche 8 mai, Aymmy ; vendredi 6 mai, Aymeric ;
Prochaines publications de la semaine : Lou, Lucie, Melinda.
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« Dans le voyage heureux de l’horizon»
par Lou C. Classe de Première ES2
Ô lumière australienne douce comme un sourire d’enfant :
Les baisers argentés de l’humanité sont la beauté nue
De la main du soleil de Perth
Ô montagnes mielleuses d’un voyage douloureux :
C’est l’océan Indien rubis qui submerge ma tête
Remplie de souvenirs
Dans le tombeau de la mer, mes yeux fragiles plongent
Dans le voyage heureux de l’horizon
J’ai perdu dans ses flux majestueux
L’éternel pouvoir inconnu de l’amour,
Et à la tombée de l’envie,
J’apprend la douceur splendide de la nuit !
Illustration choisie par Lou : Broome (région de Kimberley, en Australie occidentale).
Source : Lara Dunston |wanderlust.co.uk|
Le point de vue de l’auteure…
Depuis toute petite, ces immenses contrées de la Westralie m’ont toujours fait rêver : l’Australie occidentale évoque en effet à mes yeux, bien plus qu’un immense territoire, une histoire où tout semble possible… Avant d’être un poème, mon texte est donc d’abord un voyage au cœur du Kimberley : les mots semblent avoir traversé un océan de poussière rouge, comme en témoigne l’allusion à « l’océan Indien rubis ». Tout le texte invite dès lors à une plongée « dans le voyage heureux de l’horizon », au milieu de plages à perte de vue et de reliefs spectaculaires.
On voit en outre dans ce poème une nette inspiration romantique, empreinte de lyrisme. Cet aspect est largement développé dans le texte par tout un imaginaire du voyage, qui peut faire penser à la fois à l’orientalisme, avec tout ce qui relève du primitivisme et la quête d’une nature vierge (notamment les vastes étendues de sable blanc de la région de Kimberley en Australie Occidentale, avec leurs eaux turquoise, et leur nature éblouissante), mais aussi l’exaltation de la passion comme en témoigne l’allusion à Perth, capitale de l’État d’Australie Occidentale.
Terre d’explorateurs, de voyageurs, pays presque mythique, sorte d’Eldorado… Voilà pour moi ce qu’est l’Australie. J’ai voulu rendre compte de cette attirance par le travail stylistique que j’ai opéré, notamment les métaphores, et les jeux sur les connotations ; l’hypallage du dernier vers (envie à la place de nuit) résume à lui seul mon attirance pour la terre australe : attirance qui invite presque au déchiffrement. En ce sens, le poème est initiatique : il amène, comme l’aurait dit Rimbaud, à se faire « voyant » : la poésie apparaît ainsi comme un art du déchiffrement, du voyage métaphysique.
Ce rêve australien n’est donc pas qu’un voyage vers un ailleurs infini et rêvé, c’est aussi une quête poétique : quête fiévreuse d’un au-delà du langage, voyage métaphorique qui plonge le lecteur dans la connaissance presque mystérieuse, riche en connotations multiples, d’un pays enchanteur et fascinant. Porteuse d’imaginaire et de symboles qui embrassent un passé immémorial, l’Australie suscite ainsi des sensations multiples, et à la façon d’un rêve, elle m’invite l’espace d’un instant, à voyager vers un univers inconnu, qui est autant un questionnement qu’une réponse…
La classe de Première ES2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime »… Plusieurs fois par semaine, les élèves vous inviteront à partager l’une de leurs créations poétiques…
Bonne lecture !
Aujourd’hui, jeudi 23 juin, la contribution de Noémie et d’Emma Précédentes publications : vendredi 20 mai, Agatha et Léa ; dimanche 15 mai : Furkan ; samedi 14 mai : Céline ; mardi 10 mai : Alyssa et Ninon ; dimanche 8 mai, Aymmy ; vendredi 6 mai, Aymeric ;
Prochaines publications de la semaine : Lou, Lucie, Melinda.
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« Là-bas, où commence la mer»
par Noémie H. et Emma M. Classe de Première ES2
Voici L’enfant jadis perdu Dans l’exquis parfum de l’Occident Voici l’enfant qui marche Dans un désert inconnu Parmi les déséquilibres de l’Orient.
Aujourd’hui ses aventures ne sont que vagues nuances Lire, écrire… Tenter de vivre Quotidiennes souffrances
Dans ce poème, nous avons voulu exploiter le thème du handicap en évoquant un enfant analphabète. La problématique du handicap nous semble en effet un sujet grave et il nous a paru à ce titre important de parler des enfants qui ont peu ou n’ont pas de langage, et dont l’accès au savoir est rendu difficile. L’enfant en situation de handicap qui vient à l’école bouscule à ce point le milieu dans lequel il arrive qu’il se sent parfois rejeté. Une telle situation est suggérée dans le texte par la métaphore de « l’enfant qui marche dans un désert inconnu ».
Ce « désert inconnu » est en réalité le système social et ses multiples obstacles : La peur et l’indifférence qui surgissent fréquemment, lorsqu’il s’agit d’approcher des personnes handicapées, sont évoquées à travers une série de termes s’inscrivant dans le champ lexical de l’isolement : « désert inconnu », « déséquilibres », « vagues nuances », « quotidiennes souffrances »…
D’une manière générale, le devenir scolaire d’un enfant handicapé demeure très incertain, ce qui explique les connotations que nous avons choisies : la traversée du désert suggère bien l’idée qu’il est très difficile pour les enfants de faire des projets à long terme. Pour l’enfant, l’école est une souffrance, une angoisse : il a vraiment peur d’y aller, à cause de ce handicap qui le traumatise, malgré le « monde de présence » des adultes prêts à l’aider. Un peu comme si l’enfant ne voyait plus le système éducatif qu’à travers les « billets bleus d’absences », référence directe aux retards possibles, mais allusion plus implicite au thème de la fugue.
La fin du texte résonne en effet comme un élément de résolution : face à ces « quotidiennes souffrances » que constitue l’acte de « lire, écrire », l »enfant ne pense qu’à s’évader : l’image de la barque, qui fait penser aux fugues de Rimbaud décrites dans « Le bateau ivre », est comme un voyage métaphorique « pour aller haut là-bas, où commence la mer… ». Nous comprenons qu’entre désir suicidaire et envie de partir, le voyage est associé à une quête identitaire : c’est « haut là-bas » que l’enfant cherche à donner du sens à sa vie, d’où les points de suspension qui suggèrent un espace métaphorique, fait de non-dits, espace infiniment plus vaste que le « dit ».
Les derniers mots du texte sont un hommage aux grands poètes comme Baudelaire ou Mallarmé. Cet enfant, c’est presque « l’étranger » de Baudelaire, dans sa contemplation des « merveilleux nuages ». Prisonnier d’un système spleenétique révélant la discrimination et face à toutes les restrictions auxquelles il doit se plier, l’enfant est en quête d’un idéal qu’il ne peut trouver qu’en prenant sa barque frêle pour aller « haut là-bas où commence la mer ». Nous avons aussi songé à Mallarmé quand il s’exclame : « fuir ! Là-bas fuir ! » dans « Brise marine ». La barque suggère ainsi un voyage vers un ailleurs indéfini, envisagé dans la perspective d’une douloureuse quête de soi…
La classe de Première ES2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime »… Plusieurs fois par semaine, les élèves vous inviteront à partager l’une de leurs créations poétiques…
Bonne lecture !
Aujourd’hui, jeudi 23 juin, la contribution de Noémie et d’Emma Précédentes publications : vendredi 20 mai, Agatha et Léa ; dimanche 15 mai : Furkan ; samedi 14 mai : Céline ; mardi 10 mai : Alyssa et Ninon ; dimanche 8 mai, Aymmy ; vendredi 6 mai, Aymeric ;
Prochaines publications de la semaine : Lou, Lucie, Melinda.
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« Là-bas, où commence la mer»
par Noémie H. et Emma M. Classe de Première ES2
Voici L’enfant jadis perdu Dans l’exquis parfum de l’Occident Voici l’enfant qui marche Dans un désert inconnu Parmi les déséquilibres de l’Orient.
Aujourd’hui ses aventures ne sont que vagues nuances Lire, écrire… Tenter de vivre Quotidiennes souffrances
Dans ce poème, nous avons voulu exploiter le thème du handicap en évoquant un enfant analphabète. La problématique du handicap nous semble en effet un sujet grave et il nous a paru à ce titre important de parler des enfants qui ont peu ou n’ont pas de langage, et dont l’accès au savoir est rendu difficile. L’enfant en situation de handicap qui vient à l’école bouscule à ce point le milieu dans lequel il arrive qu’il se sent parfois rejeté. Une telle situation est suggérée dans le texte par la métaphore de « l’enfant qui marche dans un désert inconnu ».
Ce « désert inconnu » est en réalité le système social et ses multiples obstacles : La peur et l’indifférence qui surgissent fréquemment, lorsqu’il s’agit d’approcher des personnes handicapées, sont évoquées à travers une série de termes s’inscrivant dans le champ lexical de l’isolement : « désert inconnu », « déséquilibres », « vagues nuances », « quotidiennes souffrances »…
D’une manière générale, le devenir scolaire d’un enfant handicapé demeure très incertain, ce qui explique les connotations que nous avons choisies : la traversée du désert suggère bien l’idée qu’il est très difficile pour les enfants de faire des projets à long terme. Pour l’enfant, l’école est une souffrance, une angoisse : il a vraiment peur d’y aller, à cause de ce handicap qui le traumatise, malgré le « monde de présence » des adultes prêts à l’aider. Un peu comme si l’enfant ne voyait plus le système éducatif qu’à travers les « billets bleus d’absences », référence directe aux retards possibles, mais allusion plus implicite au thème de la fugue.
La fin du texte résonne en effet comme un élément de résolution : face à ces « quotidiennes souffrances » que constitue l’acte de « lire, écrire », l »enfant ne pense qu’à s’évader : l’image de la barque, qui fait penser aux fugues de Rimbaud décrites dans « Le bateau ivre », est comme un voyage métaphorique « pour aller haut là-bas, où commence la mer… ». Nous comprenons qu’entre désir suicidaire et envie de partir, le voyage est associé à une quête identitaire : c’est « haut là-bas » que l’enfant cherche à donner du sens à sa vie, d’où les points de suspension qui suggèrent un espace métaphorique, fait de non-dits, espace infiniment plus vaste que le « dit ».
Les derniers mots du texte sont un hommage aux grands poètes comme Baudelaire ou Mallarmé. Cet enfant, c’est presque « l’étranger » de Baudelaire, dans sa contemplation des « merveilleux nuages ». Prisonnier d’un système spleenétique révélant la discrimination et face à toutes les restrictions auxquelles il doit se plier, l’enfant est en quête d’un idéal qu’il ne peut trouver qu’en prenant sa barque frêle pour aller « haut là-bas où commence la mer ». Nous avons aussi songé à Mallarmé quand il s’exclame : « fuir ! Là-bas fuir ! » dans « Brise marine ». La barque suggère ainsi un voyage vers un ailleurs indéfini, envisagé dans la perspective d’une douloureuse quête de soi…
La classe de Première ES2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime »… Plusieurs fois par semaine, les élèves vous inviteront à partager l’une de leurs créations poétiques…
Bonne lecture !
Aujourd’hui, mercredi 1er juin, la contribution de Pauline Précédentes publications : vendredi 20 mai, Agatha et Léa ; dimanche 15 mai : Furkan ; samedi 14 mai : Céline ; mardi 10 mai : Alyssa et Ninon ; dimanche 8 mai, Aymmy ; vendredi 6 mai, Aymeric ;
Prochaine publication de la semaine : dimanche 5 juin : Emma et Noémie ; mardi 7 juin : Lou ;
dimanche 12 juin : Lucie
André Breton (1896-1966) et Philippe Soupault (1897-1990), deux auteurs majeurs du Surréalisme, écrivaient dans Les Champs magnétiques qu’il fallait « soustraire les mots à leur usage purement utilitaire », « les émanciper et […] leur rendre leur pouvoir »… Ces expressions que j’ai découvertes au hasard d’une lecture¹ m’ont interpellée : de même qu’André Breton suggérait que pour composer un poème, il fallait tirer des mots jetés au hasard dans un chapeau, je me suis moi-même amusée à composer mon texte au hasard des mots : les choisissant au gré de mon imagination, ou en tournant arbitrairement les pages d’un livre…
Or, quelle n’a pas été ma surprise de constater que ce que je croyais entièrement dépendant du hasard était bien guidé en réalité par mon inconscient : quand j’ai commencé à associer les mots entre eux, je me suis rendu compte qu’ils étaient presque toujours centrés sur les thèmes de l’amour et du voyage. Sans doute les avais-je choisis moins arbitrairement que je le croyais de prime abord ! De fait, surtout quand on est adolescent, ne rêve-t-on pas de partir vers d’autres rivages ? Cette envie d’ailleurs est je crois à la base de tout poème : avant de nous rapprocher du réel, la poésie au contraire nous en éloigne.
Même si le Surréalisme m’a influencée au niveau des procédés d’écriture, c’est plus fondamentalement le mouvement romantique qui m’a profondément marquée au niveau de la thématique du texte : comme le chantait la poétesse Anna de Noailles dans « Le port de Palerme », « […] j’entendais jaillir/Cet éternel souhait du cœur humain : partir ! ». La poésie est en effet un voyage immobile, un voyage métaphorique. En écrivant par exemple « Les flots ont emporté l’écho du silence », ou « mon âme lève l’ancre », j’ai voulu suggérer cet embarquement, ce voyage au pas des mots, qui est aussi un voyage au pays du rêve.
Le registre lyrique, qui privilégie l’expression des sentiments, met évidemment en valeur le thème de l’amour que j’évoquais précédemment et dont le champ lexical parcourt le texte. Mais en réalité, c’est plutôt l’absence d’amour qui domine : tout se résume donc à la confrontation de deux concepts : amour et absence comme en témoigne l’enjambement des vers 2 et 3 renforcé par la tonalité exclamative : « Le soleil se lève sur les rivages de mon cœur/Vide ! ». Par définition, l’amour romantique est une telle quête d’absolu qu’il ne trouve malheureusement dans la réalité qu’un écho vide à cette quête ardente et quasi mystique. Tel est le sens qu’il convient d’accorder par exemple à ces vers :
mon âme lève l’ancre
Vers un voyage mystique
À la rencontre de ton cœur solitaire
Cette vision mélancolique qui se dessine peu à peu de l’amour, associée à la tonalité élégiaque du texte est intensifiée par la répétition de l’expression « sans amour » qui accentue ce sentiment de vide et d’absence. Le personnage de ce poème semble ainsi en quête d’un amour d’autant plus beau qu’il est impossible : au désespoir du poète, seul répond « l’écho du silence », dont l’expression est presque un oxymore : on peut se demander en effet comment le silence peut avoir un écho. J’ai voulu ici mettre en évidence l’idée selon laquelle le silence est presque une musique dont il faut écouter les paroles : car c’est bien d’une quête qu’il s’agit, d’un déchiffrement.
J’en viens justement à la dimension symbolique du poème. Qu’il me soit tout d’abord permis de revenir sur le mot « vide » que j’ai employé au vers 3. Le fait qu’il soit placé en rejet montre bien cette solitude : un peu comme si le mot lui-même était marginalisé, à la dérive de la phrase… Parce qu’il est écrit en vers libres, mon poème évoque selon moi cette quête d’infini et d’idéal que j’ai souhaité mettre en valeur. Enfin, le dernier élément qui marque bien le symbolisme est la métaphore de « l’âme [qui] lève l’ancre », référence à l’appareillage d’un navire quittant le port pour un voyage infini, très loin, à l’autre bout du monde : « voyage mystique » qui trouve des échos dans la poésie de Baudelaire ou de Mallarmé : seule l’exaltation du Grand Amour permet d’accéder à l’essentiel.
Voici pourquoi, pour moi, quand je regarde un paysage, ce n’est pas la réalité qui m’intéresse mais plutôt l’allégorie, le symbole, et pourquoi pas son aspect mystique et métaphysique : l’au-delà. Cette « histoire d’amour et d’eau fraîche » dont il est question ici, et que connaissent tous les adolescents est bien plutôt une histoire triste comme un rendez-vous d’amour manqué : histoire de larmes, histoire d’un non-amour. Ainsi le personnage du texte semble parti à la recherche de l’impossible lieu de l’impossible rêve de l’impossible amour… Comme en témoignent les derniers mots du texte : « À la rencontre de ton cœur solitaire /Perdu dans une mélancolie sombre »…
Marc Saporta, Henri Béhar, André Breton ou le surréalisme, même. Textes réunis par Marc Saporta avec le concours d’Henri Béhar, éd. L’Âge d’homme, Lausanne 1998,page 19.
La classe de Première ES2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime »… Plusieurs fois par semaine, les élèves vous inviteront à partager l’une de leurs créations poétiques…
Bonne lecture !
Aujourd’hui, vendredi 20 mai, la contribution d’Agatha et Léa Précédentes publications : mardi 17 mai : Marie ; dimanche 15 mai : Furkan ; samedi 14 mai : Céline ; mardi 10 mai : Alyssa et Ninon ; dimanche 8 mai, Aymmy ; vendredi 6 mai, Aymeric ;
« Parole de la mer»
par Agatha G.-N. et Léa P. Classe de Première ES2
Sur la scène de la vie Elle est en harmonie Avec son intrigante démarche chaloupée Elle avance avec opiniâtreté. La mer, avec nonchalance Me regarde, me tient, me balance
«Wesh, bel ami, que fais-tu ici ? En ce temps blanchi par la mélancolie, Retrouve le sourire de ta vie Parti trop loin d’ici… »
Nous avons choisi ce titre en hommage tout d’abord au merveilleux essai d’Annie Leclerc, Parole de femme paru en 1974. Mais à cette première inspiration, est venue s’ajouter une réflexion sur le sens de la parole poétique : de même qu’écrire en poésie c’est vouloir exprimer, formuler pour soi-même et pour les autres une parole, c’est-à-dire un système de signes à déchiffrer, de même peut-on parler d’une parole de la mer : le bruit des vagues qui se brisent contre les rochers, ou qui viennent s’échouer sur le rivage, est presque un langage que la parole poétique peut essayer de traduire.
Cette « parole de la mer » est donc chargée d’intentions, elle est messagère de valeurs : comme rupture avec l’immédiateté, la mer comme l’ont si bien montré les poètes symbolistes, c’est avant tout l’ailleurs, le voyage… c’est ce qui explique que nous avons choisi de personnifier la mer : elle est humaine, comme la parole est humaine, c’est par elle que les hommes se rencontrent, que chaque peuple décrit le monde, écrit l’Histoire.
Partir en mer est toujours un voyage : comme le disait si bien Mallarmé à la fin de « Brise marine », il faut savoir, entendre le chant des matelots, autrement dit accéder grâce à la parole poétique, à l’imaginaire du voyage, au rythme des vagues qui déferlent sur la plage, à cet océan qui échappe à toute limite fixe… et c’est sans doute ce qui explique le choix du calligramme, qui est évidemment une allusion à Guillaume Apollinaire :
Écoutez la mer La mer gémir au loin et crier toute seule Ma voix fidèle comme l’ombre Veut être enfin l’ombre de la vie Veut être ô mer vivante…
Ces quelques vers d’Apollinaire extraits de « La victoire », nous introduisent très bien dans la poétique particulière que nous avons cherché à mettre en place. Un calligramme comme on le sait, par sa disposition typographique, représente le thème ou la figure qu’il évoque : c’est ainsi que dans notre poème, la bouche représente cette parole de la mer.
De même, les volutes évoquent les vagues et leur musicalité. Des expressions comme « intrigante démarche chaloupée » ou « la mer avec nonchalance », connotent cette féminité de la mer. Dans le texte, elle conseille le narrateur : « Retrouve le sourire de ta vie/parti trop loin d’ici ». Même s’il ne répond pas, il comprend les paroles de la mer : ce sont des paroles d’amour qui invitent à se souvenir de ceux qui nous sont chers, et dont l’âme semble circuler sur les vagues de cette mer.
← Katsushika Hokusai (1760-1849) « La grande vague de Kanagawa »
C’est ainsi qu’au vague à l’âme du narrateur répond l’âme des vagues : et tout à coup le cœur de l’homme se dilate, sa pensée s’exalte, son inquiétude s’apaise. Parce que la mer lui parle le langage qu’il comprend : « Wesh bel ami que fais-tu ici ? »
Le lecteur pourrait voir dans ce « Wesh » une simple volonté de rompre avec les codes habituels du langage, une manière de faire « plus moderne ». Disons que, plus fondamentalement, cette familiarité s’accorde à la sensibilité du narrateur : la mer est sa conscience, sa confidente, son espérance.
Voici pourquoi notre poème est symboliste : de même que le personnage s’abandonne volontairement, et laisse refermer sur lui les vagues de la mer (« la mer […] me regarde, me tient, me balance »), de même la poésie ouvre à un déchiffrement : ce voyage au pays des mots, qui est parfois —qui est souvent— un voyage au pays des maux, amène à comprendre combien la poésie est infinie comme la mer, sa parole recommence sans cesse, comme un voyage autour du monde. C’est également ce qui explique le peu de ponctuation dans notre texte, comme pour suggérer cette poétique de l’espace et de la liberté. Mais il y a quand même quelques virgules, évocation du balancement des vagues, et les points de suspension qui expriment l’élan poétique et cette parole infinie de la mer : invitation à la méditation et au songe introspectif.
Sans doute le lecteur comprend-il mieux maintenant le sens du titre : « Parole de la mer ». Ainsi que nous avons essayé de le montrer, la mer revêt une valeur symbolique extraordinaire : tout vient de la mer, et tout y retourne, comme pour un grand voyage à jamais recommencé, de l’autre côté de la terre…
La classe de Première ES2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime »… Plusieurs fois par semaine, les élèves vous inviteront à partager l’une de leurs créations poétiques…
Bonne lecture !
Aujourd’hui, vendredi 20 mai, la contribution d’Agatha et Léa Précédentes publications : mardi 17 mai : Marie ; dimanche 15 mai : Furkan ; samedi 14 mai : Céline ; mardi 10 mai : Alyssa et Ninon ; dimanche 8 mai, Aymmy ; vendredi 6 mai, Aymeric ;
« Parole de la mer»
par Agatha G.-N. et Léa P. Classe de Première ES2
Sur la scène de la vie Elle est en harmonie Avec son intrigante démarche chaloupée Elle avance avec opiniâtreté. La mer, avec nonchalance Me regarde, me tient, me balance
«Wesh, bel ami, que fais-tu ici ? En ce temps blanchi par la mélancolie, Retrouve le sourire de ta vie Parti trop loin d’ici… »
Nous avons choisi ce titre en hommage tout d’abord au merveilleux essai d’Annie Leclerc, Parole de femme paru en 1974. Mais à cette première inspiration, est venue s’ajouter une réflexion sur le sens de la parole poétique : de même qu’écrire en poésie c’est vouloir exprimer, formuler pour soi-même et pour les autres une parole, c’est-à-dire un système de signes à déchiffrer, de même peut-on parler d’une parole de la mer : le bruit des vagues qui se brisent contre les rochers, ou qui viennent s’échouer sur le rivage, est presque un langage que la parole poétique peut essayer de traduire.
Cette « parole de la mer » est donc chargée d’intentions, elle est messagère de valeurs : comme rupture avec l’immédiateté, la mer comme l’ont si bien montré les poètes symbolistes, c’est avant tout l’ailleurs, le voyage… c’est ce qui explique que nous avons choisi de personnifier la mer : elle est humaine, comme la parole est humaine, c’est par elle que les hommes se rencontrent, que chaque peuple décrit le monde, écrit l’Histoire.
Partir en mer est toujours un voyage : comme le disait si bien Mallarmé à la fin de « Brise marine », il faut savoir, entendre le chant des matelots, autrement dit accéder grâce à la parole poétique, à l’imaginaire du voyage, au rythme des vagues qui déferlent sur la plage, à cet océan qui échappe à toute limite fixe… et c’est sans doute ce qui explique le choix du calligramme, qui est évidemment une allusion à Guillaume Apollinaire :
Écoutez la mer La mer gémir au loin et crier toute seule Ma voix fidèle comme l’ombre Veut être enfin l’ombre de la vie Veut être ô mer vivante…
Ces quelques vers d’Apollinaire extraits de « La victoire », nous introduisent très bien dans la poétique particulière que nous avons cherché à mettre en place. Un calligramme comme on le sait, par sa disposition typographique, représente le thème ou la figure qu’il évoque : c’est ainsi que dans notre poème, la bouche représente cette parole de la mer.
De même, les volutes évoquent les vagues et leur musicalité. Des expressions comme « intrigante démarche chaloupée » ou « la mer avec nonchalance », connotent cette féminité de la mer. Dans le texte, elle conseille le narrateur : « Retrouve le sourire de ta vie/parti trop loin d’ici ». Même s’il ne répond pas, il comprend les paroles de la mer : ce sont des paroles d’amour qui invitent à se souvenir de ceux qui nous sont chers, et dont l’âme semble circuler sur les vagues de cette mer.
← Katsushika Hokusai (1760-1849) « La grande vague de Kanagawa »
C’est ainsi qu’au vague à l’âme du narrateur répond l’âme des vagues : et tout à coup le cœur de l’homme se dilate, sa pensée s’exalte, son inquiétude s’apaise. Parce que la mer lui parle le langage qu’il comprend : « Wesh bel ami que fais-tu ici ? »
Le lecteur pourrait voir dans ce « Wesh » une simple volonté de rompre avec les codes habituels du langage, une manière de faire « plus moderne ». Disons que, plus fondamentalement, cette familiarité s’accorde à la sensibilité du narrateur : la mer est sa conscience, sa confidente, son espérance.
Voici pourquoi notre poème est symboliste : de même que le personnage s’abandonne volontairement, et laisse refermer sur lui les vagues de la mer (« la mer […] me regarde, me tient, me balance »), de même la poésie ouvre à un déchiffrement : ce voyage au pays des mots, qui est parfois —qui est souvent— un voyage au pays des maux, amène à comprendre combien la poésie est infinie comme la mer, sa parole recommence sans cesse, comme un voyage autour du monde. C’est également ce qui explique le peu de ponctuation dans notre texte, comme pour suggérer cette poétique de l’espace et de la liberté. Mais il y a quand même quelques virgules, évocation du balancement des vagues, et les points de suspension qui expriment l’élan poétique et cette parole infinie de la mer : invitation à la méditation et au songe introspectif.
Sans doute le lecteur comprend-il mieux maintenant le sens du titre : « Parole de la mer ». Ainsi que nous avons essayé de le montrer, la mer revêt une valeur symbolique extraordinaire : tout vient de la mer, et tout y retourne, comme pour un grand voyage à jamais recommencé, de l’autre côté de la terre…
La classe de Première ES2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime »… Plusieurs fois par semaine, les élèves vous inviteront à partager l’une de leurs créations poétiques…
Bonne lecture !
Aujourd’hui, mardi 17 mai, la contribution de Marie Précédentes publications : dimanche 15 mai : Furkan ; samedi 14 mai : Céline ; mardi 10 mai : Alyssa et Ninon ; dimanche 8 mai, Aymmy ; vendredi 6 mai, Aymeric ;
Prochaine publication de la semaine : vendredi 20 mai, Agatha et Léa.
« La pensée d’une fille »
par Marie P. Classe de Première ES2
__Bien sûr, j’écris sur les murs les paroles d’une fille
Dotée de volonté ; de tendresse ; de générosité et d’amour.
__J’écris sur les murs, à l’encre de mon cœur ;
Des messages pour les jours à venir, sous des roches profondes.
__J’écris sur les murs, à la plume de mes rêves ;
Pour dire tout ce que je ressens sur l’infini des temps.
__ J’écris sur les murs, la grandeur des hommes ;
Qui fera d’eux une existence sans retour.
__J’écris sur les murs, des mots d’amour ;
Pour jeter l’ancre un jour sur des mémoires d’avenir.
__J’écris sur les murs, les vraies réponses ;
Pour rendre compte de mon acuité déchiffrée.
__J’écris sur les murs, ma tendresse ;
Pour transmettre mon éternelle carrière sous une heure fugitive.
__J’écris sur les murs, mes états d’âme ;
Pour rêver d’une mer or-étoilée.
__J’écris sur les murs, des messages éternels ;
Pour que le monde entier s’en souvienne.
J’ai décidé d’écrire ce poème pour livrer au lecteur mes idées, mes sentiments et plus généralement pour évoquer ce que la plupart des jeunes filles éprouvent et ressentent. Le titre, « La pensée d’une fille » est à prendre au sens fort : la pensée, c’est-à-dire ce qui permet de construire du sens, de transmettre un ensemble d’idées propres à une jeune fille du vingt-et-unième siècle : c’est sa façon pour elle de juger, de s’engager, de donner ses opinions, et de montrer un trait de son caractère. De fait, j’ai souhaité transmettre mes ressentis d’adolescente à travers un lyrisme expressif, miroir de mes sentiments et de mes émotions personnelles.
Mais qu’on ne s’y méprenne pas : si romantisme il y a, c’est un romantisme engagé, affirmation et lyrisme au service d’une cause, d’une conscience universelle de l’humanité célébrant la paix et l’espoir d’un monde meilleur. À ce titre, j’avais en mémoire, en écrivant ce texte, une chanson qui me tenait très à cœur : « On écrit sur les murs », interprétée par le groupe Kids United. Cette reprise de la chanson écrite et composée par Romano Musumarra et Jean-Marie Moreau pour Demis Roussos en 1989 me semble bien illustrer cette parole de vérité et d’espérance à laquelle nous aspirons tous en ce début de troisième millénaire. Non seulement ce sont des enfants qui chantent, mais ils disent ce qu’ils ressentent et ce qu’ils voient dans la réalité. De même, j’ai voulu à travers mon poème conduire le lecteur à la fois vers le réel mais aussi vers l’imaginaire : toute poésie selon moi a pour fonction d’exprimer la réalité du monde, et de la transfigurer par l’imaginaire : telle est la problématique que je me propose de développer ici.
Pour commencer, j’ai débuté mon poème en utilisant une phrase d’accroche qui nous fait immédiatement connaitre qui est l’auteure : « J’écris sur les murs les paroles d’une fille ». Nous comprenons bien que c’est une fille qui parle et plus particulièrement une jeune fille. De plus, j’ai employé une affirmation, comme si c’était une évidence que ce soit une adolescente, en employant la locution adverbiale « bien sûr ». De même, l’accroche se poursuit par une énumération de qualités : « dotée de volonté, de tendresse, de générosité et d’amour ». Qualités morales qui selon moi devraient davantage caractériser l’humanité, bien souvent en proie à la lâcheté, à la violence et à l’égoïsme. Ainsi, par cette courte phrase d’accroche, nous comprenons tout de suite que l’auteure va évoquer tout ce qu’elle ressent en elle : chanter l’imaginaire en s’appuyant sur le réel.
Par ailleurs, au niveau de la composition du texte, j’ai privilégié une structure strophique exploitant le distique : ces strophes de deux vers forment ainsi une unité de sens. À cet égard, le système anaphorique qui structure le texte et sa distribution typographique suggèrent une organisation rythmique privilégiant le refrain. Comme je l’indiquais en début d’analyse, il me semble important que le poème puisse se chanter : d’ailleurs, toute poésie n’est-elle pas « chant » ? Chant lyrique par la recherche d’un principe d’équilibre rythmique et d’harmonie grâce à des effets de symétrie sonore. Même si les vers en effet sont hétérométriques, ils sont fortement structurés afin de donner à la lecture une impression de souffle et de respiration : ainsi au premier vers de chaque strophe, la césure se place au même endroit que la virgule, afin de mettre en valeur les hémistiches.
Cette ponctuation répétitive, renforcée par les points virgules à la fin du premier vers et le point final à la fin du deuxième vers, permettait de mettre en relief la clôture syntaxique et sémantique des strophes. Alors que la multiplication des rejets et enjambements, notamment dans la poésie moderne, manifeste une discordance entre le vers et la phrase, j’ai voulu au contraire que du point de vue du sens, chaque strophe, par cette ponctuation forte, obéisse à un principe clair, répondant à l’esprit du poème : la pensée d’une adolescente d’aujourd’hui, qui parle avec sa conscience et son cœur.
Ainsi, le premier vers de chaque strophe évoque ce qu’elle ressent, ce qu’elle veut dire : par exemple, à la strophe 8 : « J’écris sur les murs mes états d’âme ». J’ajouterai ici un point essentiel : à savoir que le premier vers de chaque strophe fait davantage référence à la réalité des sentiments : « la plume de mes rêves », « la grandeur des hommes », « des mots d’amour », « ma tendresse »… Autant d’expressions qui témoignent, au fil de la plume, de mes ressentis. Quant au deuxième vers, il est plutôt dans la continuité du premier en le prolongeant par l’imagination : « sous des roches profondes », « l’infini des temps », « sous une heure fugitive », « Pour rêver d’une mer or-étoilée »…
Ces expressions, toutes métaphoriques ont pour but d’amener le lecteur à imaginer : c’est ainsi qu’au vers 1 (« j’écris sur les murs à l’encre de mon cœur »), l’encre fait à la fois référence à l’engagement de l’écrivain, à la mission qu’il doit assigner à son texte, mais aussi au sang que nous avons dans le cœur pour vivre. Cette encre, transfusée du cœur de l’écrivain à la sensibilité du lecteur est tout autant une parole de vie qu’un message d’espoir : la fonction du poète n’est-elle pas d’être un porte-parole ? Et son encre n’est-elle pas le sang qui donne vie aux mots ? Mais c’est aussi le sang de la souffrance et de la révolte. « Les chemins d’encre sont des chemins de sang ! » écrivait le poète Edmond Jabès, comme pour rappeler cette impérieuse mission de l’intellectuel…
Ce réseau lexical est renforcé à la deuxième strophe par l’expression « j’écris sur les murs à la plume de mes rêves ». Si le mot « plume » fait évidemment référence à la plume du stylo, la plume évoque également l’envol : de même que, sans ailes, un oiseau ne pourrait voler, de même c’est sa plume qui amène le poète à transcender la réalité et à dire, selon les beaux mots de Victor Hugo dans « la Fonction du poète », « les choses qui seront un jour ». À ce titre, l’auteur des Rayons et des Ombres affirmait du poète qu’ « il est l’homme des utopies ». Et sans doute est-ce le sens que j’ai voulu donner en parlant de « la plume de mes rêves » : le rêve, c’est ce qui donne sens au présent en bâtissant l’avenir.
Mais toute réflexion sur le futur n’a de sens que si elle s’enracine dans le passé. Voici pourquoi mon poème invite aussi à se souvenir : par exemple, à la strophe 3, l’expression « j’écris sur les murs, la grandeur des hommes » fait référence au devoir de mémoire que nous devons tous avoir à l’égard de ces femmes et de ces hommes qui ont marqué l’histoire. C’est dans le même ordre d’idées que l’expression « J’écris sur des murs des messages éternels », dans la dernière strophe du poème inscrit la mission du poète dans une éternité vivante, hors de laquelle il n’y a pas de mémoire. Je parle par exemple, à la strophe 5, de « mémoires d’avenir » pour suggérer ce rapport au temps. Le présent de généralité, qui parcourt tout le texte, donne ainsi une grande force au message délivré, qui doit être, par définition, omnitemporel, c’est-à-dire de toutes les époques : le texte implique en effet des généralités, des permanences qui ne réfèrent pas seulement à l’actualité mais impliquent une réflexion bien plus large.
En conclusion, mon poème se situe sur deux registres.
D’une part, le registre lyrique. C’est l’être entier que la poésie engage ; c’est son univers intérieur et son intimité que le poète traduit en mots sur la page blanche. D’où l’importance du privé, de l’intime, du biographique : j’ai ainsi cherché à dévoiler ce que je vois dans mes rêves, ou plutôt ce que j’ai envie de voir : écrire pour donner du rêve.
Mais d’autre part, ce registre de l’imagination, de la rêverie, s’épanouit dans le texte en une méditation sur la condition humaine, et sur le rapport entre l’homme et l’histoire. J’ai surtout voulu montrer que l’engagement de l’écrivain réside dans ce qu’il a de plus profond en lui : écrire pour donner du sens.
C’est la conjonction de ces deux réalités —écrire pour donner du rêve ; écrire pour donner du sens— qui me semble à la base même du texte poétique : en participant à la création d’un univers par essence subjectif, la poésie n’a-t-elle pas pour fonction de réinventer le monde ?
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« L’écume de l’amour »
par Furkan M. Classe de Première ES2
Mon amour pour toi est aussi beau que le bleu d’outremer, d’azur
Ou de Neptune. Tes yeux colorés mettaient en valeur la brume
De tes cheveux, aussi longs que la mer au toit de dunes.
Mais tu cachais tes sentiments envers moi telles ces étoiles, comme cette lune
Chaque matin, ta beauté ressemblait aux nuits épanouies
Notre joie était encore plus belle que le bonheur du jour
Et je repense à cette nuit : tu étais en robe comme Cendrillon avant minuit
Mais tu cachais tes sentiments envers moi telles ces étoiles, comme cette lune
Nos regards se sont croisés si longtemps que le monde entier ne pouvait
Douter de notre amour. Ton sourire aux mille éclats me faisait rougir,
Et ton rire m’a fait parfois penser au chant du grand réveil
Mais tu cachais tes sentiments envers moi telles ces étoiles, comme cette lune
On s’est perdu de vue. J’étais encore plus perdu qu’une étoile sans nuit,
Un silence sans bruit. Sache que mon amour, que la beauté de ton visage
Ne seront jamais gravés en moi de manière temporelle
Mais tu cachais tes sentiments envers moi telles ces étoiles, comme cette lune
Je trempe ma plume dans mon cœur pour te montrer l’écume de mon amour,
Pour lutter contre les battements de tambour de mon chagrin,
Mon cœur n’appartiendra à personne jusqu’à mon dernier souffle
Mais tu cachais tes sentiments envers moi telles ces étoiles, comme cette lune
Pierre Puvis de Chavannes (1824-1898), « Le recueillement » (1866)
Huile sur toile, (détail). Paris, Musée d’Orsay
Le point de vue de l’auteur…
Ce poème d’inspiration très personnelle est caractéristique de l’esthétique symboliste. De fait, le texte est guidé par une quête d’idéal et d’amour absolu : c’est cette quête au terme de laquelle l’être aimé devient le symbole d’un bonheur presque inaccessible, qui permet de transcender le quotidien, et de donner un sens à la vie.
Dans ce poème, le grand amour est l’objet de la quête du poète : il veut l’idéal, l’union parfaite. Poétisée à l’extrême, la femme est également associée à un personnage de conte (« tu étais en robe comme Cendrillon avant minuit », « ton sourire aux mille éclats me faisait rougir ») : dans le silence de la nuit étoilée et la magie du clair de lune, la jeune fille est comme un appel aux voix de l’infini permettant de dépasser le quotidien :
« Sache que mon amour, que la beauté de ton visage Ne seront jamais gravés en moi de manière temporelle »
Grâce à l’amour que porte le poète à l’être aimé, l’univers semble s’agrandir : la femme est bien ici l’allégorie de la poésie comme en témoignent les jeux de l’imaginaire et de l’idéal, qui font penser à la poésie de Baudelaire, par exemple « l’invitation au voyage » :
« Mon enfant, ma sœur, songe à la douceur aller là-bas vivre ensemble ! »
De même, dans le texte, le pays rêvé est avant tout un pays métaphorique, illusoirement réel, comme le suggère le début du texte : « Mon amour pour toi est aussi beau que le bleu d’outremer, d’azur/Ou de Neptune ». L’enjambement accentue encore plus la dimension onirique et légendaire de cet univers où le bleu évoque à la fois le rêve mais aussi le voyage vers l’ailleurs.
Odilon Redon (Bordeaux 1840 – Paris 1916), « Ophélie », vers 1900-1905 Pastel sur papier sur carton. New York, Dian Woodner Collection
Voyage d’autant plus nostalgique qu’il semble d’un autre temps, comme le suggèrent les verbes au passé (imparfait et passé composé). Le texte est en effet tout sauf réaliste : la nostalgie, qui est à la fois disposition d’esprit et quête poétique, plonge le lecteur dans un univers irréel et mystérieux. La nostalgie revêt ainsi deux aspects : celui de la recréation (faire revivre le passé par la mémoire) et celui de la quête d’absolu, quête de l’idéal. Et l’idéal commence avec le « Grand Amour » conçu dans le poème comme un engagement, un don total de soi, comme l’ont si bien chanté les Romantiques, notamment Alphonse de Lamartine. Cet amour est d’autant plus beau qu’il apparaît presque comme impossible.
D’ailleurs le plus bel amour n’est-il pas l’Amour irréalisable et interdit ? Celui qu’on rêve plutôt que de le vivre ! La fin du texte suggère cet ancrage de la poésie dans une sorte d’absolu, presque en dehors de toute réalité :
On s’est perdu de vue. J’étais encore plus perdu qu’une étoile sans nuit, Un silence sans bruit. Sache que mon amour, que la beauté de ton visage Ne seront jamais gravés en moi de manière temporelle […] Mon cœur n’appartiendra à personne jusqu’à mon dernier souffle
La vie en effet amène souvent à des désillusions, tandis que l’idéal est le chemin qui mène à l’imaginaire et à la poésie, seule capable de faire revivre cette pureté de l’amour, qui est gage tout à la fois de paix et de communion spirituelle avec l’univers.
J’ajouterai pour terminer qu’un texte de Paul Éluard m’a profondément marqué quand je l’ai lu : c’est L’amour la poésie publié en 1929. Plus particulièrement, le très célèbre poème « La terre est bleue » qui évoque les amours d’Éluard et de sa muse Gala, nostalgie d’un temps où l’amour n’était que poésie. De même qu’Éluard a pu décrire Gala telle « une étoile nommée azur », j’ai quant à moi voulu associer l’être aimé à un secret, un mystère caché comme en témoigne ce vers : « Mais tu cachais tes sentiments envers moi telles ces étoiles, comme cette lune ». Le retour continuel à la fin de chaque strophe de ce même vers crée une sorte de refrain, destiné à rappeler le passé en jouant sur les effets musicaux : de même que la musique est rythme et son, le poème grâce à ce refrain établit une sorte de musicalité quasiment surréaliste.
← Marc Chagall (1887-1985), « Hommage au passé », 1944 (détail). Collection particulière. |Source|
Je parlerai même ici d’une « musicalité du silence » : « telles ces étoiles, comme cette lune », l’être aimé devient la révélation d’une vérité intérieure et silencieuse qu’il faut savoir déchiffrer. Le but du texte est ainsi d’amener à une réflexion sur le « symbole » qui doit conduire à un déchiffrement à la fois métaphysique et mystique du monde, irréductible au matérialisme. De fait, à la mission de déchiffrement que les Symbolistes assignent à la poésie, correspond bien l’aspect mystique du texte. L’Amour devient ainsi une quête vers un autre univers : univers absolu conduisant à la révélation d’un monde qui doit guider l’homme vers une connaissance spirituelle, comme le suggère le titre du poème. « L’écume de l’amour », c’est un peu « l’écume inconnue » dont parle Mallarmé dans « Brise marine » : écume spirituelle qui permet de dépasser le chagrin amoureux dans l’art poétique, conçu d’abord comme une quête du sens…
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Aujourd’hui, jeudi 12 mai, la contribution de Céline Précédentes publications : Vendredi 6 mai, Aymeric ; dimanche 8 mai, Aymmy ; mardi 10 mai, Alyssa et Ninon
Nouvelles publications cette semaine : dimanche 15 mai : Furkan ; mardi 17 mai : Marie
« L’Amour d’un troubadour »
par Céline V. Classe de Première ES2
ette femme est fleur mélodieuse Elle soupire au fond du cœur à l’ombre Des nuages argentés. Belle dame éloignée de son preux chevalier,
Languit dans une longue attente Ruisselle dans le mystère poudreux Du soir venu lui parler, Comme scintillement de pierres précieuses.
Fleur de beauté porteuse de grâce Son sombre talent la rend capricieuse L’attire au pays des anges Comme un aigle majestueux s’en est allé
Son bonheur reviendra parmi la rosée où la fleur éclot, Car la vie est un jeu semé de paliers : Sources de lumière, abîmes de l’amour Qui feront grandir et devenir qui nous sommes.
Illustration : Jean Pichore et atelier, «Phyllis guettant le retour de Démophon »
Peinture sur parchemin, Paris, vers 1500 (détail), Paris, BNF
Image figurant à la page 43 du livre Le Moyen Âge flamboyant, Poésie et peinture, Diane de Selliers Éditeur)
Sélection des poèmes, biographies et répertoire : Lucile Desmoulins ; Iconographie et notices sur les manuscrits illustrés : Chrystèle Blondeau. Préface de Michel Zink. Ouvrage consultable au CDI du LEF sous la cote 840-1 « 11/14 » MOY
Le point de vue de l’auteure…
J’ai souhaité à travers ce poème rendre hommage à l’amour courtois que les troubadours au Moyen Âge nommaient le fin’amor, c’est-à-dire « amour fin, affiné, épuré, comme l’or fin est épuré par le feu. Rien plus que ce feu de l’amour, ce feu où s’épure l’amour, ne permet de dire le Moyen Âge flamboyant. Mais il n’existe, cet amour, que dans son expression poétique, il est le produit de la poésie nouvelle qui le forge »¹. Ces propos de Michel Zinc qui préfacent le bel ouvrage Le Moyen Âge flamboyant, Poésie et peinture, me semblent parfaitement correspondre à l’esprit de ce texte.
De fait, entre forme et symbole, la poésie lyrique est l’expression du sentiment amoureux. « L’Amour d’un troubadour » se réfère donc à l’amour courtois du Moyen Âge : la lettrine « C » avec son enluminure, de même que le choix du lexique éveilleront chez le lecteur des réminiscences de la poésie du fin’amor, inventée par les troubadours : poésie courtoise habile à jouer des rimes et des rythmes. Ainsi, même si les vers sont libres, ils obéissent cependant à une structure qui privilégie le lyrisme musical et poétique. Le poème étant un chant, la structure de certains vers se répète pour permettre le retour de la mélodie (par exemple, les vers 3, 7 et 11 qui sont des heptasyllabes).
Quelques vers pairs, souvent employés dans la poésie classique, se retrouvent dans mon texte, notamment l’alexandrin du vers 4, rythmé 6/6 et dont la régularité est propre à suggérer la mesure, l’équilibre et la vertu chevaleresque. Certains vers en revanche sont plus longs comme le vers 13 : « Son bonheur reviendra parmi la rosée où la fleur éclot ». Il s’agissait pour moi d’évoquer par ces changements de rythme toute la force du sentiment amoureux. Comme le note Michel Zinc, « Le chant est une manifestation de joie et l’élan sensuel qui emplit la nature au printemps invite au champ de l’amour, mais l’affolement douloureux du désir emplit ce champ de ses contradictions, si bien qu’il le nourrit et l’éteint à la fois. La pierre de touche du véritable amour et la qualité du poème qu’il inspire, et ce poème doit incarner dans son langage même les tensions de l’amour. C’est pourquoi la langue des troubadours est tendue, la syntaxe contournée, le lexique recherché, voire détourné, l’expression elliptique ou heurtée »² : il s’agissait donc pour moi de jouer sur la fluidité des rythmes et des sonorités. Aux vers 10 et 13 par exemple, les allitérations en |r| me semblent évoquer ces contradictions de l’amour, « fait de joie et d’angoisse, c’est pourquoi la satisfaction amoureuse est la pire des souffrances en même temps qu’une source d’exaltation »³.
Venons-en justement à la thématique du texte : le thème traditionnel de la célébration de la femme associé à l’expression du sentiment amoureux, oriente en effet mon poème. La femme est l’objet et le destinataire du poète qu’elle inspire. Le troubadour s’adresse à elle à la troisième personnelle du singulier : « elle soupire » (v. 2), « languit dans une longue attente » (v. 5), ce qui marque une distance envers cette « belle dame éloignée de son preux chevalier » (v. 4). Toute la thématique de l’amour courtois se trouve ici suggérée : la poésie amoureuse tient à cet égard une place essentielle dans le cœur de l’amant-poète qui chante la femme telle une « fleur de beauté porteuse de grâce ». Le troubadour Bernard de Ventadour écrivait à ce titre : « Ce n’est pas merveille si je chante mieux que tout autre chanteur ; c’est que, plus que tous les autres, je me soumets à Amour et lui obéis : cœur et corps, savoir et sens, pouvoir et force, je lui ai tout donné » |source|. Le fin’amor fait ainsi de la femme la suzeraine de l’homme.
La représentation de la femme est donc associée ici à l’amour idéal que lui porte le poète. Cette expression de l’amour s’appuie également sur des phrases déclaratives mettant en avant par le présent gnomique le lien entre la femme et la réflexion plus métaphysique sur la condition humaine. Un aspect essentiel de l’élégie sentimentale apparaît ici : la romance troubadour privilégie en effet une tonalité à la fois intime et solennelle qui s’épanouit à la fin du texte dans une réflexion sur le destin et le sens de la vie :
Car la vie est un jeu semé de paliers : Sources de lumière, abîmes de l’amour Qui feront grandir et devenir qui nous sommes.
Écrire une poésie établit ainsi un rapport au monde, qu’il s’agit de représenter, de déchiffrer et d’analyser. En écrivant mon poème, j’ai voulu montrer surtout cette quête d’un idéal à travers le fin’amor pour la femme aimée. Cette idéalisation de la vie par l’amour, nul mieux que les troubadours du Moyen Âge ne l’ont exprimée à travers la poésie courtoise.
Michel Zinc, préface de l’ouvrage Le Moyen Âge flamboyant, Poésie et peinture, Diane de Selliers Éditeur, op. cit. page 21. Ouvrage consultable au CDI du LEF sous la cote840-1 « 11/14 » MOY
La classe de Première ES2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime »… Plusieurs fois par semaine, les élèves vous inviteront à partager l’une de leurs créations poétiques…
Bonne lecture !
Aujourd’hui, mardi 10 mai, la contribution d’Alyssa et Ninon Précédentes publications : Vendredi 6 mai, Aymeric ; dimanche 8 mai, Aymmy
Prochaines publications : samedi 14 mai, Céline ; dimanche 15 mai : Furkan ; mardi 17 mai : Marie.
« Fruit de la passion »
par Alyssa G. et Ninon V.-N. Classe de Première ES2
L’abstrait brûlant de désir
Se déplaçait le long de mes formes
Le long de mes paroles
À l’aube fraîche et calme
Dans les draps du ciel
Dominés par l’intense lilas
Je repense à cette nuit éveillée
À ses courbes bleues,
Au souffle du vent contre ta peau
Tendres et douces pulsions
De naissances successives,
Toutes submergées de passions dissidentes
Illustration : Henri Matisse, « Nu bleu II », 1952
Papiers gouachés, découpés et collés sur papier marouflé sur toile
Paris, Centre Pompidou
Le point de vue des auteures…
« Le désir, seul ressort du monde », écrivait André Breton dans L’Amour fou… De fait, le désir, chez les Surréalistes, est le point de convergence où se rassemblent les zones mystérieuses de l’inconscient, et l’enchantement du rêve. Tel a été le point de départ de ce poème qui évoque, à travers son titre, « Fruit de la passion », ce qui relève de la sensibilité, de l’émotion. Cette tonalité affective est ainsi suggérée dans le texte par l’évocation sensuelle d’un souvenir amoureux idéalisé, capable de modifier notre perception de la réalité.
Les vers libres, l’absence de ponctuation, et surtout les associations insolites de mots et d’images nous ont paru aller de soi, lors de la création de ce texte, afin de toucher à l’irréel même, qui est l’essence de tout poème. Les sentiments notamment se nourrissent d’émotions : voici pourquoi la forme du texte devait rendre compte de cette nature complexe du phénomène passionnel. Ainsi, cette irréalité suggérée dès le début du poème par « l’abstrait brûlant de désir » (v. 1) mêle le plus intime du moi ( « le long de mes formes / Le long de mes paroles ») à la lumière de l’autre (« Au souffle du vent contre ta peau »). Les nombreuses personnifications associent la nuit à un univers intimiste et magique, à la fois démystification de la raison et du réel, mais aussi revendication des profondeurs du désir, quête mystique et onirique de la Vérité dans la lignée de Rimbaud, Paul Eluard, André Breton ou René Crevel.
Ce n’est donc pas un hasard si le poème s’achève sur l’idée de mouvement, de désordre, voire de transgression. La passion devient ressort, énergie, source de vie :
Tendres et douces pulsions
De naissances successives,
Toutes submergées de passions dissidentes
Face à la réalité monotone, ces « douces pulsions », ces « naissances successives […] submergées de passions dissidentes » traduisent un dynamisme, un souffle : la forme exalte en effet le mouvement et fait ressortir le fond : la révélation d’une dimension spirituelle, dissidente, apte à métamorphoser la réalité. La poésie est parole, commandée par les mouvements humains les plus fondamentaux : battement du cœur, rythme de la respiration. Le Verbe poétique, parce qu’il permet de toucher l’inaccessible, apparaît comme le signe d’une transfiguration, d’un désir, d’une liberté « submerg[ée] de passions dissidentes ».
Ce lyrisme mouvementé, libéré de toute entrave, ouvre véritablement à l’altérité : il interroge, autant qu’il interpelle, sous les traits d’une identité énigmatique, les motifs du corps féminin comme métaphore du monde : « formes » (v.2) ; « courbes » (v.8) ; « peau » (v.9)… De même, les allitérations en |s|, très présentes tout au long du poème, créent l’illusion de mouvement : « se déplaçait » (v.2) ; « ciel » (v.5) ; « intense » (v.6) ; « repense » (v.7) ; « souffle » (v.9) ; « pulsions » (v.10) ; « naissances successives » (v.11) ; « submergées » ; « passions dissidentes » (v.12). Ces allitérations donnent aussi une expression musicale et ludique, propre à suggérer le désir amoureux.
Marc Chagall, « Le Paysage bleu » → gouache sur papier, 1949 (Wuppertal, Von der Heydt Museum)
Terminons cette brève présentation par quelques remarques plus générales sur la forme. C’est l’antithèse voire l’oxymore (v. 10) qui dominent souvent dans le texte, de manière à mettre en valeur l’intensité même des sentiments, qui passe par la revendication du corps comme paradigme de liberté et d’affranchissement. Voici pourquoi le langage doit épouser cette violence sentimentale, conformément à l’esthétique surréaliste. Mais qu’on ne se méprenne pas : cette « douce violence » du désir traduit surtout l’intensité de la jeunesse, dont les désirs sont faits d’hyperboles, d’exagérations, de serments bien plus que de sermons… À ce titre, les « les draps du ciel / Dominés par l’intense lilas » (v.5-6), expriment métaphoriquement la quête paradisiaque d’un pur Éden dans « l’aube fraîche et calme » qui confère à l’amour une dimension à la fois de refuge et de pureté : ainsi, les « draps du ciel » semblent faire écho à ces « merveilleux nuages » qu’évoquait Baudelaire…