Aujourd’hui, dimanche 18 juin, la contribution de Rose (Première S2)

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire. 

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

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Aujourd’hui, dimanche 18 juin, la contribution de Rose F. (Première S-2)

 Lundi 19 juin : Amina H. et Farah M. (Première S-2) ; Selen F. et Perrine B. (Première STMG-2)

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« Intempéries durables »

par Rose F.
Classe de Première S-2

De bas cotons occultent le ciel
Menaçants, ils s’apprêtent à tournoyer
Tournoyant dans cette musique aiguë
Celle que l’on n’entend pas,
Où s’embrase un amas de feuilles ternes,
Des papiers cadeaux aveuglants
Qui laissent voir au loin les murs de cris,
Ceux que l’on n’entend pas.
Le torrent se calme,
Laisse sortir des fleuves foncés,
Des vers ruisselants le long d’une terre dévastée
Vide, libre, en paix.
Car derrière le rouge il y a le blanc,
Calme, simple, sensible,
Le doux vent qui passe,
Celui qui nous laisse à fleur de peau,
Derrière un soleil chaleureux
Où l’on croise des joues et des bras accueillants,
Des sourires voyageurs.
Et j’aperçois toujours dans le ciel,
Au dessus de la mer qui va et vient,
Ces grands planeurs en paix,
Qui occultent le grand ciel bleu infini
Aux sombres nuances rouges.

« De bas cotons occultent le ciel
Menaçants, ils s’apprêtent à tournoyer…
 »

Illustration : © Bruno Rigolt, juin 2017 (peinture numérique)

_

Le point de vue de l’auteure…

« Intempéries durables »… Ce titre me paraît illustrer parfaitement l’argument de mon poème. Par cette métaphore, j’ai voulu exprimer un certain nombre de questionnements existentiels et sociétaux : jusqu’à quand tout ceci va-t-il durer ? Lorsque j’ai rédigé ce texte, je me trouvais en vacances et c’est en regardant le magnifique paysage qui s’offrait à mes yeux que j’ai eu l’idée de méditer sur les profonds contrastes dont notre monde est trop souvent victimes.

C’est ainsi que le poème commence par l’évocation de la société sous l’angle d’un vent tourbillonnant qui connote ici l’idée de destruction. Ainsi la répétition du verbe « tournoyer » accentue l’idée d’un délitement du corps social et des valeurs morales. De même, l’évocation de la musique « aiguë », « celle que l’on n’entend pas » représente la société sourde aux appels de détresse du monde. La même image est développée un peu plus loin lorsque j’évoque « les murs de cris, / ceux que l’on n’entend pas ».

En outre, grâce aux métaphores et aux personnifications, j’ai voulu montrer combien le consumérisme impose sa violence insupportable : « des papiers cadeaux aveuglants »… Nous sommes littéralement aveuglés par ces lumières trompeuses : aveugles et sourds aux « murs de cris », nous oublions la pauvreté, nous fermons les yeux sur la surexploitation des enfants, nous préférons ne pas débattre des animaux dans les abattoirs… Et que dire du surarmement ? Dans un monde où l’on préfère élever des murs qu’élever nos cœurs, la poésie me semble indispensable pour donner du sens : ainsi l’image « des vers ruisselants » sortis « des fleuves foncés ».

Puis dans une deuxième partie, plus optimiste, le vent se pare de vertus positives : derrière le mal, il y a le bien. Même si j’ai repris l’idée de tourbillon que j’avais développée au début du texte, il s’agit cette fois d’un tourbillon calme, pacifié. J’ai ainsi voulu me remémorer les belles choses de la vie, ces moments heureux qui nous aident à tenir debout, comme des rencontres, le fait de partager avec les autres, d’être capable d’aimer un beau jour ensoleillé, le fait aussi de penser à nos proches… ce sont ces plaisirs du quotidien, ces rencontres au long de nos voyages, qui m’émerveillent : comme si le bonheur pouvait résider dans la simplicité, les choses les plus humbles et qu’on dénigre souvent parce qu’elles semblent banales.

Le vers final contraste particulièrement avec cette vision positive : ces « sombres nuances rouges » que j’évoque sont davantage un avertissement qu’une menace : contrastant avec le bleu du ciel, elles représentent le risque toujours possible, tant il est vrai que nous ne sommes jamais à l’abri d’une tragédie qui planerait sur nous. De même n’oublions pas que lorsque tout semble aller bien, le monde va mal.


Mon poème n’a pas de structure particulière, pour privilégier un effet plus libre à l’instar de la poésie moderne, mais plus fondamentalement parce que la société elle-même est quelque chose d’irrégulier, où les règles ne sont que des lois imposées quelque peu artificiellement : ne pas suivre les codes relevait donc pour moi d’une forme de réquisitoire contre l’artificialité des conventions et des stéréotypes d’écriture.

J’ai donc illustré ici ma vision très personnelle et subjective du monde : celle d’un monde où l’homme ne laisse voir que ce qu’il veut vraiment, où l’homme est prêt à tout pour l’argent, au mépris des souffrances, de l’esclavage du mensonge. En ce sens l’écriture poétique m’a amenée à exprimer un certain nombre de choses que je ressentais très profondément : cette quête du sens confère aux mots un pouvoir extraordinaire : celui de transmettre une émotion sincère…

© Rose F.
Classe de Première S-2 (promotion 2016-2017), juin 2017.

Espace Pédagogique Contributif

Aujourd’hui, dimanche 18 juin, la contribution de Lucas et Oussama (Première STMG2)

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire. 

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

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Aujourd’hui, dimanche 18 juin, la contribution de Lucas D.-M. et Oussama B. (Première STMG-2)

 Dimanche 18 juin : Rose F. (Première S2)

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« Ô flow¹, que la terre est belle »

par Lucas D.-M. et Oussama B.
Classe de Première STMG-2

Le désir est un rêve et le rêve est un vœu :
Au lever du soleil de la nuit, je ferme les yeux.
Sous le règne de la lune je rejoins un monde mystérieux,
Je voyage à travers le souvenir de nos actes passés.

Je vois le temps défiler puis s’arrêter.
Mon esprit crée une doctrine pour cet idéal qui m’empêche d’exister.
La lune se lasse et laisse place au soleil qui brûle mes idées.
Je marche vers l’horizon des cieux sans me retourner.

Moi qui aimais tant l’aube des soleils couchants
Voici que je cours en direction du soleil levant.
Avec le désir de retrouver mon idéal oublié,
Avec le vœu de m’exiler au-dessus des océans envolés.

Ô flow¹, que la terre est belle vue de là-haut !
Plus haut dans le ciel plus haut dans la voie lactée
Morphée me libère de sa prison enchantée
Mes yeux s’imprègnent de la lumière des soleils éclatés…

Flow : ce terme anglais (littéralement « flux » en français) désigne un état mental atteint par une personne lorsqu’elle est absorbée dans une activité, et se trouve dans un état maximal d’accomplissement. Sous l’influence des musiques rap ou hip-hop, le flow désigne également en langage musical le rythme de la musique ou le cadencement des paroles. Dans le texte, le mot évoque un profond état d’harmonie.

« Ô flow, que la terre est belle vue de là-haut !
Plus haut dans le ciel plus haut dans la voie lactée »

Illustration : © Bruno Rigolt, juin 2017 (peinture numérique)

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Le point de vue des auteurs…

Ce poème s’intitule « Ô flow, que la terre est belle ». Rédigé en quatrains pour davantage d’harmonie, il privilégie les thème du rêve​ et du voyage​. Le texte évoque ainsi un homme qui vagabonde dans ses rêves à la recherche d’un monde meilleur.

Le titre a tout d’abord de quoi surprendre. Nous avons choisi le terme anglais « flow » pour plusieurs raisons : d’une part parce que ce terme désigne en psychologie un profond état d’accomplissement et d’harmonie. Ainsi, une personne qui dégage un flow dégage une attirance et un certain charme qui lui sont propres. Ce terme se rapproche notamment de la notion de « style ». Mais si le style se perçoit visuellement par des moyens matériels (comme les vêtements par exemple), le flow désigne davantage un tout, une plénitude, un état d’accomplissement. Ainsi, le flow d’un auteur peut se ressentir lorsque nous lisons ou écoutons les paroles d’une chanson, et que nous sommes sensibles à un style d’écriture.

Dans notre poème, le terme connote presque le sentiment évoqué par Mallarmé dans « Brise marine » : « Je sens que des oiseaux sont ivres/D’être parmi l’écume inconnue et les cieux ». Notre « flow » à nous n’est pas si différent, comme en témoigne le champ lexical du rêve qui parcourt tout le texte : le rêve est une chose mystérieuse sur laquelle il y aurait tant de choses à dire… Pour avoir étudié le romantisme et le symbolisme, il nous semble retrouver le flow dans ces deux mouvements : la quête d’idéal dont témoigne la poésie de Baudelaire n’a-t-elle pas pour but de recréer le monde ? Tel est le secret de l’inspiration poétique : réinventer le banal, pour donner plus de sens aux choses.

Pourtant, la rêverie romantique est souvent mélancolique et triste. Notre texte au contraire privilégie davantage le rêve heureux comme le suggère le titre et plusieurs éléments du poème : 

Je marche vers l’horizon des cieux sans me retourner.
Moi qui aimais tant l’aube des soleils couchants

Voici que je cours en direction du soleil levant.

De même, la nature est évoquée dans le poème sous une forme positive. Qu’il s’agisse du « soleil » ou de la « lune », de la « mer » , du « ciel » et de « l’aube »… Tout concourt à proposer un voyage symbolique au pays du rêve : exils vers le cosmos et le « monde mystérieux », voyage vers l’« horizon des cieux ». Sur le plan de l’interprétation, un vers nous paraît particulièrement riche : c’est le vers 12 par lequel s’achève la troisième strophe :

« Avec le vœu de m’exiler au-dessus de l’océan envolé »

En lisant ce vers, on a vraiment l’impression que les flots eux-mêmes sont « dans le flow » : la mer « largue les amarres », elle s’envole. Il s’agit ici d’une hypallage, c’est-à-dire d’une figure de style qui consiste en la construction de mots où deux termes sont liés syntaxiquement alors qu’on s’attendrait à voir l’un des deux rattaché à un troisième : c’est l’oiseau qui s’envole et non la mer !

Ce procédé nous a permis de poursuivre encore notre inspiration dans la dernière strophe :

Ô flow, que la terre est belle vue de là-haut !
Plus haut dans le ciel plus haut dans la voie lactée

« La mer envolée » pourrait correspondre à la définition de la poésie que le jeune poète Rimbaud (il n’avait que dix-sept ans) proposait dans la « Lettre du voyant » (1871) : il voyait en effet la poésie comme un « long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens » : c’est cette idée qui se retrouve dans notre poème : le flow est ici le symbole d’un envol pour toucher à l’idéal.

Tel est le sens de l’écriture poétique : faire s’envoler les mots ! Ce travail sur la poésie nous a permis d’approfondir un certain nombre de notions mais bien plus de découvrir l’extraordinaire pouvoir de la poésie, par sa capacité à réinventer le langage et peut-être à réinventer le monde !

© Lucas D.-M. et Oussama B.
Classe de Première STMG-2 (promotion 2016-2017), juin 2017.

Espace Pédagogique Contributif

Aujourd’hui, dimanche 18 juin, la contribution d'Élisa (Première S2)

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire. 

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

frise_1

Aujourd’hui, dimanche 18 juin, la contribution d’Élisa O.-P. (Première S-2)

 Dimanche 18 juin :

  • Lucas D.-M. et Oussama B. (Première STMG-2)
  • Rose F. (Première S2)

-)

« Днiпро »¹

par Élisa O.-P.
Classe de Première S-2

Sur le Dniepr¹ danse ta mémoire
Nous savions que nous étions déjà venus
L’essence même de mon existence
Mène à ta peau entourée de mes paumes
Nous savions que nous nous étions déjà vus
Brilles-tu seulement pour moi ?
Rythme effréné de ma vie

Les vents chantent en ton nom
Embrasse mon âme et je suis à toi
Fleur de la lune vibrant la nuit
Ne laissait personne assez proche pour la voir
En tant qu’humain détruisant au toucher
Nous savions que nous étions perdus
Tourment au sein de la nuit

Que sommes-nous aujourd’hui ?
Faisait-il chaud au crépuscule ?
Ce soir tu as froid.
Ce soir je me noie.
Esquivons ces lieux
Il me dit que la fin est proche
Nous savions que nous nous trouverions.

  1. Днiпро (Ukrainien) : Dniepr. Le Dniepr est un fleuve d’Europe de l’Est. D’une longueur de 2290 kilomètres, il est le troisième fleuve d’Europe. Il prend sa source en Russie et se jette dans la mer Noire après avoir parcouru près de 1100 kilomètres en Ukraine. D’un point de vue culturel, le Dniepr est un symbole national de l’Ukraine, ainsi qu’en témoigne la moitié bleue du drapeau ukrainien.


« Sur le Dniepr danse ta mémoire… »

Illustration : © 2016, 2017 Élisa O.-P.

_
Le point de vue de l’auteure…

Il est 6 heures du matin, en France. Il est minuit à New York. Assise sur un des rooftops* de Time Square, je regarde la foule qui se bouscule en bas : un silence transcendant sublime le toit où je me tiens. Ce soir-là le temps s’est arrêté. Tout un tas de questions se bousculent dans mon esprit, comme le sens de la vie… Et de petite réminiscences. J’écris, je trouve une serviette sur le sol, un stylo en main. Un poème vaut-il toujours la peine d’être écrit de manière préméditée ? Ce soir je me lance.

C’est donc ici que les premiers vers voient le jour, ou plutôt la nuit. Le temps passe mais les jours persistent. Le souvenir reste mais la chaleur s’évade. Peut-on transposer tout cela au sein d’un poème ? Qu’en est-il de l’émotion au cœur des mots ? Au-delà des péripéties de la vie, mon âme appartient toujours à ma chère Ukraine, aux steppes flamboyantes, au fleuve Dniepr et à ses flots enivrants. Source d’inspiration profondément ancrée − et encrée − en moi, la littérature et la culture slaves ne cessent d’abreuver ma plume.

Ces strophes sont un hymne à la mémoire : il est question d’un homme déjà fatigué, rencontrant chaque nuit le souvenir de celle qu’il eu la chance de pouvoir observer danser sur les bords du Dniepr, tous les soirs durant sa jeunesse comme il est évoqué au début du texte : «Sur le Dniepr danse ta mémoire/Nous savions que nous étions déjà venus ». Le caractère éphémère de cette rencontre est souligné au vers 10 : « Fleur de la lune vibrant la nuit », et mis en valeur par des ruptures syntaxiques accentuant l’impression de coupure temporelle.

Embrasse mon âme et je suis à toi
Fleur de la lune vibrant la nuit

Cependant l’utilisation d’anaphores (« nous savions ») permet de rappeler que tout part d’un seul et même point : une idylle juvénile perdue. Les trois derniers vers sous forme d’anacoluthe, amènent une rupture de la cohésion syntaxique de la phrase permettant l’énonciation de fait réels et évidents aux yeux du vieil homme : il doit partir ; le temps lui annonce qu’il ne lui appartiendra bientôt plus ; il savait que la mort les réunirait. Enfin, la structure strophique en septains, permet de créer une temporalité à la fois très réelle et en même temps très onirique.

Voilà maintenant des années que je pose des mots sur les plus profonds recoins de mon âme. Il est question ici d’un poème, un poème si léger mais pourtant si lourd en signification.
Je veux refléter le temps qui passe en une seule minute de lecture.
Je veux faire l’éloge des mots à travers les vers.
Je veux bâtir un monde sur une simple page.

© Élisa O.-P.
Classe de Première S-2 (promotion 2016-2017), juin 2017.

Espace Pédagogique Contributif

* rooftop : toit. À New York, de nombreux rooftop bars ont souvent été aménagés sur les toits d’hôtels.

« L’essence même de mon existence
Mène à ta peau entourée de mes paumes… »

Illustration : © 2016, 2017 Élisa O.-P.

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Aujourd’hui, dimanche 18 juin, la contribution d’Élisa (Première S2)

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire. 

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

frise_1

Aujourd’hui, dimanche 18 juin, la contribution d’Élisa O.-P. (Première S-2)

 Dimanche 18 juin :

  • Lucas D.-M. et Oussama B. (Première STMG-2)
  • Rose F. (Première S2)

-)

« Днiпро »¹

par Élisa O.-P.
Classe de Première S-2

Sur le Dniepr¹ danse ta mémoire
Nous savions que nous étions déjà venus
L’essence même de mon existence
Mène à ta peau entourée de mes paumes
Nous savions que nous nous étions déjà vus
Brilles-tu seulement pour moi ?
Rythme effréné de ma vie

Les vents chantent en ton nom
Embrasse mon âme et je suis à toi
Fleur de la lune vibrant la nuit
Ne laissait personne assez proche pour la voir
En tant qu’humain détruisant au toucher
Nous savions que nous étions perdus
Tourment au sein de la nuit

Que sommes-nous aujourd’hui ?
Faisait-il chaud au crépuscule ?
Ce soir tu as froid.
Ce soir je me noie.
Esquivons ces lieux
Il me dit que la fin est proche
Nous savions que nous nous trouverions.

  1. Днiпро (Ukrainien) : Dniepr. Le Dniepr est un fleuve d’Europe de l’Est. D’une longueur de 2290 kilomètres, il est le troisième fleuve d’Europe. Il prend sa source en Russie et se jette dans la mer Noire après avoir parcouru près de 1100 kilomètres en Ukraine. D’un point de vue culturel, le Dniepr est un symbole national de l’Ukraine, ainsi qu’en témoigne la moitié bleue du drapeau ukrainien.


« Sur le Dniepr danse ta mémoire… »

Illustration : © 2016, 2017 Élisa O.-P.

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Le point de vue de l’auteure…

Il est 6 heures du matin, en France. Il est minuit à New York. Assise sur un des rooftops* de Time Square, je regarde la foule qui se bouscule en bas : un silence transcendant sublime le toit où je me tiens. Ce soir-là le temps s’est arrêté. Tout un tas de questions se bousculent dans mon esprit, comme le sens de la vie… Et de petite réminiscences. J’écris, je trouve une serviette sur le sol, un stylo en main. Un poème vaut-il toujours la peine d’être écrit de manière préméditée ? Ce soir je me lance.

C’est donc ici que les premiers vers voient le jour, ou plutôt la nuit. Le temps passe mais les jours persistent. Le souvenir reste mais la chaleur s’évade. Peut-on transposer tout cela au sein d’un poème ? Qu’en est-il de l’émotion au cœur des mots ? Au-delà des péripéties de la vie, mon âme appartient toujours à ma chère Ukraine, aux steppes flamboyantes, au fleuve Dniepr et à ses flots enivrants. Source d’inspiration profondément ancrée − et encrée − en moi, la littérature et la culture slaves ne cessent d’abreuver ma plume.

Ces strophes sont un hymne à la mémoire : il est question d’un homme déjà fatigué, rencontrant chaque nuit le souvenir de celle qu’il eu la chance de pouvoir observer danser sur les bords du Dniepr, tous les soirs durant sa jeunesse comme il est évoqué au début du texte : «Sur le Dniepr danse ta mémoire/Nous savions que nous étions déjà venus ». Le caractère éphémère de cette rencontre est souligné au vers 10 : « Fleur de la lune vibrant la nuit », et mis en valeur par des ruptures syntaxiques accentuant l’impression de coupure temporelle.

Embrasse mon âme et je suis à toi
Fleur de la lune vibrant la nuit

Cependant l’utilisation d’anaphores (« nous savions ») permet de rappeler que tout part d’un seul et même point : une idylle juvénile perdue. Les trois derniers vers sous forme d’anacoluthe, amènent une rupture de la cohésion syntaxique de la phrase permettant l’énonciation de fait réels et évidents aux yeux du vieil homme : il doit partir ; le temps lui annonce qu’il ne lui appartiendra bientôt plus ; il savait que la mort les réunirait. Enfin, la structure strophique en septains, permet de créer une temporalité à la fois très réelle et en même temps très onirique.

Voilà maintenant des années que je pose des mots sur les plus profonds recoins de mon âme. Il est question ici d’un poème, un poème si léger mais pourtant si lourd en signification.
Je veux refléter le temps qui passe en une seule minute de lecture.
Je veux faire l’éloge des mots à travers les vers.
Je veux bâtir un monde sur une simple page.

© Élisa O.-P.
Classe de Première S-2 (promotion 2016-2017), juin 2017.

Espace Pédagogique Contributif

* rooftop : toit. À New York, de nombreux rooftop bars ont souvent été aménagés sur les toits d’hôtels.

« L’essence même de mon existence
Mène à ta peau entourée de mes paumes… »

Illustration : © 2016, 2017 Élisa O.-P.

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Aujourd’hui, samedi 17 juin, la contribution de Cassandre (Première STMG2)

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire. 

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

frise_1

Aujourd’hui, samedi 17 juin, la contribution de Cassandre P.
(Première STMG-2)

 Dimanche 18 juin :

  • Élisa O.-P. (Première S-2) 
  • Lucas D.-M. et Oussama B. (Première STMG-2)
  • Rose F. (Première S2)

-)

« Là-bas »

par Cassandre P.
Classe de Première STMG-2

La- bas, c’est la douceur de San Miguel
Se souvenir peut faire mal
Mais c’est la seule chose qui n’est pas banale
Dans la poche de mon jean troué
Quelques larmes j’ai gardées…

Là-bas, c’est le rivage du coté de Cancún
Là où nos yeux ne se ferment jamais
Là où le temps m’a aidée à savoir qui j’étais
Dans la poche de mon jean troué
Des grains de sable j’ai laissés…

Là-bas, c’est la jeunesse de Polanco
Dans la poche de mon jean troué
Une photo de nous dans le jour fané
Et pour la vie devant nos yeux :
Le Mexique aux bords mystérieux…

Illustration : Sierra De Guadalupe, depuis Polanco (Mexico) |Source|

_

Le point de vue de l’auteure…

Mon poème parle du Mexique, pays où j’ai passé mon enfance. Quelques noms de villes ou d’endroits où j’ai vécu ancrent le texte dans ma mémoire : comme San Miguel de Allende, un lieu inoubliable par sa beauté, Cancún sur la mer des Caraïbes dont le nom à lui seul est déjà un voyage. Et puis Polanco, un quartier huppé de Mexico situé à l’Ouest de la ville, au Nord de Chapultepe où j’ai laissé tant de souvenirs…

Au niveau de l’écriture du poème, j’ai privilégié les anaphores, car elles permettent d’enraciner le texte dans la mémoire. La répétition de l’adverbe « Là-bas » a en quelque sorte une fonction de rappel : se rappeler, c’est ne pas oublier le temps, les moments passés, ces heures toujours présentes qui nous aident à savoir qui on est. Se souvenir d’un lieu a ainsi un rôle important dans la construction de soi.

De même, plusieurs rimes ou parallélismes sonores créent une douce mélodie qui dans le texte évoque le voyage. Le début du poème est marqué par l’évocation de San Miguel, tandis que la fin du texte privilégie une vision plus onirique, c’est-à-dire désignant le rêve : celle du « Mexique aux bords mystérieux » : évocation de ces longues étendues de sable du côté de Cancún où le vent dessine mille et un voyages…

© Cassandre P.
Classe de Première STMG-2 (promotion 2016-2017), juin 2017.

Espace Pédagogique Contributif

San Miguel de Allende
(© BR. Photographie modifiée numériquement)

 

Aujourd’hui, samedi 17 juin, la contribution de Célia (Première S2)

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire. 

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

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Aujourd’hui, samedi 17 juin, la contribution de Célia L. (Première S-2)

 Samedi 17 juin : Cassandre P. (Première STMG-2)

-)

« ROSSO − ROUGE »

par Célia L.
Classe de Première S-2

Étoile rouge, fort tintillement de cette nuit, noirceur omniprésente
La fleur de mon stylo plonge dans un rouge impur
En rentrant cette nuit, nous ramenions les morts que nous allégions
De cette fleur. Fuse le deuil, le rouge mais surtout le noir.

Un giorno, un anno, un tempo non posso credereche questo è arrivato
Nella testa della gente, la morte schiaccia la vità di ciascuno.
Un momento difficile mai evocato, espero tanto del futuro
Dovè c’é sara la gioia, la felicità e non un mondo diviso.

Vedo un mondo sensa guerra, senza odio e senza disgrazia
Voglio un bello mondo come l’amore negli occhi della mamma
Vedo la morte davanti te come un granata davanti gli soldati.

Les rives du combat sont rouges de sang, d’amour et de danger.
Les corps éparpillés d’hommes inconnus errent comme des naufragés.
Mais te voilà, prête à les accueillir dans ton foyer.

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Traduction de l’Italien :

Un jour, une année, un temps je ne peux croire que ceci est arrivé
Dans la tête des gens, la mort écrase la vie de chacun
Un moment difficile jamais évoqué, j’espère tant du futur
Où il y aura la joie, le bonheur et non un monde divisé.

Je vois un monde sans guerre, sans haine et sans malheur
Je veux un beau monde comme l’amour dans les yeux d’une maman
Je vois la mort devant toi comme un obus devant les soldats.

Illustration : © juin 2017, Bruno Rigolt (peinture numérique).
(D’après un texte de Célia L.)

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Le point de vue de l’auteure…

Tout d’abord, ce poème traite d’un thème commun en poésie et toujours, hélas, d’une brûlante actualité. La guerre appelle la mort, d’où le choix du titre : « Rosso-rouge ». À cet égard, pratiquant l’Italien qui est une langue que j’aime beaucoup, j’ai souhaité rédiger ce texte dans les deux langues : le métissage linguistique comme il se pratique par exemple dans les Antilles ou aux États-Unis avec le Spanglish me paraissent aptes à enrichir les signifiés connotatifs.

Au niveau du titre par exemple, la répétition crée une redondance voulue : « Rosso-Rouge », c’est le rouge sang de la guerre, c’est le rouge de l’amour anéanti, c’est la colombe poignardée d’Apollinaire, les larmes de sang, c’est l’étoile rouge de la déportation, des morts, du deuil. Mais c’est aussi le rouge « impur » de l’ennemi : l’homme lui-même. Ces nombreux parallélismes lexicaux sont mis en valeur par un style assez éclaté, expression du rythme de la guerre moderne : style proche de la rupture, entraînant parfois l’abandon de la syntaxe habituelle comme en témoignent les vers 3 et 4 :

En rentrant cette nuit, nous ramenions les morts que nous allégions
De cette fleur. Fuse le deuil, le rouge mais surtout le noir.

De plus, ayant travaillé sur quelques auteurs futuristes, et plus particulièrement les tableaux-poèmes de Marinetti, il m’a paru très intéressant d’exploiter la langue de Dante : l’Italien et le Français se combinent ainsi dans une chaîne d’assonances et d’allitérations, mais aussi comme je le notais un peu plus haut, de réseaux de sens, apte à créer une dynamique émotionnelle et à provoquer ainsi davantage l’imaginaire du lecteur. Un peu comme si les deux langues s’expliquaient mutuellement :

Vedo la morte davanti te come un granata davanti gli soldati.
Les rives du combat sont rouges de sang, d’amour et de danger.

Nos pays qui étaient en guerre en 1940 se retrouvent soudainement mêlés dans la même boue et le même champ de bataille, partageant les mêmes souffrances : ce choix de la double écriture est donc essentiel d’un point de vue symbolique.

Il était en effet important pour moi de rendre compte de l’horreur de la guerre, de l’horreur commise : voici pourquoi le texte propose en outre un constant va-et-vient entre le présent de l’écriture, présent de l’énonciation et l’évocation des combats à l’imparfait : 

« La fleur de mon stylo plonge dans un rouge impur
En rentrant cette nuit, nous ramenions les morts que nous allégions […] »

À ce titre la confusion des voix narratives, très caractéristique dans ces deux vers, sert à montrer que l’engagement est plus que jamais nécessaire au XXIe siècle : le je qui écrit est le même que le je qui ramenait les morts pendant la guerre. Ainsi l’écriture poétique s’enrichit-elle d’une conscience mémorielle, c’est-à-dire d’une responsabilité qui confère à l’acte d’écrire une valeur essentielle et à la poésie une responsabilité morale dont on ne saurait s’affranchir. 

J’ajouterai aussi que la forme du sonnet, au-delà des règles d’organisation strophiques ou du système des rimes dont je me suis libérée pour ce travail, m’a paru s’imposer : d’une part j’ai pu travailler grâce au sonnet sur la mise en relation de deux thèmes : ici la mort et la guerre. Mais j’ai pu également mettre en valeur une progression constante du poème orientée vers la chute :

Mais te voilà, prête à les accueillir dans ton foyer.

L’image du dernier vers, si elle rappelle ainsi le caractère tragique de la guerre, enracine surtout le texte dans une dimension céleste qui est comme un message de paix montrant que ceux que la mort emporte ne nous quittent pas…

Pour terminer je voudrais dire combien ce travail poétique a été pour moi le fruit d’une recherche intellectuellement stimulante mêlant à l’écriture automatique des Surréalistes, propre à susciter l’expression des émotions les plus spontanées, une écriture plus conventionnelle propre à faire travailler sur la combinaison des mots, leur disposition et leur mise en forme. 

© Célia L.
Classe de Première S-2 (promotion 2016-2017), juin 2017.

Espace Pédagogique Contributif

Aujourd’hui, vendredi 16 juin, la contribution de Guy (Première S2)

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire. 

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

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Aujourd’hui, vendredi 16 juin, la contribution de Guy S.
(Première S-2)

 Samedi 17 juin : Célia L. (Première S-2) ; Cassandre P. (Première STMG-2)

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« La Foule »

par Guy S.
Classe de Première S-2

Obligé d’exprimer des choses que je ne pense pas,
De suivre les autres sans être moi,
Être affecté, identique et semblable à la foule,
Je m’invente un personnage qui ne me ressemble pas.

Cette peau fabriquée par malheur me censure,
Qui chagrin, peur et souffrance me procure.
Cependant, espérant pouvoir continuer,
Je paie ce désastre qui n’est pas limité.

Je me fais envahir par ces vagues de pensée
Qui obligent la mienne aux autres ressembler
Par la richesse d’un simple oubli
Fait parfois tout perdre et cette personnalité aussi.

Obligé de suivre le monde avec ce que j’ai,
J’écris mon histoire, et avec grand succès,
Mieux vaut être soi-même
et devenir un emblème.

Auguste Rodin (Paris 1840 − Meudon 1917), « La Pensée », c. 1893-1895
|Source : Musée Rodin|

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Le point de vue de l’auteur…

Comme nous le montre très bien le titre (« La Foule »), j’ai rédigé un poème sur un phénomène qui nous suit partout : la société, notamment les conditionnements existentiels. La peur d’être rejeté par les autres ou les groupes sociaux dominants fait que nous abandonnons parfois notre personnalité, nos valeurs propres. Nous avons peur d’être censurés et ainsi oublions d’affirmer qui nous sommes.

Afin d’écrire ce poème, j’ai laissé tout d’abord mes pensées s’exprimer. Puis j’ai structuré mon texte en causes et conséquences. Ainsi, la première partie du poème cherche à expliquer la situation actuelle du monde moderne, qui nous oblige à nous comporter de façon trop souvent stéréotypée : il faut plaire aux autres avant de plaire à soi-même. La deuxième partie du texte nous montre les conséquences de cette société sur les personnes qui la suivent obstinément, et sont ainsi dans la souffrance de ne pouvoir être elles-mêmes.

Tout au long du poème, on observe des mots et des sonorités qui se répètent. Bien évidemment, ces répétitions sont voulues : elles expriment la répétition de la société, jusqu’à ce que la personne qui suit cette société décide enfin de penser par elle-même. Par la suite, j’ai amélioré le poème en travaillant les figures de style. Ainsi, l’énumération du vers 3 (« Être affecté, identique et semblable à la foule ») m’a permis d’accentuer l’idée que je voulais faire passer. De même, j’ai essayé de faire une gradation ternaire au vers 6 (« chagrin, peur et souffrance ») afin de mieux transmettre au lecteur les sentiments que je ressens.

© Guy S.
Classe de Première S-2 (promotion 2016-2017), juin 2017.

Espace Pédagogique Contributif

Aujourd’hui, vendredi 16 juin, la contribution de Rim et Sarah (Première STMG2)

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire. 

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

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Aujourd’hui, vendredi 16 juin, la contribution de Rim et Sarah Z.
(Première STMG-2)

 Vendredi 16 juin : Guy S. (Première S-2)

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« Kelbi  ileyka ya Fès »

par Rim Z. et Sarah Z.
Classe de Première STMG-2

Fés, ma chère ville,
Là-bas ton soleil éclaire le sourire de mes parents,
N’brick bezeef Fés,

Quand je suis avec toi mes problèmes s’envolent dans ton vent
Comme l’odeur du tajine que Jedda vient de sortir du four
Tu m’as vue grandir, tu me manques déjà,
J’aimerais entendre encore les cris d’Oumy qui appelle
Les enfants pour qu’ils rentrent,

Malgré la distance je resterai ton enfant.

Je me rappelle que les lumières m’éclairaient la nuit dans la Médina
Le marchand au loin criait « Djellaba pas chère Madame,
Cinq dirham, ti belle viens essayer »
Il me faisait rire avec son accent… Si loin maintenant…
Tes enfants ne pleurent jamais, ils sont toujours heureux

La couleur de ton ciel me redonne la joie,
Tout l’amour que tu m’as donné… Tu mérites aussi mon amour :
Alors j’aimerais te dire N’ brick bezeef n’mout haylik.

Le quartier des tanneurs à Fès… 
|Source : Office du Tourisme du Maroc|

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Le point de vue des auteures…

Ce poème s’intitule « Kelbi  ileyka ya Fes » qui pourrait signifier en Français « J’ai donné mon cœur à Fès ». De fait, le texte évoque notre enfance au Maroc, pays de nos origines. Située à 180 km à l’est de Rabat, entre le massif du Rif et le Moyen Atlas, la ville de Fès fait partie des villes impériales du Maroc.

Considérée encore de nos jours comme sa capitale spirituelle, elle témoigne d’un extraordinaire patrimoine culturel qui lui a permis d’être classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Qui n’a pas entendu parler de la grande mosquée Quaraouiyine, des célèbres mosaïques, du bleu de Fès ou du vert des minarets, des tanneries de l’ancienne médina, ou des fabriques de caftans ?

Pour évoquer notre amour de Fès, nous avons voulu également faire référence à des réalités plus quotidiennes qui sont celles de la médina : de cette mosaïque de paysages, de parfums d’épices et de couleurs, nous avons retenu quelques mots qui permettent d’ancrer le texte dans le charme et l’authenticité :

Je me rappelle que les lumières m’éclairaient la nuit dans la Médina
Le marchand au loin criait « Djellaba pas chère Madame,
Cinq dirham, ti belle viens essayer »

De même, nous avons voulu transmettre un message rempli de joie et de sentiments, avec les femmes qui préparent le tajine ou les mères appelant les enfants dans la rue pour qu’ils viennent manger… Comme un repas que l’on partage, nous avons écrit ce poème pour faire partager au lecteur quelques unes de nos émotions les plus intenses et les plus intimes. Le lyrisme qui parcourt tout le texte permet ainsi de mettre en avant nos sentiments si forts par rapport à cette ville, qui est pour nous le lieu des origines et de l’enfance.

Évoquer cette ville, c’est donc en quelque sorte avoir une mémoire, c’est ne pas oublier qui l’on est et d’où l’on vient. Au vingt-et-unième siècle, cette conscience du passé est essentielle. Chaque endroit de Fès, chaque rempart de la médina parle à notre âme, raconte une histoire, raconte une mémoire…

Voici pourquoi cette évocation de Fès a été aussi pour nous l’occasion de réfléchir au sens de la poésie. Écrire un « po-aime » pour reprendre l’intitulé de cette belle exposition, c’est aussi chercher à se comprendre soi-même, dans la mesure où la poésie réunit le langage, l’art et la spiritualité…

© Rim Z. et Sarah Z.
Classe de Première STMG-2 (promotion 2016-2017), juin 2017.

Espace Pédagogique Contributif

Aux alentours de Fès…
|Source : Office du Tourisme du Maroc|

Aujourd’hui, jeudi 15 juin, la contribution de Sidonie (Première STMG2)

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire. 

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

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Aujourd’hui, jeudi 15 juin, la contribution de Sidonie (Première STMG-2)

 Vendredi 16 juin :

  • Jeanaïs B.. (Première S-2) ;
  • Rim et Sarah Z. (Première STMG-2) ; 
  • Guy S. (Première S-2)

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« Horizon »

par Sidonie M.
Classe de Première STMG-2

Regardant depuis les nuages, le spleen dans sa splendeur
Oubliant tout mon âge (cet art n’est pas vendeur)
Comme la quête de la vérité, lui n’est pas illusion
Je ne suis lunaire
Je suis voulue depuis la mer
Il faut que je reparte.

Ne prodiguant de soins, la civilisation
N’est pas comme un pays, je n’ai aucune patrie,
Aucune géographie, je ne fais pas partie du tri.
Je ne suis lunaire
Je suis voulue depuis la mer
Il faut que je reparte.

Me disent-ils certains, sous le feu de leurs néons :
« Tu es un vrai clandestin, passe ton chemin »,
Ici, pas de rêve : tout est certain.
Soif de m’appeler « Horizon »
Car je suis voulue depuis la mer
Il faut que je reparte !

Cliché pris par Sidonie (Plage des Dames, Île de Noirmoutier)

 

Le point de vue de l’auteure…

J’ai rédigé ce poème à l’occasion du travail que j’ai mené sur l’objet d’étude « Poésie et quête du sens ». Pour expliquer mes choix, j’aborderai pour commencer la thématique du texte, puis j’essaierai de justifier mes choix d’écriture. Enfin j’aborderai plus fondamentalement la question du sens du texte, notamment le questionnement existentiel que j’ai voulu aborder.

En premier lieu, ce poème porte sur l’adolescence ainsi que l’enfance. L’importance au niveau de l’énonciation du « je » accentue la dimension autobiographique du texte. Mais en même temps, le poème peut se lire comme une autofiction : ainsi, nous ne connaissons pas le prénom de la personne  (elle est qualifiée « Horizon », ce qui n’est pas un prénom), ni même son sexe, afin de ne pas viser un seul type d’individu (homme ou femme). Certes, le verbe « vouloir » est conjugué comme si c’était une fille (« voulue »), cependant le terme « clandestin » est au masculin, ce qui permet au lecteur ou à la lectrice de mieux s’approprier le texte.

La personne nommée « Horizon » se recherche dans ce poème, elle est en quête d’une identification de son être profond. D’où le choix du terme horizon : l’horizon est à la fois ce qui est proche et lointain, il est le paysage de notre être reconstruit par la mémoire et par les rêves, il est la pulsation même de notre existence. Quand on est adolescent la ligne d’horizon est souvent mal définie, ainsi le prénom de la narratrice dans le texte n’est pas sans évoquer un discours sur l’adolescence fluctuant sans cesse entre le connu et l’inconnu, le proche et le lointain, le certain et l’incertain.

En outre, comme on peut le voir à travers les propos très durs que semble tenir la société (« ici, pas de rêve : tout est certain »), l’horizon est le contraire du « spleen dans sa splendeur » (v. 1), antiphrase pour évoquer la banalité et l’ennui du monde adulte. Le lecteur l’aura compris, l’horizon dont il s’agit ici ne s’inscrit dans « aucune géographie » (v. 9) ; car il est surtout synonyme de quête existentielle et d’idéal. Ceux-ci sont présentés dans le texte sous forme de refrain dont le caractère à la fois énigmatique et certain suggère l’idée de voyage, mais aussi de « quête de la vérité » (v. 3) :

Je ne suis lunaire
Je suis voulue depuis la mer
Il faut que je reparte.

Ces trois vers constituent en quelque sorte le « refrain » du texte. Par leur caractère répétitif, ils confèrent au poème son rythme essentiel et, comme nous allons le voir, ils amènent à un profond déchiffrement.

D’un point de vue symbolique, nous pouvons remarquer que ce « refrain » peut se lire comme un refus du monde stérile, caractérisé dans le texte comme « lunaire ». Au contraire, l’expression « je suis voulue depuis la mer » suggère davantage une légitimité à exister qui s’enracine profondément dans le mystère des origines : l’eau est source de vie et se confond avec les origines du monde… Mais cet ancrage dans le passé et aussitôt dépassé par le vers suivant : « Il faut que je reparte », sorte de choix assumé à s’engager dans le chemin de la vie. Les tournures anaphoriques, les rimes et plus généralement les parallélismes sonores ou les rimes internes contribuent à accentuer l’aspect à la fois traditionnel et dynamique du texte.

J’en arrive enfin à l’aspect le plus essentiel du poème : pourquoi l’avoir écrit ? Pourquoi écrire ? Certes écrire permet de créer, de donner son opinion grâce à des idées, d’exprimer ses propres sentiments à travers le lyrisme par exemple… mais ce serait se méprendre que de limiter la poésie à ces objectifs : il existe en poésie un enjeu majeur, qui est la relation directe de l’écriture avec la vie : même si l’auteur imagine un monde utopique, qui semble dénué de réalité, même s’il se laisse emporter par « les merveilleux nuages » (Baudelaire), sa poésie est d’abord un chemin de vie, une « solitude lumineuse », pour reprendre le titre célèbre d’un ouvrage de Pablo Neruda.

Cette solitude lumineuse, toute personne qui écrit un poème l’a ressentie. Écrire, a fortiori un texte poétique, permet à l’auteur de créer, de réinventer la vie. Et même si mon texte s’inscrit plutôt dans un cadre autobiographique –celui d’une rêveuse en quête d’idéal et qui se cherche beaucoup quand elle décrit son poème– il reste avant toute chose un regard objectif et lucide porté sur la vie…

J’ai longuement hésité pour illustrer mon poème et j’ai fini par choisir cette photographie d’une fillette ou d’un garçonnet, on ne peut distinguer, comme la personne décrite dans le texte, qui a l’air très mystérieux et qui semble plongée dans ses pensées, dans une attitude recroquevillée où peut se lire une certaine solitude… J’ai toujours été touchée par ce cliché pris ce jour-là à la plage des Dames dans l’île de Noirmoutier…

Cet instant de vie m’a fortement marquée et c’est pourquoi j’ai voulu illustrer mon poème avec cette silhouette photographiée un certain jour en un certain lieu… Donner à voir, en donnant à lire… donner à rêver en donnant à réfléchir, n’est-ce pas là que réside le sens profond de la démarche poétique ?

© Sidonie M.
Classe de Première STMG-2 (promotion 2016-2017), juin 2017.

Espace Pédagogique Contributif

« Mer-Horizon » (© Bruno Rigolt, 2014)

Aujourd’hui, mercredi 14 juin, la contribution de Merveille (Première S2)

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire. 

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

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Aujourd’hui, jeudi 15 juin, la contribution de Merveille (Première S2)
 Jeudi 15
 juin : Sidonie M. (Première STMG-2)

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« La Décision »

par Merveille M.
Classe de Première S-2

Au commencement, nous agissons dans le doute

Voici la décision se jouant à l’instant
L’éternelle raison nous dictant ses choix contraires
L’éternelle folie clamant rêve et destin
Voici la décision se jouant dans la vie

Après l’écoute des mouvements espérés
Après la vision de l’Art auditif du vide
Il y avait la liberté des sentiments

Prophétie annonçant le saut vers l’inconnu
Généalogie des racines du cœur
Paul, et Silvain, feu et paix élèvent le Soi

Révélation de la Décision intuitive

Illustration choisie par Merveille : Paul Blanchard, « Deep Blue II », 2016
|Gesso, acrylique, feuille d’or sur toile|Source|

 

Le point de vue de l’auteure…

« La Décision » est un poème philosophique visant à traiter d’un sujet qui a un impact sur la vie de chacun d’entre nous. Une décision est une « action de décider quelque chose ou de se décider, après délibération individuelle ou collective » (CNRTL). Si elle a pour origine différentes motivations, elle entraîne un choix, qui lui-même débouchera sur plusieurs conséquences. J’ai donc voulu, avec mon poème, amener les personnes le lisant à une profonde réflexion existentielle et métaphysique privilégiant l’aspect religieux, l’aspect philosophique et moral ainsi que l’action humaine.

En premier lieu, mon poème revêt une signification profondément originale et significative. C’est tout d’abord la dimension religieuse qui frappera le lecteur puisque le début de chaque vers évoque la Bible, par exemple les Proverbes ou  certaines lettres pastorales (comme la première épître aux Thessaloniciens). La forme du poème, très solennelle de par les tournures anaphoriques et les alexandrins, renforce le côté recherché du texte organisé en cinq strophes, la première et la dernière étant des monostiches encadrant le quatrain et les deux tercets.

Au niveau des sonorités, les nombreux parallélismes sonores créent une esthétique de la répétition que viennent renforcer les parallélismes d’éléments rythmiques. Ainsi, trois anaphores sont remarquables : il faut ici rappeler l’étymologie du terme. L’anaphore est en effet l’acte de présenter vers le haut une offrande à Dieu : « Voici la décision se jouant »…  Cette longue phrase se retrouve aux deuxième et cinquième vers comme pour rappeler la prière eucharistique au cours de laquelle s’accomplit le mystère sacré.

De même, la répétition de « L’éternel » aux troisième et quatrième vers, puis « Après » qui se trouve aux sixième et septième vers soulignent l’importance des choix, et plus fondamentalement des choix éthiques, qui nous confrontent toujours à nos propres responsabilités, en nous invitant à prendre les bonnes décisions. Le fait qu’une décision pose un acte sur un moment donné, fait que cet acte aura des répercutions définitives dans « l’après » de notre existence. Il s’agit d’un des moments de la vie où la victoire et la défaite sont ses deux issues possibles.

L’absence presque totale de ponctuation − à part trois virgules − a moins pour volonté, comme chez Apollinaire par exemple d’ouvrir à la lecture les champs du possible, que de retrouver une rythmique qui est celle des versets bibliques : rythmique ample et profonde, suggérant la prise de décision lucide et assumée, évoquant aussi le mouvement de la Parole dans le langage. Les allégories du feu et de la paix par les personnages de Paul et Silvain viennent ajouter à cette succession de significations la quête introspective et mystique : écouter « l’Art auditif » et voir avec notre vision « des mouvements » de notre corps.

Si chaque vers a son importance intrinsèque, ils sont tous liés entre eux. Le début du poème par exemple est fortement marqué par le questionnement : « Au commencement, nous agissons dans le doute ». L’action d’agir nous a été attribuée depuis le commencement de notre capacité de décider, et ces actions nous mènent vers des conséquences inconnues. Agir dans le doute est donc une très bonne définition du mot décider : décider c’est agir dans le doute, et c’est conséquemment s’affirmer en osant douter. Le présent de vérité générale montre combien cette philosophie de pensée relève de la véridicité, c’est-à-dire de ce que l’on admet pour vrai.

La deuxième strophe vient renforcer ces présupposés : de fait, une décision n’est pas synonyme de choix : un choix est produit par notre « raison » (v.3) : en ce sens il semble relever de l’explicable et du rationnel. La décision au contraire se joue toujours dans un rapport plus subjectif à nous-même : elle est faite par notre « folie » (v.4) et se trouve quelque part dans l’au-delà de notre raison. Et cet au-delà s’appelle la foi : ses répercussions ont pour durée notre « vie » (v.5), c’est-à-dire que la décision nous engage moralement, elle nous détermine à être.

La troisième strophe présente l’une des issues de la décision : décision positive, car constitutive de tout l’être. Mais pour arriver à cette issue, encore faut-il pouvoir écouter les « mouvements » (v.6) de la vie en soi et lui donner son assentiment sans ressentir de restriction et en agissant dans le doute. Agir dans le doute relève de « l’art auditif du vide » (v.7), périphrase désignant l’art du silence : douter, c’est faire silence en soi, c’est écouter la parole du silence pour trouver paix et apaisement. L’hypallage présent aux vers six et sept exprime l’individu perdu car il n’agit plus avec sa raison mais avec sa folie.

La brusque irruption de l’imparfait avec l’auxiliaire avoir au vers 8 (« Il y avait la liberté des sentiments ») montre que l’obtention de cette « liberté des sentiments » était obtenue dans le passé, et qu’elle continue d’être obtenue. D’où le sens de la quatrième strophe qui semble prolonger cette lancée des sentiments, des sensations et du Soi. L’expression  de « saut vers l’inconnu » au vers 9, est tout sauf un saut dans le vide : elle montre au contraire que la décision est la prise de commande des sentiments de notre Soi pour aller vers l’ailleurs, une destination inconnue, faite de quête et de mystère.

La « Prophétie » au vers 9 est ainsi comme le pressentiment d’un événement futur majeur : dans ma poésie, elle annonce ce « saut vers l’inconnu » (v.9), cette volonté de vivre et de croire, cette confiance de décision qui justifie de s’ouvrir à l’inconnu. L’évocation de la « Généalogie » au vers 10 suggérant tout à coup les ancêtres établit un lien de parenté familiale et spirituelle, elle permet de connaître ses origines, les « racines du cœur », c’est-à-dire tout ce qui précède pour mieux s’ouvrir aux visions de l’inconnu : elle représente un devoir de se souvenir autant qu’un appel à décider du futur.

Puis vient le dernier vers de cette quatrième strophe qui enracine plus fortement encore le texte dans la spiritualité. Paul et Silvain sont en effet des personnages bibliques : le premier est connu pour sa passion envers la parole de Dieu, passion synonyme de feu, Paul est l’allégorie du « feu » (v.11). Le deuxième, Silvain est connu pour sa fidélité envers son Dieu : honnête et en paix avec lui-même, il est l’allégorie de la « paix » (v.11). Avec la passion qui est le ressenti des émotions et des sensations et la paix qui est apportée par la confiance en Soi, cette dernière est élevée spirituellement lors d’une décision.

Pour finir, le dernier vers de mon poème « Révélation de la décision intuitive » résonne comme une épiphanie de la vie, c’est-à-dire une prise de conscience qui se donne pour objet d’interroger le réel et le vécu, afin d’y trouver un sens caché et symbolique : la décision se révèle être une connaissance directe et immédiate qui ne nécessite pas le recours au raisonnement mais appelle à l’instinct, au pressentiment, et à l’émotion du croire. Comme le lecteur l’aura compris, ce poème relève d’un sujet philosophique où religion et réflexion cognitive se mêlent.

L’être humain pense et agit. Lorsque ses pensées et ses actions sont faites dans un raisonnement réfléchi, les choix se trouvant entre ces deux phases agissent dans une courte durée, ils ont un début attendu et une fin. Lorsque les pensées et les actions de l’être humain sont menées par la folie de l’instant parfois au détriment de la raison, les décisions qui en ressortent ont une durée équivalente à l’existence de l’individu. Ce qui nous mène au paradoxe selon lequel l’irrationnel et les sentiments sont plus fiables que le rationnel et le raisonnement : toute vérité est forcément subjective, et la foi ne peut être qu’une conscience de décision.

Nous décidons d’un métier, nous décidons d’un avenir, nous décidons d’une vie. Les sentiments, les émotions, les sensations, les ressentis et l’Être sont maîtres de cette vie et nous poussent à une décision à leur tour. J’ai décidé d’avoir une religion, cette décision durera toute ma vie. J’ai décidé de faire des études scientifiques, cette décision aura un impact sur toute la durée de mon existence, touchant le métier que j’aurai, l’avenir que j’aurai et la vie que j’aurai. La capacité de décider est détenue par chacun d’entre nous, il ne reste plus qu’à pressentir ce souffle visionnaire pour notre vie que j’ai appelé « La Décision »…

© Merveille M.
Classe de Première S-2 (promotion 2016-2017), juin 2017.

Espace Pédagogique Contributif

Vincent Van Gogh, « La Nuit étoilée », 1889. New York, Museum of Modern Art.

Expo en ligne : « Dis-moi un Po-Aime »… Aujourd’hui la contribution d’Ajar et Asmaa

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire. 

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

frise_1

Aujourd’hui, dimanche 11 juin, la contribution d’Ajar et Asmaa
(Première STMG-2)

 
Mercredi 14 juin : Sarah B. (Première S2) ; Chloé S. et Blandine P. (Première STMG2)

« Aji Takoul »¹

par Ajar Z. et Asmaa O.
Classe de Première STMG-2

La nuit, près de la mer à Wād Lāw²
On entend au loin les vagues
Courant l’une après l’autre comme les enfants du chali³
Nos cheveux volant auprès de cette merveilleuse mélancolie
Accompagnée de différents cris qui sortaient
Des salles de mariage : « you you you »⁴

Je me rappelle des issawa⁵  tapant sur les derbouka⁶
Au-delà de la côte le parfum des épices me transperçait le nez
Tous ces beaux marchands courant auprès de chaque voyageur
Je me rappelle cette rue étroite
J’entendais les voix des mères criant
« Aji takoul »¹

  1. Aji takoul : viens manger
  2. Wād Lāw (ou : Oued Laou ; en Arabe : واد لاو) : ville balnéaire du Maroc, dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma.
  3. chali : quartier
  4. youyou : Les youyous (ou you-you ou you you) sont de longs cris aigus et modulés, que poussent les femmes d’Afrique du Nord, y compris juives séfarades, et par extension du Moyen-Orient et de certains pays d’Afrique subsaharienne, pour manifester une émotion collective lors de rassemblements : la joie (dans les mariages et autres festivités), mais aussi « la colère ou le désespoir » (source : Wikipedia).
  5. issawa : nom donné aux danseurs traditionnel du Maroc
  6. derbouka (ou darbouka) : instrument de percussion (tambour) répandu dans toute l’Afrique du Nord.

Cliché proposé par Ajar et Asmaa (modifié numériquement)

_

Le point de vue des auteures…

En fait, même si nous avons choisi « Aji Takoul » comme titre, la ville de Tanger a été notre véritable inspiratrice pour ce texte. Cette merveilleuse cité du nord du Maroc qui évoque tant de mythes littéraires est attachée à notre enfance, et aux nombreux voyages que nous y avons effectués. D’ailleurs, chaque voyageur est obligé d’y passer par bateau ou en voiture. C’est une ville extraordinaire, romanesque et remplie de mystère : on a l’impression quand on arrive à Tanger que l’Atlantique et la Méditerranée se sont unies en un spectacle grandiose.

Notre poème est donc une invitation au voyage. Tout d’abord, Wād Lāw (v.2), c’est la cité balnéaire, c’est le dépaysement… Mais ce que nous avons choisi d’évoquer dans ce texte dès le titre est davantage la vie quotidienne des Tangérois : pour ce faire, nous avons privilégié les mots en Arabe comme « Aji takoul », « chali » (v. 3), « issawa » (v. 7)… Autant d’effets de réel permettant de se projeter dans cet univers si intime et si familier. Cette intimité des lieux est renforcée par le jeu des personnifications : ainsi au vers 3, « les vagues / Courant l’une après l’autre comme les enfants du chali ».

De même, au vers 4, l’évocation de « Nos cheveux volant auprès de cette merveilleuse mélancolie » est comme un voyage vers la liberté de rêver. L’enjambement du vers 2 accentue cette impression de liberté en amenant davantage de fluidité au niveau du rythme. Ce poème a également pour but de transmettre un message rempli de bonheur, d’espoir et d’évasion afin de faire transmettre à toutes celles et ceux qui le liront de partager quelques émotions et sentiment que nous avons déjà vécus.

N’est-ce pas le but de la poésie ? Permettre au lecteur, même s’il est tranquillement assis dans son fauteuil, de faire un voyage immobile, voyage métaphorique… Pour ce « voyage », nous avons utilisé les quatre sens comme l’ouïe au vers 2 : « On entend au loin les vagues », le toucher au vers 6 : « Ainsi que les issawa tapant sur les derbouka », l’odorat au vers 7 : « Au-delà de cette côte le parfum des épices me transperçait le nez », et enfin la vue qui domine l’ensemble du texte.

Comme le lecteur le comprend, notre poème nous a aussi ramenées à nos sources et à nos origines. Selon nous, le sens de l’écriture poétique est ainsi d’amener à une réflexion sur soi, sur les autres et surtout sur le monde qui nous entoure. C’est de cette altérité bienfaisante que la poésie tire son essence… Car au fond quel est le mieux ? Rester renfermé sur soi-même tout au long de sa vie ou alors s’ouvrir aux autres et découvrir de nouveaux modes de vie ? Telle est la question dont notre poème a proposé d’écrire, très modestement, la réponse.

© Ajar Z. et Asmaa O., classe de Première STMG-2 (promotion 2016-2017), juin 2017.
Espace Pédagogique Contributif

Tanger (Maroc). © Bruno Rigolt, 2012

Expo en ligne : « Dis-moi un Po-Aime »… Aujourd’hui la contribution d'Ajar et Asmaa

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire. 

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

frise_1

Aujourd’hui, dimanche 11 juin, la contribution d’Ajar et Asmaa
(Première STMG-2)

 
Mercredi 14 juin : Sarah B. (Première S2) ; Chloé S. et Blandine P. (Première STMG2)

« Aji Takoul »¹

par Ajar Z. et Asmaa O.
Classe de Première STMG-2

La nuit, près de la mer à Wād Lāw²
On entend au loin les vagues
Courant l’une après l’autre comme les enfants du chali³
Nos cheveux volant auprès de cette merveilleuse mélancolie
Accompagnée de différents cris qui sortaient
Des salles de mariage : « you you you »⁴

Je me rappelle des issawa⁵  tapant sur les derbouka⁶
Au-delà de la côte le parfum des épices me transperçait le nez
Tous ces beaux marchands courant auprès de chaque voyageur
Je me rappelle cette rue étroite
J’entendais les voix des mères criant
« Aji takoul »¹

  1. Aji takoul : viens manger
  2. Wād Lāw (ou : Oued Laou ; en Arabe : واد لاو) : ville balnéaire du Maroc, dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma.
  3. chali : quartier
  4. youyou : Les youyous (ou you-you ou you you) sont de longs cris aigus et modulés, que poussent les femmes d’Afrique du Nord, y compris juives séfarades, et par extension du Moyen-Orient et de certains pays d’Afrique subsaharienne, pour manifester une émotion collective lors de rassemblements : la joie (dans les mariages et autres festivités), mais aussi « la colère ou le désespoir » (source : Wikipedia).
  5. issawa : nom donné aux danseurs traditionnel du Maroc
  6. derbouka (ou darbouka) : instrument de percussion (tambour) répandu dans toute l’Afrique du Nord.

Cliché proposé par Ajar et Asmaa (modifié numériquement)

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Le point de vue des auteures…

En fait, même si nous avons choisi « Aji Takoul » comme titre, la ville de Tanger a été notre véritable inspiratrice pour ce texte. Cette merveilleuse cité du nord du Maroc qui évoque tant de mythes littéraires est attachée à notre enfance, et aux nombreux voyages que nous y avons effectués. D’ailleurs, chaque voyageur est obligé d’y passer par bateau ou en voiture. C’est une ville extraordinaire, romanesque et remplie de mystère : on a l’impression quand on arrive à Tanger que l’Atlantique et la Méditerranée se sont unies en un spectacle grandiose.

Notre poème est donc une invitation au voyage. Tout d’abord, Wād Lāw (v.2), c’est la cité balnéaire, c’est le dépaysement… Mais ce que nous avons choisi d’évoquer dans ce texte dès le titre est davantage la vie quotidienne des Tangérois : pour ce faire, nous avons privilégié les mots en Arabe comme « Aji takoul », « chali » (v. 3), « issawa » (v. 7)… Autant d’effets de réel permettant de se projeter dans cet univers si intime et si familier. Cette intimité des lieux est renforcée par le jeu des personnifications : ainsi au vers 3, « les vagues / Courant l’une après l’autre comme les enfants du chali ».

De même, au vers 4, l’évocation de « Nos cheveux volant auprès de cette merveilleuse mélancolie » est comme un voyage vers la liberté de rêver. L’enjambement du vers 2 accentue cette impression de liberté en amenant davantage de fluidité au niveau du rythme. Ce poème a également pour but de transmettre un message rempli de bonheur, d’espoir et d’évasion afin de faire transmettre à toutes celles et ceux qui le liront de partager quelques émotions et sentiment que nous avons déjà vécus.

N’est-ce pas le but de la poésie ? Permettre au lecteur, même s’il est tranquillement assis dans son fauteuil, de faire un voyage immobile, voyage métaphorique… Pour ce « voyage », nous avons utilisé les quatre sens comme l’ouïe au vers 2 : « On entend au loin les vagues », le toucher au vers 6 : « Ainsi que les issawa tapant sur les derbouka », l’odorat au vers 7 : « Au-delà de cette côte le parfum des épices me transperçait le nez », et enfin la vue qui domine l’ensemble du texte.

Comme le lecteur le comprend, notre poème nous a aussi ramenées à nos sources et à nos origines. Selon nous, le sens de l’écriture poétique est ainsi d’amener à une réflexion sur soi, sur les autres et surtout sur le monde qui nous entoure. C’est de cette altérité bienfaisante que la poésie tire son essence… Car au fond quel est le mieux ? Rester renfermé sur soi-même tout au long de sa vie ou alors s’ouvrir aux autres et découvrir de nouveaux modes de vie ? Telle est la question dont notre poème a proposé d’écrire, très modestement, la réponse.

© Ajar Z. et Asmaa O., classe de Première STMG-2 (promotion 2016-2017), juin 2017.
Espace Pédagogique Contributif

Tanger (Maroc). © Bruno Rigolt, 2012

Expo en ligne : « Dis-moi un Po-Aime »… Aujourd’hui la contribution de Léa B.

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire. 

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

frise_1

Aujourd’hui, samedi 10 juin, la contribution de Léa (Première S-2)
 
Dimanche 11 juin : Ajar Z. et Asmaa O. (Première STMG2)

« La Vague »

par Léa B.
Classe de Première S2

Devant l’immense océan céleste
Elle flotte jusqu’à perdre connaissance
Et s’évanouir dans les cieux.
C’est cette infinité qui la nourrit
Bercée par les constellations de la nuit
Comme des taches de rousseur
Virevoltant d’heure en heure
Dans un élégant élan de pur azur
Elle connaît l’immense
L’inimaginable
Et le parfait.
Le ciel
La mer
Tout s’unit pour créer un vaste désert bleu
Qui nous engloutit
Pour mieux nous rendre immortels…

Illustration : Katsushika Hokusai, « La Grande Vague de Kanagawa ». Japon, ukiyo-e vers 1830 ou 1831.
New York, Metropolitan Museum of Art

Le point de vue de l’auteure…

Pour écrire ce poème, je me suis souvenue de ces moments à la plage, quand je me retrouvais face à la mer, immense. Dans ces instants, on se sent intensément petit à côté de cette mer infinie, où l’horizon se confond avec le ciel. C’est de cet « immense océan céleste » dont je parle : où commence le ciel ? Où finit l’étendue de la mer ? Quelles en sont les limites ?

C’est ce sentiment d’infinité que j’ai voulu retranscrire dans « La Vague ». Si la mer est fascinante, c’est qu’elle est inconnue. La vague, désignée par le pronom « elle » dans le poème, est la métaphore de l’infinité de la mer et des océans. Elle en fait partie, elle ne meurt jamais.

À travers ce poème, on suit son itinéraire, son existence : elle flotte et s’évanouit dans l’eau après avoir atteint sa hauteur maximale, « l’immense » (vers 9). Pourtant, les vagues se recréent sans cesse : naissance, mort et transfiguration.

En parlant de l’infinité de l’océan, je parle aussi de sa fusion avec le ciel, car « tout s’unit pour créer un vaste désert bleu » (vers 14). Quand on regarde l’horizon, on ne saurait dire jusqu’où l’étendue d’eau continue. On se sent happé, « englouti » (vers 15) par cet ensemble gigantesque. Et pourtant, c’est cette force tranquille qui nous rend invincible, qui nous rend « immortels », comme les vagues, qui apparaissent ainsi comme une métaphore de la vie elle-même.

Le début du poème a un rythme lent, comme pour entrer doucement dans la mer. Les mots sont longs, les trois premiers vers se suivent et créent ainsi grâce aux enjambements un effet d’allongement. Cette amplitude accompagne les mots et l’image de la vague qui « flotte jusqu’à perdre connaissance » (vers 3). Les sonorités présentes dans le premier vers « Devant l’immense océan céleste » (assonance en [an] et allitération en [s]) suivent également l’effet de souffle lyrique, donnant toujours plus de grandeur et d’intensité au texte :

Devant l’immense océan céleste
Elle flotte jusqu’à perdre connaissance
Et s’évanouir dans les cieux.

Puis, à partir du vers 6, le rythme s’accélère. Les mots sont plus courts, plus hachés, afin de donner une sensation de précipitation propre à suggérer la rythmique des vagues. Les lignes se rétrécissent jusqu’à ne comporter qu’un seul mot : la vague atteint son apogée, son point culminant avant d’être engloutie. Ce point culminant est marqué par les noms « immense » (vers 9), « inimaginable » (vers 10) et « parfait » (vers 11) qui marquent l’exagération, le grandiose, l’hyperbole, comme si ce point culminant dépassait tout entendement, comme s’il transcendait la réalité pour toucher le ciel.

En outre, le jeu des sonorités dans « La Vague » est important car il traduit le mouvement des vagues : les mots sont la danse des vagues. Les allitérations en [an] et en [u] au vers 8 « Dans un élégant élan de pur azur » ainsi que les rimes « nourrit » et « nuit » (vers 4 et 5) et « rousseur » et « heure » (vers 6 et 7) créent un rythme et des parallélismes sonores particulièrement intéressants. Le vers 8 apporte, comme les trois premiers vers, un souffle dans le poème, une profonde amplitude rythmique et sonore.

Enfin, si j’ai refusé de me limiter à des vers de même longueur, c’est pour évoquer ce mouvement discontinu des vagues. De même, j’aurais réduit mes possibilités d’écriture si j’avais fait rimer tous les vers. « La Vague » est écrit en vers libres afin de suggérer le foisonnement de la mer qui en fait quelque chose d’unique. Au contraire d’une forme fixe, cette déconstruction et ce non respect des formes traditionnelles participent au mouvement infini des vagues. Avec l’absence d’une ponctuation importante, le poème laisse libre interprétation au lecteur, qui peut choisir où débute une phrase, où elle se termine et où il peut placer les enjambements. Il est ainsi aussi libre que la mer.

« La Vague » est un poème qui se raccroche aux poèmes symbolistes. Il joue avec l’imagination du lecteur pour créer un monde qui ne correspond plus au réel, mais à un univers nouveau, plein de symboles. La mer n’est plus seulement la mer, le ciel n’est plus seulement le ciel, c’est un tout, un mélange harmonieux qui tend vers une autre réalité, bien au-delà des contingences.

C’est cette autre réalité que j’ai voulu déchiffrer dans « La Vague », ce monde caché qu’il faut découvrir en se faisant, comme aurait dit Rimbaud, « voyant », en percevant l’invisible derrière une réalité toujours jugée de façon matérielle et objective. Les Symbolistes cherchaient à découvrir l’Idéal et le Spirituel, « La Vague » suit leur sillage. Car il ne suffit pas de voir le monde d’une manière objective, il faut y laisser une part de subjectivité. C’est d’ailleurs pour cela que ce poème a pour point de départ mes propres souvenirs et sensations.

© Léa B., classe de Première S2 (promotion 2016-2017), juin 2017.
Espace Pédagogique Contributif

Un Automne en Poésie, Saison 8 Sixième et dernière livraison

Fin de l’exposition « Un Automne en Poésie »
— Saison 8 —


uaep_2016_17_6_final
Maquette graphique : © Bruno Rigolt, décembre 2016. Peinture numérique et photomontage (Ikeda Zuigetsu).

Les élèves de Seconde 13 sont fiers de vous présenter l’édition 2016-2017 d’Un automne en poésie. La thématique retenue cette année invitera à réfléchir au rapport intime qui existe entre le réel et la manière dont la poésie parvient à transcender la réalité pour faire naître du banal et de l’ordinaire ce qui n’est pas, et qui pourtant est : la poésie, c’est le jeu de la métamorphose et du voyage des mots : voyage extraordinaire, voyage lointain vers des mondes où l’écriture donne sens à la Vie…

Voici la sixième et dernière livraison de textes de la saison 8
d’« Un automne en Poésie ».

Pour ce millésime 2016, plus de cinquante poèmes ont été publiés, souvent de très grande qualité. Bravo aux élèves de Seconde 13 pour leur participation enthousiaste. Vous pouvez retrouver tous les textes de la saison 8 en cliquant sur les liens suivants :
Première livraison ; Deuxième livraison ; Troisième livraison ; Quatrième livraison ; Cinquième livraison

Un oiseau a chanté

par Vincent P. et Alexandre G.
Classe de Seconde 13

Un oiseau a chanté. Le monde tremble ;
Il exécute la valse fantôme de la guerre.
Quand l’odeur de la mort
Rencontre le rythme des heures,
Le chant des balles brise la vie de tout amour
Par un silence que l’on ne pourrait taire.

Un oiseau a chanté. Mon cœur meurt à chaque instant
Je regarde ce ciel bleu parmi tant de tristesse
Et devant la mélancolie du monde,
Je ne peux résister à l’appel de l’au-delà.
La souffrance en apparence silencieuse
Suscite une explosion de cris et de douleur.

Toutes ces âmes condamnées
Ce monde en ruine dégradé par la haine,
Sous le regard d’un soleil mourant
On n’attend plus que le jugement.
Le soir tombe sur mes sentiments,
Le regard vide de la guerre me remplit de larmes.

Les ténèbres se referment sur mon cœur meurtri.
Un oiseau a chanté dans le jour qui s’achève ;
Il est plus facile de faire la guerre que la paix.
Le bonheur est une idée fausse
Mais c’est la mort
Qui est dénuée de sens.
_________

marc-riboud_la-fille-a-la-fleur_magnum_photos« Le regard vide de la guerre me remplit de larmes… »

Illustration : © Marc Riboud (1923-2016), « La Fille à la fleur », 1967. Magnum Photos

Anima

par Camille B.
Classe de Seconde 13

Le chat est un mammifère carnivore dont il existe des espèces enchaînées −ainsi le chat gris d’amour, retenu par le fouet mécanique−, et une espèce libre qui voyage d’astre en astre vers les roses de la vie.

Ses pensées nuagent à travers la montagne brisée des souvenirs d’enfance.

Lorsque la lune bleue pleure l’être aimé, le vent chargé des senteurs de l’amour diffuse l’attachement englobant du chat gris près de la cheminée. Alors la tristesse  et la mémoire de deux personnes s’unissent dans le soir, et le vent ne souffle plus ; et les larmes ne coulent plus ; et la nuit se faufile doucement entre les volets.

Tel un poison dans l’eau, les écailles du fouet détruisent et altèrent les fonctions vitales de cet être animé, dépourvu de haine.

Le chat s’en est allé dans la nuit. Le fouet vulgaire ayant d’autres chats à fouetter, laissa sur sa langue un goût de liberté…

Découvrez d’autres poèmes de Camille :
« Pendant que des anges » ; « À la Une » (en collaboration avec Aurore P.).

camille_b-1« Le chat s’en est allé dans la nuit.
Le fouet vulgaire ayant d’autres chats à fouetter, laissa sur sa langue un goût de liberté.
.
. »

 Illustration : © décembre 2016, Camille B. (aquarelle)

 

Le point de vue de l’auteure

Le point de départ de ce texte a été mon engagement pour la cause animale, notamment les violences qu’on inflige aux animaux, comme le suggèrent les allusions aux fouet. Mais très vite, la lecture de quelques poésies du Parti pris des choses de Francis Ponge m’a donné envie de rédiger un poème en prose dans lequel je pourrais jouer avec le référentiel. En m’appuyant sur cet animal du quotidien qu’est le chat, j’ai ainsi pu faire une sorte d’éloge de l’ordinaire et restituer à ma manière la présence du réel.

Un peu comme si la « grande » poésie s’effaçait pour s’inscrire dans le quotidien et l’éloge de la merveilleuse banalité : un chat près de la cheminée, la nuit qui passe entre les volets. Mais le chat dans le texte est également chargé de connotations fortes. À la manière de l’albatros baudelairien, il est une allégorie du poète fuyant la société (« le fouet vulgaire ») en quête d’idéal et de liberté : ainsi, « ses pensées ‘nuagent’ à travers la montagne brisée des souvenirs d’enfance » : voyage poétique « vers les roses de la vie »…

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Maman

par Syrilia Z.
Classe de Seconde 13

 

Partie trop tôt, trop vite
Sans même une once d’espoir avant la fuite.
Où est-il à cette heure
Ce qu’on appelle Bonheur ?
Même la lumière de la nuit n’éteint plus mes pleurs.

Ses joues de pureté caressent encore ma main ;
Et mes lèvres, son front.
Mes doigts cascadent le long de ses cheveux.
Je le respire encore, son parfum ;
Mélange de fleurs et d’Orient.

Son corps est présent
Mais son âme elle, nage dans le vent
À travers ciel.
La nuit s’endort à présent,
Le jour ouvre les yeux : bonjour Maman !

Janmot le vol de l'âme« Son corps est présent
Mais son âme elle, nage dans le vent
À travers ciel. »

Illustration : Louis Janmot (1814–1892), Le Poème de l’âme, « Le Vol de l’âme » (détail).
Lyon, Musée des Beaux-Arts

Dernière pensée

par Camille B.
Classe de Seconde 13

 

Le silence coupe court
À ces rumeurs insatiables.
Dans ta tête le martèlement :
Les rires, les moqueries. Tu deviens
Le vide. Les pensées bleues
Se fanent. Le miroir
Reflète le « je » imparfait
Vilenie des enfants
Ne sont que des coquilles vides sans vie
Il ne fait pas si froid
Plus qu’un pas…

Banc en hiver_Bruno Rigolt« Il ne fait pas si froid
Plus qu’un pas…
 »

Illustration : © 2013 « Banc en hiver », Bruno Rigolt

Quatre saisons

par Gabrielle M.
Classe de Seconde 13

Le printemps déploie ses ailes
La neige se métamorphose en pluie
Et laisse revivre la Terre.
J’attends l’été en regardant
Le cerisier éclore d’un rose tendre.

Viendront les saveurs
Des fruits sucrés et juteux,
L’Opéra des abeilles autour des fleurs.
Et je mangerai ces cerises
En attendant la mort des feuilles.

Siège maintenant l’automne.
Saison de repliement pour la nature
Et d’éclosion pour moi.
La forêt se déchlorophyle et s’épuise à faire des rêves,
Je marche sous la douceur automnale,
Et je regarde le cerisier se démunir de son feuillage.

Voici venir l’hiver.
Une vague de silence engloutit la Sphère.
On s’enferme, la faune hiberne
Je songe à tout ce cycle qui s’achève.
Et je regarde mon cerisier qui, bientôt,
S’épanouira en bourgeons…

katsushika-hokusai_bouvreuil-et-cerisier-pleureur-1834_estampe-nishike-e_musee-guimet-paris« Et je mangerai ces cerises
En attendant la mort des feuilles… 
»

Illustration : Katsushika Hokusai, « Bouvreuil et cerisier pleureur », 1834, estampe nishike-e
Paris, musée Guimet

            

                  

Terre de sang

par Élina V.
Classe de Seconde 13

             

Dans un silence de tombe
Inerte. Gît le soldat.
Au loin, tombent les bombes
Sillonnent le ciel
Telles des anges noirs.

Hideuse passion envolant
Les âmes. La grande faucheuse
Berce dans ses bras
Les souffrances
Du soldat.

Oh Carnage ! Oh destruction !
Torpeur invisible. Voici le champ
Sanglant des soldats sans tombe
Vie entourée de barbelés
Terre calcinée.

La guerre rayonne
De son malheur noir
Et au milieu des cris silencieux
Dans un silence de tombe
Inerte. Gît le soldat.

Marcel Gromaire_La Guerre« Oh Carnage ! Oh destruction !
Torpeur invisible. Voici le champ
Sanglant des soldats sans tombe… 
»

Marcel Gromaire, « La Guerre« , 1925
(Musée d’art moderne de la Ville de Paris)

            

                  

Une fraction de seconde

par Vincent P.
Classe de Seconde 13

             

Quand la nuit se lève,
Je me plonge dans la voie lactée
De la lumière comme s’il en pleuvait !
Cette pluie si légère et inaudible.
Je vois les larmes de la nuit
Tomber goutte à goutte, couleur de diamant
Inspiration magique pour le poète.
Quand l’une de ces étoiles tombe
Elle entraîne avec elle un déluge de feu
Pareil à la plume du grand Phénix
Gouttes étincelantes ; Poudre magique.
Soudain l’étoile repart dans le noir
Étoile filante, étoile fuyante
Étoile de diamant éphémère
Mais brillante cependant,
Faible lumière parmi ce monde obscur.

van-gogh_nuit_etoilee_1888« Je vois les larmes de la nuit
Tomber goutte à goutte, couleur de diamant
Inspiration magique pour le poète... 
»

Vincent Van Gogh, « La nuit étoilée sur le Rhône » (huile sur toile), 1888.
Paris, Musée d’Orsay

Vérité inavouée

par Marie D.
Classe de Seconde 13

Vérité inavouée  : nombreux sont-ils à décrire la liberté
Comme une course démesurée et esseulée
Solitude qui fait de son cœur ce vagabond errant qu’il est,
Indépendant mais dépendant de cette liberté.

Elle veut sortir jusqu’à pas d’heure pour la consumer
Ne pas rentrer pour enfin avoir l’impression d’exister
Un jour elle a fini par ne plus y croire,
Commencé à jurer sur tous ceux qui ressemblaient à l’espoir noir

Est-ce votre problème si elle arrête de respirer ?
Si elle se lanterne dans ses songes passés ?
Pour se laisser assassiner par le temps ?

Elle veut être aussi belle qu’une poubelle,
Déraisonner sur les quais du métro
Pour se dire que le monde n’est peut être pas si beau…

munch_le-cri_detail.1297078383.jpg« Solitude qui fait de son cœur ce vagabond airant qu’il est… »

Edvard Munch (1863-1944), « Le Cri » (« Skrik », 1893, détail).
Oslo, Nasjonalgalleriet

ELLE

par Emily D.-N.
Classe de Seconde 13

ELLE, une histoire aux multiples couleurs,
Dont on ne comprend pas toujours le sens.
On peut la voir en rose ou en noir,
La vie ne tient qu’à un hier

Sur cette immense planète parmi des milliards
D’étoiles, je ne suis que poussière
Alors qu’Elle, est l’Univers !
La vie ne tient qu’à un murmure

Si son fil est de soie,
Tout s’écroule pour moi,
Mais si son fil est de fer
La vie ne tient qu’à un sourire

Pourquoi, pour certains,
ELLE est si cruelle ?
Et pour d’autres si belle
Je ne veux qu’ELLE

Toute noire ou rose. Je prends donc mes couleurs,
Mes rêves et mon pinceau,
Afin de peindre un joli tableau arc-en-ciel
Qu’on appelle la Vie…

« Si son fil est de soie,
Tout s’écroule pour moi…
 »

Photomontage et peinture numérique (© BR)

Automne

par Jessica F.
Classe de Seconde 13

Parti l’été puisque je connais
Un arbre qui est dénudé
Car pendant l’automne
Les feuilles sont tombées

Pluie de feuilles jaunes, larmes de feuilles rouges
Les feuilles orangées annoncent la fin de l’année
Les champignons se baladent
Dans la forêt tropicale

J’allume la cheminée
Pour passer une meilleure soirée
Le vent se repose parmi le soir
Puis l’hiver arrive à petits pas.

« Pluie de feuilles jaunes, larmes de feuilles rouges
Les feuilles orangées annoncent la fin de l’année…
 »

Illustration : © Bruno Rigolt

Pensées lointaines

par par Élina V. et Gabrielle V.
Classe de Seconde 13

Tombent, tombent, les heures orangées
Le temps m’échappe comme les plumes de l’arbre
Le vent souffle emportant mes pensées lointaines.
Même le soleil s’est noyé dans l’oubli

Quand pourrais-je revoir la vertitude de l’été ?
La froideur de la nuit s’écrase sur le monde
Ma chute se prolonge et le soleil me fuit
Je me terre dans mes pensées ne sachant que faire

Volent, volent, écureuils de l’automne
Le sol craque sous mes pas
Le temps s’arrête, la bleuitude du soir se réveille
Je m’endors, et le chêne apparaît.

Nikifororvitch Vorobiev Maxim, "La Tempête- le chêne foudroyé" (1842) « La froideur de la nuit s’écrase sur le monde
Ma chute se prolonge et le soleil me fuit… »

Nikifororvitch Vorobiev Maxim, « La Tempête- le chêne foudroyé » (huile sur toile, c.1842)
Moscou, Galerie Tretiakov

Nuit de Venise

par Sylvain H.
Classe de Seconde 13

Des âmes diaphanes
Errent dans la pénombre
du fleuve profane.
Et sur la rive, pour seul vestige,
Des palais en ruine
Et leur lointain prestige.
Fantômes oniriques
Dans leur royaume éphémère,
Des gémissements cadavériques.
Sous le masque, l’épine du désespoir
Plongea dans le pourpre si noir
Le cœur d’amour vénéneux,
Du prince vénitien des malheureux
_________

les-lumieres-de-venise_masques_32_web« Dans leur royaume éphémère,
Des gémissements cadavériques.
Sous le masque, l’épine du désespoir…
 »

Illustration : © Bruno Rigolt,  février 2015, « Le carnaval de Venise »

_

L’apprentissage du monde

par Chancelie G. et Léa T.
Classe de Seconde 13

De ligne en ligne
J’apprends les caractères
Comme j’apprends à me connaître.
Les syllabes se mélangent dans mon être
Et ainsi forment
Des sons au sens étrange
Que puis-je apprendre de tous ces mots ?
Que puis-je apprendre de tous mes maux ?
C’est dans le silence tourmenté
Que le Verbe m’apporte la paix
J’apprends la seule vérité :
« Tout n’est qu’un ».
C’est au sommet des montagnes enneigées
D’orage et de vent vêtu
Que mon cœur s’adonne à une danse infidèle
Le monde est un tableau brisé
Et j’en suis un fragment.
_________

statue_egypte_fragment« Le monde est un tableau brisé
Et j’en suis un fragment…
 »

Illustration ; fragment de statue brisée (Égypte, c. 1353-1336 av. J.-C.).
New York,
The Metropolitan Museum of Art

_

La numérisation de la sixième livraison  de textes est terminée.

Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les poèmes des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du poème cité (URL de la page).

Un Automne en Poésie, Saison 8 Cinquième livraison

Poursuite de l’exposition « Un Automne en Poésie »
— Saison 8 —


uaep_2016_17_3_cMaquette graphique : © Bruno Rigolt, décembre 2016. Photomontages et peinture numérique.
Premier plan : fleurs par Ikeda Zuigetsu (1877 – 1944). En fond : cliché personnel réalisé dans le port de Rotterdam).

Les élèves de Seconde 13 sont fiers de vous présenter l’édition 2016-2017 d’Un automne en poésie. La thématique retenue cette année invitera à réfléchir au rapport intime qui existe entre le réel et la manière dont la poésie parvient à transcender la réalité pour faire naître du banal et de l’ordinaire ce qui n’est pas, et qui pourtant est : la poésie, c’est le jeu de la métamorphose et du voyage des mots : voyage extraordinaire, voyage lointain vers des mondes où l’écriture donne sens à la Vie…

Voici la cinquième livraison de textes.
Très bientôt, de nouveaux textes seront publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif
jusqu’au 19 décembre (dernière livraison).

Prochaine livraison : lundi 19 décembre 2016

                       

  

Lettres d’évasion

par Manon D.
Classe de Seconde 13

Bel alphabet :
Un ensemble de différences
Ressemblant à une machine classique
Une musique,
Un océan de passion.

Bel alphabet,
Les lettres s’expriment
En révolte sentimentale ;
Elles me font voyager et rêver,
Imaginer une couverture de mots,
Une folie des générations.

Bel alphabet
Qui permets la renaissance
Et je tombe en toi
Comme dans une idée nouvelle
Et j’écris, je m’envole, et j’aime
Ces lettres d’évasion :
Une palette colorée de solutions

Découvrez d’autres poèmes de Manon : « Bête féroce » ; « Pourquoi j’écris ? ».

alphabet_de_couleurs_7« Et j’écris, je m’évade, et j’aime
Ces lettres d’évasion
Une palette colorée de solutions.
.
. »

 Illustration : © décembre 2016, Bruno Rigolt (digital painting)

_

_

Mélancolie d’automne

par Adisson S.
Classe de Seconde 13

 

À travers cette étendue boisée
Elle divague sous le clair de lune
Dans un automne désolé
Plongée dans le cristal de brume

Elle divague sous la sérénité des arbres
Mystère des enchantements
Elle libère ses larmes
Délabrées par le néant

Harassée par le vide désormais
Le cœur abandonné
Et l’automne en sa félicité
Sommeille au-delà des étoiles, à tout jamais.

Ô pensées oniriques de l’amour
L’automne aussi était amoureux
Dès lors, il pleure pour ceux
Qui ont pour mémoire un amour perdu pour toujours…

Découvrez un autre poème d’Adisson : « Le chapitre de mon cœur».

georges_lacombe_foret_au_sol_rouge_1Illustration : Georges Lacombe, «La forêt au sol rouge », 1891
Quimper, Musée des Beaux-Arts

 

Le point de vue de l’auteure…

En écrivant ce poème, je me suis inspiré de l’automne, étant donné que je vis près de la forêt. Quand bien même est-ce un peu banal de le rappeler, je trouve que l’amour et la tristesse s’accordent bien ensemble : l’automne n’est-il pas la saison de la mélancolie ? Mon poème est à l’image de l’automne : mélancolique et triste : les feuilles qui tombent sous la pluie sont comme des larmes qui coulent… De plus, la mélancolie est un sentiment intense et profond, un sentiment dont nous avons tous fait l’expérience. 

J’ai tout d’abord écrit ce qui me passait par le cœur, un peu comme quand on se promène en forêt : je m’égarais dans les chemins des souvenirs tristes et de mes sentiments… Par la suite, j’ai enrichi le vocabulaire et tenté de mettre un peu d’ordre dans les vers… J’ai ainsi essayé d’organiser mes strophes en quatrains et de travailler les rimes : elles apportent selon moi un sentiment d’apaisement, comme le refrain d’une complainte un peu monotone, caressée par la brise parfumée, les feuilles qui tombent à terre et l’air du temps…

Un autre regard…

par Louise D.
Classe de Seconde 13

Le soir,
__Grande, couverte d’ un voile lumineux,
____Elle s’approchait de ma conscience
_____Me remplissait d’amertume,
_______De tristesse, de sueurs, glaçant
__________Mon insouciance et mon esprit.
Je restais là des heures…
__
Attendre l’envol de mes pensées
____Fines et légères comme des papillons,
_______Vers d’autres cieux que la tristesse,
Je restais là des heures.
__La solitude m’attachait
____Assise à cette table,
______Laissant courir mes doigts
________De page en page,
__________Où là même tout pouvait s’écrire,
____________Ne pas s’écrire,
_______________Ne pas se dire,
_________________Se dessiner, s’effacer…
Je restais là des heures.
__Quelques mots éphèmèrent cet instant,
_____Juste pour un soir,
________Une nouvelle page,
___________Un autre regard.

louise_d« … Laissant courir mes doigts
De page en page,
Où là même tout pouvait s’écrire
 »

Illustration : © novembre 2016, Louise D.

Étranges raisons

par Maëlle M. et Manon B.
Classe de Seconde 13

Les nuages effilochés arborent le portrait de l’humanité :
Histoire tragique embrassée de comédie.
J’arracherai les feuilles du livre tari, des chapitres ennemis
Je métamorphoserai les vieilles traditions
En arguments de jeunesse !

Hier, demain, aujourd’hui : où vais-je dans la vie ?
Les ventricules de mon cœur s’ouvrent sous ma peau,
Laissant échapper ma douleur dans un cri d’aube et de vent.
À qui appartient l’être qui m’anime ?
J’ai depuis longtemps abandonné les rêves où rien ne mène.

Les perles filantes de mon esprit distinguent les cultures d’ailleurs
Où la fonction des étoiles et de définir mon équilibre.
Les habitants de mon âme et la richesse de mes yeux
Implorent l’amour.
Ô lune sentimentale, éclaire la plume de mes voyages !

abstraction_3« Ô lune sentimentale, éclaire la plume de mes voyages ! »

Illustration : © décembre 2016, Bruno Rigolt (peinture numérique)

            

                  

Argentine

par Farah S.
Classe de Seconde 13

             

Moi seule vois ton vrai visage, Argentine
Tes océans et tes rochers sauvages.
Ta douce tempête blanche et bleue de lumière
Éclaire la pauvreté et la misère.

Oh ! Argentine ! Belle et dicible fleur
Cristalline. De mes sentiments de malheur
Tu recrées un nouveau bonheur :
Patagonie, pampa à jamais dans mon cœur

Je voudrais voir les grands lacs et les forêts
La cordillère des Andes et l’éternité
Le point le plus haut du monde et l’Amérique latine
Ô terres vagabondes ! Ô toi, magnifique Argentine !


« Ô terres vagabondes ! Ô toi, magnifique Argentine ! »

Illustration : Luis Argerich from Buenos Aires, Argentina (Rural River II) [CC BY 2.0
(http://creativecommons.org/licenses/by/2.0)], Wikimedia Commons

            

                  

Mauvais temps

par Maëlle M.
Classe de Seconde 13

             

Au Soleil des années passées
j’aimerais retourner.
L’orage d’après
Est rempli de regret :

Piétinée par le monde, impuissante telle une flaque
Les gouttes me frappent
Elles me troublent d’eau,
Me remplissent d’âge

Passé de pensées amères
Goûts d’avant de gourmands instants
Je les remplace par le présent
Je délaisse mon âme de sentiments

Lassée du tout,
Lassée du rien,
Je reviendrai m’enlacer à toi
Ô temps perdu !

maelle_4« Au Soleil des années passées
j’aimerais retourner… 
»

Illustration : © novembre 2016, Maëlle (cliché personnel)

La numérisation de la cinquième livraison  de textes est terminée.
Dernière mise en ligne de textes : lundi 19 décembre 2016…

 

Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les poèmes des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du poème cité (URL de la page).

Un Automne en Poésie, Saison 8 Quatrième livraison

Poursuite de l’exposition « Un Automne en Poésie »
— Saison 8 —


uaep_2016_17_4_dMaquette graphique : © Bruno Rigolt, décembre 2016
Fond réalisé à partir de : Félix Vallotton, « Clair de lune », vers 1895 (huile sur toile). Paris, musée d’Orsay.

Les élèves de Seconde 13 sont fiers de vous présenter l’édition 2016-2017 d’Un automne en poésie. La thématique retenue cette année invitera à réfléchir au rapport intime qui existe entre le réel et la manière dont la poésie parvient à transcender la réalité pour faire naître du banal et de l’ordinaire ce qui n’est pas, et qui pourtant est : la poésie, c’est le jeu de la métamorphose et du voyage des mots : voyage extraordinaire, voyage lointain vers des mondes où l’écriture donne sens à la Vie…

Voici la quatrième livraison de textes.
Très bientôt, de nouveaux textes seront publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif
jusqu’au 19 décembre 2016 (dernière livraison).

Prochaine livraison : samedi 17 décembre 2016

                       

  

La nuit succombe

par Roxane C.
Classe de Seconde 13

Nymphe désarticulée
Bercée par la reine des ombres,
Elle court, parcourt cette roche
D’une souplesse exagérée.

Elle m’apostrophe et me voici devant elle
Son souffle m’essouffle,
Ses gestes m’interpellent.
Enivrée par ses mouvements,

Mon poids s’allège,
Mes membres se font voiles
Les corps s’accordent,
Son cœur bat la mesure des heures

Les astres nous contemplent.
Elle se détourne, drapée dans sa fierté
Disparaît au coin d’une ombre
Me laisse désemparée, 

La nuit succombe.

roxane_c_la_danseuse_a« Nymphe désarticulée
Bercée par la reine des ombres,
Elle court, parcourt cette roche.
.
. »

 Illustration : photomontage réalisé par Roxane

_

_

Voici venir l’hiver bleu…

par Louise D., Rémi M., Joanna D.
Classe de Seconde 13

Braqué sur l’été, l’œil de l’automne
S’apprête à attaquer
Les fleurs et les feuilles
De sa couronne orangée :
Voici venir l’hiver bleu
Qui s’installe doucement
Dans le jour fané
La neige est belle à son retour
Couvrant la vie d’un linceul gris
La lune est belle dans les cieux
Transformant les ombres en rêve heureux
Le renouveau de l’année est arrivé
Noël, Noël peut s’éveiller :
Un nouveau jour qui ressemblait au soir !

claude_monet_soleil-dhiver-a-lavacourt-1879-1880_musee_art-moderne_andre_malraux« Voici venir l’hiver bleu
Qui s’installe doucement
Dans le jour fané
… »

Illustration : Claude Manet, « Soleil d’hiver à Lavacourt », 1879-1880
Le Havre, Musée d’art moderne André Malraux

Amer et doux sortilège

par Léa T.
Classe de Seconde 13

Enfants du monde
Écoutez l’hiver bleu
Sous les étoiles blanches
La Dame de l’hiver
Protége la terre
De son manteau de velours :
Amer et doux sortilège de satin
Froideur des cœurs éphémères.

Le rideau blafard se lève alors
Laissant présager la venue
Du souffle de renaissance.
Le printemps maladif
Fleurit mes pensées
Me transporte vers un lointain passé
D’oiseaux en fleurs
Qui tiédissaient mon cœur…

oiseaux_fleurs_web« … vers un lointain passé
D’oiseaux en fleurs
Qui tiédissaient mon cœur…
 »

Illustration : © octobre 2016, Bruno Rigolt

Un bouquet de tes sourires

par Manon B
Classe de Seconde 13

Douce nuit, sombres pensées
Une larme de sang rosée dans la main droite
Une cigarette à moitié éteinte dans l’autre
Jeunesse oubliée
Jeunesse envolée

Tes mots me coupent comme le vent froid
De ce vendredi matin
Et cette fumée qui s’échappe en rêves
Que je ne réaliserai jamais
J’ai des hauts le cœur

Je te regarde d’un air songeur
Si je le pouvais je te demanderais de m’offrir
Un bouquet de tes sourires
Tes yeux rieurs sont pleins d’une belle joie de vivre
Cette joie rose

J’en suis jalouse. Explique-moi
Explique moi comment tu fais
Pour voir le monde aussi beau
Je ne vois que du noir privé d’espoir
Tu te lèves, tes pas résonnent dans la nuit

Ton regard est perçant
Bleu océan
Tes doigts entrelacent les miens
Je sens ton souffle chaud
Le mien est froid, dénué de vie

Je creuse mon fossé de sentiments
J’ai décidé
Je ferme les yeux
et je 
danse

manon_b-jpg« J’ai décidé
Je ferme les yeux
et je  danse…
 »

Illustration : photomontage réalisé par Manon.

            

                  

Douloureuse expression

par Marie D.
Classe de Seconde 13

             

Ô poèmes oubliés aux mots doux envolés,

Pardon de vous offenser
Tel un boomerang me reviennent les jours passés
Pour ensuite venir tout gâcher.
Les seuls vrais mots pour moi sont des fous ;
Fous d’envie de parler qui ne disent jamais de banalités
Quand ils éclatent et qu’on peut voir
En leur centre une lueur bleue.
Et le monde est ébloui
Comme devant un soleil d’encre.
Le silence berce mes mots
Mots glaciaux, mots cruciaux.
Combat éternel qui m’apporte la paix.

Bienvenue dans mon Paradoxe.

architexture_1« Quand ils éclatent et qu’on peut voir
En leur centre une lueur bleue
… »

Illustration : © décembre 2016, Bruno Rigolt (digital painting)

La numérisation de la quatrième livraison  de textes est terminée.
Cinquième mise en ligne de textes : samedi 17 décembre 2016…

 

Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les poèmes des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du poème cité (URL de la page).

Un Automne en Poésie, Saison 8 Troisième livraison

Poursuite de l’exposition « Un Automne en Poésie »
— Saison 8 —


uaep_2016_17_3_cMaquette graphique : © Bruno Rigolt, décembre 2016. Photomontages et peinture numérique.
Premier plan : fleurs par Ikeda Zuigetsu (1877 – 1944). En fond : cliché personnel réalisé dans le port de Rotterdam).

Les élèves de Seconde 13 sont fiers de vous présenter l’édition 2016-2017 d’Un automne en poésie. La thématique retenue cette année invitera à réfléchir au rapport intime qui existe entre le réel et la manière dont la poésie parvient à transcender la réalité pour faire naître du banal et de l’ordinaire ce qui n’est pas, et qui pourtant est : la poésie, c’est le jeu de la métamorphose et du voyage des mots : voyage extraordinaire, voyage lointain vers des mondes où l’écriture donne sens à la Vie…

Voici la troisième livraison de textes.
Très bientôt, de nouveaux textes seront publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif
jusqu’au 19 décembre 2016 (dernière livraison).

Prochaine livraison : mercredi 14 décembre 2016

                       

  

Le rêve des nuages

par Margarita N.
Classe de Seconde 13

Saison de jouvence
Et pourtant temps éternel
Le chant de la pluie
À peine posée forme la rosée,
Surgit un éclat de couleur…
Et en réveille mille autres.

Soupçon de lumière
tu m’amènes, nuage,
À l’Histoire de mes rêves.
Ma pensée vient d’ailleurs :
Le charme d’une fleur, la campagne à l’aube.
Oiseaux printaniers,

Arbre de mon cœur ,
Doux parfums fleuris enivrants,
Je vous demande le chemin du jardin perdu
Ici je ne m’appartiens plus,
Ramenez-moi au souvenir
De la liberté des sourires…

raphael_cherubins_frame« Ramenez-moi au souvenir
De la liberté des sourires
.
.
. »

 Illustration choisie par Margarita : Raphaël, « Madonna Sistina » (détail des putti accoudés)
Dresde (Allemagne), Gemäldegalerie Alte Meister

Le point de vue de l’auteure…

Le monde dans lequel nous vivons est bien différent de la vision que nous en avions enfants… Ce printemps de l’enfance, je l’évoque au vers 1 quand je parle d’une « saison de jouvence ». Le printemps est à l’image de ces chérubins de Raphaël : le détail de la célèbre « Madone sixtine » du peintre italien me ramène à l’évocation de ce « chemin du jardin perdu » de l’enfance au vers  15.

Ces putti n’évoquent-ils pas aussi l’idée d’être dans les nuages ? Avec leur air de rêver, ils sont comme une invitation à l’imaginaire ; d’où le choix du titre de mon poème : « Le rêve des nuages »… Enfin, je voudrais évoquer les derniers vers : « Ramenez-moi au souvenir / De la liberté des sourires… ». Ces mots sur lesquels s’achèvent ma poésie peuvent se lire comme un désir de retourner au paradis perdu de l’enfance. 

Margarita

 

_

_

À tout jamais anéanties…

par Yani B.
Classe de Seconde 13

Ni la dune, ni la brise
Ni la couleur blanche et grise

D’un étang plein de souvenirs

D’ombre fuyante
Désormais, l’amitié et ma vie

À tout jamais anéanties
D’ombre fuyante, d’ombre pâlie

Comme un soleil
Obscurci


soir_mer_1_BR_4« D’ombre fuyante, d’ombre pâlie
Comme un soleil
Obscurci… »

Illustration : BR

Bête féroce

par Manon D.
Classe de Seconde 13

Les paumes de la terreur illuminent le soleil,
Les mensonges d’espoir vaguent d’être en être,
Les crimes d’un rien parlent face à la vérité.
Seul contre la chaleur immortelle,
Mon regard perfore l’imprudence.
Et des milliers de couleurs pendent dans l’univers.

Le soir regrette les multi-miracles,
L’affiche de désespoir libère la bête féroce.
Le train mortel nuit aux histoires,
La chance appelle à la catastrophe,
Les belles choses disparaissent en mer
Alors que mes sentiments font barrage

À la lueur des étoiles rouges et bleues.
Je suis morte dans mes pensées.

manon_d_1« À la lueur des étoiles rouges et bleues.
Je suis morte dans mes pensées…
 »

Illustration : © octobre 2016, Manon D.

Le point de vue de l’auteure…

J’ai souhaité à travers ce poème exprimer mes sentiments : j’ai donc fait part de mon ressenti du moment, pas forcément très joyeux au moment où j’écrivais…
C’est donc un peu comme si mes sentiments avaient parlé à la place de mon cerveau. C’est pour cela que je n’ai pas vraiment suivi de démarche artistique préconçue. J’ai souhaité en revanche privilégier le travail sur les oppositions de sens : ainsi de nombreux vers comportent une expression positive et négative de manière à mettre en valeur les oxymores ou les antithèses. Par exemple : « les mensonges d’espoir » ou même « les paumes de la terreur illuminent le soleil ». L’important était en effet de montrer qu’une chose belle peut devenir laide ou inversement. J’ai enfin choisi de respecter une structure sujet/verbe/complément dans la plupart des vers car j’ai l’impression de ressentir davantage les choses et de mieux les exprimer en écrivant ainsi. 

Souvenir faussé de l’homme

par Yoann V.
Classe de Seconde 13

Quand la fleur de l’âme s’éteint
Il ne reste plus grand chose du cœur
Elle s’imprègne de la vie d’une rose,
Pétale déteint
De cette couleur immortelle
Qui n’a pu prendre ses ailes.

Ne pas oublier
Comment est fait notre passé
Passé qu’on enferme dans un coin
Où la raison ne voit plus que des points
Des points impénétrables
Pour rendre le monde durable.

Ouvrir les portes du soir
Comme on pousse une porte
Libérer cette chaleur
Que j’appellerai souvenir
Souvenir détérioré pour un homme
Qui marchait sur le vent avec trop de fierté…

mer_onirique_2« Ouvrir les portes du soir
Comme on pousse une porte…
 »

Illustration : BR d’après Magritte

            

                  

L’artiste encré

par Jules B.
Classe de Seconde 13

              

Ô goutte !
Ô goutte encrée !
Toi qui prends ta source
Dans le jaunâtre pur du Yangzi
Ô goutte !
Ô sage goutte !
Calme pratiquante du tai chi,
Puissante combattante du kung-fu
Stratège comme le xiangqi

Écoule-toi donc tout le long
De sa majesté
De la Grande Muraille

Seulement quelques milliers de kilomètres
Pour réellement devenir héros¹
Ce n’est bien là-bas que
Magnifiquement tu le deviendras

Dégouline prestement jusqu’à la Cité interdite
Pour pénétrer l’inaccessibilité des palais²
Et braver l »interdit d’interdire²
La censure doit se censurer²

N’oublie pas de te faufiler
Jusqu’au Palais d’Été
Même et hiver et sans geler
Pour y trouver un souffle de chaleur
Et pour alimenter la liberté du cœur².

Mais quitte enfin ce costume de bouddha
Déshabille-toi de cette vicieuse naineté
En passant au Temple du Ciel
Par la rue des étoiles en fuite
Dans l’innocence nuageuse.

C’est à travers l’éventail de poésie
Que l’artiste encré de Chine
Achève sa calligraphie.

1. En Chine, les personnes qui ne se sont jamais rendues à la Grande Muraille.
2. Allusions au manque de liberté du peule chinois. Bien que la Chine soit une république, la population est grandement contrôlée, et un certain nombre de libertés sont restreintes en raison de la censure.

Lang Shining_"Pin, faucon et champignon d’immortalité", 郎世宁嵩献英芝图轴, Giuseppe Castiglione (Lang Shining), Dynastie Qing, période Yongzheng (1723-1735)
Lang Shining_ »Pin, faucon et champignon d’immortalité », 郎世宁嵩献英芝图轴, Giuseppe Castiglione (Lang Shining), Dynastie Qing, période Yongzheng (1723-1735)


« C’est à travers l’éventail de poésie
Que l’artiste encré de Chine
Achève sa calligraphie… »

Le chapitre de mon cœur

par Adisson S.
Classe de Seconde 13

Que faut-il comprendre en tournant les pages du soir ?
Dans ce vide enseveli de pleurs
Mon âme-miroir
Mon cœur en froideur…

Sentiment perpétuel
Je ne vois la lumière en moi
Je reste sans voix
Submergée par cette obscurité sempiternelle.

frise_flou_mauve

Que faut-il comprendre en tournant les pages du soir ?
Ce chapitre abstrait de mon âme
D’où la loi d’écouter son cœur est primordiale

Le soir a ouvert ses yeux
J’entends le rossignol
La berceuse du vent
Je navigue en mer inconnue

hokusai.1245584901.jpg

Que faut-il comprendre en tournant les pages du soir ?
Sous les étoiles étincelantes
Je lis ce chapitre
Je veux tant m’abandonner dans ce rivage nu

Ai-je bien réussi à comprendre ?
La vie est parée de mille couleurs
Mais je sombre dans la pendule du temps
Je fuis parmi le temps inexorable et bleu

Ai-je compris ?
Je ne connais la félicité
Je ne connais les contes de fées
Je ne connais l’oubli

Les fleurs primevèrent le bel âge

Le printemps
Une mémoire, à tout jamais

Hokusai_hibiscus_et_moineau

Illustrations : Katsushika Hokusai (1760-1849), « La Grande Vague de Kanagawa » (ukiyo-e, 1831) Katsushika Hokusai (1760-1849), « Hibiscus et moineau » (ukiyo-e, c. 1830)

La Romance du Temps

par Joanna D
Classe de Seconde 13

                  

Consolez-moi,
Adorez-moi,
La romance est partie
S’en est allée dans la nuit
Emportant les rires

Attristez-moi,
Adorez-moi,
Écrire, lire, les outils de la liberté
Horizon bleuté
Au-delà des cieux

Soignez mes blessures
Faites-moi pleurer
Faites-moi penser
À ces mots embrasés :
Danser pour suspendre le temps

joanna_d_romance-du-temps

« Faites-moi penser
À ces mots embrasés :
Danser pour suspendre le temps… »

Illustration : © novembre 2016, Joanna D.

                       

                   

La numérisation de la troisième livraison  de textes est terminée.
Quatrième mise en ligne de textes : mercredi 14 décembre 2016…

 

Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les poèmes des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du poème cité (URL de la page).

Un Automne en Poésie, Saison 8 Deuxième livraison

Poursuite de l’exposition « Un Automne en Poésie »
— Saison 8 —


crysanthemes_1_d_web_frame_mainMaquette graphique : © Bruno Rigolt, novembre 2016

Les élèves de Seconde 13 sont fiers de vous présenter l’édition 2016-2017 d’Un automne en poésie. La thématique retenue cette année invitera à réfléchir au rapport intime qui existe entre le réel et la manière dont la poésie parvient à transcender la réalité pour faire naître du banal et de l’ordinaire ce qui n’est pas, et qui pourtant est : la poésie, c’est le jeu de la métamorphose et du voyage des mots : voyage extraordinaire, voyage lointain vers des mondes où l’écriture donne sens à la Vie…

Voici la deuxième livraison de textes.
Très bientôt, de nouveaux textes seront publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif
jusqu’au 19 décembre 2016 (dernière livraison).

Prochaine livraison : mardi 29 novembre 2016

                       

  

L’ombre

par Aurore P.
Classe de Seconde 13


Dans cette brume cristallisée,
Je traverse ton ombre.
Au son du rythme de nos cœurs,
Je distingue ta présence :
Ton souffle chaud me rassure.

Et dans la nuit glaciale
De la réalité du monde,
Je passe ma main dans ta crinière blonde,
Monte délicatement sur ton dos,
Pour partir à la rencontre de l’aurore

cheval_brume« Dans cette brume cristallisée,
Je traverse ton ombre.
.
. »

 Illustration : © novembre 2016, Bruno Rigolt

_

_

Se noie dans la poussière…

par Gabrielle V.
Classe de Seconde 13

L’innocence d’une plume
Blanche comme la nuit
Elle a dû quitter le nid
Pour s’envoler vers
De nouvelles dunes

Aveuglée par l’animosité
Elle attend depuis longtemps
Une paix assourdissante
Qui puisse détrôner
L’opération de la destruction

À peine débarquée
Du bateau de ses rêves,
Elle se retrouve happée
Dans cette valse sans trêves
Échouée, délabrée…

Sa langue qui fourche
Sa peau d’ombre
Ses lambeaux de souvenirs
Enfant de lumière
Qui finit dans les rues…

kennington_orphans_1885« Ses lambeaux de souvenirs
Enfant de lumière
Qui finit dans les rues… »

Illustration : Thomas Kennington, « Orphans », 1885 (huile sur toile)
Londres, Tate Britain

(Re)Naissance

par Chancelie G.
Classe de Seconde 13

Ma vie est un voyage intérieur
Entre l’enfer blanc de la nuit
Et le paradis noir des jours.
Je suis poussière dans l’étendue
D’un bleu mystérieux
Empli d’immenses sources lumineuses.
J’aspire à les rejoindre

D’un coup d’aile puissant.
L’ atmosphère est mon interlocutrice
De la nuit, la gardienne de mes jours
Mais je reste là, ange déchu,
Et j’attends la délivrance de la mort.
Mon cœur espère un signe,
Ma vie est un voyage intérieur

Entre l’enfer blanc de la nuit
Et le paradis noir des jours.
Des êtres divins me tendent
La main du ciel telle un souffle
Résolu à porter l’orage
Et l’aube d’un jour nouveau.
Je suis poussière dans l’étendue

D’un bleu mystérieux.
Me dégageant de l’attraction terrestre
Je m’élève alors  trop émue pour un au revoir
Je monte haut dans le ciel
Plus loin que les blessures du soleil
Pour guider et protéger
Par ma lumière céleste

Le secret de la vie…

Van Gogh La_nuit_étoilée« Je suis poussière dans l’étendue
D’un bleu mystérieux…
 »

Vincent Van Gogh, « La nuit étoilée », 1889
New York, Museum of Modern Art

            

                  

Rêves d’ailleurs
(sous les rayons de Shanghai)

par Valentin C.
Classe de Seconde 13

              

Sous les rayons de Shanghai
Où chantent les âmes perdues
Où les cœurs ont trouvé refuge
Près de l’embouchure du Yangzi Jiang,

Sous ce mur vaporeux
Ici au bout du monde
Où le ballet des étoiles n’est plus que mémoire
Où le long fleuve du temps s’est arrêté de couler

C’est du haut de cette perle
Que nous dominions le monde
J’étais empereur d’Orient
Tu étais l’éternelle reine d’Occident

Nous marchions en silence
Dans le jardin Yu, près de notre Palais de Jade
Pendant que la lune, parée de son voile
Voguait en silence dans les cieux immortels

Sous les rougeurs du soir
Nous nous sommes abandonnés
Enveloppés du doux velours de la nuit
Nos corps ont dansé dans cette immense infinité…

Ainsi tu nous as rejoints rue de Nankin
Dans le temple des lumières égarées
Là où les étoiles rêvent encore
De pouvoir briller durant le jour…


valentin_chine_5« C’est du haut de cette perle
Que nous dominions le monde
J’étais empereur d’Orient… »

Crédit photographique : © Valentin C.

valentin_chine_1

Un éternel voyage…

par Sara H.
Classe de Seconde 13

Soir d’été et une âme solitaire
Qui finit de s’égarer où mon cœur se perd
Une rencontre inattendue
Entre le corps et l’inconnue
Le début d’une vie, rien n’est encore perdu

Avance doucement sur le chemin incréé
Ton choix est ton idée
Tu ne vis qu’une fois ce voyage
C’est un cadeau que l’on oublie
Au fil de l’âge

Comme un livre que l’on écrit
Tu parcours le chemin de ta vie
Puis que l’étincelle s’éteigne
Qu’une page se referme
Pour que le livre se reforme

Quand le roman s’achève
Un autre rêve recommence
Voici le chemin de la vie
Une éternelle romance
Aux parfums de voyage….

sara_h« Quand le roman s’achève
Un autre rêve recommence
Voici le chemin de la vie… »

Illustration : © Sara H. « Un éternel voyage »

Pendant que des anges…

par Camille B.
Classe de Seconde 13

                  

En automne les couleurs tombent
Laissant place au grand manteau d’isolement.
Déméter pleure sa fille reine malgré elle,
Envahit le monde de son souffle glacé
Qui transforme la nature en statue.
Les enfants se créent des amis froids
Pendant que des anges
Se dessinent dans le sol
Et que les miroirs ne reflètent rien.

Charnay Soirée d'aautomne sur la terrasse« En automne les couleurs tombent
Laissant place au grand manteau d’isolement.
.. »

Armand Charnay (1844-1915), « Soirée d’automne sur la terrasse » (détail)
Fin 19e, premier quart du 20e siècle. Charlieu, musée Hospitalier. Crédit photographique :  Emma Artige.

                       

                   

L’Invisible de la Vie

par Alexandre G.
Classe de Seconde 13

                 

Cet autre monde n’est qu’une illusion
Un refuge dans l’inconscient
Pour y trouver consolation :
Une évasion dans le sommeil.

Espoir et désir ne sont qu’aberration
La folie mène le monde
Mais toi seul vois
L’Invisible de la Vie :

C’est une nuit magique
Qui renferme l’imagination
Secrète de nos envies.
Fuir la réalité cauchemardesque

Pour trouver cette impression
De bonheur divinisé
Et ce jour mystique
Qui a pour nom la nuit.

Felix_Valloton_Clair_de_lune_1« Et ce jour mystique
Qui a pour nom la nuit… »

Félix Vallotton, « Clair de lune », vers 1895 (huile sur toile).
Paris, musée d’Orsay

 

              

Terre de désolation

par Gabrielle M.
Classe de Seconde 13

                      

Terre affaiblie
Par ces poussières dissidentes,
Assoiffées à toute heure de la journée
D’un oxygène souillé,

Tu les enveloppes d’un ozone qu’elles achèvent.
Dans des milliards d’années
Tu ne seras plus qu’une Sphère criblée
Protégeant les derniers rayons d’une naine déchue.

Alors elles te rongent, toi, petite bille rocheuse, jouet de l’Homme,
Pour construire un monstre les guidant vers une autre condamnée,
Et partiront sans soigner tes blessures,
Sans t’alléger de tout ce qu’elles te font porter.

gabrielle-m« Terre affaiblie
Par ces poussières dissidentes
… »

Illustration : Gabrielle M.

Le point de vue de l’auteure…

Dans mon poème, je parle de notre planète que nous abîmons avec la pollution. Nous avons beaucoup de chance d’avoir une planète adaptée à nos besoins mais nous la menons à mal en jetant nos déchets dans la nature et en exploitant ses ressources sans modération : la terre n’est pas un jouet et il faut la protéger si nous voulons qu’elle nous protège à son tour. Au vers 2, je parle de « poussières dissidentes » pour évoquer cette fuite en avant incontrôlée. De même au vers 9, j’évoque « les derniers rayons d’une naine déchue » pour suggérer cette inéluctable fatalité. Et le jour où nous voudrons quitter notre planète, ne construirons-nous pas de nouveau un « monstre » technologique ? Nos fusées n’iront-elles pas dégrader d’autres planètes ?
Quant à mon illustration, elle renforce je trouve le contexte dramatique du poème. J’ai ainsi décidé de prendre pour ce photomontage cinq images différentes. Une première avec le soleil qui explose (boule incandescente en référence à la « naine déchue ») avec un fond galactique, puis j’ai utilisé une photographie de la terre que j’ai volontairement « gruyérée » de manière à évoquer la destruction de la couche d’ozone. Pour finir, j’ai choisi une image de Mars que j’ai redimensionnée. Cette planète est évoquée à la troisième strophe : « Pour construire un monstre les guidant vers une autre condamnée ».

Les montagnes bleues de l’âme

par Marine D.
Classe de Seconde 13

Le château du haut de la falaise
Semble perdu dans le bleu de solitude…
Ainsi grimacent les vagues
Et font la promesse d’une embarcation lointaine.

Pierre se laisse emporter dans les longs bras de l’océan,
Et rêve de la renaissance de son passé paradisiaque…
La beauté des sols sous-marins
Arc-en-cièle ses pensées tragiques.

Voyage ouatisant… et l’infini des brumes
L’appelle à grande voix.
Il se perd dans l’asphalte de la mer,
Aussi perdu que dans les entrailles du bonheur…

marine_d_3« Le château du haut de la falaise
Semble perdu dans le bleu de solitude…
 »

Illustration : © octobre 2016, Marine D.

La numérisation de la deuxième livraison  de textes est terminée.
Troisième mise en ligne de textes : mardi 29 novembre 2016…

 

Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les poèmes des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du poème cité (URL de la page).

Un Automne en Poésie, Saison 8 Première livraison

Lancement de l’exposition « Un Automne en Poésie »
— Saison 8 —


uaep_2016-17_bruno-rigolt_copyright_novembre-2016Maquette graphique : © Bruno Rigolt, novembre 2016

Les élèves de Seconde 13 sont fiers de vous présenter l’édition 2016-2017 d’Un automne en poésie. La thématique retenue cette année invitera à réfléchir au rapport intime qui existe entre le réel et la manière dont la poésie parvient à transcender la réalité pour faire naître du banal et de l’ordinaire ce qui n’est pas, et qui pourtant est : la poésie, c’est le jeu de la métamorphose et du voyage des mots : voyage extraordinaire, voyage lointain vers des mondes où l’écriture donne sens à la Vie…

Voici la première livraison de textes.
Chaque semaine, de nouveaux textes seront publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif
jusqu’au 19 décembre 2016 (dernière livraison).

Prochaine livraison : samedi 12 novembre 2016

                        

  

À la Une

par Camille B. et Aurore P.
Classe de Seconde 13


Au sein même de l’unanime silence,
Elle prit l’antenne en direct
Devant la guerre tentaculaire,
Le regard hagard, lentement, elle entreprit
De raconter la mort en mégapixels et en couleurs :

Un voyage d’une inquiétante étrangeté
Si proche de cette crue vision de la vie,
Aussi loin pourtant que la télé allumée achetée à crédit
« Ici Marie Résago, nous assistons en direct
Aux obsèques de l’enfant tombé ».

tele_scoop_br_4« Un voyage d’une inquiétante étrangeté
Si proche de cette crue vision de la vie
..
. »

 Illustration : © 2014, 2016, Bruno Rigolt
Peinture numérique et Photomontage à partir de : Bansky (2005) . Barrière de séparation israélienne en Cisjordanie

_

_

La pluie coule le long de mon cœur 

par Margarita N.
Classe de Seconde 13

              

Mon visage est submergé
D’une mer peinte de sept couleurs
Elle me replonge dans la neige des souvenirs
Où je passe des mondes à voyager
Parmi des heures imaginaires.

C’est un paysage imparfait, un paysage de sourires
Et de jardins qui m’amusaient hier :
C’est le doux passé de mon enfance
Où je suivais les nuages et les rayons du soleil.
Eux seuls font ma joie.

Les jours et les siècles, les siècles et les jours…
L’humanité avance vers la société contemporaine
Mais mon chemin est tout autre :
J’appartiens à la nature, aux chemins qui dansent
Je grave ma peine dans la rose de la mémoire

Et dans les pétales de la vie qui se fane pour éclore.
J’aime ce que les gens ne comprennent pas :
La paix du Ciel ouvert et l’air libre de l’aube,
La pluie qui coule le long de mon cœur…
Elle n’est que le reflet de mon âme.

Magritte_ La Mémoire 1948« Et je grave ma peine dans la rose de la mémoire,
Dans les pétales de la vie qui se fane pour éclore… »

Illustration : René Magritte, « La Mémoire » (1948). Musée d’Ixelles, Bruxelles

ADDICTION

par Sylvain H.
Classe de Seconde 13

Je rêvais de mettre haut la barre, et ce fut réussi :
Elle somnole dans mon crâne, cette enivrante déesse
M’ôte la solitude qui m’accompagne
Nymphe tyrannique, muse du prisonnier sans routes,

Elle embellit l’oppression mélancolique par les larmes dissoutes
Dans l’éthanol psychédélique de l’immense verre rempli de doutes.
Verre apaisant, vie brisée : débris de bonheur échoués
Dans les débris de la nuit, dans cette errance paradisiaque,

Où sommeille flasque, sur le comptoir livide
Le condamné dionysiaque fuyant l’addiction originaire
D’une prison bucolique où les tortionnaires finissent
Leurs fatidiques flacons de verre, en attendant les rêves…

debris-de-la-nuit_web« Verre apaisant, vie brisée : débris de bonheur échoués
Dans les débris de la nuit, dans cette errance paradisiaque…
 »

Crédit iconographique : © novembre 2016, Bruno Rigolt

            

                  

Le mouvement des lignes

par Éliane G. et Marine D.
Classe de Seconde 13

              

Devant les courbes du marché du chômage
—courbes fluctuantes selon l’offre et la demande—
il fouillait dans ses poches
mais il ne trouva que misère et désespoir
parmi la joie qui tremble

et l’équilibre des grandeurs sentimentales.
Le voici qui regarde les courbes de statistiques
et son tee-shirt déchiré en fuite avec le temps.
On lui a dit : « Il faut savoir se vendre, être productif »,
mais il ne sait que recoudre

les trous béants du voyage de ses sentiments.
Il tourne la page de son ancienne vie remplie de larmes :
il s’apprête à tromper son histoire
dont il ne gardera que les perles enfouies
dans un mouchoir au fond d’un tiroir.

Puis il marche longtemps sur le trottoir,
emplissant ses poches de bouffées d’air bleu,
de silences et de minutes brèves.
Le tee-shirt rapiécé de joie semblait comme neuf,
et les courbes de ses pas dansaient dans la nuit…


courbes-sentimentales_homme_1« …  et les courbes de ses pas dansaient dans la nuit… »

Crédit iconographique : BR

Nuit d’hiver
(Nouvelles pratiques de la feuille du temps)

par Rémi M.
Classe de Seconde 13

              

Les animaux sous la réalité des étoiles chantent
_____Une nuit d’hiver
_________Une nuit d’ivoire
Les pleurs des fleurs avec leurs pensées froides
_____Effeuillent le temps,
__________Me couvrent de pensées noires.

La fontaine de la vie s’est tarie en s’approchant
_____De l’échéance
__________Le dragon de glace se réveille :
Il souffle le froid de la mort d’amour d’hier
_____En lendemains d’aurore.
__________Le baiser des lèvres de l’hiver

S’entrouvre vers les aigles majestueux
_____Du cortège de la nuit
__________Et dans le rouge de son sang,
Le jour se meurt…
_____La feuille tombe lentement
__________Vers l’onde paisible de la vie.

dans_la_nuit_du_monde_Bruno_Rigolt« La feuille tombe lentement
Vers l’onde paisible de la vie… »

Illustration : © Bruno Rigolt,  « Arbres sur le Loing près de Montargis » 

Enfance perdue

par Farah S., Sara H. et Syrilia Z.
Classe de Seconde 13

                  

Armes, larmes de l’enfant
Épris de la mélancolie des jours passés.
La problématique de son coeur :
Rester en vie.

Mais déjà les étoiles de la guerre
Embrasent tout son être. Son corps n’est plus
Que des portes battantes qu’on ouvre.
Les pleurs de l’enfant se referment :

Le pouls ne bat plus
Ses yeux aussi se referment.
Ses proches autour de lui
Gisant sans vie.

Flammes devenues éternelles
Alep bombardée de tous côtés
Sourire envolé, larmes qui sèchent
Sous le tableau rouge sang du soleil.

enfant_guerre_bombardement-2« … Les pleurs de l’enfant se referment
Le pouls ne bat plus
Ses yeux aussi se referment
… »

Crédit iconographique : BR
Peinture numérique et photomontage d’après capture d’écran publiée le 19 novembre 2015 sur le compte Facebook du ministère russe de la Défense, montrant un bombardier Tupolev Tu-95 larguant un missile de croisière lors de frappes aériennes sur la Syrie afp.com/L’Express

                       

                   

Ode à toi

par Camille B.
Classe de Seconde 13

                 

C’est une montgolfière pleine de rire, un jeu
après qui l’on court sans savoir vraiment qu’on a déjà gagné.
Comme une étoile, il gravite autour d’astres
encore inconnus du satellite de la pensée.

On dit que tu es rose ; je te voyais plus incolore,
plus indolore qu’un sentiment éclos. Tu es
l’hypnose humaine. Toi qu’on nomme amour,
le connais-tu au moins ?

amour_br
« C’est une montgolfière pleine de rire, un jeu
après qui l’on court sans savoir vraiment qu’on a déjà gagné… »

Crédit iconographique : © novembre 2016, Bruno Rigolt

 

              

Pourquoi j’écris

par Manon D.
Classe de Seconde 13

                      

Pourquoi j’écris ?
Car le désir de la mort
Se manifeste
Tel une lueur
Inachevée, isolée,
Influencée par les adieux

Illuminée par le refrain
Des hurlements de mémoire
Ensuite supprimée
Par les variantes des images,
L’origine relationnelle,
L’envol des oiseaux

Ou encore l’adaptation d’exister.

Voilà pourquoi j’écris.

oiseau_ocean_nuit_cadre_web_bruno-rigolt« … L’envol des oiseaux
Ou encore l’adaptation d’exister.
Voilà pourquoi j’écris… »

Illustration : © novembre 2016, Bruno Rigolt (peinture numérique)

La numérisation de la première livraison  de textes est terminée.
Deuxième mise en ligne de textes : samedi 12 novembre 2016…

 

Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les poèmes des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du poème cité (URL de la page).

BTS 2017-2018 L’extraordinaire Cours en ligne : Section 2B/ Extraordinaire, monstruosité et métamorphose

Cours précédents déjà mis en ligne :

Niveau de difficulté de ce cours :  facile à moyen ★★

B/ Extraordinaire, monstruosité et métamorphose


agata_kawa_1Agata Kawa,  « Le Souffle/Femme-Renard », 2015 (détail)
Aquarelle, encre, crayons, chlorophylle, pollen, broderies, perles, matériaux d’origine organique et végétale

_

Dans

Des monstres et prodiges (1573), Antoine Paré désignait la monstruosité comme ce qui s’écarte de « l’ordinaire cours des choses »¹. Une telle acception ramène en tout point à la définition de l’extraordinaire : « Qui étonne, choque, parce qu’il n’est pas conforme à la norme prévisible ou attendue » (CNRTL). D’ailleurs, n’entend-on pas dire parfois que quelque chose est « géant », « génial », « monstrueux » pour caractériser un phénomène hors-norme ?

De fait, le monstre c’est d’abord « un individu dont la morphologie est anormale, soit par excès ou défaut d’un organe, soit par position anormale des membres […], qui provoque la répulsion par sa laideur, sa difformité », [qui] « est contre nature » (CNRTL). Ainsi est-il souvent réifié, c’est-à-dire réduit à l’état de chose : absurde, incongru, le monstre n’est plus humain, il est monstrueux, c’est-à-dire « contraire à l’ordre naturel des choses, à la bienséance ou à la morale ».

Parce qu’il est hors norme, contraire à la nature, le monstrueux nous confronte tout d’abord à notre propre humanité. Ce qui frappe en effet chez les monstres et autres créatures fantastiques ou mythologiques, c’est la manière dont ils amènent à questionner notre réalité, dont ils sont en fait la transcription. Si les mythes et légendes semblent donc abolir le réel en perturbant l’espace et le temps, ils transposent des sentiments et des désirs bien humains. Ainsi le Léviathan, dont la puissance extraordinaire déchaîne les tempêtes, a inspiré à Thomas Hobbes en 1651 son fameux traité politique « dans lequel le monstre symbolise l’État et sa puissance hiérarchisée »².

← Lorenzo Mattotti, illustration tirée de l’album Docteur Jekyll & Mister Hyde
(scénario de Jerry Kramsky), Casterman, 2002.

De même, l’ascension de l’indomptable cheval ailé Pégase vers le firmament en fait une figure de l’inspiration et de la créativité humaine. N’est-ce pas avec le sang de l’Hydre qu’Ulysse, en empoisonnant ses flèches, parviendra à vaincre ses ennemis ? Par sa puissance symbolique, le minotaure mi-homme mi-taureau, ne renvoie-t-il pas l’homme à ses propres démons ? Et Frankenstein ou Mr. Hyde ne réveillent-ils pas le monstre qui sommeille en chacun de nous selon le principe d’un dédoublement manichéen ?

« Ainsi le personnage de Stevenson synthétise les deux grandes figures romantiques du savant, Faust et Frankenstein. Comme Frankenstein, il veut rivaliser avec Dieu, il veut changer les règles de la nature ; mais en cherchant à maltraiter l’évolution, il se condamne à refaire le chemin en sens inverse : d’homme il se fait bête velue, d’être moral il devient pur instinct et vice. Son pacte faustien, il ne le signe pas avec un quelconque Méphistophélès, il le signe avec lui-même, ou plutôt avec la bête, cet autre en lui-même : après tout le mot « Diable » ne vient-il pas du grec diaballein, désunir séparer ? »³.

La monstruosité

« La monstruosité amène tout d’abord à une réflexion sur la peur de l’inconnu. « Le monstre effraie parce qu’il évoque la possibilité d’une structure du chaos. Il est un marasme fonctionnel. Or, du point de vue de l’homme, cette formation contraire aux lois de la nature doit être punie d’une manière ou d’une autre. Ainsi observe-t-on souvent l’impression, chez le personnage moderne, d’être partagé psychiquement. Son comportement devient alors ambigu et son apparence change au gré des humeurs et des circonstances, à l’instar des nains des traditions celtique et germanique. Celui qui se retrouve devant cette sorte de monstre découvre une personnalité protéiforme, c’est-à-dire multiple, fluctuante et dangereusement insaisissable. »

Maud Massila, « Le monstre à visage humain »
Histoires de monstres à l’époque moderne et contemporaine, volume X, Cahiers Kubaba, Université de Paris-I Panthéon Sorbonne, Paris  L’Harmattan 2007, page 17.

 

Par opposition à l’ordre de la raison qui fonde la beauté de l’humain comme de l’univers selon un principe d’équilibre, le monstre a contrario est la déformation de cette harmonie. « Dans bien des modèles cosmogoniques, le monstre incarne le désordre avant l’ordre, et symbolise le monde à l’état brut » avant sa conquête par l’homme »⁴. Il est « le vivant de valeur négative », une « contre-valeur vitale », « la négation du vivant par le non-viable » (Georges Canguilhem⁵). Il apparaît ainsi comme un accident de la nature, une anomalie génétique, une sorte d’animal pourvu de qualités sensitives.

Là où la raison appelle la connaissance, la monstruosité opère à l’opposé une déconstruction des enjeux mêmes de la connaissance pour devenir un phénomène de foire, un événement extraordinaire qui échappe à toute mesure, qui apparaît comme étranger à l’ordre de la raison. Christine Ferlampin-Acher note très justement : « la morphologie du monstre est marquée par une pluralité sans harmonie. Il est hirsute, hérissé d’appendices, cornes, dents, queue… l’idéal médiéval –le corps fuselé de la levrette, la masse parfaitement structurée du coursier, la longue silhouette de la jeune fille– est bafoué »⁶.

Un aspect important du monstrueux est en effet l’excès, le dépassement des limites du possible. Face au normal, il représente l’étranger, le bizarre, la folie, l’anormal, le pathologique. Il est à l’opposé de la norme puisqu’il est extra-ordinaire : en ce sens il est subversif ; sa difformité devient une animalité : que l’on pense à ces hommes à tête d’animal, têtes hybrides et grotesques qui se produisaient dans les cirques ou sur les Boulevards : l’homme chien au XIXe siècle, l’homme-lion ou Elephant-man exhibés comme des curiosités, des bêtes à tête humaine. Comme l’indique justement François Dagonet, « il s’agissait, à travers eux, de portraitiser le vice, la perversion, le fantastique, le chaos, le diabolique »⁷.

Parce qu’il est contre-nature, le monstre invite tout autant à une réflexion sur l’extraordinaire que sur la normalité dont il conteste avec une part de provocation les codes : certaines créatures mi-hommes, mi-monstres comme le loup-garou, vont jusqu’à remettre en question la rupture entre l’humanité et le règne animal : « Le loup-garou se métamorphose les nuits de pleine lune et dévore ses proies avant de reprendre forme humaine aux premières lueurs de l’aube. […] Preuve de sa double nature, son corps redevenu humain garde les stigmates de ses activités nocturnes »⁸.

Francis Bacon
ou le « monstre de peinture »

bacon_photoFrancis Bacon, peintre anglais de Pierre Koralnik est un documentaire (Suisse, 1964) d’une vérité à fleur de peau sur la souffrance exacerbée de Fancis Bacon, peintre britannique disparu en 1992 à l’âge de 82 ans. Bacon évoque de façon exacerbée et volontairement provocante « combien adolescent il dégoûtait tout à fait ses parents, et comment alors son père l’avait cédé (vendu ?) à 16 ans à un « enleveur de chevaux » ? Terme traité comme une erreur de langue rectifiée en « éleveur » par le cinéaste, alors que Bacon connaît et sait utiliser le français avec pertinence […] »⁹.

Ce 

polymorphisme est très apparent dans plusieurs toiles du peintre Francis Bacon (Dublin 1909−Madrid 1992) dont les célèbres autoportraits monstrueux déforment l’humain au point de l’animaliser.

Surnommé le « monstre de peinture », cet artiste anglais « veut rendre la crudité et la cruauté »*. Ce que je veux faire, écrit Bacon, c’est restituer le sujet dans le système nerveux ». Le grotesque métaphysique est en fait pour Francis Bacon, une condition pour exister.

* Jean-Claude Beaune, La Vie et la mort des monstres, Seyssel Éditions Champ Vallon 2004, page 89.

Par leur structure duelle, les tableaux de Bacon amènent à une réflexion sur la nature du monstre. Un grand nombre d’autoportraits accentuent en effet la relation entre visage normal et son pendant menaçant. Ce jeu de reconnaissance et de distinction amène à une sorte de confrontation du personnage avec son double à tel point qu’on finit par ne plus savoir « laquelle des deux entités est véritablement monstrueuse : c’est la vision même de cette impossible dualité, qui instaure un malaise. […] L’incarnation infernale complète son modèle et lui donne une valeur nouvelle. Elle révèle dans ce cas un point de vue philosophique tout attaché à la manière et à sa puissance d’engendrement. On perçoit chez l’inventeur du double une fascination pour les pouvoirs occultes et pour les puissances d’engendrement »10.

bacon-autoportrait_1976Francis Bacon, « Autoportrait », 1976

« A partir de son œuvre, l’homme contemporain se trouve brusquement capable de connaître ce mélange de violence, d’angoisse, de peur du sacré, de désir, de désespoir, de déchéance, de recherche de l’amour, d’abjection animale présent en lui, cette manière devenant nécessairement constitutive de la beauté. »

Luigi Ficacci, Francis Bacon, Taschen 2005

 

« Au nom du pire »…

Bestialisation et animalisation vont de pair : face au grand Art et à la Science qui se doivent de créer des normes, c’est-à-dire un savoir établi, le monstrueux relève de l’infra-humanité. Il n’implique pas seulement un écart à la norme : il connote l’échec de l’être humain, son abandon par Dieu. Car il n’est plus créée « au nom du Père » mais « au nom du pire » : sa déviance physique fait de lui un déviant moral, un pêcheur, un paria, comparable à un animal : selon Malebranche, le monstre est michel_ange_adamle produit déviant des lois générales qui régissent l’agencement de la matière : « les lois générales de la nature ont amené des accidents qui ont fait naître des monstres ». La question du monstre relève donc du spectaculaire, de la monstration. Par son statut et sa forte exposition médiatique dans la deuxième moitié du XIXe siècle, notamment en France et dans l’Angleterre victorienne, donc dans des sociétés qui mettent en avant le narcissisme de l’image, le monstre est son contraire : il est une déviation de la beauté. « Montré du doigt » comme un phénomène de foire, on peut le regarder, le toucher, car il est en position d’objet, de marchandise, de produit de consommation dénué de facultés sociales. À la différence du pointé du doigt religieux comme on peut le voir dans les fresques que Michel-Ange a peintes pour la Chapelle Sixtine où le pointé du doigt de Dieu crée Adam, le monstre devient le produit de la surenchère médiatique : exclu du paradis de la bonne conscience sociale, il est exposé comme un phénomène sensationnel dans les foires et les cabinets médicaux.

Regardez attentivement le document suivant, qui est une affiche d’un « musée d’anatomie » (1875), particulièrement la façon dont il mêle au voyeurisme le plus brutal, une prétendue justification scientifique : c’est ainsi que le spectacle de foire s’affuble pompeusement de l’expression à rallonge : « Exposition du Grand Musée d’Anatomie, d’Anthropologie et d’Histoire naturelle ». Particulièrement au XIXe siècle, la tératologie, qui est l’étude scientifique des malformations congénitales, va souvent mêler aux préoccupations naturalistes le voyeurisme le plus abject :

hommes_chiens_afficheAffiche de l’exposition d’un « musée d’anatomie » (1875)
Document extrait de l’ouvrage de Pierre Ancet, Phénoménologie des corps monstrueux, Paris PUF 2015

Le monstre, phénomène de foire

« Avec des phénomènes de foire, on se trouve, d’emblée, face à des corps anormalement constitués et face un espace délimité, régi par ses propres lois. À Neuilly, à Saint-Cloud ou à Vincennes, aux confins de la ville, la foire appelle et implique le monstre puisqu’elle l’exhibe et s’en nourrit. Particulièrement propice à la tératogonie, l’espace forain met en scène le corps dans sa beauté et sa laideur, sa force et sa faiblesse, ses anomalies, dysfonctionnements et mystères. Clinique publique, physiologie donnée en pâture aux badauds, fête parfois macabre, la foire est avant tout un spectacle où le corps et le monstre font les frais de la représentation. Or pour la fin du XIXe siècle, le corps et le monstre ne sont souvent qu’une seule et même chose. D’où l’importance de lieu comme la foire, spécialement conçu pour l’exhibition. »

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Evanghélia Stead, Le Monstre, le singe et le fœtus : Tératogonie et Décadence dans l’Europe fin-de-siècle, Genève Droz 2004, page 159

Comme le montre très bien Pierre Ancet à propos de l’homme-éléphant« le regard porté à l’époque sur le corps d’autrui recherche le sensationnel. La vision du monstre est l’inverse d’une contemplation. Elle est la recherche d’une excitation, d’une sensation forte comme dans nos parcs d’attractions actuels. On peut comparer la sensation physique liée au corps difforme à l’attirance produite par un corps nu. Autant dans la société victorienne le corps érotique et le sexe étaient profondément refoulés, autant le rapport au corps difforme ne pose aucun problème de conscience et autorise toutes les exhibitions. Il faut bien comprendre que cette forme de voyeurisme n’est nulle part condamnée. L’institution médicale les recommande à titre édifiant. Toutes les couches de la société s’y livrent. Les albums de photographies de famille sont ornés de l’image de l’homme-éléphant, la meilleure société défile dans sa chambre d’hôpital. »11

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Parcours de lecture 1
Victor Hugo : le monstre, entre sublime et grotesque

  • Le monstre Quasimodo dans Notre-Dame de Paris 
  • Gwynplaine dans l’Homme qui rit

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  • Notre-Dame de Paris (1831)

La scène se passe à la fin du Moyen Âge. Pour se divertir, le peuple de Paris décide de procéder à l’élection du « pape des fous », un concours de grimaces.

« C’était une merveilleuse grimace, en effet, que celle qui rayonnait en ce moment au trou de la rosace. Après toutes les figures pentagones, hexagones et hétéroclites qui s’étaient succédé à cette lucarne sans réaliser cet idéal du grotesque qui s’était construit dans les imaginations exaltées par l’orgie, il ne fallait rien moins pour enlever les suffrages, que la grimace sublime qui venait d’éblouir l’assemblée. Maître Coppenole lui-même applaudit ; et Clopin Trouillefou, qui avait concouru, et Dieu sait quelle intensité de laideur son visage pouvait atteindre, s’avoua vaincu. Nous ferons de même. Nous n’essaierons pas de donner au lecteur une idée de ce nez tétraèdre*, de cette bouche en fer à cheval, de ce petit œil gauche obstrué d’un sourcil roux en broussailles tandis que l’œil droit disparaissait entièrement sous une énorme verrue, de ces dents désordonnées, ébréchées çà et là,, comme les créneaux d’une forteresse, de cette lèvre calleuse sur laquelle une de ces dents empiétait comme la défense d’un éléphant, de ce menton fourchu, et surtout de la physionomie répandue sur tout cela, de ce mélange de malice, d’étonnement et de tristesse. Qu’on rêve, si l’on peut, cet ensemble.

L’acclamation fut unanime. On se précipita vers la chapelle. On en fit sortir en triomphe le bienheureux pape des fous. Mais c’est alors que la surprise et l’admiration furent à leur comble. La grimace était son visage.

Ou plutôt toute sa personne était une grimace.
[…]
On eût dit un géant brisé et mal ressoudé.

Quand cette espèce de cyclope parut sur le seuil de la chapelle, […] la populace le reconnut sur-le-champ, et s’écria d’une voix:

– C’est Quasimodo, le sonneur de cloches ! c’est Quasimodo, le bossu de Notre-Dame !Quasimodo le borgne! Quasimodo le bancal ! Noël ! Noël !**

On voit que le pauvre diable avait des surnoms à choisir.

– Gare les femmes grosses*** ! criaient les écoliers.
– Ou qui ont envie de l’être, reprenait Joannes.

Les femmes en effet se cachaient le visage.

– Oh! le vilain singe, disait l’une.
– Aussi méchant que laid, reprenait une autre.
– C’est le diable, ajoutait une troisième. »

Victor HUGO, Notre-Dame de Paris, Livre 1, chapitre V, 1831
* tétraèdre : à quatre faces.
** Noël : cri de joie.
*** grosses: enceintes.

Comme nous le voyons à travers cette description, le monstre n’existe plus en tant qu’homme : tout d’abord comparé à un « singe », il n’est qu’un phénomène de foire dont le corps, transformé en spectacle, est mis à distance de la société normale pour en faire un objet de curiosité, un bouffon tragique : il devient celui dont on peut se moquer légitimement, dont le rire peut disposer librement. Comparé également à un « diable », il est en outre associé par la foule à la figure du mal.

Ce très beau texte permet aussi d’interroger notre rapport à la différence. Le rire de rejet est ainsi un refus de l’altérité et plus encore une légitimation de la violence permettant à celui qui rit de triompher de l’échec et du vide existentiels en dénaturant l’autre, et de s’affranchir, par procuration, de la loi morale. Le rieur devient Dieu, et celui qui fait l’objet de la moquerie est en quelque sorte une marionnette dont le rieur se plait à tirer les ficelles.

Charles Lughton, magistral dans Quasimodo (The Hunchback of Notre Dame) de  William Dieterle (1939)

L’Homme qui rit  (1869)

Dans ce roman historique, social et philosophique, dont l’action se déroule en Angleterre au début du XVIIIe siècle, Victor Hugo évoque les destins croisés de plusieurs personnages. Parmi eux, Gwynplaine « l’homme qui rit », défiguré alors qu’il était enfant, devient malgré lui la vedette incontestée des foires de la vieille Angleterre où la vision de son visage déformé cause l’hilarité générale…

Dessin à l’encre de Victor Hugo →

« C’est en riant que Gwynplaine faisait rire. Et pourtant il ne riait pas. Sa face riait, sa pensée non. L’espèce de visage inouï que le hasard ou une industrie bizarrement spéciale lui avait façonné, riait tout seul. Gwynplaine ne s’en mêlait pas. Le dehors ne dépendait pas du dedans. Ce rire qu’il n’avait point mis sur son front, sur ses joues, sur ses sourcils, sur sa bouche, il ne pouvait l’en ôter. On lui avait à jamais appliqué le rire sur le visage. C’était un rire automatique, et d’autant plus irrésistible qu’il était pétrifié. Personne ne se dérobait à ce rictus. […] Par la vertu de la mystérieuse opération probablement subie par Gwynplaine enfant, toutes les parties de son visage contribuaient à ce rictus, toute sa physionomie y aboutissait, comme une roue se concentre sur le moyeu ; toutes ses émotions, quelles qu’elles fussent, augmentaient cette étrange figure de joie, disons mieux, l’aggravaient. […]

Qu’on se figure une tête de Méduse gaie.

Tout ce qu’on avait dans l’esprit était mis en déroute par cet inattendu, et il fallait rire.

L’art antique appliquait jadis au fronton des théâtres de la Grèce une face d’airain joyeuse. Cette face s’appelait la Comédie. Ce bronze semblait rire et faisait rire, et était pensif. Toute la parodie, qui aboutit à la démence, toute l’ironie, qui aboutit à la sagesse, se condensaient et s’amalgamaient sur cette figure ; la somme des soucis, des désillusions, des dégoûts et des chagrins se faisait sur ce front impassible, et donnait ce total lugubre, la gaîté ; un coin de la bouche était relevé, du côté du genre humain, par la moquerie, et l’autre coin, du côté des dieux, par le blasphème ; les hommes venaient confronter à ce modèle du sarcasme idéal l’exemplaire d’ironie que chacun a en soi ; et la foule, sans cesse renouvelée autour de ce rire fixe, se pâmait d’aise devant l’immobilité sépulcrale du ricanement. Ce sombre masque mort de la comédie antique ajusté à un homme vivant, on pourrait presque dire que c’était là Gwynplaine. Cette tête infernale de l’hilarité implacable, il l’avait sur le cou. Quel fardeau pour les épaules d’un homme, le rire éternel !

Comme nous le voyons dans ce passage, le phénomène de l’exhibition va de pair avec l’exclusion dont Gwynplaine est victime : créature hors norme, il est littéralement un monstre burlesque, mais d’autant plus tragique, qu’il rit malgré lui : « C’est en riant que Gwynplaine faisait rire. Et pourtant il ne riait pas. Sa face riait, sa pensée non ». Pareille description fait du monstre l’archétype du faible, de l’exclu, de l’être bizarre, frustré, refoulé. Comme pour Quasimodo ou la créature de Frankenstein de Mary Shelley, ce qui domine ici est bien l’opposition entre l’apparence —le masque difforme et grotesque que Gwynplaine propose aux autres hommes, celui de l’homme qui rit—, et ce qu’il est réellement, un homme intelligible et sensible, qui ne rit pas.

« le monstre est voué à l’exclusion » 

 

Passager clandestin de la littérature, le monstre habite des romans et des récits dont la lecture procure un plaisir difficile à avouer. […] Qui sont ces monstres ? De malheureuses victimes de malformations physiques que les camelots exhibent dans les foires et dont le commerce a donné naissance à d’odieuses pratiques de mutilation, comme le montre Victor Hugo dans L’Homme qui rit ? Ou des êtres malveillants dont les anomalies physiques exhibent la perversité ? Doués d’une ambiguïté fondamentale, les monstres suscitent peur et pitié, répulsion et fascination.

Condamnés à l’exclusion, ils incarnent d’abord la différence. Affligés de difformités morphologiques, ils provoquent une répulsion et une interrogation. Des êtres d’une apparence aussi étrange induisent par analogie un jugement moral, hâtif, mais vite porté par le bon sens populaire et habilement exploité par les esprits cultivés, comme le prouve la chasse aux sorcières menée par les Inquisiteurs au Moyen Âge. De tels vices physiques ne peuvent que manifester la noirceur de l’âme. L’horreur engendrée par les monstres fait planer une menace de mort qu’il est urgent de repousser : le monstre est voué à l’exclusion.

Mais les secrets qu’il laisse entrevoir sur les mystères de la vie humaine suscitent simultanément une curiosité bien proche du désir. Le désordre et le mal que représente le monstre ne sont-ils pas le signe d’une transgression des tabous, des interdits élaborés par la civilisation, pour sa sauvegarde, mais au détriment de jouissances inavouées ?

[…] Mais le monstre est le double dégradé de l’être idéal, tout comme le diable l’est de Dieu, et l’interdit n’est que l’envers du désir. Le monstre est ambivalent, comme l’angoisse qu’il suscite. Cette ambivalence se raffine lorsque le dédoublement ne se manifeste plus dans un objet extérieur, mais qu’il est vécu comme une division ou une permutation du moi. C’est ce que révèle le dédoublement du Dr. Jekyll en Mr. Hyde qui avoue sa certitude de la dualité de sa personnalité, ou la perte d’identité, délire diabolique, qui torture Médard dans Les Elixirs du Diable. Les vampires, les plus primitifs des monstres, parents de la Chimère, personnifient aussi nos désirs de longévité, d’ubiquité et de volupté : ils suscitent ainsi, dans la conscience raisonnable, la peur qu’impliquent de tels excès.

Claire Caillaud, « Les délices de la peur »,
revue Textes et documents pour la classe, décembre 1995.

 

 Le véritable monstre, c’est l’homme…

Mary Shelley, Frankenstein ou le Prométhée moderne (1817), dernier chapitre
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À la fin du roman, la créature monstrueuse, œuvre du Docteur Frankenstein, s’adresse au narrateur…
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Je ne demande pas de compassion pour ma misère. Jamais personne ne m’accordera sa sympathie. Quand je l’ai recherchée pour la première fois, je tenais à partager avec autrui l’amour de la vertu ainsi que les sentiments de bonheur et d’affection qui habitaient mon être. Maintenant que cette vertu n’est plus qu’une ombre, que le bonheur et l’affection ont fait place à un désespoir amer et détestable, que me reste-t-il pour susciter la sympathie ? […] Autrefois, j’espérais follement rencontrer des êtres qui, oubliant ma laideur, m’aimeraient pour les qualités dont je savais faire montre. Je me nourrissais de pensées élevées d’honneur et de dévouement. Hélas, le crime m’a désormais rabaissé à un rang inférieur à celui de l’animal le plus vil. […] Quand je songe à la liste effrayante de mes péchés, je ne puis croire que je fus bien cette créature dont l’esprit était rempli de visions sublimes et transcendantes de la beauté et de la majesté de la bonté. Mais ainsi va la vie, l’ange déchu devient un démon malfaisant. Pourtant, cet ennemi de Dieu et des hommes, lui-même, avait des amis et des compagnons dans sa désolation ; hélas, je suis seul.
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© Gallimard Folio Plus, Traduit de l’Anglais par Paul Couturiau, 2008.

En fait, comme nous le comprenons bien, le monstre n’est pas celui qu’on croit : la laideur monstrueuse des uns révèle la laideur morale et « l’inhumaine comédie » du monde. Dans Elephant Man (1980), David Lynch décrit ainsi magistralement le calvaire de John Merrick, exposé comme un phénomène de foire parce qu’il ne correspond pas « à la règle générale entendue comme une norme »12 : le monstre, c’est bien l’humanité elle-même qui le génère par son inhumanité, par sa démesure destructrice, cynique et immorale.

Comme le remarque très bien Éric Dufour à propos d’Elephant Man, « l’exhibition du monstre, dans un film qui semble toutefois relayer le dispositif du cirque, puisqu’il diffère l’apparition de la difformité physique et en fait un spectacle comme à la foire, est le corrélat d’une interrogation qui surgit au sein de la narration : qui est le véritable monstre ? Ne sont-ce pas plutôt ceux qui, sous leur normalité physique, se révèlent être des monstres moraux  » ? 13 

La fin du roman  Frankenstein de Mary Shelley est à ce titre très intéressante : en présentant le monstre comme la conséquence du prométhéisme accru et incontrôlé de l’homme moderne, forme de « surenchère organisée dans l’extraordinaire » (B.O.), l’auteure défie les taxinomies, c’est-à-dire la classification des espèces selon des normes dichotomiques, si en vogue au XIXe siècle : dans des sociétés sérialisées à l’extrême où le rêve eugéniste tend à définir les individus selon des critères de perfection physique qui apparentent idéalement l’homme à un dieu, la créature de Mary Shelley nous rappelle l’existence d’une autre dimension : l’extraordinaire de la créature, c’est précisément son humanité. Il n’est plus ce « vivant de valeur négative » (G. Canguilhem) que nous évoquions au début de notre étude, il est l’humanité de l’homme, c’est-à-dire sa conscience.


Freaks : une réflexion sur la condition humaine 

Réalisé en 1932 par Tod Browning, Freaks, (traduction française : La Monstrueuse Parade) est un film américain culte qui amène à une réflexion majeure sur la condition humaine par le biais de la monstruosité. Le point de vue adopté par le réalisateur est toujours celui des monstres.

cleopatra_freaks_1Le film raconte de la façon la plus crue comment Hans, lilliputien dans un cirque, tombe amoureux de la grande et belle trapéziste Cléopâtre : flattée et amusée au départ, celle-ci se joue du désarroi de Hans et méprise les « monstres » de la troupe : victime de ses moqueries, les « freaks », se vengent…

« Ils

boivent, mangent, fument, font leur lit, se marient, ont des enfants, discutent, se disputent, se font du souci, observent ce qui se déroule autour d’eux, aident l’un des leurs… Ils sont toujours aperçus au repos et non au travail, mais les gestes quotidiens qu’ils effectuent sont manifestement les leurs dans le spectacle : tenir une fourchette ou un verre avec l’un de ses pieds pour manger et boire, marcher avec ses mains, saisir et allumer une cigarette avec sa seule bouche afin de fumer… Le simple fait de boire, manger ou fumer devient un numéro monstrueux. […] L’une des grandes forces – inventions ? – de Browning est ainsi de faire jouer le naturel à des êtres singuliers. […] Quant à Cleopatra, si sa monstruosité est d’abord morale, quelques éléments indiquent son hybridation à venir. Trapéziste et belle femme, elle tient du génie aérien qu’est la sylphide. En bonne vamp, elle a à voir avec de nombreuses créatures mythologiques […] qui s’en prennent aux hommes qu’elles séduisent et affaiblissent. Par son comportement de femme avide, elle est assimilable à une harpie dont elle possède finalement presque le physique (un corps de vautour et une tête de femme). Enfin, en refusant d’appartenir à la tribu cleopatra_freaks_2des phénomènes par l’union, Cleopatra est condamnée à y entrer par la manière forte. Freaks est aussi le récit du cheminement qui conduit Hans à s’accepter comme il est et Cleopatra à incarner physiquement sa monstruosité. D’« oiseau de paradis » (filmé
en contre-plongée) évoluant dans les airs de la piste de cirque, elle devient femme-canard (saisie en plongée) clouée au sol dans un box de sideshow. Freaks est donc fondamentalement un film sur l’acceptation des corps monstrueux par eux-mêmes. »

Boris Henry, « Dossier Freaks » (Lycéens et Apprentis au cinéma), page 7.

En remettant en cause l’ordre qui assigne à chaque chose sa place, l’extraordinaire amène donc à une profonde réflexion sur la condition humaine par le biais de la monstruosité, comme apte à réordonner le réel selon une logique de questionnement autant social que moral : comment voyons-nous ce qui n’est pas ordinaire ? Quelle est la légitimité de nos critères de jugement et de nos réquisitoires ? Qu’est-ce qu’un prodige s’il fait dé-naître l’enfant qui est dans l’homme, le cœur qui est dans l’âme ?


Parcours de lecture 2
Franz Kafka : La Métamorphose

Rédigée en 1912 dans un contexte de crise politique, sociale et familiale grave, La Métamorphose de l’écrivain tchèque Franz Kafka entretient le malaise et la perplexité. Derrière le point de départ fantastique de la nouvelle se cache en effet un sens symbolique et métaphysique qui altère volontairement les conventions et les codes du romanesque. Dans ce passage du chapitre 3, Gregor, personnage banal métamorphosé en insecte, profite d’un moment d’inattention de la famille qui l’a cantonné dans sa chambre, pour écouter sa sœur Grete jouer du violon.

La sœur se mit à jouer ; le père et la mère suivaient attentivement, chacun de son côté, les mouvements de ses mains. Gregor, attiré par le violon, s’était risqué un peu plus loin en avant, et avait déjà la tête dans la salle. […] avec la poussière qui régnait dans sa chambre et qui volait au moindre mouvement, il était, lui aussi, couvert de saletés ; il entraînait avec lui des bouts de fil, des cheveux, des restes de nourriture, accrochés sur son dos et sur ses flancs ; et son indifférence à tout était par trop grande pour qu’il se mît sur le dos, comme il le faisait avant, plusieurs fois par jour, afin de se nettoyer contre le tapis. Or malgré l’état où il se trouvait, il n’eut pas scrupule à s’avancer quelque peu sur le plancher impeccable de la salle.

Au demeurant, personne ne lui prêtait attention. La famille était entièrement requise par le violon ; les locataires en revanche […] en avaient assez de toute cette séance, et ce n’était plus que par politesse qu’ils acceptaient d’être dérangés.

[…] Gregor rampa un peu plus loin encore, gardant la tête au ras du plancher […] Était-il un animal, alors que la musique le bouleversait tant ? Il avait l’impression que s’ouvrait devant lui un chemin vers la nourriture inconnue à laquelle il aspirait. Il était résolu à progresser jusqu’à la sœur, à tirer un petit coup sur sa jupe pour lui suggérer que si elle voulait bien, elle n’avait qu’à venir avec son violon chez lui, car personne ici n’appréciait sa musique comme il le ferait, lui. Il avait l’intention de ne plus la laisser sortir de sa chambre, du moins tant qu’il serait en vie. Pour la première fois, son aspect effrayant lui servirait à quelque chose : il se voyait gardant en même temps toutes les portes de sa chambre et repoussant les assaillants de son souffle rauque. La sœur, elle, ne devait pas être contrainte, il faudrait qu’elle demeurât chez lui de son plein gré ; il faudrait qu’elle restât sur le canapé assise à côté de lui, qu’elle abaissât son oreille jusqu’à lui, et il lui confierait alors qu’il avait eu la ferme intention de l’envoyer au conservatoire et que, si ce malheur n’était pas arrivé entre-temps, il l’aurait annoncée à tout le monde à Noël dernier — Noël était passé, c’est bien cela ? —, et ce sans tenir compte d’aucune objection. Après cette explication, la sœur, bouleversée, éclaterait en larmes ; Gregor se hausserait jusqu’à son épaule et embrasserait son cou qui était dégagé, car depuis qu’elle allait au magasin, elle ne portait ni ruban, ni col.

« Monsieur Samsa ! » cria au père le monsieur du milieu, en pointant le doigt, sans un mot de plus, vers Gregor qui avançait lentement. Le violon se tut ; le locataire commença par sourire en hochant la tête en direction de ses amis, puis regarda de nouveau vers Gregor. Au lieu de chasser Gregor, le père parut considérer comme plus urgent de rassurer les locataires, bien qu’ils ne fussent pas émus du tout et que Gregor semblât les divertir beaucoup plus que le violon. Il se hâta d’aller vers eux et tenta, bras largement écartés, de les refouler dans leur chambre, en s’interposant pour les empêcher de regarder Gregor. Alors ils commencèrent à se fâcher un peu, sans que l’on pût décider si c’était à cause de l’attitude du père ou s’ils étaient en train de découvrir qu’ils avaient eu, sans le savoir, un voisin de chambre tel que Gregor.

Ce passage, très caractéristique de l’univers kafkaïen, est une véritable métaphore du tragique de la condition humaine. Au départ, la scène décrite semble totalement absurde. Rejetant délibérément la littérature d’épouvante, l’auteur refuse de se complaire dans l’horrible et choisit au contraire de s’en distancer. L’histoire est en effet présentée comme une série de faits réels. Cela explique en partie le manque d’étonnement des personnages. On a plutôt l’impression de pantins ou de simples figurants de théâtre réduits à un rôle caricatural.

Cette façon de prendre distance avec la tragédie racontée est caractéristique de l’expressionnisme kafkaïen : apparu au début du vingtième siècle, l’expressionnisme est la projection d’une subjectivité qui tend à déformer la réalité pour inspirer au lecteur une réaction émotionnelle. Tout le réalisme de la scène semble progressivement déformé au point de devenir oppressant. Pour atteindre une plus grande intensité expressive, le narrateur omniscient n’hésite pas à apporter un grand nombre de détails : Kafka prend ici le contre-pied d’une position fantastique en proposant une description dénuée de tout effet spectaculaire.

En fait, le sens latent est à découvrir dans les lignes du récit : celui d’une tragédie familiale et d’un drame social : chassé par les siens, relégué dans la saleté de sa chambre, Gregor vit la séparation et la solitude : il est l’archétype du monstre, de l’étranger, de l’incompris. L’espace de La Métamorphose est circonscrit par des fenêtres et des portes qui ont pour fonction d’être des frontières. On voit très bien dans ce passage une séparation entre l’espace immaculé où vit la famille (« le plancher impeccable de la salle ») et la saleté de la chambre de Gregor (« avec la poussière qui régnait dans sa chambre et qui volait au moindre mouvement, il était, lui aussi, couvert de saletés »). L’appartement ressemble ainsi à un huis-clos sans aucune porte de sortie, et dont la seule issue sera la mort.

Par la transcription d’un univers où l’imaginaire envahit la banalité de l’Histoire et désordonne le réel, La Métamorphose apparaît comme la « préfiguration angoissante de la condition humaine dont les impératifs finissent par avilir, au point de transformer symboliquement, les individus en cloportes »14. Car la bestialité n’est sans doute pas à chercher là où elle semble la plus apparente : pour Kafka, les véritables monstres sont les gens apparemment normaux prêts à tuer et à rejeter les différences. La métamorphose, c’est avant tout la métamorphose du monde. Les deux guerres mondiales du vingtième siècle et leurs atrocités donnent à cette  nouvelle une dimension visionnaire.

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CONCLUSION


N

ous avons terminé sur Kafka et la métamorphose de Gregor. Nous aurions pu évoquer également la transformation des hommes en rhinocéros dans la pièce d’Eugène Ionesco : comme le dit Daisy, « Après tout, c’est peut-être nous qui avons besoin d’être sauvés. C’est nous peut-être les anormaux » (Acte III). Prisonniers de notre carapace d’insecte, sommes-nous capables de penser l’Autre autrement qu’en termes de rejet ? Le monstre, c’est la norme sclérosante, ce sont nos préjugés.

De fait, en questionnant les normes sociales et morales, l’irruption de l’extraordinaire nous confronte à notre véritable humanité : le monstre ne nous transpose pas dans l’irréalité ; ses excès révèlent la dureté de la vraie vie. La nouvelle de Kafka débute ainsi par le réveil de Gregor, métamorphosé en insecte, et sa confrontation au monde bien réel. Enfermé par les siens dans sa chambre, il est en proie à la monstruosité du monde et va mourir victime de cette monstruosité.

Le monstre emblématise la menace de l’altérité. Comme l’a bien dit Georges Canguilhem, « l’existence des monstres met en question la vie quant aux pouvoirs qu’elle a de nous enseigner l’ordre »15. : le sort de Gregor est semblable à celui de Quasimodo, de Gwynplaine, de la Créature de Mary Shelley ou des humanoïdes immortalisés dans Blade Runner de Ridley Scott ou dans Intelligence Artificielle de Steven Spielberg : le rejet du hors norme conduit à questionner la folie ordinaire qui habite chacun d’entre nous.

Car l’altérité monstrueuse n’est point constituée seulement de silhouettes plus effrayantes les unes que les autres, de crânes chauves, de visages blafards avec des oreilles en pointe, de monstres bossus transgressant l’ordre social… La vraie monstruosité n’est pas l’autre mais elle se nourrit toujours de la déshumanisation de l’autre. Elle n’est pas la liberté, elle est la liberté de rabaisser l’autre, de le mépriser et de le haïr : monstruosité mortifère dont le racisme constitue sans nul doute le point culminant.

Bruno Rigolt
© novembre 2016, Bruno Rigolt/Espace Pédagogique Contributif

 

NOTES

1. Voir par exemple : Anna Caiozzo et Anne-Emmanuelle Demartini, Monstre et imaginaire social : approches historiques, Paris Creaphis Éditions 2008, page 204.
2. Martial Guédron (dir.), Monstres, merveilles et créatures fantastiques, Paris Hazan 2011, page 120.
3. Dictionnaire des mythes du fantastique, sous la direction de Juliette Vion-Dury et Pierre Brunel, PULIM (Presses Universitaires de Limoges), 2004, page 169.
4. Virginie MARTIN-LAVAUD, Le Monstre dans la vie psychique de l’enfant, Toulouse, ERES 2012.
5. Georges Canguilhem, « La Monstruosité et le monstrueux », in : La Connaissance de la vie, Paris Jean Vrin 1992, pages 172, 173.
6. Christine Ferlampin-Acher, Fées, bestes et luitons, Croyances et merveilles dans les romans français en prose (XIIIe-XIVe siècles), Presses de l’université de Paris-Sorbonne, 2002, page 292.
7. François Dagonet, « la nécessité du monstre », in : La Vie et la mort des monstres, sous la direction de Jean-Claude Beaune, collection « Milieux », champ Vallon, Seyssel 2004
page 89.
8. Guédron, op. cit. page 229.
9. Mireille Fognini, « Traversée d’une exposition de la souffrance « Francis Bacon : le sacré et le profane » », Le Coq-héron 1/2005 (no 180) , p. 139-141.
10. Maud Massila, « Le monstre à visage humain », Histoires de monstres à l’époque moderne et contemporaine, volume X, Cahiers Kubaba, Université de Paris-I Panthéon Sorbonne, Paris L’Harmattan 2007, page 21.
11. Pierre Ancet, Phénoménologie des corps monstrueux, Paris PUF 2015
12. Alain Dufour, Les Monstres au cinéma, Paris Armand Colin 2009.
13. ibid.
14. Sophie Rochefort-Guillhouet, La Littérature fantastique en 50 ouvrages, Paris Ellipses 1998, page 145.
15. Georges Canguilhem, op. cit. page 171.

 

Travaux dirigés niveau de difficulté : moyen 

 
  • Autoexercice 1
    Les portraits déformés de l’artiste hongroise Flóra Borsi sont de véritables déconstructions des visages et corps parfaits des photographies de mode.
    → Visitez d’abord le site de l’artiste.
    → Dans quelle mesure ses travaux amènent-ils à penser différemment la réalité ?
    → Il peut être intéressant de comparer les travaux de Flóra Borsi  avec ceux de la photographe américaine Diane Arbus (1923-1971), l’une des plus grande portraitistes du XXème siècle, qui s’est faite remarquer par sa fascination pour ceux que l’on considère comme des marginaux.
    → Après avoir parcouru attentivement la page que le site Intermède consacre à Diane Arbus, et cherché sur Internet d’autres photographies, montrez en quoi les travaux de cette artiste, notamment le regard qu’elle porte sur les instants du quotidien, finissent par nous renvoyer à notre propre bizarrerie.
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  • Autoexercice 2
    → Lisez les premières pages de la Métamorphose de Kafka (pages 5 à 8), depuis : « En se réveillant un matin après des rêves agités » (page 5) jusqu’à : «  il faut que je me lève, car mon train part à cinq heures. » (page 8).
    → Dans quelle mesure l’absence d’étonnement de Gregor face à sa métamorphose est-il inquiétant ?
    La Métamorphose peut être interprétée comme une allégorie de la différence, et du rejet qu’elle peut entraîner. Pour Kafka en effet, les véritables monstres sont les gens apparemment normaux prêts à tuer et à rejeter les différences. Montrez en quoi les deux guerres mondiales du vingtième siècle et leurs atrocités donnent à cette  nouvelle une dimension visionnaire.
    → Analysez l’illustration de cette couverture de La Métamorphose (Metamorphosis and Other Stories, Penguin Modern Classics). Comment l’extraordinaire est-il traité ?

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  • Autoexercice 3
  • Dessinateur, graveur, écrivain et philosophe autrichien, Alfred Kubin (1877-1959), est peu connu du grand public en France. L’exposition du Musée d’Art Moderne en 2007 a contribué à faire découvrir cet artiste inclassable, dont les dessins à la plume, à la fois satiriques et visionnaires, annoncent le surréalisme.

→ Regardez quelques créations de cet artiste, notamment « l’Épouvante » (1901) reproduite ci-dessous :

  • Alfred Kubin (1877-1959), L’Epouvante, 1901 – Plume, encre, lavis, crachis – 27,3 x 27,3 cm – Vienne, Leopold Museum (© ADAGP Paris, 2007)


→ Alfred Kubin se définissait lui-même comme « l’organisateur de l’incertain, du tremblant, de la pénombre, de l’onirique ». Dans quelle mesure ces termes se rapportent-ils à l’extraordinaire ?
→ En quoi le regard qu’Alfred Kubin pose sur le monstre laisse-t-il deviner le monstre qui sommeille en nous ?
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  • Autoexercice 4
    Le très beau film de Steven Spielberg, Intelligence artificielle (2001) comporte une très célèbre séquence : la « foire à la chair », où sont lynchés les robots bons pour la casse. Par sa violence, cette scène rappelle l’exhibition des monstres au XIXe siècle, et révèle le côté orgiaque et voyeuriste d’une foule hystérique où les véritables monstres se révèlent être les humains.

__→ En quoi cette scène évoque-t-elle les propos de Daisy dans l’acte III de Rhinocéros d’Eugène Ionesco : « Après tout, c’est peut-être nous qui avons besoin d’être sauvés. C’est nous peut-être les anormaux » ?

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© Bruno Rigolt, novembre 2016_