Aujourd’hui, vendredi 16 juin, la contribution de Rim et Sarah (Première STMG2)

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire. 

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

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Aujourd’hui, vendredi 16 juin, la contribution de Rim et Sarah Z.
(Première STMG-2)

 Vendredi 16 juin : Guy S. (Première S-2)

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« Kelbi  ileyka ya Fès »

par Rim Z. et Sarah Z.
Classe de Première STMG-2

Fés, ma chère ville,
Là-bas ton soleil éclaire le sourire de mes parents,
N’brick bezeef Fés,

Quand je suis avec toi mes problèmes s’envolent dans ton vent
Comme l’odeur du tajine que Jedda vient de sortir du four
Tu m’as vue grandir, tu me manques déjà,
J’aimerais entendre encore les cris d’Oumy qui appelle
Les enfants pour qu’ils rentrent,

Malgré la distance je resterai ton enfant.

Je me rappelle que les lumières m’éclairaient la nuit dans la Médina
Le marchand au loin criait « Djellaba pas chère Madame,
Cinq dirham, ti belle viens essayer »
Il me faisait rire avec son accent… Si loin maintenant…
Tes enfants ne pleurent jamais, ils sont toujours heureux

La couleur de ton ciel me redonne la joie,
Tout l’amour que tu m’as donné… Tu mérites aussi mon amour :
Alors j’aimerais te dire N’ brick bezeef n’mout haylik.

Le quartier des tanneurs à Fès… 
|Source : Office du Tourisme du Maroc|

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Le point de vue des auteures…

Ce poème s’intitule « Kelbi  ileyka ya Fes » qui pourrait signifier en Français « J’ai donné mon cœur à Fès ». De fait, le texte évoque notre enfance au Maroc, pays de nos origines. Située à 180 km à l’est de Rabat, entre le massif du Rif et le Moyen Atlas, la ville de Fès fait partie des villes impériales du Maroc.

Considérée encore de nos jours comme sa capitale spirituelle, elle témoigne d’un extraordinaire patrimoine culturel qui lui a permis d’être classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Qui n’a pas entendu parler de la grande mosquée Quaraouiyine, des célèbres mosaïques, du bleu de Fès ou du vert des minarets, des tanneries de l’ancienne médina, ou des fabriques de caftans ?

Pour évoquer notre amour de Fès, nous avons voulu également faire référence à des réalités plus quotidiennes qui sont celles de la médina : de cette mosaïque de paysages, de parfums d’épices et de couleurs, nous avons retenu quelques mots qui permettent d’ancrer le texte dans le charme et l’authenticité :

Je me rappelle que les lumières m’éclairaient la nuit dans la Médina
Le marchand au loin criait « Djellaba pas chère Madame,
Cinq dirham, ti belle viens essayer »

De même, nous avons voulu transmettre un message rempli de joie et de sentiments, avec les femmes qui préparent le tajine ou les mères appelant les enfants dans la rue pour qu’ils viennent manger… Comme un repas que l’on partage, nous avons écrit ce poème pour faire partager au lecteur quelques unes de nos émotions les plus intenses et les plus intimes. Le lyrisme qui parcourt tout le texte permet ainsi de mettre en avant nos sentiments si forts par rapport à cette ville, qui est pour nous le lieu des origines et de l’enfance.

Évoquer cette ville, c’est donc en quelque sorte avoir une mémoire, c’est ne pas oublier qui l’on est et d’où l’on vient. Au vingt-et-unième siècle, cette conscience du passé est essentielle. Chaque endroit de Fès, chaque rempart de la médina parle à notre âme, raconte une histoire, raconte une mémoire…

Voici pourquoi cette évocation de Fès a été aussi pour nous l’occasion de réfléchir au sens de la poésie. Écrire un « po-aime » pour reprendre l’intitulé de cette belle exposition, c’est aussi chercher à se comprendre soi-même, dans la mesure où la poésie réunit le langage, l’art et la spiritualité…

© Rim Z. et Sarah Z.
Classe de Première STMG-2 (promotion 2016-2017), juin 2017.

Espace Pédagogique Contributif

Aux alentours de Fès…
|Source : Office du Tourisme du Maroc|

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brunorigolt

Bruno Rigolt Docteur ès Lettres et Sciences Humaines, Prix de Thèse de la Chancellerie des Universités de Paris. Diplômé d'Etudes approfondies en Littérature française et en Sociologie ; Maître de Sciences Politiques ; Professeur de Lettres Modernes et de Culture générale au Lycée en Forêt (Montargis, France).