Aujourd’hui, dimanche 18 juin, la contribution d’Élisa (Première S2)

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire. 

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

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Aujourd’hui, dimanche 18 juin, la contribution d’Élisa O.-P. (Première S-2)

 Dimanche 18 juin :

  • Lucas D.-M. et Oussama B. (Première STMG-2)
  • Rose F. (Première S2)

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« Днiпро »¹

par Élisa O.-P.
Classe de Première S-2

Sur le Dniepr¹ danse ta mémoire
Nous savions que nous étions déjà venus
L’essence même de mon existence
Mène à ta peau entourée de mes paumes
Nous savions que nous nous étions déjà vus
Brilles-tu seulement pour moi ?
Rythme effréné de ma vie

Les vents chantent en ton nom
Embrasse mon âme et je suis à toi
Fleur de la lune vibrant la nuit
Ne laissait personne assez proche pour la voir
En tant qu’humain détruisant au toucher
Nous savions que nous étions perdus
Tourment au sein de la nuit

Que sommes-nous aujourd’hui ?
Faisait-il chaud au crépuscule ?
Ce soir tu as froid.
Ce soir je me noie.
Esquivons ces lieux
Il me dit que la fin est proche
Nous savions que nous nous trouverions.

  1. Днiпро (Ukrainien) : Dniepr. Le Dniepr est un fleuve d’Europe de l’Est. D’une longueur de 2290 kilomètres, il est le troisième fleuve d’Europe. Il prend sa source en Russie et se jette dans la mer Noire après avoir parcouru près de 1100 kilomètres en Ukraine. D’un point de vue culturel, le Dniepr est un symbole national de l’Ukraine, ainsi qu’en témoigne la moitié bleue du drapeau ukrainien.


« Sur le Dniepr danse ta mémoire… »

Illustration : © 2016, 2017 Élisa O.-P.

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Le point de vue de l’auteure…

Il est 6 heures du matin, en France. Il est minuit à New York. Assise sur un des rooftops* de Time Square, je regarde la foule qui se bouscule en bas : un silence transcendant sublime le toit où je me tiens. Ce soir-là le temps s’est arrêté. Tout un tas de questions se bousculent dans mon esprit, comme le sens de la vie… Et de petite réminiscences. J’écris, je trouve une serviette sur le sol, un stylo en main. Un poème vaut-il toujours la peine d’être écrit de manière préméditée ? Ce soir je me lance.

C’est donc ici que les premiers vers voient le jour, ou plutôt la nuit. Le temps passe mais les jours persistent. Le souvenir reste mais la chaleur s’évade. Peut-on transposer tout cela au sein d’un poème ? Qu’en est-il de l’émotion au cœur des mots ? Au-delà des péripéties de la vie, mon âme appartient toujours à ma chère Ukraine, aux steppes flamboyantes, au fleuve Dniepr et à ses flots enivrants. Source d’inspiration profondément ancrée − et encrée − en moi, la littérature et la culture slaves ne cessent d’abreuver ma plume.

Ces strophes sont un hymne à la mémoire : il est question d’un homme déjà fatigué, rencontrant chaque nuit le souvenir de celle qu’il eu la chance de pouvoir observer danser sur les bords du Dniepr, tous les soirs durant sa jeunesse comme il est évoqué au début du texte : «Sur le Dniepr danse ta mémoire/Nous savions que nous étions déjà venus ». Le caractère éphémère de cette rencontre est souligné au vers 10 : « Fleur de la lune vibrant la nuit », et mis en valeur par des ruptures syntaxiques accentuant l’impression de coupure temporelle.

Embrasse mon âme et je suis à toi
Fleur de la lune vibrant la nuit

Cependant l’utilisation d’anaphores (« nous savions ») permet de rappeler que tout part d’un seul et même point : une idylle juvénile perdue. Les trois derniers vers sous forme d’anacoluthe, amènent une rupture de la cohésion syntaxique de la phrase permettant l’énonciation de fait réels et évidents aux yeux du vieil homme : il doit partir ; le temps lui annonce qu’il ne lui appartiendra bientôt plus ; il savait que la mort les réunirait. Enfin, la structure strophique en septains, permet de créer une temporalité à la fois très réelle et en même temps très onirique.

Voilà maintenant des années que je pose des mots sur les plus profonds recoins de mon âme. Il est question ici d’un poème, un poème si léger mais pourtant si lourd en signification.
Je veux refléter le temps qui passe en une seule minute de lecture.
Je veux faire l’éloge des mots à travers les vers.
Je veux bâtir un monde sur une simple page.

© Élisa O.-P.
Classe de Première S-2 (promotion 2016-2017), juin 2017.

Espace Pédagogique Contributif

* rooftop : toit. À New York, de nombreux rooftop bars ont souvent été aménagés sur les toits d’hôtels.

« L’essence même de mon existence
Mène à ta peau entourée de mes paumes… »

Illustration : © 2016, 2017 Élisa O.-P.

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Publié par

brunorigolt

Bruno Rigolt Docteur ès Lettres et Sciences Humaines, Prix de Thèse de la Chancellerie des Universités de Paris. Diplômé d'Etudes approfondies en Littérature française et en Sociologie ; Maître de Sciences Politiques ; Professeur de Lettres Modernes et de Culture générale au Lycée en Forêt (Montargis, France).