Poésie futuriste… expo en ligne… par les classes de Seconde !

Vous avez été nombreux à découvrir sur ce site la poésie futuriste. Beaucoup d’élèves de Seconde ont souhaité aller plus loin et proposer à leur tour un poème futuriste.

Chaque jour… un nouveau poème !

             

Aujourd’hui… L’hommage de Samuel B. (Seconde 7) au Futurisme !

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Demain, découvrez un nouveau poème avec Léo (Seconde 18) !

Entraînement BTS… Culture Générale… Génération Rap : crise identitaire et nostalgie générationnelle

bts2010b.1253099275.jpgEntraînement BTS : Génération(s)

                     

Génération Rap

Crise identitaire et nostalgie générationnelle

           

En ira-t-il du Rap comme de l’art moderne dont Octavio Paz, dans une conférence de 1972, déclarait qu’il commençait à « perdre ses pouvoirs de négation » ? L’auteur ajoutait : « Ses négations sont des répétitions rituelles : la rébellion est devenue procédé, la critique iam_2.1266678931.JPGrhétorique, la transgression cérémonial. La négation a cessé d’être créatrice ». Ces propos me semblent intéressants pour aborder ce qu’il convient d’appeler maintenant la « génération Rap ». De fait, entre le Rap des années 90, dénonciateur, revendicatif et engagé, et le Rap d’aujourd’hui, plus soucieux « de travailler le matériau sonore de la langue, de faire se répondre les sons, de décomposer les mots en syllabes et en lettres » (*) s’est creusé un fossé générationnel. Les valeurs originelles de la culture hip-hop, largement conditionnées par les luttes sociales et le refus des règles, semblent ainsi s’être affaiblies au profit d’un rap dont la composante artistique et poétique est indéniable.

En témoignent deux chansons (au demeurant vraiment réussies : vous pouvez les écouter grâce au lecteur intégré ci-dessous) qui figurent dans ce corpus : « Nos heures de gloire » d’IAM et « Rap français » (La Fouine). J’ai choisi ces textes parce qu’ils me semblent caractéristiques d’une mutation autant artistique que sociologique : si le Rap d’IAM et de La Fouine semblent avoir perdu d’une certaine façon la force d’opposition ainsi que le sens de la critique ou de la revendication tel qu’on l’entendait dans les années 1990 par exemple, force est de reconnaître que les textes expriment de façon profonde le sentiment identitaire complexe d’une génération qui, ayant perdu l’enthousiasme du début, se tourne sur son passé et porte un regard rétrospectif sur elle-même. D’où un sentiment de relatif échec et de douloureuse résignation. Plus se sont accentuées en effet les discontinuités la-fouine_2.1266666303.JPGsociales et historiques depuis les années 2000 et plus le mouvement a cherché son inscription identitaire dans la nostalgie d’un passé révolu (le lyrisme poétique et les réseaux lexicaux des textes illustrent bien cette nouvelle esthétique du « désenchantement »).

Dès lors, on peut parler d’une véritable « nostalgie générationnelle » qui amène à se poser plusieurs questions : comment la « Génération Rap » se définit-elle dans la France en crise d’aujourd’hui, confrontée aux réalités institutionnelles et sociales de la mondialisation ? Comment se situe-t-elle par rapport au passé, dans un monde plus fragmenté que jamais ? Quelles valeurs de transmission et de partage va-t-elle véhiculer ? Et, au-delà même de cette génération, ne pourrait-on parler d’un nouveau « mal du siècle » : celui d’une société orpheline des Trente Glorieuses et confrontée à l’échec de ses modèles d’intégration et de socialisation ? De fait, cette confrontation a mis à jour ce que j’appellerai la « solitude identitaire » d’une génération : solitude existentielle avant tout, propice à l’émergence d’un « mythe du Rap ». Mythe lié à une crise de la signification identitaire. Car ce qui est en cause aujourd’hui, c’est le « je » lui-même de cette génération, soucieuse d’avoir une légitimité et une reconnaissance.

Bruno Rigolt
(*) Julien Barret, Le Rap, ou, L’artisanat de la rime : stylistique de l’egotrip, L’Harmattan, Paris 2008, p. 21

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Corpus

  • Document 1 : Pierre-Antoine Marti, Rap 2 France : les mots d’une rupture identitaire
  • Document 2 : Stéphanie Molinero, « Rap et jeunesse »
  • Document 3 : IAM, « Nos heures de gloire »
  • Document 4 : La Fouine « Rap français »

Sujet : vous ferez des documents suivants, une synthèse concise, objective et ordonnée. Pour accéder au corrigé, cliquez ici.

Écriture personnelle : les relations entre générations sont-elles nécessairement de l’ordre du conflit?

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Un sujet difficile…

Malgré les apparences (trompeuses !), cet entraînement est particulièrement ardu car il amène à formuler objectivement une synthèse, qui se heurte à l’absence d’un recul historique. Or, sans ce recul temporel, nous sommes souvent tentés de nous en remettre à nos propres représentations, faussant ainsi l’objectivité nécessaire de la synthèse. Si les deux premiers documents ne posent pas de problème particulier, en revanche les textes des chansons réclament un traitement différencié et nous confrontent à un double travail critique : ils plongent tout d’abord dans un quotidien verbal, culturel et identitaire conflictuel, qui en complique la lecture. Sans prendre la distance nécessaire, les risques de contresens, ou de jugement personnel sont nombreux.

Ainsi est-il impératif, pour aborder sereinement cette synthèse, de prendre du recul, en se gardant bien (là est le piège) de rentrer dans un quelconque débat, quel que soit par ailleurs notre jugement personnel. Dès lors, comment « bien lire » les paroles des chansons ? Il faut évidemment les réinterpréter. Comme pour un poème par exemple, faire un résumé des chansons n’aurait aucun sens. Il convient au contraire de concevoir l’analyse sous l’angle d’une réinterprétation textuelle (bien comprendre l’outil symbolique du langage) en regard de la problématique posée : la génération Rap envisagée à la fois dans sa dimension rétrospective (les titres des chansons orientent l’interprétation) et comme vecteur critique d’une crise plus globale de l’identité nationale.

Synthèse difficile donc, pour laquelle je proposerai un corrigé complet mercredi 3 mars.

             

                              

 

             

  • Document 3 : IAM, « Nos heures de gloire » (Album, Saison 5, 2008)

Nos heures de gloire

Allez assieds toi près d’moi
J’viens t’conter mes heures au firmament des étoiles
Ni dans les geôles, ni dans les prétoires
Encore moins à braquer les équipes rivales avec une pétoire
C’t’ un livre ouvert, de mes rêves, de ma rage, de mes mémoires
De mes emmerdes, de mes cris et d’mes déboires
La vie réserve des surprises
Moi la lumière du soleil je la vois décomposée sur prisme
Eh ! tu t’souviens ? Nos soirées sangria
Sans liasses, j’pouvais pas faire un pas d’vant l’autre sans pillave (*)
Les Ham à six heures, ça grimpait au grillage
Ennemi avec le monde c’taient tous des putains d’frères Diaz
ANPE, J’avais ma file, en moi, ma foi, ma vie
Voir nos affiches sur les murs de la ville
Entre cris d’civils, sirènes d’ambulance
Voici une épaisse bible, du Hip Hop ambulante
Et si on s’moquait des cavés (**) en tiag, on travaillait le standing
Pour briller en soirée Manjacque
Tout n’est qu’une histoire d’image
Comme les condés (***) arrivent et nous parlent comme s’ils s’adressaient
À des primates, alors ça part en mauvais ping pong
Chuis plus un ouistiti maintenant, comme Veust, j’suis devenu King Kong
Et j’marche sur leurs buildings
Le stylo et la feuille représentent pour eux la frayeur ultime
Plus rien m’étonne d’puis qu’ils ont assassiné Ibrahim
Ils veulent ma peau quand j’dis : « Bismillah alrahman-i-rahim »
Ils traitent ça comme le pire des outrages
Puis ont mis du kaki dans nos bouches et nos visages camouflages
Les pages puis les livres, les marches puis l’élite
Du béton gris à des parterres d’Iris et de Lys
La chance a tourné comme un barillet
Et le quartier m’a tendu les bûches et les flammes comme à Galilée
Refrain
Nos heures de rage, nos heures de poisse, désert de calme
Nos heures de crasse, nos heures de classe
Nos heures d’amour, nos heures de haine, nos heures de mal
Erreur de jeunesse voilà nos heures de gloire
Freeman :
Quand j’ai commencé, j’portais l’son, sur l’épaule pour mon crew (****)
On vivait qu’pour la zik, inconscients, de c’qu’on allait devenir
On vivait au jour le jour, et les nuits étaient courtes
J’avais seize piges, et les conseils, d’ma mère passaient outre
Tu sais, j’ai jamais connu l’argent d’poche mon pote
Donc, j’allais le chercher, dans les poches des autres
On s’protégeait, comme on pouvait, avec bagarres, et coups d’pression
Entre bières, ham et trahisons
Aujourd’hui, j’suis fier, d’c’qu’on est dev’nus, moins du passé
Lassé d’sentir, l’mal, qui s’est jamais tassé
À présent, c’est l’retour d’manivelle qui s’produit
Mais je regrette rien, car j’ai eu des frères, et pas des amis
Refrain
Shurik’n :
Nos pas sur les dalles, 5 du mat, soirée chargée comme d’hab
Je nous revois les mains dans les poches, qu’est ce qu’on avait du mal
Entre l’alcool et la danse, KO technique, le retour était fatal
Pendant que le monde s’en allait au travail,
Nous on posait les doigts sur les bras des platines,
Le stylo frémissant sentant venir de nouveaux styles,
À l’heure où l’embouteillage embrassait la ville
Nous on caressait nos feuilles jusqu’à ce que sommeil s’en suive
L’encre coulait à flots de minuit à minuit, juste par amour
Alors on mangeait pas tous les midis, les pâtes ou le riz c’était les soirs de fêtes
Sinon c’était donër, cousin, sauce blanche sans oignons deux canettes
Sans pognon, d’accord, mais des rêves plein la tête,
Intrus dans le décor, c’était rare de porter une casquette
La gueule beaucoup trop grande, pour y mettre une sourdine
Pendant les heures creuses, on allait esquinter du skin (*****)
Je me souviens du jour, où on a pris des noms de guerre
C’est bizarre, à partir de là on a prôné l’inverse, déjà dérangeant
Dans nos versets, nos gooses matelassées
Nos cœurs et nos esprits mentalité Fat Lacet
Refrain

____________

(*) sans pillave : sans boire (**) cavés : ceux qui n’appartiennent pas au milieu (du Rap), qui n’en connaissent pas les codes. (***) condés : policiers (****) crew : groupe (de rap) (*****) skin : abbréviation de skinhead

Document 4 : La Fouine « Rap français » (Album Mes repères, 2009).

Rap français

Yeah yeah
J’ai de la force pour les frères
Où est mon trône ?
Retour aux pyramides, nique les clones
Un joint, une bougie, ce soir je force l’écriture
On est en 87, je rappe français pour les murs
La darone râle un peu, la fin du mois va être pire
Mais les couplets d’idées d’Arsenic me font tenir
Et les posters de Dady Lorksi, NTM ou Ro-K
J’ai mon survêt Lacoste et puis ma paire de Requins.
J’rêve d’interview, j’rêve d’Olympia, de quitter Trappes
J’ai quinze ans, j’suis dans ma chambre et ma vie c’est le rap
J’casse les c… aux voisins, j’suis bon qu’à me casser la voix
Chez les keufs, j’garde la furie et la foi
Musique rap-rap, musique que j’aime, j’aime ton parfum
J’taffe mal en classe, ma tête est dure comme un parpaing
Un minidisque, une platine, j’m’en vais poser
Mes meilleurs fans restent mes lits superposés
Refrain
Bon Dieu, qu’est-ce qu’on a enduré
Qu’est ce qu’on a sacrifié
Les meilleures années
(Rap Français )
On ne courait pas derrière le succès
On était passionnés
Les meilleures années
(Rap Français, mes meilleures années)
(Rap Français, mes meilleures années)
Mon esprit est déjà parti en yeucou
Ils disent de moi, ils disent de moi que je suis devenu fou
J’suis dans ma chambre et mon marqueur me sert de mike
J’suis défoncé, je kick avec mes Nike
J’ai trop de pulsions, d’envie lyrical
Et comme Bike, j’rêve d’être à l’affiche dans Radical
J’ai les pieds sur terre, et la tête dans le rap français
Et jamais en vacances, faute de moyens financiers
Quand j’suis pas en prison, en cavale ou en foyer,
J’suis dans ma chambre et j’gribouille des bouts de papier.
J’aimerais signer chez *** ; ou Secteur A
Faire des classiques comme Mama Lova
La vie est comme un labyrinthe négro
Et quand ça charbonne, j’ai le calibre qu’il te faut
98 toujours dans ma chambre en train de poser
Et mes fans sont toujours mes lits superposés
Refrain
Aéroport de Bogota, paré au top
C’est Lunatic pit
Départ dans dix minutes,
Tocado planque la cam dans le cockpit.
Y’a les feu-keu,
Veski 22 22
Dans mon walkman, j’ai toujours L 432
On est en 2000, y’a de la poussière sur mes posters,
Les jours se répètent
Car le maton me guette
Dans la salle, j’vois les grands qui font la coupole
Et moi j’déchire sur une phase B de format people
Yeah, le rap c’est toute ma vie
Et quand on me prive de liberté, je rappe toute la nuit.
Les parents divorcent, le daron part, on reste seuls
C’est la merde, on veut la vie de rêve comme troisième œil
J’suis bon qu’à per-ra
Qu’à causer du tort au code pénal
La darone pleure et ça m’la fout mal
J’suis sûr que dans dix ans, je serai toujours là en train de poser
Est-ce que ce sera toujours devant des lits superposés ?
Refrain
On n’avait rien dans le ventre rien !
On aura tout donné, tout sacrifié
On aura tout donné pour ce p… de rap français…

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Documents complémentaires

“De mots, de rimes et de sables”… Suite de l’exposition de poésies par la classe de Première S3

Suite de l’exposition

“De mots, de rimes et de sables”

par la classe de Première S3

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____

Voici le deuxième volet de l’exposition « De mots, de rimes et de sables »

__

Pour accéder à la première partie de l’exposition, cliquez ici.

               

                 

Se lever encore pour revivre les journées d’hier

Dorian

              

La douce lumière du matin entre dans la pièce

Mais la journée que je vis n’est que redite et répétition d’ennui,

Me levant seul dans la poussière et la sombrité

D’une maison vide…

Partir pour vivre de nouvelles clartés et d’autres soleils !

Mon cœur se perdra dans les brumes océaniques.

Des esprits sauvages opportuns me sauveront de la noyade.

Mon corps se trouvera plongé dans des matins

Au sourire de voyage…

                 

                    

D’or et de soir

Maeva, Alexia

        

La lumière exagérée de mes pensées
Fait battre mon cœur :
Une envie de tuer telle une évasion de couleurs
Dans un je agressif
Permet le devoir assassiné tel une perle de galère
Dans un espoir noir
Qui danse une envie d’ailleurs :

Douceur des nuages embrassés,
Amour dans tes yeux de rêve :
C’est l’élément de piqûre ennuyé,
C’est le bâton de souffrance
C’est le souvenir de cette passion au ciel envolé
La cause de ce jour de beauté.

Un morceau de chaîne rouge, rouge
Qui dans la douce mer bouge
Entraîne au loin la crise du malheur
Mêlé de vivante humanité…
Et ma poésie qui mourait d’espérance
Faisait naître la négation de cadavres malchanceux envolés de vent

Et la tendresse du pont de nos bras adoucis

Finissant en rêve,

Par une nuit alanguie

D’or et de soir…

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« D’or et de soir », d’après Odilon Redon, « Les Yeux clos« , © Maeva, Alexia, BR/EPC février 2010

                   

                    

Étrange fleur soluble

Arnaud

                

Précises phrases racontant mieux et tendrement
Les oiseaux de lumière marchant sous les ciels
Comme s’évaporent les choses.

Enfin maintenant étouffant les voix filtrantes,
La langue d’Ésope, doux poème percevant la plume,
Précises phrases racontant les oiseaux de lumière…

Reconnaître l’espoir d’un amour tombant
Par des mots nouveaux conduisant à un sentiment inconnu :
Bouleversement dramatique, étrange fleur soluble. 

                    

           

Fuite vers un ailleurs

Maëlise

             

L’amour naissant, la haine s’évapore doucement :

La rose rouge de la passion se prête à rêver,

La colère se fane…

Le  fleuve de paix colore les soirs d’été :

Sérénité, calme et silence de la nuit !

Tout bruit cesse, seule au milieu de nulle part,

Je me pose dans mes pensées…

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« Fuite vers un ailleurs », © Maëlise R. Crédit iconographique : Bruno Rigolt/EPC février 2010

                

               

Controverse des nuits d’ivresse

Pauline

             

Bercée par cette folle envie fâcheuse d’anéantir la triste rosée froide des herbes noires de ces nuits inachevées des matins de novembre…

Ce mois résonne tel un cataclysme me disant que la chaleur s’est envolée, comme ces colombes sédentaires fuyant arbres et continents.

Les matins secs et lourds ont donné place aux manteaux de velours :

C’est la controverse des nuits d’ivresse au feu de bois.

Je vends des miracles ineffables, et d’hivernales paroles :

Je ne dois pas oublier de vous parler de cette terre blanche qui se fait attendre peu à peu.

Le sommeil est triste, un brin cassant ; les journées courtes comme un livre inachevé

Laissant des cicatrices…

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© Pauline M. pour le texte. Crédit iconographique : Bruno Rigolt/EPC février 2010

               

                    

Planète

Adeline

                 

La terre est constituée d’îles et d’archipels sortis des mers :
Les vagues font un voyage au centre de la terre.

Les déplacements et affrontements des plaques
Se forment sous les mers, des tsunamis s’en vont et viennent

Naufrageant des terres promises.
La Belle au bois dormant croise des arbres flottants

Au gré des continents
Où s’envolent des hommes en voyage…

             

                   

Prête à m’envoler

Camille

               

Je m’enfonce dans ce mystère comme dans le rouge

Blanchâtre d’une mousse d’amour.

L’envie de ta peau se répand sur mes lèvres

Mais la mémoire inconnue du temps qui passe

Me fait oublier les feuilles de vieillesse de l’arbre familial.

Je pense à nous en contemplant nos racines communes,

Prête à m’envoler

Vers tous les océans de ta beauté perpétuée !

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« Prête à m’envoler » © Camille L. Crédit iconographique : Bruno Rigolt/EPC février 2010

              

                 

Haïku mélancolique

Angélique, Marine

            

Vie est vernis de soleil,
Dore et illumine
Le ciel  de mon avenir

Et puis comme fleur
Mon bonheur se fane :

Le rire des enfants
Exilés, irisés

S’est envolé dans le vent.
Et la brise traversa
Mes songes vertigineux.

              

              

Où le temps ne serait que sable

par Sofia

              

La fille à la solitude rouge, dans le Noir des champs de l’amour amer…

Que devient la rencontre de là-bas où l’hier s’inquiétait de l’impossible ?

Sans l’argent du soleil, où irait cet être ? Qui embellira le sang de ce cœur naufragé ?

Cette colombe reviendra peut-être pour un désir de l’ailleurs ?

Rarement le parfum de cet être qui dans le vent se réveilla

D’une tentation, d’un cauchemar, parvint jusqu’à la mer…

La mer, la mer : un symbole de rivage où le temps ne serait que sable

De l’écume de nos cœurs qui ne faisaient plus qu’Un…

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« Où le temps ne serait que sable » (d’après Magritte « La grande famille ») © Sofia V., BR/EPC février 2010

                     

                    

Je me lève

Camille

Je me lève cette nuit avec ton image dans la tête

À moitié endormie, je regarde par la fenêtre :

Le vent coule en larmes-prunes aux pieds de la lune…

                                                      

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© Les auteur(e)s (EPC/Lycée en Forêt, Montargis, France), février 2010

“De mots, de rimes et de sables”… Suite de l'exposition de poésies par la classe de Première S3

Suite de l’exposition

“De mots, de rimes et de sables”

par la classe de Première S3

expo_1s3_promo.1263664162.jpg

____

Voici le deuxième volet de l’exposition « De mots, de rimes et de sables »

__

Pour accéder à la première partie de l’exposition, cliquez ici.

               

                 

Se lever encore pour revivre les journées d’hier

Dorian

              

La douce lumière du matin entre dans la pièce

Mais la journée que je vis n’est que redite et répétition d’ennui,

Me levant seul dans la poussière et la sombrité

D’une maison vide…

Partir pour vivre de nouvelles clartés et d’autres soleils !

Mon cœur se perdra dans les brumes océaniques.

Des esprits sauvages opportuns me sauveront de la noyade.

Mon corps se trouvera plongé dans des matins

Au sourire de voyage…

                 

                    

D’or et de soir

Maeva, Alexia

        

La lumière exagérée de mes pensées
Fait battre mon cœur :
Une envie de tuer telle une évasion de couleurs
Dans un je agressif
Permet le devoir assassiné tel une perle de galère
Dans un espoir noir
Qui danse une envie d’ailleurs :

Douceur des nuages embrassés,
Amour dans tes yeux de rêve :
C’est l’élément de piqûre ennuyé,
C’est le bâton de souffrance
C’est le souvenir de cette passion au ciel envolé
La cause de ce jour de beauté.

Un morceau de chaîne rouge, rouge
Qui dans la douce mer bouge
Entraîne au loin la crise du malheur
Mêlé de vivante humanité…
Et ma poésie qui mourait d’espérance
Faisait naître la négation de cadavres malchanceux envolés de vent

Et la tendresse du pont de nos bras adoucis

Finissant en rêve,

Par une nuit alanguie

D’or et de soir…

dor-et-de-soir_br11.1266497586.JPG

« D’or et de soir », d’après Odilon Redon, « Les Yeux clos« , © Maeva, Alexia, BR/EPC février 2010

                   

                    

Étrange fleur soluble

Arnaud

                

Précises phrases racontant mieux et tendrement
Les oiseaux de lumière marchant sous les ciels
Comme s’évaporent les choses.

Enfin maintenant étouffant les voix filtrantes,
La langue d’Ésope, doux poème percevant la plume,
Précises phrases racontant les oiseaux de lumière…

Reconnaître l’espoir d’un amour tombant
Par des mots nouveaux conduisant à un sentiment inconnu :
Bouleversement dramatique, étrange fleur soluble. 

                    

           

Fuite vers un ailleurs

Maëlise

             

L’amour naissant, la haine s’évapore doucement :

La rose rouge de la passion se prête à rêver,

La colère se fane…

Le  fleuve de paix colore les soirs d’été :

Sérénité, calme et silence de la nuit !

Tout bruit cesse, seule au milieu de nulle part,

Je me pose dans mes pensées…

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« Fuite vers un ailleurs », © Maëlise R. Crédit iconographique : Bruno Rigolt/EPC février 2010

                

               

Controverse des nuits d’ivresse

Pauline

             

Bercée par cette folle envie fâcheuse d’anéantir la triste rosée froide des herbes noires de ces nuits inachevées des matins de novembre…

Ce mois résonne tel un cataclysme me disant que la chaleur s’est envolée, comme ces colombes sédentaires fuyant arbres et continents.

Les matins secs et lourds ont donné place aux manteaux de velours :

C’est la controverse des nuits d’ivresse au feu de bois.

Je vends des miracles ineffables, et d’hivernales paroles :

Je ne dois pas oublier de vous parler de cette terre blanche qui se fait attendre peu à peu.

Le sommeil est triste, un brin cassant ; les journées courtes comme un livre inachevé

Laissant des cicatrices…

nuit-dhiver.1266500972.jpg

© Pauline M. pour le texte. Crédit iconographique : Bruno Rigolt/EPC février 2010

               

                    

Planète

Adeline

                 

La terre est constituée d’îles et d’archipels sortis des mers :
Les vagues font un voyage au centre de la terre.

Les déplacements et affrontements des plaques
Se forment sous les mers, des tsunamis s’en vont et viennent

Naufrageant des terres promises.
La Belle au bois dormant croise des arbres flottants

Au gré des continents
Où s’envolent des hommes en voyage…

             

                   

Prête à m’envoler

Camille

               

Je m’enfonce dans ce mystère comme dans le rouge

Blanchâtre d’une mousse d’amour.

L’envie de ta peau se répand sur mes lèvres

Mais la mémoire inconnue du temps qui passe

Me fait oublier les feuilles de vieillesse de l’arbre familial.

Je pense à nous en contemplant nos racines communes,

Prête à m’envoler

Vers tous les océans de ta beauté perpétuée !

mousse-fouettee1.1266521763.jpg

« Prête à m’envoler » © Camille L. Crédit iconographique : Bruno Rigolt/EPC février 2010

              

                 

Haïku mélancolique

Angélique, Marine

            

Vie est vernis de soleil,
Dore et illumine
Le ciel  de mon avenir

Et puis comme fleur
Mon bonheur se fane :

Le rire des enfants
Exilés, irisés

S’est envolé dans le vent.
Et la brise traversa
Mes songes vertigineux.

              

              

Où le temps ne serait que sable

par Sofia

              

La fille à la solitude rouge, dans le Noir des champs de l’amour amer…

Que devient la rencontre de là-bas où l’hier s’inquiétait de l’impossible ?

Sans l’argent du soleil, où irait cet être ? Qui embellira le sang de ce cœur naufragé ?

Cette colombe reviendra peut-être pour un désir de l’ailleurs ?

Rarement le parfum de cet être qui dans le vent se réveilla

D’une tentation, d’un cauchemar, parvint jusqu’à la mer…

La mer, la mer : un symbole de rivage où le temps ne serait que sable

De l’écume de nos cœurs qui ne faisaient plus qu’Un…

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« Où le temps ne serait que sable » (d’après Magritte « La grande famille ») © Sofia V., BR/EPC février 2010

                     

                    

Je me lève

Camille

Je me lève cette nuit avec ton image dans la tête

À moitié endormie, je regarde par la fenêtre :

Le vent coule en larmes-prunes aux pieds de la lune…

                                                      

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© Les auteur(e)s (EPC/Lycée en Forêt, Montargis, France), février 2010

La citation de la semaine… Michel Butor…

« … se peignent en rouge sur un rectangle blanc les grandes lettres que vous attendiez… »

La hauteur des maisons diminue, le désordre de leur disposition s’accentue, les accrocs dans le tissu urbain se multiplient, les buissons au bord de la route, les arbres qui se dépouillent de leurs feuilles, les premières plaques de boue, les premiers morceaux de campagne déjà presque plus verte sous le ciel bas, devant la ligne de collines qui se devine à l’horizon avec ses bois.

[…]. Balayant vivement de leur raie noire toute l’étendue de la vitre, se succèdent sans interruption les poteaux de ciment ou de fer ; montent, s’écartent, redescendent, reviennent, s’entrecroisent, se multiplient, se réunissent, rythmés par leurs isolateurs, les fils téléphoniques semblables à une complexe portée musicale, non point chargée de notes, mais indiquant les sons et leurs mariages par le simple jeu de ses lignes.

Un peu plus loin, un peu plus lente, la masse des bois de moins en moins interrompue de villages ou de maisons, tourne sur elle-même, s’entrouvre en une allée, se replie comme se masquant derrière un de ses membres.

C’est une véritable forêt que le train longe, non, traverse, puisqu’au-delà de ce carreau où s’appuie toujours votre tempe, de l’autre côté du corridor vide maintenant et de ses vitres dont vous apercevez toujours la succession jusqu’à l’extrémité du wagon, c’est le même spectacle de futaie broussailleuse et terne qui va s’épaississant.

La voie ferrée y creuse une tranchée qui se resserre de telle sorte que vous ne voyez plus du tout le ciel, que le sol même se relève en de hauts remblais de terre nue ou de maçonnerie sur laquelle un instant, juste le temps de les reconnaître, se peignent en rouge sur un rectangle blanc les grandes lettres que vous attendiez certes, mais peut-être pas aussi tôt, que vous avez lues maintes fois, que vous guettez à chaque passage pourvu qu’il fasse jour, parce qu’elles vous indiquent soit que l’arrivée est prochaine soit que le voyage est vraiment commencé.

[…] De l’autre côté du corridor, une onze chevaux noire démarre devant une église, suit une route qui longe la voie, rivalise avec vous de vitesse, se rapproche, s’éloigne, disparaît derrière un bois, reparaît, traverse un petit fleuve avec ses saules et une barque abandonnée, se laisse distancer, rattrape le chemin perdu, puis s’arrête à un carrefour, tourne et s’enfuit vers un village dont le clocher bientôt s’efface derrière un repli de terrain. Passe la gare de Montereau. »

Michel Butor, La Modification, Les Éditions de Minuit, Paris 1957.


Michel Butor, Photomontage (© Bruno Rigolt, février 2010)

Rédigée en 1957, la Modification apparaît d’emblée comme un texte fondateur de ce qu’on appellera « le nouveau roman ». Certes, il est possible de lire le livre comme un roman traditionnel. L’histoire est au demeurant très banale : le héros, Léon Delmont, directeur pour la France d’une société italienne, 45 ans marié, quatre enfants, habitant Place du Panthéon à Paris part pour Rome (où il va une fois par mois environ) à l’insu de ses patrons pour rejoindre sa maîtresse, Cécile Darcella, qu’il a rencontrée deux ans auparavant. Il lui a trouvé un emploi à Paris et compte rompre avec sa femme Henriette, sur l’insistance de Cécile qui supporte de moins en moins cette situation fausse. Pour ne pas être reconnu, il est monté dans un compartiment de troisième classe. Au fur et à mesure que progresse le voyage (au demeurant très inconfortable), Delmont est gagné par la crainte de devoir quitter sa femme et de supporter une Cécile devenue soudain encombrante si elle s’installait à Paris. D’où le titre du roman : toute l’histoire repose en effet sur la « modification » du projet initial. Finalement à son arrivée à Rome, Léon Delmont repart le soir même pour Paris sans avoir parlé à Cécile : il n’y aura eu aucune « modification » du « train-train »quotidien !

Ce n’est donc pas au niveau de l’histoire que réside l’intérêt de ce roman mais plutôt de la façon dont elle est racontée et qui valut à son auteur une reconnaissance quasi unanime : en premier lieu, Butor a délaissé la traditionnelle narration à la première ou à la troisième personne pour privilégier tout au long du livre un monologue intérieur, mais à la deuxième personne du pluriel. Dès les premières lignes, le lecteur est ainsi bouleversé dans ses habitudes et se sent presque « mis en accusation » :

Vous avez mis le pied gauche sur la rainure de cuivre, et de votre épaule droite vous essayez en vain de pousser un peu plus le panneau coulissant.
Vous vous introduisez par l’étroite ouverture en vous frottant contre ses bords, puis, votre valise couverte de granuleux cuir sombre couleur d’épaisse bouteille, votre valise assez petite d’homme habitué aux longs voyages, vous l’arrachez par sa poignée collante, avec vos doigts qui se sont échauffés, si peu lourde qu’elle soit, de l’avoir portée jusqu’ici, vous la soulevez et vous sentez vos muscles et vos tendons se dessiner non seulement dans vos phalanges, dans votre paume, votre poignet et votre bras, mais dans votre épaule aussi, dans toute la moitié du dos et dans vos vertèbres depuis votre cou jusqu’aux reins.

À cette contestation des règles traditionnelles de l’énonciation, s’ajoute une transgression des codes romanesques, caractéristique de ce qu’on appellera le Nouveau roman. Le personnage, “soupçonné” d’être “trop honnête”, trop “ordinaire” est littéralement “assassiné” par cette entreprise de démystification du romanesque : de là les tentatives de nombreux écrivains (Alain Robbe-Grillet, chef de file du mouvement, Michel Butor, Nathalie Sarraute) d’abandonner les accessoires classiques du roman, au point d’appauvrir considérablement l’intrigue (d’un point de vue narratif, il ne se passe pas grand chose dans ces romans) pour mieux prendre de recul avec le réel. Le but en effet n’est pas de divertir, mais plutôt d’amener le lecteur à une distance critique vis-à-vis du romanesque traditionnel : Delmont n’a rien du héros exceptionnel ; bien au contraire : c’est le type même de l’homme dans ce qu’il a de plus quelconque, sans poids ni épaisseur, mais décrit dans son évolution psychologique d’une façon presque clinique, qui provoque parfois le malaise.

De fait, ce parti pris ultra-réaliste du roman est proprement déroutant : tout nous est minutieusement décrit avec la précision des clichés photographiques, même les détails en apparence les plus banals, amenant ainsi le lecteur à s’interroger sur lui-même et plus fondamentalement sur l’insignifiance de la vie et l’émiettement de l’être :

[…] se peignent en rouge sur un rectangle blanc les grandes lettres que vous attendiez certes, mais peut-être pas aussi tôt, que vous avez lues maintes fois, que vous guettez à chaque passage pourvu qu’il fasse jour, parce qu’elles vous indiquent soit que l’arrivée est prochaine soit que le voyage est vraiment commencé.

Si vous aimez les voyages (et particulièrement les voyages en train), je vous conseille de lire cet ouvrage à juste titre célèbre qui parvient à faire de nous, lecteurs, le personnage à la fois fictif et pourtant bien réel de cet « antiroman ».

Michel Butor (Photomontage d’après un tableau de René Magritte : « La Reproduction interdite » (1937)
© René Magritte, Museum Boijmans Van Beuningen (Rotterdam). © Bruno Rigolt, février 2010.

Pour aller plus loin…

Voir aussi sur le site de l’INA l’interview de Michel Butor par Pierre Dumayet à propos de La Modification.

Ecrire… par les classes de Seconde 7 et Seconde 18

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Pour la deuxième année consécutive (*), les élèves de mes classes sont fiers de vous présenter le fruit de leurs réflexions sur le rôle que revêt à leurs yeux l’écriture. Après avoir mené un important travail de recherche sur la fonction de l’écrivain, les jeunes ont souhaité mettre en ligne dans ce nouvel Espace Pédagogique Contributif leur propre vision de l’écriture. Les propos, d’une grande densité intellectuelle parfois, résument non seulement leurs recherches précédentes, mais en redéfinissent les enjeux à la lumière d’un travail introspectif sur eux-mêmes : “c’est quoi écrire, pour un adolescent européen du vingt-et-unième siècle?”
(*) Voir en particulier les textes publiés le 21 janvier 2009  et le 29 janvier 2009 par la classe de Seconde 12 (année scolaire 2008-2009).
Étant donné le nombre très important de travaux, les textes seront publiés dans trois livraisons successives. Pour des raisons d’organisation matérielle, les contributions de la classe de Seconde 7 seront mises en ligne à partir du lundi 1er mars 2010. Bonne lecture !

         

Cheyenne M*** (Seconde 7)

« N’oubliez pas cette main qui écrit, ce stylo qui se vide, cette feuille qui se remplit de mots et de larmes… »

Cheyenne M. qui était en Seconde 7, va poursuivre sa scolarité dans une autre académie. Je lui souhaite de poursuivre ses travaux d’écriture et d’art, qui reflètent à l’évidence un talent précieux intellectuellement et humainement. Bonne continuation, et bon courage pour tout !

Écrire pour ne pas être une parole qui s’envole mais un écrit qui reste, écrire pour ne pas être perdue, écrire pour le plaisir d’écrire, dévoiler sa vie comme une opération à cœur ouvert. Nous : spectateurs d’un moment présent qui ne sera que le futur de notre passé. Vivre pour écrire, écrire pour être en vie, voyager pour trouver l’inspiration, écrire pour être le roi de son propre cœur, pour être éternel quand la vie n’est bientôt que le passé amer.

Écrire pour donner vie à ce qui n’est plus, écrire le silence monotone pour ne créer qu’un courant d’air qui réchauffait les cœurs. Donner l’impression de ne pas redevenir poussière aux yeux des gens, mais un rayon de soleil, qui se brise avec le soir. Écrire sa douleur que l’on n’ose pas avouer en la cachant derrière un sourire triste, écrire pour montrer que malgré une maturité prématurée je peux être un enfant, écrire intemporellement pour que le monde comprenne au fil des siècles…

N’oubliez pas les deux bouts de bois et le métal, la plume et le vent, et mon univers d’enfant… N’oubliez pas cette main qui écrit, ce stylo qui se vide, cette feuille qui se remplit de mots et de larmes…

           

Ksenia C*** (Seconde 18)

« Écrire est un travail de couturier… les lignes sont comme un fil qui explore des motifs aussi joyeux que tristes… »

Certains écrivent pour agir. Moi ce serait plutôt partir, et ne plus penser, découvrir un monde romancé et pouvoir explorer des univers sans limites. Il y a tant de voyages à faire : de lettres en lettres, de lignes en lignes je franchis les frontières, je m’embarque pour des destinations inconnues, j’emprunte un vol direct pour « ailleurs », sans escale, je plonge dans des océans de lettres où naviguent les mots. La mer est une étoffe soyeuse… C’est peut-être s’exiler qu’écrire. Exil du quotidien, qui est devenu soudainement inutile, qui ne sert plus à rien…

J’ai toujours aimé écrire, c’est un travail de couturier : les mots brodent les idées et j’aime embellir les miennes. Ma plume est l’aiguille, la page est la toile, les lignes sont comme un fil qui explore des motifs aussi joyeux que tristes, sur des étoffes plus ou moins précieuses, qui vont du synthétique superficiel à la soie naturelle. Mon travail parfois se déchire, se froisse, s’abime. Quelquefois je l’oublie au fond d’un tiroir et quand l’envie reprend, on défroisse, on retouche la faille, on recoud le trou pour le combler de sentiments…

Alors les mailles s’entrelacent de mots doux, rêches, satinés… De mots qui nous donnent envie d’y toucher délicatement, sans abimer les détails… Si bien qu’à la fin, on se retrouve avec une vraie étoffe, brodée de mots et d’arabesques qu’on effleure du bout de la plume. Nos travaux à tous, écrivains d’un jour, c’est de broder ce tissu d’idées : toutes ces lettres déposées sur le papier arrivent par je ne sais quel moyen, à se rendre réelles et bien plus concrètes qu’auparavant. Écrire c’est comme « poser les points sur les i », cela me permet d’y voir plus clair : avec l’étoffe des mots, je peux réaliser tant d’ouvrages !

           

Diane L*** (Seconde 18)

« Il m’arrive parfois d’écrire pour le seul plaisir de voir une feuille blanche se noircir sous ma main… »

C’est avec l’écriture que le jeu commence : si jouer, pour les enfants, leur permet de grandir, mon jeu à moi m’aide à gagner en maturité et en sagesse. L’écriture, qui au départ était un plaisir égoïste d’écrivain, me permet d’ouvrir les portes de mon jardin secret à ces gens assez fous qu’on appelle des lecteurs. Peut-être lisent-ils mes puériles élucubrations parce qu’ils veulent s’évader, tout comme moi, du monde réel, ce monde du conforme, cette fourmilière où chaque fourmi a un rôle prédéfini.

Il m’arrive parfois d’écrire pour le seul plaisir de voir une feuille blanche se noircir sous ma main. Ces signes que je suis la seule à pouvoir déchiffrer, me font voyager à travers une autre dimension, ils contribuent à mon évasion totale du monde réel. Après un point final, le retour à la réalité est toujours difficile : c’est ce qui me pousse à ne jamais m’arrêter d’écrire…

            

Inès E*** (Seconde 18)

« Au moment où l’extrémité de la plume touche le papier, un grand voyage commence… »

Écrire, c’est une histoire entre la feuille et l’écrivain. Elle le laisse libre d’exprimer ce qu’il veut. Il se dévoile à la lumière des mots, se découvre dans la nudité de son être. C’est le fruit de sa pensée qui prend forme avec elle : au moment où l’extrémité de la plume touche le papier, un grand voyage commence. Et le plus étrange, c’est que ce voyage se passe à l’intérieur de nous-mêmes : c’est une expérience unique et différente pour chacun de nous.

Nous avons besoin d’écrire pour exprimer nos émotions mais plus encore pour nous libérer de nous-mêmes : écrire, c’est laisser quelque chose de soi sur la feuille, et c’est aussi s’exiler : en relisant, on est étonné de soi, et plus encore de la force dont les mots font preuve ; et du message qu’inconsciemment peut-être, on a voulu faire passer. Écrire, ça sert à ça : à se dénoncer soi-même, à se retranscrire « à vif » sur le papier…

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Damien L*** (Seconde 18)

« Écrire relève d’une dualité : plaisir et souffrance sonnent comme un défi qu’il faut relever… »

Aussi loin que je me souvienne, je ne me suis jamais posé la question : l’écriture s’est toujours imposée à moi comme une évidence. J’aime inventer des mots et des phrases, des personnages, des intrigues. Quand j’écris, je me sens libre : je ne suis plus Damien, 55 rue … J’échappe à l’état civil, l’écriture me porte vers d’autres adresses, vers l’imaginaire. Ce sentiment de liberté et de puissance, seule le permet l’écriture.

Mais outre ce bonheur personnel, il faut plaire au lecteur et répondre à ses attentes : c’est là toute la difficulté. Ai-je choisi les mots qui convenaient ? Mon personnage est-il attachant ou suffisamment retors ? L’intrigue est-elle bien menée ? Combien de fois ai-je regardé la page blanche, devenue soudain hostile devant moi. Voilà pourquoi je pense qu’écrire relève d’une dualité : plaisir et souffrance sonnent comme un défi qu’il faut relever. C’est une école d’humilité, une remise en question perpétuelle.

                                   

Romane C***

« Si je n’avais pas trop pleuré, les mots me seraient restés étrangers »

Ce matin, sur mon bureau, une question ; simple, laconique, quelques mots : « Pourquoi écrivez-vous ? » Derrière la simplicité apparente, une question difficile, qui n’appelle peut-être pas de réponse concrète… Pour commencer, je dois avouer quelque chose : l’école ne m’a jamais donné envie d’écrire ; la littérature me semblait si décalée de la vie réelle…

Il est bientôt midi, et je reviens à la fameuse question : « Pourquoi écrivez-vous ? » En fait, ça m’est soudainement revenu : je me rappelle la première fois où j’ai commencé consciemment à écrire : j’avais trop pleuré. Si je n’avais pas trop pleuré, je n’aurais pas écrit. Si je n’avais pas trop pleuré, les mots me seraient restés étrangers. Il me fallait dire, crier ce que je ressentais.

Alors, le « pourquoi » de l’écriture ? Ne parlons pas de vocation : simplement quelques mots écrits au hasard des larmes. Écrire a été un moyen de m’exprimer sur tout : sensibilité, perception, regard sur le monde, toucher du monde… L’écriture ne prévient pas, elle surgit sans qu’on s’y attende.

              

Audrey G*** (Seconde 18)

« Un écrivain qui écrit dans l’ignorance n’est pas un écrivain : il doit connaître le poids des mots qu’il écrit… »

Honnêtement, on ne peut pas se lever le matin et se dire : « Tiens, si j’écrivais ? » Non, écrire c’est quelque chose de plus complexe que ça. Pour écrire, « vraiment » écrire, il faut connaître les mots, savoir les modeler, les manipuler, en sculpter le sens. Un écrivain qui écrit dans l’ignorance n’est pas un écrivain : il doit connaître le poids des mots qu’il écrit, parce que les mots sont ses amis. L’écrivain ne doit donc pas écrire pour le seul plaisir mais pour donner du sens à la fiction.

Parce que l’écrivain, quand il écrit, est quelqu’un de solitaire, plongé dans cet autre univers qui lui insuffle des arabesques qui deviendront des mots et du sens. C’est par sa maîtrise de ces mots que l’écrivain est quelqu’un d’unique. Alors la question posée à l’écrivain : « Écrire, ça sert à quoi ? » Surtout pas de réponse. Juste la question, sinon les mots n’auraient plus de secrets pour lui. Et que dire de tous ces mots inconnus, ceux que l’écrivain n’a jamais abordés… Voilà pourquoi il ne faut pas répondre à la question, parce qu’alors les mots perdraient leur sens et l’écrivain n’aurait plus de raison d’écrire.

Lisez aussi cette nouvelle d’Audrey : Overdose.

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William P*** (Seconde 18)

« Quand j’écris, je m’arme d’encre et je plonge dans le papier. Je ne m’en échappe que pour reprendre mon souffle… »

C’est un miroir, un reflet, une image de soi-même. Voilà ce qu’est écrire : une sorte de contemplation personnelle. L’écrivain se regarde toujours écrire ; il croit voir en lui comme à travers de l’eau limpide les secrets même inavoués de lui-même… Mais aussi clair soit-il, ce miroir présente des tâches, des défauts, des marques qui souillent l’écriture. Or ces salissures apparentes font la matière même de l’écrit. Il n’y a pas d’écriture « lisse » : ce sont bien les défauts qui valorisent le texte.

Quand j’écris, je m’arme d’encre et je plonge dans le papier. Je ne m’en échappe que pour reprendre mon souffle ; je ne regagne la rive que lorsque j’ai appris quelque chose sur moi. Je prends mon temps (je n’ai rien à perdre) : je me découvre et me baigne dans cet océan de bonheur limpide que je suis en train d’écrire…

             

Léa G*** (Seconde 18)

« Tracer, former des lettres, des caractères. Puis mélanger, assembler ces mots en fonction de son caractère… »

Je souris quand j’entends tous ces gens sérieux qui ne jurent que par l’engagement et l’invoquent comme la suprématie de l’écriture : selon eux, on ne peut écrire que pour cela. « L’art pour l’art » n’aurait plus sa place parmi nous. Un soupçon pèse sur le style et l’imaginaire. Pourtant le rêve n’est-il pas aussi important que l’engagement ? Tout est permis dans la littérature, toutes les émotions, tous les états d’esprit. Pendant que certains interpellent le lecteur, d’autres le font imaginer…

Dans une société où tout est à dénoncer, pourquoi ne pas inventer un monde (son monde) parfait ? Il pourrait être rempli de fées, de dragons, de pouvoirs magiques en tout genre pour certains. Pour d’autres, l’écriture serait une immense plaine verte, où le crime n’a pas sa place. Qu’importe ! L’essentiel est de faire vivre le lecteur, de le faire vibrer à travers les mots. On n’écrit pas par nécessité ; on écrit par envie : peu importe l’histoire pourvu qu’il y ait le plaisir de celui qui écrit et de celui qui lit.

Voilà ma recette de l’écriture : des phrases pleines de « caractères » pleins de « caractère » : tracer, former des lettres, des caractères. Puis mélanger, assembler ces mots en fonction de son caractère. Et puis des phrases qui marqueront à jamais notre caractère. Écrire parfois ne sert à rien, mais il sert à tout : avec des lettres, on écrit le monde.

           

Nabil B*** (Seconde 18)

« Les livres nourrissent l’esprit, ils nourrissent la mémoire et le cœur des hommes… »

D’abord écrire, c’est « coucher » sur le papier une part de soi : chacun écrit de manière originale, unique, transcendante. Pour s’en convaincre, il n’est que de lire les réponses à cette question : aucune n’est jamais la même. Personnellement, je dirai que l’écrivain est un peu un cuisinier, un faiseur de nourritures. Les livres nourrissent l’esprit, ils nourrissent la mémoire et le cœur des hommes, comme la nourriture nourrit l’estomac.

À ce repas, tout le monde est convié. Les connaissances et le savoir sont protégés dans le livre pour les rendre accessibles aux autres. Le livre devient ainsi un partage, comme le repas est partagé. Contrairement aux hommes, les écrits perdurent à travers les âges, ils suivent le cours des siècles, voire des millénaires. Jamais le voyage ne s’arrête…

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Marion C*** (Seconde 18)

« Écrire, c’est créer un monde dans lequel on a caché des questions… »

Quand j’écris, mon but premier est de faire entrer le lecteur dans l’histoire : je ne veux pas qu’il soit une simple personne assise dans un fauteuil, je voudrais qu’il vive dans et par le livre, j’aimerais qu’il ait peur en même temps que mon héros a peur, qu’il rie avec lui, qu’il partage ses larmes : c’est cela lire. Mais en dehors du fil rouge de mon histoire, des questions sont posées : il est possible que le lecteur ne se soit pas rendu compte qu’elles étaient là, cachées entre les mots. Pourtant, inconsciemment il y a déjà réfléchi, il a essayé de trouver des réponses à ces questions qu’ils ne soupçonnaient pas. Et si les réponses ne sont pas dans le livre, qu’importe : elles seront dans ce livre qui n’a pas encore été écrit, ce livre à venir. Écrire, c’est ainsi créer un monde dans lequel on a caché des questions…

            

Melisa A*** (Seconde 18)

« L’écriture d’un journal intime me permettait de voir après coup mes réactions, de redécouvrir mes sentiments… »

Quand j’ai eu douze ans, j’ai commencé à écrire un journal intime. C’était une volonté de revenir sur mon passé, de laisser une trace de ce que j’avais vécu en détaillant par écrit tous mes jours, et mes heures. J’ai appris aussi à mieux me connaître : l’écriture d’un journal intime me permettait de voir après coup mes réactions, de redécouvrir mes sentiments en les transcrivant sur le papier.

Mais je pense que l’écriture répond aussi à une volonté d’inventer : en se libérant d’un poids qu’on ne peut raconter à personne, on s’invente un monde conforme à sa volonté du moment, on imagine des personnages qui nous ressemblent. L’écriture est ainsi une amie, une confidente : elle apprend à inventer et à s’inventer.

Lisez aussi cette nouvelle de Melisa : J’essuierai mes larmes dans le soir qui tombe.

                   

Florent De W*** (Seconde 18)

« Une feuille de papier est infiniment respectable : elle entend et voit les mots, ces mots écrits qui nous touchent… »

Eh bien pour commencer, je dirais que j’écris (parfois sans réfléchir) comme un être de chair et de sang, de matière organique, d’os et d’organes. J’écris pour cet autre qui lui aussi est fait de matière organique, de sang et d’os mais qui réfléchit, pense à son passé parfois noyé, à son présent souvent instantané ou à son futur trop proche. Entre lui et moi, un mystérieux dialogue silencieux s’établit. Alors, le sens de l’écriture ? C’est peut-être le sens que l’on donne à sa vie : une feuille de papier est infiniment respectable : elle doit entendre et voir les mots, ces mots écrits qui nous touchent, qui sortent du cœur… Oui, pour moi écrire c’est le cœur ; le cœur et la pensée : ils plaident tous deux pour l’écriture et sont les principaux dépositaires de la parole au sens premier du terme : la parole sort de la bouche…

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Madeleine L*** (Seconde 18)

« Si la parole est un trésor, elle est parfois un trésor perdu, tandis que l’écrit est un peu le trésor retrouvé… »

Écrire pour ce qui me paraît l’un des aspects les plus importants : il faut savoir d’où l’on vient pour pouvoir avancer… Donc écrire pour ne pas oublier. Ne pas oublier ce qui fut dit, ce qui fut fait. Si la parole est un trésor, elle est parfois un trésor perdu, oublié ou déformé. Tandis que l’écrit est un peu le trésor retrouvé : cela fait sourire lorsqu’on retrouve enfoui au fond d’un tiroir ces souvenirs qu’on croyait oubliés et qu’on savoure de nouveau en les lisant : la mémoire est importante car elle forme notre personnalité. Et c’est ce qui fait la force et la richesse de l’écriture. En écrivant, on donne un sens au monde et à nous-mêmes : le partage.

          

Charlotte G*** (Seconde 18)

« Comme le peintre pose sur la toile blanche des couleurs, l’écrivain dépose sur la page blanche des caractères… »

Je comparerais l’écriture à un tableau car chaque personnalité peut la regarder et l’interpréter différemment : on peut écrire pour le seul plaisir de mettre des couleurs sur la toile des mots, mais on peut vouloir donner du sens au choix des couleurs, des nuances et à leur assemblage. Voilà, j’imagine que je suis un peintre des mots et j’écris pour voir ma toile prendre forme : alors je donne vie à des personnages et à des paysages grâce à ma plume devenue pinceau.

Comme le peintre pose sur la toile blanche des couleurs, l’écrivain dépose sur la page blanche des caractères. Ils donnent tous deux vie à quelque chose à venir : le peintre donne vie tantôt à des personnages ou à un paysage grâce à sa palette de couleurs, et l’écrivain donne aussi la vie par les mots. La vie est une histoire, qui elle-même est un tableau. Un tableau changeant : parfois sombre ou parfois gai… Et si le lecteur prête quelque attention à ce que j’ai écrit, s’il prend de la hauteur et du recul par rapport au tableau, il verra un tout autre dessin se former et il pourra réinventer l’histoire.

               

Alizée R*** (Seconde 18)

« Écrire c’est pardonner, et peut-être se pardonner… »

Pour moi, écrire permet de me libérer : je me sens libre après avoir rédigé quelques lignes : j’y raconte ma vie, je me pose d’incessantes questions et j’essaie d’y trouver des réponses. Quelquefois, à travers les mots, on trouve les réponses que l’on cherchait depuis si longtemps… Les vieilles rancœurs s’estompent : alors on essaie de trouver le pardon et de pardonner à un autre. Oui, écrire c’est « pardonner » et peut-être « se pardonner » : en allégeant son âme et ses pensées, on peut se créer un monde parallèle, celui où l’on recherchera en soi-même ces éléments épars qui forment notre joie, notre plaisir, nos larmes ou notre bonheur…

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Seydi B*** (Seconde 18)

« Je pense, donc j’écris… »

Écrire est un droit. Un droit inaliénable. Écrire, c’est être le porte-parole de ceux qui ne peuvent parler. C’est une manière non violente de s’exprimer, de militer et surtout d’EXISTER. « Je pense, donc j’écris » : laisser sa trace dans le patrimoine : c’est ça, exister. Et même si vous écrivez, ne serait-ce que pour une seule personne, vous pourrez lui transmettre votre engagement.

Mais il n’y a pas que l’engagement social ou politique… Faut-il ramener toujours l’écriture au militantisme des mots comme le faisait Sartre par exemple ? Je ne crois pas. Pour moi, la fonction première de l’écrit est de faire rêver le lecteur, de le faire s’évader « à travers mots ». Parfois, l’écrivain lui-même s’évade en laissant libre cours à son imagination.

                         

Antoine M*** (Seconde 18)

« Je parle d’un monde où le bonheur est possible… »

Je n’ai jamais vraiment écrit, autrement que pour mes devoirs. Les seules et rares fois où j’écris, c’est pour moi-même, pour me confier. Certes, il m’arrive d’écrire pour d’autres : je leur fais passer un message, banal parfois. Ou alors j’aime écrire pour ceux qui me sont proches, mais alors je raconte, je leur parle d’un monde sans guerres et sans violence, d’un monde où le bonheur est possible. Je pourrais écrire ces histoires, je pourrai ainsi les lire plus tard à mes enfants. Oui vraiment, pour moi, c’est ça écrire : donner accès à l’imaginaire.

               

Claire D*** (Seconde 18)

« L’écriture, c’est le cri du silence. C’est la parole cachée, c’est l’alignement des mots pour former une réponse… »

Il est 10h39, heure peut-être trop matinale pour décrire ce qu’est à mes yeux l’écriture. À cette question, chacun a sa réponse. Pour moi, écrire c’est marquer, toucher : on n’imagine pas à quel point le poids des mots est lourd : certains sont plus violents que les coups. Pourquoi certaines phrases vous glacent le sang alors que d’autres vous réchauffent le cœur ?

Quand on écrit, seule la mort peut vous arrêter : vous êtes libre d’écrire. Et dans ce monde où l’on ne peut faire confiance à personne, le papier, lui, ne vous trahira pas : vous pouvez lui confier vos peines, lui raconter vos joies sans crainte d’être jugé : l’écriture, c’est le cri du silence. C’est la parole cachée, c’est l’alignement des mots pour former une réponse. Bien sûr, il ne s’agit là que de ma propre vision : chacun a en lui sa propre opinion. En fait, peut-être que la vraie force de l’écriture réside précisément dans cette diversité.

Découvrez aussi cette nouvelle de Claire : Forever (larmes blanches).

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Vincent M*** (Seconde 18)

« Sans l’écriture il n’y a plus rien. C’est dans ce refuge des mots qu’un monde nouveau s’ouvre à nous »

Durant mes premières lectures, l’écriture d’un auteur ne m’inspirait rien. Ce n’est que plus tard, en réfléchissant, que j’ai compris combien chaque œuvre avait son propre message : l’écriture n’est pas seulement un art, elle peut être une arme pour dénoncer, mais aussi un refuge : l’écriture c’est la vie, et sans l’écriture il n’y a plus rien. C’est dans ce refuge des mots qu’un monde nouveau s’ouvre à nous. Et c’est aussi l’heure des choix : on est libre de dire, de partir à l’aventure, ou de chercher la vérité sur le monde qui nous entoure. Cette vérité peut être cachée par des ratures, des mots rayés qui tuent parfois la vérité de l’homme…

      

Deborah S*** (Seconde 18)

« Écrire, c’est dérouler son inconscient sur un morceau de papier blanc… »

« Pourquoi écrivez-vous ? » J’ai tenté moi-même de répondre à cette fameuse question, posée à tant d’auteurs. Et ma réponse fut nette : j’écris pour moi. Pour me découvrir et me redécouvrir moi-même. Par nos écrits, nous nous voyons vraiment tels que nous sommes, et pas tels que nous aimerions paraître. Pas de tabous, pas de limites ; si l’écriture est une liberté, elle révèle aussi la face cachée de l’être. Écrire, c’est dérouler son inconscient sur un morceau de papier blanc.

Voilà la véritable écriture, celle qui n’a peur de rien… sinon d’être lue, puisque c’est une partie de nous-mêmes que nous livrons. On n’écrit jamais pour rien. Chaque texte a sa spécificité certes, mais tous ont un socle commun : la défense, fût-elle implicite ou inconsciente, d’un idéal. Mon écriture est ainsi une recherche de ce qui constitue la personne que je suis : écrire pour mettre au jour ma vision du monde, et donc me découvrir, par la force de mes convictions…

Lisez aussi la très belle nouvelle de Deborah : Rose d’hiver, souffle du vent, étoile jaune.

            

Laurie C*** (Seconde 18)

« Si l’écriture est un pays, je crois aussi qu’elle est un voyage, un départ du monde actuel… »

Nina Bouraoui disait : « L’écriture, c’est mon vrai pays, le seul dans lequel je vis vraiment, la seule terre que je maîtrise ». Si l’écriture est un pays, je crois aussi qu’elle est un voyage, un départ du monde actuel. L’écriture serait donc dans un premier temps une échappatoire où l’on contrôle tout ; sans se soucier du monde extérieur. On écrit alors pour soi, pour se soulager, se libérer. Mais on écrit aussi pour les autres, pour ceux qui ne le peuvent pas, qui n’ont pas droit à la parole. Écrire sert donc à témoigner pour eux : entre l’auteur et le lecteur s’établit un dialogue invisible…

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Thulaciga Y*** (Seconde 18)

« Ces mots qui sont liés les uns aux autres forment une fraternité, une paix inconnue à notre monde… »

Les mots sont les seules personnes qui ne jugent pas mon apparence, qui ne se moquent pas de moi. Avec les mots, pas besoin de faire semblant de rire ou de faire des choses dans le but de plaire à des inconnus : en présence des mots, je me sens belle, intelligente, bien dans ma peau : peut-être parce qu’ils parlent à travers moi. L’écriture est un moyen d’échapper à la solitude, l’écriture est moi.

De plus, ces mots qui sont liés les uns aux autres forment une fraternité, une paix inconnue à notre monde. De toute façon, nous irons finir notre vie dans une malheureuse tombe, seule et isolée… Alors que l’écriture sera toujours présente jusqu’à la fin du monde : les mots seront toujours liés ensemble quoi qu’il arrive : ils ne changeront pas, ne vieilliront pas, ne mourront pas : ils sont immortels.

Vous connaissez le proverbe : « Toute bonne chose a une fin ». L’écriture nous montre cela : elle commence par une majuscule, par une naissance, et se termine par un point : c’est un peu comme la mort de la phrase, diront certains. Mais contrairement à nous, elle se ressuscite. Même après ma mort, les mots vivront, toujours les mêmes, et renaîtront, toujours nouveaux…

          

Pauline C*** (Seconde 18)

« Écrire sert à déranger : il n’y a pas de « lecture confortable… »

Je n’écris pas forcément pour convaincre, mais pour faire réagir. Être lue, c’est accepter le débat, c’est forcer ceux qui vous lisent à se poser des questions, c’est les obliger à prendre des décisions, à faire des choix. Ainsi, l’écriture est forcément une provocation : on « provoque » l’autre, on suscite une réaction, un sentiment chez lui ; joie, émotion, colère… Si vous lisez mes écrits (*), je ne souhaite pas que vous les appréciiez, j’ai juste besoin de me dire : « j’ai fait réagir ». Rendre le lecteur furieux, c’est presque le comble pour un écrivain : l’écriture n’est plus alors un simple divertissement, elle est une interpellation. C’est pour cela qu’à la question « Écrire, ça sert à quoi ? » il me semble juste de répondre qu’écrire sert à déranger : il n’y a pas de « lecture confortable ». Il faut déranger les opinions, les idées préfabriquées, l’écrivain doit remettre en cause les fondations…

(*) Lire en particulier la nouvelle de Pauline L’Eau est belle (noire, profonde, infinie).

         

Sibylle B*** (Seconde 18)

« Mots oubliés, rayés. Sentiments écrits puis détruits. Pourtant ces mots sont nés, ils existaient… »

Au commencement de l’écriture, quelques lettres assemblées formant des signes, éparpillés au hasard sur une feuille dite « brouillon ».

Écrire est le seul moyen de laisser une trace de sa vie : un papier et un crayon suffisent pour s’évader dans un monde, son monde, dans lequel l’imagination a le droit de divaguer. Une imagination hors piste, hors-la-loi parfois : on passe de la réalité à l’imaginaire, aux rêves d’enfants qui sont les rêves du monde. Balayées l’orthographe ou la syntaxe… De temps en temps une relecture s’impose : parfois ce qu’on avait écrit n’a aucune signification, l’imagination a divagué : elle a quitté la route. Alors on rature ces mots…

Mots oubliés, rayés. Sentiments écrits puis détruits.

Pourtant ces mots sont nés, ils existaient, puis la plume qui les a fait naître les a tués.

Pourtant ils ont existé, ils vivaient parmi tant d’autres.

Et puis ces mots sont morts.

Voilà pour moi la fonction de l’écriture :

Faire vivre et faire renaître les mots. Écrire, pour achever une histoire sans aucun sens pour autrui, pour en commencer une autre, pour se découvrir de nouveau, pour avoir un nouveau goût de la liberté, pour s’évader dans le monde et s’inventer cette vie dont on avait toujours rêvé, pour réaliser des projets irréalisables, pour bâtir le possible de l’impossible. Écrire, c’est plus qu’écrire, c’est parler sans être interrompu…

Lisez aussi cet autre très beau texte de Sibylle : All over the world, la fin d’un voyage, le début d’une vie.

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Janyce M*** (Seconde 18)

« Écrire, c’est trouver le mot juste pour décrire l’authentique. »

Pour beaucoup de personnes, écrire est forcément lié à une notion d’engagement… Mais la beauté des mots dans tout ça ? On les utilise certes pour « frapper », « viser juste »… Mais on ne cherche pas assez de profondeur. Tout rime alors avec débats, idées à défendre, parti à prendre, avis à scander… Ce n’est pas ainsi que je définirais l’écriture. Écrire pour moi, c’est un moment que l’on partage avec soi-même d’abord, un moment de vérité pure. Comme un aveu. On se dénude, on se met en accord avec soi. Moment de plénitude totale où l’on va transcrire, parfois inconsciemment, nos sentiments, nos pensées les plus secrètes.

Mais écrire, c’est aussi transmettre un magnifique héritage, une sensibilité qui doit vivre malgré le temps. L’écrivain est alors comme un pianiste : quand il commence à « jouer », il recherche les notes les plus justes, celles qui vont témoigner du sentiment profond qui envahit son être : détresse, joie, solitude déception… Et lorsque son doigt effleure enfin la touche ultime de sa mélodie, vient alors le soulagement d’avoir pu faire couler dans un courant fluide de notes ce qu’il ressentait secrètement. Et il aura envie de faire partager ce rendez-vous qu’il a eu avec lui-même, de raconter un peu de son vécu aux autres. Il recherche alors le mot convenant le mieux pour évoquer le ressenti, le mot approprié, le mot juste pour décrire l’authentique.

Lisez aussi cette nouvelle de Janyce : La Balançoire
 Cliquez ici pour lire les autres textes publiés à partir du 1er mars 2010.
© les auteur(e)s, LEF/EPC (janvier 2010)

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La citation (ou anti-citation) de la semaine… Paul Flat…

« La femme littéraire est un monstre… »

La Femme littéraire est un monstre, au sens latin du mot (*). Elle est un monstre, parce qu’elle est anti-naturelle. Elle est anti-naturelle parce qu’elle est anti-sociale, et si elle est anti-sociale, dernier terme du raisonnement, c’est qu’elle reproduit, comme en un saisissant microcosme, la plupart des ferments de dégénérescence qui travaillent notre monde moderne.

[…] Par la plus étrange interversion, qui modifie sa nature en l’élevant au rang littéraire, sera-ce peu de dire [que la Femme-auteur est] antimorale. C’est amorale qu’il faut substituer.

Pour ce qui est du point de vue social, on voit assez maintenant quel ferment [son] œuvre représente dans la dissolution des idées morales qui jadis ont mené le monde, et vers lesquelles il faudra bien qu’il se retourne un jour, faute d’une meilleure lumière pour le guider!

Paul Flat, Nos femmes de lettres, Paris, Perrin 1908

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« Dr Syntax with a Blue Stocking Beauty » (Dr Syntaxe avec une Beauté en « Bas-bleus« ). Détail, 1812.
Dans la continuité du philosophe allemand Arthur Schopenhauer qui prétendait que la femme était « un animal à cheveux longs et à idées courtes », le critique, homme de lettres et chroniqueur Paul Flat (1865-1918) rédige en 1908 un essai intitulé Nos femmes de lettres (**). Dans cet ouvrage à visée didactique autant que moralisatrice, l’auteur interprète le phénomène de l’écriture féminine et plus largement de l’émancipation des femmes comme une perversion qui irait à l’encontre de la nature du « deuxième sexe ». Témoin cette métaphore du monstre, qui ressortit d’ailleurs plus à l’affectivité qu’à la raison, pour rendre compte de l’anormalité de la femme de lettres, par définition « contre-nature » puisqu’elle cherche à s’affranchir en quelque sorte d’une détermination biologique et sociologique la cantonnant à la futilité et à la passivité. Or la vision idéologique que donne l’ouvrage de Paul Flat de ces « bas-bleus« , est d’autant plus remarquable qu’elle reflète parfaitement la structure intellectuelle de la société.
De fait, à partir du dix-neuvième siècle surtout (Madame de Staël, George Sand…), les femmes vont investir le champ littéraire et social, contribuant autant à l’essor et à la démocratisation du genre romanesque qu’à la constitution d’une sensibilité et d’un lectorat nouveaux. Mais paradoxalement, le développement de l’écriture féminine puis des mouvements féministes à la fin du dix-neuvième siècle se doublent d’un virulent conservatisme social (***). Époque révolue… Quoique… Il faut déplorer combien, à notre époque encore, nombre d’ouvrages de littérature, pourtant soucieux de s’actualiser en renouvelant leurs contenus intellectuels, peinent à mentionner les écrivaines. Cette situation discriminante, relevant sans doute de clichés ou de stéréotypes inconscients, contribue à perpétuer des modèles de représentation qui accréditent des images volontairement sexistes de la femme, et portent préjudice au renouvellement de l’enseignement des littératures que ces ouvrages prétendaient pourtant mettre en évidence (****).

_________________

(*) Du latin « monstrum » : créature étonnante qui « donne à voir » (montre=monstre) l’insolite, l’anormal. (**) Paul Flat, Nos femmes de lettres, Librairie académique Perrin, Paris 1909. L’ouvrage est accessible gratuitement par téléchargement (Project Gutenberg EBook) en cliquant ici. (***) Anne-Marie Thiesse fait remarquer par exemple qu’au début du vingtième siècle, les femmes ne peuvent prétendre à une carrière littéraire « qu’à deux conditions fort restrictives : associer à des ambitions littéraires (et un talent certain) une vie privée publiquement scandaleuse ou cacher du mieux possible cette honteuse association de la féminité et de la plume ». Anne-Marie Thiesse, Le Roman du quotidien, lecteurs et lectures populaires à la Belle Époque, éd. Le Chemin vert, Paris, 1984. Cité par Monique De Saint Martin, « Les « femmes écrivains » et le champ littéraire« , Actes de la recherche en sciences sociales, 1990, volume 83, p. 54. (****) Voir à ce sujet : Les Femmes dans les livres scolaires (collectif, éd. Mardaga, Wavre 1995) ou La Représentation des hommes et des femmes dans les livres scolaires : rapport au Premier ministre (La Documentation française, Paris 1997).

« De mots, de rimes et de sables »… Exposition de poésies par la classe de Première S3…

Exposition de poésies

« De mots, de rimes et de sables »

par la classe de Première S3

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____

La classe de Première S3 a mené un important travail de création poétique, mêlant à l’inspiration littéraire le graphisme, le dessin ou la peinture : de fait, tous les poèmes ont été illustrés par les élèves. À cette heure, l’ensemble des textes a été numérisé… Mais les élèves terminent les illustrations. Donc seuls les poèmes finalisés sont exposés. Les autres textes seront mis en ligne au fur et à mesure de l’achèvement des dessins…

Voici le premier volet de l’exposition.

__

                            

Alchimie du poème perdu

Charlotte S.

            

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Crédit iconographique : © Charlotte S. (Lycée en Forêt, Janvier 2010)

                 

                       

Tes âmes s’envolent

Maeva, Alexia

                 

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Crédit iconographique : © Alexia L. et Maeva P. (Lycée en Forêt, Janvier 2010)
                                   
                                                  

L’interdit

Sarah L.

                 

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    Crédit iconographique : © Sarah L. (Lycée en Forêt, Janvier 2010)
                    
                                

Paparazzis

Maïlys T.

                 

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Crédit iconographique : © Maïlys T. (Lycée en Forêt, Janvier 2010)

              

                 

J’ai pensé à nous…

Morgane L.

        

Les tombeaux de la beauté épousent les étoiles

D’une jeunesse douloureuse et troublée

Par les mouvements métaphoriques qui bornent nos dures racines tendres.

J’ai pensé à cette nuit bleue d’une voie rouge et lactée

De nuages frais couvrant mes rêves les plus désespérés.

Le soleil s’est levé sur Paris : j’ai pensé à nous,

A nos sourires ébréchés. L’astre sombre

A ouvert mes paupières légères.

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Crédit iconographique : © Morgane L. (Lycée en Forêt, Janvier 2010)

                  

                  

Pour écrire ce poème

Fanny M. et Charlotte S.

              

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Crédit iconographique : © Charlotte S. et Fanny M. (Lycée en Forêt, Janvier 2010)

                    

                      

Marmoréenne

Sarah L.

                     

Fébrilement accrochée à la branche de survie,

Une feuille frémit puis lâche prise,

S’envole maladroitement comme le premier vol d’un oiseau

Tombe parmi les cadavres fanés.

Sa peau est marmoréenne

Son sang qui,

Coagulant dans ses veines, se fige et se cristallise

L’homme éphémère s’endort dans un éternel sommeil

L’homme n’est que feuille qui se fane

Et s’achève dans l’oubli.

Son dernier souffle…

     

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Crédit iconographique : © Sarah L. (Lycée en Forêt, Janvier 2010)

                    

                  

Mon âme a trouvé en voyage

Maëlise R.

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Crédit iconographique : « Collages numériques » © Maëlise R. (Lycée en Forêt, Janvier 2010)

                           

                        

La Plume

Sarah L.

                    

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Crédit iconographique : © Sarah L. (Lycée en Forêt, Janvier 2010)

                     

                           

Tous les vieux jardins perdus

Morgane L.

              

Le tique-taquement interne de l’écriture,

Le rouge passionné de l’écharpe chaude

Le fait de gravir les escaliers du désir

Rafraichissent la curieuse envie de bonheur gâché.

 

L’océan de printemps surligne l’hyperbole

Et les marges trop larges de l’angoisse

Effacent tous vieux jardins perdus :

Conduire le désir vers l’impossible est faisable !

 

L’humain vert tord l’ordre du métabolisme photographique :

Océaniques pensées surlignées de rage !

J’atteignis ainsi tous les vieux jardins perdus

Du désir horrible de cette peur joyeuse.

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Crédit iconographique : © Morgane L. (Lycée en Forêt, Janvier 2010)

              

                     

Tour de magie

Caroline T.

                      

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Crédit iconographique : © Caroline T. (Lycée en Forêt, Janvier 2010)
                      
Première livraison : la numérisation des textes est terminée.

"De mots, de rimes et de sables"… Exposition de poésies par la classe de Première S3…

Exposition de poésies

« De mots, de rimes et de sables »

par la classe de Première S3

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La classe de Première S3 a mené un important travail de création poétique, mêlant à l’inspiration littéraire le graphisme, le dessin ou la peinture : de fait, tous les poèmes ont été illustrés par les élèves. À cette heure, l’ensemble des textes a été numérisé… Mais les élèves terminent les illustrations. Donc seuls les poèmes finalisés sont exposés. Les autres textes seront mis en ligne au fur et à mesure de l’achèvement des dessins…

Voici le premier volet de l’exposition.

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Alchimie du poème perdu

Charlotte S.

            

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Crédit iconographique : © Charlotte S. (Lycée en Forêt, Janvier 2010)

                 

                       

Tes âmes s’envolent

Maeva, Alexia

                 

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Crédit iconographique : © Alexia L. et Maeva P. (Lycée en Forêt, Janvier 2010)
                                   
                                                  

L’interdit

Sarah L.

                 

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    Crédit iconographique : © Sarah L. (Lycée en Forêt, Janvier 2010)
                    
                                

Paparazzis

Maïlys T.

                 

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Crédit iconographique : © Maïlys T. (Lycée en Forêt, Janvier 2010)

              

                 

J’ai pensé à nous…

Morgane L.

        

Les tombeaux de la beauté épousent les étoiles

D’une jeunesse douloureuse et troublée

Par les mouvements métaphoriques qui bornent nos dures racines tendres.

J’ai pensé à cette nuit bleue d’une voie rouge et lactée

De nuages frais couvrant mes rêves les plus désespérés.

Le soleil s’est levé sur Paris : j’ai pensé à nous,

A nos sourires ébréchés. L’astre sombre

A ouvert mes paupières légères.

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Crédit iconographique : © Morgane L. (Lycée en Forêt, Janvier 2010)

                  

                  

Pour écrire ce poème

Fanny M. et Charlotte S.

              

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Crédit iconographique : © Charlotte S. et Fanny M. (Lycée en Forêt, Janvier 2010)

                    

                      

Marmoréenne

Sarah L.

                     

Fébrilement accrochée à la branche de survie,

Une feuille frémit puis lâche prise,

S’envole maladroitement comme le premier vol d’un oiseau

Tombe parmi les cadavres fanés.

Sa peau est marmoréenne

Son sang qui,

Coagulant dans ses veines, se fige et se cristallise

L’homme éphémère s’endort dans un éternel sommeil

L’homme n’est que feuille qui se fane

Et s’achève dans l’oubli.

Son dernier souffle…

     

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Crédit iconographique : © Sarah L. (Lycée en Forêt, Janvier 2010)

                    

                  

Mon âme a trouvé en voyage

Maëlise R.

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Crédit iconographique : « Collages numériques » © Maëlise R. (Lycée en Forêt, Janvier 2010)

                           

                        

La Plume

Sarah L.

                    

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Crédit iconographique : © Sarah L. (Lycée en Forêt, Janvier 2010)

                     

                           

Tous les vieux jardins perdus

Morgane L.

              

Le tique-taquement interne de l’écriture,

Le rouge passionné de l’écharpe chaude

Le fait de gravir les escaliers du désir

Rafraichissent la curieuse envie de bonheur gâché.

 

L’océan de printemps surligne l’hyperbole

Et les marges trop larges de l’angoisse

Effacent tous vieux jardins perdus :

Conduire le désir vers l’impossible est faisable !

 

L’humain vert tord l’ordre du métabolisme photographique :

Océaniques pensées surlignées de rage !

J’atteignis ainsi tous les vieux jardins perdus

Du désir horrible de cette peur joyeuse.

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Crédit iconographique : © Morgane L. (Lycée en Forêt, Janvier 2010)

              

                     

Tour de magie

Caroline T.

                      

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Crédit iconographique : © Caroline T. (Lycée en Forêt, Janvier 2010)
                      
Première livraison : la numérisation des textes est terminée.

La citation de la semaine… Michel Houellebecq…

« Les actions humaines sont aussi libres et dénuées de sens que les libres mouvements des particules élémentaires »…

Aux humains de l’ancienne race, notre monde fait l’effet d’un paradis. Il nous arrive d’ailleurs parfois de nous qualifier nous-mêmes —sur un mode, il est vrai, légèrement humoristique— de ce nom de « dieux » qui les avait tant fait rêver.

L’histoire existe ; elle s’impose, elle domine, son empire est inéluctable. Mais au-delà du strict plan historique, l’ambition ultime de cet ouvrage est de saluer cette espèce infortunée et courageuse qui nous a créés. Cette espèce douloureuse houellebecq.1262687004.jpget vile, à peine différente du singe, qui portait en elle tant d’aspirations nobles. Cette espèce torturée, contradictoire, individualiste et querelleuse, d’un égoïsme illimité, parfois capable d’explosions de violence inouïes, mais qui ne cessa jamais pourtant de croire à la bonté et à l’amour. Cette espèce aussi qui, pour la première fois de l’histoire du monde, sut envisager la possibilité de son propre dépassement ; et qui, quelques années plus tard, su mettre ce dépassement en pratique. Au moment où ses derniers représentants vont s’éteindre, nous estimons légitime de rendre à l’humanité ce dernier hommage ; hommage qui, lui aussi, finira par s’effacer et se perdre dans les sables du temps ; il est cependant nécessaire que cet hommage, au moins une fois, ait été accompli. Ce livre est dédié à l’homme ».

Michel Houellebecq, Les Particules élémentaires, « Épilogue » (dernière page). Éditions Flammarion, Paris 1998, p. 394

Peut-on parler d’une littérature « fin de siècle » ? De même que la fin du dix-neuvième sera marquée par le pessimisme et l’idée de décadence, c’est sur fond de crise et de peurs millénaristes qu’il faut appréhender la littérature mais plus largement l’art de la fin du vingtième siècle. À ce titre, l’œuvre de l’écrivain français Michel Houellebecq (né en 1958 à La Réunion) traduit très bien la décadence sociologique et morale de notre société, et les angoisses des générations actuelles face à la pérennité des civilisations (*). C’est dans ce contexte que l’auteur publie en 1998 Les Particules élémentaires, roman volontairement transgressif et provocateur sur le désenchantement du monde : tout ne serait qu’illusion dans les rapports humains…

Au-delà des vifs débats qu’a suscités la parution de ce roman (sulfureux par houellebecq1.1262789512.jpgailleurs), il faut reconnaître à Houellebecq d’avoir peint la crise de la société actuelle. Crise d’autant plus violente que notre modernité est un archipel infini d’idées, de croyances, de rites, de changements macro et micro-sociaux qui imposent la vision nouvelle d’un monde plus fragmenté que jamais… “Dégénération » (**), “génération perdue”, “35 heures”, mobilité sociale, familles recomposées, crise des valeurs, “génération Internet”, “réseaux sociaux”, mondialisation… Autant d’expressions qui évoquent certes d’autres lieux, d’autres temps, d’autres façons de parler, de consommer, mais plus globalement l’idée d’un monde en archipel, confronté désormais à une histoire et à une géographie sociales faites de fragmentations et de ruptures (***).

Le passage présenté pourrait être utilement mis en relation avec cet extrait d’une étude que Houellebecq a consacrée à l’un des grands maîtres du Fantastique, l’écrivain américain Howard Philips Lovecraft (Contre le monde, contre la vie, éd. du Rocher, Paris 2005, page 13) : « L’univers n’est qu’un furtif arrangement de particules élémentaires. Une figure de transition vers le chaos. Qui finira par l’emporter. La race humaine disparaîtra. D’autres races apparaîtront, et disparaîtront à leur tour. Les cieux seront glaciaux et vides, traversés par la faible lumière d’étoiles à demi-mortes. Qui, elles aussi, disparaîtront. Tout disparaîtra. Et les actions humaines sont aussi libres et dénuées de sens que les libres mouvements des particules élémentaires« …

_____________

(*) L’écrivain américain Bret Easton Ellis est caractéristique de ce nihilisme social. Voyez aussi cette citation très célèbre de Paul Valéry sur la mort des civilisations. (**) « Dégénération » : titre d’une chanson de M. Farmer. (***) B. Rigolt, « Questions de “Génération(s)”… Crises, changement social et ruptures…« 
Crédit photographique : B.R. Photomontages à partir de clichés de presse modifiés numériquement.

Pour aller plus loin…
(cliquez sur les miniatures pour feuilleter l’ouvrage dans Google-livres)

Couverture  Couverture  Couverture

Objectif Culture Générale… Je découvre : « Marinetti et le Futurisme italien »

Ce cours de Culture Générale a pour but de présenter aux étudiant(e)s un mouvement poétique et artistique peu ou mal connu : le Futurisme.

 

La poésie futuriste
Les mots à la « sauce italienn»
Filippo Tommaso Marinetti, Irredentismo, 1914
(collage, Lugano, coll. privée) © Tous droits réservés.

Le

vingtième siècle est le siècle des avant-gardes artistiques et littéraires : Art nouveau, Cubisme, Expressionnisme, Surréalisme, Futurisme, Théâtres de l’Absurde, Existentialisme, Nouveau Roman… Autant de mouvances culturelles qui ont profondément remis en question l’ordre établi ainsi que les structures sociales et politiques. Comme le Surréalisme dont il est assez proche par certains aspects, le Futurisme affichera un goût prononcé pour l’expérimentation de tout ce qui est nouveau : Changer le monde, faire table rase du passé.

Filippo Tommaso Marinetti,
« Analogie dessinée », (Zang Tumb Tumb), 1914

Comme le dit Noëmi Blumenkranz-Onimus, avec le Futurisme, « la subversion de l’écriture, l’éclatement du langage deviennent alors un fait littéraire »¹. Mais jamais à la différence d’autres courants artistiques, le futurisme ne deviendra un mouvement structuré : c’est plutôt une sensibilité artistique, faite d’abord de provocation et d’illogisme.

 

Filippo Tommaso Marinetti :
“ la Caffeina dell’Europa ”

La figure centrale du Futurisme est le poète italien Filippo Tommaso Marinetti (1876-1944). Celui qui se surnommera lui-même « la caféine de l’Europe » est à la fois un anarchiste réfractaire à toute forme de morale et un fervent nationaliste (assez populiste au demeurant), qui revendique haut et fort son italianisme. Le 20 février 1909 il choisit pourtant Le Figaro pour publier le Manifeste du futurisme, texte provocateur qui fit scandale : Marinetti y faisait entre autres l’apologie de la violence, de la guerre et entendait faire table rase du passé : l’auteur prônait ainsi la destruction des musées et des académies. Au-delà des excès et de son exubérance verbale, ce texte a profondément marqué l’histoire des idées au vingtième siècle.

 nous voulons exalter le mouvement agressif, l’insomnie fiévreuse, le pas gymnastique, le saut périlleux, la gifle et le coup de poing  

Filippo Tommaso Marinetti
“Manifeste du Futurisme”
Le Figaro, 20 février 1909

  1.  Nous voulons chanter l’amour du danger, l’habitude de l’énergie et de la témérité.
  2. Les éléments essentiels de notre poésie seront le courage, l’audace, et la révolte.
  3. La littérature ayant jusqu’ici magnifié l’immobilité pensive, l’extase et le sommeil, nous voulons exalter le mouvement agressif, l’insomnie fiévreuse, le pas gymnastique, le saut périlleux, la gifle et le coup de poing.
  4. Nous déclarons que la splendeur du monde s’est enrichie d’une beauté nouvelle : la beauté de la vitesse. Une automobile de course avec son coffre orné de gros tuyaux tels des serpents à l’haleine explosive… une automobile rugissante, qui a l’air de courir sur de la mitraille, est plus belle que la Victoire de Samothrace.
  5. Nous voulons chanter l’homme qui tient le volant dont la tige idéale traverse la terre, lancée elle-même sur le circuit de son orbite… C’est en Italie que nous lançons ce manifeste de violence culbutante et incendiaire, par lequel nous fondons aujourd’hui le Futurisme parce que nous voulons délivrer l’Italie de sa gangrène d’archéologues, de cicérones et d’antiquaires.

Pour lire le texte complet, cliquez ici.

De fait, en tant que mouvement d’avant-garde, le Futurisme apparaît à une époque de profonds bouleversements idéologiques dans la culture européenne. Le culte du progrès et du scientisme, largement célébré dans la poésie futuriste, débouche donc sur l’affirmation d’un renouvellement des idées dans la ligne de l’héritage révolutionnaire et idéaliste du Risorgimento italien. La thématique des poèmes mêle à la fois l’expérience de la “voyance” (le poète est « inspiré », cf. Rimbaud), et une apologie de la violence, de la vitesse et de la machine.

Témoin ces vers extraits d’un poème d’Enrico Cavacchioli : « Sia maledetta la luna » (« Que soit maudite la lune ») :

Si tu veux vivre, crée un beau cœur mécanique […]
Tu dois faire de la vie un rêve automatique
tourmenté de leviers, de contacts et de fils […]
l’homme sera demain le roi de la machine brute,
dominateur de toutes les choses finies et infinies !
Que soit maudite la lune !

Cette réflexion esthétique et l’expérience de la guerre va pousser les Futuristes à élaborer un vaste programme théorique. En 1912 Marinetti rédigera le Manifeste technique de la littérature futuriste, texte très intéressant d’un point de vue artistique et sociologique, suivi d’un long supplément quelques mois plus tard. Son auteur y joint un poème (”Bataille Poids + Odeur”) écrit avec la “technique des Mots en Liberté”. Très révolutionnaires tant du point de vue de la forme que des idées, les poèmes de Marinetti se proposent de créer des analogies dessinées, sortes de métaphores visuelles qui vont profondément transformer les règles de l’écriture poétique. Sa théorie des Mots en Liberté est basée d’abord sur la destruction de la syntaxe : à commencer par l’abolition de la ponctuation et de la structure grammaticale (déjà mise en pratique par des poètes français comme Mallarmé).

“Les mots en liberté” ou l’art de libérer le langage

Pour délivrer le langage de ses règles, Marinetti va forger l’expression de “Mots en liberté” : il s’agit pour lui d’« intégrer à la poésie les récentes conquêtes de la peinture futuriste : la simultanéité et le dynamisme »². D’un point de vue typographique, ces “tableaux-poèmes” sont particulièrement intéressants à étudier. Regardez par exemple ce poème au très long titre : “Le soir, couchée sur son lit, elle relit la lettre de son artilleur” (Les Mots en Liberté futuriste, 1919). Ici la surcharge graphique ou au contraire les “blancs” ménagés avec art, l’utilisation des signes, des symboles, des onomatopées, les tailles des polices de caractère, les disproportions typographiques, etc. concourent à créer pour le lecteur une nouvelle expérience de la lecture de poème.

Jean Weisgerber parle à ce titre d’« une redynamisation de la peinture en tant qu’écriture et de l’écriture en tant que peinture »³. Cette révolution typographique amène à une sorte de transformation du langage lui-même : l’importance des onomatopées, les déformations de mots ont pour but d’offrir au lecteur une perception globale et synthétique, à la différence de la lecture “linéaire”. Assez proches de certains collages cubistes, les poèmes de Marinetti sont donc intéressants à découvrir et constituent une approche originale des mouvements artistiques avant-gardistes de la première moitié du vingtième siècle.

Crise et déclin du mouvement

Le mouvement initié par Marinetti ne survivra pas à la formation du Dadaïsme et surtout du Surréalisme en France. De plus, le Futurisme va s’orienter à partir des années Vingt vers des solutions radicales (les dérives fascistes en particulier) qui vont l’affaiblir puis le discréditer. Reste une initiative originale et novatrice d’un point de vue littéraire et artistique, qui préfigure la poésie visuelle contemporaine ou certains mouvements de Contreculture comme le Ready made ou le Pop’art, mouvements qui ont revendiqué à leur tour cette fonction contestataire du signe iconique ou linguistique.

En désacralisant le mot et « la signification langagière traditionnelle des gestes d’écriture et de graphisme »⁴, et en les libérant du culte de la tradition, le Futurisme a du même coup transformé l’acte de lecture du texte : ce n’est plus la lecture linéaire qui importe mais une lecture “spatiale” dominée par la simultanéité : lecture beaucoup plus suggestive et « plurielle » qui permet une multitude d’approches du fait qu’elle renferme une richesse sémantique et symbolique inouïe.

_______________

  1. Noëmi Blumenkranz-Onimus, La Poésie Futuriste italienne, éd. Klincksieck, Paris 1984, page 8.
  2. ibid. p. 25
  3. Jean Weisgerber, Les Avant-gardes littéraires au XXe siècle (Université libre de Bruxelles. Centre d’étude des avant-gardes littéraires, Bruxelles 1984), page 23.
  4. Noëmi Blumenkranz-Onimus, déjà citée, p. 200.

Ce qu’il faut retenir…

  • Pays : Italie (1909-1924) et influences en Russie. Auteur représentatif : Filippo Tommaso Marinetti (Manifeste du futurisme, 1909).
  • Définition : Mouvement littéraire et artistique qui rejette la tradition esthétique et exalte le monde moderne, en particulier la civilisation urbaine, les machines et la vitesse (source : Wikipedia).
  • Sur le plan poétique, le Futurisme remet en cause la syntaxe et la typographie traditionnelles. Rejetant toute lecture “linéaire” des textes, cette révolution artistique amène à une sorte de transformation du langage lui-même : l’importance des onomatopées, les déformations de mots ont pour but d’offrir au lecteur une perception globale et synthétique, assez proche de certains collages cubistes.
  • Place dans l’Histoire : rejetant tout concept moral, le mouvement sera confronté à plusieurs dérives idéologiques (le Fascisme en particulier) et ne résistera pas à l’ampleur et à l’importance sur le plan des idées du Surréalisme en France. L’influence du Futurisme sur le plan artistique est néanmoins considérable.


Filippo Tommaso Marinetti (1876-1944), Dunes 1914.
Source : Johanna Drucker, The Visible Word : Experimental Typography and Modern Art, 1909-1923. University of Chicago Press, 1994.

Umberto Boccioli (1882-1916), Primavera, poème édité par Zeno Birolli in Umberto Boccioni, 1972 (Umberto Boccioni, Altri inediti e apparati critici. A cura di Zeno Birolli, 1972).
Illustration reproduite par Noëmi Blumenkranz-Onimus, La Poésie Futuriste italienne, éd. Klincksieck, Paris 1984, page 41.


Filippo Tommaso Marinetti (1876-1944), “Montage + Vallate + Strade x Joffre”, 1915

Francesco Cangiullo (1884-1977) Poesia Pentagrammata (couverture), 1923


Cliquez sur l’image pour feuilleter les pages du livre.
(Giovanni Lista, Marinetti et le Futurisme, éd. L’Âge d’Homme, Paris 1977)

Objectif Culture Générale… Je découvre : "Marinetti et le Futurisme italien"

Ce cours de Culture Générale a pour but de présenter aux étudiant(e)s un mouvement poétique et artistique peu ou mal connu : le Futurisme.
 

La poésie futuriste
Les mots à la « sauce italienn»
Filippo Tommaso Marinetti, Irredentismo, 1914
(collage, Lugano, coll. privée) © Tous droits réservés.

Le

vingtième siècle est le siècle des avant-gardes artistiques et littéraires : Art nouveau, Cubisme, Expressionnisme, Surréalisme, Futurisme, Théâtres de l’Absurde, Existentialisme, Nouveau Roman… Autant de mouvances culturelles qui ont profondément remis en question l’ordre établi ainsi que les structures sociales et politiques. Comme le Surréalisme dont il est assez proche par certains aspects, le Futurisme affichera un goût prononcé pour l’expérimentation de tout ce qui est nouveau : Changer le monde, faire table rase du passé.

Filippo Tommaso Marinetti,
« Analogie dessinée », (Zang Tumb Tumb), 1914

Comme le dit Noëmi Blumenkranz-Onimus, avec le Futurisme, « la subversion de l’écriture, l’éclatement du langage deviennent alors un fait littéraire »¹. Mais jamais à la différence d’autres courants artistiques, le futurisme ne deviendra un mouvement structuré : c’est plutôt une sensibilité artistique, faite d’abord de provocation et d’illogisme.

 
Filippo Tommaso Marinetti :
“ la Caffeina dell’Europa ”

La figure centrale du Futurisme est le poète italien Filippo Tommaso Marinetti (1876-1944). Celui qui se surnommera lui-même « la caféine de l’Europe » est à la fois un anarchiste réfractaire à toute forme de morale et un fervent nationaliste (assez populiste au demeurant), qui revendique haut et fort son italianisme. Le 20 février 1909 il choisit pourtant Le Figaro pour publier le Manifeste du futurisme, texte provocateur qui fit scandale : Marinetti y faisait entre autres l’apologie de la violence, de la guerre et entendait faire table rase du passé : l’auteur prônait ainsi la destruction des musées et des académies. Au-delà des excès et de son exubérance verbale, ce texte a profondément marqué l’histoire des idées au vingtième siècle.

 nous voulons exalter le mouvement agressif, l’insomnie fiévreuse, le pas gymnastique, le saut périlleux, la gifle et le coup de poing  

Filippo Tommaso Marinetti
“Manifeste du Futurisme”
Le Figaro, 20 février 1909

  1.  Nous voulons chanter l’amour du danger, l’habitude de l’énergie et de la témérité.
  2. Les éléments essentiels de notre poésie seront le courage, l’audace, et la révolte.
  3. La littérature ayant jusqu’ici magnifié l’immobilité pensive, l’extase et le sommeil, nous voulons exalter le mouvement agressif, l’insomnie fiévreuse, le pas gymnastique, le saut périlleux, la gifle et le coup de poing.
  4. Nous déclarons que la splendeur du monde s’est enrichie d’une beauté nouvelle : la beauté de la vitesse. Une automobile de course avec son coffre orné de gros tuyaux tels des serpents à l’haleine explosive… une automobile rugissante, qui a l’air de courir sur de la mitraille, est plus belle que la Victoire de Samothrace.
  5. Nous voulons chanter l’homme qui tient le volant dont la tige idéale traverse la terre, lancée elle-même sur le circuit de son orbite… C’est en Italie que nous lançons ce manifeste de violence culbutante et incendiaire, par lequel nous fondons aujourd’hui le Futurisme parce que nous voulons délivrer l’Italie de sa gangrène d’archéologues, de cicérones et d’antiquaires.

Pour lire le texte complet, cliquez ici.

De fait, en tant que mouvement d’avant-garde, le Futurisme apparaît à une époque de profonds bouleversements idéologiques dans la culture européenne. Le culte du progrès et du scientisme, largement célébré dans la poésie futuriste, débouche donc sur l’affirmation d’un renouvellement des idées dans la ligne de l’héritage révolutionnaire et idéaliste du Risorgimento italien. La thématique des poèmes mêle à la fois l’expérience de la “voyance” (le poète est « inspiré », cf. Rimbaud), et une apologie de la violence, de la vitesse et de la machine.

Témoin ces vers extraits d’un poème d’Enrico Cavacchioli : « Sia maledetta la luna » (« Que soit maudite la lune ») :

Si tu veux vivre, crée un beau cœur mécanique […]
Tu dois faire de la vie un rêve automatique
tourmenté de leviers, de contacts et de fils […]
l’homme sera demain le roi de la machine brute,
dominateur de toutes les choses finies et infinies !
Que soit maudite la lune !

Cette réflexion esthétique et l’expérience de la guerre va pousser les Futuristes à élaborer un vaste programme théorique. En 1912 Marinetti rédigera le Manifeste technique de la littérature futuriste, texte très intéressant d’un point de vue artistique et sociologique, suivi d’un long supplément quelques mois plus tard. Son auteur y joint un poème (”Bataille Poids + Odeur”) écrit avec la “technique des Mots en Liberté”. Très révolutionnaires tant du point de vue de la forme que des idées, les poèmes de Marinetti se proposent de créer des analogies dessinées, sortes de métaphores visuelles qui vont profondément transformer les règles de l’écriture poétique. Sa théorie des Mots en Liberté est basée d’abord sur la destruction de la syntaxe : à commencer par l’abolition de la ponctuation et de la structure grammaticale (déjà mise en pratique par des poètes français comme Mallarmé).

“Les mots en liberté” ou l’art de libérer le langage

Pour délivrer le langage de ses règles, Marinetti va forger l’expression de “Mots en liberté” : il s’agit pour lui d’« intégrer à la poésie les récentes conquêtes de la peinture futuriste : la simultanéité et le dynamisme »². D’un point de vue typographique, ces “tableaux-poèmes” sont particulièrement intéressants à étudier. Regardez par exemple ce poème au très long titre : “Le soir, couchée sur son lit, elle relit la lettre de son artilleur” (Les Mots en Liberté futuriste, 1919). Ici la surcharge graphique ou au contraire les “blancs” ménagés avec art, l’utilisation des signes, des symboles, des onomatopées, les tailles des polices de caractère, les disproportions typographiques, etc. concourent à créer pour le lecteur une nouvelle expérience de la lecture de poème.

Jean Weisgerber parle à ce titre d’« une redynamisation de la peinture en tant qu’écriture et de l’écriture en tant que peinture »³. Cette révolution typographique amène à une sorte de transformation du langage lui-même : l’importance des onomatopées, les déformations de mots ont pour but d’offrir au lecteur une perception globale et synthétique, à la différence de la lecture “linéaire”. Assez proches de certains collages cubistes, les poèmes de Marinetti sont donc intéressants à découvrir et constituent une approche originale des mouvements artistiques avant-gardistes de la première moitié du vingtième siècle.

Crise et déclin du mouvement

Le mouvement initié par Marinetti ne survivra pas à la formation du Dadaïsme et surtout du Surréalisme en France. De plus, le Futurisme va s’orienter à partir des années Vingt vers des solutions radicales (les dérives fascistes en particulier) qui vont l’affaiblir puis le discréditer. Reste une initiative originale et novatrice d’un point de vue littéraire et artistique, qui préfigure la poésie visuelle contemporaine ou certains mouvements de Contreculture comme le Ready made ou le Pop’art, mouvements qui ont revendiqué à leur tour cette fonction contestataire du signe iconique ou linguistique.

En désacralisant le mot et « la signification langagière traditionnelle des gestes d’écriture et de graphisme »⁴, et en les libérant du culte de la tradition, le Futurisme a du même coup transformé l’acte de lecture du texte : ce n’est plus la lecture linéaire qui importe mais une lecture “spatiale” dominée par la simultanéité : lecture beaucoup plus suggestive et « plurielle » qui permet une multitude d’approches du fait qu’elle renferme une richesse sémantique et symbolique inouïe.

_______________

  1. Noëmi Blumenkranz-Onimus, La Poésie Futuriste italienne, éd. Klincksieck, Paris 1984, page 8.
  2. ibid. p. 25
  3. Jean Weisgerber, Les Avant-gardes littéraires au XXe siècle (Université libre de Bruxelles. Centre d’étude des avant-gardes littéraires, Bruxelles 1984), page 23.
  4. Noëmi Blumenkranz-Onimus, déjà citée, p. 200.

Ce qu’il faut retenir…

  • Pays : Italie (1909-1924) et influences en Russie. Auteur représentatif : Filippo Tommaso Marinetti (Manifeste du futurisme, 1909).
  • Définition : Mouvement littéraire et artistique qui rejette la tradition esthétique et exalte le monde moderne, en particulier la civilisation urbaine, les machines et la vitesse (source : Wikipedia).
  • Sur le plan poétique, le Futurisme remet en cause la syntaxe et la typographie traditionnelles. Rejetant toute lecture “linéaire” des textes, cette révolution artistique amène à une sorte de transformation du langage lui-même : l’importance des onomatopées, les déformations de mots ont pour but d’offrir au lecteur une perception globale et synthétique, assez proche de certains collages cubistes.
  • Place dans l’Histoire : rejetant tout concept moral, le mouvement sera confronté à plusieurs dérives idéologiques (le Fascisme en particulier) et ne résistera pas à l’ampleur et à l’importance sur le plan des idées du Surréalisme en France. L’influence du Futurisme sur le plan artistique est néanmoins considérable.


Filippo Tommaso Marinetti (1876-1944), Dunes 1914.
Source : Johanna Drucker, The Visible Word : Experimental Typography and Modern Art, 1909-1923. University of Chicago Press, 1994.

Umberto Boccioli (1882-1916), Primavera, poème édité par Zeno Birolli in Umberto Boccioni, 1972 (Umberto Boccioni, Altri inediti e apparati critici. A cura di Zeno Birolli, 1972).
Illustration reproduite par Noëmi Blumenkranz-Onimus, La Poésie Futuriste italienne, éd. Klincksieck, Paris 1984, page 41.


Filippo Tommaso Marinetti (1876-1944), “Montage + Vallate + Strade x Joffre”, 1915

Francesco Cangiullo (1884-1977) Poesia Pentagrammata (couverture), 1923


Cliquez sur l’image pour feuilleter les pages du livre.
(Giovanni Lista, Marinetti et le Futurisme, éd. L’Âge d’Homme, Paris 1977)

Les élèves ont du talent… Lire en ligne : “Forever” par Claire D.

Et si c’était un jour leur premier roman?”

Tel pourrait être le titre de cette nouvelle rubrique proposée par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7… Au départ, un exercice tout à fait “classique” : rédiger le début et la fin d’un roman… Les élèves les plus assidus à la tâche se sont pleinement investis dans ce challenge : travaillant et retravaillant les manuscrits, corrigeant la grammaire, revoyant la syntaxe, précisant le lexique et surtout s’attelant à la grande question du “style”, afin de proposer la première ébauche de ce qui pourrait bien devenir un jour leur “roman”. Le cahier de texte électronique est fier de vous proposer la lecture de ces textes tous inédits. Même s’il s’agit des premières pages et des dernières pages d’un possible livre, les manuscrits peuvent se lire comme une nouvelle…
Bonne lecture !

Découvrez le manuscrit…

FOREVER

Larmes blanches

         

par Claire D. (Seconde 18)

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-Incipit-

Effy alluma une dernière cigarette. La fatigue se lisait sur son visage ; ses yeux étaient gonflés, elle laissa échapper une nouvelle larme, une larme parmi tant d’autres.

Depuis un mois et six jours, son quotidien se résumait à ça : pleurer. Jimmy était mort. Il venait de fêter son seizième anniversaire. La maladie l’avait emporté, un matin. Un matin parmi tant d’autres.Effy était maintenant seule, sans Jimmy. Son cœur était déchiré par la tristesse, jamais plus elle ne pourrait être heureuse… Sa cigarette finie, Effy se dirigea vers l’entrée du cimetière. Chaque semaine elle y allait et chaque semaine était la même épreuve : lui qui était si vivant… La mort était venue et l’avait emporté. Une mort parmi tant d’autres. La mort, c’était la seule chose qui pouvait les séparer, eux, les inséparables. Effy déposa un bouquet sur sa tombe et s’en alla…

-Effy qu’est-ce que tu fous ?

Sa mère avait beaucoup changé depuis son divorce, prononcé six mois auparavant. Les cheveux grisés, la clope au bec, la mine pâle. Cette image attrista encore plus Effy : sa mère si belle avant, ne ressemblait plus à rien maintenant. Depuis son divorce elle avait plongé dans l’alcool, les bouteilles vides s’entassaient dans la poubelle. Elles mangèrent en silence. Un silence monotone, mort. Un silence parmi tant d’autres.

Nouvelles larmes, nouvelles journées. Dehors il neigeait, des perles blanches tombaient. C’étaient des larmes, des larmes blanches, des larmes de tristesse, des larmes d’oubli…

Effy se dirigea vers son lycée, où tout avait changé. Chaque recoin du bâtiment lui rappelait Jimmy, son Jimmy. Elle repensa alors à la dernière fois qu’elle l’avait vu. C’était à l’hôpital, les médecins étaient formels : Jimmy vivait son dernier jour. Effy avait passé toute la journée avec lui : quand son cœur s’arrêta de battre, Effy avait déposé un baiser sur sa joue, un baiser bref, mêlé au goût salé de ses larmes. Elle avait pris sa main froide et l’avait déposée sur son cœur tout en prononçant leur devise : « Forever ».

Les jours suivants, Effy resta cloitrée dans sa chambre. Pourquoi cette injustice ? Pourquoi le malheur s’abattait sur elle ? pourquoi lui avait-on enlevé sa moitié d’elle ? En cours Effy ne suivait plus : à quoi bon ? Devant elle, la place qu’occupait Jimmy était toujours là, vacante : une place parmi tant d’autres…

En rentrant chez elle après les cours, elle se dit qu’elle ne pouvait plus vivre comme ça. Sans lui, la vie n’avait plus aucun sens, le ciel ne serait plus jamais bleu, plus jamais les oiseaux ne chanteraient, plus jamais… Le lendemain Effy se leva, il était six heures, sa mère rentrait dans une heure. Elle alla dans la cuisine puis dans la salle de bain, prit les somnifères de sa mère et les avala…

Quand la mère d’Effy rentra de sa nuit de garde à l’hôpital, elle trouva un mot sur la table de la cuisine :

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Elle entendit le réveil d’Effy, ce réveil qui normalement aurait dû être éteint depuis une demi-heure. Elle courut dans le couloir, se prit les pieds dans les escaliers, cria le prénom de sa fille. Mais elle n’entendit aucune réponse. Quand elle arriva dans la chambre d’Effy, elle gisait sur le sol, blanche, froide. Elle avait le bracelet en cuir de Jimmy autour du poignet et dans sa main se trouvait un bout de papier, pliés en quatre :

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C’étaient les paroles d’une chanson de Damien Saez, « Soleil 200O » que Jimmy et elle avaient recopiées sur une page de cahier… Effy laissait derrière elle la maison vide, une maison comme tant d’autres ; une mère affligée, un réveil allumé, une vie monotone, une vie comme tant d’autres, triste à pleurer… Les jours suivants la neige ne s’arrêta pas de tomber, ce furent des larmes, des larmes blanches…

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-Excipit-

On dit souvent qu’avant de mourir on voit sa vie défiler sous les yeux. Personne n’a jamais confirmé cette hypothèse. Mais, si elle s’avérait être vraie alors Effy et Jimmy avaient vu défiler sous leurs yeux les quinze années de leur courte vie. Jimmy fut le premier à quitter le monde. La maladie aux poumons qu’il avait depuis sa naissance l’avait emporté, très loin, de l’autre côté de la terre. Le premier souvenir qu’il vu défiler fut celui d’Effy lui demandant de l’épouser. Ils avaient cinq ans à l’époque. À cet âge-là on ne connait pas les problèmes, on profite de la vie, tout est si simple…

Effy et Jimmy s’étaient toujours connus, chaque nouveauté ils l’avaient découverte ensemble, chaque recoin ils l’avaient exploré ensemble. Si vous aviez cherché la définition de l’amitié dans un dictionnaire, leurs deux noms auraient sûrement été indiqués… La vie de Jimmy continuait de défiler, il n’avait pas mal, il ne sentait rien. À un moment il crut recevoir un baiser sur la joue, il crut entendre quelqu’un prononcer le mot « FOREVER ». Ce mot, Effy en avait fait leur devise, ils l’avaient même gravé sur un arbre de la ville…

-Eh Jimmy tu m’aimes gros comment ?
-Je t’aime gros comme une montgolfière !

Cette réponse avait vexé Effy qui avait alors dix ans. Jimmy était amoureux d’Effy. Elle, ne l’était apparemment pas. Au fil des années ils avaient développé une sorte d’amour fraternel. Ils se connaissaient tellement que chaque geste de l’autre, ils pouvaient le prédire. Chaque regard, ils pouvaient l’interpréter. Leur union était si forte que si l’un des deux venait à partir alors la vie n’aurait plus aucun sens… Effy sentit ses yeux se fermer. Petit à petit elle ne sentit plus ses membres. Puis son cœur s’arrêta de battre…

Le premier souvenir qui lui vint à l’esprit fut celui du divorce de ses parents : au début ce n’étaient que de brèves disputes mais elles se transformèrent vite en scènes de ménage. Quand son père avait quitté la maison, Effy s’était senti abandonnée. Peu après, sa mère tomba dans la spirale infernale de l’alcool, laissant Effy gérer sa tristesse. Seule. Est-ce qu’elle était morte, elle ne le savait pas, elle ne savait rien. Elle avait arrêté de penser à la mort de Jimmy. Elle n’eut pas de peine à quitter sa mère : son départ ne serait qu’une perte de plus. Et puis elle comprendrait ce geste, sa fille serait beaucoup mieux à côté de celui qui l’avait toujours aimée…

forever_anges_3.1262351932.JPGLe deuxième et dernier souvenir qu’elle vit fut celui de Jimmy allongé sur ses genoux. Il lui racontait une anecdote sur leur prof de Français. Cette journée fut la dernière journée heureuse qu’ils passèrent ensemble. Le lendemain Jimmy fut emmené d’urgence à l’hôpital et y décéda une journée après son admission. Ses souvenirs s’arrêtèrent là. Où était-elle ? Personne ne le savait…

Maintenant ils étaient à nouveau réunis, autour d’eux tout était blanc comme neige, ils étaient heureux, ils pleuraient, des larmes, des larmes blanches, des larmes de joie : Jimmy regarda Effy, posa sa main sur son cœur et prononça « Forever », leur devise… Ce soir-là, la mère d’Effy regarda la nuit, la lune brillait plus intensément que jamais, et dans le ciel, tout là-bas, deux nouvelles étoiles étaient apparues…

La citation de la semaine… Herta Müller…

« Dans le juron chaque mot est une balle qui peut toucher les choses avec des mots sur les lèvres… »

« La fourmi transporte une mouche morte. La fourmi ne voit pas le chemin, elle retourne la mouche et revient sur ses pas. La mouche est trois fois plus grande que la fourmi. Adina rentre le coude, elle ne veut pas barrer le chemin à la mouche. Un morceau de goudron brille près du genou d’Adina, il cuit au soleil. Elle le tapote du bout du doigt, un fil de goudron s’étire à l’intérieur de sa main, se fige en l’air et se brise.

La fourmi a une tête d’épingle, le soleil n’a pas la place de la brûler. herta-muller.1262000464.jpgIl pique. La fourmi se perd. Elle rampe, mais elle ne vit pas ; pour l’œil, elle n’est pas un animal. Comme elle, les graines des herbes rampent à la périphérie de la ville. La mouche est vivante parce qu’elle est trois fois plus grande et qu’elle est transportée par la fourmi ; pour l’œil, elle est un animal.

Clara ne voit pas la mouche, le soleil est un potiron de braise, il éblouit. […] Clara se fabrique un chemisier pour l’été. L’aiguille plonge, le fil avance pas à pas, ta mère sur la glace, lance Clara qui lèche le sang sur son doigt. Un juron sur la glace, la mère de l’aiguille, le petit brin de fil, le gros fil. Dans les jurons de Clara, tout a une mère.

La mère de l’aiguille est l’endroit qui saigne. La mère de l’aiguille est la plus vieille aiguille du monde, celle qui a donné naissance à toutes les aiguilles. Elle cherche pour toutes ses aiguilles un doigt à piquer sur toutes les mains du monde qui cousent. Dans son juron le monde est petit, un bout d’aiguille et un bout de sang sont suspendus au-dessus de lui. Et dans ce juron, la mère du fil est à l’affût au-dessus du monde, avec des brins emmêlés.

[…] Clara a toujours des rides quand elle dit des jurons, car dans le juron chaque mot est une balle qui peut toucher les choses avec des mots sur les lèvres. Même la mère des choses. […] Les jurons sont froids. Les jurons n’ont pas besoin de dahlias, de pain, de pommes, ni d’été. Ils ne sont ni à sentir ni à manger. »

Herta Müller, « Le chemin du ver dans la pomme » dans Le Renard était déjà le chasseur (roman), éd. du Seuil, Paris 1997 pages 9-10 (éd. originale : Der Fuchs war damals schon der Jäger, 1992). Traduction : Nicole Bary.

Peu connue des lecteurs français (*), la romancière allemande d’origine roumaine Herta Müller est pourtant une immense écrivaine (Prix Nobel de Littérature 2009). Née dans la région de Timişoara le 17 août 1953, elle luttera directement contre la dictature de Ceauşescu avant de fuir en Allemagne en 1987. Le passage présenté ici est l’incipit du roman (magnifiquement traduit par Nicole Bary). Voici comment l’éditeur français présente l’ouvrage : « Dans la Roumanie de Ceausescu, Adina s’aperçoit que des inconnus herta-muller-roman.1262005890.jpgdécoupent jour après jour, en son absence, la fourrure de renard qui décore son appartement. À cause de cette menace, la jeune enseignante proche d’auteurs-compositeurs dissidents se sait espionnée par les services secrets et découvre qu’une de ses amies fréquente justement un officier de la Securitate. Le renard est le chasseur »…

Le jury du Nobel n’a-t-il pas déclaré au sujet d’Herta Müller qu’avec la concentration de la poésie et l’objectivé de la prose l’auteure dessinait les paysages de l’abandon et l’univers des déshérités ? Paysages de la Roumanie, mais aussi paysages de l’âme humaine : la dénonciation de la dictature débouche sur une écriture sublimée qui confère aux mots un pouvoir et une puissance extrêmes. Pour dénoncer la violence du régime, Müller conjugue en effet l’intensité d’un langage souvent transgressif et la pudeur d’une prose intimiste, proprement féminine. La force des images (l’allégorie de l’aiguille par exemple) permet ainsi un passage fréquent de la fiction romanesque au dévoilement poétique, et suppose de la part du lecteur un déchiffrement symbolique : plus elle se découvre, et plus la vérité semble cachée…

Exclusif :

Lisez en ligne le discours pour la réception du Prix Nobel d’Herta Müller : « Chaque mot en sait long sur le cercle vicieux » (texte disponible en Français, en Allemand, en Anglais et en Espagnol). Pour télécharger le discours en Français au format .pdf, cliquez ici.

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(*) Parmi les dix-neuf romans et recueils écrits par Herta Müller, trois textes seulement ont été traduits en Français : L’Homme est un grand faisan sur terre (Gallimard, 1990) ; Le Renard était déjà le chasseur (Seuil, 1997) et La Convocation (Métailié, 2001).

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Crédit photographique : B. Rigolt, d’après des clichés de presse.

La citation de la semaine… Charlie Chaplin…

« Don’t give yourselves to these machine men… »

Ne donnez pas votre vie à ces hommes machines…

« Greed has poisoned men’s souls ; has barricaded the world with hate ; has goose-stepped us into misery and bloodshed. We have developed speed, but we have shut ourselves in. Machinery that gives abundance has left us in want. Our knowledge as made us cynical ; our cleverness, hard and unkind. We think too much and feel too little. More than machinery we need humanity. More than cleverness, we need kindness and gentleness.

Without these qualities, life will be violent and all will be lost. The aeroplane and the radio have brought us closer together. The very nature of these inventions cries out for the goodness in man ; cries out for universal brotherhood; for the unity of us all. Even now my voice is reaching millions throughout the world, millions of despairing men, women, and little children, victims of a system that makes men torture and imprison innocent people.

To those who can hear me, I say « Do not despair. » The misery that is now upon us is but the passing of greed, the bitterness of men who fear the way of human progress. The hate of men will pass, and dictators die, and the power chaplin_le_dicateur_7.1261500955.jpgthey took from the people will return to the people. And so long as men die, liberty will never perish. Soldiers! Don’t give yourselves to brutes, men who despise you and enslave you ; who regiment your lives, tell you what to do, what to think and what to feel! Who drill you, diet you, treat you like cattle, use you as cannon fodder! Don’t give yourselves to these unnatural men, machine men with machine minds and machine hearts! You are not machines! You are not cattle! You are men! You have a love of humanity in your hearts ! »

La cupidité a empoisonné l’esprit des hommes, a barricadé le monde avec la haine, nous a fait sombrer dans la misère et les effusions de sang. Nous avons développé la vitesse pour nous enfermer en nous-mêmes. Les machines qui nous apportent l’abondance nous laissent dans l’insatisfaction. Notre savoir nous a fait devenir cyniques. Nous sommes inhumains à force d’intelligence, nous pensons trop et ressentons trop peu. Nous sommes trop mécanisés et nous manquons d’humanité. Nous sommes trop cultivés et nous manquons de tendresse et de gentillesse.

Sans ces qualités humaines, la vie n’est plus que violence et tout est perdu. Les avions, la radio nous ont rapprochés les uns des autres, ces inventions ne trouveront leur vrai sens que dans la bonté de l’être humain, que dans la fraternité, l’amitié et l’unité de tous les hommes. En ce moment même, ma voix atteint des millions de gens à travers le monde, des millions d’hommes, de femmes, d’enfants chaplin_le_dicateur_8.1261505266.jpgdésespérés, victimes d’un système qui torture les faibles et emprisonne des innocents.

À tous ceux qui m’entendent je dis : « Ne désespérez pas » ! Le malheur qui est sur nous n’est que le produit éphémère de l’avidité, de l’amertume de ceux qui ont peur des progrès qu’accomplit l’Humanité. Mais la haine finira par disparaître et les dictateurs mourront et le pouvoir qu’ils avaient pris au peuple va retourner au peuple. Et tant que des hommes mourront pour elle, la liberté ne pourra pas périr. Soldats, ne vous donnez pas à ces brutes, à une minorité qui vous méprise et qui fait de vous des esclaves, enrégimente toute votre vie et qui vous dit tout ce qu’il faut faire et ce qu’il faut penser, qui vous dirige, vous manœuvre, se sert de vous comme chair à canons et qui vous traite comme du bétail. Ne donnez pas votre vie à ces êtres inhumains, ces hommes-machines avec une machine à la place de la tête et une machine dans le cœur. Vous n’êtes pas des machines. Vous n’êtes pas des esclaves. Vous êtes des hommes, des hommes avec tout l’amour du monde dans le cœur…

Charlie Chaplin, Le Dictateur (The Great Dictator), 1940

Tourné en 1940 à partir d’un scénario élaboré dès 1938, Le Dictateur de Charlie Chaplin (1889-1977) est le premier film parlant du réalisateur, film résolument engagé, porteur d’un message humaniste et film de rupture avec la figure « de l’errant solitaire ballotté par les vicissitudes de l’existence » (*), dont Les Temps modernes (1936) constituait l’inoubliable épopée. Au-delà du travestissement parodique (un barbier juif transformé en dictateur nazi (**), le film déplace ainsi le personnage du vagabond en l’identifiant à tout un peuple. Ce passage du drame individuel au drame collectif permet à Chaplin de revoir son esthétique burlesque en réalisant un film très ambitieux.

Le passage présenté est un extrait du fameux discours du barbier dans la séquence finale : l’utilisation des ressources de la bande sonore permet à Chaplin de dresser un réquisitoire sans appel contre le régime nazi. chaplin_hitler_cadre.1261638952.jpgComme l’écrit Daniel Grojnowski (***), « Dans l’œuvre abondante de Chaplin, Le Dictateur est un cas d’école, une entreprise sans équivalent où un artiste de renom interpelle le dirigeant politique le plus redouté du moment et prend l’initiative d’un affrontement direct. Avec ce film, tout se passe comme si la Fable traversait l’écran pour intervenir dans l’actualité, comme si l’acteur pensait pouvoir encore modifier le cours des événements, comme si —par impossible— une représentation caricaturale et une harangue passionnée pouvaient désarmer les peuples, les ramener à la raison ».

Plus encore qu’un réquisitoire contre le nazisme, le discours, par sa force oratoire, doit en effet être écouté comme un plaidoyer pacifiste. Mariange Ramozzi-Doreau fait justement remarquer combien les techniques de cadrage et l’absence de maquillage (le maquillage habituel de « Charlot ») participent à une sorte d’esthétique du dévoilement : chaplin_le_dicateur_6.1261467629.jpg« Quand le barbier entame son discours à la tribune, l’alternance des plans taille, poitrine et des gros plans et le cadrage en plan frontal fixe révèlent un homme vieilli, tête nue, le cheveu blanc, sans fard. Le regard caméra insistant et la voix calme et pénétrante, du moins au début, engendre et maintient une implication spectatorielle forte. Charlot s’est effacé au profit du barbier, qui s’efface aussitôt au profit de Chaplin lui-même » (****).

« J’ai fait Le Dictateur parce que je hais les dictateurs » écrira Chaplin en 1940 (Dossier de Presse), et sans doute faut-il voir dans ce film visionnaire une réflexion majeure sur la mission de l’artiste engagé : faire du cinéma parlant pour Chaplin, c’était non seulement témoigner mais plus encore « assumer » une prise de parole en amenant à faire réfléchir, par l’imbrication étroite entre l’Art et l’Histoire, au rôle de l’homme et à sa responsabilité, individuelle et collective. Le discours du barbier, grâce au travail dramaturgique accompli par Chaplin, met ainsi en scène notre humanité : au nihilisme, au tragique existentiel, à l’absurdité de la condition humaine, le film oppose, dans une perspective morale et politique, la force de l’espérance, seule capable de désarmer la fatalité, le mal et la haine…

___________________

(*) Mariange Ramozzi-Doreau, Charlot au cœur de l’écriture cinématographique de Chaplin : Tome 2, Le parlant. Éditions du CEFAL, Liège 2003, page 61. Cet ouvrage est l’adaptation d’une remarquable thèse de Doctorat : Charlot au cœur de l’écriture cinématographique de Chaplin, Université Lumière, Lyon 2, Faculté des Lettres, des Sciences du Langage et des Arts, 22 mai 2000. (**) L’histoire est censée se dérouler lors de la Première guerre mondiale. À noter l’avertissement provocateur et cocasse de Chaplin au début du film : « Toute ressemblance entre le dictateur Hynkel et le barbier juif est purement accidentelle ». (***) Daniel Grojnowski, Comiques d’Alphonse Allais à Charlot : le comique dans les lettres et les arts, Presses Universitaires du Septentrion, Villeneuve d’Ascq 2004, page 130. Pour feuilleter l’ouvrage grâce à Google-livres, cliquez ici. (****) Mariange Ramozzi-Doreau, déjà citée, page 69.
Le film a été restauré et la bande son remasterisée en 2002 dans une édition qui fait référence (distribution Mk2). Cliquez ici pour consulter la fiche technique et avoir accès à quelques bonus.

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Crédit photographique : images tirées du film. Photomontages : Bruno Rigolt

Lancement de l’exposition de poésies de la classe de Première S3 « De mots, de rimes et de sables… »

La Classe de Première S3 présente…

               

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La classe de Première S3 a mené un important travail de création poétique, mêlant à l’inspiration littéraire le graphisme, le dessin ou la peinture : de fait, tous les poèmes ont été illustrés par les élèves. Pour accéder à cette exposition, cliquez ici ou allez à la rubrique « Les classes exposent » (colonne latérale à gauche) et cliquez sur la classe de Première S3. À cette heure, l’ensemble des textes a été numérisé… Mais les élèves terminent les illustrations. Donc seuls les poèmes finalisés sont exposés. Les autres textes seront mis en ligne au fur et à mesure de l’achèvement des dessins (de décembre 2009 à janvier 2010).

Et découvrez ci-dessous une création collective conçue à partir des titres des poèmes de l’exposition !

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Lancement de l'exposition de poésies de la classe de Première S3 "De mots, de rimes et de sables…"

La Classe de Première S3 présente…

               

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La classe de Première S3 a mené un important travail de création poétique, mêlant à l’inspiration littéraire le graphisme, le dessin ou la peinture : de fait, tous les poèmes ont été illustrés par les élèves. Pour accéder à cette exposition, cliquez ici ou allez à la rubrique « Les classes exposent » (colonne latérale à gauche) et cliquez sur la classe de Première S3. À cette heure, l’ensemble des textes a été numérisé… Mais les élèves terminent les illustrations. Donc seuls les poèmes finalisés sont exposés. Les autres textes seront mis en ligne au fur et à mesure de l’achèvement des dessins (de décembre 2009 à janvier 2010).

Et découvrez ci-dessous une création collective conçue à partir des titres des poèmes de l’exposition !

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Les élèves ont du talent… Lire en ligne : « C’était ma sœur après tout… » par Ksénia C.

“Et si c’était un jour leur premier roman?”

Tel pourrait être le titre de cette nouvelle rubrique proposée par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7… Au départ, un exercice tout à fait “classique” : rédiger le début et la fin d’un roman… Les élèves les plus assidus à la tâche se sont pleinement investis dans ce challenge : travaillant et retravaillant les manuscrits, corrigeant la grammaire, revoyant la syntaxe, précisant le lexique et surtout s’attelant à la grande question du “style”, afin de proposer la première ébauche de ce qui pourrait bien devenir un jour leur “roman”. Le cahier de texte électronique est fier de vous proposer la lecture de ces textes tous inédits. Même s’il s’agit des premières pages et des dernières pages d’un possible livre, les manuscrits peuvent se lire comme une nouvelle…
Bonne lecture !
                    

C’était ma sœur après-tout…

(des larmes sans compter)

(roman)

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Première page du roman…

Elle restait devant l’écran vide, noir, inanimé, sans savoir pourquoi ni comment, sans comprendre —ne fût-ce qu’un instant— ses gestes (peut-être ceux de la révolte, ou était-ce de l’acceptation ou du désarroi ?). Elle le fixait sans bouger, immobile. Je crus même qu’elle était vraiment paralysée. Seuls ses yeux clignaient d’une façon banale et monotone. Rêvait-elle? Pensait-elle à un moyen ou à un autre de remédier à cette situation? (non je ne le crois pas).

C’était un soir d’octobre, McDowel Road semblait hiberner, malgré « un terrible vent froid venu de Sibérie » disait-on au journal de vingt heures. Et tout d’un coup, malgré la chaleur étouffante de notre maison, je sens un frisson m’envahir.

Aucun bruit (les voisins étaient depuis déjà un bon bout de temps inactifs, au chômage je crois, ils me paraissaient attardés, à regarder toute la journée par la fenêtre, comme s’ils s’attendaient à l’arrivée d’une bonne nouvelle, ou d’une mauvaise, enfin… de quelque chose). Des rumeurs circulaient dans le quartier, comme quoi leur fils était mort à la guerre du Vietnam, et que depuis ce jour, ils étaient devenus si (je ne trouve aucun mot correspondant a mes pensées), « déroutés », serait peut-être le mieux approprié.

Une voix qui me sembla venue de loin, informe la population qu’une tornade viendra frapper tout l’État d’Arizona d’ici environ cinq heures… À Phoenix nous ne sommes pas si souvent sujets à des désastres climatiques, contrairement à d’autres États… Et pourtant je ne peux m’empêcher d’être inquiète aujourd’hui. Pourquoi reste-t-elle devant l’écran vide ? à regarder une image statique ? à tapoter maintenant sa cuisse, avec sont petit doigt (allez savoir si c’était un tic?)…

Je prends ensuite une feuille de papier A4. Et saisis un crayon de graphiste. Je gribouille un instant quelques phrases qui me viennent naturellement, tel un écrivain sûr de son geste, et j’essaye de leur donner un sens, le tout forme un poème de mots égarés… De minuscules particules d’eau viennent effleurer la fenêtre, aussi douces que la rosée au départ, mais qui, avec le vent, prennent une ampleur surdimensionnée : à les voir, elles pourraient terrasser un immeuble, ou peut-être même la vie ?

Je la saisis par la main telle un petit être fragile, pensant deviner dans ses pensées la crainte d’un danger. Pas de réaction. Mais je veux me convaincre qu’elle me remercie intérieurement. Sa main était tiède et sèche. On aurait cru qu’elle pouvait se briser, rien qu’avec une infime pression de mes doigts. J’eus très envie d’essayer…

Une nouvelle annonce nous explique, avec des mots très scientifiques, que le cyclone se rapproche plus rapidement que prévu, il devrait nous atteindre d’ici une demi-heure… Nous sommes priés de bien vouloir rester à la maison et de n’utiliser la voiture qu’en cas « de force majeure ». J’entends ma mère : elle crie, elle à l’air paniqué, je crois qu’elle me dit de faire attention, de ne pas m’inquiéter… Oui, elle doit partir mais elle va bientôt revenir : elle n’en n’a pas pour très longtemps, des amis l’ont appelée, apparemment la tornade à déjà fait beaucoup de dégâts chez eux, ils habitent à l’autre bout de la ville, près de l’amphithéâtre sur la quarante-huitième. J’espère qu’il n’arrivera rien.

Mais soudain, j’aperçois sur son visage fatigué et pâle un pauvre sourire, un faux espoir… Entre elle et moi, un gigantesque fossé, infranchissable, malgré de multiples tentatives… Je voudrais lui dire…

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Dernière page…

Une infirmière s’approche de moi. Je la sens mal à l’aise, exténuée. Moi aussi, pour la première fois je ne sais comment réagir face à ce qu’elle m’annonce peut-être avec tact : « elle est condamnée, vous savez il ne lui reste plus beaucoup de temps, je suis désolée, puis je faire… ». Je ne lui laisse pas le temps de finir sa phrase : non, elle ne peut pas faire. Je suis devant le distributeur de café, je ne verse aucune larme, je réfléchis, je pense au passé, je ne fais que retourner dans ma tête la phrase de l’infirmière : « elle est condamnée… elle est condamnée… elle est condamnée… ».

Je n’ose plus m’approcher de sa chambre, de peur de la voir pour la dernière fois. Mais je sais qu’il faut que je sois près d’elle, je savais que ce moment devait un jour ou l’autre se produire mais pas maintenant, pas ici ! Ça ne sera jamais le bon moment, jamais le bon endroit de toute façon. Après tout ce temps passé à m’occuper d’elle, je ne suis pas prête à la laisser partir, et pourtant je me suis battue… J’avance tout droit sans le vouloir, mes pieds m’emmènent vers sa chambre, son lit toujours bien fait, sur lequel elle est couchée. Elle ne me regarde même plus, elle ne s’alimente plus.

Près de dix ans se sont écoulés depuis cette fameuse tornade de 1999, qui a tout balayé sur son passage, y compris ma joie de vivre. Cela fait dix ans qu’elle ne marche plus, qu’elle me laisse dans l’ignorance, et cela fait dix ans que je ne me considère plus comme une enfant. C’est à partir de ce moment là que tout a changé dans ma vie, et que ma vie… a cessé de vivre. Au début je ne comprenais pas, je ne la comprenais pas, je pensais qu’elle faisait semblant, et que c’était normal. Après la tornade, j’ai compris, la réalité m’a giclé au visage et depuis, je ne vis plus que pour elle, et pour sa maladie.

Je suis face à la porte de la chambre, tétanisée par l’image que je verrai : celle de son visage raide succombant à ces derniers souffles… Tu étais ma vie… Pourquoi j’attends ? Elle est là ! Avance ! C’est trop dur ! Je hurle de souffrance ! Ah ! Mon Dieu ! Ma vie est derrière cette porte ! Si elle n’est plus là, je n’ai aucune raison d’exister, de respirer, elle me donne ce courage même avec tout ce que j’ai enduré… Je franchis cette porte, je pleure pour la première fois depuis dix ans, plus que des pleurs des sanglots… Dix ans… Je lui tiens la main, je la serre très fort, je n’ai plus peur de lui faire mal, non, même ses yeux ne s’ouvrent plus, est-ce qu’elle sait que je l’aime d’un amour décadent ?

Chaque battement de son cœur est comme une pointe enfoncée de plus en plus loin dans mon corps partout (je n’en peux plus, je savais tout ça)… Ma main, elle a serré ma main ! Je n’y crois pas, mon espoir revient, je me sens mieux, je me sens libre, plus rien ne me fait mal maintenant. Je veux l’embrasser, la prendre dans mes bras. Je n’entends même pas les infirmières derrière moi, qui me supplient de la lâcher… Je le fais, passe un regard circulaire sur elles. Elles ne comprennent pas mon enthousiasme, je crie : «  elle m’a serré la main c’est un miracle ! » Je suis comme folle. Mais les deux infirmières me disent que non, le temps était venu pour elle, ce n’était pas vraiment elle qui m’a serré la main mais juste un réflexe, elles sont vraiment désolées… Elles me présentent leurs condoléances les plus sincères. Je les repousse, je regarde l’écran vide de ses battements de cœur, ce ne sont plus des piques, c’est une ligne : elle est morte…

Trouver sans fin des carreaux
Découvrir un sourire vide, infantile, décoloré
Partir vers des pointes symétriques.
Ouvrir une montre hermétique,
Arrêter le temps
Des lacets grisés par personne
Noués autour de tes pieds.
Une crêpe sur le sol
Encore chaude, colorée
« Au revoir » est écrit à l’envers
Coloré par des larmes sans compter
Une soif rare, linéaire
Plaquée sur toi…

Ma vie se résume à ce poème, écrit… Il y a dix ans déjà…

Cela fait un mois qu’elle est morte, je l’ai enterrée, il n’y avait que moi ce jour-là, je ne connaissais personne.

C’était ma sœur après tout… Partie en voyage sans laisser d’adresse…

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© Ksénia C. (Lycée en Forêt, Montargis, France. Décembre 2009).
Creative Commons License
“C’était ma sœur après tout” par Ksénia C. Ce texte est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique sur un autre support n’est autorisée qu’après accord de l’auteure.

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Crédit iconographique : toutes les images sont librement inspirées de toiles de Gustav Klimt, recolorisées et retouchées numériquement.

Les élèves ont du talent… Lire en ligne : "C'était ma sœur après tout…" par Ksénia C.

“Et si c’était un jour leur premier roman?”

Tel pourrait être le titre de cette nouvelle rubrique proposée par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7… Au départ, un exercice tout à fait “classique” : rédiger le début et la fin d’un roman… Les élèves les plus assidus à la tâche se sont pleinement investis dans ce challenge : travaillant et retravaillant les manuscrits, corrigeant la grammaire, revoyant la syntaxe, précisant le lexique et surtout s’attelant à la grande question du “style”, afin de proposer la première ébauche de ce qui pourrait bien devenir un jour leur “roman”. Le cahier de texte électronique est fier de vous proposer la lecture de ces textes tous inédits. Même s’il s’agit des premières pages et des dernières pages d’un possible livre, les manuscrits peuvent se lire comme une nouvelle…
Bonne lecture !
                    

C’était ma sœur après-tout…

(des larmes sans compter)

(roman)

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Première page du roman…
Elle restait devant l’écran vide, noir, inanimé, sans savoir pourquoi ni comment, sans comprendre —ne fût-ce qu’un instant— ses gestes (peut-être ceux de la révolte, ou était-ce de l’acceptation ou du désarroi ?). Elle le fixait sans bouger, immobile. Je crus même qu’elle était vraiment paralysée. Seuls ses yeux clignaient d’une façon banale et monotone. Rêvait-elle? Pensait-elle à un moyen ou à un autre de remédier à cette situation? (non je ne le crois pas).
C’était un soir d’octobre, McDowel Road semblait hiberner, malgré « un terrible vent froid venu de Sibérie » disait-on au journal de vingt heures. Et tout d’un coup, malgré la chaleur étouffante de notre maison, je sens un frisson m’envahir.
Aucun bruit (les voisins étaient depuis déjà un bon bout de temps inactifs, au chômage je crois, ils me paraissaient attardés, à regarder toute la journée par la fenêtre, comme s’ils s’attendaient à l’arrivée d’une bonne nouvelle, ou d’une mauvaise, enfin… de quelque chose). Des rumeurs circulaient dans le quartier, comme quoi leur fils était mort à la guerre du Vietnam, et que depuis ce jour, ils étaient devenus si (je ne trouve aucun mot correspondant a mes pensées), « déroutés », serait peut-être le mieux approprié.
Une voix qui me sembla venue de loin, informe la population qu’une tornade viendra frapper tout l’État d’Arizona d’ici environ cinq heures… À Phoenix nous ne sommes pas si souvent sujets à des désastres climatiques, contrairement à d’autres États… Et pourtant je ne peux m’empêcher d’être inquiète aujourd’hui. Pourquoi reste-t-elle devant l’écran vide ? à regarder une image statique ? à tapoter maintenant sa cuisse, avec sont petit doigt (allez savoir si c’était un tic?)…
Je prends ensuite une feuille de papier A4. Et saisis un crayon de graphiste. Je gribouille un instant quelques phrases qui me viennent naturellement, tel un écrivain sûr de son geste, et j’essaye de leur donner un sens, le tout forme un poème de mots égarés… De minuscules particules d’eau viennent effleurer la fenêtre, aussi douces que la rosée au départ, mais qui, avec le vent, prennent une ampleur surdimensionnée : à les voir, elles pourraient terrasser un immeuble, ou peut-être même la vie ?
Je la saisis par la main telle un petit être fragile, pensant deviner dans ses pensées la crainte d’un danger. Pas de réaction. Mais je veux me convaincre qu’elle me remercie intérieurement. Sa main était tiède et sèche. On aurait cru qu’elle pouvait se briser, rien qu’avec une infime pression de mes doigts. J’eus très envie d’essayer…
Une nouvelle annonce nous explique, avec des mots très scientifiques, que le cyclone se rapproche plus rapidement que prévu, il devrait nous atteindre d’ici une demi-heure… Nous sommes priés de bien vouloir rester à la maison et de n’utiliser la voiture qu’en cas « de force majeure ». J’entends ma mère : elle crie, elle à l’air paniqué, je crois qu’elle me dit de faire attention, de ne pas m’inquiéter… Oui, elle doit partir mais elle va bientôt revenir : elle n’en n’a pas pour très longtemps, des amis l’ont appelée, apparemment la tornade à déjà fait beaucoup de dégâts chez eux, ils habitent à l’autre bout de la ville, près de l’amphithéâtre sur la quarante-huitième. J’espère qu’il n’arrivera rien.
Mais soudain, j’aperçois sur son visage fatigué et pâle un pauvre sourire, un faux espoir… Entre elle et moi, un gigantesque fossé, infranchissable, malgré de multiples tentatives… Je voudrais lui dire…

ksenia.1260646982.jpg

Dernière page…
Une infirmière s’approche de moi. Je la sens mal à l’aise, exténuée. Moi aussi, pour la première fois je ne sais comment réagir face à ce qu’elle m’annonce peut-être avec tact : « elle est condamnée, vous savez il ne lui reste plus beaucoup de temps, je suis désolée, puis je faire… ». Je ne lui laisse pas le temps de finir sa phrase : non, elle ne peut pas faire. Je suis devant le distributeur de café, je ne verse aucune larme, je réfléchis, je pense au passé, je ne fais que retourner dans ma tête la phrase de l’infirmière : « elle est condamnée… elle est condamnée… elle est condamnée… ».
Je n’ose plus m’approcher de sa chambre, de peur de la voir pour la dernière fois. Mais je sais qu’il faut que je sois près d’elle, je savais que ce moment devait un jour ou l’autre se produire mais pas maintenant, pas ici ! Ça ne sera jamais le bon moment, jamais le bon endroit de toute façon. Après tout ce temps passé à m’occuper d’elle, je ne suis pas prête à la laisser partir, et pourtant je me suis battue… J’avance tout droit sans le vouloir, mes pieds m’emmènent vers sa chambre, son lit toujours bien fait, sur lequel elle est couchée. Elle ne me regarde même plus, elle ne s’alimente plus.
Près de dix ans se sont écoulés depuis cette fameuse tornade de 1999, qui a tout balayé sur son passage, y compris ma joie de vivre. Cela fait dix ans qu’elle ne marche plus, qu’elle me laisse dans l’ignorance, et cela fait dix ans que je ne me considère plus comme une enfant. C’est à partir de ce moment là que tout a changé dans ma vie, et que ma vie… a cessé de vivre. Au début je ne comprenais pas, je ne la comprenais pas, je pensais qu’elle faisait semblant, et que c’était normal. Après la tornade, j’ai compris, la réalité m’a giclé au visage et depuis, je ne vis plus que pour elle, et pour sa maladie.
Je suis face à la porte de la chambre, tétanisée par l’image que je verrai : celle de son visage raide succombant à ces derniers souffles… Tu étais ma vie… Pourquoi j’attends ? Elle est là ! Avance ! C’est trop dur ! Je hurle de souffrance ! Ah ! Mon Dieu ! Ma vie est derrière cette porte ! Si elle n’est plus là, je n’ai aucune raison d’exister, de respirer, elle me donne ce courage même avec tout ce que j’ai enduré… Je franchis cette porte, je pleure pour la première fois depuis dix ans, plus que des pleurs des sanglots… Dix ans… Je lui tiens la main, je la serre très fort, je n’ai plus peur de lui faire mal, non, même ses yeux ne s’ouvrent plus, est-ce qu’elle sait que je l’aime d’un amour décadent ?
Chaque battement de son cœur est comme une pointe enfoncée de plus en plus loin dans mon corps partout (je n’en peux plus, je savais tout ça)… Ma main, elle a serré ma main ! Je n’y crois pas, mon espoir revient, je me sens mieux, je me sens libre, plus rien ne me fait mal maintenant. Je veux l’embrasser, la prendre dans mes bras. Je n’entends même pas les infirmières derrière moi, qui me supplient de la lâcher… Je le fais, passe un regard circulaire sur elles. Elles ne comprennent pas mon enthousiasme, je crie : «  elle m’a serré la main c’est un miracle ! » Je suis comme folle. Mais les deux infirmières me disent que non, le temps était venu pour elle, ce n’était pas vraiment elle qui m’a serré la main mais juste un réflexe, elles sont vraiment désolées… Elles me présentent leurs condoléances les plus sincères. Je les repousse, je regarde l’écran vide de ses battements de cœur, ce ne sont plus des piques, c’est une ligne : elle est morte…

Trouver sans fin des carreaux
Découvrir un sourire vide, infantile, décoloré
Partir vers des pointes symétriques.
Ouvrir une montre hermétique,
Arrêter le temps
Des lacets grisés par personne
Noués autour de tes pieds.
Une crêpe sur le sol
Encore chaude, colorée
« Au revoir » est écrit à l’envers
Coloré par des larmes sans compter
Une soif rare, linéaire
Plaquée sur toi…

Ma vie se résume à ce poème, écrit… Il y a dix ans déjà…
Cela fait un mois qu’elle est morte, je l’ai enterrée, il n’y avait que moi ce jour-là, je ne connaissais personne.
C’était ma sœur après tout… Partie en voyage sans laisser d’adresse…

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© Ksénia C. (Lycée en Forêt, Montargis, France. Décembre 2009).
Creative Commons License
“C’était ma sœur après tout” par Ksénia C. Ce texte est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique sur un autre support n’est autorisée qu’après accord de l’auteure.

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Crédit iconographique : toutes les images sont librement inspirées de toiles de Gustav Klimt, recolorisées et retouchées numériquement.

Les élèves ont du talent… Lire en ligne : “La Balançoire” par Janyce M.

“Et si c’était un jour leur premier roman?”

Tel pourrait être le titre de cette nouvelle rubrique proposée par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7… Au départ, un exercice tout à fait “classique” : rédiger le début et la fin d’un roman… Les élèves les plus assidus à la tâche se sont pleinement investis dans ce challenge : travaillant et retravaillant les manuscrits, corrigeant la grammaire, revoyant la syntaxe, précisant le lexique et surtout s’attelant à la grande question du “style”, afin de proposer la première ébauche de ce qui pourrait bien devenir un jour leur “roman”. Le cahier de texte électronique est fier de vous proposer la lecture de ces textes tous inédits. Même s’il s’agit des premières pages et des dernières pages d’un possible livre, les manuscrits peuvent se lire comme une nouvelle…
Bonne lecture !

Découvrez le manuscrit

« La Balançoire »

par Janyce M. (Seconde 18)

               

(incipit)

16h45. Regarde toi ! Et que vois-tu ? Un con. Un con accoudé à sa fenêtre, un con fumant sa clope.

Regardez, admirez mon royaume ! Mes yeux se perdent une nouvelle fois dans ce spectacle répugnant, cette petite représentation quotidienne qui me rappelle l’enfer dans lequel je vis. Mon regard se pose sur le ciel. Soupir de lassitude. Nouvelle clope. Le ciel n’existe pas, pas chez moi. Là où je vis, ce n’est qu’une mélasse terne. Je peux voir la ville entière d’où je suis. Je peux voir les usines cracher leur fumée, cette fumée qui rend notre ciel si triste, sans fond, sans forme, sans nuages pour rêver. Je peux voir les habitants vomir leurs saletés, leurs détritus. Je suis en overdose. Une overdose de cette ville dégueulasse. Un profond dégoût, une nausée constante.

Mais il y a l’océan. J’aime bien l’océan. Malheureusement, on ne le voit plus. Il est caché par de nouvelles habitations, toujours plus hautes, plus nombreuses … Cubes de béton. Je suis asphyxié.

C’est dégueulasse !

J’aimerais m’évader, m’en aller de cette foutue ville. Voilà pourquoi j’ai décidé d’écrire un livre. Un livre qui parlerait d’une île, enfant de l’union de l’océan et du ciel. Il y aurait enfin un ciel ! Un beau ciel azur rempli de moutons blancs. On y verrait des mouettes voler … Oui, de belles mouettes ! J’irais m’y installer … Et comme seul bagage à main : mon rêve d’ailleurs. Je n’ai besoin de rien d’autre. Je veux être loin d’ici ! Loin de cette ville de merde. Loin de ces usines dégueulasses. Je serais sur mon île … Oh oui …

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«Pourquoi tu pleures ? Merde alors ! C’est honteux de pleurer ! Essuie-moi ces larmes tout de suite !» Je reprends possession de mon corps. Mes voix intérieures se sont tues. Je passe machinalement la main sur ma joue mal rasée et je m’aperçois que je pleure … Je prends une autre clope. D’ailleurs … Si je commence à écrire, j’arrête de fumer. La clope, c’est mauvais. Je jette le paquet à la poubelle. Envie de tout jeter à la poubelle. La ville aussi. C’est un nouveau départ.

Je me lève, quitte ma fenêtre. Soupir de celui qui n’a rien à perdre. Je m’installe, un paquet de feuilles jaunies par le temps devant moi. Je prends mon stylo. Ma main tremble. Enfin… Enfin… La pointe de mon stylo effleure la feuille… Quelle jouissance ! Quel bien-être ! Je… Je…

Ma main se crispe. Mon poignet aussi. Tout mon corps se fige. J’entends mon cœur. Résonance sur peau de tambour. Tendu. Mes yeux coulent une eau tiède. La feuille reste vierge. Vierge de mots, mais inondée de sentiments … Espoirs, doutes, tristesse, déception et toujours cette impuissance amère. Alors la rage. Je lance ma chaise contre le mur. Chaise brisée. Je jette mes feuilles et mon stylo par la fenêtre. Je m’assois sur mon lit en plongeant mon visage dans mes mains.

Je ne sais pas écrire.

Je dors. Je rêve. Nuit et jour. Je pense que je suis tombé malade, à cause de la fenêtre qui ne se ferme pas complètement. Je reste dans l’obscurité. Comme ça, pas besoin de fermer les yeux sur le monde, je peux les garder grands ouverts, ils restent aveugles.

«Merde ! Mais qu’est-ce qui te prend ? T’abandonnes ? T’en as dans les tripes, non ? Tu le veux ce livre ! Alors debout ! Lève toi ! ALLEZ LÈVE-TOI !»

Je me redresse. Maladroit. Je m’habille. Je regarde par la fenêtre. Il neige. J’enfile ma petite veste de coton, la seule que j’aie. Je sors. Le vent est glacial. Pas ma volonté.

Je ne sais peut-être pas écrire, mais je ne suis pas un nullos. Faut que je me fasse aider.

(excipit)

16h45. Ça pourrait être une heure de départ d’avion, de train, de retrouvailles, de réunions. 16h45, c’était bien car c’était déjà la journée bien entamée, avec une soirée en perspective en plus. 16h45, ça voulait dire la vie qui a bougé, travaillé, marché, cuisiné, parlé, ri, partagé, lu, réfléchi, pleuré peut-être aussi … 16h45, c’était des heures déjà ben remplies depuis le matin. Mais ça, c’est le 16h45 des autres.

Mon 16h45 à moi, ça a été du vent. Et là, j’ai froid. Je suis fatigué, las. Ce que j’ai fait n’a servi à rien : rien, nada. Mon livre, oui, je l’ai écrit. Mais pas tout seul. Avec plein de rencontres qui ont posé sur mes feuilles mes obésités d’espoirs. Et puis, quoi ? J’ai balancé mes tripes, mais ma vie est la même. Peut-être à balancer elle aussi ?

Je vomis ma nicotine. Je tousse, je crache, je m’arrache les poumons depuis que j’ai repris la clope. Après l’envol de mon livre et sa fin, j’ai chuté : le décalage entre mes rêves et la réalité m’a fait faire le grand écart. J’ai chuté et rechuté, avec la clope.

Les gamins d’aujourd’hui diraient que ma vie est glauque. C’est drôle, c’est ma mère qui trouvait que j’avais un beau regard glauque —ce bleu-vert indéfinissable de l’océan— disait-elle …

J’ai besoin d’air.

Je sors. Il neige. Je ne la sens pas. Je ne sens plus rien. Je marche. Droit devant moi. Le ciel pleure-t-il lui aussi ? Je marche entre les plaques de verglas, ces petits miroirs sur l’asphalte. Je peux sentir l’air salé d’ici. Inconsciemment, mes pas m’ont mené près de l’eau. J’aurai presque pu fermer les yeux pour y arriver. Je me sens plus calme. C’est comme si je retrouvais un vieil ami. Je m’assois au bout de la jetée. Je regarde l’horizon. Ou plutôt ce qui doit être l’horizon.

Je sens la présence d’un môme. Je ne vois que son short vert kaki, ses maigres rotules écorchées. Il s’est assis juste à côté de moi. J’ai rien à lui dire. Nos jambes pendent par-dessus l’eau. Il balance les siennes. Qu’est ce qu’il fout là, l’gamin ? Qu’est-ce qu’il me veut ? Il cause pas. Je fais celui qui ne l’a pas vu. Je regarde le fond de l’eau. Gris-bleu, vert-de-gris, bleu-marine et outremer, gris ardoise. Déclinaison. Nuances. Peut-être que j’en manque ?

Un cri de mouette déchire mon monologue intérieur. Je lève la tête et suit les arabesques qu’elle dessine. Le gamin a dû sentir que je revenais à la vie car il me dit :

«T’as vu la fumée là-bas, au-dessus de la grande usine ? On dirait un renard tu trouves pas ?

janyce_2.1260385728.jpgIl pointe son doigt vers le panache gris. Son doigt attend ma réponse. Un renard ? Comment il voit ça le gamin ? Oui … peut-être … Alors je réponds :

– On dirait que tu as raison, ça y ressemble.

Du coup, j’ai regardé la fumée autrement. C’est vrai, elle pouvait, comme les nuages, s’étirer sous le vent et jouer de notre imagination. Je me suis senti sourire : j’avais vu un dragon. Je regarde le gamin. Brun, des mèches lui tombant sur son regard vert, il m’offrait un sourire tout frais avec une dent de lait manquante. Est-ce que ce gamin a autant de rêves que j’en avais à son âge ? Le gosse fouilla dans sa poche arrière et en sortit un bout de papier. Il me le tendit :

– Dis, tu peux m’faire un avion ?

J’ai pris le papier. Je l’ai plié, déplié, replié. Je me rappelais mes geste d’enfance. J’y suis arrivé. Même qu’il était pas mal mon avion. Le gosse avait l’air ravi, lui.

Il a sauté sur ses jambes, l’a tenu au-dessus de l’eau, prêt à le faire voler.

– Et comment il s’appelle ton avion ?

– Point de Vue»

© Janyce M. (Lycée en Forêt, Montargis, France. Décembre 2009).
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“La Balançoire” par Janyce M. Ce texte est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique sur un autre support n’est autorisée qu’après accord de l’auteure.