Analyse d'image : Alexandre Séon… Le Récit…

oral_du_bac.1286098524.jpgAnalyse de l’image…

Alexandre Séon : « Le Récit »

Je vous propose dans ce TP consacré à l’analyse d’image, de réfléchir à la portée symbolique du tableau d’Alexandre Séon, intitulé « Le Récit »…

 Niveau : Seconde et Première (Cours sur le Symbolisme).
 
Alexandre Séon, "Le récit"

Alexandre Séon (1855-1917), “Le Récit” (1898, Musée de Brest)


Les dénotations de l’image

Quand on voit un tableau, la première question qui vient à l’esprit est de se demander ce que l’image représente, ce qu’elle veut dire. Ce que nous voyons d’abord ici est un paysage très inspiré de la Bretagne (sans doute l’île de Bréhat) : le paysage littoral, aride et sauvage (il n’y a presque pas de végétation), semble adouci néanmoins par quelques fleurettes blanches au premier plan et de remarquables contrastes lumineux qui mettent en valeur la côte, la mer et le bleu du ciel, à peine parcouru d’imperceptibles trainées nuageuses. La douceur du climat est par ailleurs suggérée par le bateau à voile qu’on aperçoit au loin et les couleurs très douces des robes légères (remarquez les draperies) que portent les deux jeunes filles. Celles-ci semblent écouter dans une attitude empreinte de sagesse et de respect une femme plus âgée, voilée et vêtue de couleurs sombres, qui leur fait un « récit », comme le suggère le titre du tableau.

Les connotations de l’image

Peint en 1898, « Le Récit » d’Alexandre Séon est tout à fait représentatif des années où culmine l’opposition entre Naturalisme et Symbolisme. Tout le tableau semble symbole et allégorie : Le symbolisme de l’esthétique se remarque dans l’absence de naturalisme ; traité en aplats (uniformité des couleurs), le paysage semble faire place à une sorte d’esthétique pure qui transcende la vraisemblance : il devient allégorique lui-même ; les éléments végétaux, minéraux, la mer et le bateau à voile participent au « récit » en l’élargissant à la dimension de l’apologue : critique implicite de la modernité, recherche du primitivisme, désir d’absolu. La beauté picturale initie en effet le lecteur à une contemplation poétique mais aussi idéaliste voire idéiste du paysage proche de l’utopie et du mythe.

Certes, la femme âgée semble raconter aux deux jeunes filles quelque chose qui s’est passé. Mais l’événement raconté n’est évidemment pas l’événement réel : il en est la représentation. En ce sens, pour les Symbolistes, l’Histoire n’existe pas en soi : elle est toujours perçue et racontée à travers la subjectivité de quelqu’un ; c’est la raison pour laquelle la alexandre-seon-le-lrecit-detail.1286092756.jpgpeinture symboliste est si descriptive : alors que le titre se situe au niveau narratif (un récit se « raconte »), le tableau est descriptif et fait passer le lecteur du niveau concret au niveau le plus abstrait. De fait, le récit accompagne la vie (représentée par les jeunes filles) et la mort. Il s’agit donc bien d’un récit allégorique qui tient à la superposition constante d’une réalité mais vécue comme fiction. On pourrait aussi noter combien le titre fait référence à une sorte de mémoire collective plus ou moins mythique.

C’est la raison pour laquelle vous devez aborder le Symbolisme en tant que discours du dévoilement et du déchiffrement. “Ne rien nommer, ne rien expliquer” : tel semble le crédo de la doctrine symboliste. Comme l’avait mentionné Albert Aurier dans un article sur le peintre Gauguin paru dans le Mercure de France en 1891, l’esthétique symboliste est par définition « subjective, puisque l’objet n’y sera jamais considéré en tant qu’objet, mais en tant que signe d’idée perçu par le sujet […] ». Dans le tableau de Séon, les éléments de la composition, réduits au minimum (les trois femmes, la mer, le ciel), font ainsi primer le subjectif sur l’objectif,  l’idée sur la forme. Envisagée à la fois comme un retour vers la vérité originelle (la mer mais aussi la mère) et comme une avancée vers l’incréé et le mystère (on ne connaît pas la nature du récit), la peinture symboliste rejoint tout à fait la poésie symboliste, capable d’exprimer dans toute sa force l’Idée et l’Absolu. 

 Entraînement à l’oral du Bac : en vous aidant de vos connaissances sur le Symbolisme, comparez le tableau d’Alexandre Séon et ce passage célèbre du « Cimetière marin » dans lequel Paul Valéry évoque la mer.

  1. Repérez dans les deux documents les éléments qui concourent à l’abstraction et au mystère.
  2. Expliquez pourquoi le paysage représenté est d’abord un paysage pensé.
“Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes ;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer, toujours recommencée !
O récompense après une pensée
Qu’un long regard sur le calme des dieux !
           
Quel pur travail de fins éclairs consume
Maint diamant d’imperceptible écume,
Et quelle paix semble se concevoir!
Quand sur l’abîme un soleil se repose,
Ouvrages purs d’une éternelle cause,
Le temps scintille et le songe est savoir.”
________________

© Bruno Rigolt (EPC/Lycée en Forêt, Montargis, France)

NetÉtiquette : article protégé par copyright ; la diffusion publique est autorisée sous réserve d’indiquer le nom de l’auteur ainsi que la source : http://brunorigolt.blog.lemonde.fr/2010/10/03/analyse-dimage-alexandre-seon-le-recit/

Analyse du tableau « Le Récit » d’Alexandre Séon

Alexandre Séon : « Le Récit »

Je vous propose dans ce TP consacré à l’analyse d’image, de réfléchir à la portée symbolique du tableau d’Alexandre Séon, intitulé « Le Récit »…

Niveau : Seconde et Première
Voir aussi : cours sur le Symbolisme
 

Alexandre Séon (1855-1917), “Le Récit” (1898, Musée de Brest)


Les dénotations de l’image

Quand on voit un tableau, la première question qui vient à l’esprit est de se demander ce que l’image représente, ce qu’elle veut dire. Ce que nous voyons d’abord ici est un paysage très inspiré de la Bretagne (sans doute l’île de Bréhat) : le paysage littoral, aride et sauvage (il n’y a presque pas de végétation), semble adouci néanmoins par quelques fleurettes blanches au premier plan et de remarquables contrastes lumineux qui mettent en valeur la côte, la mer et le bleu du ciel, à peine parcouru d’imperceptibles trainées nuageuses. La douceur du climat est par ailleurs suggérée par le bateau à voile qu’on aperçoit au loin et les couleurs très douces des robes légères (remarquez les draperies) que portent les deux jeunes filles. Celles-ci semblent écouter dans une attitude empreinte de sagesse et de respect une femme plus âgée, voilée et vêtue de couleurs sombres, qui leur fait un « récit », comme le suggère le titre du tableau.

Les connotations de l’image

Peint en 1898, « Le Récit » d’Alexandre Séon est tout à fait représentatif des années où culmine l’opposition entre Naturalisme et Symbolisme. Tout le tableau semble symbole et allégorie : Le symbolisme de l’esthétique se remarque dans l’absence de naturalisme ; traité en aplats (uniformité des couleurs), le paysage semble faire place à une sorte d’esthétique pure qui transcende la vraisemblance : il devient allégorique lui-même ; les éléments végétaux, minéraux, la mer et le bateau à voile participent au « récit » en l’élargissant à la dimension de l’apologue : critique implicite de la modernité, recherche du primitivisme, désir d’absolu. La beauté picturale initie en effet le lecteur à une contemplation poétique mais aussi idéaliste voire idéiste du paysage proche de l’utopie et du mythe. 

Certes, la femme âgée semble raconter aux deux jeunes filles quelque chose qui s’est passé. Mais l’événement raconté n’est évidemment pas l’événement réel : il en est la représentation. En ce sens, pour les Symbolistes, l’Histoire n’existe pas en soi : elle est toujours perçue et racontée à travers la subjectivité de quelqu’un ; c’est la raison pour laquelle la peinture symboliste est si descriptive : alors que le titre se situe au niveau narratif (un récit se « raconte »), le tableau est descriptif et fait passer le lecteur du niveau concret au niveau le plus abstrait. De fait, le récit accompagne la vie (représentée par les jeunes filles) et la mort. Il s’agit donc bien d’un récit allégorique qui tient à la superposition constante d’une réalité mais vécue comme fiction. On pourrait aussi noter combien le titre fait référence à une sorte de mémoire collective plus ou moins mythique.

C’est la raison pour laquelle vous devez aborder le Symbolisme en tant que discours du dévoilement et du déchiffrement. “Ne rien nommer, ne rien expliquer” : tel semble le crédo de la doctrine symboliste. Comme l’avait mentionné Albert Aurier dans un article sur le peintre Gauguin paru dans le Mercure de France en 1891, l’esthétique symboliste est par définition « subjective, puisque l’objet n’y sera jamais considéré en tant qu’objet, mais en tant que signe d’idée perçu par le sujet […] ». Dans le tableau de Séon, les éléments de la composition, réduits au minimum (les trois femmes, la mer, le ciel), font ainsi primer le subjectif sur l’objectif,  l’idée sur la forme. Envisagée à la fois comme un retour vers la vérité originelle (la mer mais aussi la mère) et comme une avancée vers l’incréé et le mystère (on ne connaît pas la nature du récit), la peinture symboliste rejoint tout à fait la poésie symboliste, capable d’exprimer dans toute sa force l’Idée et l’Absolu. 

Entraînement à l’analyse comparée de documents  : en vous aidant de vos connaissances sur le Symbolisme, comparez le tableau d’Alexandre Séon et ce passage célèbre du « Cimetière marin » dans lequel Paul Valéry évoque la mer.

  1. Repérez dans les deux documents les éléments qui concourent à l’abstraction et au mystère.
  2. Expliquez pourquoi le paysage représenté est d’abord un paysage pensé.
“Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes ;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer, toujours recommencée !
O récompense après une pensée
Qu’un long regard sur le calme des dieux !
Quel pur travail de fins éclairs consume
Maint diamant d’imperceptible écume,
Et quelle paix semble se concevoir!
Quand sur l’abîme un soleil se repose,
Ouvrages purs d’une éternelle cause,
Le temps scintille et le songe est savoir.”
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© Bruno Rigolt,  2010 (EPC/Lycée en Forêt, Montargis, France)

NetÉtiquette : article protégé par copyright ; la diffusion publique est autorisée sous réserve d’indiquer le nom de l’auteur ainsi que la source : http://brunorigolt.blog.lemonde.fr/2010/10/03/analyse-dimage-alexandre-seon-le-recit/

Support de cours BTS Comment définir une génération ?

Support de cours BTS AG-PME2

Comment définir une logo-bts.1286101599.jpggénération ?

De nombreux sociologues et historiens se sont interrogés sur le concept de génération. Comme l’ont remarqué avec pertinence Dominique Labbé et Maurice Croisat, si « le mot « génération » connaît une grande vogue […] l’historien l’utilise avec plus de méfiance. Outil commode mais sans doute trop polysémique, le concept doit être défini et délimité avec soin pour éviter les contresens ». De fait, il n’est pas facile de définir une génération. Je vous invite pour commencer à lire le début de ce chapitre, « De la question sociologique des générations », dans lequel Pierre Favre (1) rappelle les définitions communément admises et les difficultés qu’elles posent (lisez surtout les pages 283 à 285) :

Comme vous le voyez, l’auteur montre bien les difficultés liées à une définition précise de la notion de génération, au point que certains sociologues ont renoncé « à l’usage d’un terme qu’ils estiment finalement peu éclairant pour l’analyse de la dynamique sociale » (2). C’est essentiellement au vingtième siècle que l’on cherche à circonscrire la notion de génération. Des auteurs comme José Ortega y Gasset et bien sûr Karl Mannheim (que vous avez étudié en cours) ont esquissé dans les années 1920 les principes d’une « théorie générationnelle » en soulignant l’importance de l’histoire et du contexte social pour comprendre la formation d’une conscience générationnelle. À ce titre, ils ont montré combien la référence exclusive à l’année de naissance qui prévalait pour définir une génération, conduisait à un découpage arbitraire par tranche d’âge, bien souvent peu pertinent. C’est donc davantage en tant que fondement d’une identité individuelle et communautaire qu’il faut envisager le concept de génération : ainsi, la convergence de destins individuels et de l’histoire sociale permet de mieux appréhender la notion, et plus largement la dynamique des conflits inter et intragénérationnels.

Le texte ci-dessous propose une analyse très pertinente de la notion de génération et envisage plusieurs problématiques auxquelles je vous conseille de réfléchir pour le BTS :

« La notion de génération »

Dominique Labbé, Maurice Croisat, La Fin des syndicats ?, « Logiques sociales », L’Harmattan, Paris 1992, pages 60-61
Ce sont les historiens qui les premiers ont utilisé ce concept que Marc Bloch définissait comme étant « une communauté d’empreinte venant d’une communauté d’âge » (*). Vivre ensemble, au même âge, les mêmes expériences historiques serait suffisant pour conférer une empreinte commune. Dans cette perspective, le phénomène générationnel implique l’existence d’un cadre de représentations mentales, d’un système de pensée et d’action propre à chaque groupe d’âge. Malgré la diversité des situations et des trajectoires individuelles, les membres d’une même génération auraient en commun une mémoire, une conscience reposant sur des valeurs particulières. Pour la France, cette vision du phénomène générationnel est ancienne. Il est communément admis qu’au vingtième siècle quelques grandes générations se sont succédées : on parle de la « génération du feu » pour désigner les anciens combattants de 1914-18, de la « génération de la résistance » ou encore dans les années soixante, on découvre les « teenagers ». De même pour l’étude d’un groupe social, en l’occurrence les ouvriers, Gérard Noiriel utilise cette notion de préférence aux catégories de l’INSEE. Pour lui, une génération est « Un ensemble d’individus ayant vécu les mêmes expériences fondatrices et connu les mêmes formes initiales de socialisation (**) ».
[…] Plusieurs questions restent sans réponse : est-ce l’état civil qui est déterminant ou bien l’expérience vécue en commun ? Comment repérer les événements majeurs qui fondent cette empreinte commune ? Peut-on passer d’une expérience individuelle à un phénomène collectif ? Un événement a-t-il le même impact sur tous les membres de la société qui le vivent ? »
(*) Marc Bloch, Apologie pour l’Histoire, Paris, A. Colin 1961, p. 94. Cité par Jean-Pierre Azema, « La clef générationnelle », Vingtième siècle, avril-juin 1989, p. 4.
(**) Gérard Noiriel, Les Ouvriers dans la société française (XIXe-XXe siècle), Paris, Seuil 1986, p. 195-236.

L’événement générateur

Un autre élément qui mérite d’être retenu pour appréhender la notion de génération est ce qu’on a appelé « l’événement générateur ». À ce titre, une rupture socio-historique (une guerre, une crise, une révolution, etc.) constitue un phénomène fondateur ou « événement générateur » suffisamment fort pour bouleverser l’ensemble des valeurs ou modifier le destin d’un très grand nombre d’individus et fonder en retour une appartenance générationnelle qui englobe en les transcendant les destinées individuelles. Pour ne retenir qu’un exemple, la Révolution française, en tant que rupture politico-historique brutale introduite dans les institutions sociales, constitue un événement générateur essentiel pour comprendre l’apparition de ce qu’on appellera la « génération romantique ». Je vous laisse découvrir ce texte très intéressant qui pose clairement la notion d’événement générateur :

« L’événement générateur »

Pierre favre, « De la question sociologique des générations », in Jean Crête, Pierre Favre (sous la direction de), Générations et politique, Economica/Presses de L’Université Laval, 1989, page 310.

Une génération naît « à chaque événement considérable ; l’événement étant précisément considéré comme décisif parce qu’une génération y forge son identité, y éprouve sa contemporanéité, s’approprie son temps, y source sa mémoire collective. Si l’on adopte ainsi l’idée qu’il doit y avoir, pour qu’une génération se constitue, un événement politique inaugural, il est indispensable d’en précier exactement les modalités d’application. Il est nécessaire pour cela d’approfondir la notion d’exposition à un événement. Que peut signifier, s’agissant de délimiter une génération, être exposé à un événement ? […]. La définition d’une génération est, dans une telle optique, soumise à une limite matérielle […]. La limite matérielle se conçoit immédiatement de manière négative : on peut dire quels sont ceux qui ne peuvent pas appartenir à une génération, parce qu’ils n’ont pu être exposés à l’événement générateur. […] Si l’on fait l’hypothèse qu’une génération de 68 existe, on peut considérer que, sauf rares exceptions, pour tous ceux qui sont nés avant 1953-1954 (donc qui avaient moins de 14-15 ans pour prendre une limite volontairement basse), il n’y a pas pu avoir exposition suffisante à l’événement. […] On voit qu’ici, l’exposition à l’événement est considéré[e] comme impliquant une participation possible à l’événement : pour appartenir à la génération de 68, il faut, non pas être « monté sur les barricades », mais avoir été en âge de le faire, avoir été l’exact contemporain des participants les plus actifs. […].

La génération comme processus de construction symbolique

Mais allons plus loin : la notion de génération ne renvoie pas seulement à une histoire et à un temps réels : renvoyée à une mémoire commune d’événements spécifiques, la génération se constitue plutôt « après coup » dans un processus de construction symbolique. C’est le regard rétrospectif porté par les discours, les médias, les historiens, etc. qui finit donc par associer la notion de génération à une construction symbolique et sociale. Comme le remarque Claudine Attius-Donfut, « nommer une génération, n’est-ce pas produire un symbole historique et créer une mémoire ? » Elle ajoute : « la procédure qui consiste à associer un événement (mémorisé ou mythifié) à une génération relève d’une mémoire collective qui elle-même appartient à plusieurs générations » (3).

Il est donc important d’envisager la génération en tant que processus symbolique. L’appartenance à une génération relèvera moins du fait historique lui-même que de la manière dont un ensemble d’individus se représentera le fait historique en l’inscrivant dans le champ culturel et symbolique de la transmission des valeurs. C’est pourquoi l’étude du contexte est si importante pour comprendre le concept de génération. De fait, l’environnement représente une forme symbolique de médiation par laquelle l’individu, prenant conscience de sa propre existence sociale et institutionnelle, grâce à son appartenance à un ensemble générationnel, qui représente la dimension collective de son identité individuelle, se sent adhérer à un destin commun, à des valeurs collectives, etc.

Prenons l’exemple de ce qu’on a appelé la « génération Rap » : la reconnaissance publique dont jouit actuellement ce mouvement culturel tendrait à en faire un véritable phénomène de société. D’instituant et transgressif dans les années 80, il semble être devenu aujourd’hui “institué”, voire “institutionnalisé”. D’un point de vue symbolique, cette légitimation générationnelle est intéressante puisqu’elle a permis à un certain nombre d’individus qui se reconnaissaient comme porteurs d’un positionnement et d’un discours fondé sur l’altérité et le repli identitaire, de se construire progressivement une destinée symbolique ainsi qu’une mémoire collective : dès lors, on peut parler d’une véritable “nostalgie générationnelle” qui amène à se poser plusieurs questions : comment la “Génération Rap” se définit-elle dans la France en crise d’aujourd’hui, confrontée aux réalités institutionnelles et sociales de la mondialisation ? Comment se situe-t-elle par rapport au passé, dans un monde plus fragmenté que jamais ? Quelles valeurs de transmission et de partage va-t-elle véhiculer ? L’émergence d’un ”mythe du Rap” est ainsi lié à une crise de la signification identitaire.

Comme nous le voyons, le concept de génération s’inscrit largement dans la logique symbolique de l’appartenance et de la quête identitaires. Ainsi que le notait Bruno Ackermann, le concept de génération induit « la prise de conscience d’un groupe en tant que génération » (4). Mais cette prise de conscience de l’appartenance générationnelle n’est pas seulement politique, sociale, culturelle ou biologique. Elle est également prise de conscience au niveau collectif d’un temps qui s’inscrit au carrefour du vécu et du symbolique. L’une des questions qui se pose est je crois celle-ci : si l’on accepte l’idée selon laquelle se définir par rapport à une génération, c’est d’abord se situer dans le temps, comment les individus parviendront-ils à se situer dans un temps marqué de plus en plus par les processus d’accélération temporelle et la disparition de l’idée de société au sens historique du terme ?

Conclusion

Peut-on encore parler en effet d’une dynamique des générations dans un monde où les ressources qui permettaient aux individus de s’engager dans des projets font défaut ? Dans un monde où la remise en cause des modèles sociaux et idéologiques creuse les fractures générationnelles ? Dans un monde enfin où ce qui rattachait les individus à des stabilités structurelles ou des déterminations sociales a disparu ? Si réfléchir aux générations revient donc à réfléchir à la façon dont les individus inscrivent dans l’histoire et les mythes collectifs leurs propres revendications, toute la question est de savoir comment définir une génération dans des systèmes où l’accélération débridée de l’innovation, la mutation de plus en plus rapide des identités et la mondialisation ont remis en cause l’idée même de l’État-nation ? On peut formuler différemment la question : comment définir une génération quand la société décrit une histoire dans laquelle manque le problème historique ?

© Bruno Rigolt, octobre 2010 (Espace Pédagogique Contributif/Lycée en Forêt, Montargis, france).
NetÉtiquette : article protégé par copyright ; la diffusion publique est autorisée sous réserve d’indiquer le nom de l’auteur ainsi que la source : http://brunorigolt.blog.lemonde.fr/2010/10/02/support-de-cours-bts-comment-definir-une-generation/
Notes
(1) Pierre favre, « De la question sociologique des générations », in Jean Crête, Pierre Favre (sous la direction de), Générations et politique, Economica/Presses de L’Université Laval, 1989, page 310.
(2) Par Anne-Marie Dieu, Valeurs et associations : entre changement et continuité, L’Harmattan « Logiques sociales », Paris 1999, p. 69.
(3) Claudine Attias-Donfut, Sociologie des générations. L’empreinte du temps, PUF, Paris, 1988.
(4) Bruno Ackermann, Denis de Rougemont, une biographie intellectuelle, volume 1, Labor & Fides, Genève 1996, p. 26.

Calendrier des entraînements à l'EAF : année 2010

Bacs blancs écrits

special_bac.1284886370.jpgJ’organise pour les classes dont j’ai la charge cette année une série d’entraînements facultatifs à l’écrit de l’EAF. Les deux premiers entraînements auront lieu avant Noël :

  • mercredi 20 octobre 2010, à partir de 13h30. Objet d’étude : la poésie.
  • mercredi 8 décembre 2010, à partir de 13h30. Objet d’étude défini ultérieurement.

Ces entraînements étant facultatifs, les notes obtenues ne pourront en aucun cas abaisser votre moyenne.

Important : seul(e)s seront accepté(e)s les participant(e)s motivé(e)s (quel que soit leur niveau) s’engageant à effectuer l’exercice dans sa totalité et dans les conditions de l’examen.
  • Révisions pour l’épreuve du mercredi 20 octobre :

    • Première L2 : l’ensemble des textes (lectures analytiques et documents complémentaires), les mouvements littéraires (cours en ligne : Romantisme, Symbolisme), le cours de J-C Drouin (Université de Bordeaux 3) : Romantisme et Politique), les notions vues, les registres littéraires. Il sera utile que vous ayez lu quelques textes extraits de l’anthologie La Poésie des Romantiques (Librio, 2 €). Parcourez aussi cette Anthologie de la poésie française : elle vous aidera à enrichir votre culture littéraire.

    • Première S2 : l’ensemble des textes (lectures analytiques et documents complémentaires), les mouvements littéraires (Romantisme, Symbolisme), les notions vues; les registres littéraires. Il sera utile que vous ayez lu quelques textes extraits de l’anthologie La Poésie des Romantiques (Librio, 2 €). Parcourez aussi cette Anthologie de la poésie française : elle vous aidera à enrichir votre culture littéraire.

    • Première STG3 : l’ensemble des textes (lectures analytiques et documents complémentaires), le Romantisme (la fiche de synthèse doit être connue), les notions vues en cours, les registres littéraires, les textes extraits de l’anthologie La Poésie des Romantiques (Librio, 2 €) qui auront été lus en classe. Parcourez aussi cette Anthologie de la poésie française : elle vous aidera à enrichir votre culture littéraire.

  • Conseils pour les séries générales : je vous recommande de consulter attentivement le sujet du premier bac blanc proposé l’an passé sur la poésie, ainsi que tous les corrigés (question, commentaire, dissertation, écrit d’invention). Enfin, vous gagnerez à lire le rapport du jury que j’ai établi : il vous aidera à bien comprendre les attentes des correcteurs pour l’épreuve.

  • Méthodologie (toutes sections, tous niveaux) : le commentaire, la dissertation.

  • Médias : je vous conseille d’écouter cette conférence du grand poète Yves Bonnefoy dans laquelle il livre ses réflexions sur la poésie (source : Canal-U, Université de tous les savoirs. Année : 2000). Passez la présentation et faites défiler le curseur pour écouter à partir de 02:10.

http://www.canal-u.tv/extension/canalu_player/design/standard/flash/flvPlayer.swf

Pour écouter cette conférence directement sur le site Canal-U, cliquez ici.

Calendrier des entraînements à l’EAF : année 2010

Bacs blancs écrits

special_bac.1284886370.jpgJ’organise pour les classes dont j’ai la charge cette année une série d’entraînements facultatifs à l’écrit de l’EAF. Les deux premiers entraînements auront lieu avant Noël :

  • mercredi 20 octobre 2010, à partir de 13h30. Objet d’étude : la poésie.
  • mercredi 8 décembre 2010, à partir de 13h30. Objet d’étude défini ultérieurement.

Ces entraînements étant facultatifs, les notes obtenues ne pourront en aucun cas abaisser votre moyenne.

Important : seul(e)s seront accepté(e)s les participant(e)s motivé(e)s (quel que soit leur niveau) s’engageant à effectuer l’exercice dans sa totalité et dans les conditions de l’examen.
  • Révisions pour l’épreuve du mercredi 20 octobre :

    • Première L2 : l’ensemble des textes (lectures analytiques et documents complémentaires), les mouvements littéraires (cours en ligne : Romantisme, Symbolisme), le cours de J-C Drouin (Université de Bordeaux 3) : Romantisme et Politique), les notions vues, les registres littéraires. Il sera utile que vous ayez lu quelques textes extraits de l’anthologie La Poésie des Romantiques (Librio, 2 €). Parcourez aussi cette Anthologie de la poésie française : elle vous aidera à enrichir votre culture littéraire.

    • Première S2 : l’ensemble des textes (lectures analytiques et documents complémentaires), les mouvements littéraires (Romantisme, Symbolisme), les notions vues; les registres littéraires. Il sera utile que vous ayez lu quelques textes extraits de l’anthologie La Poésie des Romantiques (Librio, 2 €). Parcourez aussi cette Anthologie de la poésie française : elle vous aidera à enrichir votre culture littéraire.

    • Première STG3 : l’ensemble des textes (lectures analytiques et documents complémentaires), le Romantisme (la fiche de synthèse doit être connue), les notions vues en cours, les registres littéraires, les textes extraits de l’anthologie La Poésie des Romantiques (Librio, 2 €) qui auront été lus en classe. Parcourez aussi cette Anthologie de la poésie française : elle vous aidera à enrichir votre culture littéraire.

  • Conseils pour les séries générales : je vous recommande de consulter attentivement le sujet du premier bac blanc proposé l’an passé sur la poésie, ainsi que tous les corrigés (question, commentaire, dissertation, écrit d’invention). Enfin, vous gagnerez à lire le rapport du jury que j’ai établi : il vous aidera à bien comprendre les attentes des correcteurs pour l’épreuve.

  • Méthodologie (toutes sections, tous niveaux) : le commentaire, la dissertation.

  • Médias : je vous conseille d’écouter cette conférence du grand poète Yves Bonnefoy dans laquelle il livre ses réflexions sur la poésie (source : Canal-U, Université de tous les savoirs. Année : 2000). Passez la présentation et faites défiler le curseur pour écouter à partir de 02:10.

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Au fil des pages… Anthologie de la poésie française…

 

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Anthologie de la poésie française

Joignez l’utile à l’agréable en parcourant cette Anthologie de la poésie française du Moyen Âge à nos jours (Philippe Sabourdy, Studyrama, 2005).

L’utile, c’est d’abord l’Épreuve Anticipée de Français : n’oubliez pas que si la poésie « tombe » au Bac, le corpus proposé pourra bien évidemment comporter des textes issus d’autres mouvements culturels que ceux que vous avez étudiés. C’est la raison pour laquelle je ne saurais trop vous recommander d’élargir vos connaisances. L’avantage de cette anthologie est qu’elle présente un panorama très large : depuis les ballades populaires jusqu’aux vers libres, des poésies les plus classiques aux poèmes contemporains. Vous y découvrirez aussi de nombreux textes expliqués et commentés. Mais lire des poèmes, c’est aussi jouer avec les mots, rêver, aller à la rencontre… Comme le dit l’auteur dans son introduction, quand « l’on est ému par un poète, c’est que deux intériorités, celle de l’auteur et la nôtre, se sont rencontrées ». Si cette anthologie est donc d’abord une incitation à un voyage dans le riche patrimoine de notre littérature, elle est aussi une invitation à la rencontre : lire un poème, c’est toujours emporter avec soi les mots d’un(e) autre, et c’est aussi rencontrer derrière le texte le visage intime et la voix secrète de l’auteur.

Un automne en poésie 2011 1L2 1S2… Première livraison

Un automne en poésie… édition 2011

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Les classes de Première dont j’ai la charge cette année sont fières de vous présenter l’édition 2011 d’Un automne en poésie, manifestation d’art qui entend marquer à sa manière la rentrée littéraire au Lycée en Forêt. Plus de soixante textes, tous inédits, seront publiés dans les jours à venir. Ces poèmes, souvent d’une grande densité intellectuelle, chantent avant tout la nostalgie de l’Idéal et du Spirituel. Proclamant le pouvoir de l’art sur la vie quotidienne, de la subjectivité sur l’objectivité, de l’imaginaire sur le réel, ils s’inscrivent dans la tradition symboliste. Je vous laisse découvrir les premiers textes publiés…
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La soif se rend à la nuit

par Gaya D.

(Première S2)

                   

Soleil glacé qu’est la lune,

Un cercueil qui s’enterre

Et se couche au crépuscule

Drame et tristesse perdent la mémoire

Où la mer n’est qu’une inconscience.

Chimère d’un décès

Une pureté noire dans le vent

La soif se rend à la nuit

Au gré de l’océan…

  

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Silence d’épave

par Dakota G.

(Première L2)

                         

L’immensité de l’océan
Fait perdre la raison
Au navire gisant sur des vagues de douleur.

Son équipage emporté
Dans un monde brisé d’inquiétude :
Il ne lui reste qu’un silence d’épave

Guidé par des oiseaux de mer et de peur.
Un seul homme est pardonné :
Le marin triste d‘émotions qui s’élève.

Résonnent les ailes de liberté…
La joie chavirée de son envol d’argent
Plonge dans des solitudes immenses…

      

                            

Je suis déjà seul

par Marie B.

(Première L2)

                   

Je suis loin de ton sourire

Je suis déjà seul.
Ta main ne me retient plus, je veux fuir
Dans des espaces vides,
Seulement parés de glace
De calme et de la sérénité pour seuls sons      

Je rêve de trouver d’impossibles infinis
Pareils à la perfection du bonheur
Et aussi paisibles que les noirs tombeaux
Où je serais loin de tout (mais pas au milieu)
Je veux trouver ces néologismes ou bien en

FINIR

                     

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Rivière de larmes sucrées

Par Théo D.

(Première L2)

           

Au secret de la tendresse
Réside la mort qui contrôle
Et l’amour et les clameurs
Et l’éternel chemin de mon cœur.

Au secret de la tendresse
Réside la fraise citronnée
Elle ne sert à rien comme cette route
Invisible qui attise mes rancœurs.

Je marche parmi le nuage brûlé
De la vie ; je parle aux vendeurs
De prose et de rêves oubliés ;
Je vagabonde dans les neiges roses

Et je nage dans les rivières de larmes sucrées…
               

                     

Un long départ

par Clémence L-S. et Adèle R.

(Première S2)

                     

Jadis le bruit de l’herbe laissait jouer les boucles

De ton sourire

Une pluie d’âmes laissait couler la joie

D’un lointain baiser.

                        

Je jonglais entre équilibre

Et vide en m’attachant

Au pont de l’amour.

Ce voile bleu sur ma main

                    

Caressait les vagues de ton visage

Et le rouge manteau

Du souffle de la vie

Parcourait les lèvres de l’espoir.

              

Maintenant je cours vers un long départ

Là où la nuit n’est que le nuage

De la mort

Au pied d’un arbre seul.

 

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L’Être veillant soupir

par Marc D.

(Première L2)

          

Imagine un monde :

la montagne aux vagues

Et de nombreux elfes solitaires.

            

Du haut, l’Être qui veille

Vers les pins immobiles

Et sous les trois soleils,

L’agitation perdue…

        

Un arc contemple, épuisé,

Le jour qui saigne

Le soir affamé rit de la montagne

             

La pioche s’enfile,

Cailloux et gravier

Le sommet dans l’eau,

L’Être veillant soupir…

                 

                

Anarchitecture de l’ombre

par Honorine B.

(Première L2)

                 

Âme pusillanime, réveille-toi

De ton spirituel sommeil

Et toi, mon cœur éphémère, joue à la vie comme la folie

Au son du requiem se joue du paradis.

                 

Mystique mirage dont découlent

D’exquises perditions : solitude violine

Et obsession. Dans le monstrueux infini

Qu’est l’eden, toi ma conscience

                  

Insoluble, si délivrée sois-tu,

Exile ton courage inutile

Dans l’anarchitecture de l’ombre

Vers les îles de mon automne…

          

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Souvenir d’une pensée

par Othmane Z.

(Première S2)

           

Le sifflement rauque de la cloche

Témoigne de cette énergie céleste,

Traverse notre matière-brise

L’alliance crispée comme le péché

La pâle translation abîme la muse :

Elle s’envole ! Vole plus haut que les astres

Touche l’écaille fantasmagorique du ciel :

Une nuée de rien crée une terre.

Le martèlement rouge du soleil

Balafre le chemin menant à l’ultime connaissance

Qui ravive la douce caresse de la Poésie…

                   

                      

Un cœur volant

par Alexandra L.

(Première S2)

                

Cette vie est déterminée par

La multitude de fuites ailées

D’un cœur enflammé envié du vent,

Comme un laisser-partir

                 

Pour concevoir le revenir, comme un laissez-passer…

Ce cœur idéalisé par la liberté des oiseaux d’or

Ressent l’ennui d’une envie de vie

Où le bien du mal est enfin reconnaissable !

              

Face aux nuages savants qui tristement s’écartent

Un avion déclare la guerre :

Éclos alors le combat d’émotion et la défaite et le sang

Dans cette mer blanche éclairée par la peur.

           

L’indésirable cercle redoutable

verse des rubis d’eau scintillant de désir

N’est-ce pas là

La mélancolie d’une lumière ?

             

Un nouveau décollage,

De nouvelles flammes et des larmes nouvelles :

Éternel recommencement de la guerre,

Et ce cœur, mon cœur, lourd de vie…

          

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Au gré d’extrêmes douceurs

par Margaux B.

(Première L2)

            

L’horloge de ma vie m’a rapproché de tes yeux

Nos âmes chantent comme la lumière du rêve

Où l’océan brûlait mon cœur.

                

À travers solitude la vue de l’amour vole

Et l’oiseau libre contre le vent

Traverse les couchants du soleil.

              

Ici la pensée des sentiments serpente en tous points de mon cœur.

C’est là où tout commence et tout s’achève 

À travers  un monde imaginaire

              

Où les aubes se lèvent, où l’envol de la vie voyage…

Nos cheveux dansaient l’île de nos yeux sur ce chant de lumière

Où brille notre amour au gré d’extrêmes douceurs.

 

D’autres textes seront publiés prochainement…
Crédit iconographique : Bruno Rigolt

La citation de la semaine… Benoîte Groult…

Nous vivions comme on nous enjoignait de vivre, pensions comme on nous imposait de penser…

Quand suis-je devenue féministe ? Je ne m’en suis même pas aperçue. C’est arrivé beaucoup plus tard et sans doute parce que j’avais eu tant de mal à devenir féminine. Toute cette jeunesse paralysée par le trac de ne pas correspondre à la définition imposée […]. Pendant tous ces siècles, happées dans un vertige climatisé, nous vivions comme on nous enjoignait de vivre, pensions comme on nous imposait de penser […]. benoite_groult_1.1285526373.JPGIci, vous pouvez… là, c’est laid. Et notre docilité devant les lois de la société camouflées en décrets de la Providence paraissait si congénitale, on s’était si bien habitué en haut lieu à nous voir rester à notre place, que l’on est stupéfait, voire indigné aujourd’hui, devant cette soudaine agitation qui s’est emparée de tant de femmes. Harpies domestiques ou Messalines, saintes femmes ou putains, mères dévouées ou mères indignes, d’accord. Ce sont des types codifiés et admis et nous restons dans nos rôles. Mais que nous nous mêlions de repenser chaque acte de la vie selon notre optique à nous, de tout remettre en question depuis le « Tu enfanteras dans la douleur » si longtemps subi comme une volonté divine, jusqu’au schéma du bonheur humble et passif mitonné pour nous par Freud, notre Petit Père, voilà qui paraît indécent et inadmissible. Les hommes ont toujours été ravis quand nous étions capricieuses, coquettes, jalouses, possessives, vénales, frivoles… excellents défauts, soigneusement encouragés parce que rassurants pour eux. Mais que ces créatures-là se mettent à penser, à vivre en dehors des rails, c’est la fin d’un équilibre, c’est la faute inexpiable.

Benoîte Groult, Ainsi soit-elle, Grasset, Paris 1975.

Si « le féminisme n’a jamais tué personne, le machisme tue tous les jours ». Ces propos de Benoîte Groult lors d’un entretien (¹) posent tout l’enjeu d’Ainsi soit-elle. Publié en 1975 lors de « l’année de la femme », et récemment réédité au Livre de Poche (5 €), Ainsi soit-elle est en effet un ouvrage qu’il faut avoir lu et qu’il faut relire, particulièrement aujourd’hui où le statut et le droit des femmes sont si remis en cause dans le monde et où la dévalorisation du féminin en littérature perdure de façon inquiétante. Dès les années Cinquante, le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir (1949) s’en était pris aux représentations identitaires, tant masculines que féminines, aux clichés et aux stéréotypes de toute sorte : « On ne naît pas femme, on le devient ». De fait, depuis plus de deux mille ans, beaucoup d’hommes adeptes d’une intolérance extrême, puisent dans les dogmes et les croyances de toute sorte des passages qui n’ont d’autre but que d’assurer la soumission des femmes.

Le plus inquiétant est que l’on se soit accommodé de cette folie ordinaire : « Une femme meurt tous les trois jours du fait de violences conjugales » rappellent quotidiennement entre deux publicités des spots télévisés : c’en est presque devenu banal… Et c’est la raison pour laquelle je vous invite à lire Ainsi soit-elle. Dans cet ouvrage, Benoîte Groult « analyse  en effet « l’infini servage » de la femme, sa dégradation physique et morale, […] il fait le procès des Hommes avec un humour acide. Mais Benoîte Groult sait aussi transmettre son émotion » (²) : évocations poétiques de la Bretagne natale, retour sur l’enfance, moments de complicité entre femmes… Plus fondamentalement, cet essai militant vous amènera à réfléchir avec lucidité et courage sur vos propres comportements : si le féminisme, particulièrement dans la décennie 70, a permis l’émergence d’un nouveau regard moral sur le monde, le désintérêt aujourd’hui des hommes (et des femmes) pour cette cause est peut-être prémonitoire : la mort des femmes est toujours la mort du monde quelque part…

Bruno Rigolt

(1) Florence Montreynaud, Le Féminisme n’a jamais tué personne, Les grandes conférences, Québec 2004, page 11.
(2) Christiane P. Makward, Madeleine Cottenet-Hage, Mary-Helen Becker, Erica Mendelson Eisinger, Dictionnaire littéraire des femmes de langue française, éd. Karthala, Paris 1996.

Les internautes ayant lu cet article pourront également consulter :
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Culture générale/Support de cours classes de Première : la révolution romantique

Présentation du support de cours : la crise des valeurs européennes à la fin du dix-huitième siècle donnera naissance au Romantisme, qui est une révolution générale de l’âme humaine. Cette véritable « école du désenchantement » selon l’expression de Paul Bénichou n’est rien d’autre qu’une immense rupture de civilisation, indissociable d’une transgression de l’institution littéraire, artistique et sociale. Le but de ce support de cours est d’aider mes étudiant(e)s à mieux comprendre les enjeux cruciaux de ce mouvement.

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La révolution romantique

Une nouvelle vision de l’homme et du monde

« On sent le romantique, on ne le définit pas. »
Louis-Sébastien Mercier, Néologie, 1801

« S’affranchir du réel, grâce à l’imagination,
s’en affranchir encore en s’en isolant et en se renfermant
dans le sanctuaire de la sensibilité personnelle :
voilà le vrai fond du romantisme de tous les temps ».
Émile Faguet, Flaubert, 1899 

 

           

Tentative de définition

L’affirmation de Louis-Sébastien Mercier « On sent le romantique, on ne le définit pas », ou les propos de Paul Valéry selon lesquels « il faudrait avoir perdu tout esprit de rigueur pour essayer de définir le romantisme » s’imposent d’emblée tant il est difficile de proposer une définition de ce qui est d’abord une aspiration, un élan, une humeur beaucoup plus qu’un concept. L’acception habituelle (mouvement littéraire et culturel européen du début du dix-neuvième siècle) semble quelque peu réductrice pour qualifier un phénomène beaucoup plus étendu et profond qui s’est imposé dans les lettres dès la fin du dix-huitième siècle en Angleterre et en Allemagne, puis au dix-neuvième siècle en France comme une nouvelle vision de l’homme et du monde. Au-delà des clichés habituels (expression des sentiments, individualisme, refuge dans la nature, etc.) le romantisme a été avant tout :

  • une révolution artistique et culturelle dirigée contre l’harmonie classique et l’ordre des Lumières,
  • ainsi qu’un vaste mouvement politique et social qui va ébranler l’Europe puis le monde.

J’emprunte à Olivier Mannoni ces justes remarques : « La révolution comme apocalypse : voilà sans doute l’idée romantique de base, et c’est en cela que le romantisme se distingue des conceptions et des images rationnelles des Lumières, qui pensent la Révolution selon la symbolique géométrique de la lumière, du soleil et de l’équerre triangulaire. La penser en termes romantiques, cela signifie évoquer l’événementiel, et même le catastrophique. À la place de la lumière et du soleil intervient l’orage, la décharge électrique » (1).

Si l’ancrage historique du romantisme est donc la Révolution française, il illustre d’abord l’échec de cette révolution : née de pures idées et d’abstractions juridiques (la liberté, l’égalité des droits, le contrat social, la souveraineté du peuple, etc.), la révolution échoue finalement comme événement de l’histoire mais elle triomphe comme idéal auprès d’une jeunesse désœuvrée, incapable d’exprimer dans la société de la Restauration ses rêves et ses aspirations : ainsi la Révolution est-elle le point de départ d’un vaste mouvement de renouveau, spirituel, artistique et politique, qu’on peut considérer comme une revanche du sentiment sur la raison et la science.

Dans son ouvrage intitulé Le Romantisme : du bouleversement des lettres dans la France postrévolutionnaire (Librairie générale française, paris 2007), Claude Millet n’hésite pas à affirmer du romantisme qu’il a « certainement marqué, dans l’histoire de la littérature française, la plus considérable rupture après celle de la Renaissance. Bataillant dans un premier temps contre le classicisme qui défendait ses positions anciennes, il a peu à peu imposé une nouvelle littérature largement liée à l’Histoire, mais une littérature plus libérée des règles et davantage marquée par la subjectivité de ses auteurs ».

Le préromantisme

Plusieurs indices de ce renouveau apparaissent à la fin du dix-huitième siècle : la vogue des récits de voyage et du descriptif, la force des passions ainsi que l’évasion coloniale et pittoresque dans les romans de Bernardin de Saint-Pierre par exemple (Paul et Virginie), la quête de l’exotisme et du primitivisme, l’exigence de communion avec la nature, la prédominance de formes qui permettent l’expression du moi préparent en effet aux grands thèmes du Romantisme. Mais c’est surtout Jean-Jacques Rousseau qui aura une influence considérable sur l’évolution des mentalités. On a raison de dire que si Voltaire a marqué la fin d’une époque, le « citoyen de Genève » en ouvre une autre : c’est d’abord en posant « le sentiment comme le fondement décisif de la morale » (2) que Rousseau inaugure une esthétique du lyrisme ainsi qu’une quête de l’intériorisation, pauletvirginie_112.1285002828.jpgqui viennent en contrepoint du rationalisme des Lumières et vont permettre la possibilité d’un vaste renouveau littéraire et social.

Joseph Van Lerius (1823-1876), Paul et Virginie. Gravure de Jos Franck, c. 1865 →

Publiées à titre posthume en 1782, les Rêveries du Promeneur solitaire me paraissent très représentatives d’une certaine conception de la civilisation, de la liberté et de l’individualité qui repose sur l’idée théorique d’un « état de nature« , privilégiant fortement la valorisation du lyrisme, de la personnalité, de la vie de l’âme, et qui marquera particulièrement le Romantisme français au dix-neuvième siècle. De fait, on peut considérer qu’en se laissant aller complaisamment à l’épanchement affectif, à l’évocation de la nature (qui participe d’ailleurs grandement à cette expression du sentiment), à la fusion du passé et du présent, les Rêveries instituent un rapport différent au temps et à l’espace. Regardez ce passage, à juste titre célèbre, de la « Cinquième Promenade » : la rhétorique émotive du style de Rousseau, fait d’indétermination et d’attente, reconstitue la modulation de la rêverie à travers une correspondance de perceptions visuelles ou auditives qui n’ont d’autre but, en renvoyant à l’idée d’un « texte-promenade », que d’instituer le détour, la digression et la rêverie comme refus du réel.

« Quand le soir approchait je descendais des cimes de l’île et j’allais volontiers m’asseoir au bord du lac sur la grève dans quelque asile caché ; là le bruit des vagues et l’agitation de l’eau fixant mes sens et chassant de mon âme toute autre agitation la plongeaient dans une rêverie délicieuse où la nuit me surprenait souvent sans que je m’en fusse aperçu. Le flux et reflux de cette eau, son bruit continu mais renflé par intervalles frappant sans relâche mon oreille et mes yeux, suppléaient aux mouvements internes que la rêverie éteignait en moi et suffisaient pour me faire sentir avec plaisir mon existence sans prendre la peine de penser. »

Comme le remarquait avec justesse Nicolas Bonhôte (3), « l’activité de rêverie est bien au cœur du texte. Elle constitue l’expérience majeure parce qu’elle est source d’un plein accomplissement et d’un bonheur entier ». L’auteur ajoute : « L’évocation du séjour à l’île de Saint-Pierre représente un aboutissement de l’œuvre autobiographique. Il ne s’agit plus de se révéler, mais de dire la plénitude du moi et de l’existence. Être pleinement soi, c’est se livrer à la rêverie, activité purement sensible ». On pourrait également faire remarquer combien ce passage ne cesse d’associer l’esprit et la nature au sein d’un inconscient commun, qui s’inscrit dans ce que Rousseau appellera lui-même « l’esprit romanesque ». L’évocation du bonheur dans l’île de Saint-Pierre récuse en effet  la norme sociale en privilégiant le détour comme métaphore spatiale autour de laquelle l’auteur construit son « excursio » : course au-dehors, mais aussi incursion dans le moi profond. L’idée d’une communion avec la nature dépasse donc le simple côté « pittoresque » : elle est à ce titre vécue comme un mode nouveau d’unité et de cohésion du moi.

Aux fluctuations temporelles, fortement liées au clapotis de l’eau, vient s’ajouter dans le texte la mise en place d’un rapport subjectif au réel qui le détourne bien de sa fonction sociale. Remarquez le rôle essentiel donné à la nature, à la fois consolatrice et inspiratrice, mais également enjeu de connaissance puisqu’elle ramène au moi profond.

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Le lyrisme personnel

À mesure que s’accentuera la crise de l’humanisme traditionnel, se développera en effet chez les Romantiques la certitude que le destin appartient aux individualités. La forme la plus répandue de la poésie romantique est donc celle du lyrisme personnel. De fait, à la différence du romantisme allemand, davantage métaphysique et qui tentera d’une part de retrouver par la poésie les liens qui unissent l’être à un tout transcendantal, et qui d’autre part célèbrera le mythe d’appartenance nationale (le peuple, l’État-nation, etc.), le Romantisme français, particulièrement dans la première moitié du dix-neuvième siècle, s’inscrit plus nettement dans un lyrisme intime et personnel, remettant au centre de la pratique artistique et poétique le sentiment de la nature, l’élan élégiaque, l’emphase, l’effusion, le langage de la contemplation, etc.

Ainsi que le rappelle Paul Van Tieghem, « ce nouvel état d’âme […] qui se généralise extrêmement au tournant du siècle, est fait principalement d’insatisfaction du monde contemporain, d’inquiétude devant la vie, de tristesse sans motif. […] Dans ce malaise moral […], le rôle de la raison comme guide diminue ; ceux de l’imagination et de la sensibilité  prédominent. On se laisse aller à ses rêves, à ses passions » (4).

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L’île de Saint-Pierre sur le lac de Bienne (Suisse). Cliché : BR

Ainsi, les Méditations poétiques de Lamartine, parues en 1820, cristallisent les attentes de toute une génération : certes, ce mince recueil ne comporte que vingt-quatre poèmes mais il fut un véritable événement littéraire, une « révélation » (Sainte-Beuve), et c’est à juste titre qu’on peut le considérer comme le premier manifeste du romantisme : en affirmant un idéal d’unité spirituelle face au sentiment global d’échec historique qu’on appellera le « mal du siècle », et en légitimant de nombreux commentaires autobiographiques, l’auteur amène à interpréter le Romantisme dans le cadre d’une remise en cause du rationalisme des siècles précédents. De fait, si ces poèmes élégiaques restaurent des thèmes assez classiques comme la fuite du temps, les mystères de l’immortalité, la douleur du poète, l’importance de la nature, complice et témoin de l’amour, c’est pour mieux faire descendre la poésie au cœur même de l’homme afin de le toucher, comme le dira Lamartine dans la préface « par les innombrables frissons de l’âme et de la nature ». Les poèmes invitent ainsi à la communion avec le lecteur. Même si la poésie lamartinienne est une poésie des sentiments et de l’amour, c’est un amour exprimé sous une forme presque platonicienne, un amour idéal souvent mêlé de sentiment religieux où la contemplation de la nature, en participant à l’intériorité de l’homme, ouvre sur la révélation mystique (aspiration vers Dieu et l’immortalité).

Naïmé Zâreân faisait très justement remarquer combien, « avec les romantiques, le thème de la nature devient central : pas de grand thème lyrique plus inépuisable que les sentiments et sensations provoquées par la nature chez les romantiques. Ainsi, la nature est toujours décrite en fonction des battements de leur cœur. Pour eux, la nature est dotée de nombreuses facettes et représente notamment un refuge contre la civilisation et les duretés de l’existence, une manifestation de la grandeur divine, un miroir de la sensibilité, et une invitation à méditer. […] Face aux conséquences de la première Révolution Industrielle qui contribue à polluer les villes et à river l’homme à la machine, la nature symbolise à leurs yeux la liberté, la pureté et la paix » (5). D’où une vision nostalgique de la totalité et du paradis perdu, et une recherche spiritualiste de fusion avec le monde.

François Bensa (Nice 1811-Nice 1895), « Vue des quartiers de la Lanterne et de Fabron » (Détail. 1835).
Musée Masséna, Nice. Cliché : BR.

Le moi au centre du monde

On comprend pourquoi la description de la nature chez de nombreux Romantiques, ne se sépare jamais d’une réflexion sur l’intériorité, le détour dans l’imaginaire et le refus social, qui s’épanouira dans ce qu’on appellera le « culte du moi » et la volonté de trouver dans une nature fusionnelle et dans l’exil vers l’ailleurs (Baudelaire, Mallarmé, Rimbaud) une réponse au vide existentiel. Cette omniprésence du moi a été très justement analysée dans ces propos : « libérée des convenances qui interdisaient l’épanchement, [l’individualité créatrice] se traduit en personnages démesurés, cyclothymiques, tantôt exaltés jusqu’à la frénésie, livrés à la tumultueuse violence de la joie, tantôt englués dans la mélancolie et l’angoisse ; lancés dans l’action ou enfermés dans les fantasmes de la rêverie, fascinés par les maléfices du fantastique. Toute une gamme de héros s’obtient par le déplacement du centre de gravité psychologique, de l’introversion à l’extraversion » (6).

Regardez ces deux tableaux du peintre allemand Friedrich : ils établissent parfaitement le lien entre la représentation de la nature et l’expression du moi que nous relevions à l’instant. On peut ici faire remarquer combien le concept de romantisme est à mettre en relation avec une esthétique du chaos et du retour en arrière qui amène évidemment à des questions d’ordre existentiel : le tableau « L’abbaye dans un bois » peint en 1809, est très caractéristique du romantisme allemand, qui se définit plutôt comme message existentiel dans la mesure où il privilégie le symbolique, le mystérieux, le secret, la méditation sur la mort, et donc l’émergence d’un sentiment mystique de fusion avec le monde. « Le peintre ne doit pas peindre seulement ce qu’il voit en face de lui, mais aussi ce qu’il voit en lui. S’il ne voit rien en lui, qu’il cesse alors de peindre ce qu’il voit devant lui » (7) : cette affirmation de Friedrich est essentielle car elle résume bien le nouveau rapport à la nature que va inaugurer le Romantisme et qui mènera progressivement à l’esthétique symboliste : voir, c’est d’abord déchiffrer en faisant l’apprentissage des signes. On peut ainsi remarquer combien, à travers ce qu’on pourrait appeler la pathologie romantique, se lisent les métaphores du dépassement du temporel, de l’élévation mystique et de l’envol vers la mort.

Détour, marginalité, transgression

Prenons par exemple « le Voyageur contemplant une mer de nuages » de Friedrich (1818) : le personnage représenté ici de dos, évoque une volonté de rupture avec le monde qu’il contemple, selon un point de vue très distancié. Le voyageur en effet regarde le monde, mais « de haut », à la manière d’un exclu qui savourerait son anticonformisme. Ainsi « se manifeste un imaginaire de la rupture et de la vacuité ; la dénotation de gouffres, d’abîmes, de lieux où se sont retirées toute forme et toute vie identifiables, fait irruption dans cette idéologie de l’unité ».  (8) Le lieu romantique est par définition un « non-lieu », à la fois chaos et cosmos, par opposition à la notion sociologique de lieu, associée à l’idée d’une culture localisée dans le temps et l’espace. Or, c’est bien le temps et l’espace sociaux qui sont ici remis en cause : l’homme, placé au centre de la toile, amène à une réinterprétation du monde et à un dépassement par l’art de la condition humaine malheureuse et vulgaire. Tout semble ici métaphore : le refus social, le dandysme propres au personnage romantique privilégient une « métaphysique du paraître » qui instaure la transgression et la déviance comme règle, et comme concrétisation de l’idéal.

 

Les poèmes de Baudelaire « l’Étranger » ou « l’Albatros », archi connus, mériteraient pourtant d’être rappelés ici :

L’Étranger

– Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? Ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère ?
– Je n’ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.
– Tes amis ?
– Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est resté jusqu’à ce jour inconnu.
– Ta patrie ?
– J’ignore sous quelle latitude elle est située.
– La beauté ?
– Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
– L’or ?
– Je le hais comme vous haïssez Dieu.
– Eh ! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
– J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages !

 

L’Albatros

Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

À peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid!
L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait!

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

Comme on le voit, la signification allégorique des deux textes implique transgression, provocation, asocialité. S’ils se fondent sur une réflexion quant à la condition malheureuse du « poète maudit » dans la société, ces poèmes renvoient plus fondamentalement à la conscience exacerbée de l’altérité, si fortement imprégnée du refus de tout lien et du désir de fuite. C’est cette tension qui fera d’ailleurs éclater l’unité du discours et de la pensée en introduisant les contre-modèles : le détour vers le passé, la nostalgie des mythes anciens, ainsi qu’un profond rejet social qui ébranlera les fondements mêmes de la culture (et qui se muera progressivement en phénomène de contreculture avec le Surréalisme). Que le Romantisme se soit emparé du rêve, de l’irréel, du fantastique, du macabre, du satanique est éclairant. Comme il a été dit justement, « ce que le romantisme refuse dans la société industrielle/bourgeoise moderne, c’est avant tout le désenchantement du monde, le déclin ou la disparition de la religion, la magie, la poésie, le mythe. Il proteste aussi contre la mécanisation, la rationalisation abstraite, la réification, la dissolution des liens communautaires et la quantification des rapports sociaux. Cette critique se fait au nom de valeurs sociales, morales ou culturelles pré-modernes —présentées comme traditionnelles, historiques, concrètes—  et constitue, à multiples égards, une tentative désespérée de ré-enchantement du monde » (9).

« Tentative désespérée » qui se muera progressivement en pessimisme doublé de négativité. Si elle prendra, comme chez Hugo, la forme d’un combat prométhéen et d’une mission exigeant l’initiative et l’engagement de tout l’être (ce qu’on appellera le « romantisme social », et dont la « Fonction du poète » constitue un exemple très représentatif), cette positivité démesurée échouera devant la concrétisation de l’idéal. Dans leur confrontation avec le monde, le poète « prophète » ou le poète « maudit » n’échappent pas à une profonde contradiction : inscrire dans la réalité un idéal. Leur quête d’absolu et leur mépris de l’ordre poussera en effet souvent les romantiques vers l’esthétique et l’artifice plus que vers l’engagement, la démesure plus que vers la raison, le refus plus que vers la positivité. Le recueil de Tristan Corbière intitulé Les Amours jaunes est ainsi une sorte de pied de nez au romantisme des débuts : le pathétique s’y mue en antiphrase, le lyrisme élégiaque en ironie tragique, et le sentiment du moi en une sorte d’auto-flagellation. Il n’est que de lire le sonnet intitulé « Le crapaud » pour s’en convaincre :

Un chant dans une nuit sans air…
La lune plaque en métal clair
Les découpures du vert sombre.

… Un chant ; comme un écho, tout vif,
Enterré, là, sous le massif…
– Ça se tait : Viens, c’est là, dans l’ombre…

– Un crapaud ! – Pourquoi cette peur,
Près de moi, ton soldat fidèle !
Vois-le, poète tondu, sans aile,
Rossignol de la boue… – Horreur ! –

… Il chante. – Horreur !! – Horreur pourquoi ?
Vois-tu pas son œil de lumière…
Non : il s’en va, froid, sous sa pierre.
……………………………………………………………
Bonsoir – ce crapaud-là c’est moi.

(Ce soir, 20 juillet)

La forme du texte, très surprenante, l’éclatement de la syntaxe, et surtout la mise en place d’un décor qui fait voler en éclat les clichés romantiques (à commencer par la rencontre amoureuse au clair de lune !) semblent désorganiser, voire renier les normes et les valeurs. Les « poètes maudits » s’attaquent ainsi à l’essence même de la culture classique qui, de la tradition cartésienne aux Lumières, prône le rationnel et la logique. À l’opposé, les poètes maudits mettent très bien en relief les notions d’exil, de décadence et d’anti-modèle, qui caractérisent explicitement le romantisme tardif. Car si elle participe à l’élévation spirituelle, leur poésie débouche invariablement sur la déception de l’homme de ne pouvoir atteindre cet idéal : en ce sens, le romantisme est une résistance assez désabusée au monde, à la nécessité, au rationnel, à la marche même de l’Histoire (cf. le « mal du siècle ») et qui conduira à un certain nihilisme social. On pourrait évoquer ici ce manifeste surréaliste avant la lettre qu’ont été les Chants de Maldoror. Publiée à titre posthume en 1920, l’œuvre sulfureuse de Lautréamont incarne l’écart et le détour poussés à leur paroxysme :

« Moi, comme les chiens, j’éprouve le besoin de l’infini… Je ne puis, je ne puis contenter ce besoin ! Je suis fils de l’homme et de la femme, d’après ce qu’on m’a dit. Ça m’étonne… je croyais être davantage ! Au reste, que m’importe d’où je viens ? Moi, si cela avait pu dépendre de ma volonté, j’aurais voulu être plutôt le fils de la femelle du requin, dont la faim est amie des tempêtes, et du tigre, à la cruauté reconnue : je ne serais pas si méchant. Vous, qui me regardez, éloignez-vous de moi, car mon haleine exhale un souffle empoisonné. Nul n’a encore vu les rides vertes de mon front ; ni les os en saillie de ma figure maigre, pareils aux arêtes de quelque grand poisson, ou aux rochers couvrant les rivages de la mer, ou aux abruptes montagnes alpestres, que je parcourus souvent, quand j’avais sur ma tête des cheveux d’une autre couleur. Et, quand je rôde autour des habitations des hommes, pendant les nuits orageuses, les yeux ardents, les cheveux flagellés par le vent des tempêtes, isolé comme une pierre au milieu du chemin, je couvre ma face flétrie, avec un morceau de velours, noir comme la suie qui remplit l’intérieur des cheminées : il ne faut pas que les yeux soient témoins de la laideur que l’Être suprême, avec un sourire de haine puissante, a mise sur moi. Chaque matin, quand le soleil se lève pour les autres, en répandant la joie et la chaleur salutaires dans toute la nature, tandis qu’aucun de mes traits ne bouge, en regardant fixement l’espace plein de ténèbres, accroupi vers le fond de ma caverne aimée, dans un désespoir qui m’enivre comme le vin, je meurtris de mes puissantes mains ma poitrine en lambeaux. »

L’extrait est saisissant : il y a d’une part dans le personnage de Maldoror l’incandescence de la transgression faite de déchirement et de conflit intérieur, et d’autre part la recherche d’un ailleurs vécu comme échappatoire et libération. Le thème du refus social se repère dans le texte par la décadence, le désordre, la déviation morale, la provocation qu’il instaure dans la norme. Même le langage se désolidarise de la syntaxe pour la détourner contre elle-même : en s’écartant volontairement du sens commun, le poème donne en effet l’impression d’une discontinuité empreinte de dérision et de violence : brisée, la trame de l’écriture est celle d’un poète marginal pour qui le romantisme se vit comme volonté de se perdre pour mieux se retrouver, fût-ce dans la mort. Détour de conduite, renversement esthétique, détours verbaux sont ici vécus comme nihilisme convulsif, vertige du néant et de l’inhumain.

 

Une profonde ambiguïté

Cette conception particulière du romantisme trahit une profonde ambiguïté : en s’indignant contre l’esprit utilitaire et matérialiste de la Révolution industrielle, elle dressera souvent l’individu contre la société, et dévalorisera le profane au point de se retourner contre elle-même : la mission du poète-prophète (pensez à l’incantation visionnaire d’Hugo dans « Fonction du poète ») qui s’inscrit dans une sorte de renouveau historique et de messianisme social, libéral, généreux et militant, débouche malgré tout sur une fuite dans le vide. Même si c’est du  fait historique que la poésie engagée d’Hugo tire sa légitimité (on se rappelle sa condamnation sans appel de l’art pour l’art dans « Fonction du poète »), elle ne pourra néanmoins se départir d’une méditation épique sur l’Histoire empreinte d’une quête d’absolu, forcément vouée à l’échec, de par sa dimension utopique.

Reconnaissons-le, il y a un aspect « totalitaire » dans l’utopie romantique : devenu « phare », « mage » ou encore « prophète », le poète se coupe en fait du réel en privilégiant le moi, dans une attitude de refus du désordre et de la division. Une question qui peut dès lors être posée est celle-ci : le romantisme, et particulièrement le romantisme messianique, ne préfigure-t-il pas les grandes utopies postrévolutionnaires qui marqueront le débat idéologique à la fin du dix-neuvième siècle ? Et ne trouvera-t-il pas également un écho tragique dans les grands mythes totalitaires du vingtième siècle, qu’on pourrait considérer comme autant d’avatars des mythologies romantiques ?

Sans doute il est vrai que la figure du poète maudit ou du poète mage dérivent d’un même idéal : le mythe du surhomme (pensez à Nietzsche). Celui-ci n’est-il pas d’abord un mythe du mal-être, mythe de la solitude et de l’idéalisme, face à la décadence des sociétés modernes ?

Conclusion

Comme nous l’avons vu, le mouvement romantique est protéiforme : à la fois fait de totalité (aspirations à l’infini, à l’absolu) et de fractures, tant individuelles que collectives, et indissociables d’un éclatement de l’ordre européen.

  • Tout d’abord, éclatement géographique, en proposant une nouvelle représentation du monde, qui repense l’espace géométrique hérité de l’âge classique et des Lumières et qui privilégie le refus du réel, l’ailleurs et le voyage.
  • Mais aussi éclatement du sujet : en repensant profondément l’homme à travers l’individualisme et la subjectivité, le romantisme amène à une scission du moi avec lui-même (pensez à Rimbaud : « Je est un autre ») : le moi égaré devient un moi déchiré.
  • Et enfin éclatement social : en élargissant les limites à l’intérieur desquelles les modes d’expression avaient jusqu’alors été confinés, le romantisme témoigne d’une vaste mutation, dont les tendances novatrices influeront grandement sur l’histoire des arts et plus largement sur les mouvements de contre-culture du vingtième siècle qui, en ouvrant l’occident sur la totalité du monde, ont finalement fait éclater les identités nationales, et amené une pensée du scepticisme qui conduira à ressentir le provisoire plus que l’immuable, la mobilité au détriment du permanent, le relatif plutôt que l’absolu.

© Bruno Rigolt
Bruno Rigolt, (EPC/Lycée en Forêt, Montargis, France), septembre 2010. Dernière révision : 14 novembre 2012

NOTES

(1) Karl Heinz Bohrer, Le Présent absolu : du temps et du mal comme catégories esthétiques, traduit de l’Allemand par Olivier Mannoni,  éd. de la Maison des Sciences de l’Homme, Paris 2000, page 16
(2) Jacques Domenech, L’Éthique des lumières : les fondements de la morale dans la philosophie, Librairie philosophique Jean Vrin, Paris 1989, page 66
(3) Nicolas Bonhôte, Jean-Jacques Rousseau : vision de l’histoire et autobiographie, éditions l’Âge d’homme, Lausanne 1992, page 247
(4) Paul Van Tieghem, Le Romantisme dans la littérature européenne, Albin Michel, Paris 1948, page 249.
(5) Aïmé Zâreân, « La nature chez les romantiques français et persans« , in La Revue de Téhéran, n°14, janvier 2007
(6) Jean-Pierre de Beaumarchais et al., Dictionnaire des écrivains de langue française, « Romantisme », Larousse, Paris 2001, p. 1603-1604
(7
) cité par Charles Sala, Caspar David Friedrich et la peinture romantique, Pierre Terrail, 1993, page 83
(8) Denise Degrois, « Versions romantiques du vide », in L’Espace littéraire dans la littérature et la culture anglo-saxonnes. Textes réunis par Bernard Brugière, Presses de la Sorbonne Nouvelle, Paris 1995, p. 176. Voir aussi l’analyse du tableau proposée dans ce blog en cliquant ici.
(9) Michael Löwy, « L’humanisme romantique allemand et l’Europe », page 165, in L’Europe, naissance d’une utopie ? Genèse de l’idée d’Europe du XVIe au XIXe siècle sous la direction de Michèle Madonna Desbazeille, L’Harmattan, Paris 1996.

La Méditerranée près de Nice
Pastel numérique (B. R.) d’après F. Bensa « Le quartier du Lazaret avec la Réserve » (Détail. Musée Masséna, Nice)

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La citation de la semaine… Philippe Lejeune…

« Le journal, c’est comme une peinture, ou une relique. Unique, sacré, et ça ne se remplace pas… »

                 

Le journal est une trace. C’est une feuille de papier qui a été écrite ce jour-là, et nulle autre. De même qu’une transcription laisse s’évaporer la voix, l’impression perd une bonne part de ce qu’exprime un cahier manuscrit. […]. Un journal intime, c’est un peu ce que les artistes appellent un « livre unique ». C’est comme une peinture, ou une relique. Unique, sacré, et ça ne se remplace pas. […].

Il y a incompatibilité d’humeur entre le journal et la forme livre. Éditer un journal, c’est vouloir faire entrer une éponge dans une boîte d’allumettes. On finit par l’oublier. […] souvent la lecture des journaux, imprimés, compactés en livre, m’ennuie. Ou plutôt : me remplit de malaise. C’est idiot, je sais. Mais la simplicité devient prétention. Le philippe_lejeune_5.1284311582.jpglaisser-aller du journal semble arrogance. La profondeur fait toc. La typographie change l’horizon d’attente, met la pédale forte à la place de la sourdine. Répétitions et détails insignifiants, si naturels dans un cahier, semblent ici incongrus, plat, nuls.

Donc moi, petit lecteur des journaux imprimés, même géniaux, me voici dévoreur des textes les plus « ennuyeux », dès lors qu’ils me sont tombés sous la main manuscrits.

Pourquoi ?

Par fraternité. J’ai tenu (sur feuilles et cahiers), et je tiens (sur ordinateur), un journal que je sais illisible, impubliable, sincère, déchirant, piétinant, nul et génial et j’ai pour le fatras des autres la patience que demanderait le mien. Je fais crédit. L’horizon d’attente n’est plus l’œuvre. C’est la rencontre humaine. Le journal que je vais lire est une aventure opaque qui exigera, en échange de mon intrusion, ma collaboration active. L’œuvre, c’est moi qui vais la faire en lisant, comme un acteur qui longuement se pénètre d’un rôle -débroussailleur, explorateur du temps touffu d’une vie étrangère.

Par sentiment d’unicité. Je suis seul avec le cahier. Personne, à Strasbourg ou Toronto, n’a la même expérience. Face au cahier j’occupe la place de celui qui l’a écrit et qui, le premier, a dû le relire. Je communique physiquement avec le temps passé, comme un archéologue sur le terrain. La griserie de l’intrusion est tempérée par le sentiment d’être invité -respect quasi religieux. Cet espace n’est pas mien, je dois en accepter les règles. Si je m’ennuie, je n’ai à m’en prendre qu’à moi : personne ne m’a rien promis. Je n’arrive pas en spectateur qui a payé sa place, comme le lecteur d’imprimé.

Par goût de l’aventure. […] C’est une invitation au voyage. Il s’agit d’emmener ceux qui voudront au pays du journal…

Philippe Lejeune, « Au pays du journal », article publié dans la Nouvelle Revue Française, n° 531, avril 1997, p. 53 et s.  
Professeur de littérature à l’université Paris Nord, et membre de l’Institut universitaire de France, Philippe Lejeune a consacré ses travaux à l’autobiographie, et sans doute en avez-vous déjà entendu parler à travers la notion célèbre de « pacte autobiographique », c’est-à-dire le contrat proposé au lecteur par le texte, et affirmant l’identité de l’auteur, du narrateur et du personnage principal. Délaissant dans cet article la théorisation de l’autobiographie, Philippe Lejeune s’emploie davantage à célébrer la légitimité littéraire du journal intime. Mais le point de vue adopté ici est paradoxal : rédigé sans intention d’être publié, un journal édité sous la forme du livre gagne son accession au statut de genre mais il perd selon l’auteur de son authenticité première.
Par définition, un journal est un « brouillon de soi » pour reprendre le titre d’un ouvrage de Philippe Lejeune. Dès lors, ces « brouillons de soi » que sont l’intériorité et l’intime doivent garder une part de mystère. Si le journal, comme le dit Philippe Lejeune, est une « invitation au voyage », le lecteur doit être un passager clandestin : c’est avant que le manuscrit soit publié que le voyage commence vraiment. En lui donnant une visibilité éditoriale, la publication arrête le voyage : victime de son succès, un journal livré au champ éditorial perd cette part intime, trouble ou rêveuse qui le caractérisait. En devenant un simple moyen d’écriture répondant à des fins de consommation, le journal ne risque-t-il pas d’apparaître comme une falsification de l’intime ?
Pour en savoir un peu plus… Je vous conseille de vous rendre sur le site « Autopacte » proposé par Philippe Lejeune. Ce site passionnant a pour objet l’écriture autobiographique sous toutes ses formes (récits, journaux, lettres, etc.).

Entraînement BTS… Culture Générale… Le rire : un phénomène social

Les entraînements BTS

bts2011.1284135182.jpgEntraînement 2010-2011 n°1. Thème 2 (« Le rire ») : le rire, un phénomène social

Je vous propose dans cet entraînement un sujet inédit qui porte sur le statut social du rire. Plus qu’un phénomène physiologique et réflexe, le rire en effet occupe une fonction sociale majeure dans l’appréhension de l’interculturel. Pourquoi rit-on ? Selon Rabelais (document 1), « rire est le propre de l’homme ». Ainsi le rire est-il intimement lié au fonctionnement de la société. Laurence Consalvi (document 4) montre bien que le rire par exemple ouvre un espace socialisant de rencontres et d’échanges. 

Quant au philosophe Henri Bergson (document 2), son essai très célèbre sur le rire appelle une remarque fondamentale : en participant à une identité collective, le rire façonne la vie sociale, il est donc inhérent à toute relation sociale. Le rôle du rire est à ce titre essentiel dans la diffusion des connaissances et des valeurs. En tant que facteur d’intégration ou d’exclusion, le rire fonde ainsi une véritable théorie sociale. En répondant à plusieurs exigences de la vie en commun, il  aurait conséquemment une portée sociale régulatrice. 

Mais le rire exerce également une fonction critique et politique majeure qui peut se faire l’instrument d’un véritable contre-pouvoir. En contestant l’ordre établi, la tyrannie et l’exploitation, un personnage bouffon comme Charlot (cf. l’affiche du Dictateur : document 3) amène en effet à s’interroger sur le rôle du comique. En fustigeant les puissants, il révèle le peuple à lui-même en l’amenant à prendre conscience. Comme vous le voyez, l’enjeu de ce corpus est très riche puisqu’il permet d’appréhender le rire comme un jeu inhérent au phénomène politique et social.

Niveau de difficulté : **  (* accessible ; ** moyennement difficile ; *** difficile)

            

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Corpus

  • Document 1, François Rabelais, Gargantua, « Prologue », 1534
  • Document 2, Henri Bergson, Le Rire. Essai sur la signification du comique, 1924
  • Document 3, affiche du film Le Dictateur (Charlie Chaplin), 1940
  • Document 4 , Laurence Consalvi, « Des écla… boussures de rire », article paru dans Deux mille ans de rire, permanence et modernité (collectif), Presses Universitaires Franc-Comtoises/Les Belles Lettres, Paris 2002

Consignes

  • Première partie (synthèse) : Vous ferez une synthèse concise, objective et ordonnée en confrontant les documents du corpus.
  • Deuxième partie (écriture personnelle) : Selon vous, faut-il prendre le rire au sérieux ?

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  • Document 1, François Rabelais, Gargantua, avertissement liminaire et Prologue, 1534

Aux lecteurs

Amis lecteurs qui lisez ce livre,
Dépouillez-vous de tout tourment;
Et, le lisant, ne soyez pas scandalisés ;
Il ne contient ni mal ni infection.
Il est vrai qu’ici vous apprendrez

Peu de perfection, sinon en matière de rire;
Mon cœur ne peut élire d’autre argument,
Voyant la douleur qui vous mine et vous consume.
Mieux vaut traiter du rire que des larmes,
Parce que rire est le propre de l’homme.

Prologue

Buveurs très illustres, et vous Vérolés très précieux (c’est à vous, à personne d’autre que sont dédiés mes écrits), dans le dialogue de Platon intitulé Le Banquet, Alcibiade faisant l’éloge de son précepteur Socrate, sans conteste prince des philosophes, le déclare, entre autres propos, semblable aux Silènes. Les Silènes étaient jadis de petites boîtes comme on en voit à présent dans les boutiques des apothicaires ; au-dessus étaient peintes des figures amusantes et frivoles : harpies, satyres, oisons bridés, lièvres cornus, canes bâtées, boucs volants, cerfs attelés et autres semblables figures imaginaires, arbitrairement inventées pour inciter les gens à rire, à l’instar de Silène, maître du bon Bacchus. Mais à l’intérieur, on conservait les fines drogues comme le baume, l’ambre gris, l’amome, le musc, la civette, les pierreries et autres produits de grande valeur. Alcibiade disait que tel était Socrate, parce que, ne voyant que son physique et le jugeant sur son aspect extérieur, vous n’en auriez pas donné une pelure d’oignon tant il était laid de corps et ridicule en son maintien : le nez pointu, le regard d’un taureau, le visage d’un fol, ingénu dans ses mœurs, rustique en son vêtement, infortuné au regard de l’argent, malheureux en amour, inapte à tous les offices de la vie publique ; toujours riant, toujours prêt à trinquer avec chacun, toujours se moquant, toujours dissimulant son divin savoir. Mais en ouvrant une telle boîte, vous auriez trouvé au-dedans un céleste et inappréciable ingrédient : une intelligence plus qu’humaine, une force d’âme prodigieuse, un invincible courage, une sobriété sans égale, une incontestable sérénité, une parfaite fermeté, un incroyable détachement envers tout ce pour quoi les humains s’appliquent tant à veiller, courir, travailler, naviguer et guerroyer.

A quoi tend, à votre avis, ce prélude et coup d’essai ? C’est que vous, mes bons disciples, et quelques autres fous oisifs, en lisant les joyeux titres de quelques livres de notre invention, comme Gargantua, Pantagruel, Fesse pinte, La Dignité des braguettes, Des pois au lard avec commentaire, etc., vous pensez trop facilement qu’on n’y traite que de moqueries, folâtreries et joyeux mensonges, puisque l’enseigne extérieure (c’est le titre) est sans chercher plus loin, habituellement reçue comme moquerie et plaisanterie. Mais il ne faut pas considérer si légèrement les œuvres des hommes. Car vous-mêmes vous dites que l’habit ne fait pas le moine, et tel est vêtu d’un froc qui au-dedans n’est rien moins que moine, et tel est vêtu d’une cape espagnole qui, dans son courage, n’a rien à voir avec l’Espagne. C’est pourquoi il faut ouvrir le livre et soigneusement peser ce qui y est traité. Alors vous reconnaitrez que la drogue qui y est contenue est d’une tout autre valeur que ne le promettait la boite : c’est-à-dire que les matières ici traitées ne sont pas si folâtres que le titre le prétendait.

Et en admettant que le sens littéral vous procure des matières assez joyeuses et correspondant bien au titre, il ne faut pourtant pas s’y arrêter, comme au chant des sirènes, mais interpréter à plus haut sens ce que le hasard vous croyiez dit de gaieté de cœur.

Avez-vous jamais crocheté une bouteille ? Canaille ! Souvenez-vous de la contenance que vous aviez. Mais n’avez-vous jamais vu un chien rencontrant quelque os à moelle ? C’est, comme dit Platon au livre II de la République, la bête la plus philosophe du monde. Si vous l’avez vu, vous avez pu noter avec quelle dévotion il guette son os, avec quel soin il le garde, avec quelle ferveur il le tient, avec quelle prudence il entame, avec quelle passion il le brise, avec quel zèle il le suce. Qui le pousse à faire cela ? Quel est l’espoir de sa recherche ? Quel bien en attend-il ? Rien de plus qu’un peu de moelle. Il est vrai que ce peu est plus délicieux que le beaucoup d’autres produits, parce que la moelle et un aliment élaboré selon ce que la nature a de plus parfait, comme le dit Galien au livre 3 Des Facultés naturelles et IIe de L’Usage des parties du corps.

À son exemple, il vous faut être sages pour humer, sentir et estimer ces beaux livres de haute graisse, légers à la poursuite et hardis à l’attaque. Puis, par une lecture attentive et une méditation assidue, rompre l’os et sucer la substantifique moelle, c’est-à-dire -ce que je signifie par ces symboles pythagoriciens- avec l’espoir assuré de devenir avisés et vaillants à cette lecture. Car vous y trouverez une bien autre saveur et une doctrine plus profonde, qui vous révèlera de très hauts sacrements et mystères horrifiques, tant sur notre religion que sur l’état de la cité et la gestion des affaires.

  • Document 2, Henri Bergson, Le Rire. Essai sur la signification du comique, 1924

Que signifie le rire ? Qu’y a-t-il au fond du risible ? Que trouverait-on de commun entre une grimace de pitre, un jeu de mots, un quiproquo de vaude-ville, une scène de fine comédie ? Quelle distillation nous donnera l’essence, toujours la même, à laquelle tant de produits divers empruntent ou leur indiscrète odeur ou leur parfum délicat ? Les plus grands penseurs, depuis Aristote, se sont attaqués à ce petit problème, qui toujours se dérobe sous l’effort, glisse, s’échappe, se redresse, impertinent défi jeté à la spéculation philosophique.
[…]

Nous allons présenter d’abord trois observations que nous tenons pour fondamentales. Elles portent moins sur le comique lui-même que sur la place où il faut le chercher.

Voici le premier point sur lequel nous appellerons l’attention. Il n’y a pas de comique en dehors de ce qui est proprement humain. Un paysage pourra être beau, gracieux, sublime, insignifiant ou laid ; il ne sera jamais risible. On rira d’un animal, mais parce qu’on aura surpris chez lui une attitude d’homme ou une expression humaine. On rira d’un chapeau ; mais ce qu’on raille alors, ce n’est pas le morceau de feutre ou de paille, c’est la forme que des hommes lui ont donnée, c’est le caprice humain dont il a pris le moule. Comment un fait aussi important, dans sa simplicité, n’a-t-il pas fixé davantage l’attention des philosophes ? Plusieurs ont défini l’homme « un animal qui sait rire ». Ils auraient aussi bien pu le définir un animal qui fait rire, car si quelque autre animal y parvient, ou quelque objet inanimé, c’est par une ressemblance avec l’homme, par la marque que l’homme y imprime ou par l’usage que l’homme en fait.

Signalons maintenant, comme un symptôme non moins digne de remarque, l’insensibilité qui accompagne d’ordinaire le rire. Il semble que le comique ne puisse produire son ébranlement qu’à la condition de tomber sur une surface d’âme bien calme, bien unie. L’indifférence est son milieu naturel. Le rire n’a pas de plus grand ennemi que l’émotion. Je ne veux pas dire que nous ne puissions rire d’une personne qui nous inspire de la pitié, par exemple, ou même de l’affection : seulement alors, pour quelques instants, il faudra oublier cette affection, faire taire cette pitié. Dans une société de pures intelligences on ne pleurerait probablement plus, mais on rirait peut-être encore ; tandis que des âmes invariablement sensibles, accordées à l’unisson de la vie, où tout événement se prolongerait en résonance sentimentale, ne connaîtraient ni ne comprendraient le rire. Essayez, un moment, de vous intéresser à tout ce qui se dit et à tout ce qui se fait, agissez, en imagination, avec ceux qui agissent, sentez avec ceux qui sentent, donnez enfin à votre sympathie son plus large épanouissement : comme sous un coup de baguette magique vous verrez les objets les plus légers prendre du poids, et une coloration sévère passer sur toutes choses. Détachez-vous maintenant, assistez à la vie en spectateur indifférent : bien des drames tourneront à la comédie. Il suffit que nous bouchions nos oreilles au son de la musique, dans un salon où l’on danse, pour que les danseurs nous paraissent aussitôt ridicules. Combien d’actions humaines résisteraient à une épreuve de ce genre ? et ne verrions-nous pas beaucoup d’entre elles passer tout à coup du grave au plaisant, si nous les isolions de la musique de sentiment qui les accompagne ? Le comique exige donc enfin, pour produire tout son effet, quelque chose comme une anesthésie momentanée du cœur. Il s’adresse à l’intelligence pure.

Seulement, cette intelligence doit rester en contact avec d’autres intelligences. Voilà le troisième fait sur lequel nous désirions attirer l’attention. On ne goûterait pas le comique si l’on se sentait isolé. Il semble que le rire ait besoin d’un écho. Écoutez-le bien : ce n’est pas un son articulé, net, terminé ; c’est quelque chose qui voudrait se prolonger en se répercutant de proche en proche, quelque chose qui commence par un éclat pour se continuer par des roulements, ainsi que le tonnerre dans la montagne. Et pourtant cette réper-cussion ne doit pas aller à l’infini. Elle peut cheminer à l’intérieur d’un cercle aussi large qu’on voudra ; le cercle n’en reste pas moins fermé. Notre rire est toujours le rire d’un groupe. Il vous est peut-être arrivé, en wagon ou à une table d’hôte, d’entendre des voyageurs se raconter des histoires qui devaient être comiques pour eux puisqu’ils en riaient de bon cœur. Vous auriez ri comme eux si vous eussiez été de leur société. Mais n’en étant pas, vous n’aviez aucune envie de rire. Un homme, à qui l’on demandait pourquoi il ne pleurait pas à un sermon où tout le monde versait des larmes, répondit : « je ne suis pas de la paroisse. » Ce que cet homme pensait des larmes serait bien plus vrai du rire. Si franc qu’on le suppose, le rire cache une arrière-pensée d’entente, je dirais presque de complicité, avec d’autres rieurs, réels ou imagi¬naires. Combien de fois n’a-t-on pas dit que le rire du spectateur, au théâtre, est d’autant plus large que la salle est plus pleine ; Combien de fois n’a-t-on pas fait remarquer, d’autre part, que beaucoup d’effets comiques sont intraduisibles d’une langue dans une autre, relatifs par conséquent aux mœurs et aux idées d’une société particulière ? Mais c’est pour n’avoir pas compris l’importance de ce double fait qu’on a vu dans le comique une simple curiosité où l’esprit s’amuse, et dans le rire lui-même un phénomène étrange, isolé, sans rapport avec le reste de l’activité humaine. De là ces définitions qui tendent à faire du comique une relation abstraite aperçue par l’esprit entre des idées, « contraste intellectuel », « absurdité sensible », etc., définitions qui, même si elles convenaient réellement à toutes les formes du comique, n’expliqueraient pas le moins du monde pourquoi le comique nous fait rire. D’où viendrait, en effet, que cette relation logique particulière, aussitôt aperçue, nous contracte, nous dilate, nous secoue, alors que toutes les autres laissent notre corps indifférent ? Ce n’est pas par ce côté que nous aborderons le problème. Pour comprendre le rire, il faut le replacer dans son milieu naturel, qui est la société ; il faut surtout en déterminer la fonction utile, qui est une fonction sociale. Telle sera, disons-le dès maintenant, l’idée directrice de toutes nos recherches. Le rire doit répondre à certaines exigences de la vie en commun. Le rire doit avoir une signification sociale.

  • Document 3, affiche du film Le Dictateur (Charlie Chaplin), 1940

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  • Document 4 , Laurence Consalvi, « Des écla… boussures de rire », article paru dans Deux mille ans de rire, permanence et modernité (collectif), Presses Universitaires Franc-Comtoises/Les Belles Lettres, Paris 2002, paragraphe 6, p. 341-343, depuis « Il n’est plus à prouver aujourd’hui que le rire » (page 341) jusqu’à « voire d’un lynchage comme cela s’est produit à diverses reprises » (p. 343). 

Il n’est plus à prouver aujourd’hui que le rire tient une place dans ce que l’on nomme les « communications non verbales ». Par son rire, l’individu communique volontairement ou non, des jugements, des intentions, des sentiments. En effet, comme l’écrit Eric Smadja (1993), le rire appartient pleinement à ce que l’on nomme les communications non verbales.

J’ai peur donc je ris

Peur et divertissement sont loin d’être incompatibles, on le sait. Si je me base sur les réponses obtenues dans le questionnaire, il devient évident que les gens viennent au Fantafestival pour rire de leurs  propres  peurs.  On peut mettre tout cela en rapport avec  le premier rire dont parle, entre autres Desmond Morris , à savoir que le fait que le bébé glousse quand sa mère le lance en l’air ou lui fait « bouh !» à l’oreille est l’expression du conflit généré par un message contradictoire : J’ai peur, mais je suis en sécurité, donc je ris ! Pour Morris et bien d’autres avec lui, ce rire enfantin né du choc des sentiments de peur et de plaisir, est à l’origine de tous les rires.  Il écrit que « le rire nous aide à nous sentir bien parce qu’il est l’expression d’un danger rencontré mais évité » (1992, p189-190). Il apparaît que c’est essentiellement ce rire-là que l’on entend dans les salles de cinéma lors de la projection de films d’horreur. Le public rit parce que ce n’est pas réel et qu’il sent en sécurité, bien calé dans on fauteuil, un coca dans une main, et un morceau de pizza dans l’autre.

On peut rire de tout

Je poursuivrai maintenant avec Eric Smadja qui parle des thèmes et techniques risibles. Dans les films d’horreur on enfreint les interdits. En effet, ce ne sont pas les prescriptions qu’Eric Smadja énumère (étrangers au groupe, déviant, langage) qui produisent du comique, mais au contraire les interdits, les tabous qui, traités par le biais de l’absurde, deviennent un objet risible.  Eric Smadja distingue des invariants  universaux de l’objet du message risible, comme le pouvoir politique,  l’ordre social etc. Cependant  dans le cas du public étudié, ce ne sont pas ces universaux, qui suite à diverses transformations deviennent risibles, qui font effectivement rire. Ici c’est tout le contraire qui se passe. Durant le festival on rit de ce qui ne nous ferait pas rire dans un autre contexte. Ce rire lié aux tabous, ce rire noir, est en quelque sorte un rire de provocation, qui fait un bras d’honneur à la mort, la maladie, la souffrance.

Pour quoi sonne le rire ?

C’est toujours à Eric Smadja (1993, p.120-121) que j’emprunte cette liste des fonctions sociales du rire :

  • expression de la joie individuelle et de la sécurité psychique engendrée par la cohésion sociale du groupe ;

  • sanction symbolique des déviances et excentricités constituant un mode très efficace de contrôle social des mœurs ;

  • mode d’évitement d’une sanction négative, d’une punition par l’inhibition de l’agressivité d’autrui :

    • Instrument de politesse,
    • Instrument de défense contre l’angoisse,
    • Instrument d’exécution sociale,
    • Instrument de séduction et quête affective.

Dans le cadre du Fantafestival, c’est principalement la première fonction qui émerge (rire comme expression de la joie individuelle engendrée par la cohésion sociale du groupe). Durant la semaine du festival le public constitue une microsociété, pour les raisons que nous avons déjà expliquées. Dans l’obscurité de la salle, la cohésion du groupe est très forte. Le rire qui se manifeste alors est un rire convivial  qui rapproche les rieurs, et dont la fonction n’est pas l’exclusion : c’est un rire qui unit, c’est un rire de complicité. La seconde fonction dont parle Eric Smadja (fonction symbolique) n’apparaît pas durant le festival, au contraire tout ce qui est déviant est le bienvenu, comme par exemple arriver coiffé de pastèques (on ne trouve pas de citrouilles en juin), initiative saluée par des rires d’approbation et des applaudissements.

Le rire comme instrument de politesse est présent. Il peut arriver que l’on rie pour ne pas vexer son voisin de fauteuil , lorsque celui-ci fait une remarque plus ou moins spirituelle.

Naturellement, le rire comme instrument de défense contre l’angoisse, ne peut pas être absent d’un festival consacré au fantastique. Comme l’ont déjà noté de nombreux chercheurs, le rire peut fonctionner comme une soupape de sécurité, permettant entre autre de lutter contre des sentiments de malaise.

Le rire comme instrument d’exécution sociale se manifeste lui aussi. Dans le cadre du Fantafestival, le rire peut prendre la forme d’une approbation, ou au contraire d’une critique négative voire d’un lynchage comme cela s’est produit à diverses reprises.

Inscrivez-vous au concours "Des mots pour voir" édition 2010-2011

desmotspourvoir.1283954291.jpgLe concours « Des mots pour voir » 2010-2011

De quoi s’agit-il ?

  • « Des mots pour voir, histoires de l’histoire de l’art » est un concours international d’écriture en français qui s’adresse à tous les jeunes francophones âgés de 13 à 20 ans. La participation étant gratuite (et dotée de nombreux prix), j’invite tous mes étudiants à participer. Vous pouvez vous inscrire d’ores et déjà en remplissant en ligne le formulaire d’inscription (rubrique « Concours Des mots pour voir, 11ème édition », puis « le concours »). Remplissez soigneusement le formulaire d’inscription : choisissez votre catégorie (Français langue maternelle ou Français langue étrangère) ainsi que votre classe d’âge.
  • Importantinscrivez-vous le plus tôt possible dans l’année afin d’être tenu(e) informé(e) régulièrement du déroulement du concours. À cet effet, il vous sera demandé d’indiquer une adresse électronique valide (cette adresse ne sera communiquée à aucun tiers).

Que se passe-t-il ensuite ? 

  • Vous devrez d’abord sélectionner une des images proposées sur le site (rubrique « choisir une œuvre »). Cette année les images appartiennent au patrimoine universel de l’histoire des arts et sont classées en fonction des thèmes en vigueur dans les programmes scolaires français (il n’est évidemment pas obligatoire de vous inspirer de ces programmes pour participer).

Les consignes :

  • Vous devez écrire l’histoire d’une image en associant des données historiques (contexte de l’œuvre, biographie de l’artiste ou du commanditaire etc. ) et une part d’invention personnelle qui donnera une coloration romanesque à votre texte.
  • Si vous le désirez, Vous pourrez vous inspirer des thématiques de chaque rubrique (art et pouvoir, rupture et continuité, mythe et religion…) pour construire votre trame narrative.. Vous pourrez parler au nom du peintre, du commanditaire, du spectateur (contemporain du tableau ou actuel) ou même du tableau lui-même ou d’un des personnages ou éléments représentés dans le tableau.
  • Lorsque vous aurez rédigé définitivement votre texte, vous devrez le copier dans le formulaire à la rubrique  « envoyer son texte ». Attention : la date limite des envois est fixée au mardi 29 mars 2011. Votre texte ne devra pas dépasser 4500 caractères, espaces compris (750 mots environ).

Une note Bonus !

  • Tous les élèves qui participeront se verront attribuer au deuxième trimestre une note bonus de 20/20, quelle que soit la classe (Seconde 6, Première STG3, Première L2, Première S2) et la qualité de leur travail (il vous suffira simplement de m’adresser préalablement un exemplaire de votre texte, et que celui-ci réponde aux consignes du concours).

Inscrivez-vous au concours « Des mots pour voir » édition 2010-2011

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Que se passe-t-il ensuite ? 

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Une note Bonus !

  • Tous les élèves qui participeront se verront attribuer au deuxième trimestre une note bonus de 20/20, quelle que soit la classe (Seconde 6, Première STG3, Première L2, Première S2) et la qualité de leur travail (il vous suffira simplement de m’adresser préalablement un exemplaire de votre texte, et que celui-ci réponde aux consignes du concours).

La citation de la semaine… Monique Wittig…

« On ferme les yeux. C’est défendu de parler. Catherine Legrand ouvre de temps en temps un œil mais c’est défendu aussi… »

Le petit garçon qui s’appelle Robert Payen entre dans la classe le dernier en criant qui c’est qui veut voir ma quéquette, qui c’est qui veut voir ma quéquette. Il est en train de reboutonner sa culotte. Il a des chaussettes en laine beige. Ma sœur lui dit de se taire, et pourquoi tu arrives toujours le dernier. Ce petit garçon qui n’a que la route à traverser et qui arrive toujours le dernier. On voit sa maison de la porte de l’école, il y a des arbres devant. Quelquefois pendant la récréation sa mère l’appelle. Elle est à la dernière fenêtre, on l’aperçoit par-dessus les arbres. Des draps pendent sur le mur. Robert, viens chercher ton cache-nez. Elle crie fort de façon à ce que tout le monde l’entende, mais Robert Payen ne répond pas, ce qui fait qu’on continue monique-wittig_3.1283602092.jpgd’entendre la voix qui appelle Robert. La première fois que Catherine Legrand est venue à l’école, elle a vu de la route la cour de récréation l’herbe et les lilas au bord du grillage, c’est du fil de fer lisse qui dessine des losanges, quand il pleut les gouttes d’eau glissent et s’accrochent dans les coins, c’est plus haut qu’elle. Elle tient la main de la mère qui pousse la porte. Il y a beaucoup d’enfants qui jouent dans la cour de l’école mais pas du tout de grandes personnes seulement la mère de Catherine Legrand et il vaudrait mieux qu’elle ne rentre pas dans l’école c’est seulement les enfants, il faut lui dire, est-ce qu’il faut lui dire, et dedans l’école c’est très grand, il y a beaucoup de pupitres, il y a un gros poêle rond avec encore du grillage à losanges autour, on voit le tuyau qui monte presque jusqu’au plafond, par endroits il est en accordéon […]. Ça ressemble à la maison sauf que c’est plus grand. Quelquefois on fait dormir les enfants l’après-midi mais c’est pour rire. On met, tous, les bras croisés sur la table et la tête dans les bras. On ferme les yeux. C’est défendu de parler. Catherine Legrand ouvre de temps en temps un œil mais c’est défendu aussi. On chante tout le temps des chansons en rang, à ma main droite y a un rosier qui fleurira au mois de mai et on montre la main droite. Catherine Legrand regarde de ce côté, on n’est pas au mois de mai, ainsi le rosier n’a pas encore poussé…

Monique Wittig, L’Opoponax, Les Éditions de Minuit, Paris 1964, début du roman.

Déroutante, provocatrice et transgressive : ainsi apparaît l’œuvre de Monique Wittig (1935-2003), romancière majeure de la cause féministe. C’est à vingt-neuf ans que l’écrivaine publie L’Opoponax, sorte d’introspection autobiographique sur l’enfance qui se situe dans la filiation du Nouveau roman. Couronné par le prix Médicis lors de sa sortie en 1964 et largement célébré par Claude Simon et Nathalie Sarraute, l’Opoponax bouleverse les conventions narratives et scripturales. À première vue, l’écriture wittigienne semble assez simple et naïve (puisque le lecteur se retrouve dans la conscience d’un enfant),  mais elle est en réalité profondément dépaysante : les ruptures syntaxiques nombreuses, les audaces langagières, les paroles rapportées (souvent au style indirect libre) surprennent autant qu’elles déconcertent. Relisez ces premières phrases du roman et voyez comme elles remettent profondément en question les codes mêmes du discours :

« Le petit garçon qui s’appelle Robert Payen entre dans la classe le dernier en criant qui c’est qui veut voir ma quéquette, qui c’est qui veut voir ma quéquette. Il est en train de reboutonner sa culotte. Il a des chaussettes en laine beige. Ma sœur lui dit de se taire, et pourquoi tu arrives toujours le dernier. »

À ce morcellement de l’écriture, accentué par l’absence de retours à la ligne et de paragraphes tout au long du roman, correspond très bien le point de vue dissident que Wittig portait sur le monde. Dans Écrire l’inter-dit (*), essai remarquable consacré à l’œuvre de Wittig, Dominique Bourque fait très justement remarquer que l’auteure, par son style et sa façon d’écrire si particuliers, « bouscule les frontières hiérarchiques qui séparent les productions orales et écrites, elle déséquilibre des notions données pour complémentaires ou opposées —l’action et la passion, le Sujet et l’Autre, les classes de sexe— afin de redonner pensée et voix plurielles à des personnages traditionnellement stéréotypés ou absents du système de représentation : les enfants, les féministes et les lesbiennes ». monique-wittig-5.1283621768.jpgDe fait, le texte de Wittig se charge souvent d’une violence indicible, si caractéristique de l’écriture féminine, écriture avant tout du cri, du désir et du silence.

Marguerite Duras n’hésitait d’ailleurs pas à affirmer de l’Opoponax, que « c’est peut-être, c’est même à peu près sûrement le premier livre moderne qui ait été fait sur l’enfance. […] C’est un livre à la fois admirable et très important parce qu’il est régi par une règle de fer, jamais enfreinte ou presque jamais, celle de n’utiliser qu’un matériau descriptif pur, et qu’un outil, le langage objectif pur » (**). Ce « langage objectif pur » est ainsi une manière d’échapper à la « bonne conscience » littéraire. C’est alors que le texte apparaît davantage comme un contre-texte qui coïncide avant tout avec la révélation d’une accession à l’être et au sens : au-delà de l’histoire racontée (celle d’une petite fille de la Maternelle à la fin de sa scolarité), l’Opoponax est d’abord une quête existentielle et une revendication de la liberté. À commencer par la liberté du discours, si souvent refusée aux femmes.

Pour en apprendre davantage sur Monique Wittig, cliquez ici.

______________

(*) Dominique Bourque, Écrire l’inter-dit. La subversion formelle dans l’œuvre de Monique Wittig, L’Harmattan, Paris 2006

(**) Marguerite Duras, France Observateur, 5 novembre 1964

EAF Bac de Français éléments de corrigé Séries ES et S Correction de la question

Écrit EAF 2010 Séries ES / S bac_logo_2.1265785235.jpg

 

Corrigé de la question

arrow.1242450507.jpg Pour accéder au sujet (textes du corpus), cliquez ici.

arrow.1242450507.jpg Rappel de la question :

Ces textes cherchent-ils seulement à nous dépayser ou ont-ils une autre visée ? Votre réponse se fondera sur quelques exemples précis. Elle devra être organisée et synthétique.

                 

La fin du Classicisme marque une crise de la conscience européenne, qui aboutira au mouvement des Lumières, remise en cause essentielle du « Grand Siècle » et de l’ethnocentrisme occidental. Le corpus présenté est caractéristique de cette mutation des idées : derrière l’atmosphère de rêverie exotique et de conte orientaliste qui marque les textes, peut se percevoir le principe d’une réhabilitation de la nature, ainsi qu’une profonde réflexion sur l’image et la conception du bonheur au dix-huitième siècle. Publiées en 1699, les Aventures de Télémaque est le titre d’un roman épique et didactique de Fénelon. Dans ce passage du septième livre, l’auteur met à profit les récits de voyageurs, pour entraîner ses lecteurs dans un rêve exotique : à bord du vaisseau qui le ramène en Ithaque, au sortir de l’île de Calypso, Télémaque écoute le Tyrien Adoam lui conter le voyage qu’il fit dans la Bétique. Ce pays utopique, qui « semble avoir conservé les délices de l’âge d’or », permet à Fénelon de livrer un profond message moral et politique, qui condamne implicitement la politique de guerres et de conquêtes menée par la France louis-quatorzienne. Les deux autres extraits présentés obligent également le lecteur à un décentrement de pensée : en situant son récit dans un cadre oriental, Montesquieu se livre à une savoureuse satire des mœurs et des jugements de son temps. Dans le passage présenté, l’auteur développe l’histoire du peuple des Troglodytes : c’est l’occasion pour lui de célébrer une société fondée sur les principes de vertu, de travail et de conscience communautaire. On retrouve sensiblement la même idée dans le chapitre trente par lequel s’achève le Candide de Voltaire : les héros, cherchant à s’organiser pour mener une vie heureuse, sont en admiration devant le bonheur simple d’un vieillard, qui travaille sa terre entouré de ses enfants. C’est l’occasion pour Voltaire de célébrer une vie simple et naturelle, fondée sur le travail et les valeurs de la terre, et où chacun pourra « cultiver son jardin ».

                     

Tous les textes se présentent d’abord comme une réhabilitation de la nature. La description entreprise par Fénelon semble en effet préfigurer ce que Rousseau appellera la « jeunesse du monde ». De fait, derrière les clichés pittoresques (« L’ardeur de l’été y est toujours tempérée par des zéphyrs rafraîchissants », « toute l’année n’est qu’un heureux hymen du printemps et de l’automne, qui semblent se donner la main », etc.), c’est fondamentalement l’idée d’une communion des hommes avec  la nature qui est mise en avant. On pourrait tout aussi bien évoquer ici la façon dont Montesquieu fait l’éloge d’une vie pastorale, à la fois simple et naturelle : l’auteur de l’Esprit des lois déploie ces aspects de façon très poétique, mais derrière le romanesque et l’épistolaire se cache surtout une profonde réflexion sur l’altruisme et le sens du partage (« ensuite des festins où la joie ne régnait pas moins que la frugalité. C’était dans ces assemblées que parlait la nature naïve ; c’est là qu’on apprenait à donner le cœur et à le recevoir… »). De même, nous comprenons que les descriptions exotiques du texte voltairien (« plusieurs sortes de sorbets […], du kaïmak piqué d’écorces de cédrat confit, des oranges, des citrons, des limons, des ananas, des pistaches, du café de Moka… ») n’ont d’autre but que d’amener le lecteur à s’interroger sur la dénaturation des hommes par la civilisation.

Cette deuxième idée est essentielle. Fénelon par exemple s’attarde sur « les habitants, simples et heureux dans leur simplicité, [qui] ne daignent pas seulement compter l’or et l’argent parmi leurs richesses : ils n’estiment que ce qui sert véritablement aux besoins de l’homme ». Ainsi, les valeurs sont inversées : s’il y a bien des mines d’or et d’argent, elles ne sont pas considérées comme richesse, puisque ces minerais sont employés aux mêmes usages que le fer, pour fabriquer des socs de charrue. Comme nous le voyons, le refus de la propriété privée, la disparition de la monnaie et du luxe permet aux habitants de l’idéale Bétique d’échapper à la servitude de l’argent, et de tirer leur sagesse de la nature, dans une sorte de communisme agraire originel, caractéristique de la littérature utopique. Ce texte est aussi l’occasion pour Fénelon, avant tout théologien et moraliste, de faire réfléchir le lecteur à ses propres actions : les hommes « ne sont-ils pas « rongés par une lâche et noire envie, toujours agités par l’ambition, par la crainte, par l’avarice, incapables des plaisirs purs et simples, puisqu’ils sont esclaves de tant de fausses nécessités dont ils font dépendre tout leur bonheur » ? Hostiles à toute forme de commerce, les habitants de la Bétique, échappant ainsi aux besoins artificiels, célèbrent une sorte de retour à « l’âge d’or » de l’innocence primitive.

Comme Fénelon et Voltaire, Montesquieu insiste  sur la valeur du travail : « Le soir, lorsque les troupeaux quittaient les prairies, et que les bœufs fatigués avaient ramené la charrue, ils s’assemblaient, et, dans un repas frugal, ils chantaient les injustices des premiers Troglodytes et leurs malheurs [… ], ils décrivaient ensuite les délices de la vie champêtre et le bonheur d’une condition toujours parée de l’innocence. Bientôt ils s’abandonnaient à un sommeil que les soins et les chagrins n’interrompaient jamais. La nature ne fournissait pas moins à leurs désirs qu’à leurs besoins. » Comment ne pas comparer le passage avec cet extrait du chapitre trente de Candide, par lequel se clôt le conte philosophique éponyme. Le « bon vieillard turc » affirme en effet que « le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice, et le besoin », seuls remèdes contre l’ennui ou le mal. On peut voir tout d’abord dans cet extrait un éloge du travail, à la fois comme facteur de production, mais surtout comme moyen d’aspiration individuelle, d’accomplissement de soi et corollairement d’épanouissement collectif. Le texte est porteur d’une charge culpabilisante nettement perceptible, à l’encontre du système monarchique, accusé implicitement de ne pas valoriser les vertus philosophiques et sociales du travail.

Le texte voltairien, qui est sans doute le moins utopique des trois, agit ainsi comme une espèce d’anti Eldorado puisqu’il amène le lecteur à une sorte de philosophie morale pratique :  l’homme qui sait s’écarter du monde, de ses tentations et de ses dangers (« ceux qui se mêlent des affaires publiques périssent quelquefois misérablement, et qu’ils le méritent »), peut vivre paisiblement des produits de la terre (« Je n’ai que vingt arpents, répondit le Turc ; je les cultive avec mes enfants »). Il lui appartient de refuser le « superflu » et les « fausses nécessités » qu’évoquait Fénelon dans son texte. Nous aurions pu tout aussi bien rappeler combien chez Montesquieu la vie naturelle et responsable des Troglodytes l’amenait à célébrer les vertus des Lumières : c’est par le travail et le partage équitable que l’homme peut prétendre au bonheur. Ainsi, derrière ces récits de voyage peut se lire un message politique : les textes recèlent un enseignement qui consacre le triomphe de l’action sur la parole. Voltaire ne disait-il pas d’ailleurs qu’il écrivait « pour agir » ? À l’opposé de la curiosité vaine de Pangloss (« aussi curieux que raisonneur »), la sagesse du vieillard conduit à s’interroger sur la véritable fonction de l’utopie : loin de valoriser le repli sur soi, l’irréalité et l’égoïsme, elle célèbre davantage un jardin symbolique à cultiver.

          

Comme nous l’avons vu, derrière l’idéale Bétique, derrière le cadre oriental des Lettres persanes ou l’utopie du jardin turc, peuvent se lire une recherche du bonheur, et plus largement les fondements d’une société idéale qui passe par la remise en cause profonde de la « chose publique », et des valeurs traditionnelles. Loin de cantonner le lecteur à un optimisme béat, ces utopies narratives fonctionnent davantage comme des apologues : tantôt figuration du rêve de communion harmonieuse avec la nature, tantôt figuration d’une société idéale, placée sous le signe de l’altruisme, du partage et de la quête de l’accomplissement de soi.

© Bruno Rigolt, juin 2010
Voyez aussi cette proposition de corrigé sur Études littéraires.

EAF Bac de Français sujets et corrigés Séries ES et S

Voici en ligne le sujet national proposé pour la session 2010 à l’Épreuve Anticipée de Français (séries ES/S). Une analyse du sujet ainsi que les corrigés seront mis en lignes prochainement.

 

Sujet national séries ES/S

Objet d’étude : L’argumentation

Convaincre, persuader et délibérer

Corpus

  • Texte A : Fénelon, Les Aventures de Télémaque (1699), septième livre

  • Texte B : Montesquieu, Lettres persanes (1721), lettre XII

  • Texte C : Voltaire, Candide (1759), chapitre XXX

 

  • Texte A : Fénelon, Les Aventures de Télémaque
Télémaque et son précepteur Mentor sont de retour aux abords de l’île de Calypso. Ils rencontrent un capitaine de navire dont le frère Adoam leur livre les dernières nouvelles et leur dépeint un pays extraordinaire, la Bétique.

Le fleuve Bétis coule dans un pays fertile et sous un ciel doux, qui est toujours serein. Le pays a pris le nom du fleuve, qui se jette dans le grand Océan, assez près des Colonnes d’Hercule (¹) et de cet endroit où la mer furieuse, rompant ses digues, sépara autrefois la terre de Tharsis (²) d’avec la grande Afrique. Ce pays semble avoir conservé les délices de l’âge d’or. Les hivers y sont tièdes, et les rigoureux aquilons (³) n’y soufflent jamais. L’ardeur de l’été y est toujours tempérée par des zéphyrs (4) rafraîchissants, qui viennent adoucir l’air vers le milieu du jour. Ainsi toute l’année n’est qu’un heureux hymen du printemps et de l’automne, qui semblent se donner la main. La terre, dans les vallons et dans les campagnes unies, y porte chaque année une double moisson. Les chemins y sont bordés de lauriers, de grenadiers, de jasmins et d’autres arbres toujours verts et toujours fleuris. Les montagnes sont couvertes de troupeaux, qui fournissent des laines fines recherchées de toutes les nations connues. Il y a plusieurs mines d’or et d’argent dans ce beau pays ; mais les habitants, simples et heureux dans leur simplicité, ne daignent pas seulement compter l’or et l’argent parmi leurs richesses : ils n’estiment que ce qui sert véritablement aux besoins de l’homme. Quand nous avons commencé à faire notre commerce chez ces peuples, nous avons trouvé l’or et l’argent parmi eux employés aux mêmes usages que le fer, par exemple, pour des socs de charrue. Comme ils ne faisaient aucun commerce au-dehors, ils n’avaient besoin d’aucune monnaie. Ils sont presque tous bergers ou laboureurs. On voit en ce pays peu d’artisans : car ils ne veulent souffrir que les arts qui servent aux véritables nécessités des hommes ; encore même la plupart des hommes en ce pays, étant adonnés à l’agriculture ou à conduire des troupeaux, ne laissent pas d’exercer les arts nécessaires pour leur vie simple et frugale. [ … ]

Quand on leur parle des peuples qui ont l’art de faire des bâtiments superbes, des meubles d’or et d’argent, des étoffes ornées de broderies et de pierres précieuses, des parfums exquis, des mets délicieux, des instruments dont l’harmonie charme, ils répondent en ces termes : « Ces peuples sont bien malheureux d’avoir employé tant de travail et d’industrie à se corrompre eux-mêmes ! Ce superflu amollit, enivre, tourmente ceux qui le possèdent : il tente ceux qui en sont privés de vouloir l’acquérir par l’injustice et par la violence. Peut-on nommer bien un superflu qui ne sert qu’à rendre les hommes mauvais ? Les hommes de ces pays sont-ils plus sains et plus robustes que nous ? Vivent-ils plus longtemps ? Sont-ils plus unis entre eux ? Mènent-ils une vie plus libre, plus tranquille, plus gaie ? Au contraire, ils doivent être jaloux les uns des autres, rongés par une lâche et noire envie, toujours agités par l’ambition, par la crainte, par l’avarice, incapables des plaisirs purs et simples, puisqu’ils sont esclaves de tant de fausses nécessités dont ils font dépendre tout leur bonheur ».

1. Ainsi sont appelées, dans l’Antiquité, les montagnes qui bordent, du côté de l’Europe et du côté de l’Afrique, le détroit de Gibraltar, aux limites du monde connu.
2. la terre de Tharsis : dans l’Antiquité, nom donné à la péninsule ibérique.
3. nom poétique des vents du nord.
4. vents d’ouest, doux, tièdes et agréables.
                       
  • Texte B : Montesquieu, Lettres persanes
Les Troglodytes sont un peuple imaginaire dépeint dans trois lettres successives. Le texte ci-dessous est un extrait de la deuxième.

Qui pourrait représenter ici le bonheur de ces Troglodytes ? Un peuple si juste devait être chéri des dieux. Dès qu’il ouvrit les yeux pour les connaître, il apprit à les craindre, et la Religion vint adoucir dans les moeurs ce que la Nature y avait laissé de trop rude.

Ils instituèrent des fêtes en l’honneur des dieux : les jeunes filles ornées de fleurs, et les jeunes garçons les célébraient par leurs danses et par les accords d’une musique champêtre. On faisait ensuite des festins où la joie ne régnait pas moins que la frugalité. C’était dans ces assemblées que parlait la nature naïve ; c’est là qu’on apprenait à donner le cœur et à le recevoir ; c’est là que la pudeur virginale faisait en rougissant un aveu surpris, mais bientôt confirmé par le consentement des pères ; et c’est là que les tendres mères se plaisaient à prévoir de loin une union douce et fidèle.

On allait au temple pour demander les faveurs des dieux ; ce n’était pas les richesses et une onéreuse abondance : de pareils souhaits étaient indignes des heureux Troglodytes ; ils ne savaient les désirer que pour leurs compatriotes. Ils n’étaient au pied des autels que pour demander la santé de leurs pères, l’union de leurs frères, la tendresse de leurs femmes, l’amour et l’obéissance de leurs enfants. Les filles y venaient apporter le tendre sacrifice de leur cœur, et ne leur demandaient d’autre grâce que celle de pouvoir rendre un Troglodyte heureux.

Le soir, lorsque les troupeaux quittaient les prairies, et que les bœufs fatigués avaient ramené la charrue, ils s’assemblaient, et, dans un repas frugal, ils chantaient les injustices des premiers Troglodytes et leurs malheurs, la vertu renaissante avec un nouveau peuple, et sa félicité. Ils célébraient les grandeurs des dieux, leurs faveurs toujours présentes aux hommes qui les implorent, et leur colère inévitable à ceux qui ne les craignent pas ; ils décrivaient ensuite les délices de la vie champêtre et le bonheur d’une condition toujours parée de l’innocence. Bientôt ils s’abandonnaient à un sommeil que les soins et les chagrins n’interrompaient jamais.

La nature ne fournissait pas moins à leurs désirs qu’à leurs besoins. Dans ce pays heureux, la cupidité était étrangère : ils se faisaient des présents où celui qui donnait croyait toujours avoir l’avantage. Le peuple troglodyte se regardait comme une seule famille ; les troupeaux étaient presque toujours confondus ; la seule peine qu’on s’épargnait ordinairement, c’était de les partager.

D’Erzeron, le 6 de la lune de Gemmadi 2, 1711.

 

  • Texte C : Voltaire, Candide
Nous sommes dans le dernier chapitre du conte de Voltaire et pour obtenir les réponses définitives aux questions qu’il se pose, Candide décide de rendre visite à un sage oriental et de l’interroger.

Pendant cette conversation, la nouvelle s’était répandue qu’on venait d’étrangler à Constantinople deux vizirs (¹) du banc et le muphti (²), et qu’on avait empalé plusieurs de leurs amis. Cette catastrophe faisait partout un grand bruit pendant quelques heures. Pangloss (³), Candide et Martin, en retournant à la petite métairie, rencontrèrent un bon vieillard qui prenait le frais à sa porte sous un berceau d’orangers. Pangloss, qui était aussi curieux que raisonneur, lui demanda comment se nommait le muphti qu’on venait d’étrangler. « Je n’en sais rien, répondit le bonhomme, et je n’ai jamais su le nom d’aucun muphti ni d’aucun vizir. J’ignore absolument l’aventure dont vous me parlez ; je présume qu’en général ceux qui se mêlent des affaires publiques périssent quelquefois misérablement, et qu’ils le méritent ; mais je ne m’informe jamais de ce qu’on fait à Constantinople ; je me contente d’y envoyer vendre les fruits du jardin que je cultive. » Ayant dit ces mots, il fit entrer les étrangers dans sa maison : ses deux filles et ses deux fils leur présentèrent plusieurs sortes de sorbets qu’ils faisaient eux-mêmes, du kaïmak piqué d’écorces de cédrat confit, des oranges, des citrons, des limons, des ananas, des pistaches, du café de Moka qui n’était point mêlé avec le mauvais café de Batavia et des îles. Après quoi les deux filles de ce bon musulman parfumèrent les barbes de Candide, de Pangloss et de Martin.
« Vous devez avoir, dit Candide au Turc, une vaste et magnifique terre ? – Je n’ai que vingt arpents, répondit le Turc ; je les cultive avec mes enfants ; le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice, et le besoin ».

1. vizir : ministre de l’empire ottoman.
2. muphti : homme de loi attaché à une mosquée qui donne des avis sur des questions juridiques et religieuses.
3. compagnon de voyage et précepteur de Candide, tenant de la philosophie de l’optimisme.
4. compagnon de voyage de Candide, et philosophe contradicteur de Pangloss.

 

I- Après avoir lu tous les textes du corpus, vous répondrez à la question suivante (4 points) :

Ces textes cherchent-ils seulement à nous dépayser ou ont-ils une autre visée ? Votre réponse se fondera sur quelques exemples précis. Elle devra être organisée et synthétique. Pour lire le corrigé de la question, cliquez ici.

II. Vous traiterez ensuite, au choix, l’un des sujets suivants C (16 points) :

  • Commentaire
    Vous commenterez le texte de Fénelon (texte A).

  • Dissertation
    En quoi l’évocation d’un monde très éloigné du sien permet-elle de faire réfléchir le lecteur sur la réalité qui l’entoure ?
    Vous développerez votre argumentation en vous appuyant sur les textes du corpus, les œuvres que vous avez étudiées en classe et celles que vous avez lues.

  • Invention
    Vous avez séjourné en Bétique. Déçu, vous décidez de partir. Ecrivez le discours d’adieu que vous prononcez devant les habitants.

Exposition "Poèmes Symbolistes" par la classe de Première ES1 Deuxième livraison

La classe de Première ES1 est fière de vous inviter à partager un moment poétique autour du Symbolisme. Préparée en décembre, cette exposition a été présentée pour la première fois lors de la journée Portes ouvertes du lycée, le samedi 20 mars 2010. Certains textes ont bénéficié de quelques remaniements depuis. Je vous invite à découvrir aujourd’hui ces écrits, dont certains sont d’une très grande force tant sur le plan littéraire qu’artistique. Pour accéder à la première partie de l’exposition, cliquez ici.

Deuxième et dernière livraison

Bonne lecture à toutes et à tous !

    Poèmes Symbolistes

(suite)

par la classe de Première ES1

                               

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Se révèle obscurité l’enfance

par Deborah P.

                   

Clé du bonheur au mal-être

Nous emprisonne perpétuellement

Tout est-il déterminé par l’ambiance du berceau ?

Etre gai, malheureux… C’est l’héritage des parents

L’ambiance familiale

Qui définit le mental

Une route, un carrefour : à droite ? A gauche ?

La conséquence enfantine agira sur toute la vie…

Se révèle obscurité l’enfance

Dans la route devenue dépendance…

             

                

L’Avant

par Astrid P.

                      

A-t-on vraiment rêvé de vivre les souvenirs ?

S’il se pouvait encore que rien n’ait réveillé

La solitude encrée par la plume du temps.

S’il se pouvait que tes yeux soient plus limpides

Que les clartés d’après la pluie.

                 

Mais le temps est la douce perfection comme des mots d’adieu

C’est là que la fin a commencé ;

Je me suis endormie dans la mort à demi

Là où la naïveté de l’azur

Explore d’éternelles gloires faussées…

               

                   

Parfums de l’été

par Rosanne C.

               

Parfums de l’été comme une rose éclose à peine

Été dans lequel débutait le périple des baroudeurs :

La vie semblait atteindre d’extrêmes grandiosités

Rappelant le chant d’une ode pianotée… 

Sans connaître la direction ni la route nous allions

De lieux en lieux vers l’inconnu

Découvrant le miel de la vie…

                   

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L’océan s’envole

par Émeline H.

              

Souvent l’inconscient fait sombrer la mémoire

Quand l’océan s’envole vers des milliards d’étoiles.

Je navigue à travers des poissons rougeoyants

Ma volonté bleuie face à l’élégance du soleil.

Ma solitude s’enfonçait dans des brises légères…

             

                       

De tristesse et de vent

par Maxime S.

                   

Les azurs somptueux

S’élèvent des cimetières dans un rayon de soleil

Pour continuer de vivre par delà les fossoyeurs

Comme des dragons aux couperets d’acier

Chantent et dansent

Comme des marguerites ivres

De tristesse et de vent.

                 

                       

Anaphore de l’eau

par marie B.

                 

L’anaphore de l’eau construite à partir d’un ruisseau

Réveille le côté fruité des galets.

La violence des regrets reste le plus beau voyage…

                    

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Dans le lointain proche de l’espoir

par Fanny B.

              

Étrange sensation d’obscurité

D’où me venait la lumière de ton histoire :

Une distance noire remplie de déception

M’enivrait jusqu’à la solitude.

               

Je restais seule chaque soir

Dans le lointain proche de l’espoir

Un choix d’expression autre que le regard

Me portait sur la musique de l’âme

               

Comprendras-tu ce que tu ne penses toi-même

Ce que tu n’oses faire :

Oublier la déception flagrante

Des musiques trop entendues.

                        

                           

Comme un hiver sans phrase

par Noémie B.

              

Je me souviens encore de l’enfance

Comme un hiver sans phrase

Le passé joyeux de l’enfant

Une humeur vagabonde et d’invisibles morts

Soudain, je repense aux souvenirs en loque de la vérité

À la magie féérique dans ce miroir brisé…

                 

                          

Sourire à la mer

par Agathe B.

                                

La poésie de l’Adieu est la peine du souvenir…

Oublier l’orage pour sourire à la mer,
Marcher avec la joie et manger la peur

Chanter la mort, comme un au-revoir à la vie
Un cœur rempli de bonheur aux portes du paradis

Un passé bleu, tant aimé
La photographie d’un sourire, émerveillé de soleil

Des souvenirs arc-en-ciel
Un homme rose pulmonaire disparu gentiment…

La clarté du soleil embrassait l’océan
Et le chant de la solitude éveillait mes larmes…

          

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J’espère te revoir

par Alexandrine L.

                

Un accident qui arrive et la vie devenue noire

L’amie dans le coma dévisagée

Mes larmes coulent dans la mer

Le caractère effacé oublié

Mes pensées s’assombrissent dans l’obscurité

Mes sentiments sont incrustés en toi…

J’espère te revoir…

                    

                      

Une chanson de tragédie

par Éléonore G.

                

Le mystère des feuilles tranquilles est la clé

De l’hémisphère de l’amour hypnotique

Et la solution de l’élément Lumière.

Énigmatique comme

La symphonie de l’amour,

Le voyage sacré de l’eau

L’ironie de la bulle…

Mais la musique du navire était une chanson de tragédie

Et les rouges rayures de l’écume

Envolaient la pulsion des vents.

              

                 

Son visage est de ciel

par Jordan P.

                       

Une déesse paraît sous mon âme

Son regard éclaircit l’horizon,

Son visage est de ciel.

Ses cheveux de soleil transcendent mon cœur

D’un indicible bonheur.

La déesse emporte dans son sourire

La vie et les ciels impuissants

Et les lunes et les hivers et les vents…

            

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Comme une envie de partir…

par Deborah P.

                       

La sombre nuit dangereuse comme une envie de partir

Dans la clarté des paradis

Immenses comme ces mers bleues du sud de la France.

Là-haut, de belles étoiles

Sans surprise

Des lendemains où lâche prise

Le cours de la vie…

                     

                     

Musicalité du soir

par Johanna D.

                        

La musicalité du soir est mélancolique

Sans son bien aimé.

Sa souffrance est d’une beauté suprême :

Un mal-être rebelle se met à lui parler.

Quand elle voit ce soleil encore vivant,

Un amour triste envahit son cœur ;

La puissance de ses sentiments

La fait voyager

Intensément…

                

                   

 Le poème sourit au vent

par Marie B.

                   

L’ébullition bleue du désert hante la blondeur du soleil

Et fait pétiller les clartés furtives du poème.

Le poème sourit au vent…

             

             

Amour friable

par Émeline H.

              

Le rideau se lève sur une vague étrange

Le feuillage des étoiles tombe de la lune

L’amour friable s’effrite sur l’astre amer

Les larmes enchantées sont prisonnières du rivage

Le cœur argenté de la nuit fait tomber le voile de l’innocence

Les vents se brisent

La clé de l’amour ouvre la porte.

                   

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Parfums d’une chanson

par Éléonore G.

             

Il faut vivre les saisons

Comme un mystère qui refuse de se taire

Comme les parfums d’une chanson

Qui jamais ne finirait,

Comme une mélodie ensorcelée par ton regard,

Comme la flamme du soleil

Éblouie de ton sourire énigmatique et tranquille.

            

               

Dans le turquoise du soleil

par Louis de B.

 

Départ, envol, espoir et renouveau

Illusion et véritable chemin de vent

Le désir n’est que déroute, recherche éperdue

Parfois imaginée au travers d’une fenêtre :

Alors soudain le turquoise du soleil

Reflète l’or de la mer

Soudain, la rapide échappée d’instants ressuscités

Soudain, une éphémère liberté

Conditionnelle

 

        

Retour au passé

par Fatimatabintou D.

                

L’image de mes paupières

Formant un chemin tel une muraille

En direction de ce visage heureux…

Le regard tourné vers les plaines ;

L’histoire d’une foudre de cris

Perdus au milieu des trottoirs

Rejoignant les autres cartes

Dans l’oubli des noms,

Dans les mémoires délaissées…

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la numérisation des textes est terminée.

Crédit iconographique : © B. R. (EPC/juin 2010)

Exposition « Poèmes Symbolistes » par la classe de Première ES1 Deuxième livraison

La classe de Première ES1 est fière de vous inviter à partager un moment poétique autour du Symbolisme. Préparée en décembre, cette exposition a été présentée pour la première fois lors de la journée Portes ouvertes du lycée, le samedi 20 mars 2010. Certains textes ont bénéficié de quelques remaniements depuis. Je vous invite à découvrir aujourd’hui ces écrits, dont certains sont d’une très grande force tant sur le plan littéraire qu’artistique. Pour accéder à la première partie de l’exposition, cliquez ici.

Deuxième et dernière livraison

Bonne lecture à toutes et à tous !

    Poèmes Symbolistes

(suite)

par la classe de Première ES1

                               

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Se révèle obscurité l’enfance

par Deborah P.

                   

Clé du bonheur au mal-être

Nous emprisonne perpétuellement

Tout est-il déterminé par l’ambiance du berceau ?

Etre gai, malheureux… C’est l’héritage des parents

L’ambiance familiale

Qui définit le mental

Une route, un carrefour : à droite ? A gauche ?

La conséquence enfantine agira sur toute la vie…

Se révèle obscurité l’enfance

Dans la route devenue dépendance…

             

                

L’Avant

par Astrid P.

                      

A-t-on vraiment rêvé de vivre les souvenirs ?

S’il se pouvait encore que rien n’ait réveillé

La solitude encrée par la plume du temps.

S’il se pouvait que tes yeux soient plus limpides

Que les clartés d’après la pluie.

                 

Mais le temps est la douce perfection comme des mots d’adieu

C’est là que la fin a commencé ;

Je me suis endormie dans la mort à demi

Là où la naïveté de l’azur

Explore d’éternelles gloires faussées…

               

                   

Parfums de l’été

par Rosanne C.

               

Parfums de l’été comme une rose éclose à peine

Été dans lequel débutait le périple des baroudeurs :

La vie semblait atteindre d’extrêmes grandiosités

Rappelant le chant d’une ode pianotée… 

Sans connaître la direction ni la route nous allions

De lieux en lieux vers l’inconnu

Découvrant le miel de la vie…

                   

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L’océan s’envole

par Émeline H.

              

Souvent l’inconscient fait sombrer la mémoire

Quand l’océan s’envole vers des milliards d’étoiles.

Je navigue à travers des poissons rougeoyants

Ma volonté bleuie face à l’élégance du soleil.

Ma solitude s’enfonçait dans des brises légères…

             

                       

De tristesse et de vent

par Maxime S.

                   

Les azurs somptueux

S’élèvent des cimetières dans un rayon de soleil

Pour continuer de vivre par delà les fossoyeurs

Comme des dragons aux couperets d’acier

Chantent et dansent

Comme des marguerites ivres

De tristesse et de vent.

                 

                       

Anaphore de l’eau

par marie B.

                 

L’anaphore de l’eau construite à partir d’un ruisseau

Réveille le côté fruité des galets.

La violence des regrets reste le plus beau voyage…

                    

arbre-rivage.1276779598.jpg

                    

Dans le lointain proche de l’espoir

par Fanny B.

              

Étrange sensation d’obscurité

D’où me venait la lumière de ton histoire :

Une distance noire remplie de déception

M’enivrait jusqu’à la solitude.

               

Je restais seule chaque soir

Dans le lointain proche de l’espoir

Un choix d’expression autre que le regard

Me portait sur la musique de l’âme

               

Comprendras-tu ce que tu ne penses toi-même

Ce que tu n’oses faire :

Oublier la déception flagrante

Des musiques trop entendues.

                        

                           

Comme un hiver sans phrase

par Noémie B.

              

Je me souviens encore de l’enfance

Comme un hiver sans phrase

Le passé joyeux de l’enfant

Une humeur vagabonde et d’invisibles morts

Soudain, je repense aux souvenirs en loque de la vérité

À la magie féérique dans ce miroir brisé…

                 

                          

Sourire à la mer

par Agathe B.

                                

La poésie de l’Adieu est la peine du souvenir…

Oublier l’orage pour sourire à la mer,
Marcher avec la joie et manger la peur

Chanter la mort, comme un au-revoir à la vie
Un cœur rempli de bonheur aux portes du paradis

Un passé bleu, tant aimé
La photographie d’un sourire, émerveillé de soleil

Des souvenirs arc-en-ciel
Un homme rose pulmonaire disparu gentiment…

La clarté du soleil embrassait l’océan
Et le chant de la solitude éveillait mes larmes…

          

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J’espère te revoir

par Alexandrine L.

                

Un accident qui arrive et la vie devenue noire

L’amie dans le coma dévisagée

Mes larmes coulent dans la mer

Le caractère effacé oublié

Mes pensées s’assombrissent dans l’obscurité

Mes sentiments sont incrustés en toi…

J’espère te revoir…

                    

                      

Une chanson de tragédie

par Éléonore G.

                

Le mystère des feuilles tranquilles est la clé

De l’hémisphère de l’amour hypnotique

Et la solution de l’élément Lumière.

Énigmatique comme

La symphonie de l’amour,

Le voyage sacré de l’eau

L’ironie de la bulle…

Mais la musique du navire était une chanson de tragédie

Et les rouges rayures de l’écume

Envolaient la pulsion des vents.

              

                 

Son visage est de ciel

par Jordan P.

                       

Une déesse paraît sous mon âme

Son regard éclaircit l’horizon,

Son visage est de ciel.

Ses cheveux de soleil transcendent mon cœur

D’un indicible bonheur.

La déesse emporte dans son sourire

La vie et les ciels impuissants

Et les lunes et les hivers et les vents…

            

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Comme une envie de partir…

par Deborah P.

                       

La sombre nuit dangereuse comme une envie de partir

Dans la clarté des paradis

Immenses comme ces mers bleues du sud de la France.

Là-haut, de belles étoiles

Sans surprise

Des lendemains où lâche prise

Le cours de la vie…

                     

                     

Musicalité du soir

par Johanna D.

                        

La musicalité du soir est mélancolique

Sans son bien aimé.

Sa souffrance est d’une beauté suprême :

Un mal-être rebelle se met à lui parler.

Quand elle voit ce soleil encore vivant,

Un amour triste envahit son cœur ;

La puissance de ses sentiments

La fait voyager

Intensément…

                

                   

 Le poème sourit au vent

par Marie B.

                   

L’ébullition bleue du désert hante la blondeur du soleil

Et fait pétiller les clartés furtives du poème.

Le poème sourit au vent…

             

             

Amour friable

par Émeline H.

              

Le rideau se lève sur une vague étrange

Le feuillage des étoiles tombe de la lune

L’amour friable s’effrite sur l’astre amer

Les larmes enchantées sont prisonnières du rivage

Le cœur argenté de la nuit fait tomber le voile de l’innocence

Les vents se brisent

La clé de l’amour ouvre la porte.

                   

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Parfums d’une chanson

par Éléonore G.

             

Il faut vivre les saisons

Comme un mystère qui refuse de se taire

Comme les parfums d’une chanson

Qui jamais ne finirait,

Comme une mélodie ensorcelée par ton regard,

Comme la flamme du soleil

Éblouie de ton sourire énigmatique et tranquille.

            

               

Dans le turquoise du soleil

par Louis de B.

 

Départ, envol, espoir et renouveau

Illusion et véritable chemin de vent

Le désir n’est que déroute, recherche éperdue

Parfois imaginée au travers d’une fenêtre :

Alors soudain le turquoise du soleil

Reflète l’or de la mer

Soudain, la rapide échappée d’instants ressuscités

Soudain, une éphémère liberté

Conditionnelle

 

        

Retour au passé

par Fatimatabintou D.

                

L’image de mes paupières

Formant un chemin tel une muraille

En direction de ce visage heureux…

Le regard tourné vers les plaines ;

L’histoire d’une foudre de cris

Perdus au milieu des trottoirs

Rejoignant les autres cartes

Dans l’oubli des noms,

Dans les mémoires délaissées…

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la numérisation des textes est terminée.

Crédit iconographique : © B. R. (EPC/juin 2010)

Une anecdote signifiante…

Je souhaiterais —une fois n’est pas coutume— relater une anecdote qui en dit long sur les représentations de la jeunesse dans l’imaginaire collectif. Je me trouvais dans le train de Montargis à Paris, et je relisais avant leur publication quelques poèmes rédigés par les élèves de Première ES1. Suite à un problème technique, le train a marqué un arrêt en gare de Melun et le compartiment s’étant rempli, une personne a pris place sur le siège inoccupé près de moi. Presque immédiatement, sa curiosité fut attirée par les poésies, et elle crut bon, tout en me faisant part de sa passion pour la littérature, d’attribuer au poète René Char un manuscrit d’élève. S’en suivit un interminable verbiage où il était question du rôle de l’école et de l’importance de transmettre le savoir à des jeunes qui ne savaient que chatter sur MSN ou tenir des blogs indigents, etc. etc.

J’ai entrepris de mettre un terme à ce malentendu en révélant la véritable identité des auteurs : il s’agissait d’élèves de Lycée. Soudainement, le ton changea et les éloges enflammés du début se muèrent en opinions quelque peu préfabriquées et bien-pensantes : tout devint « joli », « touchant », « mignon », mais les textes n’étaient plus de « beaux » textes, ils redevenaient des « travaux » d’élèves. Par une incroyable mutation, de manuscrits d’écrivains qu’ils étaient, les écrits se réduisaient soudainement à des « copies » d’élèves : il me fut demandé si les jeunes avaient corrigé eux-mêmes leurs fautes d’orthographe (Car ils avaient fait des fautes non?)… Tel poème rappelait soudain tel auteur illustre ; tel manuscrit faisait penser à… Mais j’avais certes raison d’encourager, de favoriser comme je le faisais, d’être indulgent…

De tels propos, pour discriminants qu’ils soient tant ils nourrissent le cliché et les aprioris, servent malheureusement trop souvent de cadre de référence inconscient pour aborder les jeunes. Si notre monde a tant de mal à évoluer, c’est, je crois, parce qu’il se complait à dénier à la jeunesse un talent qu’il n’a peut-être pas lui-même : voilà pourquoi il veut la rendre « conforme » à ses modes de comportement et de jugement, car il la perçoit (à juste titre) comme une remise en cause, voire comme une menace pour son statut. Crispés sur le passé, ses jugements prennent l’allure d’une commémoration. Ses évaluations sur les jeunes (« qui en savent de moins en moins » c’est bien connu), simplifiées et radicales, sont vécues comme règle, voire comme idéal normatif.

Personnellement, je suis fier de mes élèves, de tous mes élèves. J’ai souvent déploré de voir que les travaux des jeunes étaient si mal reconnus, un peu comme si être jeune c’était être condamné à vivre dans l’anonymat, dans le non défini, dans l’informel : comme si un poème écrit par un élève devait être quelque part un peu superficiel. Comme s’il fallait, à cause d’une certaine vision paternaliste qui lui refuserait le droit d’avoir du talent, considérer le jeune comme un personnage de fiction, ou comme un simple figurant. Ces comportements authentifient des antécédents culturels et des valeurs sociales qui n’ont d’autre but que de sacrifier l’innovation à l’intégration mécanique et aux préjugés idéologiques. Mais cette principale résistance au changement et à la créativité posent en soi la question de la reconnaissance sociale des jeunes.

En examinant rétrospectivement cette anecdote à la lumière des écrits d’élèves publiés depuis plus d’un an dans cet Espace Pédagogique Contributif, il paraît évident de dire qu’Internet va modifier en profondeur les missions traditionnelles de l’école, qui devient de plus en plus un milieu de vie, porteur de valeurs au sein d’une société elle-même profondément transformée, et qui va devoir changer son regard sur une jeunesse dont il convient de saluer haut et fort les potentialités et l’invention : non la jeunesse n’est pas que décontraction ou laisser-aller ; non, elle n’utilise pas qu’un langage vulgaire ou relâché. Tant il est vrai que l’image du jeune, désabusé, insouciant et désinvolte, repose en partie sur une fiction qu’entretiennent, parfois complaisamment, un certain nombre de lieux communs…

Bruno Rigolt

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Pour lire en ligne les travaux d’élèves, cliquez ici.

Exposition "Poèmes Symbolistes" par la classe de Première ES1 Première livraison

La classe de Première ES1 est fière de vous inviter à partager un moment poétique autour du Symbolisme. Préparée en décembre, cette exposition a été présentée pour la première fois lors de la journée Portes ouvertes du lycée, le samedi 20 mars 2010. Certains textes ont bénéficié de quelques remaniements depuis. Je vous invite à découvrir aujourd’hui ces écrits, dont certains sont d’une très grande force tant sur le plan littéraire qu’artistique.

Première livraison

Les poèmes seront mis en ligne progressivement.
Bonne lecture à toutes et à tous !

   Poèmes Symbolistes

par la classe de Première ES1

                               

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Prélude à ton sourire

par Anaïs M.

                  

J’ai voulu écrire un prélude à ton sourire

Mais l’inspiration ne me guidait plus.

Je me suis perdue dans la thérapie de la vie,

Dans le brouillard de mes pensées.

J’aime le froid de la solitude, tu sais :

Elle me colle à la peau quand mon chagrin

Est à marée haute.

J’ai embrassé le noir fond des ténèbres,

J’ai plongé dans des océans de lumière

Qui rongeaient peu à peu mon cœur de pierre.

Mon amour est un sable mouvant où s’enlise

Le moindre sentiment qui passe

Au rivage de mes lèvres.

Au tourbillon de la vie, mes larmes s’effacent ;

La poussière de mes pensées est une glace qui se brise

Dans la mer, bleue de larmes…

                

                  

Dans les chemins de la nuit

par Marie C.

                       

Une vague disparaît dans la mer : mon cœur s’est plongé dans le tien

L’écume de mes larmes est restée sur le rivage…

La lune tente de consoler le ciel moins bleu,

le vent est l’ennemi du soleil, le vent se lève.

 

Le soleil s’est échoué dans le désespoir de la vie

La lune apparaît, la nuit se crée.

Mon chagrin tombe goutte à goutte

Dans les chemins de la nuit…

         

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Rivage de la tristesse

par Pauline T.

                         

L’amour reposait sur un oreiller de vent,

Emporté par le sable au bord d’un naufrage.

L’enfant poussait dans le jardin du bonheur

Naissait à l’aube dans un clair brouillard.

 

L’amour additionnait le bonheur et les larmes

Provoquait le rivage de la tristesse d’une femme

Dans une vie remplie d’images désirables :

Des envies roses, le cœur d’une seule vague à prendre…

               

                   

 

Mes yeux s’ensablent vers le silence

par Fanny D.

                            

La lune chuchote l’avenir léger ; des astres allument

Les constellations enneigées.

Le ciel est bercé par la tristesse de l’inconnu

Le printemps est fané.

              

Mes yeux s’ensablent vers le silence

La nuit ouvre la clé rêveuse

D’un chemin perdu dans les dunes,

Empli de tristesse et de brumes…

                    

                          

Dans le solfège des rêves

par Margot G.

                   

La mort

Comme une musicalité…

Ses regrets naviguent

Dans le solfège des rêves

La mer pour elle comme

Le refrain du mal-être :

Puissante métamorphose rebelle

Dans les tempêtes noires

De la Liberté.

           

 

              

 

Ode à la mer

par Amélie R.

 

Sur la rive étoilée, une colombe arrêtée

Sur le sable.

Au loin, une route

À l’orée de la pluie

S’ouvre éperdument aux désirs enfuis

Vers des avenues d’étoiles.

L’amour du péché apparaît

Sur ce tapis stellaire

Comme un chagrin enfoui

Que la plume ne peut arrêter ;

Une femme emplie d’un plaisir solaire tente d’accéder

À la rose mortuaire.

Cris et pleurs déchéants

Rappellent le vent

Comme une ode à la mer !

                

           

Les néologismes de la lumière

par Marion M.

                 

Le pommier est tordu avec le temps

Tes yeux se figent pour m’anéantir

Les horloges ont terrassé l’amour doré d’une mélodie exaltante

 

La vie célèbre les néologismes de la lumière.

Le soleil me promet une voie lactée de ton sourire

Ma vie est teintée du son de ta voix

Elle envahit mes pensées, colore mon cœur d’arcs-en-ciel et d’oriflammes

 

La nature du mystère est grande comme l’épopée de l’amour

Mêle pénombres et clartés, parfois et toujours

Parmi l’eau fraîche de l’été…

                   

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La moisson des vents

par Charles G.

          

Envolé le cahier rose de l’élève

Pour des rivages plus froids

Moissonnés par les vents.

 

Le vélo transporte ses rancœurs

Et son envie de partir

Vers des mondes éphémères.

 

Les gratte-ciels s’effondrent

Comme à la plage des châteaux de sable

Emportés par la mer…

               

           

(Luna)

par Florence G.

                

Dans l’océan tourbillonnant

Ses yeux fatigués d’enfant

Voient s’éteindre le jour d’un coup de rame.

Les cendres du croissant d’argent

Embrumant l’embrumé signe de liberté

Idéalisant des mondes fantastiques dans le désir et l’oubli

Dans le froid de l’orage noué d’illusions

Prenant le temps

Le rouge recouvrant les larmes de son corps

Et le chagrin songeur se détournait du monde.

Seule la plume ancrée du vent

Se meurt avec lui dans l’océan tourbillonnant

De ses yeux fatigués d’enfant..

(Luna)

              

              

Par delà les monts verts

par Maxime S.

            

L’amour noir de la lune

Pour les immenses fleurs marines

Et le foin orange des prairies.

L’âme arc-en-ciel évadée

D’amours rapides

Par delà les monts verts

Et les glaces enneigées de là-bas…

        

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Sur mes larmes

par Marie B.

 

Samedi, j’ai embrassé quelques chagrins et des orages superficiels

Qui m’ont fait rire de peine.

Dîner avec les larmes aux couleurs pastel,

Courir après l’inspiration aromatisée d’amertume,

Chercher la fragilité d’un soupir abattu de sourires…

La neige, elle, construisait sur mes larmes

La douceur de l’oreiller aussi piquante que des pétales de rose.

              

                 

L’écriture du poète

par Alexia L.

 

Comme les mers hantaient mes rêves cauchemardesques

Je vis soudain tous ces corps inhumains

Parfaitement dessinés au fer rouge de l’aurore

Balancés sur l’étendue brûlante de mon esprit noyé.

                   

Quand je repense aux rivages perdus de mes rancœurs amères

Je ne connais de différences plus séduisantes

Qu’un terrible artifice incendié

Confronté au réel d’innombrables mers.

                     

L’écriture du poète est comme ces peines perdues

Qui le poussent peu à peu vers l’inconnu de la solitude

Et l’eau douce de la vie, là où la mémoire commence,

Tourbillonne à la surface des eaux mouvantes du monde…

                       

                         

Ouragan d’un voyage tel l’oiseau

Fatimatabintou D.

 

Le soir, les étoiles reflètent la vérité

Une vague de repos s’installe sur la mer

Alors je rêve d’une pensée sans mémoire :

Corps d’un immense ciel

Et les souvenirs sombres d’un enfant

Espérant découvrir une lumière

À l’aide du chant comme œuvre :

Le livre ouvert, les mains rouges,

Mais ce n’est pas la couleur du sang…

                   

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Fin de la première livraison

Pour voir la suite de l’exposition, cliquez ici.
Crédit iconographique : © Bruno Rigolt (EPC/mai 2010)