Entraînement BTS… Culture Gé… "Génération(s)" : les âges de la vie perturbés

bts2011.1284135182.jpgEntraînement BTS : « Génération(s) » + corrigé

           

Devenir adulte… Rester jeune…

« Génération Tanguy » : l’interminable « adulescence »

                  

Ce n’est pas un hasard si le terme « adulescent(e) », forgé par le psychanalyste Tony Anatrella, figure avec cent cinquante autres néologismes, dans l’édition 2010 du Petit Larousse. Voici la définition qui est donnée de ces adultes « pas grandis » ou « adolescents attardés » :
adulescent (e), n. et adj. (de adulte et adolescent). Jeune adulte qui continue à avoir un comportement comparable à celui qu’ont généralement les adolescents.
De fait, un constat s’impose : notre société serait devenue « adolescentrique », pour reprendre une expression de Tony Anatrella. Entre « syndrome Tanguy », « soirées Casimir » ou chat sur Internet, le problème est que la société des adultes, particulièrement depuis mai 68, a mal grandi, ou qu’elle a refusé de grandir, mettant en crise sa propre légitimité dans une République où les valeurs, devenues vacillantes, condamnent les adolescents à le rester. Comme le remarquait avec justesse Alain Borredon (Une jeunesse dans la crise : les nouveaux acteurs lycéens, L’Harmattan, Paris 1995, p. 194), « les enfants et les adolescents sont en train de devenir les pères et les mères de leurs parents. […] Les relations sont brouillées. La relation éducative peut s’en trouver perturbée puisque l’identité de chacun par rapport à l’autre reste vague. Un peu comme si n’existaient que des enfants ou des adolescents sans la dimension de la parenté, mais dans celle d’une monogénération : nous sommes tous frères, copains ou potes. Cette transgression de la différence des générations qui trouve son origine dans la dénégation de la parenté et de la filiation conduit à se situer tous comme des enfants dans la vie ou comme de grands adolescents ».
Dans un contexte de crise et d’instabilité sociétales, ce refus de grandir ne peut aller qu’en s’accentuant dans la mesure où, inconsciemment, grandir c’est « mourir un peu » en se soumettant à des obligations et en se dépossédant de soi. Particulièrement dans le système postindustriel qui est le nôtre, la surprotection du moi, le retranchement dans l’individualisme ou les micro-groupes et la montée en puissance de l’informatique et de la robotique ont pour corollaire la féminisation de la société et son « adulescence » : signes tangibles d’une génération pour qui l’âge adulte et a fortiori le modèle masculin de la virilité, symbolisent d’abord le spectre de la guerre, de la violence, du vieillissement et de la mort. Refuser de grandir, c’est refuser l’identité adulte ; c’est donc refuser d’accepter sa propre temporalité pour se prémunir de ses angoisses face au monde, face à soi-même, et pour rester en vie plus longtemps : « Les femmes et les enfants d’abord » pourrait-on dire ! De là l’idéofantasme du « relooking », du rajeunissement à tout prix, de la nostalgie générationnelle, si bien exploitée par le marketing (doc. 5). Refuser de grandir, c’est ainsi refuser de « risquer sa vie » par peur d’affronter le monde.
Tel est donc l’enjeu de cet entraînement ardu, tout à fait dans l’optique de l’examen, que je vous conseille de préparer très rigoureusement malgré sa difficulté : il y a certes beaucoup de documents (5 au lieu de 4 traditionnellement), et l’un est particulièrement long (le document 3) : c’est un choix délibéré de ma part, afin de s’obliger à lire rapidement et à ne sélectionner que les informations pertinentes par rapport à la problématique.
Bruno Rigolt

           

Corpus

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  • Document 5 : Petit Bateau, campagne publicitaire transgénérationnelle « Les mois » sur le thème : « Petit Bateau pour toujours« , 2009 [Pour aller plus loin : lisez impérativement l’analyse marketing (positionnement et ciblage) de la campagne sur pressemagazine.com].

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arrow.1242450507.jpg Corrigé…

  • Pour accéder au corrigé de la synthèse, cliquez ici.

arrow.1242450507.jpg Écriture personnelle

  • Être « de son temps », est-ce être « de sa génération » ?

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arrow.1242450507.jpg Documents complémentaires

Ecrire "édition 2010"… par les classes de Seconde 7 et Seconde 18… la suite !

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Pour la deuxième année consécutive (*), les élèves de mes classes sont fiers de vous présenter le fruit de leurs réflexions sur le rôle que revêt à leurs yeux l’écriture. Après avoir mené un important travail de recherche sur la fonction de l’écrivain, les jeunes ont souhaité mettre en ligne leur propre vision de l’écriture. Les propos, d’une grande densité intellectuelle parfois, résument non seulement leurs recherches précédentes, mais en redéfinissent les enjeux à la lumière d’un travail introspectif sur eux-mêmes : “c’est quoi écrire, pour un adolescent européen du vingt-et-unième siècle?”
(*) Voir en particulier les textes publiés le 21 janvier 2009  et le 29 janvier 2009 par la classe de Seconde 12 (année scolaire 2008-2009).
Pour voir les autres textes déjà publiés en 2010, cliquez ici.

              

Tiffany J*** (Seconde 7)

“En parlant, on dit tellement de paroles inutiles que les mots importants finissent par être noyés parmi tant d’autres… »

Le rôle premier de l’écriture, bien au-delà de sa fonction de communication, est d’échapper à un quotidien qu’on ne contrôle pas toujours. Le temps de quelques lignes et les problèmes s’en vont : on s’invente alors un univers nouveau : on rend réel des personnages. Chacun d’eux devient une facette du moi le plus intime, et l’on crée des mondes qui sont le reflet de nous-mêmes : alors nos problèmes et nos peurs disparaissent, et l’on prend du recul face aux difficultés de la vie. L’écriture me permet ainsi de m’évader dans mon propre univers, dont je détiens seule la clé. Il est parfois difficile de parler de ce que l’on ressent, au fond de nous. Tandis qu’avec l’écriture, je me retrouve dans ma bulle, coupée du monde et de ses peurs.

Je peux alors poser des mots sur la feuille : cela me permet d’éclaircir la situation. Il ne s’agit pas forcément pour moi d’écrire un journal intime ; non une histoire suffit, à travers des personnages fictifs et leur vie qui s’invente et se réinvente sous ma plume. Quand j’écris, je m’identifie à mes personnages, en les faisant évoluer : à travers la narration, j’essaie de les aider à résoudre leurs problèmes : en fait, on cherche des réponses à ses propres questions… Mais il y a un point qui me semble essentiel : quand on écrit, on doit se concentrer pour trouver le juste mot, celui qui exprime exactement ce que l’on veut dire. En parlant, on dit tellement de paroles inutiles que les mots importants finissent par être noyés parmi tant d’autres. L’écriture, elle, marque le mot d’une empreinte qui ne s’oublie jamais.

             

Émilie S*** (Seconde 7)

« C’est un peu comme si la pièce dans laquelle nous nous trouvons était aussi blanche que la feuille : sans fenêtre ni porte… »

Quand on écrit, on ne fait qu’un avec sa feuille, tout ce qu’il y a autour disparaît. Les sons, les bruits, les personnes, les objets … tout semble s’effacer, on est seul avec sa page blanche : on ne voit plus que la feuille et le crayon. C’est un peu comme si la pièce dans laquelle nous nous trouvons était aussi blanche que la feuille, sans fenêtre ni porte. Et puis, tout en écrivant, notre feuille prend de la couleur : le blanc du papier se colore de mots et de signes. La pièce se peuple d’objets, de personnages, de paysages qui en redessinent les murs à la mesure de notre imaginaire.

On est comme prisonnier dans notre histoire, on ne peut pas en sortir, mais c’est une capture stimulante : notre main ne s’arrête plus d’écrire, elle est en relation directe avec notre imagination ; elle semble écrire tout ce que peut lui dicter le cerveau. On est absorbé par ce qu’on raconte, par les personnages que l’on crée, on ressent même tous les sentiments que nos personnages éprouvent dans l’histoire. On s’invente ainsi un monde à soi, pour soi. On part en voyage dans des pays de signes et de lettres, à l’autre bout du monde… sans même bouger !

              

Angélique M*** (Seconde 7)

« C’est dans le silence de l’écriture que les sens du mot se réinventent, et qu’ils nous réinventent… »

Tout d’abord, l’écriture me permet d’exprimer mon côté créatif, moi qui serais bien incapable de peindre ou de sculpter, je peux grâce à l’écriture peindre des sentiments, sculpter des mots, des phrases ou des idées. Il n’y a pas de règles alors : je suis comme déconnectée, j’ai le pouvoir de créer un monde où rien n’est impossible. Je m’invente alors des personnages et dans leur virtualité je mets un peu de moi-même, de mon vécu et de mon réel. Mais ce voyage immobile est aussi plus facile à faire grâce aux mots écrits : la feuille est là, comme une confidente quand les mots seraient trop difficiles à prononcer.

Je peux aussi relire et corriger mon texte ! Alors les mots se réinventent, contrairement à la parole qui, une fois prononcée, ne peut plus être modifiée, tout juste déformée. De plus, un mot écrit contient souvent plus de mots que toutes les paroles réunies : c’est dans le silence de l’écriture que les sens du mot se réinventent donc, et nous réinventent : quand les choses sont confuses dans ma tête, je livre mes souvenirs à la feuille, je lui confie mes incompréhensions et mes doutes, mes émotions, mes manques : l’écriture donne un sens à la vie…

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Clémentine G*** (Seconde 7)

« Une écriture «à soi-même», «pour soi-même», serait dénuée d’intérêt : l’écriture est d’abord une forme de partage… »

Écrire, c’est refus d’oublier… L’oubli me fait peur, c’est pourquoi je ressens le besoin de mettre mes souvenirs sur le papier, pour qu’ils existent vraiment : le papier ne connaît pas l’oubli : il devient ma mémoire et mon esprit, en plus simple et plus compréhensible. Les pensées sont souvent un labyrinthe difficile à cerner, à expliquer, à comprendre. Mais les mots eux, sont visibles. Quand ils sont bien placés, ils expriment tellement d’émotions ! Et puis l’écriture, c’est l’évasion : cette écriture si simple, et pourtant si belle quand elle est maîtrisée : même la fiction peut nous amener d’ailleurs à des questionnements ; on s’identifie par exemple à un personnage, celui qui nous ressemble le plus, celui qu’on aurait aimé être.

Cette écriture qui se passe ailleurs, dans un autre monde, permet à chacun de voir différemment ce monde, puisque c’est un monde différent pour chacun : le monde de notre imaginaire. Là où sont « stockés » nos rêves et nos secrets, un monde que jamais personne ne saurait expliquer. Personnellement, j’aime écrire cet imaginaire et le confier aux autres, ce qui m’amène à l’idée de partage : une écriture « à soi-même », « pour soi-même », serait dénuée d’intérêt, tant il est vrai que l’écriture est d’abord une forme de partage : on invite les autres à sa table : on partage des sentiments, des émotions, on donne ses impressions, et on attend ainsi celles des autres en retour. Sans cet échange, l’écrit perd de son sens.

        

Samuel B*** (Seconde 7)

« L’écrivain est un bâtisseur de rêve… Chaque livre est un millier de rêves, un millier de départs, d’exils et de retours… »

L’écrivain est un bâtisseur de langage. Tout comme le bâtisseur choisit ses matériaux, l’écrivain choisit ses personnages qu’il situe dans un temps, un lieu, des actions. Son chantier est immense : il les modèle pour bâtir une histoire. Parfois, l’écriture peut naître d’un rêve : le rêve est fugitif alors que l’écriture permet de le construire : elle élève les fondations du rêve pour en garder la trace, elle construit les murs de l’histoire, et ouvre des fenêtres sur le monde pour partager avec les lecteurs.

Mais l’écrivain est aussi un bâtisseur de rêve. Il ouvre au lecteur la porte de l’évasion en l’emmenant au cœur de son imaginaire : chaque livre est un millier de rêves, un millier de départs, d’exils et de retours. Car l’écriture permet aussi un retour à la réalité : c’est-à-dire dans le monde que l’auteur s’est créé, mais cette réalité inventée par l’auteur, le lecteur la fera sienne : alors elle n’appartiendra plus à l’auteur. Il aura bâti la maison, et d’autres l’habiteront…

           

Johanna H*** (Seconde 7)

« Écrire, en prenant conscience qu’on écrit, est essentiel : l’écriture est une pensée. »

Tout a commencé avec de la terre et des pierres… Ces dessins sur les parois des cavernes ou des grottes sont la base même de l’écriture. Ou plutôt des écritures : la diversité des alphabets est telle selon les civilisations et les situations géographiques que de simples mots : lettres, dessins, symboles, idéogrammes… nous aident à comprendre notre propre histoire. L’évolution des langues nous a ainsi permis de découvrir la diversité de notre monde, c’est-à-dire son sens. Écrire, c’est donner du sens, sans ça, le monde serait profondément nihiliste : il ne se baserait que sur une seule et même façon de voir, de penser.

Les variations de l’écriture au fil des âges ont également un sens profond : on écrit d’abord pour montrer qu’on existe, pour se rappeler aussi d’où nous venons. Si la parole a un pouvoir indéniable, l’écriture est encore plus puissante parce qu’elle est une justification de notre présence aux autres, mais aussi à soi-même : écrire pour soi-même, c’est aussi écrire pour se soulager et se découvrir « autre ». Il y a tellement de façons d’écrire que cela pourrait presque en devenir banal : nous écrivons tellement « sans réfléchir » ! Sauf qu’il n’y a pas de banalité dans l’écriture : écrire, en prenant conscience qu’on écrit —par le seul fait de se sentir vivant— est essentiel : l’écriture est une pensée. Le simple fait d’écrire relève d’un acte conscient. Mais une fois posée la question « Pourquoi écrire », en vient une autre : « comment écrire » ? La réponse est enfouie au plus profond de nous…

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Aurélie V*** (Seconde 7)

« L’écriture détruit les barrières de la vie. Il n’y a plus de classes sociales avec les mots… Écrire est une délivrance. »

Écrire ce que l’on a sur le cœur, au plus profond de soi, écrire nos espoirs, nos désespoirs… Voilà le sens premier de l’écriture. Paradoxalement, il est parfois plus facile d’écrire que de parler : l’écriture est une parole différée. À l’oral par exemple, on ne réfléchit pas toujours, alors que l’écrit nous oblige à un travail sur les mots, sur la phrase, sur la syntaxe… Et ce travail amène à partager ses émotions : l’écriture détruit ainsi les barrières de la vie. Il n’y a plus de classes sociales avec les mots.

Mais pour bien écrire, il faut prendre du plaisir au mots et au texte. Écrire sous la contrainte, c’est ne pas donner du sens à l’écriture, et alors le récit sera mauvais. Mais si l’on aime écrire, alors le voyage commence : si le travail ne nous plait pas, ce n’est pas grave, on recommence : il y a d’infinis possibles dans l’écriture. Écrire, c’est ainsi réinventer les mots, et au-delà des mots, c’est réinventer la vie, donc se réinventer. Écrire est une délivrance…

         

Florian C*** (Seconde 7)

« Écrire, c’est s’inventer des mondes, créer la vie, faire évoluer tout un univers comme Dieu qui pendant six jours créa la terre… »

S’inventer des mondes, voilà le sens profond de l’écriture : s’inventer des mondes, créer la vie, faire évoluer tout un univers comme Dieu qui pendant six jours créa la terre, les mers et océans ainsi que les animaux et les végétaux : on est presque Dieu par l’écriture, on fait vivre nos personnages ou on les fait mourir, tuer, aimer, évoluer. On a ainsi un vrai pouvoir sur eux comme un roi sur ses terres en son royaume. Écrire permet ainsi de réinventer la vie réelle : je peux inventer une ou plusieurs vies, dans une ou plusieurs époques, dans un ou plusieurs lieux…

          

Lucie L*** (Seconde 7)

« L’écrivain doit immortaliser par les mots tous ces moments qui sans lui seraient perdus dans l’oubli… »

Écrire est la clé pour accéder à limaginaire. C’est un moyen de changer le monde, de le façonner selon ses désirs. Comme un peintre qui exposerait sa toile, ou un musicien qui chercherait à traduire ses sentiments avec des notes, l’écrivain crée son univers et le fait partager au lecteur. Il l’amène ainsi à se libérer des contraintes, des peurs et des dangers de la vie, en réinventant son monde : choisir un livre dans une bibliothèque ou une librairie, c’est ainsi choisir une destination, un univers.

Et c’est découvrir un nouveau monde : le lecteur se retrouve parfois sur une planète lointaine à vivre des aventures fantastiques créées de toutes pièces par la magie du langage, l’entrechoquement des mots et des phrases. L’écriture est donc pour moi un moyen de graver des événements, de sculpter des pensées. Comme l’artiste, il lui appartient d’immortaliser par les mots tous ces moments qui sans lui seraient perdus dans l’oubli…

Les autres textes seront publiés prochainement.
© Les auteur(e)s, LEF/EPC (mars 2010)

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Ecrire « édition 2010″… par les classes de Seconde 7 et Seconde 18… la suite !

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Pour la deuxième année consécutive (*), les élèves de mes classes sont fiers de vous présenter le fruit de leurs réflexions sur le rôle que revêt à leurs yeux l’écriture. Après avoir mené un important travail de recherche sur la fonction de l’écrivain, les jeunes ont souhaité mettre en ligne leur propre vision de l’écriture. Les propos, d’une grande densité intellectuelle parfois, résument non seulement leurs recherches précédentes, mais en redéfinissent les enjeux à la lumière d’un travail introspectif sur eux-mêmes : “c’est quoi écrire, pour un adolescent européen du vingt-et-unième siècle?”
(*) Voir en particulier les textes publiés le 21 janvier 2009  et le 29 janvier 2009 par la classe de Seconde 12 (année scolaire 2008-2009).
Pour voir les autres textes déjà publiés en 2010, cliquez ici.

              

Tiffany J*** (Seconde 7)

“En parlant, on dit tellement de paroles inutiles que les mots importants finissent par être noyés parmi tant d’autres… »

Le rôle premier de l’écriture, bien au-delà de sa fonction de communication, est d’échapper à un quotidien qu’on ne contrôle pas toujours. Le temps de quelques lignes et les problèmes s’en vont : on s’invente alors un univers nouveau : on rend réel des personnages. Chacun d’eux devient une facette du moi le plus intime, et l’on crée des mondes qui sont le reflet de nous-mêmes : alors nos problèmes et nos peurs disparaissent, et l’on prend du recul face aux difficultés de la vie. L’écriture me permet ainsi de m’évader dans mon propre univers, dont je détiens seule la clé. Il est parfois difficile de parler de ce que l’on ressent, au fond de nous. Tandis qu’avec l’écriture, je me retrouve dans ma bulle, coupée du monde et de ses peurs.

Je peux alors poser des mots sur la feuille : cela me permet d’éclaircir la situation. Il ne s’agit pas forcément pour moi d’écrire un journal intime ; non une histoire suffit, à travers des personnages fictifs et leur vie qui s’invente et se réinvente sous ma plume. Quand j’écris, je m’identifie à mes personnages, en les faisant évoluer : à travers la narration, j’essaie de les aider à résoudre leurs problèmes : en fait, on cherche des réponses à ses propres questions… Mais il y a un point qui me semble essentiel : quand on écrit, on doit se concentrer pour trouver le juste mot, celui qui exprime exactement ce que l’on veut dire. En parlant, on dit tellement de paroles inutiles que les mots importants finissent par être noyés parmi tant d’autres. L’écriture, elle, marque le mot d’une empreinte qui ne s’oublie jamais.

             

Émilie S*** (Seconde 7)

« C’est un peu comme si la pièce dans laquelle nous nous trouvons était aussi blanche que la feuille : sans fenêtre ni porte… »

Quand on écrit, on ne fait qu’un avec sa feuille, tout ce qu’il y a autour disparaît. Les sons, les bruits, les personnes, les objets … tout semble s’effacer, on est seul avec sa page blanche : on ne voit plus que la feuille et le crayon. C’est un peu comme si la pièce dans laquelle nous nous trouvons était aussi blanche que la feuille, sans fenêtre ni porte. Et puis, tout en écrivant, notre feuille prend de la couleur : le blanc du papier se colore de mots et de signes. La pièce se peuple d’objets, de personnages, de paysages qui en redessinent les murs à la mesure de notre imaginaire.

On est comme prisonnier dans notre histoire, on ne peut pas en sortir, mais c’est une capture stimulante : notre main ne s’arrête plus d’écrire, elle est en relation directe avec notre imagination ; elle semble écrire tout ce que peut lui dicter le cerveau. On est absorbé par ce qu’on raconte, par les personnages que l’on crée, on ressent même tous les sentiments que nos personnages éprouvent dans l’histoire. On s’invente ainsi un monde à soi, pour soi. On part en voyage dans des pays de signes et de lettres, à l’autre bout du monde… sans même bouger !

              

Angélique M*** (Seconde 7)

« C’est dans le silence de l’écriture que les sens du mot se réinventent, et qu’ils nous réinventent… »

Tout d’abord, l’écriture me permet d’exprimer mon côté créatif, moi qui serais bien incapable de peindre ou de sculpter, je peux grâce à l’écriture peindre des sentiments, sculpter des mots, des phrases ou des idées. Il n’y a pas de règles alors : je suis comme déconnectée, j’ai le pouvoir de créer un monde où rien n’est impossible. Je m’invente alors des personnages et dans leur virtualité je mets un peu de moi-même, de mon vécu et de mon réel. Mais ce voyage immobile est aussi plus facile à faire grâce aux mots écrits : la feuille est là, comme une confidente quand les mots seraient trop difficiles à prononcer.

Je peux aussi relire et corriger mon texte ! Alors les mots se réinventent, contrairement à la parole qui, une fois prononcée, ne peut plus être modifiée, tout juste déformée. De plus, un mot écrit contient souvent plus de mots que toutes les paroles réunies : c’est dans le silence de l’écriture que les sens du mot se réinventent donc, et nous réinventent : quand les choses sont confuses dans ma tête, je livre mes souvenirs à la feuille, je lui confie mes incompréhensions et mes doutes, mes émotions, mes manques : l’écriture donne un sens à la vie…

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Clémentine G*** (Seconde 7)

« Une écriture «à soi-même», «pour soi-même», serait dénuée d’intérêt : l’écriture est d’abord une forme de partage… »

Écrire, c’est refus d’oublier… L’oubli me fait peur, c’est pourquoi je ressens le besoin de mettre mes souvenirs sur le papier, pour qu’ils existent vraiment : le papier ne connaît pas l’oubli : il devient ma mémoire et mon esprit, en plus simple et plus compréhensible. Les pensées sont souvent un labyrinthe difficile à cerner, à expliquer, à comprendre. Mais les mots eux, sont visibles. Quand ils sont bien placés, ils expriment tellement d’émotions ! Et puis l’écriture, c’est l’évasion : cette écriture si simple, et pourtant si belle quand elle est maîtrisée : même la fiction peut nous amener d’ailleurs à des questionnements ; on s’identifie par exemple à un personnage, celui qui nous ressemble le plus, celui qu’on aurait aimé être.

Cette écriture qui se passe ailleurs, dans un autre monde, permet à chacun de voir différemment ce monde, puisque c’est un monde différent pour chacun : le monde de notre imaginaire. Là où sont « stockés » nos rêves et nos secrets, un monde que jamais personne ne saurait expliquer. Personnellement, j’aime écrire cet imaginaire et le confier aux autres, ce qui m’amène à l’idée de partage : une écriture « à soi-même », « pour soi-même », serait dénuée d’intérêt, tant il est vrai que l’écriture est d’abord une forme de partage : on invite les autres à sa table : on partage des sentiments, des émotions, on donne ses impressions, et on attend ainsi celles des autres en retour. Sans cet échange, l’écrit perd de son sens.

        

Samuel B*** (Seconde 7)

« L’écrivain est un bâtisseur de rêve… Chaque livre est un millier de rêves, un millier de départs, d’exils et de retours… »

L’écrivain est un bâtisseur de langage. Tout comme le bâtisseur choisit ses matériaux, l’écrivain choisit ses personnages qu’il situe dans un temps, un lieu, des actions. Son chantier est immense : il les modèle pour bâtir une histoire. Parfois, l’écriture peut naître d’un rêve : le rêve est fugitif alors que l’écriture permet de le construire : elle élève les fondations du rêve pour en garder la trace, elle construit les murs de l’histoire, et ouvre des fenêtres sur le monde pour partager avec les lecteurs.

Mais l’écrivain est aussi un bâtisseur de rêve. Il ouvre au lecteur la porte de l’évasion en l’emmenant au cœur de son imaginaire : chaque livre est un millier de rêves, un millier de départs, d’exils et de retours. Car l’écriture permet aussi un retour à la réalité : c’est-à-dire dans le monde que l’auteur s’est créé, mais cette réalité inventée par l’auteur, le lecteur la fera sienne : alors elle n’appartiendra plus à l’auteur. Il aura bâti la maison, et d’autres l’habiteront…

           

Johanna H*** (Seconde 7)

« Écrire, en prenant conscience qu’on écrit, est essentiel : l’écriture est une pensée. »

Tout a commencé avec de la terre et des pierres… Ces dessins sur les parois des cavernes ou des grottes sont la base même de l’écriture. Ou plutôt des écritures : la diversité des alphabets est telle selon les civilisations et les situations géographiques que de simples mots : lettres, dessins, symboles, idéogrammes… nous aident à comprendre notre propre histoire. L’évolution des langues nous a ainsi permis de découvrir la diversité de notre monde, c’est-à-dire son sens. Écrire, c’est donner du sens, sans ça, le monde serait profondément nihiliste : il ne se baserait que sur une seule et même façon de voir, de penser.

Les variations de l’écriture au fil des âges ont également un sens profond : on écrit d’abord pour montrer qu’on existe, pour se rappeler aussi d’où nous venons. Si la parole a un pouvoir indéniable, l’écriture est encore plus puissante parce qu’elle est une justification de notre présence aux autres, mais aussi à soi-même : écrire pour soi-même, c’est aussi écrire pour se soulager et se découvrir « autre ». Il y a tellement de façons d’écrire que cela pourrait presque en devenir banal : nous écrivons tellement « sans réfléchir » ! Sauf qu’il n’y a pas de banalité dans l’écriture : écrire, en prenant conscience qu’on écrit —par le seul fait de se sentir vivant— est essentiel : l’écriture est une pensée. Le simple fait d’écrire relève d’un acte conscient. Mais une fois posée la question « Pourquoi écrire », en vient une autre : « comment écrire » ? La réponse est enfouie au plus profond de nous…

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Aurélie V*** (Seconde 7)

« L’écriture détruit les barrières de la vie. Il n’y a plus de classes sociales avec les mots… Écrire est une délivrance. »

Écrire ce que l’on a sur le cœur, au plus profond de soi, écrire nos espoirs, nos désespoirs… Voilà le sens premier de l’écriture. Paradoxalement, il est parfois plus facile d’écrire que de parler : l’écriture est une parole différée. À l’oral par exemple, on ne réfléchit pas toujours, alors que l’écrit nous oblige à un travail sur les mots, sur la phrase, sur la syntaxe… Et ce travail amène à partager ses émotions : l’écriture détruit ainsi les barrières de la vie. Il n’y a plus de classes sociales avec les mots.

Mais pour bien écrire, il faut prendre du plaisir au mots et au texte. Écrire sous la contrainte, c’est ne pas donner du sens à l’écriture, et alors le récit sera mauvais. Mais si l’on aime écrire, alors le voyage commence : si le travail ne nous plait pas, ce n’est pas grave, on recommence : il y a d’infinis possibles dans l’écriture. Écrire, c’est ainsi réinventer les mots, et au-delà des mots, c’est réinventer la vie, donc se réinventer. Écrire est une délivrance…

         

Florian C*** (Seconde 7)

« Écrire, c’est s’inventer des mondes, créer la vie, faire évoluer tout un univers comme Dieu qui pendant six jours créa la terre… »

S’inventer des mondes, voilà le sens profond de l’écriture : s’inventer des mondes, créer la vie, faire évoluer tout un univers comme Dieu qui pendant six jours créa la terre, les mers et océans ainsi que les animaux et les végétaux : on est presque Dieu par l’écriture, on fait vivre nos personnages ou on les fait mourir, tuer, aimer, évoluer. On a ainsi un vrai pouvoir sur eux comme un roi sur ses terres en son royaume. Écrire permet ainsi de réinventer la vie réelle : je peux inventer une ou plusieurs vies, dans une ou plusieurs époques, dans un ou plusieurs lieux…

          

Lucie L*** (Seconde 7)

« L’écrivain doit immortaliser par les mots tous ces moments qui sans lui seraient perdus dans l’oubli… »

Écrire est la clé pour accéder à limaginaire. C’est un moyen de changer le monde, de le façonner selon ses désirs. Comme un peintre qui exposerait sa toile, ou un musicien qui chercherait à traduire ses sentiments avec des notes, l’écrivain crée son univers et le fait partager au lecteur. Il l’amène ainsi à se libérer des contraintes, des peurs et des dangers de la vie, en réinventant son monde : choisir un livre dans une bibliothèque ou une librairie, c’est ainsi choisir une destination, un univers.

Et c’est découvrir un nouveau monde : le lecteur se retrouve parfois sur une planète lointaine à vivre des aventures fantastiques créées de toutes pièces par la magie du langage, l’entrechoquement des mots et des phrases. L’écriture est donc pour moi un moyen de graver des événements, de sculpter des pensées. Comme l’artiste, il lui appartient d’immortaliser par les mots tous ces moments qui sans lui seraient perdus dans l’oubli…

Les autres textes seront publiés prochainement.
© Les auteur(e)s, LEF/EPC (mars 2010)

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Concours d’expression orale 2010

Concours d’expression orale…

Entraînements et conseils

Pour la troisième année, le Lycée en Forêt en partenariat avec le Rotary International propose un concours d’art oratoire qui aura lieu début mars 2009. Si vous aimez prendre la parole, saisissez cette occasion unique de vous exprimer à l’oral face à un public (des professionnels et quelques profs du Lycée). Attention : le nombre de places étant limité, les inscriptions sont presque closes : ne tardez pas à rapporter vos bulletins d’inscription !
         
Le déroulement de l’épreuve…

Le jour de l’épreuve, vous aurez le choix entre 4 sujets imposés. Après avoir pris connaissance des sujets, vous n’en retiendrez qu’un seul, que vous préparerez sur place en 30 minutes exactement. Les sujets proposés portent sur des questions de culture générale (Économie et Société, littérature et philosophie, sciences et techniques, et pour la demi-finale des sujets “inclassables”, faisant davantage appel à vos capacités d’originalité).

Votre prestation doit durer 5 minutes au moins ! Le jury attend évidemment des exposés argumentés et réfléchis, ce qui n’empêche nullement l’improvisation : mettez-vous en scène, interpellez votre public un peu comme un acteur “qui fait son numéro”! Pourquoi pas du Slam si vous en avez le talent ? Rien n’est pire qu’un exposé lu de façon monocorde : surprenez le jury !

Le barème d’évaluation :
  1. L’art oratoire et l’éloquence (10 points);
  2. La rhétorique : l’art du “discours”, la qualité de vos arguments et de vos exemples (10 points).
  1. L’art oratoire touche à “l’art de bien parler”. Un orateur persuasif est celui qui sait s’exprimer avec aisance et clarté, moduler le son de sa voix afin d’éviter la monotonie par exemple. La capacité d’émouvoir, de persuader par la parole sont donc essentielles. Au niveau de l’évaluation, la diction est fondamentale puisque vous devez persuader d’abord par la parole! Ne négligez surtout pas le travail sur la langue : c’est ce qu’on appelle l’élocution, c’est-à-dire le choix du style. Par exemple, l’emploi de figures de rhétorique semble tout indiqué : métaphores, comparaisons, interpellation de votre auditoire, interrogations oratoires, etc.

  2. La rhétorique, c’est l’art du discours. Vous avez toutes et tous déjà travaillé sur l’écrit d’invention : cela va vous servir pour le concours ! L’invention, au sens étymologique (du latin “inventio”) est la capacité de savoir construire un projet, c’est-à-dire de convaincre en organisant votre propos. Vous serez donc noté sur la manière dont vous avez disposé vos idées, structuré votre parcours argumentatif. Pensez à utiliser les procédés propres au discours (choix des arguments, des exemples, des techniques de persuasion, techniques d’amplification, voire de dramatisation) en rapport avec le sujet.

Seize exemples de sujets entièrement inédits (dans l’esprit du Concours) :
  • Histoire et société : 1) Réussir sa vie, c’est être riche de… 2) La mondialisation : chance ou péril ? 3) Pensez-vous qu’il faut réinventer un nouveau modèle social pour notre monde ? 4) C’est quoi, un « faiseur d’histoire(s) » ?
  • Littérature et Philosophie : 1) C’est quoi, être libre ? 2) Quel est l’avantage d’apprendre le Français dans le monde contemporain ? 3) La violence est-elle une force ou une faiblesse ? 4) Et si le plus beau voyage était un voyage immobile ?
  • Sciences et Techniques : 1) Les robots “humanoïdes” sont de plus en plus répandus dans le monde : faut-il en avoir peur ? 2) Comment se dérouleront les cours au Lycée en 2050 ? 3) Le progrès… C’est mieux quand ça s’arrête ? 4) La morale est-elle l’ennemie du progrès ?
  • Sujets “atypiques” : 1) Pourquoi est-ce blanc plutôt que noir ? 2) C’est quoi un “po-aime” ? 3) Faites votre éloge. 4) Faire le tour du monde ou faire un tour ?

Savoir prendre la parole en public… une exigence indispensable pour votre vie future

Au-delà de ce concours, vous verrez combien votre vie scolaire (à commencer par l’oral du Bac) vous amènera de plus en plus à devoir prendre la parole en public. Un très grand nombre de formations (BTS, DUT, Grandes Écoles de Commerce ou d’Administration, licences, masters…) conditionnent l’inscription définitive (outre les résultats scolaires) à la réussite d’un entretien de sélection dans lequel la motivation mais aussi la prise de parole en public sont déterminants. Certains oraux, comme celui d’HEC par exemple, se passent non seulement devant un public, mais dans le cadre d’un entretien à plusieurs : le candidat retenu étant celui qui aura su imposer son leadership et son charisme face à d’autres étudiants ! 

Quant à la vie professionnelle, vous verrez que les entreprises multiplient les occasions de devoir prendre la parole en public : beaucoup d’entretiens d’embauche sont en fait des entretiens de groupe ! Cas de figure classique : plusieurs candidats sont réunis ensemble autour d’un recruteur qui observe les réactions : untel qui aura du leadership saura se mettre en avant… Tel autre parlera pour ne rien dire… Celui-ci saura gérer son capital émotionnel tandis qu’un autre répondra correctement mais ne maîtrisera pas sa voix…

Les compétences requises pour le concours…

La prise de parole en public requiert plusieurs compétences. Voici quelques conseils pour affronter l’épreuve…

  1. Commencez d’abord à vous préparer “physiquement” à la prise de parole. Choisissez avec soin votre tenue ce jour-là : certes, ce n’est pas un défilé de mode, mais vous parlerez d’autant mieux que vous vous sentirez à l’aise dans vos vêtements. N’oubliez pas non plus que la principale difficulté… C’est vous : donc inutile de vous mettre trop la pression avant! Soyez sûr(e) de vous : partez gagnant(e) en vous disant que de toute façon vous n’avez strictement rien à perdre. Dès que vous rentrez, pensez aussi à dire Bonjour ! Cela paraît évident mais parfois, avec le trac…
  2. Regardez votre public. N’oubliez pas non plus que même si une personne du jury ne semble pas faire attention à votre présence quand vous parlez, cela ne veut rien dire : elle donnera un avis sur vous juste après votre départ. Donc regardez tout le monde (et pas seulement une seule personne parce qu’elle vous aura regardé(e) avec bienveillance ou parce que vous la connaissez (votre prof par exemple). Veillez également à vous tenir correctement : inutile de se raidir, mais il ne faut pas non plus être avachi !

  3. Improviser… Mais pas trop ! Bien sûr, le concours exige une certaine part d’improvisation, mais n’en faites pas trop non plus, car cela risquerait de vous entraîner sur un terrain parfois glissant, en particulier au niveau de la maîtrise du non-verbal (la gestuelle) : quand on improvise, on a tendance à “théâtraliser” un peu trop parfois : en libérant la parole, on libère trop ses gestes et on en arrive à “gesticuler”. Donc, gardez toujours une certaine distance en essayant d’articuler au mieux le geste et les registres de langue que vous allez employer (didactique, comique, lyrique, etc.)

  4. S’entraîner avec… une glace et un MP3 ! Voici un excellent exercice qui vous permettra de vérifier que vous maîtrisez votre voix et votre respiration lors de la prise de parole : chez vous, essayez en vous regardant obligatoirement devant une glace (une grande : celle de la salle de bain fera l’affaire!) de parler HAUT et FORT. L’exercice d’entraînement que je vous propose consiste à lire un texte neutre (une définition de cours par exemple, comme ça vous ne perdez pas de temps) en regardant le moins possible votre support et en vous fixant le plus possible dans la glace. Relisez plusieurs fois votre texte en variant l’intonation (neutralité, colère, joie, rire, émotion, interpellation, etc.). Si possible, enregistrez-vous avec un MP3 et écoutez ce que ça donne afin de corriger les petits problèmes (placement de la voix par exemple). Prenez ensuite un sujet au hasard : accordez-vous 20 minutes de préparation et lancez-vous, sans lire vos notes (vous pouvez même vous entraîner dans les transports en commun pour la recherche des arguments) : essayez de trouver des idées créatives, originales, et faites si possible votre exposé devant d’autres personnes : des copains ou des copines, la famille, etc. afin de vous confronter à un public. Si vous êtes seul chez vous, mettez-vous devant une glace et parlez HAUT et FORT en vous obligeant à parler tout en vous regardant.

L’organisation de l’exposé

Un problème qui se pose souvent aux candidat(e)s tient à l’organisation de l’exposé oral.  Avec le stress, et en cherchant à improviser, on fait moins attention à structurer le plan, de là certains discours qui partent dans tous les sens, sans suivre une logique de progression. Dès que vous aurez sélectionné votre sujet, et commencé à choisir vos idées, je vous conseille de vous poser les questions suivantes : “Qu’est-ce que je veux prouver exactement ?”, “D’où est-ce que je vais partir… Pour parvenir où ?” Veillez à structurer votre parcours analytique ou argumentatif : oral ne veut pas dire désordre, bien au contraire ! Choisissez une idée directrice, c’est-à-dire le thème central à partir duquel vous organiserez votre démonstration. Evitez de trop multiplier les questionnements, qui risquent de faire perdre de vue le principe d’organisation logique de votre exposé.

Pensez par ailleurs aux transitions quand vous enchaînez les idées entre elles. Concernant les citations, elles sont toujours utiles dans un exposé, à la condition de les choisir à bon escient et de ne pas les multiplier, afin d’éviter la lourdeur encyclopédique. D’expérience, j’ai constaté que de nombreux candidats avaient tendance à bâcler leur conclusion, sans doute par stress, émotion ou désir d’en finir ? Toujours est-il que c’est le meilleur moyen d’abaisser votre note. La conclusion se prépare dès l’élaboration du plan : elle ne consiste surtout pas à résumer le développement, ni à reproduire le plan annoncé : essayez de reformuler les idées en mettant en valeur l’évolution de votre pensée, et en élargissant si possible  ou en proposant une “chute” originale. Vous devez soigner particulièrement la conclusion puisqu’elle est le dernier élément que le jury aura encore à l’esprit au moment d’évaluer votre exposé.

La stratégie de la “première minute”

N’oubliez pas d’introduire votre discours par une accroche susceptible d’attirer l’attention de l’audience : particulièrement dans un exposé court (5 minutes) l’entrée en matière est capitale : vous devez donc amener le sujet de manière originale, inattendue. Dès votre introduction (qui doit être brève), essayez d’accrocher le jury, par exemple en utilisant une citation originale, une anecdote, un questionnement. Si vous avez choisi un sujet plaisant, pourquoi ne pas employer l’apostrophe qui consiste à interpeller : “C’est à toi que je m’adresse, Jury tout puissant !” Le but étant de capter l’attention, sachez exploiter les figures de style. L’accumulation peut se révéler très utile quand on cherche à créer un effet d’insistance en multipliant les mots voisins : «  Chiffonné, brisé, maltraité, fracturé… Que dis-je : disloqué… Voilà bien le portrait de l’homo œconomicus  moderne. Primate prétendu rationnel, logique, normalisé, standardisé… ». L’accumulation des participes passés ou des adjectifs crée ici un effet d’insistance. Le procédé assez proche de l’anaphore est également intéressant dans un exposé oral, la répétition d’un même mot au début d’une série de phrases permettant de renforcer l’idée : “notre monde de guerres, notre monde de violence, de non-sens et de différences, notre monde pourrait-il être un autre monde, un véritable… “notre” monde… Tant il est vrai que la terre est ce que nous en faisons” Ici la répétition de l’expression “notre monde”, et le jeu sur les correspondances sonores (violence/sens/différences ; autre/notre) amènent à un style assez lyrique qui peut convenir pour une conclusion par exemple. 

Exploitez vos connaissances scolaires

N’oubliez pas non plus certains procédés de détournement : le pastiche et surtout la parodie sont un moyen d’exploiter astucieusement vos connaissances scolaires. Voici deux exemples :

  1. Qui ne connaît pas cette envolée lyrique du général de Gaulle, aux premières heures de la libération de Paris, le 25 août 1944 : “Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré !” Un détournement de cette gradation ternaire archi connue peut constituer une bonne accroche, en jouant sur l’anachronisme : “l’escargot de Bourgogne outragé ! l’escargot brisé ! l’escargot martyrisé ! Mais l’escargot libéré ! Fuyez : ail et persil, Hors de ma vue : beurre, poêle et cocottes !”

  2. Deuxième exemple : un pastiche du fameux « Lac » de Lamartine : ce texte lyrique qui figure parmi les plus belles pages de la poésie se révèle du fait de sa célébrité très intéressant dans le cadre d’un pastiche : “Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages, /Dans la nuit éternelle emportés sans retour, /Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges /Jeter l’ancre un seul jour ?”… “Ainsi, toujours poussés vers des travaux de Maths ou de Grammaire /Dans la nuit éternelle emportés sans retour, /Ne pourrons-nous jamais pendant l’année scolaire/ Poser la plume un seul jour ?” L’anachronisme, quand il est voulu, est donc un excellent moyen de capter l’attention si le sujet le permet.

Quelques conseils pour terminer…
  1. D’abord, essayez de traiter chaque jour un sujet.
  2. Restez “cool” : contrairement aux idées reçues, ce n’est pas en stressant que vous réussirez mieux, bien au contraire !
  3. Le jour de l’épreuve, choisissez avec soin votre sujet. Attention aux thèmes qui vous paraissent “faciles” : on a tendance souvent à les choisir car ils paraissent proches de nos préoccupations. Or, on n’a pas forcément grand chose à dire sur un thème qui nous plaît… Donc soyez vigilants! Un sujet qui semble ardu au départ est parfois plus facile à traiter qu’il n’y paraît!

  4. Dès que vous avez choisi votre sujet, identifiez précisément le Thème, la Problématique, les Limites du sujet (il ne faut pas vous en écarter) ainsi que les Consignes qui vous sont demandées. Rappelez-vous ces quatre lettres pendant que vous préparez : TPLC (Thème, Problématique, Limites, Consigne).

  5. Soyez « psychologue » : essayez de percevoir pendant que vous préparez ce qu’on attend de vous. Dites-vous : “en me voyant et en m’écoutant, qu’est-ce qu’on appréciera chez moi?”, et ”À quoi faut-il que je fasse attention?”

  6. Pas d’erreur de casting : adoptez une tenue dans laquelle vous vous sentez le plus à l’aise !

  7. Parlez HAUT et FORT : inutile d’ameuter le CDI certes, mais attention aux discours inaudibles, à un débit trop rapide, etc. Rien de pire pour abaisser une note !

  8. Sachez vous “vendre”. Vous n’avez rien à perdre de toute façon, alors donnez le maximum ! Mettez-vous en valeur ! Soyez fier(e) de vous ! Ne vous diminuez pas (vous êtes au Lycée en Forêt non? Alors !)

  9. Regardez TOUS les interlocuteurs, et pas seulement une personne que vous connaissez : multipliez vos regards vers toute l’assistance !

  10. Ne renoncez jamais ! Allez jusqu’au bout de l’épreuve !

Bonne chance à toutes et à tous !

Concours d'expression orale 2010

Concours d’expression orale…

Entraînements et conseils

Pour la troisième année, le Lycée en Forêt en partenariat avec le Rotary International propose un concours d’art oratoire qui aura lieu début mars 2009. Si vous aimez prendre la parole, saisissez cette occasion unique de vous exprimer à l’oral face à un public (des professionnels et quelques profs du Lycée). Attention : le nombre de places étant limité, les inscriptions sont presque closes : ne tardez pas à rapporter vos bulletins d’inscription !
         
Le déroulement de l’épreuve…

Le jour de l’épreuve, vous aurez le choix entre 4 sujets imposés. Après avoir pris connaissance des sujets, vous n’en retiendrez qu’un seul, que vous préparerez sur place en 30 minutes exactement. Les sujets proposés portent sur des questions de culture générale (Économie et Société, littérature et philosophie, sciences et techniques, et pour la demi-finale des sujets “inclassables”, faisant davantage appel à vos capacités d’originalité).

Votre prestation doit durer 5 minutes au moins ! Le jury attend évidemment des exposés argumentés et réfléchis, ce qui n’empêche nullement l’improvisation : mettez-vous en scène, interpellez votre public un peu comme un acteur “qui fait son numéro”! Pourquoi pas du Slam si vous en avez le talent ? Rien n’est pire qu’un exposé lu de façon monocorde : surprenez le jury !

Le barème d’évaluation :
  1. L’art oratoire et l’éloquence (10 points);
  2. La rhétorique : l’art du “discours”, la qualité de vos arguments et de vos exemples (10 points).
  1. L’art oratoire touche à “l’art de bien parler”. Un orateur persuasif est celui qui sait s’exprimer avec aisance et clarté, moduler le son de sa voix afin d’éviter la monotonie par exemple. La capacité d’émouvoir, de persuader par la parole sont donc essentielles. Au niveau de l’évaluation, la diction est fondamentale puisque vous devez persuader d’abord par la parole! Ne négligez surtout pas le travail sur la langue : c’est ce qu’on appelle l’élocution, c’est-à-dire le choix du style. Par exemple, l’emploi de figures de rhétorique semble tout indiqué : métaphores, comparaisons, interpellation de votre auditoire, interrogations oratoires, etc.

  2. La rhétorique, c’est l’art du discours. Vous avez toutes et tous déjà travaillé sur l’écrit d’invention : cela va vous servir pour le concours ! L’invention, au sens étymologique (du latin “inventio”) est la capacité de savoir construire un projet, c’est-à-dire de convaincre en organisant votre propos. Vous serez donc noté sur la manière dont vous avez disposé vos idées, structuré votre parcours argumentatif. Pensez à utiliser les procédés propres au discours (choix des arguments, des exemples, des techniques de persuasion, techniques d’amplification, voire de dramatisation) en rapport avec le sujet.

Seize exemples de sujets entièrement inédits (dans l’esprit du Concours) :
  • Histoire et société : 1) Réussir sa vie, c’est être riche de… 2) La mondialisation : chance ou péril ? 3) Pensez-vous qu’il faut réinventer un nouveau modèle social pour notre monde ? 4) C’est quoi, un « faiseur d’histoire(s) » ?
  • Littérature et Philosophie : 1) C’est quoi, être libre ? 2) Quel est l’avantage d’apprendre le Français dans le monde contemporain ? 3) La violence est-elle une force ou une faiblesse ? 4) Et si le plus beau voyage était un voyage immobile ?
  • Sciences et Techniques : 1) Les robots “humanoïdes” sont de plus en plus répandus dans le monde : faut-il en avoir peur ? 2) Comment se dérouleront les cours au Lycée en 2050 ? 3) Le progrès… C’est mieux quand ça s’arrête ? 4) La morale est-elle l’ennemie du progrès ?
  • Sujets “atypiques” : 1) Pourquoi est-ce blanc plutôt que noir ? 2) C’est quoi un “po-aime” ? 3) Faites votre éloge. 4) Faire le tour du monde ou faire un tour ?

Savoir prendre la parole en public… une exigence indispensable pour votre vie future

Au-delà de ce concours, vous verrez combien votre vie scolaire (à commencer par l’oral du Bac) vous amènera de plus en plus à devoir prendre la parole en public. Un très grand nombre de formations (BTS, DUT, Grandes Écoles de Commerce ou d’Administration, licences, masters…) conditionnent l’inscription définitive (outre les résultats scolaires) à la réussite d’un entretien de sélection dans lequel la motivation mais aussi la prise de parole en public sont déterminants. Certains oraux, comme celui d’HEC par exemple, se passent non seulement devant un public, mais dans le cadre d’un entretien à plusieurs : le candidat retenu étant celui qui aura su imposer son leadership et son charisme face à d’autres étudiants ! 

Quant à la vie professionnelle, vous verrez que les entreprises multiplient les occasions de devoir prendre la parole en public : beaucoup d’entretiens d’embauche sont en fait des entretiens de groupe ! Cas de figure classique : plusieurs candidats sont réunis ensemble autour d’un recruteur qui observe les réactions : untel qui aura du leadership saura se mettre en avant… Tel autre parlera pour ne rien dire… Celui-ci saura gérer son capital émotionnel tandis qu’un autre répondra correctement mais ne maîtrisera pas sa voix…

Les compétences requises pour le concours…

La prise de parole en public requiert plusieurs compétences. Voici quelques conseils pour affronter l’épreuve…

  1. Commencez d’abord à vous préparer “physiquement” à la prise de parole. Choisissez avec soin votre tenue ce jour-là : certes, ce n’est pas un défilé de mode, mais vous parlerez d’autant mieux que vous vous sentirez à l’aise dans vos vêtements. N’oubliez pas non plus que la principale difficulté… C’est vous : donc inutile de vous mettre trop la pression avant! Soyez sûr(e) de vous : partez gagnant(e) en vous disant que de toute façon vous n’avez strictement rien à perdre. Dès que vous rentrez, pensez aussi à dire Bonjour ! Cela paraît évident mais parfois, avec le trac…
  2. Regardez votre public. N’oubliez pas non plus que même si une personne du jury ne semble pas faire attention à votre présence quand vous parlez, cela ne veut rien dire : elle donnera un avis sur vous juste après votre départ. Donc regardez tout le monde (et pas seulement une seule personne parce qu’elle vous aura regardé(e) avec bienveillance ou parce que vous la connaissez (votre prof par exemple). Veillez également à vous tenir correctement : inutile de se raidir, mais il ne faut pas non plus être avachi !

  3. Improviser… Mais pas trop ! Bien sûr, le concours exige une certaine part d’improvisation, mais n’en faites pas trop non plus, car cela risquerait de vous entraîner sur un terrain parfois glissant, en particulier au niveau de la maîtrise du non-verbal (la gestuelle) : quand on improvise, on a tendance à “théâtraliser” un peu trop parfois : en libérant la parole, on libère trop ses gestes et on en arrive à “gesticuler”. Donc, gardez toujours une certaine distance en essayant d’articuler au mieux le geste et les registres de langue que vous allez employer (didactique, comique, lyrique, etc.)

  4. S’entraîner avec… une glace et un MP3 ! Voici un excellent exercice qui vous permettra de vérifier que vous maîtrisez votre voix et votre respiration lors de la prise de parole : chez vous, essayez en vous regardant obligatoirement devant une glace (une grande : celle de la salle de bain fera l’affaire!) de parler HAUT et FORT. L’exercice d’entraînement que je vous propose consiste à lire un texte neutre (une définition de cours par exemple, comme ça vous ne perdez pas de temps) en regardant le moins possible votre support et en vous fixant le plus possible dans la glace. Relisez plusieurs fois votre texte en variant l’intonation (neutralité, colère, joie, rire, émotion, interpellation, etc.). Si possible, enregistrez-vous avec un MP3 et écoutez ce que ça donne afin de corriger les petits problèmes (placement de la voix par exemple). Prenez ensuite un sujet au hasard : accordez-vous 20 minutes de préparation et lancez-vous, sans lire vos notes (vous pouvez même vous entraîner dans les transports en commun pour la recherche des arguments) : essayez de trouver des idées créatives, originales, et faites si possible votre exposé devant d’autres personnes : des copains ou des copines, la famille, etc. afin de vous confronter à un public. Si vous êtes seul chez vous, mettez-vous devant une glace et parlez HAUT et FORT en vous obligeant à parler tout en vous regardant.

L’organisation de l’exposé

Un problème qui se pose souvent aux candidat(e)s tient à l’organisation de l’exposé oral.  Avec le stress, et en cherchant à improviser, on fait moins attention à structurer le plan, de là certains discours qui partent dans tous les sens, sans suivre une logique de progression. Dès que vous aurez sélectionné votre sujet, et commencé à choisir vos idées, je vous conseille de vous poser les questions suivantes : “Qu’est-ce que je veux prouver exactement ?”, “D’où est-ce que je vais partir… Pour parvenir où ?” Veillez à structurer votre parcours analytique ou argumentatif : oral ne veut pas dire désordre, bien au contraire ! Choisissez une idée directrice, c’est-à-dire le thème central à partir duquel vous organiserez votre démonstration. Evitez de trop multiplier les questionnements, qui risquent de faire perdre de vue le principe d’organisation logique de votre exposé.

Pensez par ailleurs aux transitions quand vous enchaînez les idées entre elles. Concernant les citations, elles sont toujours utiles dans un exposé, à la condition de les choisir à bon escient et de ne pas les multiplier, afin d’éviter la lourdeur encyclopédique. D’expérience, j’ai constaté que de nombreux candidats avaient tendance à bâcler leur conclusion, sans doute par stress, émotion ou désir d’en finir ? Toujours est-il que c’est le meilleur moyen d’abaisser votre note. La conclusion se prépare dès l’élaboration du plan : elle ne consiste surtout pas à résumer le développement, ni à reproduire le plan annoncé : essayez de reformuler les idées en mettant en valeur l’évolution de votre pensée, et en élargissant si possible  ou en proposant une “chute” originale. Vous devez soigner particulièrement la conclusion puisqu’elle est le dernier élément que le jury aura encore à l’esprit au moment d’évaluer votre exposé.

La stratégie de la “première minute”

N’oubliez pas d’introduire votre discours par une accroche susceptible d’attirer l’attention de l’audience : particulièrement dans un exposé court (5 minutes) l’entrée en matière est capitale : vous devez donc amener le sujet de manière originale, inattendue. Dès votre introduction (qui doit être brève), essayez d’accrocher le jury, par exemple en utilisant une citation originale, une anecdote, un questionnement. Si vous avez choisi un sujet plaisant, pourquoi ne pas employer l’apostrophe qui consiste à interpeller : “C’est à toi que je m’adresse, Jury tout puissant !” Le but étant de capter l’attention, sachez exploiter les figures de style. L’accumulation peut se révéler très utile quand on cherche à créer un effet d’insistance en multipliant les mots voisins : «  Chiffonné, brisé, maltraité, fracturé… Que dis-je : disloqué… Voilà bien le portrait de l’homo œconomicus  moderne. Primate prétendu rationnel, logique, normalisé, standardisé… ». L’accumulation des participes passés ou des adjectifs crée ici un effet d’insistance. Le procédé assez proche de l’anaphore est également intéressant dans un exposé oral, la répétition d’un même mot au début d’une série de phrases permettant de renforcer l’idée : “notre monde de guerres, notre monde de violence, de non-sens et de différences, notre monde pourrait-il être un autre monde, un véritable… “notre” monde… Tant il est vrai que la terre est ce que nous en faisons” Ici la répétition de l’expression “notre monde”, et le jeu sur les correspondances sonores (violence/sens/différences ; autre/notre) amènent à un style assez lyrique qui peut convenir pour une conclusion par exemple. 

Exploitez vos connaissances scolaires
N’oubliez pas non plus certains procédés de détournement : le pastiche et surtout la parodie sont un moyen d’exploiter astucieusement vos connaissances scolaires. Voici deux exemples :

  1. Qui ne connaît pas cette envolée lyrique du général de Gaulle, aux premières heures de la libération de Paris, le 25 août 1944 : “Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré !” Un détournement de cette gradation ternaire archi connue peut constituer une bonne accroche, en jouant sur l’anachronisme : “l’escargot de Bourgogne outragé ! l’escargot brisé ! l’escargot martyrisé ! Mais l’escargot libéré ! Fuyez : ail et persil, Hors de ma vue : beurre, poêle et cocottes !”

  2. Deuxième exemple : un pastiche du fameux « Lac » de Lamartine : ce texte lyrique qui figure parmi les plus belles pages de la poésie se révèle du fait de sa célébrité très intéressant dans le cadre d’un pastiche : “Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages, /Dans la nuit éternelle emportés sans retour, /Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges /Jeter l’ancre un seul jour ?”… “Ainsi, toujours poussés vers des travaux de Maths ou de Grammaire /Dans la nuit éternelle emportés sans retour, /Ne pourrons-nous jamais pendant l’année scolaire/ Poser la plume un seul jour ?” L’anachronisme, quand il est voulu, est donc un excellent moyen de capter l’attention si le sujet le permet.

Quelques conseils pour terminer…
  1. D’abord, essayez de traiter chaque jour un sujet.
  2. Restez “cool” : contrairement aux idées reçues, ce n’est pas en stressant que vous réussirez mieux, bien au contraire !
  3. Le jour de l’épreuve, choisissez avec soin votre sujet. Attention aux thèmes qui vous paraissent “faciles” : on a tendance souvent à les choisir car ils paraissent proches de nos préoccupations. Or, on n’a pas forcément grand chose à dire sur un thème qui nous plaît… Donc soyez vigilants! Un sujet qui semble ardu au départ est parfois plus facile à traiter qu’il n’y paraît!

  4. Dès que vous avez choisi votre sujet, identifiez précisément le Thème, la Problématique, les Limites du sujet (il ne faut pas vous en écarter) ainsi que les Consignes qui vous sont demandées. Rappelez-vous ces quatre lettres pendant que vous préparez : TPLC (Thème, Problématique, Limites, Consigne).

  5. Soyez « psychologue » : essayez de percevoir pendant que vous préparez ce qu’on attend de vous. Dites-vous : “en me voyant et en m’écoutant, qu’est-ce qu’on appréciera chez moi?”, et ”À quoi faut-il que je fasse attention?”

  6. Pas d’erreur de casting : adoptez une tenue dans laquelle vous vous sentez le plus à l’aise !

  7. Parlez HAUT et FORT : inutile d’ameuter le CDI certes, mais attention aux discours inaudibles, à un débit trop rapide, etc. Rien de pire pour abaisser une note !

  8. Sachez vous “vendre”. Vous n’avez rien à perdre de toute façon, alors donnez le maximum ! Mettez-vous en valeur ! Soyez fier(e) de vous ! Ne vous diminuez pas (vous êtes au Lycée en Forêt non? Alors !)

  9. Regardez TOUS les interlocuteurs, et pas seulement une personne que vous connaissez : multipliez vos regards vers toute l’assistance !

  10. Ne renoncez jamais ! Allez jusqu’au bout de l’épreuve !

Bonne chance à toutes et à tous !

Poésie futuriste… expo en ligne… par les classes de Seconde !

Vous avez été nombreux à découvrir sur ce site la poésie futuriste. Beaucoup d’élèves de Seconde ont souhaité aller plus loin et proposer à leur tour un poème futuriste.

Chaque jour… un nouveau poème !

             

Aujourd’hui… L’hommage de Samuel B. (Seconde 7) au Futurisme !

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Demain, découvrez un nouveau poème avec Léo (Seconde 18) !

Bac blanc du 28 janvier 2010 « La Poésie » Corrigé de l’écrit d’invention

Corrigé
de l’écriture d’invention

 

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arrow.1242450507.jpg Rappel du sujet : imaginez un dialogue entre le poète baudelairien et un des “hommes d’équipage” représentant une société sourde à la poésie.

 

arrow.1242450507.jpg Bien comprendre le sujet

La première erreur consistait (selon moi) à faire intervenir la question des albatros dans ce dialogue. De fait, l’oiseau est une allégorie dans le poème, or de nombreux élèves ont oublié cette dimension métaphorique essentielle et ont fait porter le débat sur le thème : « est-il légitime de torturer les albatros ? », perdant de vue par la même occasion l’objet d’étude qui leur était proposé (la poésie) ainsi que la problématique amenée par le corpus sur le statut et la mission du poète dans la société.

L’autre erreur, que j’ai commentée dans le Rapport de correction du Bac blanc, a été de rédiger tout de suite (même au brouillon : là n’est pas la question) : les élèves sont ainsi partis sur du narratif alors qu’il fallait centrer le dialogue sur de l’argumentatif. Il convenait donc de problématiser, c’est-à-dire d’identifier la logique propre au sujet, en le replaçant dans un contexte particulier, qui ne prenait son sens qu’au sein de la problématique d’ensemble de la poésie (« quête du sens »).

Le dialogue amenait ainsi implicitement à un questionnement essentiel : à quoi sert la poésie dans une « société sourde » à son message ? Si l’on n’avait pas compris cela, on répondait évidemment à côté de la question. Rappelez-vous que le sujet posé vous demandera toujours, a fortiori un jour d’examen, d’exploiter vos connaissances. Si vous ne pensez pas à utiliser votre apprentissage du cours, votre culture générale ou les thèmes, idées, procédés, etc. proposés dans le corpus, vous passerez à côté du sujet.

La première chose à faire consistait à dresser un tableau en deux colonnes, en suivant l’intitulé du sujet qui vous proposait une indication de plan. Implicitement, le libellé amenait à valoriser les arguments du poète baudelairien. De fait, l’adjectif « sourde » contient une connotation péjorative évidente puis qu’il évoque l’idée d’un système obtus et fermé. Cela dit, rien n’empêchait de valoriser les arguments du marin (ce que j’ai personnellement fait). Beaucoup de candidats ont cantonné ce personnage dans un rôle de « charretier » tueur d’albatros : cela donnait parfois des propos à la limite de la caricature, qui faisaient tomber le travail dans le manichéisme le plus étroit.

 Le poète baudelairien = homme révolté (Idéalisme) L’homme d’équipage = société sourde à la poésie (Réalisme)
 arguments arguments

 

arrow.1242450507.jpg L’élaboration du plan

Ensuite, il fallait se rappeler bien entendu les thèmes chers à Baudelaire. On pouvait élargir au Romantisme, au Symbolisme (voire au Surréalisme). Il était non moins important de confronter dialogiquement ces thèmes au contexte culturel et social, en prenant pour référence la Révolution industrielle, dominée par les progrès de la science et le Réalisme. L’expression assez large de « poète baudelairien », dans le libellé du sujet, permettait d’ouvrir, si le candidat le souhaitait, à d’autres périodes, plus contemporaines : ainsi beaucoup de groupes néogothiques, punk ou hard rock, dans leur différenciation sociale et leur goût pour la décadence, se sont réclamés d’un individualisme antisocial, d’un lyrisme et d’une mélancolie hérités de Baudelaire : c’était l’occasion —pourquoi pas— d’exploiter, avec prudence et discernement certes, son éventuelle culture personnelle.

Le poète baudelairien = homme révolté = Idéalisme L’homme d’équipage = société sourde à la poésie = Réalisme

Thème de l’évasion et du voyage pour échapper aux tourments du spleen (≠idéal) cf. Baudelaire, Mallarmé

La société obéit à des lois, à des règles : les méconnaître ou les transgresser, c’est amener à la décomposition sociale et à l’anarchie

Culte du moi : du paysage au « paysage intérieur » du poète

Quel est l’intérêt d’une poésie qui ne peut être ressentie que par une minorité ? La poésie souffre d’une exagération de l’individualisme.

Recherche de l’Amour (surtout idéalisé) : rêve, beauté, attirance pour la mort, etc. La poésie nous met en contact avec les aspects mystérieux du monde = importance de l’allégorie (refus du monde, orientation vers le symbole)

La poésie ne peut pas, à elle seule, changer le monde. Enthousiasme du progrès. Produire de l’utile et de la richesse matérielle, c’est produire de la richesse (satisfaction personnelle et gratifications matérielles).

Le poète « prophète » et le « poète voyant » (cf. Rimbaud) : rêverie, « hallucinations », regret d’une vie antérieure (unité originelle, paradis perdu de l’enfance), recherche de l’infini, désir de l’impossible, etc.

Éloge d’une société dominée par la technique et les valeurs rationnelles, qui sont des éléments d’accès au bonheur (par opposition à une poésie triste et souvent négative, qui se complait dans des rêves stériles)

« Réenchanter » le monde (« Rétablir, au cœur de la vie humaine, les moments « enchantés », effacés par la civilisation : cf. Rimbaud)

Le capitalisme (utilitariste) opposé à l’inutilité de l’Art (cf. l’art pour l’art). La poésie ne peut pas répondre aux besoins et aux aspirations de la société : il faut cesser de chanter la nostalgie.

 

arrow.1242450507.jpg L’élaboration du dialogue

Une fois que le plan était rapidement fait, il suffisait d’intégrer au moment de recopier les éléments caractéristiques du dialogue ainsi que le style :

  • typographie et mise en forme ;
  • discours direct ;
  • verbes de paroles pour introduire les discours, verbes concessifs, adverbes modalisateurs ;
  • tournures concessives (afin d’articuler le raisonnement à une pensée qui lui est extérieure ou opposée) ;
  • registres : éloge, blâme, polémique, etc.
  • éléments de rhétorique : apostrophes, gradations ternaires, anaphores, parallélismes, interrogations oratoires, etc.

 

arrow.1242450507.jpg Corrigé rédigé

 

— Cher Monsieur Baudelaire, me ferez-vous l’honneur de dîner en ma compagnie ?

C’était la première fois depuis l’appareillage que le capitaine de l’Île Bourbon, un steamer à faire pâlir d’envie la marine britannique, s’adressait directement au poète. Contre toute attente, Baudelaire accepta l’invitation et ils se retrouvèrent dans la rutilante salle à manger, dont les boiseries en bois d’acajou et de citronnier lui donnaient un charme exotique indéfinissable. Ce n’est que tard dans la soirée, bien après la fin du repas, que les langues se délièrent au fumoir sous l’effet des alcools.

— Voyez-vous, cher ami, s’exclama avec emphase le capitaine, mon travail sur l’Île Bourbon, au-delà de ses gratifications matérielles, est source d’une profonde satisfaction personnelle. L’emploi de la vapeur doit en effet changer les destinées collectives : dans deux jours exactement, j’aurai parcouru en une année trois fois les mers de l’Inde. Que les partisans de la voile en disent autant ! Je me flatte d’être de mon temps, moi !

Ces dernières paroles furent prononcées en détachant chaque mot, et l’auteur des Paradis artificiels, échauffé qu’il fût par l’enivrement de l’opium, crut bon de ne pas relever l’invective : « Oui je vous envie, l’évasion et le voyage sont pour moi-même des échappatoires au monde, et d’ailleurs… »

— Permettez, permettez ! Je ne parlais pas d’échappatoire. Je ne suis pas dans les tourments du spleen, croyez-moi, mon cher !

— Vous l’êtes, s’exclama Baudelaire se sentant pris à parti. Vous ne vous en rendez même pas compte mais tous vos propos font l’éloge de la révolution industrielle. Vous ne pouvez pas vous empêcher de parler de distances parcourues, de rendements, de gratifications et de profit. Elle est belle la Révolution industrielle, mais la prospérité matérielle ne fait qu’annoncer la crise !

Les prunelles vibrantes de colère, le capitaine s’emporta :

— Culte du moi, fantasme d’individualisme ! Vous vivez dans un temps qui est fait de chimères ! Parlez-moi de votre métier, voulez-vous ? Vous faîtes des « voyages » et écrivez des « poèmes » ! La belle occupation ! Moi Monsieur, je transporte du coton, du blé, du fer jusqu’aux confins de l’Occident ! Moi et mes hommes travaillons au bien être de la société. Car figurez-vous —pardonnez-moi de vous le rappeler— que la société obéit à des lois, à des règles : les méconnaître ou les transgresser, c’est amener à la décomposition sociale et à l’anarchie !

— Vous et vos hommes comme vous dites, ne pensez qu’à humilier autrui, vous ne faites pas des voyages, vous parcourez des distances ! Vous ne produisez pas des richesses, vous appauvrissez le cœur et l’esprit, vous les soumettez au rendement. « Culte du moi » dites-vous. Quant à vous ? Culte du profit ! De la division du travail ! Société sans goût, impénétrable au sens mystérieux des aspects de l’existence ! Dans ces conditions, oui, je préfère le retranchement dans l’individualisme.

Le commandant de l’Île Bourbon fulminait : « Quel est donc, je vous le demande, l’intérêt d’une poésie qui ne peut être ressentie que par une minorité ? Vous et autres Romantiques souffrez d’une exagération de l’individualisme ! Vous me faites penser à Rousseau, tenez ! Un « promeneur solitaire », voilà ce que vous êtes. La promenade quand le monde est en marche ! L’oisiveté quand le progrès humain est à l’œuvre ! »

— Comme vous parlez Monsieur ! Individualisme ne saurait vouloir dire solitude ! Il me permet de ne point m’arrêter à la surface des choses, et de mieux observer. Depuis mon départ, je suis attentif à chacun, chaque visage qui passe, je le vois. J’ai vu vos hommes souffrir sous le joug de l’airain et du fer, je les ai vus martyriser des albatros ! Un jour peut-être le dira-t-on : « le poète est voyant ». Voilà quel est mon métier : moi, je vois, Monsieur, j’observe !

— Allons bon, voulut tempérer le capitaine qui réalisait que la conversation avait pris un tour déplacé, je ne vous en veux pas mon cher Baudelaire de vouloir enchanter le monde avec vos vers, mais reconnaissez-le : la poésie ne peut pas, à elle seule, changer le monde. Oui, je suis enthousiaste du progrès, pourquoi le nier ? Produire de l’utile et de la richesse matérielle, c’est produire du bien-être, qui de plus profite au peuple, quoi que vous en doutiez apparemment !

Baudelaire regarda le rhum ambré qui teintait le fond de son verre. Il ne répondit pas tout de suite. Par le hublot s’apercevaient quelques îlots sur la mer.

— Vous regardez les atolls ? S’enquit le capitaine. Savez-vous que l’océan Indien compte six à sept mille îlots, sans compter ceux autour du Sri Lanka et de Madagascar, et des atolls par milliers. Vous voyez, cher Monsieur, je peux moi aussi être sensible à la beauté des choses !

À cet instant, une jeune femme les croisa. C’était une occidentale, mais son visage était ocré par un mélange de curcuma et d’eau. Ses yeux, soulignés par un trait de khôl lui donnaient l’indicible apparence d’une statue antique.

— Je vois que notre poète maudit n’est pas insensible à la beauté !

Baudelaire se contenta de murmurer, comme s’il se parlait à lui-même : « Je l’aimerais volontiers déesse et immortelle. La femme comme la poésie nous met en contact avec les aspects mystérieux du monde ». Puis il ajouta tout haut : « Détrompez-vous, cher ami, ce n’est pas la femme que je vois, c’est le symbole ».

— On dit ça !

— Vous ne me ferez pas dire ce que je ne pense pas, même avec le rhum, mon cher. Non, croyez-moi, en réalité quand j’ai vu cette femme, j’avais… Comment vous dire… le regret d’une vie antérieure, d’une vérité authentique, profonde. Son visage était si pur qu’il figurait presque le paradis perdu de l’enfance, auquel nous aspirons tous, n’est-il pas vrai ? Ah ! Mon Dieu… Recherche de l’infini, désir de l’impossible… Voici les vrais triomphes de la poésie !

Les yeux soudain perdus dans le vague des atolls, le poète semblait s’attrister : il regardait autour de lui comme s’il était dans un autre monde. Le capitaine crut bon d’intervenir :

— Certes, Baudelaire, je vous le concède, oui je fais l’éloge d’une société dominée par la technique et les valeurs rationnelles. Mais c’est mon tempérament. Et puis je vous dirai que pour moi, ce sont des éléments d’accès au bonheur. Regardez où vous mène votre antinaturalisme et votre vaine quête de l’idéal ! Vous êtes triste et négatif depuis le début du voyage… Et ne croyez pas que vous êtes le seul à « voir » comme vous dites. Moi aussi, je vous ai observé, mon cher, vous vous complaisez dans des rêves stériles ! Ne m’en veuillez pas, mais le capitalisme auquel vous semblez farouchement opposé parce qu’il est utilitariste, est quand même salutaire : sans mon Vapeur, comment seriez-vous allé à la Réunion ? Il faut cesser de chanter la nostalgie. La poésie ne peut pas répondre aux besoins et aux aspirations de la société : reconnaissez-le !

Baudelaire de nouveau, contemplait la mer. On n’entendait que le clapotis des vagues contre les flancs du navire et sous la carène. Des étoiles fugitives traçaient l’immensité des cieux et même le capitaine sembla soudain attentif au spectacle de la nuit.

— Vous regardez, n’est-ce pas ? lui dit Baudelaire, désignant les abysses. Mais voyez-vous, jamais machine ne pourra décrire l’immensité du ciel et l’immensité de ces gouffres amers. Jamais le génie technique ne pourra réenchanter le monde comme le fait le Verbe poétique. Comme la mer, la poésie échappe à la vie quotidienne dans son conformisme banal, ou alors elle perdrait son caractère d’immensité et de mystère. J’écris pour rétablir, au cœur de la vie humaine, les moments « enchantés », effacés par la civilisation…

À cet instant, un homme d’équipage entra et murmura quelques mots au capitaine qui se leva et s’excusa : on allait bientôt arriver à Port-Louis. Mais Baudelaire semblait ailleurs. Il regardait toujours l’horizon : tout là-bas, très loin, de l’autre côté de la terre, une étoile disparut à la croisée des chemins, entre l’océan Indien et le Pacifique. Comme absorbé dans ses pensées, le poète sortit de sa poche un petit carnet à spirales, il en tourna fiévreusement les pages puis écrivit sur l’une qui était encore vierge quelques mots, et un titre : « L’Étranger »…

Copyright © février 2010, Bruno Rigolt
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Bac blanc du 28 janvier 2010 "La Poésie" Corrigé de l'écrit d'invention

Corrigé
de l’écriture d’invention

 

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arrow.1242450507.jpg Rappel du sujet : imaginez un dialogue entre le poète baudelairien et un des “hommes d’équipage” représentant une société sourde à la poésie.

 

arrow.1242450507.jpg Bien comprendre le sujet

La première erreur consistait (selon moi) à faire intervenir la question des albatros dans ce dialogue. De fait, l’oiseau est une allégorie dans le poème, or de nombreux élèves ont oublié cette dimension métaphorique essentielle et ont fait porter le débat sur le thème : « est-il légitime de torturer les albatros ? », perdant de vue par la même occasion l’objet d’étude qui leur était proposé (la poésie) ainsi que la problématique amenée par le corpus sur le statut et la mission du poète dans la société.

L’autre erreur, que j’ai commentée dans le Rapport de correction du Bac blanc, a été de rédiger tout de suite (même au brouillon : là n’est pas la question) : les élèves sont ainsi partis sur du narratif alors qu’il fallait centrer le dialogue sur de l’argumentatif. Il convenait donc de problématiser, c’est-à-dire d’identifier la logique propre au sujet, en le replaçant dans un contexte particulier, qui ne prenait son sens qu’au sein de la problématique d’ensemble de la poésie (« quête du sens »).

Le dialogue amenait ainsi implicitement à un questionnement essentiel : à quoi sert la poésie dans une « société sourde » à son message ? Si l’on n’avait pas compris cela, on répondait évidemment à côté de la question. Rappelez-vous que le sujet posé vous demandera toujours, a fortiori un jour d’examen, d’exploiter vos connaissances. Si vous ne pensez pas à utiliser votre apprentissage du cours, votre culture générale ou les thèmes, idées, procédés, etc. proposés dans le corpus, vous passerez à côté du sujet.

La première chose à faire consistait à dresser un tableau en deux colonnes, en suivant l’intitulé du sujet qui vous proposait une indication de plan. Implicitement, le libellé amenait à valoriser les arguments du poète baudelairien. De fait, l’adjectif « sourde » contient une connotation péjorative évidente puis qu’il évoque l’idée d’un système obtus et fermé. Cela dit, rien n’empêchait de valoriser les arguments du marin (ce que j’ai personnellement fait). Beaucoup de candidats ont cantonné ce personnage dans un rôle de « charretier » tueur d’albatros : cela donnait parfois des propos à la limite de la caricature, qui faisaient tomber le travail dans le manichéisme le plus étroit.

 Le poète baudelairien = homme révolté (Idéalisme) L’homme d’équipage = société sourde à la poésie (Réalisme)
 arguments arguments

 

arrow.1242450507.jpg L’élaboration du plan

Ensuite, il fallait se rappeler bien entendu les thèmes chers à Baudelaire. On pouvait élargir au Romantisme, au Symbolisme (voire au Surréalisme). Il était non moins important de confronter dialogiquement ces thèmes au contexte culturel et social, en prenant pour référence la Révolution industrielle, dominée par les progrès de la science et le Réalisme. L’expression assez large de « poète baudelairien », dans le libellé du sujet, permettait d’ouvrir, si le candidat le souhaitait, à d’autres périodes, plus contemporaines : ainsi beaucoup de groupes néogothiques, punk ou hard rock, dans leur différenciation sociale et leur goût pour la décadence, se sont réclamés d’un individualisme antisocial, d’un lyrisme et d’une mélancolie hérités de Baudelaire : c’était l’occasion —pourquoi pas— d’exploiter, avec prudence et discernement certes, son éventuelle culture personnelle.

Le poète baudelairien = homme révolté = Idéalisme L’homme d’équipage = société sourde à la poésie = Réalisme

Thème de l’évasion et du voyage pour échapper aux tourments du spleen (≠idéal) cf. Baudelaire, Mallarmé

La société obéit à des lois, à des règles : les méconnaître ou les transgresser, c’est amener à la décomposition sociale et à l’anarchie

Culte du moi : du paysage au « paysage intérieur » du poète

Quel est l’intérêt d’une poésie qui ne peut être ressentie que par une minorité ? La poésie souffre d’une exagération de l’individualisme.

Recherche de l’Amour (surtout idéalisé) : rêve, beauté, attirance pour la mort, etc. La poésie nous met en contact avec les aspects mystérieux du monde = importance de l’allégorie (refus du monde, orientation vers le symbole)

La poésie ne peut pas, à elle seule, changer le monde. Enthousiasme du progrès. Produire de l’utile et de la richesse matérielle, c’est produire de la richesse (satisfaction personnelle et gratifications matérielles).

Le poète « prophète » et le « poète voyant » (cf. Rimbaud) : rêverie, « hallucinations », regret d’une vie antérieure (unité originelle, paradis perdu de l’enfance), recherche de l’infini, désir de l’impossible, etc.

Éloge d’une société dominée par la technique et les valeurs rationnelles, qui sont des éléments d’accès au bonheur (par opposition à une poésie triste et souvent négative, qui se complait dans des rêves stériles)

« Réenchanter » le monde (« Rétablir, au cœur de la vie humaine, les moments « enchantés », effacés par la civilisation : cf. Rimbaud)

Le capitalisme (utilitariste) opposé à l’inutilité de l’Art (cf. l’art pour l’art). La poésie ne peut pas répondre aux besoins et aux aspirations de la société : il faut cesser de chanter la nostalgie.

 

arrow.1242450507.jpg L’élaboration du dialogue

Une fois que le plan était rapidement fait, il suffisait d’intégrer au moment de recopier les éléments caractéristiques du dialogue ainsi que le style :

  • typographie et mise en forme ;
  • discours direct ;
  • verbes de paroles pour introduire les discours, verbes concessifs, adverbes modalisateurs ;
  • tournures concessives (afin d’articuler le raisonnement à une pensée qui lui est extérieure ou opposée) ;
  • registres : éloge, blâme, polémique, etc.
  • éléments de rhétorique : apostrophes, gradations ternaires, anaphores, parallélismes, interrogations oratoires, etc.

 

arrow.1242450507.jpg Corrigé rédigé

 

— Cher Monsieur Baudelaire, me ferez-vous l’honneur de dîner en ma compagnie ?

C’était la première fois depuis l’appareillage que le capitaine de l’Île Bourbon, un steamer à faire pâlir d’envie la marine britannique, s’adressait directement au poète. Contre toute attente, Baudelaire accepta l’invitation et ils se retrouvèrent dans la rutilante salle à manger, dont les boiseries en bois d’acajou et de citronnier lui donnaient un charme exotique indéfinissable. Ce n’est que tard dans la soirée, bien après la fin du repas, que les langues se délièrent au fumoir sous l’effet des alcools.

— Voyez-vous, cher ami, s’exclama avec emphase le capitaine, mon travail sur l’Île Bourbon, au-delà de ses gratifications matérielles, est source d’une profonde satisfaction personnelle. L’emploi de la vapeur doit en effet changer les destinées collectives : dans deux jours exactement, j’aurai parcouru en une année trois fois les mers de l’Inde. Que les partisans de la voile en disent autant ! Je me flatte d’être de mon temps, moi !

Ces dernières paroles furent prononcées en détachant chaque mot, et l’auteur des Paradis artificiels, échauffé qu’il fût par l’enivrement de l’opium, crut bon de ne pas relever l’invective : « Oui je vous envie, l’évasion et le voyage sont pour moi-même des échappatoires au monde, et d’ailleurs… »

— Permettez, permettez ! Je ne parlais pas d’échappatoire. Je ne suis pas dans les tourments du spleen, croyez-moi, mon cher !

— Vous l’êtes, s’exclama Baudelaire se sentant pris à parti. Vous ne vous en rendez même pas compte mais tous vos propos font l’éloge de la révolution industrielle. Vous ne pouvez pas vous empêcher de parler de distances parcourues, de rendements, de gratifications et de profit. Elle est belle la Révolution industrielle, mais la prospérité matérielle ne fait qu’annoncer la crise !

Les prunelles vibrantes de colère, le capitaine s’emporta :

— Culte du moi, fantasme d’individualisme ! Vous vivez dans un temps qui est fait de chimères ! Parlez-moi de votre métier, voulez-vous ? Vous faîtes des « voyages » et écrivez des « poèmes » ! La belle occupation ! Moi Monsieur, je transporte du coton, du blé, du fer jusqu’aux confins de l’Occident ! Moi et mes hommes travaillons au bien être de la société. Car figurez-vous —pardonnez-moi de vous le rappeler— que la société obéit à des lois, à des règles : les méconnaître ou les transgresser, c’est amener à la décomposition sociale et à l’anarchie !

— Vous et vos hommes comme vous dites, ne pensez qu’à humilier autrui, vous ne faites pas des voyages, vous parcourez des distances ! Vous ne produisez pas des richesses, vous appauvrissez le cœur et l’esprit, vous les soumettez au rendement. « Culte du moi » dites-vous. Quant à vous ? Culte du profit ! De la division du travail ! Société sans goût, impénétrable au sens mystérieux des aspects de l’existence ! Dans ces conditions, oui, je préfère le retranchement dans l’individualisme.

Le commandant de l’Île Bourbon fulminait : « Quel est donc, je vous le demande, l’intérêt d’une poésie qui ne peut être ressentie que par une minorité ? Vous et autres Romantiques souffrez d’une exagération de l’individualisme ! Vous me faites penser à Rousseau, tenez ! Un « promeneur solitaire », voilà ce que vous êtes. La promenade quand le monde est en marche ! L’oisiveté quand le progrès humain est à l’œuvre ! »

— Comme vous parlez Monsieur ! Individualisme ne saurait vouloir dire solitude ! Il me permet de ne point m’arrêter à la surface des choses, et de mieux observer. Depuis mon départ, je suis attentif à chacun, chaque visage qui passe, je le vois. J’ai vu vos hommes souffrir sous le joug de l’airain et du fer, je les ai vus martyriser des albatros ! Un jour peut-être le dira-t-on : « le poète est voyant ». Voilà quel est mon métier : moi, je vois, Monsieur, j’observe !

— Allons bon, voulut tempérer le capitaine qui réalisait que la conversation avait pris un tour déplacé, je ne vous en veux pas mon cher Baudelaire de vouloir enchanter le monde avec vos vers, mais reconnaissez-le : la poésie ne peut pas, à elle seule, changer le monde. Oui, je suis enthousiaste du progrès, pourquoi le nier ? Produire de l’utile et de la richesse matérielle, c’est produire du bien-être, qui de plus profite au peuple, quoi que vous en doutiez apparemment !

Baudelaire regarda le rhum ambré qui teintait le fond de son verre. Il ne répondit pas tout de suite. Par le hublot s’apercevaient quelques îlots sur la mer.

— Vous regardez les atolls ? S’enquit le capitaine. Savez-vous que l’océan Indien compte six à sept mille îlots, sans compter ceux autour du Sri Lanka et de Madagascar, et des atolls par milliers. Vous voyez, cher Monsieur, je peux moi aussi être sensible à la beauté des choses !

À cet instant, une jeune femme les croisa. C’était une occidentale, mais son visage était ocré par un mélange de curcuma et d’eau. Ses yeux, soulignés par un trait de khôl lui donnaient l’indicible apparence d’une statue antique.

— Je vois que notre poète maudit n’est pas insensible à la beauté !

Baudelaire se contenta de murmurer, comme s’il se parlait à lui-même : « Je l’aimerais volontiers déesse et immortelle. La femme comme la poésie nous met en contact avec les aspects mystérieux du monde ». Puis il ajouta tout haut : « Détrompez-vous, cher ami, ce n’est pas la femme que je vois, c’est le symbole ».

— On dit ça !

— Vous ne me ferez pas dire ce que je ne pense pas, même avec le rhum, mon cher. Non, croyez-moi, en réalité quand j’ai vu cette femme, j’avais… Comment vous dire… le regret d’une vie antérieure, d’une vérité authentique, profonde. Son visage était si pur qu’il figurait presque le paradis perdu de l’enfance, auquel nous aspirons tous, n’est-il pas vrai ? Ah ! Mon Dieu… Recherche de l’infini, désir de l’impossible… Voici les vrais triomphes de la poésie !

Les yeux soudain perdus dans le vague des atolls, le poète semblait s’attrister : il regardait autour de lui comme s’il était dans un autre monde. Le capitaine crut bon d’intervenir :

— Certes, Baudelaire, je vous le concède, oui je fais l’éloge d’une société dominée par la technique et les valeurs rationnelles. Mais c’est mon tempérament. Et puis je vous dirai que pour moi, ce sont des éléments d’accès au bonheur. Regardez où vous mène votre antinaturalisme et votre vaine quête de l’idéal ! Vous êtes triste et négatif depuis le début du voyage… Et ne croyez pas que vous êtes le seul à « voir » comme vous dites. Moi aussi, je vous ai observé, mon cher, vous vous complaisez dans des rêves stériles ! Ne m’en veuillez pas, mais le capitalisme auquel vous semblez farouchement opposé parce qu’il est utilitariste, est quand même salutaire : sans mon Vapeur, comment seriez-vous allé à la Réunion ? Il faut cesser de chanter la nostalgie. La poésie ne peut pas répondre aux besoins et aux aspirations de la société : reconnaissez-le !

Baudelaire de nouveau, contemplait la mer. On n’entendait que le clapotis des vagues contre les flancs du navire et sous la carène. Des étoiles fugitives traçaient l’immensité des cieux et même le capitaine sembla soudain attentif au spectacle de la nuit.

— Vous regardez, n’est-ce pas ? lui dit Baudelaire, désignant les abysses. Mais voyez-vous, jamais machine ne pourra décrire l’immensité du ciel et l’immensité de ces gouffres amers. Jamais le génie technique ne pourra réenchanter le monde comme le fait le Verbe poétique. Comme la mer, la poésie échappe à la vie quotidienne dans son conformisme banal, ou alors elle perdrait son caractère d’immensité et de mystère. J’écris pour rétablir, au cœur de la vie humaine, les moments « enchantés », effacés par la civilisation…

À cet instant, un homme d’équipage entra et murmura quelques mots au capitaine qui se leva et s’excusa : on allait bientôt arriver à Port-Louis. Mais Baudelaire semblait ailleurs. Il regardait toujours l’horizon : tout là-bas, très loin, de l’autre côté de la terre, une étoile disparut à la croisée des chemins, entre l’océan Indien et le Pacifique. Comme absorbé dans ses pensées, le poète sortit de sa poche un petit carnet à spirales, il en tourna fiévreusement les pages puis écrivit sur l’une qui était encore vierge quelques mots, et un titre : « L’Étranger »…

Copyright © février 2010, Bruno Rigolt
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“De mots, de rimes et de sables”… Suite de l’exposition de poésies par la classe de Première S3

Suite de l’exposition

“De mots, de rimes et de sables”

par la classe de Première S3

expo_1s3_promo.1263664162.jpg

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Voici le deuxième volet de l’exposition « De mots, de rimes et de sables »

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Pour accéder à la première partie de l’exposition, cliquez ici.

               

                 

Se lever encore pour revivre les journées d’hier

Dorian

              

La douce lumière du matin entre dans la pièce

Mais la journée que je vis n’est que redite et répétition d’ennui,

Me levant seul dans la poussière et la sombrité

D’une maison vide…

Partir pour vivre de nouvelles clartés et d’autres soleils !

Mon cœur se perdra dans les brumes océaniques.

Des esprits sauvages opportuns me sauveront de la noyade.

Mon corps se trouvera plongé dans des matins

Au sourire de voyage…

                 

                    

D’or et de soir

Maeva, Alexia

        

La lumière exagérée de mes pensées
Fait battre mon cœur :
Une envie de tuer telle une évasion de couleurs
Dans un je agressif
Permet le devoir assassiné tel une perle de galère
Dans un espoir noir
Qui danse une envie d’ailleurs :

Douceur des nuages embrassés,
Amour dans tes yeux de rêve :
C’est l’élément de piqûre ennuyé,
C’est le bâton de souffrance
C’est le souvenir de cette passion au ciel envolé
La cause de ce jour de beauté.

Un morceau de chaîne rouge, rouge
Qui dans la douce mer bouge
Entraîne au loin la crise du malheur
Mêlé de vivante humanité…
Et ma poésie qui mourait d’espérance
Faisait naître la négation de cadavres malchanceux envolés de vent

Et la tendresse du pont de nos bras adoucis

Finissant en rêve,

Par une nuit alanguie

D’or et de soir…

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« D’or et de soir », d’après Odilon Redon, « Les Yeux clos« , © Maeva, Alexia, BR/EPC février 2010

                   

                    

Étrange fleur soluble

Arnaud

                

Précises phrases racontant mieux et tendrement
Les oiseaux de lumière marchant sous les ciels
Comme s’évaporent les choses.

Enfin maintenant étouffant les voix filtrantes,
La langue d’Ésope, doux poème percevant la plume,
Précises phrases racontant les oiseaux de lumière…

Reconnaître l’espoir d’un amour tombant
Par des mots nouveaux conduisant à un sentiment inconnu :
Bouleversement dramatique, étrange fleur soluble. 

                    

           

Fuite vers un ailleurs

Maëlise

             

L’amour naissant, la haine s’évapore doucement :

La rose rouge de la passion se prête à rêver,

La colère se fane…

Le  fleuve de paix colore les soirs d’été :

Sérénité, calme et silence de la nuit !

Tout bruit cesse, seule au milieu de nulle part,

Je me pose dans mes pensées…

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« Fuite vers un ailleurs », © Maëlise R. Crédit iconographique : Bruno Rigolt/EPC février 2010

                

               

Controverse des nuits d’ivresse

Pauline

             

Bercée par cette folle envie fâcheuse d’anéantir la triste rosée froide des herbes noires de ces nuits inachevées des matins de novembre…

Ce mois résonne tel un cataclysme me disant que la chaleur s’est envolée, comme ces colombes sédentaires fuyant arbres et continents.

Les matins secs et lourds ont donné place aux manteaux de velours :

C’est la controverse des nuits d’ivresse au feu de bois.

Je vends des miracles ineffables, et d’hivernales paroles :

Je ne dois pas oublier de vous parler de cette terre blanche qui se fait attendre peu à peu.

Le sommeil est triste, un brin cassant ; les journées courtes comme un livre inachevé

Laissant des cicatrices…

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© Pauline M. pour le texte. Crédit iconographique : Bruno Rigolt/EPC février 2010

               

                    

Planète

Adeline

                 

La terre est constituée d’îles et d’archipels sortis des mers :
Les vagues font un voyage au centre de la terre.

Les déplacements et affrontements des plaques
Se forment sous les mers, des tsunamis s’en vont et viennent

Naufrageant des terres promises.
La Belle au bois dormant croise des arbres flottants

Au gré des continents
Où s’envolent des hommes en voyage…

             

                   

Prête à m’envoler

Camille

               

Je m’enfonce dans ce mystère comme dans le rouge

Blanchâtre d’une mousse d’amour.

L’envie de ta peau se répand sur mes lèvres

Mais la mémoire inconnue du temps qui passe

Me fait oublier les feuilles de vieillesse de l’arbre familial.

Je pense à nous en contemplant nos racines communes,

Prête à m’envoler

Vers tous les océans de ta beauté perpétuée !

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« Prête à m’envoler » © Camille L. Crédit iconographique : Bruno Rigolt/EPC février 2010

              

                 

Haïku mélancolique

Angélique, Marine

            

Vie est vernis de soleil,
Dore et illumine
Le ciel  de mon avenir

Et puis comme fleur
Mon bonheur se fane :

Le rire des enfants
Exilés, irisés

S’est envolé dans le vent.
Et la brise traversa
Mes songes vertigineux.

              

              

Où le temps ne serait que sable

par Sofia

              

La fille à la solitude rouge, dans le Noir des champs de l’amour amer…

Que devient la rencontre de là-bas où l’hier s’inquiétait de l’impossible ?

Sans l’argent du soleil, où irait cet être ? Qui embellira le sang de ce cœur naufragé ?

Cette colombe reviendra peut-être pour un désir de l’ailleurs ?

Rarement le parfum de cet être qui dans le vent se réveilla

D’une tentation, d’un cauchemar, parvint jusqu’à la mer…

La mer, la mer : un symbole de rivage où le temps ne serait que sable

De l’écume de nos cœurs qui ne faisaient plus qu’Un…

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« Où le temps ne serait que sable » (d’après Magritte « La grande famille ») © Sofia V., BR/EPC février 2010

                     

                    

Je me lève

Camille

Je me lève cette nuit avec ton image dans la tête

À moitié endormie, je regarde par la fenêtre :

Le vent coule en larmes-prunes aux pieds de la lune…

                                                      

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© Les auteur(e)s (EPC/Lycée en Forêt, Montargis, France), février 2010

“De mots, de rimes et de sables”… Suite de l'exposition de poésies par la classe de Première S3

Suite de l’exposition

“De mots, de rimes et de sables”

par la classe de Première S3

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____

Voici le deuxième volet de l’exposition « De mots, de rimes et de sables »

__

Pour accéder à la première partie de l’exposition, cliquez ici.

               

                 

Se lever encore pour revivre les journées d’hier

Dorian

              

La douce lumière du matin entre dans la pièce

Mais la journée que je vis n’est que redite et répétition d’ennui,

Me levant seul dans la poussière et la sombrité

D’une maison vide…

Partir pour vivre de nouvelles clartés et d’autres soleils !

Mon cœur se perdra dans les brumes océaniques.

Des esprits sauvages opportuns me sauveront de la noyade.

Mon corps se trouvera plongé dans des matins

Au sourire de voyage…

                 

                    

D’or et de soir

Maeva, Alexia

        

La lumière exagérée de mes pensées
Fait battre mon cœur :
Une envie de tuer telle une évasion de couleurs
Dans un je agressif
Permet le devoir assassiné tel une perle de galère
Dans un espoir noir
Qui danse une envie d’ailleurs :

Douceur des nuages embrassés,
Amour dans tes yeux de rêve :
C’est l’élément de piqûre ennuyé,
C’est le bâton de souffrance
C’est le souvenir de cette passion au ciel envolé
La cause de ce jour de beauté.

Un morceau de chaîne rouge, rouge
Qui dans la douce mer bouge
Entraîne au loin la crise du malheur
Mêlé de vivante humanité…
Et ma poésie qui mourait d’espérance
Faisait naître la négation de cadavres malchanceux envolés de vent

Et la tendresse du pont de nos bras adoucis

Finissant en rêve,

Par une nuit alanguie

D’or et de soir…

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« D’or et de soir », d’après Odilon Redon, « Les Yeux clos« , © Maeva, Alexia, BR/EPC février 2010

                   

                    

Étrange fleur soluble

Arnaud

                

Précises phrases racontant mieux et tendrement
Les oiseaux de lumière marchant sous les ciels
Comme s’évaporent les choses.

Enfin maintenant étouffant les voix filtrantes,
La langue d’Ésope, doux poème percevant la plume,
Précises phrases racontant les oiseaux de lumière…

Reconnaître l’espoir d’un amour tombant
Par des mots nouveaux conduisant à un sentiment inconnu :
Bouleversement dramatique, étrange fleur soluble. 

                    

           

Fuite vers un ailleurs

Maëlise

             

L’amour naissant, la haine s’évapore doucement :

La rose rouge de la passion se prête à rêver,

La colère se fane…

Le  fleuve de paix colore les soirs d’été :

Sérénité, calme et silence de la nuit !

Tout bruit cesse, seule au milieu de nulle part,

Je me pose dans mes pensées…

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« Fuite vers un ailleurs », © Maëlise R. Crédit iconographique : Bruno Rigolt/EPC février 2010

                

               

Controverse des nuits d’ivresse

Pauline

             

Bercée par cette folle envie fâcheuse d’anéantir la triste rosée froide des herbes noires de ces nuits inachevées des matins de novembre…

Ce mois résonne tel un cataclysme me disant que la chaleur s’est envolée, comme ces colombes sédentaires fuyant arbres et continents.

Les matins secs et lourds ont donné place aux manteaux de velours :

C’est la controverse des nuits d’ivresse au feu de bois.

Je vends des miracles ineffables, et d’hivernales paroles :

Je ne dois pas oublier de vous parler de cette terre blanche qui se fait attendre peu à peu.

Le sommeil est triste, un brin cassant ; les journées courtes comme un livre inachevé

Laissant des cicatrices…

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© Pauline M. pour le texte. Crédit iconographique : Bruno Rigolt/EPC février 2010

               

                    

Planète

Adeline

                 

La terre est constituée d’îles et d’archipels sortis des mers :
Les vagues font un voyage au centre de la terre.

Les déplacements et affrontements des plaques
Se forment sous les mers, des tsunamis s’en vont et viennent

Naufrageant des terres promises.
La Belle au bois dormant croise des arbres flottants

Au gré des continents
Où s’envolent des hommes en voyage…

             

                   

Prête à m’envoler

Camille

               

Je m’enfonce dans ce mystère comme dans le rouge

Blanchâtre d’une mousse d’amour.

L’envie de ta peau se répand sur mes lèvres

Mais la mémoire inconnue du temps qui passe

Me fait oublier les feuilles de vieillesse de l’arbre familial.

Je pense à nous en contemplant nos racines communes,

Prête à m’envoler

Vers tous les océans de ta beauté perpétuée !

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« Prête à m’envoler » © Camille L. Crédit iconographique : Bruno Rigolt/EPC février 2010

              

                 

Haïku mélancolique

Angélique, Marine

            

Vie est vernis de soleil,
Dore et illumine
Le ciel  de mon avenir

Et puis comme fleur
Mon bonheur se fane :

Le rire des enfants
Exilés, irisés

S’est envolé dans le vent.
Et la brise traversa
Mes songes vertigineux.

              

              

Où le temps ne serait que sable

par Sofia

              

La fille à la solitude rouge, dans le Noir des champs de l’amour amer…

Que devient la rencontre de là-bas où l’hier s’inquiétait de l’impossible ?

Sans l’argent du soleil, où irait cet être ? Qui embellira le sang de ce cœur naufragé ?

Cette colombe reviendra peut-être pour un désir de l’ailleurs ?

Rarement le parfum de cet être qui dans le vent se réveilla

D’une tentation, d’un cauchemar, parvint jusqu’à la mer…

La mer, la mer : un symbole de rivage où le temps ne serait que sable

De l’écume de nos cœurs qui ne faisaient plus qu’Un…

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« Où le temps ne serait que sable » (d’après Magritte « La grande famille ») © Sofia V., BR/EPC février 2010

                     

                    

Je me lève

Camille

Je me lève cette nuit avec ton image dans la tête

À moitié endormie, je regarde par la fenêtre :

Le vent coule en larmes-prunes aux pieds de la lune…

                                                      

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© Les auteur(e)s (EPC/Lycée en Forêt, Montargis, France), février 2010

Bac blanc du 28 janvier 2010 « La Poésie » Rapport du Jury

Rapport de correction

Voici le rapport que j’ai établi pour ce premier examen blanc préparant à l’écrit de l’EAF, sur la base des remarques de ma collègue et de mes propres observations. Même si ce rapport ne saurait engager les autres enseignants de l’établissement, il est évident que la plupart des observations formulées ici dépassent largement le cadre de mes classes.

Les deux divisions de Première ont participé à ce premier examen blanc : 31 élèves pour la division de Première ES1 et 18 élèves pour la division de Première S3. Le niveau a été assez hétérogène, de faible à moyen dans l’ensemble.

arrow.1242450507.jpg Pour accéder au sujet (textes du corpus + corrigés), cliquez ici.

1. Remarques générales

Un bilan qui mérite réflexion

Afin de préserver l’impartialité et l’objectivité de l’épreuve, j’ai anonymé les copies avant leur correction. En outre, j’ai demandé à une collègue enseignant en région parisienne de bien vouloir évaluer la deuxième partie de l’épreuve (les travaux d’écriture) : nous avons donc corrigé « en aveugle ». Dans le cas de divergence entre les notes, j’ai retenu la notation la plus avantageuse pour l’élève.

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  • Première ES1 : la moyenne générale obtenue est de 8,1
    (8 pour le correcteur 1 : moi ; 8,3 pour le correcteur 2 : ma collègue).
  • Première S3 : la moyenne générale obtenue est de 8,5
    (8,1 pour le correcteur 1 : moi ; 8,8 pour le correcteur 2 : ma collègue).

Comme vous le voyez, il n’y a pas eu d’amplitude très significative, au niveau des scores, entre mes notes et celles du deuxième correcteur dans la plupart des cas (moins de 0,3 point en Première ES1 ; à noter cependant un écart plus important en Première S3 de l’ordre de 0,7 point en raison de quelques travaux posant problème : j’y reviendrai). Concernant les résultats, sans être alarmant, le bilan est cependant préoccupant et devra amener certains élèves à se mettre sérieusement en question.

Des élèves partis au bout de trois heures…

J’évoquerai immédiatement le cas des candidats partis au bout de la troisième heure : 9 élèves en Première ES1 sont concernés, soit 28% de la classe ! C’était évidemment l’erreur (rédhibitoire !) à ne pas commettre : la moyenne de ces devoirs est de 06/20. Ils se caractérisent souvent par une orthographe et une syntaxe affligeantes, une écriture ainsi qu’une typographie peu soignées, des erreurs de méthode assorties à un manque important de réflexion.

Je rappellerai ici ce que j’avais écrit dans un rapport précédent :

Partir avant, comme je l’avais d’ailleurs dit et répété (en classe et sur ce blog) est évidemment une chose à ne jamais faire, surtout lors d’un examen. Plus qu’une absence de sérieux, j’y vois davantage un manque de discernement : la difficulté en Français c’est en effet de travailler avec peu de consignes, ce qui déstabilise beaucoup d’élèves, habitués plus qu’ils ne l’imaginent, à être « dirigés », et guidés par les consignes : si vous regardez attentivement la question préparatoire comme le travail d’écriture, vous verrez qu’ils vous amènent en fait à déterminer vous-même ce qu’il convient de faire : la marche à suivre étant davantage laissée à votre libre-arbitre, à votre appréciation personnelle, qu’à une succession de contraintes à respecter. Prenons comme exemple l’introduction du commentaire : je suis certain que si l’on avait dit : 1) vous ferez d’abord une introduction qui comprendra obligatoirement a) une amorce, puis b) la contextualisation du texte ainsi que c) sa problématisation, et enfin d) l’annonce du plan, certains élèves (qui n’ont rien fait de tout ça) auraient scrupuleusement exécuté ce qu’on leur disait de faire. Mais quand on leur dit seulement « Faites le commentaire », ces étudiants sont décontenancés parce que c’est à eux tout à coup à déterminer la marche à suivre, en s’adaptant de surcroît à un support textuel qu’ils ne connaissent pas. Ce sont ces mêmes élèves qui attendent en classe qu’on leur dise de prendre des notes en cours… Bref qui attendent qu’on leur donne des directives, incapables qu’ils sont d’être autonomes… En réalité, malgré leur absence apparente, les consignes sont bien là, mais elles sont implicites : vous êtes censés les connaître et les appliquer.

J’ajouterai à ces considérations la remarque suivante : partir une heure avant la fin d’une épreuve qui en dure quatre, c’est négliger 25% du temps. C’est donc perdre 25% d’efficacité : ces étudiant(e)s semblent ainsi accepter leur manque de performance, et se satisfaire que d’autres soient bien meilleurs qu’eux. Ce sont parfois les mêmes étudiant(e) qui justifient leurs difficultés ou leur sentiment d’échec personnel par des causes extérieures (« L’enfer, c’est les autres », c’est bien connu !). Et sans doute auront-ils le même raisonnement quand il s’agira pour eux d’envisager leur réussite professionnelle. Une telle attitude est évidemment déconcertante car elle est incompatible avec l’esprit de performance : comment chercher à atteindre des objectifs ambitieux si l’on accepte de perdre 25% de son efficacité ?

Choix des sujets et moyenne des travaux d’écriture en Première ES1

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Classe de Première ES1 : moyenne des dissertations

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Classe de Première ES1 : moyenne des commentaires

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Classe de Première ES1 : moyenne des écrits d’invention

Choix des sujets et moyenne des travaux d’écriture en Première S3

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Classe de Première S3 : moyenne des dissertations

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Classe de Première S3 : moyenne des commentaires

Présentation de la copie, typographie

Tout d’abord, évoquons la lisibilité : il est inconcevable qu’un candidat au Baccalauréat rende une copie qui, pour être comprise, nécessite de la part du correcteur un travail de déchiffrement (voire de « surtraduction »). C’est à juste titre que de tels devoirs sont lourdement sanctionnés aux examens et concours : les ratures, le manque de soin, etc. traduisent en effet une profonde désinvolture à l’égard de l’autre (a fortiori quand certains candidats sont partis 3 heures après le début de l’épreuve et qu’ils auraient donc eu le temps de soigner leur graphie). À l’exception de cas malheureusement avérés médicalement de dysgraphie (qui est à l’écriture ce que la dyslexie est à la parole), la plupart des candidats font tout simplement preuve d’une négligence coupable, qui les pénalisera professionnellement s’ils ne modifient pas leurs pratiques. Deux copies en particulier ont nécessité de la part de ma collègue et de moi-même, pas moins de 35 minutes pour tenter de déchiffrer les caractères. En outre, ce temps occupé au déchiffrage fait souvent oublier le message véhiculé par le texte (obligeant souvent à relire depuis le début la phrase !). Autant vous dire que le jour du Bac, un correcteur ne sera guère prêt à l’indulgence.

Je vous renvoie ici aux remarques riches d’enseignement d’un autre rapport du jury (accès au cycle préparatoire au concours interne d’entrée à l’ENA, session 2008) :

Lorsque l’écriture d’une copie est pratiquement illisible, il est tout aussi difficile de la noter, et encore davantage de porter sur elle une appréciation positive. A la limite, le candidat qui l’a rédigée l’a ipso facto quasiment annulée. L’on suggérera aux candidats concernés par cette difficulté de faire lire quelques pages de leur main à des proches pour recueillir leurs conseils, et de consacrer, au cours de leur préparation, tout le temps nécessaire à des exercices d’écriture articulée, – de la même façon que ceux qui éprouvent du mal à parler d’une manière audible et compréhensible se soumettent à des exercices d’articulation orale. Comment le jury pourrait-il prendre au sérieux un candidat, quelles que soient ses qualités, qui ne veille pas d’abord à se faire comprendre ? Peut-on accorder grand crédit à un homme ou une femme qui vise à exercer des fonctions importantes au sein de la haute administration sans paraître se soucier des conditions minimales de la communication avec les autres ? Est-il pensable en effet que cette personne soit, à terme, en mesure d’expliquer les enjeux d’une situation donnée, de définir ses objectifs, de convaincre ou de persuader l’autorité hiérarchique dont il dépend, les subordonnés qui attendent de lui soutien et instructions, le public qu’il est chargé de servir ?

L’orthographe et la syntaxe

Si de nombreux élèves ont porté leur attention sur l’orthographe, des difficultés persistent, d’abord dans l’écriture des noms propres, pourtant connus. C’est encore plus agaçant quand il s’agit d’auteurs dont le nom est mentionné dans le corpus : Beaudelaire pour Baudelaire par exemple. Dans deux copies, Daumal est devenu Duval ! Attention également aux fautes sur du vocabulaire d’usage qui dénotent un manque de rigueur (d’autant plus qu’il n’est quand même pas compliqué d’apprendre une fois pour toutes l’orthographe de certaines expressions !) :

  • Quand à pour quant à
  • malgrés pour malgré
  • (malgré que : sans être incorrecte, cette expression est néanmoins lourde et fort peu littéraire. Préférez « bien que »)
  • Voir (dans le sens de « et même ») au lieu de voire
  • quatres pour quatre
  • de faite pour de fait (en raison de la prononciation du « t » à l’oral qui n’est pas recommandable)
  • etc.

J’évoquerai brièvement les familiarités : n’attendez aucune indulgence, a fortiori dans les examens et concours de haut niveau, pour ce qui concerne tout relâchement au niveau du lexique. Voici quelques exemples alarmants : « le poète se fout de la société » ; « Daumal en a marre » ; « arrêtez de nous embêter avec vos conneries M. Baudelaire (dans l’écriture d’invention), etc.

Nous avons noté par ailleurs un très grand manque de rigueur dans le choix du vocabulaire utilisé : attention par exemple à l’usage que vous faites du verbe « citer » : c’est toujours vous qui citez et non l’auteur ! Prenons l’exemple de cette copie :

« À travers « Les dernières paroles du poète », René Daumal cite : « Je vous ferai retrouver la parole ».

Il aurait fallu écrire :

  • « À travers « Les dernières paroles du poète », René Daumal s’écrie : « Je vous ferai retrouver la parole ».
  • Ou alors : « Citons « Les dernières paroles du poète », où René Daumal s’écrie : « Je vous ferai retrouver la parole ».

Attention enfin à la syntaxe, c’est-à-dire aux constructions de phrases. Dans l’exemple ci-dessous, la répétition des mots ou expressions, ainsi qu’un mauvais usage du système verbal (concordance des temps), alourdissent non seulement le texte, mais finissent par compromettre le sens entier du message qui devient difficilement compréhensible :

Après avoir refusé la société, le poète prend la décision de revenir à la réalité parce qu’il veut revivre et demande qu’on le délivre. Il a décidé de revenir à la réalité car il entendait des bruits de baïonnette et d’éperons, il a donc conclu que son délai accordé pour dire ses paroles était proche de la fin. Au dernier moment, sa parole était proche, il éclata, il veut être délivré et il veut aussi revivre avec les autres pour qu’il leur fasse retrouver la parole. Pour être délivré et pour délivrer les autres, il leur demande…

On voit combien la langue, insuffisante et confuse, ne parvient pas à communiquer la pensée, la structurer et l’organiser. Autre difficulté : l’élève raconte le texte au lieu de l’analyser. C’est la raison pour laquelle je ne saurais trop vous recommander de vous entraîner à l’expression : c’est en écrivant, en lisant, en notant sur un petit répertoire des formules « toutes faites » que l’on peut s’améliorer et progresser. J’avais même suggéré, dans un support de cours précédent, d’utiliser votre MP3, afin de mémoriser certaines expressions facilitant ainsi le travail d’écriture le jour de l’examen. Peu d’élèves malheureusement suivent ce conseil.

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2. La question sur le corpus

arrow.1242450507.jpg Voir le corrigé en cliquant ici.

arrow.1242450507.jpg Rappel du sujet : il était demandé aux candidats de « caractériser, en les comparant, les figures du poète imaginées dans les quatre textes du corpus ».

Les contresens d’interprétation de la consigne

Attention aux lectures hâtives des consignes : elle conduisent presque toujours à une mauvaise compréhension de la question. Ainsi, les mots « figure » et « imaginées » ont suscité quelques graves erreurs. D’où un certain nombre de réponses entièrement hors-sujet et malheureusement inévaluables. De fait, vous avez été un certain nombre à interpréter le terme « figure » dans son sens stylistique. Le participe « imaginées » qui fait penser aux « images » en poésie, n’a fait que renforcer cette erreur. Les élèves concernés auraient dû cependant prêter attention : de fait, l’expression de « figure du poète » ne renvoie absolument pas aux « figures de style ». Ici, étudier les « figures du poète » revenait à s’interroger sur la représentation du poète afin de déterminer quelle image les auteurs donnaient de sa condition et de sa mission dans la société.

La nécessité de « confronter » les textes

On attendait une réponse d’une trentaine de lignes environ. Il était donc attendu des aptitudes à la synthèse, en particulier la capacité à confronter les textes au lieu de les traiter isolément. Tous les textes du corpus mettaient en relation le poète et la société. En général, les élèves l’ont bien compris. Chez Baudelaire et Daumal (et dans une certaine mesure chez Aragon) cet élan vers l’autre aboutissait pourtant à un échec. De nombreux étudiants ont à ce titre rappelé la figure du « poète maudit ». C’était tout à fait acceptable à la condition bien entendu d’utiliser avec prudence la notion. Si l’on pouvait tolérer qu’un élève compare Daumal à un « poète maudit » comme Baudelaire, il était en revanche inconcevable d’inclure Éluard ou Aragon. Quelques rares candidats ont perçu dans la figure du poète imaginée par les textes l’allégorie d’une mise en question d’un ordre social existant, symbolisée finalement par la mort biologique du poète. Cela a donné des réponses souvent judicieuses. En revanche, le discours d’Éluard et le poème d’Aragon ont posé davantage de difficultés d’interprétation, parce qu’ils touchaient à des problématiques moins évidentes, en particulier le refus de toute représentation élitiste ou spiritualiste de la poésie.

Dans quelques rares copies, ma collègue et moi-même avons déploré des réponses du type : « Dans les documents A et B, par opposition au document C ». Ce genre de prose « administrative » ne veut strictement rien dire. La présentation des textes doit mentionner explicitement leur titre ou le nom de l’auteur : « Dans « l’Albatros » ainsi que dans le poème de René Daumal… ». L’indication de numéro ou de lettre dans l’intitulé des sujets n’est donc qu’une aide typographique destinée à mieux mettre en valeur les textes.

La tendance à la généralisation

C’est l’erreur la plus fréquente. Elle touche un certain nombre de candidats (parfois de valeur) qui éprouvent des difficultés à hiérarchiser et à sélectionner leurs connaissances : ils veulent tout mettre en négligeant les aspects particuliers de la consigne : c’est-à-dire sa délimitation. Leur réponse ressemble ainsi à une sorte d’exposé ou de discours très général. Autre cas de figure : vous vous trouvez devant un texte évoquant une problématique déjà traitée (c’était le cas du poème « L’Albatros » de Baudelaire), et vous cherchez à réutiliser vos connaissances… le risque est de tomber dans les généralités en oubliant la prise en compte minutieuse de la question spécifique qui vous est soumise.

Voici un exemple de cette tendance à la généralisation :

Le poème de Baudelaire est composé de quatrains rédigés en alexandrins. Le poème évoque le thème du voyage. En effet, le poète emploie le champ lexical de la mer : « tempête », « mers », « gouffres amers », « avirons »...

Comme on le voit, l’élève exploite des connaissances qui auraient peut-être été judicieuses dans un autre contexte mais qui s’avèrent tout à fait inutiles ici.

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3. Le commentaire

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Comme la dissertation dont il reprend un certain nombre d’exigences, le commentaire consiste à présenter avec ordre et méthode un bilan personnel de lecture. Il y a donc dans tout commentaire une visée démonstrative : le but étant de démontrer grâce à des notions spécifiques d’analyse littéraire organisées en axes, ce qui fait l’intérêt d’un texte.

J’ai été étonné du nombre très important de candidats ayant opté pour le commentaire, sans mesurer, semble-t-il, la difficulté de cet exercice. De là, des notes assez faibles dans l’ensemble. Elles tiennent au fait que les élèves n’ont pas bien perçu la portée politique et même révolutionnaire du texte de Daumal, qui était difficile, il est vrai. Pourtant les indices étaient nombreux : tantôt réquisitoire, tantôt plaidoyer, le texte justifiait l’engagement dans sa fonction destructrice de mise en question d’un système idéologique :

Aux armes ! À vos fourches, à vos couteaux,
à vos cailloux, à vos marteaux
vous êtes mille, vous êtes forts,
délivrez-vous, délivrez-moi !
je veux vivre, vivez avec moi !
tuez à coups de faux, tuez à coups de pierre !
Faites que je vive et moi, je vous ferai retrouver la parole !

De cette mauvaise interprétation de départ ont découlé plusieurs erreurs : la plus regrettable a été de négliger la fonction symbolique du texte (qui pouvait se lire comme un apologue) au profit d’une lecture narrative et affective (souvent au premier degré) assez puérile (on nous « raconte » la vie d’un poète qui se frappe la tête contre les murs, isolé et incompris, et qui va être pendu, etc.) ; lecture qui ne parvenait pas au symbolique. Nous avons par ailleurs été littéralement « ahuris » de lire dans certaines copies que le poète était qualifié d’assassin, de tueur, etc. Certains candidats sont partis dans de vagues procès sur la peine de mort amenant à s’interroger sur la légitimité de la sentence !

« Pour avoir trop balancé »… source de contresens !

« Et pour avoir trop balancé pendant sa vie, le poète se balance encore après sa mort. » Cette phrase, en apparence anodine a semé un grand trouble chez certains… Au point de les amener à commettre un grave contresens sur le verbe « balancer ». Si le balancement au bout d’une corde n’a posé aucune difficulté, quelques candidats soucieux de polysémie ont risqué l’hypothèse selon laquelle le poète (devenu soudainement déloyal, fourbe et félon) a été condamné à mort parce qu’il avait « balancé » ! Morale de l’apologue : le traitre n’avait donc que ce qu’il méritait !

L’introduction

En général, elle a posé problème dans de nombreux commentaires. En premier lieu, vous avez oublié (à quelques très rares exceptions près) de contextualiser le texte de Daumal. Pourtant l’année 1936 ne vous était pas inconnue sur le plan historique (la Guerre civile espagnole, le Front populaire, la montée des fascismes…). D’où des introductions d’à peine quelques lignes, situant grossièrement le texte et annonçant vaguement un plan. À l’opposé, certains (bons) élèves ont commis la regrettable erreur de réciter leur cours sur la poésie engagée pour problématiser le texte : non seulement, cela n’avait pas d’intérêt mais de plus, cela perdait le lecteur au lieu de le guider. Attention donc : des introductions trop longues, qui ressemblent à des exposés sur un genre, une époque, un auteur sont tout aussi problématiques que des introductions trop courtes.

Dans l’introduction, amenez rapidement le texte (genre, questions littéraires que pose ce genre). La date de parution du texte doit vous permettre de le replacer dans l’histoire des idées et des mouvements culturels, sans vous attarder pour autant sur des considérations trop générales. C’est à partir de là que vous pourrez problématiser le passage à commenter et annoncer votre plan.

Mais l’erreur majeure de beaucoup d’introductions a été de mal annoncer le plan (voire de l’oublier !). Lisons ces deux exemples d’introduction pour essayer de comprendre ce qui ne convient pas et doit être amélioré :

  • introduction 1 [problématisation + annonce du plan] :

Nous nous demanderons comment le poète a vécu ses dernières heures de vie. Dans un premier temps, nous verrons les conditions d’enfermement du poète, puis le moment de sa pendaison et enfin nous étudierons les minutes qui suivent sa mort.

  • introduction 2 [problématisation + annonce du plan + début de la première partie] :

Dans ce poème de René Daumal, « Les dernières paroles du poète », nous voyons la mise à mort d’un poète. Nous verrons le déroulement en deux parties. La première : la veille de l’exécution ; puis en deux le jour de l’exécution pour répondre à la question : comment le poète vit l’approche de son exécution ? »

[Début du premier axe] Donc la veille de sa mise à mort, le poète est désespéré. Il se tape la tête contre le mur comme s’il n’en revenait pas…

Comme nous le voyons, la difficulté de ces deux introductions tient d’abord au fait qu’elles ne problématisent pas le texte, c’est-à-dire qu’elles ne parviennent pas à en dégager l’enjeu, le problème posé et qui doit amener à un questionnement (ici la question de l’engagement). Au lieu de cela, les candidat(e)s adoptent une démarche maladroite, qui consiste dès l’annonce de leur plan à « raconter » le texte. L’introduction 2 est particulièrement illustrative de cette difficulté : non seulement le plan ne progresse pas puisqu’il est « linéaire », au lieu d’être “organisé”, c’est-à-dire structuré selon une logique démonstrative, mais il amène par la force des choses à faire de la paraphrase.

Un bon plan doit être fondé sur plusieurs axes allant vers la formulation des intentions de l’auteur, ou des effets produits sur le lecteur. Comme pour la dissertation, vous annoncerez d’abord l’idée principale que vous développerez en quelques lignes, si possible de façon conceptuelle et analytique. Puis vous illustrerez cette idée à l’aide d’exemples, donc de citations.

Le plan d’exemples

Au lieu d’être fondé sur des axes permettant de faire émerger la problématique, le plan d’exemples se limite à des remarques de détail : il n’y a pas de fil conducteur, d’idée directrice. On le voit nettement dans l’exemple ci-dessous tiré d’une copie d’élève :

D’autre part, l’auteur a fortement insisté sur l’emploi de l’imparfait à valeur descriptive. Cette fois-ci encore cela dégrade de manière irréversible le statut de l’artiste puisque la description […]
Enfin, l’artiste de cette œuvre a fait appel au discours direct. Dans ce contexte, le discours direct permet au poète d’exprimer son désespoir, son impuissance face à un destin qu’il ne peut contrôler […].

Certes, il y a bien des connecteurs (« D’autre part », « enfin ») mais le candidat juxtapose des remarques (d’ailleurs beaucoup trop superficielles) sur les formes d’écriture (l’imparfait, le discours direct), à partir desquelles s’organise son parcours démonstratif : mais ici les moyens (la forme, les procédés) sont mis à la place de la fin (l’interprétation et le sens global du texte) : il n’y a donc pas de lecture « organisée » et « structurée en axe.

Il y avait peu pourtant à faire ; il suffisait de modifier l’ordre des éléments :

Premier paragraphe : « D’autre part… l’irréversibilité de la mort [sens] est accentuée par les imparfaits à valeur durative [forme] qui évoquent l’écoulement du temps, la longue attente de la mort. »

Deuxième paragraphe : « Enfin, l’expression du désespoir et de l’impuissance face à la mort [sens] est bien rendue par l’utilisation du discours direct [forme] qui traduit la violence affective du poète, et peut-être le refus d’un destin qu’il ne peut contrôler…

Le fait de « raconter » le texte au lieu de l’analyser

Dans de très nombreux commentaires, les élèves ont été abusés par l’apparence narrative du texte de Daumal. Ils l’ont donc envisagé comme une « histoire », commettant ainsi des erreurs regrettables sur le plan de l’interprétation. Beaucoup d’élèves en effet n’ont fait que « raconter » ou « décrire » le texte en oubliant sa spécificité poétique d’une part et son très net ancrage argumentatif d’autre part. D’où un très grand nombre de commentaires entièrement « linéaires » et strictement paraphrastiques. On fait de la paraphrase quand on redit ce qu’exprime déjà un texte. C’est un obstacle majeur dans le commentaire puisqu’elle conduit à délayer le contenu au lieu de l’expliquer. De là une absence totale de raisonnement démonstratif, sans aucune analyse et sans aucune réflexion sur la question de l’engagement, qui était pourtant essentielle dans le texte.

La conclusion

Beaucoup de conclusions se sont bornées à répéter l’introduction. De là l’impression très négative laissée par la lecture. On doit mesurer au contraire en vous lisant ce qui a justifié votre démarche analytique. Attention aussi aux conclusions qui poursuivent l’analyse du texte, avec exemples et citations à la clef. C’est d’une maladresse incroyable.

Par définition, une conclusion est un bilan. Elle doit être brève et ne pas comporter d’exemples. Elle sera d’autant meilleure qu’elle répondra implicitement à la question : « D’où est-ce que je suis parti, pour parvenir où ? ». C’est la raison pour laquelle je vous conseille de rédiger votre conclusion dès que vous avez terminé l’introduction, afin de bien mettre en valeur la cohérence de votre parcours démonstratif.

Concernant l’élargissement, je vous recommande la prudence. Attention aux prétendues “ouvertures”, tellement larges et vagues, qu’elles se noient bien souvent dans des considérations dépourvues d’intérêt ; ce qui est fortement pénalisant, surtout en fin de devoir : si vous manquez d’inspiration, je vous recommande donc de ne pas élargir. Certes, il est possible d’ouvrir une perspective, mais en restant dans les limites de la problématique posée.

Grille d’évaluation retenue

  • Compréhension du sens global du texte (4 points) : être capable de dégager les enjeux
    • Thèmes abordés,
    • Contextualisation, même sommaire
    • Capacité à présenter un projet de lecture
  • Capacités d’analyse (4 points) : le candidat est capable d’analyser la façon dont le style du texte suscite des effets de sens.
    • Prise en compte de la spécificité générique du texte (un poème)
    • Analyse précise du lexique et de la rhétorique
  • Organisation et structuration du devoir (4 points)
    • Introduction, conclusion
    • Parcours démonstratif organisé en axes (être capable de dégager deux ou trois axes de lecture, si possible hiérarchisés)
    • Structure des paragraphes démonstratifs
  • Mobilisation adaptée des connaissances (4 points)
    • Qualité de l’écrit (orthographe, syntaxe)
    • Vocabulaire spécifique à l’analyse littéraire
    • Réinvestissement de la culture générale

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4. La dissertation

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arrow.1242450507.jpg Rappel du sujet : Est-il juste de penser, comme le dit Éluard, que les poètes “parlent pour tous” ? Vous construirez votre réponse en vous appuyant sur les textes du corpus, ainsi que sur vos connaissances et lectures personnelles.

Analyse du sujet

Le libellé du sujet posait clairement la nature du travail demandé : il s’agissait de rédiger une discussion (« Est-il juste de penser […] que ? »). À ce titre, beaucoup de candidats ont débuté leur devoir en réfutant la thèse de l’auteur. C’est une erreur du point de vue de la méthode. Je rappelle que toute discussion exige de soutenir d’abord l’opinion puis de la réfuter ou tout au moins de la nuancer.

La citation amenait par ailleurs le candidat à réfléchir au statut et à la mission du poète dans la société, et donc plus largement aux enjeux de la poésie. Le défaut de nombreux travaux a été de ne pas considérer suffisamment les limites imposées par le sujet : il ne s’agissait en aucun cas de discourir vaguement sur les poètes ou les mouvements littéraires mais de répondre de manière ordonnée et construite à une problématique. Il était donc essentiel de déterminer les limites de l’énoncé afin d’éviter la généralisation (voir plus haut) ou le hors-sujet : n’oubliez pas que les devoirs hors-sujet peuvent être notés sur la moitié des points ! Certes, votre connaissance des œuvres et votre culture générale sont essentielles… mais à la condition de les exploiter avec discernement en tenant compte de la spécificité de l’énoncé. Quel est l’intérêt de “recracher” ses connaissances sur le Romantisme ou la poésie si ce qu’on écrit n’a pas de rapport étroit avec la problématique posée ? Certains élèves ont ainsi perdu un nombre considérable de points parce qu’ils ont voulu « tout mettre », ôtant ainsi à leur parcours démonstratif sa cohérence.

L’introduction

En général, nous avons trouvé une introduction dans tous les devoirs. Mais dans de trop nombreux travaux, cette introduction a posé problème parce que les étudiants n’ont pas su amener correctement le sujet et la problématique. N’oubliez pas tout d’abord l’entrée en matière (accroche ou amorce) : elle est importante d’un point de vue rhétorique puisque son but est de préparer le lecteur au thème que vous allez aborder. L’annonce du sujet est évidemment essentielle. Vous devez obligatoirement rappeler le sujet (ici la citation d’Éluard) en le contextualisant brièvement [ancrage historique, culturel, etc.] et en le problématisant. Je vous conseille à ce titre de privilégier une approche restreinte en partant d’une problématique clairement définie plutôt que d’élargir et de prendre le risque de rester dans le vague et les généralités. Prenons un exemple concret :

Les poètes parlent pour tous car il y a différentes manières et de styles d’écrire des poèmes comme au XIXème siècle pour le Romantisme mené par Charles Baudelaire, Rimbaud, Victor Hugo… suivis par le réalisme et le Surréalisme avec des poètes comme Paul Éluard, Louis Aragon dans le XXème siècle. Tous les poètes écrivent pour des personnes précises comme pour une chanson. La poésie est une mélodie pour divertir toutes les personnes qui voudront l’écouter et la croire…

Outre les maladresses de syntaxe, l’élève ici n’amène pas bien le sujet. Tout d’abord, il n’y a pas d’entrée en matière : dès la première ligne, la citation d’Éluard est certes rappelée mais sans guillemets ! Sans mention même du nom de l’auteur. En outre, toute l’introduction est très générale, voire confuse : quel est l’intérêt de rappeler Baudelaire, Rimbaud, Hugo, Éluard, Aragon ? Quel est l’intérêt d’évoquer le réalisme qui est avant tout un mouvement romanesque ? Pourquoi également partir sur la chanson en prenant le risque de faire perdre au lecteur le fil du raisonnement. D’ailleurs, le terme « divertir » qui est utilisé amène à négliger l’enjeu majeur de la problématique posée par le corpus, qui était celle de l’engagement. À la fin du paragraphe, on ne sait donc plus vraiment où l’élève veut en venir.

Dans l’exemple ci-dessous, il y a une meilleure application de la méthode, dans la mesure où l’élève a choisi une problématique plus restreinte, permettant de mieux cerner les enjeux de la poésie. En revanche, l’absence d’entrée en matière et de contextualisation sont préjudiciables, tout comme les maladresses de syntaxe et les lourdeurs de style :

Ils ont maintenant l’assurance de parler pour tous. Tels sont les dires de Paul Éluard pour décrire les poètes dans l’Évidence poétique, écrit en 1937. Cette phrase peut nous amener à nous poser la question suivante : « Est-il juste de penser, comme le dit Éluard, que les poètes parlent pour tous ? » C’est ce que nous tenterons de démontrer en développant dans une première partie les poètes engagés, s’exprimant au nom de tous et pour toute la société, et en y opposant, dans une deuxième partie, les poètes marginaux, tournés vers eux-mêmes et ceux voulant la qualité de prophète uniquement afin de montrer leur supériorité.

Avec un peu plus de travail pourtant, l’élève aurait pu (très facilement) réussir son introduction ; cela aurait pu donner par exemple :

C’est en 1937, quelques mois après le Front populaire et en pleine guerre d’Espagne, que Paul Éluard affirme dans l’Évidence poétique, que les poètes « ont maintenant l’assurance de parler pour tous ». Ces propos nous amènent à réfléchir à la mission du poète dans la société. Est-il juste de penser, comme le proclame l’auteur, que les poètes « parlent pour tous » ? De tels propos méritent en effet d’être discutés. Dans une première partie, nous ferons porter nos analyses sur la problématique de l’engagement en montrant comment les poètes engagés s’expriment au nom de tous et pour toute la société. Mais dans une deuxième partie, nous nuancerons toutefois l’affirmation d’Éluard en centrant notre réflexion sur la poésie plus intimiste, celle des poètes romantiques ou symbolistes en particulier qui, élevant le poète au rang de prophète, l’ont souvent séparé de la société.
 

La problématisation sous forme de titres dans le commentaire ou la dissertation

Je vous rappelle qu’en aucun cas, vous ne devez faire apparaître de titres dans un commentaire ou une dissertation littéraires (alors que c’est admis dans une dissertation économique). Certes, sur votre brouillon, il est tout à fait recommandé de mettre des titres à vos parties afin de visualiser votre parcours démonstratif, mais ces titres ne doivent pas figurer sur votre copie. Vous devez toujours problématiser sous forme de phrases.

Prenons l’exemple d’une copie dans laquelle l’élève commence ainsi l’une de ses parties :

II Le poète transmet sa vision au monde
1) La société

Ici, il aurait fallu écrire : « Quand le poète parle pour tous, il transmet sa vision au monde et tente de la faire partager au lecteur. Tout d’abord, c’est dans la société qu’il cherchera à agir… ». J’en profite d’ailleurs pour rappeler qu’un titre aussi vague que « La société » ne permet pas au lecteur d’en comprendre l’enjeu argumentatif (le poète est-il POUR la société ? CONTRE ? DANS ? HORS ?).

L’organisation du parcours argumentatif : le plan

Nous avons relevé un effort des élèves pour ordonner leur devoir selon un plan : c’est donc une bonne chose, mais malheureusement, trop de plans manquaient de rigueur et de cohérence : absence de progression dans la réflexion, « plans d’exemples » vides de sens. Je ne reviens pas ici sur les remarques déjà formulées à propos du commentaire. Je me bornerai donc à quelques rappels.

Le plan doit amener le lecteur à comprendre le parcours argumentatif sur lequel repose votre réflexion : il faut donc structurer le devoir selon une logique de progression qui va toujours du moins important au plus important. Une dissertation obéit en effet à une finalité que l’on peut résumer ainsi : « D’où est-ce que je suis parti ? Pour parvenir où ? » Ce principe de cohérence est d’autant plus essentiel que la dissertation repose sur une logique démonstrative.

Ce qui a posé le plus de difficultés aux candidats a été d’organiser leur plan autour d’idées. Bien souvent, comme dans le commentaire, ce sont malheureusement les exemples qui ont présidé à l’élaboration du parcours démonstratif, de là des paragraphes très plats, reposant sur des faits et non des arguments. Je vous rappelle l’une des règles essentielles de la dissertation : à savoir que vous devez structurer chacune des parties autour de deux ou trois arguments en partant de l’argument le plus évident (le moins important) pour arriver à l’idée la plus essentielle à vos yeux.

Afin de guider le correcteur dans votre parcours argumentatif, n’oubliez pas en outre d’utiliser les connecteurs logiques ainsi que les tournures de transition. De fait, il ne faut jamais enchaîner les arguments en se contentant de juxtaposer les idées entre elles. Enfin, renoncez toujours à exploiter une idée qui ne s’inscrirait pas dans la problématique : c’est ainsi que quelques élèves ont souhaité aborder la question du lyrisme en poésie. C’était pertinent à la condition de rattacher le lyrisme à l’expression intimiste d’une émotion personnelle en opposition donc avec la thèse d’Éluard. Mais il n’y avait évidemment aucun intérêt à évoquer le thème de la nature ou du voyage dans la poésie romantique, ou de rédiger tout un paragraphe sur le sentiment amoureux chez Ronsard.

Concernant les exemples, certains élèves ont souhaité élargir le cadre de leur réflexion en ouvrant à la chanson. Ma collègue et moi-même avons accepté cette approche dès lors qu’elle reposait sur des connaissances et une curiosité intellectuelle avérées. Mentionner Léo Ferré, Grand Corps Malade, Jean Ferrat ou même un groupe de Rap français est tout à fait légitime à la condition de passer du fait à l’interprétation. Quel est l’intérêt d’aligner des banalités et des lieux communs par manque de réflexion personnelle ?

La tendance à la généralisation

J’ai maintes fois évoqué ce risque. Je n’y reviendrai donc pas longuement. Dans une dissertation particulièrement, la tendance à la généralisation amène au hors-sujet. Sachez que tout paragraphe sortant du cadre imposé n’est pas pris en compte (et s’avère même pénalisant). Dans l’exemple ci-dessous, le candidat a donc travaillé « pour rien » :

La poésie est née en Grèce et à Rome durant l’Antiquité. Elle est, avec le théâtre, l’une des grandes inventions non scientifiques de cette époque. La poésie fut longtemps le moyen d’expression des ménestrels qui accompagnent ces poésies de musique. Ils mettaient sous forme de vers les histoires qu’ils entendaient et les répandaient de village en village, de ville en ville, ce qui donna naissance à de nombreuses légendes, les histoires étant toujours, ou presque, changées, modifiées afin de paraître plus monstrueuses ou plus héroïques. Au fur et à mesure, elle devint le domaine gardé des poètes et ne fut plus comprise des masses qui s’en détachèrent.

En lisant ce paragraphe, le lecteur se demande quel est le lien avec la problématique. On a davantage l’impression d’une sorte d’exposé historique, au demeurant fort incomplet : on passe de l’Antiquité aux ménestrels ! De plus, la démonstration est peu évidente. Il suffisait pourtant de peu de choses pour coller au sujet. Le candidat aurait dû rappeler d’abord l’axe de sa réflexion, puis l’étayer en explicitant avant de passer à l’exemple :

Comme le dit Paul Éluard, la poésie « parle pour tous » [rappel de l’idée générale], elle assume ainsi en premier lieu une fonction de représentation sociale [argument]. De fait, le poète représente le peuple, il en est souvent le porte-parole [développement de l’idée]. Sur le plan historique, les exemples ne manquent pas. Comment ne pas citer ici les ménestrels, qui sont l’une des figures les plus emblématiques de l’histoire médiévale ? Ces poètes qui s’accompagnaient d’instruments (etc.) [exemple].

Ensuite, l’élève pouvait terminer en orientant son argumentation sur l’importance donnée à la réalité sociale. L’exemple des ménestrels était intéressant et aurait pu faire l’objet d’une exploitation probante, en particulier avec les littératures orales contemporaines : c’est ainsi que les joutes oratoires, fréquentes dans le rap, perpétuent de nos jours cet ancrage populaire d’une poésie qui parlerait « pour tous ». Comme vous le voyez, il est assez facile, une fois que l’on a compris la démarche, de réaliser un travail acceptable, à la condition de réfléchir rigoureusement en se posant des questions, en variant les points de vue. Tout est question de pratique : plus vous vous entraînerez et plus vous progresserez.

La conclusion

Beaucoup de conclusions se sont bornées à répéter l’introduction. De là l’impression très négative laissée par la lecture. On doit mesurer au contraire en vous lisant ce qui a justifié votre démarche analytique. Attention aussi aux conclusions qui poursuivent l’analyse du texte, avec exemples et citations à la clef. C’est d’une maladresse incroyable.

Par définition, une conclusion est un bilan critique. Elle doit être brève et ne pas comporter d’exemples. Il ne s’agit donc pas de rappeler les étapes du raisonnement, ce qui vous amènerait à d’inévitables redites, mais les résultats auxquels vous êtes parvenu au terme de votre démonstration. 

Concernant l’élargissement, je vous recommande la prudence. Attention aux prétendues « ouvertures », tellement larges et vagues, qu’elles se noient bien souvent dans des considérations dépourvues d’intérêt ; ce qui est fortement pénalisant, surtout en fin de devoir : si vous manquez d’inspiration, je vous recommande donc de ne pas élargir. Certes, il est possible d’ouvrir une perspective, mais en restant dans les limites de la problématique posée.

Grille d’évaluation retenue

  • Compréhension du sujet (4 points) : être capable de dégager les enjeux
    • Thèmes abordés, problématisation : interprétation juste des éléments essentiels de l’énoncé
  • Aptitude à la réflexion et à l’argumentation (4 points)
    • capacité à développer un point de vue critique à l’aide d’arguments convaincants et pertinents
    • pertinence des exemples et des illustrations
  • Organisation et structuration du devoir (4 points)
    • Introduction, conclusion, transitions
    • Parcours démonstratif organisé en axes cohérents
    • Structure des paragraphes argumentatifs
  • Mobilisation adaptée des connaissances (4 points)
    • Qualité de l’expression écrite (orthographe, syntaxe, style)
    • Exploitation du corpus et culture littéraire

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5. L’écrit d’invention

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arrow.1242450507.jpg Rappel du sujet : imaginez un dialogue entre le poète baudelairien et un des “hommes d’équipage” représentant une société sourde à la poésie.

Beaucoup d’élèves, qui ont encore en mémoire de vagues souvenirs de rédactions au collège, interprètent souvent très mal la nature de cet exercice. Je rappellerai d’abord les Instructions officielles (B.O. n° 46 du 14.12.06) qui fixent précisément les exigences requises :

« L’écriture d’invention permet au candidat de mettre en œuvre d’autres formes d’écriture que celle de la dissertation ou du commentaire. Il doit écrire un texte, en liaison avec celui ou ceux du corpus, et en fonction d’un certain nombre de consignes rendues explicites par le libellé du sujet. L’exercice se fonde, comme les deux autres, sur une lecture intelligente et sensible du corpus, et exige du candidat qu’il se soit approprié la spécificité des textes dont il dispose (langue, style, pensée), afin d’être capable de les reproduire, de les prolonger, de s’en démarquer ou de les critiquer ». […] En aucun cas on ne demande, le jour de l’examen, l’écriture de textes de pure imagination, libre et sans contrainte ».

C’est la raison pour laquelle, sélectionner l’écriture d’invention lors de l’épreuve relève avant tout d’un choix quoi doit être mûrement réfléchi. Le sujet proposé invitait les élèves à « imaginer un dialogue entre le poète baudelairien et un des “hommes d’équipage” représentant une société sourde à la poésie ».

Ce type de travail conjuguait donc deux contraintes :

  • la contrainte argumentative puisqu’il s’agissait d’exprimer des opinions à partir d’une problématique donnée, en fonction d’un but précis (la place et la mission de la poésie dans la société) ;
  • la contrainte proprement littéraire.

Même si la production demandée relevait donc de la fiction, il est évident que la forme imposée par le dialogue suggérait de savoir exploiter une culture générale suffisante ainsi qu’un certain nombre de registres (éloge, blâme, réquisitoire, plaidoyer, etc.). En outre, il paraissait évident qu’un tel sujet amenait le candidat à un travail approfondi sur le style.

Ce n’est pas un hasard si Baudelaire a été choisi par les concepteurs du sujet. L’auteur des Fleurs du mal est en effet bien connu de la plupart des jeunes. Sa marginalité qui en a fait la figure emblématique du « poète maudit », empreinte d’une esthétique nouvelle placée sous le signe de l’antithèse (le spleen et l’idéal) permettaient de réfléchir à la double condition du poète, telle qu’elle était posée dans « l’Albatros » : d’une part, le poète mage et prophète ; d’autre part le poète maudit.

Je rappellerai ici ce que j’avais déjà dit dans un précédent rapport :

Je dois, et fort malheureusement, faire un constat globalement négatif à propos du niveau général des élèves ayant choisi cet exercice ; sauf quelques bonnes (même très bonnes) copies, le manque de préparation, aussi bien stylistique que culturelle, des candidats est inquiétant […] tant l’accumulation des fautes les plus élémentaires est au-delà de ce qui se peut concevoir : aucune référence culturelle ». […] N’oubliez pas que le correcteur vous juge d’abord sur des connaissances (le fond) et la manière dont vous allez les exploiter au niveau rédactionnel (la forme). Nous ne saurions trop vous rappeler que cet exercice exige, tout comme le commentaire et la dissertation, de la méthode. Un écrit d’invention ne s’improvise pas : cela passe d’abord par un strict respect des contraintes imposées par le sujet et par un entraînement personnel.

La grande erreur de beaucoup d’étudiants a été de se précipiter : les élèves les plus sérieux ont certes fait un brouillon, mais ils ont rédigé tout de suite. Au lieu de préparer un plan, ils ont « imaginé » spontanément leur dialogue. De là des travaux souvent décevants dans la mesure où il n’y avait pas de parcours argumentatif. Prenons par exemple cet écrit, assez représentatif de nombreuses copies :

– Excusez-moi Monsieur, mais avec tout le respect que je vous dois, vous trouvez normal de laisser agir vos hommes de la sorte ?
– Oh ! Monsieur Baudelaire, après plusieurs jours passés en mer, il faut bien que mes hommes puissent se défouler, trouver une occupation. Vous savez, sur un bateau, on a vite fait de s’ennuyer.
Baudelaire révolté essaye de se retenir, mais ce n’est pas chose facile.
– Vous pensez que c’est normal de torturer un animal à bout de force en lui crevant les yeux, dit-il sèchement.
En effet, les albatros sont des oiseaux marins qui parcourent d’énormes distances lors de leurs migrations pour se reproduire. Malheureusement, en mer il n’y a rien pour qu’ils puissent se reposer…

La difficulté ici, c’est qu’il y a certes un dialogue, mais il détourne le sujet de son enjeu majeur qui était de faire réfléchir à la fonction de la poésie, et non au sort des albatros ! N’oubliez pas que l’épreuve est destinée à tester vos connaissances sur les objets d’étude (ici la poésie) et à apprécier la qualité de votre expression littéraire : dans le cas présent, l’élève n’a pas pensé à exploiter sa culture et ses connaissances. Par ailleurs, le discours s’oriente au fur et à mesure vers une sorte d’exposé documentaire sur la vie des albatros. Je renonce à évoquer d’autres écrits d’invention, qui se caractérisent malheureusement par une accumulation de bavardages superficiels. Que dire aussi de certains travaux qui, voulant mettre en scène Baudelaire, ont carrément fait parler l’albatros, amenant ainsi leur discours du côté du fantastique et du merveilleux ! Quelques rares étudiants, souhaitant se mettre à la place de Baudelaire, ont privilégié un discours ampoulé, pseudo poétique, bourré de stéréotypes langagiers, allant à l’encontre même des idées de Baudelaire ! Prenons le cas de cette copie :

Moi diabolique ? ! Ce n’est pas pour vous rendre hystérique mais mes amis disent de moi que je suis plutôt fort sympathique. Et si je vous parle à présent ce n’est point pour vous causer malheur mais je dirai que c’est pour vous démontrer toute ma splendeur ainsi que ma grandeur…

La démarche adoptée est ici des plus maladroites : quel est l’intérêt d’émailler les propos de Baudelaire de rimes ou de correspondances sonores (d’ailleurs fort pauvres : hystérique/sympathique ; malheur/splendeur/grandeur) et d’archaïsmes (« ce n’est point ») qui desservent considérablement le message à faire passer. Alors que Baudelaire et d’autres Symbolistes ont révolutionné la poésie (poème en prose, refus de la rime, transgression des normes et des conventions), de tels propos accréditent le stéréotype du registre « soutenu » hérité de la « petite école ». C’est tout à fait dommageable d’autant plus que les consignes n’amenaient absolument pas à ce type d’écrit.

Mais la méconnaissance du cours ne saurait à elle seule justifier de telles erreurs. Elles s’expliquent également par l’absence de plan préalable, et donc de parcours démonstratif. Pour pallier ce genre d’inconvénients, il suffisait de dresser au brouillon un tableau en deux colonnes (d’un côté les arguments du poète baudelairien ; de l’autre ceux du marin) et de les opposer en exploitant impérativement votre connaissance du cours (poète baudelairien = homme énigmatique, distant avec la société, refusant les valeurs morales et sociales reconnues, à la recherche de la beauté, de l’évasion, du rêve, du spirituel, etc. par opposition avec le marin, représentant de la société et de ses codes). Quelques arguments seulement, s’ils étaient bien étayés, étaient acceptables pour ce type de travail. Il suffisait ensuite d’approfondir les idées (selon la même technique que celle du paragraphe argumentatif) et de les confronter dialogiquement, en veillant à faire progresser les idées. Et c’est seulement à la fin (au moment où le parcours argumentatif était structuré) qu’il fallait travailler rigoureusement la forme.

Mon conseil pour l’écriture d’invention

  1. Les fondations ;
  2. Les murs ;
  3. La déco.
 
  1. D’abord les fondations… Ne vous précipitez pas ! Réfléchissez calmement, et essayez de poser au brouillon les arguments sous forme d’une phrase simple, même d’une phrase nominale. L’idée doit évidemment être pertinente, puisqu’elle va constituer la base de votre paragraphe. Comme pour une maison : si la fondation est mauvaise, la maison s’écroule… Et si l’idée est mauvaise, votre paragraphe s’effondre  !
  2. Puis les murs ! Récrivez cette idée en étayant un peu plus : vous verrez que progressivement cela fera surgir des exemples, peut-être d’autres idées. Essayez toujours d’aller du particulier au général, de l’individuel au collectif.
  3. Et enfin, la déco ! Après vous pouvez faire du style afin d’exploiter les potentialités du langage : gradations ternaires, questions oratoires, anaphores, etc.
            
 

Grille d’évaluation retenue

  • Respect des consignes du sujet (4 points)
    • Adaptation de l’écriture au genre, au registre, etc.
  • Aptitude à la réflexion et à l’argumentation (5 points)
    • capacité à formuler des enjeux à partir du réinvestissement du texte, et des questionnements du corpus
  • Organisation et structuration du devoir (2 points)
  • Culture générale et qualités littéraires (5 points)
    • Qualité de l’expression écrite (orthographe, syntaxe, style)
    • culture littéraire (la notion de « poète baudelairien »)
    • utilisation des outils linguistiques et stylistiques
 

Copyright © février 2010, Bruno Rigolt
Espace Pédagogique Contributif

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Bac blanc du 28 janvier 2010 "La Poésie" Rapport du Jury

Rapport de correction

Voici le rapport que j’ai établi pour ce premier examen blanc préparant à l’écrit de l’EAF, sur la base des remarques de ma collègue et de mes propres observations. Même si ce rapport ne saurait engager les autres enseignants de l’établissement, il est évident que la plupart des observations formulées ici dépassent largement le cadre de mes classes.

Les deux divisions de Première ont participé à ce premier examen blanc : 31 élèves pour la division de Première ES1 et 18 élèves pour la division de Première S3. Le niveau a été assez hétérogène, de faible à moyen dans l’ensemble.

arrow.1242450507.jpg Pour accéder au sujet (textes du corpus + corrigés), cliquez ici.

1. Remarques générales

Un bilan qui mérite réflexion

Afin de préserver l’impartialité et l’objectivité de l’épreuve, j’ai anonymé les copies avant leur correction. En outre, j’ai demandé à une collègue enseignant en région parisienne de bien vouloir évaluer la deuxième partie de l’épreuve (les travaux d’écriture) : nous avons donc corrigé « en aveugle ». Dans le cas de divergence entre les notes, j’ai retenu la notation la plus avantageuse pour l’élève.

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  • Première ES1 : la moyenne générale obtenue est de 8,1
    (8 pour le correcteur 1 : moi ; 8,3 pour le correcteur 2 : ma collègue).
  • Première S3 : la moyenne générale obtenue est de 8,5
    (8,1 pour le correcteur 1 : moi ; 8,8 pour le correcteur 2 : ma collègue).

Comme vous le voyez, il n’y a pas eu d’amplitude très significative, au niveau des scores, entre mes notes et celles du deuxième correcteur dans la plupart des cas (moins de 0,3 point en Première ES1 ; à noter cependant un écart plus important en Première S3 de l’ordre de 0,7 point en raison de quelques travaux posant problème : j’y reviendrai). Concernant les résultats, sans être alarmant, le bilan est cependant préoccupant et devra amener certains élèves à se mettre sérieusement en question.

Des élèves partis au bout de trois heures…

J’évoquerai immédiatement le cas des candidats partis au bout de la troisième heure : 9 élèves en Première ES1 sont concernés, soit 28% de la classe ! C’était évidemment l’erreur (rédhibitoire !) à ne pas commettre : la moyenne de ces devoirs est de 06/20. Ils se caractérisent souvent par une orthographe et une syntaxe affligeantes, une écriture ainsi qu’une typographie peu soignées, des erreurs de méthode assorties à un manque important de réflexion.

Je rappellerai ici ce que j’avais écrit dans un rapport précédent :

Partir avant, comme je l’avais d’ailleurs dit et répété (en classe et sur ce blog) est évidemment une chose à ne jamais faire, surtout lors d’un examen. Plus qu’une absence de sérieux, j’y vois davantage un manque de discernement : la difficulté en Français c’est en effet de travailler avec peu de consignes, ce qui déstabilise beaucoup d’élèves, habitués plus qu’ils ne l’imaginent, à être « dirigés », et guidés par les consignes : si vous regardez attentivement la question préparatoire comme le travail d’écriture, vous verrez qu’ils vous amènent en fait à déterminer vous-même ce qu’il convient de faire : la marche à suivre étant davantage laissée à votre libre-arbitre, à votre appréciation personnelle, qu’à une succession de contraintes à respecter. Prenons comme exemple l’introduction du commentaire : je suis certain que si l’on avait dit : 1) vous ferez d’abord une introduction qui comprendra obligatoirement a) une amorce, puis b) la contextualisation du texte ainsi que c) sa problématisation, et enfin d) l’annonce du plan, certains élèves (qui n’ont rien fait de tout ça) auraient scrupuleusement exécuté ce qu’on leur disait de faire. Mais quand on leur dit seulement « Faites le commentaire », ces étudiants sont décontenancés parce que c’est à eux tout à coup à déterminer la marche à suivre, en s’adaptant de surcroît à un support textuel qu’ils ne connaissent pas. Ce sont ces mêmes élèves qui attendent en classe qu’on leur dise de prendre des notes en cours… Bref qui attendent qu’on leur donne des directives, incapables qu’ils sont d’être autonomes… En réalité, malgré leur absence apparente, les consignes sont bien là, mais elles sont implicites : vous êtes censés les connaître et les appliquer.

J’ajouterai à ces considérations la remarque suivante : partir une heure avant la fin d’une épreuve qui en dure quatre, c’est négliger 25% du temps. C’est donc perdre 25% d’efficacité : ces étudiant(e)s semblent ainsi accepter leur manque de performance, et se satisfaire que d’autres soient bien meilleurs qu’eux. Ce sont parfois les mêmes étudiant(e) qui justifient leurs difficultés ou leur sentiment d’échec personnel par des causes extérieures (« L’enfer, c’est les autres », c’est bien connu !). Et sans doute auront-ils le même raisonnement quand il s’agira pour eux d’envisager leur réussite professionnelle. Une telle attitude est évidemment déconcertante car elle est incompatible avec l’esprit de performance : comment chercher à atteindre des objectifs ambitieux si l’on accepte de perdre 25% de son efficacité ?

Choix des sujets et moyenne des travaux d’écriture en Première ES1

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Classe de Première ES1 : moyenne des dissertations

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Classe de Première ES1 : moyenne des commentaires

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Classe de Première ES1 : moyenne des écrits d’invention

Choix des sujets et moyenne des travaux d’écriture en Première S3

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Classe de Première S3 : moyenne des dissertations

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Classe de Première S3 : moyenne des commentaires

Présentation de la copie, typographie

Tout d’abord, évoquons la lisibilité : il est inconcevable qu’un candidat au Baccalauréat rende une copie qui, pour être comprise, nécessite de la part du correcteur un travail de déchiffrement (voire de « surtraduction »). C’est à juste titre que de tels devoirs sont lourdement sanctionnés aux examens et concours : les ratures, le manque de soin, etc. traduisent en effet une profonde désinvolture à l’égard de l’autre (a fortiori quand certains candidats sont partis 3 heures après le début de l’épreuve et qu’ils auraient donc eu le temps de soigner leur graphie). À l’exception de cas malheureusement avérés médicalement de dysgraphie (qui est à l’écriture ce que la dyslexie est à la parole), la plupart des candidats font tout simplement preuve d’une négligence coupable, qui les pénalisera professionnellement s’ils ne modifient pas leurs pratiques. Deux copies en particulier ont nécessité de la part de ma collègue et de moi-même, pas moins de 35 minutes pour tenter de déchiffrer les caractères. En outre, ce temps occupé au déchiffrage fait souvent oublier le message véhiculé par le texte (obligeant souvent à relire depuis le début la phrase !). Autant vous dire que le jour du Bac, un correcteur ne sera guère prêt à l’indulgence.

Je vous renvoie ici aux remarques riches d’enseignement d’un autre rapport du jury (accès au cycle préparatoire au concours interne d’entrée à l’ENA, session 2008) :

Lorsque l’écriture d’une copie est pratiquement illisible, il est tout aussi difficile de la noter, et encore davantage de porter sur elle une appréciation positive. A la limite, le candidat qui l’a rédigée l’a ipso facto quasiment annulée. L’on suggérera aux candidats concernés par cette difficulté de faire lire quelques pages de leur main à des proches pour recueillir leurs conseils, et de consacrer, au cours de leur préparation, tout le temps nécessaire à des exercices d’écriture articulée, – de la même façon que ceux qui éprouvent du mal à parler d’une manière audible et compréhensible se soumettent à des exercices d’articulation orale. Comment le jury pourrait-il prendre au sérieux un candidat, quelles que soient ses qualités, qui ne veille pas d’abord à se faire comprendre ? Peut-on accorder grand crédit à un homme ou une femme qui vise à exercer des fonctions importantes au sein de la haute administration sans paraître se soucier des conditions minimales de la communication avec les autres ? Est-il pensable en effet que cette personne soit, à terme, en mesure d’expliquer les enjeux d’une situation donnée, de définir ses objectifs, de convaincre ou de persuader l’autorité hiérarchique dont il dépend, les subordonnés qui attendent de lui soutien et instructions, le public qu’il est chargé de servir ?

L’orthographe et la syntaxe

Si de nombreux élèves ont porté leur attention sur l’orthographe, des difficultés persistent, d’abord dans l’écriture des noms propres, pourtant connus. C’est encore plus agaçant quand il s’agit d’auteurs dont le nom est mentionné dans le corpus : Beaudelaire pour Baudelaire par exemple. Dans deux copies, Daumal est devenu Duval ! Attention également aux fautes sur du vocabulaire d’usage qui dénotent un manque de rigueur (d’autant plus qu’il n’est quand même pas compliqué d’apprendre une fois pour toutes l’orthographe de certaines expressions !) :

  • Quand à pour quant à
  • malgrés pour malgré
  • (malgré que : sans être incorrecte, cette expression est néanmoins lourde et fort peu littéraire. Préférez « bien que »)
  • Voir (dans le sens de « et même ») au lieu de voire
  • quatres pour quatre
  • de faite pour de fait (en raison de la prononciation du « t » à l’oral qui n’est pas recommandable)
  • etc.

J’évoquerai brièvement les familiarités : n’attendez aucune indulgence, a fortiori dans les examens et concours de haut niveau, pour ce qui concerne tout relâchement au niveau du lexique. Voici quelques exemples alarmants : « le poète se fout de la société » ; « Daumal en a marre » ; « arrêtez de nous embêter avec vos conneries M. Baudelaire (dans l’écriture d’invention), etc.

Nous avons noté par ailleurs un très grand manque de rigueur dans le choix du vocabulaire utilisé : attention par exemple à l’usage que vous faites du verbe « citer » : c’est toujours vous qui citez et non l’auteur ! Prenons l’exemple de cette copie :

« À travers « Les dernières paroles du poète », René Daumal cite : « Je vous ferai retrouver la parole ».

Il aurait fallu écrire :

  • « À travers « Les dernières paroles du poète », René Daumal s’écrie : « Je vous ferai retrouver la parole ».
  • Ou alors : « Citons « Les dernières paroles du poète », où René Daumal s’écrie : « Je vous ferai retrouver la parole ».

Attention enfin à la syntaxe, c’est-à-dire aux constructions de phrases. Dans l’exemple ci-dessous, la répétition des mots ou expressions, ainsi qu’un mauvais usage du système verbal (concordance des temps), alourdissent non seulement le texte, mais finissent par compromettre le sens entier du message qui devient difficilement compréhensible :

Après avoir refusé la société, le poète prend la décision de revenir à la réalité parce qu’il veut revivre et demande qu’on le délivre. Il a décidé de revenir à la réalité car il entendait des bruits de baïonnette et d’éperons, il a donc conclu que son délai accordé pour dire ses paroles était proche de la fin. Au dernier moment, sa parole était proche, il éclata, il veut être délivré et il veut aussi revivre avec les autres pour qu’il leur fasse retrouver la parole. Pour être délivré et pour délivrer les autres, il leur demande…

On voit combien la langue, insuffisante et confuse, ne parvient pas à communiquer la pensée, la structurer et l’organiser. Autre difficulté : l’élève raconte le texte au lieu de l’analyser. C’est la raison pour laquelle je ne saurais trop vous recommander de vous entraîner à l’expression : c’est en écrivant, en lisant, en notant sur un petit répertoire des formules « toutes faites » que l’on peut s’améliorer et progresser. J’avais même suggéré, dans un support de cours précédent, d’utiliser votre MP3, afin de mémoriser certaines expressions facilitant ainsi le travail d’écriture le jour de l’examen. Peu d’élèves malheureusement suivent ce conseil.

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2. La question sur le corpus

arrow.1242450507.jpg Voir le corrigé en cliquant ici.

arrow.1242450507.jpg Rappel du sujet : il était demandé aux candidats de « caractériser, en les comparant, les figures du poète imaginées dans les quatre textes du corpus ».

Les contresens d’interprétation de la consigne

Attention aux lectures hâtives des consignes : elle conduisent presque toujours à une mauvaise compréhension de la question. Ainsi, les mots « figure » et « imaginées » ont suscité quelques graves erreurs. D’où un certain nombre de réponses entièrement hors-sujet et malheureusement inévaluables. De fait, vous avez été un certain nombre à interpréter le terme « figure » dans son sens stylistique. Le participe « imaginées » qui fait penser aux « images » en poésie, n’a fait que renforcer cette erreur. Les élèves concernés auraient dû cependant prêter attention : de fait, l’expression de « figure du poète » ne renvoie absolument pas aux « figures de style ». Ici, étudier les « figures du poète » revenait à s’interroger sur la représentation du poète afin de déterminer quelle image les auteurs donnaient de sa condition et de sa mission dans la société.

La nécessité de « confronter » les textes

On attendait une réponse d’une trentaine de lignes environ. Il était donc attendu des aptitudes à la synthèse, en particulier la capacité à confronter les textes au lieu de les traiter isolément. Tous les textes du corpus mettaient en relation le poète et la société. En général, les élèves l’ont bien compris. Chez Baudelaire et Daumal (et dans une certaine mesure chez Aragon) cet élan vers l’autre aboutissait pourtant à un échec. De nombreux étudiants ont à ce titre rappelé la figure du « poète maudit ». C’était tout à fait acceptable à la condition bien entendu d’utiliser avec prudence la notion. Si l’on pouvait tolérer qu’un élève compare Daumal à un « poète maudit » comme Baudelaire, il était en revanche inconcevable d’inclure Éluard ou Aragon. Quelques rares candidats ont perçu dans la figure du poète imaginée par les textes l’allégorie d’une mise en question d’un ordre social existant, symbolisée finalement par la mort biologique du poète. Cela a donné des réponses souvent judicieuses. En revanche, le discours d’Éluard et le poème d’Aragon ont posé davantage de difficultés d’interprétation, parce qu’ils touchaient à des problématiques moins évidentes, en particulier le refus de toute représentation élitiste ou spiritualiste de la poésie.

Dans quelques rares copies, ma collègue et moi-même avons déploré des réponses du type : « Dans les documents A et B, par opposition au document C ». Ce genre de prose « administrative » ne veut strictement rien dire. La présentation des textes doit mentionner explicitement leur titre ou le nom de l’auteur : « Dans « l’Albatros » ainsi que dans le poème de René Daumal… ». L’indication de numéro ou de lettre dans l’intitulé des sujets n’est donc qu’une aide typographique destinée à mieux mettre en valeur les textes.

La tendance à la généralisation

C’est l’erreur la plus fréquente. Elle touche un certain nombre de candidats (parfois de valeur) qui éprouvent des difficultés à hiérarchiser et à sélectionner leurs connaissances : ils veulent tout mettre en négligeant les aspects particuliers de la consigne : c’est-à-dire sa délimitation. Leur réponse ressemble ainsi à une sorte d’exposé ou de discours très général. Autre cas de figure : vous vous trouvez devant un texte évoquant une problématique déjà traitée (c’était le cas du poème « L’Albatros » de Baudelaire), et vous cherchez à réutiliser vos connaissances… le risque est de tomber dans les généralités en oubliant la prise en compte minutieuse de la question spécifique qui vous est soumise.

Voici un exemple de cette tendance à la généralisation :

Le poème de Baudelaire est composé de quatrains rédigés en alexandrins. Le poème évoque le thème du voyage. En effet, le poète emploie le champ lexical de la mer : « tempête », « mers », « gouffres amers », « avirons »...

Comme on le voit, l’élève exploite des connaissances qui auraient peut-être été judicieuses dans un autre contexte mais qui s’avèrent tout à fait inutiles ici.

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3. Le commentaire

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Comme la dissertation dont il reprend un certain nombre d’exigences, le commentaire consiste à présenter avec ordre et méthode un bilan personnel de lecture. Il y a donc dans tout commentaire une visée démonstrative : le but étant de démontrer grâce à des notions spécifiques d’analyse littéraire organisées en axes, ce qui fait l’intérêt d’un texte.

J’ai été étonné du nombre très important de candidats ayant opté pour le commentaire, sans mesurer, semble-t-il, la difficulté de cet exercice. De là, des notes assez faibles dans l’ensemble. Elles tiennent au fait que les élèves n’ont pas bien perçu la portée politique et même révolutionnaire du texte de Daumal, qui était difficile, il est vrai. Pourtant les indices étaient nombreux : tantôt réquisitoire, tantôt plaidoyer, le texte justifiait l’engagement dans sa fonction destructrice de mise en question d’un système idéologique :

Aux armes ! À vos fourches, à vos couteaux,
à vos cailloux, à vos marteaux
vous êtes mille, vous êtes forts,
délivrez-vous, délivrez-moi !
je veux vivre, vivez avec moi !
tuez à coups de faux, tuez à coups de pierre !
Faites que je vive et moi, je vous ferai retrouver la parole !

De cette mauvaise interprétation de départ ont découlé plusieurs erreurs : la plus regrettable a été de négliger la fonction symbolique du texte (qui pouvait se lire comme un apologue) au profit d’une lecture narrative et affective (souvent au premier degré) assez puérile (on nous « raconte » la vie d’un poète qui se frappe la tête contre les murs, isolé et incompris, et qui va être pendu, etc.) ; lecture qui ne parvenait pas au symbolique. Nous avons par ailleurs été littéralement « ahuris » de lire dans certaines copies que le poète était qualifié d’assassin, de tueur, etc. Certains candidats sont partis dans de vagues procès sur la peine de mort amenant à s’interroger sur la légitimité de la sentence !

« Pour avoir trop balancé »… source de contresens !

« Et pour avoir trop balancé pendant sa vie, le poète se balance encore après sa mort. » Cette phrase, en apparence anodine a semé un grand trouble chez certains… Au point de les amener à commettre un grave contresens sur le verbe « balancer ». Si le balancement au bout d’une corde n’a posé aucune difficulté, quelques candidats soucieux de polysémie ont risqué l’hypothèse selon laquelle le poète (devenu soudainement déloyal, fourbe et félon) a été condamné à mort parce qu’il avait « balancé » ! Morale de l’apologue : le traitre n’avait donc que ce qu’il méritait !

L’introduction

En général, elle a posé problème dans de nombreux commentaires. En premier lieu, vous avez oublié (à quelques très rares exceptions près) de contextualiser le texte de Daumal. Pourtant l’année 1936 ne vous était pas inconnue sur le plan historique (la Guerre civile espagnole, le Front populaire, la montée des fascismes…). D’où des introductions d’à peine quelques lignes, situant grossièrement le texte et annonçant vaguement un plan. À l’opposé, certains (bons) élèves ont commis la regrettable erreur de réciter leur cours sur la poésie engagée pour problématiser le texte : non seulement, cela n’avait pas d’intérêt mais de plus, cela perdait le lecteur au lieu de le guider. Attention donc : des introductions trop longues, qui ressemblent à des exposés sur un genre, une époque, un auteur sont tout aussi problématiques que des introductions trop courtes.

Dans l’introduction, amenez rapidement le texte (genre, questions littéraires que pose ce genre). La date de parution du texte doit vous permettre de le replacer dans l’histoire des idées et des mouvements culturels, sans vous attarder pour autant sur des considérations trop générales. C’est à partir de là que vous pourrez problématiser le passage à commenter et annoncer votre plan.

Mais l’erreur majeure de beaucoup d’introductions a été de mal annoncer le plan (voire de l’oublier !). Lisons ces deux exemples d’introduction pour essayer de comprendre ce qui ne convient pas et doit être amélioré :

  • introduction 1 [problématisation + annonce du plan] :

Nous nous demanderons comment le poète a vécu ses dernières heures de vie. Dans un premier temps, nous verrons les conditions d’enfermement du poète, puis le moment de sa pendaison et enfin nous étudierons les minutes qui suivent sa mort.

  • introduction 2 [problématisation + annonce du plan + début de la première partie] :

Dans ce poème de René Daumal, « Les dernières paroles du poète », nous voyons la mise à mort d’un poète. Nous verrons le déroulement en deux parties. La première : la veille de l’exécution ; puis en deux le jour de l’exécution pour répondre à la question : comment le poète vit l’approche de son exécution ? »

[Début du premier axe] Donc la veille de sa mise à mort, le poète est désespéré. Il se tape la tête contre le mur comme s’il n’en revenait pas…

Comme nous le voyons, la difficulté de ces deux introductions tient d’abord au fait qu’elles ne problématisent pas le texte, c’est-à-dire qu’elles ne parviennent pas à en dégager l’enjeu, le problème posé et qui doit amener à un questionnement (ici la question de l’engagement). Au lieu de cela, les candidat(e)s adoptent une démarche maladroite, qui consiste dès l’annonce de leur plan à « raconter » le texte. L’introduction 2 est particulièrement illustrative de cette difficulté : non seulement le plan ne progresse pas puisqu’il est « linéaire », au lieu d’être “organisé”, c’est-à-dire structuré selon une logique démonstrative, mais il amène par la force des choses à faire de la paraphrase.

Un bon plan doit être fondé sur plusieurs axes allant vers la formulation des intentions de l’auteur, ou des effets produits sur le lecteur. Comme pour la dissertation, vous annoncerez d’abord l’idée principale que vous développerez en quelques lignes, si possible de façon conceptuelle et analytique. Puis vous illustrerez cette idée à l’aide d’exemples, donc de citations.

Le plan d’exemples

Au lieu d’être fondé sur des axes permettant de faire émerger la problématique, le plan d’exemples se limite à des remarques de détail : il n’y a pas de fil conducteur, d’idée directrice. On le voit nettement dans l’exemple ci-dessous tiré d’une copie d’élève :

D’autre part, l’auteur a fortement insisté sur l’emploi de l’imparfait à valeur descriptive. Cette fois-ci encore cela dégrade de manière irréversible le statut de l’artiste puisque la description […]
Enfin, l’artiste de cette œuvre a fait appel au discours direct. Dans ce contexte, le discours direct permet au poète d’exprimer son désespoir, son impuissance face à un destin qu’il ne peut contrôler […].

Certes, il y a bien des connecteurs (« D’autre part », « enfin ») mais le candidat juxtapose des remarques (d’ailleurs beaucoup trop superficielles) sur les formes d’écriture (l’imparfait, le discours direct), à partir desquelles s’organise son parcours démonstratif : mais ici les moyens (la forme, les procédés) sont mis à la place de la fin (l’interprétation et le sens global du texte) : il n’y a donc pas de lecture « organisée » et « structurée en axe.

Il y avait peu pourtant à faire ; il suffisait de modifier l’ordre des éléments :

Premier paragraphe : « D’autre part… l’irréversibilité de la mort [sens] est accentuée par les imparfaits à valeur durative [forme] qui évoquent l’écoulement du temps, la longue attente de la mort. »

Deuxième paragraphe : « Enfin, l’expression du désespoir et de l’impuissance face à la mort [sens] est bien rendue par l’utilisation du discours direct [forme] qui traduit la violence affective du poète, et peut-être le refus d’un destin qu’il ne peut contrôler…

Le fait de « raconter » le texte au lieu de l’analyser

Dans de très nombreux commentaires, les élèves ont été abusés par l’apparence narrative du texte de Daumal. Ils l’ont donc envisagé comme une « histoire », commettant ainsi des erreurs regrettables sur le plan de l’interprétation. Beaucoup d’élèves en effet n’ont fait que « raconter » ou « décrire » le texte en oubliant sa spécificité poétique d’une part et son très net ancrage argumentatif d’autre part. D’où un très grand nombre de commentaires entièrement « linéaires » et strictement paraphrastiques. On fait de la paraphrase quand on redit ce qu’exprime déjà un texte. C’est un obstacle majeur dans le commentaire puisqu’elle conduit à délayer le contenu au lieu de l’expliquer. De là une absence totale de raisonnement démonstratif, sans aucune analyse et sans aucune réflexion sur la question de l’engagement, qui était pourtant essentielle dans le texte.

La conclusion

Beaucoup de conclusions se sont bornées à répéter l’introduction. De là l’impression très négative laissée par la lecture. On doit mesurer au contraire en vous lisant ce qui a justifié votre démarche analytique. Attention aussi aux conclusions qui poursuivent l’analyse du texte, avec exemples et citations à la clef. C’est d’une maladresse incroyable.

Par définition, une conclusion est un bilan. Elle doit être brève et ne pas comporter d’exemples. Elle sera d’autant meilleure qu’elle répondra implicitement à la question : « D’où est-ce que je suis parti, pour parvenir où ? ». C’est la raison pour laquelle je vous conseille de rédiger votre conclusion dès que vous avez terminé l’introduction, afin de bien mettre en valeur la cohérence de votre parcours démonstratif.

Concernant l’élargissement, je vous recommande la prudence. Attention aux prétendues “ouvertures”, tellement larges et vagues, qu’elles se noient bien souvent dans des considérations dépourvues d’intérêt ; ce qui est fortement pénalisant, surtout en fin de devoir : si vous manquez d’inspiration, je vous recommande donc de ne pas élargir. Certes, il est possible d’ouvrir une perspective, mais en restant dans les limites de la problématique posée.

Grille d’évaluation retenue

  • Compréhension du sens global du texte (4 points) : être capable de dégager les enjeux
    • Thèmes abordés,
    • Contextualisation, même sommaire
    • Capacité à présenter un projet de lecture
  • Capacités d’analyse (4 points) : le candidat est capable d’analyser la façon dont le style du texte suscite des effets de sens.
    • Prise en compte de la spécificité générique du texte (un poème)
    • Analyse précise du lexique et de la rhétorique
  • Organisation et structuration du devoir (4 points)
    • Introduction, conclusion
    • Parcours démonstratif organisé en axes (être capable de dégager deux ou trois axes de lecture, si possible hiérarchisés)
    • Structure des paragraphes démonstratifs
  • Mobilisation adaptée des connaissances (4 points)
    • Qualité de l’écrit (orthographe, syntaxe)
    • Vocabulaire spécifique à l’analyse littéraire
    • Réinvestissement de la culture générale

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4. La dissertation

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arrow.1242450507.jpg Rappel du sujet : Est-il juste de penser, comme le dit Éluard, que les poètes “parlent pour tous” ? Vous construirez votre réponse en vous appuyant sur les textes du corpus, ainsi que sur vos connaissances et lectures personnelles.

Analyse du sujet

Le libellé du sujet posait clairement la nature du travail demandé : il s’agissait de rédiger une discussion (« Est-il juste de penser […] que ? »). À ce titre, beaucoup de candidats ont débuté leur devoir en réfutant la thèse de l’auteur. C’est une erreur du point de vue de la méthode. Je rappelle que toute discussion exige de soutenir d’abord l’opinion puis de la réfuter ou tout au moins de la nuancer.

La citation amenait par ailleurs le candidat à réfléchir au statut et à la mission du poète dans la société, et donc plus largement aux enjeux de la poésie. Le défaut de nombreux travaux a été de ne pas considérer suffisamment les limites imposées par le sujet : il ne s’agissait en aucun cas de discourir vaguement sur les poètes ou les mouvements littéraires mais de répondre de manière ordonnée et construite à une problématique. Il était donc essentiel de déterminer les limites de l’énoncé afin d’éviter la généralisation (voir plus haut) ou le hors-sujet : n’oubliez pas que les devoirs hors-sujet peuvent être notés sur la moitié des points ! Certes, votre connaissance des œuvres et votre culture générale sont essentielles… mais à la condition de les exploiter avec discernement en tenant compte de la spécificité de l’énoncé. Quel est l’intérêt de “recracher” ses connaissances sur le Romantisme ou la poésie si ce qu’on écrit n’a pas de rapport étroit avec la problématique posée ? Certains élèves ont ainsi perdu un nombre considérable de points parce qu’ils ont voulu « tout mettre », ôtant ainsi à leur parcours démonstratif sa cohérence.

L’introduction

En général, nous avons trouvé une introduction dans tous les devoirs. Mais dans de trop nombreux travaux, cette introduction a posé problème parce que les étudiants n’ont pas su amener correctement le sujet et la problématique. N’oubliez pas tout d’abord l’entrée en matière (accroche ou amorce) : elle est importante d’un point de vue rhétorique puisque son but est de préparer le lecteur au thème que vous allez aborder. L’annonce du sujet est évidemment essentielle. Vous devez obligatoirement rappeler le sujet (ici la citation d’Éluard) en le contextualisant brièvement [ancrage historique, culturel, etc.] et en le problématisant. Je vous conseille à ce titre de privilégier une approche restreinte en partant d’une problématique clairement définie plutôt que d’élargir et de prendre le risque de rester dans le vague et les généralités. Prenons un exemple concret :

Les poètes parlent pour tous car il y a différentes manières et de styles d’écrire des poèmes comme au XIXème siècle pour le Romantisme mené par Charles Baudelaire, Rimbaud, Victor Hugo… suivis par le réalisme et le Surréalisme avec des poètes comme Paul Éluard, Louis Aragon dans le XXème siècle. Tous les poètes écrivent pour des personnes précises comme pour une chanson. La poésie est une mélodie pour divertir toutes les personnes qui voudront l’écouter et la croire…

Outre les maladresses de syntaxe, l’élève ici n’amène pas bien le sujet. Tout d’abord, il n’y a pas d’entrée en matière : dès la première ligne, la citation d’Éluard est certes rappelée mais sans guillemets ! Sans mention même du nom de l’auteur. En outre, toute l’introduction est très générale, voire confuse : quel est l’intérêt de rappeler Baudelaire, Rimbaud, Hugo, Éluard, Aragon ? Quel est l’intérêt d’évoquer le réalisme qui est avant tout un mouvement romanesque ? Pourquoi également partir sur la chanson en prenant le risque de faire perdre au lecteur le fil du raisonnement. D’ailleurs, le terme « divertir » qui est utilisé amène à négliger l’enjeu majeur de la problématique posée par le corpus, qui était celle de l’engagement. À la fin du paragraphe, on ne sait donc plus vraiment où l’élève veut en venir.

Dans l’exemple ci-dessous, il y a une meilleure application de la méthode, dans la mesure où l’élève a choisi une problématique plus restreinte, permettant de mieux cerner les enjeux de la poésie. En revanche, l’absence d’entrée en matière et de contextualisation sont préjudiciables, tout comme les maladresses de syntaxe et les lourdeurs de style :

Ils ont maintenant l’assurance de parler pour tous. Tels sont les dires de Paul Éluard pour décrire les poètes dans l’Évidence poétique, écrit en 1937. Cette phrase peut nous amener à nous poser la question suivante : « Est-il juste de penser, comme le dit Éluard, que les poètes parlent pour tous ? » C’est ce que nous tenterons de démontrer en développant dans une première partie les poètes engagés, s’exprimant au nom de tous et pour toute la société, et en y opposant, dans une deuxième partie, les poètes marginaux, tournés vers eux-mêmes et ceux voulant la qualité de prophète uniquement afin de montrer leur supériorité.

Avec un peu plus de travail pourtant, l’élève aurait pu (très facilement) réussir son introduction ; cela aurait pu donner par exemple :

C’est en 1937, quelques mois après le Front populaire et en pleine guerre d’Espagne, que Paul Éluard affirme dans l’Évidence poétique, que les poètes « ont maintenant l’assurance de parler pour tous ». Ces propos nous amènent à réfléchir à la mission du poète dans la société. Est-il juste de penser, comme le proclame l’auteur, que les poètes « parlent pour tous » ? De tels propos méritent en effet d’être discutés. Dans une première partie, nous ferons porter nos analyses sur la problématique de l’engagement en montrant comment les poètes engagés s’expriment au nom de tous et pour toute la société. Mais dans une deuxième partie, nous nuancerons toutefois l’affirmation d’Éluard en centrant notre réflexion sur la poésie plus intimiste, celle des poètes romantiques ou symbolistes en particulier qui, élevant le poète au rang de prophète, l’ont souvent séparé de la société.
 

La problématisation sous forme de titres dans le commentaire ou la dissertation

Je vous rappelle qu’en aucun cas, vous ne devez faire apparaître de titres dans un commentaire ou une dissertation littéraires (alors que c’est admis dans une dissertation économique). Certes, sur votre brouillon, il est tout à fait recommandé de mettre des titres à vos parties afin de visualiser votre parcours démonstratif, mais ces titres ne doivent pas figurer sur votre copie. Vous devez toujours problématiser sous forme de phrases.

Prenons l’exemple d’une copie dans laquelle l’élève commence ainsi l’une de ses parties :

II Le poète transmet sa vision au monde
1) La société

Ici, il aurait fallu écrire : « Quand le poète parle pour tous, il transmet sa vision au monde et tente de la faire partager au lecteur. Tout d’abord, c’est dans la société qu’il cherchera à agir… ». J’en profite d’ailleurs pour rappeler qu’un titre aussi vague que « La société » ne permet pas au lecteur d’en comprendre l’enjeu argumentatif (le poète est-il POUR la société ? CONTRE ? DANS ? HORS ?).

L’organisation du parcours argumentatif : le plan

Nous avons relevé un effort des élèves pour ordonner leur devoir selon un plan : c’est donc une bonne chose, mais malheureusement, trop de plans manquaient de rigueur et de cohérence : absence de progression dans la réflexion, « plans d’exemples » vides de sens. Je ne reviens pas ici sur les remarques déjà formulées à propos du commentaire. Je me bornerai donc à quelques rappels.

Le plan doit amener le lecteur à comprendre le parcours argumentatif sur lequel repose votre réflexion : il faut donc structurer le devoir selon une logique de progression qui va toujours du moins important au plus important. Une dissertation obéit en effet à une finalité que l’on peut résumer ainsi : « D’où est-ce que je suis parti ? Pour parvenir où ? » Ce principe de cohérence est d’autant plus essentiel que la dissertation repose sur une logique démonstrative.

Ce qui a posé le plus de difficultés aux candidats a été d’organiser leur plan autour d’idées. Bien souvent, comme dans le commentaire, ce sont malheureusement les exemples qui ont présidé à l’élaboration du parcours démonstratif, de là des paragraphes très plats, reposant sur des faits et non des arguments. Je vous rappelle l’une des règles essentielles de la dissertation : à savoir que vous devez structurer chacune des parties autour de deux ou trois arguments en partant de l’argument le plus évident (le moins important) pour arriver à l’idée la plus essentielle à vos yeux.

Afin de guider le correcteur dans votre parcours argumentatif, n’oubliez pas en outre d’utiliser les connecteurs logiques ainsi que les tournures de transition. De fait, il ne faut jamais enchaîner les arguments en se contentant de juxtaposer les idées entre elles. Enfin, renoncez toujours à exploiter une idée qui ne s’inscrirait pas dans la problématique : c’est ainsi que quelques élèves ont souhaité aborder la question du lyrisme en poésie. C’était pertinent à la condition de rattacher le lyrisme à l’expression intimiste d’une émotion personnelle en opposition donc avec la thèse d’Éluard. Mais il n’y avait évidemment aucun intérêt à évoquer le thème de la nature ou du voyage dans la poésie romantique, ou de rédiger tout un paragraphe sur le sentiment amoureux chez Ronsard.

Concernant les exemples, certains élèves ont souhaité élargir le cadre de leur réflexion en ouvrant à la chanson. Ma collègue et moi-même avons accepté cette approche dès lors qu’elle reposait sur des connaissances et une curiosité intellectuelle avérées. Mentionner Léo Ferré, Grand Corps Malade, Jean Ferrat ou même un groupe de Rap français est tout à fait légitime à la condition de passer du fait à l’interprétation. Quel est l’intérêt d’aligner des banalités et des lieux communs par manque de réflexion personnelle ?

La tendance à la généralisation

J’ai maintes fois évoqué ce risque. Je n’y reviendrai donc pas longuement. Dans une dissertation particulièrement, la tendance à la généralisation amène au hors-sujet. Sachez que tout paragraphe sortant du cadre imposé n’est pas pris en compte (et s’avère même pénalisant). Dans l’exemple ci-dessous, le candidat a donc travaillé « pour rien » :

La poésie est née en Grèce et à Rome durant l’Antiquité. Elle est, avec le théâtre, l’une des grandes inventions non scientifiques de cette époque. La poésie fut longtemps le moyen d’expression des ménestrels qui accompagnent ces poésies de musique. Ils mettaient sous forme de vers les histoires qu’ils entendaient et les répandaient de village en village, de ville en ville, ce qui donna naissance à de nombreuses légendes, les histoires étant toujours, ou presque, changées, modifiées afin de paraître plus monstrueuses ou plus héroïques. Au fur et à mesure, elle devint le domaine gardé des poètes et ne fut plus comprise des masses qui s’en détachèrent.

En lisant ce paragraphe, le lecteur se demande quel est le lien avec la problématique. On a davantage l’impression d’une sorte d’exposé historique, au demeurant fort incomplet : on passe de l’Antiquité aux ménestrels ! De plus, la démonstration est peu évidente. Il suffisait pourtant de peu de choses pour coller au sujet. Le candidat aurait dû rappeler d’abord l’axe de sa réflexion, puis l’étayer en explicitant avant de passer à l’exemple :

Comme le dit Paul Éluard, la poésie « parle pour tous » [rappel de l’idée générale], elle assume ainsi en premier lieu une fonction de représentation sociale [argument]. De fait, le poète représente le peuple, il en est souvent le porte-parole [développement de l’idée]. Sur le plan historique, les exemples ne manquent pas. Comment ne pas citer ici les ménestrels, qui sont l’une des figures les plus emblématiques de l’histoire médiévale ? Ces poètes qui s’accompagnaient d’instruments (etc.) [exemple].

Ensuite, l’élève pouvait terminer en orientant son argumentation sur l’importance donnée à la réalité sociale. L’exemple des ménestrels était intéressant et aurait pu faire l’objet d’une exploitation probante, en particulier avec les littératures orales contemporaines : c’est ainsi que les joutes oratoires, fréquentes dans le rap, perpétuent de nos jours cet ancrage populaire d’une poésie qui parlerait « pour tous ». Comme vous le voyez, il est assez facile, une fois que l’on a compris la démarche, de réaliser un travail acceptable, à la condition de réfléchir rigoureusement en se posant des questions, en variant les points de vue. Tout est question de pratique : plus vous vous entraînerez et plus vous progresserez.

La conclusion

Beaucoup de conclusions se sont bornées à répéter l’introduction. De là l’impression très négative laissée par la lecture. On doit mesurer au contraire en vous lisant ce qui a justifié votre démarche analytique. Attention aussi aux conclusions qui poursuivent l’analyse du texte, avec exemples et citations à la clef. C’est d’une maladresse incroyable.

Par définition, une conclusion est un bilan critique. Elle doit être brève et ne pas comporter d’exemples. Il ne s’agit donc pas de rappeler les étapes du raisonnement, ce qui vous amènerait à d’inévitables redites, mais les résultats auxquels vous êtes parvenu au terme de votre démonstration. 

Concernant l’élargissement, je vous recommande la prudence. Attention aux prétendues « ouvertures », tellement larges et vagues, qu’elles se noient bien souvent dans des considérations dépourvues d’intérêt ; ce qui est fortement pénalisant, surtout en fin de devoir : si vous manquez d’inspiration, je vous recommande donc de ne pas élargir. Certes, il est possible d’ouvrir une perspective, mais en restant dans les limites de la problématique posée.

Grille d’évaluation retenue

  • Compréhension du sujet (4 points) : être capable de dégager les enjeux
    • Thèmes abordés, problématisation : interprétation juste des éléments essentiels de l’énoncé
  • Aptitude à la réflexion et à l’argumentation (4 points)
    • capacité à développer un point de vue critique à l’aide d’arguments convaincants et pertinents
    • pertinence des exemples et des illustrations
  • Organisation et structuration du devoir (4 points)
    • Introduction, conclusion, transitions
    • Parcours démonstratif organisé en axes cohérents
    • Structure des paragraphes argumentatifs
  • Mobilisation adaptée des connaissances (4 points)
    • Qualité de l’expression écrite (orthographe, syntaxe, style)
    • Exploitation du corpus et culture littéraire

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5. L’écrit d’invention

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arrow.1242450507.jpg Rappel du sujet : imaginez un dialogue entre le poète baudelairien et un des “hommes d’équipage” représentant une société sourde à la poésie.

Beaucoup d’élèves, qui ont encore en mémoire de vagues souvenirs de rédactions au collège, interprètent souvent très mal la nature de cet exercice. Je rappellerai d’abord les Instructions officielles (B.O. n° 46 du 14.12.06) qui fixent précisément les exigences requises :

« L’écriture d’invention permet au candidat de mettre en œuvre d’autres formes d’écriture que celle de la dissertation ou du commentaire. Il doit écrire un texte, en liaison avec celui ou ceux du corpus, et en fonction d’un certain nombre de consignes rendues explicites par le libellé du sujet. L’exercice se fonde, comme les deux autres, sur une lecture intelligente et sensible du corpus, et exige du candidat qu’il se soit approprié la spécificité des textes dont il dispose (langue, style, pensée), afin d’être capable de les reproduire, de les prolonger, de s’en démarquer ou de les critiquer ». […] En aucun cas on ne demande, le jour de l’examen, l’écriture de textes de pure imagination, libre et sans contrainte ».

C’est la raison pour laquelle, sélectionner l’écriture d’invention lors de l’épreuve relève avant tout d’un choix quoi doit être mûrement réfléchi. Le sujet proposé invitait les élèves à « imaginer un dialogue entre le poète baudelairien et un des “hommes d’équipage” représentant une société sourde à la poésie ».

Ce type de travail conjuguait donc deux contraintes :

  • la contrainte argumentative puisqu’il s’agissait d’exprimer des opinions à partir d’une problématique donnée, en fonction d’un but précis (la place et la mission de la poésie dans la société) ;
  • la contrainte proprement littéraire.

Même si la production demandée relevait donc de la fiction, il est évident que la forme imposée par le dialogue suggérait de savoir exploiter une culture générale suffisante ainsi qu’un certain nombre de registres (éloge, blâme, réquisitoire, plaidoyer, etc.). En outre, il paraissait évident qu’un tel sujet amenait le candidat à un travail approfondi sur le style.

Ce n’est pas un hasard si Baudelaire a été choisi par les concepteurs du sujet. L’auteur des Fleurs du mal est en effet bien connu de la plupart des jeunes. Sa marginalité qui en a fait la figure emblématique du « poète maudit », empreinte d’une esthétique nouvelle placée sous le signe de l’antithèse (le spleen et l’idéal) permettaient de réfléchir à la double condition du poète, telle qu’elle était posée dans « l’Albatros » : d’une part, le poète mage et prophète ; d’autre part le poète maudit.

Je rappellerai ici ce que j’avais déjà dit dans un précédent rapport :

Je dois, et fort malheureusement, faire un constat globalement négatif à propos du niveau général des élèves ayant choisi cet exercice ; sauf quelques bonnes (même très bonnes) copies, le manque de préparation, aussi bien stylistique que culturelle, des candidats est inquiétant […] tant l’accumulation des fautes les plus élémentaires est au-delà de ce qui se peut concevoir : aucune référence culturelle ». […] N’oubliez pas que le correcteur vous juge d’abord sur des connaissances (le fond) et la manière dont vous allez les exploiter au niveau rédactionnel (la forme). Nous ne saurions trop vous rappeler que cet exercice exige, tout comme le commentaire et la dissertation, de la méthode. Un écrit d’invention ne s’improvise pas : cela passe d’abord par un strict respect des contraintes imposées par le sujet et par un entraînement personnel.

La grande erreur de beaucoup d’étudiants a été de se précipiter : les élèves les plus sérieux ont certes fait un brouillon, mais ils ont rédigé tout de suite. Au lieu de préparer un plan, ils ont « imaginé » spontanément leur dialogue. De là des travaux souvent décevants dans la mesure où il n’y avait pas de parcours argumentatif. Prenons par exemple cet écrit, assez représentatif de nombreuses copies :

– Excusez-moi Monsieur, mais avec tout le respect que je vous dois, vous trouvez normal de laisser agir vos hommes de la sorte ?
– Oh ! Monsieur Baudelaire, après plusieurs jours passés en mer, il faut bien que mes hommes puissent se défouler, trouver une occupation. Vous savez, sur un bateau, on a vite fait de s’ennuyer.
Baudelaire révolté essaye de se retenir, mais ce n’est pas chose facile.
– Vous pensez que c’est normal de torturer un animal à bout de force en lui crevant les yeux, dit-il sèchement.
En effet, les albatros sont des oiseaux marins qui parcourent d’énormes distances lors de leurs migrations pour se reproduire. Malheureusement, en mer il n’y a rien pour qu’ils puissent se reposer…

La difficulté ici, c’est qu’il y a certes un dialogue, mais il détourne le sujet de son enjeu majeur qui était de faire réfléchir à la fonction de la poésie, et non au sort des albatros ! N’oubliez pas que l’épreuve est destinée à tester vos connaissances sur les objets d’étude (ici la poésie) et à apprécier la qualité de votre expression littéraire : dans le cas présent, l’élève n’a pas pensé à exploiter sa culture et ses connaissances. Par ailleurs, le discours s’oriente au fur et à mesure vers une sorte d’exposé documentaire sur la vie des albatros. Je renonce à évoquer d’autres écrits d’invention, qui se caractérisent malheureusement par une accumulation de bavardages superficiels. Que dire aussi de certains travaux qui, voulant mettre en scène Baudelaire, ont carrément fait parler l’albatros, amenant ainsi leur discours du côté du fantastique et du merveilleux ! Quelques rares étudiants, souhaitant se mettre à la place de Baudelaire, ont privilégié un discours ampoulé, pseudo poétique, bourré de stéréotypes langagiers, allant à l’encontre même des idées de Baudelaire ! Prenons le cas de cette copie :

Moi diabolique ? ! Ce n’est pas pour vous rendre hystérique mais mes amis disent de moi que je suis plutôt fort sympathique. Et si je vous parle à présent ce n’est point pour vous causer malheur mais je dirai que c’est pour vous démontrer toute ma splendeur ainsi que ma grandeur…

La démarche adoptée est ici des plus maladroites : quel est l’intérêt d’émailler les propos de Baudelaire de rimes ou de correspondances sonores (d’ailleurs fort pauvres : hystérique/sympathique ; malheur/splendeur/grandeur) et d’archaïsmes (« ce n’est point ») qui desservent considérablement le message à faire passer. Alors que Baudelaire et d’autres Symbolistes ont révolutionné la poésie (poème en prose, refus de la rime, transgression des normes et des conventions), de tels propos accréditent le stéréotype du registre « soutenu » hérité de la « petite école ». C’est tout à fait dommageable d’autant plus que les consignes n’amenaient absolument pas à ce type d’écrit.

Mais la méconnaissance du cours ne saurait à elle seule justifier de telles erreurs. Elles s’expliquent également par l’absence de plan préalable, et donc de parcours démonstratif. Pour pallier ce genre d’inconvénients, il suffisait de dresser au brouillon un tableau en deux colonnes (d’un côté les arguments du poète baudelairien ; de l’autre ceux du marin) et de les opposer en exploitant impérativement votre connaissance du cours (poète baudelairien = homme énigmatique, distant avec la société, refusant les valeurs morales et sociales reconnues, à la recherche de la beauté, de l’évasion, du rêve, du spirituel, etc. par opposition avec le marin, représentant de la société et de ses codes). Quelques arguments seulement, s’ils étaient bien étayés, étaient acceptables pour ce type de travail. Il suffisait ensuite d’approfondir les idées (selon la même technique que celle du paragraphe argumentatif) et de les confronter dialogiquement, en veillant à faire progresser les idées. Et c’est seulement à la fin (au moment où le parcours argumentatif était structuré) qu’il fallait travailler rigoureusement la forme.

Mon conseil pour l’écriture d’invention

  1. Les fondations ;
  2. Les murs ;
  3. La déco.
 
  1. D’abord les fondations… Ne vous précipitez pas ! Réfléchissez calmement, et essayez de poser au brouillon les arguments sous forme d’une phrase simple, même d’une phrase nominale. L’idée doit évidemment être pertinente, puisqu’elle va constituer la base de votre paragraphe. Comme pour une maison : si la fondation est mauvaise, la maison s’écroule… Et si l’idée est mauvaise, votre paragraphe s’effondre  !
  2. Puis les murs ! Récrivez cette idée en étayant un peu plus : vous verrez que progressivement cela fera surgir des exemples, peut-être d’autres idées. Essayez toujours d’aller du particulier au général, de l’individuel au collectif.
  3. Et enfin, la déco ! Après vous pouvez faire du style afin d’exploiter les potentialités du langage : gradations ternaires, questions oratoires, anaphores, etc.
            
 

Grille d’évaluation retenue

  • Respect des consignes du sujet (4 points)
    • Adaptation de l’écriture au genre, au registre, etc.
  • Aptitude à la réflexion et à l’argumentation (5 points)
    • capacité à formuler des enjeux à partir du réinvestissement du texte, et des questionnements du corpus
  • Organisation et structuration du devoir (2 points)
  • Culture générale et qualités littéraires (5 points)
    • Qualité de l’expression écrite (orthographe, syntaxe, style)
    • culture littéraire (la notion de « poète baudelairien »)
    • utilisation des outils linguistiques et stylistiques
 

Copyright © février 2010, Bruno Rigolt
Espace Pédagogique Contributif

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BAC BLANC Dissertation : les poètes « parlent pour tous » ? Corrigé

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Bac blanc Janvier 2010
Dissertation
sujet corrigé

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  •  Rappel du sujet :
    Est-il juste de penser, comme le dit Éluard, que les poètes « parlent pour tous » ? Vous construirez votre réponse en vous appuyant sur les textes du corpus, ainsi que sur vos connaissances et lectures personnelles.

NB Afin de faciliter la compréhension du parcours démonstratif, le plan est rappelé entre crochets, mais bien entendu IL NE DOIT EN AUCUN CAS figurer sur votre copie. Vous devez toujours problématiser sous forme de phrases (et non de titres comme c’est le cas par exemple dans une dissertation économique).

[Introduction]

[Entrée en matière + contextualisation (annonce du sujet) + problématisation]

          La figuralité [ce qui renvoie à l’imaginaire] de la poésie a souvent été mise en débat. C’est ainsi que Paul Éluard revendique au contraire sa littéralité [ce qui est conforme à la vérité], seule apte d’après lui à rendre compte de la réalité concrète du monde. Dans une conférence prononcée à Londres le 24 juin 1936 à l’occasion de l’exposition internationale du Surréalisme, l’auteur n’hésite pas à prendre ses distances avec nombre de ses contemporains en stigmatisant, au nom de l’« évidence poétique », toute représentation par trop élitiste ou individualisante de la poésie : « les poètes, écrit-il, sont descendus des sommets sur lesquels ils se croyaient. Ils sont allés dans les rues, ils ont insulté leurs maîtres, ils n’ont plus de dieux ». Cette conception particulière de l’engagement que défend Éluard passe donc par la volonté de toucher le lecteur dans son expérience la plus concrète et la plus universelle : comme il l’affirme plus loin, les poètes « ont appris les chants de révolte de la foule malheureuse […], ils ont maintenant l’assurance de parler pour tous ».

[Annonce du plan]

          Prononcé dans un contexte de crise internationale grave marqué par la Guerre d’Espagne, le Front populaire, la montée des fascismes, le discours de Paul Éluard se justifie d’abord par la nécessité de confronter la poésie aux réalités concrètes [Thèse]. Cependant, les poètes ne parlent-ils que pour tous ? Si nul n’oserait récuser la pertinence d’un tel jugement, il convient cependant de le nuancer au nom d’une autre « évidence poétique » qui a toute sa légitimité : l’énonciation lyrique, par définition individualisante, n’est-elle pas à la base même de la poésie ? On ne saurait négliger l’état affectif que provoque l’écriture d’un poème, et qui s’inscrit dans le moi le plus intime de chacune et chacun d’entre nous. [antithèse]. Cela dit, faut-il s’en tenir à ce dualisme quelque peu réducteur ? Le but ultime de la poésie n’est-il pas d’ouvrir au monde des signes et du déchiffrement ? N’est-ce pas dans sa singularité même que le langage poétique est le plus universel ? [synthèse]
                                  

[Première partie. Thèse. Les poètes parlent pour tous : confrontation entre la poésie et les réalités concrètes]

[1-1 : la poésie n’est pas un but en soi mais un moyen]

          Dans la perspective éluardienne de l’engagement, il y a en premier lieu la quête de l’existant : de fait, le poète appartient à l’histoire, à la société, aux idéologies. Son chant est par définition universel : il « parle pour tous ». Comme l’écrivait Juan Carlos Baeza Soto à propos du poète espagnol Emilio Prados, « l’essentiel de la poésie engagée réside alors dans l’action avec la réalité et dans la relégation au second plan de la voix individuelle, sinon, le poète se séparerait de la réalité ». Ce contact avec la réalité physique et matérielle rend le poète infiniment présent au monde qui l’entoure. On pourrait citer ici ces vers célèbres d’Hugo dans « Fonction du poète » qui condamnent explicitement le retranchement dans l’individualisme :

Malheur à qui dit à ses frères :
Je retourne dans le désert !
Malheur à qui prend ses sandales
Quand les haines et les scandales
Tourmentent le peuple agité !
Honte au penseur qui se mutile
Et s’en va, chanteur inutile,
Par la porte de la cité !

Ce réquisitoire sans appel contre l’art pour l’art est à la base même de toute poésie engagée. En libérant les hommes de la fiction, les poètes engagés les forcent ainsi à s’interroger sur la légitimité de la parole poétique. S’il fut reproché aux Romantiques, à juste titre souvent, de se couper du réel en privilégiant le moi, c’est que pour eux, la poésie n’était pas un vecteur à l’action collective. Par opposition, le propre du poète engagé est de transformer sa révolte individuelle en révolte collective et en lutte politique. Comment ne pas citer ici « Les dernières paroles du poète » de René Daumal :

Aux armes ! À vos fourches, à vos couteaux,
à vos cailloux, à vos marteaux
vous êtes mille, vous êtes forts,
délivrez-vous, délivrez-moi !
je veux vivre, vivez avec moi !
tuez à coups de faux, tuez à coups de pierre !
Faites que je vive et moi, je vous ferai retrouver la parole !

Comme nous le voyons, l’engagement n’est pas inconciliable avec l’émotion la plus profonde. Mais c’est une émotion plus proche du cri que du chant lyrique qui transparaît ici : nul gémissement déploratif, nul épanchement pathétique, mais la force de l’Appel, dépouillé de toute emphase. Si René Daumal a parfois pris ses distances avec la poésie, c’est qu’elle lui semblait trop souvent subordonner la quête collective à l’illusion et au leurre de l’introspection. Faire du lyrisme, n’est-ce pas en quelque sorte s’écouter parler ? Dès lors, comment pourrait-il constituer le mode privilégié d’action pour revendiquer la liberté ou plaider pour une cause collective ?

[1-2 : la nécessité d’un langage accessible à tous]

          A l’opposé du lyrisme qui se réfugierait souvent dans l’artifice, la poésie doit donc exprimer les sentiments humains par un langage compris de tous. Car c’est bien là que réside son enjeu  : comment les masses pourraient-elles percevoir le message s’il ne lui est pas donné d’être accessible ? Prenons pour exemple la poésie symboliste : avant tout élitiste, elle aboutira immanquablement au culte du moi, comme le suggère très bien cette sentence sans appel de Mallarmé : « Que les masses lisent la morale, mais de grâce ne leur donnez pas notre poésie à gâter » : placé au-dessus de tout, l’art ne semble réservé qu’à quelques initiés, seuls capables d’en saisir le sens. C’est justement cet hermétisme que condamne Paul Éluard : si la poésie est trop lyrique ou trop personnelle, elle risque de se couper du monde réel. La conscience poétique, par essence  individuelle, ne peut conséquemment être qu’action collective : le poète est un éveilleur de conscience. Il parle pour que le peuple se mette en question. Ce n’est pas un hasard si la conférence de Paul Éluard, tout comme le poème de René Daumal, datent de 1936. Ancrés dans l’actualité la plus brûlante, ils traduisent cette capacité du peuple à être sujet de l’histoire. C’est bien là tout le sens de la poésie engagée : on sent nettement à la lecture des textes leur enracinement dans les idéaux d’universalité des Lumières et dans la capacité de la poésie de se faire l’expression du peuple. De là son exigence primordiale d’universalité et d’égalité entre les hommes, permise par l’accessibilité du langage. Cette poésie réaliste, ancrée dans la contingence de son époque, nul mieux que Jacques Prévert s’en est servi pour transcrire la vie quotidienne. « Les mots, disait-il, sont les enfants du vocabulaire, il n’y a qu’à les voir sortir des cours de création. Là, ils se réinventent et se travestissent, ils éclatent de rire… » On reconnaît dans cette citation toute la tendresse de celui qui sut, par sa prose instinctive, traduire les imageries populaires les plus universelles. On pourrait évoquer aussi la poésie naturaliste d’un Aristide Bruant qui entend faire du peuple assimilé au prolétariat, la matière de ses poèmes : « Le beau ayant pour fonction de servir le vrai, nous sommes de ceux qui pensent que la poésie a une mission sociale […]. Affirmer qu’elle sera socialiste, c’est affirmer qu’elle sera populaire ; car il y a nécessairement une espèce de solidarité grandiose entre le peuple et le poète… ».

[1-3 : la poésie comme moteur de changements collectifs]

          Comme nous le voyons, dans sa prétention de parler « pour tous », le poète milite plus encore en faveur du changement idéologique. L’engagement est par définition une mise en question du statisme et de l’immobilisme. C’est donc du  fait historique que la poésie engagée tire sa légitimité ; c’est par l’Histoire qu’elle entre dans l’Histoire. « Les dernières paroles du poète » s’apparentent d’assez loin d’ailleurs à une poésie, telle qu’elle est reconnue par la tradition : tantôt manifeste, discours, art dramatique, plaidoyer, réquisitoire, elle débouche sur l’allégorie très politique du poète porte-parole du peuple. Particulièrement au vingtième siècle, les poètes ont en effet revendiqué l’ancrage de la poésie dans une historicité cosmopolite. Les bouleversements socio-historiques les ont amenés à remettre en cause nombre de fondements jugés incompatibles avec la société de leur temps. La poésie vers-libriste par exemple a exploité avec brio le rythme pour revendiquer son nécessaire rapport à la contemporanéité. Mais outre le style, c’est bien le statut de l’intellectuel qui s’est trouvé transformé par l’engagement : il est devenu en quelque sorte un juge à l’égard de ceux qui ne se sont pas engagés. Dans sa volonté de parler « pour tous », il décrédibilise ceux qui, n’engageant que leur « conscience personnelle », n’ont pas la prétention de se révolter comme lui. On pourrait rappeler à ce titre combien l’engagement d’Aragon des années Trente aux années soixante-dix dans le journal communiste L’Humanité fut l’occasion, pour nombre d’intellectuels, de poser la question de la responsabilité politique de l’écrivain. C’est bien là qu’est la question : le poète doit-il rendre compte de son art ? Faut-il dès lors, comme le suggère l’affirmation d’Éluard, déclarer le non-politique comme le champ de l’arbitraire et conséquemment la poésie individualiste comme sclérosante ?

[Deuxième partie. Antithèse. L’énonciation lyrique, par définition individualisante, n’est-elle pas à la base même de la poésie ?]

          Comme nous l’avons vu, la question d’une poésie qui parlerait pour tous se conjugue avec une présence totale et immédiate de ce que les philosophes appelleraient « l’être au monde » : le poète est de son temps. Mais s’il parle au présent actuel, il prétend en même temps à une sorte de vérité générale qui place le peuple au centre de ses revendications. Une telle conception n’est-elle pas toutefois réductrice ?

[2-1 : la poésie est l’expression du moi]

          Tout d’abord, il ne faut pas se méprendre sur le sens profond de l’art poétique : avant d’être engagement pour les autres, la poésie est engagement pour soi-même. C’est l’être entier qu’elle engage ; c’est son univers intérieur et son intimité que le poète traduit en mots sur la page blanche. D’ailleurs, la réalité extérieure importe peu dans de nombreuses poésies, qui s’en distancient même volontairement pour privilégier davantage l’expression de l’émotion et des sentiments. Évoquant en 1924 la poétique de Baudelaire, Paul Valéry notait d’ailleurs que « les Fleurs du mal ne contiennent ni poèmes historiques ni légendes ; rien qui repose sur un récit. On n’y voit point de tirades historiques. La politique n’y paraît point. […] Mais tout y est charme, musique, sensualité puissante et abstraite… Luxe, forme et volupté ». Transcendant par exemple le naturalisme, nombre de poésies s’accompagnent donc d’une indéniable sensibilité individualiste. Si le poète parle pour tous, son art exprime d’abord sa propre personnalité. C’est d’ailleurs cet extraordinaire pouvoir d’imagination qui s’impose comme un impératif intime et souvent non formulé de l’art poétique. Comment le poète pourrait-il « parler pour tous » de ce qui relève d’abord du « pour soi » et de la subjectivité ? On peut y voir un exemple frappant dans « Brise marine » de Mallarmé qui prend souvent les aspects d’un poignant monologue intérieur :

La chair est triste, hélas! et j’ai lu tous les livres.
Fuir ! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres
D’être parmi l’écume inconnue et les cieux !

Cet irrépressible appel du voyage et d’un introuvable ailleurs que célèbre ici le chef de file des Symbolistes est exprimé par une poésie de la douleur la plus subjective et la plus intime, dégagée de toute mission sociale.

[2-2 : la poésie comme art autonome, dégagé de toute mission sociale]

          Aussi, l’expression de ce lyrisme personnel ne prend-elle pas les mots selon l’acception que leur attribue le sens commun : elle les enrichit de connotations plus rares qui privilégient cet épanchement du moi, cette effusion de l’intime que le modèle expressif individualiste romantique puis symboliste ont si bien rendus. Il s’agit ainsi pour le poète de ressusciter le sens profond du mot qui semble parler pour lui-même. N’est-il pas dès lors possible d’envisager la poésie comme un art autonome, qui n’aurait d’autre fin que cette part formelle du langage qu’ont parfois à tort si souvent dénigrée nombres d’auteurs « engagés » ? On pourrait à ce titre rappeler utilement la définition qu’a proposée Roman Jakobson de la fonction poétique du langage : s’il mentionne que toute poésie est au départ contextuelle et référentielle, c’est pour souligner combien les parallélismes sonores et les effets rythmiques sont des éléments essentiels à la structure poétique. Dans leur mépris de ce qu’ils nommaient « le monde des apparences », les Symbolistes par exemple ont assigné d’abord à la poésie la recherche de l’émotion intellectuelle, loin du monde réel. Culte du moi, égoïsme, diront certains, auxquels nous objecterons que c’est précisément par son refus des contingences et de l’Histoire que la poésie peut faire naître, dans leur plus intime singularité, l’émotion et les sentiments. Cherchons-en une preuve dans cet autre vers célèbre du « Tombeau d’Edgar Poe » de Mallarmé : la poésie selon lui doit « donner un sens plus pur aux mots de la tribu ». Les « mots de la tribu », c’est le langage ordinaire, la prose commune qui en aurait galvaudé le sens poétique profond en le réduisant au code commun, irréductible à la plénitude de l’être.

[2-3 : l’engagement individuel ne saurait servir une lutte collective ]

          Certes, on objectera qu’en parlant de lui, le poète parle pour tous : au-delà de son moi le plus intime, c’est l’âme humaine qu’il traduit tout entière. Même dans le lyrisme le plus individuel affirmeront certains, ses vers ont souvent une valeur générale. Cette dimension esthétique pourrait donc être placée au service d’une cause capable de restituer une émotion collective. Mais reconnaissons-le : sitôt qu’elle s’adresse au public, la poésie ne perd-elle pas un peu de son âme ? Ne risque-t-elle pas dès lors d’épouser les idées politiques et culturelles d’un système dominant ? L’exemple du Surréalisme est tout à fait signifiant : ainsi, dès les années Trente, s’était posée la question de son engagement politique et idéologique. À Éluard et surtout Aragon qui s’étaient engagés aux côtés des Communistes, André Breton, dans son refus absolu de tout contrôle exercé par la raison avait répondu par la négative en célébrant au contraire l’imagination et le rêve. Cette apologie de l’inconscient, le chef de file des Surréalistes l’a justifiée dans ses Entretiens, en insistant, non sans justesse, sur les dangers d’une poésie qui aurait fini par oublier l’expression du moi. « Parler pour tous » dès lors, n’est-ce pas parler pour personne ? N’est-ce pas privilégier au sentiment le plus intime une parole qui n’aurait d’autre fin que de « réglementer » les mots en leur assignant une fonction utilitaire, et oserons-nous dire, « collectiviste » ? Qu’il nous soit permis d’évoquer ici ces propos de Claude Cahun dans Les Paris sont ouverts : « L’exigence des conformismes idéologiques, écrivait-elle, serait la négation même de toute poésie. La vraie poésie ne peut pas accepter des commandements externes, elle est la libre expression des individus dans leur plus secrète intériorité ». Le mot est dit : « secrète intériorité ». Rien n’est plus individuel que la poésie, et ce serait risquer d’en pervertir l’usage que d’assigner à l’engagement individuel la mission de servir une lutte collective.

[Troisième partie. Synthèse. N’est-ce pas dans sa singularité même que le langage poétique est le plus universel ?]

          Dès lors, il convient de s’interroger : faut-il opposer le poète qui « parle pour tous » à celui qui ne parlerait que « pour lui-même » ? De fait, particulièrement quand il est question de poésie engagée, on a souvent tendance à voir dans le style la contre-épreuve de la sincérité et de la mission du poète. Mais n’est-ce pas une conception quelque peu réductrice ? Ne serait-il pas plus légitime de célébrer dans la spécificité même du langage poétique la quête du sens ?

[3-1 : le pouvoir transfigurateur du langage poétique]

          Le propre de l’art poétique est d’ouvrir au monde des signes et du déchiffrement : c’est la recherche du Verbe comme unité première et de l’indicible qui définit la spécificité du langage poétique et qui transcende ainsi sa fonction utilitaire. Le poète Pierre Emmanuel dans Qui est cet homme, ou le singulier universel raconte à ce titre l’anecdote suivante : « Un jour que je furetais chez mon libraire, je fis tomber un livre du rayon. C’était Sueur de Sang, de Pierre Jean Jouve… machinalement, je feuilletai le livre. Il était beau, aéré comme un temple… Je fus investi par les images […]. Je fus converti, c’est-à-dire mué en moi-même… La vérité que j’avais cherchée hors de moi, comme une donnée que je reconnaîtrais à certains signes, elle était en moi, maintenant, implicite mais entière : c’était le langage de l’être, langage d’autant plus universel qu’il est davantage singulier ». Comme nous le voyons, toute la question est moins d’opposer une poésie qui parlerait pour tous à une poésie intimiste, que d’évoquer plus fondamentalement ce pouvoir transfigurateur du langage poétique. Il n’est que d’évoquer l’exemple de la poésie romantique : à la fois épique et lyrique, intime et collective, elle a su magnifiquement exploiter le mystère allégorique des mots. Paradoxalement, les poètes sont là pour nous rappeler qu’ils sont peut-être parmi ceux qui ont la plus forte exigence référentielle et nous pourrions appliquer à la poésie ce que Jean Giraudoux disait du théâtre : « cela consiste à être réel dans l’irréel ». Dès lors, l’ambition du poète n’est-elle pas de nommer ce qui se dérobe le plus à la description ? « Se faire voyant » écrivait Rimbaud : c’est-à-dire trouver un langage unique qui, transcendant le matériel, s’ouvrirait à la réalité de l’infini.

[3-2 : la poésie parle à l’âme]

          L’esthétique n’est donc pas l’ennemie du réel. Il importe au contraire de reconnaître dans la spécificité du langage poétique les fondements d’un questionnement de l’être. Récusant la problématique sartrienne de l’engagement, le romancier et critique Jean Ricardou n’hésitait pas à rappeler que « la littérature, c’est ce qui se trouve questionner le monde en le soumettant à l’épreuve du langage. C’est pourquoi, à nos yeux, ignorer le langage en le considérant comme outil […] ce n’est nullement questionner le monde -c’est, au contraire, se priver de la question » (Que peut la littérature ?). Ainsi, au poète qui parle pour tous  et à celui qui ne parlerait que pour lui-même, il conviendrait d’évoquer le poète qui n’aurait d’autre mission que celle de célébrer par le Verbe l’indéchiffrable de l’homme. La poésie ne pourrait-elle pas alors s’apparenter à une recherche de l’unité ? Le poète est celui qui parle « pour tout », pour le tout. Considérer le tout, rechercher le tout, c’est pour le poète appréhender l’âme. Si la poésie peut avoir pour fonction de saisir ce qui fait l’universalité du peuple et l’intimité du moi, elle peut également rechercher l’harmonie du monde. À la discordance et à la colère de l’engagement qu’ont revendiquée des auteurs comme Lautréamont, Crevel ou Artaud par exemple, d’autres au contraire ont voulu voir dans le poème une expression harmonieuse et sublimée de ce qu’il y a de plus universel dans l’homme. À la dissonance, ils ont préféré ce qu’il y a de moins dissonant dans la pensée. Poésie de la concordance pourrait-on dire, poésie de l’âme ou « poésie pure » selon l’expression de Paul Valéry. Dans la revue Clarté de novembre 1925, Paul Éluard s’en prend violemment à cette conception de l’absolu poétique à travers un article au titre provocateur : « Des perles aux cochons… ». Pourtant, toute la question est de savoir si la poésie doit forcément « représenter », et donc s’assujettir au réel ? Plutôt que de parler de sa fonction, qui la rattacherait forcément à la question de la référentialité et donc du contexte social et politique, il convient davantage d’évoquer sa nature profonde, qui est d’être dans le monde pour se faire signe d’un autre monde.

[3-3 : la poésie est l’expression du mystère même du monde]

          Sans revenir sur nos analyses précédentes où nous évoquions la fonction poétique du langage, il apparaît comme déterminant de dire que l’essentiel de la poésie ne se situe pas hors du langage mais dans le langage. Peu importe de savoir à qui elle parle puisqu’elle parle ; l’essentiel, c’est donc le mot, le langage même :
          La poésie parle.
Fût-ce avec des mots fictifs. Et c’est paradoxalement dans la fiction qu’elle peut le mieux évoquer notre monde, puisqu’elle en dépasse les contradictions dans une démarche apte à métamorphoser, selon la belle expression de Francis Ponge, « la moindre nature morte [en] paysage métaphysique ». On pourrait citer ici ces si beaux vers de l’écrivaine Anna de Noailles :

C’était l’heure où le vent, en hésitant, se lève
Sur la ville et le port que son aile assainit.
Mon cœur fondait d’amour, comme un nuage crève.
J’avais soif d’un breuvage ineffable et béni,
Et je sentais s’ouvrir, en cercles infinis,
Dans le désert d’azur les citernes du rêve.

Bien au-delà de l’esthétique et du lyrisme, les mots sont ici des essences invisibles du visible. Comment ne pas voir dans cette évocation tout à fait subjective du « Port de Palerme » un vaste mouvement d’intériorisation qui tente d’appréhender la conception primitive de toute existence : le retour à l’unité perdue. Il fut largement reproché à Moréas ou Gautier de cultiver le mot pour l’évocation de ses résonances. Mais, le dédain de l’utile, la recherche de l’absolu, si souvent décriés par les écrivains engagés, ne seraient-ils pas, pour échapper à une vie toujours en mouvement, une façon d’appréhender la concordance et le mystère même du monde en transgressant l’ordre logique et matériel qui prétend l’y soumettre au nom de l’engagement ? Nous avons tous en mémoire ces propos si célèbres de Mallarmé, affirmant en 1884 que « la poésie est l’expression, par le langage humain ramené à son rythme essentiel, du sens mystérieux des aspects de l’existence ; elle doue ainsi d’authenticité notre séjour et constitue la seule tâche spirituelle ». Comme nous le comprenons, si la poésie peut rendre le monde plus lisible, c’est en se constituant comme l’indicible point d’intersection où se nouent en elle le moi le plus intime et les exigences les plus universalistes.
           
[Conclusion]

          Au terme de ce travail, interrogeons-nous : en peignant le quotidien universel des peuples, la poésie assume une fonction d’engagement qui invite les hommes à « entrer en résistance ». Mais cette fonction d’engagement, qui suppose le désir légitime de se tourner vers l’autre et d’accueillir l’altérité, ne saurait faire oublier une dimension non moins importante, centrée sur l’homme et le sens intime de son être. C’est dans cette apparente contradiction que s’éclaire justement la nature profonde du texte poétique : en participant à la création d’un monde par essence subjectif, la poésie « décrée » le réel pour mieux le reconstruire. Comme nous l’avons montré, peu importe pour qui elle parle : elle parle, donc elle est. C’est dans la séparation et la réconciliation des contraires qu’elle assume cette quête de savoir qui définit le mieux l’humain…

Copyright © février 2010, Bruno Rigolt
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