Concours "Ecriture en Forêt" Palmarès 2015 et publication des textes primés : catégorie Poésie (classes de Première). Aujourd'hui : Mélanie J. Premier accessit

concours_eef_2014_logo-1Le Lycée en Forêt a lancé depuis la rentrée 2013 un original concours d’écriture à destination des classes de Seconde et de Première  ayant pour intitulé : « Écritures en Forêt ».

Pour les classes de Première, le sujet portait sur l’écriture d’un poème ayant obligatoirement pour thème la forêt, ainsi que la rédaction d’une note d’intention expliquant la démarche du projet d’écriture ainsi que les particularités stylistiques mises en œuvre. 

Félicitation aux très nombreux participants, particulièrement à mes élèves de Première S4 (promotion 2014-2015), qui se sont remarquablement investis dans le dispositif, et bien sûr Bravo aux lauréats de l’édition 2015 :

  • Premier prix : Léa R. (Première S4)  Lire en ligne
  • Deuxième prix : Maud C. (Première S1)  Lire en ligne
  • Troisième prix : Mélissa L. (Première S4)  Lire en ligne
  • Premier accessit : Mélanie J. (Premièe S4)
  • Deuxième accessit : Wendy M. (Première S4)  Lire en ligne
  • Troisième accessit : Camille H. (Première L2)
  • Quatrième accessit : Hugo T. (Première L2)
  • Coup de cœur Lycéen : Bénédicte R. (Première S4)  Lire en ligne

Une cérémonie récompensant les élèves primés a eu lieu le mercredi 10 juin 2015 au Lycée en Forêt, sous la présidence de Madame Condracq, Proviseure.
Merci encore au Lycée qui a pu débloquer des fonds importants pour récompenser les lauréats.

frise fleurs horizontale

Découvrez aujourd’hui le poème de Mélina J.
(Première S4, promotion 2014-2015), premier accessit :

_

« Mélodie forestière »

par Mélanie J.
Classe de Première S4
Premier accessit


Je suis là, ne m’entends-tu pas ?
Penche-toi, écoute dans le vent
Ce doux chant mélodieux,
Parti d’un simple oiseau, d’un simple aveu
Il passe entre pins et bouleaux.
Moi, aujourd’hui feuille de papier
Je peux te raconter,
Car du chêne majestueux
Grand chef d’orchestre de cette forêt je suis née.

La forêt s’organise, cuivres, vents et cordes
Trouvent leurs échos. Les bruits de pas sourds
Annoncent le début d’une nouvelle mélodie.
Les animaux battent la mesure,
Les feuilles glissent dans le vent, volent dans l’azur
Les troncs, magnifiques caisses de résonance
Amplifient les cris des écureuils.
Les fougères se mêlent à la danse.
Entraînées par le chant des grenouilles et des insectes.

Toute cette cacophonie organisée
Crée un chant magique.
Maintenant, l’entends­-tu ?
Prends ta partition, écris les feuilles, écris la pluie :
Mais ce ne sera jamais la même
Car seules mes sœurs et moi portons le secret
De cette chanson unique,
Quelques notes de musique,
Cette ode à l’enchantement.

 

mélodie_forestière_2015_a« Prends ta partition, écris les feuilles, écris la pluie… »

Illustration : © Bruno Rigolt

_

NOTE D’INTENTION

Dans ce texte, j’ai voulu évoquer la forêt en la comparant à un orchestre.L’idée m’est venue alors que je cherchais une problématique pour le concours. Ne trouvant pas, j’ai décidé avant de rentrer chez­ moi de me promener dans la forêt : peut être trouverais­-je l’inspiration ?

L’air était doux en ce milieu d’automne et de nombreuses feuilles tombaient des arbres, je les entendais crisser sous mes pas. Le soleil était déjà bas dans le ciel et renforçait les couleurs rouge-orangé de la forêt. J’étais émerveillée de voir combien les arbres se transformaient et se paraient de couleurs tour à tour éclatantes, estompées, ensorceleuses…

C’est alors que je me suis arrêtée un instant pour écouter. Près de moi il m’a semblé qu’un oiseau chantait ; je l’ai cherché sans le trouver au début, puis je me suis laissée guider par son chant et j’ai remarqué que l’oiseau était posé sur l’une des branches d’un grand chêne qui se trouvait juste devant mes yeux. Je me suis avancée pour aller m’asseoir au pied de l’arbre, et j’ai entendu les bruits de pas des animaux, le coassement des grenouilles, le bruit du vent dans les branchages et les chants plus ténus des insectes.

Couronnée de brume, la forêt semblait un écrin tombé du ciel automnal, et toutes ces frondaisons flamboyantes paraissaient autant de joyaux. De retour chez ­moi, je me suis assise au piano. C’est de là qu’est partie l’idée de la musique puis de l’orchestre. Mes doigts glissaient sur le clavier, tantôt pour reproduire la mélodie dissonante du vent que j’avais entendue, tantôt pour retrouver l’harmonie de cet après­-midi d’automne.

Vous comprenez maintenant pourquoi j’ai choisi d’écrire un poème se rattachant au mouvement romantique. Celui­ci met en avant le rêve et la communion avec la nature, ce sont, me semble-t-­il, deux aspects essentiels de mon poème. Vous comprendrez aussi pourquoi les différentes figures de style que j’ai utilisées sont si importantes à mes yeux : l’oxymore « cacophonie organisée » (v.19) traduit par exemple les grandes bourrasques du vent. De même, la métaphore du « chêne majestueux » comparé à un « grand chef d’orchestre » (v.9) exprime cette musicalité de la forêt.

Celle­-ci m’a permis de renforcer l’atmosphère de mystère que je voulais créer et m’a aidée à opérer des comparaisons plus légères, en harmonie avec l’atmosphère du tableau automnal que j’avais encore en mémoire, et qui était pour moi autant une profonde symphonie qu’une merveilleuse « méditation poétique ».

© 2015, Mélanie J.

Concours « Ecriture en Forêt » Palmarès 2015 et publication des textes primés : catégorie Poésie (classes de Première). Aujourd’hui : Mélanie J. Premier accessit

concours_eef_2014_logo-1Le Lycée en Forêt a lancé depuis la rentrée 2013 un original concours d’écriture à destination des classes de Seconde et de Première  ayant pour intitulé : « Écritures en Forêt ».

Pour les classes de Première, le sujet portait sur l’écriture d’un poème ayant obligatoirement pour thème la forêt, ainsi que la rédaction d’une note d’intention expliquant la démarche du projet d’écriture ainsi que les particularités stylistiques mises en œuvre. 

Félicitation aux très nombreux participants, particulièrement à mes élèves de Première S4 (promotion 2014-2015), qui se sont remarquablement investis dans le dispositif, et bien sûr Bravo aux lauréats de l’édition 2015 :

  • Premier prix : Léa R. (Première S4)  Lire en ligne
  • Deuxième prix : Maud C. (Première S1)  Lire en ligne
  • Troisième prix : Mélissa L. (Première S4)  Lire en ligne
  • Premier accessit : Mélanie J. (Premièe S4)
  • Deuxième accessit : Wendy M. (Première S4)  Lire en ligne
  • Troisième accessit : Camille H. (Première L2)
  • Quatrième accessit : Hugo T. (Première L2)
  • Coup de cœur Lycéen : Bénédicte R. (Première S4)  Lire en ligne

Une cérémonie récompensant les élèves primés a eu lieu le mercredi 10 juin 2015 au Lycée en Forêt, sous la présidence de Madame Condracq, Proviseure.
Merci encore au Lycée qui a pu débloquer des fonds importants pour récompenser les lauréats.

frise fleurs horizontale

Découvrez aujourd’hui le poème de Mélina J.
(Première S4, promotion 2014-2015), premier accessit :

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« Mélodie forestière »

par Mélanie J.
Classe de Première S4
Premier accessit


Je suis là, ne m’entends-tu pas ?
Penche-toi, écoute dans le vent
Ce doux chant mélodieux,
Parti d’un simple oiseau, d’un simple aveu
Il passe entre pins et bouleaux.
Moi, aujourd’hui feuille de papier
Je peux te raconter,
Car du chêne majestueux
Grand chef d’orchestre de cette forêt je suis née.

La forêt s’organise, cuivres, vents et cordes
Trouvent leurs échos. Les bruits de pas sourds
Annoncent le début d’une nouvelle mélodie.
Les animaux battent la mesure,
Les feuilles glissent dans le vent, volent dans l’azur
Les troncs, magnifiques caisses de résonance
Amplifient les cris des écureuils.
Les fougères se mêlent à la danse.
Entraînées par le chant des grenouilles et des insectes.

Toute cette cacophonie organisée
Crée un chant magique.
Maintenant, l’entends­-tu ?
Prends ta partition, écris les feuilles, écris la pluie :
Mais ce ne sera jamais la même
Car seules mes sœurs et moi portons le secret
De cette chanson unique,
Quelques notes de musique,
Cette ode à l’enchantement.

 

mélodie_forestière_2015_a« Prends ta partition, écris les feuilles, écris la pluie… »

Illustration : © Bruno Rigolt

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NOTE D’INTENTION

Dans ce texte, j’ai voulu évoquer la forêt en la comparant à un orchestre.L’idée m’est venue alors que je cherchais une problématique pour le concours. Ne trouvant pas, j’ai décidé avant de rentrer chez­ moi de me promener dans la forêt : peut être trouverais­-je l’inspiration ?

L’air était doux en ce milieu d’automne et de nombreuses feuilles tombaient des arbres, je les entendais crisser sous mes pas. Le soleil était déjà bas dans le ciel et renforçait les couleurs rouge-orangé de la forêt. J’étais émerveillée de voir combien les arbres se transformaient et se paraient de couleurs tour à tour éclatantes, estompées, ensorceleuses…

C’est alors que je me suis arrêtée un instant pour écouter. Près de moi il m’a semblé qu’un oiseau chantait ; je l’ai cherché sans le trouver au début, puis je me suis laissée guider par son chant et j’ai remarqué que l’oiseau était posé sur l’une des branches d’un grand chêne qui se trouvait juste devant mes yeux. Je me suis avancée pour aller m’asseoir au pied de l’arbre, et j’ai entendu les bruits de pas des animaux, le coassement des grenouilles, le bruit du vent dans les branchages et les chants plus ténus des insectes.

Couronnée de brume, la forêt semblait un écrin tombé du ciel automnal, et toutes ces frondaisons flamboyantes paraissaient autant de joyaux. De retour chez ­moi, je me suis assise au piano. C’est de là qu’est partie l’idée de la musique puis de l’orchestre. Mes doigts glissaient sur le clavier, tantôt pour reproduire la mélodie dissonante du vent que j’avais entendue, tantôt pour retrouver l’harmonie de cet après­-midi d’automne.

Vous comprenez maintenant pourquoi j’ai choisi d’écrire un poème se rattachant au mouvement romantique. Celui­ci met en avant le rêve et la communion avec la nature, ce sont, me semble-t-­il, deux aspects essentiels de mon poème. Vous comprendrez aussi pourquoi les différentes figures de style que j’ai utilisées sont si importantes à mes yeux : l’oxymore « cacophonie organisée » (v.19) traduit par exemple les grandes bourrasques du vent. De même, la métaphore du « chêne majestueux » comparé à un « grand chef d’orchestre » (v.9) exprime cette musicalité de la forêt.

Celle­-ci m’a permis de renforcer l’atmosphère de mystère que je voulais créer et m’a aidée à opérer des comparaisons plus légères, en harmonie avec l’atmosphère du tableau automnal que j’avais encore en mémoire, et qui était pour moi autant une profonde symphonie qu’une merveilleuse « méditation poétique ».

© 2015, Mélanie J.

Concours "Ecriture en Forêt" Palmarès 2015 et publication des textes primés : catégorie Poésie (classes de Première). Aujourd'hui : Mélissa L. Troisième Prix

concours_eef_2014_logo-1Le Lycée en Forêt a lancé depuis la rentrée 2013 un original concours d’écriture à destination des classes de Seconde et de Première  ayant pour intitulé : « Écritures en Forêt ».

Pour les classes de Première, le sujet portait sur l’écriture d’un poème ayant obligatoirement pour thème la forêt, ainsi que la rédaction d’une note d’intention expliquant la démarche du projet d’écriture ainsi que les particularités stylistiques mises en œuvre. 

Félicitation aux très nombreux participants, particulièrement à mes élèves de Première S4 (promotion 2014-2015), qui se sont remarquablement investis dans le dispositif, et bien sûr Bravo aux lauréats de l’édition 2015 :

  • Premier prix : Léa R. (Première S4)  Lire en ligne
  • Deuxième prix : Maud C. (Première S1)  Lire en ligne
  • Troisième prix : Mélissa L. (Première S4)
  • Premier accessit : Mélanie J. (Premièe S4)  Lire en ligne
  • Deuxième accessit : Wendy M. (Première S4)  Lire en ligne
  • Troisième accessit : Camille H. (Première L2)
  • Quatrième accessit : Hugo T. (Première L2)
  • Coup de cœur Lycéen : Bénédicte R. (Première S4)  Lire en ligne

Une cérémonie récompensant les élèves primés a eu lieu le mercredi 10 juin 2015 au Lycée en Forêt, sous la présidence de Madame Condracq, Proviseure.
Merci encore au Lycée qui a pu débloquer des fonds importants pour récompenser les lauréats.

frise fleurs horizontale

Découvrez aujourd’hui le poème de Mélissa L.
(Première S4, promotion 2014-2015), troisième prix :

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« Exaltation des sens »

par Mélissa L.
Classe de Première S4
Troisième prix


Quand je ferme les yeux,
J’entends cette pluie ardente
Battant ton sol avec force.
Singes hurleurs et oiseaux siffleurs
M’envahissent et me perdent.

J’ouvre les yeux,
L’immense bois-cathédrale et ses lianes envahissantes
Impose ta force et ta puissance.
Parmi eux se cache une douce et blanche orchidée
Liée au rouge vif du balisier.

Lorsque je respire l’air,
Dans cette chaleur humide et étouffante,
Des fragrances enivrantes
De fleurs et de fruits exotiques
M’emportent dans ta passion et ta folie.

Je m’aventure dans la jungle,
Les bras blessés par les épines d’awara.
Mes pieds s’entremêlent dans les racines,
Je m’enfonce dans ta végétation luxuriante
Et disparais tel un papillon éphémère.

Forêt tropicale_5« Je m’enfonce dans ta végétation luxuriante
Et disparais tel un papillon éphémère… »

Illustration : © Bruno Rigolt

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NOTE D’INTENTION

« Exaltation des sens » est un poème en prose. Pour l’écrire, je me suis tout d’abord inspirée de ma terre natale, la Guyane, et particulièrement de la forêt amazonienne. Comme l’indique le titre, le texte est une exaltation des différentes émotions du corps humain : l’ouïe, la vue, l’odorat et le toucher. Pour moi, la forêt renvoie à une perception profonde et sensuelle de la beauté. Par exemple, pour montrer que la forêt est vivante, j’ai utilisé différents contrastes : force /douceur ; fraîcheur / humidité.

Cette musique des sens m’a été également inspirée par le romantisme : comment ne pas vouloir entrer en communion avec la nature et s’abandonner au grand lyrisme de la forêt ? Cette idée d’une communion de l’homme avec le « grand tout », qui est un aspect clef du primitivisme romantique, est essentielle dans le texte :

« J’ouvre les yeux,
L’immense Bois-cathédrale et ses lianes envahissantes
Impose ta force et ta puissance. »

Avec l’assonance du phonème |ᾶ|, et l’allitération en |s|, je mets l’accent sur l’emprise, la grandeur et la puissance de la forêt.

Comme on le voit, au-delà du dépaysement exotique, la recherche de l’immensité et d’un certain panthéisme se retrouvent à la lecture du texte.Voilà ce que j’ai voulu exprimer : l’amour pour ma Guyane natale, et surtout faire de mon poème un voyage vers l’ailleurs, vers un autre horizon, si cher à mon cœur…

© 2015, Mélissa L.

Concours « Ecriture en Forêt » Palmarès 2015 et publication des textes primés : catégorie Poésie (classes de Première). Aujourd’hui : Mélissa L. Troisième Prix

concours_eef_2014_logo-1Le Lycée en Forêt a lancé depuis la rentrée 2013 un original concours d’écriture à destination des classes de Seconde et de Première  ayant pour intitulé : « Écritures en Forêt ».

Pour les classes de Première, le sujet portait sur l’écriture d’un poème ayant obligatoirement pour thème la forêt, ainsi que la rédaction d’une note d’intention expliquant la démarche du projet d’écriture ainsi que les particularités stylistiques mises en œuvre. 

Félicitation aux très nombreux participants, particulièrement à mes élèves de Première S4 (promotion 2014-2015), qui se sont remarquablement investis dans le dispositif, et bien sûr Bravo aux lauréats de l’édition 2015 :

  • Premier prix : Léa R. (Première S4)  Lire en ligne
  • Deuxième prix : Maud C. (Première S1)  Lire en ligne
  • Troisième prix : Mélissa L. (Première S4)
  • Premier accessit : Mélanie J. (Premièe S4)  Lire en ligne
  • Deuxième accessit : Wendy M. (Première S4)  Lire en ligne
  • Troisième accessit : Camille H. (Première L2)
  • Quatrième accessit : Hugo T. (Première L2)
  • Coup de cœur Lycéen : Bénédicte R. (Première S4)  Lire en ligne

Une cérémonie récompensant les élèves primés a eu lieu le mercredi 10 juin 2015 au Lycée en Forêt, sous la présidence de Madame Condracq, Proviseure.
Merci encore au Lycée qui a pu débloquer des fonds importants pour récompenser les lauréats.

frise fleurs horizontale

Découvrez aujourd’hui le poème de Mélissa L.
(Première S4, promotion 2014-2015), troisième prix :

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« Exaltation des sens »

par Mélissa L.
Classe de Première S4
Troisième prix


Quand je ferme les yeux,
J’entends cette pluie ardente
Battant ton sol avec force.
Singes hurleurs et oiseaux siffleurs
M’envahissent et me perdent.

J’ouvre les yeux,
L’immense bois-cathédrale et ses lianes envahissantes
Impose ta force et ta puissance.
Parmi eux se cache une douce et blanche orchidée
Liée au rouge vif du balisier.

Lorsque je respire l’air,
Dans cette chaleur humide et étouffante,
Des fragrances enivrantes
De fleurs et de fruits exotiques
M’emportent dans ta passion et ta folie.

Je m’aventure dans la jungle,
Les bras blessés par les épines d’awara.
Mes pieds s’entremêlent dans les racines,
Je m’enfonce dans ta végétation luxuriante
Et disparais tel un papillon éphémère.

Forêt tropicale_5« Je m’enfonce dans ta végétation luxuriante
Et disparais tel un papillon éphémère… »

Illustration : © Bruno Rigolt

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NOTE D’INTENTION

« Exaltation des sens » est un poème en prose. Pour l’écrire, je me suis tout d’abord inspirée de ma terre natale, la Guyane, et particulièrement de la forêt amazonienne. Comme l’indique le titre, le texte est une exaltation des différentes émotions du corps humain : l’ouïe, la vue, l’odorat et le toucher. Pour moi, la forêt renvoie à une perception profonde et sensuelle de la beauté. Par exemple, pour montrer que la forêt est vivante, j’ai utilisé différents contrastes : force /douceur ; fraîcheur / humidité.

Cette musique des sens m’a été également inspirée par le romantisme : comment ne pas vouloir entrer en communion avec la nature et s’abandonner au grand lyrisme de la forêt ? Cette idée d’une communion de l’homme avec le « grand tout », qui est un aspect clef du primitivisme romantique, est essentielle dans le texte :

« J’ouvre les yeux,
L’immense Bois-cathédrale et ses lianes envahissantes
Impose ta force et ta puissance. »

Avec l’assonance du phonème |ᾶ|, et l’allitération en |s|, je mets l’accent sur l’emprise, la grandeur et la puissance de la forêt.

Comme on le voit, au-delà du dépaysement exotique, la recherche de l’immensité et d’un certain panthéisme se retrouvent à la lecture du texte.Voilà ce que j’ai voulu exprimer : l’amour pour ma Guyane natale, et surtout faire de mon poème un voyage vers l’ailleurs, vers un autre horizon, si cher à mon cœur…

© 2015, Mélissa L.

Concours "Ecriture en Forêt" Palmarès 2015 et publication des textes primés : catégorie Poésie (classes de Première). Aujourd'hui : Maud C. Deuxième Prix

concours_eef_2014_logo-1Le Lycée en Forêt a lancé depuis la rentrée 2013 un original concours d’écriture à destination des classes de Seconde et de Première  ayant pour intitulé : « Écritures en Forêt ».

Pour les classes de Première, le sujet portait sur l’écriture d’un poème ayant obligatoirement pour thème la forêt, ainsi que la rédaction d’une note d’intention expliquant la démarche du projet d’écriture ainsi que les particularités stylistiques mises en œuvre. 

Félicitation aux très nombreux participants, particulièrement à mes élèves de Première S4 (promotion 2014-2015), qui se sont remarquablement investis dans le dispositif, et bien sûr Bravo aux lauréats de l’édition 2015 :

  • Premier prix : Léa R. (Première S4)  Lire en ligne
  • Deuxième prix : Maud C. (Première S1)
  • Troisième prix : Mélissa L. (Première S4)  Lire en ligne
  • Premier accessit : Mélanie J. (Premièe S4)  Lire en ligne
  • Deuxième accessit : Wendy M. (Première S4)  Lire en ligne
  • Troisième accessit : Camille H. (Première L2)
  • Quatrième accessit : Hugo T. (Première L2)
  • Coup de cœur Lycéen : Bénédicte R. (Première S4)  Lire en ligne

Une cérémonie récompensant les élèves primés a eu lieu le mercredi 10 juin 2015 au Lycée en Forêt, sous la présidence de Madame Condracq, Proviseure.
Merci encore au Lycée qui a pu débloquer des fonds importants pour récompenser les lauréats.

frise fleurs horizontale

Découvrez aujourd’hui le poème de Maud C.
(Première S1, promotion 2014-2015), deuxième prix :

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« Profondeur des bois »

par Maud C.
Classe de Première S1
Deuxième prix


Un chemin volatile s’enfonce, sinueux, invisible, traverse futile
D’une rive à un port. Un homme marche, son corps, accord
Frissonnant des feuilles mortes sous ses pas fébriles.

Un chemin volubile s’efface ; revient à la vie, souvenir putride
De l’autre monde, la complainte des morts,
Rouet sans fin sur cette terre humide
Qui si vite sous ses charmes enfouit le cadavre, le spectre et le corps.

Toi qui lui as donné la vie, oh combien tu sais comme elle est courte et dure,
Maîtresse forêt, qui dans tes branches, enfantant des fleurs, le protège et l’accueille
Lui offrant florilège de douceurs, sachant que cela ne dure
Tu comptes les heures, glorifiant son cercueil.

Des moisissures vermeilles enserrent ses chairs incises
Véritables griffes d’aigle, elles le rongent, le déchirent
L’entraînant par delà des latitudes exquises
Où les flammes mordantes jusqu’aux feuilles font rougir

Et toi, forêt, tu joues, offrant et prenant la vie
Baignant d’une trompeuse lumière bleutée les meurtres commis
Tu composes un être en ton sein
Sachant déjà son funeste lendemain

La proie des oiseaux charognards, vermine boueuse des coléoptères,
Aux couleurs fanées et à l’odeur infâme, n’était plus qu’un rêve,
Souvenir vibrant d’une note éphémère
Dans le silence, lorsque la symphonie s’achève.

Et de linceul à voile l’obscurité changea
Et sous l’humus fertile, insolent,
Un arbrisseau lança, élégant
Une petite branche innocente dans la tiédeur du soir.

Lueur d’espoir, cycle infini de sa main sur nos vies, elle compose
Au fil de l’air, de l’eau, du vent, elle décompose
Insectes parmi les feuilles, poussières dans le lointain.

foret_magique_1.1300625982.jpg« Au fil de l’air, de l’eau, du vent, elle décompose
Insectes parmi les feuilles, poussières dans le lointain… »

Illustration : © Bruno Rigolt

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NOTE D’INTENTION

Il était presque dix-huit heures, cet hiver. La nuit commençait à tomber. Il pleuvait. De grosses gouttes s’écrasaient sur ma terrasse, formant un clapotis régulier dans le silence alentour. Personne à la maison, personne dans la rue, aucun bruit, à peine celui d’une voiture roulant dans les flaques du bas coté, formant des gerbes d’eau sur son passage. L’herbe du jardin était trempée, couverte d’un tapis de feuilles mortes, d’un brun sale, presque noir, à moitié pourri.

J’ai froid, l’atmosphère est sinistre, grise. Je n’ai pas les clés. Je suis à la porte. Rien à faire, j’attends. Je m’assois sous la marquise de l’entrée, avec mon sac de cours. Je respire l’air humide, le parfum si caractéristique des arbres l’hiver me parvient. Je sens, j’observe, les mots se bousculent dans ma tête, farandole de noms et d’adjectifs, de verbes puissants, trop forts. Mon énervement transparaît, je n’aime pas ce temps. Je suis seule.

Je sors une feuille de mon sac, écris tout les mots qui me passent devant les yeux : « lac, cycle, pluie, amers, tapis, attendre, humus, finitude, pourriture, néant, refuge, ardu, erreur, mensonge, grisâtre, fumée, volatil, assassin, meurtre, spectre, pente, chaleur, enseveli, putride, plume, détruire… » Alors je commence à écrire, j’ai les doigts gelés mais j’écris le premier vers, sans savoir où je vais. Je n’ai rien à perdre, rien d’autre à faire. Ainsi, mes pensées se canalisent et j’évite de me torturer la tête avec mes problèmes quotidiens, bien futiles pour certains : histoires d’enfant, d’amis, d’amours…

J’écris un chemin, j’écris sa naïveté. Et puis les phrases affluent et apparaissent d’elles-mêmes, des vers, des rimes, une structure prend forme, toute seule. Les minutes passent. Personne n’arrive. J’ai de plus en plus froid, alors j’écris : j’écris la décomposition sous mes yeux, j’écris la haine qu’elle m’inspire. Les mots sont trop forts, sanglants, infâmes. Je me laisse emporter, ça n’a pas de sens. Je les changerai par la suite pour quelque chose de plus sale et de moins fort, quand je déciderai de mon but. Dans un premier temps, j’ai écrit, sans réel objectif, tout simplement.

Une voiture. Maman, enfin ! Je rentre chez moi, me sèche. Et puis je réalise le sujet de ce concours… Pourquoi pas ? Je reprends ce que j’ai écrit et je vois enfin le fil, je le suis, dans ma tête, puis écris la suite sur le papier.

Le soir même, je suis conduite à mon cours de piano. Dans la voiture, je n’arrive pas à m’arrêter, il n’était plus qu’un rêve, souvenir vibrant d’une note, lorsque la symphonie s’achève. Certes, il faudrait que je cesse d’écrire, que je me concentre sur la musique que je vais devoir interpréter dans quelques minutes. Trouver une issue, me libérer de ces mots trompeurs. Qu’est ce que m’évoque la forêt, simplement la décomposition ? Non c’est également la renaissance, le printemps quand poussent les fleurs et les arbres, un tapis de feuilles bienveillant. Je termine les derniers vers, tant pis, je serai en retard, j’ai trop peur d’oublier. Un cycle, un espoir, la vie. Les vers de Victor Hugo me reviennent, ils sont doux, la forêt est un grand réseau de vie, et non pas une meurtrière.

Je ne demande pas autre chose aux forêts
Que de faire silence autour des antres frais
Et de ne pas troubler la chanson des fauvettes.
Je veux entendre aller et venir les navettes
De Pan, noir tisserand que nous entrevoyons
Et qui file, en tordant l’eau, le vent, les rayons,
Ce grand réseau, la vie, immense et sombre toile
Où brille et tremble en bas la fleur, en haut l’étoile.

Je termine : « Elle compose… décompose /Insectes parmi les feuilles, poussières dans le lointain. » Après mon cours de piano, je relis à haute voix mon poème, je m’écoute trop, c’est trop ma voix. Je supprime des mots, les remplace, lis autrement et ressens le poème d’une autre manière, moins morbide.

Quarante vers. Mon poème est trop long. Comment vais-je faire ? Il faut que je supprime un quart de ce que j’ai écrit. Je n’y arrive pas. Quelle torture de devoir sélectionner, élaguer. J’ai du mal, je réfléchis beaucoup. Peut être ne vais-je finalement rien présenter au concours ? Il faut que j’écrive autre chose, mais je n’ai pas le temps et puis je me répète et n’ai plus le contexte satisfaisant. Je commence à écrire et le poème prend une autre tournure, parle d’autre chose, s’égare, et je n’ai pas le cœur de le changer, je le termine, le laisse tel que, il est hors sujet. Je me résigne et reviens à mon poème de départ, coupe et colle, fais des assemblages, perd le fil conducteur puis finalement le retrouve. Je réussis à supprimer deux quatrains. Il y a encore deux vers de trop. Tant pis, je romps avec la forme choisie au départ. Je ne sais pas si cela est important, ou encore une fois futile. Je n’arrive pas à faire autrement.

Le résultat me déçoit. Certain vers sont seuls, isolés, presque nus sans leurs compagnons de strophes. Mais il faut bien respecter la forme imposée. Et puis, j’ai toujours la version première pour moi, celle que je garderai…

© 2015, Maud C.

Concours « Ecriture en Forêt » Palmarès 2015 et publication des textes primés : catégorie Poésie (classes de Première). Aujourd’hui : Maud C. Deuxième Prix

concours_eef_2014_logo-1Le Lycée en Forêt a lancé depuis la rentrée 2013 un original concours d’écriture à destination des classes de Seconde et de Première  ayant pour intitulé : « Écritures en Forêt ».

Pour les classes de Première, le sujet portait sur l’écriture d’un poème ayant obligatoirement pour thème la forêt, ainsi que la rédaction d’une note d’intention expliquant la démarche du projet d’écriture ainsi que les particularités stylistiques mises en œuvre. 

Félicitation aux très nombreux participants, particulièrement à mes élèves de Première S4 (promotion 2014-2015), qui se sont remarquablement investis dans le dispositif, et bien sûr Bravo aux lauréats de l’édition 2015 :

  • Premier prix : Léa R. (Première S4)  Lire en ligne
  • Deuxième prix : Maud C. (Première S1)
  • Troisième prix : Mélissa L. (Première S4)  Lire en ligne
  • Premier accessit : Mélanie J. (Premièe S4)  Lire en ligne
  • Deuxième accessit : Wendy M. (Première S4)  Lire en ligne
  • Troisième accessit : Camille H. (Première L2)
  • Quatrième accessit : Hugo T. (Première L2)
  • Coup de cœur Lycéen : Bénédicte R. (Première S4)  Lire en ligne

Une cérémonie récompensant les élèves primés a eu lieu le mercredi 10 juin 2015 au Lycée en Forêt, sous la présidence de Madame Condracq, Proviseure.
Merci encore au Lycée qui a pu débloquer des fonds importants pour récompenser les lauréats.

frise fleurs horizontale

Découvrez aujourd’hui le poème de Maud C.
(Première S1, promotion 2014-2015), deuxième prix :

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« Profondeur des bois »

par Maud C.
Classe de Première S1
Deuxième prix


Un chemin volatile s’enfonce, sinueux, invisible, traverse futile
D’une rive à un port. Un homme marche, son corps, accord
Frissonnant des feuilles mortes sous ses pas fébriles.

Un chemin volubile s’efface ; revient à la vie, souvenir putride
De l’autre monde, la complainte des morts,
Rouet sans fin sur cette terre humide
Qui si vite sous ses charmes enfouit le cadavre, le spectre et le corps.

Toi qui lui as donné la vie, oh combien tu sais comme elle est courte et dure,
Maîtresse forêt, qui dans tes branches, enfantant des fleurs, le protège et l’accueille
Lui offrant florilège de douceurs, sachant que cela ne dure
Tu comptes les heures, glorifiant son cercueil.

Des moisissures vermeilles enserrent ses chairs incises
Véritables griffes d’aigle, elles le rongent, le déchirent
L’entraînant par delà des latitudes exquises
Où les flammes mordantes jusqu’aux feuilles font rougir

Et toi, forêt, tu joues, offrant et prenant la vie
Baignant d’une trompeuse lumière bleutée les meurtres commis
Tu composes un être en ton sein
Sachant déjà son funeste lendemain

La proie des oiseaux charognards, vermine boueuse des coléoptères,
Aux couleurs fanées et à l’odeur infâme, n’était plus qu’un rêve,
Souvenir vibrant d’une note éphémère
Dans le silence, lorsque la symphonie s’achève.

Et de linceul à voile l’obscurité changea
Et sous l’humus fertile, insolent,
Un arbrisseau lança, élégant
Une petite branche innocente dans la tiédeur du soir.

Lueur d’espoir, cycle infini de sa main sur nos vies, elle compose
Au fil de l’air, de l’eau, du vent, elle décompose
Insectes parmi les feuilles, poussières dans le lointain.

foret_magique_1.1300625982.jpg« Au fil de l’air, de l’eau, du vent, elle décompose
Insectes parmi les feuilles, poussières dans le lointain… »

Illustration : © Bruno Rigolt

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NOTE D’INTENTION

Il était presque dix-huit heures, cet hiver. La nuit commençait à tomber. Il pleuvait. De grosses gouttes s’écrasaient sur ma terrasse, formant un clapotis régulier dans le silence alentour. Personne à la maison, personne dans la rue, aucun bruit, à peine celui d’une voiture roulant dans les flaques du bas coté, formant des gerbes d’eau sur son passage. L’herbe du jardin était trempée, couverte d’un tapis de feuilles mortes, d’un brun sale, presque noir, à moitié pourri.

J’ai froid, l’atmosphère est sinistre, grise. Je n’ai pas les clés. Je suis à la porte. Rien à faire, j’attends. Je m’assois sous la marquise de l’entrée, avec mon sac de cours. Je respire l’air humide, le parfum si caractéristique des arbres l’hiver me parvient. Je sens, j’observe, les mots se bousculent dans ma tête, farandole de noms et d’adjectifs, de verbes puissants, trop forts. Mon énervement transparaît, je n’aime pas ce temps. Je suis seule.

Je sors une feuille de mon sac, écris tout les mots qui me passent devant les yeux : « lac, cycle, pluie, amers, tapis, attendre, humus, finitude, pourriture, néant, refuge, ardu, erreur, mensonge, grisâtre, fumée, volatil, assassin, meurtre, spectre, pente, chaleur, enseveli, putride, plume, détruire… » Alors je commence à écrire, j’ai les doigts gelés mais j’écris le premier vers, sans savoir où je vais. Je n’ai rien à perdre, rien d’autre à faire. Ainsi, mes pensées se canalisent et j’évite de me torturer la tête avec mes problèmes quotidiens, bien futiles pour certains : histoires d’enfant, d’amis, d’amours…

J’écris un chemin, j’écris sa naïveté. Et puis les phrases affluent et apparaissent d’elles-mêmes, des vers, des rimes, une structure prend forme, toute seule. Les minutes passent. Personne n’arrive. J’ai de plus en plus froid, alors j’écris : j’écris la décomposition sous mes yeux, j’écris la haine qu’elle m’inspire. Les mots sont trop forts, sanglants, infâmes. Je me laisse emporter, ça n’a pas de sens. Je les changerai par la suite pour quelque chose de plus sale et de moins fort, quand je déciderai de mon but. Dans un premier temps, j’ai écrit, sans réel objectif, tout simplement.

Une voiture. Maman, enfin ! Je rentre chez moi, me sèche. Et puis je réalise le sujet de ce concours… Pourquoi pas ? Je reprends ce que j’ai écrit et je vois enfin le fil, je le suis, dans ma tête, puis écris la suite sur le papier.

Le soir même, je suis conduite à mon cours de piano. Dans la voiture, je n’arrive pas à m’arrêter, il n’était plus qu’un rêve, souvenir vibrant d’une note, lorsque la symphonie s’achève. Certes, il faudrait que je cesse d’écrire, que je me concentre sur la musique que je vais devoir interpréter dans quelques minutes. Trouver une issue, me libérer de ces mots trompeurs. Qu’est ce que m’évoque la forêt, simplement la décomposition ? Non c’est également la renaissance, le printemps quand poussent les fleurs et les arbres, un tapis de feuilles bienveillant. Je termine les derniers vers, tant pis, je serai en retard, j’ai trop peur d’oublier. Un cycle, un espoir, la vie. Les vers de Victor Hugo me reviennent, ils sont doux, la forêt est un grand réseau de vie, et non pas une meurtrière.

Je ne demande pas autre chose aux forêts
Que de faire silence autour des antres frais
Et de ne pas troubler la chanson des fauvettes.
Je veux entendre aller et venir les navettes
De Pan, noir tisserand que nous entrevoyons
Et qui file, en tordant l’eau, le vent, les rayons,
Ce grand réseau, la vie, immense et sombre toile
Où brille et tremble en bas la fleur, en haut l’étoile.

Je termine : « Elle compose… décompose /Insectes parmi les feuilles, poussières dans le lointain. » Après mon cours de piano, je relis à haute voix mon poème, je m’écoute trop, c’est trop ma voix. Je supprime des mots, les remplace, lis autrement et ressens le poème d’une autre manière, moins morbide.

Quarante vers. Mon poème est trop long. Comment vais-je faire ? Il faut que je supprime un quart de ce que j’ai écrit. Je n’y arrive pas. Quelle torture de devoir sélectionner, élaguer. J’ai du mal, je réfléchis beaucoup. Peut être ne vais-je finalement rien présenter au concours ? Il faut que j’écrive autre chose, mais je n’ai pas le temps et puis je me répète et n’ai plus le contexte satisfaisant. Je commence à écrire et le poème prend une autre tournure, parle d’autre chose, s’égare, et je n’ai pas le cœur de le changer, je le termine, le laisse tel que, il est hors sujet. Je me résigne et reviens à mon poème de départ, coupe et colle, fais des assemblages, perd le fil conducteur puis finalement le retrouve. Je réussis à supprimer deux quatrains. Il y a encore deux vers de trop. Tant pis, je romps avec la forme choisie au départ. Je ne sais pas si cela est important, ou encore une fois futile. Je n’arrive pas à faire autrement.

Le résultat me déçoit. Certain vers sont seuls, isolés, presque nus sans leurs compagnons de strophes. Mais il faut bien respecter la forme imposée. Et puis, j’ai toujours la version première pour moi, celle que je garderai…

© 2015, Maud C.

Concours "Ecriture en Forêt" Palmarès 2015 et publication des textes primés : catégorie Poésie (classes de Première). Aujourd'hui : Léa R. Premier Prix

concours_eef_2014_logo-1Le Lycée en Forêt a lancé depuis la rentrée 2013 un original concours d’écriture à destination des classes de Seconde et de Première  ayant pour intitulé : « Écritures en Forêt ».

Pour les classes de Première, le sujet portait sur l’écriture d’un poème ayant obligatoirement pour thème la forêt, ainsi que la rédaction d’une note d’intention expliquant la démarche du projet d’écriture ainsi que les particularités stylistiques mises en œuvre. 

Félicitation aux très nombreux participants, particulièrement à mes élèves de Première S4 (promotion 2014-2015), qui se sont remarquablement investis dans le dispositif, et bien sûr Bravo aux lauréats de l’édition 2015 :

  • Premier prix : Léa R. (Première S4) 
  • Deuxième prix : Maud C. (Première S1)  Lire en ligne
  • Troisième prix : Mélissa L. (Première S4)  Lire en ligne
  • Premier accessit : Mélanie J. (Premièe S4)  Lire en ligne
  • Deuxième accessit : Wendy M. (Première S4)  Lire en ligne
  • Troisième accessit : Camille H. (Première L2)
  • Quatrième accessit : Hugo T. (Première L2)
  • Coup de cœur Lycéen : Bénédicte R. (Première S4)  Lire en ligne

Une cérémonie récompensant les élèves primés a eu lieu le mercredi 10 juin 2015 au Lycée en Forêt, sous la présidence de Madame Condracq, Proviseure.
Merci encore au Lycée qui a pu débloquer des fonds importants pour récompenser les lauréats.

frise fleurs horizontale

Découvrez aujourd’hui le poème de Léa R.
(Première S4, promotion 2014-2015), premier prix :

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« Complainte
d’une feuille hivernale »

par Léa R.
Classe de Première S4
Premier prix


Au pied de ce chêne, je suis mélancolique.
Passe le temps, m’assourdit le calme
Gicle la lumière des branches dénudées
Et vient m’aveugler la voix du vent criant mon nom.
Plongée dans l’hiver, l’écorce brune de la forêt
M’emporte au large, vers l’arrière pays du ciel.

Alors que le jour a fermé ses paupières ; je me sens si seule
Dans cet océan où voyageaient d’autres feuilles.
Elles aussi allaient vers d’autres matins.
Mon corps aride frémit de son inapparence,
Je me sens prisonnière de sa blessure
Je vis au jour le jour, au soir le soir,

Les saisons sont ma parure, les années ma beauté désertée.
Ô qu’un instant, le temps s’arrête : je serais reine de cette forêt
De cette nature couleur de brume et de chagrin,
Reine de ce matin au toit de neige,
De ce temps inexorable comme l’hiver et l’été
Reine de ce monde qui n’est à présent, plus le mien.

Arbres sur le Loing_Bruno Rigolt« Plongée dans l’hiver, l’écorce brune de la forêt
M’emporte au large, vers l’arrière pays du ciel… »

Illustration : © Bruno Rigolt
Au bord du Loing, en hiver, un soir

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NOTE D’INTENTION

L’idée de ce poème m’est venue en regardant par ma fenêtre, alors que je cherchais l’inspiration: c’est alors que j’ai aperçu cet amas de feuilles auprès de mon arbre. Cela m’a donné l’idée de faire d’une feuille la narratrice de mon poème. N’est-il pas vrai d’ailleurs que celle-ci suit l’arbre tout au long des saisons et lui donne sa beauté ? J’ai donc intitulé ce poème « Complainte d’une feuille hivernale », car je voulais transmettre par ce titre les émotions que je peux éprouver durant l’hiver à travers un élément infiniment petit de la forêt : une simple feuille d’arbre. De même, le choix du mot « complainte » n’est pas un hasard. J’apprécie particulièrement les complaintes : leur registre élégiaque me plonge dans une tristesse indéfinie teintée d’indicible nostalgie.

De fait, comme vous l’avez sans doute compris en lisant le texte, mon poème repose sur une double énonciation: si le narrateur est la feuille au pied de l’arbre, on devine également que derrière cette apparence parfois, c’est l’auteure qui s’exprime. Comme par exemple dans ce passage c’est bien moi qui parle à travers la feuille :

« Au pied de ce chêne, je suis mélancolique.
Passe le temps, m’assourdit le calme
Gicle la lumière des branche dénudées
Et vient m’aveugler la voix du vent criant mon nom ».

En second lieu, je définirai mon poème comme un voyage poétique et métaphorique. La forêt, à elle seule, est une frontière, un voyage. Partir en forêt, c’est se dire : « Est-ce que je vais revenir ? Et si je me perdais ? Si je dérivais? » J’ai voulu faire sentir ces impressions en écrivant par exemple:

« M’emporte au large, vers l’arrière-pays du ciel »

Ou encore:

« Dans cet océan où voyageaient d’autres feuilles.
Elles aussi allaient vers d’autres matins. »

Quoi qu’on puisse penser, les forêts ne se ressemblent jamais, elles sont autant de cheminements à jamais recommencés et réinventés. Les saisons participent à cet infini voyage, qui nous emporte ailleurs. J’ai à ce titre privilégié la métaphore car cette figure de style est à même de nous faire passer d’une réalité à une autre réalité :

« De cette nature couleur de brume et de chagrin
Reine de ce matin au toit de neige… »

La métaphore apporte ici une sensibilité que je trouve intéressant d’exploiter car elle métamorphose le réel.

Enfin, l’an passé, j’avais étudié le mouvement romantique et je dois avouer que je me suis reconnue dans cette expression des sentiments. J’ai voulu rendre hommage à tous ces auteurs qui, de Lamartine à Mallarmé, ont chanté la nostalgie de l’idéal et du spirituel : derrière les arbres de la forêt, il y a en effet le cœur de celui qui la regarde: comme je le disais au début, les arbres, les branches, les fleurs ou comme ici la feuille tombée au sol sont ainsi l’expression de ses sentiments. La forêt est pour ma part, une succession d’émotions, couleurs du temps, couleurs des saisons, de mon humeur… Une forêt couleur de mes larmes, couleur de mes joies… Bref, une forêt qui laisse libre cours aux émotions et à l’imagination et c’est cela qui la rend si spéciale, si précieuse dans un monde où elle est tellement en voie de disparition.

© 2015, Léa R.

Concours « Ecriture en Forêt » Palmarès 2015 et publication des textes primés : catégorie Poésie (classes de Première). Aujourd’hui : Léa R. Premier Prix

concours_eef_2014_logo-1Le Lycée en Forêt a lancé depuis la rentrée 2013 un original concours d’écriture à destination des classes de Seconde et de Première  ayant pour intitulé : « Écritures en Forêt ».

Pour les classes de Première, le sujet portait sur l’écriture d’un poème ayant obligatoirement pour thème la forêt, ainsi que la rédaction d’une note d’intention expliquant la démarche du projet d’écriture ainsi que les particularités stylistiques mises en œuvre. 

Félicitation aux très nombreux participants, particulièrement à mes élèves de Première S4 (promotion 2014-2015), qui se sont remarquablement investis dans le dispositif, et bien sûr Bravo aux lauréats de l’édition 2015 :

  • Premier prix : Léa R. (Première S4) 
  • Deuxième prix : Maud C. (Première S1)  Lire en ligne
  • Troisième prix : Mélissa L. (Première S4)  Lire en ligne
  • Premier accessit : Mélanie J. (Premièe S4)  Lire en ligne
  • Deuxième accessit : Wendy M. (Première S4)  Lire en ligne
  • Troisième accessit : Camille H. (Première L2)
  • Quatrième accessit : Hugo T. (Première L2)
  • Coup de cœur Lycéen : Bénédicte R. (Première S4)  Lire en ligne

Une cérémonie récompensant les élèves primés a eu lieu le mercredi 10 juin 2015 au Lycée en Forêt, sous la présidence de Madame Condracq, Proviseure.
Merci encore au Lycée qui a pu débloquer des fonds importants pour récompenser les lauréats.

frise fleurs horizontale

Découvrez aujourd’hui le poème de Léa R.
(Première S4, promotion 2014-2015), premier prix :

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« Complainte
d’une feuille hivernale »

par Léa R.
Classe de Première S4
Premier prix


Au pied de ce chêne, je suis mélancolique.
Passe le temps, m’assourdit le calme
Gicle la lumière des branches dénudées
Et vient m’aveugler la voix du vent criant mon nom.
Plongée dans l’hiver, l’écorce brune de la forêt
M’emporte au large, vers l’arrière pays du ciel.

Alors que le jour a fermé ses paupières ; je me sens si seule
Dans cet océan où voyageaient d’autres feuilles.
Elles aussi allaient vers d’autres matins.
Mon corps aride frémit de son inapparence,
Je me sens prisonnière de sa blessure
Je vis au jour le jour, au soir le soir,

Les saisons sont ma parure, les années ma beauté désertée.
Ô qu’un instant, le temps s’arrête : je serais reine de cette forêt
De cette nature couleur de brume et de chagrin,
Reine de ce matin au toit de neige,
De ce temps inexorable comme l’hiver et l’été
Reine de ce monde qui n’est à présent, plus le mien.

Arbres sur le Loing_Bruno Rigolt« Plongée dans l’hiver, l’écorce brune de la forêt
M’emporte au large, vers l’arrière pays du ciel… »

Illustration : © Bruno Rigolt
Au bord du Loing, en hiver, un soir

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NOTE D’INTENTION

L’idée de ce poème m’est venue en regardant par ma fenêtre, alors que je cherchais l’inspiration: c’est alors que j’ai aperçu cet amas de feuilles auprès de mon arbre. Cela m’a donné l’idée de faire d’une feuille la narratrice de mon poème. N’est-il pas vrai d’ailleurs que celle-ci suit l’arbre tout au long des saisons et lui donne sa beauté ? J’ai donc intitulé ce poème « Complainte d’une feuille hivernale », car je voulais transmettre par ce titre les émotions que je peux éprouver durant l’hiver à travers un élément infiniment petit de la forêt : une simple feuille d’arbre. De même, le choix du mot « complainte » n’est pas un hasard. J’apprécie particulièrement les complaintes : leur registre élégiaque me plonge dans une tristesse indéfinie teintée d’indicible nostalgie.

De fait, comme vous l’avez sans doute compris en lisant le texte, mon poème repose sur une double énonciation: si le narrateur est la feuille au pied de l’arbre, on devine également que derrière cette apparence parfois, c’est l’auteure qui s’exprime. Comme par exemple dans ce passage c’est bien moi qui parle à travers la feuille :

« Au pied de ce chêne, je suis mélancolique.
Passe le temps, m’assourdit le calme
Gicle la lumière des branche dénudées
Et vient m’aveugler la voix du vent criant mon nom ».

En second lieu, je définirai mon poème comme un voyage poétique et métaphorique. La forêt, à elle seule, est une frontière, un voyage. Partir en forêt, c’est se dire : « Est-ce que je vais revenir ? Et si je me perdais ? Si je dérivais? » J’ai voulu faire sentir ces impressions en écrivant par exemple:

« M’emporte au large, vers l’arrière-pays du ciel »

Ou encore:

« Dans cet océan où voyageaient d’autres feuilles.
Elles aussi allaient vers d’autres matins. »

Quoi qu’on puisse penser, les forêts ne se ressemblent jamais, elles sont autant de cheminements à jamais recommencés et réinventés. Les saisons participent à cet infini voyage, qui nous emporte ailleurs. J’ai à ce titre privilégié la métaphore car cette figure de style est à même de nous faire passer d’une réalité à une autre réalité :

« De cette nature couleur de brume et de chagrin
Reine de ce matin au toit de neige… »

La métaphore apporte ici une sensibilité que je trouve intéressant d’exploiter car elle métamorphose le réel.

Enfin, l’an passé, j’avais étudié le mouvement romantique et je dois avouer que je me suis reconnue dans cette expression des sentiments. J’ai voulu rendre hommage à tous ces auteurs qui, de Lamartine à Mallarmé, ont chanté la nostalgie de l’idéal et du spirituel : derrière les arbres de la forêt, il y a en effet le cœur de celui qui la regarde: comme je le disais au début, les arbres, les branches, les fleurs ou comme ici la feuille tombée au sol sont ainsi l’expression de ses sentiments. La forêt est pour ma part, une succession d’émotions, couleurs du temps, couleurs des saisons, de mon humeur… Une forêt couleur de mes larmes, couleur de mes joies… Bref, une forêt qui laisse libre cours aux émotions et à l’imagination et c’est cela qui la rend si spéciale, si précieuse dans un monde où elle est tellement en voie de disparition.

© 2015, Léa R.

BTS Session 2015 Corrigé de l'Épreuve de Culture Générale et Expression : la synthèse

BTS Session 2015…
Épreuve de Culture Générale et Expression
Thème : « Ces objets qui nous envahissent : objets cultes, culte des objets »

Proposition de corrigé
de l’épreuve de synthèse de documents

Pour voir le sujet dans son intégralité et les documents du corpus, cliquez ici.

 NB. Ce corrigé est personnel et ne saurait bien évidemment engager l’institution scolaire.
 

__Les rapports que nous entretenons avec les objets sont souvent ambigus. C’est ainsi que l’attachement quelque peu régressif pour le passé, qui est une tendance émergente de la jeunesse occidentale actuelle a de quoi interpeller. Le corpus qui nous est proposé décrit et interprète cette rétromania où résident quelques-uns des symptômes les plus marquants d’un véritable désordre générationnel. Le premier document est l’introduction d’un essai consacré au Vintage rédigé par Philothée Gaymard et publié en 2013 aux éditions 10-18 dans la collection « Le Monde expliqué aux vieux », collection qui a pour but de nous familiariser avec les aspects les plus paradoxaux de notre modernité. Ce paradoxe est rendu plus sensible encore dans un passage du Planétarium, ouvrage emblématique du Nouveau roman (Gallimard, 1959) dans lequel l’écrivaine Nathalie Sarraute déjoue savamment les conditionnements idéologiques qui poussent un jeune couple parisien à vouloir à tout prix acquérir une bergère Louis XV, véritable objet de fascination, pour se démarquer des valeurs morales et sociales de l’époque. C’est dans le même esprit qu’il convient d’aborder les propos de Didier Ludot, spécialiste du vintage haute couture ou l’affiche pour l’édition 2014 de l’Anjou Vélo Vintage, manifestation annuelle consacrée à la mode rétro dans l’univers du vélo et des styles de vie, qui nous rappellent combien, entre nostalgie d’un âge d’or révolu et peur de l’avenir, le vintage interpelle et fascine.

__Faut-il pour autant s’inquiéter de cet engouement ? De fait, toute la question qui domine le corpus est d’interroger, à l’heure de la mondialisation, pareil repli sur le passé. Nous répondrons à cette problématique selon une double perspective : après avoir analysé les raisons qui président au développement du vintage, censé faire oublier les risques liés à la modernité, nous verrons qu’on ne saurait pour autant le réduire à un simple phénomène de mode : il conviendra plus fondamentalement d’interpréter ce retour aux sources comme l’expression d’une véritable culture, profondément porteuse de sens.

__Particulièrement à une époque troublée de notre histoire, le goût pour le passé reflète l’état d’esprit d’une jeunesse nostalgique et mélancolique, qui rêve de retrouver « un temps qu’elle n’a pas connu ». Tel est le point de départ de la réflexion de Philothée Gaymard, jeune journaliste au magazine Usbek & Rica et qui appartient elle-même à la génération Y. Ce besoin de regarder en arrière se retrouve chez Alain, l’enfant gâté du Planétarium, qui préfère courir les antiquaires que de finir sa thèse et contribuer au boom économique des Trente Glorieuses. Pour des jeunes en mal d’identité, ces nouveaux comportements de consommation tentent ainsi d’actualiser un passé révolu censé faire oublier les risques liés à la modernité. L’affiche de l’Anjou Vélo Vintage mérite à ce titre qu’on s’y attarde : consacrée à la mode rétro dans l’univers du vélo, elle présente un cadre rural enchanteur, caractéristique de cette nostalgie d’une époque idéalisée, où tout paraissait plus simple et rassurant : on y voit un jeune couple à bicyclette dont les tenues, particulièrement celle de la femme très inspirée du New Look, semblent réactualiser l’image d’Épinal d’une famille française des années Cinquante.

__Il est difficile d’appréhender rationnellement cette attirance souvent fantasmée pour le passé, tant elle semble échapper à toute tentative de définition. Philothée Gaymard avance l’idée que ce retour aux classiques se fait à défaut de pouvoir se projeter dans un avenir insaisissable : ce n’est pas un hasard s’il s’est imposé essentiellement dans une société occidentale à fort pouvoir d’achat, dominée par l’acquisivité effrénée et l’enlisement dans le productivisme. Il y aurait en effet dans le vintage la volonté de se déconnecter d’une réalité d’autant plus frustrante que la jeunesse actuelle, complètement immergée dans la postmodernité, utilise le vintage comme manière de redonner du sens. De même, à la journaliste Aude Lasjaunias venue l’interroger pour M, le magazine du Monde daté du 5 juillet 2012, Didier Ludot répond que le vintage peut s’interpréter comme une manière de ne pas rentrer dans le moule. N’est-ce pas le sens qu’il convient d’attribuer à la fameuse bergère du Planétarium, à propos de laquelle Alain s’oppose à sa belle-mère ? L’objet apparaît ainsi comme une façon de contrecarrer les habitudes et le goût bourgeois de la société de consommation.

__Dès lors, il n’est guère étonnant que ce repli sur le passé cristallise les incompréhensions entre générations : la « génération de nos parents » qu’évoque Philothée Gaymard ne comprend pas l’attachement des jeunes à des choses qu’elle s’est efforcée de combattre. Cet aspect se retrouve dans le roman de Nathalie Sarraute : la bergère Louis XV que le jeune couple tente de posséder entre en contradiction avec les idées des parents, qui optent pour le confort moderne. Dans ce passage, la mère de Gisèle oppose le comportement de son gendre à celui d’un homme qui devrait être, selon les stéréotypes bourgeois, beaucoup plus rationnel et pragmatique : les « vrais » hommes sont ceux qui choisissent des objets en fonction de leur nature pratique, plutôt que pour des raisons esthétiques comme le fait Alain qui ne répond guère à l’idéal qu’elle s’est fait du mari de sa fille, « un homme calme, fort, pur, détaché, préoccupé de choses graves et compliquées qui leur échappent à elles faibles femmes ». En ce sens, l’attachement au passé peut s’analyser comme une réappropriation du moi autant qu’une mise en cause implicite de la modernité et du rationalisme associés à l’économie de marché.

__Il convient désormais d’analyser de façon plus critique ce « phénomène rétro » qui amène à plusieurs questionnements. Au-delà de sa matérialité, l’objet ancien revêt tout d’abord une dimension mythique, voire mystique. Le tropisme¹ que Nathalie Sarraute met en scène suggère ainsi combien la quête du bel objet s’apparente à une forme de fétichisme. Dans le même ordre d’idée, Didier Ludot parle d’objet « trésor » comme si le vêtement vintage, de par sa rareté l’apparentant à une œuvre d’art, permettait de capter l’inaccessible, l’authentique : la possession d’un objet « différenciant » ferait de son détenteur quelqu’un d’autre. La fonction esthétique de l’objet rejoint dès lors sa dimension hiérophanique : par opposition au monde trivial du présent et du machinisme, le charme de l’ancien et du « fait-main » répond donc à une quête de l’unicité de même qu’à un savoir-faire ancestral comme le montrent très bien les propos recueillis par Aude Lasjaunias. Nous pourrions évoquer dans le même ordre d’idée l’esthétique très picturale de l’affiche pour l’Anjou Vélo Vintage ou les prétentions artistiques d’Alain, à l’opposé du pragmatisme foncier des gens « raisonnables », comme sa belle-mère.

__Cela dit, les amateurs d’ancien ne seraient-ils pas victimes du piège qu’ils cherchaient précisément à éviter ? Par son désir obsessionnel de posséder une bergère Louis XV, Alain succombe malgré lui aux chimères d’un certain « aristocratisme ». De même, la quête d’authenticité de ces jeunes rejetons des baby-boomers, imprégnés d’ordinateurs, de réseaux sociaux, de téléphones mobiles et autres baladeurs MP3 qu’évoque Philothée Gaymard, ne relève-t-elle pas, au nom du refus de la consommation standardisée, d’une idéalisation quelque peu illusoire et trompeuse du passé ? Nous pourrions tout aussi bien faire référence aux clientes de Didier Ludot, victimes d’« une espèce de snobisme » comme il le concède lui-même : dans leur recherche assez élitiste d’objets uniques par refus de suivre la doxa dominante, ces élégantes n’aiment-elles pas tout bonnement le luxe et le prix payé pour ainsi se démarquer du diktat des tendances ? De fait, le corpus amène à un questionnement qu’on ne saurait négliger sur ces nouveaux comportements de consommation, fruit de désirs et de frustrations : sous couvert d’authenticité (la beauté contre l’utile, le rêve contre la réalité), les possesseurs de vintage constituent une nouvelle génération consumériste que semble caricaturer, bien avant l’heure, le texte de Nathalie Sarraute.

__Ce serait néanmoins se méprendre sur la valeur intrinsèquement originale du phénomène vintage que de s’en tenir à un constat aussi réducteur : Philothée Gaymard explique que c’est bien la recherche d’un nouveau savoir-vivre qui guide les millennials dont les styles de modes de vie reposent sur une recherche de valeurs et de nouvelles normes socioculturelles profondes qui se situent en relation avec des racines, des fondements qu’on croyait oubliés et qui renaissent à la faveur du vintage. Didier Ludot montre également combien, à une époque où les tendances de mode ont disparu, l’acquisition d’un vêtement ou d’un accessoire vintage repose sur un investissement d’ordre affectif et patrimonial. On peut de même interpréter l’affiche de l’Anjou Vélo Vintage comme l’expression du besoin de se retrouver dans le passé pour réinventer le présent et ainsi faire resurgir la dimension idéale et mythique de l’existence dans un monde qui la nie par excès de rationalité. Le corpus nous invite à ce titre à comprendre que la nostalgie qui semble être au cœur de l’incessant revival qui s’observe aujourd’hui, bien plus qu’un effet de mode ou qu’une « crise d’adulescence » jouant sur le passé fantasmé, est devenue une véritable culture, qui participe à notre postmodernité.

__Comme nous l’avons compris à travers la lecture comparée des documents de ce corpus, si les jeunes générations, saturées de technicité et de rationalisme, se tournent autant vers le passé, c’est qu’il est porteur d’une Histoire, d’un enjeu culturel et d’une formidable force libératrice qui accompagne ce changement de millénaire : ainsi le vintage agit à la fois comme marqueur identitaire et mémoriel, et comme processus dynamique d’un nouveau vivre-ensemble mêlant tradition et modernité.

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1. Tropisme : au sens littéraire et figuré, le terme désigne une « force irrésistible et inconsciente qui pousse quelqu’un à agir d’une façon déterminée » |Source : CNRTL|. Nathalie Sarraute utilise ce terme dans son œuvre pour décrire les attitudes, les comportements instinctifs et indéfinissables qui déterminent, souvent inconsciemment, nos actions.

© Bruno Rigolt, mai 2015
Espace Pédagogique Contributif/Lycée en Forêt (Montargis, France)
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Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, cet article est protégé par copyright. Ils est mis à disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le nom de l’auteur ainsi que la référence complète de l’article cité (URL de la page).

© Bruno Rigolt, EPC mai 2015__

BTS Session 2015 Corrigé de l’Épreuve de Culture Générale et Expression : la synthèse

BTS Session 2015…
Épreuve de Culture Générale et Expression
Thème : « Ces objets qui nous envahissent : objets cultes, culte des objets »

Proposition de corrigé
de l’épreuve de synthèse de documents

Pour voir le sujet dans son intégralité et les documents du corpus, cliquez ici.

 NB. Ce corrigé est personnel et ne saurait bien évidemment engager l’institution scolaire.

 

__Les rapports que nous entretenons avec les objets sont souvent ambigus. C’est ainsi que l’attachement quelque peu régressif pour le passé, qui est une tendance émergente de la jeunesse occidentale actuelle a de quoi interpeller. Le corpus qui nous est proposé décrit et interprète cette rétromania où résident quelques-uns des symptômes les plus marquants d’un véritable désordre générationnel. Le premier document est l’introduction d’un essai consacré au Vintage rédigé par Philothée Gaymard et publié en 2013 aux éditions 10-18 dans la collection « Le Monde expliqué aux vieux », collection qui a pour but de nous familiariser avec les aspects les plus paradoxaux de notre modernité. Ce paradoxe est rendu plus sensible encore dans un passage du Planétarium, ouvrage emblématique du Nouveau roman (Gallimard, 1959) dans lequel l’écrivaine Nathalie Sarraute déjoue savamment les conditionnements idéologiques qui poussent un jeune couple parisien à vouloir à tout prix acquérir une bergère Louis XV, véritable objet de fascination, pour se démarquer des valeurs morales et sociales de l’époque. C’est dans le même esprit qu’il convient d’aborder les propos de Didier Ludot, spécialiste du vintage haute couture ou l’affiche pour l’édition 2014 de l’Anjou Vélo Vintage, manifestation annuelle consacrée à la mode rétro dans l’univers du vélo et des styles de vie, qui nous rappellent combien, entre nostalgie d’un âge d’or révolu et peur de l’avenir, le vintage interpelle et fascine.

__Faut-il pour autant s’inquiéter de cet engouement ? De fait, toute la question qui domine le corpus est d’interroger, à l’heure de la mondialisation, pareil repli sur le passé. Nous répondrons à cette problématique selon une double perspective : après avoir analysé les raisons qui président au développement du vintage, censé faire oublier les risques liés à la modernité, nous verrons qu’on ne saurait pour autant le réduire à un simple phénomène de mode : il conviendra plus fondamentalement d’interpréter ce retour aux sources comme l’expression d’une véritable culture, profondément porteuse de sens.

__Particulièrement à une époque troublée de notre histoire, le goût pour le passé reflète l’état d’esprit d’une jeunesse nostalgique et mélancolique, qui rêve de retrouver « un temps qu’elle n’a pas connu ». Tel est le point de départ de la réflexion de Philothée Gaymard, jeune journaliste au magazine Usbek & Rica et qui appartient elle-même à la génération Y. Ce besoin de regarder en arrière se retrouve chez Alain, l’enfant gâté du Planétarium, qui préfère courir les antiquaires que de finir sa thèse et contribuer au boom économique des Trente Glorieuses. Pour des jeunes en mal d’identité, ces nouveaux comportements de consommation tentent ainsi d’actualiser un passé révolu censé faire oublier les risques liés à la modernité. L’affiche de l’Anjou Vélo Vintage mérite à ce titre qu’on s’y attarde : consacrée à la mode rétro dans l’univers du vélo, elle présente un cadre rural enchanteur, caractéristique de cette nostalgie d’une époque idéalisée, où tout paraissait plus simple et rassurant : on y voit un jeune couple à bicyclette dont les tenues, particulièrement celle de la femme très inspirée du New Look, semblent réactualiser l’image d’Épinal d’une famille française des années Cinquante.

__Il est difficile d’appréhender rationnellement cette attirance souvent fantasmée pour le passé, tant elle semble échapper à toute tentative de définition. Philothée Gaymard avance l’idée que ce retour aux classiques se fait à défaut de pouvoir se projeter dans un avenir insaisissable : ce n’est pas un hasard s’il s’est imposé essentiellement dans une société occidentale à fort pouvoir d’achat, dominée par l’acquisivité effrénée et l’enlisement dans le productivisme. Il y aurait en effet dans le vintage la volonté de se déconnecter d’une réalité d’autant plus frustrante que la jeunesse actuelle, complètement immergée dans la postmodernité, utilise le vintage comme manière de redonner du sens. De même, à la journaliste Aude Lasjaunias venue l’interroger pour M, le magazine du Monde daté du 5 juillet 2012, Didier Ludot répond que le vintage peut s’interpréter comme une manière de ne pas rentrer dans le moule. N’est-ce pas le sens qu’il convient d’attribuer à la fameuse bergère du Planétarium, à propos de laquelle Alain s’oppose à sa belle-mère ? L’objet apparaît ainsi comme une façon de contrecarrer les habitudes et le goût bourgeois de la société de consommation.

__Dès lors, il n’est guère étonnant que ce repli sur le passé cristallise les incompréhensions entre générations : la « génération de nos parents » qu’évoque Philothée Gaymard ne comprend pas l’attachement des jeunes à des choses qu’elle s’est efforcée de combattre. Cet aspect se retrouve dans le roman de Nathalie Sarraute : la bergère Louis XV que le jeune couple tente de posséder entre en contradiction avec les idées des parents, qui optent pour le confort moderne. Dans ce passage, la mère de Gisèle oppose le comportement de son gendre à celui d’un homme qui devrait être, selon les stéréotypes bourgeois, beaucoup plus rationnel et pragmatique : les « vrais » hommes sont ceux qui choisissent des objets en fonction de leur nature pratique, plutôt que pour des raisons esthétiques comme le fait Alain qui ne répond guère à l’idéal qu’elle s’est fait du mari de sa fille, « un homme calme, fort, pur, détaché, préoccupé de choses graves et compliquées qui leur échappent à elles faibles femmes ». En ce sens, l’attachement au passé peut s’analyser comme une réappropriation du moi autant qu’une mise en cause implicite de la modernité et du rationalisme associés à l’économie de marché.

__Il convient désormais d’analyser de façon plus critique ce « phénomène rétro » qui amène à plusieurs questionnements. Au-delà de sa matérialité, l’objet ancien revêt tout d’abord une dimension mythique, voire mystique. Le tropisme¹ que Nathalie Sarraute met en scène suggère ainsi combien la quête du bel objet s’apparente à une forme de fétichisme. Dans le même ordre d’idée, Didier Ludot parle d’objet « trésor » comme si le vêtement vintage, de par sa rareté l’apparentant à une œuvre d’art, permettait de capter l’inaccessible, l’authentique : la possession d’un objet « différenciant » ferait de son détenteur quelqu’un d’autre. La fonction esthétique de l’objet rejoint dès lors sa dimension hiérophanique : par opposition au monde trivial du présent et du machinisme, le charme de l’ancien et du « fait-main » répond donc à une quête de l’unicité de même qu’à un savoir-faire ancestral comme le montrent très bien les propos recueillis par Aude Lasjaunias. Nous pourrions évoquer dans le même ordre d’idée l’esthétique très picturale de l’affiche pour l’Anjou Vélo Vintage ou les prétentions artistiques d’Alain, à l’opposé du pragmatisme foncier des gens « raisonnables », comme sa belle-mère.

__Cela dit, les amateurs d’ancien ne seraient-ils pas victimes du piège qu’ils cherchaient précisément à éviter ? Par son désir obsessionnel de posséder une bergère Louis XV, Alain succombe malgré lui aux chimères d’un certain « aristocratisme ». De même, la quête d’authenticité de ces jeunes rejetons des baby-boomers, imprégnés d’ordinateurs, de réseaux sociaux, de téléphones mobiles et autres baladeurs MP3 qu’évoque Philothée Gaymard, ne relève-t-elle pas, au nom du refus de la consommation standardisée, d’une idéalisation quelque peu illusoire et trompeuse du passé ? Nous pourrions tout aussi bien faire référence aux clientes de Didier Ludot, victimes d’« une espèce de snobisme » comme il le concède lui-même : dans leur recherche assez élitiste d’objets uniques par refus de suivre la doxa dominante, ces élégantes n’aiment-elles pas tout bonnement le luxe et le prix payé pour ainsi se démarquer du diktat des tendances ? De fait, le corpus amène à un questionnement qu’on ne saurait négliger sur ces nouveaux comportements de consommation, fruit de désirs et de frustrations : sous couvert d’authenticité (la beauté contre l’utile, le rêve contre la réalité), les possesseurs de vintage constituent une nouvelle génération consumériste que semble caricaturer, bien avant l’heure, le texte de Nathalie Sarraute.

__Ce serait néanmoins se méprendre sur la valeur intrinsèquement originale du phénomène vintage que de s’en tenir à un constat aussi réducteur : Philothée Gaymard explique que c’est bien la recherche d’un nouveau savoir-vivre qui guide les millennials dont les styles de modes de vie reposent sur une recherche de valeurs et de nouvelles normes socioculturelles profondes qui se situent en relation avec des racines, des fondements qu’on croyait oubliés et qui renaissent à la faveur du vintage. Didier Ludot montre également combien, à une époque où les tendances de mode ont disparu, l’acquisition d’un vêtement ou d’un accessoire vintage repose sur un investissement d’ordre affectif et patrimonial. On peut de même interpréter l’affiche de l’Anjou Vélo Vintage comme l’expression du besoin de se retrouver dans le passé pour réinventer le présent et ainsi faire resurgir la dimension idéale et mythique de l’existence dans un monde qui la nie par excès de rationalité. Le corpus nous invite à ce titre à comprendre que la nostalgie qui semble être au cœur de l’incessant revival qui s’observe aujourd’hui, bien plus qu’un effet de mode ou qu’une « crise d’adulescence » jouant sur le passé fantasmé, est devenue une véritable culture, qui participe à notre postmodernité.

__Comme nous l’avons compris à travers la lecture comparée des documents de ce corpus, si les jeunes générations, saturées de technicité et de rationalisme, se tournent autant vers le passé, c’est qu’il est porteur d’une Histoire, d’un enjeu culturel et d’une formidable force libératrice qui accompagne ce changement de millénaire : ainsi le vintage agit à la fois comme marqueur identitaire et mémoriel, et comme processus dynamique d’un nouveau vivre-ensemble mêlant tradition et modernité.

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1. Tropisme : au sens littéraire et figuré, le terme désigne une « force irrésistible et inconsciente qui pousse quelqu’un à agir d’une façon déterminée » |Source : CNRTL|. Nathalie Sarraute utilise ce terme dans son œuvre pour décrire les attitudes, les comportements instinctifs et indéfinissables qui déterminent, souvent inconsciemment, nos actions.

© Bruno Rigolt, mai 2015
Espace Pédagogique Contributif/Lycée en Forêt (Montargis, France)
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Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, cet article est protégé par copyright. Ils est mis à disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le nom de l’auteur ainsi que la référence complète de l’article cité (URL de la page).

© Bruno Rigolt, EPC mai 2015__

BTS Session 2015 Épreuve de Culture Générale et Expression…

Le sujet du BTS 2015…
épreuve de Culture Générale et Expression

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Ces objets qui nous envahissent : objets cultes, culte des objets

Première partie : synthèse (/40 points)

Vous rédigerez une synthèse objective, concise et ordonnée des documents suivants :

  • Document 1 : Philothée Gaymard, Le Vintage, Éditions 10/18, collection « Le monde expliqué aux vieux », 2013.
  • Document 2 : Propos recueillis par Aude Lasjaunias, M, le magazine du Monde, 5 juillet 2012.
  • Document 3 : Nathalie Sarraute, Le Planétarium, Éditions Gallimard, 1959.
  • Document 4  : Affiche de l’Anjou Vélo Vintage, 2014.

Deuxième partie : écriture personnelle (/20 points)

Selon vous, le culte des objets du passé n’est-il qu’une attitude superficielle ?

Vous répondrez à cette question d’une façon argumentée en vous appuyant sur les documents du corpus, vos lectures et vos connaissances personnelles.

Corpus de documents

 

Document 1

__Paris, 2013. Une jeune fille en robe à fleurs et veste en jean élimée enfourche son vélo. Arrivée chez elle, elle allume une lampe de bureau industrielle posée sur une antique table d’écolier, à côté du canapé Ikea. Elle a presque terminé la saison 6 de Mad Men : son MacBook sur les genoux, elle recherche sur Internet des sous-titres en français pendant que le dernier épisode se télécharge. Cette jeune fille appartient à la génération Y. Elle est née en Occident entre 1980 et 1995. Elle vit à Paris, mais elle pourrait aussi bien être nantaise, nîmoise ou montpelliéraine. Elle pourrait également être berlinoise, new-yorkaise ou londonienne. Elle pourrait, aussi bien, être un garçon. Sa vie quotidienne est peuplée de références à un temps qu’elle n’a pas connu : elle possède des meubles des années 1950, porte les robes seventies de sa mère, écoute souvent Elvis Presley et Ella Fitzgerald. Pourtant, elle est considérée par les sociologues comme une digital native, c’est-à-dire quelqu’un qui était assez jeune quand les nouvelles technologies de communication ont émergé pour avoir grandi avec elles. Elle possède un smartphone et un ordinateur. Elle utilise depuis longtemps Twitter, Skype et Facebook. Ses photos et vidéos de la vie quotidienne, prises avec son téléphone, alimentent son profil sur Instagram ; elle y applique des filtres qui imitent le rendu de la pellicule, c’est plus joli. Quand elle part en vacances, elle utilise plus volontiers un vieil appareil argentique que ses parents lui ont donné. Un objet symbolise cette fusion entre la technologie contemporaine et celle du passé : la platine vinyle qui trône dans son salon, dotée d’un port pour y brancher son iPod. Les deux derniers concerts qu’elle a vus sont ceux de We Were Evergreen, trio français aux sonorités qui rappellent la beach pop des années 1960, et Tame Impala, un groupe australien dont le chanteur a piqué la voix de John Lennon. Elle appartient à la génération Y, et le vintage¹ peuple sa vie.

__Le vintage, c’est la mode de l’ancien. Depuis le début des années 2000, la jeunesse occidentale s’adonne à une sorte de culte pour les vêtements, les accessoires, les meubles et les productions culturelles de la seconde moitié du XXe siècle. Le mot « vintage » fleurit partout, sur les devantures des magasins de vêtements et aux frontons des festivals et salons. Il hante les séries télévisées à succès comme Mad Men, qui met en scène des publicitaires new-yorkais des années 1960, et sert de prétexte à des films d’époque dont leurs auteurs sont nostalgiques. La musique se fait sous l’ombre tutélaire² de Bob Dylan, de Pink Floyd, de Serge Gainsbourg. Les meubles de Pierre Paulin et le lounge chair d’Eames³ n’ont jamais été aussi prisés. Les jeunes des années 2010 vivent dans un équilibre permanent entre des éléments ultra-contemporains et des résidus des Trente Glorieuses4.

__En même temps qu’ils sont en train de construire le monde de demain, ils chérissent une époque qu’ils n’ont pas connue. […]

__Le vintage est le témoin d’un nœud d’incompréhension entre les baby-boomers et leurs enfants. Et ce nœud est fondé sur une définition de la jeunesse qui a changé. Quand on dit « jeunesse », la génération de nos parents entend « révolte », « nouveauté », « nihilisme », « liberté ». Confrontés au goût de leurs enfants pour le vintage – c’est-à-dire pour des choses qu’eux se sont efforcés de repousser pour la seule raison qu’elles n’étaient pas neuves –, les baby boomers y voient une fascination morbide, des jeunes déjà vieux, confits dans la peur de l’avenir et incapables de créer quoi que ce soit.

__Quand on dit « jeunesse », la génération Y entend « inquiétude », certes, mais aussi « enracinement », « harmonie », « cohérence », « responsabilité » et, oui, « enthousiasme », « envie », « innovation », « création ».

__Tous ces mots se retrouvent dans le vintage parce que cette mode est un reflet fidèle de la génération Y, de ses craintes et de ses aspirations. Il serait difficile de trouver un phénomène contemporain qui illustre mieux la manière de vivre des jeunes des années 2010. Plus qu’une mode, le vintage est une manière d’appréhender le monde, en termes esthétiques, économiques, éthiques, sociaux. Et malgré son attachement au passé, cette manière est inédite.

Philothée Gaymard, Le Vintage,
Éditions 10/18, collection « Le monde expliqué aux vieux », 2013.

1. Étymologiquement, terme qui caractérise des alcools ayant longuement vieilli en fût, ce qui est un gage de qualité.
2. Protectrice
3. Fauteuil et repose-pied conçus par le designer américain Charles Eames.
4. Période de forte croissance économique de trente ans débutant au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

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Document 2

La journaliste Aude Lasjaunias interroge ici Didier Ludot, spécialiste de la haute couture vintage et propriétaire de plusieurs boutiques à Paris.

Les pièces et accessoires vintage sont devenus de plus en plus populaires chez les amateurs de mode, comment expliquez-vous cet essor ?

__C’est un peu sociologique tout ça. Les gens ont besoin de se rassurer, de revenir aux vraies valeurs. Il y a une réelle prise de conscience du fait que les vêtements haute couture vintage sont des pièces très rares : ils ont été faits, à l’époque, à très peu d’exemplaires et ont souvent disparu avec le temps. Les gens veulent de plus en plus l’exclusivité. Imaginez, dans une soirée, deux dames arriver avec la même robe Dior des années 1950… C’est hautement improbable. Il existe une espèce de snobisme aussi pour une femme en se disant : « Je suis la seule à avoir ce tailleur Dior ou ce tailleur Balmain. »

__Par ailleurs, les femmes en ont assez de suivre les diktats de la mode, d’entendre des remarques comme : « Tiens, celle-là porte un tailleur Chanel de l’année dernière, quelle ringarde ! ». Les femmes qui achètent des vêtements vintage ont une démarche proche de l’achat d’un bijou. Elles savent qu’elles vont pouvoir le porter longtemps, dans la mesure où c’est un vêtement au départ démodé mais qui en définitive ne l’est plus, il en devient intemporel. Aujourd’hui, le vintage dans la garde-robe d’une femme est devenu comme une griffe. Une femme élégante, maintenant, elle va s’habiller chez Prada, chez Gucci et en vintage.

__Dans un vêtement vintage, il y a une notion de trésor. La femme sait que c’est une pièce unique, donc elle en prend soin. L’achat et le port d’un vêtement vintage en définitive c’est tout un cérémonial.

Existe-t-il une « mode » dans le vintage ?

__ On ne suit pas du tout  les tendances de mode dans le vintage. Par ailleurs, je trouve personnellement qu’il n’y a plus de tendance de mode : une femme peut porter une mini-robe comme une robe sous le genou ; il n’y a plus comme dans le temps les couleurs : à telle saison il fallait du rouge, à telle saison il fallait du jaune…

__Dans le vintage les femmes « tombent amoureuses » d’un vêtement, qu’il s’agisse d’un tailleur des années 40, d’un ensemble Courrèges ou d’un manteau Cardin. Il n’y a pas de démarche du type : « Tiens, tel élément est à la mode cette saison, je vais en chercher une déclinaison vintage. » Beaucoup de femmes apprécient le savoir-faire incarné dans un vêtement vintage. Elles appréhendent les vêtements de haute couture anciens comme une forme de patrimoine culturel.

__Plus largement, le vintage n’est pas une mode en tant que tel. Il y a quelques années, tout le monde pensait que le vintage était un phénomène éphémère. J’ai ouvert ma boutique en 1975 et elle marche toujours.

Propos recueillis par Aude Lasjaunias,
M, le magazine du Monde, 5 juillet 2012.

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Document 3

Gisèle, jeune femme vivant en couple avec Alain, universitaire, discute avec sa mère. La conversation tourne autour de leurs projets de décoration, notamment de l’acquisition d’une bergère¹ d’époque, que le jeune homme veut absolument acheter. La mère ne comprend pas cet entêtement. C’est elle qui prend la parole dans l’extrait suivant :

     « Chez Alain, c’est une passion, c’est de la frénésie…  quand il s’y met, ça devient une idée fixe… J’en ai dit un mot à son père un jour, il ne m’a pas dit non, je suis sûre qu’il était de mon avis… c’est pour ça que son travail n’avance pas comme il veut, que sa thèse n’est pas terminée… C’est une façon de s’oublier, de se rattraper sur des futilités… Un homme a d’autres chats à fouetter, il se moque de ces choses-là, des bergères Louis XV, des fauteuils… qu’ils soient comme ça ou autrement… pourvu qu’il y ait quelque chose de confortable où l’on soit bien assis, où on puisse se reposer… Je sais ce que tu vas me dire, qu’il aime ce qui est beau… Je comprends ça très bien… Qu’il aille dans les musées, qu’il regarde de beaux vieux meubles, des tableaux, des œuvres d’art, il n’y aurait rien à redire à ça… mais ces courses chez les antiquaires, ce besoin d’acheter…  il faut absolument que ce soit à lui… ces efforts… comme tante Berthe qui passe son temps à fignoler des petits détails comme si elle devait recevoir le pape, quand elle n’a jamais été capable d’offrir une tasse de thé à une amie… Tout ça, vois-tu, non… ce n’est pas ça… »

__Ce n’est pas l’homme qui devait donner son bras à la jolie mariée, un homme calme, fort, pur, détaché, préoccupé de choses graves et compliquées qui leur échappent à elles faibles femmes, le regard fixé au loin, son bras solide la conduisant par degrés, la faisant avancer avec lui à longues foulées vers la fortune ? la gloire ?… « Il faut regarder les choses en face. » Elles regardent. Comme elle est loin de coller à l’image qu’elles avaient évoquée, celle de cet enfant gâté, exigeant et capricieux, gaspillant ses forces dans des futilités, tandis que le temps passe… les années les plus précieuses… son travail n’avance pas assez, ils vivent dans un petit logement étriqué… « Je comprends encore si vous aviez un bel appartement, il pourrait s’amuser à le meubler avec des bergères d’époque… Mais chez vous, rends-toi compte, mon petit, c’est de la vraie manie… »

Nathalie Sarraute, Le Planétarium,
Éditions Gallimard
, 1959.

1. Fauteuil de style.

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Document 4

Affiche conçue pour l’édition 2014 de l’Anjou Vélo Vintage, randonnée annuelle à vélo organisée par le département de Maine-et-Loire et au cours de laquelle les participants sont invités à rouler sur de vieilles bicyclettes en tenue d’époque.

Anjou-Vélo-Vintage-2014

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« 75 minutes BTS » Thème : « Ces objets qui nous envahissent… » Objet et mise en scène de soi

75_minutes_gabarit_2014

Le « 75 minutes », c’est quoi ?

Pour vous aider dans vos révisions, je vous propose 1 à 2 fois par semaine jusqu’à l’épreuve, un « 75 minutes » sur l’un des deux thèmes proposés à l’examen. Obligez-vous à respecter le timing : 1h15 pas plus, pour confronter trois documents, faire une fiche de synthèse à partir de la problématique abordée, et vous entraîner en temps limité sur quelques sujets-type. Bien entendu, rien ne vous empêche ensuite d’approfondir un ou plusieurs aspects, mais obligez-vous la première fois à travailler dans le temps imparti : 75 minutes ! Chronométrez-vous en n’oubliant pas qu’un temps limité est toujours mieux utilisé !

Révisions Thème 2 
Ces objets qui nous envahissent…

Problématique de ce « 75 Minutes » : objet et mise en scène de soi. Le téléphone mobile, objet du paraître…

mots clés : objet et paraître, objets communicants, téléphone portable, mise en scène de soi

voir aussi sur le blog pédagogique : « Entraînement BTS… Thème : « Ces objets qui nous envahissent »… Le smartphone, de l’objet culte à l’objet transitionnel« 

Support de cours et présentation

« Le souci du paraître et des apparences imprègne notre société occidentale contemporaine. Il suffit, par exemple, de longer les rayons des marchands de journaux pour constater combien la presse a pu s’emparer de la question. Magazines de mode, d’esthétique et de body-building, magazines de décoration, etc., voire même les pages de couverture, désormais saisonnières, de la presse d’actualité font désormais la promotion de nos modes de paraître ». Ces propos d’Isabelle Paresys |1| informent d’emblée sur la manière dont tout objet, « au-delà de sa fonction précise, clairement identifiable » |Instructions officielles|, s’inscrit dans un système de signes imprégné de social. En ce sens, en participant à la recherche d’une identité, l’objet dessine le moi social : choisir un vêtement, changer de look, introduisent une mise en scène de l’intimité, une représentation de soi. 

Les mondains, les gens du monde, les punks ou les rappeurs se reconnaissent entre eux par le port de l’habit et de certains objets, par une certaine apparence vestimentaire : À travers cette mise en scène de notre corps, nous donnons à lire un style, un personnage, une représentation de nous-mêmes. C’est ainsi par exemple que Roland Barthes (Le Système de la Mode, 1967) s’est intéressé à la sémantique du vêtement. De fait, si les vêtements sont des indicateurs de l’origine sociale et du statut économique, ils sont conséquemment producteurs de simulacre. La première page du roman de Maupassant Bel-Ami publié en 1885 est à ce titre célèbre : par tout un jeu subtil de mise en scène de soi et de séduction qui brouille les repères identificateurs, le héros cherche à « porter beau », à « paraître » plus qu’il n’est. Nous découvrons ainsi une société où tout est fait pour se montrer au regard de l’autre.

Le téléphone mobile, objet du « paraître »

Plus près de nous, particulièrement dans un contexte de crise des identités, les objets communicants sont au cœur de la compréhension des mutations sociales actuelles et des nouvelles pratiques de mise en spectacle de notre société : c’est ainsi que le téléphone portable a non seulement modifié les interactions entre les individus, les groupes et leurs pratiques de communication, mais entraîné conséquemment une réflexion originale sur l’identité individuelle et l’étude de la notion de soi.  De fait, le mobile ne met pas seulement en jeu une conduite conversationnelle ou des formes d’interaction et d’être ensemble : de par sa composante émotionnelle forte dont nous avons pu voir lors d’un précédent entraînement qu’il participait à une sorte d’investissement affectif du sujet |2|, il est devenu l’indice d’une appartenance symbolique à de nouvelles valeurs, et à de nouveaux modes d’auto-présentation de soi qu’il est intéressant d’étudier.

L’écrivain et sémiologue Umberto Eco (doc. 1), non sans humour, stigmatise ce désir de paraître qui gagne parfois les possesseurs d’un objet communicant pour sursignifier narcissiquement leur présence au monde : prestige, représentation de soi et mise en scène de soi —pour devenir vraiment soi aux yeux des autres— sont en effet au centre de cette extériorisation ostensible des pratiques de communication où le processus fait signe bien plus que le message lui-même. Ainsi, la dimension figurative participe d’une relation dramatisée à l’objet en fonction de l’expérience de la personne et en fonction de ses groupes d’appartenance. Comme nous le voyons, ce que le téléphone portable donne à voir à travers un vecteur concret, c’est la manière dont il a bouleversé notre rapport à nous-même et à autrui, à la fois rapport d’identification et de différenciation.

Comme marqueur central d’un territoire qui fonctionne par projection de la sphère personnelle (notre personne au centre de l’attention des autres, et dont notre voix et notre gestuelle constituent les limites approximatives), le téléphone portable est donc un outil de mise en scène de soi, un accessoire de notre présence, un objet transitoire (que l’on cherche à remettre inlassablement au goût du jour en changeant de mobile) posé comme affirmation de soi, et de nos valeurs : se montrer, avoir une nouvelle apparence, devenir enfin soi dans un monde où notre rapport au monde est profondément remis en question par la massification et l’anonymat croissant… Des chercheurs en communication ont ainsi observé nos comportements lorsque nous avons un portable en main… Cette anecdote rapportée par les auteurs |3| en dit long :

Le spectacle, connu de tous, de personnes seules aux terrasses de café, est de ce point de vue particulièrement instructif. Dans un café du quartier Latin, un jour de semaine du mois de juin, des hommes mais surtout des femmes, souvent seules, sont comme en situation d’attente (de quelqu’un, de la commande…). La situation est ordonnée selon deux temps : avant la commande et pendant la consommation. L’usage du téléphone est à la fois suspendu à ce rythme et donne un contenu à cet espace-temps singulier. Une femme s’assoit et procède à une sorte de rituel d’installation à table : elle enlève sa veste, sort ses clés de ses poches pour les poser sur la table puis ouvre son sac à main et en sort ses accessoires, en premier lieu le téléphone puis son paquet de cigarettes. Elle ne téléphone pas, ne reçoit pas d’appel mais elle manipule son mobile. Cela constitue même l’essentiel de ses gestes. Elle le regarde, actionne des touches, le repose, le reprend. Le serveur arrive et passe la commande, le téléphone est alors, semble t-il, momentanément oublié. Aussitôt la commande passée, l’essentiel des gestes concerne à nouveau le mobile qui redevient l’objet de nombreuses manipulations. La commande arrive et un rythme s’instaure entre l’action de boire, l’action de regarder alentour et l’action de toucher son téléphone.

En un sens, face à notre solitude subie et négative, le smartphone entraîne l’humanisation de la machine : il devient un autre soi-même, l’avatar, la prothèse de notre moi défaillant puisque nous y projetons une trace passagère et mouvante de nous-même. Si l’objet incarnait autrefois l’identité intangible de la personne, a contrario, l’objet communicant, forcément éphémère et relatif, devient un autre soi-même dans un monde conforme à l’affirmation de Baudelaire : « la modernité, c’est le transitoire, le fugitif, le contingent » |4|. Je vous invite enfin à lire le texte de Federico Montanari (doc. 3) : à travers l’exemple du téléphone portable, l’auteur montre combien les objets communicants en tant qu’objets néo-magiques investis de pouvoir, vont entraîner de nouvelles dynamiques sociales et symboliques. Comme artefact technologique, le téléphone portable alimente ainsi notre désir de manipulation du réel, notre ambition de jouer à Dieu…

1. Isabelle Paresys, Paraître et apparences en Europe occidentale : du Moyen Âge à nos jours, Presses Universitaires su Septentrion, Villeneuve d’Asq 2008, page 7.
2. Voir à ce sujet : « 
Entraînement BTS… Thème : « Ces objets qui nous envahissent »… Le smartphone, de l’objet culte à l’objet transitionnel« 
3. Collectif (GRIPIC Groupe Interdisciplinaire sur les Processus d’Information et de Communication), Le Téléphone mobile aujourd’hui : Usages, représentations, comportements sociaux, page 13.
4. Charles Baudelaire, Curiosités esthétiques, 1868.

Étape 1 : la prise de notes (40 minutes) : Document 1 : 10 minutes. Document 2 : 10 minutes. Document 3 : 20 minutes. Prenez connaissance des documents en relevant les informations vous paraissant les plus utiles au traitement de la problématique : relevez synthétiquement le thème précis, la thèse de l’auteur ou l’enjeu posé, ainsi que quelques arguments ou exemples représentatifs. Ne rentrez pas dans les détails : allez toujours vers l’interprétation textuelle GLOBALE.

1. Umberto Eco, Comment voyager avec un saumon, 1997
« C
omment ne pas utiliser le téléphone portable » (extrait)

Dans cette chronique, l’écrivain et sémioticien italien Umberto Eco (1932 — ) raille avec humour l’usage excessif du téléphone portable et la manière dont il a modifié les codes de civilité.

D’abord, il y a ceux qui ne conçoivent pas de se déplacer sans avoir la possibilité d’échanger des frivolités avec des parents ou amis qu’ils viennent de quitter. Difficile de les condamner : s’ils ne savent pas échapper à cette compulsion pour jouir de leurs instants de solitude, s’ils n’arrivent pas à s’intéresser à ce qu’ils font à ce moment-là, s’ils sont incapables de savourer l’éloignement après le rapprochement, s’ils veulent afficher leur vacuité et même la brandir comme un étendard, eh bien, tout cela est du ressort d’un psy. Ils nous cassent les pieds, mais il faut comprendre leur effarante aridité intérieure, rendre grâces au ciel d’être différents d’eux et pardonner (sans se laisser gagner par la joie luciférienne de ne pas leur ressembler, ce serait de l’orgueil et un manque de charité). Reconnaissons-les comme notre prochain qui souffre et tendons l’autre oreille.

Dans la deuxième catégorie, on trouve […] ceux qui entendent montrer publiquement qu’ils sont sans cesse sollicités, consultés pour des affaires urgentissimes d’une éminente complexité : les conversations qu’ils nous infligent dans les trains, les aéroports ou les restaurants, concernent de délicates transactions monétaires, des profilés métalliques jamais arrivés, des demandes de rabais pour un stock de cravates, et tant d’autres choses encore qui, dans l’esprit du téléphoneur, font très « Rockefeller ».

Or, la division des classes est une abominable mécanique : le parvenu aura beau gagner un fric fou, d’ataviques stigmates prolétaires lui feront ignorer le maniement des couverts à poisson, accrocher un Kiki à la lunette arrière de sa Ferrari, un saint Christophe au tableau de bord de son jet privé, et dire qu’il va « au coiffeur » ; aussi n’est-il jamais reçu par la duchesse de Guermantes (et il rumine, se demandant bien pourquoi, vu qu’il a un bateau long comme un pont).

Ces gens-là ignorent que Rockefeller n’a aucunement besoin d’un portable, car il possède un immense secrétariat, si efficace que c’est à peine si son chauffeur vient lui susurrer deux mots à l’oreille lorsque son grand-père est subclaquant. L’homme de pouvoir n’est pas obligé de répondre à chaque coup de fil. Voire. Il n’est là pour personne. Même au plus bas de l’échelle directoriale, les deux symboles de la réussite sont la clé des toilettes privées et une secrétaire qui répond « monsieur le directeur est en réunion ».

Ainsi celui qui exhibe son portable comme symbole de pouvoir déclare au contraire à la face du monde sa désespérante condition de sous-fifre, contraint de se mettre au garde-à-vous au moindre appel du sous-administrateur délégué, même quand il s’envoie en l’air, condamné, pour gagner sa croûte, à poursuivre jour et nuit ses débiteurs, persécuté par sa banque pour un chèque en bois, le jour de la communion de sa fille. Arborer ce type de téléphone, c’est donc montrer qu’il ne sait rien de tout cela, et c’est ratifier son implacable marginalisation sociale.

1991

Umberto Eco, Comment voyager avec un saumon, Nouveaux pastiches et postiches. 1992 pour l’édition italienne. Grasset 1997 pour l’édition française.

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2. Collectif (GRIPIC Groupe Interdisciplinaire sur les Processus d’Information et de Communication), Le Téléphone mobile aujourd’hui : Usages, représentations, comportements sociaux

« Parade téléphonique pour sourire à la foule : la conquête du public » depuis la page 76 (bas de la page) jusqu’à la page 78 (conclusion).

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3. Federico Montanari, « Un objet ‘néo-magique’ : le cas des téléphones portables », dans : Collectif (sous la direction de J. Fontanille & A. Zinna), Les Objets au quotidien, Presses Universitaires de Limoges, coll. Nouveaux Actes Sémiotiques, 2005.

Depuis le haut de la page 113 (« Si, il y a quelques années ») jusqu’au bas de la page 114 (« C’est de là que part l’idée des objets néo-magiques. »).


→ Étape 2 : le réinvestissement des notes (35 minutes)

  • Essayez d’abord de répondre très brièvement aux questions suivantes en vous obligeant à réinvestir vos notes pour chacune de vos réponses, qui seront structurées autour d’un argument, illustré par un exemple précis. 

– Sur quels arguments s’appuie le pastiche que dresse Umberto Eco des usagers du téléphone portable (doc. 1) ?
– Le texte d’U. Eco date de 1991, soit un an après la mise sur le marché des premiers téléphones cellulaires. Pensez-vous que la dimension du paraître et du pouvoir sur laquelle insiste l’auteur soit toujours d’actualité depuis l’arrivée des téléphones dits « intelligents » ?
– Expliquez et au  besoin commentez ces propos de F. Montanari (doc. 3) : « Si, il y a quelques années, un téléphone portable pouvait être considéré comme un objet d’identité sociale (manager, jeune cadre, ou au contraire « un peu ringard », etc.), aujourd’hui un tel objet est vu et utilisé comme un « être » qui accompagne notre quotidienneté ».
– Dans le document 2, les auteurs affirment (bas de la page 76) que le mobile « est une ressource particulièrement riche pour entrer en contact avec le public d’un lieu et qu’il sert souvent de truchement pour s’exhiber de manière positive ». Partagez-vous cette observation ? Quelles sont les valeurs et le bénéfice symbolique qui se cristallisent autour du téléphone mobile ?
– Expliquez ces propos (conclusion du doc. 2) : « Le téléphone mobile peut donc apparaître comme un instrument de scénographie sociale qui organise les réseaux relationnels ainsi que la production des identités individuelles par les différents modes de présentation de soi qu’il contribue à façonner ».
– Dans quelle mesure ces propos de F. Montanari (page 114) sont-ils intéressants à commenter ? « […] ces objets communiquent toujours plus entre eux, sans passer par nous, les humains : ils se transmettent des données sur leur présence ou disponibilité sur le territoire ; ils s’avertissent entre eux s’il y a ou pas un signal ou sur leur identité numérique ». […] les objets possèdent toujours une identité sémio-anthropologique qui leur es propre […] : ils communiquent, produisent des signes et des stratégies, des programmes d’action et des programmes de résistance par rapport aux sujets humains ».
– En vous référant au document 3, expliquez le sens du mot « faitiche » créé par Bruno Latour (page 114).
– Pourquoi F. Montanari dit du téléphone mobile que c’est un objet « néo-magique » ?
– Cherchez sur Internet des publicités pour le téléphone portable illustrant les notions abordées ci-dessus ; ou cherchez d’autres objets qui participent à la mise en scène de soi.

  • Enfin, choisissez l’un de ces questionnements et essayez de construire un plan d’écriture personnelle en 15 minutes.

Bon courage à toutes et à tous pour l’examen ! 

« 75 minutes BTS » Thème : « Ces objets qui nous envahissent… » Autour du crayon…

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Le « 75 minutes », c’est quoi ?

Pour vous aider dans vos révisions, je vous propose 1 à 2 fois par semaine jusqu’à l’épreuve, un « 75 minutes » sur l’un des deux thèmes proposés à l’examen. Obligez-vous à respecter le timing : 1h15 pas plus, pour confronter trois documents, faire une fiche de synthèse à partir de la problématique abordée, et vous entraîner en temps limité sur quelques sujets-type. Bien entendu, rien ne vous empêche ensuite d’approfondir un ou plusieurs aspects, mais obligez-vous la première fois à travailler dans le temps imparti : 75 minutes ! Chronométrez-vous en n’oubliant pas qu’un temps limité est toujours mieux utilisé !

Révisions Thème 2 
Ces objets qui nous envahissent…

Problématique de ce « 75 Minutes » : objet et liberté d’expression… Autour du crayon…

mots clés : crayon, Charlie-Hebdo, Liberté de la presse, Anastasie

Parmi ces objets qui nous envahissent, le crayon occupe une place de choix puisqu’il s’en vendrait plus de… 15 milliards chaque année ! Pourtant, à la différence d’autres objets, le crayon symbolise aussi bien l’âme de l’artiste que l’arme de l’intellect. Mâchonné de la petite école au bureau, il évoque dans l’inconscient collectif bien plus qu’un simple outil d’écriture : une formidable prise de position sociale.

Avant d’être fait de matière, le crayon est donc une « pensée » et un outil d’accès au savoir. C’est ainsi par exemple que l’avènement du crayon graphite a démocratisé l’enseignement de l’écriture, en l’élargissant au plus grand nombre. Mais le crayon, comme la plume de l’écrivain, est aussi l’expression d’une pensée libre dont de nombreux pays ont tiré leur force intellectuelle et morale, dans l’exercice exigeant de la liberté de la presse.

Comme le suggérait le poète André Breton à propos de l’écriture surréaliste, « la plume qui court pour écrire, ou le crayon qui court pour dessiner »|1| ne sont-ils pas les symboles de la liberté d’expression, condition nécessaire à l’établissement et au fonctionnement de la démocratie ? Délaissant le fusil pour le trait de mine émotionnel ou ravageur, les dessinateurs ou les caricaturistes ont fait du crayon leur arme favorite et de la feuille de papier un espace de liberté…

1. André Breton, Le Surréalisme et la peinture, texte de 1941, réédité en 1965 (Paris, Gallimard, page 66).

Étape 1 : la prise de notes (40 minutes) : Documents 1 et 3 : 20 minutes. Document 2 : 10 minutes |1|. Document 4 : 10 minutes. Prenez connaissance des documents en relevant les informations vous paraissant les plus utiles au traitement de la problématique : relevez synthétiquement le thème précis, la thèse de l’auteur ou l’enjeu posé, ainsi que quelques arguments ou exemples représentatifs. Ne rentrez pas dans les détails : allez toujours vers l’interprétation textuelle GLOBALE.

1. Attention à la lecture du document 2 : il s’agit d’un poème. Vous devrez être particulièrement vigilant quant au sens connoté de certaines expressions (« Le poème s’élevant par le crayon », « Je suis une dévastation intelligente », etc.) qui vont prendre un sens particulier en fonction de la problématique abordée dans le corpus.

1. « Le crayon guidant le peuple »
Photographie : Stéphane Mahé

crayon_guidant_le_peuple© Stéphane Mahé/Reuters

Photographie prise le 11 janvier 2015 à Paris sur la place de la Nation (Statue représentée : « Le triomphe de la République »). Sur les réseaux sociaux, cette photographie a rapidement été baptisée « Le crayon guidant le peuple » en écho au célèbre tableau de Delacroix.

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Eugène Delacroix, « La Liberté guidant le peuple » (1830). Paris, Musée du Louvre

2. Herberto Hélder, Le Poème continu. Somme anthologique
Traduit du Portugais par Magali Montagné et Max de Carvalho.
Éd. Chandeigne et Librairie portugaise, Paris 2002, page 93.

3. Isabelle Stibbe, « Ni Dieu ni maître », in Nous sommes Charlie (collectif), soixante écrivains unis pour la liberté d’expression, Le Livre de poche, 2015

Depuis : « Une semaine a passé depuis l’attentat » jusqu’à : « un crayon, un feutre, quelques couleurs… ».

4. Christian Delporte, « « Anastasie »|1| : L’imaginaire de la censure dans le dessin satirique (XIXe-XXe siècles) ».
Publié dans : Pascal Ory (sous la direction de-), La Censure en France à l’ère démocratique (1848- ), Éditions Complexe, 1999, page 97.

Autre procédé familier pour manifester la présence de la censure et, partant, pour dépeindre la lutte pour la liberté de la presse : l’instrumentalisation. L’objet peut être attribut ou élément signifiant du dessin. Les ciseaux, bien sûr, qui coupent, fendent, mais qui tuent aussi. De même : l’éteignoir (le plus vieil outil, on l’a dit), le sabre, les tenailles, la scie, le couteau, le piège, le boulet, la feuille de vigne, le clystère, l’encrier renversé… En face, le crayon rompu ou, soudain animé, luttant contre les ciseaux, la plume, brisée, ou transperçant Anastasie|1|. Et puis, la presse, au sens matériel et technique du terme. L’homme broyé par la presse est un thème récurrent. « Broyé par la presse » : c’est-à-dire par une législation ou des pratiques étatiques restreignant la liberté d’expression des journaux et donc la liberté du citoyen. Ainsi peut-on rapprocher deux compositions séparées par près d’un siècle : le dessin de Gilbert-Martin dans le Don-Quichotte (« Projet de loi sur la presse », 8 mai 1875), et celui publié par Siné en 1961 (Album de L’Express : « La presse sera libre »). L’objet incriminé est, bien sûr, plus stylisé (ou plus moderne) chez le second que chez le premier.  Mais le sens est analogue. En une image forte d’émotion (le sang coule dans le dessin de Gilbert-Martin), est exalté le combat pour l’indépendance de la presse.

1. Sur Anastasie, consultez cette page de la BNF.


→ Étape 2 : le réinvestissement des notes (40 minutes)

  • Essayez d’abord de répondre très brièvement aux questions suivantes en vous obligeant à réinvestir vos notes pour chacune de vos réponses, qui seront structurées autour d’un argument, illustré par un exemple précis. 

– Que symbolise le crayon sur la photographie ? Pourquoi est-il intéressant de comparer la photographie avec le tableau de Delacroix ? La conquête de la liberté s’acquiert-elle de la même façon dans les deux documents ?
– Dans le document 3, Isabelle Stibbe évoque un poème célèbre : « Liberté, j’écris ton nom ». De quel texte ces propos sont-ils extraits ? En quoi ce poème peut-il être mis en relation avec le crayon ?
– Étayez ces propos d’Isabelle Stibbe : « Ce rapport à l’enfance, c’est aussi le crayon bien sûr ».

– En exploitant le document 2, dites pourquoi le crayon est nécessaire à la création poétique.
– Christian Delporte (document 4) évoque le dessin de Gilbert-Martin dans le Don-Quichotte (« Projet de loi sur la presse », 8 mai 1875), et celui publié par Siné en 1961 (Album de L’Express : « La presse sera libre »). Faites une recherche d’image sur Google et mettez en relation les deux dessins de presse. Que vous apprennent-ils ?
– Dans quelle mesure les ciseaux d’Anastasie, synonymes de la censure dans la presse, sont-ils un objet intéressant à étudier ?

  • Enfin, choisissez l’un de ces questionnements et essayez de construire un plan d’écriture personnelle en 15 minutes.
  • Pour aller plus loin… Regardez le poème d’Éluard ci-dessous (« Où se fabriquent les crayons » ainsi que l’illustration de Man Ray qui l’accompagne). Essayez de répondre au questionnement suivant : en quoi le crayon participe-t-il au renouvellement de la pensée ?

Où se fabriquent les crayons

La dernière l’hirondelle
À tresser une corbeille
Pour retenir la lumière
La dernière à dessiner
Cet œil déserté

Dans la paume du village
Le soir vient manger les graines
Du sommeil animal

Bonne nuit à la pensée

Et j’appelle le silence
Par son plus petit nom.

crayons_man_rayPaul Éluard, Man Ray, Les Mains libres (1937), coll. Poésie Gallimard, éd. NRF/Gallimard, p.118-119.

Bon courage à toutes et à tous pour l’examen ! Prochain rendez-vous « 75 minutes » : dimanche 26 avril (Thème : Ces objets…) et jeudi 30 avril (Thème : Cette part de rêve…)

« 75 minutes BTS » Thème : « Ces objets qui nous envahissent… » Le discrédit de l'objet

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Le « 75 minutes », c’est quoi ?

Pour vous aider dans vos révisions, je vous propose 1 à 2 fois par semaine jusqu’à l’épreuve, un « 75 minutes » sur l’un des deux thèmes proposés à l’examen. Obligez-vous à respecter le timing : 1h15 pas plus, pour confronter trois documents, faire une fiche de synthèse à partir de la problématique abordée, et vous entraîner en temps limité sur quelques sujets-type. Bien entendu, rien ne vous empêche ensuite d’approfondir un ou plusieurs aspects, mais obligez-vous la première fois à travailler dans le temps imparti : 75 minutes ! Chronométrez-vous en n’oubliant pas qu’un temps limité est toujours mieux utilisé !

Révisions Thème 2 
Ces objets qui nous envahissent…

Problématique de ce « 75 Minutes » : les objets sont-ils inutiles ? Ou « la loi du Ripolin »

mots clés : Le Corbusier, Adolf Loos, refus de l’ornement, machine, objet décoratif

Voir aussi : « 75 minutes BTS » Thème : « Ces objets qui nous envahissent… » Le champ symbolique de la fabrication de l’objet

L’ornement est-il superflu ?

De fait, il a été souvent reproché à notre société du faire-voir et du paraître, de privilégier l’avoir au mépris de l’être, et de motiver l’accumulation d’objets au détriment du fonctionnel. Particulièrement à partir du vingtième siècle, sous l’influence d’un certain nombre d’architectes (Adof Loos, Auguste Perret et surtout Le Corbusier), une tendance se fait jour dans la société européenne dont le discours s’élabore en dehors de tout renvoi à l’objet et à la tradition décorative, jugés passéistes. 

« Concevez les effets de la Loi du Ripolin. Chaque citoyen est tenu de remplacer ses tentures, ses damas, ses papiers peints, ses pochoirs, par une couche pure de Ripolin blanc. […] Le blanc de chaux est extrêmement moral. » Ces propos de Le Corbusier (doc. 1) publiés en 1925 dans l’Art décoratif d’aujourd’hui font écho à l’ouvrage d’Adolf Loos (doc. 2) dont le titre provocateur (L’Ornement est un crime) a jeté le discrédit sur l’objet, jugé trop encombrant, trop décoratif, trop empreint de sentiment. 

En assimilant l’objet décoratif à un ornement équivoque et superflu niant le concept d’intérêt général au profit d’un plaisir égoïste, ces deux auteurs sur lesquels je vous propose de réfléchir aujourd’hui, amènent à s’interroger sur la place qu’occupe l’objet : alors que l’esthétique procéderait de la « passion », de l’instinct, du sentiment, du lyrisme, donc de l’individuel, l’utilitaire est au contraire « collectif », « social ». Comme le dit le Corbusier, « plus un peuple se cultive, plus le décor disparaît ».

Mais cette disparition du décor est tout sauf évidente : héritière d’une tradition culturelle fonctionnaliste marquée par l’universalisme des Lumières, elle ne vise pas moins à institutionnaliser l’art selon une esthétique de la totalité qui prône la prééminence du collectif sur l’individuel : en ce sens, l’objet, éminemment personnel, a-t-il encore sa place dans un système de société reliant les besoins individuels (et l’utilisation que chacun fait des objets) aux exigences fonctionnelles du système dans son ensemble ?

Voir aussi : Yannis Tsiomis, Le Corbusier, L’Art décoratif d’aujourd’hui et « la loi du ripolin »
http://books.openedition.org/pupo/2422?lang=fr

Étape 1 : la prise de notes (35 minutes) : Documents 1 et 2 : 30 minutes. Document 3 : 5 minutes. Prenez connaissance des documents en relevant les informations vous paraissant les plus utiles au traitement de la problématique : relevez synthétiquement le thème précis, la thèse de l’auteur ou l’enjeu posé, ainsi que quelques arguments ou exemples représentatifs. Ne rentrez pas dans les détails : allez toujours vers l’interprétation textuelle GLOBALE.

1. Le Corbusier, L’Art décoratif d’aujourd’hui, 1925
Flammarion, « Champs Arts », Paris 2008

|page 18*| « LE MUSÉE EST MAUVAIS, CAR IL NE FAIT PAS TOUT CONNAITRE. IL TROMPE, IL DISSIMULE, IL ILLUSIONNE. C’EST UN MENTEUR.
Les objets qui sont mis sous les vitrines de nos musées sont consacrés de ce fait ; l’on dit d’eux qu’ils sont des objets de collection, qu’ils sont rares et précieux, chers, donc beaux. Ils sont décrétés beaux, ils servent de modèle, et voici l’enchaînement fatal des idées et des conséquences. D’où viennent-ils ? Des églises, alors que celles-ci avaient admis le principe du faste pour éblouir, imposer, attirer, forcer le sentiment de la toute-puissance. Dieu était dans l’or et dans les ciselures […].
|page 19| Ces objets venaient aussi des châteaux et des palais : imposer, épater, satisfaire le guignol bariolé qui se trémousse au fond de l’être humain et que la culture chasse, ligote et musèle. […] À qui s’adressait toute cette pacotille fabriquée sous les règnes des grands roys ? À une catégorie de gens que nous ne respectons pas aujourd’hui ; il est donc désastreux et presque immoral d’envoyer nos enfants s’inspirer avec un respect presque religieux de certaines de ces choses mal faites et malsonnantes.

[…]

|chapitre 7 « 1925 Expo Arts Déco », page 93*| L’art décoratif moderne n’a pas de décor. […] l’expérience du décor d’art, faite depuis 1900 à la guerre, a montré l’impasse du décor et la fragilité d’une conception prétendant faire de nos outils des objets sentimentaux, des objets exprimant des états d’âme individuels. […] Laissons s’éteindre doucement une ou deux générations élevées dans la religion de la patine et du « tour de main ». Les jeunes générations naissent à la lumière nouvelle et vont naturellement et d’enthousiasme aux vérités simples.
[…]
|chapitre 8 « 1925 Expo Arts Déco », page 185*| La machine, phénomène moderne, opère dans le monde une réformation de l’esprit.
Pourtant, intact, le facteur humain demeure, la machine étant conçue par l’homme pour des besoins humains.
La machine est construite sur le système spirituel que l’homme s’est donné et non sur une fantaisie, système qui lui constitue un univers tangible […].
L’homme s’arrête devant la machine : la bête et le divin s’y rassasient.
La leçon de la machine est dans la pure relation de cause à effet. Pureté, économie, tension vers la sagesse. Un désir neuf : une esthétique de pureté, d’exactitude […].

|page 190*| Si quelque Solon|1| imposait à notre effervescence ces deux lois :

LE LAIT DE CHAUX
LA LOI DU RIPOLIN

|page 191*| nous ferions un acte moral : Aimer la pureté !
nous accroîtrions notre état : Avoir un jugement !
Un acte qui conduit à la joie de vivre : la poursuite de la perfection.
Concevez les effets de la Loi du Ripolin. Chaque citoyen est tenu de remplacer ses tentures, ses damas, ses papiers peints, ses pochoirs, par une couche pure de Ripolin blanc. On fait propre chez soi : il n’y a plus de coin sale, ni de coin sombre : tout se montre comme ça est.
Dans le ripolin, ce qui a servi et est un déchet, vous le jetterez. Acte important dans la vie ; morale productrice. Vous ferez la part de ce qui sert et vous jetterez ce qui a servi. Quand nous mangeons, la nature sait jeter loin ce qui a servi. Nous, hors la loi du ripolin, nous conservons et faisons de la maison un musée ou un temple à ex-voti : nous faisons de notre esprit un concierge, un custode. Nous flattons aussi l’avare installé en nous et l’instinct de la propriété nous saisit, nous étreint : Arpagon. Nous mentons alors, car nous cherchons à dissimuler cette lâcheté de n’oser se séparer, et cette laideur d’accumuler ; nous instaurons le culte du souvenir […].
Sur le ripolin blanc des murs, ces amoncellements de choses mortes du passé ne sauraient être tolérées ; elles feraient tâche.

[…]

|page 193*| Si la maison  est toute blanche, le dessin des choses s’y détache sans transgression possible ; le volume des choses y apparaît nettement ; la couleur des choses y est catégorique. Le blanc de chaux est absolu, tout s’y détache, s’y écrit absolument, noir sur blanc ; c’est franc et loyal.
Mettez-y des objets malpropres ou de faux-goût ; cela saute aux yeux. C’est un peu les rayons X de la beauté. C’est une Cour d’assises qui siège en permanence. C’est l’œil de la vérité.
Le blanc de chaux est extrêmement moral. Admettez un décret prescrivant que toutes les chambres de Paris soient passées au lait de chaux. Je dis que ce serait une œuvre policière d’envergure et une manifestation de haute morale, signe d’un grand peuple. »
1. Solon : législateur et poète athénien (vers 640-vers 558 avant J-C)

* Les références de page renvoient à l’édition Flammarion, « Champs/Arts », Paris 2008

2. Adolf Loos, Ornement et crime, 1908.
Payot & Rivages, Rivages poche/Petite Bibliothèque, n°412, 2003. Traduit de l’allemand et présenté par Sabine Cornille et Philippe Ivernel.

|extrait de la préface, page 25*|« D’un combat de trente années, je suis sorti vainqueur. J’ai libéré l’humanité de l’ornement superflu. « Ornement », ce fut autrefois le qualificatif pour dire « beau ». C’est aujourd’hui, grâce au travail de toute ma vie, un qualificatif pour dire « d’une valeur inférieure ». 

|page 80*| L’ornement est de la force de travail gaspillée, et par là de la santé gaspillée. Mais de nos jours, l’ornement signifie aussi du matériau gaspillé, et les deux choses réunies veulent dire du capital gaspillé.
|page 87*| L’absence d’ornement a porté les autres arts à une hauteur insoupçonnée, les symphonies de Beethoven n’eussent jamais été écrites par un homme devant déambuler dans la soie, le velours et la dentelle. Celui qui de nos jours circule en habit de velours n’est pas un artiste, mais un guignol ou un vulgaire peintre en bâtiment. Nous avons gagné en finesse, en subtilité. Les hommes en troupeau étaient obligés de se distinguer par diverses couleurs, l’homme moderne, lui, use de son habit comme d’un masque. Si immensément forte est son individualité qu’elle ne se laisse plus exprimer par des pièces de vêtement. L’absence d’ornement est un signe de force spirituelle.

* Les références de page renvoient à l’édition Payot & Rivages. Rivages poche/Petite Bibliothèque, n°412, 2003. Traduit de l’allemand et présenté par Sabine Cornille et Philippe Ivernel.

3. Musée de la vie romantique, Paris
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→ Étape 2 : le réinvestissement des notes (40 minutes)

  • Essayez d’abord de répondre très brièvement aux questions suivantes en vous obligeant à réinvestir vos notes pour chacune de vos réponses, qui seront structurées autour d’un argument, illustré par un exemple précis. 

– Quelle est la thèse de Le Corbusier à propos des musées ? Sur quels arguments s’appuie-t-elle ?
– Montrez que pour Le Corbusier les objets du quotidien sont les accessoires du paraître dans une société fondamentalement conservatrice.

– En exploitant le document 2, expliquez ces propos d’Adolf Loos : « L’absence d’ornement est un signe de force spirituelle ».
– Dans quelle mesure le refus ornemental prôné par Adolf Loos et Le Corbusier, en valorisant des formes de plus en plus réductibles à l’abstraction, peut-il toutefois constituer un danger ?

– Le Corbusier réfute tout attachement affectif à l’objet. Justifiez-vous ce point de vue ?
– En regardant la photographie de l’intérieur du Musée de la vie romantique à Paris, pensez-vous qu’il soit opportun, comme l’affirme Le Corbusier, d’inscrire uniquement l’objet dans le monde des besoins et de la nécessité ?
– D’une certaine façon, chaque objet raconte une histoire : au sein même de la quotidienneté et des relations les plus personnelles. Donnez un ou deux exemples qui vous ont marqué-e.

  • Enfin, choisissez l’un de ces questionnements et essayez de construire un plan d’écriture personnelle en 15 minutes.

Bon courage à toutes et à tous pour l’examen ! Prochain rendez-vous « 75 minutes » : vendredi 17 avril (Thème : Ces objets…)

« 75 minutes BTS » Thème : « Ces objets qui nous envahissent… » Le discrédit de l’objet

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Le « 75 minutes », c’est quoi ?

Pour vous aider dans vos révisions, je vous propose 1 à 2 fois par semaine jusqu’à l’épreuve, un « 75 minutes » sur l’un des deux thèmes proposés à l’examen. Obligez-vous à respecter le timing : 1h15 pas plus, pour confronter trois documents, faire une fiche de synthèse à partir de la problématique abordée, et vous entraîner en temps limité sur quelques sujets-type. Bien entendu, rien ne vous empêche ensuite d’approfondir un ou plusieurs aspects, mais obligez-vous la première fois à travailler dans le temps imparti : 75 minutes ! Chronométrez-vous en n’oubliant pas qu’un temps limité est toujours mieux utilisé !

Révisions Thème 2 
Ces objets qui nous envahissent…

Problématique de ce « 75 Minutes » : les objets sont-ils inutiles ? Ou « la loi du Ripolin »

mots clés : Le Corbusier, Adolf Loos, refus de l’ornement, machine, objet décoratif

Voir aussi : « 75 minutes BTS » Thème : « Ces objets qui nous envahissent… » Le champ symbolique de la fabrication de l’objet

L’ornement est-il superflu ?

De fait, il a été souvent reproché à notre société du faire-voir et du paraître, de privilégier l’avoir au mépris de l’être, et de motiver l’accumulation d’objets au détriment du fonctionnel. Particulièrement à partir du vingtième siècle, sous l’influence d’un certain nombre d’architectes (Adof Loos, Auguste Perret et surtout Le Corbusier), une tendance se fait jour dans la société européenne dont le discours s’élabore en dehors de tout renvoi à l’objet et à la tradition décorative, jugés passéistes. 

« Concevez les effets de la Loi du Ripolin. Chaque citoyen est tenu de remplacer ses tentures, ses damas, ses papiers peints, ses pochoirs, par une couche pure de Ripolin blanc. […] Le blanc de chaux est extrêmement moral. » Ces propos de Le Corbusier (doc. 1) publiés en 1925 dans l’Art décoratif d’aujourd’hui font écho à l’ouvrage d’Adolf Loos (doc. 2) dont le titre provocateur (L’Ornement est un crime) a jeté le discrédit sur l’objet, jugé trop encombrant, trop décoratif, trop empreint de sentiment. 

En assimilant l’objet décoratif à un ornement équivoque et superflu niant le concept d’intérêt général au profit d’un plaisir égoïste, ces deux auteurs sur lesquels je vous propose de réfléchir aujourd’hui, amènent à s’interroger sur la place qu’occupe l’objet : alors que l’esthétique procéderait de la « passion », de l’instinct, du sentiment, du lyrisme, donc de l’individuel, l’utilitaire est au contraire « collectif », « social ». Comme le dit le Corbusier, « plus un peuple se cultive, plus le décor disparaît ».

Mais cette disparition du décor est tout sauf évidente : héritière d’une tradition culturelle fonctionnaliste marquée par l’universalisme des Lumières, elle ne vise pas moins à institutionnaliser l’art selon une esthétique de la totalité qui prône la prééminence du collectif sur l’individuel : en ce sens, l’objet, éminemment personnel, a-t-il encore sa place dans un système de société reliant les besoins individuels (et l’utilisation que chacun fait des objets) aux exigences fonctionnelles du système dans son ensemble ?

Voir aussi : Yannis Tsiomis, Le Corbusier, L’Art décoratif d’aujourd’hui et « la loi du ripolin »
http://books.openedition.org/pupo/2422?lang=fr

Étape 1 : la prise de notes (35 minutes) : Documents 1 et 2 : 30 minutes. Document 3 : 5 minutes. Prenez connaissance des documents en relevant les informations vous paraissant les plus utiles au traitement de la problématique : relevez synthétiquement le thème précis, la thèse de l’auteur ou l’enjeu posé, ainsi que quelques arguments ou exemples représentatifs. Ne rentrez pas dans les détails : allez toujours vers l’interprétation textuelle GLOBALE.

1. Le Corbusier, L’Art décoratif d’aujourd’hui, 1925
Flammarion, « Champs Arts », Paris 2008

|page 18*| « LE MUSÉE EST MAUVAIS, CAR IL NE FAIT PAS TOUT CONNAITRE. IL TROMPE, IL DISSIMULE, IL ILLUSIONNE. C’EST UN MENTEUR.
Les objets qui sont mis sous les vitrines de nos musées sont consacrés de ce fait ; l’on dit d’eux qu’ils sont des objets de collection, qu’ils sont rares et précieux, chers, donc beaux. Ils sont décrétés beaux, ils servent de modèle, et voici l’enchaînement fatal des idées et des conséquences. D’où viennent-ils ? Des églises, alors que celles-ci avaient admis le principe du faste pour éblouir, imposer, attirer, forcer le sentiment de la toute-puissance. Dieu était dans l’or et dans les ciselures […].
|page 19| Ces objets venaient aussi des châteaux et des palais : imposer, épater, satisfaire le guignol bariolé qui se trémousse au fond de l’être humain et que la culture chasse, ligote et musèle. […] À qui s’adressait toute cette pacotille fabriquée sous les règnes des grands roys ? À une catégorie de gens que nous ne respectons pas aujourd’hui ; il est donc désastreux et presque immoral d’envoyer nos enfants s’inspirer avec un respect presque religieux de certaines de ces choses mal faites et malsonnantes.

[…]

|chapitre 7 « 1925 Expo Arts Déco », page 93*| L’art décoratif moderne n’a pas de décor. […] l’expérience du décor d’art, faite depuis 1900 à la guerre, a montré l’impasse du décor et la fragilité d’une conception prétendant faire de nos outils des objets sentimentaux, des objets exprimant des états d’âme individuels. […] Laissons s’éteindre doucement une ou deux générations élevées dans la religion de la patine et du « tour de main ». Les jeunes générations naissent à la lumière nouvelle et vont naturellement et d’enthousiasme aux vérités simples.
[…]
|chapitre 8 « 1925 Expo Arts Déco », page 185*| La machine, phénomène moderne, opère dans le monde une réformation de l’esprit.
Pourtant, intact, le facteur humain demeure, la machine étant conçue par l’homme pour des besoins humains.
La machine est construite sur le système spirituel que l’homme s’est donné et non sur une fantaisie, système qui lui constitue un univers tangible […].
L’homme s’arrête devant la machine : la bête et le divin s’y rassasient.
La leçon de la machine est dans la pure relation de cause à effet. Pureté, économie, tension vers la sagesse. Un désir neuf : une esthétique de pureté, d’exactitude […].

|page 190*| Si quelque Solon|1| imposait à notre effervescence ces deux lois :

LE LAIT DE CHAUX
LA LOI DU RIPOLIN

|page 191*| nous ferions un acte moral : Aimer la pureté !
nous accroîtrions notre état : Avoir un jugement !
Un acte qui conduit à la joie de vivre : la poursuite de la perfection.
Concevez les effets de la Loi du Ripolin. Chaque citoyen est tenu de remplacer ses tentures, ses damas, ses papiers peints, ses pochoirs, par une couche pure de Ripolin blanc. On fait propre chez soi : il n’y a plus de coin sale, ni de coin sombre : tout se montre comme ça est.
Dans le ripolin, ce qui a servi et est un déchet, vous le jetterez. Acte important dans la vie ; morale productrice. Vous ferez la part de ce qui sert et vous jetterez ce qui a servi. Quand nous mangeons, la nature sait jeter loin ce qui a servi. Nous, hors la loi du ripolin, nous conservons et faisons de la maison un musée ou un temple à ex-voti : nous faisons de notre esprit un concierge, un custode. Nous flattons aussi l’avare installé en nous et l’instinct de la propriété nous saisit, nous étreint : Arpagon. Nous mentons alors, car nous cherchons à dissimuler cette lâcheté de n’oser se séparer, et cette laideur d’accumuler ; nous instaurons le culte du souvenir […].
Sur le ripolin blanc des murs, ces amoncellements de choses mortes du passé ne sauraient être tolérées ; elles feraient tâche.

[…]

|page 193*| Si la maison  est toute blanche, le dessin des choses s’y détache sans transgression possible ; le volume des choses y apparaît nettement ; la couleur des choses y est catégorique. Le blanc de chaux est absolu, tout s’y détache, s’y écrit absolument, noir sur blanc ; c’est franc et loyal.
Mettez-y des objets malpropres ou de faux-goût ; cela saute aux yeux. C’est un peu les rayons X de la beauté. C’est une Cour d’assises qui siège en permanence. C’est l’œil de la vérité.
Le blanc de chaux est extrêmement moral. Admettez un décret prescrivant que toutes les chambres de Paris soient passées au lait de chaux. Je dis que ce serait une œuvre policière d’envergure et une manifestation de haute morale, signe d’un grand peuple. »
1. Solon : législateur et poète athénien (vers 640-vers 558 avant J-C)

* Les références de page renvoient à l’édition Flammarion, « Champs/Arts », Paris 2008

2. Adolf Loos, Ornement et crime, 1908.
Payot & Rivages, Rivages poche/Petite Bibliothèque, n°412, 2003. Traduit de l’allemand et présenté par Sabine Cornille et Philippe Ivernel.

|extrait de la préface, page 25*|« D’un combat de trente années, je suis sorti vainqueur. J’ai libéré l’humanité de l’ornement superflu. « Ornement », ce fut autrefois le qualificatif pour dire « beau ». C’est aujourd’hui, grâce au travail de toute ma vie, un qualificatif pour dire « d’une valeur inférieure ». 

|page 80*| L’ornement est de la force de travail gaspillée, et par là de la santé gaspillée. Mais de nos jours, l’ornement signifie aussi du matériau gaspillé, et les deux choses réunies veulent dire du capital gaspillé.
|page 87*| L’absence d’ornement a porté les autres arts à une hauteur insoupçonnée, les symphonies de Beethoven n’eussent jamais été écrites par un homme devant déambuler dans la soie, le velours et la dentelle. Celui qui de nos jours circule en habit de velours n’est pas un artiste, mais un guignol ou un vulgaire peintre en bâtiment. Nous avons gagné en finesse, en subtilité. Les hommes en troupeau étaient obligés de se distinguer par diverses couleurs, l’homme moderne, lui, use de son habit comme d’un masque. Si immensément forte est son individualité qu’elle ne se laisse plus exprimer par des pièces de vêtement. L’absence d’ornement est un signe de force spirituelle.

* Les références de page renvoient à l’édition Payot & Rivages. Rivages poche/Petite Bibliothèque, n°412, 2003. Traduit de l’allemand et présenté par Sabine Cornille et Philippe Ivernel.

3. Musée de la vie romantique, Paris
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→ Étape 2 : le réinvestissement des notes (40 minutes)

  • Essayez d’abord de répondre très brièvement aux questions suivantes en vous obligeant à réinvestir vos notes pour chacune de vos réponses, qui seront structurées autour d’un argument, illustré par un exemple précis. 

– Quelle est la thèse de Le Corbusier à propos des musées ? Sur quels arguments s’appuie-t-elle ?
– Montrez que pour Le Corbusier les objets du quotidien sont les accessoires du paraître dans une société fondamentalement conservatrice.

– En exploitant le document 2, expliquez ces propos d’Adolf Loos : « L’absence d’ornement est un signe de force spirituelle ».
– Dans quelle mesure le refus ornemental prôné par Adolf Loos et Le Corbusier, en valorisant des formes de plus en plus réductibles à l’abstraction, peut-il toutefois constituer un danger ?

– Le Corbusier réfute tout attachement affectif à l’objet. Justifiez-vous ce point de vue ?
– En regardant la photographie de l’intérieur du Musée de la vie romantique à Paris, pensez-vous qu’il soit opportun, comme l’affirme Le Corbusier, d’inscrire uniquement l’objet dans le monde des besoins et de la nécessité ?
– D’une certaine façon, chaque objet raconte une histoire : au sein même de la quotidienneté et des relations les plus personnelles. Donnez un ou deux exemples qui vous ont marqué-e.

  • Enfin, choisissez l’un de ces questionnements et essayez de construire un plan d’écriture personnelle en 15 minutes.

Bon courage à toutes et à tous pour l’examen ! Prochain rendez-vous « 75 minutes » : vendredi 17 avril (Thème : Ces objets…)

« 75 minutes BTS » Thème : « Ces objets qui nous envahissent… » Le champ symbolique de la fabrication de l'objet

75_minutes_gabarit_2014
Le « 75 minutes », c’est quoi ?

Pour vous aider dans vos révisions, je vous propose 1 à 2 fois par semaine jusqu’à l’épreuve, un « 75 minutes » sur l’un des deux thèmes proposés à l’examen. Obligez-vous à respecter le timing : 1h15 pas plus, pour confronter trois documents, faire une fiche de synthèse à partir de la problématique abordée, et vous entraîner en temps limité sur quelques sujets-type. Bien entendu, rien ne vous empêche ensuite d’approfondir un ou plusieurs aspects, mais obligez-vous la première fois à travailler dans le temps imparti : 75 minutes ! Chronométrez-vous en n’oubliant pas qu’un temps limité est toujours mieux utilisé !

Révisions Thème 2 
Ces objets qui nous envahissent…

Problématique de ce « 75 Minutes » : dans quelle mesure la fabrication de l’objet change-t-elle le statut de l’objet ?

mots clés : Objet artisanal, objet de série, geste, machine, modes de production

Comme l’a bien montré A. Moles, l’objet est « porteur de messages fonctionnels et symboliques »|1| : il traduit une idéologie, une fonction de voir le monde. C’est ainsi que l’objet artisanal s’exprime d’abord par l’instrument primordial de la main qui l’a fabriqué. Henri Focillon remarquait à ce titre : « Le geste qui crée exerce une action continue sur la vie intérieure. La main arrache le toucher à sa passivité réceptive, elle l’orga­nise pour l’expérience et pour l’action. Elle apprend à l’homme à posséder l’étendue, le poids, la densité, le nombre »|2|. Cette marque de l’homo faber est souvent décelable à la surface de l’œuvre : l’exécution manuelle exprime la maîtrise d’un art autant que l’état d’une tradition, d’un savoir-faire patrimonial. 

Par sa configuration, l’objet artisanal rend également possible l’instauration d’une médiation à la nature et d’une relation essentielle à la matière mise en forme manuellement : argile, bois, écorce, cuir, métaux… Comme le notait Pierrette Grondin, « Ces matériaux sont d’ailleurs utilisés depuis des siècles pour la fabrication d’objets d’usage courant. Ce qui nous amène à dire qu’ils sont à la portée de la compréhension de l’utilisateur. Alors que les matières plastiques […] demeurent souvent mystérieuses en ce qui concerne leur composition et leur fabrication » |3|. En rompant ses liens avec les forces de la nature, l’objet de série semble perdre une partie de lui-même : la matière, c’est-à-dire ce qui rattache l’objet au sujet.

De fait, à la différence de l’outil, qui est un prolongement du corps, la machine est « doué[e] d’extériorité par rapport à la structure et à la dynamique de l’individu »|4|. En poussant à son paroxysme l’artificialité et l’éphémérité, l’objet produit en série affranchit donc la matière de sa contingence avec notre environnement comme il disqualifie d’une certaine manière le travail de la main humaine : mué en marchandise, en chose, en produit, en truc, en gadget jetable, l’objet de série entraîne ainsi un changement majeur dans la philosophie représentative de la réalité. Tel est le thème de ce « 75 minutes » qui vous amène à réfléchir au champ symbolique de la fabrication de l’objet.

1.  Henri Focillon (Éloge de la main, PUF, Paris 1934)
2. Abraham Moles, « Objet et communication », revue Communications, 1969, page 4.
3. Pierrette Grondin, Cyberculture et objets de design industriel, Les Presses de l’Université Laval/L’Harmattan, 2001, page 42.
4. Gilbert Simondon, L’Individuation à la lumière des notions de forme et d’information, Éd. Jérôme Millon, Grenoble 2005, page 516. Voir aussi : « Psychosociologie de la technicité », cours dispensé en 1960-1961 et publié dans le Bulletin de la faculté de psychologie de Lyon en 1961. L’auteur analyse en particulier le rapport de l’homme à la technique et au monde.

Étape 1 : la prise de notes (35 minutes) : Documents 1 : 5 minutes. Documents 2 et 3 : 30 minutes. Prenez connaissance des documents en relevant les informations vous paraissant les plus utiles au traitement de la problématique : relevez synthétiquement le thème précis, la thèse de l’auteur ou l’enjeu posé, ainsi que quelques arguments ou exemples représentatifs. Ne rentrez pas dans les détails : allez toujours vers l’interprétation textuelle GLOBALE.

1. « Un tourneur au travail »
|Source| : Thierry Bonnot, La Vie des objets : d’ustensiles banals à objets de collection, Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, Collection « Ethnologie de la France » n° 22, Paris 2002

2. Gérard Chazal, Formes, figures, réalité, Champ Vallon, coll. « Milieux », Seyssel 1997 |Source|
Depuis la page 154 (« Dans la machine, la ruse consistera donc »), jusqu’au bas de la page 155 (« La rupture instauratrice de la machine rompt ces limites »).

3. Arlette Schweitz, compte-rendu de lecture de l’ouvrage de Thierry Bonnot, La Vie des objets : d’ustensiles banals à objets de collection.
Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2002, vol. 57, n° 5, pages 1413-1414.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_2002_num_57_5_280111_t1_1413_0000_1

→ Étape 2 : le réinvestissement des notes (40 minutes)

  • Essayez d’abord de répondre très brièvement aux questions suivantes en vous obligeant à réinvestir vos notes pour chacune de vos réponses, qui seront structurées autour d’un argument, illustré par un exemple précis. 

– Commentez les photographies du document 1 à la lumière de ces propos éclairants d’Henri Focillon (Éloge de la main, 1934) : « La main sait que l’objet est habité par le poids, qu’il est lisse ou rugueux, qu’il n’est pas soudé au fond de ciel ou de terre avec lequel il semble faire corps. L’action de la main définit le creux de l’espace et le plein des choses qui l’occupent. Surface, volume, densité, pesanteur ne sont pas des phénomènes optiques. C’est entre les doigts, c’est au creux des paumes que l’homme les connut d’abord. L’espace, il le mesure, non du regard, mais de sa main et de son pas. Le toucher emplit la nature de forces mystérieuses. Sans lui elle restait pareille aux délicieux paysages de la chambre noire, légers, plats et chimériques ».
– Dans quelle mesure ces propos de Gérard Chazal vous paraissent-ils bien illustrer les six photographies présentées dans le document 1 ? « Avec l’outil, la fin [= la finalité] de l’activité est présente dans le geste, ligne_assemblageelle y est comme engluée, comme attachée à notre corps. Le plus bel et le plus pur exemple est certainement donné par les mains du potier simulant le vase qu’elles forment ». Comparez avec la photographie ci-contre.
← Ligne d’assemblage robotisée (usine Hyundai de Nosovice). |
Source© Legende Noir Legende Noir Legende Noir Legende Noir Legende Noir
– Étayez cette réflexion (doc. 2) : « Dans la machine, la ruse consistera donc à dissocier le geste ou l’ensemble de gestes qui constituaient la procédure de fabrication de l’objet fabriqué ».
– En exploitant le document 3, dites pourquoi Thierry Bonot a intitulé son ouvrage La Vie des objets ?

– En quoi l’achat d’une poterie (doc. 3) peut-il être comparé à un « investissement d’ordre patrimonial » (p. 1413) ?
– Expliquez ces propos (doc. 3, p. 1414) : « L’objet relique, l’objet sacralisé, représente le savoir-faire d’un aïeul ».
– Dans quelle mesure le développement de l’objet de série, en entraînant une rationalisation des modes de production, a-t-il eu pour conséquence de faire de l’impersonnalité, un style ? Illustrez en faisant une recherche à partir des travaux d’Andy Warhol. 

  • Enfin, choisissez l’un de ces questionnements et essayez de construire un plan d’écriture personnelle en 15 minutes.

Bon courage à toutes et à tous pour l’examen ! Prochains rendez-vous « 75 minutes » : samedi 4 avril (Thème : Ces objets… « Le discrédit de l’objet ») et vendredi 17 avril (Thème : Ces objets… « objet et liberté d’expression… Autour du crayon… »)

« 75 minutes BTS » Thème : « Ces objets qui nous envahissent… » Le champ symbolique de la fabrication de l’objet

75_minutes_gabarit_2014

Le « 75 minutes », c’est quoi ?

Pour vous aider dans vos révisions, je vous propose 1 à 2 fois par semaine jusqu’à l’épreuve, un « 75 minutes » sur l’un des deux thèmes proposés à l’examen. Obligez-vous à respecter le timing : 1h15 pas plus, pour confronter trois documents, faire une fiche de synthèse à partir de la problématique abordée, et vous entraîner en temps limité sur quelques sujets-type. Bien entendu, rien ne vous empêche ensuite d’approfondir un ou plusieurs aspects, mais obligez-vous la première fois à travailler dans le temps imparti : 75 minutes ! Chronométrez-vous en n’oubliant pas qu’un temps limité est toujours mieux utilisé !

Révisions Thème 2 
Ces objets qui nous envahissent…

Problématique de ce « 75 Minutes » : dans quelle mesure la fabrication de l’objet change-t-elle le statut de l’objet ?

mots clés : Objet artisanal, objet de série, geste, machine, modes de production

Comme l’a bien montré A. Moles, l’objet est « porteur de messages fonctionnels et symboliques »|1| : il traduit une idéologie, une fonction de voir le monde. C’est ainsi que l’objet artisanal s’exprime d’abord par l’instrument primordial de la main qui l’a fabriqué. Henri Focillon remarquait à ce titre : « Le geste qui crée exerce une action continue sur la vie intérieure. La main arrache le toucher à sa passivité réceptive, elle l’orga­nise pour l’expérience et pour l’action. Elle apprend à l’homme à posséder l’étendue, le poids, la densité, le nombre »|2|. Cette marque de l’homo faber est souvent décelable à la surface de l’œuvre : l’exécution manuelle exprime la maîtrise d’un art autant que l’état d’une tradition, d’un savoir-faire patrimonial. 

Par sa configuration, l’objet artisanal rend également possible l’instauration d’une médiation à la nature et d’une relation essentielle à la matière mise en forme manuellement : argile, bois, écorce, cuir, métaux… Comme le notait Pierrette Grondin, « Ces matériaux sont d’ailleurs utilisés depuis des siècles pour la fabrication d’objets d’usage courant. Ce qui nous amène à dire qu’ils sont à la portée de la compréhension de l’utilisateur. Alors que les matières plastiques […] demeurent souvent mystérieuses en ce qui concerne leur composition et leur fabrication » |3|. En rompant ses liens avec les forces de la nature, l’objet de série semble perdre une partie de lui-même : la matière, c’est-à-dire ce qui rattache l’objet au sujet.

De fait, à la différence de l’outil, qui est un prolongement du corps, la machine est « doué[e] d’extériorité par rapport à la structure et à la dynamique de l’individu »|4|. En poussant à son paroxysme l’artificialité et l’éphémérité, l’objet produit en série affranchit donc la matière de sa contingence avec notre environnement comme il disqualifie d’une certaine manière le travail de la main humaine : mué en marchandise, en chose, en produit, en truc, en gadget jetable, l’objet de série entraîne ainsi un changement majeur dans la philosophie représentative de la réalité. Tel est le thème de ce « 75 minutes » qui vous amène à réfléchir au champ symbolique de la fabrication de l’objet.

1.  Henri Focillon (Éloge de la main, PUF, Paris 1934)
2. Abraham Moles, « Objet et communication », revue Communications, 1969, page 4.
3. Pierrette Grondin, Cyberculture et objets de design industriel, Les Presses de l’Université Laval/L’Harmattan, 2001, page 42.
4. Gilbert Simondon, L’Individuation à la lumière des notions de forme et d’information, Éd. Jérôme Millon, Grenoble 2005, page 516. Voir aussi : « Psychosociologie de la technicité », cours dispensé en 1960-1961 et publié dans le Bulletin de la faculté de psychologie de Lyon en 1961. L’auteur analyse en particulier le rapport de l’homme à la technique et au monde.

Étape 1 : la prise de notes (35 minutes) : Documents 1 : 5 minutes. Documents 2 et 3 : 30 minutes. Prenez connaissance des documents en relevant les informations vous paraissant les plus utiles au traitement de la problématique : relevez synthétiquement le thème précis, la thèse de l’auteur ou l’enjeu posé, ainsi que quelques arguments ou exemples représentatifs. Ne rentrez pas dans les détails : allez toujours vers l’interprétation textuelle GLOBALE.

1. « Un tourneur au travail »
|Source| : Thierry Bonnot, La Vie des objets : d’ustensiles banals à objets de collection, Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, Collection « Ethnologie de la France » n° 22, Paris 2002

2. Gérard Chazal, Formes, figures, réalité, Champ Vallon, coll. « Milieux », Seyssel 1997 |Source|
Depuis la page 154 (« Dans la machine, la ruse consistera donc »), jusqu’au bas de la page 155 (« La rupture instauratrice de la machine rompt ces limites »).

3. Arlette Schweitz, compte-rendu de lecture de l’ouvrage de Thierry Bonnot, La Vie des objets : d’ustensiles banals à objets de collection.
Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2002, vol. 57, n° 5, pages 1413-1414.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_2002_num_57_5_280111_t1_1413_0000_1

→ Étape 2 : le réinvestissement des notes (40 minutes)

  • Essayez d’abord de répondre très brièvement aux questions suivantes en vous obligeant à réinvestir vos notes pour chacune de vos réponses, qui seront structurées autour d’un argument, illustré par un exemple précis. 

– Commentez les photographies du document 1 à la lumière de ces propos éclairants d’Henri Focillon (Éloge de la main, 1934) : « La main sait que l’objet est habité par le poids, qu’il est lisse ou rugueux, qu’il n’est pas soudé au fond de ciel ou de terre avec lequel il semble faire corps. L’action de la main définit le creux de l’espace et le plein des choses qui l’occupent. Surface, volume, densité, pesanteur ne sont pas des phénomènes optiques. C’est entre les doigts, c’est au creux des paumes que l’homme les connut d’abord. L’espace, il le mesure, non du regard, mais de sa main et de son pas. Le toucher emplit la nature de forces mystérieuses. Sans lui elle restait pareille aux délicieux paysages de la chambre noire, légers, plats et chimériques ».
– Dans quelle mesure ces propos de Gérard Chazal vous paraissent-ils bien illustrer les six photographies présentées dans le document 1 ? « Avec l’outil, la fin [= la finalité] de l’activité est présente dans le geste, ligne_assemblageelle y est comme engluée, comme attachée à notre corps. Le plus bel et le plus pur exemple est certainement donné par les mains du potier simulant le vase qu’elles forment ». Comparez avec la photographie ci-contre.
← Ligne d’assemblage robotisée (usine Hyundai de Nosovice). |
Source© Legende Noir Legende Noir Legende Noir Legende Noir Legende Noir
– Étayez cette réflexion (doc. 2) : « Dans la machine, la ruse consistera donc à dissocier le geste ou l’ensemble de gestes qui constituaient la procédure de fabrication de l’objet fabriqué ».
– En exploitant le document 3, dites pourquoi Thierry Bonot a intitulé son ouvrage La Vie des objets ?

– En quoi l’achat d’une poterie (doc. 3) peut-il être comparé à un « investissement d’ordre patrimonial » (p. 1413) ?
– Expliquez ces propos (doc. 3, p. 1414) : « L’objet relique, l’objet sacralisé, représente le savoir-faire d’un aïeul ».
– Dans quelle mesure le développement de l’objet de série, en entraînant une rationalisation des modes de production, a-t-il eu pour conséquence de faire de l’impersonnalité, un style ? Illustrez en faisant une recherche à partir des travaux d’Andy Warhol. 

  • Enfin, choisissez l’un de ces questionnements et essayez de construire un plan d’écriture personnelle en 15 minutes.

Bon courage à toutes et à tous pour l’examen ! Prochains rendez-vous « 75 minutes » : samedi 4 avril (Thème : Ces objets… « Le discrédit de l’objet ») et vendredi 17 avril (Thème : Ces objets… « objet et liberté d’expression… Autour du crayon… »)

Concours d'éloquence 2015… Bientôt au Lycée !

           
Bientôt le Concours d’art oratoire 2015
Inscriptions au CDI dès février 2014
Présentation

Le Rotary Club de Montargis propose aux élèves du Lycée en Forêt de participer à un grand concours d’expression orale qui aura lieu le 17 mars 2015*. Si vous aimez prendre la parole, saisissez cette occasion unique de vous exprimer à l’oral face à un public (des professionnels et quelques enseignants du Lycée). Les inscriptions vont bientôt être ouvertes : vous pourrez retirer le formulaire d’inscription au CDI (Attention : le nombre de places étant limité, ne tardez pas à rapporter vos bulletins d’inscription. Clôture des inscriptions : lundi 16 février). Une réunion préparatoire aura lieu pour les inscrits uniquement le jeudi 19 février à 11h30 à l’amphithéâtre du lycée.
* et peut-être le 18 mars si le nombre d’inscrits est important. La remise des prix aura lieu le jeudi 26 mars à partir de 18 heures à l’amphithéâtre du Lycée. Dates indiquées sous réserve. Renseignez-vous auprès du CDI. 

 

Le déroulement de l’épreuve…

Le jour de l’épreuve, vous aurez le choix entre quatre sujets imposés. Après avoir pris connaissance des sujets, vous n’en retiendrez qu’un seul, que vous préparerez sur place en 30 minutes exactement.

Les sujets proposés portent sur des questions de culture générale :

  • Économie et Société,
  • Littérature et philosophie,
  • Sciences et techniques,
  • Et pour la demi-finale des sujets “inclassables”, faisant davantage appel à vos capacités d’originalité).

Votre prestation doit durer 5 minutes au moins ! Le jury attend évidemment des exposés argumentés et réfléchis, ce qui n’empêche nullement l’improvisation : mettez-vous en scène, interpellez votre public un peu comme un acteur “qui fait son numéro”! Pourquoi pas du Slam si vous en avez le talent ! Rien n’est pire qu’un exposé lu de façon monocorde : surprenez le jury !

Le barème d’évaluation

  1. L’art oratoire et l’éloquence (10 points) ;
  2. La rhétorique : l’art du “discours”, la qualité de vos arguments et de vos exemples (10 points).
  1. L’art oratoire touche à “l’art de bien parler”. Un orateur persuasif est celui qui sait s’exprimer avec aisance et clarté, moduler le son de sa voix afin d’éviter la monotonie par exemple. La capacité d’émouvoir, de persuader par la parole sont donc essentielles. Au niveau de l’évaluation, la diction est fondamentale puisque vous devez persuader d’abord par la parole ! Ne négligez surtout pas le travail sur la langue : c’est ce qu’on appelle l’élocution, c’est-à-dire le choix du style. Par exemple, l’emploi de figures de rhétorique semble tout indiqué : métaphores, comparaisons, interpellation de votre auditoire, gradations, interrogations oratoires, etc.

  2. La rhétorique, c’est l’art du discours. Vous avez toutes et tous déjà travaillé sur l’écrit d’invention : cela va vous servir pour le concours ! L’invention, au sens étymologique (du latin “inventio”) est la capacité de savoir construire un projet, c’est-à-dire de convaincre en organisant votre propos. Vous serez donc noté sur la manière dont vous savez disposer vos idées, structurer votre parcours argumentatif. Pensez à utiliser les procédés propres au discours (choix des arguments, des exemples, des techniques de persuasion, techniques d’amplification, voire de dramatisation) en rapport avec le sujet.

Cliquez sur l’image pour l’agrandir…

Dans cet Espace pédagogique, vous trouverez dès le lundi 2 février 2015 plusieurs sujets test chaque semaine pour vous entraîner dans les conditions du concours et des conseils personnalisés pour vous préparer à l’épreuve…

Seize exemples de sujets entièrement inédits (dans l’esprit du Concours) :

  • Histoire et société :
    – Réussir sa vie, c’est être riche de…
    – Est-il possible de concilier le développement durable avec une société où tout semble éphémère ?
    – Pensez-vous qu’il faut réinventer un nouveau modèle social pour notre monde ?
    – C’est quoi, un “faiseur d’histoire(s)” ?

  • Littérature et Philosophie :
    – C’est quoi, être libre ?
    – Quel est l’avantage d’apprendre le Français dans le monde contemporain ?
    – La violence est-elle une force ou une faiblesse ?
    – Et si le plus beau voyage était un voyage immobile ?

  • Sciences et Techniques :
    – Les robots “humanoïdes” sont de plus en plus répandus dans le monde : faut-il en avoir peur ?
    – Comment se dérouleront les cours au Lycée en 2050 ?
    – Le progrès du moteur est-il le moteur du progrès?
    – La morale est-elle l’ennemie du progrès ?

  • Sujets “inclassables” :
    – Pourquoi est-ce blanc plutôt que noir ?
    – C’est quoi un “po-aime” ?
    – Faites votre éloge.
    – Faire le tour du monde ou faire un tour ?

Les compétences requises pour le concours…

La prise de parole en public requiert plusieurs compétences. Voici quelques conseils pour affronter l’épreuve…

  1. Commencez d’abord à vous préparer “physiquement” à la prise de parole. Choisissez avec soin votre tenue ce jour-là : certes, ce n’est pas un défilé de mode, mais vous parlerez d’autant mieux que vous vous sentirez à l’aise dans vos vêtements. N’oubliez pas non plus que la principale difficulté… C’est vous : donc inutile de vous mettre trop la pression avant! Soyez sûr(e) de vous : partez gagnant(e) en vous disant que de toute façon vous n’avez strictement rien à perdre. Dès que vous rentrez, pensez aussi à dire Bonjour ! Cela paraît évident mais parfois, avec le trac…

  2. Regardez votre public. N’oubliez pas non plus que même si une personne du jury ne semble pas faire attention à votre présence quand vous parlez, cela ne veut rien dire : elle donnera un avis sur vous juste après votre départ. Donc regardez tout le monde (et pas seulement une seule personne parce qu’elle vous aura regardé(e) avec bienveillance ou parce que vous la connaissez (votre prof par exemple). Veillez également à vous tenir correctement : inutile de se raidir, mais il ne faut pas non plus être avachi !

  3. Improviser… Mais pas trop ! Bien sûr, le concours exige une certaine part d’improvisation, mais n’en faites pas trop non plus, car cela risquerait de vous entraîner sur un terrain parfois glissant, en particulier au niveau de la maîtrise du non-verbal (la gestuelle) : quand on improvise, on a tendance à “théâtraliser” un peu trop parfois : en libérant la parole, on libère trop ses gestes et on en arrive à “gesticuler”. Donc, gardez toujours une certaine distance en essayant d’articuler au mieux le geste et les registres de langue que vous allez employer (didactique, comique, lyrique, etc.)

  4. S’entraîner avec… une glace et un MP3 ! Voici un excellent exercice qui vous permettra de vérifier que vous maîtrisez votre voix et votre respiration lors de la prise de parole : chez vous, essayez en vous regardant obligatoirement devant une glace (une grande : celle de la salle de bain fera l’affaire!) de parler HAUT et FORT. L’exercice d’entraînement que je vous propose consiste à lire un texte neutre (une définition de cours par exemple, comme ça vous ne perdez pas de temps) en regardant le moins possible votre support et en vous fixant le plus possible dans la glace. Relisez plusieurs fois votre texte en variant l’intonation (neutralité, colère, joie, rire, émotion, interpellation, etc.). Si possible, enregistrez-vous avec un MP3 et écoutez ce que ça donne afin de corriger les petits problèmes (placement de la voix par exemple). Prenez ensuite un sujet au hasard : accordez-vous 20 minutes de préparation et lancez-vous, sans lire vos notes (vous pouvez même vous entraîner dans les transports en commun pour la recherche des arguments) : essayez de trouver des idées créatives, originales, et faites si possible votre exposé devant d’autres personnes : des copains ou des copines, la famille, etc. afin de vous confronter à un public. Si vous êtes seul chez vous, mettez-vous devant une glace et parlez HAUT et FORT en vous obligeant à parler tout en vous regardant.

Concours d’éloquence 2015… Bientôt au Lycée !

           

Bientôt le Concours d’art oratoire 2015
Inscriptions au CDI dès février 2014

Présentation

Le Rotary Club de Montargis propose aux élèves du Lycée en Forêt de participer à un grand concours d’expression orale qui aura lieu le 17 mars 2015*. Si vous aimez prendre la parole, saisissez cette occasion unique de vous exprimer à l’oral face à un public (des professionnels et quelques enseignants du Lycée). Les inscriptions vont bientôt être ouvertes : vous pourrez retirer le formulaire d’inscription au CDI (Attention : le nombre de places étant limité, ne tardez pas à rapporter vos bulletins d’inscription. Clôture des inscriptions : lundi 16 février). Une réunion préparatoire aura lieu pour les inscrits uniquement le jeudi 19 février à 11h30 à l’amphithéâtre du lycée.
* et peut-être le 18 mars si le nombre d’inscrits est important. La remise des prix aura lieu le jeudi 26 mars à partir de 18 heures à l’amphithéâtre du Lycée. Dates indiquées sous réserve. Renseignez-vous auprès du CDI. 

 

Le déroulement de l’épreuve…

Le jour de l’épreuve, vous aurez le choix entre quatre sujets imposés. Après avoir pris connaissance des sujets, vous n’en retiendrez qu’un seul, que vous préparerez sur place en 30 minutes exactement.

Les sujets proposés portent sur des questions de culture générale :

  • Économie et Société,
  • Littérature et philosophie,
  • Sciences et techniques,
  • Et pour la demi-finale des sujets “inclassables”, faisant davantage appel à vos capacités d’originalité).

Votre prestation doit durer 5 minutes au moins ! Le jury attend évidemment des exposés argumentés et réfléchis, ce qui n’empêche nullement l’improvisation : mettez-vous en scène, interpellez votre public un peu comme un acteur “qui fait son numéro”! Pourquoi pas du Slam si vous en avez le talent ! Rien n’est pire qu’un exposé lu de façon monocorde : surprenez le jury !

Le barème d’évaluation

  1. L’art oratoire et l’éloquence (10 points) ;
  2. La rhétorique : l’art du “discours”, la qualité de vos arguments et de vos exemples (10 points).
  1. L’art oratoire touche à “l’art de bien parler”. Un orateur persuasif est celui qui sait s’exprimer avec aisance et clarté, moduler le son de sa voix afin d’éviter la monotonie par exemple. La capacité d’émouvoir, de persuader par la parole sont donc essentielles. Au niveau de l’évaluation, la diction est fondamentale puisque vous devez persuader d’abord par la parole ! Ne négligez surtout pas le travail sur la langue : c’est ce qu’on appelle l’élocution, c’est-à-dire le choix du style. Par exemple, l’emploi de figures de rhétorique semble tout indiqué : métaphores, comparaisons, interpellation de votre auditoire, gradations, interrogations oratoires, etc.

  2. La rhétorique, c’est l’art du discours. Vous avez toutes et tous déjà travaillé sur l’écrit d’invention : cela va vous servir pour le concours ! L’invention, au sens étymologique (du latin “inventio”) est la capacité de savoir construire un projet, c’est-à-dire de convaincre en organisant votre propos. Vous serez donc noté sur la manière dont vous savez disposer vos idées, structurer votre parcours argumentatif. Pensez à utiliser les procédés propres au discours (choix des arguments, des exemples, des techniques de persuasion, techniques d’amplification, voire de dramatisation) en rapport avec le sujet.

Cliquez sur l’image pour l’agrandir…

Dans cet Espace pédagogique, vous trouverez dès le lundi 2 février 2015 plusieurs sujets test chaque semaine pour vous entraîner dans les conditions du concours et des conseils personnalisés pour vous préparer à l’épreuve…

Seize exemples de sujets entièrement inédits (dans l’esprit du Concours) :

  • Histoire et société :
    – Réussir sa vie, c’est être riche de…
    – Est-il possible de concilier le développement durable avec une société où tout semble éphémère ?
    – Pensez-vous qu’il faut réinventer un nouveau modèle social pour notre monde ?
    – C’est quoi, un “faiseur d’histoire(s)” ?

  • Littérature et Philosophie :
    – C’est quoi, être libre ?
    – Quel est l’avantage d’apprendre le Français dans le monde contemporain ?
    – La violence est-elle une force ou une faiblesse ?
    – Et si le plus beau voyage était un voyage immobile ?

  • Sciences et Techniques :
    – Les robots “humanoïdes” sont de plus en plus répandus dans le monde : faut-il en avoir peur ?
    – Comment se dérouleront les cours au Lycée en 2050 ?
    – Le progrès du moteur est-il le moteur du progrès?
    – La morale est-elle l’ennemie du progrès ?

  • Sujets “inclassables” :
    – Pourquoi est-ce blanc plutôt que noir ?
    – C’est quoi un “po-aime” ?
    – Faites votre éloge.
    – Faire le tour du monde ou faire un tour ?

Les compétences requises pour le concours…

La prise de parole en public requiert plusieurs compétences. Voici quelques conseils pour affronter l’épreuve…

  1. Commencez d’abord à vous préparer “physiquement” à la prise de parole. Choisissez avec soin votre tenue ce jour-là : certes, ce n’est pas un défilé de mode, mais vous parlerez d’autant mieux que vous vous sentirez à l’aise dans vos vêtements. N’oubliez pas non plus que la principale difficulté… C’est vous : donc inutile de vous mettre trop la pression avant! Soyez sûr(e) de vous : partez gagnant(e) en vous disant que de toute façon vous n’avez strictement rien à perdre. Dès que vous rentrez, pensez aussi à dire Bonjour ! Cela paraît évident mais parfois, avec le trac…

  2. Regardez votre public. N’oubliez pas non plus que même si une personne du jury ne semble pas faire attention à votre présence quand vous parlez, cela ne veut rien dire : elle donnera un avis sur vous juste après votre départ. Donc regardez tout le monde (et pas seulement une seule personne parce qu’elle vous aura regardé(e) avec bienveillance ou parce que vous la connaissez (votre prof par exemple). Veillez également à vous tenir correctement : inutile de se raidir, mais il ne faut pas non plus être avachi !

  3. Improviser… Mais pas trop ! Bien sûr, le concours exige une certaine part d’improvisation, mais n’en faites pas trop non plus, car cela risquerait de vous entraîner sur un terrain parfois glissant, en particulier au niveau de la maîtrise du non-verbal (la gestuelle) : quand on improvise, on a tendance à “théâtraliser” un peu trop parfois : en libérant la parole, on libère trop ses gestes et on en arrive à “gesticuler”. Donc, gardez toujours une certaine distance en essayant d’articuler au mieux le geste et les registres de langue que vous allez employer (didactique, comique, lyrique, etc.)

  4. S’entraîner avec… une glace et un MP3 ! Voici un excellent exercice qui vous permettra de vérifier que vous maîtrisez votre voix et votre respiration lors de la prise de parole : chez vous, essayez en vous regardant obligatoirement devant une glace (une grande : celle de la salle de bain fera l’affaire!) de parler HAUT et FORT. L’exercice d’entraînement que je vous propose consiste à lire un texte neutre (une définition de cours par exemple, comme ça vous ne perdez pas de temps) en regardant le moins possible votre support et en vous fixant le plus possible dans la glace. Relisez plusieurs fois votre texte en variant l’intonation (neutralité, colère, joie, rire, émotion, interpellation, etc.). Si possible, enregistrez-vous avec un MP3 et écoutez ce que ça donne afin de corriger les petits problèmes (placement de la voix par exemple). Prenez ensuite un sujet au hasard : accordez-vous 20 minutes de préparation et lancez-vous, sans lire vos notes (vous pouvez même vous entraîner dans les transports en commun pour la recherche des arguments) : essayez de trouver des idées créatives, originales, et faites si possible votre exposé devant d’autres personnes : des copains ou des copines, la famille, etc. afin de vous confronter à un public. Si vous êtes seul chez vous, mettez-vous devant une glace et parlez HAUT et FORT en vous obligeant à parler tout en vous regardant.

Un Automne en Poésie Saison 6 (2014-2015) Sixième livraison

UAEP_chateau_Ecosse_6_colorisé_web_6Illustration : Bruno Rigolt
(Photomontage et peinture numérique)

Les élèves de Seconde 1 et de Seconde 8 du Lycée en Forêt sont fiers de vous présenter l’édition 2014—2015 d’« Un automne en Poésie », événement désormais incontournable qui marque comme chaque année l’actualité littéraire lycéenne. Puisant leur inspiration dans le message du Romantisme et du Symbolisme, les jeunes étudiant(e)s ont souhaité mettre en avant l’écriture poétique comme exercice de la liberté : liberté du rêve, des grands infinis ; liberté du cœur et des sentiments ; liberté aussi des jeux sur l’image et le non-dit, l’inexprimable, l’ineffable du mot…

Voici la sixième et dernière livraison de la saison 6 d’« Un automne en Poésie ». Pour ce millésime 2014, plus de cinquante poèmes ont été publiés, souvent de très grande qualité. Vous pouvez retrouver tous les textes de la saison 6 en cliquant sur les liens suivants :

 

________________

Apollinaire sur le sommet de son âme

par Sarah G. et Chloé M.
Classe de Seconde 1

 

Dans le soir sans être vêtus d’une veste ivre d’amour et de chagrin heureux et soyeux
Les KYO ont chanté en chœur comme des fleurs mélancoliques dictateurs sans cœur
Dans le soir bleu oranger avec des papillons albinos comme un matin rose ivre
La vie est diversifiée tout en chantant dans la forêt
Tirée vers le haut dans le matin bleu
Vu que les poissons sont apparus et qu’ils pondaient des œufs
C’est l’œuf qui est apparu
Avant la poule avant le soir avant les KYO

Oeuf_poule« Vu que les poissons sont apparus et qu’ils pondaient des œufs
C’est l’œuf qui est apparu
Avant la poule avant le soir avant les KYO… »

Illustration : BR (Photomontage)

            

                  

B.O.N.H.E.U.R.M.A.L.H.E.U.R.E.U.X.
Il fait trop froid dehors pour que les anges puissent voler

par Anissa D.
Classe de Seconde 8

              

Lèvres blanches. Visage pâle. Expirant
Dans les flocons de neige. Poumons brûlés. Goût amer.
Lumière éteinte. Le jour prend fin.
Luttant pour PAYER LE LOYER.

Les longues nuits et les hommes étranges.

Ils disaient qu’elle faisait partie des meilleures.
Coincée dans les drogues dures : BANG BANG BANG
Et dans ses rêves éveillés.
Mais dernièrement son visage semblait
DOUCEMENT SOMBRER.

Et ils criaient que les pires choses de la vie
Viennent crier librement à nous
Parce qu’elle était en dessous de ceux qui DIRIGENT.

Elle perdait le contrôle juste pour quelques
GRAMMES.

ELLE NE VEUT PAS SORTIR CE SOIR
En un rien de temps elle volait vers le PARADIS
Ou vendre de l’amour à un autre
HOMME.

Il fait trop froid dehors pour que les anges puissent voler
Gants déchirés. Manteau sur le dos.
Essayer de nager. Ne pas sombrer.
Vêtements trempés.
Pièces de monnaie. Billet de banque : UN.

Des yeux fatigués. Gorge sèche. Call girl sans téléphone.
Un ange va mourir. Espérer une vie meilleure.
AUCUNE ILLUSION.
Le feu passe au vert.

Bonheur_malheueux_uaep_2014_10« Lumière éteinte. Le jour prend fin… »

Illustration : Bruno Rigolt
Ombre au sol créée à partir d’une sculpture suspendue de Louise Bourgeois « L’Arc de l’hystérie » (1993)

_

_

Chaque seconde qui passe

par Maxence H.
Classe de Seconde 1

                  

Esprit nouveau sur la terre ancienne
Que de choses nouvelles soulèvent
Le temps qui coule
Les voiles sont levées
Chaque seconde qui passe est un voyage
D’âge en âge
Un bateau prend le large répandant des soleils
Quand d’autres font naufrage
Sous l’horizon des océans perdus

barques_Bretagne_1« Un bateau prend le large répandant des soleils
Quand d’autres font naufrage
Sous l’horizon des océans perdus
… »

Illustration : © Bruno Rigolt janvier 2015

          

La Solitude

par Aleyna F.
Classe de Seconde 8

                  

C’est comme si tu criais et que personne ne pouvait t’entendre
Tu te sens presque coupable que quelqu’un puisse être si important
Et que sans lui tu te sens vide
Légèrement vêtue de solitude.

Personne, personne ne comprend à quel point ça fait mal
Tu te sens désespérée
Et rien ne peut te sauver
Pas même les ombres des grands soleils endormis sur la mer.

Et quand c’est terminé, quand tout est fini
Quand le jour s’évapore
Tu souhaites presque que toutes ces mauvaises choses reviennent
Pour que lui aussi…

Harrison« Pas même les ombres des grands soleils endormis sur la mer… »

Illustration : Alexander Harrison (1853-1930), « Marée basse en Bretagne »
Huile sur toile (détail). c. 1890 (coll. privée)

                   

De l’aube au crépuscule

par Marie P.
Classe de Seconde 8

                 

Sous la lumière de la pleine lune qui borde la nuit
Je ferme les paupières et me laisse bercer par le bruit pâle
De la pluie et je pars vers des rêves merveilleux.
Mais au réveil, le bonheur se fissure, il faut partir

Cartable en main dans la brume transparente
Du matin : la vraie vie reprend son chemin de larmes
Et d’encre rouge où le respect de chacun n’existe
Point. La journée terminée, je prends un peu de liberté :

Dans le creux de ma main je pose une fleur couleur
Du jour qui s’envole, une fleur couleur de l’été
Et je m’évade sur les chemins de la terre
Comme lorsque j’étais petite.

La nuit revient me chercher : elle m’emmène
Dans un profond sommeil répandant de grands soleils
Sur le rivage de mes yeux. Plus rien ne m’atteint,
Quel bonheur de ne pas penser à demain !

Nature-morte-aux-roses-et-vase-de-Clichy_2« Dans le creux de ma main je pose une fleur couleur
Du jour qui s’envole, une fleur couleur de l’été… »

Illustration : Bruno Rigolt
(photographie aquarellée et retouchée numériquement)

J’ai gardé en moi

par Lou C.
Classe de Seconde 8

                      

j’ai gardé en moi
ce mensonge cristallin
qui m’aveuglait
lorsque le crépuscule sculptait
les feuilles de mon âme

Arbre_Lou_5« Crépuscule »

Illustration : Lou C.

L’Ombre blanche

par Émile T.
Classe de Seconde 1

                      

Je regarde ce mur sombre mais éclairci
Dans mon cœur d’une fleur qui vibre de vivre
Sans l’ombre d’un doute je peux vous décrire
Cette silhouette blanche aperçue
Encore hier : mon passé si beau, si joyeux
Le présent si sombre, si désert parfois
Et demain ? Quelle sera la couleur de mon âme ?
Rouge, je l’espère, comme une fleur
Pourpre d’éclore.

rose_pourpre« Et demain ? Quelle sera la couleur de mon âme ?
Rouge, je l’espère, comme une fleur
Pourpre d’éclore
… »

Illustration : BR

_

La forêt

par Gabriel F.
Classe de Seconde 8

La forêt est grande comme l’horizon
Elle palpite de secrets et de brumes écloses
Ou de mystères fanés.
On a envie d’y rester jusqu’à la fin des jours
Mû par les présages d’obscurs chemins,
Libéré de notre poids de solitude
Au plus profond de notre âme
Qui semble un regard bleu du ciel
Vers d’immenses contrées…

potémont_forêt_détail« Mû par les présages d’obscurs chemins… »

Illustration : Martial Potémont, « Paysage de forêt tropicale (gouache), détail.
Saint-Denis de La Réunion), Musée Léon Dierx.

                       

                   

L.O.V.E.

par Annik L.
Classe de Seconde 8

De haut en bas
À droite sur le milieu jusqu’à gauche
Dans tous les sens
Des trucs pas possibles :
Des visions bizarres et

Des pensées comme les vagues de la mer
Ou les chemins du vent.

Les souffles des genoux
Les cœurs vivants chuchotent dans le vin
Du chocolat tranchant
L’ordinateur tire les nuages du ciel
Des personnes raniment leur corps avec

Des pensées comme les vagues de la mer
De faible chair.

Tout ça, ce sont les pensées
Des cerveaux
Dans le sol
Comme une abeille qui mange
Les cerf-volants carnivores

Et les vagues de la mer
Pour écrire  dans le ciel : « LOVE »

Annik_2014Illustration : © Annik L. 2014

Doux regrets devant l’immensité

par Lucie B.
Classe de Seconde 8

                 

Le sable me rappelle tristement
Les souvenirs d’un amour enflammé.
Je tourbillonne dans le néant,
Rien ne consolera mon âme éplorée.

Immobile et impuissante devant la mer,
Je suis bercée par une brise légère.
Cette vaste étendue de paillettes dorées
Encercle mon corps et mon esprit tourmenté.

Je me perds, je me noie et je meurs !
Reviens à moi espoir que j’ai abandonné,
Tu m’aideras à retrouver joie et sérénité.
Ainsi la passion renaîtra dans mon cœur.

Les vagues se rapprochent et me charment,
L’humidité de l’océan vient troubler mes rêveries.
Alors, mes yeux remplis de larmes
Guident mon regard perdu, vers l’infini…

« Regarde-moi » Photomontage d'après Man Ray "Tears", 1933
Photomontage d’après Man Ray, « Tears », 1933

« Alors, mes yeux remplis de larmes
Guident mon regard perdu, vers l’infini… »

Vie d’un enfant évidence

par Anaïs P.
Classe de Seconde 1

                 

Les extrémités strictement graduées
De la vie d’un enfant évidence
Jouant dans un jeu précédent
La vie, la misère, la délinquance

Un ensemble contraire à des solutions
De sa vie adaptées aux valeurs éclatantes
Des extrémités strictement graduées
De cette vie fragile, fragile

Les affirmations existentielles
Du cœur de cet enfant évidence
Torturé par une probabilité
De ne pas vivre l’Enfance

Expliquée par une équation contraire
À la vie, au bonheur : la pauvreté, la guerre
Évidemment ce cœur joue un rôle déterminé
Pourquoi ? Pourquoi ?

coeur-volant.1285865387.jpg« Les affirmations existentielles du cœur de cet enfant évidence
Torturé par une probabilité de ne pas vivre l’Enfance… »

La numérisation de la sixième livraison de textes est presque terminée.
Prochain rendez-vous « Un Automne en Poésie » : octobre 2015 (saison 7)

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