« 75 minutes BTS » Thème : « Ces objets qui nous envahissent… » Le champ symbolique de la fabrication de l’objet

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Le « 75 minutes », c’est quoi ?

Pour vous aider dans vos révisions, je vous propose 1 à 2 fois par semaine jusqu’à l’épreuve, un « 75 minutes » sur l’un des deux thèmes proposés à l’examen. Obligez-vous à respecter le timing : 1h15 pas plus, pour confronter trois documents, faire une fiche de synthèse à partir de la problématique abordée, et vous entraîner en temps limité sur quelques sujets-type. Bien entendu, rien ne vous empêche ensuite d’approfondir un ou plusieurs aspects, mais obligez-vous la première fois à travailler dans le temps imparti : 75 minutes ! Chronométrez-vous en n’oubliant pas qu’un temps limité est toujours mieux utilisé !

Révisions Thème 2 
Ces objets qui nous envahissent…

Problématique de ce « 75 Minutes » : dans quelle mesure la fabrication de l’objet change-t-elle le statut de l’objet ?

mots clés : Objet artisanal, objet de série, geste, machine, modes de production

Comme l’a bien montré A. Moles, l’objet est « porteur de messages fonctionnels et symboliques »|1| : il traduit une idéologie, une fonction de voir le monde. C’est ainsi que l’objet artisanal s’exprime d’abord par l’instrument primordial de la main qui l’a fabriqué. Henri Focillon remarquait à ce titre : « Le geste qui crée exerce une action continue sur la vie intérieure. La main arrache le toucher à sa passivité réceptive, elle l’orga­nise pour l’expérience et pour l’action. Elle apprend à l’homme à posséder l’étendue, le poids, la densité, le nombre »|2|. Cette marque de l’homo faber est souvent décelable à la surface de l’œuvre : l’exécution manuelle exprime la maîtrise d’un art autant que l’état d’une tradition, d’un savoir-faire patrimonial. 

Par sa configuration, l’objet artisanal rend également possible l’instauration d’une médiation à la nature et d’une relation essentielle à la matière mise en forme manuellement : argile, bois, écorce, cuir, métaux… Comme le notait Pierrette Grondin, « Ces matériaux sont d’ailleurs utilisés depuis des siècles pour la fabrication d’objets d’usage courant. Ce qui nous amène à dire qu’ils sont à la portée de la compréhension de l’utilisateur. Alors que les matières plastiques […] demeurent souvent mystérieuses en ce qui concerne leur composition et leur fabrication » |3|. En rompant ses liens avec les forces de la nature, l’objet de série semble perdre une partie de lui-même : la matière, c’est-à-dire ce qui rattache l’objet au sujet.

De fait, à la différence de l’outil, qui est un prolongement du corps, la machine est « doué[e] d’extériorité par rapport à la structure et à la dynamique de l’individu »|4|. En poussant à son paroxysme l’artificialité et l’éphémérité, l’objet produit en série affranchit donc la matière de sa contingence avec notre environnement comme il disqualifie d’une certaine manière le travail de la main humaine : mué en marchandise, en chose, en produit, en truc, en gadget jetable, l’objet de série entraîne ainsi un changement majeur dans la philosophie représentative de la réalité. Tel est le thème de ce « 75 minutes » qui vous amène à réfléchir au champ symbolique de la fabrication de l’objet.

1.  Henri Focillon (Éloge de la main, PUF, Paris 1934)
2. Abraham Moles, « Objet et communication », revue Communications, 1969, page 4.
3. Pierrette Grondin, Cyberculture et objets de design industriel, Les Presses de l’Université Laval/L’Harmattan, 2001, page 42.
4. Gilbert Simondon, L’Individuation à la lumière des notions de forme et d’information, Éd. Jérôme Millon, Grenoble 2005, page 516. Voir aussi : « Psychosociologie de la technicité », cours dispensé en 1960-1961 et publié dans le Bulletin de la faculté de psychologie de Lyon en 1961. L’auteur analyse en particulier le rapport de l’homme à la technique et au monde.

Étape 1 : la prise de notes (35 minutes) : Documents 1 : 5 minutes. Documents 2 et 3 : 30 minutes. Prenez connaissance des documents en relevant les informations vous paraissant les plus utiles au traitement de la problématique : relevez synthétiquement le thème précis, la thèse de l’auteur ou l’enjeu posé, ainsi que quelques arguments ou exemples représentatifs. Ne rentrez pas dans les détails : allez toujours vers l’interprétation textuelle GLOBALE.

1. « Un tourneur au travail »
|Source| : Thierry Bonnot, La Vie des objets : d’ustensiles banals à objets de collection, Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, Collection « Ethnologie de la France » n° 22, Paris 2002

2. Gérard Chazal, Formes, figures, réalité, Champ Vallon, coll. « Milieux », Seyssel 1997 |Source|
Depuis la page 154 (« Dans la machine, la ruse consistera donc »), jusqu’au bas de la page 155 (« La rupture instauratrice de la machine rompt ces limites »).

3. Arlette Schweitz, compte-rendu de lecture de l’ouvrage de Thierry Bonnot, La Vie des objets : d’ustensiles banals à objets de collection.
Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2002, vol. 57, n° 5, pages 1413-1414.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_2002_num_57_5_280111_t1_1413_0000_1

→ Étape 2 : le réinvestissement des notes (40 minutes)

  • Essayez d’abord de répondre très brièvement aux questions suivantes en vous obligeant à réinvestir vos notes pour chacune de vos réponses, qui seront structurées autour d’un argument, illustré par un exemple précis. 

– Commentez les photographies du document 1 à la lumière de ces propos éclairants d’Henri Focillon (Éloge de la main, 1934) : « La main sait que l’objet est habité par le poids, qu’il est lisse ou rugueux, qu’il n’est pas soudé au fond de ciel ou de terre avec lequel il semble faire corps. L’action de la main définit le creux de l’espace et le plein des choses qui l’occupent. Surface, volume, densité, pesanteur ne sont pas des phénomènes optiques. C’est entre les doigts, c’est au creux des paumes que l’homme les connut d’abord. L’espace, il le mesure, non du regard, mais de sa main et de son pas. Le toucher emplit la nature de forces mystérieuses. Sans lui elle restait pareille aux délicieux paysages de la chambre noire, légers, plats et chimériques ».
– Dans quelle mesure ces propos de Gérard Chazal vous paraissent-ils bien illustrer les six photographies présentées dans le document 1 ? « Avec l’outil, la fin [= la finalité] de l’activité est présente dans le geste, ligne_assemblageelle y est comme engluée, comme attachée à notre corps. Le plus bel et le plus pur exemple est certainement donné par les mains du potier simulant le vase qu’elles forment ». Comparez avec la photographie ci-contre.
← Ligne d’assemblage robotisée (usine Hyundai de Nosovice). |
Source© Legende Noir Legende Noir Legende Noir Legende Noir Legende Noir
– Étayez cette réflexion (doc. 2) : « Dans la machine, la ruse consistera donc à dissocier le geste ou l’ensemble de gestes qui constituaient la procédure de fabrication de l’objet fabriqué ».
– En exploitant le document 3, dites pourquoi Thierry Bonot a intitulé son ouvrage La Vie des objets ?

– En quoi l’achat d’une poterie (doc. 3) peut-il être comparé à un « investissement d’ordre patrimonial » (p. 1413) ?
– Expliquez ces propos (doc. 3, p. 1414) : « L’objet relique, l’objet sacralisé, représente le savoir-faire d’un aïeul ».
– Dans quelle mesure le développement de l’objet de série, en entraînant une rationalisation des modes de production, a-t-il eu pour conséquence de faire de l’impersonnalité, un style ? Illustrez en faisant une recherche à partir des travaux d’Andy Warhol. 

  • Enfin, choisissez l’un de ces questionnements et essayez de construire un plan d’écriture personnelle en 15 minutes.

Bon courage à toutes et à tous pour l’examen ! Prochains rendez-vous « 75 minutes » : samedi 4 avril (Thème : Ces objets… « Le discrédit de l’objet ») et vendredi 17 avril (Thème : Ces objets… « objet et liberté d’expression… Autour du crayon… »)

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Bruno Rigolt Docteur ès Lettres et Sciences Humaines, Prix de Thèse de la Chancellerie des Universités de Paris. Diplômé d'Etudes approfondies en Littérature française et en Sociologie ; Maître de Sciences Politiques ; Professeur de Lettres Modernes et de Culture générale au Lycée en Forêt (Montargis, France).