« 75 minutes BTS » Thème : « Ces objets qui nous envahissent… » Le discrédit de l’objet

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Le « 75 minutes », c’est quoi ?

Pour vous aider dans vos révisions, je vous propose 1 à 2 fois par semaine jusqu’à l’épreuve, un « 75 minutes » sur l’un des deux thèmes proposés à l’examen. Obligez-vous à respecter le timing : 1h15 pas plus, pour confronter trois documents, faire une fiche de synthèse à partir de la problématique abordée, et vous entraîner en temps limité sur quelques sujets-type. Bien entendu, rien ne vous empêche ensuite d’approfondir un ou plusieurs aspects, mais obligez-vous la première fois à travailler dans le temps imparti : 75 minutes ! Chronométrez-vous en n’oubliant pas qu’un temps limité est toujours mieux utilisé !

Révisions Thème 2 
Ces objets qui nous envahissent…

Problématique de ce « 75 Minutes » : les objets sont-ils inutiles ? Ou « la loi du Ripolin »

mots clés : Le Corbusier, Adolf Loos, refus de l’ornement, machine, objet décoratif

Voir aussi : « 75 minutes BTS » Thème : « Ces objets qui nous envahissent… » Le champ symbolique de la fabrication de l’objet

L’ornement est-il superflu ?

De fait, il a été souvent reproché à notre société du faire-voir et du paraître, de privilégier l’avoir au mépris de l’être, et de motiver l’accumulation d’objets au détriment du fonctionnel. Particulièrement à partir du vingtième siècle, sous l’influence d’un certain nombre d’architectes (Adof Loos, Auguste Perret et surtout Le Corbusier), une tendance se fait jour dans la société européenne dont le discours s’élabore en dehors de tout renvoi à l’objet et à la tradition décorative, jugés passéistes. 

« Concevez les effets de la Loi du Ripolin. Chaque citoyen est tenu de remplacer ses tentures, ses damas, ses papiers peints, ses pochoirs, par une couche pure de Ripolin blanc. […] Le blanc de chaux est extrêmement moral. » Ces propos de Le Corbusier (doc. 1) publiés en 1925 dans l’Art décoratif d’aujourd’hui font écho à l’ouvrage d’Adolf Loos (doc. 2) dont le titre provocateur (L’Ornement est un crime) a jeté le discrédit sur l’objet, jugé trop encombrant, trop décoratif, trop empreint de sentiment. 

En assimilant l’objet décoratif à un ornement équivoque et superflu niant le concept d’intérêt général au profit d’un plaisir égoïste, ces deux auteurs sur lesquels je vous propose de réfléchir aujourd’hui, amènent à s’interroger sur la place qu’occupe l’objet : alors que l’esthétique procéderait de la « passion », de l’instinct, du sentiment, du lyrisme, donc de l’individuel, l’utilitaire est au contraire « collectif », « social ». Comme le dit le Corbusier, « plus un peuple se cultive, plus le décor disparaît ».

Mais cette disparition du décor est tout sauf évidente : héritière d’une tradition culturelle fonctionnaliste marquée par l’universalisme des Lumières, elle ne vise pas moins à institutionnaliser l’art selon une esthétique de la totalité qui prône la prééminence du collectif sur l’individuel : en ce sens, l’objet, éminemment personnel, a-t-il encore sa place dans un système de société reliant les besoins individuels (et l’utilisation que chacun fait des objets) aux exigences fonctionnelles du système dans son ensemble ?

Voir aussi : Yannis Tsiomis, Le Corbusier, L’Art décoratif d’aujourd’hui et « la loi du ripolin »
http://books.openedition.org/pupo/2422?lang=fr

Étape 1 : la prise de notes (35 minutes) : Documents 1 et 2 : 30 minutes. Document 3 : 5 minutes. Prenez connaissance des documents en relevant les informations vous paraissant les plus utiles au traitement de la problématique : relevez synthétiquement le thème précis, la thèse de l’auteur ou l’enjeu posé, ainsi que quelques arguments ou exemples représentatifs. Ne rentrez pas dans les détails : allez toujours vers l’interprétation textuelle GLOBALE.

1. Le Corbusier, L’Art décoratif d’aujourd’hui, 1925
Flammarion, « Champs Arts », Paris 2008

|page 18*| « LE MUSÉE EST MAUVAIS, CAR IL NE FAIT PAS TOUT CONNAITRE. IL TROMPE, IL DISSIMULE, IL ILLUSIONNE. C’EST UN MENTEUR.
Les objets qui sont mis sous les vitrines de nos musées sont consacrés de ce fait ; l’on dit d’eux qu’ils sont des objets de collection, qu’ils sont rares et précieux, chers, donc beaux. Ils sont décrétés beaux, ils servent de modèle, et voici l’enchaînement fatal des idées et des conséquences. D’où viennent-ils ? Des églises, alors que celles-ci avaient admis le principe du faste pour éblouir, imposer, attirer, forcer le sentiment de la toute-puissance. Dieu était dans l’or et dans les ciselures […].
|page 19| Ces objets venaient aussi des châteaux et des palais : imposer, épater, satisfaire le guignol bariolé qui se trémousse au fond de l’être humain et que la culture chasse, ligote et musèle. […] À qui s’adressait toute cette pacotille fabriquée sous les règnes des grands roys ? À une catégorie de gens que nous ne respectons pas aujourd’hui ; il est donc désastreux et presque immoral d’envoyer nos enfants s’inspirer avec un respect presque religieux de certaines de ces choses mal faites et malsonnantes.

[…]

|chapitre 7 « 1925 Expo Arts Déco », page 93*| L’art décoratif moderne n’a pas de décor. […] l’expérience du décor d’art, faite depuis 1900 à la guerre, a montré l’impasse du décor et la fragilité d’une conception prétendant faire de nos outils des objets sentimentaux, des objets exprimant des états d’âme individuels. […] Laissons s’éteindre doucement une ou deux générations élevées dans la religion de la patine et du « tour de main ». Les jeunes générations naissent à la lumière nouvelle et vont naturellement et d’enthousiasme aux vérités simples.
[…]
|chapitre 8 « 1925 Expo Arts Déco », page 185*| La machine, phénomène moderne, opère dans le monde une réformation de l’esprit.
Pourtant, intact, le facteur humain demeure, la machine étant conçue par l’homme pour des besoins humains.
La machine est construite sur le système spirituel que l’homme s’est donné et non sur une fantaisie, système qui lui constitue un univers tangible […].
L’homme s’arrête devant la machine : la bête et le divin s’y rassasient.
La leçon de la machine est dans la pure relation de cause à effet. Pureté, économie, tension vers la sagesse. Un désir neuf : une esthétique de pureté, d’exactitude […].

|page 190*| Si quelque Solon|1| imposait à notre effervescence ces deux lois :

LE LAIT DE CHAUX
LA LOI DU RIPOLIN

|page 191*| nous ferions un acte moral : Aimer la pureté !
nous accroîtrions notre état : Avoir un jugement !
Un acte qui conduit à la joie de vivre : la poursuite de la perfection.
Concevez les effets de la Loi du Ripolin. Chaque citoyen est tenu de remplacer ses tentures, ses damas, ses papiers peints, ses pochoirs, par une couche pure de Ripolin blanc. On fait propre chez soi : il n’y a plus de coin sale, ni de coin sombre : tout se montre comme ça est.
Dans le ripolin, ce qui a servi et est un déchet, vous le jetterez. Acte important dans la vie ; morale productrice. Vous ferez la part de ce qui sert et vous jetterez ce qui a servi. Quand nous mangeons, la nature sait jeter loin ce qui a servi. Nous, hors la loi du ripolin, nous conservons et faisons de la maison un musée ou un temple à ex-voti : nous faisons de notre esprit un concierge, un custode. Nous flattons aussi l’avare installé en nous et l’instinct de la propriété nous saisit, nous étreint : Arpagon. Nous mentons alors, car nous cherchons à dissimuler cette lâcheté de n’oser se séparer, et cette laideur d’accumuler ; nous instaurons le culte du souvenir […].
Sur le ripolin blanc des murs, ces amoncellements de choses mortes du passé ne sauraient être tolérées ; elles feraient tâche.

[…]

|page 193*| Si la maison  est toute blanche, le dessin des choses s’y détache sans transgression possible ; le volume des choses y apparaît nettement ; la couleur des choses y est catégorique. Le blanc de chaux est absolu, tout s’y détache, s’y écrit absolument, noir sur blanc ; c’est franc et loyal.
Mettez-y des objets malpropres ou de faux-goût ; cela saute aux yeux. C’est un peu les rayons X de la beauté. C’est une Cour d’assises qui siège en permanence. C’est l’œil de la vérité.
Le blanc de chaux est extrêmement moral. Admettez un décret prescrivant que toutes les chambres de Paris soient passées au lait de chaux. Je dis que ce serait une œuvre policière d’envergure et une manifestation de haute morale, signe d’un grand peuple. »
1. Solon : législateur et poète athénien (vers 640-vers 558 avant J-C)

* Les références de page renvoient à l’édition Flammarion, « Champs/Arts », Paris 2008

2. Adolf Loos, Ornement et crime, 1908.
Payot & Rivages, Rivages poche/Petite Bibliothèque, n°412, 2003. Traduit de l’allemand et présenté par Sabine Cornille et Philippe Ivernel.

|extrait de la préface, page 25*|« D’un combat de trente années, je suis sorti vainqueur. J’ai libéré l’humanité de l’ornement superflu. « Ornement », ce fut autrefois le qualificatif pour dire « beau ». C’est aujourd’hui, grâce au travail de toute ma vie, un qualificatif pour dire « d’une valeur inférieure ». 

|page 80*| L’ornement est de la force de travail gaspillée, et par là de la santé gaspillée. Mais de nos jours, l’ornement signifie aussi du matériau gaspillé, et les deux choses réunies veulent dire du capital gaspillé.
|page 87*| L’absence d’ornement a porté les autres arts à une hauteur insoupçonnée, les symphonies de Beethoven n’eussent jamais été écrites par un homme devant déambuler dans la soie, le velours et la dentelle. Celui qui de nos jours circule en habit de velours n’est pas un artiste, mais un guignol ou un vulgaire peintre en bâtiment. Nous avons gagné en finesse, en subtilité. Les hommes en troupeau étaient obligés de se distinguer par diverses couleurs, l’homme moderne, lui, use de son habit comme d’un masque. Si immensément forte est son individualité qu’elle ne se laisse plus exprimer par des pièces de vêtement. L’absence d’ornement est un signe de force spirituelle.

* Les références de page renvoient à l’édition Payot & Rivages. Rivages poche/Petite Bibliothèque, n°412, 2003. Traduit de l’allemand et présenté par Sabine Cornille et Philippe Ivernel.

3. Musée de la vie romantique, Paris
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→ Étape 2 : le réinvestissement des notes (40 minutes)

  • Essayez d’abord de répondre très brièvement aux questions suivantes en vous obligeant à réinvestir vos notes pour chacune de vos réponses, qui seront structurées autour d’un argument, illustré par un exemple précis. 

– Quelle est la thèse de Le Corbusier à propos des musées ? Sur quels arguments s’appuie-t-elle ?
– Montrez que pour Le Corbusier les objets du quotidien sont les accessoires du paraître dans une société fondamentalement conservatrice.

– En exploitant le document 2, expliquez ces propos d’Adolf Loos : « L’absence d’ornement est un signe de force spirituelle ».
– Dans quelle mesure le refus ornemental prôné par Adolf Loos et Le Corbusier, en valorisant des formes de plus en plus réductibles à l’abstraction, peut-il toutefois constituer un danger ?

– Le Corbusier réfute tout attachement affectif à l’objet. Justifiez-vous ce point de vue ?
– En regardant la photographie de l’intérieur du Musée de la vie romantique à Paris, pensez-vous qu’il soit opportun, comme l’affirme Le Corbusier, d’inscrire uniquement l’objet dans le monde des besoins et de la nécessité ?
– D’une certaine façon, chaque objet raconte une histoire : au sein même de la quotidienneté et des relations les plus personnelles. Donnez un ou deux exemples qui vous ont marqué-e.

  • Enfin, choisissez l’un de ces questionnements et essayez de construire un plan d’écriture personnelle en 15 minutes.

Bon courage à toutes et à tous pour l’examen ! Prochain rendez-vous « 75 minutes » : vendredi 17 avril (Thème : Ces objets…)

Publié par

brunorigolt

Bruno Rigolt Docteur ès Lettres et Sciences Humaines, Prix de Thèse de la Chancellerie des Universités de Paris. Diplômé d'Etudes approfondies en Littérature française et en Sociologie ; Maître de Sciences Politiques ; Professeur de Lettres Modernes et de Culture générale au Lycée en Forêt (Montargis, France).