Ecriture collaborative : La poésie… ça n'a pas de prix !

logo_lef_rubriques_eleves.1294596949.jpgLa poésie… Ça n’a pas de prix !

par Sofiène M.

(classe de Première S2)
              
La classe de Première S2 du Lycée en Forêt (Promotion 2010) a eu l’occasion de défendre haut et fort la Poésie à travers une écriture d’invention intitulée ”La poésie… Ça n’a pas de prix ! »… 
Parmi tous les textes rédigés, toujours de grande qualité, deux contributions m’ont paru suffisamment remarquables pour être publiées dans l’Espace Pédagogique Contributif : celles de Sofiène M. et celle de Timothy A.
Je vous laisse découvrir ici le texte de Sofiène M.

lettrine_l.1294599135.jpga poésie… Ça n’a pas de prix ! Entendez par là : les poèmes sont inestimables. Littéralement : que l’on ne peut estimer. Mais oui, la magie existe les enfants ! Et pas qu’à Disneyland ! La poésie est un  trésor qui dépasse les valeurs communes, à tel point que le monde ne saurait réduire cet art unique à une quelconque valeur marchande. Je vous explique pourquoi en quatre points. Vous allez voir en premier lieu que la poésie ne « remplit » pas de fonction au sens utilitariste et social, et par là-même qu’elle se dérobe aux lois consuméristes de notre époque. Tant il est vrai que si la poésie permet la plus belle des évasions de l’esprit pour échapper au quotidien, c’est qu’elle est une représentation de la force extraordinaire que le poète donne aux mots. Enfin, comme nous le comprendrons, la poésie n’est-elle pas la représentation la plus aboutie de la Beauté par l’Homme ?

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« En direct de Wall Street, les cours de la poésie terminent aujourd’hui avec une baisse de 2,5 % ce qui est la plus grosse chute du marché depuis… » Non, ça ne le fait pas ! La poésie ne se vend pas. Elle échappe aux lois du marché et aux valeurs utilitaires. On ne produit pas une poésie en lui donnant une fonction. La poésie ne sert à rien. Tu as bien lu : contrairement à tout produit matériel, que l’on cherche à vendre de la manière la plus rentable, elle reste une entité de l’irréel, un art non palpable qui s’élève au-dessus du monde. Les Romantiques, marginalisés, inadaptés à la société, en  quête  d’une fuite verticale vers un infini qu’eux seuls savaient percevoir, ont choisi la poésie pour exprimer ce pouvoir démiurgique du verbe : un art qui leur correspond, au-delà du vulgaire et du commun.

Tenez, Mallarmé, cet illustre Symboliste, souhaita toute sa vie partir, réaliser ce grand et impérieux voyage spirituel. Certes, il n’en fut jamais ainsi, mais comme nous le suggère le dernier vers de « Brise marine », il est tout de même parvenu à s’enfuir, grâce à la magie des mots. La poésie nous transporte, nous pénètre,  nous possède. Elle permet l’évasion de l’esprit où bon lui semble. Je mets au défi quiconque de me faire ressentir la même émotion que Rimbaud a transmise à son poème « Au Cabaret Vert » en décrivant sur plusieurs vers ce qu’il mangeait (en l’occurrence du jambon, du beurre et des biscottes). Ça vous paraît absurde ? Mais c’est ça, le formidable pouvoir de la poésie. Les mots mènent à tout. Non pas les mots lents du long schéma narratif d’un roman. Non ! Les mots brefs, vifs, les mots inspirés, instinctifs et directs d’un poème. Les mots qui ne se laissent pas avoir dès la première lecture et  qu’il faut relire puis interpréter. Les mots simples et mystérieux d’une minute de lecture qui peuvent amener à des heures d’analyse afin de se rapprocher au mieux du Sens Véritable. Ce sont ces mots-là qui font le Poème.

Que l’on utilise des animaux comme le fait La Fontaine pour dénoncer la monarchie ou que l’on apostrophe directement  Napoléon III comme ne s’en prive pas Hugo dans « Souvenir de la nuit du 4 »,  la volonté de critiquer l’ordre établi est la base même du pouvoir poétique. Cet engagement de la poésie a été très efficace pour appeler les Français à la Résistance ou pour convaincre des soldats à cesser le combat (songez à Boris Vian « Monsieur le Président, je vous fais une lettre… » ). On me dira alors : « O.K la poésie a un certain impact mais si elle n’est pas engagée, elle ne sert à rien ! » Et bien la belle Terminale que tu regardes en rêvant marcher dans la cour, pendant tes heures de math, tu ne penses pas qu’un beau poème dans son casier lui ferait plus remarquer ton existence que des « pokes » sur Facebook ?

La poésie est pour beaucoup ce qui se rapproche le mieux de la Beauté. Lisez un recueil de poèmes, romantiques par exemple. Vous allez probablement vous exclamer « P***** ce que c’est beau ! ». Si vous vous extasiez devant les passements de jambes de Christiano Ronaldo, vous allez être ébahis devant les passements de mots de Lamartine. Parfois, quand on lit un poème, on se perd presque dans les rythmes en oubliant de se concentrer sur le sens. Ne vous blâmez pas, ça m’arrive aussi. Devant une ballade, je me surprends à chanter les hémistiches sans en comprendre les mots, en me délectant de la régularité mélodieuse que l’auteur a mise sur un texte. Certains poèmes comme ceux de Ronsard ont même été adaptés en musique. Mais enterrez vos préjugés sur la régularité : les alexandrins ne sont pas souverains. Vous serez surpris de la magnificence de la prose d’Alosyus Bertrand dans « Ondine ». En somme diversifiée mais toujours délicieuse, la poésie provoque un bien-être unique, peut-être même supérieur à celui du… Nutella !

feuille.1242597878.jpg

Si avec ça je n’ai pas convaincu les dernières hésitations… oui je reconnais que ce coup fatal était prévu depuis le début. Allons, maintenant  tous à nos recueils, tous à nos analyses, tous à la réflexion et à l’admiration des poètes car ils sont ce que l’Homme a de plus beau. Conservons au mieux cet art, qui demeure l’une des seules choses épargnées par la nouvelle habitude des Hommes de donner une valeur monétaire à tout. Et n’hésitez pas à vous essayez à la poésie, vous vous rendrez vite compte qu’on ne fait pas de l’or du premier coup, mais des génies se cachent peut-être en vous. Qui sait, on apprendra peut-être vos poèmes aux enfants du XXIIème siècle…

(Je ne cache pas mon scepticisme… LOL!)

Sofiène, 1S2

arrow.1242450507.jpg Du même auteur :

arrow.1242450507.jpg « Rupture » (poème)

arrow.1242450507.jpg Les lecteurs intéressés par cet article peuvent également lire avec profit les contributions d’élèves suivantes :

arrow.1242450507.jpg Timothy A. (Première S2), « La poésie, ça n’a pas de prix !« 
arrow.1242450507.jpg Honorine B. (Première L2), « Lettre ouverte à la grisaille du quotidien« 
arrow.1242450507.jpg Nicolas B. (Première L2), « Lettre ouverte à la grisaille du quotidien« 

Ecriture collaborative : La poésie… ça n’a pas de prix !

logo_lef_rubriques_eleves.1294596949.jpgLa poésie… Ça n’a pas de prix !

par Sofiène M.

(classe de Première S2)
              
La classe de Première S2 du Lycée en Forêt (Promotion 2010) a eu l’occasion de défendre haut et fort la Poésie à travers une écriture d’invention intitulée ”La poésie… Ça n’a pas de prix ! »… 
Parmi tous les textes rédigés, toujours de grande qualité, deux contributions m’ont paru suffisamment remarquables pour être publiées dans l’Espace Pédagogique Contributif : celles de Sofiène M. et celle de Timothy A.
Je vous laisse découvrir ici le texte de Sofiène M.

lettrine_l.1294599135.jpga poésie… Ça n’a pas de prix ! Entendez par là : les poèmes sont inestimables. Littéralement : que l’on ne peut estimer. Mais oui, la magie existe les enfants ! Et pas qu’à Disneyland ! La poésie est un  trésor qui dépasse les valeurs communes, à tel point que le monde ne saurait réduire cet art unique à une quelconque valeur marchande. Je vous explique pourquoi en quatre points. Vous allez voir en premier lieu que la poésie ne « remplit » pas de fonction au sens utilitariste et social, et par là-même qu’elle se dérobe aux lois consuméristes de notre époque. Tant il est vrai que si la poésie permet la plus belle des évasions de l’esprit pour échapper au quotidien, c’est qu’elle est une représentation de la force extraordinaire que le poète donne aux mots. Enfin, comme nous le comprendrons, la poésie n’est-elle pas la représentation la plus aboutie de la Beauté par l’Homme ?

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« En direct de Wall Street, les cours de la poésie terminent aujourd’hui avec une baisse de 2,5 % ce qui est la plus grosse chute du marché depuis… » Non, ça ne le fait pas ! La poésie ne se vend pas. Elle échappe aux lois du marché et aux valeurs utilitaires. On ne produit pas une poésie en lui donnant une fonction. La poésie ne sert à rien. Tu as bien lu : contrairement à tout produit matériel, que l’on cherche à vendre de la manière la plus rentable, elle reste une entité de l’irréel, un art non palpable qui s’élève au-dessus du monde. Les Romantiques, marginalisés, inadaptés à la société, en  quête  d’une fuite verticale vers un infini qu’eux seuls savaient percevoir, ont choisi la poésie pour exprimer ce pouvoir démiurgique du verbe : un art qui leur correspond, au-delà du vulgaire et du commun.

Tenez, Mallarmé, cet illustre Symboliste, souhaita toute sa vie partir, réaliser ce grand et impérieux voyage spirituel. Certes, il n’en fut jamais ainsi, mais comme nous le suggère le dernier vers de « Brise marine », il est tout de même parvenu à s’enfuir, grâce à la magie des mots. La poésie nous transporte, nous pénètre,  nous possède. Elle permet l’évasion de l’esprit où bon lui semble. Je mets au défi quiconque de me faire ressentir la même émotion que Rimbaud a transmise à son poème « Au Cabaret Vert » en décrivant sur plusieurs vers ce qu’il mangeait (en l’occurrence du jambon, du beurre et des biscottes). Ça vous paraît absurde ? Mais c’est ça, le formidable pouvoir de la poésie. Les mots mènent à tout. Non pas les mots lents du long schéma narratif d’un roman. Non ! Les mots brefs, vifs, les mots inspirés, instinctifs et directs d’un poème. Les mots qui ne se laissent pas avoir dès la première lecture et  qu’il faut relire puis interpréter. Les mots simples et mystérieux d’une minute de lecture qui peuvent amener à des heures d’analyse afin de se rapprocher au mieux du Sens Véritable. Ce sont ces mots-là qui font le Poème.

Que l’on utilise des animaux comme le fait La Fontaine pour dénoncer la monarchie ou que l’on apostrophe directement  Napoléon III comme ne s’en prive pas Hugo dans « Souvenir de la nuit du 4 »,  la volonté de critiquer l’ordre établi est la base même du pouvoir poétique. Cet engagement de la poésie a été très efficace pour appeler les Français à la Résistance ou pour convaincre des soldats à cesser le combat (songez à Boris Vian « Monsieur le Président, je vous fais une lettre… » ). On me dira alors : « O.K la poésie a un certain impact mais si elle n’est pas engagée, elle ne sert à rien ! » Et bien la belle Terminale que tu regardes en rêvant marcher dans la cour, pendant tes heures de math, tu ne penses pas qu’un beau poème dans son casier lui ferait plus remarquer ton existence que des « pokes » sur Facebook ?

La poésie est pour beaucoup ce qui se rapproche le mieux de la Beauté. Lisez un recueil de poèmes, romantiques par exemple. Vous allez probablement vous exclamer « P***** ce que c’est beau ! ». Si vous vous extasiez devant les passements de jambes de Christiano Ronaldo, vous allez être ébahis devant les passements de mots de Lamartine. Parfois, quand on lit un poème, on se perd presque dans les rythmes en oubliant de se concentrer sur le sens. Ne vous blâmez pas, ça m’arrive aussi. Devant une ballade, je me surprends à chanter les hémistiches sans en comprendre les mots, en me délectant de la régularité mélodieuse que l’auteur a mise sur un texte. Certains poèmes comme ceux de Ronsard ont même été adaptés en musique. Mais enterrez vos préjugés sur la régularité : les alexandrins ne sont pas souverains. Vous serez surpris de la magnificence de la prose d’Alosyus Bertrand dans « Ondine ». En somme diversifiée mais toujours délicieuse, la poésie provoque un bien-être unique, peut-être même supérieur à celui du… Nutella !

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Si avec ça je n’ai pas convaincu les dernières hésitations… oui je reconnais que ce coup fatal était prévu depuis le début. Allons, maintenant  tous à nos recueils, tous à nos analyses, tous à la réflexion et à l’admiration des poètes car ils sont ce que l’Homme a de plus beau. Conservons au mieux cet art, qui demeure l’une des seules choses épargnées par la nouvelle habitude des Hommes de donner une valeur monétaire à tout. Et n’hésitez pas à vous essayez à la poésie, vous vous rendrez vite compte qu’on ne fait pas de l’or du premier coup, mais des génies se cachent peut-être en vous. Qui sait, on apprendra peut-être vos poèmes aux enfants du XXIIème siècle…

(Je ne cache pas mon scepticisme… LOL!)

Sofiène, 1S2

arrow.1242450507.jpg Du même auteur :

arrow.1242450507.jpg « Rupture » (poème)

arrow.1242450507.jpg Les lecteurs intéressés par cet article peuvent également lire avec profit les contributions d’élèves suivantes :

arrow.1242450507.jpg Timothy A. (Première S2), « La poésie, ça n’a pas de prix !« 
arrow.1242450507.jpg Honorine B. (Première L2), « Lettre ouverte à la grisaille du quotidien« 
arrow.1242450507.jpg Nicolas B. (Première L2), « Lettre ouverte à la grisaille du quotidien« 

ECulturE…

Lancement d’une nouvelle rubrique bimensuelle : ECulturE

L’actualité de la culture numérique…

e-culture.1292840427.jpgLa numérisation du patrimoine culturel universel qui est en train de s’accomplir sous nos yeux, va transformer durablement l’accès aux connaissances, la transmission du savoir, et les conditions de la recherche. À travers cette transformation sans précédent des pratiques culturelles, qui bouleverse déjà notre vie quotidienne, se joue en fait une recomposition majeure des rapports entre la société et la culture. Dans le domaine de la culture numérique (ou eculture), la France occupe une position majeure (¹) qui a largement influencé la construction d’une bibliothèque numérique europeana.1292821182.jpgeuropéenne : Europeana.

À son lancement en 2008, Europeana n’était qu’un ambitieux prototype, mais il est devenu aujourd’hui une réalité : vous pouvez d’ores et déjà accéder à un portail multilingue de plus de deux millions d’œuvres : peintures, musiques, films et livres provenant des galeries, bibliothèques, archives et musées de l’Europe entière ! En ce moment par exemple, une magnifique exposition intitulée « Reading Europe » vous permettra de vous balader virtuellement à travers les bibliothèques nationales européennes et de feuilleter plus de mille livres et manuscrits rares.

Reading Europe from Europeana on Vimeo.

Je ne saurais trop vous conseiller de vous adapter dès maintenant à l’utilisation de ces nouveaux outils et services, qui témoignent d’une part du fort dynamisme des réseaux de coopération culturelle en Europe, et qui invitent d’autre part à modifier les usages éducatifs ainsi que les pratiques d’apprentissage. Pour vous en convaincre, prenez le temps de découvrir la nouvelle version de Gallica, qui est la bibliothèque numérique de la prestigieuse Bibliothèque nationale de France (BnF). gallica.1292825591.jpgRempli d’innovations technologiques et d’outils de navigation sophistiqués, le site est de loin le premier portail culturel francophone, avec pas moins de 160000 livres numérisés et près de 700000 magazines ou revues ! Son partenariat avec Wikimedia permettra par ailleurs d’intégrer au projet Wikisource des milliers d’ouvrages francophones tombés dans le domaine public.

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Guilhem Molinier, Las Leys d’amors, un manuscrit exceptionnel (lettrines dorées, filigranées, enluminures…) datant de… 1356 : à consulter sur le site de la Bibliothèque de Toulouse, partenaire de Gallica, ou à télécharger au format pdf.

À la différence de son concurrent privé Google-livres, toujours incontournable mais plus généraliste, Gallica propose un portail de recherche unique, de nombreux contenus interactifs et dynamiques et surtout des ressources très spécialisées, souvent remarquables pour leur contenu patrimonial, historique ou littéraire, allant des livres numérisés aux cartes, revues, photographies, en passant par les manuscrits et même les enluminures ou les partitions de musique, excessivement rares et précieuses pour certaines. Par ailleurs, la numérisation en réseau avec d’autres bibliothèques, tant françaises qu’étrangères, et la constitution d‘un fonds d’archives de l’Internet, unique au monde avec plus de 14 milliards de fichiers de sites web, font de Gallica un portail dont nul n’oserait récuser aujourd’hui le décisif ascendant. 

http://gallica.bnf.fr/flash/LecteurExportable.swf

Feulletez grâce à Gallica cet exemplaire très rare d’Une saison en enfer d’Arthur Rimbaud, publié à Bruxelles en 1873 pour la modique somme… d’un franc !

Si vous êtes un(e) passionné(e) d’Histoire, allez faire un tour aussi du côté du site « Patrimoine numérique« , qui est un immense catalogue collectif du patrimoine culturel numérisé. Vous y trouverez des collections d’ouvrages, des productions multimédia associées (site internet, dévédérom, cédérom…), et des expositions en ligne d’une remarquable tenue (en ce moment un très riche dossier sur la seconde Guerre mondiale et la présentation des collections numérisées relatives au sujet : fonds photographiques, films, affiches, archives…). Sur un plan plus simple et plus pratique, le portail peut vous aider à faire des recherches historiques sur une époque, une période précise, et même pourquoi pas vous aider à construire votre arbre généalogique !

Mais l’un des aspetcs les plus ludiques et les plus stimulants de la mise en place d’un fonds numérique s’appuie sur la possibilité pour l’internaute d’interagir directement dans de nombreux espaces participatifs comme Facebook ou Twitter. La page Facebook de Gallica est à ce titre très riche : vous pouvez poster des commentaires, des avis, des annotations personnelles, etc. Comme vous le voyez, l’image « poussiéreuse » que l’on avait, il y a quelques années à peine, de la bibliothèque, a complètement changé. Dès lors, il nous appartient nous-mêmes de nous « dépoussiérer » quelque peu au risque de ressembler à ceux qui, au quinzième siècle, n’ont pas compris combien l’invention de l’imprimerie par Gutenberg en 1455 allait bouleverser les conditions de la diffusion du savoir en Europe… 

En ce début de vingt-et-unième siècle, une même révolution du savoir se produit sous nos yeux : la révolution numérique oblige à construire différemment la recherche documentaire, la diffusion des connaissances (et bien entendu les pratiques pédagogiques…) : plus rien ne sera jamais comme avant ! C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de lancer « ECulturE ». Dans cette nouvelle rubrique, je sélectionnerai parmi quelques sites majeurs des documents présentant un intérêt pour l’étudiant(e) souhaitant améliorer sa culture générale. Pour cette première édition d’ECulturE, je vous invite à découvrir un ouvrage qui va vous plonger au cœur du Paris de la Belle Époque : Vingt jours à Paris… par Constant de Tours, publié à Paris en 1890 soit un an après la construction de la Tour Eiffel ! À la fois guide touristique et magnifique recueil de dessins, cet ouvrage qui provient de la BNF se feuillette comme un album. De plus, il est rempli d’anecdotes pittoresques et amusantes !

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Vingt jours à Paris… par Constant de Tours (Paris, 1890)

Regardez aussi ce catalogue de l’Exposition Universelle à Paris en 1889 !

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(1) Sur les deux millions de documents qu’Europeana regroupe à l’heure actuelle, la France est le principal pourvoyeur du fonds (52 %). Saviez-vous aussi que grâce à l’INA,  la France sera en 2015 le seul pays au monde à avoir sauvegardé l’intégralité de son patrimoine audiovisuel ?

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Quelques bibliothèques numériques en bref…

Europeana
Projet européen d’envergure. L’objectif est de parvenir à numériser près de six millions de sources (livres, documents sonores, images, enregistrements audiovisuels, films, etc.) provenant des galeries, bibliothèques, archives et musées de l’Europe entière.
BnF-Gallica
Les collections numériques de la Bibliothèque nationale de France (BnF). Portail multisupport extrêmement riche : imprimés (livres, périodiques et presse) en mode image et en mode texte, manuscrits rares, documents sonores, documents iconographiques, cartes et plans…
Google-livres
Accédez grâce à un vaste catalogue généraliste à des millions d’ouvrages publiés dans le monde entier.
Patrimoine numérique
Le catalogue en ligne du patrimoine culturel numérisé (collections numérisées et productions multimédia associées). Un portail très riche.
INA
Le catalogue de l’Institut National de l’Audiovisuel (INA) donne accès à trois millions d’heures de radio et de télévision françaises, et à plus d’un million de documents photographiques. La plupart de ces documents sont consultables gratuitement. Les fonds d’archives de l’INA sont les plus importants d’Europe.

Concours d'expression orale 2011

Bientôt le Concours d’art oratoire 2011

Entraînements et conseils

Pour la quatrième année, le Rotary Club de Montargis propose aux élèves du Lycée en Forêt de participer à un concours d’art oratoire qui aura lieu début mars 2011. Si vous aimez prendre la parole, saisissez cette occasion unique de vous exprimer à l’oral face à un public (des professionnels et quelques profs du Lycée). Les inscriptions sont d’ores et déjà ouvertes : vous pouvez retirer le formulaire d’inscription au CDI (Attention : le nombre de places étant limité, ne tardez pas à rapporter vos bulletins d’inscription).

      
Les dates clés…
  • À partir du lundi 24 janvier 2011 sur ce site : début des entraînements.
  • Jeudi 10 février 2011 à 13h30 à l’amphi du LEF : réunion d’information. Accès réservé aux étudiant(e)s préalablement inscrit(e)s.
  • Mardi 8 mars 2011 : demi-finales.
  • Mardi 22 mars 2011 : finale.
         
Le déroulement de l’épreuve…

Le jour de l’épreuve, vous aurez le choix entre 4 sujets imposés. Après avoir pris connaissance des sujets, vous n’en retiendrez qu’un seul, que vous préparerez sur place en 30 minutes exactement. Les sujets proposés portent sur des questions de culture générale (Économie et Société, littérature et philosophie, sciences et techniques, et pour la demi-finale des sujets “inclassables”, faisant davantage appel à vos capacités d’originalité).

Votre prestation doit durer 5 minutes au moins ! Le jury attend évidemment des exposés argumentés et réfléchis, ce qui n’empêche nullement l’improvisation : mettez-vous en scène, interpellez votre public un peu comme un acteur “qui fait son numéro”! Pourquoi pas du Slam si vous en avez le talent ? Rien n’est pire qu’un exposé lu de façon monocorde : surprenez le jury !

Le barème d’évaluation :
  1. L’art oratoire et l’éloquence (10 points) ;
  2. La rhétorique : l’art du “discours”, la qualité de vos arguments et de vos exemples (10 points).
  1. L’art oratoire touche à “l’art de bien parler”. Un orateur persuasif est celui qui sait s’exprimer avec aisance et clarté, moduler le son de sa voix afin d’éviter la monotonie par exemple. La capacité d’émouvoir, de persuader par la parole sont donc essentielles. Au niveau de l’évaluation, la diction est fondamentale puisque vous devez persuader d’abord par la parole! Ne négligez surtout pas le travail sur la langue : c’est ce qu’on appelle l’élocution, c’est-à-dire le choix du style. Par exemple, l’emploi de figures de rhétorique semble tout indiqué : métaphores, comparaisons, interpellation de votre auditoire, interrogations oratoires, etc.

  2. La rhétorique, c’est l’art du discours. Vous avez toutes et tous déjà travaillé sur l’écrit d’invention : cela va vous servir pour le concours ! L’invention, au sens étymologique (du latin “inventio”) est la capacité de savoir construire un projet, c’est-à-dire de convaincre en organisant votre propos. Vous serez donc noté sur la manière dont vous avez disposé vos idées, structuré votre parcours argumentatif. Pensez à utiliser les procédés propres au discours (choix des arguments, des exemples, des techniques de persuasion, techniques d’amplification, voire de dramatisation) en rapport avec le sujet.

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Cliquez sur l’image pour l’agrandir…

Dans cet Espace pédagogique, vous trouverez dès le 24 janvier 2011 plusieurs sujets test chaque semaine pour vous entraîner dans les conditions du concours et des conseils personnalisés pour vous préparer à l’épreuve…

Voici une sélection des conseils de méthode donnés l’an passé pour préparer le concours…

Seize exemples de sujets entièrement inédits (dans l’esprit du Concours) :

  • Histoire et société : 1) Réussir sa vie, c’est être riche de… 2) La mondialisation : chance ou péril ? 3) Pensez-vous qu’il faut réinventer un nouveau modèle social pour notre monde ? 4) C’est quoi, un “faiseur d’histoire(s)” ?

  • Littérature et Philosophie : 1) C’est quoi, être libre ? 2) Quel est l’avantage d’apprendre le Français dans le monde contemporain ? 3) La violence est-elle une force ou une faiblesse ? 4) Et si le plus beau voyage était un voyage immobile ?

  • Sciences et Techniques : 1) Les robots “humanoïdes” sont de plus en plus répandus dans le monde : faut-il en avoir peur ? 2) Comment se dérouleront les cours au Lycée en 2050 ? 3) Le progrès… C’est mieux quand ça s’arrête ? 4) La morale est-elle l’ennemie du progrès ?

  • Sujets “inclassables” : 1) Pourquoi est-ce blanc plutôt que noir ? 2) C’est quoi un “po-aime” ? 3) Faites votre éloge. 4) Faire le tour du monde ou faire un tour ?

Les compétences requises pour le concours…

La prise de parole en public requiert plusieurs compétences. Voici quelques conseils pour affronter l’épreuve…

  1. Commencez d’abord à vous préparer “physiquement” à la prise de parole. Choisissez avec soin votre tenue ce jour-là : certes, ce n’est pas un défilé de mode, mais vous parlerez d’autant mieux que vous vous sentirez à l’aise dans vos vêtements. N’oubliez pas non plus que la principale difficulté… C’est vous : donc inutile de vous mettre trop la pression avant! Soyez sûr(e) de vous : partez gagnant(e) en vous disant que de toute façon vous n’avez strictement rien à perdre. Dès que vous rentrez, pensez aussi à dire Bonjour ! Cela paraît évident mais parfois, avec le trac…

  2. Regardez votre public. N’oubliez pas non plus que même si une personne du jury ne semble pas faire attention à votre présence quand vous parlez, cela ne veut rien dire : elle donnera un avis sur vous juste après votre départ. Donc regardez tout le monde (et pas seulement une seule personne parce qu’elle vous aura regardé(e) avec bienveillance ou parce que vous la connaissez (votre prof par exemple). Veillez également à vous tenir correctement : inutile de se raidir, mais il ne faut pas non plus être avachi !

  3. Improviser… Mais pas trop ! Bien sûr, le concours exige une certaine part d’improvisation, mais n’en faites pas trop non plus, car cela risquerait de vous entraîner sur un terrain parfois glissant, en particulier au niveau de la maîtrise du non-verbal (la gestuelle) : quand on improvise, on a tendance à “théâtraliser” un peu trop parfois : en libérant la parole, on libère trop ses gestes et on en arrive à “gesticuler”. Donc, gardez toujours une certaine distance en essayant d’articuler au mieux le geste et les registres de langue que vous allez employer (didactique, comique, lyrique, etc.)

  4. S’entraîner avec… une glace et un MP3 ! Voici un excellent exercice qui vous permettra de vérifier que vous maîtrisez votre voix et votre respiration lors de la prise de parole : chez vous, essayez en vous regardant obligatoirement devant une glace (une grande : celle de la salle de bain fera l’affaire!) de parler HAUT et FORT. L’exercice d’entraînement que je vous propose consiste à lire un texte neutre (une définition de cours par exemple, comme ça vous ne perdez pas de temps) en regardant le moins possible votre support et en vous fixant le plus possible dans la glace. Relisez plusieurs fois votre texte en variant l’intonation (neutralité, colère, joie, rire, émotion, interpellation, etc.). Si possible, enregistrez-vous avec un MP3 et écoutez ce que ça donne afin de corriger les petits problèmes (placement de la voix par exemple). Prenez ensuite un sujet au hasard : accordez-vous 20 minutes de préparation et lancez-vous, sans lire vos notes (vous pouvez même vous entraîner dans les transports en commun pour la recherche des arguments) : essayez de trouver des idées créatives, originales, et faites si possible votre exposé devant d’autres personnes : des copains ou des copines, la famille, etc. afin de vous confronter à un public. Si vous êtes seul chez vous, mettez-vous devant une glace et parlez HAUT et FORT en vous obligeant à parler tout en vous regardant.

Concours d’expression orale 2011

Bientôt le Concours d’art oratoire 2011

Entraînements et conseils

Pour la quatrième année, le Rotary Club de Montargis propose aux élèves du Lycée en Forêt de participer à un concours d’art oratoire qui aura lieu début mars 2011. Si vous aimez prendre la parole, saisissez cette occasion unique de vous exprimer à l’oral face à un public (des professionnels et quelques profs du Lycée). Les inscriptions sont d’ores et déjà ouvertes : vous pouvez retirer le formulaire d’inscription au CDI (Attention : le nombre de places étant limité, ne tardez pas à rapporter vos bulletins d’inscription).

      
Les dates clés…
  • À partir du lundi 24 janvier 2011 sur ce site : début des entraînements.
  • Jeudi 10 février 2011 à 13h30 à l’amphi du LEF : réunion d’information. Accès réservé aux étudiant(e)s préalablement inscrit(e)s.
  • Mardi 8 mars 2011 : demi-finales.
  • Mardi 22 mars 2011 : finale.
         
Le déroulement de l’épreuve…

Le jour de l’épreuve, vous aurez le choix entre 4 sujets imposés. Après avoir pris connaissance des sujets, vous n’en retiendrez qu’un seul, que vous préparerez sur place en 30 minutes exactement. Les sujets proposés portent sur des questions de culture générale (Économie et Société, littérature et philosophie, sciences et techniques, et pour la demi-finale des sujets “inclassables”, faisant davantage appel à vos capacités d’originalité).

Votre prestation doit durer 5 minutes au moins ! Le jury attend évidemment des exposés argumentés et réfléchis, ce qui n’empêche nullement l’improvisation : mettez-vous en scène, interpellez votre public un peu comme un acteur “qui fait son numéro”! Pourquoi pas du Slam si vous en avez le talent ? Rien n’est pire qu’un exposé lu de façon monocorde : surprenez le jury !

Le barème d’évaluation :
  1. L’art oratoire et l’éloquence (10 points) ;
  2. La rhétorique : l’art du “discours”, la qualité de vos arguments et de vos exemples (10 points).
  1. L’art oratoire touche à “l’art de bien parler”. Un orateur persuasif est celui qui sait s’exprimer avec aisance et clarté, moduler le son de sa voix afin d’éviter la monotonie par exemple. La capacité d’émouvoir, de persuader par la parole sont donc essentielles. Au niveau de l’évaluation, la diction est fondamentale puisque vous devez persuader d’abord par la parole! Ne négligez surtout pas le travail sur la langue : c’est ce qu’on appelle l’élocution, c’est-à-dire le choix du style. Par exemple, l’emploi de figures de rhétorique semble tout indiqué : métaphores, comparaisons, interpellation de votre auditoire, interrogations oratoires, etc.

  2. La rhétorique, c’est l’art du discours. Vous avez toutes et tous déjà travaillé sur l’écrit d’invention : cela va vous servir pour le concours ! L’invention, au sens étymologique (du latin “inventio”) est la capacité de savoir construire un projet, c’est-à-dire de convaincre en organisant votre propos. Vous serez donc noté sur la manière dont vous avez disposé vos idées, structuré votre parcours argumentatif. Pensez à utiliser les procédés propres au discours (choix des arguments, des exemples, des techniques de persuasion, techniques d’amplification, voire de dramatisation) en rapport avec le sujet.

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Cliquez sur l’image pour l’agrandir…

Dans cet Espace pédagogique, vous trouverez dès le 24 janvier 2011 plusieurs sujets test chaque semaine pour vous entraîner dans les conditions du concours et des conseils personnalisés pour vous préparer à l’épreuve…

Voici une sélection des conseils de méthode donnés l’an passé pour préparer le concours…

Seize exemples de sujets entièrement inédits (dans l’esprit du Concours) :

  • Histoire et société : 1) Réussir sa vie, c’est être riche de… 2) La mondialisation : chance ou péril ? 3) Pensez-vous qu’il faut réinventer un nouveau modèle social pour notre monde ? 4) C’est quoi, un “faiseur d’histoire(s)” ?

  • Littérature et Philosophie : 1) C’est quoi, être libre ? 2) Quel est l’avantage d’apprendre le Français dans le monde contemporain ? 3) La violence est-elle une force ou une faiblesse ? 4) Et si le plus beau voyage était un voyage immobile ?

  • Sciences et Techniques : 1) Les robots “humanoïdes” sont de plus en plus répandus dans le monde : faut-il en avoir peur ? 2) Comment se dérouleront les cours au Lycée en 2050 ? 3) Le progrès… C’est mieux quand ça s’arrête ? 4) La morale est-elle l’ennemie du progrès ?

  • Sujets “inclassables” : 1) Pourquoi est-ce blanc plutôt que noir ? 2) C’est quoi un “po-aime” ? 3) Faites votre éloge. 4) Faire le tour du monde ou faire un tour ?

Les compétences requises pour le concours…

La prise de parole en public requiert plusieurs compétences. Voici quelques conseils pour affronter l’épreuve…

  1. Commencez d’abord à vous préparer “physiquement” à la prise de parole. Choisissez avec soin votre tenue ce jour-là : certes, ce n’est pas un défilé de mode, mais vous parlerez d’autant mieux que vous vous sentirez à l’aise dans vos vêtements. N’oubliez pas non plus que la principale difficulté… C’est vous : donc inutile de vous mettre trop la pression avant! Soyez sûr(e) de vous : partez gagnant(e) en vous disant que de toute façon vous n’avez strictement rien à perdre. Dès que vous rentrez, pensez aussi à dire Bonjour ! Cela paraît évident mais parfois, avec le trac…

  2. Regardez votre public. N’oubliez pas non plus que même si une personne du jury ne semble pas faire attention à votre présence quand vous parlez, cela ne veut rien dire : elle donnera un avis sur vous juste après votre départ. Donc regardez tout le monde (et pas seulement une seule personne parce qu’elle vous aura regardé(e) avec bienveillance ou parce que vous la connaissez (votre prof par exemple). Veillez également à vous tenir correctement : inutile de se raidir, mais il ne faut pas non plus être avachi !

  3. Improviser… Mais pas trop ! Bien sûr, le concours exige une certaine part d’improvisation, mais n’en faites pas trop non plus, car cela risquerait de vous entraîner sur un terrain parfois glissant, en particulier au niveau de la maîtrise du non-verbal (la gestuelle) : quand on improvise, on a tendance à “théâtraliser” un peu trop parfois : en libérant la parole, on libère trop ses gestes et on en arrive à “gesticuler”. Donc, gardez toujours une certaine distance en essayant d’articuler au mieux le geste et les registres de langue que vous allez employer (didactique, comique, lyrique, etc.)

  4. S’entraîner avec… une glace et un MP3 ! Voici un excellent exercice qui vous permettra de vérifier que vous maîtrisez votre voix et votre respiration lors de la prise de parole : chez vous, essayez en vous regardant obligatoirement devant une glace (une grande : celle de la salle de bain fera l’affaire!) de parler HAUT et FORT. L’exercice d’entraînement que je vous propose consiste à lire un texte neutre (une définition de cours par exemple, comme ça vous ne perdez pas de temps) en regardant le moins possible votre support et en vous fixant le plus possible dans la glace. Relisez plusieurs fois votre texte en variant l’intonation (neutralité, colère, joie, rire, émotion, interpellation, etc.). Si possible, enregistrez-vous avec un MP3 et écoutez ce que ça donne afin de corriger les petits problèmes (placement de la voix par exemple). Prenez ensuite un sujet au hasard : accordez-vous 20 minutes de préparation et lancez-vous, sans lire vos notes (vous pouvez même vous entraîner dans les transports en commun pour la recherche des arguments) : essayez de trouver des idées créatives, originales, et faites si possible votre exposé devant d’autres personnes : des copains ou des copines, la famille, etc. afin de vous confronter à un public. Si vous êtes seul chez vous, mettez-vous devant une glace et parlez HAUT et FORT en vous obligeant à parler tout en vous regardant.

Au fil des pages… Méditations poétiques…

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Méditations poétiques

Retrouvez l’émotion qu’ont dû éprouver les contemporains de Lamartine en feuilletant cette neuvième édition des Méditations poétiques, datée de 1823, et conservée parmi d’autres manuscrits rares à la New York Public Library (NYPL), l’une des plus importantes et des plus prestigieuses bibliothèques américaines. À la différence d’un tirage récent par exemple qui, en modifiant la composition typographique, les polices de caractère, etc. ne permet pas vraiment de s’approprier le texte, cette ancienne édition, pleine de charme, a tout d’abord un intérêt rétrospectif : sans doute comprendrez-vous mieux, en feuilletant les pages, en regardant les six belles lithographies originales, pourquoi les Méditations poétiques de Lamartine ont à ce point cristallisé les attentes de toute une génération en faisant descendre la poésie au cœur même de l’homme afin de le toucher, comme le dira Lamartine “par les innombrables frissons de l’âme et de la nature”. 

En outre, si vous avez à cœur d’enrichir votre culture générale, les Méditations de Lamartine sont une excellente introduction au vaste mouvement de renouveau, spirituel, artistique et social que fut le Romantisme. Certes, ce mince recueil ne comporte que vingt-quatre poèmes mais il fut un véritable événement littéraire, une “révélation” (Sainte-Beuve), et c’est à juste titre qu’on peut le considérer comme le premier manifeste du Romantisme. De fait, en remettant au centre de la pratique artistique et poétique le sentiment de la nature, l’élan élégiaque, l’emphase, l’effusion lyrique, le langage de la contemplation, cet ouvrage est un véritable dépaysement littéraire. Ne ratez surtout pas la lecture de « L’Isolement » (page 1), du « Soir » (page 29), de « L’Immortalité » (page 37), du « Vallon » (page 45) et bien sûr du « Lac » (page 103) : de toutes les Méditations, c’est sans doute la plus poignante et la plus profondément humaine…

Vous pouvez également télécharger cet ouvrage au format pdf ou epub.

 

Entraînement BTS n°3 Thème "Le rire"

logo_entrainement_bts_rire.1287841841.jpgLes entraînements BTS
Entraînement 2010-2011 n°3. Thème : ”Le rire”
Le rire d’exclusion et de rejet        

Dans notre premier entraînement, consacré à la valeur sociale du rire, nous avons pu voir que le comique était une arme contre le pire. De fait, le rire est non seulement l’un des fondements de l’esprit critique mais il amène à une intelligence et à une compréhension humaniste de l’existence parce qu’il est précisément au cœur de l’homme. Le présent entraînement porte au contraire sur un enjeu tristement fondamental du rire, qui repose sur sa contiguïté à la barbarie et à la déchéance morale. Tel est le rire d’exclusion et de rejet. Comment des individus apparemment normaux peuvent-ils en effet rire du mal causé à autrui ? Comme l’a si bien mis en évidence Baudelaire (document 1), « le comique est un des plus clairs signes sataniques de l’homme » car il dépend de l’idée de la supériorité du rieur et trouve sa justification dans la défense d’une légitimité identitaire. Mais cette supériorité est en fait illusoire tant il est vrai qu’elle rabaisse l’homme à l’instinct et à la bestialité.

Le rire de rejet serait un refus de l’altérité et une légitimation de la violence permettant à celui qui rit de triompher de l’échec et du vide existentiels en dénaturant l’autre, et de s’affranchir, par procuration, de la loi morale. À ce titre, le rire peut être considéré comme un renversement des valeurs, comme une transmutation de cette violence en comédie. Si le rire, comme l’a bien montré Bergson, implique un refus de l’identification et demande donc de la part du rieur un certain détachement, on pourrait avancer qu’il implique aussi un refus de la pensée raisonnante, un refus d’aimer pour mieux se préserver : on dégrade pour rester intact. Le présent corpus est une bonne illustration de ce « rire de souillure » qui, triomphant aux dépens du plus faible, et défiant la morale, s’affranchit même de la loi divine : le rieur devient Dieu, et celui qui fait l’objet de la moquerie est en quelque sorte une marionnette dont le rieur se plait à tirer les ficelles. La pulsion de mort anime ainsi le rire d’exclusion.

Mourir de rire au spectacle de ceux qui meurent du pire, voilà sans doute l’abjection la plus dégradante…

            

Corpus

  • Document 1, Charles Baudelaire, De l’essence du rire, 1855
  • Document 2, Aimé Césaire, Cahier d’un Retour au pays Natal (extrait, 1939)
  • Document 3, Jean-François Steiner, Tréblinka, éd. Fayard, Paris 1966
  • Document 4, Patrick Bruneteaux, Devenir un dieu : le nazisme comme nouvelle religion politique. Publibook, Paris 2005
  • Document complémentaire : Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, 1932

Synthèse
  • Vous ferez de ce corpus une synthèse concise, ordonnée et objective.

Écriture personnelle

  • Baudelaire affirme que le rire est « causé par la vue du malheur d’autrui ». Partagez-vous cette opinion ?

______________

« […] le comique est un des plus clairs signes sataniques de l’homme et un des nombreux pépins contenus dans la pomme symbolique, est l’accord unanime des physiologistes du rire sur la raison première de ce monstrueux phénomène. Du reste, leur découverte n’est pas très profonde et ne va guère loin. Le rire, disent-ils, vient de la supériorité. Je ne serais pas étonné que devant cette découverte le physiologiste se fût mis à rire en pensant à sa propre supériorité. Aussi, il fallait dire : le rire vient de l’idée de sa propre supériorité. Idée satanique s’il en fut jamais ! Orgueil et aberration ! Or, il est notoire que tous les fous des hôpitaux ont l’idée de leur propre supériorité développée outre mesure. Je ne connais guère de fous d’humilité. Remarquez que le rire est une des expressions les plus fréquentes et les plus nombreuses de la folie. […]J’ai dit qu’il y avait symptôme de faiblesse dans le rire ; et, en effet, quel signe plus marquant de débilité qu’une convulsion nerveuse, un spasme involontaire comparable à l’éternuement, et causé par la vue du malheur d’autrui ? Ce malheur est presque toujours une faiblesse d’esprit. Est-il un phénomène plus déplorable que la faiblesse se réjouissant de la faiblesse ? Mais il y a pis. Ce malheur est quelquefois d’une espèce très inférieure, une infirmité dans l’ordre physique. Pour prendre un des exemples les plus vulgaires de la vie, qu’y a-t-il de si réjouissant dans le spectacle d’un homme qui tombe sur la glace ou sur le pavé, qui trébuche au bout d’un trottoir, pour que la face de son frère en Jésus-Christ se contracte d’une façon désordonnée, pour que les muscles de son visage se mettent à jouer subitement comme une horloge à midi ou un joujou à ressorts ? Ce pauvre diable s’est au moins défiguré, peut-être s’est-il fracturé un membre essentiel. Cependant, le rire est parti, irrésistible et subit. Il est certain que si l’on veut creuser cette situation on trouvera au fond de la pensée du rieur un certain orgueil inconscient. C’est là le point de départ : moi, je ne tombe pas ; moi, je marche droit ; moi, mon pied est ferme et assuré. Ce n’est pas moi qui commettrais la sottise de ne pas voir un trottoir interrompu ou un pavé qui barre le chemin ».

(Pour télécharger le texte au format .pdf, cliquez ici. Ce texte est également disponible en format audio. Cliquez ici pour accéder à la page de téléchargement. Source : Litteratureaudio.com)
      
  • Document 2, Aimé Césaire, Cahier d’un Retour au pays Natal (extrait, 1939).

Aimé Césaire (1913-2008) est un poète français martiniquais reconnu internationalement et un homme politique de tendance autonomiste, à l’origine du concept de négritude (revendication de la culture et des valeurs des peuples noirs). Cahier d’un retour au pays natal est sa première œuvre : l’auteur y exprime  toute la révolte du peuple noir contre les colonisateurs. Il est important de connaître cet engagement afin de bien comprendre le texte. Le poème se présente comme une sorte de dénonciation de la misère dont souffrent les minorités ethniques et de l’hypocrisie en général. On voit ici le double but d’Aimé Césaire : d’une part l’auteur nous invite à réfléchir au problème de la lâcheté, mais d’autre part le texte est une mise en cause violente de notre monde (occidental) coupé des valeurs de solidarité et de charité. Les femmes ne pensent qu’à rire au lieu de s’apitoyer sur le sort de ce pauvre homme.

 

Et moi, et moi,
moi qui chantais le poing dur
Il faut savoir jusqu’où je poussai la lâcheté.

Un soir dans un tramway en face de moi, un nègre.
C’était un nègre grand comme un pongo (¹) qui essayait de se faire tout petit sur un banc de tramway. Il essayait d’abandonner sur ce banc crasseux de tramway ses jambes gigantesques et ses mains tremblantes de boxeur affamé. Et tout l’avait laissé, le laissait. Son nez qui semblait une péninsule en dérade et sa négritude même qui se décolorait sous l’action d’une inlassable mégie (²). Et le mégissier (²) était la Misère. […] On voyait très bien comment le pouce industrieux et malveillant avait modelé le front en bosse, percé le nez de deux tunnels parallèles et inquiétants, allongé la démesure de la lippe, et par un chef-d’œuvre caricatural, raboté, poli, verni la plus minuscule mignonne petite oreille de la création.

C’était un nègre dégingandé sans rythme ni mesure.
Un nègre dont les yeux roulaient une lassitude sanguinolente.
Un nègre sans pudeur et ses orteils ricanaient de façon assez puante au fond de la tanière entrebâillée de ses souliers.
La misère, on ne pouvait pas dire, s’était donné un mal fou pour l’achever.
Elle avait creusé l’orbite, l’avait fardée d’un fard de poussière et de chassie mêlées.

Elle avait tendu l’espace vide entre l’accrochement solide des mâchoires et les pommettes d’une vieille joue décatie. Elle avait planté dessus les petits pieux luisants d’une barbe de plusieurs jours. Elle avait affolé le cœur, voûté le dos.

Et l’ensemble faisait parfaitement un nègre hideux, un nègre grognon, un nègre mélancolique, un nègre affalé, ses mains réunies en prière sur un bâton noueux. Un nègre enseveli dans une vieille veste élimée. Un nègre comique et laid et des femmes derrière moi ricanaient en le regardant.

Il était COMIQUE ET LAID,
COMIQUE ET LAID pour sûr.
J’arborai un grand sourire complice…
Ma lâcheté retrouvée!

(1) Pongo : grand singe ; (2) Mégir signifie « tanner une peau » ; c’est l’action du mégissier (tanneur).
  • Document 3, Jean-François Steiner, Tréblinka, éd. Fayard, Paris 1966

La tactique de « Lalka » […] reposait sur un double mouvement : insuffler suffisamment d’oxygène pour maintenir la petite flamme d’espoir et, en même temps, prendre un certain nombre de mesures destinées à convaincre les prisonniers de leur sous-humanité, si possible en les compromettant. La création de la « charge » de « maître de la merde » était une de ces mesures. Le personnage ainsi déguisé était tellement ridicule avec son gros réveil, son fouet, sa barbe et son habit de chantre que les Juifs eux-mêmes ne pouvaient s’empêcher d’en rire.

Il riaient de cette marionnette qui, le fouet pendu au haut du bras, les suppliait avec des larmes dans la voix de sortir des latrines quand les trois minutes étaient écoulées. Jamais il n’aurait osé ni les frapper ni les dénoncer, mais comme il savait qu’il serait tenu personnellement pour responsable des abus, il n’avait d’autres moyens que de supplier. […]

Les prisonniers ne pouvaient s’empêcher de rire mais c’était d’eux-mêmes qu’ils riaient, c’était de leur religion dont ils se moquaient car le « maître de la merde » était l’un des leurs et son vêtement un habit de leur culte.

Lorsque, au moment de l’appel « Lalka » demandait : « Rabbin, comment va la merde ? » et que le faux rabbin déguisé en chantre répondait « Très bien, monsieur le Chef ! », cela signifiait qu’à Tréblinka les rabbins n’étaient bons qu’à s’occuper de la merde ». […]

(cité par Christian Defebvre, Michel Bry, Sherif Ferjani, « Haine et dérision au camp de Tréblinka (Pologne) en 1943 », Histoire des religions en Europe : Judaïsme, Christianisme et Islam, Hachette, Paris 1999/ De Boeck Université, Bruxelles 2000, page 291).
 
  • Document 4, Patrick Bruneteaux, Devenir un dieu : le nazisme comme nouvelle religion politique : éléments. Publibook, Paris 2005 

(pour accéder au texte sur Google-livres, cliquez ici)               

Plusieurs indicateurs permettent d’identifier cette jouissance transcendantale : le rire, le plaisir, l’aspect festif. Dans le cadre du dédoublement négatif, le rire constitue un indicateur qui sert à qualifier un comportement sadique au moyen de son effet immédiat. E. Canetti offre une présentation de ce rire du destructeur surpuissant : « Le rire exprime à l’origine la joie donnée par une proie ou un aliment qui semblent assurés […]. Un homme qui tombe rappelle l’animal que l’on chassait et que l’on a soi-même abattu. Toute chute qui provoque le rire rappelle la détresse de qui s’abat ; on pourrait, si l’on voulait, le traiter en proie. On rit au lieu de le manger. C’est la proie disparue qui excite le rire ; un sentiment soudain de supériorité, comme l’a dit Hobbes » (*). Les déportés ont largement couvert leurs récits d’humiliations de scènes où les nazis tour à tour spectateurs et acteurs s’ébranlent contre les victimes et se repaissent de rires fréquents à gorge déployée. […] Il est pourtant nécessaire de distinguer plusieurs sortes de rire. Il ne faut ainsi pas confondre le rire de dissimulation du génocide, avec le rire de contentement qui suit une action sadique. La première situation est évoquée par Raul Hilberg à propos d’un SS qui accueille les Juifs avec « un sourire sympathique et aidait parfois les personnes âgées et les enfants » (**). Ce type de rire ou de sourire fait partie de la panoplie d’actes de diversion mis au point pour tromper la victime. […] Par contre le rire de dédoublement est celui qui accompagne directement la tuerie.

Le rire peut directement provenir de scènes de tortures : « Les nazis s’acharnèrent sur les juifs religieux qui avaient une barbe en la leur arrachant avec la peau. Cela se passait en pleine rue. Les Allemands prirent des photos, firent danser autour d’eux les chassidims avec leurs chants religieux et ce spectacle les faisait rire » (***). Un déporté note que le sadisme commence dès l’embarquement dans les wagons à Compiègne, un matraquage généralisé s’accompagne par la suite de récits épiques : « Les SS commentaient leurs exploits avec de gros rires ».

(*) E. Canetti, Masse et puissance (trad.), Gallimard, 1986, p. 237 ; (**) R. Hilberg, Exécuteurs et victimes, p. 51 ; (***) C. Zabuski, Une envie de vivre, p. 70

______________

  • Document complémentaire : Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, 1932

Nous trinquâmes à sa santé sur le comptoir au milieu des clients noirs qui en bavaient d’envie. Les clients c’étaient des indigènes assez délurés pour oser s’approcher de nous les Blancs, une sélection en somme. Les autres nègres, moins dessalés, préféraient demeurer à distance. L’instinct. Mais les plus dégourdis, les plus contaminés, devenaient des commis de magasin. En boutique, on les reconnaissait les commis nègres à ce qu’ils engueulaient passionnément les autres Noirs. Le collègue au « corocoro » achetait du caoutchouc de traite, brut, qu’on lui apportait de la brousse, en sacs, en boules humides.

Comme nous étions là, jamais las de l’entendre, une famille de récolteurs, timide, vient se figer sur le seuil de la porte. Le père en avant des autres, ridé, ceinturé d’un petit pagne orange, son long coupe-coupe à bout de bras.

Il n’osait pas entrer le sauvage. Un des commis indigènes l’invitait pourtant : « Viens, bougnoule ! Viens voir ici! Nous y a pas bouffer sauvage ! » Ce langage finit par les décider. Ils pénétrèrent dans la cagna cuisante au fond de laquelle tempêtait notre homme au « corocoro ».

Ce Noir n’avait encore, semblait-il, jamais vu de boutique, ni de Blanc peut-être. Une de ses femmes le suivait, yeux baissés, portant sur le sommet de la tête, en équilibre, le gros panier rempli de caoutchouc brut.

D’autorité les commis recruteurs s’en saisirent de son panier pour peser le contenu sur la balance. Le sauvage ne comprenait pas plus le truc de la balance que le reste. La femme n’osait toujours pas relever la tête. Les autres nègres de la famille les attendaient dehors, avec les yeux bien écarquillés. On les fit entrer aussi, enfants compris et tous, pour qu’ils ne perdent rien du spectacle.

C’était la première fois qu’ils venaient comme ça tous ensemble de la forêt, vers les Blancs en ville. Ils avaient dû s’y mettre depuis bien longtemps les uns et les autres pour récolter tout ce caoutchouc-là. Alors forcément le résultat les intéressait tous. C’est long à suinter le caoutchouc dans les petits godets qu’on accroche au tronc des arbres. Souvent, on n’en a pas plein un petit verre en deux mois.

Pesée faite, notre gratteur entraîna le père, éberlué, derrière son comptoir et avec un crayon lui fit son compte et puis lui enferma dans le creux de la main quelques pièces en argent. Et puis : « Va-t’en! qu’il lui a dit comme ça. C’est ton compte !… »

Tous les petits amis blancs s’en tordaient de rigolade, tellement il avait bien mené son business.

Entraînement BTS n°3 Thème « Le rire »

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Entraînement 2010-2011 n°3. Thème : ”Le rire”

Le rire d’exclusion et de rejet        

Dans notre premier entraînement, consacré à la valeur sociale du rire, nous avons pu voir que le comique était une arme contre le pire. De fait, le rire est non seulement l’un des fondements de l’esprit critique mais il amène à une intelligence et à une compréhension humaniste de l’existence parce qu’il est précisément au cœur de l’homme. Le présent entraînement porte au contraire sur un enjeu tristement fondamental du rire, qui repose sur sa contiguïté à la barbarie et à la déchéance morale. Tel est le rire d’exclusion et de rejet. Comment des individus apparemment normaux peuvent-ils en effet rire du mal causé à autrui ? Comme l’a si bien mis en évidence Baudelaire (document 1), « le comique est un des plus clairs signes sataniques de l’homme » car il dépend de l’idée de la supériorité du rieur et trouve sa justification dans la défense d’une légitimité identitaire. Mais cette supériorité est en fait illusoire tant il est vrai qu’elle rabaisse l’homme à l’instinct et à la bestialité.

Le rire de rejet serait un refus de l’altérité et une légitimation de la violence permettant à celui qui rit de triompher de l’échec et du vide existentiels en dénaturant l’autre, et de s’affranchir, par procuration, de la loi morale. À ce titre, le rire peut être considéré comme un renversement des valeurs, comme une transmutation de cette violence en comédie. Si le rire, comme l’a bien montré Bergson, implique un refus de l’identification et demande donc de la part du rieur un certain détachement, on pourrait avancer qu’il implique aussi un refus de la pensée raisonnante, un refus d’aimer pour mieux se préserver : on dégrade pour rester intact. Le présent corpus est une bonne illustration de ce « rire de souillure » qui, triomphant aux dépens du plus faible, et défiant la morale, s’affranchit même de la loi divine : le rieur devient Dieu, et celui qui fait l’objet de la moquerie est en quelque sorte une marionnette dont le rieur se plait à tirer les ficelles. La pulsion de mort anime ainsi le rire d’exclusion.

Mourir de rire au spectacle de ceux qui meurent du pire, voilà sans doute l’abjection la plus dégradante…

            

Corpus

  • Document 1, Charles Baudelaire, De l’essence du rire, 1855
  • Document 2, Aimé Césaire, Cahier d’un Retour au pays Natal (extrait, 1939)
  • Document 3, Jean-François Steiner, Tréblinka, éd. Fayard, Paris 1966
  • Document 4, Patrick Bruneteaux, Devenir un dieu : le nazisme comme nouvelle religion politique. Publibook, Paris 2005
  • Document complémentaire : Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, 1932

Synthèse
  • Vous ferez de ce corpus une synthèse concise, ordonnée et objective.

Écriture personnelle

  • Baudelaire affirme que le rire est « causé par la vue du malheur d’autrui ». Partagez-vous cette opinion ?

______________

« […] le comique est un des plus clairs signes sataniques de l’homme et un des nombreux pépins contenus dans la pomme symbolique, est l’accord unanime des physiologistes du rire sur la raison première de ce monstrueux phénomène. Du reste, leur découverte n’est pas très profonde et ne va guère loin. Le rire, disent-ils, vient de la supériorité. Je ne serais pas étonné que devant cette découverte le physiologiste se fût mis à rire en pensant à sa propre supériorité. Aussi, il fallait dire : le rire vient de l’idée de sa propre supériorité. Idée satanique s’il en fut jamais ! Orgueil et aberration ! Or, il est notoire que tous les fous des hôpitaux ont l’idée de leur propre supériorité développée outre mesure. Je ne connais guère de fous d’humilité. Remarquez que le rire est une des expressions les plus fréquentes et les plus nombreuses de la folie. […]J’ai dit qu’il y avait symptôme de faiblesse dans le rire ; et, en effet, quel signe plus marquant de débilité qu’une convulsion nerveuse, un spasme involontaire comparable à l’éternuement, et causé par la vue du malheur d’autrui ? Ce malheur est presque toujours une faiblesse d’esprit. Est-il un phénomène plus déplorable que la faiblesse se réjouissant de la faiblesse ? Mais il y a pis. Ce malheur est quelquefois d’une espèce très inférieure, une infirmité dans l’ordre physique. Pour prendre un des exemples les plus vulgaires de la vie, qu’y a-t-il de si réjouissant dans le spectacle d’un homme qui tombe sur la glace ou sur le pavé, qui trébuche au bout d’un trottoir, pour que la face de son frère en Jésus-Christ se contracte d’une façon désordonnée, pour que les muscles de son visage se mettent à jouer subitement comme une horloge à midi ou un joujou à ressorts ? Ce pauvre diable s’est au moins défiguré, peut-être s’est-il fracturé un membre essentiel. Cependant, le rire est parti, irrésistible et subit. Il est certain que si l’on veut creuser cette situation on trouvera au fond de la pensée du rieur un certain orgueil inconscient. C’est là le point de départ : moi, je ne tombe pas ; moi, je marche droit ; moi, mon pied est ferme et assuré. Ce n’est pas moi qui commettrais la sottise de ne pas voir un trottoir interrompu ou un pavé qui barre le chemin ».

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  • Document 2, Aimé Césaire, Cahier d’un Retour au pays Natal (extrait, 1939).

Aimé Césaire (1913-2008) est un poète français martiniquais reconnu internationalement et un homme politique de tendance autonomiste, à l’origine du concept de négritude (revendication de la culture et des valeurs des peuples noirs). Cahier d’un retour au pays natal est sa première œuvre : l’auteur y exprime  toute la révolte du peuple noir contre les colonisateurs. Il est important de connaître cet engagement afin de bien comprendre le texte. Le poème se présente comme une sorte de dénonciation de la misère dont souffrent les minorités ethniques et de l’hypocrisie en général. On voit ici le double but d’Aimé Césaire : d’une part l’auteur nous invite à réfléchir au problème de la lâcheté, mais d’autre part le texte est une mise en cause violente de notre monde (occidental) coupé des valeurs de solidarité et de charité. Les femmes ne pensent qu’à rire au lieu de s’apitoyer sur le sort de ce pauvre homme.

 

Et moi, et moi,
moi qui chantais le poing dur
Il faut savoir jusqu’où je poussai la lâcheté.

Un soir dans un tramway en face de moi, un nègre.
C’était un nègre grand comme un pongo (¹) qui essayait de se faire tout petit sur un banc de tramway. Il essayait d’abandonner sur ce banc crasseux de tramway ses jambes gigantesques et ses mains tremblantes de boxeur affamé. Et tout l’avait laissé, le laissait. Son nez qui semblait une péninsule en dérade et sa négritude même qui se décolorait sous l’action d’une inlassable mégie (²). Et le mégissier (²) était la Misère. […] On voyait très bien comment le pouce industrieux et malveillant avait modelé le front en bosse, percé le nez de deux tunnels parallèles et inquiétants, allongé la démesure de la lippe, et par un chef-d’œuvre caricatural, raboté, poli, verni la plus minuscule mignonne petite oreille de la création.

C’était un nègre dégingandé sans rythme ni mesure.
Un nègre dont les yeux roulaient une lassitude sanguinolente.
Un nègre sans pudeur et ses orteils ricanaient de façon assez puante au fond de la tanière entrebâillée de ses souliers.
La misère, on ne pouvait pas dire, s’était donné un mal fou pour l’achever.
Elle avait creusé l’orbite, l’avait fardée d’un fard de poussière et de chassie mêlées.

Elle avait tendu l’espace vide entre l’accrochement solide des mâchoires et les pommettes d’une vieille joue décatie. Elle avait planté dessus les petits pieux luisants d’une barbe de plusieurs jours. Elle avait affolé le cœur, voûté le dos.

Et l’ensemble faisait parfaitement un nègre hideux, un nègre grognon, un nègre mélancolique, un nègre affalé, ses mains réunies en prière sur un bâton noueux. Un nègre enseveli dans une vieille veste élimée. Un nègre comique et laid et des femmes derrière moi ricanaient en le regardant.

Il était COMIQUE ET LAID,
COMIQUE ET LAID pour sûr.
J’arborai un grand sourire complice…
Ma lâcheté retrouvée!

(1) Pongo : grand singe ; (2) Mégir signifie « tanner une peau » ; c’est l’action du mégissier (tanneur).
  • Document 3, Jean-François Steiner, Tréblinka, éd. Fayard, Paris 1966

La tactique de « Lalka » […] reposait sur un double mouvement : insuffler suffisamment d’oxygène pour maintenir la petite flamme d’espoir et, en même temps, prendre un certain nombre de mesures destinées à convaincre les prisonniers de leur sous-humanité, si possible en les compromettant. La création de la « charge » de « maître de la merde » était une de ces mesures. Le personnage ainsi déguisé était tellement ridicule avec son gros réveil, son fouet, sa barbe et son habit de chantre que les Juifs eux-mêmes ne pouvaient s’empêcher d’en rire.

Il riaient de cette marionnette qui, le fouet pendu au haut du bras, les suppliait avec des larmes dans la voix de sortir des latrines quand les trois minutes étaient écoulées. Jamais il n’aurait osé ni les frapper ni les dénoncer, mais comme il savait qu’il serait tenu personnellement pour responsable des abus, il n’avait d’autres moyens que de supplier. […]

Les prisonniers ne pouvaient s’empêcher de rire mais c’était d’eux-mêmes qu’ils riaient, c’était de leur religion dont ils se moquaient car le « maître de la merde » était l’un des leurs et son vêtement un habit de leur culte.

Lorsque, au moment de l’appel « Lalka » demandait : « Rabbin, comment va la merde ? » et que le faux rabbin déguisé en chantre répondait « Très bien, monsieur le Chef ! », cela signifiait qu’à Tréblinka les rabbins n’étaient bons qu’à s’occuper de la merde ». […]

(cité par Christian Defebvre, Michel Bry, Sherif Ferjani, « Haine et dérision au camp de Tréblinka (Pologne) en 1943 », Histoire des religions en Europe : Judaïsme, Christianisme et Islam, Hachette, Paris 1999/ De Boeck Université, Bruxelles 2000, page 291).
 
  • Document 4, Patrick Bruneteaux, Devenir un dieu : le nazisme comme nouvelle religion politique : éléments. Publibook, Paris 2005 

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Plusieurs indicateurs permettent d’identifier cette jouissance transcendantale : le rire, le plaisir, l’aspect festif. Dans le cadre du dédoublement négatif, le rire constitue un indicateur qui sert à qualifier un comportement sadique au moyen de son effet immédiat. E. Canetti offre une présentation de ce rire du destructeur surpuissant : « Le rire exprime à l’origine la joie donnée par une proie ou un aliment qui semblent assurés […]. Un homme qui tombe rappelle l’animal que l’on chassait et que l’on a soi-même abattu. Toute chute qui provoque le rire rappelle la détresse de qui s’abat ; on pourrait, si l’on voulait, le traiter en proie. On rit au lieu de le manger. C’est la proie disparue qui excite le rire ; un sentiment soudain de supériorité, comme l’a dit Hobbes » (*). Les déportés ont largement couvert leurs récits d’humiliations de scènes où les nazis tour à tour spectateurs et acteurs s’ébranlent contre les victimes et se repaissent de rires fréquents à gorge déployée. […] Il est pourtant nécessaire de distinguer plusieurs sortes de rire. Il ne faut ainsi pas confondre le rire de dissimulation du génocide, avec le rire de contentement qui suit une action sadique. La première situation est évoquée par Raul Hilberg à propos d’un SS qui accueille les Juifs avec « un sourire sympathique et aidait parfois les personnes âgées et les enfants » (**). Ce type de rire ou de sourire fait partie de la panoplie d’actes de diversion mis au point pour tromper la victime. […] Par contre le rire de dédoublement est celui qui accompagne directement la tuerie.

Le rire peut directement provenir de scènes de tortures : « Les nazis s’acharnèrent sur les juifs religieux qui avaient une barbe en la leur arrachant avec la peau. Cela se passait en pleine rue. Les Allemands prirent des photos, firent danser autour d’eux les chassidims avec leurs chants religieux et ce spectacle les faisait rire » (***). Un déporté note que le sadisme commence dès l’embarquement dans les wagons à Compiègne, un matraquage généralisé s’accompagne par la suite de récits épiques : « Les SS commentaient leurs exploits avec de gros rires ».

(*) E. Canetti, Masse et puissance (trad.), Gallimard, 1986, p. 237 ; (**) R. Hilberg, Exécuteurs et victimes, p. 51 ; (***) C. Zabuski, Une envie de vivre, p. 70

______________

  • Document complémentaire : Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, 1932

Nous trinquâmes à sa santé sur le comptoir au milieu des clients noirs qui en bavaient d’envie. Les clients c’étaient des indigènes assez délurés pour oser s’approcher de nous les Blancs, une sélection en somme. Les autres nègres, moins dessalés, préféraient demeurer à distance. L’instinct. Mais les plus dégourdis, les plus contaminés, devenaient des commis de magasin. En boutique, on les reconnaissait les commis nègres à ce qu’ils engueulaient passionnément les autres Noirs. Le collègue au « corocoro » achetait du caoutchouc de traite, brut, qu’on lui apportait de la brousse, en sacs, en boules humides.

Comme nous étions là, jamais las de l’entendre, une famille de récolteurs, timide, vient se figer sur le seuil de la porte. Le père en avant des autres, ridé, ceinturé d’un petit pagne orange, son long coupe-coupe à bout de bras.

Il n’osait pas entrer le sauvage. Un des commis indigènes l’invitait pourtant : « Viens, bougnoule ! Viens voir ici! Nous y a pas bouffer sauvage ! » Ce langage finit par les décider. Ils pénétrèrent dans la cagna cuisante au fond de laquelle tempêtait notre homme au « corocoro ».

Ce Noir n’avait encore, semblait-il, jamais vu de boutique, ni de Blanc peut-être. Une de ses femmes le suivait, yeux baissés, portant sur le sommet de la tête, en équilibre, le gros panier rempli de caoutchouc brut.

D’autorité les commis recruteurs s’en saisirent de son panier pour peser le contenu sur la balance. Le sauvage ne comprenait pas plus le truc de la balance que le reste. La femme n’osait toujours pas relever la tête. Les autres nègres de la famille les attendaient dehors, avec les yeux bien écarquillés. On les fit entrer aussi, enfants compris et tous, pour qu’ils ne perdent rien du spectacle.

C’était la première fois qu’ils venaient comme ça tous ensemble de la forêt, vers les Blancs en ville. Ils avaient dû s’y mettre depuis bien longtemps les uns et les autres pour récolter tout ce caoutchouc-là. Alors forcément le résultat les intéressait tous. C’est long à suinter le caoutchouc dans les petits godets qu’on accroche au tronc des arbres. Souvent, on n’en a pas plein un petit verre en deux mois.

Pesée faite, notre gratteur entraîna le père, éberlué, derrière son comptoir et avec un crayon lui fit son compte et puis lui enferma dans le creux de la main quelques pièces en argent. Et puis : « Va-t’en! qu’il lui a dit comme ça. C’est ton compte !… »

Tous les petits amis blancs s’en tordaient de rigolade, tellement il avait bien mené son business.

La citation de la semaine… Honoré de Balzac…

Elle était, comme vous le savez déjà, sans rien savoir encore, « le lys de cette vallée »…

Là se découvre une vallée qui commence à Montbazon, finit à la Loire, et semble bondir sous les châteaux posés sur ces doubles collines ; une magnifique coupe d’émeraude au fond de laquelle l’Indre se roule par des mouvements de serpent. A cet aspect, je fus saisi d’un étonnement voluptueux que l’ennui des landes ou la fatigue du chemin avait préparé. — Si cette femme, la fleur de son sexe, habite un lieu dans le monde, ce lieu, le voici ? À cette pensée je m’appuyai contre un noyer sous lequel, depuis ce jour, je me repose toutes les fois que je reviens dans ma chère vallée. Sous cet arbre confident de mes pensées, je m’interroge sur les changements que j’ai subis pendant le BR_illustration_lys_dans_la_vallée_webtemps qui s’est écoulé depuis le dernier jour où j’en suis parti. Elle demeurait là, mon cœur ne me trompait point : le premier castel que je vis au penchant d’une lande était son habitation. Quand je m’assis sous mon noyer, le soleil de midi faisait pétiller les ardoises de son toit et les vitres de ses fenêtres. Sa robe de percale produisait le point blanc que je remarquai dans ses vignes sous un hallebergier¹. Elle était, comme vous le savez déjà, sans rien savoir encore, LE LYS DE CETTE VALLÉE où elle croissait pour le ciel, en la remplissant du parfum de ses vertus. L’amour infini, sans autre aliment qu’un objet à peine entrevu dont mon âme était remplie, je le trouvais exprimé par ce long ruban d’eau qui ruisselle au soleil entre deux rives vertes, par ces lignes de peupliers qui parent de leurs dentelles mobiles ce val d’amour, par les bois de chênes qui s’avancent entre les vignobles sur des coteaux que la rivière arrondit toujours différemment, et par ces horizons estompés qui fuient en se contrariant. Si vous voulez voir la nature belle et vierge comme une fiancée, allez là par un jour de printemps, si vous voulez calmer les plaies saignantes de votre cœur, revenez-y par les derniers jours de l’automne ! Au printemps, l’amour y bat des ailes à plein ciel ; en automne on y songe à ceux qui ne sont plus. Le poumon malade y respire une bienfaisante fraîcheur, la vue s’y repose sur des touffes dorées qui communiquent à l’âme leurs paisibles douceurs. En ce moment, les moulins situés sur les chutes de l’Indre donnaient une voix à cette vallée frémissante, les peupliers se balançaient en riant, pas un nuage au ciel, les oiseaux chantaient, les cigales criaient, tout y était mélodie. Ne me demandez plus pourquoi j’aime la Touraine ? je ne l’aime ni comme on aime son berceau, ni comme on aime une oasis dans le désert ; je l’aime comme un artiste aime l’art ; je l’aime moins que je ne vous aime, mais sans la Touraine, peut-être ne vivrais-je plus. Sans savoir pourquoi, mes yeux revenaient au point blanc, à la femme qui brillait dans ce vaste jardin comme au milieu des buissons verts éclatait la clochette d’un convolvulus², flétrie si l’on y touche…

Honoré de Balzac, Le Lys dans la vallée, 1836

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Honoré de Balzac (1799-1850) est un monument de la littérature française. Il a produit une œuvre romanesque aussi vaste que dense : 91 romans marqués par la technique du retour des personnages, et rassemblés sous le titre La Comédie humaine³. Achevé en 1835 et publié en volume un an plus tard, le Lys dans la vallée constitue le dernier tome des Scènes de la vie de campagne, et fait partie avec Eugénie Grandet (1833) ou le Père Goriot (1834) des Études de mœurs réparties en six livres³. Ce roman, qui comporte de nombreux éléments autobiographiques (Balzac y évoque indirectement sa passion pour madame de Berny, à tel point que le je de l’auteur se confond souvent avec le je du narrateur), est d’abord le roman de l’enfance et de l’amour, avant d’être le roman de la désillusion amoureuse. L’histoire, au demeurant, est simple, et apparente le Lys dans la vallée à un roman de l’éducation sentimentale : Félix de Vandenesse, jeune homme romantique, fragile et délaissé par sa mère tombe éperdument amoureux lors d’un bal donné à Tours par le Duc d’Angoulême, de la belle madame de Mortsauf, mariée et plus âgée que lui. Mais cet amour est celui d’un amour impossible…

Le passage présenté est celui où Félix de Vandenesse, bien des années plus tard, se remémore son arrivée à pied depuis Tours dans la vallée de l’Indre : il acquiert tout à coup la conviction que la jeune femme rencontrée lors du bal habite dans la vallée qui honore_de_balzac_1.1291363833.JPGs’offre à son regard. C’est l’occasion pour le narrateur (mais c’est bien Balzac qui parle ici) de se livrer à une suggestive comparaison entre le paysage de la Touraine, tout en galbes et en arrondis, et la femme aimée. De fait, le but pour l’auteur n’est pas tant de décrire la réalité que d’amener à une lecture symbolique du lieu, métamorphosé et poétisé par le désir amoureux : la nature est décrite en fonction des battements du cœur. Les personnifications nombreuses, de même que les métaphores florales participent à une sorte d’humanisation de la nature « belle et vierge comme une fiancée ». La découverte du paysage s’apparente ainsi à un dévoilement de la femme idéale, totalement confondue avec le lieu : « Elle était, comme vous le savez déjà, sans rien savoir encore, LE LYS DE CETTE VALLÉE où elle croissait pour le ciel, en la remplissant du parfum de ses vertus ».

De fait, on est surpris par la symbolique du lieu, qui semble ainsi avoir une âme :  en participant à l’intériorité de l’homme, la contemplation de la nature ouvre sur la révélation amoureuse ; la description si sensuelle de la « frémissante » vallée de l’Indre, tout en courbes et en arrondis, emprunte un ensemble de valeurs à l’emblématique du désir : les multiples boucles et méandres de l’Indre, « ce long ruban d’eau qui ruisselle »,  qui « se roule par des mouvements de serpent » et provoque l’« étonnement voluptueux » du narrateur, suggèrent bien l’éternel féminin et la tentation ; tentation d’autant plus grande qu’elle se heurte à un amour qui restera interdit… Par son lyrisme intime et personnel, ce texte, qui figure parmi les plus belles pages de la poésie amoureuse, est aussi une merveilleuse invitation à découvrir le Romantisme : l’élan élégiaque, l’emphase, l’effusion, le langage de la contemplation, l’importance de la nature, complice et témoin de l’amour sont en effet caractéristiques du lyrisme romantique dont le but est de faire descendre la poésie au cœur même de l’homme afin de le toucher, comme le disait Lamartine, « par les innombrables frissons de l’âme et de la nature »…

Bruno Rigolt

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1. Hallebergier : variété d’abricotier (l’orthogrphe exacte est : albergier).
2. Convolvulus : liseron.
3. Pour comprendre le plan de la Comédie humaine, je vous conseille d’accéder à cette page, très bien faite.
 
→ Accédez au texte intégral du Lys dans la vallée en cliquant ici (Wikisource).
→ Écoutez ou téléchargez gratuitement le livre audio du Lys dans la vallée en cliquant ici (Litteratureaudio.com)
Crédit iconographique : © Bruno Rigolt
(d’après Alexander Ignatius Roche, « 
Portrait de jeune femme en blanc ». Paris, Musée d’Orsay)

TP Seconde 6 Sémiologie de l'image publicitaire. Lave-linge Electrolux.

Ce support de cours est destiné en priorité à la classe de Seconde 6 qui prépare actuellement une série d’analyses sur la sémiologie de l’image publicitaire en vue d’un projet d’écriture collectif. Cette quatrième analyse d’image vous permettra, si vous la lisez attentivement, de voir comment il est possible de réinvestir plusieurs notions apprises en cours (Fonctions du langage, énonciation, valeur des temps, etc.).

Ce travail s’inspire d’une étude menée en 2008 avec les étudiantes BTS AG-PME 1ère année dans le cadre de mon cours de Culture générale et Expression française.

Copyright

© Toutes les marques citées dans cette étude sont déposées. Les publicités et les différents éléments qui les composent (logos, messages linguistiques et iconiques) sont la propriété de leurs détenteurs respectifs.
    
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Exemple d’analyse de publicité : 
lave-linge Électrolux

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Contexte

Cette publicité pour un lave-linge a de quoi surprendre. Publiée dans le magazine Elle du 22 octobre 2007, elle se borne en apparence à présenter le plus sobrement possible le produit. Celui-ci est situé pratiquement au centre du cadre de l’image. C’est la construction axiale qui est privilégiée puisqu’elle place le lave-linge dans l’axe du regard. Mais en étant particulièrement attentif, on voit également une construction en Z avec de nombreux points de fixation permettant d’orienter le regard du lecteur. Tout un jeu graphique le pousse à déplacer son regard de points de fixation en points de fixation. Plus qu’une construction axiale (qui apparaît de prime abord), c’est donc davantage une construction séquentielle qui est privilégiée. Le but est d’amener le regard à embrasser un nombre élevé de signes afin d’élargir l’angle de vision. On peut ici parler d’une véritable « stratégie du regard » qui s’accompagne d’une stratégie sémantique d’accès au sens (donc du signifiant au signifié).

 

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Les éléments qui composent l’image

Tout en haut, en partant de la gauche se trouve l’accroche : « Nous pensions… ». Au centre de l’image apparaît le lave-linge. Latéralement, un énorme bouton, très disproportionné, attire immédiatement le regard de par sa taille et sa position invraisemblable. electrolux_2.1291307455.jpgCe bouton est placé de façon stratégique pour devenir le point de fixation incontournable de l’image : tous les éléments convergent vers lui. electrolux_3.1291307556.jpgLe hublot de la machine est également le fruit d’un photomontage : il évoque en fait un minuteur. Pour ne pas surcharger (et amener inutilement une perte du sens),  il n’y a aucune mise en situation du produit. Le fond est volontairement neutre, bien que les ombres aient leur importance : elles ajoutent de la profondeur de champ, donc de la perspective. L’absence de détails, d’objets disparates est également un facteur clé : le public ressent l’impression que « c’est simple », qu’on ne cherche pas à le tromper. Sous le lave-linge est placé l’argumentaire qui renseigne opportunément  sur le fameux bouton et le « hublot-minuteur » : nous apprenons qu’il s’agit d’une fonction exclusive « Time manager » censée adapter le temps de lavage aux besoins de la personne. En bas à droite, le logo, le nom de la marque ainsi que le slogan se trouvent mis en situation grâce à une forme elliptique dont la rotondité (qui rappelle le gros bouton et le hublot) contraste avec la géométrie assez carrée et angulaire de l’ensemble.

L’art du paradoxe

Un paradoxe est une idée qui va contre l’opinion communément admise. Or, la « doxa » populaire voudrait que l’idée de diminution de temps s’accompagne conséquemment d’une minimalisation des accessoires. Or c’est tout le contraire : en les surdimensionnant, la machine paraît du même coup très petite. À un niveau symbolique, cela semble également accorder une place importante à la variable « espace » et au « temps ». Dans la vie quotidienne de la ménagère en effet, c’est bien le manque d’espace et le manque de temps qui vont conditionner l’acte d’achat.

« Nous pensions… » L’exploitation de la modalisation

Voilà une accroche pour le moins originale. Présentée comme la suite du texte dans une police neutre sans empâtement pour bien mettre en valeur les signifiants, elle se présente plutôt comme une suggestion. electrolux_4.1291307836.jpgLe choix de l’imparfait à une valeur d’étalement dans le temps, très descriptive. On peut noter également qu’il a ici une valeur de modalisation qui atténue l’affirmation : « C’est à vous de décider… ». Le choix du verbe (verbe modalisateur) est également intéressant. L’action est exprimée ici par un verbe d’état qui a une valeur assez suggestive. De fait, le verbe « penser » évoque davantage un état d’esprit, un sentiment qui fait appel à la subjectivité ; il est presque synonyme de « méditer » ou « d’imaginer ». La cible du magazine Elle, essentiellement féminine, ne peut qu’être séduite par cette accroche séduisante, non agressive, qui semble amener un hors-champ narratif : dans la vie quotidienne de plus en plus stressante, où le présent, l’impératif, ou le subjonctif dominent, l’imparfait amène à « imaginer » un monde plus harmonieux, en rupture avec un cliché lié au monde moderne selon lequel l’individu serait dominé par la machine, écrasé par les rythmes, les cadences de travail. On pourrait aussi remarquer l’importance des points de suspension qui confèrent à l’énoncé une valeur ouverte, affective, sans clore la phrase sur elle-même. Enfin, cette accroche évoque le slogan de la marque rappelé au-dessus du logo : « Thinking of you » (« On pense à vous »).

La suite de l’accroche ne fait que confirmer ce premier constat par la redondance de l’idée : « C’est à vous de décider du temps de lavage, pas à votre machine ». Ici s’impose de façon sous-jacente le thème du refus d’un quelconque asservissement de l’individu à la machine. On pourrait également faire remarquer qu’à l’aspect ouvert et dialogique du début de l’accroche (« Nous pensions ») succède ici une phrase beaucoup plus injonctive et péremptoire qui met l’accent sur la composante conative et pédagogique : « C’est à vous ». L’argumentaire situé en bas à gauche sert d’explicitation : « vous adaptez », « vous pouvez », « soyez tranquille » : toutes ces expressions à visée métalinguistique visent à rassurer le consommateur. Face à tant de qualités, celui-ci ne peut qu’être séduit par un produit censé lui accorder la première place dans le processus décisionnel mais qui en réalité « fait à la place » ! Qu’importe ! Notre inconscient de consommateur ne demande qu’une chose : pouvoir utiliser un produit de façon simple, intuitive, sans se transformer en analyste-programmeur !

Les indices de personne

Au niveau de l’énonciation, la multiplication du « vous » interpelle directement le consommateur et vise à la persuasion. Tout l’argumentaire est en effet fortement conatif, mais les phrases sont pleines de nuances, et introduisent le lecteur dans le cadre d’un scénario narratif :

« Alors, vous adaptez vos lessive à votre planning… Vous pouvez ainsi gagner jusqu’à 1h45 min… Et soyez tranquilles… »

Le public s’imagine ainsi ce qu’il ferait s’il avait cette machine. Or, tout est conçu pour que la vie paraisse réglée d’avance, sans mauvaise surprise ; la fin de l’argumentaire est tout à fait claire : l’expression « toujours aussi » amène un point de vue itératif (valeur d’habitude) : les lavages semblent se répéter et c’est « toujours aussi impeccable ». À l’exploit technologique, trop événementiel et limité dans le temps, les publicitaires ont privilégié plutôt une temporalité longue : imparfait à valeur durative et présent de généralité confèrent au produit une sorte de reconnaissance, d’universalité et d’omnitemporalité, le faisant échapper ainsi à l’aspect « phénomène de mode » et « passager » du gadget.

« Science sans conscience »…

Pour terminer cette étude, consacrons quelques lignes au logo et au visuel de la marque. Contrastant avec la structure assez  carrée de l’image, la forme elliptique suggère ici une sorte de retour aux valeurs fondamentales de l’être humain : trop aller de l’avant est suicidaire si le progrès n’est pas maîtrisé par l’homme. Comme on le voit, cette electrolux_7.1291318555.jpgpublicité possède une dimension éthique forte puisqu’elle met en avant des valeurs morales inscrivant le progrès technologique dans une réflexion sur le sens de nos actions, et implicitement sur l’environnement. D’où le slogan « On pense à vous » hautement polysémique : facilitation de la vie quotidienne, simplification des tâches ménagères, et lutte contre le gaspillage. Le verbe « penser » est très important ici : il signifie « concevoir », « réfléchir », « créer », autant de mots qui connotent l’engagement presque  éthique, au sens de « ne pas oublier » un devoir fondamental de l’être humain. Il inscrit ainsi le signifié de la marque dans un nouvel humanisme qui place les valeurs humaines et environnementales au centre de nos préoccupations quotidiennes. Le slogan rappelle également et prolonge la phrase d’accroche « Nous pensions ». Mais à l’imparfait succède ici le présent de vérité générale. Enfin, le verbe « penser » évoque le fameux « cogito » cartésien (« Je pense donc je suis » : la répétition du verbe place le lecteur dans une perspective essentialiste (un consommateur du troisième millénaire qui sent, qui ressent, qui doute). La publicité lui propose ainsi une réponse rationnelle et objective qui justifie le choix du produit comme réponse aux doutes et aux incertitudes du consommateur.

Le logo de la marque

Quant au logo de la marque, il est en parfaite cohérence avec la symbolique de l’ensemble : le cercle, symbole de temps, évoque le monde electrolux_6.1291308574.jpgdans sa totalité signifiante, à la fois multiple et unique. La flèche stylisée est tournée vers la gauche comme pour situer la marque dans une perspective identitaire intergénérationnelle. La ligne verticale qui clôt le motif semble ici répondre à une préoccupation morale, suggérant la droiture et l’éthique du progrès technologique qui doit être maîtrisé rationnellement. Le logo s’insère en outre dans un fond très codé au niveau de la couleur : le gris bleuté assez clair connote bien les aspects environnementaux qui préoccupent les nouveaux consommateurs.

« Science sans conscience »… Tel semble bien être le slogan implicite de cette publicité, dont la simplicité même est pourtant si complexe à déchiffrer…

Bruno Rigolt
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Crédits
NetÉtiquette : article protégé par copyright ; la diffusion publique est autorisée sous réserve d’indiquer le nom de l’auteur ainsi que la source : http://brunorigolt.blog.lemonde.fr/2010/12/02/tp-seconde-6-semiologie-de-limage-publicitaire-lave-linge-electrolux/

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© Bruno Rigolt, (EPC/Lycée en Forêt, Montargis, France), février 2008, décembre 2010

TP Seconde 6 Sémiologie de l’image publicitaire. Lave-linge Electrolux.

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electrolux_all.1291303922.jpg

                

Contexte

Cette publicité pour un lave-linge a de quoi surprendre. Publiée dans le magazine Elle du 22 octobre 2007, elle se borne en apparence à présenter le plus sobrement possible le produit. Celui-ci est situé pratiquement au centre du cadre de l’image. C’est la construction axiale qui est privilégiée puisqu’elle place le lave-linge dans l’axe du regard. Mais en étant particulièrement attentif, on voit également une construction en Z avec de nombreux points de fixation permettant d’orienter le regard du lecteur. Tout un jeu graphique le pousse à déplacer son regard de points de fixation en points de fixation. Plus qu’une construction axiale (qui apparaît de prime abord), c’est donc davantage une construction séquentielle qui est privilégiée. Le but est d’amener le regard à embrasser un nombre élevé de signes afin d’élargir l’angle de vision. On peut ici parler d’une véritable « stratégie du regard » qui s’accompagne d’une stratégie sémantique d’accès au sens (donc du signifiant au signifié).

 

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Les éléments qui composent l’image

Tout en haut, en partant de la gauche se trouve l’accroche : « Nous pensions… ». Au centre de l’image apparaît le lave-linge. Latéralement, un énorme bouton, très disproportionné, attire immédiatement le regard de par sa taille et sa position invraisemblable. electrolux_2.1291307455.jpgCe bouton est placé de façon stratégique pour devenir le point de fixation incontournable de l’image : tous les éléments convergent vers lui. electrolux_3.1291307556.jpgLe hublot de la machine est également le fruit d’un photomontage : il évoque en fait un minuteur. Pour ne pas surcharger (et amener inutilement une perte du sens),  il n’y a aucune mise en situation du produit. Le fond est volontairement neutre, bien que les ombres aient leur importance : elles ajoutent de la profondeur de champ, donc de la perspective. L’absence de détails, d’objets disparates est également un facteur clé : le public ressent l’impression que « c’est simple », qu’on ne cherche pas à le tromper. Sous le lave-linge est placé l’argumentaire qui renseigne opportunément  sur le fameux bouton et le « hublot-minuteur » : nous apprenons qu’il s’agit d’une fonction exclusive « Time manager » censée adapter le temps de lavage aux besoins de la personne. En bas à droite, le logo, le nom de la marque ainsi que le slogan se trouvent mis en situation grâce à une forme elliptique dont la rotondité (qui rappelle le gros bouton et le hublot) contraste avec la géométrie assez carrée et angulaire de l’ensemble.

L’art du paradoxe

Un paradoxe est une idée qui va contre l’opinion communément admise. Or, la « doxa » populaire voudrait que l’idée de diminution de temps s’accompagne conséquemment d’une minimalisation des accessoires. Or c’est tout le contraire : en les surdimensionnant, la machine paraît du même coup très petite. À un niveau symbolique, cela semble également accorder une place importante à la variable « espace » et au « temps ». Dans la vie quotidienne de la ménagère en effet, c’est bien le manque d’espace et le manque de temps qui vont conditionner l’acte d’achat.

« Nous pensions… » L’exploitation de la modalisation

Voilà une accroche pour le moins originale. Présentée comme la suite du texte dans une police neutre sans empâtement pour bien mettre en valeur les signifiants, elle se présente plutôt comme une suggestion. electrolux_4.1291307836.jpgLe choix de l’imparfait à une valeur d’étalement dans le temps, très descriptive. On peut noter également qu’il a ici une valeur de modalisation qui atténue l’affirmation : « C’est à vous de décider… ». Le choix du verbe (verbe modalisateur) est également intéressant. L’action est exprimée ici par un verbe d’état qui a une valeur assez suggestive. De fait, le verbe « penser » évoque davantage un état d’esprit, un sentiment qui fait appel à la subjectivité ; il est presque synonyme de « méditer » ou « d’imaginer ». La cible du magazine Elle, essentiellement féminine, ne peut qu’être séduite par cette accroche séduisante, non agressive, qui semble amener un hors-champ narratif : dans la vie quotidienne de plus en plus stressante, où le présent, l’impératif, ou le subjonctif dominent, l’imparfait amène à « imaginer » un monde plus harmonieux, en rupture avec un cliché lié au monde moderne selon lequel l’individu serait dominé par la machine, écrasé par les rythmes, les cadences de travail. On pourrait aussi remarquer l’importance des points de suspension qui confèrent à l’énoncé une valeur ouverte, affective, sans clore la phrase sur elle-même. Enfin, cette accroche évoque le slogan de la marque rappelé au-dessus du logo : « Thinking of you » (« On pense à vous »).

La suite de l’accroche ne fait que confirmer ce premier constat par la redondance de l’idée : « C’est à vous de décider du temps de lavage, pas à votre machine ». Ici s’impose de façon sous-jacente le thème du refus d’un quelconque asservissement de l’individu à la machine. On pourrait également faire remarquer qu’à l’aspect ouvert et dialogique du début de l’accroche (« Nous pensions ») succède ici une phrase beaucoup plus injonctive et péremptoire qui met l’accent sur la composante conative et pédagogique : « C’est à vous ». L’argumentaire situé en bas à gauche sert d’explicitation : « vous adaptez », « vous pouvez », « soyez tranquille » : toutes ces expressions à visée métalinguistique visent à rassurer le consommateur. Face à tant de qualités, celui-ci ne peut qu’être séduit par un produit censé lui accorder la première place dans le processus décisionnel mais qui en réalité « fait à la place » ! Qu’importe ! Notre inconscient de consommateur ne demande qu’une chose : pouvoir utiliser un produit de façon simple, intuitive, sans se transformer en analyste-programmeur !

Les indices de personne

Au niveau de l’énonciation, la multiplication du « vous » interpelle directement le consommateur et vise à la persuasion. Tout l’argumentaire est en effet fortement conatif, mais les phrases sont pleines de nuances, et introduisent le lecteur dans le cadre d’un scénario narratif :

« Alors, vous adaptez vos lessive à votre planning… Vous pouvez ainsi gagner jusqu’à 1h45 min… Et soyez tranquilles… »

Le public s’imagine ainsi ce qu’il ferait s’il avait cette machine. Or, tout est conçu pour que la vie paraisse réglée d’avance, sans mauvaise surprise ; la fin de l’argumentaire est tout à fait claire : l’expression « toujours aussi » amène un point de vue itératif (valeur d’habitude) : les lavages semblent se répéter et c’est « toujours aussi impeccable ». À l’exploit technologique, trop événementiel et limité dans le temps, les publicitaires ont privilégié plutôt une temporalité longue : imparfait à valeur durative et présent de généralité confèrent au produit une sorte de reconnaissance, d’universalité et d’omnitemporalité, le faisant échapper ainsi à l’aspect « phénomène de mode » et « passager » du gadget.

« Science sans conscience »…

Pour terminer cette étude, consacrons quelques lignes au logo et au visuel de la marque. Contrastant avec la structure assez  carrée de l’image, la forme elliptique suggère ici une sorte de retour aux valeurs fondamentales de l’être humain : trop aller de l’avant est suicidaire si le progrès n’est pas maîtrisé par l’homme. Comme on le voit, cette electrolux_7.1291318555.jpgpublicité possède une dimension éthique forte puisqu’elle met en avant des valeurs morales inscrivant le progrès technologique dans une réflexion sur le sens de nos actions, et implicitement sur l’environnement. D’où le slogan « On pense à vous » hautement polysémique : facilitation de la vie quotidienne, simplification des tâches ménagères, et lutte contre le gaspillage. Le verbe « penser » est très important ici : il signifie « concevoir », « réfléchir », « créer », autant de mots qui connotent l’engagement presque  éthique, au sens de « ne pas oublier » un devoir fondamental de l’être humain. Il inscrit ainsi le signifié de la marque dans un nouvel humanisme qui place les valeurs humaines et environnementales au centre de nos préoccupations quotidiennes. Le slogan rappelle également et prolonge la phrase d’accroche « Nous pensions ». Mais à l’imparfait succède ici le présent de vérité générale. Enfin, le verbe « penser » évoque le fameux « cogito » cartésien (« Je pense donc je suis » : la répétition du verbe place le lecteur dans une perspective essentialiste (un consommateur du troisième millénaire qui sent, qui ressent, qui doute). La publicité lui propose ainsi une réponse rationnelle et objective qui justifie le choix du produit comme réponse aux doutes et aux incertitudes du consommateur.

Le logo de la marque

Quant au logo de la marque, il est en parfaite cohérence avec la symbolique de l’ensemble : le cercle, symbole de temps, évoque le monde electrolux_6.1291308574.jpgdans sa totalité signifiante, à la fois multiple et unique. La flèche stylisée est tournée vers la gauche comme pour situer la marque dans une perspective identitaire intergénérationnelle. La ligne verticale qui clôt le motif semble ici répondre à une préoccupation morale, suggérant la droiture et l’éthique du progrès technologique qui doit être maîtrisé rationnellement. Le logo s’insère en outre dans un fond très codé au niveau de la couleur : le gris bleuté assez clair connote bien les aspects environnementaux qui préoccupent les nouveaux consommateurs.

« Science sans conscience »… Tel semble bien être le slogan implicite de cette publicité, dont la simplicité même est pourtant si complexe à déchiffrer…

Bruno Rigolt

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Crédits
NetÉtiquette : article protégé par copyright ; la diffusion publique est autorisée sous réserve d’indiquer le nom de l’auteur ainsi que la source : http://brunorigolt.blog.lemonde.fr/2010/12/02/tp-seconde-6-semiologie-de-limage-publicitaire-lave-linge-electrolux/

Copyright : toutes les marques citées dans cette étude sont déposées. Les publicités et les différents éléments qui les composent (logos, messages linguistiques et iconiques) sont la propriété de leurs détenteurs respectifs.

Merci à eux d’en permettre l’exploitation à des fins pédagogiques.

cdr_bouton.1265104317.gif  
© Bruno Rigolt, (EPC/Lycée en Forêt, Montargis, France), février 2008, décembre 2010

Un hommage au 11 novembre 1918… par la classe de Première L2…

Signé à l’aube du 11 novembre 1918 en forêt de Compiègne (Oise), l’armistice marque la fin de la Première Guerre mondiale (1914-1918), qui a fait plus de vingt millions de morts et autant d’invalides et de mutilés. Au-delà de la capitulation de l’Allemagne et de la victoire des Alliés, sa commémoration dans un monde plus fragmenté que jamais, appelle à un nécessaire travail de mémoire que la classe de Première L2 du Lycée en Forêt a souhaité accompagner par une recherche poétique, dont voici le fruit.

                   

Verdun

Création collective (*)

(Première L2)

                

Tes mains étaient douces comme l’horizon

Ton sourire arraché au vent comme la tristesse

Tes larmes vivantes comme l’orage,

Et comme ce train déjà mort

Qui filait dans l’oubli,

Loin du bleu nuit de ton regard

Sous un déluge d’obus…

Le temps changeant de ton visage

S’est perdu comme l’exil

Dans un rapport de pertes de un pour deux…

               

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Là où les fusils chantaient la peur…

par Étienne L.

(Première L2)

                  

Plongé dans cet océan de bruit,

Je me suis égaré dans l’abyme des cris,

Méandres douloureux et anéantis,

Là où les fusils chantaient la peur,

Même les rats nous prenaient en horreur.   

Le vent éparpillé de larmes verra à jamais ce drame

Comme la frénésie d’une patrie

Emmenant ses propres enfants

Qui refusaient simplement

De tirer sur l’opposant.

La poussière de l’aube les tira des explosions

Pour les mener au peloton…

             

verdun_2_3.1291146668.JPG

               

Dans le cœur libre des oiseaux

Création collective (*)

(Première L2)

               

L’eau de tes yeux coulait fascinante comme le rêve

Et le train de 7h30 s’ébranla vers Berlin

La lumière de mon cœur vagabondait

Dans le cœur libre des oiseaux…

Comme il était prescrit sur mon ordre de mobilisation,

Je partais vers toujours,

Vers les peines riches de l’Histoire.

Je rêvais profondément d’amour :

Ton fantôme murmurait doucement comme la mort au matin…

                   

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Marcel Gromaire, « La Guerre« , 1925 (Musée d’art moderne de la Ville de Paris. © ADAGP/RMN – Bulloz)

                     

(*) Création collective : Floriane A. Adelyne B. Nicolas B. Ingrid B. Lola B. Céline B. Honorine B. Marie B. Noëlle B. Rose B. Nicolas B. Margaux B. Émilie C. Morane C. Théo D. Marc D. Léa G. Coralie G. Dakota G. Melvin H. Todd H. Patricia K. Étienne L. Émilie M. Mélissa M. Guillaume M. Manon M. Antoine N. Arthur S. Odyssée S. Lucie S. Brice T. Lysiane V. Agathe V. Kevin V.

Corrigé BTS Synthèse Génération(s) Les âges de la vie perturbés… L'interminable adulescence

logo-bts-generations-epc-corrige_1.1291133190.jpgEntraînement BTS :

Devenir adulte… Rester jeune…

« Génération(s), les âges de la vie perturbés »

                  

Corrigé de la synthèse

arrow.1242450507.jpg Pour accéder au corpus, cliquez ici.
                 
[Le corpus, très fourni (5 documents), et particulièrement dense, explique la longueur inhabituelle de cette synthèse].

Dans le contexte de crise et d’instabilité sociétales (¹) qui est le nôtre, la réflexion sur la signification du devenir dans les sociétés modernes a pris une dimension essentielle : tel est l’enjeu de ce corpus qui nous invite à réfléchir aux conditions d’accession à l’âge adulte des générations actuelles. C’est en sociologue qu’Olivier Galland aborde cette réflexion en montrant que la jeunesse est avant tout un passage dont les frontières et la définition ont évolué au cours de l’histoire. Cécile van De Velde quant à elle, soumet à une lecture comparative la question du traitement de la jeunesse dans différentes sociétés européennes. Mais il revient aux philosophes Éric Deschavanne et Pierre-Henri Tavoillot de mettre l’accent sur les difficultés à devenir adulte dans un monde où les repères générationnels se sont brouillés. Enfin, c’est sur un mode plaisant mais non moins essentiel que la célèbre affiche du film Tanguy et que la campagne publicitaire pour la marque « Petit Bateau » (documents 4 et 5) réinvestissent ces questionnements que nous nous proposons d’aborder selon une triple perspective : si tous les documents renvoient à l’importance de la jeunesse dans les sociétés actuelles, ils soulignent corrélativement les difficultés à définir cette jeunesse, en fonction des modèles culturels, économiques ou sociaux dominants. Enfin, toute la question sera de savoir comment devenir adulte et aspirer à grandir dans des systèmes où le jeunisme semble être devenu une axiologie (²) dominante.

                   

Un constat s’impose d’emblée : si la jeunesse est devenue un enjeu capital pour comprendre les facteurs qui régissent notre modernité, elle a aussi entraîné un certain « brouillage générationnel » et discrédité la notion même d’adulte, particulièrement dans nos sociétés où l’allongement des études et les difficultés d’insertion retardent le passage de l’enfance à la maturité. Tel est le sens de l’article d’Éric Deschavanne et Pierre-Henri Tavoillot intitulé « Une crise de l’âge adulte ? » et paru en mai 2008 dans le numéro 193 de la revue Sciences Humaines. Pour les auteurs, non seulement le passage à la maturité est source d’interrogation et d’incertitude chez les jeunes, mais aussi d’appréhension et de crainte pour les adultes eux-mêmes, au point que personne ne semble plus vouloir assumer son âge. L’affiche du film Tanguy réalisé par Étienne Chatiliez en 2001 est illustrative de ce refus de grandir par peur d’affronter le monde. Le personnage principal, Tanguy, a vingt-huit ans et vit toujours chez ses parents. Sur l’affiche du film, nous le voyons radieux et assis en costume entre son père et sa mère, qui eux, en pyjama dans leur lit, arborent une mine plutôt contrariée. Si ce film est devenu un véritable phénomène de société, c’est que l' »adulescence » est le signe tangible d’une génération pour qui l’âge adulte symbolise d’abord le spectre du vieillissement et de la mort. Comme le faisaient remarquer Éric Deschavanne et Pierre-Henri Tavoillot, refuser de grandir, c’est conséquemment refuser l’identité adulte.

Cette exaltation de la jeunesse caractéristique des dernières décennies a fini par répandre dans les esprits la conviction que passer de l’enfance à l’âge adulte était forcément un déclin. La mercatique a d’ailleurs exploité opportunément ce phénomène de société. Ainsi, la campagne publicitaire « Les mois » pour la marque « Petit Bateau » (2009), par son aspect intergénérationnel, se joue avec espièglerie du jeunisme de notre époque qui a fini par envahir les rapports parents-enfants : on y voit des bébés, des adultes, des jeunes et des seniors présentés deux par deux (« Elodie 216 mois, Evan 13 mois » par exemple ou bien encore « Chantal 241 mois, Robert 888 mois ») et le slogan résonne comme une promesse en clin d’œil : « Petit Bateau pour toujours ». Néanmoins, la publicité pourrait prêter à une certaine confusion, voire à de la complaisance en faisant de la jeunesse une valeur en soi, en l’érigeant en valeur suprême : le fait que les âges soient évoqués en mois ne relève-t-il pas, au delà de l’humour évident, d’une démagogie flatteuse ? Dès lors, n’est-il pas permis de parler d’une « confusion des âges » pour reprendre les propos d’Éric Deschavanne et Pierre-Henri Tavoillot ? Alors que les jeunes rêvent de devenir adultes, les adultes redoutent de vieillir et aspirent à retomber en enfance : ne « surtout pas faire son âge » semble donc être devenu l’unique credo des sociétés contemporaines. Une telle approche complique encore davantage l’acquisition des attributs du statut d’adulte.

Dès lors, un premier constat s’impose : il est très difficile d’aborder objectivement la jeunesse. Olivier Galland, directeur de recherche au CNRS analyse ainsi dans un entretien publié en 2008 par France Diplomatie la notion de jeunesse en tant que catégorie sociale et culturelle spécifique, qu’il conviendrait d’étudier selon lui en se gardant de toute représentation par trop idéologique. L’auteur montre bien comment, particulièrement dans notre pays, les débats n’ont fait souvent qu’alimenter la stigmatisation de la jeunesse alors qu’il faudrait l’aborder « comme un passage entre d’autres âges de la vie, comme une portion du cycle de vie ». Ces propos sont à mettre en relation avec l’analyse proposée par Cécile Van de Velde. Dans « Jeunesses d’Europe, trajectoires comparées » (revue Projet n° 305, juillet 2008), l’auteure souligne combien le modèle français, essentiellement corporatiste et cloisonné, a pu favoriser une approche rigide des jeunes au détriment par exemple de l’approche scandinave où domine une vision de la jeunesse inscrite dans une logique de développement personnel et de cheminement exploratoire, qui légitime au sein même de la société l’émancipation individuelle.

            

Comme nous le comprenons, si la question de la jeunesse est un enjeu prospectif majeur pour aborder les formes de passage à l’âge adulte, les modèles d’analyse existants n’ont pas toujours pris en considération la spécificité de cette jeunesse. À ce titre, Olivier Galland rappelle combien l’idéal d’émancipation et de citoyenneté développé par les Lumières, et corrélativement la montée des processus d’individualisation et de confrontation sociale, ont favorisé l’émergence de modèles d’intervention étatique n’envisageant la jeunesse que sous un aspect conflictuel : les « jeunes » qu’il faut cadrer pour éviter tout débordement, s’opposant aux « vieux ». En fait, plus qu’une période de déviance ou de contestation de l’ordre établi, l’auteur estime que la jeunesse est d’abord « un âge de grande fragilité ». Fragilité qui résulte de facteurs sociaux comme les inégalités intergénérationnelles ou de facteurs économiques comme la restructuration industrielle qu’a connue la France ces dernières décennies. Ces facteurs ont non seulement accentué les incertitudes mais ils ont été source d’une angoisse face à l’avenir. Le spectre de la précarité, voire de la marginalisation sociale, proportionnel à la non qualification de certains jeunes, est en effet devenu l’un des facteurs les plus discriminants aujourd’hui, et explique en partie la montée de la violence et des communautarismes auprès des non-diplômés, particulièrement dans des sociétés où l’opulence consumériste et les valeurs libertaires ont été érigées en modèle social.

Sa réflexion rejoint l’analyse de Cécile van De Velde à propos de la jeunesse française : d’après elle, l’entrée dans l’âge adulte, vécue comme un engagement solennel, tend à faire de la jeunesse une période de construction identitaire et professionnelle qui catégorise hiérarchiquement les individus selon une logique trop déterministe. La difficulté d’un retour à la formation dans la vie active tend par exemple à ériger le niveau initial de poursuite d’études en critère unique de réussite sociale et d’intégration professionnelle. Cette approche de la jeunesse ne va donc pas sans difficultés : comme nous l’avons vu, les pays scandinaves, où domine également une forme de jeunesse longue, l’inscrivent plus judicieusement dans une logique de développement personnel et de cheminement exploratoire, qui légitime au sein même de la société l’émancipation individuelle et la socialisation extrafamiliale. Comme le dit l’auteure, « rester chez ses parents est associé à une « perte de temps », un « isolement » néfaste, voire « dangereux » empêchant de « devenir adulte », et freinant la construction d’une « vie à soi ». Il n’est pas besoin de faire de nouveau référence au film Tanguy pour s’en convaincre.

De nos remarques précédentes ressort une vérité essentielle : à savoir que les modèles classiques d’entrée dans la vie adulte ne semblent plus suffire pour aborder la diversité grandissante que vivent les jeunes aujourd’hui. L’étude comparative menée par Cécile van De Velde montre bien que la multiplicité des destins au sein de la nouvelle génération européenne empêche tout traitement global. Si en France par exemple, la jeunesse est en proie à l’adultisation précoce et à l’autonomisation, elle reste confrontée à une absence de statut et condamnée à dépendre, au moins financièrement, des parents. Au Royaume-Uni au contraire, l’accès au statut social et familial d’adulte est d’autant plus rapide que l’État n’intervient pas financièrement dans l’accompagnement vocationnel des jeunes, selon une logique libérale qui prône avant tout l’autofinancement, la responsabilité individuelle et l’autonomisation. Enfin, en Espagne, les facteurs culturels mais aussi la crise et la précarité professionnelle conditionnent largement le maintien tardif des jeunes au sein de la sphère familiale. De fait, le foyer parental n’est quitté que très tardivement. L’intérêt de cette approche comparative est bien de montrer que d’un pays à l’autre, le chemin pour devenir adulte s’inscrit largement dans des logiques culturelles et des déterminismes historiques profondément ancrés dans l’inconscient collectif.

            

En fait, tous les textes du corpus montrent que l’idéal adulte d’aujourd’hui est d’autant plus douloureux et difficile à atteindre qu’il exigerait une réconciliation avec l’idée de société, au sens historique du terme, tâche exigeante, et idéal difficile à acquérir car il est en contradiction avec le modèle social de l’individualisme occidental, qui pousse les adultes à ne pas assumer leur âge. Pour Éric Deschavanne et Pierre-Henri Tavoillot en effet, une telle attitude amène l’individu à entrer en contradiction non seulement avec les autres mais plus encore avec soi-même par peur d’affronter sa propre singularité face au monde. Les deux philosophes mais aussi le sociologue Olivier Galland montrent donc qu’il est devenu plus compliqué de devenir adulte pour des raisons culturelles et structurelles, mais aussi conjoncturelles liées à l’incertitude économique et enfin parce que la transmission des valeurs est devenue plus difficile dans le monde d’aujourd’hui où les jeunes doivent de plus en plus se trouver seuls des modèles normatifs. L’affiche du film Tanguy est d’ailleurs illustrative de cette faillite du modèle éducatif parental. On pourrait tout aussi bien évoquer la campagne publicitaire « Petit Bateau » qui, en brouillant les repères générationnels et normatifs, propose une vision fragilisée de l’état adulte, et plus globalement de la société dans son ensemble.

Comme nous le comprenons, ce qu’on appelait autrefois les rites de passage est au cœur même du débat. Comme le remarquent avec justesse  Éric Deschavanne et Pierre-Henri Tavoillot, même de nos jours, le long chemin pour devenir adulte s’organise en étapes rythmées par des crises et qui préparent à affronter la maturité, qui est toujours considérée comme le but ultime de la vie. Non seulement, pour les auteurs, le fait de vouloir accéder à l’âge adulte reste encore un objectif marquant de l’existence, mais, malgré l’apparent jeunisme de notre société, chacun aspire à cet idéal de maturité, qui peut être défini par l’expérience, qui est le rapport au monde, la responsabilité qui est le rapport aux autres, et l’authenticité qui est le rapport à soi-même. Mais comment atteindre cet idéal quand les conditions d’accession à l’âge adulte ont été modifiées, tout comme la représentation du statut de l’adulte ? Ainsi que nous le remarquions, l’affiche du film Tanguy de même que les photographies pour la marque « Petit Bateau » sont à ce titre éclairantes. Tous les textes du corpus nous rappellent enfin explicitement ou implicitement combien la multiplication des rites de passage dans les sociétés modernes a eu pour effet d’étaler et de fragmenter à l’infini les attributs sociaux de la maturité. 

Au terme de ce travail, interrogeons-nous : la question de la jeunesse est l’un des problèmes de société les plus importants qui se posent à notre modernité. Cécile Van de Velde montre bien qu’être adulte aujourd’hui coïncide avec de multiples représentations en fonction des cultures. Mais comme l’indique Olivier Galland, ces représentations sont plus fragmentées que par le passé. De même, « les autres phases, qui marquaient auparavant le passage à l’âge adulte, sont devenues plus floues ». C’était également l’intérêt de la réflexion d’Éric Deschavanne et Pierre-Henri Tavoillot de montrer que l’instabilité de la construction sociale de l’adulte s’explique en partie par l’échec de la formation identitaire dans une culture occidentale bouleversée, qui se cherche de nouvelles valeurs, mais qui a perdu ses repères et qu’il est devenu plus difficile d’appréhender. Au-delà de la question de l’effacement des frontières entre le monde de l’enfance et le monde de l’âge adulte, c’est donc tout le problème de notre modernité qui se trouve ici posé : La désorganisation des repères symboliques et culturels commande en effet d’aborder différemment les questions intergénérationnelles et plus largement les pratiques de l’intervention sociale.

                

Bruno Rigolt

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Notes
(1) Sociétal : qui est relatif aux valeurs et aux normes instituées d’une société.
(2) axiologie : qui se réfère aux valeurs éthiques et morales.

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© Bruno Rigolt, (EPC/Lycée en Forêt, Montargis, France), novembre 2010

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Devenir adulte… Rester jeune…

« Génération(s), les âges de la vie perturbés »

                  

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[Le corpus, très fourni (5 documents), et particulièrement dense, explique la longueur inhabituelle de cette synthèse].

Dans le contexte de crise et d’instabilité sociétales (¹) qui est le nôtre, la réflexion sur la signification du devenir dans les sociétés modernes a pris une dimension essentielle : tel est l’enjeu de ce corpus qui nous invite à réfléchir aux conditions d’accession à l’âge adulte des générations actuelles. C’est en sociologue qu’Olivier Galland aborde cette réflexion en montrant que la jeunesse est avant tout un passage dont les frontières et la définition ont évolué au cours de l’histoire. Cécile van De Velde quant à elle, soumet à une lecture comparative la question du traitement de la jeunesse dans différentes sociétés européennes. Mais il revient aux philosophes Éric Deschavanne et Pierre-Henri Tavoillot de mettre l’accent sur les difficultés à devenir adulte dans un monde où les repères générationnels se sont brouillés. Enfin, c’est sur un mode plaisant mais non moins essentiel que la célèbre affiche du film Tanguy et que la campagne publicitaire pour la marque « Petit Bateau » (documents 4 et 5) réinvestissent ces questionnements que nous nous proposons d’aborder selon une triple perspective : si tous les documents renvoient à l’importance de la jeunesse dans les sociétés actuelles, ils soulignent corrélativement les difficultés à définir cette jeunesse, en fonction des modèles culturels, économiques ou sociaux dominants. Enfin, toute la question sera de savoir comment devenir adulte et aspirer à grandir dans des systèmes où le jeunisme semble être devenu une axiologie (²) dominante.

                   

Un constat s’impose d’emblée : si la jeunesse est devenue un enjeu capital pour comprendre les facteurs qui régissent notre modernité, elle a aussi entraîné un certain « brouillage générationnel » et discrédité la notion même d’adulte, particulièrement dans nos sociétés où l’allongement des études et les difficultés d’insertion retardent le passage de l’enfance à la maturité. Tel est le sens de l’article d’Éric Deschavanne et Pierre-Henri Tavoillot intitulé « Une crise de l’âge adulte ? » et paru en mai 2008 dans le numéro 193 de la revue Sciences Humaines. Pour les auteurs, non seulement le passage à la maturité est source d’interrogation et d’incertitude chez les jeunes, mais aussi d’appréhension et de crainte pour les adultes eux-mêmes, au point que personne ne semble plus vouloir assumer son âge. L’affiche du film Tanguy réalisé par Étienne Chatiliez en 2001 est illustrative de ce refus de grandir par peur d’affronter le monde. Le personnage principal, Tanguy, a vingt-huit ans et vit toujours chez ses parents. Sur l’affiche du film, nous le voyons radieux et assis en costume entre son père et sa mère, qui eux, en pyjama dans leur lit, arborent une mine plutôt contrariée. Si ce film est devenu un véritable phénomène de société, c’est que l' »adulescence » est le signe tangible d’une génération pour qui l’âge adulte symbolise d’abord le spectre du vieillissement et de la mort. Comme le faisaient remarquer Éric Deschavanne et Pierre-Henri Tavoillot, refuser de grandir, c’est conséquemment refuser l’identité adulte.

Cette exaltation de la jeunesse caractéristique des dernières décennies a fini par répandre dans les esprits la conviction que passer de l’enfance à l’âge adulte était forcément un déclin. La mercatique a d’ailleurs exploité opportunément ce phénomène de société. Ainsi, la campagne publicitaire « Les mois » pour la marque « Petit Bateau » (2009), par son aspect intergénérationnel, se joue avec espièglerie du jeunisme de notre époque qui a fini par envahir les rapports parents-enfants : on y voit des bébés, des adultes, des jeunes et des seniors présentés deux par deux (« Elodie 216 mois, Evan 13 mois » par exemple ou bien encore « Chantal 241 mois, Robert 888 mois ») et le slogan résonne comme une promesse en clin d’œil : « Petit Bateau pour toujours ». Néanmoins, la publicité pourrait prêter à une certaine confusion, voire à de la complaisance en faisant de la jeunesse une valeur en soi, en l’érigeant en valeur suprême : le fait que les âges soient évoqués en mois ne relève-t-il pas, au delà de l’humour évident, d’une démagogie flatteuse ? Dès lors, n’est-il pas permis de parler d’une « confusion des âges » pour reprendre les propos d’Éric Deschavanne et Pierre-Henri Tavoillot ? Alors que les jeunes rêvent de devenir adultes, les adultes redoutent de vieillir et aspirent à retomber en enfance : ne « surtout pas faire son âge » semble donc être devenu l’unique credo des sociétés contemporaines. Une telle approche complique encore davantage l’acquisition des attributs du statut d’adulte.

Dès lors, un premier constat s’impose : il est très difficile d’aborder objectivement la jeunesse. Olivier Galland, directeur de recherche au CNRS analyse ainsi dans un entretien publié en 2008 par France Diplomatie la notion de jeunesse en tant que catégorie sociale et culturelle spécifique, qu’il conviendrait d’étudier selon lui en se gardant de toute représentation par trop idéologique. L’auteur montre bien comment, particulièrement dans notre pays, les débats n’ont fait souvent qu’alimenter la stigmatisation de la jeunesse alors qu’il faudrait l’aborder « comme un passage entre d’autres âges de la vie, comme une portion du cycle de vie ». Ces propos sont à mettre en relation avec l’analyse proposée par Cécile Van de Velde. Dans « Jeunesses d’Europe, trajectoires comparées » (revue Projet n° 305, juillet 2008), l’auteure souligne combien le modèle français, essentiellement corporatiste et cloisonné, a pu favoriser une approche rigide des jeunes au détriment par exemple de l’approche scandinave où domine une vision de la jeunesse inscrite dans une logique de développement personnel et de cheminement exploratoire, qui légitime au sein même de la société l’émancipation individuelle.

            

Comme nous le comprenons, si la question de la jeunesse est un enjeu prospectif majeur pour aborder les formes de passage à l’âge adulte, les modèles d’analyse existants n’ont pas toujours pris en considération la spécificité de cette jeunesse. À ce titre, Olivier Galland rappelle combien l’idéal d’émancipation et de citoyenneté développé par les Lumières, et corrélativement la montée des processus d’individualisation et de confrontation sociale, ont favorisé l’émergence de modèles d’intervention étatique n’envisageant la jeunesse que sous un aspect conflictuel : les « jeunes » qu’il faut cadrer pour éviter tout débordement, s’opposant aux « vieux ». En fait, plus qu’une période de déviance ou de contestation de l’ordre établi, l’auteur estime que la jeunesse est d’abord « un âge de grande fragilité ». Fragilité qui résulte de facteurs sociaux comme les inégalités intergénérationnelles ou de facteurs économiques comme la restructuration industrielle qu’a connue la France ces dernières décennies. Ces facteurs ont non seulement accentué les incertitudes mais ils ont été source d’une angoisse face à l’avenir. Le spectre de la précarité, voire de la marginalisation sociale, proportionnel à la non qualification de certains jeunes, est en effet devenu l’un des facteurs les plus discriminants aujourd’hui, et explique en partie la montée de la violence et des communautarismes auprès des non-diplômés, particulièrement dans des sociétés où l’opulence consumériste et les valeurs libertaires ont été érigées en modèle social.

Sa réflexion rejoint l’analyse de Cécile van De Velde à propos de la jeunesse française : d’après elle, l’entrée dans l’âge adulte, vécue comme un engagement solennel, tend à faire de la jeunesse une période de construction identitaire et professionnelle qui catégorise hiérarchiquement les individus selon une logique trop déterministe. La difficulté d’un retour à la formation dans la vie active tend par exemple à ériger le niveau initial de poursuite d’études en critère unique de réussite sociale et d’intégration professionnelle. Cette approche de la jeunesse ne va donc pas sans difficultés : comme nous l’avons vu, les pays scandinaves, où domine également une forme de jeunesse longue, l’inscrivent plus judicieusement dans une logique de développement personnel et de cheminement exploratoire, qui légitime au sein même de la société l’émancipation individuelle et la socialisation extrafamiliale. Comme le dit l’auteure, « rester chez ses parents est associé à une « perte de temps », un « isolement » néfaste, voire « dangereux » empêchant de « devenir adulte », et freinant la construction d’une « vie à soi ». Il n’est pas besoin de faire de nouveau référence au film Tanguy pour s’en convaincre.

De nos remarques précédentes ressort une vérité essentielle : à savoir que les modèles classiques d’entrée dans la vie adulte ne semblent plus suffire pour aborder la diversité grandissante que vivent les jeunes aujourd’hui. L’étude comparative menée par Cécile van De Velde montre bien que la multiplicité des destins au sein de la nouvelle génération européenne empêche tout traitement global. Si en France par exemple, la jeunesse est en proie à l’adultisation précoce et à l’autonomisation, elle reste confrontée à une absence de statut et condamnée à dépendre, au moins financièrement, des parents. Au Royaume-Uni au contraire, l’accès au statut social et familial d’adulte est d’autant plus rapide que l’État n’intervient pas financièrement dans l’accompagnement vocationnel des jeunes, selon une logique libérale qui prône avant tout l’autofinancement, la responsabilité individuelle et l’autonomisation. Enfin, en Espagne, les facteurs culturels mais aussi la crise et la précarité professionnelle conditionnent largement le maintien tardif des jeunes au sein de la sphère familiale. De fait, le foyer parental n’est quitté que très tardivement. L’intérêt de cette approche comparative est bien de montrer que d’un pays à l’autre, le chemin pour devenir adulte s’inscrit largement dans des logiques culturelles et des déterminismes historiques profondément ancrés dans l’inconscient collectif.

            

En fait, tous les textes du corpus montrent que l’idéal adulte d’aujourd’hui est d’autant plus douloureux et difficile à atteindre qu’il exigerait une réconciliation avec l’idée de société, au sens historique du terme, tâche exigeante, et idéal difficile à acquérir car il est en contradiction avec le modèle social de l’individualisme occidental, qui pousse les adultes à ne pas assumer leur âge. Pour Éric Deschavanne et Pierre-Henri Tavoillot en effet, une telle attitude amène l’individu à entrer en contradiction non seulement avec les autres mais plus encore avec soi-même par peur d’affronter sa propre singularité face au monde. Les deux philosophes mais aussi le sociologue Olivier Galland montrent donc qu’il est devenu plus compliqué de devenir adulte pour des raisons culturelles et structurelles, mais aussi conjoncturelles liées à l’incertitude économique et enfin parce que la transmission des valeurs est devenue plus difficile dans le monde d’aujourd’hui où les jeunes doivent de plus en plus se trouver seuls des modèles normatifs. L’affiche du film Tanguy est d’ailleurs illustrative de cette faillite du modèle éducatif parental. On pourrait tout aussi bien évoquer la campagne publicitaire « Petit Bateau » qui, en brouillant les repères générationnels et normatifs, propose une vision fragilisée de l’état adulte, et plus globalement de la société dans son ensemble.

Comme nous le comprenons, ce qu’on appelait autrefois les rites de passage est au cœur même du débat. Comme le remarquent avec justesse  Éric Deschavanne et Pierre-Henri Tavoillot, même de nos jours, le long chemin pour devenir adulte s’organise en étapes rythmées par des crises et qui préparent à affronter la maturité, qui est toujours considérée comme le but ultime de la vie. Non seulement, pour les auteurs, le fait de vouloir accéder à l’âge adulte reste encore un objectif marquant de l’existence, mais, malgré l’apparent jeunisme de notre société, chacun aspire à cet idéal de maturité, qui peut être défini par l’expérience, qui est le rapport au monde, la responsabilité qui est le rapport aux autres, et l’authenticité qui est le rapport à soi-même. Mais comment atteindre cet idéal quand les conditions d’accession à l’âge adulte ont été modifiées, tout comme la représentation du statut de l’adulte ? Ainsi que nous le remarquions, l’affiche du film Tanguy de même que les photographies pour la marque « Petit Bateau » sont à ce titre éclairantes. Tous les textes du corpus nous rappellent enfin explicitement ou implicitement combien la multiplication des rites de passage dans les sociétés modernes a eu pour effet d’étaler et de fragmenter à l’infini les attributs sociaux de la maturité. 

Au terme de ce travail, interrogeons-nous : la question de la jeunesse est l’un des problèmes de société les plus importants qui se posent à notre modernité. Cécile Van de Velde montre bien qu’être adulte aujourd’hui coïncide avec de multiples représentations en fonction des cultures. Mais comme l’indique Olivier Galland, ces représentations sont plus fragmentées que par le passé. De même, « les autres phases, qui marquaient auparavant le passage à l’âge adulte, sont devenues plus floues ». C’était également l’intérêt de la réflexion d’Éric Deschavanne et Pierre-Henri Tavoillot de montrer que l’instabilité de la construction sociale de l’adulte s’explique en partie par l’échec de la formation identitaire dans une culture occidentale bouleversée, qui se cherche de nouvelles valeurs, mais qui a perdu ses repères et qu’il est devenu plus difficile d’appréhender. Au-delà de la question de l’effacement des frontières entre le monde de l’enfance et le monde de l’âge adulte, c’est donc tout le problème de notre modernité qui se trouve ici posé : La désorganisation des repères symboliques et culturels commande en effet d’aborder différemment les questions intergénérationnelles et plus largement les pratiques de l’intervention sociale.

                

Bruno Rigolt

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Notes
(1) Sociétal : qui est relatif aux valeurs et aux normes instituées d’une société.
(2) axiologie : qui se réfère aux valeurs éthiques et morales.

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© Bruno Rigolt, (EPC/Lycée en Forêt, Montargis, France), novembre 2010

Un automne en poésie 2011 1L2 1S2 1STG3… Cinquième livraison

Un automne en poésie… édition 2011… Cinquième livraison

Voici l’avant-dernière livraison de l’édition 2011 d’Un automne en poésie, manifestation d’art qui entend marquer à sa manière la rentrée littéraire au Lycée en Forêt. Plus de soixante textes, tous inédits ! Ces poèmes, souvent d’une grande densité intellectuelle, chantent avant tout la nostalgie de l’Idéal et du Spirituel. Proclamant le pouvoir de l’art sur la vie quotidienne, de la subjectivité sur l’objectivité, de l’imaginaire sur le réel, ils s’inscrivent dans la tradition symboliste. Je vous laisse découvrir la suite des textes publiés…

NetÉtiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans cet Espace Pédagogique Contributif, les poèmes des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du poème cité (URL de la page).
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La brume commence à danser

par Melvin H.

(Classe de Première L2)

               

La pureté des étoiles se fond dans la nuit
Le soupir du vent ne fait plus de bruit
Des lumières dans le ciel vacillent
Ce sont celles des lucioles
D’ici déjà des heures les rayons du soleil
Caresseront le sol. La brume commence à danser
Dans les herbes fades et la fraîcheur de l’air
Qui court lentement sur moi s’évade…

           

          

Je m’envole

par Louis C.
(Classe de Première STG3)

                 

Comme Icare je m’envole
Vers l’infini désespoir
De la tristesse envoûtée.

Mon cœur mélancolique
Ne saurait faire trembler
Les fleurs du voyage.

Homme, je sais me comparer
Aux nuées ardentes :
Le jour du Jugement Dernier arrivera :

Zeus, roi des rois,
Viendra disloquer l’homme le long des côtes
Les entrailles du monde pourriront au fond des abysses

Alors la nature s’enfuira
Pour échapper aux hommes
Pleins de solitude et d’amertume.

                 

                    

De nos jours

par Zyad A.
(Classe de Première S2)

                 

De nos jours, le cœur des hommes est noir de vide
La démence des anges appelle à l’enfer
Le monde exprime ses joies au-dessus du précipice
Ces joies qui attristent le bonheur,
Qui grisent les roses
Et font pleurer les rêves…

De nos jours, imposture et fabulation
Éblouissent les hommes
D’une lumière ténébreuse
Une chimère qui aveugle le monde.
Les larmes de nos jours heureux coulent, coulent
Vers une chute certaine.

        

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Les sentiments s’évaporent

par Hapsa S.
(Classe de Première STG3)

                 

En ce jour de tristesse,

Les sentiments s’évaporent ;

Le temps n’a guère de valeur

Et la clarté lunaire se reflète en mon cœur.

             

Les âmes se vident

En ce jour de tristesse,

Le cœur fragile,

Le mal nous déchire.

                       

Les esprits voyagent

Les souvenirs s’effacent

En ce jour de tristesse

Et le silence s’installe.

              

Le désir de Liberté

Vers nos rêves

Se lit dans les yeux du monde

En ce jour de tristesse…

                  

    

Après une lecture de “Brise marine”

par Odyssée S.
(Classe de Première L2)

                 

Pantin de vos réalités
Où sommeillent de fictives vérités
Son cœur d’automate hurle à l’excursion :       

Ses membres engourdis veulent partir
Et sa tête se balade à travers les vers et les syllabes
Et son âme délibère parmi les mots,

Abandonne tout son être à d’irréelles proses.
Ce désir onirique lui fit presque épargner
Le dur réveil dans votre réalité.

  

                     

Bonheur accusé

par Léa G.
(Classe de Première L2)

                 

L’orient mord à pleines dents

Le sable chaud et la chaleur éternelle

Le soleil s’achève

Sur les chemins de la mer.

                 

Je vole au fond des océans

J’ai chaviré la profondeur des mers

Doux parfum d’écume envolée

D’étoiles lointaines.

                   

Mes pensées légères comme une feuille morte,

Le bras de la justice frappe à ma porte

Arc-en-ciel arraché de la vie

Mouillé par l’horizon au cœur suprême…

             

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Ivan Aïvazovski La Baie de Naples au clair de lune, 1842 (The Ayvazovski Art Gallery, Théodosie, Ukraine)

                

                    

Le lieu

par Antoine N.
(Classe de Première L2)

                 

C’est un lieu perdu et froid
Pourtant doux comme la soie
Parfois, on ne comprend pas à quoi il sert
Car il peut être vide et silencieux comme le désert.

Beaucoup de gens le gardent pour eux
Ils ne disent rien, sont malheureux
S’ils ne souhaitent dire leur bonheur
C’est qu’il s’agit peut-être d’un simple malheur ?         

Parfois il décide de se chauffer
C’est à ce moment que l’on peut aspirer
À vivre en paix dans un foyer
Devant un feu ardent toujours animé.

Ce lieu peut aussi s’arrêter de parler
Ou bien, dans le pire des cas, se briser
Car cet endroit qui peut donner ou non le malheur
C’est ce beau lieu qu’on appelle le cœur…

           

La rencontre

par Estelle J.
(Classe de Première STG3)

                 

Le toucher d’une femme redonne espoir :

Le temps d’un baiser

Et toutes les larmes sont oubliées.

Cette étoile brillante dans un regard,

Il le sait : il restera celui qui l’aimait sans mesure

Il cherchera aux limites du monde

À revoir ses yeux azur en amande tant convoités.

De la falaise rocheuse où il l’avait rencontrée

Il revoit ce visage inondé d’innocence et de pureté :

Le vent faisait virevolter sa robe blanche

Et ses cheveux d’été pénétrés de soleil…

“Vais-je la revoir un jour ?” pensait-il,

“En tout cas je l’espère”…

                    

                 

Libération solitaire

par Manon M.
(Classe de Première L2)

                 

L’oxygène respire la nature

Et les oiseaux volent vers l’instant

D’une rime étrangère :

Là où la nature est arrachée de ses rêves,

Où la mélancolie des mondes solitaires

Envahit l’intense étourdissement,

Là où des oiseaux papillonnent

Parmi ces cloisons parfois libérées…

       

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Le fleuve du monde déferle

par Nicolas B.
(Classe de Première L2)

                 

Perdu dans une brume à la grisaille éclatante,

L’esprit vagabonde, invisible et gracieux,

Pareil au nuage dans la tempête,

Comme les larmes des glaciers se répandent…

Que l’hiver migre

Et le fleuve du monde déferle !

Noyant, brisant, anéantissant ses souvenirs :

Le barrage a cédé.

Il faut maintenant reconstruire.

              

               

Le poids d’une goutte de pluie

par Pierre A.
(Classe de Première STG3)

                 

La vie, vaste chose oppressée

Telle une feuille subissant le poids

D’une goutte de pluie…

Et l’homme, petite chose

Devant ces colosses que l’on nomme

Les défis de la vie humaine.

Agréable douleur que la vie emplie de larmes ?

L’homme commence à perdre haleine

Ses mains tremblent,

Le Fossoyeur lentement creuse sa tombe.

             

               

Histoire d’une nuit étoilée

par Émilie C.

(Classe de Première L2)

                 

Le chant suprême de mon cœur résonne

Comme le cri de détresse d’un homme à la mer.

Il m’emporte vers des îles belles de solitude

Mon âme se laisse envoler par ce doux rêve

Séquestrée par la douleur d’une nuit étoilée.

              

Puis au soleil levant, elle laisse libre cour

À son désespoir. Mille fois,

J’ai entendu l’histoire de ces nuits étoilées

Jusqu’à ce que ma douce lumière s’éteigne

Laissant en moi un sentiment d’amertume en fleur…

             

           

               

Tempête ensoleillée

par Mélissa M.

(Classe de Première L2)

                 

Semaine sans inspiration

Fin de tempête laissant place au soleil

L’humeur du jour réduite à penser

À la beauté de la vie.

Le vent se mêlera à la mer…

         

            

Le chant des lyres

par Timothy A. et Robin C.

(Classe de Première S2)

                            

Le chant des lyres berce mon cœur décédé

La plainte des nuages comme supplice à une mort égarée

Je parcours ton cœur dans l’image d’une souffrance infinie

Le souvenir de toi envahit ma douce pensée :

Ma peine est vaste comme l’existence succincte…

           

D’autres textes seront publiés prochainement…

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Classe de Seconde 6 : TP Sémiologie de l'image publicitaire. Le Touran de Volkswagen

Ce support de cours est destiné en priorité à la classe de Seconde 6 qui prépare actuellement une série d’analyses sur la sémiologie de l’image publicitaire en vue d’un projet d’écriture collectif. La lecture de l’image (fixe et mobile) figure en effet au programme des classes de Lycée. Elle s’attache à dégager les spécificités du message iconique et à mettre en relation celui-ci avec le langage verbal.

Ce travail s’inspire d’une étude menée en 2008 avec les étudiantes BTS AG-PME 1ère année dans le cadre de mon cours de Culture générale et Expression française.
 
Copyright
© Toutes les marques citées dans cette étude sont déposées. Les publicités et les différents éléments qui les composent (logos, messages linguistiques et iconiques) sont la propriété de leurs détenteurs respectifs.
Merci à eux d’en permettre l’exploitation à des fins pédagogiques.
               
  • Présentation du TP « Sémiologie de l’image publicitaire » : cliquez ici.
  • Pour voir l’analyse d’image de la Lancia Musa), cliquez ici.
  • Pour voir l’analyse d’image du parfum Princess de Vera Wang, cliquez ici.
         

Exemple d’analyse de publicité : le « Touran » Volkswagen

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Le contexte

Publiée en 2007 dans Paris-Match, un magazine généraliste grand public centré sur la « prouesse » journalistique, cette publicité vise essentiellement une cible familiale : les 30-50 ans. Le support de presse choisi est totalement adapté au « Nouveau Volkswagen Touran », monospace à la fois sobre et sensationnaliste de par le décor choisi : celui d’un parc d’attraction.

Les dénotations de l’image

Plusieurs éléments composent cette image. Tout d’abord on peut remarquer que la scène est construite en profondeur. À l’arrière plan, se découpant sur un ciel nocturne éclairé par la lumière artificielle du parc d’attraction, on aperçoit les limites du manège. La voiture, roulant sur les rails d’une montagne russe, est au premier plan. Elle entraîne tout de suite le lecteur dans un univers particulier, celui du parc d’attraction, et de la fête (avec toutes les dérives possibles et les dangers liés à l’univers nocturne…). Le photomontage propose une mise en scène originale et ludique : en premier lieu, la voiture est relativement centrée, mais par son mouvement, elle semble s’apprêter à sortir du cadre.

On peut à ce titre s’intéresser aux lignes de force essentiellement obliques ou diagonales qui organisent la morphologie de l’image. La multiplicité des lignes obliques rend la scène particulièrement dynamique, d’autant qu’elle est construite en profondeur avec de nombreux points d’intersection facilitant l’ancrage visuel. Il est à noter que ces lignes de force convergent vers le bas, amenant ainsi le lecteur à prendre plus facilement connaissance du message linguistique.

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La couleur grise du véhicule se détache nettement du fond. Le cadre assez sombre de la photographie accentue d’ailleurs cette mise en valeur du véhicule. L’aspect ludique du décor contraste enfin avec la sobriété du Touran, qui semble valoriser l’aspect « sécurité » de la conduite.

206_ai_touran_2.1289670245.jpgPar ailleurs, on remarque que le Touran emprunte un chemin différent de celui des véhicules du manège : il semble ainsi mis se démarquer de la concurrence et afficher sa singularité. Sous l’image, on trouve les messages linguistiques. Le nom du produit, puis le slogan « C’est bon d’être père », et enfin l’argumentaire. Celui-ci met essentiellement l’accent sur la dimension sécuritaire du véhicule, mais avec humour : « Biberons, couches, poussettes… La vie d’un père n’est pas un jeu d’enfant ». Au-delà des jeux de mots, ce sont bien les notions de risque liées à la conduite, et de responsabilité éducative qui se trouvent mises en avant. Tout en bas à droite de la publicité, on trouve le logo ainsi que le slogan propre à la marque : « Par amour de l’automobile ».

Les connotations de l’image

Si vous êtes un jour monté sur des montagnes russes, vous savez combien cette attraction inspire la peur et paradoxalement l’envie de se confronter au danger, pour effleurer le paradis des sensations à haut risque. 206_ai_touran_3.1289670382.jpgLa publicité est construite sur cette dramatisation du spectacle, fait de rebondissements, de peurs, de rires. Comment ne pas évoquer ici les dangers de la route suggérés implicitement par les montagnes russes et par la construction de l’image basée sur une mise en abîme : la publicité en effet met en correspondance le jeu et la conduite, le danger et la sécurité. Le Touran est présenté comme un véhicule unissant à la fois l’aspect festif et atypique du produit et sa dimension sécuritaire et normative : il semble ainsi « canaliser » la fête au lieu de la « spectaculariser ». Notez la position du véhicule, fondamentale : le Touran a réussi le « test » des montagnes russes et sort victorieux du manège transformant ainsi le débordement festif en principe d’organisation et de régulation d’une conduite trop dangereuse.

Remarquez à ce sujet le nombre de petits drapeaux qui semblent évoquer des panneaux routiers symbolisant les risques 206_ai_touran_7.1289673070.jpgliés à à la conduite. Ces panneaux assurent un présupposé commun (le code de la route), qui offre à chacun des points de repères. Au lieu d’avoir mis en avant la vitesse, Volkswagen a privilégié au contraire la sécurité et la lutte contre l’incertitude. Dans l’environnement instable des montagnes russes (comme celui d’une route par conduite de nuit), les rails, les drapeaux font figure de règles et de rites normatifs visant à  contrôler les comportements des bons conducteurs. Dans ce contexte, le Touran s’affiche comme un monospace capable de gérer les incertitudes inévitables. Il fait implicitement l’éloge d’une conduite responsable.

« C’est bon d’être père. »

Cette phrase d’accroche n’a sans doute pas manqué de vous interpeller. Le fait « d’être père », c’est se sentir une responsabilité directe vis-à-vis de l’enfant et c’est donc assumer par voie de conséquence le passage du statut de l’homme sexué à celui de l’homme responsable d’un point de vue éducationnel et moral. Les mots « biberons, couches, poussettes » se rapportent au champ lexical des bébés, et connotent évidemment la question de la responsabilité parentale. On notera au passage que tous les mots sont au pluriel, suggérant l’espace important du monospace, prêt à accueillir une famille nombreuse ! On peut également relever ici un très net changement dans les repères institutionnels définissant la paternité. On est très loin de l’image traditionnelle du « paterfamilias » : il est carrément question de « biberons », de « couches » et de « poussettes » ! Le public ciblé est donc le « nouveau père », capable de prendre en charge des tâches ménagères jadis dévolues aux femmes. Dans un contexte émancipatoire où les femmes sont valorisées, le « nouveau père » est celui qui a un rapport plus étroit avec son enfant. Mais pour être un « nouveau père », il n’en est pas moins homme ! Les publicitaires jouent habilement sur cet aspect maladroit et désorganisé de l’homme dès qu’il est question de tâches ménagères : on lui propose de l’aider, de l’assister !

Enfin, la phrase « La vie d’un père n’est pas un jeu d’enfant » pose très explicitement la question de la responsabilité parentale. À la différence des auto-tamponneuses des parcs d’attraction ou des wagonnets des montagnes russes qui sont des « jeux d’enfant », la conduite est un « jeu d’adulte » 206_ai_touran_5.1289671935.jpgqui implique moralement (et pénalement). On peut voir ici une célébration du « nouveau conducteur », à l’opposé du macho ou du frimeur. Comparée aux autres véhicules trop colorés, trop dangereux (armature insuffisante, absence de portes), le monospace de Volkswagen présente un habitacle fermé et sécurisé. Par son aspect fermé, il connote un certain repli sur la sphère privée, sur la famille, le cocooning. À l’imaginaire de la conquête, de l’expansion festive et de l’optimisme désordonné caractéristique des Trente Glorieuses succède ici un imaginaire social de protection, de sécurisation, de confinement sur les valeurs d’accomplissement et de réalisation de la famille.

206_ai_touran_6.1289672355.jpg

Il peut être intéressant ici de faire référence à la pyramide des besoins et des motivations imaginée dans les années 1940 par le psychologue Abraham Maslow. 206_ai_touran_maslow.1289671617.jpgLa pyramide est constituée de cinq niveaux. Selon Maslow, les individus recherchent d’abord à satisfaire chaque besoin d’un niveau donné avant de penser aux besoins situés au niveau immédiatement supérieur. Aux premiers besoins primaires, essentiellement physiologiques, succèdent des besoins secondaires liés à la sécurité. Enfin, à un niveau plus symbolique viennent les besoins d’appartenance,  de reconnaissance sociale et d’accomplissement de soi. Le besoin de s’accomplir est selon Maslow le sommet des aspirations humaines. Il amène à sortir d’une condition purement matérielle pour atteindre un certain épanouissement spirituel.

Métaphoriquement, c’est ce que suggère la publicité pour le Touran. Le monospace satisfait non seulement les besoins physiologiques et sécuritaires mais il valorise aussi les besoins d’appartenance, d’estime et d’accomplissement.  Appartenance à un groupe, celui des bons conducteurs et des familles modernes qui privilégient la sécurité. Estime de soi en présentant l’image d’un père soucieux de partager les tâches ménagères, enfin accomplissement dans le cadre d’une idéalisation de la famille et d’une recherche du Bonheur. 206_ai_touran_4.1289671304.jpgLe slogan de la marque « Par amour de l’automobile » est la concrétisation de cet accomplissement. Le mot « amour » est à l’opposé de la technologie. Il substitue à la performance physique du macho et à la seule performance matérielle de la voiture une recherche hédoniste du bonheur, de l’idéal et du sens dans une société en perte de repères. L’expression semble ainsi dire « À quoi sert la technologie si elle ne s’accompagne pas d’une nouvelle éthique comportementale ? »

Bruno Rigolt
____________

Crédits
NetÉtiquette : article protégé par copyright ; la diffusion publique est autorisée sous réserve d’indiquer le nom de l’auteur ainsi que la source : http://brunorigolt.blog.lemonde.fr/2010/11/13/classe-de-seconde-6-tp-semiologie-de-limage-publicitaire-le-touran-de-volkswagen/
Copyright : toutes les marques citées dans cette étude sont déposées. Les publicités et les différents éléments qui les composent (logos, messages linguistiques et iconiques) sont la propriété de leurs détenteurs respectifs.
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© Bruno Rigolt, (EPC/Lycée en Forêt, Montargis, France), février 2008, novembre 2010

Pour aller plus loin : en vous aidant de ce support de cours ainsi que de vos connaissances sur la sémiologie de l’image publicitaire, comparez cette publicité avec les deux spots suivants. Essayez de voir l’image nouvelle de la parentalité qui s’en dégage :

 

Classe de Seconde 6 : TP Sémiologie de l’image publicitaire. Le Touran de Volkswagen

Ce support de cours est destiné en priorité à la classe de Seconde 6 qui prépare actuellement une série d’analyses sur la sémiologie de l’image publicitaire en vue d’un projet d’écriture collectif. La lecture de l’image (fixe et mobile) figure en effet au programme des classes de Lycée. Elle s’attache à dégager les spécificités du message iconique et à mettre en relation celui-ci avec le langage verbal.

Ce travail s’inspire d’une étude menée en 2008 avec les étudiantes BTS AG-PME 1ère année dans le cadre de mon cours de Culture générale et Expression française.
 
Copyright
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  • Présentation du TP « Sémiologie de l’image publicitaire » : cliquez ici.
  • Pour voir l’analyse d’image de la Lancia Musa), cliquez ici.
  • Pour voir l’analyse d’image du parfum Princess de Vera Wang, cliquez ici.
         

Exemple d’analyse de publicité : le « Touran » Volkswagen

touran.1289667734.jpg

Le contexte

Publiée en 2007 dans Paris-Match, un magazine généraliste grand public centré sur la « prouesse » journalistique, cette publicité vise essentiellement une cible familiale : les 30-50 ans. Le support de presse choisi est totalement adapté au « Nouveau Volkswagen Touran », monospace à la fois sobre et sensationnaliste de par le décor choisi : celui d’un parc d’attraction.

Les dénotations de l’image

Plusieurs éléments composent cette image. Tout d’abord on peut remarquer que la scène est construite en profondeur. À l’arrière plan, se découpant sur un ciel nocturne éclairé par la lumière artificielle du parc d’attraction, on aperçoit les limites du manège. La voiture, roulant sur les rails d’une montagne russe, est au premier plan. Elle entraîne tout de suite le lecteur dans un univers particulier, celui du parc d’attraction, et de la fête (avec toutes les dérives possibles et les dangers liés à l’univers nocturne…). Le photomontage propose une mise en scène originale et ludique : en premier lieu, la voiture est relativement centrée, mais par son mouvement, elle semble s’apprêter à sortir du cadre.

On peut à ce titre s’intéresser aux lignes de force essentiellement obliques ou diagonales qui organisent la morphologie de l’image. La multiplicité des lignes obliques rend la scène particulièrement dynamique, d’autant qu’elle est construite en profondeur avec de nombreux points d’intersection facilitant l’ancrage visuel. Il est à noter que ces lignes de force convergent vers le bas, amenant ainsi le lecteur à prendre plus facilement connaissance du message linguistique.

206_ai_touran_1.1289669674.jpg

La couleur grise du véhicule se détache nettement du fond. Le cadre assez sombre de la photographie accentue d’ailleurs cette mise en valeur du véhicule. L’aspect ludique du décor contraste enfin avec la sobriété du Touran, qui semble valoriser l’aspect « sécurité » de la conduite.

206_ai_touran_2.1289670245.jpgPar ailleurs, on remarque que le Touran emprunte un chemin différent de celui des véhicules du manège : il semble ainsi mis se démarquer de la concurrence et afficher sa singularité. Sous l’image, on trouve les messages linguistiques. Le nom du produit, puis le slogan « C’est bon d’être père », et enfin l’argumentaire. Celui-ci met essentiellement l’accent sur la dimension sécuritaire du véhicule, mais avec humour : « Biberons, couches, poussettes… La vie d’un père n’est pas un jeu d’enfant ». Au-delà des jeux de mots, ce sont bien les notions de risque liées à la conduite, et de responsabilité éducative qui se trouvent mises en avant. Tout en bas à droite de la publicité, on trouve le logo ainsi que le slogan propre à la marque : « Par amour de l’automobile ».

Les connotations de l’image

Si vous êtes un jour monté sur des montagnes russes, vous savez combien cette attraction inspire la peur et paradoxalement l’envie de se confronter au danger, pour effleurer le paradis des sensations à haut risque. 206_ai_touran_3.1289670382.jpgLa publicité est construite sur cette dramatisation du spectacle, fait de rebondissements, de peurs, de rires. Comment ne pas évoquer ici les dangers de la route suggérés implicitement par les montagnes russes et par la construction de l’image basée sur une mise en abîme : la publicité en effet met en correspondance le jeu et la conduite, le danger et la sécurité. Le Touran est présenté comme un véhicule unissant à la fois l’aspect festif et atypique du produit et sa dimension sécuritaire et normative : il semble ainsi « canaliser » la fête au lieu de la « spectaculariser ». Notez la position du véhicule, fondamentale : le Touran a réussi le « test » des montagnes russes et sort victorieux du manège transformant ainsi le débordement festif en principe d’organisation et de régulation d’une conduite trop dangereuse.

Remarquez à ce sujet le nombre de petits drapeaux qui semblent évoquer des panneaux routiers symbolisant les risques 206_ai_touran_7.1289673070.jpgliés à à la conduite. Ces panneaux assurent un présupposé commun (le code de la route), qui offre à chacun des points de repères. Au lieu d’avoir mis en avant la vitesse, Volkswagen a privilégié au contraire la sécurité et la lutte contre l’incertitude. Dans l’environnement instable des montagnes russes (comme celui d’une route par conduite de nuit), les rails, les drapeaux font figure de règles et de rites normatifs visant à  contrôler les comportements des bons conducteurs. Dans ce contexte, le Touran s’affiche comme un monospace capable de gérer les incertitudes inévitables. Il fait implicitement l’éloge d’une conduite responsable.

« C’est bon d’être père. »

Cette phrase d’accroche n’a sans doute pas manqué de vous interpeller. Le fait « d’être père », c’est se sentir une responsabilité directe vis-à-vis de l’enfant et c’est donc assumer par voie de conséquence le passage du statut de l’homme sexué à celui de l’homme responsable d’un point de vue éducationnel et moral. Les mots « biberons, couches, poussettes » se rapportent au champ lexical des bébés, et connotent évidemment la question de la responsabilité parentale. On notera au passage que tous les mots sont au pluriel, suggérant l’espace important du monospace, prêt à accueillir une famille nombreuse ! On peut également relever ici un très net changement dans les repères institutionnels définissant la paternité. On est très loin de l’image traditionnelle du « paterfamilias » : il est carrément question de « biberons », de « couches » et de « poussettes » ! Le public ciblé est donc le « nouveau père », capable de prendre en charge des tâches ménagères jadis dévolues aux femmes. Dans un contexte émancipatoire où les femmes sont valorisées, le « nouveau père » est celui qui a un rapport plus étroit avec son enfant. Mais pour être un « nouveau père », il n’en est pas moins homme ! Les publicitaires jouent habilement sur cet aspect maladroit et désorganisé de l’homme dès qu’il est question de tâches ménagères : on lui propose de l’aider, de l’assister !

Enfin, la phrase « La vie d’un père n’est pas un jeu d’enfant » pose très explicitement la question de la responsabilité parentale. À la différence des auto-tamponneuses des parcs d’attraction ou des wagonnets des montagnes russes qui sont des « jeux d’enfant », la conduite est un « jeu d’adulte » 206_ai_touran_5.1289671935.jpgqui implique moralement (et pénalement). On peut voir ici une célébration du « nouveau conducteur », à l’opposé du macho ou du frimeur. Comparée aux autres véhicules trop colorés, trop dangereux (armature insuffisante, absence de portes), le monospace de Volkswagen présente un habitacle fermé et sécurisé. Par son aspect fermé, il connote un certain repli sur la sphère privée, sur la famille, le cocooning. À l’imaginaire de la conquête, de l’expansion festive et de l’optimisme désordonné caractéristique des Trente Glorieuses succède ici un imaginaire social de protection, de sécurisation, de confinement sur les valeurs d’accomplissement et de réalisation de la famille.

206_ai_touran_6.1289672355.jpg

Il peut être intéressant ici de faire référence à la pyramide des besoins et des motivations imaginée dans les années 1940 par le psychologue Abraham Maslow. 206_ai_touran_maslow.1289671617.jpgLa pyramide est constituée de cinq niveaux. Selon Maslow, les individus recherchent d’abord à satisfaire chaque besoin d’un niveau donné avant de penser aux besoins situés au niveau immédiatement supérieur. Aux premiers besoins primaires, essentiellement physiologiques, succèdent des besoins secondaires liés à la sécurité. Enfin, à un niveau plus symbolique viennent les besoins d’appartenance,  de reconnaissance sociale et d’accomplissement de soi. Le besoin de s’accomplir est selon Maslow le sommet des aspirations humaines. Il amène à sortir d’une condition purement matérielle pour atteindre un certain épanouissement spirituel.

Métaphoriquement, c’est ce que suggère la publicité pour le Touran. Le monospace satisfait non seulement les besoins physiologiques et sécuritaires mais il valorise aussi les besoins d’appartenance, d’estime et d’accomplissement.  Appartenance à un groupe, celui des bons conducteurs et des familles modernes qui privilégient la sécurité. Estime de soi en présentant l’image d’un père soucieux de partager les tâches ménagères, enfin accomplissement dans le cadre d’une idéalisation de la famille et d’une recherche du Bonheur. 206_ai_touran_4.1289671304.jpgLe slogan de la marque « Par amour de l’automobile » est la concrétisation de cet accomplissement. Le mot « amour » est à l’opposé de la technologie. Il substitue à la performance physique du macho et à la seule performance matérielle de la voiture une recherche hédoniste du bonheur, de l’idéal et du sens dans une société en perte de repères. L’expression semble ainsi dire « À quoi sert la technologie si elle ne s’accompagne pas d’une nouvelle éthique comportementale ? »

Bruno Rigolt

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Crédits
NetÉtiquette : article protégé par copyright ; la diffusion publique est autorisée sous réserve d’indiquer le nom de l’auteur ainsi que la source : http://brunorigolt.blog.lemonde.fr/2010/11/13/classe-de-seconde-6-tp-semiologie-de-limage-publicitaire-le-touran-de-volkswagen/
Copyright : toutes les marques citées dans cette étude sont déposées. Les publicités et les différents éléments qui les composent (logos, messages linguistiques et iconiques) sont la propriété de leurs détenteurs respectifs.
Merci à eux d’en permettre l’exploitation à des fins pédagogiques.
 
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© Bruno Rigolt, (EPC/Lycée en Forêt, Montargis, France), février 2008, novembre 2010

Pour aller plus loin : en vous aidant de ce support de cours ainsi que de vos connaissances sur la sémiologie de l’image publicitaire, comparez cette publicité avec les deux spots suivants. Essayez de voir l’image nouvelle de la parentalité qui s’en dégage :

 

Chroniques d'élèves… Première L2 : Lettre ouverte à la grisaille du quotidien… Honorine B

La classe de Première L2 du Lycée en Forêt (Promotion 2010) a eu l’occasion de défendre haut et fort la Poésie à travers une écriture d’invention intitulée « Lettre ouverte à la grisaille du quotidien »… 
Parmi tous les textes rédigés, toujours de grande qualité, quelques uns m’ont paru suffisamment remarquables pour être publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif.
Le deuxième est le texte d’Honorine B… Je vous le laisse découvrir :

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« Dans la poésie, la vie est plus que la vie elle même…»
Vissarion Bielinski, La Poésie de M. Lermontov

          

honorine_b_1l2_lettrine_b.1289640407.jpgielinski avait tout compris. Contrairement à ce monde, devenu aveugle. Et contrairement à toi, Grisaille du quotidien : le voyage t’effraie, la nature te fait peur, l’inconscient te dépasse, et le vrai te terrifie. Tu ne peux concevoir l’individu. C’est pour ça que tu n’aimes pas la poésie. Tu ne saurais percevoir sa valeur immatérielle, mille fois plus importante que le prix de tous tes gadgets réunis. D’ailleurs, c’est à cause d’eux que tu ne peux plus voir la beauté des choses. Alors je vais essayer de t’ouvrir les yeux.

Premièrement, surmonte ton angoisse de l’inconnu. Baudelaire nous a fait une invitation, et quelle invitation ! « L’invitation au Voyage« . Suis-le !  Cette promenade, c’est avec ton cœur que tu la feras. Laisse tes oripeaux au placard. Certes, tu ne pourras prendre aucune photographie au cours de ce voyage… Mais c’est ton âme qui gardera ces précieux souvenirs. Tu n’aimes pas ? Tu n’as pas l’air de comprendre ? Lis-tu entre les lignes ? Non. Tu n’y arrives pas. Ou plutôt, tu ne veux pas. Tu refuses d’apporter un peu de couleur à ta monotonie. Ce « pays de Cocagne » ne semble pas assez concret pour toi. Et pourtant il est bien plus réel que tout ce qui t’entoure. Certes, tu ne pourras rien acheter, rien vendre, rien toucher, rien prendre. Mais les apparences sont trompeuses. Tes sophismes l’illustrent parfaitement. Car ce voyage est réel. Ce voyage est concret. Simplement pas dans le sens où tu l’entends.

honorine_b_1l2_lettrine_f.1289648309.jpginalement, Baudelaire n’est peut-être pas approprié à ton cas : tu es devenue trop nihiliste pour ressentir la magnificence de  ses textes. Mais n’abandonne pas ! Peut-être les haïkus Japonais te parleront-ils davantage ? Puisses-tu les lire, et te projeter dans les îles de ton inconscient. Mais la poésie est un lieu difficile d’accès, et tu en as tellement peur que tu le bloques… Alors rappelle-toi simplement d’une île qui existe. C’est un début. Imaginer. Ressentir. Penser.

         

Mystique mirage dont découlent d’exquises perditions… (¹)

Car la poésie est un exil : tu peux toujours essayer de la suivre ! En vain. Contente-toi, si tu le peux, de suivre Bernard Weber : son Livre du voyage n’est pas de la poésie au sens commun et banal du terme, mais dans son acception la plus noble. Si le texte est simple, en revanche la pensée est profonde : pour Bernard Weber, entrer en poésie contribue à imaginer son propre monde. C’est bien là le sens du Poétique, non ? Le poème aide à s’évader de son quotidien. Lis de la poésie, et ta grisaille « s’arc-en-cièlisera ». Ton quotidien « s’exceptionnalisera » : peut-être apprendras-tu à penser par toi-même. Car lire est en soi une chose charmante, mais écrire libère encore plus. Ce monde ne néglige-t-il pas la puissance des mots ? Car avoue-le : tu négliges la puissance des mots. Et pourtant c’est par eux que tout passe. C’est par eux que tout à commencé… Écrire est un véritable mirage. Un « mystique mirage dont découlent d’exquises perditions » (¹)…

honorine_b_1l2_lettrine_t.1289649969.jpgTu dois te dire peut-être que la poésie est élitiste. Et pourtant elle ne l’est pas. Elle peuple ton quotidien : tu peux la retrouver dans des chansons. Tu peux la retrouver dans des tableaux, et dans l’harmonie même de la nature. La nature n’est-elle pas ce qu’il y a de plus beau, et de plus pur en ce monde ? Il n’y a qu’à regarder les actualités pour voir ce tu en as as fait. Le monde se meurt par ta faute. Si tu faisais plus attention à ses besoins, elle t’en remercierait. Gaïa est belle. Et tu l’as corrompue. Il serait tant maintenant de la vénérer, comme tant d’autres l’ont fait avant toi. Mais tu as démoli tout ce qui leur était cher. Tu essayes d’analyser leurs écrits, mais tu le fais de façon tellement linéaire que tu passes à côté de l’essentiel. Tu fais des commentaires et autres analyses de textes, tu te laisses aveugler par des procédés stylistiques et tu en oublies le principal : le Verbe. Je reviens à Baudelaire : quand il rédige « Correspondances« , il a pourtant essayé de t’expliquer à quel point le monde matériel correspondait au monde spirituel : « La nature est un temple où de vivants piliers/Laissent parfois sortir de confuses paroles »… Ne chante-t-il pas ici les mystérieuses synesthésies du monde ?

L’art peut emmener vers l’Inconnu le plus ultime…

honorine_b_1l2_lettrine_s.1289650776.jpgSi tu n’entend toujours pas, essaie d’autres horizons : en traçant ces mots, je repense à ce voyageur qui friedrich4.1244031330.jpgsemble marcher au dessus d’une mer de nuages… Comme le suggère le titre du tableau de Friedrich, l’art peut emmener vers l’Inconnu le plus ultime. Ne te contente pas de classer ce tableau dans tes cases préconçues. Ressens ce tableau. Perds-toi dans les pensées de l’artiste comme la brume se perd dans le ciel. Vois-tu avec ses yeux ? L’art, tu peux le voir, le toucher, et l’entendre. La musique aussi est poétique. Je peux te proposer quelques auteurs, compositeurs et autres interprètes, qui se battent pour cette terre que tu abandonnes lâchement. Par exemple, Tryo, avec son « Air du plastique« , te somme d’arrêter de recouvrir notre Mère avec ce film de pétrole :

Quand de la terre le plastique, devient malgré elle son engrais
Main de l’homme sur le monde, redessine les paysages.

Tu te sens coupable ? C’est sûrement ton inconscient qui travaille ! Mais au fond de moi, je sais que tu n’aimes pas l’idée de ne pouvoir toujours tout contrôler.  Tu as la  phobie de ne pouvoir toujours être rationnelle. Eh bien, la poésie peut t’aider à accepter tes passions, tes pulsions. Tu es  tellement  raisonnable. Tellement moralisatice, toi, Grisaille du Quotidien. Tu  adules les Lumières, Voltaire, Diderot ou encore d’Alembert, car ils sont les fondateurs de ta pensée utilitariste et de ton pragmatisme. Pourtant, il y a des écrivains, tels Rousseau, qui ont osé te tenir tête. L’auteur des Rêveries n’a-t-il pas écrit que « c’est l’imagination qui étend pour nous la mesure des possibles, et nourrit les désirs par l’espoir de les satisfaire » ? Lui au moins n’avait pas peur de l’inconscient ! Ce à quoi tu opposerais Voltaire en clamant que « l’étude a cela de bon […] qu’elle nous délivre du fardeau de notre oisiveté, et qu’elle nous empêche de courir hors de chez nous, pour aller dire et écouter des riens, d’un bout de la ville à l’autre »… Travailler, étudier, rationaliser… Tes discours moralisateurs enlèvent tout le charme qu’a la vie. Nous n’en avons qu’une, alors pourquoi la gâcher avec ta monotonie et tes codes ?

honorine_b_1l2_lettrine_p.1289652020.jpgPrécédemment, je te parlais d’artistes de la chanson française. Mais tu sais, d’autres cultures ont également parsemé leurs textes de poésie. Par exemple, le chanteur jamaïcain Damian Marley nous invite à entreprendre le voyage vers Sion, la cité souterraine des humains rescapés de Matrix, vivant dans le « monde réel » :

I got to keep on walking on the road to Zion land…

Pour moi, vois-tu, ce monde « bien réel » est celui de l’imaginaire. Oui, ce mythe de l’Éden Perdu peut devenir réalité. Mais tu empêches la concrétisation de ce rêve, avec ta rationalité. À cause de ton Spleen, Baudelaire n’a pu atteindre son Idéal. Es-tu consciente de ce que tu as fait, et de ce que tu fais endurer à des âmes sans défense aucune ? À propos, tu connais Rimbaud, j’en suis sûre. Et aussi sa fameuse « Lettre du voyant« . Mais oui, ce texte est de la poésie ! Mais oui, il défend tout ce que tu abjures. Quand il dit à son professeur de Français que « Je est un autre », cela t’inquiète n’est-ce pas ? Cela te fait peur ? Mais accepte de prendre des risques ! Regarde les choses sous un autre angle. Sous plusieurs angles différents. En fait, je pense que c’est simplement le fait de découvrir ta vraie nature qui t’épouvante. La poésie romantique a prôné le retour au réel, au vrai, au naturel. Primitivisme ne veut pas dire régression, il veut dire essentiel : tu commences peut-être à comprendre que ce romantisme dont je te parle depuis le début s’oppose entièrement à toi !

J’en appelle aussi au Symbolisme, ce vaste mouvement de déchiffrement du sens ! Claude Debussy dans « La mer« , une des œuvres orchestrales les plus originales de la musique contemporaine, a peint parfaitement cette poésie idéaliste dont tu as horreur. Ses trois mouvements vont crescendo. Comme si tu montais de plus en plus haut, de plus en plus vite, de plus en plus loin en toi. Laisse-toi emporter par cette symphonie naturelle. Elle te rappellera les plaisirs purs dont tu as oublié de jouir. Pourquoi es-tu toujours pressée, toujours à la recherche de quelque chose de nouveau, alors que le vrai t’attend, juste devant toi ? Tu le fuis comme on fuit la peste. Sens les réminiscences de tes émotions perdues… Apprends à chanter les paroles de cet hymne au réel. C’est ce que l’homme recherche depuis toujours. Déjà Horace le préconisait :

« Carpe Diem »

honorine_b_1l2_lettrine_o.1289653663.jpgui ! Profite de l’instant présent. Tu es toujours à te projeter dans un espace-temps et dans un lieu où tu n’es pas. Tu gâches le peu de temps qui t’es imparti dans des prévisions, ou dans des souvenirs, ainsi que dans des idées préconçues. Et cela depuis toujours. Tu as formé des bataillons en marche vers une société déshumanisée, qui ne se connait pas, qui ne se voit plus, où le factice est roi. Bientôt, les paroles des poètes ne seront que de l’art abstrait, juste jolies pour décorer une chambre ou les couloirs du métro. Mais il est encore temps de changer tout ça. Il est encore temps de laisser à la poésie la place qu’elle a toujours méritée ! Encore une fois, je vais reprendre l’exemple de Rimbaud. Dans son « Bateau ivre« , il nous explique son voyage vers lui-même, vers le profond de lui-même : oui, il a « vu quelquefois ce que l’homme a cru voir ! » Il a vu ce que tu te donnes tant de mal à enfouir bien profondément dans nos cerveaux : nous faire oublier le rêve, pour nous préparer à accepter ton « idéal », ta fausse sensibilité…

Tu as probablement remarqué que le « moi » est une chose essentielle pour le poète. Mais comme tout comme le reste, tu le renies, car tu en as peur. Certes, être en groupe a un effet rassurant : nous ne sommes pas seuls. Illusion du social ! Illusion de l’homme uniformisé ! Il faut de tout pour faire un monde. Notre monde… Pour moi, le premier à avoir rejeté cette illusion unanimiste fut véritablement Rousseau, avec ses Confessions. Il a osé se démarquer et avouer toutes ses fautes, même les plus abominables. Et comment fut-il remercié ? À coups de pierre. Nous n’étions pas prêts à recevoir tant d’honnêteté. TU n’étais pas prête. Toi qui pensais que l’Homme est entier et rationnel, voilà toutes tes théories envolées, grâce à UN homme qui a eu le courage de se dévoiler entièrement. Je repense aussi à Mallarmé : n’a-t-il pas, dans ce monologue découragé qu’est « Brise Marine« , révélé au grand jour toutes ces choses qu’il abandonnerait pour entreprendre le « grand voyage » ? Bien sûr, ce n’est absolument pas conventionnel. Et ça te dérange. Au lieu de le blâmer pour son courage, tu ferais mieux de devenir moins hypocrite. Car c’est grâce à des gens qui osent écrire avec une franchise sans limites que la poésie est tellement importante et que « le monde est réel ».

honorine_b_1l2_lettrine_j.1289654780.jpg‘en arrive au dernier point, le plus essentiel peut-être. Ce qui te gène dans la poésie, c’est qu’elle n’a aucune valeur marchande. La poésie ne s’achète pas. Tu ne peux pas acheter du lyrisme, pas plus que les mots, pas plus que le langage. De plus, elle n’a aucune utilité physique. Et c’est d’ailleurs pour cela qu’elle t’est étrangère. Dans le film American Beauty réalisé par Sam Mendes, Lester Burnham est ta personnification. Et Ricky Fitts représente la poésie elle-même. La plus belle chose jamais filmée était un sac plastique dansant avec le vent. Tu trouves probablement ça idiot. Mais regarde comment tu finis. C’est vers cette voie que tu nous emmènes. Je terminerai par un livre : Voyage au bout de la solitude, relatant l’histoire réelle de Christopher McCandless, et dont Sean Penn a tiré le film bouleversant Into the Wild. Christopher t’a fui comme tu fuyais la Vérité. Il a compris une chose plus qu’essentielle. Si l’argent contribue au bonheur, il ne le fabrique pas. C’est dans sa gratuité que réside le secret de la poésie… McCandless a vécu sa vie poétiquement. Avec tous les défauts que cela comporte. Il est allé plus haut et plus loin que la majorité d’entre nous…

Alors, si tu as retenu que la poésie était belle et importante, et qu’elle pouvait t’aider à changer, alors j’aurai réussi. Et peut-être même que toi, grisaille du quotidien, tu deviendras couleur de l’exceptionnel.

La poésie est en toute chose. Il suffit de chercher…

          
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Notes
(1) Honorine B « Anarchitecture de l’ombre« .
(2) Voltaire, Lettre à Madame du Deffand (17 février 1766). Correspondance de Mme du Deffand, t. I, p. 338.
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© Honorine B., élève de Première L2 (Espace pédagogique Contributif/Lycée en Forêt, Montargis, France. Novembre 2010)
NetÉtiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans cet Espace Pédagogique Contributif, les textes des élèves et des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à la disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du texte cité (URL de la page).

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Retrouvez sur la playlist « Lettre ouverte d’Honorine » les références citées dans l’article !

Chroniques d’élèves… Première L2 : Lettre ouverte à la grisaille du quotidien… Honorine B

La classe de Première L2 du Lycée en Forêt (Promotion 2010) a eu l’occasion de défendre haut et fort la Poésie à travers une écriture d’invention intitulée « Lettre ouverte à la grisaille du quotidien »… 
Parmi tous les textes rédigés, toujours de grande qualité, quelques uns m’ont paru suffisamment remarquables pour être publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif.
Le deuxième est le texte d’Honorine B… Je vous le laisse découvrir :

honorine_b_1l2_lettre_ouverte_a_2.1289647723.jpg

          
             
« Dans la poésie, la vie est plus que la vie elle même…»
Vissarion Bielinski, La Poésie de M. Lermontov

          

honorine_b_1l2_lettrine_b.1289640407.jpgielinski avait tout compris. Contrairement à ce monde, devenu aveugle. Et contrairement à toi, Grisaille du quotidien : le voyage t’effraie, la nature te fait peur, l’inconscient te dépasse, et le vrai te terrifie. Tu ne peux concevoir l’individu. C’est pour ça que tu n’aimes pas la poésie. Tu ne saurais percevoir sa valeur immatérielle, mille fois plus importante que le prix de tous tes gadgets réunis. D’ailleurs, c’est à cause d’eux que tu ne peux plus voir la beauté des choses. Alors je vais essayer de t’ouvrir les yeux.

Premièrement, surmonte ton angoisse de l’inconnu. Baudelaire nous a fait une invitation, et quelle invitation ! « L’invitation au Voyage« . Suis-le !  Cette promenade, c’est avec ton cœur que tu la feras. Laisse tes oripeaux au placard. Certes, tu ne pourras prendre aucune photographie au cours de ce voyage… Mais c’est ton âme qui gardera ces précieux souvenirs. Tu n’aimes pas ? Tu n’as pas l’air de comprendre ? Lis-tu entre les lignes ? Non. Tu n’y arrives pas. Ou plutôt, tu ne veux pas. Tu refuses d’apporter un peu de couleur à ta monotonie. Ce « pays de Cocagne » ne semble pas assez concret pour toi. Et pourtant il est bien plus réel que tout ce qui t’entoure. Certes, tu ne pourras rien acheter, rien vendre, rien toucher, rien prendre. Mais les apparences sont trompeuses. Tes sophismes l’illustrent parfaitement. Car ce voyage est réel. Ce voyage est concret. Simplement pas dans le sens où tu l’entends.

honorine_b_1l2_lettrine_f.1289648309.jpginalement, Baudelaire n’est peut-être pas approprié à ton cas : tu es devenue trop nihiliste pour ressentir la magnificence de  ses textes. Mais n’abandonne pas ! Peut-être les haïkus Japonais te parleront-ils davantage ? Puisses-tu les lire, et te projeter dans les îles de ton inconscient. Mais la poésie est un lieu difficile d’accès, et tu en as tellement peur que tu le bloques… Alors rappelle-toi simplement d’une île qui existe. C’est un début. Imaginer. Ressentir. Penser.

         

Mystique mirage dont découlent d’exquises perditions… (¹)

Car la poésie est un exil : tu peux toujours essayer de la suivre ! En vain. Contente-toi, si tu le peux, de suivre Bernard Weber : son Livre du voyage n’est pas de la poésie au sens commun et banal du terme, mais dans son acception la plus noble. Si le texte est simple, en revanche la pensée est profonde : pour Bernard Weber, entrer en poésie contribue à imaginer son propre monde. C’est bien là le sens du Poétique, non ? Le poème aide à s’évader de son quotidien. Lis de la poésie, et ta grisaille « s’arc-en-cièlisera ». Ton quotidien « s’exceptionnalisera » : peut-être apprendras-tu à penser par toi-même. Car lire est en soi une chose charmante, mais écrire libère encore plus. Ce monde ne néglige-t-il pas la puissance des mots ? Car avoue-le : tu négliges la puissance des mots. Et pourtant c’est par eux que tout passe. C’est par eux que tout à commencé… Écrire est un véritable mirage. Un « mystique mirage dont découlent d’exquises perditions » (¹)…

honorine_b_1l2_lettrine_t.1289649969.jpgTu dois te dire peut-être que la poésie est élitiste. Et pourtant elle ne l’est pas. Elle peuple ton quotidien : tu peux la retrouver dans des chansons. Tu peux la retrouver dans des tableaux, et dans l’harmonie même de la nature. La nature n’est-elle pas ce qu’il y a de plus beau, et de plus pur en ce monde ? Il n’y a qu’à regarder les actualités pour voir ce tu en as as fait. Le monde se meurt par ta faute. Si tu faisais plus attention à ses besoins, elle t’en remercierait. Gaïa est belle. Et tu l’as corrompue. Il serait tant maintenant de la vénérer, comme tant d’autres l’ont fait avant toi. Mais tu as démoli tout ce qui leur était cher. Tu essayes d’analyser leurs écrits, mais tu le fais de façon tellement linéaire que tu passes à côté de l’essentiel. Tu fais des commentaires et autres analyses de textes, tu te laisses aveugler par des procédés stylistiques et tu en oublies le principal : le Verbe. Je reviens à Baudelaire : quand il rédige « Correspondances« , il a pourtant essayé de t’expliquer à quel point le monde matériel correspondait au monde spirituel : « La nature est un temple où de vivants piliers/Laissent parfois sortir de confuses paroles »… Ne chante-t-il pas ici les mystérieuses synesthésies du monde ?

L’art peut emmener vers l’Inconnu le plus ultime…

honorine_b_1l2_lettrine_s.1289650776.jpgSi tu n’entend toujours pas, essaie d’autres horizons : en traçant ces mots, je repense à ce voyageur qui friedrich4.1244031330.jpgsemble marcher au dessus d’une mer de nuages… Comme le suggère le titre du tableau de Friedrich, l’art peut emmener vers l’Inconnu le plus ultime. Ne te contente pas de classer ce tableau dans tes cases préconçues. Ressens ce tableau. Perds-toi dans les pensées de l’artiste comme la brume se perd dans le ciel. Vois-tu avec ses yeux ? L’art, tu peux le voir, le toucher, et l’entendre. La musique aussi est poétique. Je peux te proposer quelques auteurs, compositeurs et autres interprètes, qui se battent pour cette terre que tu abandonnes lâchement. Par exemple, Tryo, avec son « Air du plastique« , te somme d’arrêter de recouvrir notre Mère avec ce film de pétrole :

Quand de la terre le plastique, devient malgré elle son engrais
Main de l’homme sur le monde, redessine les paysages.

Tu te sens coupable ? C’est sûrement ton inconscient qui travaille ! Mais au fond de moi, je sais que tu n’aimes pas l’idée de ne pouvoir toujours tout contrôler.  Tu as la  phobie de ne pouvoir toujours être rationnelle. Eh bien, la poésie peut t’aider à accepter tes passions, tes pulsions. Tu es  tellement  raisonnable. Tellement moralisatice, toi, Grisaille du Quotidien. Tu  adules les Lumières, Voltaire, Diderot ou encore d’Alembert, car ils sont les fondateurs de ta pensée utilitariste et de ton pragmatisme. Pourtant, il y a des écrivains, tels Rousseau, qui ont osé te tenir tête. L’auteur des Rêveries n’a-t-il pas écrit que « c’est l’imagination qui étend pour nous la mesure des possibles, et nourrit les désirs par l’espoir de les satisfaire » ? Lui au moins n’avait pas peur de l’inconscient ! Ce à quoi tu opposerais Voltaire en clamant que « l’étude a cela de bon […] qu’elle nous délivre du fardeau de notre oisiveté, et qu’elle nous empêche de courir hors de chez nous, pour aller dire et écouter des riens, d’un bout de la ville à l’autre »… Travailler, étudier, rationaliser… Tes discours moralisateurs enlèvent tout le charme qu’a la vie. Nous n’en avons qu’une, alors pourquoi la gâcher avec ta monotonie et tes codes ?

honorine_b_1l2_lettrine_p.1289652020.jpgPrécédemment, je te parlais d’artistes de la chanson française. Mais tu sais, d’autres cultures ont également parsemé leurs textes de poésie. Par exemple, le chanteur jamaïcain Damian Marley nous invite à entreprendre le voyage vers Sion, la cité souterraine des humains rescapés de Matrix, vivant dans le « monde réel » :

I got to keep on walking on the road to Zion land…

Pour moi, vois-tu, ce monde « bien réel » est celui de l’imaginaire. Oui, ce mythe de l’Éden Perdu peut devenir réalité. Mais tu empêches la concrétisation de ce rêve, avec ta rationalité. À cause de ton Spleen, Baudelaire n’a pu atteindre son Idéal. Es-tu consciente de ce que tu as fait, et de ce que tu fais endurer à des âmes sans défense aucune ? À propos, tu connais Rimbaud, j’en suis sûre. Et aussi sa fameuse « Lettre du voyant« . Mais oui, ce texte est de la poésie ! Mais oui, il défend tout ce que tu abjures. Quand il dit à son professeur de Français que « Je est un autre », cela t’inquiète n’est-ce pas ? Cela te fait peur ? Mais accepte de prendre des risques ! Regarde les choses sous un autre angle. Sous plusieurs angles différents. En fait, je pense que c’est simplement le fait de découvrir ta vraie nature qui t’épouvante. La poésie romantique a prôné le retour au réel, au vrai, au naturel. Primitivisme ne veut pas dire régression, il veut dire essentiel : tu commences peut-être à comprendre que ce romantisme dont je te parle depuis le début s’oppose entièrement à toi !

J’en appelle aussi au Symbolisme, ce vaste mouvement de déchiffrement du sens ! Claude Debussy dans « La mer« , une des œuvres orchestrales les plus originales de la musique contemporaine, a peint parfaitement cette poésie idéaliste dont tu as horreur. Ses trois mouvements vont crescendo. Comme si tu montais de plus en plus haut, de plus en plus vite, de plus en plus loin en toi. Laisse-toi emporter par cette symphonie naturelle. Elle te rappellera les plaisirs purs dont tu as oublié de jouir. Pourquoi es-tu toujours pressée, toujours à la recherche de quelque chose de nouveau, alors que le vrai t’attend, juste devant toi ? Tu le fuis comme on fuit la peste. Sens les réminiscences de tes émotions perdues… Apprends à chanter les paroles de cet hymne au réel. C’est ce que l’homme recherche depuis toujours. Déjà Horace le préconisait :

« Carpe Diem »

honorine_b_1l2_lettrine_o.1289653663.jpgui ! Profite de l’instant présent. Tu es toujours à te projeter dans un espace-temps et dans un lieu où tu n’es pas. Tu gâches le peu de temps qui t’es imparti dans des prévisions, ou dans des souvenirs, ainsi que dans des idées préconçues. Et cela depuis toujours. Tu as formé des bataillons en marche vers une société déshumanisée, qui ne se connait pas, qui ne se voit plus, où le factice est roi. Bientôt, les paroles des poètes ne seront que de l’art abstrait, juste jolies pour décorer une chambre ou les couloirs du métro. Mais il est encore temps de changer tout ça. Il est encore temps de laisser à la poésie la place qu’elle a toujours méritée ! Encore une fois, je vais reprendre l’exemple de Rimbaud. Dans son « Bateau ivre« , il nous explique son voyage vers lui-même, vers le profond de lui-même : oui, il a « vu quelquefois ce que l’homme a cru voir ! » Il a vu ce que tu te donnes tant de mal à enfouir bien profondément dans nos cerveaux : nous faire oublier le rêve, pour nous préparer à accepter ton « idéal », ta fausse sensibilité…

Tu as probablement remarqué que le « moi » est une chose essentielle pour le poète. Mais comme tout comme le reste, tu le renies, car tu en as peur. Certes, être en groupe a un effet rassurant : nous ne sommes pas seuls. Illusion du social ! Illusion de l’homme uniformisé ! Il faut de tout pour faire un monde. Notre monde… Pour moi, le premier à avoir rejeté cette illusion unanimiste fut véritablement Rousseau, avec ses Confessions. Il a osé se démarquer et avouer toutes ses fautes, même les plus abominables. Et comment fut-il remercié ? À coups de pierre. Nous n’étions pas prêts à recevoir tant d’honnêteté. TU n’étais pas prête. Toi qui pensais que l’Homme est entier et rationnel, voilà toutes tes théories envolées, grâce à UN homme qui a eu le courage de se dévoiler entièrement. Je repense aussi à Mallarmé : n’a-t-il pas, dans ce monologue découragé qu’est « Brise Marine« , révélé au grand jour toutes ces choses qu’il abandonnerait pour entreprendre le « grand voyage » ? Bien sûr, ce n’est absolument pas conventionnel. Et ça te dérange. Au lieu de le blâmer pour son courage, tu ferais mieux de devenir moins hypocrite. Car c’est grâce à des gens qui osent écrire avec une franchise sans limites que la poésie est tellement importante et que « le monde est réel ».

honorine_b_1l2_lettrine_j.1289654780.jpg‘en arrive au dernier point, le plus essentiel peut-être. Ce qui te gène dans la poésie, c’est qu’elle n’a aucune valeur marchande. La poésie ne s’achète pas. Tu ne peux pas acheter du lyrisme, pas plus que les mots, pas plus que le langage. De plus, elle n’a aucune utilité physique. Et c’est d’ailleurs pour cela qu’elle t’est étrangère. Dans le film American Beauty réalisé par Sam Mendes, Lester Burnham est ta personnification. Et Ricky Fitts représente la poésie elle-même. La plus belle chose jamais filmée était un sac plastique dansant avec le vent. Tu trouves probablement ça idiot. Mais regarde comment tu finis. C’est vers cette voie que tu nous emmènes. Je terminerai par un livre : Voyage au bout de la solitude, relatant l’histoire réelle de Christopher McCandless, et dont Sean Penn a tiré le film bouleversant Into the Wild. Christopher t’a fui comme tu fuyais la Vérité. Il a compris une chose plus qu’essentielle. Si l’argent contribue au bonheur, il ne le fabrique pas. C’est dans sa gratuité que réside le secret de la poésie… McCandless a vécu sa vie poétiquement. Avec tous les défauts que cela comporte. Il est allé plus haut et plus loin que la majorité d’entre nous…

Alors, si tu as retenu que la poésie était belle et importante, et qu’elle pouvait t’aider à changer, alors j’aurai réussi. Et peut-être même que toi, grisaille du quotidien, tu deviendras couleur de l’exceptionnel.

La poésie est en toute chose. Il suffit de chercher…

          
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Notes
(1) Honorine B « Anarchitecture de l’ombre« .
(2) Voltaire, Lettre à Madame du Deffand (17 février 1766). Correspondance de Mme du Deffand, t. I, p. 338.
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© Honorine B., élève de Première L2 (Espace pédagogique Contributif/Lycée en Forêt, Montargis, France. Novembre 2010)
NetÉtiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans cet Espace Pédagogique Contributif, les textes des élèves et des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à la disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du texte cité (URL de la page).

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Après incident technique… Retour progressif à la normale…

La plate-forme de blogs du Monde.fr a été fermée à la suite d’un incident technique grave depuis mercredi midi. Celle-ci est à nouveau disponible. Cependant, un très grand nombre de données qui étaient hébergées par les serveurs ont été définitivement effacées. Leur restauration, qui exige un travail considérable, va entraîner un retard dans la publication des contributions. Je vous remercie de votre compréhension.