Un été en chansons… Auteurs et compositeurs francophones… 12 juillet-10 août 2017. Aujourd’hui : Véronique Sanson

Auteurs et compositeurs francophones

Le millésime 2017 d’« Un été en Poésie » rend hommage à la chanson d’expression française. D’une richesse poétique inégalée, cet héritage exprime à la fois un certain nombre d’enjeux identitaires et culturels ainsi que l’exceptionnel pluralisme linguistique et musical de la francophonie.
À suivre du 12 juillet au 10 août.


Aujourd’hui dimanche 16 juillet : Véronique Sanson
Hier, samedi 15 juillet : Robert Charlebois
Demain, lundi 17 juillet : MC Solaar

 

Véronique Sanson
« Amoureuse »
(1971)

Paroles et musique : Véronique Sanson
Album : « Amoureuse », 1972. Éditeur : Piano Blanc (Société Des Editions Musicales)

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ne nuit je m’endors avec lui,
Mais je sais qu’on nous l’interdit,
Et je sens la fièvre qui me mord
Sans que j’aie l’ombre d’un remords.

Et l’aurore m’apporte le sommeil,
Je ne veux pas qu’arrive le soleil,
Quand je prends sa tête entre mes mains
Je vous jure que j’ai du chagrin.

Et je me demande
Si cet amour aura un lendemain,
Quand je suis loin de lui,
Quand je suis loin de lui,
Je n’ai plus vraiment toute ma tête,
Et je ne suis plus d’ici,
Non ! Je ne suis plus d’ici :
Je ressens la pluie d’autres planètes,
D’une autre planète.

Quand il me serre tout contre lui,
Quand je sens que j’entre dans sa vie,
Je prie pour que le destin m’en sorte,
Je prie pour que le diable m’emporte.

Et l’angoisse me montre son visage,
Elle me force à parler son langage,
Mais quand je prends sa tête entre mes mains,
Je vous jure que j’ai du chagrin

Et je me demande
Si cet amour aura un lendemain.
Quand je suis loin de lui,
Quand je suis loin de lui,
Je n’ai plus vraiment toute ma tête.
Et je ne suis plus d’ici,
Non ! Je ne suis plus d’ici :
Je ressens la pluie d’autres planètes,
D’une autre planète…

Copyright © Véronique Sanson 1971 ; Piano Blanc 1972

Un été en chansons… Auteurs et compositeurs francophones… 12 juillet-10 août 2017. Aujourd’hui : Robert Charlebois

Auteurs  et compositeurs francophones

Le millésime 2017 d’« Un été en Poésie » rend hommage à la chanson d’expression française. D’une richesse poétique inégalée, cet héritage exprime à la fois un certain nombre d’enjeux identitaires et culturels ainsi que l’exceptionnel pluralisme linguistique et musical de la francophonie.
À suivre du 12 juillet au 10 août.


Aujourd’hui samedi 15 juillet : Robert Charlebois (Québec, Canada)
Hier, vendredi 14 juillet : Jeanne Cherhal
Demain, dimanche 16 juillet : Véronique Sanson

Robert Charlebois, Daniel Thibon
« Je reviendrai à Montréal »
(1976)

Paroles : Daniel Thibon ; musique : Robert Charlebois
Album : « Longue distance ». Éditeur : RCA

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e reviendrai à Montréal
Dans un grand Boeing bleu de mer
J’ai besoin de revoir l’hiver
Et ses aurores boréales

J’ai besoin de cette lumière
Descendue droit du Labrador
Et qui fait neiger sur l’hiver
Des roses bleues, des roses d’or

Dans le silence de l’hiver
Je veux revoir ce lac étrange
Entre le cristal et le verre
Où viennent se poser des anges

Je reviendrai à Montréal
Écouter le vent de la mer
Se briser comme un grand cheval
Sur les remparts blancs de l’hiver

Je veux revoir le long désert
Des rues qui n’en finissent pas
Qui vont jusqu’au bout de l’hiver
Sans qu’il y ait trace de pas

J’ai besoin de sentir le froid
Mourir au fond de chaque pierre
Et rejaillir au bord des toits
Comme des glaçons de bonbons clairs

Je reviendrai à Montréal
Dans un grand Boeing bleu de mer
Je reviendrai à Montréal
Me marier avec l’hiver

Me marier avec l’hiver

Copyright © RCA, 1976

Un été en chansons… Auteurs et compositeurs francophones… 12 juillet-10 août 2017. Aujourd’hui : Jeanne Cherhal

Auteurs et compositeurs francophones

Le millésime 2017 d’« Un été en Poésie » rend hommage à la chanson d’expression française. D’une richesse poétique inégalée, cet héritage exprime à la fois un certain nombre d’enjeux identitaires et culturels ainsi que l’exceptionnel pluralisme linguistique et musical de la francophonie.
À suivre du 12 juillet au 10 août.


Aujourd’hui vendredi 14 juillet : Jeanne Cherhal
Hier, mercredi 13 juillet : Charles Trenet
Demain, samedi 15 juillet : Robert Charlebois

Jeanne Cherhal
« Finistère »
(2014)

Paroles et musique : Jeanne Cherhal
Album : « Histoire de J. ». Éditeur : Barclay

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‘ai dans la bouche comme un goût de venin
comme un goût de mauvais mauvais vin
j’ai dans la bouche comme un souffle coupé
comme un souffle à-demi étouffé
et je reste toute seule à regarder dehors
à compter recompter mes trésors
tous les mots que je n’ai pas su dire encore

J’ai dans la bouche comme un goût de trop peu
comme un goût de Quand on veut on peut
j’ai dans la bouche comme un souffle perdu
comme un souffle à-demi retenu
et je reste toute seule à regarder mes pieds
à ranger déranger des papiers
à médire à maudire à écrire à copier recopier

J’ai dans la bouche comme un goût de nulle part
comme un goût de Si je veux je pars
j’ai dans la bouche comme un goût d’absolu
comme un goût de J’ai toujours voulu
et je reste toute seule à regarder le feu
à couper recouper mes cheveux
à pâlir dans mon lit
à sourire pour un oui
à courir sous la pluie

Mais quand je m’égare quelques jours
loin de ces gares et de ces tours
de la ville qui résonne
Mes pas me ramènent malgré moi
dans un domaine au coin du bois
un village qui frissonne

J’ai dans la bouche comme un goût de mystère
comme un goût salé du Finistère
j’ai dans la bouche comme un goût minéral
comme un goût de soleil et de Graal
et je reste toute seule à regarder la mer
à marcher dans les chemins de terre
à aimer être là au bout de la Terre

Copyright © Jeanne Cherhal / Barclay, 2014

Un été en chansons… Auteurs et compositeurs francophones… 12 juillet-10 août 2017. Aujourd’hui : Charles Trenet

Auteurs et compositeurs francophones

Le millésime 2017 d’« Un été en Poésie » rend hommage à la chanson d’expression française. D’une richesse poétique inégalée, cet héritage exprime à la fois un certain nombre d’enjeux identitaires et culturels ainsi que l’exceptionnel pluralisme linguistique et musical de la francophonie.
À suivre du 12 juillet au 10 août.


Aujourd’hui jeudi 13 juillet : Charles Trenet
Hier, mercredi 12 juillet : Barbara
Demain, vendredi 14 juillet : Jeanne Cherhal

Charles Trenet
« L’âme des poètes »
(1951)

Paroles et musique : Charles Trenet.
Éditeur: Raoul Breton

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ongtemps, longtemps, longtemps
Après que les poètes ont disparu
Leurs chansons courent encore dans les rues
La foule les chante un peu distraite
En ignorant le nom de l’auteur
Sans savoir pour qui battait son coeur
Parfois on change un mot, une phrase
Et quand on est à court d’idées
On fait la la la la la li
__________________La la la la la li

Longtemps, longtemps, longtemps
Après que les poètes ont disparu
Leurs chansons courent encore dans les rues
Un jour peut-être, bien après moi
Un jour on chantera
Cet air pour bercer un chagrin
Ou quelque heureux destin
Fera-t-il vivre un vieux mendiant
Ou dormir un enfant ?
Ou quelque part au bord de l’eau
Au printemps, tournera-t-il sur un phono ?

Longtemps, longtemps, longtemps
Après que les poètes ont disparu
Leur âme légère court encore dans les rues.
Leur âme légère, c’est leurs chansons
Qui rendent gais, qui rendent tristes
Filles et garçons
Bourgeois, artistes
Ou vagabonds.
Longtemps, longtemps, longtemps.
La la la la la la…

Copyright © Raoul Breton, 1951.

Un été en chansons… Auteurs et compositeurs francophones… 12 juillet-10 août 2017. Aujourd’hui : Barbara

Auteurs et compositeurs francophones

Le millésime 2017 d’« Un été en Poésie » rend hommage à la chanson d’expression française. D’une richesse poétique inégalée, cet héritage exprime à la fois un certain nombre d’enjeux identitaires et culturels ainsi que l’exceptionnel pluralisme linguistique et musical de la francophonie.
À suivre du 12 juillet au 10 août.


Aujourd’hui mercredi 12 juillet : Barbara (Monique Andrée Serf, dite)
Demain, jeudi 13 juillet : Charles Trenet

Barbara
« Une petite cantate »
(1965)

Paroles et musique : Barbara.
Label : Warner Chappell Music France

Chanson dédiée à Liliane Benelli (1935-1965), pianiste attitrée du Cabaret L’Écluse à Paris.

_

ne petite cantate
Du bout des doigts,
Obsédante et maladroite
Monte vers toi
Une petite cantate
Que nous jouions autrefois
Seule je la joue maladroite
Si, mi, la, ré, sol, do, fa

Cette petite cantate
fa, sol, do, fa
N’était pas si maladroite
Quand c’était toi
Les notes couraient faciles
Heureuses au bout de tes doigts
Moi j’étais là malhabile
Si, mi, la, ré, sol, do, fa

Mais tu es partie, fragile
Vers l’au-delà
Et je reste malhabile
Fa, sol, do, fa
Je te revois souriante
Assise à ce piano-là
Disant « Bon je joue, toi chante,
Chante, chante-la pour moi »

Si, mi, la, ré, si, mi, la, ré, si, sol, do, fa
Si, mi, la, ré, si, mi, la, ré, si, sol, do, fa
Ô mon amie
Ô ma douce
Ô ma si petite à moi
Mon Dieu qu’elle est difficile
Cette cantate sans toi

Une petite prière, la, la, la, la
Avec mon cœur pour la faire
Et mes dix doigts
Une petite prière
Mais sans un signe de croix
Quelle offense Dieu le Père
Il me le pardonnera

Si, mi, la, ré, si, mi, la, ré, si, sol, do, fa
Si, mi, la, ré, si, mi, la, ré, si, sol, do, fa
Les anges avec leur trompette
La joueront, joueront pour toi
Cette petite cantate
Que nous jouions autrefois
Les anges avec leur trompette
La joueront joueront pour toi
Cette petite cantate qui monte vers toi
Cette petite cantate qui monte vers toi

Si, mi, la, ré, si, mi, la, ré, si, sol, do, fa

Copyright © Warner Chappell Music France, 1965.

 

Un été en chansons… Auteurs et compositeurs francophones… 12 juillet-10 août 2017. Aujourd'hui : Barbara

Auteurs et compositeurs francophones

Le millésime 2017 d’« Un été en Poésie » rend hommage à la chanson d’expression française. D’une richesse poétique inégalée, cet héritage exprime à la fois un certain nombre d’enjeux identitaires et culturels ainsi que l’exceptionnel pluralisme linguistique et musical de la francophonie.
À suivre du 12 juillet au 10 août.


Aujourd’hui mercredi 12 juillet : Barbara (Monique Andrée Serf, dite)
Demain, jeudi 13 juillet : Charles Trenet

Barbara
« Une petite cantate »
(1965)

Paroles et musique : Barbara.
Label : Warner Chappell Music France

Chanson dédiée à Liliane Benelli (1935-1965), pianiste attitrée du Cabaret L’Écluse à Paris.

_

ne petite cantate
Du bout des doigts,
Obsédante et maladroite
Monte vers toi
Une petite cantate
Que nous jouions autrefois
Seule je la joue maladroite
Si, mi, la, ré, sol, do, fa

Cette petite cantate
fa, sol, do, fa
N’était pas si maladroite
Quand c’était toi
Les notes couraient faciles
Heureuses au bout de tes doigts
Moi j’étais là malhabile
Si, mi, la, ré, sol, do, fa

Mais tu es partie, fragile
Vers l’au-delà
Et je reste malhabile
Fa, sol, do, fa
Je te revois souriante
Assise à ce piano-là
Disant « Bon je joue, toi chante,
Chante, chante-la pour moi »

Si, mi, la, ré, si, mi, la, ré, si, sol, do, fa
Si, mi, la, ré, si, mi, la, ré, si, sol, do, fa
Ô mon amie
Ô ma douce
Ô ma si petite à moi
Mon Dieu qu’elle est difficile
Cette cantate sans toi

Une petite prière, la, la, la, la
Avec mon cœur pour la faire
Et mes dix doigts
Une petite prière
Mais sans un signe de croix
Quelle offense Dieu le Père
Il me le pardonnera

Si, mi, la, ré, si, mi, la, ré, si, sol, do, fa
Si, mi, la, ré, si, mi, la, ré, si, sol, do, fa
Les anges avec leur trompette
La joueront, joueront pour toi
Cette petite cantate
Que nous jouions autrefois
Les anges avec leur trompette
La joueront joueront pour toi
Cette petite cantate qui monte vers toi
Cette petite cantate qui monte vers toi

Si, mi, la, ré, si, mi, la, ré, si, sol, do, fa

Copyright © Warner Chappell Music France, 1965.

 

Aujourd’hui, mercredi 21 juin, la contribution de Marion (Première S2)

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire.

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

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Aujourd’hui, lundi 19 juin, la contribution de Marion R. (Première S-2)

-)

« Utopique »

par Marion R.
Classe de Première S-2

_

Revenons à cette nuit où je t’ai rencontré
Parmi ces rues éclairées de la ville
Toutes identiques de couleurs folles
Si différentes d’âmes étrangères

Revenons à cette soirée dansante
Face à la mer ombragée d’étoiles
Retournons à la tramontane qui nous rajeunissait
Derrière cette vie si rapide et solitaire

Revenons à cet instant d’humanité
Revenons à la nuit inexorable et bleue
Où je t’ai rencontré
Pour te nommer : Utopique

« Revenons à cette nuit où je t’ai rencontré
Parmi ces rues éclairées de la ville…
 »

Illustration : © Bruno Rigolt, juin 2017
Peinture numérique

_

Le point de vue de l’auteure…

L’utopie est un monde de rêve dans lequel ses membres vivent inlassablement le bonheur parfait : c’est de cet imaginaire fabuleux que je me suis inspirée pour créer ce texte. « Utopique » est en effet le récit d’une soirée extraordinaire et unique, qui diffère du spleen et de la banalité du quotidien.

En premier lieu, le titre « Utopique » peut se lire par allusion à l’imaginaire du voyage et de l’ailleurs : comme on dirait par exemple « Atlantique » ou « Pacifique » ; comme s’il s’agissait d’un océan de bonheur, alimentant l’imagination poétique et la « géographie mythique » des sentiments.

Par son cadre des plus atypiques et concordant à la fois, cette remontée vers le souvenir convoque également l’imaginaire sentimental et romantique. Cette soirée, cet instant précis semblent évoquer ainsi un bonheur inaccessible aux lois du quotidien et à l’existence banale du monde ordinaire :

Revenons à cet instant d’humanité
Retournons à la nuit inexorable et bleue
Où je t’ai rencontré

Cette nostalgie du souvenir, de ce bonheur si parfait puise en réalité son inspiration lors d’un séjour à Collioure. Ce magnifique village des Pyrénées-Orientales, qui fait partie des plus beaux villages de France, a en effet la particularité d’attirer de nombreux artistes, littéralement envoûtés par la beauté du paysage où la montagne et la mer semblent s’unir pour l’éternité.

La tramontane que j’évoque au vers 7 est d’ailleurs le nom du vent qui souffle dans cette région splendide :

Revenons à cette soirée dansante
Face à la mer ombragée d’étoiles
Retournons à la tramontane qui nous rajeunissait

Les tournures anaphoriques avec le verbe « revenons » conjugué à l’impératif, nous transporte dans un passé idéalisé, qui prend la forme d’une rêverie émerveillée, capable de faire resurgir le souvenir, de faire resurgir la parole perdue, le moment, l’instant dans lequel le souvenir est enraciné : « cette nuit », « cette soirée » ou encore « cet instant »… Les déterminants démonstratifs accentuent la proximité du souvenir, chargé de fortes connotations affectives.

Ainsi, le moment se précise au fur et à mesure de la lecture du texte, comme si le souvenir reprenait vie au point de devenir réel. Les démonstratifs, signaux en outre d’une description par hypotypose, cumulent valeur mémorielle et valeur monstrative : « parmi ces rues », « face à la mer », « retournons à la tramontane » ou encore « revenons à la nuit inexorable et bleue » : la narratrice cherche à retrouver un moment précis, à faire revivre l’instant présent grâce au pouvoir évocateur de la poésie.

En peignant les choses d’une manière si vive, la poésie les met en quelque sorte sous les yeux du lecteur, et confère au récit et à la description, une image, un tableau amenant le lecteur à s’imaginer, se reproduire l’instant : l’utopie semble littéralement « naître » et prendre forme sous ses yeux. La représentation du réel s’en trouve évidemment modifiée : les rues deviennent alors des personnes à part entière. « Toutes identiques de couleurs folles » représente ici l’homogénéité de la société dans le paraître. Mais « Si différentes d’âmes étrangères » montre au contraire combien ces mêmes personnes, en apparence si semblables de près, ont toutes une âme, un comportement, une expressivité différents. Et c’est ce qui fait ici la beauté de ces rues, métamorphosées par l’imagination créatrice.

Dans cette utopie de la vie réelle, la nuit est évoquée comme un moment de sérénité, d’apaisement et de calme, à peine brisé par la musique et les lumières de « cette soirée dansante » ; ainsi personnifiée et animée par la vie, la nuit devient littéralement « utopique » : elle n’est plus un rêve non réalisé, mais réalisable ; elle n’est plus une illusion figée mais elle devient idéalisation, métamorphose du réel : elle est cette « mer ombragées d’étoiles » qui semble ouvrir le rêve à la vie réelle, comme si elle était cachée, qu’elle protégeait la valeur même du rêve. Ainsi, la tramontane souffle un vent puissant capable de faire remonter le temps « qui nous rajeunissait », comme une bouffée d’air frais, de nouveauté, apte à faire oublier « cette vie si rapide et solitaire ».

Comme on le voit, ce poème lance une sorte de guerre du bonheur : par le pouvoir évocateur des mots, l’écriture poétique parvient à donner vie au souvenir ; elle ramène toute les qualités et valeurs qui sont nécessaires à ce monde. Cette « nuit inexorable et bleue » nous transporte dans un univers onirique où l’humanité est maîtresse : je veux dire « l’humanité de l’homme » : ainsi la poésie devient un humanisme capable de transcender la médiocrité qui peut s’accoler à l’humain. « Où je t’ai rencontré » fait comprendre clairement que c’est à cet endroit que le rêve et la réalité se sont croisées et où elles resteront à jamais pour devenir « utopie ».

Le dernier vers a ainsi un côté oratoire très fort puisqu’il semble donner vie à l’utopie, lui donner une identité : « Pour te nommer : Utopique ». En nommant les choses par leur nom, la poésie les fait exister. Et même si tout n’était qu’un rêve, si rien de tout cela n’est réel, c’est par la puissance évocatrice du poème que le rêve devient réel.

Considérée sous cet angle, la poésie permet de concilier l’idéal et le réel, le rêve et « l’inexorable ». N’est-ce pas l’essence même de l’utopie de devenir un rêve nécessaire ? L’adjectif « utopique » devient d’ailleurs un nom propre grâce au principe de la nominalisation : la personnification par le biais de la majuscule témoigne à ce titre d’un ancrage du souvenir dans le présent.

L’absence de toute ponctuation et notamment de point montre qu’on voudrait que le rêve ne prenne jamais fin, qu’il soit un recommencement éternel. C’est une quête du bonheur sans fin, c’est là toute sa vanité, mais c’est ce qui fait aussi toute sa beauté. L’essence même de la poésie ne réside-t-elle pas dans l’abstraction du réel pour lui substituer l’essence inexprimable du rêve, capable de prêter au monde idéal les couleurs de la réalité ?

Dans cette utopie, ou cette nostalgie d’un souvenir enchanteur, l’aspect principal est donc subjectivement la beauté d’un quotidien qui semble banal au premier abord, mais qui est une invitation à dépasser la vanité des apparences pour accéder au monde intérieur spirituel, apte à transfigurer le réel : dès lors, il faut oser s’émerveiller afin de percevoir le monde non plus du côté d’un désenchantement cynique et triste, mais comme espace d’éveil et de réenchantement…

© Marion R.
Classe de Première S-2 (promotion 2016-2017), juin 2017.

Espace Pédagogique Contributif

Aujourd’hui, mardi 20 juin, la contribution de Léna (Première S2)

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire.

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

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Aujourd’hui, lundi 19 juin, la contribution de Léna D. (Première S-2)

-)

« Louv’Art »

par Léna D.
Classe de Première S-2

L’art fait parler les souvenirs,
raconte une histoire.
Mais sans souvenirs, sans rien à raconter,
qu’est-ce que l’art ?
Léna D.

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L’horloge tourne, le futur aussi.
Le temps a passé, mais je n’ai plus de souvenirs.
Je ne peux plus bouger, j’arrive à peine à respirer.
Je ne sais pas où je suis, je ne vois qu’une forêt sombre,
Je ne sais pas qui je suis, je ne me reconnais pas

Je sens néanmoins un animal à mes côtés ;
C’est le loup.
J’ai l’impression de le connaître.
Je me sens en sécurité.

Je n’ai plus la notion du temps :
Depuis quand suis-je là, assise par terre ? Je ne sais pas.
Le loup vient, lentement, me frôler la joue,
Une tornade de souvenirs me submerge alors.
Je le sais, je le sens. Il va m’aider,
Je le laisse alors tourner autour de moi.

Tout à coup, le loup hurle.
Je respire alors le parfum de la mélancolie.
Puis une passion ardente me submerge :
Mon esprit est embrumé. J’ai peur
Mais je me sens néanmoins en sécurité,
Je sais que le loup est à mes côtés
Pour me protéger des vagues de la vie.

Soudain, des courbes apparaissent dans ma tête.
Une ligne se dessine enfin sur la feuille
Désespérément blanche depuis longtemps.
Je prends alors un feutre, un feu d’artifice éclate,
Ma main me brûle, mais qu’importe,
Je peux de nouveau penser.

Le loup est toujours à mes côtés.
Je dessine ce que je j’entrevois,
Mes souvenirs reviennent à petits pas.
Sur ma feuille, une forêt se dessine,
Un abri en pierre, une meute de loups :
Je me sens renaître des abîmes du néant.

« Sur ma feuille, une forêt se dessine,
Un abri en pierre, une meute de loups :
Je me sens renaître des abîmes du néant...
 »

Illustration : © Bruno Rigolt, juin 2017
Peinture numérique

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Le point de vue de l’auteure…

Le poème que j’ai écrit s’intitule « Louv’Art ». Il raconte l’histoire d’un personnage féminin, totalement perdu dans un endroit qu’elle ne connait pas. Privilégiant l’onirique, le texte invite le lecteur à pénétrer l’imaginaire et le fantastique.

De fait, cette poésie se présente tout d’abord comme le récit d’un rêve. Je n’ai pas voulu raconter un de mes rêves (Je pense d’ailleurs que les rêves sont trop personnels pour pouvoir être racontés), j’en ai créé un nouveau, mais il est certain que ce poème exprime beaucoup de moi-même : ainsi le loup est-il un animal que j’affectionne particulièrement.

Au début, j’ai commencé à rédiger quelques lignes, et puis l’histoire s’est construite progressivement. Je n’avais pas vraiment pensé à la narration avant d’entreprendre l’écriture. Ce qui fait que mon texte suit en quelque sorte les vagabondages de ma pensée. Ainsi, il n’y a pas de rimes, ni de métrique particulière, car j’ai voulu transcrire ce qui surgissait de mon esprit, et coucher sur le papier ce que je visualisais dans mes pensées, sans m’imposer de barrières.

Sans doute le lecteur se demandera-t-il si ce poème est le récit d’un rêve ou d’un cauchemar. Moi-même je n’ai pas la réponse, et je crois qu’elle ne m’intéresserait guère tant nos rêves sont proches parfois du cauchemar. Le début semble être un cauchemar : le personnage est totalement perdu, il n’a plus de mémoire, ne sait même plus qui il est :

Je ne peux plus bouger, j’arrive à peine à respirer.
Je ne sais pas où je suis, je ne vois qu’une forêt sombre,
Je ne sais pas qui je suis, je ne me reconnais pas

La fin du texte fait en revanche penser à une renaissance, au recommencement de la vie :

Sur ma feuille, une forêt se dessine
Un abri en pierre, une meute de loups

Je laisse donc le lecteur penser ce qu’il veut, et puis après tout, qu’importe ? Ce qui compte est que chacun s’approprie le texte.

Le loup est très présent dans ce récit, il est la clé du dénouement. Je l’ai choisi car c’est un animal fascinant, étrange et sombre, mais en même temps sa force paraît rassurante et douce. Ce n’est pas un hasard si cet animal hante littéralement l’imaginaire des contes. Que dire par exemple du loup-garou se métamorphosant les nuits de pleine lune avant de reprendre forme humaine aux premières heures du jour ?

Sur un plan symbolique, j’ajouterai que mon poème aborde quelques peurs que beaucoup d’adolescents éprouvent : ainsi, la peur du futur. On ne sait pas ce qui nous attend dans l’avenir, ce qui arrivera, et ça ne rassure guère. Ensuite, la peur de perdre ses souvenirs, de ne plus savoir qui on est, qui sont nos amis, nos proches : tout cela compte beaucoup pour moi, et je ne pourrai pas avancer sans leur soutien. Et pour finir nous avons parfois peur de ne plus avoir de jugement critique, de ne plus pouvoir penser par nous-même : ce qui me paraît important ici, c’est la manière dont le loup amène à questionner notre réalité, dont ils est en fait la transcription.

Si mon poème semble donc abolir le réel en perturbant l’espace et le temps, il transpose des sentiments et des désirs bien humains : la peur du loup s’est métamorphosée dans le monde moderne en peur du système : le loup, c’est l’homme lui-même et sa puissance dévastatrice. Dans mon texte au contraire, le loup incarne une puissance rassurante, apte à faire surgir la pensée, la parole, l’esprit critique, la quête identitaire. Comme en témoigne  le champ lexical de la protection, de l’aide, qui intervient dès la deuxième strophe : le loup est synonyme de « sécurité » ; il est là pour « aider », « protéger ».

Dans un monde qui tend parfois à être de plus en plus déshumanisé, le loup symbolise au contraire l’imagination créatrice, autrement dit l’art, dont le champ lexical est particulièrement présent dans l’avant dernière strophe : « courbes », « ligne », « feutre », « dessine ». J’ai voulu privilégier ce réseau lexical car l’art fait entièrement partie de ma vie, que ce soit la musique ou le dessin, c’est quelque chose qui me tient vraiment à cœur. Ainsi la poésie me paraît essentielle dans le pouvoir qu’elle a de transfigurer le réel et d’inventer d’autres réalités capables à leur tour de réimaginer le monde.

© Léna D.
Classe de Première S-2 (promotion 2016-2017), juin 2017.

Espace Pédagogique Contributif

Aujourd’hui, lundi 19 juin, la contribution de Selen et Perrine (Première STMG2)

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire.

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

frise_1

Aujourd’hui, lundi 19 juin, la contribution de Selen F. et Perrine B
(Première STMG-2)

Mardi 20 juin : Léna D. (Première S-2) ; 

-)

« À Çınarcık¹
contemplant la côte d’en face
 »

par Selen F. et Perrine B.
Classe de Première STMG-2

Marchant au bord de la mer à Çınarcık¹
Contemplant la côte d’en face
Pleine de lumières, je cherchais celles qui allaient s’éteindre :
La vue n’a pas changé en dix ans d’absence
Je marchais là, sans trop savoir où aller… le regard vide
L’odeur des  simits² et du çay³ m’enivrait de plaisir
La rue était pleine de monde qui déambulait sans admirer le Bosphore Illuminé tel un spectacle de lumière :
Istanbul partagée en deux continents…

Marchant au bord de la mer à Çınarcık¹
Contemplant la côte d’en face
Alors j’aperçus un escalier menant à la plage
Un groupe de jeunes jouait de la guitare et chantait près d’un feu de camp
Je me suis installée à quelques mètres d’eux
Le sable me rafraîchissait,
Au-dessus de moi un océan d’étoiles baignait la nuit endormie
Je restais pensive, allongée là pendant des heures
Le bruit des vagues qui finissaient leur course sur les rochers me berçait

Rêvant au bord de la mer à Çınarcık¹
Contemplant la côte d’en face…

1. Çınarcık (Cinarcik) : située à 30 minutes d’Istanbul en ferry, Cinarcik est une ville de la province de Yalova, dans la région de Marmara en Turquie. Jouissant de nombreuses plages, comme celle d’Esenkoye, c’est une station balnéaire réputée, qui attire de plus en plus le tourisme de masse.
2. simit : pain de forme circulaire, aux graines de sésame, très répandu en Turquie, en Arménie, en Grèce, et dans les Balkans. Les simits sont souvent proposés dans la rue par des vendeurs qui les transportent sur un chariot ou sur leur tête. Source : Wikipedia.
3. çay : thé préparé en Turquie à partir des feuilles de l’arbuste du même nom.

« Rêvant au bord de la mer à Çınarcık
Contemplant la côte d’en face...
 »

Illustration : © Bruno Rigolt, 2012, juin 2017
Selen et Perrine avaient choisi une photographie dont la qualité insuffisante n’a pas permis sa mise en ligne.
Elle a été remplacée par ce cliché personnel. 

_

Le point de vue des auteures…

Si vous allez à Istanbul, n’hésitez pas à prendre le ferry sur la mer de Marmara. D’Istanbul à Çınarcık, situé à l’ouest de Yalova, le trajet est un enchantement. Istanbul est en effet la seule mégapole mondiale située à cheval sur deux continents : le détroit du Bosphore qui relie la mer de Marmara et la mer Noire, donc l’Europe orientale et l’Asie mineure, plonge le visiteur dans un dépaysement inimaginable.

L’idée de ce poème nous est venue lors d’une discussion alors que nous cherchions un sujet d’écriture. D’anecdotes en souvenirs de voyage, il nous a paru intéressant d’évoquer ces lieux magiques, marqués par l’histoire mais aussi la rêverie, le voyage et l’esprit d’aventure…  Le texte privilégie la narration et le point de vue d’une jeune fille ayant quitté ce lieu depuis plusieurs années. De retour, elle contemple le spectacle qui s’offre à ses yeux et s’interroge sur sa vie :

La vue n’a pas changé en dix ans d’absence
Je marchais là, sans trop savoir où aller…

C’est sur le mode de l’anecdote intimiste que se déroule le récit : nous suivons la voyageuse dans son périple nocturne qui la conduit au bord de la mer : nous imaginons sa rêverie en « contemplant la côte d’en face/Pleine de lumières »… Mêlant les effets de réel (« l’odeur des simits et du çay ») au songe éveillé (« Je restais pensive, allongée là pendant des heures »), le texte invite le lecteur, l’espace d’une lecture, à s’aventurer sur « la côte d’en face »…

© Selen F. et Perrine B.
Classe de Première STMG-2 (promotion 2016-2017), juin 2017.

Espace Pédagogique Contributif

Illustration : © Bruno Rigolt, 2012, juin 2017

Aujourd’hui, lundi 19 juin, la contribution d’Amina et Farah (Première S2)

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire.

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

frise_1

Aujourd’hui, lundi 19 juin, la contribution d’Amina H. et Farah M.
(Première S-2)

Selen F. et Perrine B. (Première STMG-2)

-)

« Cet amour envolé »

par Amina H. et Farah M.
Classe de Première S-2

Sur les flots de mes yeux reposent en douceur
Les doux souvenirs d’une histoire d’autrefois :
Des océans et des cieux j’entends le murmure
D’un jour de pluie caressant mon visage

Et racontant doucement cette histoire d’autrefois.
Mais la Mort emporte l’Amour sous les yeux
Des plus fidèles et nous ne pouvons rien car
Face au destin, nul ne peut fuir, et nul ne peut survivre.

Cette brise pure et printanière caresse
Ma chevelure et atteint mon esprit.
M’indiquerait-elle une présence ?
Celle d’un être disparu, baigné de solitude…

À présent je lève les yeux, et j’admire dans le ciel
La nuit lointaine et les étoiles parmi lesquelles
Je distingue une lueur scintillante telle un sourire :
Je sais qu’il repose en paix, cet amour envolé.

L’Amour a vécu, l’Amour a vaincu
La fatalité, et l’univers entier et son malheur le dernier
Je ne t’oublierai jamais, pas tant que je respire
Car tu existes à jamais au plus profond de mes soupirs.

L’Amour est comme ce vaste paquebot
Qui mêle des destins et vogue au fond des âges :
Il laisse s’échouer des histoires à jamais
Gravées dans les cœurs de ceux qui sont restés.

« L’Amour est comme ce vaste paquebot
Qui mêle des destins et vogue au fond des âges…
 »

Illustration : © Bruno Rigolt, juillet 2016
(photomontage et peinture numérique)

_

Le point de vue des auteures…

Devant rédiger un poème, nous nous demandions quelle thématique privilégier. Fortement marquées par les Romantisme, nous avons eu l’idée de nous inspirer de la merveilleuse aventure de Rose et Jack sur le « Paquebot de rêve » dans le film Titanic. Cette source d’inspiration cinématographique nous a permis d’évoquer certains thèmes qui nous tiennent à cœur.

L’histoire du Titanic nous fait voyager dans un univers merveilleux, en relation parfaite avec celui de la poésie. Le personnage de Rose incarne la poésie en elle-même et semble cristalliser les thèmes principaux abordés dans ce poème :  elle aime l’ailleurs, l’aventure, le voyage… Lassée de cette vie monotone dans laquelle son futur lui est imposé, elle veut vivre au jour le jour et profiter de chaque moment sans l’avoir anticipé pour autant.

De même, la narratrice de notre poème s’identifie parfaitement à ce personnage et décrit une journée de sa vie pendant laquelle elle ressent « la pluie caressant [s]on visage » (v. 1). Au fur et à mesure que se construisait notre poème, se précisait l’image d’une femme ayant perdu un être cher : assise au bord de sa fenêtre, pendant une nuit pleine d’étoiles, elle contemple le ciel. C’est un moment de plénitude, un lieu enchanteur où le vent frais et léger semble faire revivre les souvenirs. Ainsi, la femme laisse ses paupières se baisser puis elle songe… Elle repense au jour où elle était montée à bord ce cet énorme paquebot récemment construit et rempli de passagers qui partaient comme elle de l’autre côté de la terre… Puis elle se rappelle de la pluie qui se déposait sur son visage. C’est à ce moment que son mari se noie et disparaît au fond de l’Océan.

Le titre (« Cet amour envolé »), très métaphorique fait songer à un oiseau qui s’envolerait loin et ne reviendrait jamais : « l’Amour a vécu, l’Amour a vaincu » écrivons-nous au vers 17 afin de montrer combien les peines d’amour sont de ces histoires qui errent à jamais dans nos cœurs. Et cette femme seule, face à sa fenêtre aime aujourd’hui son mari autant qu’autrefois car la mort n’est pas assez puissante pour briser une telle union. La mort peut faire disparaître les corps, sans doute, mais les âmes resteront unies à jamais.

Comme le dit en effet le personnage de Rose en parlant de Jack dans Titanic : « il n’existe désormais que dans ma mémoire » : ce devoir de mémoire est comme un appel du cœur, un appel à se souvenir : le temps passe mais l’amour reste car on n’oublie jamais un être qui est parti : son souvenir alimente notre mémoire et donne sens à la vie. Voici pourquoi la narratrice s’exclame :

Je ne t’oublierai jamais, pas tant que je respire
Car tu existes à jamais au plus profond de mon cœur.

Fût-il mort, son mari est là, près d’elle. Ce poème se veut donc un hommage à l’amour dans toute sa force et sa plénitude. De fait, la femme se rappelle de chaque moment passé avec son mari et c’est ce qui fait la beauté de leur union. Elle ne peut, certes, pas vivre mieux sans lui, mais elle ne pleure pas, ni ne regrette le temps qui passe. Elle vit cette réalité avec sérénité, et elle l’accepte. Elle fait preuve d’un immense courage. 

La mort est montrée comme un chemin que tout le monde est contraint d’emprunter ; il n’y a pas d’autre issue possible. Cette idée est soulignée par l’euphémisme du vers 17 : « Son malheur le dernier » qui évoque la mort. Mais nous avons voulu suggérer l’idée de transfiguration et de dépassement de la fatalité de la mort : si personne ne peut échapper à la dernière page de son destin, la mort n’est pas montrée comme triomphante pour autant. Elle ne peut égaler la force de l’amour car elle est superficielle ; elle ne détruit qu’une partie de l’histoire ; l’autre reste vivante, essentielle et vivra éternellement :

« L’amour a vécu, l’Amour a vaincu
La fatalité, et l’univers entier et son malheur le dernier »

L’enjambement, c’est-à-dire le rejet au vers suivant d’un ou plusieurs mots nécessaires au sens du premier vers, de même que la répétition à valeur emphatique de « et » permet d’exprimer cette idée de dépassement de la fatalité et confère à l’amour une dimension que les grands poètes romantiques comme Alphonse de Lamartine dans les Méditations poétiques ont su très bien mettre en évidence.

La fin du texte exploite ainsi la technique de la métaphore filée afin de suggérer l’idée de voyage : comme le navire vogue sur les flots, nos sentiments voyagent de rivages en rivages jusqu’à atteindre la rive où nous attend l’être cher :

L’Amour est comme ce vaste paquebot
Qui mêle des destins et vogue au fond des âges :
Il laisse s’échouer des histoires à jamais
Gravées dans les cœurs de ceux qui sont restés.

De plus, l’utilisation de majuscules pour les termes « Amour » et « Mort » vise à donner de manière symbolique une apparence presque « humaine » à ces mots pour affirmer leur existence et montrer qu’il ne faut pas les sous-estimer. Voici pourquoi d’ailleurs, ces deux thèmes sont les plus importants dans le texte. Mais nous avons voulu également faire comprendre combien le rôle de la poésie est de faire rêver et de donner l’espoir.

Nous pensons que si le poète ne parvient pas à emporter le lecteur, alors son poème est un échec, tant il est vrai que la poésie est d’abord une communion. Il est certes important pour un poète d’exprimer ses sentiments à travers son poème. Mais quelle serait la valeur d’un poème bien écrit qui n’apporterait rien au lecteur, et dont le sens lui échapperait ? Ainsi, selon nous, la poésie doit non seulement être un moyen de s’exprimer esthétiquement et artistiquement, mais surtout être accessible et compréhensible pour le lecteur, afin de lui permettre de ressentir profondément les émotions exprimées.

À ce titre, nous trouvons que si notre histoire est simple à comprendre, l’enjeu qui s’en dégage doit amener le lecteur à méditer sur le sens même de la vie : évoquer la mort mais sans le tragique : tel est sans doute le sens de cette comparaison au vers 15 : « une lueur scintillante telle un sourire ». Nous voudrions conclure en proposant ainsi cette définition de la poésie. Pour nous, la poésie est « une lueur scintillante telle un sourire ». Les mots vacillent sous la plume, nous les effaçons, nous les remplaçons par d’autres… Comme les humains, les mots vivent et meurent mais le message reste tel un sourire qui doit illuminer le lecteur…

Voici le rôle de la poésie : humaniser le monde et témoigner de la Vérité de la Vie.

© Amina H. et Farah M.
Classe de Première S-2 (promotion 2016-2017), juin 2017.

Espace Pédagogique Contributif

Illustration : © Bruno Rigolt, juillet 2016, juin 2017

Aujourd’hui, lundi 19 juin, la contribution d'Amina et Farah (Première S2)

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire.

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

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Aujourd’hui, lundi 19 juin, la contribution d’Amina H. et Farah M.
(Première S-2)

Selen F. et Perrine B. (Première STMG-2)

-)

« Cet amour envolé »

par Amina H. et Farah M.
Classe de Première S-2

Sur les flots de mes yeux reposent en douceur
Les doux souvenirs d’une histoire d’autrefois :
Des océans et des cieux j’entends le murmure
D’un jour de pluie caressant mon visage

Et racontant doucement cette histoire d’autrefois.
Mais la Mort emporte l’Amour sous les yeux
Des plus fidèles et nous ne pouvons rien car
Face au destin, nul ne peut fuir, et nul ne peut survivre.

Cette brise pure et printanière caresse
Ma chevelure et atteint mon esprit.
M’indiquerait-elle une présence ?
Celle d’un être disparu, baigné de solitude…

À présent je lève les yeux, et j’admire dans le ciel
La nuit lointaine et les étoiles parmi lesquelles
Je distingue une lueur scintillante telle un sourire :
Je sais qu’il repose en paix, cet amour envolé.

L’Amour a vécu, l’Amour a vaincu
La fatalité, et l’univers entier et son malheur le dernier
Je ne t’oublierai jamais, pas tant que je respire
Car tu existes à jamais au plus profond de mes soupirs.

L’Amour est comme ce vaste paquebot
Qui mêle des destins et vogue au fond des âges :
Il laisse s’échouer des histoires à jamais
Gravées dans les cœurs de ceux qui sont restés.

« L’Amour est comme ce vaste paquebot
Qui mêle des destins et vogue au fond des âges…
 »

Illustration : © Bruno Rigolt, juillet 2016
(photomontage et peinture numérique)

_
Le point de vue des auteures…

Devant rédiger un poème, nous nous demandions quelle thématique privilégier. Fortement marquées par les Romantisme, nous avons eu l’idée de nous inspirer de la merveilleuse aventure de Rose et Jack sur le « Paquebot de rêve » dans le film Titanic. Cette source d’inspiration cinématographique nous a permis d’évoquer certains thèmes qui nous tiennent à cœur.

L’histoire du Titanic nous fait voyager dans un univers merveilleux, en relation parfaite avec celui de la poésie. Le personnage de Rose incarne la poésie en elle-même et semble cristalliser les thèmes principaux abordés dans ce poème :  elle aime l’ailleurs, l’aventure, le voyage… Lassée de cette vie monotone dans laquelle son futur lui est imposé, elle veut vivre au jour le jour et profiter de chaque moment sans l’avoir anticipé pour autant.

De même, la narratrice de notre poème s’identifie parfaitement à ce personnage et décrit une journée de sa vie pendant laquelle elle ressent « la pluie caressant [s]on visage » (v. 1). Au fur et à mesure que se construisait notre poème, se précisait l’image d’une femme ayant perdu un être cher : assise au bord de sa fenêtre, pendant une nuit pleine d’étoiles, elle contemple le ciel. C’est un moment de plénitude, un lieu enchanteur où le vent frais et léger semble faire revivre les souvenirs. Ainsi, la femme laisse ses paupières se baisser puis elle songe… Elle repense au jour où elle était montée à bord ce cet énorme paquebot récemment construit et rempli de passagers qui partaient comme elle de l’autre côté de la terre… Puis elle se rappelle de la pluie qui se déposait sur son visage. C’est à ce moment que son mari se noie et disparaît au fond de l’Océan.

Le titre (« Cet amour envolé »), très métaphorique fait songer à un oiseau qui s’envolerait loin et ne reviendrait jamais : « l’Amour a vécu, l’Amour a vaincu » écrivons-nous au vers 17 afin de montrer combien les peines d’amour sont de ces histoires qui errent à jamais dans nos cœurs. Et cette femme seule, face à sa fenêtre aime aujourd’hui son mari autant qu’autrefois car la mort n’est pas assez puissante pour briser une telle union. La mort peut faire disparaître les corps, sans doute, mais les âmes resteront unies à jamais.

Comme le dit en effet le personnage de Rose en parlant de Jack dans Titanic : « il n’existe désormais que dans ma mémoire » : ce devoir de mémoire est comme un appel du cœur, un appel à se souvenir : le temps passe mais l’amour reste car on n’oublie jamais un être qui est parti : son souvenir alimente notre mémoire et donne sens à la vie. Voici pourquoi la narratrice s’exclame :

Je ne t’oublierai jamais, pas tant que je respire
Car tu existes à jamais au plus profond de mon cœur.

Fût-il mort, son mari est là, près d’elle. Ce poème se veut donc un hommage à l’amour dans toute sa force et sa plénitude. De fait, la femme se rappelle de chaque moment passé avec son mari et c’est ce qui fait la beauté de leur union. Elle ne peut, certes, pas vivre mieux sans lui, mais elle ne pleure pas, ni ne regrette le temps qui passe. Elle vit cette réalité avec sérénité, et elle l’accepte. Elle fait preuve d’un immense courage. 

La mort est montrée comme un chemin que tout le monde est contraint d’emprunter ; il n’y a pas d’autre issue possible. Cette idée est soulignée par l’euphémisme du vers 17 : « Son malheur le dernier » qui évoque la mort. Mais nous avons voulu suggérer l’idée de transfiguration et de dépassement de la fatalité de la mort : si personne ne peut échapper à la dernière page de son destin, la mort n’est pas montrée comme triomphante pour autant. Elle ne peut égaler la force de l’amour car elle est superficielle ; elle ne détruit qu’une partie de l’histoire ; l’autre reste vivante, essentielle et vivra éternellement :

« L’amour a vécu, l’Amour a vaincu
La fatalité, et l’univers entier et son malheur le dernier »

L’enjambement, c’est-à-dire le rejet au vers suivant d’un ou plusieurs mots nécessaires au sens du premier vers, de même que la répétition à valeur emphatique de « et » permet d’exprimer cette idée de dépassement de la fatalité et confère à l’amour une dimension que les grands poètes romantiques comme Alphonse de Lamartine dans les Méditations poétiques ont su très bien mettre en évidence.

La fin du texte exploite ainsi la technique de la métaphore filée afin de suggérer l’idée de voyage : comme le navire vogue sur les flots, nos sentiments voyagent de rivages en rivages jusqu’à atteindre la rive où nous attend l’être cher :

L’Amour est comme ce vaste paquebot
Qui mêle des destins et vogue au fond des âges :
Il laisse s’échouer des histoires à jamais
Gravées dans les cœurs de ceux qui sont restés.

De plus, l’utilisation de majuscules pour les termes « Amour » et « Mort » vise à donner de manière symbolique une apparence presque « humaine » à ces mots pour affirmer leur existence et montrer qu’il ne faut pas les sous-estimer. Voici pourquoi d’ailleurs, ces deux thèmes sont les plus importants dans le texte. Mais nous avons voulu également faire comprendre combien le rôle de la poésie est de faire rêver et de donner l’espoir.

Nous pensons que si le poète ne parvient pas à emporter le lecteur, alors son poème est un échec, tant il est vrai que la poésie est d’abord une communion. Il est certes important pour un poète d’exprimer ses sentiments à travers son poème. Mais quelle serait la valeur d’un poème bien écrit qui n’apporterait rien au lecteur, et dont le sens lui échapperait ? Ainsi, selon nous, la poésie doit non seulement être un moyen de s’exprimer esthétiquement et artistiquement, mais surtout être accessible et compréhensible pour le lecteur, afin de lui permettre de ressentir profondément les émotions exprimées.

À ce titre, nous trouvons que si notre histoire est simple à comprendre, l’enjeu qui s’en dégage doit amener le lecteur à méditer sur le sens même de la vie : évoquer la mort mais sans le tragique : tel est sans doute le sens de cette comparaison au vers 15 : « une lueur scintillante telle un sourire ». Nous voudrions conclure en proposant ainsi cette définition de la poésie. Pour nous, la poésie est « une lueur scintillante telle un sourire ». Les mots vacillent sous la plume, nous les effaçons, nous les remplaçons par d’autres… Comme les humains, les mots vivent et meurent mais le message reste tel un sourire qui doit illuminer le lecteur…

Voici le rôle de la poésie : humaniser le monde et témoigner de la Vérité de la Vie.

© Amina H. et Farah M.
Classe de Première S-2 (promotion 2016-2017), juin 2017.

Espace Pédagogique Contributif

Illustration : © Bruno Rigolt, juillet 2016, juin 2017

Aujourd’hui, dimanche 18 juin, la contribution de Rose (Première S2)

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire. 

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

frise_1

Aujourd’hui, dimanche 18 juin, la contribution de Rose F. (Première S-2)

 Lundi 19 juin : Amina H. et Farah M. (Première S-2) ; Selen F. et Perrine B. (Première STMG-2)

-)

« Intempéries durables »

par Rose F.
Classe de Première S-2

De bas cotons occultent le ciel
Menaçants, ils s’apprêtent à tournoyer
Tournoyant dans cette musique aiguë
Celle que l’on n’entend pas,
Où s’embrase un amas de feuilles ternes,
Des papiers cadeaux aveuglants
Qui laissent voir au loin les murs de cris,
Ceux que l’on n’entend pas.
Le torrent se calme,
Laisse sortir des fleuves foncés,
Des vers ruisselants le long d’une terre dévastée
Vide, libre, en paix.
Car derrière le rouge il y a le blanc,
Calme, simple, sensible,
Le doux vent qui passe,
Celui qui nous laisse à fleur de peau,
Derrière un soleil chaleureux
Où l’on croise des joues et des bras accueillants,
Des sourires voyageurs.
Et j’aperçois toujours dans le ciel,
Au dessus de la mer qui va et vient,
Ces grands planeurs en paix,
Qui occultent le grand ciel bleu infini
Aux sombres nuances rouges.

« De bas cotons occultent le ciel
Menaçants, ils s’apprêtent à tournoyer…
 »

Illustration : © Bruno Rigolt, juin 2017 (peinture numérique)

_

Le point de vue de l’auteure…

« Intempéries durables »… Ce titre me paraît illustrer parfaitement l’argument de mon poème. Par cette métaphore, j’ai voulu exprimer un certain nombre de questionnements existentiels et sociétaux : jusqu’à quand tout ceci va-t-il durer ? Lorsque j’ai rédigé ce texte, je me trouvais en vacances et c’est en regardant le magnifique paysage qui s’offrait à mes yeux que j’ai eu l’idée de méditer sur les profonds contrastes dont notre monde est trop souvent victimes.

C’est ainsi que le poème commence par l’évocation de la société sous l’angle d’un vent tourbillonnant qui connote ici l’idée de destruction. Ainsi la répétition du verbe « tournoyer » accentue l’idée d’un délitement du corps social et des valeurs morales. De même, l’évocation de la musique « aiguë », « celle que l’on n’entend pas » représente la société sourde aux appels de détresse du monde. La même image est développée un peu plus loin lorsque j’évoque « les murs de cris, / ceux que l’on n’entend pas ».

En outre, grâce aux métaphores et aux personnifications, j’ai voulu montrer combien le consumérisme impose sa violence insupportable : « des papiers cadeaux aveuglants »… Nous sommes littéralement aveuglés par ces lumières trompeuses : aveugles et sourds aux « murs de cris », nous oublions la pauvreté, nous fermons les yeux sur la surexploitation des enfants, nous préférons ne pas débattre des animaux dans les abattoirs… Et que dire du surarmement ? Dans un monde où l’on préfère élever des murs qu’élever nos cœurs, la poésie me semble indispensable pour donner du sens : ainsi l’image « des vers ruisselants » sortis « des fleuves foncés ».

Puis dans une deuxième partie, plus optimiste, le vent se pare de vertus positives : derrière le mal, il y a le bien. Même si j’ai repris l’idée de tourbillon que j’avais développée au début du texte, il s’agit cette fois d’un tourbillon calme, pacifié. J’ai ainsi voulu me remémorer les belles choses de la vie, ces moments heureux qui nous aident à tenir debout, comme des rencontres, le fait de partager avec les autres, d’être capable d’aimer un beau jour ensoleillé, le fait aussi de penser à nos proches… ce sont ces plaisirs du quotidien, ces rencontres au long de nos voyages, qui m’émerveillent : comme si le bonheur pouvait résider dans la simplicité, les choses les plus humbles et qu’on dénigre souvent parce qu’elles semblent banales.

Le vers final contraste particulièrement avec cette vision positive : ces « sombres nuances rouges » que j’évoque sont davantage un avertissement qu’une menace : contrastant avec le bleu du ciel, elles représentent le risque toujours possible, tant il est vrai que nous ne sommes jamais à l’abri d’une tragédie qui planerait sur nous. De même n’oublions pas que lorsque tout semble aller bien, le monde va mal.


Mon poème n’a pas de structure particulière, pour privilégier un effet plus libre à l’instar de la poésie moderne, mais plus fondamentalement parce que la société elle-même est quelque chose d’irrégulier, où les règles ne sont que des lois imposées quelque peu artificiellement : ne pas suivre les codes relevait donc pour moi d’une forme de réquisitoire contre l’artificialité des conventions et des stéréotypes d’écriture.

J’ai donc illustré ici ma vision très personnelle et subjective du monde : celle d’un monde où l’homme ne laisse voir que ce qu’il veut vraiment, où l’homme est prêt à tout pour l’argent, au mépris des souffrances, de l’esclavage du mensonge. En ce sens l’écriture poétique m’a amenée à exprimer un certain nombre de choses que je ressentais très profondément : cette quête du sens confère aux mots un pouvoir extraordinaire : celui de transmettre une émotion sincère…

© Rose F.
Classe de Première S-2 (promotion 2016-2017), juin 2017.

Espace Pédagogique Contributif

Aujourd’hui, dimanche 18 juin, la contribution de Lucas et Oussama (Première STMG2)

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire. 

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

frise_1

Aujourd’hui, dimanche 18 juin, la contribution de Lucas D.-M. et Oussama B. (Première STMG-2)

 Dimanche 18 juin : Rose F. (Première S2)

-)

« Ô flow¹, que la terre est belle »

par Lucas D.-M. et Oussama B.
Classe de Première STMG-2

Le désir est un rêve et le rêve est un vœu :
Au lever du soleil de la nuit, je ferme les yeux.
Sous le règne de la lune je rejoins un monde mystérieux,
Je voyage à travers le souvenir de nos actes passés.

Je vois le temps défiler puis s’arrêter.
Mon esprit crée une doctrine pour cet idéal qui m’empêche d’exister.
La lune se lasse et laisse place au soleil qui brûle mes idées.
Je marche vers l’horizon des cieux sans me retourner.

Moi qui aimais tant l’aube des soleils couchants
Voici que je cours en direction du soleil levant.
Avec le désir de retrouver mon idéal oublié,
Avec le vœu de m’exiler au-dessus des océans envolés.

Ô flow¹, que la terre est belle vue de là-haut !
Plus haut dans le ciel plus haut dans la voie lactée
Morphée me libère de sa prison enchantée
Mes yeux s’imprègnent de la lumière des soleils éclatés…

Flow : ce terme anglais (littéralement « flux » en français) désigne un état mental atteint par une personne lorsqu’elle est absorbée dans une activité, et se trouve dans un état maximal d’accomplissement. Sous l’influence des musiques rap ou hip-hop, le flow désigne également en langage musical le rythme de la musique ou le cadencement des paroles. Dans le texte, le mot évoque un profond état d’harmonie.

« Ô flow, que la terre est belle vue de là-haut !
Plus haut dans le ciel plus haut dans la voie lactée »

Illustration : © Bruno Rigolt, juin 2017 (peinture numérique)

_

Le point de vue des auteurs…

Ce poème s’intitule « Ô flow, que la terre est belle ». Rédigé en quatrains pour davantage d’harmonie, il privilégie les thème du rêve​ et du voyage​. Le texte évoque ainsi un homme qui vagabonde dans ses rêves à la recherche d’un monde meilleur.

Le titre a tout d’abord de quoi surprendre. Nous avons choisi le terme anglais « flow » pour plusieurs raisons : d’une part parce que ce terme désigne en psychologie un profond état d’accomplissement et d’harmonie. Ainsi, une personne qui dégage un flow dégage une attirance et un certain charme qui lui sont propres. Ce terme se rapproche notamment de la notion de « style ». Mais si le style se perçoit visuellement par des moyens matériels (comme les vêtements par exemple), le flow désigne davantage un tout, une plénitude, un état d’accomplissement. Ainsi, le flow d’un auteur peut se ressentir lorsque nous lisons ou écoutons les paroles d’une chanson, et que nous sommes sensibles à un style d’écriture.

Dans notre poème, le terme connote presque le sentiment évoqué par Mallarmé dans « Brise marine » : « Je sens que des oiseaux sont ivres/D’être parmi l’écume inconnue et les cieux ». Notre « flow » à nous n’est pas si différent, comme en témoigne le champ lexical du rêve qui parcourt tout le texte : le rêve est une chose mystérieuse sur laquelle il y aurait tant de choses à dire… Pour avoir étudié le romantisme et le symbolisme, il nous semble retrouver le flow dans ces deux mouvements : la quête d’idéal dont témoigne la poésie de Baudelaire n’a-t-elle pas pour but de recréer le monde ? Tel est le secret de l’inspiration poétique : réinventer le banal, pour donner plus de sens aux choses.

Pourtant, la rêverie romantique est souvent mélancolique et triste. Notre texte au contraire privilégie davantage le rêve heureux comme le suggère le titre et plusieurs éléments du poème : 

Je marche vers l’horizon des cieux sans me retourner.
Moi qui aimais tant l’aube des soleils couchants

Voici que je cours en direction du soleil levant.

De même, la nature est évoquée dans le poème sous une forme positive. Qu’il s’agisse du « soleil » ou de la « lune », de la « mer » , du « ciel » et de « l’aube »… Tout concourt à proposer un voyage symbolique au pays du rêve : exils vers le cosmos et le « monde mystérieux », voyage vers l’« horizon des cieux ». Sur le plan de l’interprétation, un vers nous paraît particulièrement riche : c’est le vers 12 par lequel s’achève la troisième strophe :

« Avec le vœu de m’exiler au-dessus de l’océan envolé »

En lisant ce vers, on a vraiment l’impression que les flots eux-mêmes sont « dans le flow » : la mer « largue les amarres », elle s’envole. Il s’agit ici d’une hypallage, c’est-à-dire d’une figure de style qui consiste en la construction de mots où deux termes sont liés syntaxiquement alors qu’on s’attendrait à voir l’un des deux rattaché à un troisième : c’est l’oiseau qui s’envole et non la mer !

Ce procédé nous a permis de poursuivre encore notre inspiration dans la dernière strophe :

Ô flow, que la terre est belle vue de là-haut !
Plus haut dans le ciel plus haut dans la voie lactée

« La mer envolée » pourrait correspondre à la définition de la poésie que le jeune poète Rimbaud (il n’avait que dix-sept ans) proposait dans la « Lettre du voyant » (1871) : il voyait en effet la poésie comme un « long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens » : c’est cette idée qui se retrouve dans notre poème : le flow est ici le symbole d’un envol pour toucher à l’idéal.

Tel est le sens de l’écriture poétique : faire s’envoler les mots ! Ce travail sur la poésie nous a permis d’approfondir un certain nombre de notions mais bien plus de découvrir l’extraordinaire pouvoir de la poésie, par sa capacité à réinventer le langage et peut-être à réinventer le monde !

© Lucas D.-M. et Oussama B.
Classe de Première STMG-2 (promotion 2016-2017), juin 2017.

Espace Pédagogique Contributif

Aujourd’hui, dimanche 18 juin, la contribution d’Élisa (Première S2)

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire. 

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

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Aujourd’hui, dimanche 18 juin, la contribution d’Élisa O.-P. (Première S-2)

 Dimanche 18 juin :

  • Lucas D.-M. et Oussama B. (Première STMG-2)
  • Rose F. (Première S2)

-)

« Днiпро »¹

par Élisa O.-P.
Classe de Première S-2

Sur le Dniepr¹ danse ta mémoire
Nous savions que nous étions déjà venus
L’essence même de mon existence
Mène à ta peau entourée de mes paumes
Nous savions que nous nous étions déjà vus
Brilles-tu seulement pour moi ?
Rythme effréné de ma vie

Les vents chantent en ton nom
Embrasse mon âme et je suis à toi
Fleur de la lune vibrant la nuit
Ne laissait personne assez proche pour la voir
En tant qu’humain détruisant au toucher
Nous savions que nous étions perdus
Tourment au sein de la nuit

Que sommes-nous aujourd’hui ?
Faisait-il chaud au crépuscule ?
Ce soir tu as froid.
Ce soir je me noie.
Esquivons ces lieux
Il me dit que la fin est proche
Nous savions que nous nous trouverions.

  1. Днiпро (Ukrainien) : Dniepr. Le Dniepr est un fleuve d’Europe de l’Est. D’une longueur de 2290 kilomètres, il est le troisième fleuve d’Europe. Il prend sa source en Russie et se jette dans la mer Noire après avoir parcouru près de 1100 kilomètres en Ukraine. D’un point de vue culturel, le Dniepr est un symbole national de l’Ukraine, ainsi qu’en témoigne la moitié bleue du drapeau ukrainien.


« Sur le Dniepr danse ta mémoire… »

Illustration : © 2016, 2017 Élisa O.-P.

_

Le point de vue de l’auteure…

Il est 6 heures du matin, en France. Il est minuit à New York. Assise sur un des rooftops* de Time Square, je regarde la foule qui se bouscule en bas : un silence transcendant sublime le toit où je me tiens. Ce soir-là le temps s’est arrêté. Tout un tas de questions se bousculent dans mon esprit, comme le sens de la vie… Et de petite réminiscences. J’écris, je trouve une serviette sur le sol, un stylo en main. Un poème vaut-il toujours la peine d’être écrit de manière préméditée ? Ce soir je me lance.

C’est donc ici que les premiers vers voient le jour, ou plutôt la nuit. Le temps passe mais les jours persistent. Le souvenir reste mais la chaleur s’évade. Peut-on transposer tout cela au sein d’un poème ? Qu’en est-il de l’émotion au cœur des mots ? Au-delà des péripéties de la vie, mon âme appartient toujours à ma chère Ukraine, aux steppes flamboyantes, au fleuve Dniepr et à ses flots enivrants. Source d’inspiration profondément ancrée − et encrée − en moi, la littérature et la culture slaves ne cessent d’abreuver ma plume.

Ces strophes sont un hymne à la mémoire : il est question d’un homme déjà fatigué, rencontrant chaque nuit le souvenir de celle qu’il eu la chance de pouvoir observer danser sur les bords du Dniepr, tous les soirs durant sa jeunesse comme il est évoqué au début du texte : «Sur le Dniepr danse ta mémoire/Nous savions que nous étions déjà venus ». Le caractère éphémère de cette rencontre est souligné au vers 10 : « Fleur de la lune vibrant la nuit », et mis en valeur par des ruptures syntaxiques accentuant l’impression de coupure temporelle.

Embrasse mon âme et je suis à toi
Fleur de la lune vibrant la nuit

Cependant l’utilisation d’anaphores (« nous savions ») permet de rappeler que tout part d’un seul et même point : une idylle juvénile perdue. Les trois derniers vers sous forme d’anacoluthe, amènent une rupture de la cohésion syntaxique de la phrase permettant l’énonciation de fait réels et évidents aux yeux du vieil homme : il doit partir ; le temps lui annonce qu’il ne lui appartiendra bientôt plus ; il savait que la mort les réunirait. Enfin, la structure strophique en septains, permet de créer une temporalité à la fois très réelle et en même temps très onirique.

Voilà maintenant des années que je pose des mots sur les plus profonds recoins de mon âme. Il est question ici d’un poème, un poème si léger mais pourtant si lourd en signification.
Je veux refléter le temps qui passe en une seule minute de lecture.
Je veux faire l’éloge des mots à travers les vers.
Je veux bâtir un monde sur une simple page.

© Élisa O.-P.
Classe de Première S-2 (promotion 2016-2017), juin 2017.

Espace Pédagogique Contributif

* rooftop : toit. À New York, de nombreux rooftop bars ont souvent été aménagés sur les toits d’hôtels.

« L’essence même de mon existence
Mène à ta peau entourée de mes paumes… »

Illustration : © 2016, 2017 Élisa O.-P.

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Aujourd’hui, dimanche 18 juin, la contribution d'Élisa (Première S2)

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire. 

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

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Aujourd’hui, dimanche 18 juin, la contribution d’Élisa O.-P. (Première S-2)

 Dimanche 18 juin :

  • Lucas D.-M. et Oussama B. (Première STMG-2)
  • Rose F. (Première S2)

-)

« Днiпро »¹

par Élisa O.-P.
Classe de Première S-2

Sur le Dniepr¹ danse ta mémoire
Nous savions que nous étions déjà venus
L’essence même de mon existence
Mène à ta peau entourée de mes paumes
Nous savions que nous nous étions déjà vus
Brilles-tu seulement pour moi ?
Rythme effréné de ma vie

Les vents chantent en ton nom
Embrasse mon âme et je suis à toi
Fleur de la lune vibrant la nuit
Ne laissait personne assez proche pour la voir
En tant qu’humain détruisant au toucher
Nous savions que nous étions perdus
Tourment au sein de la nuit

Que sommes-nous aujourd’hui ?
Faisait-il chaud au crépuscule ?
Ce soir tu as froid.
Ce soir je me noie.
Esquivons ces lieux
Il me dit que la fin est proche
Nous savions que nous nous trouverions.

  1. Днiпро (Ukrainien) : Dniepr. Le Dniepr est un fleuve d’Europe de l’Est. D’une longueur de 2290 kilomètres, il est le troisième fleuve d’Europe. Il prend sa source en Russie et se jette dans la mer Noire après avoir parcouru près de 1100 kilomètres en Ukraine. D’un point de vue culturel, le Dniepr est un symbole national de l’Ukraine, ainsi qu’en témoigne la moitié bleue du drapeau ukrainien.


« Sur le Dniepr danse ta mémoire… »

Illustration : © 2016, 2017 Élisa O.-P.

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Le point de vue de l’auteure…

Il est 6 heures du matin, en France. Il est minuit à New York. Assise sur un des rooftops* de Time Square, je regarde la foule qui se bouscule en bas : un silence transcendant sublime le toit où je me tiens. Ce soir-là le temps s’est arrêté. Tout un tas de questions se bousculent dans mon esprit, comme le sens de la vie… Et de petite réminiscences. J’écris, je trouve une serviette sur le sol, un stylo en main. Un poème vaut-il toujours la peine d’être écrit de manière préméditée ? Ce soir je me lance.

C’est donc ici que les premiers vers voient le jour, ou plutôt la nuit. Le temps passe mais les jours persistent. Le souvenir reste mais la chaleur s’évade. Peut-on transposer tout cela au sein d’un poème ? Qu’en est-il de l’émotion au cœur des mots ? Au-delà des péripéties de la vie, mon âme appartient toujours à ma chère Ukraine, aux steppes flamboyantes, au fleuve Dniepr et à ses flots enivrants. Source d’inspiration profondément ancrée − et encrée − en moi, la littérature et la culture slaves ne cessent d’abreuver ma plume.

Ces strophes sont un hymne à la mémoire : il est question d’un homme déjà fatigué, rencontrant chaque nuit le souvenir de celle qu’il eu la chance de pouvoir observer danser sur les bords du Dniepr, tous les soirs durant sa jeunesse comme il est évoqué au début du texte : «Sur le Dniepr danse ta mémoire/Nous savions que nous étions déjà venus ». Le caractère éphémère de cette rencontre est souligné au vers 10 : « Fleur de la lune vibrant la nuit », et mis en valeur par des ruptures syntaxiques accentuant l’impression de coupure temporelle.

Embrasse mon âme et je suis à toi
Fleur de la lune vibrant la nuit

Cependant l’utilisation d’anaphores (« nous savions ») permet de rappeler que tout part d’un seul et même point : une idylle juvénile perdue. Les trois derniers vers sous forme d’anacoluthe, amènent une rupture de la cohésion syntaxique de la phrase permettant l’énonciation de fait réels et évidents aux yeux du vieil homme : il doit partir ; le temps lui annonce qu’il ne lui appartiendra bientôt plus ; il savait que la mort les réunirait. Enfin, la structure strophique en septains, permet de créer une temporalité à la fois très réelle et en même temps très onirique.

Voilà maintenant des années que je pose des mots sur les plus profonds recoins de mon âme. Il est question ici d’un poème, un poème si léger mais pourtant si lourd en signification.
Je veux refléter le temps qui passe en une seule minute de lecture.
Je veux faire l’éloge des mots à travers les vers.
Je veux bâtir un monde sur une simple page.

© Élisa O.-P.
Classe de Première S-2 (promotion 2016-2017), juin 2017.

Espace Pédagogique Contributif

* rooftop : toit. À New York, de nombreux rooftop bars ont souvent été aménagés sur les toits d’hôtels.

« L’essence même de mon existence
Mène à ta peau entourée de mes paumes… »

Illustration : © 2016, 2017 Élisa O.-P.

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Aujourd’hui, samedi 17 juin, la contribution de Cassandre (Première STMG2)

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire. 

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

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Aujourd’hui, samedi 17 juin, la contribution de Cassandre P.
(Première STMG-2)

 Dimanche 18 juin :

  • Élisa O.-P. (Première S-2) 
  • Lucas D.-M. et Oussama B. (Première STMG-2)
  • Rose F. (Première S2)

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« Là-bas »

par Cassandre P.
Classe de Première STMG-2

La- bas, c’est la douceur de San Miguel
Se souvenir peut faire mal
Mais c’est la seule chose qui n’est pas banale
Dans la poche de mon jean troué
Quelques larmes j’ai gardées…

Là-bas, c’est le rivage du coté de Cancún
Là où nos yeux ne se ferment jamais
Là où le temps m’a aidée à savoir qui j’étais
Dans la poche de mon jean troué
Des grains de sable j’ai laissés…

Là-bas, c’est la jeunesse de Polanco
Dans la poche de mon jean troué
Une photo de nous dans le jour fané
Et pour la vie devant nos yeux :
Le Mexique aux bords mystérieux…

Illustration : Sierra De Guadalupe, depuis Polanco (Mexico) |Source|

_

Le point de vue de l’auteure…

Mon poème parle du Mexique, pays où j’ai passé mon enfance. Quelques noms de villes ou d’endroits où j’ai vécu ancrent le texte dans ma mémoire : comme San Miguel de Allende, un lieu inoubliable par sa beauté, Cancún sur la mer des Caraïbes dont le nom à lui seul est déjà un voyage. Et puis Polanco, un quartier huppé de Mexico situé à l’Ouest de la ville, au Nord de Chapultepe où j’ai laissé tant de souvenirs…

Au niveau de l’écriture du poème, j’ai privilégié les anaphores, car elles permettent d’enraciner le texte dans la mémoire. La répétition de l’adverbe « Là-bas » a en quelque sorte une fonction de rappel : se rappeler, c’est ne pas oublier le temps, les moments passés, ces heures toujours présentes qui nous aident à savoir qui on est. Se souvenir d’un lieu a ainsi un rôle important dans la construction de soi.

De même, plusieurs rimes ou parallélismes sonores créent une douce mélodie qui dans le texte évoque le voyage. Le début du poème est marqué par l’évocation de San Miguel, tandis que la fin du texte privilégie une vision plus onirique, c’est-à-dire désignant le rêve : celle du « Mexique aux bords mystérieux » : évocation de ces longues étendues de sable du côté de Cancún où le vent dessine mille et un voyages…

© Cassandre P.
Classe de Première STMG-2 (promotion 2016-2017), juin 2017.

Espace Pédagogique Contributif

San Miguel de Allende
(© BR. Photographie modifiée numériquement)

 

Aujourd’hui, samedi 17 juin, la contribution de Célia (Première S2)

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire. 

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

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Aujourd’hui, samedi 17 juin, la contribution de Célia L. (Première S-2)

 Samedi 17 juin : Cassandre P. (Première STMG-2)

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« ROSSO − ROUGE »

par Célia L.
Classe de Première S-2

Étoile rouge, fort tintillement de cette nuit, noirceur omniprésente
La fleur de mon stylo plonge dans un rouge impur
En rentrant cette nuit, nous ramenions les morts que nous allégions
De cette fleur. Fuse le deuil, le rouge mais surtout le noir.

Un giorno, un anno, un tempo non posso credereche questo è arrivato
Nella testa della gente, la morte schiaccia la vità di ciascuno.
Un momento difficile mai evocato, espero tanto del futuro
Dovè c’é sara la gioia, la felicità e non un mondo diviso.

Vedo un mondo sensa guerra, senza odio e senza disgrazia
Voglio un bello mondo come l’amore negli occhi della mamma
Vedo la morte davanti te come un granata davanti gli soldati.

Les rives du combat sont rouges de sang, d’amour et de danger.
Les corps éparpillés d’hommes inconnus errent comme des naufragés.
Mais te voilà, prête à les accueillir dans ton foyer.

_

Traduction de l’Italien :

Un jour, une année, un temps je ne peux croire que ceci est arrivé
Dans la tête des gens, la mort écrase la vie de chacun
Un moment difficile jamais évoqué, j’espère tant du futur
Où il y aura la joie, le bonheur et non un monde divisé.

Je vois un monde sans guerre, sans haine et sans malheur
Je veux un beau monde comme l’amour dans les yeux d’une maman
Je vois la mort devant toi comme un obus devant les soldats.

Illustration : © juin 2017, Bruno Rigolt (peinture numérique).
(D’après un texte de Célia L.)

_

Le point de vue de l’auteure…

Tout d’abord, ce poème traite d’un thème commun en poésie et toujours, hélas, d’une brûlante actualité. La guerre appelle la mort, d’où le choix du titre : « Rosso-rouge ». À cet égard, pratiquant l’Italien qui est une langue que j’aime beaucoup, j’ai souhaité rédiger ce texte dans les deux langues : le métissage linguistique comme il se pratique par exemple dans les Antilles ou aux États-Unis avec le Spanglish me paraissent aptes à enrichir les signifiés connotatifs.

Au niveau du titre par exemple, la répétition crée une redondance voulue : « Rosso-Rouge », c’est le rouge sang de la guerre, c’est le rouge de l’amour anéanti, c’est la colombe poignardée d’Apollinaire, les larmes de sang, c’est l’étoile rouge de la déportation, des morts, du deuil. Mais c’est aussi le rouge « impur » de l’ennemi : l’homme lui-même. Ces nombreux parallélismes lexicaux sont mis en valeur par un style assez éclaté, expression du rythme de la guerre moderne : style proche de la rupture, entraînant parfois l’abandon de la syntaxe habituelle comme en témoignent les vers 3 et 4 :

En rentrant cette nuit, nous ramenions les morts que nous allégions
De cette fleur. Fuse le deuil, le rouge mais surtout le noir.

De plus, ayant travaillé sur quelques auteurs futuristes, et plus particulièrement les tableaux-poèmes de Marinetti, il m’a paru très intéressant d’exploiter la langue de Dante : l’Italien et le Français se combinent ainsi dans une chaîne d’assonances et d’allitérations, mais aussi comme je le notais un peu plus haut, de réseaux de sens, apte à créer une dynamique émotionnelle et à provoquer ainsi davantage l’imaginaire du lecteur. Un peu comme si les deux langues s’expliquaient mutuellement :

Vedo la morte davanti te come un granata davanti gli soldati.
Les rives du combat sont rouges de sang, d’amour et de danger.

Nos pays qui étaient en guerre en 1940 se retrouvent soudainement mêlés dans la même boue et le même champ de bataille, partageant les mêmes souffrances : ce choix de la double écriture est donc essentiel d’un point de vue symbolique.

Il était en effet important pour moi de rendre compte de l’horreur de la guerre, de l’horreur commise : voici pourquoi le texte propose en outre un constant va-et-vient entre le présent de l’écriture, présent de l’énonciation et l’évocation des combats à l’imparfait : 

« La fleur de mon stylo plonge dans un rouge impur
En rentrant cette nuit, nous ramenions les morts que nous allégions […] »

À ce titre la confusion des voix narratives, très caractéristique dans ces deux vers, sert à montrer que l’engagement est plus que jamais nécessaire au XXIe siècle : le je qui écrit est le même que le je qui ramenait les morts pendant la guerre. Ainsi l’écriture poétique s’enrichit-elle d’une conscience mémorielle, c’est-à-dire d’une responsabilité qui confère à l’acte d’écrire une valeur essentielle et à la poésie une responsabilité morale dont on ne saurait s’affranchir. 

J’ajouterai aussi que la forme du sonnet, au-delà des règles d’organisation strophiques ou du système des rimes dont je me suis libérée pour ce travail, m’a paru s’imposer : d’une part j’ai pu travailler grâce au sonnet sur la mise en relation de deux thèmes : ici la mort et la guerre. Mais j’ai pu également mettre en valeur une progression constante du poème orientée vers la chute :

Mais te voilà, prête à les accueillir dans ton foyer.

L’image du dernier vers, si elle rappelle ainsi le caractère tragique de la guerre, enracine surtout le texte dans une dimension céleste qui est comme un message de paix montrant que ceux que la mort emporte ne nous quittent pas…

Pour terminer je voudrais dire combien ce travail poétique a été pour moi le fruit d’une recherche intellectuellement stimulante mêlant à l’écriture automatique des Surréalistes, propre à susciter l’expression des émotions les plus spontanées, une écriture plus conventionnelle propre à faire travailler sur la combinaison des mots, leur disposition et leur mise en forme. 

© Célia L.
Classe de Première S-2 (promotion 2016-2017), juin 2017.

Espace Pédagogique Contributif

Aujourd’hui, vendredi 16 juin, la contribution de Rim et Sarah (Première STMG2)

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire. 

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

frise_1

Aujourd’hui, vendredi 16 juin, la contribution de Rim et Sarah Z.
(Première STMG-2)

 Vendredi 16 juin : Guy S. (Première S-2)

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« Kelbi  ileyka ya Fès »

par Rim Z. et Sarah Z.
Classe de Première STMG-2

Fés, ma chère ville,
Là-bas ton soleil éclaire le sourire de mes parents,
N’brick bezeef Fés,

Quand je suis avec toi mes problèmes s’envolent dans ton vent
Comme l’odeur du tajine que Jedda vient de sortir du four
Tu m’as vue grandir, tu me manques déjà,
J’aimerais entendre encore les cris d’Oumy qui appelle
Les enfants pour qu’ils rentrent,

Malgré la distance je resterai ton enfant.

Je me rappelle que les lumières m’éclairaient la nuit dans la Médina
Le marchand au loin criait « Djellaba pas chère Madame,
Cinq dirham, ti belle viens essayer »
Il me faisait rire avec son accent… Si loin maintenant…
Tes enfants ne pleurent jamais, ils sont toujours heureux

La couleur de ton ciel me redonne la joie,
Tout l’amour que tu m’as donné… Tu mérites aussi mon amour :
Alors j’aimerais te dire N’ brick bezeef n’mout haylik.

Le quartier des tanneurs à Fès… 
|Source : Office du Tourisme du Maroc|

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Le point de vue des auteures…

Ce poème s’intitule « Kelbi  ileyka ya Fes » qui pourrait signifier en Français « J’ai donné mon cœur à Fès ». De fait, le texte évoque notre enfance au Maroc, pays de nos origines. Située à 180 km à l’est de Rabat, entre le massif du Rif et le Moyen Atlas, la ville de Fès fait partie des villes impériales du Maroc.

Considérée encore de nos jours comme sa capitale spirituelle, elle témoigne d’un extraordinaire patrimoine culturel qui lui a permis d’être classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Qui n’a pas entendu parler de la grande mosquée Quaraouiyine, des célèbres mosaïques, du bleu de Fès ou du vert des minarets, des tanneries de l’ancienne médina, ou des fabriques de caftans ?

Pour évoquer notre amour de Fès, nous avons voulu également faire référence à des réalités plus quotidiennes qui sont celles de la médina : de cette mosaïque de paysages, de parfums d’épices et de couleurs, nous avons retenu quelques mots qui permettent d’ancrer le texte dans le charme et l’authenticité :

Je me rappelle que les lumières m’éclairaient la nuit dans la Médina
Le marchand au loin criait « Djellaba pas chère Madame,
Cinq dirham, ti belle viens essayer »

De même, nous avons voulu transmettre un message rempli de joie et de sentiments, avec les femmes qui préparent le tajine ou les mères appelant les enfants dans la rue pour qu’ils viennent manger… Comme un repas que l’on partage, nous avons écrit ce poème pour faire partager au lecteur quelques unes de nos émotions les plus intenses et les plus intimes. Le lyrisme qui parcourt tout le texte permet ainsi de mettre en avant nos sentiments si forts par rapport à cette ville, qui est pour nous le lieu des origines et de l’enfance.

Évoquer cette ville, c’est donc en quelque sorte avoir une mémoire, c’est ne pas oublier qui l’on est et d’où l’on vient. Au vingt-et-unième siècle, cette conscience du passé est essentielle. Chaque endroit de Fès, chaque rempart de la médina parle à notre âme, raconte une histoire, raconte une mémoire…

Voici pourquoi cette évocation de Fès a été aussi pour nous l’occasion de réfléchir au sens de la poésie. Écrire un « po-aime » pour reprendre l’intitulé de cette belle exposition, c’est aussi chercher à se comprendre soi-même, dans la mesure où la poésie réunit le langage, l’art et la spiritualité…

© Rim Z. et Sarah Z.
Classe de Première STMG-2 (promotion 2016-2017), juin 2017.

Espace Pédagogique Contributif

Aux alentours de Fès…
|Source : Office du Tourisme du Maroc|

Aujourd’hui, vendredi 16 juin, la contribution de Jeanaïs (Première S2)

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire. 

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

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Aujourd’hui, vendredi 16 juin, la contribution de Jeanaïs (Première S-2)

 Vendredi 16 juin : Rim et Sarah Z. (Première STMG-2) ; Guy S. (Première S-2)

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« Vie éternelle »

par Jeanaïs B.
Classe de Première S-2

Il est parti un jour vide et glacé
Un jour sans aujourd’hui, sans lendemain.
Il prit un bateau, un dernier bateau
pour quitter ce monde.

Dès lors il légua des larmes :
Défense, Résistance, Justice
De pauvres larmes contre le monde entier,
Monde de satire et de simulacres.

Ses larmes étaient de véritables amies :
Leurs gestes demeurent inoubliables
Une noyade dans un océan de peur et d’armes
L’absence, le souvenir permettent d’apprendre

Le courage n’est pas l’absence de peur,
Mais la capacité de la vaincre
Désormais parti, il devient voyant
Il perçoit objectivement le monde hermétique

Où les hommes résident aujourd’hui
L’existence humaine est un long voyage
Vers la vie éternelle
Et le matin du ciel.

Illustration : « Vie éternelle », © Bruno Rigolt, juin 2017 (Photomontage et peinture numérique)

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Le point de vue de l’auteure…

J’ai rédigé ce texte au mois de mai 2017 dans le cadre d’un atelier d’écriture poétique consacré à la quête du sens en poésie. Dans ce poème, différents thèmes apparaissent comme le voyage, le souvenir et la conscience mémorielle, ou encore la réflexion sur le sens même de la condition humaine.

C’est tout d’abord la thématique du voyage qui domine le texte. De fait, dans la première strophe on retrouve trois indices du voyage : « il est parti », « il prit un bateau » et « pour quitter ce monde ». Plus que le voyage réel, c’est la dimension métaphorique du voyage qui apparaît, en référence à la vie humaine. Le voyage vers l’outremonde est comme le contrepoint du monde réel, fait « de satire et de simulacres » (v.8), « monde hermétique » (v. 16) du conformisme banal et sclérosé. Monde adulte, inaccessible à la poésie et à la pureté de l’enfance.

C’est ainsi que de nombreux aspects font évidemment référence au thème du poète maudit : au même titre que Baudelaire ou Rimbaud, Nerval Lautréamont, le poète maudit a ouvert la poésie à la quête de l’idéal : comme le suggère la thématique maritime présente dans le texte sous forme de métaphore filée, le poète maudit est l’homme du mouvement perpétuel entre le flux et le reflux, le spleen et l’idéal, la foi et le doute : vivant en marge d’une société dans laquelle il ne se reconnaît plus, il préfère partir « un jour vide et glacé/Un jour sans aujourd’hui, sans lendemain ».

Quitter une société dans laquelle il ne se sent pas en accord et trouver un monde meilleur est pour lui la seule solution qu’il trouve pour recouvrer son identité. Dans le texte, l’idéal fait référence au paradis. Cette image du bateau qui part fait également songer au poème de Rimbaud « Le bateau ivre ». Le départ s’apparente en quelque sorte à une quête d’authenticité, fût-elle vaine et quelque peu absurde : puisse le lecteur comprendre le sens profond que j’ai voulu exprimer ici et l’hommage que j’ai voulu rendre à celles et ceux partis trop tôt, de l’autre côté de la terre, parce qu’ils désespéraient de l’inanité du monde.

Cette thématique est renforcée au vers 9 par une métaphore très suggestive : « ses larmes étaient de véritables amies ». Personnifiées, les larmes s’hyperbolisent au point de devenir une « noyade dans un océan de peur et d’armes ». Mais ce naufrage débouche sur une renaissance, au sens rimbaldien du terme, car « Je est un autre ». Comme le suggère très explicitement le vers 15, « Désormais parti, il devient voyant ».

Cet aspect du texte est évidemment fondamental car il appelle à un devoir de mémoire : il nous appartient, dans un monde fait d’indifférence et d’oubli, de nous souvenir. La poésie assume ainsi une fonction mémorielle consistant à écrire pour ne pas oublier, mais aussi et surtout pour faire revivre l’autre : marquée par de nombreux enjambements pour suggérer cette dynamique du souvenir, la dernière strophe confère à l’écriture poétique un rôle didactique. Mais point ici de morale sclérosante : si morale il y a, c’est une morale du cœur. Il est écrit au vers 18 « L’existence humaine est un long voyage » : ce voyage est surtout un voyage intérieur, mais aussi un voyage vers l’autre.

Malgré le temps qui passe, la rapidité de nos vies, il faut trouver le temps de la mémoire, il faut encore savoir aimer, il faut pouvoir donner du sens : c’est une manière d’humaniser la vie, et de faire de la mort une nouvelle naissance… Le texte se clôt sur une référence à la vie éternelle pleine d’espoir. Aux images sombres et désenchantées du début du poème succède au contraire la lumière du matin et le bleu du ciel…

© Jeanaïs B.
Classe de Première S-2 (promotion 2016-2017), juin 2017.

Espace Pédagogique Contributif

Aujourd’hui, jeudi 15 juin, la contribution de Sidonie (Première STMG2)

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire. 

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

frise_1

Aujourd’hui, jeudi 15 juin, la contribution de Sidonie (Première STMG-2)

 Vendredi 16 juin :

  • Jeanaïs B.. (Première S-2) ;
  • Rim et Sarah Z. (Première STMG-2) ; 
  • Guy S. (Première S-2)

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« Horizon »

par Sidonie M.
Classe de Première STMG-2

Regardant depuis les nuages, le spleen dans sa splendeur
Oubliant tout mon âge (cet art n’est pas vendeur)
Comme la quête de la vérité, lui n’est pas illusion
Je ne suis lunaire
Je suis voulue depuis la mer
Il faut que je reparte.

Ne prodiguant de soins, la civilisation
N’est pas comme un pays, je n’ai aucune patrie,
Aucune géographie, je ne fais pas partie du tri.
Je ne suis lunaire
Je suis voulue depuis la mer
Il faut que je reparte.

Me disent-ils certains, sous le feu de leurs néons :
« Tu es un vrai clandestin, passe ton chemin »,
Ici, pas de rêve : tout est certain.
Soif de m’appeler « Horizon »
Car je suis voulue depuis la mer
Il faut que je reparte !

Cliché pris par Sidonie (Plage des Dames, Île de Noirmoutier)

 

Le point de vue de l’auteure…

J’ai rédigé ce poème à l’occasion du travail que j’ai mené sur l’objet d’étude « Poésie et quête du sens ». Pour expliquer mes choix, j’aborderai pour commencer la thématique du texte, puis j’essaierai de justifier mes choix d’écriture. Enfin j’aborderai plus fondamentalement la question du sens du texte, notamment le questionnement existentiel que j’ai voulu aborder.

En premier lieu, ce poème porte sur l’adolescence ainsi que l’enfance. L’importance au niveau de l’énonciation du « je » accentue la dimension autobiographique du texte. Mais en même temps, le poème peut se lire comme une autofiction : ainsi, nous ne connaissons pas le prénom de la personne  (elle est qualifiée « Horizon », ce qui n’est pas un prénom), ni même son sexe, afin de ne pas viser un seul type d’individu (homme ou femme). Certes, le verbe « vouloir » est conjugué comme si c’était une fille (« voulue »), cependant le terme « clandestin » est au masculin, ce qui permet au lecteur ou à la lectrice de mieux s’approprier le texte.

La personne nommée « Horizon » se recherche dans ce poème, elle est en quête d’une identification de son être profond. D’où le choix du terme horizon : l’horizon est à la fois ce qui est proche et lointain, il est le paysage de notre être reconstruit par la mémoire et par les rêves, il est la pulsation même de notre existence. Quand on est adolescent la ligne d’horizon est souvent mal définie, ainsi le prénom de la narratrice dans le texte n’est pas sans évoquer un discours sur l’adolescence fluctuant sans cesse entre le connu et l’inconnu, le proche et le lointain, le certain et l’incertain.

En outre, comme on peut le voir à travers les propos très durs que semble tenir la société (« ici, pas de rêve : tout est certain »), l’horizon est le contraire du « spleen dans sa splendeur » (v. 1), antiphrase pour évoquer la banalité et l’ennui du monde adulte. Le lecteur l’aura compris, l’horizon dont il s’agit ici ne s’inscrit dans « aucune géographie » (v. 9) ; car il est surtout synonyme de quête existentielle et d’idéal. Ceux-ci sont présentés dans le texte sous forme de refrain dont le caractère à la fois énigmatique et certain suggère l’idée de voyage, mais aussi de « quête de la vérité » (v. 3) :

Je ne suis lunaire
Je suis voulue depuis la mer
Il faut que je reparte.

Ces trois vers constituent en quelque sorte le « refrain » du texte. Par leur caractère répétitif, ils confèrent au poème son rythme essentiel et, comme nous allons le voir, ils amènent à un profond déchiffrement.

D’un point de vue symbolique, nous pouvons remarquer que ce « refrain » peut se lire comme un refus du monde stérile, caractérisé dans le texte comme « lunaire ». Au contraire, l’expression « je suis voulue depuis la mer » suggère davantage une légitimité à exister qui s’enracine profondément dans le mystère des origines : l’eau est source de vie et se confond avec les origines du monde… Mais cet ancrage dans le passé et aussitôt dépassé par le vers suivant : « Il faut que je reparte », sorte de choix assumé à s’engager dans le chemin de la vie. Les tournures anaphoriques, les rimes et plus généralement les parallélismes sonores ou les rimes internes contribuent à accentuer l’aspect à la fois traditionnel et dynamique du texte.

J’en arrive enfin à l’aspect le plus essentiel du poème : pourquoi l’avoir écrit ? Pourquoi écrire ? Certes écrire permet de créer, de donner son opinion grâce à des idées, d’exprimer ses propres sentiments à travers le lyrisme par exemple… mais ce serait se méprendre que de limiter la poésie à ces objectifs : il existe en poésie un enjeu majeur, qui est la relation directe de l’écriture avec la vie : même si l’auteur imagine un monde utopique, qui semble dénué de réalité, même s’il se laisse emporter par « les merveilleux nuages » (Baudelaire), sa poésie est d’abord un chemin de vie, une « solitude lumineuse », pour reprendre le titre célèbre d’un ouvrage de Pablo Neruda.

Cette solitude lumineuse, toute personne qui écrit un poème l’a ressentie. Écrire, a fortiori un texte poétique, permet à l’auteur de créer, de réinventer la vie. Et même si mon texte s’inscrit plutôt dans un cadre autobiographique –celui d’une rêveuse en quête d’idéal et qui se cherche beaucoup quand elle décrit son poème– il reste avant toute chose un regard objectif et lucide porté sur la vie…

J’ai longuement hésité pour illustrer mon poème et j’ai fini par choisir cette photographie d’une fillette ou d’un garçonnet, on ne peut distinguer, comme la personne décrite dans le texte, qui a l’air très mystérieux et qui semble plongée dans ses pensées, dans une attitude recroquevillée où peut se lire une certaine solitude… J’ai toujours été touchée par ce cliché pris ce jour-là à la plage des Dames dans l’île de Noirmoutier…

Cet instant de vie m’a fortement marquée et c’est pourquoi j’ai voulu illustrer mon poème avec cette silhouette photographiée un certain jour en un certain lieu… Donner à voir, en donnant à lire… donner à rêver en donnant à réfléchir, n’est-ce pas là que réside le sens profond de la démarche poétique ?

© Sidonie M.
Classe de Première STMG-2 (promotion 2016-2017), juin 2017.

Espace Pédagogique Contributif

« Mer-Horizon » (© Bruno Rigolt, 2014)