Aujourd’hui, lundi 19 juin, la contribution d’Amina et Farah (Première S2)

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire.

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

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Aujourd’hui, lundi 19 juin, la contribution d’Amina H. et Farah M.
(Première S-2)

Selen F. et Perrine B. (Première STMG-2)

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« Cet amour envolé »

par Amina H. et Farah M.
Classe de Première S-2

Sur les flots de mes yeux reposent en douceur
Les doux souvenirs d’une histoire d’autrefois :
Des océans et des cieux j’entends le murmure
D’un jour de pluie caressant mon visage

Et racontant doucement cette histoire d’autrefois.
Mais la Mort emporte l’Amour sous les yeux
Des plus fidèles et nous ne pouvons rien car
Face au destin, nul ne peut fuir, et nul ne peut survivre.

Cette brise pure et printanière caresse
Ma chevelure et atteint mon esprit.
M’indiquerait-elle une présence ?
Celle d’un être disparu, baigné de solitude…

À présent je lève les yeux, et j’admire dans le ciel
La nuit lointaine et les étoiles parmi lesquelles
Je distingue une lueur scintillante telle un sourire :
Je sais qu’il repose en paix, cet amour envolé.

L’Amour a vécu, l’Amour a vaincu
La fatalité, et l’univers entier et son malheur le dernier
Je ne t’oublierai jamais, pas tant que je respire
Car tu existes à jamais au plus profond de mes soupirs.

L’Amour est comme ce vaste paquebot
Qui mêle des destins et vogue au fond des âges :
Il laisse s’échouer des histoires à jamais
Gravées dans les cœurs de ceux qui sont restés.

« L’Amour est comme ce vaste paquebot
Qui mêle des destins et vogue au fond des âges…
 »

Illustration : © Bruno Rigolt, juillet 2016
(photomontage et peinture numérique)

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Le point de vue des auteures…

Devant rédiger un poème, nous nous demandions quelle thématique privilégier. Fortement marquées par les Romantisme, nous avons eu l’idée de nous inspirer de la merveilleuse aventure de Rose et Jack sur le « Paquebot de rêve » dans le film Titanic. Cette source d’inspiration cinématographique nous a permis d’évoquer certains thèmes qui nous tiennent à cœur.

L’histoire du Titanic nous fait voyager dans un univers merveilleux, en relation parfaite avec celui de la poésie. Le personnage de Rose incarne la poésie en elle-même et semble cristalliser les thèmes principaux abordés dans ce poème :  elle aime l’ailleurs, l’aventure, le voyage… Lassée de cette vie monotone dans laquelle son futur lui est imposé, elle veut vivre au jour le jour et profiter de chaque moment sans l’avoir anticipé pour autant.

De même, la narratrice de notre poème s’identifie parfaitement à ce personnage et décrit une journée de sa vie pendant laquelle elle ressent « la pluie caressant [s]on visage » (v. 1). Au fur et à mesure que se construisait notre poème, se précisait l’image d’une femme ayant perdu un être cher : assise au bord de sa fenêtre, pendant une nuit pleine d’étoiles, elle contemple le ciel. C’est un moment de plénitude, un lieu enchanteur où le vent frais et léger semble faire revivre les souvenirs. Ainsi, la femme laisse ses paupières se baisser puis elle songe… Elle repense au jour où elle était montée à bord ce cet énorme paquebot récemment construit et rempli de passagers qui partaient comme elle de l’autre côté de la terre… Puis elle se rappelle de la pluie qui se déposait sur son visage. C’est à ce moment que son mari se noie et disparaît au fond de l’Océan.

Le titre (« Cet amour envolé »), très métaphorique fait songer à un oiseau qui s’envolerait loin et ne reviendrait jamais : « l’Amour a vécu, l’Amour a vaincu » écrivons-nous au vers 17 afin de montrer combien les peines d’amour sont de ces histoires qui errent à jamais dans nos cœurs. Et cette femme seule, face à sa fenêtre aime aujourd’hui son mari autant qu’autrefois car la mort n’est pas assez puissante pour briser une telle union. La mort peut faire disparaître les corps, sans doute, mais les âmes resteront unies à jamais.

Comme le dit en effet le personnage de Rose en parlant de Jack dans Titanic : « il n’existe désormais que dans ma mémoire » : ce devoir de mémoire est comme un appel du cœur, un appel à se souvenir : le temps passe mais l’amour reste car on n’oublie jamais un être qui est parti : son souvenir alimente notre mémoire et donne sens à la vie. Voici pourquoi la narratrice s’exclame :

Je ne t’oublierai jamais, pas tant que je respire
Car tu existes à jamais au plus profond de mon cœur.

Fût-il mort, son mari est là, près d’elle. Ce poème se veut donc un hommage à l’amour dans toute sa force et sa plénitude. De fait, la femme se rappelle de chaque moment passé avec son mari et c’est ce qui fait la beauté de leur union. Elle ne peut, certes, pas vivre mieux sans lui, mais elle ne pleure pas, ni ne regrette le temps qui passe. Elle vit cette réalité avec sérénité, et elle l’accepte. Elle fait preuve d’un immense courage. 

La mort est montrée comme un chemin que tout le monde est contraint d’emprunter ; il n’y a pas d’autre issue possible. Cette idée est soulignée par l’euphémisme du vers 17 : « Son malheur le dernier » qui évoque la mort. Mais nous avons voulu suggérer l’idée de transfiguration et de dépassement de la fatalité de la mort : si personne ne peut échapper à la dernière page de son destin, la mort n’est pas montrée comme triomphante pour autant. Elle ne peut égaler la force de l’amour car elle est superficielle ; elle ne détruit qu’une partie de l’histoire ; l’autre reste vivante, essentielle et vivra éternellement :

« L’amour a vécu, l’Amour a vaincu
La fatalité, et l’univers entier et son malheur le dernier »

L’enjambement, c’est-à-dire le rejet au vers suivant d’un ou plusieurs mots nécessaires au sens du premier vers, de même que la répétition à valeur emphatique de « et » permet d’exprimer cette idée de dépassement de la fatalité et confère à l’amour une dimension que les grands poètes romantiques comme Alphonse de Lamartine dans les Méditations poétiques ont su très bien mettre en évidence.

La fin du texte exploite ainsi la technique de la métaphore filée afin de suggérer l’idée de voyage : comme le navire vogue sur les flots, nos sentiments voyagent de rivages en rivages jusqu’à atteindre la rive où nous attend l’être cher :

L’Amour est comme ce vaste paquebot
Qui mêle des destins et vogue au fond des âges :
Il laisse s’échouer des histoires à jamais
Gravées dans les cœurs de ceux qui sont restés.

De plus, l’utilisation de majuscules pour les termes « Amour » et « Mort » vise à donner de manière symbolique une apparence presque « humaine » à ces mots pour affirmer leur existence et montrer qu’il ne faut pas les sous-estimer. Voici pourquoi d’ailleurs, ces deux thèmes sont les plus importants dans le texte. Mais nous avons voulu également faire comprendre combien le rôle de la poésie est de faire rêver et de donner l’espoir.

Nous pensons que si le poète ne parvient pas à emporter le lecteur, alors son poème est un échec, tant il est vrai que la poésie est d’abord une communion. Il est certes important pour un poète d’exprimer ses sentiments à travers son poème. Mais quelle serait la valeur d’un poème bien écrit qui n’apporterait rien au lecteur, et dont le sens lui échapperait ? Ainsi, selon nous, la poésie doit non seulement être un moyen de s’exprimer esthétiquement et artistiquement, mais surtout être accessible et compréhensible pour le lecteur, afin de lui permettre de ressentir profondément les émotions exprimées.

À ce titre, nous trouvons que si notre histoire est simple à comprendre, l’enjeu qui s’en dégage doit amener le lecteur à méditer sur le sens même de la vie : évoquer la mort mais sans le tragique : tel est sans doute le sens de cette comparaison au vers 15 : « une lueur scintillante telle un sourire ». Nous voudrions conclure en proposant ainsi cette définition de la poésie. Pour nous, la poésie est « une lueur scintillante telle un sourire ». Les mots vacillent sous la plume, nous les effaçons, nous les remplaçons par d’autres… Comme les humains, les mots vivent et meurent mais le message reste tel un sourire qui doit illuminer le lecteur…

Voici le rôle de la poésie : humaniser le monde et témoigner de la Vérité de la Vie.

© Amina H. et Farah M.
Classe de Première S-2 (promotion 2016-2017), juin 2017.

Espace Pédagogique Contributif

Illustration : © Bruno Rigolt, juillet 2016, juin 2017

Publié par

brunorigolt

Bruno Rigolt Docteur ès Lettres et Sciences Humaines, Prix de Thèse de la Chancellerie des Universités de Paris. Diplômé d'Etudes approfondies en Littérature française et en Sociologie ; Maître de Sciences Politiques ; Professeur de Lettres Modernes et de Culture générale au Lycée en Forêt (Montargis, France).