Un été en Poésie… 22 juillet-22 août 2013… Aujourd’hui : Giuseppe Ungaretti

 

← Illustration : François Bensa (Nice 1811-1895), « Le quartier du Lazaret avec la Réserve » (détail). Nice, Villa Masséna.

Du lundi 22 juillet au jeudi 22 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie » : chaque jour, un poème sera publié. En tout, plus de vingt pays seront représentés dans ce tour du monde poétique. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.

                       

Aujourd’hui… Giuseppe Ungaretti (1888, Alexandrie — 1970, Milan)… ITALIE

                 

Hier, lundi 22 juillet : Anna de Noailles… FRANCE
Demain, mercredi 24 juillet : Robert Vivier… BELGIQUE

Dove la luce Où la lumière

Come allodola ondosa Comme alouette ondoyante
Nel vento lieto sui giovani prati, Au vent joyeux sur les jeunes prés,
Le braccia ti sanno leggera, vieni. Viens légère dans mes bras.

Ci scorderemo di quaggiù, Nous oublierons ce bas-monde
E del male e del cielo, Et le mal et le ciel,
E del mio sangue rapido alla guerra, Et mon sang trop ardent à la guerre,
Di passi d’ombre memori Les pas d’ombres qui se souviennent
Entro rossori di mattine nuove. En des rougeurs d’aubes nouvelles.

Dove non muove foglia più la luce, Là où pas une feuille ne bouge, plus de lumière,
Sogni e crucci passati ad altre rive, Chagrins et rêves partis vers d’autres terres,
Dov’è posata sera, Là où s’est posé le soir,
Vieni ti porterò Viens, je te porterai
Alle colline d’oro. Aux collines dorées.

L’ora costante, liberi d’età,  Libérés du temps, l’heure immobile
Nel suo perduto nimbo Dans son halo perdu
Sarà nostro lenzuolo. Sera notre linceul.

Giuseppe Ungaretti
Il Porto sepolto, Le Port enseveli (1930)

Traduction : Bruno Rigolt

Illustration : Auguste Pégurier (1856-1936), « Vue s’un cimetière » (Saint-Tropez), 1890 (huile sur toile, détail)
Nice, Musée des Beaux-arts

Un été en Poésie… 22 juillet-22 août 2013… Aujourd'hui : Giuseppe Ungaretti

 

← Illustration : François Bensa (Nice 1811-1895), « Le quartier du Lazaret avec la Réserve » (détail). Nice, Villa Masséna.

Du lundi 22 juillet au jeudi 22 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie » : chaque jour, un poème sera publié. En tout, plus de vingt pays seront représentés dans ce tour du monde poétique. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.

                       

Aujourd’hui… Giuseppe Ungaretti (1888, Alexandrie — 1970, Milan)… ITALIE
                 
Hier, lundi 22 juillet : Anna de Noailles… FRANCE
Demain, mercredi 24 juillet : Robert Vivier… BELGIQUE

Dove la luce Où la lumière

Come allodola ondosa Comme alouette ondoyante
Nel vento lieto sui giovani prati, Au vent joyeux sur les jeunes prés,
Le braccia ti sanno leggera, vieni. Viens légère dans mes bras.

Ci scorderemo di quaggiù, Nous oublierons ce bas-monde
E del male e del cielo, Et le mal et le ciel,
E del mio sangue rapido alla guerra, Et mon sang trop ardent à la guerre,
Di passi d’ombre memori Les pas d’ombres qui se souviennent
Entro rossori di mattine nuove. En des rougeurs d’aubes nouvelles.

Dove non muove foglia più la luce, Là où pas une feuille ne bouge, plus de lumière,
Sogni e crucci passati ad altre rive, Chagrins et rêves partis vers d’autres terres,
Dov’è posata sera, Là où s’est posé le soir,
Vieni ti porterò Viens, je te porterai
Alle colline d’oro. Aux collines dorées.

L’ora costante, liberi d’età,  Libérés du temps, l’heure immobile
Nel suo perduto nimbo Dans son halo perdu
Sarà nostro lenzuolo. Sera notre linceul.

Giuseppe Ungaretti
Il Porto sepolto, Le Port enseveli (1930)

Traduction : Bruno Rigolt

Illustration : Auguste Pégurier (1856-1936), « Vue s’un cimetière » (Saint-Tropez), 1890 (huile sur toile, détail)
Nice, Musée des Beaux-arts

Un été en Poésie… 22 juillet-22 août 2013… Aujourd’hui : Anna de Noailles

 

← Illustration : d’après François Bensa (Nice 1811-1895), « Le quartier du Lazaret avec la Réserve » (détail). Nice, Villa Masséna.

En été, hydratez votre cerveau au maximum !

Du lundi 22 juillet au jeudi 22 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie«  : chaque jour, un poème sera publié. En tout, plus de vingt pays seront représentés dans ce tour du monde poétique. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.

 

Aujourd’hui… Anna de Noailles (1876 — 1933, Paris) FRANCE

Demain, mardi 23 juillet : Giuseppe Ungaretti ITALIE

L’offrande à la Nature

Nature au cœur profond sur qui les cieux reposent,
Nul n’aura comme moi si chaudement aimé
La lumière des jours et la douceur des choses,
L’eau luisante et la terre où la vie a germé.

La forêt, les étangs et les plaines fécondes
Ont plus touché mes yeux que les regards humains,
Je me suis appuyée à la beauté du monde
Et j’ai tenu l’odeur des saisons dans mes mains.

J’ai porté vos soleils ainsi qu’une couronne
Sur mon front plein d’orgueil et de simplicité,
Mes jeux ont égalé les travaux de l’automne
Et j’ai pleuré d’amour aux bras de vos étés.

Je suis venue à vous sans peur et sans prudence
Vous donnant ma raison pour le bien et le mal,
Ayant pour toute joie et toute connaissance
Votre âme impétueuse aux ruses d’animal.

Comme une fleur ouverte où logent des abeilles
Ma vie a répandu des parfums et des chants,
Et mon cœur matineux est comme une corbeille
Qui vous offre du lierre et des rameaux penchants.

Soumise ainsi que l’onde où l’arbre se reflète,
J’ai connu les désirs qui brûlent dans vos soirs
Et qui font naître au cœur des hommes et des bêtes
La belle impatience et le divin vouloir.

Je vous tiens toute vive entre mes bras, Nature.
Ah ! faut-il que mes yeux s’emplissent d’ombre un jour,
Et que j’aille au pays sans vent et sans verdure
Que ne visitent pas la lumière et l’amour…

Anna de Noailles (1876-1933)
Le Cœur innombrable, 1901

Anna de Noailles, autoportrait
Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Extrait de : Album de photographies d’Anna de Noailles

Un été en Poésie… 22 juillet-22 août 2013… Aujourd'hui : Anna de Noailles

 

← Illustration : d’après François Bensa (Nice 1811-1895), « Le quartier du Lazaret avec la Réserve » (détail). Nice, Villa Masséna.

En été, hydratez votre cerveau au maximum !

Du lundi 22 juillet au jeudi 22 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie«  : chaque jour, un poème sera publié. En tout, plus de vingt pays seront représentés dans ce tour du monde poétique. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.

 
Aujourd’hui… Anna de Noailles (1876 — 1933, Paris) FRANCE
Demain, mardi 23 juillet : Giuseppe Ungaretti ITALIE

L’offrande à la Nature

Nature au cœur profond sur qui les cieux reposent,
Nul n’aura comme moi si chaudement aimé
La lumière des jours et la douceur des choses,
L’eau luisante et la terre où la vie a germé.

La forêt, les étangs et les plaines fécondes
Ont plus touché mes yeux que les regards humains,
Je me suis appuyée à la beauté du monde
Et j’ai tenu l’odeur des saisons dans mes mains.

J’ai porté vos soleils ainsi qu’une couronne
Sur mon front plein d’orgueil et de simplicité,
Mes jeux ont égalé les travaux de l’automne
Et j’ai pleuré d’amour aux bras de vos étés.

Je suis venue à vous sans peur et sans prudence
Vous donnant ma raison pour le bien et le mal,
Ayant pour toute joie et toute connaissance
Votre âme impétueuse aux ruses d’animal.

Comme une fleur ouverte où logent des abeilles
Ma vie a répandu des parfums et des chants,
Et mon cœur matineux est comme une corbeille
Qui vous offre du lierre et des rameaux penchants.

Soumise ainsi que l’onde où l’arbre se reflète,
J’ai connu les désirs qui brûlent dans vos soirs
Et qui font naître au cœur des hommes et des bêtes
La belle impatience et le divin vouloir.

Je vous tiens toute vive entre mes bras, Nature.
Ah ! faut-il que mes yeux s’emplissent d’ombre un jour,
Et que j’aille au pays sans vent et sans verdure
Que ne visitent pas la lumière et l’amour…

Anna de Noailles (1876-1933)
Le Cœur innombrable, 1901

Anna de Noailles, autoportrait
Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Extrait de : Album de photographies d’Anna de Noailles

Concours AMOPA 2013. Lire en ligne… Aujourd’hui la contribution de Léna : premier Prix national

Concours AMOPA 2013
Thème : l’émerveillement

Nombreux sont mes élèves de Seconde qui ont participé cette année au concours d’expression écrite « Défense et Illustration de la langue française », organisé par l’AMOPA (Association des Membres de l’Ordre des Palmes Académiques). Le thème choisi pour 2012-2013 était l’émerveillement. Étant donné la qualité des écrits j’ai décidé de mettre en ligne sur ce site l’ensemble des productions. Aujourd’hui, découvrez le travail de Léna, une dissertation exceptionnellement brillante, qui a permis à son auteure de terminer ex æquo à la première place du prix national. Bravo encore à elle, étant donné la difficulté du sujet et le temps imparti (*).
Bonne lecture. BR

Autres textes publiés :
– Lucie M. (Deuxième prix départemental) : « Près de l’étang du parc »
– Romane G. : « Quelques miettes de sel et d’eau »
– Amélie S. (Finaliste départementale, deuxième accessit) : « Dans la nuit du monde »

Sujet de composition française proposé au concours de l’A.M.O.P.A. 2013 : 

« Un homme qui n’est plus capable de s’émerveiller a pratiquement cessé de vivre ». Dans quelle mesure peut-on adhérer à ce jugement d’Albert Einstein ?

Par Léna GNORRA-SONNERAT
Classe de Seconde
Premier prix national ex æquo

émerveillant devant le mystère et l’ordonnancement de l’univers, le physicien Albert Einstein déclara qu’« un homme qui a cessé de s’émerveiller a pratiquement cessé de vivre ». De tels propos nous amènent à nous interroger sur la place qu’occupe l’émerveillement dans notre vie. Nous traiterons cette problématique selon une triple perspective : après avoir justifié les propos d’Einstein dans une première partie, nous les nuancerons dans une seconde partie. Nous verrons enfin combien l’émerveillement peut s’enraciner dans une philosophie humaniste du vécu.

out d’abord, nous pouvons considérer avec Albert Einstein que l’émerveillement est la base du savoir. Une personne émerveillée est incitée à rechercher la source de son émotion. Ainsi comme le dit Socrate, « la sagesse commence dans l’émerveillement ». De ces propos se dégage l’idée que, si la sagesse de l’homme réside dans une émotion simple, il lui appartient d’en rechercher les causes, comme pour assouvir un besoin de curiosité, inhérent à l’être même de l’homme : la sagesse apparaît précisément dans cette recherche, qui est d’abord une quête existentielle, une construction du savoir. L’être pensant s’assagit lors de sa quête de nouveauté car il s’enrichit de la sagesse du monde. Celui-ci est lui-même un émerveillement : il est donc source de tolérance et de connaissance. Si l’homme perdait le besoin de savoir, alors sa vie deviendrait dénuée d’intérêt. Comme nous le comprenons, l’émerveillement conduit à l’idéalisation du réel car il amène à ré-enchanter le monde. Même les événements les plus ordinaires participent à l’évolution de l’esprit sage de l’Homme, qui réside dans sa capacité à pouvoir s’émerveiller.

En outre, un être émerveillé n’est-il pas sujet à l’expression de ses sentiments, de sa découverte qui l’émerveille, et qu’il veut partager suite à sa béatitude ? L’art poétique nous semble le mieux disposé à cette libre expression qui montre la sensibilité humaine : « Le poète est celui qui tout au long de sa vie conserve le don de s’émerveiller » écrit André Lhote. Ainsi, nous comprenons que le poète est en permanence créateur, et c’est d’ailleurs ce qui, étymologiquement le désigne comme tel. Cette capacité à réfléchir sur le monde entraîne à percevoir la vie différemment, à observer les éléments d’un autre aspect. Ce « don » comme le qualifie Lhote, est intrinsèque aux poètes, dont l’art réside dans le réenchantement et l’idéalisation du réel : la poésie peut alors être perçue comme un déchiffrement des merveilles de l’univers. Dans leurs écrits, les poètes font part de leur émerveillement : la caractéristique du verbe poétique est donc, en laissant parler l’âme, de trouver un langage personnel et idéalisateur de l’esprit et du monde. Ainsi, le poète devient-il le traducteur de cette émotion, qu’il réécrit et qu’il modélise à sa manière.

Enfin, nous pouvons dire que l’émerveillement est, plus qu’un élément central, la base de la vie même : il constitue, comme le rappelle Einstein, un besoin vital pour l’existence. Il représente à ce titre l’aboutissement de la recherche de nos sentiments personnels. « Le monde ne mourra jamais par manque de merveilles, mais uniquement par manque d’émerveillement » rappelle Gilbert Keith Chesterton. De ces propos se dégage l’importance de l’émerveillement dans la vie, et ceux-ci montrent de façon explicite la place de ce sentiment dans l’esprit humain. Si Chesterton salue d’une part l’abondance des merveilles en ce monde, c’est pour nous rappeler aussitôt  que de notre délectation des éléments de l’univers découle un principe métaphysique essentiel : l’action de s’émerveiller, d’être en extase devant le monde qui nous entoure, devient en effet un état indispensable à la vie, comme un besoin essentiel de l’être humain : la place de cette émotion dans la conception de la vie devient le point central si l’on se réfère aux propos de Chesterton. Nous pouvons donc considérer avec Albert Einstein que notre aptitude à l’émerveillement est une condition indispensable à la vie parce qu’il nous ouvre au monde et qu’il le réenchante.

ais une telle vision, pour légitime qu’elle soit, ne serait-elle pas néanmoins trop idéaliste ? L’émerveillement ne peut-il pas paraître éphémère, voire quelque peu futile, particulièrement dans nos civilisations où le rationalisme nous pousse à rejeter les chimères du merveilleux ?

En premier lieu, l’émerveillement est un état qui est propre aux êtres pensants, aux humains. Cependant, s’émerveiller continuellement peut nuancer, voire altérer la vision que nous avons du monde. La raison se doit d’apporter l’objectivité face à ce sentiment, éminemment subjectif : réfléchir sur le monde, c’est donc le questionner, l’interroger. « Apprends avant toute chose l’interrogation : elle tempère l’émerveillement » rappelle l’écrivain Alain Bosquet. Ainsi, celui qui cherche à découvrir l’univers, le comprendre, porte un jugement forcément critique sur l’émerveillement, qui peut apparaître comme un dangereux enchantement. Par exemple certains philosophes ne sauraient avoir la même vision que le poète, car contrairement à celui-ci qui idéalise le réel, le philosophe essaie de le comprendre. L’interrogation permet d’analyser la source de l’émerveillement, et ainsi d’avoir un avis plus neutre et distancié. Dans cette perspective, nous comprenons que l’émerveillement peut altérer notre point de vue, et la recherche de sa source amène à être plus réfléchi.

De plus, comme l’émerveillement peut altérer notre jugement, il entraîne avec lui l’incompréhension de certains éléments, comme par exemple la source de cette émotion. Cette méconnaissance induit l’être à avoir une vision faussée, naïve. Nous observons très bien cet aspect dans le conte philosophique de Voltaire, Candide. Le jeune personnage, émerveillé de découvrir le monde idéal, reste insensible à la misère et aux souffrances du monde réel. Voltaire montre parfaitement dans son œuvre la naïveté qui résulte de l’émerveillement béat du jeune Candide, qui mène à la méconnaissance des faits. Ainsi, s’émerveiller n’entraîne-t-il pas l’incompréhension du monde ? Et pareille insouciance ne fait-elle pas croire à tort que « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles » ? En l’idéalisant, l’émerveillement altère conséquemment la vision de nous-même et notre regard sur le monde. En méconnaissant le réel, nous nous illusionnons de notre naïveté, et nous légitimons, bien souvent à notre insu, le mal et l’injustice. De l’émerveillement à la méconnaissance, et peut-être à la lâcheté, il n’y aurait qu’un pas.

Enfin, l’incompréhension et la naïveté entraînées par l’émerveillement mènent à ne pas se comprendre soi-même. S’émerveiller amène en effet à refuser de comprendre le monde qui nous entoure selon une perspective critique et rationnelle. « S’émerveiller, c’est accepter de ne pas tout comprendre » nuance Édouard de Perrot. Nous en déduisons que croire en l’émerveillement, c’est fermer les yeux sur ce que nous ne comprenons pas. Mais cela n’implique-t-il pas aussi un certain rejet du savoir ? Ceux qui rejettent l’émerveillement seraient donc considérés comme des anticonformistes, des hommes qui n’adhèrent pas à l’insouciance pour préférer comprendre l’univers. Accepter de ne pas tout comprendre, c’est aussi l’occasion de se laisser emporter par l’irrationnel, l’irréel. Ainsi, les propos de Perrot condamneraient implicitement ceux d’Albert Einstein, au nom d’un autre relativisme. Nous pourrions déduire de notre débat l’idée selon laquelle l’émerveillement entraîne à ne pas assimiler la vie elle-même au nom d’une méconnaissance assumée, mais quelque peu coupable, puisqu’elle donne à la méconnaissance le statut de béatitude et de fin en soi.

u terme de ces deux parties, interrogeons-nous : faut-il se limiter à ce que nous voyons ? Ne semble-t-il pas plus raisonnable de nous défaire de nos émotions pour mieux comprendre le monde ? Ce serait sans doute se méprendre sur le rôle réel de l’émerveillement, qui, loin de nous détourner du réel, peut au contraire nous aider  à en comprendre toute la profondeur.

Pour commencer, reconnaissons que l’émerveillement peut être un moyen de soutenir l’être dans sa vie. Si, comme nous l’avons vu, ce sentiment peut idéaliser notre vision, au point d’enjoliver le monde, s’émerveiller, c’est aussi croire en une Théodicée, pour reprendre un terme cher à Leibniz, capable de nous faire résister aux événements les plus durs. C’est grâce à cette « joie », à cet optimisme que le cœur des hommes peut continuer à battre, dans un monde particulièrement dur à vivre. Paraphrasant Einstein, l’écrivain québécois Michel Bouthot affirme plus ou moins la même idée : « Quand nous cessons de nous émerveiller, nous cessons de croire en la vie ». L’émerveillement devient alors un point principal de l’existence et d’accès à la vérité : il émerveille la vie elle-même, au point d’en réaliser l’irréel. Réaliser l’irréel de la vie, c’est rendre réel l’irréel en participant à l’élèvement de la société : « I have a dream » a dit Martin Luther King aux heures les plus sombres de notre Histoire, comme pour nous rappeler notre besoin d’entreprendre des rêves pour donner un sens à la vie même.

Nous pouvons aussi considérer que l’émerveillement ne peut être vécu que selon la sensibilité de chacun : l’émerveillement n’est pas objectif, il relève de notre subjectivité. Cependant, ces émerveillements individuels, en s’agrégeant, participent d’une identité collective, qui est à la base de l’humanité. L’espèce humaine cherche à recomposer ce qui l’a émerveillée, étonnée : cette universalité du savoir est aussi un partage. Certaines personnes cherchant à être brillantes peuvent être source d’émerveillement et de stupéfaction. Apollinaire dira même : « J’émerveille ». Et de façon plus modeste, le vainqueur du Livre des records émerveille aussi. Chacune et chacun d’entre nous, par son intelligence, sa simplicité, a le don d’émerveiller et d’émouvoir. Ainsi l’émerveillement en suscitant la curiosité, le savoir et l’admiration est une source d’émulation dont a besoin le corps social ; il est un partage et une communion. Comprenons qu’idéaliser le réel ne veut pas dire le déréaliser, mais au contraire le réinventer et découvrir la vérité qu’il porte en lui : faire croire ce qui n’est pas, mais qui sera peut-être un jour.

Enfin, l’émerveillement mène à une profonde quête spirituelle. Il amène à un apaisement, une ouverture sur le monde et l’altérité. Il introduit une réflexion sur la source, et facilite l’acquisition du savoir : je m’émerveille d’abord de ce que je ne sais pas. Nous pouvons dire que l’émerveillement prend en compte la sensibilité artistique de l’homme. Il conduit à se demander ce qui nous unit au monde, créateur d’émerveillement. L’art peut ainsi être un profond vecteur d’émerveillement. Par le pouvoir évocateur d’un mot, d’une note de musique, d’un trait de pinceau, l’artiste fait croire à l’incroyable et amène à réfléchir au sens de notre présence sur la terre. L’artiste François Darbois écrivait que « S’émerveiller, [est] un pont entre art et spiritualité ». L’émerveillement permet donc de comprendre le monde en faisant surgir l’ineffable, le mystérieux qui est au cœur même de l’homme et de son aventure dans l’univers. Nous terminerons nos propos comme nous les avons commencés, en citant Einstein : « La chose la plus merveilleuse du monde, disait-il, est que le monde soit compréhensible ». Qu’il nous soit permis de dire à notre tour que la chose la plus compréhensible du monde est que le merveilleux soit justement incompréhensible…

ur le  point d’achever nos réflexions, interrogeons-nous une dernière fois : l’émerveillement est-il réellement indispensable à la vie ? Ou ne serait-il qu’un moyen d’évasion qui ne fait qu’altérer notre entendement ? Comme nous avons essayé de le montrer en suivant modestement la réflexion d’Einstein, l’émerveillement a une autre fonction, essentielle, vitale, qui est de donner un sens à l’homme. En ce début de vingt-et-unième siècle, qui voit ressurgir de par le monde les craintes de sociétés rationalisées ou totalitaires, l’émerveillement apparaît ainsi comme la condition même d’un nouvel Humanisme…

© Léna GNORRA-SONNERAT
Lycée en Forêt, février 2013 (juin 2013 pour la présente publication)
(*) Ce travail est une version légèrement modifiée par son auteure du manuscrit d’origine adressé en février 2013 au jury du concours. Je rappelle que les travaux mis en ligne sont d’autant plus remarquables qu’ils ont été effectués en cours dans un temps très limité.

Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les travaux des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du document cité (URL de la page).

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Concours AMOPA 2013. Lire en ligne… Aujourd’hui la contribution d’Amélie : « Dans la nuit du monde »

Concours AMOPA 2013
Thème : l’émerveillement

Nombreux sont mes élèves de Seconde  qui ont participé cette année au concours d’expression écrite « Défense et Illustration de la langue française », organisé par l’AMOPA (Association des Membres de l’Ordre des Palmes Académiques). Le thème choisi pour 2012-2013 était l’émerveillement. Étant donné la qualité des écrits (une de mes élèves a même terminé ex æquo à la première place du prix national), j’ai décidé de mettre en ligne sur ce site l’ensemble des productions. Aujourd’hui, découvrez le travail d’Amélie, un texte bouleversant, qui a permis à son auteure d’être lauréate départementale (deuxième accessit)
Bonne lecture. BR

Autres textes publiés :
– Lucie M. (Deuxième prix départemental) : « Près de l’étang du parc »
– Romane G. : « Quelques miettes de sel et d’eau »
– Léna G.-S. (Premier prix national) : Composition française à partir d’une citation d’Einstein

                    

Dans la nuit du monde

Par Amélie S.
Classe de Seconde 9

Une feuille qui tombe, une simple feuille qui tombe avec le soir… Pas de quoi s’émerveiller diront certains. Et pourtant voilà mon sujet d’émerveillement. Oh ! Je sais que c’est un émerveillement simple, un émerveillement humble qu’une simple feuille qui tombe. Et pourtant…

Lorsque l’on se surprend à s’émerveiller, le temps s’arrête, plus rien ne bouge autour de nous, tant l’objet de notre émerveillement provoque un sentiment d’admiration intense pour une petite feuille de rien du tout qui tombe dans un soir ordinaire, comme tous les autres soirs.

S’émerveiller devant une feuille tombant d’un arbre est quelque chose de pur. En portant le regard sur une feuille banale, la personne émerveillée invite cette feuille à se sentir existante, alors qu’elle n’est que feuille. Elle s’idéalise aux yeux de l’émerveillé, lui rappelle d’où il vient et où il ira plus tard. Inspirant la nature, cette feuille est un don de la vie. Si elle a été créée, n’est-ce pas dans le but de profiter à quelqu’un sur cette terre si grande ? Une feuille, une simple feuille qui tombe dans le jour enfin tombé, aide peut-être une personne à tout oublier. Une feuille pour oublier ce monde désenchanté. Une feuille pour peut-être tout recommencer…

Quand je vois une feuille, j’oublie parfois le mal-être que je peux ressentir en moi : c’est comme une sensation de voyage et d’ailleurs. Je me demande : où va cette feuille ? Où se dirige-t-elle ? Peut-être vers l’imaginaire et le rêve ? Peut-être veut-elle fuir les vérités banales et matérielles de ce monde ? Alors, elle fait ses bagages, quitte l’arbre trop connu, et le square trop fréquenté pour entreprendre le grand voyage, de branche en branche, de courants d’air en bourrasques, de novembres pluvieux en févriers frileux… Voulant découvrir tout autre chose que son arbre, c’est pour cela peut-être qu’elle s’enfuit : avec quelle légèreté elle se décroche et tombe de l’arbre ! Elle ne se soucie guère du temps qui s’écoule et se laisse tomber purement ; cette feuille est merveilleuse : elle est humaine.

Faisant sa vie sans se préoccuper des autres, elle se promène et entreprend son périple comme bon lui semble de l’autre côté de la terre ou de l’autre côté de la vie. Son voyage peut durer une éternité, jusqu’à ce qu’elle décide de se figer dans le temps et ainsi y rester à jamais en se décomposant. Une petite feuille de rien du tout, comme une petite mort de rien du tout : voilà le merveilleux, le miracle de la vie ! Une petite feuille qui entame son chemin en direction de demain.

Son arbre qui était sa source était son dernier espoir de rester en vie, et pourtant elle s’en sépare. Un au-revoir sur le quai du départ, quelques larmes de pluie : « adieu, ne prends pas froid », comme si elle avait senti que c’était le début de la fin pour elle. Ensuite commence le long voyage… Arrive le moment si redouté de sa décomposition, le moment où la vie s’arrête, où la nuit s’éveille : elle seule a choisi de changer de vie…

Je sens son cœur qui bat dans la nuit du monde…

© Amélie S.
Février 2013 (mai 2013 pour la présente publication)

Crédit iconographique : Bruno Rigolt

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Concours AMOPA 2013. Lire en ligne… Aujourd’hui la contribution d'Amélie : « Dans la nuit du monde »

Concours AMOPA 2013
Thème : l’émerveillement

Nombreux sont mes élèves de Seconde  qui ont participé cette année au concours d’expression écrite « Défense et Illustration de la langue française », organisé par l’AMOPA (Association des Membres de l’Ordre des Palmes Académiques). Le thème choisi pour 2012-2013 était l’émerveillement. Étant donné la qualité des écrits (une de mes élèves a même terminé ex æquo à la première place du prix national), j’ai décidé de mettre en ligne sur ce site l’ensemble des productions. Aujourd’hui, découvrez le travail d’Amélie, un texte bouleversant, qui a permis à son auteure d’être lauréate départementale (deuxième accessit)
Bonne lecture. BR

Autres textes publiés :
– Lucie M. (Deuxième prix départemental) : « Près de l’étang du parc »
– Romane G. : « Quelques miettes de sel et d’eau »
– Léna G.-S. (Premier prix national) : Composition française à partir d’une citation d’Einstein

                    

Dans la nuit du monde

Par Amélie S.
Classe de Seconde 9

Une feuille qui tombe, une simple feuille qui tombe avec le soir… Pas de quoi s’émerveiller diront certains. Et pourtant voilà mon sujet d’émerveillement. Oh ! Je sais que c’est un émerveillement simple, un émerveillement humble qu’une simple feuille qui tombe. Et pourtant…

Lorsque l’on se surprend à s’émerveiller, le temps s’arrête, plus rien ne bouge autour de nous, tant l’objet de notre émerveillement provoque un sentiment d’admiration intense pour une petite feuille de rien du tout qui tombe dans un soir ordinaire, comme tous les autres soirs.

S’émerveiller devant une feuille tombant d’un arbre est quelque chose de pur. En portant le regard sur une feuille banale, la personne émerveillée invite cette feuille à se sentir existante, alors qu’elle n’est que feuille. Elle s’idéalise aux yeux de l’émerveillé, lui rappelle d’où il vient et où il ira plus tard. Inspirant la nature, cette feuille est un don de la vie. Si elle a été créée, n’est-ce pas dans le but de profiter à quelqu’un sur cette terre si grande ? Une feuille, une simple feuille qui tombe dans le jour enfin tombé, aide peut-être une personne à tout oublier. Une feuille pour oublier ce monde désenchanté. Une feuille pour peut-être tout recommencer…

Quand je vois une feuille, j’oublie parfois le mal-être que je peux ressentir en moi : c’est comme une sensation de voyage et d’ailleurs. Je me demande : où va cette feuille ? Où se dirige-t-elle ? Peut-être vers l’imaginaire et le rêve ? Peut-être veut-elle fuir les vérités banales et matérielles de ce monde ? Alors, elle fait ses bagages, quitte l’arbre trop connu, et le square trop fréquenté pour entreprendre le grand voyage, de branche en branche, de courants d’air en bourrasques, de novembres pluvieux en févriers frileux… Voulant découvrir tout autre chose que son arbre, c’est pour cela peut-être qu’elle s’enfuit : avec quelle légèreté elle se décroche et tombe de l’arbre ! Elle ne se soucie guère du temps qui s’écoule et se laisse tomber purement ; cette feuille est merveilleuse : elle est humaine.

Faisant sa vie sans se préoccuper des autres, elle se promène et entreprend son périple comme bon lui semble de l’autre côté de la terre ou de l’autre côté de la vie. Son voyage peut durer une éternité, jusqu’à ce qu’elle décide de se figer dans le temps et ainsi y rester à jamais en se décomposant. Une petite feuille de rien du tout, comme une petite mort de rien du tout : voilà le merveilleux, le miracle de la vie ! Une petite feuille qui entame son chemin en direction de demain.

Son arbre qui était sa source était son dernier espoir de rester en vie, et pourtant elle s’en sépare. Un au-revoir sur le quai du départ, quelques larmes de pluie : « adieu, ne prends pas froid », comme si elle avait senti que c’était le début de la fin pour elle. Ensuite commence le long voyage… Arrive le moment si redouté de sa décomposition, le moment où la vie s’arrête, où la nuit s’éveille : elle seule a choisi de changer de vie…

Je sens son cœur qui bat dans la nuit du monde…

© Amélie S.
Février 2013 (mai 2013 pour la présente publication)

Crédit iconographique : Bruno Rigolt

Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les travaux des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du document cité (URL de la page).

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Concours AMOPA 2013. Lire en ligne… Aujourd’hui la contribution de Romane : « Quelques miettes de sel et d’eau »

Concours AMOPA 2013
Thème : l’émerveillement

La classe de Seconde 9 a choisi de participer au concours d’expression écrite « Défense et Illustration de la langue française », organisé par l’AMOPA (Association des Membres de l’Ordre des Palmes Académiques). Le thème choisi pour 2012-2013 était l’émerveillement. Étant donné la qualité des écrits (une élève de la classe est même lauréate du premier prix), j’ai décidé de mettre en ligne sur ce site l’ensemble des productions. Aujourd’hui, découvrez le travail de Romane…
Bonne lecture. BR

          

Autres textes publiés :
– Lucie M. (Lauréate académique, premier accessit départemental) : « Près de l’étang du parc »
– Amélie S. (Lauréate académique, deuxième accessit départemental) : « Dans la nuit du monde »
– Léna G.-S. (Premier prix national) : Composition française à partir d’une citation d’Einstein

            

Quelques miettes de sel et d’eau…

Par Romane G.
Classe de Seconde 9

Vous parlez d’un affolement matinal ! Un jour comme les autres plutôt, un jour banal, monotone, un jour à se lever pour aller au lycée. Comme d’habitude, je m’habillai rapidement, enfilai mon blouson et me précipitai dans la rue, pour courir vers mon destin, mon cartable dans une main et une moitié de pomme dans l’autre.

Je marchais d’un pas décidé, lorsque je vis au tournant de la rue une petite fille donner un morceau de pain sec aux moineaux qui « piétonnaient » dans les rues de la ville. Elle émiettait ce pain consciencieusement, minutieusement, comme s’il se fût agi d’un acte grave et solennel et de ses petites mains potelées, elle prenait la mie, la malaxait brutalement, avec vigueur et la lançait sur le trottoir pavé sur lequel elle se trouvait. Je continuais ma course, me rapprochant de cette boule d’énergie. La fillette ne me voyait pas, et dans le lyrisme de ce petit matin frileux de novembre elle s’épanouissait toute seule, indifférente aux regards des passants.

Une scène banale me direz-vous, merveilleusement banale. C’est un conte bien ordinaire que ce quotidien d’un morceau de pain jeté aux oiseaux dans le jour qui s’éveille. Et pourtant… Dans ces petits morceaux de pain, répandus sur l’asphalte comme on sème une récolte pour l’hiver prochain, moi je voyais les champs de blé, et les oiseaux qui attendaient une miette pour espérer voler jusqu’à demain.

Longtemps, j’ai songé à cette image, et à ces morceaux de pain que l’on jette tout aussi machinalement que cette enfant qui les donnait aux oiseaux. Malgré moi, je me disais que le pain est source de vie, bénéficiaire des richesses de la Terre. Le pain n’est-il pas d’ailleurs l’emblème de l’amitié ? Avoir un bon « co-pain », n’est-ce pas celui avec qui l’on partage le pain, c’est-à- dire un aliment apte à restituer à l’homme sa valeur et sa dignité ?

Le soir, rentrée chez moi, je m’installais autour de la table, et sur celle-ci régnait une panière pleine. Je crois bien que, d’avoir été émerveillée par ces simples morceaux de pain le matin même, faisait que je ne concevais plus le pain de la même façon. Je n’avalais plus machinalement le crouton de pain chaud, j’appréciais bien plus que le reste du monde, avec un merveilleux plaisir, ce qui était d’abord le pain de la vie, le pain de la terre et du ciel.

Le lendemain, à la cantine je pétrissais malgré moi une mie de pain… Dans ma main, un peu de farine, quelques miettes de sel et d’eau. Et quelques plumes égarées…

© Romane G.
Février 2013 (mai 2013 pour la présente publication)

Illustration : Jean-François Millet (1814–1875), « Le Semeur » (1851). Pastel sur papier.
Williamstown, Massachusetts (États-Unis), Clark Art Institute

Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les travaux des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du document cité (URL de la page).

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Concours AMOPA 2013. Lire en ligne… Aujourd’hui la contribution de Romane : « Quelques miettes de sel et d'eau »

Concours AMOPA 2013
Thème : l’émerveillement

La classe de Seconde 9 a choisi de participer au concours d’expression écrite « Défense et Illustration de la langue française », organisé par l’AMOPA (Association des Membres de l’Ordre des Palmes Académiques). Le thème choisi pour 2012-2013 était l’émerveillement. Étant donné la qualité des écrits (une élève de la classe est même lauréate du premier prix), j’ai décidé de mettre en ligne sur ce site l’ensemble des productions. Aujourd’hui, découvrez le travail de Romane…
Bonne lecture. BR

          

Autres textes publiés :
– Lucie M. (Lauréate académique, premier accessit départemental) : « Près de l’étang du parc »
– Amélie S. (Lauréate académique, deuxième accessit départemental) : « Dans la nuit du monde »
– Léna G.-S. (Premier prix national) : Composition française à partir d’une citation d’Einstein

            

Quelques miettes de sel et d’eau…

Par Romane G.
Classe de Seconde 9

Vous parlez d’un affolement matinal ! Un jour comme les autres plutôt, un jour banal, monotone, un jour à se lever pour aller au lycée. Comme d’habitude, je m’habillai rapidement, enfilai mon blouson et me précipitai dans la rue, pour courir vers mon destin, mon cartable dans une main et une moitié de pomme dans l’autre.

Je marchais d’un pas décidé, lorsque je vis au tournant de la rue une petite fille donner un morceau de pain sec aux moineaux qui « piétonnaient » dans les rues de la ville. Elle émiettait ce pain consciencieusement, minutieusement, comme s’il se fût agi d’un acte grave et solennel et de ses petites mains potelées, elle prenait la mie, la malaxait brutalement, avec vigueur et la lançait sur le trottoir pavé sur lequel elle se trouvait. Je continuais ma course, me rapprochant de cette boule d’énergie. La fillette ne me voyait pas, et dans le lyrisme de ce petit matin frileux de novembre elle s’épanouissait toute seule, indifférente aux regards des passants.

Une scène banale me direz-vous, merveilleusement banale. C’est un conte bien ordinaire que ce quotidien d’un morceau de pain jeté aux oiseaux dans le jour qui s’éveille. Et pourtant… Dans ces petits morceaux de pain, répandus sur l’asphalte comme on sème une récolte pour l’hiver prochain, moi je voyais les champs de blé, et les oiseaux qui attendaient une miette pour espérer voler jusqu’à demain.

Longtemps, j’ai songé à cette image, et à ces morceaux de pain que l’on jette tout aussi machinalement que cette enfant qui les donnait aux oiseaux. Malgré moi, je me disais que le pain est source de vie, bénéficiaire des richesses de la Terre. Le pain n’est-il pas d’ailleurs l’emblème de l’amitié ? Avoir un bon « co-pain », n’est-ce pas celui avec qui l’on partage le pain, c’est-à- dire un aliment apte à restituer à l’homme sa valeur et sa dignité ?

Le soir, rentrée chez moi, je m’installais autour de la table, et sur celle-ci régnait une panière pleine. Je crois bien que, d’avoir été émerveillée par ces simples morceaux de pain le matin même, faisait que je ne concevais plus le pain de la même façon. Je n’avalais plus machinalement le crouton de pain chaud, j’appréciais bien plus que le reste du monde, avec un merveilleux plaisir, ce qui était d’abord le pain de la vie, le pain de la terre et du ciel.

Le lendemain, à la cantine je pétrissais malgré moi une mie de pain… Dans ma main, un peu de farine, quelques miettes de sel et d’eau. Et quelques plumes égarées…

© Romane G.
Février 2013 (mai 2013 pour la présente publication)

Illustration : Jean-François Millet (1814–1875), « Le Semeur » (1851). Pastel sur papier.
Williamstown, Massachusetts (États-Unis), Clark Art Institute

Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les travaux des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du document cité (URL de la page).

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Concours AMOPA 2013. Lire en ligne… Aujourd’hui la contribution de Lucie : « Près de l’étang du parc »

Concours AMOPA 2013
Thème : l’émerveillement

La classe de Seconde 9 a choisi de participer au concours d’expression écrite « Défense et Illustration de la langue française », organisé par l’AMOPA (Association des Membres de l’Ordre des Palmes Académiques). Le thème choisi pour 2012-2013 était l’émerveillement. Étant donné la qualité des écrits (une élève de la classe est même lauréate du premier prix), j’ai décidé de mettre en ligne sur ce site l’ensemble des productions. Aujourd’hui, découvrez le très beau travail de Lucie. Ce texte, qui a été primé au niveau académique (premier accessit départemental), est d’une rare intensité…
Bonne lecture. BR

                  

Autres textes publiés :
– Romane G. : « Quelques miettes de sel et d’eau »
– Amélie S. (Finaliste départementale, deuxième accessit) : « Dans la nuit du monde »
– Léna G.-S. (Premier prix national) : Composition française à partir d’une citation d’Einstein

                     

Près de l’étang du parc

Par Lucie M.
Classe de Seconde 9

Chaque matin, en me rendant au lycée, je croise « la dame ». Une femme d’un âge très avancé, toujours assise sur le banc près de l’étang du parc. Chaque matin, elle contemple l’eau dans son mouvement, comme si sa vie se reflétait dans l’onde. Je la vois chaque soir aussi. Toujours au même endroit. Contemplant désespérément le vide devant elle. Je me suis souvent demandé quelle était son histoire, si elle avait toujours été seule sur ce banc…

L’image paraît banale, on ne s’arrête pas vraiment dessus. Moi-même, à force de temps, je commençais à m’habituer à cette femme. Sa présence se fondait dans le paysage. Mais un jour, pourtant commun à tous les autres, un léger faisceau de lumière est venu éclairer son visage, révélant une larme. Je fus émerveillée par l’image de cette larme traçant tranquillement sa route sur la joue marquée par le temps.

J’étais touchée de voir cette femme abandonnant sa force pour laisser couler sa faiblesse. Je crois bien m’être arrêtée devant elle, regardant à mon tour sans voir réellement. Parce qu’il est impossible de connaître ce que ressent une personne juste en l’observant. Impossible même de comprendre ce qu’elle avait traversé. J’ai bien essayé de deviner toute l’histoire qui se cachait derrière l’impassible visage. Elle m’avait pourtant laissé voir une partie de ses émotions, l’échappement de cette larme était comme un sillage de son passé. Il me semble qu’elle s’est aperçue que je la fixais, alors j’ai repris ma marche.

Ce jour-là, ce jour où j’ai vu l’allégorie que je me faisais de la sagesse répondre aux appels de la nostalgie, a été pour moi le commencement d’un infini questionnement sur la vie et ses raisons. Je me suis rendu compte que, plus que jamais, et comme à chaque seconde, je me rapprochais de ma mort. Était-ce d’ailleurs pour cela qu’elle avait pleuré ? Avait-elle sentie l’Ombre la frôler ? Moi aussi je la sentirai… Rien que l’idée m’enveloppait peu à peu dans un indescriptible état, comme si mon corps se fut gonflé d’un gaz lourd, trop pesant pour le fragile corps humain.

Oui, ce jour-là, je me suis sentie faible et inutile, plus encore qu’une fourmi traversant l’herbe ou que le grain de sable dans son infinité. Alors, j’ai repensé à cette phrase de Gandhi « Tout ce que vous ferez sera insignifiant, mais il est très important que vous le fassiez ». Et dans le jour chargé de signes et de vent, en cette heure merveilleusement humaine, j’ai fini par accepter la fin tragique commune à chaque être.

Cette femme a été pour moi comme un réveil, une révélation : involontairement, elle m’a émerveillée dans son simple échappement d’une larme venue s’échouer dans le matin du monde. Cette femme sur ce banc n’était-elle pas là pour me rappeler que la vie était merveilleuse ? Dans son dénuement même, dans sa pauvreté, dans son délabrement parfois ?

Un matin, me rendant au lycée, je suis passée devant le banc. Il était vide. La dame était absente. Le parc me sembla alors terne, sans goût. Malgré moi, je me suis rendue jusqu’au banc. Mon cerveau semblait déconnecté, mes jambes m’avaient guidée d’elles-mêmes, je ne savais même pas que je marchais, je ne sentais même plus mes pieds frôler la terre endormie.

Je suis donc là, assise sur le banc, et je contemple l’eau désespérément. Les larmes viennent toutes seules, sans contrôle. Mon chagrin qui tombe goutte à goutte, naturellement, involontairement, est lui-même merveilleux, merveilleusement triste, lourdement merveilleux.

Et je pense  à cette femme qui était assise là, près de l’étang du parc.
Son empreinte fugace ne réside plus qu’à travers moi, presque déjà effacée par le souffle qui emportera la mienne…

© Lucie M.
Février 2013 (mai 2013 pour la présente publication)

Crédit iconographique : Bruno Rigolt

Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les travaux des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du document cité (URL de la page).

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Concours AMOPA 2013. Lire en ligne… Aujourd'hui la contribution de Lucie : "Près de l'étang du parc"

Concours AMOPA 2013
Thème : l’émerveillement

La classe de Seconde 9 a choisi de participer au concours d’expression écrite « Défense et Illustration de la langue française », organisé par l’AMOPA (Association des Membres de l’Ordre des Palmes Académiques). Le thème choisi pour 2012-2013 était l’émerveillement. Étant donné la qualité des écrits (une élève de la classe est même lauréate du premier prix), j’ai décidé de mettre en ligne sur ce site l’ensemble des productions. Aujourd’hui, découvrez le très beau travail de Lucie. Ce texte, qui a été primé au niveau académique (premier accessit départemental), est d’une rare intensité…
Bonne lecture. BR

                  

Autres textes publiés :
– Romane G. : « Quelques miettes de sel et d’eau »
– Amélie S. (Finaliste départementale, deuxième accessit) : « Dans la nuit du monde »
– Léna G.-S. (Premier prix national) : Composition française à partir d’une citation d’Einstein

                     

Près de l’étang du parc

Par Lucie M.
Classe de Seconde 9

Chaque matin, en me rendant au lycée, je croise « la dame ». Une femme d’un âge très avancé, toujours assise sur le banc près de l’étang du parc. Chaque matin, elle contemple l’eau dans son mouvement, comme si sa vie se reflétait dans l’onde. Je la vois chaque soir aussi. Toujours au même endroit. Contemplant désespérément le vide devant elle. Je me suis souvent demandé quelle était son histoire, si elle avait toujours été seule sur ce banc…

L’image paraît banale, on ne s’arrête pas vraiment dessus. Moi-même, à force de temps, je commençais à m’habituer à cette femme. Sa présence se fondait dans le paysage. Mais un jour, pourtant commun à tous les autres, un léger faisceau de lumière est venu éclairer son visage, révélant une larme. Je fus émerveillée par l’image de cette larme traçant tranquillement sa route sur la joue marquée par le temps.

J’étais touchée de voir cette femme abandonnant sa force pour laisser couler sa faiblesse. Je crois bien m’être arrêtée devant elle, regardant à mon tour sans voir réellement. Parce qu’il est impossible de connaître ce que ressent une personne juste en l’observant. Impossible même de comprendre ce qu’elle avait traversé. J’ai bien essayé de deviner toute l’histoire qui se cachait derrière l’impassible visage. Elle m’avait pourtant laissé voir une partie de ses émotions, l’échappement de cette larme était comme un sillage de son passé. Il me semble qu’elle s’est aperçue que je la fixais, alors j’ai repris ma marche.

Ce jour-là, ce jour où j’ai vu l’allégorie que je me faisais de la sagesse répondre aux appels de la nostalgie, a été pour moi le commencement d’un infini questionnement sur la vie et ses raisons. Je me suis rendu compte que, plus que jamais, et comme à chaque seconde, je me rapprochais de ma mort. Était-ce d’ailleurs pour cela qu’elle avait pleuré ? Avait-elle sentie l’Ombre la frôler ? Moi aussi je la sentirai… Rien que l’idée m’enveloppait peu à peu dans un indescriptible état, comme si mon corps se fut gonflé d’un gaz lourd, trop pesant pour le fragile corps humain.

Oui, ce jour-là, je me suis sentie faible et inutile, plus encore qu’une fourmi traversant l’herbe ou que le grain de sable dans son infinité. Alors, j’ai repensé à cette phrase de Gandhi « Tout ce que vous ferez sera insignifiant, mais il est très important que vous le fassiez ». Et dans le jour chargé de signes et de vent, en cette heure merveilleusement humaine, j’ai fini par accepter la fin tragique commune à chaque être.

Cette femme a été pour moi comme un réveil, une révélation : involontairement, elle m’a émerveillée dans son simple échappement d’une larme venue s’échouer dans le matin du monde. Cette femme sur ce banc n’était-elle pas là pour me rappeler que la vie était merveilleuse ? Dans son dénuement même, dans sa pauvreté, dans son délabrement parfois ?

Un matin, me rendant au lycée, je suis passée devant le banc. Il était vide. La dame était absente. Le parc me sembla alors terne, sans goût. Malgré moi, je me suis rendue jusqu’au banc. Mon cerveau semblait déconnecté, mes jambes m’avaient guidée d’elles-mêmes, je ne savais même pas que je marchais, je ne sentais même plus mes pieds frôler la terre endormie.

Je suis donc là, assise sur le banc, et je contemple l’eau désespérément. Les larmes viennent toutes seules, sans contrôle. Mon chagrin qui tombe goutte à goutte, naturellement, involontairement, est lui-même merveilleux, merveilleusement triste, lourdement merveilleux.

Et je pense  à cette femme qui était assise là, près de l’étang du parc.
Son empreinte fugace ne réside plus qu’à travers moi, presque déjà effacée par le souffle qui emportera la mienne…

© Lucie M.
Février 2013 (mai 2013 pour la présente publication)

Crédit iconographique : Bruno Rigolt

Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les travaux des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du document cité (URL de la page).

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Prix de l’AMOPA 2013 : le Lycée en Forêt en tête du classement national

L’Association des Membres de l’Ordre des Palmes Académique (AMOPA) vient de décerner son prestigieux Prix d’Expression écrite « Défense et Illustration de la langue française » (Section Lycée) à l’une de mes élèves : Léna GNORRA-SONNERAT (Premier prix national ex æquo, et premier prix départemental) pour sa brillante dissertation qui portait sur le thème de l’émerveillement. Le sujet de composition française, particulièrement ardu, était le suivant : « Un homme qui n’est plus capable de s’émerveiller a pratiquement cessé de vivre ». Dans quelle mesure peut-on adhérer à ce jugement d’Albert Einstein ?

Par ailleurs, trois autres de mes élèves ont été sélectionnées au niveau académique :

  • Lucie M. (deuxième prix départemental),
  • Annaël P. (premier accessit),
  • Amélie S. (deuxième accessit).

Bravo enfin à la classe de Seconde 9 (promotion 2012-2013) pour sa remarquable implication.

Les productions écrites dans leur ensemble vont être mises en ligne sur cet Espace Pédagogique Contributif et feront l’objet d’une publication ultérieure sous forme d’un recueil qui sera consultable au CDI du Lycée.

Prix de l'AMOPA 2013 : le Lycée en Forêt en tête du classement national

L’Association des Membres de l’Ordre des Palmes Académique (AMOPA) vient de décerner son prestigieux Prix d’Expression écrite « Défense et Illustration de la langue française » (Section Lycée) à l’une de mes élèves : Léna GNORRA-SONNERAT (Premier prix national ex æquo, et premier prix départemental) pour sa brillante dissertation qui portait sur le thème de l’émerveillement. Le sujet de composition française, particulièrement ardu, était le suivant : « Un homme qui n’est plus capable de s’émerveiller a pratiquement cessé de vivre ». Dans quelle mesure peut-on adhérer à ce jugement d’Albert Einstein ?

Par ailleurs, trois autres de mes élèves ont été sélectionnées au niveau académique :

  • Lucie M. (deuxième prix départemental),
  • Annaël P. (premier accessit),
  • Amélie S. (deuxième accessit).

Bravo enfin à la classe de Seconde 9 (promotion 2012-2013) pour sa remarquable implication.

Les productions écrites dans leur ensemble vont être mises en ligne sur cet Espace Pédagogique Contributif et feront l’objet d’une publication ultérieure sous forme d’un recueil qui sera consultable au CDI du Lycée.

BTS 2013 Premiers éléments d’analyse

 

BTS 2013, épreuve de Culture Générale et Expression
Sujet + premiers éléments d’analyse

Voici pour l’exercice de synthèse de l’épreuve de Culture Générale et Expression à la session 2013 du BTS mes premiers éléments d’analyse, avant la publication d’un corrigé dans les prochains jours. 

Ces premiers éléments d’analyse sont consultables à la suite du sujet.

          

Rappel du sujet

PREMIÈRE PARTIE : SYNTHÈSE (40 points). Vous rédigerez une synthèse concise, objective et ordonnée des documents suivants :

  • Document 1 : Michel Béra et Eric Mechoulan, La Machine Internet, 1999
  • Document 2 : Antonio A. Casilli, Les Liaisons numériques, 2010
  • Document 3 : Madame de Sévigné, Lettre à Madame de Grignan, jeudi 9 mai 1680
  • Document 4 : Nicole Aubert, Le Culte de l’urgence, 2003

DEUXIÈME PARTIE : ÉCRITURE PERSONNELLE (20 points).

Selon vous, le développement de nouveaux modes de communication améliore-t-il notre dialogue avec autrui ?

Corpus de documents

 

Document 1

Comme l’ancien courrier sur papier, le courrier électronique est poli et respectueux. Il ne nous sonne pas comme pour appeler des gens de maison, ce dont se plaignaient amèrement les premiers utilisateurs bourgeois du téléphone à la fin du XIXe siècle. Nous allons le relever quand bon nous semble. Ce n’est pas un moindre privilège.

La présentation du courrier est d’ailleurs l’occasion de remarquer que l’Internet n’assure pas la synchronisation de l’humanité. Contrairement aux arguments de vente pour le grand public, la vertu économique du réseau n’est pas dans la mise en relation de tous les individus connectés en temps réel, c’est-à-dire en même temps. Au contraire, il n’y a pas plus respectueux des fuseaux horaires que l’Internet, lui qui n’a pas la grossièreté du téléphone réveillant le correspondant endormi aux antipodes ; il sait se libérer de la synchronie.

Synchrone, j’impose à mon interlocuteur la concomitance [1] dans l’échange : rendez-vous téléphonique, mais aussi papotage instantané (instant chat) sur l’Internet, il faut être deux au même moment pour se parler. La technique a rendu possible ce miracle depuis l’ère du téléphone et nous a appris à trouver inadmissible la lenteur des réponses que nous voulons à nos questions. La télévision en direct, grâce au satellite, a ajouté à ces habitudes. L’Internet représente une pierre supplémentaire à l’édifice de la communication bâti au nom de l’efficacité, en faisant mieux que le temps réel, en inventant l’asynchronie.

Asynchrone, je laisse le temps à autrui de s’organiser pour traiter ou non l’information dont il peut se rendre maître. Privilège du courrier postal, privilège surtout du courrier électronique qui permet enfin l’apprivoisement de l’asynchronie « à grain fin », pour utiliser un jargon technique, en d’autres termes le recours au décalage le plus minime possible pour un coût dérisoire. [ … ]

Enfin, le courrier [2] instaure de fait dans la nouvelle correspondance un style libre qui tranche, surtout en pays latin, avec les formules rigoureuses qu’impose la rédaction du courrier, déjà malmenée par la télécopie. Cette simplification des contacts humains joue en faveur de ceux qui ne maîtrisent pas les usages, contre les garants d’un ordre social passé. Le courrier électronique est à cet égard vraiment démocratique, même si certains ne manquent pas de prendre ce mot en mauvaise part lorsqu’il fait disparaître les petits riens qui distinguent les hommes bien élevés.

L’informatique apporte en sus une garantie d’intégrité, comme pour tuer les moyens de communication antérieurs. Le message n’arrive pas déformé au bout du combiné comme la voix de l’interlocuteur qui s’égosillait aux antipodes, avant l’arrivée du son numérique, ou dans la boîte aux lettres comme la missive détrempée, piétinée et déchirée. Le courrier électronique parvient intact – lorsqu’il parvient, ce qui arrive presque toujours mais pas systématiquement, l’Internet assurant ce qu’on appelle un best effort, mais pas un succès à 100%. Comme la lettre ou l’appel téléphonique, il peut ne pas aboutir, mais, à moins d’être l’objet de manipulations désobligeantes de la part d’informaticiens spécialisés dans la nuisance, il ne saurait subir de détérioration.

Le courrier électronique, ainsi plébiscité par les utilisateurs, devrait permettre de recréer une socialité perdue avec l’ère industrielle des cités où les hommes s’ignorent. Mieux, il annonce le vrai retour de l’écrit, après la domination presque exclusive du téléphone dans la communication privée. Débarrassé des formes protocolaires de la correspondance épistolaire dans les pays qui y attachaient encore un certain prix, il s’assimile à un dialogue verbal transcrit, devient pour certains une nouvelle oralité par sténographie interposée. Pas de phrases, pas de formules, pas de style, pas de calligraphie, juste quelques mots, bref l’information épurée de toutes ses scories, l’information pure.

Michel Béra et Eric Mechoulan,
La Machine Internet (1999)

1. La simultanéité.
2. Le terme est ici employé au sens de courrier électronique.

 

Document 2

Pour évaluer les conséquences du Web sur le lien social, il ne suffit pas d’examiner les pratiques individuelles. Ce sont les interactions mêmes qu’il convient de prendre en compte. Pour pouvoir les analyser, il faut se demander quelles sont la nature et la qualité de l’information que les internautes échangent en ligne – et avec qui. L’étude de Kraut1insistait sur le fait que le Web favorise les échanges avec des personnes géographiquement éloignées et, de ce fait, des relations peu significatives. Or, l’on découvre que souvent, parmi ces personnes éloignées, il y a des membres de la famille de nos usagers, ou leurs amis de longue date. Mais aussi que ces contacts sociaux s’avèrent être cruciaux pour des recherches d’aide, d’avis ou pour des prises de décision importantes. Quoique lointains, ces individus restent fortement reliés aux usagers. C’est « la force des liens Internet », selon le titre d’un rapport de la fondation PEW paru en janvier 2006. Selon les auteurs, plus de 60 millions d’Américains se sont tournés vers Internet durant la première moitié des années 2000 pour prendre des décisions cruciales pour le cours de leur vie – et ces décisions s’appuient sur le contact avec les membres de leur cercle social élargi. Par courrier électronique ou par messagerie instantanée, les internautes se concertent constamment avec leurs proches (ou leurs moins proches) avant de prendre des décisions quant à l’achat d’une maison ou au meilleur traitement pour une maladie. Mais ils peuvent très bien se limiter à échanger des renseignements banals et quotidiens, portant aussi bien sur leur intention de changer de boulanger que sur le dernier commérage du bureau. Ce mélange de banalité et de sérieux est un autre signe de la solidité et de la constance des liens numériques.

Si l’effet socialisant des technologies informatiques a été sous-estimé, c’est à cause de l’opinion erronée que le Web remplace la communication en face à face. Les communications numériques devraient être mises sur le même plan que les appels téléphoniques ou les lettres – des techniques qui, depuis longtemps, articulent et complètent la communication en face à face. On s’en sert pour prendre un rendez-vous, annoncer une nouvelle, envoyer un mot gentil pour témoigner d’un sentiment. Ces techniques de communication, tout comme les communications en ligne actuelles (courrier électronique, messagerie instantanée, forums de discussion, etc.), n’ont pas remplacé les rencontres directes. Elles s’y ajoutent plutôt, en augmentant le volume total des contacts. Ce qui est conforté par le fait que les utilisateurs intensifs d’Internet se servent tout aussi fréquemment de téléphones ou d’autres formes de contact personnel que les non-utilisateurs.

Antonio A. Casilli,
Les Liaisons numériques (2010)

 

1. L’auteur fait ici référence à un article de Robert Kraut (professeur américain de sociologie sociale) intitulé « Le paradoxe d’Internet : une technologie sociale qui réduit la participation sociale et le bien-être psychologique ».

 

Document 3

 Madame de Sévigné entretient avec sa fille, Madame de Grignan, une correspondance intense depuis le mariage et l’éloignement géographique de cette dernière. Madame de Sévigné écrit cette lettre alors qu’elle voyage en France.

 

À Blois, jeudi 9 mai 1680

Je veux vous écrire tous les soirs, ma chère enfant; rien ne me peut contenter que cet amusement. Je tourne, je marche, je veux reprendre mon livre; j’ai beau tourner une affaire, je m’ennuie, et c’est mon écritoire qu’il me faut. Il faut que je vous parle, et qu’encore que cette lettre ne parte ni aujourd’hui, ni demain, je vous rende compte tous les soirs de ma journée.

Mon fils est parti cette nuit d’Orléans par la diligence, qui part tous les jours à trois heures du matin, et arrive le soir à Paris ; cela fait un peu de chagrin [1] à la poste. Voilà les nouvelles de la route, en attendant celles de Danemark. Nous sommes montés dans le bateau à six heures par le plus beau temps du monde ; j’y ai fait mettre le corps de mon grand carrosse, d’une manière que le soleil n’a point entrée dedans : nous avons baissé les glaces ; l’ouverture du devant fait un tableau merveilleux ; celle des portières et des petits côtés nous donne tous les points de vue qu’on peut imaginer. Nous ne sommes que l’abbé et moi dans ce joli cabinet [2], sur de bons coussins, bien à l’air, bien à notre aise. [ … ]

Nous passons tous les ponts avec un plaisir qui nous les fait souhaiter : il n’y a pas beaucoup d’ex voto [3] pour les naufrages de la Loire, non plus que pour la Durance : il y aurait plus de raison de craindre cette dernière, qui est folle, que notre Loire, qui est sage et majestueuse. Enfin nous sommes arrivés ici de bonne heure ; chacun tourne, chacun se rase, et moi j’écris romanesquement sur le bord de la rivière, où est située notre hôtellerie : c’est la Galère ; vous y avez été.

J’ai entendu mille rossignols ; j’ai pensé à ceux que vous entendez sur votre balcon. Je n’ose vous dire, ma fille, la tristesse que l’idée de votre délicate santé a jetée sur toutes mes pensées : vous le comprenez bien, et à quel point je souhaite que cette santé se rétablisse; si vous m’aimez, vous y mettrez vos soins et votre application, afin de me témoigner la véritable amitié que vous avez pour moi : cet endroit est une pierre de touche [4]. Bonsoir, ma très chère ; adieu jusqu’à demain à Tours.

Madame de Sévigné,
Lettre à Madame de Grignan.

 

1. Irritation, désagrément.
2. Petite pièce à l’écart, l’expression désigne ici l’intérieur du carrosse.
3. Plaque ou objet exprimant la gratitude dans une église ou chapelle en remerciement d’une grâce obtenue ; ici remerciement pour avoir survécu à un naufrage.
4. Votre attitude révélera vos sentiments.

 

Document 4

Nicole Aubert s’intéresse dans cet extrait aux échanges entre individus dans le milieu de l’entreprise.

 

D’une manière générale, l’e-mail est vu, tout comme le portable mais plus encore, comme contribuant à générer l’urgence et à « détemporaliser » la relation en instaurant une exigence d’immédiat. L’écart entre la demande effectuée et la réponse attendue ne fait presque plus partie des choses admissibles et on attend de cette dernière une promptitude égale à celle de l’envoi. Mais les dysfonctionnements induits par cette exigence sont nombreux. D’abord, la réponse dans l’immédiat est souvent inefficace : « On envoie un mail pour poser une question et on attend la réponse par retour d’e-mail, dans les minutes qui suivent. Avant, quand on demandait une réponse par retour du courrier, ça prenait trois jours, mais, maintenant, on s’impose de répondre tout de suite à une question et ça ne fait pas gagner de temps parce que deux jours après, il y a un nouvel élément qui fait que la réponse change et on va devoir donner trois réponses à trois jours d’intervalle, plutôt que d’attendre trois jours pour donner la vraie réponse. Donc, le mail est générateur d’urgences et surtout de fausses urgences. »

En fait, ce qui est en cause, c’est la gestion des e-mails. Celle-ci semble en effet souvent très anarchique et, par des comportements de surprotection et de sursécurisation, conduit à diluer l’information et à encombrer les messageries :
« Avant, témoigne un chef de service, quand on avait besoin de quelque chose, on allait voir la personne et on lui disait « écoute, j’ai besoin de tel truc ». Maintenant on le fait par mail et on met en copie cinquante types pour attester qu’on a demandé à Duchmoll de faire ci ou ça. C’est complètement pathologique et ça fait perdre du temps à tout le monde !». « On est submergé d’informations et de sollicitations, explique un cadre dirigeant, parce que les gens pensent qu’ils ont fait leur boulot en envoyant tout en copie et ça génère une inflation pas possible, c’est un bombardement permanent sur plein de choses différentes. Il y a des moments où vous voyez tous ces mails s’accumuler et c’est vraiment créateur d’angoisse, alors vous vous dites « je vais y répondre dans le même temps », donc vous répondez à trois e-mails, et puis vous avez le téléphone qui sonne, puis vous découvrez trois autres e-mails arrivés entre temps et vous avez l’impression d’être dans un jeu de ping-pong, dans lequel il y aurait quarante joueurs qui envoient tous des balles en même temps. C’est une accumulation de sollicitations qui crée un stress terrible.»

Nicole Aubert,
Le Culte de l’urgence (2003).

 

Premiers éléments d’analyse

                     

Très ancrée dans la problématique du programme¹, la synthèse proposée à cette session n’était pourtant pas évidente. D’une part, elle amenait les candidats à confronter objectivement des thèses opposées, ce qui est un exercice d’autant plus délicat que le thème « Paroles, échanges, conversations et révolution numérique », très proche du vécu quotidien des étudiant(e)s, constitue un champ épistémologique en construction, ne bénéficiant pas d’un large consensus conceptuel (en particulier pour ce qui touche au sujet très controversé du courrier électronique comme renaissance de la pratique épistolaire), et de suffisamment de distance pour en permettre toujours une juste formalisation.

La deuxième difficulté venait, plus encore que pour la session précédente, qu’il fallait dégager une problématique commune à partir de documents qui étaient d’époques et de champs disciplinaires différents : le contexte du courrier électronique amenant à la fois à se référer aux modèles accomplis de l’épistolaire comme la lettre de Madame de Sévigné, et à réfléchir sur des modalités totalement inédites de la communication, obligeant donc à  ordonner un parcours démonstratif se situant sur plusieurs niveaux.

__________

Le corpus tout d’abord amenait à voir combien le genre épistolaire a traversé les époques : de la lettre manuscrite de Madame de Sévigné (document 3) au courrier électronique analysé dans les autres textes, l’épistolaire semble avoir accompli sa révolution numérique. En outre, si les documents, pour la plupart destinés à un large public, ne présentaient pas de réelle difficulté de compréhension, encore fallait-il orienter la synthèse vers un questionnement qu’on pourrait résumer ainsi : dans quelle mesure le courrier électronique, qui relève de l’échange épistolaire, a-t-il bouleversé le lien social ?

Je commencerai cette brève présentation par le troisième texte, extrait d’une lettre de Madame de Sévigné à sa fille, la comtesse de Grignan. Le passage présenté était très accessible : l’énonciation tout comme le style —d’autant plus naturel et spontané qu’il relève d’une correspondance privée— pouvaient même faire penser à certains courriers électroniques. Cela dit, il ne vous a pas échappé que le document, de par sa nature intimiste et anecdotique, était parfois ardu à problématiser et à mettre en relation avec les autres textes.

De fait, quel lien peut-on établir entre une lettre de confidences, distante de quatre siècles, et trois documents contemporains centrés sur la communication médiatisée par ordinateur ? La réponse tenait dans la manière dont le courrier électronique, s’il s’inscrit d’une certaine façon dans un processus mimétique par rapport aux échanges manuscrits traditionnels, a néanmoins profondément renouvelé le genre épistolaire et plus largement nos pratiques relationnelles, que ce soit dans la sphère privée ou professionnelle, en mobilisant des pratiques et des technologies nouvelles.

C’est dans cette optique qu’on pouvait aborder le premier document, quelquefois difficile d’accès en raison du jargon technique utilisé (« synchronie », « grain fin ») ou de certains idiolectes anglais (« instant chat », « best effort ») qui alourdissaient plus qu’ils n’éclaircissaient les propos. Extrait d’un ouvrage à destination d’un public connaisseur, La Machine Internet, dont j’ai publié récemment¹ un passage proche de celui-ci, le texte présenté amenait Michel Béra et Eric Méchoulan à dénoncer la diabolisation dont Internet fait souvent l’objet à leurs yeux.

Le texte, publié en 1999, est donc le reflet d’une époque assez euphorique quant à la révolution numérique amenant les auteurs, à travers l’exemple du courrier électronique, à vanter sans réserve l’impact sociétal bénéfique qu’il peut avoir dans les pratiques quotidiennes de communication et d’échange. Selon eux, Internet annoncerait même la renaissance de la pratique épistolaire en remettant à l’honneur l’asynchronie. Certains étudiants ont peut-être buté sur le terme « asynchrone » qui désigne tout simplement une communication en différé (l’échange a lieu par réponses successives dans le temps : la temporalité épistolaire étant fondée sur un décalage).

Cette notion de décalage toutefois n’était absolument pas  du même ordre que les contraintes logistiques qu’évoque Madame de Sévigné, liées à la lenteur de la transmission.  À la différence du courrier papier qui met des jours à parvenir, le courrier électronique au contraire impose une nouvelle perception de l’espace et du temps qui conduit à repenser les conditions de l’accessibilité (interactivité et instantanéité).

En fait, et de façon moins perceptible parfois, tous les documents du corpus amenaient à considérer l’importance de ces facteurs d’accessibilité (visibilité, instantanéité, interactivité, références au cadre spatio-temporel, etc.) dans la socialité. À la différence du courrier traditionnel, Internet, en permettant une plus grande visibilité, reconfigure les relations humaines. Ainsi, dans le deuxième document, qui émanait d’une étude sociologique parue en 2010 (Les Liaisons numériques : vers une nouvelle sociabilité ?), Antonio Casilli, spécialiste en sociologie des réseaux, met justement en évidence les potentialités « socialisantes » des technologies numériques en montrant que cette démocratisation des usages informatiques, loin de modifier les relations sociales existantes (par exemple la communication en face à face) ajoute au contraire de nouvelles façons de communiquer et d’interagir avec les autres qui, affranchies des contraintes spatio-temporelles, ont toute leur légitimité.

Mais ces facilités communicationnelles ne vont pas sans risque : n’entraînent-elles pas une sorte de temporalité de l’immédiateté ? Telle est la thèse de la psychologue et sociologue Nicole Aubert (document 4) qui montre dans Le Culte de l’urgence combien l’accélération croissante des échanges avec Internet a bouleversé, parfois dramatiquement, les modèles existants de communication, au point de dénaturer la la qualité même des échanges. Pour survivre et s’adapter à la complexité grandissante de ces environnements en constante mutation, chacun est soumis au règne de l’épistolaire numérique.

En centrant sa réflexion sur les outils de communication dont se servent les entreprises et plus particulièrement sur l’inflation du volume des informations transmises, l’auteure montre combien, sous couvert de communication, cette visibilité permanente conduit autant à une inflation inopérante de la charge de travail qu’à un délitement du lien social : nous vivons dans l’obsession de la synchronicité, de l’urgence et du temps réel. Les propos de Nicole Aubert amenaient donc à une réflexion plus épistémologique quant à la façon dont le développement des nouveaux modes de communication a profondément dénaturé la sociabilité en substituant au contact personnel des pratiques professionnelles d’autoprotection et de déresponsabilisation.

Comme vous l’avez sans doute remarqué à la lecture du corpus, l’écrit n’est donc pas mort avec Internet, contrairement à de nombreux préjugés. Bien au contraire : il a explosé. Mais si ces multiples interactions sont pour certains auteurs très positives (doc. 1 et 2) dans la mesure où elles permettent de réinvestir et de renouveler des pratiques de sociabilité qu’on croyait perdues, cette inflation va de pair avec une hétérogénéité grandissante qui amène à un questionnement critique quant aux effets sociaux, culturels et cognitifs qui accompagnent la révolution numérique.

1. cf. la problématique rappelée dans les Instructions Officielles : « Les échanges de paroles tissent les liens dont tout individu a besoin pour trouver sa place dans le groupe, la communauté, la société. Comment les nouvelles modalités de ces échanges prolongent-elles ou, au contraire, bouleversent-elles notre façon de penser la construction de soi, les relations humaines, les interactions avec les autres et avec le monde ? »

2. Voir en particulier le document 2 du support de cours intitulé « Échanges, paroles et démocratie en ligne : les nouvelles formes de la citoyenneté sur Internet« .

© Bruno Rigolt, 14 mai 2013

Quelles que soient vos impressions par rapport au travail que vous avez effectué, ne vous découragez surtout pas et donnez le meilleur de vous-même jusqu’au bout !
Bon courage à toutes et à tous et bonne chance pour l’examen ! BR

Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, cet article est protégé par copyright. Ils est mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le nom de l’auteur ainsi que la référence complète de l’article cité (URL de la page).

© Bruno Rigolt, EPC mai 2013__


BTS 2013 Premiers éléments d'analyse

 
BTS 2013, épreuve de Culture Générale et Expression
Sujet + premiers éléments d’analyse

Voici pour l’exercice de synthèse de l’épreuve de Culture Générale et Expression à la session 2013 du BTS mes premiers éléments d’analyse, avant la publication d’un corrigé dans les prochains jours. 

Ces premiers éléments d’analyse sont consultables à la suite du sujet.

          

Rappel du sujet

PREMIÈRE PARTIE : SYNTHÈSE (40 points). Vous rédigerez une synthèse concise, objective et ordonnée des documents suivants :

  • Document 1 : Michel Béra et Eric Mechoulan, La Machine Internet, 1999
  • Document 2 : Antonio A. Casilli, Les Liaisons numériques, 2010
  • Document 3 : Madame de Sévigné, Lettre à Madame de Grignan, jeudi 9 mai 1680
  • Document 4 : Nicole Aubert, Le Culte de l’urgence, 2003

DEUXIÈME PARTIE : ÉCRITURE PERSONNELLE (20 points).

Selon vous, le développement de nouveaux modes de communication améliore-t-il notre dialogue avec autrui ?

Corpus de documents

 

Document 1

Comme l’ancien courrier sur papier, le courrier électronique est poli et respectueux. Il ne nous sonne pas comme pour appeler des gens de maison, ce dont se plaignaient amèrement les premiers utilisateurs bourgeois du téléphone à la fin du XIXe siècle. Nous allons le relever quand bon nous semble. Ce n’est pas un moindre privilège.

La présentation du courrier est d’ailleurs l’occasion de remarquer que l’Internet n’assure pas la synchronisation de l’humanité. Contrairement aux arguments de vente pour le grand public, la vertu économique du réseau n’est pas dans la mise en relation de tous les individus connectés en temps réel, c’est-à-dire en même temps. Au contraire, il n’y a pas plus respectueux des fuseaux horaires que l’Internet, lui qui n’a pas la grossièreté du téléphone réveillant le correspondant endormi aux antipodes ; il sait se libérer de la synchronie.

Synchrone, j’impose à mon interlocuteur la concomitance [1] dans l’échange : rendez-vous téléphonique, mais aussi papotage instantané (instant chat) sur l’Internet, il faut être deux au même moment pour se parler. La technique a rendu possible ce miracle depuis l’ère du téléphone et nous a appris à trouver inadmissible la lenteur des réponses que nous voulons à nos questions. La télévision en direct, grâce au satellite, a ajouté à ces habitudes. L’Internet représente une pierre supplémentaire à l’édifice de la communication bâti au nom de l’efficacité, en faisant mieux que le temps réel, en inventant l’asynchronie.

Asynchrone, je laisse le temps à autrui de s’organiser pour traiter ou non l’information dont il peut se rendre maître. Privilège du courrier postal, privilège surtout du courrier électronique qui permet enfin l’apprivoisement de l’asynchronie « à grain fin », pour utiliser un jargon technique, en d’autres termes le recours au décalage le plus minime possible pour un coût dérisoire. [ … ]

Enfin, le courrier [2] instaure de fait dans la nouvelle correspondance un style libre qui tranche, surtout en pays latin, avec les formules rigoureuses qu’impose la rédaction du courrier, déjà malmenée par la télécopie. Cette simplification des contacts humains joue en faveur de ceux qui ne maîtrisent pas les usages, contre les garants d’un ordre social passé. Le courrier électronique est à cet égard vraiment démocratique, même si certains ne manquent pas de prendre ce mot en mauvaise part lorsqu’il fait disparaître les petits riens qui distinguent les hommes bien élevés.

L’informatique apporte en sus une garantie d’intégrité, comme pour tuer les moyens de communication antérieurs. Le message n’arrive pas déformé au bout du combiné comme la voix de l’interlocuteur qui s’égosillait aux antipodes, avant l’arrivée du son numérique, ou dans la boîte aux lettres comme la missive détrempée, piétinée et déchirée. Le courrier électronique parvient intact – lorsqu’il parvient, ce qui arrive presque toujours mais pas systématiquement, l’Internet assurant ce qu’on appelle un best effort, mais pas un succès à 100%. Comme la lettre ou l’appel téléphonique, il peut ne pas aboutir, mais, à moins d’être l’objet de manipulations désobligeantes de la part d’informaticiens spécialisés dans la nuisance, il ne saurait subir de détérioration.

Le courrier électronique, ainsi plébiscité par les utilisateurs, devrait permettre de recréer une socialité perdue avec l’ère industrielle des cités où les hommes s’ignorent. Mieux, il annonce le vrai retour de l’écrit, après la domination presque exclusive du téléphone dans la communication privée. Débarrassé des formes protocolaires de la correspondance épistolaire dans les pays qui y attachaient encore un certain prix, il s’assimile à un dialogue verbal transcrit, devient pour certains une nouvelle oralité par sténographie interposée. Pas de phrases, pas de formules, pas de style, pas de calligraphie, juste quelques mots, bref l’information épurée de toutes ses scories, l’information pure.

Michel Béra et Eric Mechoulan,
La Machine Internet (1999)

1. La simultanéité.
2. Le terme est ici employé au sens de courrier électronique.
 

Document 2

Pour évaluer les conséquences du Web sur le lien social, il ne suffit pas d’examiner les pratiques individuelles. Ce sont les interactions mêmes qu’il convient de prendre en compte. Pour pouvoir les analyser, il faut se demander quelles sont la nature et la qualité de l’information que les internautes échangent en ligne – et avec qui. L’étude de Kraut1insistait sur le fait que le Web favorise les échanges avec des personnes géographiquement éloignées et, de ce fait, des relations peu significatives. Or, l’on découvre que souvent, parmi ces personnes éloignées, il y a des membres de la famille de nos usagers, ou leurs amis de longue date. Mais aussi que ces contacts sociaux s’avèrent être cruciaux pour des recherches d’aide, d’avis ou pour des prises de décision importantes. Quoique lointains, ces individus restent fortement reliés aux usagers. C’est « la force des liens Internet », selon le titre d’un rapport de la fondation PEW paru en janvier 2006. Selon les auteurs, plus de 60 millions d’Américains se sont tournés vers Internet durant la première moitié des années 2000 pour prendre des décisions cruciales pour le cours de leur vie – et ces décisions s’appuient sur le contact avec les membres de leur cercle social élargi. Par courrier électronique ou par messagerie instantanée, les internautes se concertent constamment avec leurs proches (ou leurs moins proches) avant de prendre des décisions quant à l’achat d’une maison ou au meilleur traitement pour une maladie. Mais ils peuvent très bien se limiter à échanger des renseignements banals et quotidiens, portant aussi bien sur leur intention de changer de boulanger que sur le dernier commérage du bureau. Ce mélange de banalité et de sérieux est un autre signe de la solidité et de la constance des liens numériques.

Si l’effet socialisant des technologies informatiques a été sous-estimé, c’est à cause de l’opinion erronée que le Web remplace la communication en face à face. Les communications numériques devraient être mises sur le même plan que les appels téléphoniques ou les lettres – des techniques qui, depuis longtemps, articulent et complètent la communication en face à face. On s’en sert pour prendre un rendez-vous, annoncer une nouvelle, envoyer un mot gentil pour témoigner d’un sentiment. Ces techniques de communication, tout comme les communications en ligne actuelles (courrier électronique, messagerie instantanée, forums de discussion, etc.), n’ont pas remplacé les rencontres directes. Elles s’y ajoutent plutôt, en augmentant le volume total des contacts. Ce qui est conforté par le fait que les utilisateurs intensifs d’Internet se servent tout aussi fréquemment de téléphones ou d’autres formes de contact personnel que les non-utilisateurs.

Antonio A. Casilli,
Les Liaisons numériques (2010)

 

1. L’auteur fait ici référence à un article de Robert Kraut (professeur américain de sociologie sociale) intitulé « Le paradoxe d’Internet : une technologie sociale qui réduit la participation sociale et le bien-être psychologique ».

 

Document 3

 Madame de Sévigné entretient avec sa fille, Madame de Grignan, une correspondance intense depuis le mariage et l’éloignement géographique de cette dernière. Madame de Sévigné écrit cette lettre alors qu’elle voyage en France.

 

À Blois, jeudi 9 mai 1680

Je veux vous écrire tous les soirs, ma chère enfant; rien ne me peut contenter que cet amusement. Je tourne, je marche, je veux reprendre mon livre; j’ai beau tourner une affaire, je m’ennuie, et c’est mon écritoire qu’il me faut. Il faut que je vous parle, et qu’encore que cette lettre ne parte ni aujourd’hui, ni demain, je vous rende compte tous les soirs de ma journée.

Mon fils est parti cette nuit d’Orléans par la diligence, qui part tous les jours à trois heures du matin, et arrive le soir à Paris ; cela fait un peu de chagrin [1] à la poste. Voilà les nouvelles de la route, en attendant celles de Danemark. Nous sommes montés dans le bateau à six heures par le plus beau temps du monde ; j’y ai fait mettre le corps de mon grand carrosse, d’une manière que le soleil n’a point entrée dedans : nous avons baissé les glaces ; l’ouverture du devant fait un tableau merveilleux ; celle des portières et des petits côtés nous donne tous les points de vue qu’on peut imaginer. Nous ne sommes que l’abbé et moi dans ce joli cabinet [2], sur de bons coussins, bien à l’air, bien à notre aise. [ … ]

Nous passons tous les ponts avec un plaisir qui nous les fait souhaiter : il n’y a pas beaucoup d’ex voto [3] pour les naufrages de la Loire, non plus que pour la Durance : il y aurait plus de raison de craindre cette dernière, qui est folle, que notre Loire, qui est sage et majestueuse. Enfin nous sommes arrivés ici de bonne heure ; chacun tourne, chacun se rase, et moi j’écris romanesquement sur le bord de la rivière, où est située notre hôtellerie : c’est la Galère ; vous y avez été.

J’ai entendu mille rossignols ; j’ai pensé à ceux que vous entendez sur votre balcon. Je n’ose vous dire, ma fille, la tristesse que l’idée de votre délicate santé a jetée sur toutes mes pensées : vous le comprenez bien, et à quel point je souhaite que cette santé se rétablisse; si vous m’aimez, vous y mettrez vos soins et votre application, afin de me témoigner la véritable amitié que vous avez pour moi : cet endroit est une pierre de touche [4]. Bonsoir, ma très chère ; adieu jusqu’à demain à Tours.

Madame de Sévigné,
Lettre à Madame de Grignan.

 

1. Irritation, désagrément.
2. Petite pièce à l’écart, l’expression désigne ici l’intérieur du carrosse.
3. Plaque ou objet exprimant la gratitude dans une église ou chapelle en remerciement d’une grâce obtenue ; ici remerciement pour avoir survécu à un naufrage.
4. Votre attitude révélera vos sentiments.

 

Document 4

Nicole Aubert s’intéresse dans cet extrait aux échanges entre individus dans le milieu de l’entreprise.
 

D’une manière générale, l’e-mail est vu, tout comme le portable mais plus encore, comme contribuant à générer l’urgence et à « détemporaliser » la relation en instaurant une exigence d’immédiat. L’écart entre la demande effectuée et la réponse attendue ne fait presque plus partie des choses admissibles et on attend de cette dernière une promptitude égale à celle de l’envoi. Mais les dysfonctionnements induits par cette exigence sont nombreux. D’abord, la réponse dans l’immédiat est souvent inefficace : « On envoie un mail pour poser une question et on attend la réponse par retour d’e-mail, dans les minutes qui suivent. Avant, quand on demandait une réponse par retour du courrier, ça prenait trois jours, mais, maintenant, on s’impose de répondre tout de suite à une question et ça ne fait pas gagner de temps parce que deux jours après, il y a un nouvel élément qui fait que la réponse change et on va devoir donner trois réponses à trois jours d’intervalle, plutôt que d’attendre trois jours pour donner la vraie réponse. Donc, le mail est générateur d’urgences et surtout de fausses urgences. »

En fait, ce qui est en cause, c’est la gestion des e-mails. Celle-ci semble en effet souvent très anarchique et, par des comportements de surprotection et de sursécurisation, conduit à diluer l’information et à encombrer les messageries :
« Avant, témoigne un chef de service, quand on avait besoin de quelque chose, on allait voir la personne et on lui disait « écoute, j’ai besoin de tel truc ». Maintenant on le fait par mail et on met en copie cinquante types pour attester qu’on a demandé à Duchmoll de faire ci ou ça. C’est complètement pathologique et ça fait perdre du temps à tout le monde !». « On est submergé d’informations et de sollicitations, explique un cadre dirigeant, parce que les gens pensent qu’ils ont fait leur boulot en envoyant tout en copie et ça génère une inflation pas possible, c’est un bombardement permanent sur plein de choses différentes. Il y a des moments où vous voyez tous ces mails s’accumuler et c’est vraiment créateur d’angoisse, alors vous vous dites « je vais y répondre dans le même temps », donc vous répondez à trois e-mails, et puis vous avez le téléphone qui sonne, puis vous découvrez trois autres e-mails arrivés entre temps et vous avez l’impression d’être dans un jeu de ping-pong, dans lequel il y aurait quarante joueurs qui envoient tous des balles en même temps. C’est une accumulation de sollicitations qui crée un stress terrible.»

Nicole Aubert,
Le Culte de l’urgence (2003).


 

Premiers éléments d’analyse

                     

Très ancrée dans la problématique du programme¹, la synthèse proposée à cette session n’était pourtant pas évidente. D’une part, elle amenait les candidats à confronter objectivement des thèses opposées, ce qui est un exercice d’autant plus délicat que le thème « Paroles, échanges, conversations et révolution numérique », très proche du vécu quotidien des étudiant(e)s, constitue un champ épistémologique en construction, ne bénéficiant pas d’un large consensus conceptuel (en particulier pour ce qui touche au sujet très controversé du courrier électronique comme renaissance de la pratique épistolaire), et de suffisamment de distance pour en permettre toujours une juste formalisation.
La deuxième difficulté venait, plus encore que pour la session précédente, qu’il fallait dégager une problématique commune à partir de documents qui étaient d’époques et de champs disciplinaires différents : le contexte du courrier électronique amenant à la fois à se référer aux modèles accomplis de l’épistolaire comme la lettre de Madame de Sévigné, et à réfléchir sur des modalités totalement inédites de la communication, obligeant donc à  ordonner un parcours démonstratif se situant sur plusieurs niveaux.

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Le corpus tout d’abord amenait à voir combien le genre épistolaire a traversé les époques : de la lettre manuscrite de Madame de Sévigné (document 3) au courrier électronique analysé dans les autres textes, l’épistolaire semble avoir accompli sa révolution numérique. En outre, si les documents, pour la plupart destinés à un large public, ne présentaient pas de réelle difficulté de compréhension, encore fallait-il orienter la synthèse vers un questionnement qu’on pourrait résumer ainsi : dans quelle mesure le courrier électronique, qui relève de l’échange épistolaire, a-t-il bouleversé le lien social ?
Je commencerai cette brève présentation par le troisième texte, extrait d’une lettre de Madame de Sévigné à sa fille, la comtesse de Grignan. Le passage présenté était très accessible : l’énonciation tout comme le style —d’autant plus naturel et spontané qu’il relève d’une correspondance privée— pouvaient même faire penser à certains courriers électroniques. Cela dit, il ne vous a pas échappé que le document, de par sa nature intimiste et anecdotique, était parfois ardu à problématiser et à mettre en relation avec les autres textes.
De fait, quel lien peut-on établir entre une lettre de confidences, distante de quatre siècles, et trois documents contemporains centrés sur la communication médiatisée par ordinateur ? La réponse tenait dans la manière dont le courrier électronique, s’il s’inscrit d’une certaine façon dans un processus mimétique par rapport aux échanges manuscrits traditionnels, a néanmoins profondément renouvelé le genre épistolaire et plus largement nos pratiques relationnelles, que ce soit dans la sphère privée ou professionnelle, en mobilisant des pratiques et des technologies nouvelles.
C’est dans cette optique qu’on pouvait aborder le premier document, quelquefois difficile d’accès en raison du jargon technique utilisé (« synchronie », « grain fin ») ou de certains idiolectes anglais (« instant chat », « best effort ») qui alourdissaient plus qu’ils n’éclaircissaient les propos. Extrait d’un ouvrage à destination d’un public connaisseur, La Machine Internet, dont j’ai publié récemment¹ un passage proche de celui-ci, le texte présenté amenait Michel Béra et Eric Méchoulan à dénoncer la diabolisation dont Internet fait souvent l’objet à leurs yeux.
Le texte, publié en 1999, est donc le reflet d’une époque assez euphorique quant à la révolution numérique amenant les auteurs, à travers l’exemple du courrier électronique, à vanter sans réserve l’impact sociétal bénéfique qu’il peut avoir dans les pratiques quotidiennes de communication et d’échange. Selon eux, Internet annoncerait même la renaissance de la pratique épistolaire en remettant à l’honneur l’asynchronie. Certains étudiants ont peut-être buté sur le terme « asynchrone » qui désigne tout simplement une communication en différé (l’échange a lieu par réponses successives dans le temps : la temporalité épistolaire étant fondée sur un décalage).
Cette notion de décalage toutefois n’était absolument pas  du même ordre que les contraintes logistiques qu’évoque Madame de Sévigné, liées à la lenteur de la transmission.  À la différence du courrier papier qui met des jours à parvenir, le courrier électronique au contraire impose une nouvelle perception de l’espace et du temps qui conduit à repenser les conditions de l’accessibilité (interactivité et instantanéité).
En fait, et de façon moins perceptible parfois, tous les documents du corpus amenaient à considérer l’importance de ces facteurs d’accessibilité (visibilité, instantanéité, interactivité, références au cadre spatio-temporel, etc.) dans la socialité. À la différence du courrier traditionnel, Internet, en permettant une plus grande visibilité, reconfigure les relations humaines. Ainsi, dans le deuxième document, qui émanait d’une étude sociologique parue en 2010 (Les Liaisons numériques : vers une nouvelle sociabilité ?), Antonio Casilli, spécialiste en sociologie des réseaux, met justement en évidence les potentialités « socialisantes » des technologies numériques en montrant que cette démocratisation des usages informatiques, loin de modifier les relations sociales existantes (par exemple la communication en face à face) ajoute au contraire de nouvelles façons de communiquer et d’interagir avec les autres qui, affranchies des contraintes spatio-temporelles, ont toute leur légitimité.
Mais ces facilités communicationnelles ne vont pas sans risque : n’entraînent-elles pas une sorte de temporalité de l’immédiateté ? Telle est la thèse de la psychologue et sociologue Nicole Aubert (document 4) qui montre dans Le Culte de l’urgence combien l’accélération croissante des échanges avec Internet a bouleversé, parfois dramatiquement, les modèles existants de communication, au point de dénaturer la la qualité même des échanges. Pour survivre et s’adapter à la complexité grandissante de ces environnements en constante mutation, chacun est soumis au règne de l’épistolaire numérique.
En centrant sa réflexion sur les outils de communication dont se servent les entreprises et plus particulièrement sur l’inflation du volume des informations transmises, l’auteure montre combien, sous couvert de communication, cette visibilité permanente conduit autant à une inflation inopérante de la charge de travail qu’à un délitement du lien social : nous vivons dans l’obsession de la synchronicité, de l’urgence et du temps réel. Les propos de Nicole Aubert amenaient donc à une réflexion plus épistémologique quant à la façon dont le développement des nouveaux modes de communication a profondément dénaturé la sociabilité en substituant au contact personnel des pratiques professionnelles d’autoprotection et de déresponsabilisation.
Comme vous l’avez sans doute remarqué à la lecture du corpus, l’écrit n’est donc pas mort avec Internet, contrairement à de nombreux préjugés. Bien au contraire : il a explosé. Mais si ces multiples interactions sont pour certains auteurs très positives (doc. 1 et 2) dans la mesure où elles permettent de réinvestir et de renouveler des pratiques de sociabilité qu’on croyait perdues, cette inflation va de pair avec une hétérogénéité grandissante qui amène à un questionnement critique quant aux effets sociaux, culturels et cognitifs qui accompagnent la révolution numérique.
1. cf. la problématique rappelée dans les Instructions Officielles : « Les échanges de paroles tissent les liens dont tout individu a besoin pour trouver sa place dans le groupe, la communauté, la société. Comment les nouvelles modalités de ces échanges prolongent-elles ou, au contraire, bouleversent-elles notre façon de penser la construction de soi, les relations humaines, les interactions avec les autres et avec le monde ? »
2. Voir en particulier le document 2 du support de cours intitulé « Échanges, paroles et démocratie en ligne : les nouvelles formes de la citoyenneté sur Internet« .
© Bruno Rigolt, 14 mai 2013

Quelles que soient vos impressions par rapport au travail que vous avez effectué, ne vous découragez surtout pas et donnez le meilleur de vous-même jusqu’au bout !
Bon courage à toutes et à tous et bonne chance pour l’examen ! BR

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© Bruno Rigolt, EPC mai 2013__


Echanges et Paroles sur Internet : les formes de la démocratie en ligne

Support de cours et entraînement BTS
Thème : Paroles, échanges, conversations et révolution numérique

Échanges, paroles et démocratie en ligne :
Les nouvelles formes de la citoyenneté sur Internet

Problématique posée dans les Instructions Officielles et qui peut être utilisée comme un excellent entraînement à l’écriture personnelle : « Les nouveaux moyens de communication aident-ils à mieux exercer la citoyenneté ? »     

          Présentation de l’objet d’étude

          En redéfinissant la prise de parole publique ainsi que les processus d’échange et de partage qui structurent la citoyenneté, Internet a non seulement fait éclater le mythe de l’État-nation —et particulièrement l’homogénéité culturelle des sociétés nationales puisqu’il a élargi les frontières géographiques et sociales— mais il a par ailleurs entraîné de nouvelles formes d’être et de penser, de nouvelles expériences de communication et de sociabilité qui ont profondément transformé le statut de l’individu et déplacé les formes d’autorité.

          Comme le remarque par exemple très justement Fabien Benoit à propos des réseaux sociaux : « Facebook s’est installé au cœur de nos vies et est en train de les reconfigurer, de modifier nos habitudes en matière d’accès à l’information, de communication, d’amitié, d’amour, de rapport à la vie privée et même de politique. Il s’est immiscé, à pas feutrés, dans le concert des nations, dans le grand jeu mondial, et a donné naissance à une nouvelle citoyenneté » [Fabien Benoit, Facebook, 10/18. Coll. « Le monde expliqué aux vieux », 2013].

          La question du lien social est donc primordiale quand on aborde l’univers relationnel d’Internet : en tant que nouvel espace public privilégiant ce qu’on a appelé la « citoyenneté par le bas » [Catherine Neveu (dir.), Espace public et engagement politique ; enjeux et logiques de la citoyenneté locale, Paris L’Harmattan 1999], le web a en effet modifié considérablement l’apprentissage de l’altérité et de l’agir politique dans l’espace public, ainsi que les conditions d’exercice de la liberté d’expression, largement désacralisées par les technologies numériques.

          À ce titre, la tentation est grande d’assimiler l’interactivité que permettent les échanges sur Internet à la prise de parole des citoyens athéniens sur l’agora (place publique à Athènes). Mais cette nouvelle « Assemblée du peuple » que sont les réseaux sociaux n’a-t-elle pas également ses revers ? De fait, l’émergence d’une nouvelle dynamique sociale qui a largement modifié le rapport de la sphère privée à la sphère publique, préfigure à travers les échanges sur Internet le passage d’une citoyenneté du consensus à une citoyenneté plurielle, mouvante et instable.

          Cette prolifération de la parole tous azimuts oblige à repenser le statut de la citoyenneté dans un monde profondément déterritorialisé et reterritorialisé par Internet. Si la parole et les échanges dans l’Agora numérique peuvent ouvrir de nouvelles dimensions à la démocratie en favorisant le lien à autrui et au monde, il faut cependant reconnaître combien cette nouvelle citoyenneté médiatique, encore fragile et balbutiante, est liée, en ce début de vingt-et-unième siècle,  à une crise sans précédent de la signification identitaire et de la cohésion sociale.

          Dans un monde devenu à la fois tentaculaire mais conséquemment plus fragmenté et communautarisé, la réflexion sur les nouveaux moyens d’échange et de communication se conjugue donc avec la question de l’appartenance et de la quête identitaires qui est au cœur même des débats actuels sur la citoyenneté sociale. Tel est l’objet du corpus que je propose aujourd’hui aux étudiant(e)s et qui amène à se demander dans quelle mesure la parole sur Internet peut —ou non— favoriser l’apparition d’un nouveau cadre démocratique.

© Bruno Rigolt, mai 2013

  • Document 1. François Soulages, « L’ère d’Internet et l’émergence du citoyen »
    in Gilles Rouet (dir.), Usages politiques des nouveaux médias, L’Harmattan Paris 2012. Depuis la page 227 (« Grâce à l’agora, la démocratie reposait sur l’exercice du logos« ), jusqu’à la page 229 (« pour être une condition d’émergence de la démocratie »).

  • Document 2.  Michel Béra, Eric Méchoulan, La Machine Internet
    éd. Odile Jacob, Paris 1999. Depuis la page 55 (« Faire de l’Internet le havre inexpugnable de la liberté d’expression ») jusqu’à la page 57 (« d’une société démocratique sans limites spatiales et vivant en temps réel »).

  • Document 3. Patrice Flichy (*), Internet, un outil de la démocratie ? »
    La Vie des idées, 14 janvier 2008 (http://www.laviedesidees.fr/Internet-un-outil-de-la-democratie.html)
    (*) Patrice Flichy, professeur de sociologie à l’université de Paris Est, membre du Laboratoire Techniques Territoires et Société (LATTS)  s’est spécialisé dans la sociologie de l’innovation et la sociologie des techniques d’information et de communication.

Depuis qu’internet commence à se diffuser dans le grand public, une controverse réapparaît régulièrement : ce nouveau dispositif de communication favorise-t-il le débat démocratique ? Cette discussion a trouvé une nouvelle actualité avec l’apparition des blogs et plus largement des applications du web 2.0 qui permettent à l’internaute de s’exprimer encore plus facilement que précédemment. Internet, contrairement à la radio ou à la télévision, met en situation d’égalité l’émetteur et le récepteur, c’est donc, à première vue, l’outil idéal pour une démocratie participative où le citoyen pourrait intervenir très régulièrement dans le débat public. Je me propose dans ce papier d’examiner comment cette question a d’abord été abordée au démarrage de cette nouvelle technologie, puis dans la période actuelle. Internet reproduit-il la concentration des médias traditionnels ou permet-il à de nouveaux acteurs de prendre la parole ? Le nouvel univers électronique favorise-t-il la délibération démocratique ou une balkanisation des opinions publiques ? Enfin, internet est-il en symbiose avec de nouveaux modes d’engagement citoyen ? Quinze ans après le lancement de l’informatique de réseau dans le grand public, un tel bilan paraît nécessaire.

Agora électronique ou confusion

Au début des années 1990, internet est souvent présenté comme une nouvelle agora électronique [1]. Dans le premier livre qui va populariser cette nouvelle technologie [2], le journaliste Howard Rheingold compare longuement internet à l’espace public habermassien. Il y voit un dispositif capable de revitaliser la démocratie. Cette vision politique d’internet sera reprise par de nombreux auteurs et notamment par Al Gore, alors vice-président des Etats-Unis, lors d’un discours à l’Union Internationale des Télécommunications [3]. Elle constituera un des éléments forts d’attraction de cette nouvelle technique.

Mais rapidement des universitaires qui observent le comportement des communautés en ligne contestent cette perspective. Les forums sont souvent le siège de ces guerres d’injures (flame wars) où les internautes défendent violemment des opinions dont ils ne veulent plus démordre. Pour Mark Poster [4], les débats en ligne ne correspondent pas aux caractéristiques de l’espace public, à savoir un débat entre égaux où les arguments rationnels prévalent et où on cherche à élaborer une position commune. Internet ne répond qu’à la première caractéristique. Les internautes peuvent effectivement échanger sur un pied d’égalité. Par contre, l’échange argumenté est loin d’être toujours la règle. Le débat ne tend pas vers l’élaboration d’une position commune, mais plutôt vers une multiplication de points de vue contradictoires. Cet éclatement des opinions est encore renforcé par le fait que les identités des internautes sont floues et mobiles. Non seulement les interlocuteurs utilisent des pseudos et se créent une identité virtuelle, mais encore ils peuvent changer d’identité, en avoir plusieurs.

Cette coexistence des identités qui a été étudiée par Sherry Turkle [5] semble être une des causes majeures de cette difficulté des communautés en ligne à construire un point de vue commun. Dans la vie réelle, les différentes facettes d’un individu sont unifiées par leur inscription dans un même corps, dans les interactions en face à face, chaque interlocuteur ressent ainsi la complexité de l’autre et peut s’appuyer sur cette complexité pour trouver un accord. Les communautés virtuelles encouragent, au contraire, la multiplicité de points de vue rigides plutôt que la flexibilité [6].

Des communautés d’intérêt moins homogènes qu’on ne le croit

Ces travaux académiques issus principalement de la psychologie ou de la psycho-sociologie semblent disqualifier de façon définitive le débat public en ligne. Or la pratique des forums, des chats ou des listes de discussion constitue toujours une activité importante des internautes. Ceux-ci ne se rendent pas dans ces espaces virtuels uniquement pour le plaisir de s’injurier ou de simuler une autre identité ! Les communautés en ligne ont été caractérisées par les fondateurs d’internet comme des communautés d’ « intérêt commun » [7]. Il est ainsi plus facile que dans la vie réelle de trouver des individus qui puissent partager tel ou tel de nos intérêts. Cet échange ne concerne pas l’ensemble de la vie d’un individu, mais certains aspects de sa personnalité liés à un domaine des loisirs mais aussi à des aspects plus intimes : maladies, événements familiaux… L’échange sera intense mais limité à une facette de la personnalité. On peut alors parler d’ « intimité instrumentale ».

Notes

[1] Pour une analyse des utopies fondatrices d’internet, voir Patrice Flichy L’imaginaire d’Internet, La Découverte, Paris, 2001. Sur la démocratie électronique, voir le chapitre 7 ainsi que Thierry Vedel, « L’idée de démocratie électronique. Origines, visions, questions », in Pascal Perrineau (dir.) Le désenchantement démocratique, Editions de l’Aube, La Tour d’Aigues, 2003, pp. 243-266.
[2] Howard Rheingold, The Virtual Community. Homesteading on the Electronic Frontier, Harper Perennial, New York, 1994.
[3] Al Gore, Remarks at International Telecommunications Union, Buenos Aires, March 21, 1994, http://www.goelzer.net/telecom/al-gore.html
[4] Mark Poster, « Cyberdemocracy : The Internet and the Public Sphere », in David Holmes (ed), Virtual Politics, Identity and Community in Cyberspace, Sage, Londres, 1997, pp. 212- 228.
[5] Sherry Turkle, Life on the Screen, Touchstone, New York, 1997.
[6] On trouvera également des thèses voisines dans Beth Kolko et Elisabeth Reid, « Dissolution and Fragmentation : Problems in On-line Communities », in Steven Jones (ed), Cybersociety 2.0 Sage, Thousand Oaks, 1998, p. 212-229.
[7] Joseph Licklider and Robert Taylor, “The Computer as a Communication Device”, Science and Technology, April 1968, Reprinted in In Memoriam : J.C.R. Licklider 1915-1990, Digital Systems Research Center, Palo Alto, California, 1990 p. 38.

  • Document 4. Francis Jauréguiberry, Serge Proulx, Internet, nouvel espace citoyen ?
    Paris, L’Harmattan (coll. Logiques sociales) 2002. « Introduction ». Depuis la page 7 (« Le fait de qualifier d' »espace citoyen ») jusqu’à la page 9 (« d’un pouvoir de diffusion de leurs idées à une échelle globale »).

  • Documents complémentaires

– David Lacombled, Digital Citizen : Manifeste pour une citoyenneté numérique. Éd. Plon, Paris 2013. À partir de : « […] le web mondial est devenu le lieu« 

– Peter Dahlgren, Marc Relieu, « L’espace public et l’internet. Structure, espace et communication« 
in Réseaux, 2000, volume 18 n°100. p. 157-186. (pour télécharger l’article au format pdf, cliquez ici).

– Hubert Guillaud, « Réinventer la démocratie : Internet, nouvel espace démocratique ? »
in InternetActu.net (12 mai 2009)

– Morgane Gaulon-Brain, « Internet = démocratie ? »
in ZDNet.fr

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© Bruno Rigolt, EPC mai 2013__

 

Support de cours BTS… Le phénomène E-Sport : de la convivialité à la post-humanité…

Le phénomène E-Sport
Ou le sport « métaphore » : de la convivialité à la post-humanité

Comme nous l’avons vu tout au long de nos entraînements¹, le sport se confond avec l’histoire culturelle, l’histoire de la citoyenneté et des idéologies ; en ce sens, il est révélateur du social et fait désormais partie de la vie quotidienne, à travers toutes les couches de la société.

Il serait à ce titre intéressant d’étudier le sport dans une perspective évolutionniste depuis les Lumières par exemple : c’est ainsi qu’à mesure que la bourgeoisie s’élevait et que son pouvoir s’affermissait, l’image du sportif changeait ; le sportif idéal n’était plus princier mais bourgeois. De même le sport a été le reflet de la rationalisation bureaucratique : que l’on songe par exemple à l’URSS transformant le sportif en travailleur. Pareillement, les fascismes ont pris le sport comme référence en lui ajoutant l’exaltation démesurée du sentiment national, ou la valeur de la pureté et de la race. Plus près de nous, avec la crise de l’État providence, c’est l’idée du sportif managérial qui domine la société mondialisée. Enfin, avec la fin du modèle politique et la transformation sans précédent des sociétés occidentales, les sports virtuels² accompagnent la numérisation du monde. Dès lors, une question se pose : quelles sont les implications culturelles et sociales des sports virtuels ?

À n’en pas douter, le passage du sport réel —lieu de la réalité— au sport virtuel aura une portée considérable quant à « l’être ensemble » et au « vivre ensemble ». Souvent prescriptif, le sport réel semble en effet affaire de rationalité. Les sports virtuels en revanche se départissent de cette image tournée vers la performativité pour s’inscrire davantage dans un contexte convivial mettant en valeur le moi en relation avec les autres. Comme il a été justement remarqué, « les sports virtuels, tout en continuant à donner la sensation de pratiquer un sport et en provoquant un certain mouvement chez ceux qui les pratiquent, excluent les dynamiques qui caractérisent le paradigme sportif qui fonde son projet éducatif et sa table de valeurs avant tout sur la réalité de la compétition, c’est-à-dire sur des adversaires existant physiquement, ainsi que sur le respect concret des règles et sur l’actualité du contact physique qui, par ce biais, précisément, devient une opportunité éducative.  Le risque de la virtualité est qu’elle peut finir par constituer le pas en avant ultérieur sur le chemin progressif du dépouillement des valeurs […] »
(Aldo Aledda, « La primauté de l’éthique en sport, un chemin tourmenté », in The Primacy of Ethics. Also in sports ? (collectif). Franco Angeli Edizioni, Milan 2011. Page 144).

Les sports virtuels à l’heure de l’éthique du care : le retour de l’émotionnel

Faut-il pour autant craindre cette déréalisation ? La différence avec les anciens systèmes de valeur du sport est en effet frappante. Il n’est pas étonnant que les ports virtuels par exemple soient contemporains d’une crise du modèle occidental, qui est avant tout une crise de l’homme occidental : l’homo œconomicus, structuré seulement par l’intérêt et la maximisation des besoins. À cet égard, ce qu’on a appelé l’éthique du care³ (« caring attitude ») est caractéristique d’une féminisation de la société occidentale : en se départissant de plus en plus de l’arrogance machiste traditionnelle pour repenser le sens du lien social, la féminisation de la société, fortement ancrée dans l’affectivité et l’attention à autrui, a déplacé les frontières établies entre les sphères privée et publique : au modèle égocentrique de l’individualisme libéral tourné vers la performativité, domine un autre modèle apte à repenser la sociabilité : celui du moi en relation avec les autres. C’est ainsi qu’on peut affirmer par exemple que la console Wii, en tant qu’espace de rencontre et de partage, s’inscrit dans une nouvelle anthropologie qui combine la performativité et la relationalité.

Les sports virtuels, reflet de la cyberculture

Le sport virtuel constitue donc une nouvelle modalité de la tradition sportive : en réinvestissant la pratique du jeu et du rituel et en tissant différemment le lien culturel, il est moins un sport au sens traditionnel du terme qu’une pratique de communication interactive. Les publicités pour la console Wii sont à ce titre très illustratives d’un tel changement : en cherchant à promouvoir d’autres logiques portant à un plus haut degré les théories du contrat social, les sports virtuels remettent en cause les fondements du libéralisme occidental construit à partir du dix-huitième siècle sur des logiques de cloisonnement et de discrimination, pour créer un espace environnant qui prend forme dans l’interaction sociale (sans doute aurez-vous noté l’aspect très « chorégraphique » de la publicité pour la Wii, qui met en avant la corporéité relationnelle).

Ce retour de l’émotionnel et du sensible va à l’encontre de l’instrumental qui a été le fondement de l’économie capitaliste. Ainsi, la Wii réintroduit le ludique mais aussi le communautaire, le métissage et le tribal. Comme le note très justement Emmanuelle Jacques, « la console de jeu Wii, comme la Xbox 360 Kinect et la PlayStation Move, bouleversent les modalités d’interaction des objets informatiques que nous utilisons. Dans nos salons s’installe une console de jeux qui connecte une petite barre de caméras infrarouges à un accéléromètre pour venir capter le corps en mouvement. Le canapé est poussé et l’agencement des meubles modifié, le temps d’un moment entre amis. Avec ces interfaces tangibles apparaît donc le « toucher » dans l’interaction homme-ordinateur et le plaisir de jouer ensemble »
Emmanuelle Jacques, « Le plaisir de jouer ensemble. Facilitation technique, expression du corps et convivialité » in Virtu@lité et Sport. Écrans multiples, vidéo et cybersport (28e Université Sportive d’été. Aix-en-Provence, 2010). Page 81.

Les sports virtuels en ce sens constituent un excellent reflet de la cyberculture, qui est avant tout une culture en réseau, apte à transformer l’espace et l’environnement traditionnels. À l’opposé des modèles de représentation dominants, les cybersports ont donc profondément modifié le cadre socio-culturel du sport.

Le sportif virtuel ou l’homme démiurge…

Ces mutations de plus en plus complexes vont certainement produire d’autres environnements, remettant en cause l’idée même de l’espace et du corps comme lieu maîtrisable, totalisable, bref comme lieu statique, comme lieu d’appartenance. On ne saurait en effet penser les sports virtuels comme une simple simulation du sport, mais comme un substitut qui attache au corps une définition beaucoup plus dynamique et mouvante. Ainsi que le notait avec une grande finesse Roberto Dodiato, « […] le corps virtuel accomplit un pas de plus, qui dans ses conséquences extrêmes, l’apparente à une mimesis non imitative ». (Roberto Dodiato, Esthétique du virtuel, traduit de l’italien par Hélène Goussebayle. Librairie Philosophique Vrin « Matière Étrangère »). Affranchi des contraintes physiques et investi par des millions de gens interconnectés dans un espace où la téléprésence remplace la présence, le corps virtuel offre un champ de pratiques sportives certes plus ouvert, plus participatif que dans les sports classiques, mais également plus complexe à circonscrire dans la mesure où il déplace l’attention sur le concept d’espace-temps virtuel et d’identité hybride.  

Sans être technophobe, il est certain que derrière une indéniable convivialité, les sports virtuels soustraient le corps à l’espace réel pour l’installer dans un univers projectif, qui fait échapper l’homme à la précarité de sa condition. Univers qui contribue à un retour au narcissisme dans lequel les limites du corps et de l’espace sont abolies. Gérard Dubey souligne à ce titre combien, « à travers les mondes virtuels qu’il côtoie et manipule, l’homme moderne se sent à l’abri de la mort et des assauts du temps. Il se sent et se perçoit invulnérable » (Le Lien social à l’ère du virtuel, PUF, Paris 2001. Page 135).

C’est dans ce contexte de postmodernité qu’il est donc intéressant de situer les sports virtuels, qui répondent d’abord et surtout à une quête identitaire, une quête de représentation parfaite de soi-même grâce à l’affinement des moyens techniques. Au fond, ce qui a changé, ce n’est pas intrinsèquement le sport mais l’environnement, de plus en plus surmédiatisé et technologisé. Un exemple me semble très caractéristique de cette évolution : c’est la publicité pour Red Bull. Flattant l’ego du spectateur qui devient presque démiurge, à l’écart des réalités externes, elle le présente comme un sportif surhomme maîtrisant le monde.

C’est ainsi que la réflexion sur les sports virtuels amène à une réflexion essentielle sur l’idée de progrès ou sur la notion d’utopie. Comme le rappellent les Instructions Officielles, « les débats actuels sur le sport offrent un reflet de nos espoirs et de nos peurs quant à l’avenir de notre société ». Dans les sports virtuels par exemple, l’identification à un avatar peut s’interpréter, dans une perspective eschatologique, comme une façon de se réinventer grâce à l’informatique. Cette mise en suspens du principe de réalité est très caractéristique de la cyberculture contemporaine, partagée entre l’intime et l’impersonnel, entre la survalorisation du corps, son immatérialité (le cybercorps du cybersportif) et sa finitude (le corps « réel », biologique), forcément décevante et anachronique au regard des nouvelles technologies.

Conclusion

Ainsi, les sports virtuels, prisonniers d’un certain darwinisme  social, apparaissent comme le rêve sécularisé de  l’homme créé à l’image de Dieu. Cette fusion entre eugénisme high-tech et postmodernité amène évidemment à une nécessaire réflexion éthique et morale. Même s’ils se réclament toujours de l’esprit sportif, les sports virtuels renvoient malgré eux à un monde au-delà du monde, à un homme au-delà de l’homme

© Bruno Rigolt, avril 2013
Espace Pédagogique Contributif / Lycée en Forêt (Montargis, France)


Documents d’accompagnement

  • Corinne Plantin, Américanisation culturelle, les cultures urbaines états-uniennes dans l’agglomération foyalaise (*) : exemples du hip-hop, du body system et de la glisse urbaine (1999-2002). Éditions Publibook Université (« Sciences Humaines et Sociales), 2011.
    Depuis : « La machinisation n’engendre-t-elle pas une artificialisation des efforts physiques et créatifs ? » (page 140) jusqu’à : « Ainsi les pratiquants se spécialisent également. » (page 141).

    (*) Foyalais(e) :  qui se rapporte à la commune de Fort-de-France.

  • Collectif (Alain Berthoz, Jean-François Caron, Marie-Florence Grenier-Loustalot, Charles-Yannick Guezennec, Pierre Letellier, Claude Lory, Denis Masseglia, Nicolas Puget, Isabelle Queval, Yves Rémond, Fabien Roland, Jean-François Toussaint et Jean-Luc Veuthey), La Chimie et le sport, EDP Sciences 2011. Pages 82-83.

  • Laurent Grelot, « La nécessaire prise en compte du développement durable dans le sport » in Le Modèle sportif français. Bilans et perspectives (collectif sous la direction de Sandra Montchaud et Pierre dantin), Lavoisier, Paris 2008.
    Depuis la page 310 (« Avec les technologies de l’information et de la communication » jusqu’à la page 312 (« En somme, le sport ne s’appartient plus »).


NOTES

1. Entraînements et supports de cours mis en ligne :

Vous trouverez ci-dessous plusieurs entraînements inédits sur le thème du sport(synthèse + écriture personnelle) :
  • Les valeurs du Sport : Excellence ou Sacralisation ? [Coubertin, INA, Caillat, Brohm] : Sujet + Corrigé
  • Sport et Droits de l’Homme [Bolotny, R. Yade, B. Laporte, Amnesty International, Lemieux, Collectif pour le Boycott des JO de Pékin 2008] : Sujet
  • Sport et discriminations de genre [Collectif, SOS Homophobie, Bodin, Robène, Héas, Mennesson, Kay, Jeanes + nombreux documents complémentaires] : Sujet
  • Sport et accomplissement [Lancelotti, Montherlant, Bollon, Andrieu] : Sujet
  • L’Art et le sport [Bégaudeau, De La Porte, Gaucher, Bellows, Boutrin] : Sujet
  • Sports de masse et Surmédiatisation [Thibon, Giono, Brohm, Couture] : Sujet + Corrigé
  • Le sport, reflet du capitalisme ? [Bodin, Sempé, Fatien, Fontanel, Joffard] Support de cours+ Sujet d’entraînement

2. « Le virtuel peut se définir comme « l’ensemble des technologies visant à construire des mondes virtuels et à y interfacer un être humain en lui procurant l’impression qu’il y perçoit et agit de manière naturelle » (Denis Berthier, Méditations sur le réel et le virtuel, L’Harmattan, Paris 2004, page 111).

3. Voir à ce sujet le remarquable ouvrage de Fabienne Brugère : L’Éthique du care, PUF « Que sais-je », Paris 2011.

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© Bruno Rigolt, EPC avril 2013__

Classe de Première S4… George Sand Lecture analytique de la « Lettre six »

George Sand Lettres à Marcie,
« Lettre six », 27 mars 1837

J’informe les étudiant(e)s de Première S4 que la lecture analytique du passage présenté à l’oral de l’EAF vient d’être mise en ligne. Elle est consultable sur le Cahier de texte de la classe ou en cliquant ici.

Bon courage à toutes et à tous pour les oraux blancs. Rappel du déroulement de l’épreuve (exposé + entretien) en cliquant ici.


Classe de Première S4… George Sand Lecture analytique de la "Lettre six"

George Sand Lettres à Marcie,
« Lettre six », 27 mars 1837

J’informe les étudiant(e)s de Première S4 que la lecture analytique du passage présenté à l’oral de l’EAF vient d’être mise en ligne. Elle est consultable sur le Cahier de texte de la classe ou en cliquant ici.

Bon courage à toutes et à tous pour les oraux blancs. Rappel du déroulement de l’épreuve (exposé + entretien) en cliquant ici.


Entraînement BTS L’Art et le Sport

L’Art et le Sport

Présentation

L’entraînement que je propose aujourd’hui aux étudiant(e)s porte sur la dynamique existant entre l’art et le sport. Si cette relation peut sembler de prime abord peu évidente, elle est néanmoins essentielle : comme l’art, le sport est un fait social majeur qui participe à la mise en place de signes identitaires forts. Il répond en effet aux conventions sociales de la fête, du spectaculaire, mais aussi à la valorisation de la corporalité (individuelle et collective), à l’esthétique du mouvement, du geste, de l’effort (pensez au fameux Discobole de Myron, archétype de l’athlète idéal), voire à une sorte de mystique du dépassement dont on ne saurait nier les fondements moralisants : « dévoiler l’âme sous les artifices du corps¹ » (voir à ce sujet l’entraînement que j’ai consacré au thème : « Sport et accomplissement : De l’exploit à la quête de soi« ).

Comme le remarque avec une grande pertinence Pierre Chazaud², « il devient indispensable de s’interroger précisément sur le rôle d’une esthétique du Sport, au moment même où des artistes, de plus en plus nombreux, utilisent la thématique sportive dans leur œuvre et dans la mesure où certaines institutions fédérales adoptent désormais le support de l’art pour valoriser leur discipline. l’Art peut-il se révéler porteur et créateur de valeurs pour le Sport ? Et de quelles valeurs ? Le Sport peut-il produire une esthétique et laquelle ? Est-elle spécifique ou, au contraire, se rattache-t-elle à une esthétique plus générale du jeu et de la fête ? Quels sont les mythes fondateurs de l’humanité qui pourraient être remis en œuvre voire même réactualisés dans une représentation artistique du Sport ? »

De façon plus critique, et que nous n’aborderons pas dans ce corpus, l’analogie entre l’art et le sport invite aussi à une réflexion sur leur démocratisation, particulièrement sensible depuis les Trente Glorieuses. À la sérialisation de l’œuvre d’art, rabaissée à n’être qu’un bien de consommation répond le gigantisme, la rentabilité, la marchandisation du sport ( voir ce support de cours : « Le sport, reflet du capitalisme ?« ). L’hypertrophisation du simulacre lors de certains rassemblements sportifs par exemple est tout à fait illustrative du culte de la performativité technique qui accompagne de nos jours le développement de l’art virtuel.

Dans une perspective évolutionniste par exemple, on pourrait affirmer que les sports virtuels (qui voient l’émergence d’une nouvelle corporalité, mettant en scène un sportif dématérialisé, dé-substantialisé, privé de sa réalité) accompagnent la numérisation de l’art : dans les deux cas, l’activité de l’homme semble subordonnée à celle de la machine. Devenu « profane », le sport a perdu sa dimension élitaire et sacrée, festive, humaniste et démiurgique, à laquelle se réfère encore le coubertinisme olympien ( voir cet entraînement BTS : Sport et sacralisation). Dans ce processus de sécularisation où se mêlent à la fois l’attraction du corps et son abstraction, le sport amène donc à un questionnement fondamental sur notre modernité…

Bruno Rigolt

NOTES
1. Laurent Baridon, Martial Guédron, Corps et Arts. Physionomies et physiologies dans les arts visuels, L’Harmattan Paris 1999 ‘Histoire des sciences humaines », Introduction page 11.
2. Pierre Chazaud est maître de conférences à l’Université Lyon I UFR-APS. Je vous recommande fortement la lecture de son article : « L’expression artistique du sport comme contribution à une anthropologie culturelle« ).

À lire aussi la présentation de cet ouvrage : L’Art et le sport : actes du XIIe colloque international du Comité européen pour l’histoire du sport, Lorient, 2007 (Editeur :  Atlantica, Biarritz ; Musée national du sport, Paris).

Le sport a de tout temps revendiqué, à moins qu’on ne les lui ait prêtées, des qualités physiques et morales. Nombre de valeurs véhiculées sont probablement inhérentes à la pratique sportive, mais certaines sont construites, notamment par les règles, qui encadrent ou entravent les évolutions des corps – le vecteur premier où s’inscrit l’identité de chacun -, mais probablement aussi par la manière dont on les représente. Comment les peint-on, les sculpte-t-on, les photographie-t-on, les dessine-t-on, les filme-t-on… ? Comment les exerce-t-on, ou plutôt même, comment les danse-t-on ? Comment en parle-t-on, enfin, ou plutôt même encore, les chantons-nous ?
On s’intéresse ici à la dialectique entre le sport et l’art, au sens de « sport(s) dans les arts », où « arts » est à prendre dans son acception la plus large – qu’est-ce que ces formes artistiques nous disent du sport et que veulent-elles nous en dire ; qu’est-ce qui est « réalité », qu’est-ce qui est « construction », qu’est-ce qui est « médiation » ? – mais aussi au sens de « sport(s) en tant qu’art » : art de la guerre ou art martial certes, mais d’abord et avant tout au sens de forme d’expression corporelle, car tout sport est construction artistique, en rapport dialectique avec ses représentations.


Sport et Art
Entraînement BTS

Corpus

  • Document 1. François Bégaudeau, Xavier De La Porte, Le Sport par les gestes, 2007
  • Document 2. Julie Gaucher, L’Écriture de la sportive : identité du personnage littéraire chez Paul Morand et Henry de Montherlant, 2005
  • Document 3. George Bellows, Rencontre de boxe chez Sharkey, 1909.
  • Document 4. Louis Boutrin, Le Sport à la Martinique : approches historique et organisationnelle, enjeux. 1997.

Sujet

  • Vous ferez des documents suivants, une synthèse concise, objective et ordonnée.

Écriture personnelle

  • Dans quelle mesure selon vous « l’Art peut-il se révéler porteur et créateur de valeurs pour le Sport ? » (J’emprunte l’expression à Pierre Chazaud, op.cit.)

Niveau de difficulté : *** (difficile)

Voir aussi cet autre entraînement : « Sport et accomplissement : De l’exploit à la quête de soi« 

 

Document 1. François Bégaudeau, Xavier De La Porte, Le Sport par les gestes, éd. Calmann-Lévy, Paris 2007. « Introduction« .

       

Document 2. Julie Gaucher, L’Écriture de la sportive : identité du personnage littéraire chez Paul Morand et Henry de Montherlant, L’Harmattan Paris 2005. Coll. « Espaces et Temps du sport ». Depuis la page 22 (« L’écriture du sport, une écriture du corps ») jusqu’à la page 25 (« Il s’agirait de dire plus vite et plus succinctement une vérité d’ordre physiologique, anatomique et biomécanique ».

          

Document 3. George Bellows, Rencontre de boxe chez Sharkey (Stag at Sharkey’s), 1909. Cleveland (États-Unis), Museum of Art.
George Bellows (1882-1925) est un peintre réaliste américain, très célèbre pour ses représentations de combats de boxe d’une rare intensité.

          

Document 4. Louis Boutrin, Le Sport à la Martinique : approches historique et organisationnelle, enjeux. L’Harmattan, Paris 1997. Depuis la page 124 (« Le sportif que l’on compare à un artiste, réalise l’œuvre sous nos yeux ») jusqu’à la page 125 (« Ce Beau-là, c’est lui qui restera immortalisé dans nos mémoires. »).


Vous trouverez ci-dessous plusieurs entraînements inédits sur le thème du sport(synthèse + écriture personnelle) :
  • Les valeurs du Sport : Excellence ou Sacralisation ? [Coubertin, INA, Caillat, Brohm] : Sujet + Corrigé
  • Sport et Droits de l’Homme [Bolotny, R. Yade, B. Laporte, Amnesty International, Lemieux, Collectif pour le Boycott des JO de Pékin 2008] : Sujet
  • Sport et discriminations de genre [Collectif, SOS Homophobie, Bodin, Robène, Héas, Mennesson, Kay, Jeanes + nombreux documents complémentaires] : Sujet
  • Sport et accomplissement [Lancelotti, Montherlant, Bollon, Andrieu] : Sujet
  • L’Art et le sport [Bégaudeau, De La Porte, Gaucher, Bellows, Boutrin] : Sujet
  • Sports de masse et Surmédiatisation [Thibon, Giono, Brohm, Couture] : Sujet + Corrigé
  • Le sport, reflet du capitalisme ? [Bodin, Sempé, Fatien, Fontanel, Joffard] Support de cours + Sujet d’entraînement
  • Le phénomène E-Sport : de la convivialité à la post-humanité… Support de cours + documents d’accompagnement