BTS 2013 Premiers éléments d’analyse

 

BTS 2013, épreuve de Culture Générale et Expression
Sujet + premiers éléments d’analyse

Voici pour l’exercice de synthèse de l’épreuve de Culture Générale et Expression à la session 2013 du BTS mes premiers éléments d’analyse, avant la publication d’un corrigé dans les prochains jours. 

Ces premiers éléments d’analyse sont consultables à la suite du sujet.

          

Rappel du sujet

PREMIÈRE PARTIE : SYNTHÈSE (40 points). Vous rédigerez une synthèse concise, objective et ordonnée des documents suivants :

  • Document 1 : Michel Béra et Eric Mechoulan, La Machine Internet, 1999
  • Document 2 : Antonio A. Casilli, Les Liaisons numériques, 2010
  • Document 3 : Madame de Sévigné, Lettre à Madame de Grignan, jeudi 9 mai 1680
  • Document 4 : Nicole Aubert, Le Culte de l’urgence, 2003

DEUXIÈME PARTIE : ÉCRITURE PERSONNELLE (20 points).

Selon vous, le développement de nouveaux modes de communication améliore-t-il notre dialogue avec autrui ?

Corpus de documents

 

Document 1

Comme l’ancien courrier sur papier, le courrier électronique est poli et respectueux. Il ne nous sonne pas comme pour appeler des gens de maison, ce dont se plaignaient amèrement les premiers utilisateurs bourgeois du téléphone à la fin du XIXe siècle. Nous allons le relever quand bon nous semble. Ce n’est pas un moindre privilège.

La présentation du courrier est d’ailleurs l’occasion de remarquer que l’Internet n’assure pas la synchronisation de l’humanité. Contrairement aux arguments de vente pour le grand public, la vertu économique du réseau n’est pas dans la mise en relation de tous les individus connectés en temps réel, c’est-à-dire en même temps. Au contraire, il n’y a pas plus respectueux des fuseaux horaires que l’Internet, lui qui n’a pas la grossièreté du téléphone réveillant le correspondant endormi aux antipodes ; il sait se libérer de la synchronie.

Synchrone, j’impose à mon interlocuteur la concomitance [1] dans l’échange : rendez-vous téléphonique, mais aussi papotage instantané (instant chat) sur l’Internet, il faut être deux au même moment pour se parler. La technique a rendu possible ce miracle depuis l’ère du téléphone et nous a appris à trouver inadmissible la lenteur des réponses que nous voulons à nos questions. La télévision en direct, grâce au satellite, a ajouté à ces habitudes. L’Internet représente une pierre supplémentaire à l’édifice de la communication bâti au nom de l’efficacité, en faisant mieux que le temps réel, en inventant l’asynchronie.

Asynchrone, je laisse le temps à autrui de s’organiser pour traiter ou non l’information dont il peut se rendre maître. Privilège du courrier postal, privilège surtout du courrier électronique qui permet enfin l’apprivoisement de l’asynchronie « à grain fin », pour utiliser un jargon technique, en d’autres termes le recours au décalage le plus minime possible pour un coût dérisoire. [ … ]

Enfin, le courrier [2] instaure de fait dans la nouvelle correspondance un style libre qui tranche, surtout en pays latin, avec les formules rigoureuses qu’impose la rédaction du courrier, déjà malmenée par la télécopie. Cette simplification des contacts humains joue en faveur de ceux qui ne maîtrisent pas les usages, contre les garants d’un ordre social passé. Le courrier électronique est à cet égard vraiment démocratique, même si certains ne manquent pas de prendre ce mot en mauvaise part lorsqu’il fait disparaître les petits riens qui distinguent les hommes bien élevés.

L’informatique apporte en sus une garantie d’intégrité, comme pour tuer les moyens de communication antérieurs. Le message n’arrive pas déformé au bout du combiné comme la voix de l’interlocuteur qui s’égosillait aux antipodes, avant l’arrivée du son numérique, ou dans la boîte aux lettres comme la missive détrempée, piétinée et déchirée. Le courrier électronique parvient intact – lorsqu’il parvient, ce qui arrive presque toujours mais pas systématiquement, l’Internet assurant ce qu’on appelle un best effort, mais pas un succès à 100%. Comme la lettre ou l’appel téléphonique, il peut ne pas aboutir, mais, à moins d’être l’objet de manipulations désobligeantes de la part d’informaticiens spécialisés dans la nuisance, il ne saurait subir de détérioration.

Le courrier électronique, ainsi plébiscité par les utilisateurs, devrait permettre de recréer une socialité perdue avec l’ère industrielle des cités où les hommes s’ignorent. Mieux, il annonce le vrai retour de l’écrit, après la domination presque exclusive du téléphone dans la communication privée. Débarrassé des formes protocolaires de la correspondance épistolaire dans les pays qui y attachaient encore un certain prix, il s’assimile à un dialogue verbal transcrit, devient pour certains une nouvelle oralité par sténographie interposée. Pas de phrases, pas de formules, pas de style, pas de calligraphie, juste quelques mots, bref l’information épurée de toutes ses scories, l’information pure.

Michel Béra et Eric Mechoulan,
La Machine Internet (1999)

1. La simultanéité.
2. Le terme est ici employé au sens de courrier électronique.

 

Document 2

Pour évaluer les conséquences du Web sur le lien social, il ne suffit pas d’examiner les pratiques individuelles. Ce sont les interactions mêmes qu’il convient de prendre en compte. Pour pouvoir les analyser, il faut se demander quelles sont la nature et la qualité de l’information que les internautes échangent en ligne – et avec qui. L’étude de Kraut1insistait sur le fait que le Web favorise les échanges avec des personnes géographiquement éloignées et, de ce fait, des relations peu significatives. Or, l’on découvre que souvent, parmi ces personnes éloignées, il y a des membres de la famille de nos usagers, ou leurs amis de longue date. Mais aussi que ces contacts sociaux s’avèrent être cruciaux pour des recherches d’aide, d’avis ou pour des prises de décision importantes. Quoique lointains, ces individus restent fortement reliés aux usagers. C’est « la force des liens Internet », selon le titre d’un rapport de la fondation PEW paru en janvier 2006. Selon les auteurs, plus de 60 millions d’Américains se sont tournés vers Internet durant la première moitié des années 2000 pour prendre des décisions cruciales pour le cours de leur vie – et ces décisions s’appuient sur le contact avec les membres de leur cercle social élargi. Par courrier électronique ou par messagerie instantanée, les internautes se concertent constamment avec leurs proches (ou leurs moins proches) avant de prendre des décisions quant à l’achat d’une maison ou au meilleur traitement pour une maladie. Mais ils peuvent très bien se limiter à échanger des renseignements banals et quotidiens, portant aussi bien sur leur intention de changer de boulanger que sur le dernier commérage du bureau. Ce mélange de banalité et de sérieux est un autre signe de la solidité et de la constance des liens numériques.

Si l’effet socialisant des technologies informatiques a été sous-estimé, c’est à cause de l’opinion erronée que le Web remplace la communication en face à face. Les communications numériques devraient être mises sur le même plan que les appels téléphoniques ou les lettres – des techniques qui, depuis longtemps, articulent et complètent la communication en face à face. On s’en sert pour prendre un rendez-vous, annoncer une nouvelle, envoyer un mot gentil pour témoigner d’un sentiment. Ces techniques de communication, tout comme les communications en ligne actuelles (courrier électronique, messagerie instantanée, forums de discussion, etc.), n’ont pas remplacé les rencontres directes. Elles s’y ajoutent plutôt, en augmentant le volume total des contacts. Ce qui est conforté par le fait que les utilisateurs intensifs d’Internet se servent tout aussi fréquemment de téléphones ou d’autres formes de contact personnel que les non-utilisateurs.

Antonio A. Casilli,
Les Liaisons numériques (2010)

 

1. L’auteur fait ici référence à un article de Robert Kraut (professeur américain de sociologie sociale) intitulé « Le paradoxe d’Internet : une technologie sociale qui réduit la participation sociale et le bien-être psychologique ».

 

Document 3

 Madame de Sévigné entretient avec sa fille, Madame de Grignan, une correspondance intense depuis le mariage et l’éloignement géographique de cette dernière. Madame de Sévigné écrit cette lettre alors qu’elle voyage en France.

 

À Blois, jeudi 9 mai 1680

Je veux vous écrire tous les soirs, ma chère enfant; rien ne me peut contenter que cet amusement. Je tourne, je marche, je veux reprendre mon livre; j’ai beau tourner une affaire, je m’ennuie, et c’est mon écritoire qu’il me faut. Il faut que je vous parle, et qu’encore que cette lettre ne parte ni aujourd’hui, ni demain, je vous rende compte tous les soirs de ma journée.

Mon fils est parti cette nuit d’Orléans par la diligence, qui part tous les jours à trois heures du matin, et arrive le soir à Paris ; cela fait un peu de chagrin [1] à la poste. Voilà les nouvelles de la route, en attendant celles de Danemark. Nous sommes montés dans le bateau à six heures par le plus beau temps du monde ; j’y ai fait mettre le corps de mon grand carrosse, d’une manière que le soleil n’a point entrée dedans : nous avons baissé les glaces ; l’ouverture du devant fait un tableau merveilleux ; celle des portières et des petits côtés nous donne tous les points de vue qu’on peut imaginer. Nous ne sommes que l’abbé et moi dans ce joli cabinet [2], sur de bons coussins, bien à l’air, bien à notre aise. [ … ]

Nous passons tous les ponts avec un plaisir qui nous les fait souhaiter : il n’y a pas beaucoup d’ex voto [3] pour les naufrages de la Loire, non plus que pour la Durance : il y aurait plus de raison de craindre cette dernière, qui est folle, que notre Loire, qui est sage et majestueuse. Enfin nous sommes arrivés ici de bonne heure ; chacun tourne, chacun se rase, et moi j’écris romanesquement sur le bord de la rivière, où est située notre hôtellerie : c’est la Galère ; vous y avez été.

J’ai entendu mille rossignols ; j’ai pensé à ceux que vous entendez sur votre balcon. Je n’ose vous dire, ma fille, la tristesse que l’idée de votre délicate santé a jetée sur toutes mes pensées : vous le comprenez bien, et à quel point je souhaite que cette santé se rétablisse; si vous m’aimez, vous y mettrez vos soins et votre application, afin de me témoigner la véritable amitié que vous avez pour moi : cet endroit est une pierre de touche [4]. Bonsoir, ma très chère ; adieu jusqu’à demain à Tours.

Madame de Sévigné,
Lettre à Madame de Grignan.

 

1. Irritation, désagrément.
2. Petite pièce à l’écart, l’expression désigne ici l’intérieur du carrosse.
3. Plaque ou objet exprimant la gratitude dans une église ou chapelle en remerciement d’une grâce obtenue ; ici remerciement pour avoir survécu à un naufrage.
4. Votre attitude révélera vos sentiments.

 

Document 4

Nicole Aubert s’intéresse dans cet extrait aux échanges entre individus dans le milieu de l’entreprise.

 

D’une manière générale, l’e-mail est vu, tout comme le portable mais plus encore, comme contribuant à générer l’urgence et à « détemporaliser » la relation en instaurant une exigence d’immédiat. L’écart entre la demande effectuée et la réponse attendue ne fait presque plus partie des choses admissibles et on attend de cette dernière une promptitude égale à celle de l’envoi. Mais les dysfonctionnements induits par cette exigence sont nombreux. D’abord, la réponse dans l’immédiat est souvent inefficace : « On envoie un mail pour poser une question et on attend la réponse par retour d’e-mail, dans les minutes qui suivent. Avant, quand on demandait une réponse par retour du courrier, ça prenait trois jours, mais, maintenant, on s’impose de répondre tout de suite à une question et ça ne fait pas gagner de temps parce que deux jours après, il y a un nouvel élément qui fait que la réponse change et on va devoir donner trois réponses à trois jours d’intervalle, plutôt que d’attendre trois jours pour donner la vraie réponse. Donc, le mail est générateur d’urgences et surtout de fausses urgences. »

En fait, ce qui est en cause, c’est la gestion des e-mails. Celle-ci semble en effet souvent très anarchique et, par des comportements de surprotection et de sursécurisation, conduit à diluer l’information et à encombrer les messageries :
« Avant, témoigne un chef de service, quand on avait besoin de quelque chose, on allait voir la personne et on lui disait « écoute, j’ai besoin de tel truc ». Maintenant on le fait par mail et on met en copie cinquante types pour attester qu’on a demandé à Duchmoll de faire ci ou ça. C’est complètement pathologique et ça fait perdre du temps à tout le monde !». « On est submergé d’informations et de sollicitations, explique un cadre dirigeant, parce que les gens pensent qu’ils ont fait leur boulot en envoyant tout en copie et ça génère une inflation pas possible, c’est un bombardement permanent sur plein de choses différentes. Il y a des moments où vous voyez tous ces mails s’accumuler et c’est vraiment créateur d’angoisse, alors vous vous dites « je vais y répondre dans le même temps », donc vous répondez à trois e-mails, et puis vous avez le téléphone qui sonne, puis vous découvrez trois autres e-mails arrivés entre temps et vous avez l’impression d’être dans un jeu de ping-pong, dans lequel il y aurait quarante joueurs qui envoient tous des balles en même temps. C’est une accumulation de sollicitations qui crée un stress terrible.»

Nicole Aubert,
Le Culte de l’urgence (2003).

 

Premiers éléments d’analyse

                     

Très ancrée dans la problématique du programme¹, la synthèse proposée à cette session n’était pourtant pas évidente. D’une part, elle amenait les candidats à confronter objectivement des thèses opposées, ce qui est un exercice d’autant plus délicat que le thème « Paroles, échanges, conversations et révolution numérique », très proche du vécu quotidien des étudiant(e)s, constitue un champ épistémologique en construction, ne bénéficiant pas d’un large consensus conceptuel (en particulier pour ce qui touche au sujet très controversé du courrier électronique comme renaissance de la pratique épistolaire), et de suffisamment de distance pour en permettre toujours une juste formalisation.

La deuxième difficulté venait, plus encore que pour la session précédente, qu’il fallait dégager une problématique commune à partir de documents qui étaient d’époques et de champs disciplinaires différents : le contexte du courrier électronique amenant à la fois à se référer aux modèles accomplis de l’épistolaire comme la lettre de Madame de Sévigné, et à réfléchir sur des modalités totalement inédites de la communication, obligeant donc à  ordonner un parcours démonstratif se situant sur plusieurs niveaux.

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Le corpus tout d’abord amenait à voir combien le genre épistolaire a traversé les époques : de la lettre manuscrite de Madame de Sévigné (document 3) au courrier électronique analysé dans les autres textes, l’épistolaire semble avoir accompli sa révolution numérique. En outre, si les documents, pour la plupart destinés à un large public, ne présentaient pas de réelle difficulté de compréhension, encore fallait-il orienter la synthèse vers un questionnement qu’on pourrait résumer ainsi : dans quelle mesure le courrier électronique, qui relève de l’échange épistolaire, a-t-il bouleversé le lien social ?

Je commencerai cette brève présentation par le troisième texte, extrait d’une lettre de Madame de Sévigné à sa fille, la comtesse de Grignan. Le passage présenté était très accessible : l’énonciation tout comme le style —d’autant plus naturel et spontané qu’il relève d’une correspondance privée— pouvaient même faire penser à certains courriers électroniques. Cela dit, il ne vous a pas échappé que le document, de par sa nature intimiste et anecdotique, était parfois ardu à problématiser et à mettre en relation avec les autres textes.

De fait, quel lien peut-on établir entre une lettre de confidences, distante de quatre siècles, et trois documents contemporains centrés sur la communication médiatisée par ordinateur ? La réponse tenait dans la manière dont le courrier électronique, s’il s’inscrit d’une certaine façon dans un processus mimétique par rapport aux échanges manuscrits traditionnels, a néanmoins profondément renouvelé le genre épistolaire et plus largement nos pratiques relationnelles, que ce soit dans la sphère privée ou professionnelle, en mobilisant des pratiques et des technologies nouvelles.

C’est dans cette optique qu’on pouvait aborder le premier document, quelquefois difficile d’accès en raison du jargon technique utilisé (« synchronie », « grain fin ») ou de certains idiolectes anglais (« instant chat », « best effort ») qui alourdissaient plus qu’ils n’éclaircissaient les propos. Extrait d’un ouvrage à destination d’un public connaisseur, La Machine Internet, dont j’ai publié récemment¹ un passage proche de celui-ci, le texte présenté amenait Michel Béra et Eric Méchoulan à dénoncer la diabolisation dont Internet fait souvent l’objet à leurs yeux.

Le texte, publié en 1999, est donc le reflet d’une époque assez euphorique quant à la révolution numérique amenant les auteurs, à travers l’exemple du courrier électronique, à vanter sans réserve l’impact sociétal bénéfique qu’il peut avoir dans les pratiques quotidiennes de communication et d’échange. Selon eux, Internet annoncerait même la renaissance de la pratique épistolaire en remettant à l’honneur l’asynchronie. Certains étudiants ont peut-être buté sur le terme « asynchrone » qui désigne tout simplement une communication en différé (l’échange a lieu par réponses successives dans le temps : la temporalité épistolaire étant fondée sur un décalage).

Cette notion de décalage toutefois n’était absolument pas  du même ordre que les contraintes logistiques qu’évoque Madame de Sévigné, liées à la lenteur de la transmission.  À la différence du courrier papier qui met des jours à parvenir, le courrier électronique au contraire impose une nouvelle perception de l’espace et du temps qui conduit à repenser les conditions de l’accessibilité (interactivité et instantanéité).

En fait, et de façon moins perceptible parfois, tous les documents du corpus amenaient à considérer l’importance de ces facteurs d’accessibilité (visibilité, instantanéité, interactivité, références au cadre spatio-temporel, etc.) dans la socialité. À la différence du courrier traditionnel, Internet, en permettant une plus grande visibilité, reconfigure les relations humaines. Ainsi, dans le deuxième document, qui émanait d’une étude sociologique parue en 2010 (Les Liaisons numériques : vers une nouvelle sociabilité ?), Antonio Casilli, spécialiste en sociologie des réseaux, met justement en évidence les potentialités « socialisantes » des technologies numériques en montrant que cette démocratisation des usages informatiques, loin de modifier les relations sociales existantes (par exemple la communication en face à face) ajoute au contraire de nouvelles façons de communiquer et d’interagir avec les autres qui, affranchies des contraintes spatio-temporelles, ont toute leur légitimité.

Mais ces facilités communicationnelles ne vont pas sans risque : n’entraînent-elles pas une sorte de temporalité de l’immédiateté ? Telle est la thèse de la psychologue et sociologue Nicole Aubert (document 4) qui montre dans Le Culte de l’urgence combien l’accélération croissante des échanges avec Internet a bouleversé, parfois dramatiquement, les modèles existants de communication, au point de dénaturer la la qualité même des échanges. Pour survivre et s’adapter à la complexité grandissante de ces environnements en constante mutation, chacun est soumis au règne de l’épistolaire numérique.

En centrant sa réflexion sur les outils de communication dont se servent les entreprises et plus particulièrement sur l’inflation du volume des informations transmises, l’auteure montre combien, sous couvert de communication, cette visibilité permanente conduit autant à une inflation inopérante de la charge de travail qu’à un délitement du lien social : nous vivons dans l’obsession de la synchronicité, de l’urgence et du temps réel. Les propos de Nicole Aubert amenaient donc à une réflexion plus épistémologique quant à la façon dont le développement des nouveaux modes de communication a profondément dénaturé la sociabilité en substituant au contact personnel des pratiques professionnelles d’autoprotection et de déresponsabilisation.

Comme vous l’avez sans doute remarqué à la lecture du corpus, l’écrit n’est donc pas mort avec Internet, contrairement à de nombreux préjugés. Bien au contraire : il a explosé. Mais si ces multiples interactions sont pour certains auteurs très positives (doc. 1 et 2) dans la mesure où elles permettent de réinvestir et de renouveler des pratiques de sociabilité qu’on croyait perdues, cette inflation va de pair avec une hétérogénéité grandissante qui amène à un questionnement critique quant aux effets sociaux, culturels et cognitifs qui accompagnent la révolution numérique.

1. cf. la problématique rappelée dans les Instructions Officielles : « Les échanges de paroles tissent les liens dont tout individu a besoin pour trouver sa place dans le groupe, la communauté, la société. Comment les nouvelles modalités de ces échanges prolongent-elles ou, au contraire, bouleversent-elles notre façon de penser la construction de soi, les relations humaines, les interactions avec les autres et avec le monde ? »

2. Voir en particulier le document 2 du support de cours intitulé « Échanges, paroles et démocratie en ligne : les nouvelles formes de la citoyenneté sur Internet« .

© Bruno Rigolt, 14 mai 2013

Quelles que soient vos impressions par rapport au travail que vous avez effectué, ne vous découragez surtout pas et donnez le meilleur de vous-même jusqu’au bout !
Bon courage à toutes et à tous et bonne chance pour l’examen ! BR

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© Bruno Rigolt, EPC mai 2013__


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Bruno Rigolt Docteur ès Lettres et Sciences Humaines, Prix de Thèse de la Chancellerie des Universités de Paris. Diplômé d'Etudes approfondies en Littérature française et en Sociologie ; Maître de Sciences Politiques ; Professeur de Lettres Modernes et de Culture générale au Lycée en Forêt (Montargis, France).