« Dis-moi un Po-Aime »… Aujourd’hui la contribution de Camille V.

ImpressionLa classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques…
Bonne lecture !

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Hier, jeudi 20 février, la contribution de Slimane
Aujourd’hui, vendredi 21 février, la contribution de Camille
La mise en ligne de l’exposition reprendra le 15 mars (vacances scolaires, conseils de classe et examens blancs).

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« Voyage mélancolique »

par Camille V.
Classe de Première S2

 

Le vent, la tempête et l’orage
Secouent vivement le feuillage
De l’arbre ; déchaînent le ciel,
Attristent la mer.

Le Monde en voyage
Sur son vaisseau délabré,
Lutte désespérément contre la volonté
Des éléments. Il ne peut compter
Sur l’aide d’un équipage. Il est seul
Sur ce bateau qu’on appelle la Vie.
Seulement guidé par la faible lueur du phare
Il part, sans savoir où il va.

L’horizon n’est plus très loin.
L’infini est à ses pieds,
Il avance sans se retourner
Jusqu’au bout de l’univers.

Turner_Fort_Vimieux« Le Monde en voyage sur son vaisseau délabré… »

William Turner
« Fort Vimieux » (détail) c. 1831
Coll. privée

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Le point de vue de l’auteure…

Ce poème s’inscrit dans la sensibilité romantique. Dès la première strophe, le lexique tourmenté (« vent », « tempête », « orage », « secouent », « déchaînent », « attristent »), s’il évoque le thème de la nature, la décrit plus encore selon une esthétique du chaos qui n’est pas sans évoquer le pathétique propre à l’esthétique romantique. Mais cette volonté de rupture est tout autant un détour dans l’imaginaire qu’une réponse au vide existentiel du monde moderne. Voici pourquoi le thème du voyage, très apparent dans ce texte, peut se lire d’abord comme une invitation à méditer.

Tels les passagers d’un vaisseau à la dérive, nous sommes tous embarqués dans le « bateau ivre » de l’Histoire. En outre, on peut constater une grande symétrie des strophes qui a son importance sur le plan interprétatif. Entre les deux quatrains du début et de la fin du poème prend place un huitain qui inscrit en effet le texte dans une profonde symbolique : comme un navire sans équipage, notre monde « en voyage / Sur son vaisseau délabré / lutte désespérément » pour échapper au cauchemar d’une humanité entraînée dans le maelström de ses propres inventions.

Le dernier quatrain est comme l’aboutissement du voyage : les termes utilisés (« horizon », « ‘infini », « avance », « bout de l’univers ») connotent une sorte de mal du siècle, comme le pressentiment d’un effondrement, d’un naufrage. Comme je le dis aux vers 11 et 12, « Seulement guidé par la faible lueur du phare, [le monde] part, sans savoir où il va ».  Sur un plan plus symbolique, j’ai voulu amener à une réflexion sur le sens même de l’Histoire : où allons-nous ? Le « flambeau de notre vérité » doit-il se réduire à n’être que la « faible lueur » d’un phare ? 

À ce titre, les allitération en |f| et en |r| (« phare », « faible », « faiblement », « lueur », « part », « savoir ») produisent un effet de saturation sonore recherché, comme pour appuyer l’image de la solitude et de la détresse du poète, qui se retrouve « seul » (v.9) dans la nuit du monde, « seul sur ce bateau qu’on appelle la Vie ». De façon très allégorique,  le titre, de par ses connotations spleenétiques, ainsi que que l’image du « monde en voyage » (v.5) qui « avance sans se retourner/Jusqu’au bout de l’univers » (v.15-16) traduisent la longue dérive de la pensée vers l’angoisse nihiliste du monde moderne.

© Camille V., classe de Première S2 (promotion 2013-2014), février 2014.
Lycée en Forêt/Espace Pédagogique Contributif

« Dis-moi un Po-Aime »… Aujourd’hui la contribution de Slimane

ImpressionLa classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques…
Bonne lecture !

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Hier, mercredi 19 février : Charlotte L. et Clémentine L.
Aujourd’hui, jeudi 20 février, la contribution de Slimane
Demain, vendredi 21 février : Camille V.

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« Le Royaume »

par Slimane H.-M.
Classe de Première S2

 

La nature sous l’œil de l’astre confus,
Sème de ses mains innocentes la poussière des dieux ;
Le temps s’écoule et passent les saisons
Sur les cheveux d’écume marine.
Enfin, la semence finit par ériger un monde solitaire.

D’une voix solennelle pareille à l’appel
Précédant le départ du navire
Ainsi va le vent emportant avec lui
La lumière d’argent afin d’annoncer
L’arrivée du royaume de l’aube…

Pierre Puvis de Chavannes_Jeunes_filles_au_bord_de_la_mer_1879_détail« Le temps s’écoule et les saisons passent,
Sur les cheveux d’écume marine »

Pierre Puvis de Chavannes
« Jeunes filles au bord de la mer » (détail) c. 1879
Paris, Musée d’Orsay

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Le point de vue de l’auteur…

L’inspiration de ce poème ne m’est pas venue spontanément. Au commencement de cet atelier d’écriture, alors que je découvrais les pratiques littéraires du Surréalisme, j’ai essayé de soustraire mon inspiration à tout contrôle exercé par la pensée et le langage rationnels : ayant noté sur une feuille plusieurs mot au hasard, et sans trop penser à leur sens ou à leur esthétique, je me suis essayé à les mettre en commun selon des associations métaphoriques spontanées. Aussitôt des jeux d’images ont surgi, générant des associations d’idées insoupçonnées.

Mais très vite, je me suis rendu compte que je ne pouvais pas me contenter de ce seul aspect ludique. Après avoir, par la suite, repris ce premier jet, je me suis rendu compte que dans tous les mots que j’avais écrits, le thème du temps ressortait. J’ai don travaillé cet aspect en centrant mon inspiration sur les thèmes du voyage et du spirituel, si importants dans la poésie symboliste. C’est ainsi que j’ai cherché dans mon poème à formuler les liens secrets qui unissent l’Être à la pensée, la nature à l’idée. Cette recherche de « l’esprit pur » et d’une « conception pure » de la poésie peut se lire dans le titre : « Le Royaume » ou dans certaines métaphores comme lorsque j’évoque la « poussière des dieux ».

Ce poème parle en effet de la création d’un monde propre à chacun où nous aimons nous réfugier. Pour atteindre ce monde il faut voyager. Mais ce voyage ne saurait être matériel : il s’agit d’abord et surtout d’un voyage spirituel :

Le temps s’écoule et passent les saisons
Sur les cheveux d’écume marine.

L’idée de représenter allégoriquement la mer (« les cheveux d’écume marine »), m’a amené à tisser un réseau de significations symboliques, qui ajoute à l’univers des choses visibles une métaphysique de l’invisible et de l’ailleurs : ainsi « l’appel/Précédant le départ du navire » invite le lecteur au voyage et à une méditation sur le temps. « L’arrivée du royaume de l’aube » à la fin du texte accentue cette thématique.

Comme le lecteur l’aura pressenti, dans ce poème, j’interprète en réalité la naissance du monde, et plus particulièrement de quelle manière il apparaît en chacun de nous. L’image de « la semence [qui] finit par ériger un monde solitaire » signifie métaphoriquement que la poésie est un refuge qui sert à ériger le « Royaume » du Verbe et de la quête. Mais cette recherche se construit le plus souvent naturellement, c’est pour cela que je fais référence à la nature dans le texte.

Écrire la « La nature », c’est écrire sous le regard d’une personne chère à notre cœur et qui nous influence : comme le soleil qui n’agit pas directement dans la croissance d’une plante mais sans qui elle ne pourrait plus pousser, l’amour d’un être cher fait croître le poème. Comme le suggère le titre choisi par notre professeur pour cette exposition, « écrire un poème, c’est en effet écrire un po-aime », c’est-à-dire ouvrir spirituellement son cœur grâce à l’amour d’une personne qui nous est chère, et sans qui nous ne pourrions grandir. 

Ce monde que nous nous bâtissons met du temps à naître : il ne naît pas en un jour et enfin quand il est édifié nous renaissons d’une certaine manière sous un nouveau jour, nous sommes une autre personne aux pensées différentes, tant il est vrai que connaître, c’est naître de nouveau… Ainsi, dans les deux dernier vers du texte, après la création de ce royaume solitaire la nuit fait place au jour, qui est comme une renaissance « pareille à l’appel/Précédant le départ du navire […] afin d’annoncer/L’arrivée du royaume de l’aube »…

© Slimane H.-M., classe de Première S2 (promotion 2013-2014), février 2014.
Lycée en Forêt/Espace Pédagogique Contributif

« Dis-moi un Po-Aime »… Aujourd’hui la contribution de Charlotte et Clémentine

ImpressionLa classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques…
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Hier, mardi 18 février : Manon B.
Aujourd’hui, mercredi 19 février, la contribution de Charlotte et Clémentine
Demain, jeudi 20 février : Slimane

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« L’isula di Capezza »

par Charlotte L. et Clémentine L.
Classe de Première S2

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Écoute ces vagues sacrées,
Architectes de ce royaume de plaisance,
L’émergence d’un îlot dans cette immensité cobalt.
Sens ce doux parfum amené par un audacieux mistral,
Le maquis règne sur cette terre nacrée.

Rochers, fondateurs de ce rêve à distance, où la mer est actrice,
Par la chaleur et le vent naît une nuit orageuse.
Lorsque les vagues, ivres et frémissantes,
Au Cap en face de l’île de Capense,
S’abandonnent sur la jetée.

Par chance, un message de la Méditerranée.
Cette île, mon amie, une utopie !
Noyée de tendresse et de chaleur,
Régnant aux côtés d’Elbe et de Capraia :
On te surnomme l’Île de Beauté.

Isula di Capezza_2012_Copyright_Bruno_Rigolt« L’émergence d’un îlot dans cette immensité cobalt…. »

Îlot de Capense (Isula di Capezza), Corse
Crédit image : Copyright © 2012 Bruno Rigolt

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Le point de vue des auteures…

Pour créer ce poème, nous nous sommes tout d’abord inspirées d’éléments autobiographiques : la Corse est pour nous synonyme de joie, de partage et de sérénité. C’est ainsi que nous nous retrouvons chaque année dans un hameau du Cap Corse créé par nos ancêtres et dominant la mer : Canelle. De là, on peut apercevoir, situé à quelques deux cents mètres de la côte, l’Îlot de Capense, lieu sauvage auquel nous avons voulu rendre hommage. C’est aussi un lieu qui nous est cher, un lieu de mémoire, de tradition et de souvenirs depuis des générations dans notre famille. 

Par ailleurs, ce poème est empreint d’un certain imaginaire romantique : la Corse, c’est tout autant un voyage vers l’ailleurs qu’une quête identitaire, sensorielle et émotive. C’est la raison pour laquelle nous avons choisi de mettre le titre en langue corse : l’Isula di Capezza. Mais cette revendication linguistique était aussi pour nous l’occasion d’affirmer l’un des aspects les plus importants de notre poésie : aller en Corse, c’est en quelque sorte faire un voyage réel et spirituel. 

Dans la première strophe par exemple, les impératifs « Écoute » (v.1) et « Sens » (v.4) invitent le lecteur à se plonger dans un univers différent : celui du voyage et de la quête. Ils expriment la fonction expressive, le lyrisme, mais également la fonction impressive : ces deux verbes font ainsi appel aux sens, aux sensations du lecteur, qui doit ressentir ce départ vers un autre monde, vers « cette immensité cobalt » (v.3), cette « terre nacrée » (v.5)… Ce détachement symbolise la fuite de la société vers un idéal qui est l’ailleurs.

Dans la deuxième strophe, l’évocation de la mer Méditerranée, « ce rêve à distance » (v.6) dont les « vagues ivres et frémissantes » (v.8) sont le miroir sublimant, connote le dépaysement ainsi qu’un sentiment de liberté spirituelle. Le thème du voyage est accentué par le terme « maquis » (v.5) propre aux montagnes de l’île, et qui possède une connotation particulière. Le lecteur aura sans doute repéré dans les quatre premiers vers de cette deuxième strophe les rimes féminines afin de créer, par cet effet d’allongement de la mesure, une dimension sublime et onirique.

Plus on avance dans le poème, et plus les éléments symboliques tendent à s’élargir en une vision plus englobante : l’envie d’ailleurs et la quête spirituelle impliquent à ce titre une fuite de la société vers un ailleurs méditerranéen dont la Corse est comme l’allégorie. La fin du poème révèle ainsi l’identité méditerranéenne de la Corse « aux côtés d’Elbe et de Capraia » (v.14). Enfin, la référence à « l’Île de Beauté » dans le dernier vers peut se lire comme une invitation à ouvrir la porte de la mer, du soleil et du voyage vers « cette immensité cobalt »…

© Charlotte L. et Clémentine L., classe de Première S2 (promotion 2013-2014), février 2014.
Lycée en Forêt/Espace Pédagogique Contributif

« Dis-moi un Po-Aime »… Aujourd’hui la contribution d’Alexia

ImpressionLa classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques…
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Hier, lundi 17 février : Manon B.
Aujourd’hui, mardi 18 février, la contribution d’Alexia
Demain, mercredi 19 février : Charlotte L. et Clémentine L.

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« Énigmatique forêt »

par Alexia D.
Classe de Première S2

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Dans cette riche verdure,
Où l’oiseau chante une chanson de feuillages
Où les corbeaux se moquent ;
Où les écureuils grimpent en silence
Au toit du ciel, où les feuilles dansent
Où chante le vent…

Dans cette ample forêt recouverte
D’un manteau de branches mortes,
À travers cette sombre clarté,
Toutes les créatures défilent
Des plus sensibles aux plus meurtrières
Certains mystères restent inachevés…

Henri Rousseau_Cheval attaqué par un jaguar Henri Rousseau
“Cheval attaqué par un jaguar » (1910)
Moscou, Musée d’État des Beaux-Arts Pouchkine. © Archives Larbor

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Le point de vue de l’auteure…

J’ai rédigé ce poème pour le concours « Écriture en Forêt » dont la première édition a été lancée cette année au Lycée. C’est un poème en prose et en vers libres structuré autour de deux sizains. Sur le plan formel, toute la première strophe est structurée autour des tournures anaphoriques afin de mettre l’accent sur  la diversité de la vie végétale et animale vivant dans la forêt :

Où l’oiseau chante une chanson de feuillages
Où les corbeaux se moquent;
Où les écureuils grimpent en silence
Au toit du ciel

J’ai privilégié également certaines figures d’opposition comme l’oxymore (« sombre clarté » en hommage à Corneille) afin d’insister sur le caractère énigmatique, étrange et mystérieux de la forêt. Par ailleurs, les personnifications (« Où les feuilles dansent/Où chante le vent) accentuent la dimension proprement anthropomorphique de la forêt, si importante à mes yeux. Enfin, les enjambements m’ont paru exprimer et symboliser toute la dynamique fusionnelle des écosystèmes forestiers.

De fait, la forêt n’est jamais tout à fait la même : lorsque l’on se promène en forêt par exemple, les animaux restent souvent cachés. On peut parfois les entendre sans les voir : la forêt nécessite donc un déchiffrement. Elle ne se donne pas à voir ; il faut savoir en interpréter la vie cachée, les mystères et les imprévus. La forêt vit et évolue, au fil des saisons, des mois, des années, et au fil des instants les plus infimes qu’il faut apprendre à saisir…

Des premières fleurs du printemps aux couleurs de l’automne, de cet oiseau qui chante à ce chevreuil qui bondit à travers l’étroit chemin, des parfums d’après la pluie au vent qui fait trembler les feuilles, chaque sortie en forêt apporte son lot de sensations, de découvertes et de mystère ; car la forêt ne se découvre jamais complètement : protectrice, familière, mystérieuse ou angoissante, elle laisse rarement indifférent. Elle nous renvoie des images contrastées, à la mesure de la richesse qui lui est associée dans la symbolique et l’imaginaire collectif : silencieuse, secrète, sombre, telle est sa lumière… 

© Alexia D., classe de Première S2 (promotion 2013-2014), février 2014.
Lycée en Forêt/Espace Pédagogique Contributif

« Dis-moi un Po-Aime »… Aujourd’hui la contribution d'Alexia

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Hier, lundi 17 février : Manon B.
Aujourd’hui, mardi 18 février, la contribution d’Alexia
Demain, mercredi 19 février : Charlotte L. et Clémentine L.

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« Énigmatique forêt »

par Alexia D.
Classe de Première S2

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Dans cette riche verdure,
Où l’oiseau chante une chanson de feuillages
Où les corbeaux se moquent ;
Où les écureuils grimpent en silence
Au toit du ciel, où les feuilles dansent
Où chante le vent…

Dans cette ample forêt recouverte
D’un manteau de branches mortes,
À travers cette sombre clarté,
Toutes les créatures défilent
Des plus sensibles aux plus meurtrières
Certains mystères restent inachevés…

Henri Rousseau_Cheval attaqué par un jaguar Henri Rousseau
“Cheval attaqué par un jaguar » (1910)
Moscou, Musée d’État des Beaux-Arts Pouchkine. © Archives Larbor

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Le point de vue de l’auteure…

J’ai rédigé ce poème pour le concours « Écriture en Forêt » dont la première édition a été lancée cette année au Lycée. C’est un poème en prose et en vers libres structuré autour de deux sizains. Sur le plan formel, toute la première strophe est structurée autour des tournures anaphoriques afin de mettre l’accent sur  la diversité de la vie végétale et animale vivant dans la forêt :

Où l’oiseau chante une chanson de feuillages
Où les corbeaux se moquent;
Où les écureuils grimpent en silence
Au toit du ciel

J’ai privilégié également certaines figures d’opposition comme l’oxymore (« sombre clarté » en hommage à Corneille) afin d’insister sur le caractère énigmatique, étrange et mystérieux de la forêt. Par ailleurs, les personnifications (« Où les feuilles dansent/Où chante le vent) accentuent la dimension proprement anthropomorphique de la forêt, si importante à mes yeux. Enfin, les enjambements m’ont paru exprimer et symboliser toute la dynamique fusionnelle des écosystèmes forestiers.

De fait, la forêt n’est jamais tout à fait la même : lorsque l’on se promène en forêt par exemple, les animaux restent souvent cachés. On peut parfois les entendre sans les voir : la forêt nécessite donc un déchiffrement. Elle ne se donne pas à voir ; il faut savoir en interpréter la vie cachée, les mystères et les imprévus. La forêt vit et évolue, au fil des saisons, des mois, des années, et au fil des instants les plus infimes qu’il faut apprendre à saisir…

Des premières fleurs du printemps aux couleurs de l’automne, de cet oiseau qui chante à ce chevreuil qui bondit à travers l’étroit chemin, des parfums d’après la pluie au vent qui fait trembler les feuilles, chaque sortie en forêt apporte son lot de sensations, de découvertes et de mystère ; car la forêt ne se découvre jamais complètement : protectrice, familière, mystérieuse ou angoissante, elle laisse rarement indifférent. Elle nous renvoie des images contrastées, à la mesure de la richesse qui lui est associée dans la symbolique et l’imaginaire collectif : silencieuse, secrète, sombre, telle est sa lumière… 

© Alexia D., classe de Première S2 (promotion 2013-2014), février 2014.
Lycée en Forêt/Espace Pédagogique Contributif

« Dis-moi un Po-Aime »… Aujourd’hui la contribution de Manon

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Hier, dimanche 16 février : Oscar P.
Aujourd’hui, lundi 17 février, la contribution de Manon
Demain, mardi 18 février : Alexia D.

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« Peine naturelle »

par Manon B.
Classe de Première S2

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Une tempête de déboires assombrissant mon âme
Comme une douleur qui sève dans mon cœur,
Elle s’attache et se loge,
Fait son nid au creux de mon corps.

C’est une épine écorchant les sentiments
Qui tourmente ma nature, sauvagement.
Ses pétales sont lourds de peines
Et meurtrissent avec haine,
L’écorce de mes émotions.

Alors j’essaye de démêler ce buisson d’angoisses,
Cette sylve qui m’étouffe, débordant d’amertume
Apprendre à refaire surface,
Après avoir été noyée dans l’écume
À faire refleurir la joie,
Apaiser les cascades de larmes salées
Pour alléger la peine
Que cette entaille a causée.

À l’orée de cette renaissance,
L’espoir bourgeonne à nouveau, et mes sens,
Ont oublié ces bourrasques de violence.
Après l’hiver vient le printemps,
Tout s’effacera avec le temps.

Braque_Braque-Le-Parc-de-Carrières-Saint-Denis-1909-1910  Georges Braque
“Le parc de Carrières-Saint-Denis » (1909-1910)
© Musée Thyssen-Bornemisza, Madrid © Museo Thyssen-Bornemisza © Adagp, Paris 2013

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Le point de vue de l’auteure…

J’ai rédigé ce poème pour le concours « Écriture en Forêt » dont la première édition a été lancée cette année au Lycée. Il faut tout d’abord savoir que mon inspiration ne partait pas dans cette direction au départ : je voulais parler des risques futurs pour la planète, de l’impact de l’homme sur la nature et de tout ce qui touche à l’environnement. Puis je me suis dit que ce thème serait sûrement beaucoup traité et qu’il fallait aborder différemment la thématique proposée. J’ai donc décidé d’évoquer la forêt, en tant qu’elle représente pour moi la quintessence même de la condition humaine.

N’est-elle pas renaissance, renouveau ? Et n’incarne-t-elle pas le cycle infini ordonné par les saisons, qui fait toute la diversité et le changement des paysages naturels ? De fait, tout le poème est basé sur le rythme des jours et des saisons, sur le flux perpétuel des cycles, qu’ils soient naturels, ou émotifs, dans lesquels la notion du temps est si importante. J’ai ainsi voulu assimiler la forêt à quelque chose que les hommes pouvaient ressentir au plus profond d’eux-mêmes : une expérience personnelle qui pourrait rendre mon poème plus profond et plus vrai.

Pour cela, j’ai recherché dans le vaste champ lexical de la nature, quels termes pouvaient être employés pour parler de la forêt tout en instruisant des sentiments humains. Voilà comment j’ai voulu insérer le thème de la forêt, de la nature, dans mon poème. Je me suis également dit qu’il fallait une évolution tout au long de l’écriture : ainsi, le début du poème (plus précisément les deux première strophes), que j’assimilerais à la saison hivernale, est basé sur l’introspection d’une solitude assumée, la sensation parfois violente et douloureuse que l’on ressent à l’intérieur de soi :

Comme une douleur qui sève dans mon cœur,
Elle s’attache et se loge,
Fait son nid au creux de mon corps.

C’est une épine écorchant les sentiments

J’ai voulu, par la force des images (l’allégorie de l’épine « écorchant les sentiments » par exemple) permettre ainsi un passage de la fiction onirique au dévoilement poétique, et inviter le lecteur à un déchiffrement symbolique. Voici pourquoi la suite du poème débouche sur la volonté de repartir, de « refleurir », comme cette renaissance de la nature, qui symbolise l’espoir retrouvé, les malheurs oubliés, l’envie de « vivre » à nouveau et d’aller de l’avant. La fin du poème représenterait donc symboliquement, à travers le printemps, saison où la nature revit, où les fleurs éclatent, où la forêt redevient chaleureuse, l’espoir d’un recommencement.

Le lecteur l’aura compris : évoquer ces cycles naturels, c’est pour moi évoquer les « saisons de l’Homme », c’est-à-dire le destin de l’Homme en tant que dépassement du désespoir et de la finitude. Même si cela n’est pas très explicite à la lecture, ce poème montre aussi l’importance de se retrouver après avoir « souffert » et de continuer à vivre avec joie malgré les peines endurées :

Après l’hiver vient le printemps,
Tout s’effacera avec le temps…

© Manon B., classe de Première S2 (promotion 2013-2014), février 2014.
Lycée en Forêt/Espace Pédagogique Contributif

« Dis-moi un Po-Aime »… Aujourd’hui la contribution d’Oscar

ImpressionLa classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques…
Bonne lecture !

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Hier, samedi 15 février : Sybille M.
Aujourd’hui, dimanche 16 février, la contribution d’Oscar
Demain, lundi 17 février : Manon B.

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« D’ailleurs »

par Oscar P.
Classe de Première S2

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D’ailleurs est le vivant qui éblouit demain,
Petite, introuvable est cette lumière sans pardon.
Le temps n’est qu’une sensation étroite
Où les courtes souffrances ne sont jamais mauvaises.

Futur, tue le Passé qui détruit le Présent !
Il me tient et m’empêche d’avancer,
Moi terrien, je ne peux m’envoler
Et quand Futur viendra je ne le voudrai plus.

Je suis l’ami de tous et l’ami de personne.
Je ne l’aime plus mais je crois en l’Homme.
Je vois en lui ce qu’il ne voit pas chez moi,
Si je ne suis plus là, c’est que je crois en moi.

epc-friedrich-le-voyageur-au-dessus-dune-mer-de-nuages.1284145196.jpg
 Caspar David Friedrich (1774-1840)
“Le voyageur contemplant une mer de nuages”, 1818
(Hambourg, Kunsthalle)

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Le point de vue de l’auteur…

L’écriture de ce poème m’a été profondément inspirée par le lyrisme des Romantiques dont la poésie est d’abord une libre expression de la sensibilité. De fait, si l’émotion est un état d’âme, alors l’expression des sentiments personnels du poète doit traduire cet  état d’âme. C’est ainsi qu’en rédigeant cet épanchement, j’ai moi-même ressenti cette envie de se confier, dont parle si bien Lamartine dans la préface de ses Méditations poétiques. Se confier, c’est-à-dire se révéler au lecteur, et ainsi rendre ses pensées transparentes.

Au niveau des modalités d’énonciation, l’utilisation de la première personne s’est donc imposée spontanément lors de l’écriture : elle m’a permis, en exprimant ma sensibilité et ma subjectivité la plus profonde, de mettre en valeur mes sentiments, mes ressentis par l’expression du « moi ». Cependant, cette poésie de l’expression des sentiments personnels va au-delà de la simple confidence pour exprimer ma propre condition. Comme Victor Hugo dans la préface des Contemplations, j’aurais pu dire : « Hélas ! quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le sentez-vous pas ? Ah ! insensé, qui crois que je ne suis pas toi ! ».

Tout comme l’auteur de « Fonction du Poète», si je crois en l’Homme, c’est en l’humanité de l’Homme. En revanche, j’éprouve un indicible sentiment de solitude par rapport à la société. Certes, je n’ai pas le sentiment d’être rejeté, mais l’impression d’être parfois seul au monde, différent et incompris. Comme Musset, j’éprouve le « Mal du siècle » ! On a parfois reproché au Romantisme de se détacher de toute loi pour mieux atteindre l’idéalité qu’il convoite, mais c’est précisément cette quête d’une création pure qui définit véritablement l’essence de la nature humaine : l’écriture est alors infinie et c’est ce que j’ai recherché en écrivant ce poème : le droit  d’écrire, le devoir de penser, la liberté de rêver !

Je voulais ainsi en repartant de zéro, transcrire ce que je ressentais à cet instant. Je voulais être sincère, et dire réellement les chose dans cette société où personne ne se dévoile véritablement. Désormais, lecteur, tu sais tout de moi ! Tu sais combien je peux être lassé du monde, et combien j’ai envie de changement et d’ailleurs, qui est, comme je le dis dans le premier vers, « le vivant qui éblouit demain ». Oui, je pense qu’il faut méditer, réfléchir et se poser ces questions essentielles : « Qui suis-je véritablement » ? « Qui voudrais-je être » ? Ces questions sont pour moi le point culminant et le but proprement dit de la pensée romantique.

Autant de questionnements qui m’amènent à m’interroger sur mon avenir : c’est donc, face à la lassitude, au matérialisme, et à la monotonie des jours, que je rêve à mon « Futur »… Mais ce futur est parfois comme une échappatoire au quotidien. Paradoxalement, cette fuite en avant nous déréalise : la crainte serait en effet de vivre sa vie « entre parenthèses » pour préparer le futur sans avoir réellement vécu l’instant présent :

Futur, tue le Passé qui détruit le Présent !
Il me tient et m’empêche d’avancer,
Moi terrien, je ne peux m’envoler
Et quand Futur viendra je ne le voudrai plus.

Comme j’ai essayé de le montrer dans mon texte, le risque en effet serait de croire en un futur toujours à venir, toujours hypothétique, toujours irréaliste amenant à ne pas véritablement vivre l’ici et maintenant. N’est-ce pas  au contraire dans l’immédiateté du carpe diem que l’Homme est le plus en adéquation avec lui-même, et en harmonie avec le monde ?

© Oscar P., classe de Première S2 (promotion 2013-2014), février 2014.
Lycée en Forêt/Espace Pédagogique Contributif

« Dis-moi un Po-Aime »… Aujourd’hui la contribution d'Oscar

ImpressionLa classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques…
Bonne lecture !

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Hier, samedi 15 février : Sybille M.
Aujourd’hui, dimanche 16 février, la contribution d’Oscar
Demain, lundi 17 février : Manon B.

_

_

« D’ailleurs »

par Oscar P.
Classe de Première S2

_

D’ailleurs est le vivant qui éblouit demain,
Petite, introuvable est cette lumière sans pardon.
Le temps n’est qu’une sensation étroite
Où les courtes souffrances ne sont jamais mauvaises.

Futur, tue le Passé qui détruit le Présent !
Il me tient et m’empêche d’avancer,
Moi terrien, je ne peux m’envoler
Et quand Futur viendra je ne le voudrai plus.

Je suis l’ami de tous et l’ami de personne.
Je ne l’aime plus mais je crois en l’Homme.
Je vois en lui ce qu’il ne voit pas chez moi,
Si je ne suis plus là, c’est que je crois en moi.

epc-friedrich-le-voyageur-au-dessus-dune-mer-de-nuages.1284145196.jpg
 Caspar David Friedrich (1774-1840)
“Le voyageur contemplant une mer de nuages”, 1818
(Hambourg, Kunsthalle)

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Le point de vue de l’auteur…

L’écriture de ce poème m’a été profondément inspirée par le lyrisme des Romantiques dont la poésie est d’abord une libre expression de la sensibilité. De fait, si l’émotion est un état d’âme, alors l’expression des sentiments personnels du poète doit traduire cet  état d’âme. C’est ainsi qu’en rédigeant cet épanchement, j’ai moi-même ressenti cette envie de se confier, dont parle si bien Lamartine dans la préface de ses Méditations poétiques. Se confier, c’est-à-dire se révéler au lecteur, et ainsi rendre ses pensées transparentes.

Au niveau des modalités d’énonciation, l’utilisation de la première personne s’est donc imposée spontanément lors de l’écriture : elle m’a permis, en exprimant ma sensibilité et ma subjectivité la plus profonde, de mettre en valeur mes sentiments, mes ressentis par l’expression du « moi ». Cependant, cette poésie de l’expression des sentiments personnels va au-delà de la simple confidence pour exprimer ma propre condition. Comme Victor Hugo dans la préface des Contemplations, j’aurais pu dire : « Hélas ! quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le sentez-vous pas ? Ah ! insensé, qui crois que je ne suis pas toi ! ».

Tout comme l’auteur de « Fonction du Poète», si je crois en l’Homme, c’est en l’humanité de l’Homme. En revanche, j’éprouve un indicible sentiment de solitude par rapport à la société. Certes, je n’ai pas le sentiment d’être rejeté, mais l’impression d’être parfois seul au monde, différent et incompris. Comme Musset, j’éprouve le « Mal du siècle » ! On a parfois reproché au Romantisme de se détacher de toute loi pour mieux atteindre l’idéalité qu’il convoite, mais c’est précisément cette quête d’une création pure qui définit véritablement l’essence de la nature humaine : l’écriture est alors infinie et c’est ce que j’ai recherché en écrivant ce poème : le droit  d’écrire, le devoir de penser, la liberté de rêver !

Je voulais ainsi en repartant de zéro, transcrire ce que je ressentais à cet instant. Je voulais être sincère, et dire réellement les chose dans cette société où personne ne se dévoile véritablement. Désormais, lecteur, tu sais tout de moi ! Tu sais combien je peux être lassé du monde, et combien j’ai envie de changement et d’ailleurs, qui est, comme je le dis dans le premier vers, « le vivant qui éblouit demain ». Oui, je pense qu’il faut méditer, réfléchir et se poser ces questions essentielles : « Qui suis-je véritablement » ? « Qui voudrais-je être » ? Ces questions sont pour moi le point culminant et le but proprement dit de la pensée romantique.

Autant de questionnements qui m’amènent à m’interroger sur mon avenir : c’est donc, face à la lassitude, au matérialisme, et à la monotonie des jours, que je rêve à mon « Futur »… Mais ce futur est parfois comme une échappatoire au quotidien. Paradoxalement, cette fuite en avant nous déréalise : la crainte serait en effet de vivre sa vie « entre parenthèses » pour préparer le futur sans avoir réellement vécu l’instant présent :

Futur, tue le Passé qui détruit le Présent !
Il me tient et m’empêche d’avancer,
Moi terrien, je ne peux m’envoler
Et quand Futur viendra je ne le voudrai plus.

Comme j’ai essayé de le montrer dans mon texte, le risque en effet serait de croire en un futur toujours à venir, toujours hypothétique, toujours irréaliste amenant à ne pas véritablement vivre l’ici et maintenant. N’est-ce pas  au contraire dans l’immédiateté du carpe diem que l’Homme est le plus en adéquation avec lui-même, et en harmonie avec le monde ?

© Oscar P., classe de Première S2 (promotion 2013-2014), février 2014.
Lycée en Forêt/Espace Pédagogique Contributif

« Dis-moi un Po-Aime »… Aujourd’hui la contribution de Sybille…

ImpressionLa classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques…
Bonne lecture !

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Hier, vendredi 14 février : Auréline G.
Aujourd’hui, samedi 15 février, la contribution de Sybille M.
(*)
Demain, dimanche 16 février : Oscar P.

« Une forêt de béton »

par Sybille M.
Classe de Première S2

Peu à peu, la forêt se meurt.
Les mythes sont devenus rumeurs,
Le métal coule dans les branches
Et sur le béton je m’épanche.

Les sons ne font pas frémir mes oreilles,
Nouvelle forêt au réveil :
Dans la rue, tous les mouvements,
Chuchotements et bruits violents.

Entre les immeubles sans âme,
Le vent, près de l’acier, sans flamme.
Il souffle toujours dans les cimes,
S’agite, discret, infime.

Oh ! Il m’ennuie, le bruit des feuilles,
Je préfère le silence
De cette ville qui m’accueille
En son vide, immense.

(*) Ce poème a obtenu le troisième prix du Concours « Écriture en Forêt », lancé cette année au Lycée…

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 « le silence de cette ville qui m’accueille en son vide, immense… »

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Le point de vue de l’auteure…

L’idée de départ de ce poème m’a été suggérée par le concours « Écriture en Forêt » auquel j’ai participé. Pourtant, je vous avouerai que je ne me sens pas particulièrement attirée par la nature, je trouve cela agréable mais sans plus ; aussi ai-je décidé de parler de quelque chose qui me fascine plus, la ville : non pas la ville en tant que simple univers référentiel urbain, mais la ville dont la mythologie irradie les rêves et les cauchemars contemporains.

Dans mon imaginaire, la ville a quelque chose de fascinant, d’illimité, de démesuré… Ainsi, tout comme on pourrait parler d’une forêt de sentiments, j’ai voulu détourner la thématique d’une forêt d’arbres en évoquant une forêt urbanisée, une forêt de béton : la ville n’est-elle pas une forêt de bitume, d’usines, une forêt d’immeubles plantée d’humains ?

Pour établir ce parallélisme entre la forêt et la ville j’ai utilisé le mot « mythes » qui a un aspect presque ancien, intemporel et mystique, et les rumeurs qui peuvent circuler dans les villes : « Les mythes deviennent rumeurs »… La ville, c’est la menace permanente de la rumeur, c’est le triomphe des mythes et paradoxalement leur disparition : le mythe de l’urbanisation a remplacé la mythologie de la forêt, un peu comme si, dans l’imaginaire social, la forêt s’était à jamais perdue dans les villes…

Par contraste j’ai axé mon texte sur quelque chose d’infime et de sensoriel : les sons. J’ai par exemple essayé de jouer avec les sonorités et le signifié des mots. J’ai aussi tenté de jouer avec les rythmes (souvent octosyllabiques) et les sons en travaillant les homophonies accentuées par les rimes féminines, qui sonnent un peu de la même manière, de façon à évoquer le caractère standardisé de la ville :

Entre les immeubles sans âme,
Le vent, près de l’acier, sans flamme

Je parle également des « Chuchotements et bruits violents », et enfin du silence à la fin du texte. C’est par référence aux bruits sur tout un jour : violents la journée, plus ténus le soir, et enfin le silence de la nuit, que je trouve agréable et angoissant à la fois parce qu’il nous ramène à notre propre existence, à notre propre silence. C’est ainsi que j’ai souhaité privilégier un rythme descendant (8/7/8/5) à la fin de mon texte, comme pour marquer par ce rétrécissement syllabique l’immensité de l’univers urbain (« en son vide, immense… »), et amener à une dimension plus métaphysique.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le poème se referme sur des rimes féminines. Cette récurrence de sonorités douces contraste avec la thématique évoquée, celle de la ville, synonyme de mécanisation et de bruit, et celle de l’homme moderne confronté à la solitude des « forêts urbaines », là où dans le silence du soir, il pense quelquefois à ces tours qui ont remplacé les grands arbres, et à ces chemins de traverse, larges et immenses qu’on appelle des autoroutes…

© Sybille M., classe de Première S2 (promotion 2013-2014), février 2014.
Lycée en Forêt/Espace Pédagogique Contributif

« Dis-moi un Po-Aime »… Aujourd’hui la contribution d’Auréline…

ImpressionLa classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques…
Bonne lecture !

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Aujourd’hui, vendredi 14 février, la contribution d’Auréline G. (*)
Demain, samedi 15 février : Sibylle M.

« Je me souviens… »

par Auréline G.
Classe de Première S2

La forêt est un hymne qui s’enfuit
Sous le linceul des feuilles
Et resplendit dans le miroir
Engouffrant de la nuit
Jusqu’aux bords de la vie.

Je me souviens du clair-obscur du vent
Dès qu’il surgit dans la forêt,
Du soir qui tremble dans ses feuilles ;
Je me rappelle le parfum enténébré
Du souffle éternel enlacé de mystère

Les longs cheveux épandus des arbres
Me conduisent sur le chemin
De l’espoir, où s’endort un poème
Qui m’emmène au printemps
Pareil à l’attente d’un ciel d’été…

(*) Ce poème a obtenu le premier du Concours « Écriture en Forêt », lancé cette année au Lycée…

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Illustration : Sally Mann « Virginia » (Southern Landscapes)
Copyright © 2010 by Sally Mann. All Rights Reserved.

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Le point de vue de l’auteure…

Tout d’abord, ce poème m’a été inspiré par un moment que j’ai vécu. Un après-midi d’automne je suis sortie me promener dans la forêt de Montargis. A force de voir les feuilles tomber, de contempler la sublime et changeante couleur des arbres, je me suis égarée et ne suis rentrée que tard chez moi. J »ai gardé de cette promenade une impression à la fois inquiétante et onirique que j’ai voulu exprimer par ce poème. J’ai donc tout naturellement privilégié le lyrisme subjectif ainsi que la dimension autobiographique : il était important pour moi de transcrire ce que j’avais vraiment ressenti, au plus profond de mon être. Je me rappelle par exemple combien la peur de ne pas rentrer avait paradoxalement suscité en moi un sentiment de crainte et d’indicible liberté.

Pour écrire ce poème, j’ai voulu tout d’abord évoquer ce que la forêt connote d’imaginaire. Pour moi, la forêt ne renvoie pas à l’univers référentiel mais au contraire, elle est un lieu et en même temps un non-lieu. C’est la raison pour laquelle, dans la mesure où j’ai particulièrement aimé le romantisme, j’ai souhaité mettre en valeur l’aspect onirique de la forêt à travers plusieurs métaphores. Ainsi, j’ai voulu évoquer cette relation particulière que j’avais eue avec les arbres en travaillant sur des figures comme la personnification : derrière l’aspect naturel de la forêt se trouve en effet un être caché : peut-être un autre nous-même ? Aux personnes qui ne voient dans la forêt qu’un environnement, j’y vois au contraire une fraternité, une communion. Dans notre monde si déshumanisé, où les arbres de métal et de béton ont remplacé la nature, la forêt apporte du réconfort, tout comme un être humain.

Enfin, j’ai voulu inscrire dans mon poème  une dimension symbolique. La forêt est en effet pour moi l’allégorie d’une réflexion sur la vie et sur le temps qui passe. Je vais me promener tous les dimanches en forêt, et à chaque fois je trouve que la forêt a changé, qu’elle n’est « ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre », pour paraphraser Verlaine : les feuilles qui tombent, la couleur des arbres. Ainsi, voir des fleurs qui éclosent ou se fanent, voir la forêt pleine de boue suite au désastre de la pluie amène à une méditation sur le temps. Chaque dimanche, après être rentrée de ma promenade je me pose plein de questions : « Est-ce que je n’ai pas fait d’erreurs ? Est-ce que je ne regrette pas quelque chose ? Qu’aurait-il fallu ? Ou ne fallait-il pas ? »… Marcher dans la forêt est ainsi un parcours symbolique, comme une marche que l’on ferait en soi-même.
© Auréline G., classe de Première S2 (promotion 2013-2014), février 2014.
Lycée en Forêt/Espace Pédagogique Contributif

"Dis-moi un Po-Aime"… Aujourd'hui la contribution d'Auréline…

ImpressionLa classe de Première S2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime« … Chaque jour, un(e) élève vous invitera à partager l’une de ses créations poétiques…
Bonne lecture !

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Aujourd’hui, vendredi 14 février, la contribution d’Auréline G. (*)
Demain, samedi 15 février : Sibylle M.

« Je me souviens… »

par Auréline G.
Classe de Première S2

La forêt est un hymne qui s’enfuit
Sous le linceul des feuilles
Et resplendit dans le miroir
Engouffrant de la nuit
Jusqu’aux bords de la vie.

Je me souviens du clair-obscur du vent
Dès qu’il surgit dans la forêt,
Du soir qui tremble dans ses feuilles ;
Je me rappelle le parfum enténébré
Du souffle éternel enlacé de mystère

Les longs cheveux épandus des arbres
Me conduisent sur le chemin
De l’espoir, où s’endort un poème
Qui m’emmène au printemps
Pareil à l’attente d’un ciel d’été…

(*) Ce poème a obtenu le premier du Concours « Écriture en Forêt », lancé cette année au Lycée…

Sally Mann_Virginia
Illustration : Sally Mann « Virginia » (Southern Landscapes)
Copyright © 2010 by Sally Mann. All Rights Reserved.

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Le point de vue de l’auteure…

Tout d’abord, ce poème m’a été inspiré par un moment que j’ai vécu. Un après-midi d’automne je suis sortie me promener dans la forêt de Montargis. A force de voir les feuilles tomber, de contempler la sublime et changeante couleur des arbres, je me suis égarée et ne suis rentrée que tard chez moi. J »ai gardé de cette promenade une impression à la fois inquiétante et onirique que j’ai voulu exprimer par ce poème. J’ai donc tout naturellement privilégié le lyrisme subjectif ainsi que la dimension autobiographique : il était important pour moi de transcrire ce que j’avais vraiment ressenti, au plus profond de mon être. Je me rappelle par exemple combien la peur de ne pas rentrer avait paradoxalement suscité en moi un sentiment de crainte et d’indicible liberté.

Pour écrire ce poème, j’ai voulu tout d’abord évoquer ce que la forêt connote d’imaginaire. Pour moi, la forêt ne renvoie pas à l’univers référentiel mais au contraire, elle est un lieu et en même temps un non-lieu. C’est la raison pour laquelle, dans la mesure où j’ai particulièrement aimé le romantisme, j’ai souhaité mettre en valeur l’aspect onirique de la forêt à travers plusieurs métaphores. Ainsi, j’ai voulu évoquer cette relation particulière que j’avais eue avec les arbres en travaillant sur des figures comme la personnification : derrière l’aspect naturel de la forêt se trouve en effet un être caché : peut-être un autre nous-même ? Aux personnes qui ne voient dans la forêt qu’un environnement, j’y vois au contraire une fraternité, une communion. Dans notre monde si déshumanisé, où les arbres de métal et de béton ont remplacé la nature, la forêt apporte du réconfort, tout comme un être humain.

Enfin, j’ai voulu inscrire dans mon poème  une dimension symbolique. La forêt est en effet pour moi l’allégorie d’une réflexion sur la vie et sur le temps qui passe. Je vais me promener tous les dimanches en forêt, et à chaque fois je trouve que la forêt a changé, qu’elle n’est « ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre », pour paraphraser Verlaine : les feuilles qui tombent, la couleur des arbres. Ainsi, voir des fleurs qui éclosent ou se fanent, voir la forêt pleine de boue suite au désastre de la pluie amène à une méditation sur le temps. Chaque dimanche, après être rentrée de ma promenade je me pose plein de questions : « Est-ce que je n’ai pas fait d’erreurs ? Est-ce que je ne regrette pas quelque chose ? Qu’aurait-il fallu ? Ou ne fallait-il pas ? »… Marcher dans la forêt est ainsi un parcours symbolique, comme une marche que l’on ferait en soi-même.
© Auréline G., classe de Première S2 (promotion 2013-2014), février 2014.
Lycée en Forêt/Espace Pédagogique Contributif

Un Automne en Poésie, Saison 5 Troisième livraison

Les classes de Seconde 3 et de Seconde 11
du Lycée en Forêt présentent…

UAEP_2013_3-hiverCrédit photographique : Bruno Rigolt

La classe de Seconde 3 et la classe de Seconde 11 du Lycée en Forêt (promotion 2013-2014) vous invitent à découvrir la suite d’Un Automne en Poésie, événement désormais incontournable qui marque comme chaque année l’actualité littéraire lycéenne.

Puisant leur inspiration dans le message poétique du Romantisme et du Symbolisme, les jeunes étudiant(e)s ont souhaité mettre en avant l’écriture poétique comme exercice de la liberté : liberté du rêve, des grands infinis ; liberté du cœur et des sentiments ; liberté aussi des jeux sur l’image et le non-dit, l’inexprimable, l’ineffable du mot…

Voici la troisième livraison de textes.

Plusieurs fois par mois, de nouveaux textes seront publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif jusqu’en janvier 2014. Bonne lecture !

Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les poèmes des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, ainsi que la référence complète du poème cité (URL de la page).

________________

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Intentions de la mer

par Héloïse H.
Classe de Seconde 11

Formés de distinctions d’un matin sans formes,
Jardins souvenirs de l’enfance,
Gardiens de l’aveugle incertitude germée
Dans la fine tête d’une raison,
Les lendemains frissonnants dont les yeux racontent
Les distinctions écervelées, parfumées
De labyrinthes amarrés.

Les épreuves boulons que l’on visse jusqu’à devenir demi-rois,
Jusqu’à toucher le gazon de la jeunesse.
Les demi-tours amoureux,
Récapitulés par les horizontales intentions de la mer.
Qu’importe le travail de la douleur ? Le maître d’azur
Dont les yeux racontent le règne du cœur,
S
e taira.

Mer_Horizon« Les demi-tours amoureux, / Récapitulés par les horizontales intentions de la mer… »

(Cliché : Bruno Rigolt)

            

    

Automne blanc

par Sandra C., Joanna B. et Léana H.
Classe de Seconde 3

Des lettres apparaissent pour faire surgir
De la feuille vierge un rêve !
Quelle est cette lumière incandescente
Venue de ma plume ?
Elle fait virevolter mon âme
Vers l’ailleurs de silences et de plaines sans fin.

Le parfum de l’adieu, la couleur, le reflet du temps
Près du départ… Tout me semble nouveau
Et m’engloutit dans un profond sommeil.
Les branches de ces mots
Tracent des lignes de frisson
Lorsque la tempête passe vers les sables

Je contemple les feuilles mortes
Écroulées de silence ;
Le vent siffle
Dans mes oreilles
Un poème de faible voix
En un instant tout devient blanc.

Daubigny_L'Hiver« Je contemple les feuilles mortes/Écroulées de silence… »

Charles-François Daubigny (1817-1878), « La neige », 1873
Huile sur toile. Paris, Musée d’Orsay 

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Ailleurs

par Bastien C.
Classe de Seconde 11

Les courbes de tes larmes traduisent le fil de ma vie,
Voguent par-delà les océans,
S’envolent pour un lointain paysage,
Qui ne te réserve que joyeux présage.

Emporte-moi si tu veux,
Et derrière ce brumeux vallon,
T’attendront peut-être de meilleurs horizons,
Doux objet de mes veux…

Montagnes_uaep_5_1

                       

Rien qu’un quart de juillet

par Héloïse H.
Classe de Seconde 11

Hans Hartung_3      

Rien qu’un quart de juillet, dans ces sinistres forêts,
Les manches de la société,
Oiseaux gravés en nos esprits,
Personnages de nos vies.

Cette simple chose, extraordinaire vertu !
Taisez-vous honneur !
Brillant miel,
Envie de grâce !
        
Éprouvant désarroi,
Empli d’un salon de peine,
exposé à l’espèce humaine,
Descendant du réfugiant bavardage !

_

 ← Hans Hartung « L10 » (1957) 
(Lithographie, Tate Britain’s, Londres)

View this artwork by appointment, at Tate Britain’s Prints and Drawings Rooms

                   

                         

Tu es mon médaillon de silence

par Maëlys R.
Classe de Seconde 11

Dans le prodigieux ruissellement de l’amour,
Tu es mon médaillon de silence.
La réaction chimique de cette terre nouvelle
Est une Odyssée dans mon cœur.

Sans raison, ni question, tu es parti sur les ailes
Du vent, à la conquête de mes larmes
Tu ne savais pas qu’à cette heure,
Le bonheur est le partage de nos cœurs.

La lumière dominante à très grande vitesse
Est une éternité dans la lueur de mes yeux.
L’emprise des atomes qui constituent mon fort intérieur
N’était qu’un souvenir aux ardeurs de murmure…

coeur_atomes_1« L’emprise des atomes qui constituent mon fort intérieur
N’était qu’un souvenir aux ardeurs de murmure… »

Peinture numérique : B. R.

                       

                         

Valse triste

par Audrey L. et Noémie T.
Classe de Seconde 3

Sous la pluie je me rends compte que c’est fini,
Le train quitte la gare de Vienne,
Vers l’au-delà vers l’infini.

Je le sens partir sans pouvoir le retenir
Et grâce au vent je sais qu’il m’attend.

J’attendrai que tu reviennes,
Il pleut sur Vienne,
Le soleil aussi est parti avec les saisons…

Train_Vienne
« Le train quitte la gare de Vienne/Vers l’au-delà vers l’infini… »

Cliché : B. R.

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Pensées extrêmes
et métamorphoses

Bastien C.
Seconde 11

La vie est comme un test de Rorschach :
Une tâche d’encre et tu décides
D’être nymphe ou chrysalide ;
Mais tu resteras toujours ce cœur,
Qui me fait vivre le bonheur.

La métamorphose est proche,
Et je m’en irai là-bas sur les traces de la vie
Où personne n’a jamais été,
Où je peux voir le monde de l’en-bas
Qui me transperce le cœur d’un coup de broche.

Ma vie n’est plus que l’ombre magnifique du soleil
Mais la joie reste, et la pluie s’abat
Telle cette immense vague bleue
Qui éclaire mes pensées
Si sombres et redoutées…

magritte_principe_du_plaisir
René Magritte (1898-1967), « Le Principe du plaisir » (1937)
(Huile sur toile, coll. privée)

_

Le Destin est une longue poésie

Clément L. et Hugo M.
Classe de Seconde 3

 

L’âme d’une vie est l’histoire de l’homme
Que le vent transporte dans les cieux.

Le ciel est l’image d’une grande pensée bleue
Le secret d’autrui révèle un « Je t’aime ! »
Il s’éveille de pensées internes marchant
Vers un acte de virtuosité.

L’ancienne époque est maintenant une porte fermée,
Le destin, une longue poésie…

Paysage_bleu_Chagall_a« L’âme d’une vie est l’histoire de l’homme/Que le vent transporte dans les cieux… »

Marc Chagall, « Le Paysage bleu » 1949
(Gouache sur papier, Wuppertal, Von der Heydt Museum)


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Haïku

Par Pauline O., Kevin R. et Vincent S.
Classe de Seconde 3

l’horizon marche sur mes pensées

sur une vaste migraine imaginaire

un peu ennuagée

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Haïku

Par Matthis L. et Salim N.
Classe de Seconde 11

le soir est une pensée blessée de velours rouge

victime de la vérité

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Naufrage

par Bastien C.
Classe de Seconde 11

 

Au lointain, une araignée tisse sa toile,
Quant à moi je mets les voiles,
Je m’envole vers l’Éden,
Sur un bateau de bois de chêne,
Avec lequel j’ai fait naufrage.

Je n’emporte avec moi,
Que quelques baies et du chocolat,
Et toi tu mangeras les fruits du ficus carica
Que j’ai confiés à mes marins ;
Tu les trouveras demain matin…

Ficus_carica_bateaux« tu mangeras les fruits du ficus carica,/Que j’ai confiés à mes marins… »

Crédit iconographique : BR

La numérisation de la troisième livraison de textes est terminée.

J’ai lu… J’ai aimé… L’Étrange cas du Dr. Jekyll et de Mr. Hyde… par Camille H.

 

livre_jai_lu_jai_aiméJ’ai lu… J’ai aimé… 
L’Étrange cas du Dr Jekyll et M. Hyde par Camille H. 
(Classe de Seconde 11, promotion 2013-2014)

Aujourd’hui, j’ai choisi, de vous parler du génial récit écrit en 1886 par Robert Louis Stevenson : L’Étrange cas du Dr Jekyll et M. Hyde [COTE CDI : 802-3 STE]. Livre court s’il en est (96 pages chez Librio), mais ô combien riche d’une histoire prenante et captivante !


« A quire full of utter nonsense… »

John Ezard, dans le Guardian du‎ 25 octobre 2000 |1| relate une anecdote intéressante  quant à la rédaction de l’ouvrage, reprise d’ailleurs dans Wikipédia : en fait, ce livre serait né d’un cauchemar de l’auteur, qui l’écrivit d’un trait à son réveil, mais sa femme trouvant le manuscrit inabouti, Stevenson le jeta au feu et recommença. Il avoua même que ce premier jet n’était qu’un « cahier entier rempli d’absurdités » (« A quire full of utter nonsense… ») :

« One of the enduring mysteries of English literature was solved last night when it emerged that the first, impassioned draft of Robert Louis Stevenson’s Dr Jekyll and Mr Hyde was destroyed by the author’s wife. Fanny Stevenson burned it after dismissing it to a friend as « a quire full of utter nonsense ». She said – of what became the world’s most admired and profound horror story – « He said it was his greatest work. I shall burn it after I show it to you ».

En apprenant cette anecdote amusante, le livre ne m’apparut que plus attrayant et c’est sur lui que mon choix s’est porté, choix que je ne regrette aucunement.Stevenson Mais avant de rentrer dans les détails, quelques mots sur l’auteur…

L’auteur de l’Île au Trésor…

Né à Édimbourg le 13 novembre 1850 (dans une famille d’ingénieurs spécialistes des phares!), Robert Louis Stevenson fait partie avec Robert Burns et Walter Scott de ces grands écrivains qui ont marqué de leur empreinte la littérature écossaise. Sans doute connaissez-vous l’Île au Trésor, mais d’autres œuvres comme Enlevé !, Un mort encombrant ou Le Voleur de cadavres méritent votre attention. C’est bien sûr avec Dr Jekyll et Mr Hyde que Stevenson rencontre son plus grand succès ! Ce livre est en effet considéré à juste titre comme une véritable étude sur la dualité de la personne humaine.

Un décor funeste…

Je ne vais pas vous raconter l’histoire (d’ailleurs vous trouverez un peu partout sur le Net des résumés tout à fait recommandables) mais mettre l’accent sur quelques aspects de ce curieux récit. Imaginez d’abord le décor de Londres au dix-neuvième siècle : non pas les rues rassurantes de la City ou des beaux quartiers de l’ouest mais plutôt un cadre nocturne, brumeux, propice à l’anonymat, à la transgression et à la misère, un cadre inquiétant préfigurant l’atmosphère des crimes de Whitechapel |2| : les lieux privilégiés par Cam Kennedy_JekyllStevenson sont en effet les ruelles peu fréquentées la nuit, éloignées des grands axes de passage.

Cam Kennedy  → 
Illustration de l’ouvrage Dr Jekyll and Mr Hyde RL Stevenson’s Strange Case,  adapted by Alan Grant, 2008

D’ailleurs, le fait qu’une grande partie du récit se passe la nuit plonge le lecteur dans les profondeurs glauques et glacées du Londres populaire. Alors que les protagonistes de l’histoire appartiennent à l’univers de la bourgeoisie, la ville apparaît presque toujours plongée dans la brume, en hiver. Nous passons d’un cadre social accueillant, confortable, à un milieu sordide où le lecteur s’aventure non sans effroi, qui plus est renforcé, lors des soirs de meurtre, par la lune rouge sang !

… pour un récit savamment construit !

De fait, le récit commence ainsi : deux cousins, M. Utterson et M. Enfield, passent par hasard lors d’une promenade dominicale devant une porte ; celle-ci éveille chez Enfield une histoire aussi singulière qu’effrayante : la nuit une fillette bouscule par mégarde un petit homme trapu au regard glacial. Entrant dans une colère noire, l’homme pousse la petite au sol et la piétine violemment. Poursuivi par Enfield et contraint de s’expliquer, l’homme pénètre dans une maison et en ressort avec un chèque de cent livres pour étouffer l’affaire. Or, la demeure n’est autre que la maison même d’un respectable ami de M. Utterson : le docteur Henry Jekyll, un scientifique chevronné et reconnu. Utterson, notaire de profession, se souvient du testament de ce dernier, et remarque qu’il lègue tous ses biens à sa mort, ou en cas de sa disparition, à un certain Edward Hyde. Il tente alors de voir son ami, pour lui parler de tout ceci, mais celui-ci est absent à chacune de ses visites ou malade. Quant aux crimes épouvantables du monstre, ils ne cessent d’ensanglanter Londres…

S’en suit une narration complexe privilégiant les changements de points de vue : d’abord celui d’Enfield au début de la nouvelle qui porte à la connaissance d’Utterson l’histoire et le pousse à mener l’enquête. Puis celui de Lannyon : son apparition est certes brève, mais son rôle est extrêmement important dans la compréhension de la narration. Enfin, le point de vue de Jekyll qui, permettant de vivre le drame de l’intérieur, et d’en comprendre l’engrenage ainsi que les mécanismes fatals, amène à la dimension psychologique (le côté obscur de la personnalité) et morale du récit : l’impossible coïncidence du Bien et du Mal.

Le style de Stevenson

On a parfois reproché au style de Stevenson d’être trop « simple » ou « destiné aux adolescents ». Pourtant l’auteur de l’Île au Trésor prit de cours les critiques avec ce récit d’une grande justesse dans l’évocation des lieux et la description des personnages.

Premièrement, cette nouvelle étant à caractéristique policière, tout est fait pour que le lecteur s’y perde : d’abord l’auteur ne précise pas quand se déroule le récit, à part une vague indication d’époque (les années 1800), mais sans jamais donner de dates précises. Plus fondamentalement, j’ai particulièrement aimé l’emboîtement des récits et le fait que toutes les révélations ne soient faites qu’au dernier chapitre. Il y a là un véritable travail entrepris par Stevenson.

Par ailleurs, comme je le suggérais précédemment, le décor funèbre des quartiers misérables, à la fois réel et irréel, est propice à faire naître l’angoisse : tout est fait pour déboussoler le lecteur, et bien qu’il comprenne ce qu’il lit, il ne peut se situer dans le temps et dans l’espace, ni même s’en remettre au personnage narrateur qui lui-même raconte des faits dont il n’a pas été l’acteur principal mais simplement un témoin.

À  cet égard, l’idée que le récit soit raconté à la troisième personne, et que le personnage principal sur lequel l’histoire se base, ne soit pas Jekyll mais l’avocat Utterson, renforce l’ignorance du lecteur quant au dénouement du récit ; nous devons nous en remettre à la connaissance forcément partielle d’Utterson sur tous les faits qui arrivent : celui-ci doit en effet jouer les apprentis détectives en menant l’enquête en même temps que le lecteur.

Le jeu des focalisations est également déroutant : alors que les premiers chapitres privilégient souvent la focalisation zéro, les deux derniers chapitres mettent au contraire l’accent sur la focalisation interne : ce système narratif complexe est particulièrement déroutant pour le lecteur !

Ce monstre qui sommeille en chacun de nous…

Le personnage qui m’a vraiment fasciné est évidemment celui de Hyde : en particulier, le récit est palpitant grâce au traitement du point de vue. Tantôt objective et documentaire, tantôt subjective, la description de Hyde est proprement stupéfiante ! Jekyll_Rouben Mamoulian_1931Avec quel art Stevenson parvient à évoquer le monstre qui sommeille en chacun de nous. La monstruosité est évoquée tout au long du récit, de même que la peur d’autrui et de l’inconnu.

Frédéric March dans l’adaptation de Rouben Mamoulian (1931)

Il y a aussi l’utilisation de plusieurs figures de rhétorique dont le but est de mettre en lumière la fonction dramatique ou symbolique de la description. Elles renforcent ainsi certaines descriptions, comme cet exemple du chapitre 8 (« La dernière nuit ») au moment où arrivent Poole et Utterson dans la cour extérieure du cabinet de Jekyll :

« C’était une vraie nuit de mars, tempétueuse et froide ; un pâle croissant de lune, couché sur le dos comme si le vent l’eût culbuté, luisait sous un tissu diaphane et léger de fuyantes effilochures nuageuses. Le vent coupait presque la parole et sa flagellation mettait le sang au visage. Il semblait en outre avoir vidé les rues de passants plus qu’à l’ordinaire ; et M. Utterson croyait n’avoir jamais vu cette partie de Londres aussi déserte. Il eût préféré le contraire ; jamais encore il n’avait éprouvé un désir aussi vif de voir et de coudoyer ses frères humains ; car en dépit de ses efforts, il avait l’esprit accablé sous un angoissant pressentiment de catastrophe. Lorsqu’ils arrivèrent sur la place, le vent y soulevait des tourbillons de poussière, et les ramures squelettiques du jardin flagellaient les grilles. »

D’autres passages sont vraiment passionnants à lire dans la mesure où ils amènent le lecteur, en se projetant dans l’histoire et les grandes solitudes funèbres de Jekyll, à percevoir le conflit interne dans lequel Hyde tente de prendre possession du docteur : « Je me bornerai donc à dire qu’après avoir reconnu dans mon corps naturel la simple auréole et comme l’émanation de certaines des forces qui constituent mon esprit… » ; « la citadelle intime de l’individu » ; « les portes de la prison constituée par ma disposition psychologique »… Le vocabulaire de la perception, et plus particulièrement l’intérêt de Stevenson pour l’intériorité et la psychologie du personnage, largement dominant dans l’œuvre, met en évidence la personnalité bicéphale du docteur.

Frederic March_Rouben Mamoulian_1931
Frederic March et  Miriam Hopkins dans l’adaptation de Rouben Mamoulian (1931)
© Sportsphoto/Allstar

Des thèmes qui portent à réflexion

Le face-à-face de Jekyll et de son double, représentatif du combat entre le Bien et le Mal, m’a également replongé dans le climat de décadence propre au romantisme noir : le double incarnant tout à la fois la conscience morale et les mauvais penchants de l’individu. Ce qui est vraiment passionnant dans ce court récit, c’est aussi la façon dont il semble annoncer le débat sur le moi, Mattotti-Jekyll_2si important avec la découverte quelques années plus tard de l’inconscient par Freud.

Lorenzo Mattotti, illustration tirée de l’album Docteur Jekyll & Mister Hyde → 
(scénario de Jerry Kramsky), Casterman, 2002.

Cette découverte de l’inconscient va en effet bouleverser la vision de l’Homme et du monde. Défini comme la partie obscure la plus impénétrable de la personnalité de chacun, il y a d’abord le Ça ; Le Ça n’est autre que Hyde. Quant au Surmoi, il est la face lumineuse, socialisée, de la personnalité de Jekyll, qui voudrait, en vain, canaliser ses fantasmes. C’est sur ce terrain que la nouvelle de Stevenson m’a vraiment passionné : en particulier ce « dédoublement manichéen » |3|.

Mais l’œuvre amène aussi à réfléchir à la lutte des classes (les deux visages du Dr Jekyll pouvant être mis en relation avec l’opposition des quartiers nobles et misérables), et sur les rapports entre l’éthique et la connaissance scientifique : Jekyll, devenu obsédé par ses recherches, va tellement loin dans les découvertes que tous ses confrères prennent peur et refusent de le suivre. Le livre, comme le Frankenstein de Mary Shelley (1818), aborde en effet les nouveaux problèmes moraux auxquels nous confrontent certaines avancées scientifiques, et fait surgir une question fondamentale : L’homme peut-il tout rendre possible ?

Un livre qui n’a cessé de fasciner depuis sa publication…

Vous l’aurez compris, Strange Case of Dr Jekyll and Mr Hyde s’est imposé comme un classique littéraire qui fascine depuis sa création, et continue de fasciner encore aujourd’hui ! C’est bien pour cela que les adaptations cinématographiques de la nouvelle de Stevenson sont si nombreuses :  depuis le film muet américain réalisé par Otis Turner en 1908 on en compte plus de 16 au cinéma, sans compter les séries télévisées ainsi que les adaptations théâtrales ! Nous pourrions évoquer aussi l’univers de la bande dessinée : en particulier la magnifique adaptation de l’illustrateur italien, Lorenzo Mattotti (Casterman, 2002)… L’œuvre eut même droit à des parodies (celles des Minikeums ou la bande dessinée Léonard (n° 34) : Docteur Génie et Mister Aïe. Enfin, des groupes ou des chanteurs aussi illustres que Serge Gainsbourg, The Who, Mattotti-Jekyll_1Renaud ou les BB Brunes ont immortalisé le récit fantastique de Stevenson… C’est dire sa popularité.

← Lorenzo Mattotti, illustration tirée de l’album Docteur Jekyll & Mister Hyde
(scénario de Jerry Kramsky), Casterman, 2002.

Plus qu’un simple livre, cet ouvrage est presque un phénomène de la littérature  qui se doit d’être lu ! L’histoire tient, certes, sur peu de pages comparée à d’autres romans du même genre, mais elle est si complète et resserrée qu’elle dramatise davantage la narration qu’un roman par exemple. Bref, ce livre est un délice qui comblera les amateurs du genre !

© Camille H., décembre 2013
(Classe de Seconde 11, promotion 2013-2014)
Relecture du manuscrit : Bruno Rigolt


NOTES

1. John Ezard, « The story of Dr Jekyll, Mr Hyde and Fanny, the angry wife who burned the first draft » (The Guardian, 25 octobre 2000).
2. Il faut aussi savoir qu’en 1888 la capitale britannique est frappée par d’odieux crimes perpétrés la nuit, plongeant les habitants de Londres dans une peur palpable. Même si le tueur ne fut jamais retrouvé, de nombreuses personnes ont cru déceler dans Hyde « Jack The Ripper » (Jack l’éventreur) : dans les deux cas, les meurtres ont lieu dans le périmètre de Whitechapel, un quartier misérable à l’époque du nord de Londres.
3. Voir en particulier cette page de l’Encyclopédie en ligne Larousse).

Mattotti-Jekyll_0Lorenzo Mattotti, illustration tirée de l’album Docteur Jekyll & Mister Hyde
(scénario de Jerry Kramsky), Casterman, 2002

J'ai lu… J'ai aimé… L'Étrange cas du Dr. Jekyll et de Mr. Hyde… par Camille H.

 

livre_jai_lu_jai_aiméJ’ai lu… J’ai aimé… 
L’Étrange cas du Dr Jekyll et M. Hyde par Camille H. 
(Classe de Seconde 11, promotion 2013-2014)

Aujourd’hui, j’ai choisi, de vous parler du génial récit écrit en 1886 par Robert Louis Stevenson : L’Étrange cas du Dr Jekyll et M. Hyde [COTE CDI : 802-3 STE]. Livre court s’il en est (96 pages chez Librio), mais ô combien riche d’une histoire prenante et captivante !


« A quire full of utter nonsense… »

John Ezard, dans le Guardian du‎ 25 octobre 2000 |1| relate une anecdote intéressante  quant à la rédaction de l’ouvrage, reprise d’ailleurs dans Wikipédia : en fait, ce livre serait né d’un cauchemar de l’auteur, qui l’écrivit d’un trait à son réveil, mais sa femme trouvant le manuscrit inabouti, Stevenson le jeta au feu et recommença. Il avoua même que ce premier jet n’était qu’un « cahier entier rempli d’absurdités » (« A quire full of utter nonsense… ») :

« One of the enduring mysteries of English literature was solved last night when it emerged that the first, impassioned draft of Robert Louis Stevenson’s Dr Jekyll and Mr Hyde was destroyed by the author’s wife. Fanny Stevenson burned it after dismissing it to a friend as « a quire full of utter nonsense ». She said – of what became the world’s most admired and profound horror story – « He said it was his greatest work. I shall burn it after I show it to you ».

En apprenant cette anecdote amusante, le livre ne m’apparut que plus attrayant et c’est sur lui que mon choix s’est porté, choix que je ne regrette aucunement.Stevenson Mais avant de rentrer dans les détails, quelques mots sur l’auteur…

L’auteur de l’Île au Trésor…

Né à Édimbourg le 13 novembre 1850 (dans une famille d’ingénieurs spécialistes des phares!), Robert Louis Stevenson fait partie avec Robert Burns et Walter Scott de ces grands écrivains qui ont marqué de leur empreinte la littérature écossaise. Sans doute connaissez-vous l’Île au Trésor, mais d’autres œuvres comme Enlevé !, Un mort encombrant ou Le Voleur de cadavres méritent votre attention. C’est bien sûr avec Dr Jekyll et Mr Hyde que Stevenson rencontre son plus grand succès ! Ce livre est en effet considéré à juste titre comme une véritable étude sur la dualité de la personne humaine.

Un décor funeste…

Je ne vais pas vous raconter l’histoire (d’ailleurs vous trouverez un peu partout sur le Net des résumés tout à fait recommandables) mais mettre l’accent sur quelques aspects de ce curieux récit. Imaginez d’abord le décor de Londres au dix-neuvième siècle : non pas les rues rassurantes de la City ou des beaux quartiers de l’ouest mais plutôt un cadre nocturne, brumeux, propice à l’anonymat, à la transgression et à la misère, un cadre inquiétant préfigurant l’atmosphère des crimes de Whitechapel |2| : les lieux privilégiés par Cam Kennedy_JekyllStevenson sont en effet les ruelles peu fréquentées la nuit, éloignées des grands axes de passage.

Cam Kennedy  → 
Illustration de l’ouvrage Dr Jekyll and Mr Hyde RL Stevenson’s Strange Case,  adapted by Alan Grant, 2008

D’ailleurs, le fait qu’une grande partie du récit se passe la nuit plonge le lecteur dans les profondeurs glauques et glacées du Londres populaire. Alors que les protagonistes de l’histoire appartiennent à l’univers de la bourgeoisie, la ville apparaît presque toujours plongée dans la brume, en hiver. Nous passons d’un cadre social accueillant, confortable, à un milieu sordide où le lecteur s’aventure non sans effroi, qui plus est renforcé, lors des soirs de meurtre, par la lune rouge sang !

… pour un récit savamment construit !

De fait, le récit commence ainsi : deux cousins, M. Utterson et M. Enfield, passent par hasard lors d’une promenade dominicale devant une porte ; celle-ci éveille chez Enfield une histoire aussi singulière qu’effrayante : la nuit une fillette bouscule par mégarde un petit homme trapu au regard glacial. Entrant dans une colère noire, l’homme pousse la petite au sol et la piétine violemment. Poursuivi par Enfield et contraint de s’expliquer, l’homme pénètre dans une maison et en ressort avec un chèque de cent livres pour étouffer l’affaire. Or, la demeure n’est autre que la maison même d’un respectable ami de M. Utterson : le docteur Henry Jekyll, un scientifique chevronné et reconnu. Utterson, notaire de profession, se souvient du testament de ce dernier, et remarque qu’il lègue tous ses biens à sa mort, ou en cas de sa disparition, à un certain Edward Hyde. Il tente alors de voir son ami, pour lui parler de tout ceci, mais celui-ci est absent à chacune de ses visites ou malade. Quant aux crimes épouvantables du monstre, ils ne cessent d’ensanglanter Londres…

S’en suit une narration complexe privilégiant les changements de points de vue : d’abord celui d’Enfield au début de la nouvelle qui porte à la connaissance d’Utterson l’histoire et le pousse à mener l’enquête. Puis celui de Lannyon : son apparition est certes brève, mais son rôle est extrêmement important dans la compréhension de la narration. Enfin, le point de vue de Jekyll qui, permettant de vivre le drame de l’intérieur, et d’en comprendre l’engrenage ainsi que les mécanismes fatals, amène à la dimension psychologique (le côté obscur de la personnalité) et morale du récit : l’impossible coïncidence du Bien et du Mal.

Le style de Stevenson

On a parfois reproché au style de Stevenson d’être trop « simple » ou « destiné aux adolescents ». Pourtant l’auteur de l’Île au Trésor prit de cours les critiques avec ce récit d’une grande justesse dans l’évocation des lieux et la description des personnages.

Premièrement, cette nouvelle étant à caractéristique policière, tout est fait pour que le lecteur s’y perde : d’abord l’auteur ne précise pas quand se déroule le récit, à part une vague indication d’époque (les années 1800), mais sans jamais donner de dates précises. Plus fondamentalement, j’ai particulièrement aimé l’emboîtement des récits et le fait que toutes les révélations ne soient faites qu’au dernier chapitre. Il y a là un véritable travail entrepris par Stevenson.

Par ailleurs, comme je le suggérais précédemment, le décor funèbre des quartiers misérables, à la fois réel et irréel, est propice à faire naître l’angoisse : tout est fait pour déboussoler le lecteur, et bien qu’il comprenne ce qu’il lit, il ne peut se situer dans le temps et dans l’espace, ni même s’en remettre au personnage narrateur qui lui-même raconte des faits dont il n’a pas été l’acteur principal mais simplement un témoin.

À  cet égard, l’idée que le récit soit raconté à la troisième personne, et que le personnage principal sur lequel l’histoire se base, ne soit pas Jekyll mais l’avocat Utterson, renforce l’ignorance du lecteur quant au dénouement du récit ; nous devons nous en remettre à la connaissance forcément partielle d’Utterson sur tous les faits qui arrivent : celui-ci doit en effet jouer les apprentis détectives en menant l’enquête en même temps que le lecteur.

Le jeu des focalisations est également déroutant : alors que les premiers chapitres privilégient souvent la focalisation zéro, les deux derniers chapitres mettent au contraire l’accent sur la focalisation interne : ce système narratif complexe est particulièrement déroutant pour le lecteur !

Ce monstre qui sommeille en chacun de nous…

Le personnage qui m’a vraiment fasciné est évidemment celui de Hyde : en particulier, le récit est palpitant grâce au traitement du point de vue. Tantôt objective et documentaire, tantôt subjective, la description de Hyde est proprement stupéfiante ! Jekyll_Rouben Mamoulian_1931Avec quel art Stevenson parvient à évoquer le monstre qui sommeille en chacun de nous. La monstruosité est évoquée tout au long du récit, de même que la peur d’autrui et de l’inconnu.

Frédéric March dans l’adaptation de Rouben Mamoulian (1931)

Il y a aussi l’utilisation de plusieurs figures de rhétorique dont le but est de mettre en lumière la fonction dramatique ou symbolique de la description. Elles renforcent ainsi certaines descriptions, comme cet exemple du chapitre 8 (« La dernière nuit ») au moment où arrivent Poole et Utterson dans la cour extérieure du cabinet de Jekyll :

« C’était une vraie nuit de mars, tempétueuse et froide ; un pâle croissant de lune, couché sur le dos comme si le vent l’eût culbuté, luisait sous un tissu diaphane et léger de fuyantes effilochures nuageuses. Le vent coupait presque la parole et sa flagellation mettait le sang au visage. Il semblait en outre avoir vidé les rues de passants plus qu’à l’ordinaire ; et M. Utterson croyait n’avoir jamais vu cette partie de Londres aussi déserte. Il eût préféré le contraire ; jamais encore il n’avait éprouvé un désir aussi vif de voir et de coudoyer ses frères humains ; car en dépit de ses efforts, il avait l’esprit accablé sous un angoissant pressentiment de catastrophe. Lorsqu’ils arrivèrent sur la place, le vent y soulevait des tourbillons de poussière, et les ramures squelettiques du jardin flagellaient les grilles. »

D’autres passages sont vraiment passionnants à lire dans la mesure où ils amènent le lecteur, en se projetant dans l’histoire et les grandes solitudes funèbres de Jekyll, à percevoir le conflit interne dans lequel Hyde tente de prendre possession du docteur : « Je me bornerai donc à dire qu’après avoir reconnu dans mon corps naturel la simple auréole et comme l’émanation de certaines des forces qui constituent mon esprit… » ; « la citadelle intime de l’individu » ; « les portes de la prison constituée par ma disposition psychologique »… Le vocabulaire de la perception, et plus particulièrement l’intérêt de Stevenson pour l’intériorité et la psychologie du personnage, largement dominant dans l’œuvre, met en évidence la personnalité bicéphale du docteur.

Frederic March_Rouben Mamoulian_1931
Frederic March et  Miriam Hopkins dans l’adaptation de Rouben Mamoulian (1931)
© Sportsphoto/Allstar

Des thèmes qui portent à réflexion

Le face-à-face de Jekyll et de son double, représentatif du combat entre le Bien et le Mal, m’a également replongé dans le climat de décadence propre au romantisme noir : le double incarnant tout à la fois la conscience morale et les mauvais penchants de l’individu. Ce qui est vraiment passionnant dans ce court récit, c’est aussi la façon dont il semble annoncer le débat sur le moi, Mattotti-Jekyll_2si important avec la découverte quelques années plus tard de l’inconscient par Freud.

Lorenzo Mattotti, illustration tirée de l’album Docteur Jekyll & Mister Hyde → 
(scénario de Jerry Kramsky), Casterman, 2002.

Cette découverte de l’inconscient va en effet bouleverser la vision de l’Homme et du monde. Défini comme la partie obscure la plus impénétrable de la personnalité de chacun, il y a d’abord le Ça ; Le Ça n’est autre que Hyde. Quant au Surmoi, il est la face lumineuse, socialisée, de la personnalité de Jekyll, qui voudrait, en vain, canaliser ses fantasmes. C’est sur ce terrain que la nouvelle de Stevenson m’a vraiment passionné : en particulier ce « dédoublement manichéen » |3|.

Mais l’œuvre amène aussi à réfléchir à la lutte des classes (les deux visages du Dr Jekyll pouvant être mis en relation avec l’opposition des quartiers nobles et misérables), et sur les rapports entre l’éthique et la connaissance scientifique : Jekyll, devenu obsédé par ses recherches, va tellement loin dans les découvertes que tous ses confrères prennent peur et refusent de le suivre. Le livre, comme le Frankenstein de Mary Shelley (1818), aborde en effet les nouveaux problèmes moraux auxquels nous confrontent certaines avancées scientifiques, et fait surgir une question fondamentale : L’homme peut-il tout rendre possible ?

Un livre qui n’a cessé de fasciner depuis sa publication…

Vous l’aurez compris, Strange Case of Dr Jekyll and Mr Hyde s’est imposé comme un classique littéraire qui fascine depuis sa création, et continue de fasciner encore aujourd’hui ! C’est bien pour cela que les adaptations cinématographiques de la nouvelle de Stevenson sont si nombreuses :  depuis le film muet américain réalisé par Otis Turner en 1908 on en compte plus de 16 au cinéma, sans compter les séries télévisées ainsi que les adaptations théâtrales ! Nous pourrions évoquer aussi l’univers de la bande dessinée : en particulier la magnifique adaptation de l’illustrateur italien, Lorenzo Mattotti (Casterman, 2002)… L’œuvre eut même droit à des parodies (celles des Minikeums ou la bande dessinée Léonard (n° 34) : Docteur Génie et Mister Aïe. Enfin, des groupes ou des chanteurs aussi illustres que Serge Gainsbourg, The Who, Mattotti-Jekyll_1Renaud ou les BB Brunes ont immortalisé le récit fantastique de Stevenson… C’est dire sa popularité.

← Lorenzo Mattotti, illustration tirée de l’album Docteur Jekyll & Mister Hyde
(scénario de Jerry Kramsky), Casterman, 2002.

Plus qu’un simple livre, cet ouvrage est presque un phénomène de la littérature  qui se doit d’être lu ! L’histoire tient, certes, sur peu de pages comparée à d’autres romans du même genre, mais elle est si complète et resserrée qu’elle dramatise davantage la narration qu’un roman par exemple. Bref, ce livre est un délice qui comblera les amateurs du genre !

© Camille H., décembre 2013
(Classe de Seconde 11, promotion 2013-2014)
Relecture du manuscrit : Bruno Rigolt


NOTES

1. John Ezard, « The story of Dr Jekyll, Mr Hyde and Fanny, the angry wife who burned the first draft » (The Guardian, 25 octobre 2000).
2. Il faut aussi savoir qu’en 1888 la capitale britannique est frappée par d’odieux crimes perpétrés la nuit, plongeant les habitants de Londres dans une peur palpable. Même si le tueur ne fut jamais retrouvé, de nombreuses personnes ont cru déceler dans Hyde « Jack The Ripper » (Jack l’éventreur) : dans les deux cas, les meurtres ont lieu dans le périmètre de Whitechapel, un quartier misérable à l’époque du nord de Londres.
3. Voir en particulier cette page de l’Encyclopédie en ligne Larousse).

Mattotti-Jekyll_0Lorenzo Mattotti, illustration tirée de l’album Docteur Jekyll & Mister Hyde
(scénario de Jerry Kramsky), Casterman, 2002

Un Automne en Poésie, Saison 5 Deuxième livraison

Les classes de Seconde 3 et de Seconde 11
du Lycée en Forêt présentent…

Pour fêter comme il se doit la rentrée littéraire, la classe de Seconde 3 et la classe de Seconde 11 du Lycée en Forêt (promotion 2013-2014) vous invitent à la saison 5 d’Un Automne en Poésie, événement désormais incontournable qui marque comme chaque année l’actualité littéraire lycéenne.

Puisant leur inspiration dans le message poétique du Romantisme et du Symbolisme, les jeunes étudiant(e)s ont souhaité mettre en avant l’écriture poétique comme exercice de la liberté : liberté du rêve, des grands infinis ; liberté du cœur et des sentiments ; liberté aussi des jeux sur l’image et le non-dit, l’inexprimable, l’ineffable du mot…

Voici la deuxième livraison de textes.

Chaque semaine, de nouveaux textes seront publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif jusqu’en décembre 2013. Bonne lecture !

Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les poèmes des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, ainsi que la référence complète du poème cité (URL de la page).

________________

                    

                           

Précieuses confusions

par Maud C., Marianne N. et Juliette B.-L.
Classe de Seconde 11

Des rames du temps parvient
L’insaisissable amour, tel tes yeux
Renferment les émeraudes cachotières,
Scintillant dans un lointain éphémère.

Glacé par le poison de l’insouciance,
L’éden bucolique de l’enfance
Heurte la porte de mon cœur,
Ton regard s’envole à travers les cieux.

Ouvre-moi l’immensité de tes blessures
Dans l’intime plainte d’un souffle d’argent
Rends précieux le sacrifice de mes larmes
Tes paroles voguent sur la mer du soir

De ta source jaillit un azur brûlant
Et mon cœur à tes lèvres pleure
Et mes cils à tes mots se figent ;
La neige embrase l’amère confusion.

Quand l’aurore apposera son chaste baiser,
Un char parfumé envahira tes jours
Souverain, majestueux, il t’emmènera pour toujours
Sur le soir de la mer…

« Souverain, majestueux, il t’emmènera pour toujours sur le soir de la mer… »

Crédit iconographique : Bruno Rigolt, composition d’après René Magritte : « Poison » (1949)

                 

                  

L’Amour de l’Atlantique

par Sandra C.
Classe de Seconde 3

                    

Je suis dans des champs de lumière
Emprisonnée dans mes rêves pleins de sève et de vie
L’étoile filante du voyage a touché mon âme
Un immense cœur de miel s’envole

Comme les rayons de mon être, vers un lieu infini.
Une porte s’ouvre à mes pieds
Et j’observe le futur s’inscrire dans le passé !
J’entends le mythe fabuleux du chant d’éternelle liberté

Transporter le vent de multiples couleurs sur Londres.
Je vois des merveilles dans l’oubli
De la solitude et de l’ombre
Dérober l’amour de l’Atlantique !

Joseph Mallord William Turner, « Le Dernier Voyage du Téméraire » (1839). Huile sur toile, Londres, National Gallery.

          

                   

Haïkus

par Lynne C. et Matthis L.
Classe de Seconde 11

La liberté de l’oiseau
Vaut cent mille fleurs,
Ses ailes ont troublé
Les millénaires

L’enfance est une bougie
Qui se consume
Laissant des perles de cire derrière elle

La mer a la même durée de vie
Que l’amour. Son doux vol traverse les ténèbres
Vers l’infini du cœur…

Voyage — Éternité

par Pauline O. et Idriss
Classe de Seconde 3

                         

Oublier les servitudes des villes de chagrin
Pour l’aventure infinie de l’espace
Je navigue tel un oiseau cherchant où migrer
Vers un bonheur éternel où passe

La lumière bleue du soir.
Voyage interdit vers un bonheur éternel,
Pour recevoir l’illusion de l’instantanément
ouvert au soleil.

Couleur azur qui envahit mes pensées
Mythe de la déesse de l’amour
Lointaine et constellée
À l’inquisition d’un trésor perdu.

Infinitié bleue de la mer
Qui embesogne
L’horizon de mes pensées
Où se repose le soir…

« Oublier les servitudes des villes de chagrin
Pour l’aventure infinie de l’espace… »

Crédit iconographique : Bruno Rigolt (peinture numérique et photomontage)
© Bruno Rigolt, novembre 2013

Voyage équationnel

par Sarah T. et Kassandra R.
Classe de Seconde 3

          

Sachant que toute fonction linéaire est une fonction affine dont le terme constant est égal au voyage…

 J’ai calculé l’équation de ton cœur
En m’aidant de mes sentiments
Et de quelques fonctions affines.
Dans le plan munie d’un repère,

J’ai conjecturé la valeur de ton nom.
Avec toute cette liberté proportionnelle
J’ai démontré la majestueuse rosée de l’espace
Et donné ton utilité en horizon.

Par ce résultat,
J’ai calculé la pureté de mes faiblesses
Goutte après goutte qui tombe
Rien qu’un instant sur mon cœur seulement…

 « … en m’aidant de mes sentiments et de quelques fonctions affines… »

Photomontage et peinture numérique : B. R.

               

  

À brève échéance

Création collective
(Charline, Maelys, Matthieu, Sari, Loïc, Marjorie, Salim, Oriana, Matthis,
Thomas, Amélie, Marianne, Camille H., Héloïse, Valentin, Camille G.)

Classe de Seconde 11


Les étoiles de la nuit ont émigré vers mon cœur
La mer est un étalement bleu d’exil
Partie en voyage.

La famine de mes sentiments à brève échéance
S’est nourrie de caps de bonne espérance
Et de latitudes en partance.

L’invention extraordinaire de l’aube
Citoyenne arctique de l’homme
A déforesté mes forêts de chagrins et de larmes

Ma vie, peuplée jadis de solitude
A frôlé le grand méridien
Tracé sur les lèvres de la mer…

                


Brefs poèmes

Création collective
(Alexis, Cléa, Fayçal, Léo, Amélie, Bastien, Lynne, Melvin, Benjamin,
Maud, Jade, Inès, Juliette, Julien, Alexandre)

Classe de Seconde 11

 

La sinuosité de mon âme a produit

des variations saisonnières

de feuilles et de vent

La monarchie de mon cœur a engendré une espèce de civilisation

Douloureuse et silencieuse aux confins de mes larmes

un peu plus loin encore…

Solitaire arc-en-ciel, le perroquet ouvre ses ailes aux profondeurs chagrines

Et quand il inonde dans un souffle profond l’exotique aquilon

L’impossible transgression de l’ailleurs se dévoile à mes yeux.

Le perroquet se lève, douloureux vertige qui produit l’irréel

Des tourments révélés.

                       

                           

Quelle est cette lumière ?

par William S. et Alexandre H.
Classe de Seconde 3

J’étais en train de poursuivre mon passé
Et non mon lendemain
Mais une fée a pris mon cœur
Pour l’emmener au bout du monde.

Quelle est cette lumière entre tes mains
Qui éclaire mon avenir ?
C’est un nouveau matin
Que j’ai enfin trouvé où dort le souvenir…

          

                

Comme un abîme fleuri de chagrins

par Maud C.
Classe de Seconde 11

              

À l’approche de l’abîme solitaire de mon âme
L’aube nourrie de baies généreuses
S’est refermée comme un abîme fleuri de chagrins
Où l’heure naissante ne bat qu’à demi,
Où le temps n’apparait qu’à demain.

Je dévale cette pente vers l’oubli
Vert de bleu que je ne saurais taire
Vert de nuit que je ne saurai dire.

Une montagne dans le vague tenait les chants du colibri
Simplicité mouvante de promesse,
Elle m’enivre et me blesse
M’entrainant par delà les latitudes dévastées
Au pays où l’alouette sourit au futur bruissement.

Je dévale cette pente vers le vent
Vert de nuit que je ne saurais dire
Vert de bleu que je ne saurai taire.

Crédit iconographique : © Bruno Rigolt, novembre 2013

                  

                         

Dans les îles de nuits

Maxime B.
Classe de Seconde 3

 

Tremper sa solitude dans l’azur de l’oubli
Soutenir le bateau des merveilles du passé
Et dérober les chaleureux trésors de l’amour
Pour nager à l’autre bout de la terre

Échapper aux pirates des villes
À leurs canons de pollution
Et laisser les combats du chagrin
Pour naviguer jusqu’aux îles du Bonheur

Ces îles de nuits de l’autre côté de la mer
Là où vivent les fleurs protectrices de joie
Là où tristesse et peur n’existent pas
Elles aiment et adoptent le voyageur.

« … Pour naviguer jusqu’aux îles du Bonheur/Ces îles de nuits de l’autre côté de la mer… »

                        

                    

La deuxième livraison de textes est terminée.
Prochaine livraison : samedi 23 novembre 2013

Un Automne en Poésie, Saison 5 Première livraison

Les classes de Seconde 3 et de Seconde 11
du Lycée en Forêt présentent…

Pour fêter comme il se doit la rentrée littéraire, la classe de Seconde 3 et la classe de Seconde 11 du Lycée en Forêt (promotion 2013-2014) vous invitent à la saison 5 d’Un Automne en Poésie, événement désormais incontournable qui marque comme chaque année l’actualité littéraire lycéenne.

Puisant leur inspiration dans le message poétique du Romantisme et du Symbolisme, les jeunes étudiant(e)s ont souhaité mettre en avant l’écriture poétique comme exercice de la liberté : liberté du rêve, des grands infinis ; liberté du cœur et des sentiments ; liberté aussi des jeux sur l’image et le non-dit, l’inexprimable, l’ineffable du mot…         

Voici la première livraison de textes.

Chaque semaine, de nouveaux textes seront publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif jusqu’en décembre 2013. Bonne lecture !

Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les poèmes des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, ainsi que la référence complète du poème cité (URL de la page).

________________

                       

  

Sous cet horizon vêtu de soir

par Cléa F. et Alexis G.
Classe de Seconde 11

Sous cet horizon vêtu de soir
Une étrange vision de bois sombres
Je sens que m’effeurent les ombres
Ainsi que d’une fleur le soupir lointain.

Le frisson de la nuit s’étend à l’infini
Un tremblement d’étoile surgit là-bas,
De mon cœur tombe goutte à goutte
Un chagrin en sursis

Dans la pénombre je vois la pluie qui tombe
Puis un rayon de lumière
Et sur le sable une lueur d’espoir
Comme le vent sur les vitres de la mer…

« Dans la pénombre je vois la pluie qui tombe puis un rayon de lumière… »

Crédit iconographique : Bruno Rigolt, d’après Caspar David Friedrich « Meeresufer im Mondschein » (« Rivage au clair de lune »), 1835-36, Kunsthalle, Hambourg (Allemagne)

            

                  

Vers Toi

par Tiffany Z. et Audrey L.
Classe de Seconde 3

              

C’est le soir. Voici l’heure où mon cœur déchiré te pleure
Malgré ton combat
Le ciel t’a emmenée vers une rivière bordée de fleurs vermeilles
Sous un ciel d’orage d’ombre.
La nuit déterminée du cancer a gagné
Je lève un peu la tête vers toi,
La pluie dégringole comme une aube venue de toi,
Comme des fleurs venues de toi…
Une étoile scintille au bord du chemin
Et je sais que c’est toi que je vois là
Vers le soleil du matin…

Octobre 2013

« Et je sais que c’est toi que je vois là… »

Louis Janmot (1814–1892), Le Poème de l’âme, « Le Vol de l’âme » (détail)
(Lyon, Musée des Beaux-Arts)

        

     

Un oiseau a chanté

par Léanna H. et Joanna B.
Classe de Seconde 3

                  

Délaissées les servitudes des villes monotones
Pour une métamorphose éternelle d’ombre et de soleil
Et pour me souvenir de l’interminable parfum
Du voyage.

Mes yeux sont des rivages vers un bonheur passé
Un oiseau a chanté un voyage interdit
Un voyage peint en bleu vers l’aveugle lumière
De l’infini.

Le jour songe en silence.
Le jour s’est couvert d’une toile blanche
Et me fait tomber parmi le monde entier
De ma douce destinée…

« Et pour me souvenir de l’interminable parfum du voyage… »

Crédit iconographique : © Bruno Rigolt

Inadmissible sourire dans une vie sans monde

par Maud C.
Classe de Seconde 11

                  

Les cheveux du vent semaient un peu de clarté révolue
Dans la remise des coteaux verdâtres du trépas.
L’amoureux de la longue plainte des saules
Respirait l’air bleu de la nuit.

Quelles chimères souffrant aux mille combats
Tariront la flamme de mon cœur appauvri ?
Et le souffle dénudé de ta main, à la musique de l’aube,
S’est levé dans la robe fleurie du salut.

Je te demanderai quelques discrétions absurdes,
Dans l’écho négligeable de tes yeux où le soleil s’éteint.
Un berceau de brume te cachait à la vie,
Assoupi dans une neige tiède de mélancolie.

Des larmes, soudain, perlaient sur ta solitude
Orpheline qui cueillait des fleurs.
Une cloche lointaine réveillait les songes des étoiles,
Tandis qu’une feuille mordorée

Voguait parmi les flots limpides
Du soir sans fin, longtemps, toujours plus loin.
Le rêve était fragile, le chant du repos sucré…
Et je cueille avec ardeur l’immensité de ton nom…

« … parmi les flots limpides du soir sans fin, longtemps, toujours plus loin… »

Crédit iconographique : Bruno Rigolt

 

Cette chanson de nuit…

par Benjamin C.
Classe de Seconde 11



J’ai souvent une chanson dans la tête
C’est un chant médiéval
Aux paroles de foudre et de tempête
Et le musicien oriental

Joue sur l’instrument infini
Et le chanteur part sur les ailes de l’âme
Laissant loin le feu et les flammes.
Céleste mélodie,

Chanson de nuit
Qui apaise doucement mon cœur
Et jusque dans la douleur
Me laisse partir au soleil de la vie.

← Juan Gris
« Nature morte aux fruits et à la mandoline »
(détail, 1919. Coll. privée)

                       

                    

La Lumière dessine un soir

par Valentin G.
Classe de Seconde 11

                 

J’observe la mer, cette avenue vers l’inconnu…
Un signe lointain me guide
La lumière dessine un soir

Le tableau interminé du jour
S’efface alors. Je me dirige
Dans le cadre solitaire de l’espoir

M’assieds au pied de cet arbre blanc
Et je m’endors
Vers la grande ville de l’Amour…

                        « J’observe la mer, cette avenue vers l’inconnu… »

Crédit iconographique : Edward McKnight Kauffer (1890-1954), « Go Great Western to Cornwall »
New York, Museum of Modern Art

 

              

Retour vers l’enfance

par Melvin C.
Classe de Seconde 11

                      

L’encadrement de cette photo me remplit de tristesse.
Seul le bulleur de l’aquarium respire encore.
Le parallélisme de ses bulles donne l’illusion de mes larmes.
Désormais, l’algorithme de l’amour est inversé.
La courbe de la mer lointaine traduit
L’équation de mes sentiments.

« La courbe de la mer lointaine traduit l’équation de mes sentiments… »

Crédit iconographique : © Bruno Rigolt, octobre 2013
Photomontage d’après Kay Sage, « The Answer is No » (1958, Princeton University Art Museum) et Hawase Hokusai, « La Grande Vague de Kanagawa » (1831).

                      

_

Dans la légèreté des civilisations du soir…

par Juliette B.-L. et Jade B.
Classe de Seconde 11
 

                   

La neige a peint la montagne,
Scintille en son miroir la perle de Lune

Le vent chante le soir,
Seul ton regard perce de mon cœur les brumes

Se perd, la nuit, l’ombre de mes rêves.
S ‘endort le monde, dans le berceau des montagnes.

L ‘ombre de la nuit rougit sous la Lune
La neige s ‘envole dans la légèreté des civilisations du soir…

« S ‘endort, le monde dans le berceau des montagnes… »

Kawase Hasui, « A Nocturnal Fuji, Lake Ashino », 1935

                          

      

La première livraison de textes est terminée.
Prochaine livraison le mercredi 6 novembre 2013

Un Automne en Poésie Saison 5… Bientôt l’expo !

        

L’événement littéraire de la rentrée lycéenne revient bientôt…

Un Automne en Poésie
Saison 5
(2013-2014)

Des centaines d’internautes l’an passé ont visité l’exposition poétique des classes de Seconde : « Un automne en Poésie »… Pour cette cinquième édition, ce sont les classes de Seconde 3 et de Seconde 11 du Lycée en Forêt de Montargis qui auront la lourde charge de relever brillamment le défi !

En exclusivité pour l’édition 2013-2014 : la version ebook¹ de l’intégralité des textes !

Rendez-vous sur ce site le lundi 21 octobre pour le lancement officiel de l’expo !

1. ebook : livre électronique

© Bruno Rigolt/EPC décembre 2012-septembre 2013. D’après Eugène Delacroix, « La Liberté guidant le peuple » (Musée du Louvre-Lens)

En attendant de découvrir la nouvelle édition, vous pouvez revoir les saisons précédentes…

Un Automne en Poésie
2010-2011

Première livraison
Deuxième livraison
Troisième livraison
Quatrième livraison
Cinquième livraison

Un Automne en Poésie
2011-2012

Première livraison
Deuxième livraison
Troisième livraison
Quatrième livraison
Cinquième livraison

Un Automne en Poésie
2012-2013

Première livraison
Deuxième livraison
Troisième livraison
Quatrième livraison

 

Un Automne en Poésie Saison 5… Bientôt l'expo !

        
L’événement littéraire de la rentrée lycéenne revient bientôt…

Un Automne en Poésie
Saison 5
(2013-2014)

Des centaines d’internautes l’an passé ont visité l’exposition poétique des classes de Seconde : « Un automne en Poésie »… Pour cette cinquième édition, ce sont les classes de Seconde 3 et de Seconde 11 du Lycée en Forêt de Montargis qui auront la lourde charge de relever brillamment le défi !

En exclusivité pour l’édition 2013-2014 : la version ebook¹ de l’intégralité des textes !

Rendez-vous sur ce site le lundi 21 octobre pour le lancement officiel de l’expo !

1. ebook : livre électronique

© Bruno Rigolt/EPC décembre 2012-septembre 2013. D’après Eugène Delacroix, « La Liberté guidant le peuple » (Musée du Louvre-Lens)

En attendant de découvrir la nouvelle édition, vous pouvez revoir les saisons précédentes…

Un Automne en Poésie
2010-2011

Première livraison
Deuxième livraison
Troisième livraison
Quatrième livraison
Cinquième livraison

Un Automne en Poésie
2011-2012

Première livraison
Deuxième livraison
Troisième livraison
Quatrième livraison
Cinquième livraison

Un Automne en Poésie
2012-2013

Première livraison
Deuxième livraison
Troisième livraison
Quatrième livraison

 

Un été en Poésie 2013… Toute l’expo publiée !

Dans le cadre de ses missions de valorisation de la place accordée aux femmes dans l’histoire culturelle (*), de promotion de l’écriture poétique, ainsi que des littératures francophones et étrangères, l’Espace Pédagogique Contributif a présenté du lundi 22 juillet au jeudi 22 août 2013 inclus une exposition inédite : « Un été en poésie ». Mêlant écriture et arts visuels, ce tour du monde poétique avait pour but de faire découvrir la poésie dans sa diversité. 

L’ensemble des textes vient d’être rassemblé sur une même page afin de faciliter la visite de l’exposition…

(*) Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité hommes-femmes a été strictement respecté.

Je visite l’exposition virtuelle !

Vous pouvez aussi feuilleter le livre :

Un été en Poésie. Edition 2013

(cliquez sur une page pour afficher le livre en grand format ; appuyez sur echap pour quitter le mode plein écran)

 

Pays représentés (par ordre alphabétique) pour l’édition 2013 :

ALLEMAGNE ALGÉRIE ARGENTINE BELGIQUE BRÉSIL CANADA (QUÉBEC) CHILI CONGO ÉGYPTE ÉTATS-UNIS FRANCE GRANDE-BRETAGNE GRÈCE IRAN ISRAËL ITALIE JAPON PORTUGAL ROUMANIE SÉNÉGAL SUISSE TUNISIE TURQUIE

Écrivain(e)s exposé(e)s (par ordre alphabétique) :

|Anne-Marie Alonzo|Marie-Claire Bancquart|Nicole Barrière|Mousse Boulanger|Charlotte Brontë|William Carlos Williams|Lucie Delarue-Mardrus|Marceline Desbordes-Valmore|Mohammed Dib|Birago Diop|Moshé Dor|Georges Duhamel|Marguerite Duras|Forough Farrokhzad|Robert Frost|Stefan George|Renée Guirguis|Edmond Haraucourt|Anne Hébert|Nazim Hikmet|Roberto Juarroz|André Pieyre de Mandiargues|Pablo Neruda|Anna de Noailles|Marie Noël|Fernando Pessoa|Catherine Pozzi|Adélia Prado|Amina Saïd|Georges Séféris|Shiki|Jean-Baptiste Tati Loutard|Giuseppe Ungaretti|Hélène Vacaresco|Paul Valéry|Renée Vivien|Robert Vivier|Marguerite Yourcenar|


Netiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, cette exposition est mise à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner l’URL de la page (http://brunorigolt.blog.lemonde.fr/un-ete-en-poesie-saison-1-22-juillet-22-aout-2013/) ainsi que la source (Bruno Rigolt, Espace Pédagogique Contributif).

Un été en Poésie 2013… Toute l'expo publiée !

Dans le cadre de ses missions de valorisation de la place accordée aux femmes dans l’histoire culturelle (*), de promotion de l’écriture poétique, ainsi que des littératures francophones et étrangères, l’Espace Pédagogique Contributif a présenté du lundi 22 juillet au jeudi 22 août 2013 inclus une exposition inédite : « Un été en poésie ». Mêlant écriture et arts visuels, ce tour du monde poétique avait pour but de faire découvrir la poésie dans sa diversité. 

L’ensemble des textes vient d’être rassemblé sur une même page afin de faciliter la visite de l’exposition…

(*) Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité hommes-femmes a été strictement respecté.

Je visite l’exposition virtuelle !

Vous pouvez aussi feuilleter le livre :

Un été en Poésie. Edition 2013

(cliquez sur une page pour afficher le livre en grand format ; appuyez sur echap pour quitter le mode plein écran)
 

Pays représentés (par ordre alphabétique) pour l’édition 2013 :

ALLEMAGNE ALGÉRIE ARGENTINE BELGIQUE BRÉSIL CANADA (QUÉBEC) CHILI CONGO ÉGYPTE ÉTATS-UNIS FRANCE GRANDE-BRETAGNE GRÈCE IRAN ISRAËL ITALIE JAPON PORTUGAL ROUMANIE SÉNÉGAL SUISSE TUNISIE TURQUIE

Écrivain(e)s exposé(e)s (par ordre alphabétique) :

|Anne-Marie Alonzo|Marie-Claire Bancquart|Nicole Barrière|Mousse Boulanger|Charlotte Brontë|William Carlos Williams|Lucie Delarue-Mardrus|Marceline Desbordes-Valmore|Mohammed Dib|Birago Diop|Moshé Dor|Georges Duhamel|Marguerite Duras|Forough Farrokhzad|Robert Frost|Stefan George|Renée Guirguis|Edmond Haraucourt|Anne Hébert|Nazim Hikmet|Roberto Juarroz|André Pieyre de Mandiargues|Pablo Neruda|Anna de Noailles|Marie Noël|Fernando Pessoa|Catherine Pozzi|Adélia Prado|Amina Saïd|Georges Séféris|Shiki|Jean-Baptiste Tati Loutard|Giuseppe Ungaretti|Hélène Vacaresco|Paul Valéry|Renée Vivien|Robert Vivier|Marguerite Yourcenar|


Netiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, cette exposition est mise à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner l’URL de la page (http://brunorigolt.blog.lemonde.fr/un-ete-en-poesie-saison-1-22-juillet-22-aout-2013/) ainsi que la source (Bruno Rigolt, Espace Pédagogique Contributif).