"Des mots égarés, une écriture du silence"… par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7 : derniers textes publiés…

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Pour des raisons techniques, certains textes n’ont pu être insérés dans les précédentes livraisons.
             
Voici donc les derniers poèmes de l’hommage à l’écrivaine Marguerite Duras, par les classes de Seconde 7 et de Seconde 18 du Lycée en Forêt.
             
Cliquez ici pour accéder aux textes publiés le 17 octobre 2009. Cliquez ici pour accéder aux textes publiés le 30 septembre 2009. Cliquez ici pour accéder aux textes publiés le 16 septembre 2009.

                  

           

En tournant les pages

par Valentin B. (Seconde 7)

                

En tournant les pages d’un livre

On écoute un peu l’ouverture du paysage

Céleste nocturne, ou quelque part à l’aube.

Une petite place pour l’Himalaya à gauche

Une grande place pour Monaco.

Quelques pages plus loin on découvre

Un drapeau italien

Séduit par un poisson rouge

Qui mange une pierre

Et déguste une glace chaude

À la fin du livre.

Surcharge explosive explosée

Qui se réincarne en colis surprise du samedi…

Autre livre : d’autres pages…

Et puis non j’ouvre le journal :

Un vulcanologue invente le temps,

Un hacker est trahi par des onomatopées,

Un manga a été oublié à la fenêtre de la Chine…

                

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Une tempête

par Rodolf de T. et Amaury G. (Seconde 7)

paysage_pluie.1258534562.GIF              

Il traverse le pont obscur, le vent.

Même l’herbe blanche a peur

Son ombre écoutait la pluie

Couper les ailes du bonheur.

L’ouragan se poursuivait là-bas

Tel un morceau de musique…

             

                 

            

Comme Athènes se remémorant…

par Seydi B. (Seconde 18)

          

Comme Athènes se remémorant

Puissance et guerres

Sa gloire d’antan,

enfants_cage_1.1258567093.jpgMa mémoire a tourné l’horloge directrice

Vers le lexique du temps.

        

Ce jour-là, j’ai nommé

La lenteur rapide

De la terre glorieuse, mais si petite.

J’aurais voulu parler

Des enfants enfermés

         

Dans la cage d’acier

Des soldats du ciel.

La tentation fut trop grande :

Les paradoxes s’éteignirent

À jamais : les mots se relevèrent…

              

               

Un amour qui était perdu…

par Déborah C. et Angélique M. (Seconde 7)

              

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Pour seul bagage

par Estelle T. (Seconde 18)

              

Mon amour qu’éclairait le soleil couleur de blé

Me poussait à savourer chaque instant de paysage.

Ma vie n’est que passage

Je n’ai que mon cœur pour bagage.

J’aimerais tant courir jusqu’au voyage de tes yeux…

                   

                     

Aimer, briser, cœur…

par Diane L. (Seconde 18)

            

Aimer, briser, cœur

trottoir.1258554935.jpgGrignoter, manger, grossir

Jeter le livre romantique.

Frapper, hurler, pleurer

Menaces, violences, peur 

Un chagrin au hasard

Sur le trottoir.

Et puis la prison,

Portes qui claquent, testament

La vie se referme aussi :

Homme fini

Qui meurt triste

Sous le soleil meurtri…

                   

                       

La beauté du soir

par Antoine M.

              

Je navigue la voile au vent

Retrouvant parfois un sourire passé,

Au gré des temps,

Et sans jamais me retourner.

          

La beauté du soir

Avançant inlassablement

Et la sincérité de nos regards

Permettaient de nous retrouver…

            

                  

Toi : apocalypse de ce monde

par Cheyenne M. (Seconde 7)

           

Mon regard jaloux n’était qu’amour triste

Dès que je t’ai rencontré.

Et puis, plus de nouvelles

Pas même l’eau du ciel sur tes cheveux.

Ton regard simple, rempli de mystère :

Mon cœur battait de pluie et de vent pour toi.

Pour toi mon cœur battait de ciel…

Un amour de collège passé dans l’oubli

Devenu amour de lycée : je ne cesse de te croiser.

Je ne pense qu’à toi,

Toi : apocalypse de ce monde !

              

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La mise en ligne de l’exposition « Des mots égarés, une écriture du silence » est terminée. Tous les textes ont été publiés (mise à jour : mercredi 18 novembre 2009-23:50).

« Des mots égarés, une écriture du silence »… par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7 : derniers textes publiés…

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Pour des raisons techniques, certains textes n’ont pu être insérés dans les précédentes livraisons.
             
Voici donc les derniers poèmes de l’hommage à l’écrivaine Marguerite Duras, par les classes de Seconde 7 et de Seconde 18 du Lycée en Forêt.
             
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En tournant les pages

par Valentin B. (Seconde 7)

                

En tournant les pages d’un livre

On écoute un peu l’ouverture du paysage

Céleste nocturne, ou quelque part à l’aube.

Une petite place pour l’Himalaya à gauche

Une grande place pour Monaco.

Quelques pages plus loin on découvre

Un drapeau italien

Séduit par un poisson rouge

Qui mange une pierre

Et déguste une glace chaude

À la fin du livre.

Surcharge explosive explosée

Qui se réincarne en colis surprise du samedi…

Autre livre : d’autres pages…

Et puis non j’ouvre le journal :

Un vulcanologue invente le temps,

Un hacker est trahi par des onomatopées,

Un manga a été oublié à la fenêtre de la Chine…

                

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Une tempête

par Rodolf de T. et Amaury G. (Seconde 7)

paysage_pluie.1258534562.GIF              

Il traverse le pont obscur, le vent.

Même l’herbe blanche a peur

Son ombre écoutait la pluie

Couper les ailes du bonheur.

L’ouragan se poursuivait là-bas

Tel un morceau de musique…

             

                 

            

Comme Athènes se remémorant…

par Seydi B. (Seconde 18)

          

Comme Athènes se remémorant

Puissance et guerres

Sa gloire d’antan,

enfants_cage_1.1258567093.jpgMa mémoire a tourné l’horloge directrice

Vers le lexique du temps.

        

Ce jour-là, j’ai nommé

La lenteur rapide

De la terre glorieuse, mais si petite.

J’aurais voulu parler

Des enfants enfermés

         

Dans la cage d’acier

Des soldats du ciel.

La tentation fut trop grande :

Les paradoxes s’éteignirent

À jamais : les mots se relevèrent…

              

               

Un amour qui était perdu…

par Déborah C. et Angélique M. (Seconde 7)

              

     amour_perdu.1258548270.jpg  

            

                

Pour seul bagage

par Estelle T. (Seconde 18)

              

Mon amour qu’éclairait le soleil couleur de blé

Me poussait à savourer chaque instant de paysage.

Ma vie n’est que passage

Je n’ai que mon cœur pour bagage.

J’aimerais tant courir jusqu’au voyage de tes yeux…

                   

                     

Aimer, briser, cœur…

par Diane L. (Seconde 18)

            

Aimer, briser, cœur

trottoir.1258554935.jpgGrignoter, manger, grossir

Jeter le livre romantique.

Frapper, hurler, pleurer

Menaces, violences, peur 

Un chagrin au hasard

Sur le trottoir.

Et puis la prison,

Portes qui claquent, testament

La vie se referme aussi :

Homme fini

Qui meurt triste

Sous le soleil meurtri…

                   

                       

La beauté du soir

par Antoine M.

              

Je navigue la voile au vent

Retrouvant parfois un sourire passé,

Au gré des temps,

Et sans jamais me retourner.

          

La beauté du soir

Avançant inlassablement

Et la sincérité de nos regards

Permettaient de nous retrouver…

            

                  

Toi : apocalypse de ce monde

par Cheyenne M. (Seconde 7)

           

Mon regard jaloux n’était qu’amour triste

Dès que je t’ai rencontré.

Et puis, plus de nouvelles

Pas même l’eau du ciel sur tes cheveux.

Ton regard simple, rempli de mystère :

Mon cœur battait de pluie et de vent pour toi.

Pour toi mon cœur battait de ciel…

Un amour de collège passé dans l’oubli

Devenu amour de lycée : je ne cesse de te croiser.

Je ne pense qu’à toi,

Toi : apocalypse de ce monde !

              

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La mise en ligne de l’exposition « Des mots égarés, une écriture du silence » est terminée. Tous les textes ont été publiés (mise à jour : mercredi 18 novembre 2009-23:50).

La citation de la semaine… Erich Maria Remarque…

« Il était tombé la tête en avant, étendu sur le sol, comme s’il dormait… »

Les arbres ont ici un éclat multicolore et doré ; les baies des sorbiers rougissent dans le feuillage. Des routes courent toutes blanches vers l’horizon et les cantines bourdonnent de rumeurs de paix, comme des ruches.

nevinson.1257903140.jpgJe me lève, je suis très calme. Les mois et les années peuvent venir. Ils ne me prendront plus rien. Ils ne peuvent plus rien me prendre. Je suis si seul et si dénué d’espérance que je peux les accueillir sans crainte.

La vie qui m’a porté à travers ces années est encore présente dans mes mains et dans mes yeux. En étais-je le maître? je l’ignore. Mais, tant qu’elle est là, elle cherchera sa route, avec ou sans le consentement de cette force qui est en moi et qui dit « Je ».

_____

Il tomba en octobre mil neuf cent dix-huit par une journée qui fut si tranquille sur tout le front que le communiqué se borna à signaler qu’à l’ouest il n’y avait rien de nouveau.

Il était tombé la tête en avant, étendu sur le sol, comme s’il dormait. Lorsqu’on le retourna, on vit qu’il n’avail pas dû souffrir longtemps. Son visage était calme et exprimait comme un contentement de ce que cela s’était ainsi terminé.

         

Erich Maria Remarque, À l’Ouest rien de nouveau (Im Westen nichts Neues), 1929. Traduit de l’allemand par Alzir Hella et Olivier Bournac, Paris, Stock, Le Livre de poche, dernière page.

Le regard que porte le romancier pacifiste allemand Erich Maria Remarque (1898-1970) sur l’horreur et l’absurdité de la guerre est empreint de gravité. L’histoire se déroule pendant la Première guerre mondiale : Paul Bäumer, un jeune soldat allemand de dix-neuf ans, relate au jour le jour sa vie dans les tranchées, « uniquement occupée à faire le guet continuellement, pour se garder des menaces de la mort »… Le passage présenté est la dernière page : le récit, jusqu’alors à la première personne, s’achève de façon froide, anonyme et brutale sur l’insignifiance et sans doute la vanité de mourir sur le « champ d’honneur » : remarque_a_louest_rien_de_nouveau.1257946533.jpgc’est dans l’indifférence la plus totale que s’éteint le héros, deux jours avant l’armistice ; son existence comme celle de toute « une génération détruite par la guerre » (*) s’achève sur la vision anonyme d’un mort sans importance « par une journée qui fut si tranquille sur tout le front que le communiqué se borna à signaler qu’à l’ouest il n’y avait rien de nouveau »…

Si vous ne l’avez pas encore lu, je ne saurais trop vous conseiller ce très beau roman : bien plus qu’un témoignage du front ou qu’un réquisitoire contre la violence, c’est d’abord un plaidoyer pacifiste sur la nécessaire fraternité entre les peuples. C’est aussi une réflexion poignante sur le tragique existentiel et sur l’absurdité même de la condition humaine. En ces journées de commémoration (le vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, la célébration du quatre-vingt-onzième anniversaire de l’Armistice de 1918), le texte d’Erich Maria Remarque nous oblige à un nécessaire travail de mémoire face à l’oubli, aux blessures et aux tragédies de l’Histoire. Comment ne pas songer ici à ces propos de Jean Guéhenno dans La Mort des autres : « Je connais maintenant la définition de la guerre : la guerre, c’est la mort des autres. On ne la laisse durer que parce que ce sont les autres qui la font et qui en meurent. […]. Notre plus grand manque est de si mal nous souvenir. »

(*) Avertissement de l’auteur (« Ce livre ne prétend être ni une accusation ni un aveu. Il ne cherche qu’à parler d’une génération détruite par la guerre, même quand elle avait échappé à ses obus »).

_______________

Crédit iconographique : C. R. W. Nevinson, Paths of Glory (Les Chemins de la Gloire), 1917, huile sur toile (détail), © Imperial War Museum, Londres.

"Des mots égarés, une écriture du silence" par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7… Troisième livraison…

Voici la troisième et dernière livraison des poèmes créés par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7 en hommage à Marguerite Duras.

  • Cliquez ici pour accéder aux textes publiés le 30 septembre 2009.
  • Cliquez ici pour accéder aux textes publiés le 16 septembre 2009.

        

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Oublier pour l’éternité

par Alizée R. (Seconde 18)

            

Alors que s’écoulent autrement

Les larmes du soleil

Je cherche dans la peur

la morale du tableau silencieux

Avec l’envie d’ignorer,

D’oublier une vie seule :

Pourquoi l’horizon court-il au loin ?

           

Je veux partir avec le cœur de l’autre

Sans voler ses ailes de papier,

M’égarer dans la puissance à jamais,

Calculer les secondes d’amour à deux

Mais rester dans la grande ignorance d’avoir à oublier

Et juste percevoir la solitude.

          

J’ai fermé les yeux sur l’espoir

J’ai marché dans les larmes du soleil…

  

            

Prendre le large

par Audrey G. (Seconde 18)

              

On vit, l’on profite de mensonges sincères,

On se noie, l’on s’écorche :

Mentir pour mieux se protéger.

Être nouveau, sans personne,

Sans mélancolie

Un besoin d’ailes,

Comme une attente pour se reconstruire.

Besoin d’horizon : oublier, renaître…

Sans personne,

Sans mélancolie

Un besoin d’ailes…

     

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New York, 1991, © B. R.

        

              

Haïku mélancolique

par Nabil B. (Seconde 18)

             

Un bruit dans la nuit :

Sur l’île

La solitude emplissait

Nos cœurs enfuis…

      

                               

Partir

par Charlotte B. (Seconde 7)

                

Attente inconsciente imaginée sans refus,

Embrasée, affligée de larmes

Noires sensations névrosées, épuisées de désir

Et de voyage.

Espoir assigné, oppressé de tristesse

Rongé par ces songes :

Partir, partir…

Cette mélancolie de liberté,

Ranimée d’éveils brûlant de rêves, en vain, épuisés…

            

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Belle nuit

par Florian C. (Seconde 7)

                 

Belle nuit où le temps s’arrête

Et ne reprend qu’au coucher de la vie

Aussi froide et sombre que le vent

Aussi noire et incertaine que l’aube

Belle nuit

Où l’on rêve que l’on ne pense à rien…

         

              

Un cœur égaré

par Tiffany J. (Seconde 7)

         

Dans la nuit inconnue

Ce cœur égaré par la lumière hésitante

D’un voyage oublié.mer-1.1255800756.jpg

   

Dans l’océan froissé

Du silence obscur,

Une solitude

Incertaine.

       

Ce cœur séparé,

Comme une musique dans le vent

Une musique de paroles colorées…

            

               

J’ai dû mourir plus vite que les autres

par Céline L. (Seconde 7)

             

Ce monde est-il noir ?

J’ai dû mourir plus vite que les autres.

M’occuper de la maison, de la lessive, des courses…

Les arbres sont creux, l’herbe hurle, les nuages pleurent :

J’ai dû mourir plus vite que les autres.

Je cache mes craintes, les maisons brûlent, et craque la terre :

J’ai dû mourir plus vite que les autres.

L’orage crie de douleur, les étoiles se fanent, les fleurs sont ternes :

J’ai dû mourir plus vite que les autres.

Ceux qui me critiquent ne savent pas. Ne connaissent pas.

Ce monde est-il noir ?

J’ai dû mourir plus vite que les autres.

            

             

Une histoire éphémère

par Janyce M. Inès E. et Déborah S. (Seconde 18)

              

Écrire dans le vent, au soleil de l’automne

Tant l’écriture est un rêve :

Léger tel ce lourd fardeau.

Admirer par la fenêtre la vérité,

Perdue dans le nuage des mots :

Ne jamais comprendre la conformité.

Apprendre le pouvoir de mordre le temps,

Prétendre qu’on le passe en pensant.

Je joue de la montre-bracelet,

Et gagne au Loto de la solitude

Une histoire éphémère :

Sourire à l’aube,

Pleurer le crépuscule…

         

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Photomontage à partir de deux tableaux du peintre surréaliste R. Magritte (« La Grande famille » et « La lunette d’approche »)

            

                    

Paysage d’été

par Lauren C. (Seconde 18)

         

S’amuser de soleils et de feuilles

Rire de paysages et de fleurs l’été

Sans amis, le soleil n’est que passage

Les regarder sourire

Faisait l’effet d’une friandise

Sur la plage

Dans le paysage d’été…

          

                   

Une guitare dans le Bleu

par Lucie L. (Seconde 7)

        

Partir, retrouver une vie

Se souvenir d’un regard,

guitare1.1256846842.jpgD’une mélodie douce…

Cœur vidé,

Mais une lueur d’espoir…

Un chien vagabondait.

                    

Le retour du temps passé,

Je crie mon envie, sans un bruit :

Un geste parti de mon cœur,

Une guitare dans le Bleu,

Une chevelure dorée,

Fascination d’un être.

                          

Un adieu, des larmes…

           

                 

Il s’agit du même livre…

par Marine D. et Marion L. (Seconde 7)

               

Chaque personne que l’on rencontre est unique

Mais les souvenirs parfois s’effacent :

L’ami s’en va, marche, s’évade,

Finit par s’endormir, partir…

La vie avec un ami parti

Est vie à mourir, tempête sans le vent,

Des larmes sans pleurer, un couloir sans issue.

Tourner la page ?

Mais il s’agit toujours du même livre…

               

                    

Des ombres ouvraient un chemin

par William P. (Seconde 18)

            

Sous un ciel

Qui brillait d’étrange lumière

new-york-1.1255844936.jpgDes ombres ouvraient un chemin.

Un cœur perdu

Triste d’oubli

Cherchait une proie.

L’enfant innocent

Endormi par l’ennui

Découvrit des images de la nuit

La nuit

Qui toujours s’évapore

De rayons roses

Qui se cachent…

          

                   

Je pense à la faim

par Haroun M. (Seconde 18)

             

Je pense à la faim, à la soif

De vivre pour manger

Se remplir de pays inconnus et

De villes perdues,

De cités égarées.

Je pense à la faim, à la soif

De vivre pour boire

Les mots

De livres égarés,

Quelques mots envolés…

              

                  

Délivrance

par Léo R. (Seconde 18)

Après une lecture de la nouvelle de M. Duras « Le coupeur d’eau« 

           

Découverte d’une tentation nouvelle,

Souvenir d’une mélodie égarée

À l’heure du silence de la société.

J’ai vu la beauté étoilée du Noir dans le soir,

L’émerveillement d’une nuit d’été hésitante,

La profondeur d’un regard

Dans le silence obscur de la vie.

C’était comme une infinité inconnue,

Comme le regret d’un changement lointain :

Le désespoir d’une femme à mes côtés

Le soulagement dernier d’un voyage espéré…

          

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La nuit, le ciel…

par Damien L. (Seconde 18)

         

Un homme sortit dans l’infini bleuté

Les mille bougies du ciel éclairaient son visage.

L’homme cherchait à se rappeler

Des souvenirs disparus

Dans l’obscurité-mémoire.

Puis le ciel pleura

L’homme fondit

Dans un déluge

De larmes bleues…

           

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Envolé

par Claire D. (Seconde 18)

         

Un homme s’arrête : essoufflé, perdu.

Pourtant le soleil brille, pourtant un oiseau chante.

Un papillon, une abeille, puis un soupir lointain.

L’homme rêve : il voit comme un amour

Mais c’est la pluie.

Et puis l’orage : même l’oiseau qui chantait s’est tu

L’homme ne respire plus.

Un éclair rose brise l’horizon.

L’homme est mort car c’est la guerre.

Le soleil revient.

L’oiseau a repris son chant mélodieux.

L’homme, lui, s’est envolé…

              

                     

Tourner la page

par Madeleine L. et  Harivelo A. (Seconde 18)

                  

Autour du feu de lecture

Des lettres de cœur,

Les odeurs de la mer classées, cataloguées

Avec les mots-poubelle

Du passé comme les vieux chagrins…

           

Le tour de manège ivre de plaisir est fini

Courir au loin puis seul

À un banc dans la nuit sans étoile

Questions, pensées, ennui :

la peur en route vers le mystère futur…

              

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« Des mots égarés, une écriture du silence » par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7… Troisième livraison…

Voici la troisième et dernière livraison des poèmes créés par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7 en hommage à Marguerite Duras.

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Oublier pour l’éternité

par Alizée R. (Seconde 18)

            

Alors que s’écoulent autrement

Les larmes du soleil

Je cherche dans la peur

la morale du tableau silencieux

Avec l’envie d’ignorer,

D’oublier une vie seule :

Pourquoi l’horizon court-il au loin ?

           

Je veux partir avec le cœur de l’autre

Sans voler ses ailes de papier,

M’égarer dans la puissance à jamais,

Calculer les secondes d’amour à deux

Mais rester dans la grande ignorance d’avoir à oublier

Et juste percevoir la solitude.

          

J’ai fermé les yeux sur l’espoir

J’ai marché dans les larmes du soleil…

  

            

Prendre le large

par Audrey G. (Seconde 18)

              

On vit, l’on profite de mensonges sincères,

On se noie, l’on s’écorche :

Mentir pour mieux se protéger.

Être nouveau, sans personne,

Sans mélancolie

Un besoin d’ailes,

Comme une attente pour se reconstruire.

Besoin d’horizon : oublier, renaître…

Sans personne,

Sans mélancolie

Un besoin d’ailes…

     

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New York, 1991, © B. R.

        

              

Haïku mélancolique

par Nabil B. (Seconde 18)

             

Un bruit dans la nuit :

Sur l’île

La solitude emplissait

Nos cœurs enfuis…

      

                               

Partir

par Charlotte B. (Seconde 7)

                

Attente inconsciente imaginée sans refus,

Embrasée, affligée de larmes

Noires sensations névrosées, épuisées de désir

Et de voyage.

Espoir assigné, oppressé de tristesse

Rongé par ces songes :

Partir, partir…

Cette mélancolie de liberté,

Ranimée d’éveils brûlant de rêves, en vain, épuisés…

            

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Belle nuit

par Florian C. (Seconde 7)

                 

Belle nuit où le temps s’arrête

Et ne reprend qu’au coucher de la vie

Aussi froide et sombre que le vent

Aussi noire et incertaine que l’aube

Belle nuit

Où l’on rêve que l’on ne pense à rien…

         

              

Un cœur égaré

par Tiffany J. (Seconde 7)

         

Dans la nuit inconnue

Ce cœur égaré par la lumière hésitante

D’un voyage oublié.mer-1.1255800756.jpg

   

Dans l’océan froissé

Du silence obscur,

Une solitude

Incertaine.

       

Ce cœur séparé,

Comme une musique dans le vent

Une musique de paroles colorées…

            

               

J’ai dû mourir plus vite que les autres

par Céline L. (Seconde 7)

             

Ce monde est-il noir ?

J’ai dû mourir plus vite que les autres.

M’occuper de la maison, de la lessive, des courses…

Les arbres sont creux, l’herbe hurle, les nuages pleurent :

J’ai dû mourir plus vite que les autres.

Je cache mes craintes, les maisons brûlent, et craque la terre :

J’ai dû mourir plus vite que les autres.

L’orage crie de douleur, les étoiles se fanent, les fleurs sont ternes :

J’ai dû mourir plus vite que les autres.

Ceux qui me critiquent ne savent pas. Ne connaissent pas.

Ce monde est-il noir ?

J’ai dû mourir plus vite que les autres.

            

             

Une histoire éphémère

par Janyce M. Inès E. et Déborah S. (Seconde 18)

              

Écrire dans le vent, au soleil de l’automne

Tant l’écriture est un rêve :

Léger tel ce lourd fardeau.

Admirer par la fenêtre la vérité,

Perdue dans le nuage des mots :

Ne jamais comprendre la conformité.

Apprendre le pouvoir de mordre le temps,

Prétendre qu’on le passe en pensant.

Je joue de la montre-bracelet,

Et gagne au Loto de la solitude

Une histoire éphémère :

Sourire à l’aube,

Pleurer le crépuscule…

         

histoire-ephemere-1.1255924194.jpg

Photomontage à partir de deux tableaux du peintre surréaliste R. Magritte (« La Grande famille » et « La lunette d’approche »)

            

                    

Paysage d’été

par Lauren C. (Seconde 18)

         

S’amuser de soleils et de feuilles

Rire de paysages et de fleurs l’été

Sans amis, le soleil n’est que passage

Les regarder sourire

Faisait l’effet d’une friandise

Sur la plage

Dans le paysage d’été…

          

                   

Une guitare dans le Bleu

par Lucie L. (Seconde 7)

        

Partir, retrouver une vie

Se souvenir d’un regard,

guitare1.1256846842.jpgD’une mélodie douce…

Cœur vidé,

Mais une lueur d’espoir…

Un chien vagabondait.

                    

Le retour du temps passé,

Je crie mon envie, sans un bruit :

Un geste parti de mon cœur,

Une guitare dans le Bleu,

Une chevelure dorée,

Fascination d’un être.

                          

Un adieu, des larmes…

           

                 

Il s’agit du même livre…

par Marine D. et Marion L. (Seconde 7)

               

Chaque personne que l’on rencontre est unique

Mais les souvenirs parfois s’effacent :

L’ami s’en va, marche, s’évade,

Finit par s’endormir, partir…

La vie avec un ami parti

Est vie à mourir, tempête sans le vent,

Des larmes sans pleurer, un couloir sans issue.

Tourner la page ?

Mais il s’agit toujours du même livre…

               

                    

Des ombres ouvraient un chemin

par William P. (Seconde 18)

            

Sous un ciel

Qui brillait d’étrange lumière

new-york-1.1255844936.jpgDes ombres ouvraient un chemin.

Un cœur perdu

Triste d’oubli

Cherchait une proie.

L’enfant innocent

Endormi par l’ennui

Découvrit des images de la nuit

La nuit

Qui toujours s’évapore

De rayons roses

Qui se cachent…

          

                   

Je pense à la faim

par Haroun M. (Seconde 18)

             

Je pense à la faim, à la soif

De vivre pour manger

Se remplir de pays inconnus et

De villes perdues,

De cités égarées.

Je pense à la faim, à la soif

De vivre pour boire

Les mots

De livres égarés,

Quelques mots envolés…

              

                  

Délivrance

par Léo R. (Seconde 18)

Après une lecture de la nouvelle de M. Duras « Le coupeur d’eau« 

           

Découverte d’une tentation nouvelle,

Souvenir d’une mélodie égarée

À l’heure du silence de la société.

J’ai vu la beauté étoilée du Noir dans le soir,

L’émerveillement d’une nuit d’été hésitante,

La profondeur d’un regard

Dans le silence obscur de la vie.

C’était comme une infinité inconnue,

Comme le regret d’un changement lointain :

Le désespoir d’une femme à mes côtés

Le soulagement dernier d’un voyage espéré…

          

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La nuit, le ciel…

par Damien L. (Seconde 18)

         

Un homme sortit dans l’infini bleuté

Les mille bougies du ciel éclairaient son visage.

L’homme cherchait à se rappeler

Des souvenirs disparus

Dans l’obscurité-mémoire.

Puis le ciel pleura

L’homme fondit

Dans un déluge

De larmes bleues…

           

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Envolé

par Claire D. (Seconde 18)

         

Un homme s’arrête : essoufflé, perdu.

Pourtant le soleil brille, pourtant un oiseau chante.

Un papillon, une abeille, puis un soupir lointain.

L’homme rêve : il voit comme un amour

Mais c’est la pluie.

Et puis l’orage : même l’oiseau qui chantait s’est tu

L’homme ne respire plus.

Un éclair rose brise l’horizon.

L’homme est mort car c’est la guerre.

Le soleil revient.

L’oiseau a repris son chant mélodieux.

L’homme, lui, s’est envolé…

              

                     

Tourner la page

par Madeleine L. et  Harivelo A. (Seconde 18)

                  

Autour du feu de lecture

Des lettres de cœur,

Les odeurs de la mer classées, cataloguées

Avec les mots-poubelle

Du passé comme les vieux chagrins…

           

Le tour de manège ivre de plaisir est fini

Courir au loin puis seul

À un banc dans la nuit sans étoile

Questions, pensées, ennui :

la peur en route vers le mystère futur…

              

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La citation de la semaine… Anaïs Nin…

« Écrire doit être une nécessité, tout comme la mer a besoin des tempêtes, et j’appelle cela respirer… »

À la question « Pourquoi écrivez-vous ? », Anaïs Nin répond : « Je ne pouvais vivre dans aucun des mondes qui m’étaient proposés […]. J’ai dû créer un monde pour moi, comme un climat, un pays, une atmosphère, où je puisse respirer, régner et me recréer anais-nin-1.1254664398.jpglorsque j’étais détruite par la vie… C’est un monde pour les autres, un héritage pour les autres, un don aux autres en définitive. Nous écrivons afin de pouvoir transcender notre vie, aller au-delà. Nous écrivons pour nous apprendre à parler avec les autres, pour raconter le voyage à travers le labyrinthe, nous écrivons pour élargir notre univers, lorsque nous nous sentons étranglés, gênés, seuls […]. Lorsqu’on crée un monde tolérable pour soi-même, on crée un monde tolérable pour les autres. Nous écrivons pour agrandir le monde que nous trouvons étouffé, rétréci ou désolé. Nous écrivons comme les oiseaux chantent, comme les primitifs dansent leurs rituels. Si vous ne respirez pas en écrivant, si vous ne criez pas en écrivant, si vous ne chantez pas en écrivant, alors n’écrivez pas, car notre culture n’en a nul besoin. Lorsque je n’écris pas, je sens mon univers se rétrécir. Je me sens en prison. Écrire doit être une nécessité, tout comme la mer a besoin des tempêtes, et j’appelle cela respirer… »

Anaïs Nin, Journal, février 1954

Anaïs Nin (1903-1977) est une écrivaine atypique, secrète et mystérieuse. Muse et poétesse, inspiratrice d’Antonin Artaud et d’Henri Miller, elle consacrera une bonne part de son activité créatrice à la rédaction d’un imposant journal (sept tomes au total), dont la veine intimiste et narcissique n’a cessé de fasciner des générations de lecteurs. Commencé à onze ans et jamais interrompu, ce journal constituera pour elle une sorte de thérapie interrogeant le sujet écrivant et l’écrivaine elle-même : tout écrire, tout confier jusqu’au plus intime sera pour elle la seule façon de communiquer aux autres le silence de son être par le pouvoir cathartique des mots.

De fait, Anaïs Nin apparaît comme une femme divisée, fragmentée, à la recherche perpétuelle d’une identité que seule l’écriture lui permettra de retrouver. Dans ce passage justement, elle aborde le processus qui l’amène à ce besoin d’écrire et s’interroge plus largement sur la mission de l’écrivain. Écrire, dit-elle, « c’est un monde pour les autres, un héritage pour les autres, un don aux autres »… À ce titre, l’écriture apparaît comme une sorte d' »invitation au voyage » : de cette rencontre avec les autres naît un nouveau regard sur soi-même et sur le monde : « Lorsqu’on crée un monde tolérable pour soi-même, on crée un monde tolérable pour les autres »…

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Crédit photographique : B. Rigolt (photomontage)
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“Des mots égarés, une écriture du silence” par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7… Deuxième livraison…

Voici la deuxième livraison des poèmes créés par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7 en hommage à Marguerite Duras. Cliquez ici pour lire (ou relire) les premiers textes déjà publiés sur le site…

 

         motsegares-affiche-1.1289659290.jpg             

                               

La vie raconte…

par Vincent M. (Seconde 18)

        

L’nfinie beauté du soleil éclaire l’avenir de la nuit.

Voici l’heure de l’humanité calme.

La pluie hurle sans bruit de peur d’être mangée par le soleil.

La vie raconte toujours le silence

Ce silence d’évasion

Devant les portes de la gloire….

            

                

Ouvrir la vie

Aurélie V. et Flavie H. (Seconde 7)

                  

Ouvrir la vie dans son lit de printemps,

Sur un chantier enneigé… Le vent était glacial…

Écrire sur un cahier, ouvrir la porte d’un arbre ouvert,

Les feuilles tombantes défilaient comme un livre.

L’espace noir de l’infini de Mars

Étoilé,

Sur un chantier enneigé :

Ouvrir la vie dans son lit de printemps…

mars.1289659399.jpg

                    

                              

Dans la noyade d’une larme

par Laura F. Victor E. Tiphanie C. Samuel B. (Seconde 7)

                       

La vie est répétition d’habitudes dans une liberté condamnée,

Obscure beauté de la fleur fanée dans de noires clartés.

La vie est le regard de l’aveugle perdu dans le cri des cités,

Et le sang du mort rendant la vue à une poupée

Dans la noyade d’une larme…

              

La vie est l’enfant noyé dans l’alcool dans une courte éternité,

Et, par une lenteur si brève, la joie dans le malheur

Une étrange pureté, et de peur

Le commencement par la fin

Durant la fin de l’Apocalypse…

          

               

Des souvenirs

par Corentine H. (Seconde 7)

                      

Rappelle un été

Un champ nulle part

dali1.1289659511.jpgUn temps sans montre

Des rires montaient au ciel…

        

Parler sans mot

Une bulle, une cabane

Des histoires sans fin

D’une vie qui se fâne…

           

Imaginer, créer, voyager

Des tâches, des murs

Une journée sans nuit,

Ce souffle du vent qui réchauffe :

  

Abandonné, oublié…

Dalí (1904-1989), « La Persistance de la mémoire » (détail), 1931. Huile sur toile, The Museum of Modern Art, New York. © 2008 Salvador Dalí, Fundació Gala-Salvador Dalí / Artists Rights Society (ARS), New York

           

                                                          

Soupçon de la mer rose

par Émilie S. et Johanna H. (Seconde 7)

            

Horizon, paradis noir blessé

Étoile arrondie veut vouloir vivre

Passion de rêver écartelée

Tristesse hantée par le rire

Jalousie ensoleillée :

Soupçon de la mer rose.

               

Aboyer du regard

Rougir d’un amour haineux

Tromper le métissage des sentiments,

Tuer le cinéma rouge :

Toi, étoile haineuse

Arrivée par la jolie fleur.

              

Écrire trop fort l’absence qui blesse,

Pleurer d’une grande réconciliation…

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 B. Rigolt (pastel et aquarelle), d’après Paul Levere

      

                                        

Dans la nuit des dernières larmes

par Antoine B. et Alexandre B. (Seconde 7)

           

Des pages de la vie qui se tournent :

Rupture du cœur triste,

Mon rêve est maintenant loin de moi.

Envie d’exil, de voyage :

Prendre un bateau et sombrer

Dans la nuit des dernières larmes

Et recommencer à aimer…

          

                                         

Le retranchement

par Aurélie V. et Flavie H. (Seconde 7)

         

larmes_after.1289660060.jpgL’individu tarde à fermer son soupir ;

Le retranchement maladroit est moqueur

L’effet blanc des larmes sur la table

Pèse le mouvement des brûlures des mains

La pluie orangée nettoie le rythme palpable…

Photomontage d’après Man Ray « Tears », 1933

                

                            

Emporté par le vent

par Nina D. (Seconde 7)

                

Une douce rose éclata aux aurores ;

Par la chaleur du soleil, un trèfle descendit du ciel

Ainsi qu’une cerise emportée par le vent.

Au loin la mer déchaînée,

Les roches griffées

Par le cri des vagues.

Puis une cloche qui chanta de bonheur

Le cri du bébé réveillé

Sur le cœur de la mère

Débordant d’un amour sucré

Emporté par le vent…

                     

Mélodie mélancolique

par Michaël C. Nicolas D. Tennesse V. Thomas L. (Seconde 7)

             

soleil.1289661706.jpgMa joie s’est dessinée un matin

Par la fenêtre du ciel

J’entendis la musique qui tombait monotone

Crépitait mélancolique :

Elle zébrait le ciel,

Me faisait vivre et mourir.

L’amour se dessinait dans un monde

Plein de colère et de trahisons,

Il faisait tomber le soleil…

                   

                             

Attendre l’aube

par Léa G. (Seconde 18)

             

         Nuitée profonde, triste et abandonnée

Oubliée doucement,

Attendait l’aube rouge et miroitante clarté,

Contemplait l’astre lumineux,

Lentement s’endormait…

               

                 

Sorbet d’ananas au parfum artistique

par Alexandra D. (Seconde 18)

      ananas.1289662133.jpg  

 Danser dans un rêve toujours plongé

Au cœur bleuté d’anachronismes

Comme de tristesse ensoleillée.

Nager dans des ouragans

De peluche envoûtée par le jour

Accompagnés de cannelle

Sous la tristesse de la mer…

   

                         

            

             

Temps est vent

par Clémentine G. (Seconde 7)

              

Temps est vent :

Regardez le temps passé,

Le temps lointain, le temps présent

            

Temps est vent,

Écoutez son chant : c’est le chant du temps qui passe

Qui laisse des souvenirs en noir et blanc

Qui fait croire en l’avenir

        

Temps est vent,

Laissez-vous porter

Par les profondeurs bleues du temps

Qui marche, court et vole mais ne se retourne pas

          

Temps est vent,

C’est une brise silencieuse

 Fraîche, nouvelle, mystérieusement…

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René Magritte, « Le poison » (détail), 1939 

               

                         

La beauté du voyage

par Romane C. (Seconde 18)

             

La beauté du voyage,

oiseaux-dans-la-nuit.1289663556.jpgC’est partir vers d’autres nulle part

C’est découvrir de pourpres lunes

Parcourues d’oiseaux de miel,

Des soleils lunatiques,

Des océans de pain d’épices

Ou de sirop de pêche.

La beauté du voyage,

C’est un ciel d’étoiles sans nuit,

De nuit sans étoiles :

Monde retourné, aucune idée,

C’est cette photo sans image :

Cris et silence mêlés.

Le voyage est la clé…

                                  

                               

Aidé par le temps

par Marion C. (Seconde 18)

              

Sourire, et soupir-silence…

Aidé par le temps,

Le va-et-vient de la vague blanche

A effacé les traces dernières

De mon esprit vagabond :

J’ai cru arrêter de croire…

                

                      

Litanie des émotions

par Amel F. et Camille R. (Seconde 7)

             

Laideur d’une douce sirène

(L’instabilité renforçait l’authenticité),

Monotonie mêlée de désespoir en forme de chose précieuse.

Un valet assis sur un banc attendait les lèvres de sa reine ;

La douleur de la trahison  affaiblit le son du corbeau…

La fluorescence de l’amour empêche le visage d’avoir peur,

Amour interdit équivaut au désir.

La lueur de la lampe faisait ressentir ta sensualité.

Litanie des émotions, fraîcheur du crime…

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(D’autres textes seront publiés prochainement…)

La citation de la semaine… Nazim Hikmet…

« Halil a peut-être un peu vieilli, mais ni le livre, ni les menottes, ni le cœur n’ont vieilli… »

Les gendarmes et les condamnés dans le premier wagon.
Le sergent n’a pas souri une seule fois
Les mausers* ont été posés dans le filet, mais les menottes entravent toujours.
Deux camps, deux mondes.
Halil lit un livre,
et pour tourner les pages sur ses genoux,
il use adroitement de ses mains liées.
C’est son cinquième voyage depuis treize ans,
un livre et toujours des menottes.
Au-dessus de ses yeux, des rides, sur les tempes des cheveux blancs.
Halil a peut-être un peu vieilli,
mais ni le livre, ni les menottes, ni le cœur n’ont vieilli, […]
À la gare de Gebzé, le train s’arrête, puis repart,
il passe très haut sur le pont de fer.
À droite, la terre s’affaisse soudain de cent et même cent-cinquante brasses.
Et là, tout en bas, tout au fond, le village de la Vieille-Forteresse, sa tour,
et sur la route mince et longue, deux hommes à cheval,
les oliviers, et même la mer déserte…

Nazim Hikmet, « Wagon de troisième classe n°510 », Paysages humains, 1976.
Traduit du Turc par Munevver Andaç. Texte cité par Siobhan Dowd dans Écrivains en prison, Labor & Fides, 1997.

* Mausers : fusils fabriqués à l’origine pour l’armée allemande.

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C’est son courage et son engagement autant que la haute qualité de son œuvre poétique qui ont fait de Nazim Hikmet (1901-1963) l’une des figures les plus emblématiques de la littérature turque contemporaine. Condamné à de longues années de prison pour ses opinions politiques, Hikmet est un auteur engagé, critique et rebelle. Mais son écriture ne se borne pas à transmettre un message de révolte, elle est empreinte à la fois d’un lyrisme inspiré de la vieille tradition ottomane et d’un humanisme populaire qui permet de saisir dans le présent du récit et sa plus quotidienne banalité, l’intimité la plus poignante : « Halil lit un livre, et pour tourner les pages sur ses genoux, il use adroitement de ses mains liées »… Remarquez combien, dans son insignifiance même, ce simple détail des mains liées tenant le livre, accentue la vulnérabilité des prisonniers, livrés à leur silence et à leur détresse.

Le texte d’Hikmet parvient ainsi à greffer sur des notions abstraites —la notion d’engagement, d’emprisonnement— la réalité tangible d’un visage, d’un compartiment de train, d’un paysage qui défile : « le train s’arrête, puis repart, il passe très haut sur le pont de fer […] deux hommes à cheval, les oliviers, la mer… » En puisant dans les infinies possibilités du vers libre sa matière afin de faire mieux vivre la scène, l’écriture refuse tout cliché idéaliste : dépouillée de toute sentimentalité, elle s’attarde sur le monde qui nous entoure, cette vie qui s’écoule, et ces autres vies qui s’arrêtent : pas de pathétique ou de lyrisme. Une écriture de l’instant au contraire, biographique et contingente, qui introduit entre ces prisonniers et nous lecteurs, la médiation d’un sourire, d’une souffrance, d’une blessure. L’acte d’écrire devient ainsi un geste humanitaire, une vocation, un appel, pour atteindre, à travers le monde des images, la vérité morale la plus nue…

Lisez l’intégralité du texte d’Hikmet (p. 143 et suivantes) et d’autres témoignages d’auteurs illustres dans l’ouvrage de Siobhan Dowd, Écrivains en prison, que vous pouvez feuilleter ci-dessous (Pensez à utiliser l’outil zoom pour agrandir la taille des caractères).

La citation de la semaine… Colette…

« Tout cela c’est la vie, le temps qui coule, c’est le miracle espéré à chaque tournant du chemin… »

Je viens de lire la dépêche d’Alain. Dans trente-six heures, il sera ici, et moi… Je prends ce soir le rapide de Paris-Karlsbad, qui nous conduisit jadis vers Bayreuth. De là… je ne sais encore. Alain ne parle pas allemand, c’est un petit obstacle de plus.

J’ai bien réfléchi depuis avant-hier, ma tête en est toute fatiguée. Ma femme de chambre va s’étonner autant que mon mari. Je n’emmène que mes deux petits amis noirs : Toby le chien, et Toby le revolver. Ne serai-je pas une femme bien gardée ? Je pars résolument, sans cacher ma trace, sans la marquer non plus de petits cailloux… Ce n’est pas une fuite folle, une évasion improvisée que la mienne ; il y a quatre mois que le lien, lentement rongé, s’effiloche et cède. Qu’a-t-il fallu ? Simplement que le geôlier distrait tournât les talons, pour que l’horreur de la prison apparût, pour que brillât la lumière aux fentes de la porte.

Devant moi, c’est le trouble avenir. Que je ne sache rien de demain, que nul pressentiment ne m’avertisse […]. Je veux espérer et craindre que des pays se trouvent où tout est nouveau, des villes dont le nom seul vous retient, des ciels sous lesquels une âme étrangère se substitue à la vôtre… Ne trouverai-je pas, sur toute la grande terre, un à peu près de paradis pour une petite créature comme moi ?

Debout, de roux vêtue, je dis adieu, devant la glace, à mon image d’ici. Adieu, Annie ! Toute faible et vacillante que tu es, je t’aime. Je n’ai que toi, hélas, à aimer.

Je me résigne à tout ce qui viendra. Avec une triste et passagère clairvoyance, je vois ce recommencement de ma vie. Je serai la voyageuse solitaire qui intrigue, une semaine durant, les tables d’hôte, dont s’éprend soudain le collégien en vacances ou l’arthritique des villes d’eaux… la dîneuse seule, sur la pâleur de qui la médisance édifie un drame… la dame en noir, ou la dame en bleu, dont la mélancolie distante blesse et repousse la curiosité du compatriote de rencontre… Celle aussi qu’un homme suit et assiège, parce qu’elle est jolie, inconnue, ou parce que brillent à ses doigts des perles rondes et nacrées… Celle qu’on assassine une nuit dans un lit d’hôtel, dont on retrouve le corps outragé et sanglant… Non, Claudine, je ne frémis pas. Tout cela c’est la vie, le temps qui coule, c’est le miracle espéré à chaque tournant du chemin, et sur la foi duquel je m’évade.

FIN

Colette, Claudine s’en va (dernière page), 1903

Une analyse complète de ce passage est disponible à cette adresse : http://brunorigolt.blog.lemonde.fr/2018/02/08/entrainement-a-leaf-corrige-de-commentaire-litteraire-colette-claudine-sen-va-1903-derniere-page/

est sur ce grand plaidoyer féministe que s’achève la série des Claudine. Entre le premier roman du cycle (Claudine à l’école, publié en 1900) et la dernière page de Claudine s’en va (1903), que de changements : à la tonalité légère du début, apte à faire ressentir le quotidien d’une écolière (effrontée !) de campagne, se substitue un lyrisme profond et grave, qui évoque le difficile affranchissement du lien conjugal : c’est en effet sur une séparation pleinement assumée qui doit rendre à la narratrice son visage et sa liberté, que se clôt le texte : « Je me résigne à tout ce qui viendra. Avec une triste et passagère clairvoyance, je vois ce recommencement de ma vie ». Tout quitter pour tout recommencer… Certes, mais prendre en main son destin personnel pour une femme des années 1900, c’est endosser un grand risque (le divorce n’avait été autorisé qu’en 1884), et sans doute ce texte constitue-t-il un plaidoyer avant la lettre pour l’émancipation des femmes. Mais point de grandiloquence dans ces lignes : si cause féministe il y a, elle est servie avec émotion, sincérité et pudeur.

« Debout, de roux vêtue, je dis adieu, devant la glace, à mon image d’ici… »

Une certaine sensualité stylistique ainsi qu’un regard très intimiste porté sur les êtres et les choses confèrent au texte une indicible poésie. Admirez comment la narration, à la fin du passage, orientée jusqu’alors vers la notation de l’instant présent et la perception du moi observant, semble s’élargir en une vision plus large, qui fait basculer le récit de l’individuel au collectif : « Je serai la voyageuse solitaire qui intrigue… Celle aussi qu’un homme suit et assiège, parce qu’elle est jolie…Celle qu’on assassine une nuit dans un lit d’hôtel, dont on retrouve le corps outragé et sanglant ». Ce n’est plus seulement la narratrice dont il est question, mais la femme en tant qu’archétype universel.

Pourtant, même les drames les plus sombres semblent suggérés en touches légères, peu appuyées, qui sollicitent beaucoup plus la conscience du lecteur. Il en résulte un style pointilliste, subjectif et sensible. Ce parti-pris favorise l’identification du lecteur au personnage. Nous nous projetons dans ce panorama social observé à travers le prisme d’une conscience interprétée comme quête existentielle.

Les propos de Colette dans ce passage de Claudine s’en va se situent donc sur deux registres : celui de la revendication identitaire ; et celui du sensible, de l’intime, du lyrisme personnel. Son inspiration, qui puise aux sources du corps et de l’expérience féminine, explore ainsi les paramètres d’une écriture-femme, pleinement assumée, qui caresse l’énigme d’un moi féminin, intégré à une nouvelle manière de penser, invalidée du référent masculin. C’est cette écriture extime, mélange à la fois d’intimité et d’extériorité, de secret et de dévoilement, qui fait aussi la beauté de l’œuvre de Colette, et qui caractérise si bien cette vision féminine du monde.

Bruno Rigolt
© 2009-2018, Bruno Rigolt/Espace Pédagogique Contributif

Crédit photographique : Colette en 1912 (détail) © Roger-Viollet. Retouche et colorisation : Bruno Rigolt / Colette © Roger-Viollet

« Des mots égarés, une écriture du silence » par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7

Les classes de Seconde 18 et Seconde 7 ont travaillé sur une nouvelle dense et forte de Marguerite Duras, « Le Coupeur d’eau » (La Vie matérielle, P.O.L. 1987). Ce texte a amené les élèves à s’interroger sur le style si particulier de cette écrivaine : dans Écrire, voici comment Duras présente sa propre conception de l’écriture : « Il y aurait une écriture du non-écrit. Un jour ça arrivera. Une écriture brève, sans grammaire, une écriture de mots seuls. Des mots sans grammaire de soutien. Égarés. Là, écrits. Et quittés aussitôt ». Cette expression de « mots égarés » a suscité l’intérêt des étudiants qui ont souhaité créer des poèmes dont la langue, très épurée, est comme une réponse au vœu de l’auteure… Découvrez ces textes, particulièrement le travail sur le style et la syntaxe entrepris par les « jeunes écrivains ».

Les poèmes seront publiés au fur et à mesure de leur achèvement. Bonne lecture !

Au matin de la pluie…

par Luiza M. (Seconde 18)

          

Expliquer ses larmes,

Larmes postées sans sens

Écrire au loin des mots parallèles

effacer la mort

Avoir une dernière chance

Sortir du fleuve brûlé

Incendié de souvenirs…

La mer est voilée de chiffres

Qui s’additionnent, se multiplient,

Mais sans être mouillés…

La mer a traversé mes yeux

J’ai écrit une feuille sans eau

Au matin de la pluie…

La vie ?

par Rayan D. (Seconde 18)

          

L’amour on peut en rire,

Boire sodas et manger gâteaux,

Il faut savoir séduire,

Pleurer si pas assez beau.

Venir en manteau et bas,

Un collier et son chat,

regarder un nuage,

Remplir des pages,

Montrer son journal intime,

Être consolé par une fille,

Humilié par un garçon qui rit,

Faire des poèmes à mauvaises rimes.

Routine de la vie et du temps

par Leïla G. (Seconde 7)

La vie est comme le jour :

Un lever de soleil pour te donner l’amour en un cri

Comme un sourire, un « Je t’aime »

La vie est comme la pluie qui tombe

Comme ces coups bas de l’existence

Comme pour affronter une mort, une séparation.

Puis vint le coucher du soleil :

La mort d’une personne

Qui regarde le soleil par l’adieu de la lumière

Laissera place au ciel noir

Où les étoiles et la lune brilleront,

Comme pour rendre hommage à ceux

Ayant vécu la routine de la vie et du temps…

Qui n’ose étinceler

par Pauline C. (Seconde 18)

          

L’exceptionnel infini, ostentatoire pour l’horizon,

Orgueilleux pour l’océan qui n’ose étinceler,

(Pauvre instrument du voyage…)

N’accentuait aucune émotion.

Les vagues, les vagues…

Futiles espoirs égarés,

Renouvelaient vagabonds et naufragés

Ailleurs, en exil…

À l’heure du silence…

par Léo R. (Seconde 18)

          

Découverte d’une tentation nouvelle :

Le souvenir d’une mélodie égarée

À l’heure du silence,

La beauté étoilée du Noir au Soir,

L’émerveillement d’une nuit d’été hésitante

(profondeur d’un regard

Dans la lumière obscure de la vie)

Infinité inconnue,

Regret d’un changement lointain

Et la raison d’une fascination :

Ce désespoir d’une femme à mes côtés

Quelques larmes, une infinité inconnue…

Joie et la mort

par Mélisa A. et Thulaciga Y. (Seconde 18)

          

Rose soir soleil arc-en-ciel

Mer plage et les arbres

Lumière de la nature

Famille couleurs

Sirène retentit, guerre arrive

Enfants soldats apeurés

Partout douleur et malheur

Femmes battues partout,

Hommes, enfants battus

Partout soleil couché,

partout nuit noire

Loin d’eux rester

Écrire dessiner sans eux

Source de la mort courage

Courir voler vers la lumière

Du paradis timide…

L’eau a touché le vent

par Victor E. (Seconde 7)

          

Dans sa tristesse remplie de joie,

L’eau a touché le vent :

Couleur sombre devenue claire !

Libérée, emprisonnée,

Touchera la mort la vie

Et l’esprit quittera le corps.

Colline regardant montagne

Dans l’obscurité d’une toile blanche,

L’eau a touché le vent…

Une soif rare

par Ksénia C. (Seconde 18)

Trouver sans fin des carreaux

Découvrir un sourire vide, infantile, décoloré

Partir vers des pointes symétriques.

Ouvrir une montre hermétique,

Arrêter le temps

Des lacets grisés par personne

Noués autour de tes pieds.

Une crêpe sur le sol

Encore chaude, colorée

Au revoir est écrit à l’envers

Coloré par des larmes sans compter

Une soif rare, linéaire

Plaquée sur toi…

Tombe la nuit

par Hélène P. (Seconde 18)       

Tombe la nuit en installant le silence

Aussi froide et sombre

Le souffle de mon cœur

Ébréché par un amour perdu…

Je ris d’une promesse brisée

Souffre de la tristesse de la pluie

Mon corps dénué de rire

Les signes nourissent les plis de ma pensée…

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Associé, Dissocié

par Arthur S. (Seconde 18)

Crayon bleu

Arbre de Noël

Ville de maisons

La pluie sur le feu

Le clair de lune, de terre et de force

La télé regardant le canapé

Une bouche vit la voiture courir

La fin de la vie

Contact dans mon téléphone

Le soir de la barrière

Une main dans le vent…

Infinie tristesse

par Charlotte G. (Seconde 18)

Amis perdus, solitude partagée

Savoir aimer, peur de haïr

Amour Haine

Tous deux très proches

Sentir des parfums libertaires

Oublier la lumière

Ouvrir les portes de la mer…

Découvrir l’infini, croire au bonheur

Complicité entre sœurs

Superficielle : l’amour est réel

Un jeu de hasard :

Océan de laine ?

Poisson de porcelaine ?

Infinie tristesse…

En direction de l’été

par Florent de W. (Seconde 18)

          

Amour vivant sa vie

Sonnerie, Guerre et la pluie

Hiver, rage, vent

Forêt rouge de têtes

Seules, meurent et pleurent

Cœur de pierre blanc

Peur magique du képi

Couloir crevé de sang

Meurent les cœurs noirs au matin

En direction de l’été

Monument généalogique du souvenir

Retentit Sonnerie du passé

Mais l’amour a perdu la vie,

Sonnerie, guerre et la pluie…

Mon Cœur

par Marion D. (Seconde 7)

            

Mon cœur battait de vie

Quand tu es arrivé.

De sentiments, il battait :

Tes yeux m’ont touchée.

Mon cœur bat de silence :

Je ne t’ai jamais parlé…

Bruits qui se répètent

par Laurie C. (Seconde 18)

          

Hommes aux cœurs égarés

[Solitude de leurs sourires]

Bruits qui se répètent

PEUR

Hurlements silencieux

GOMMER LE MONDE

L’horloge ronde tourne

Tic-tac, Tic-tac des coups de feu

Courir jusqu’au fond

Trouver la porte

Quitter le monde

[Tic-tac, Tic-tac]

C’est fini.

Comme un sablier

Maxime C. (Seconde 7)

                        

Le temps sillonne à travers les étoiles :

Sablier qui s’écoule

Destructeur et fatal.

Plus je m’avance et plus je vieillis

Je m’approche de la cascade finale :

Pierre qui roule

Vers le silence…

(Voir les autres parutions de textes)

_______________________

Crédit photographique : B. Rigolt

"Des mots égarés, une écriture du silence" par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7

Les classes de Seconde 18 et Seconde 7 ont travaillé sur une nouvelle dense et forte de Marguerite Duras, « Le Coupeur d’eau » (La Vie matérielle, P.O.L. 1987). Ce texte a amené les élèves à s’interroger sur le style si particulier de cette écrivaine : dans Écrire, voici comment Duras présente sa propre conception de l’écriture : « Il y aurait une écriture du non-écrit. Un jour ça arrivera. Une écriture brève, sans grammaire, une écriture de mots seuls. Des mots sans grammaire de soutien. Égarés. Là, écrits. Et quittés aussitôt ». Cette expression de « mots égarés » a suscité l’intérêt des étudiants qui ont souhaité créer des poèmes dont la langue, très épurée, est comme une réponse au vœu de l’auteure… Découvrez ces textes, particulièrement le travail sur le style et la syntaxe entrepris par les « jeunes écrivains ».

Les poèmes seront publiés au fur et à mesure de leur achèvement. Bonne lecture !

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Au matin de la pluie…

par Luiza M. (Seconde 18)

          

Expliquer ses larmes,

Larmes postées sans sens

Écrire au loin des mots parallèles

effacer la mort

Avoir une dernière chance

Sortir du fleuve brûlé

Incendié de souvenirs…

La mer est voilée de chiffres

Qui s’additionnent, se multiplient,

Mais sans être mouillés…

La mer a traversé mes yeux

J’ai écrit une feuille sans eau

Au matin de la pluie…

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La vie ?

par Rayan D. (Seconde 18)

          

L’amour on peut en rire,

Boire sodas et manger gâteaux,

Il faut savoir séduire,

Pleurer si pas assez beau.

          

Venir en manteau et bas,

Un collier et son chat,

regarder un nuage,

Remplir des pages,

      

Montrer son journal intime,

Être consolé par une fille,

Humilié par un garçon qui rit,

Faire des poèmes à mauvaises rimes.

                

             

Routine de la vie et du temps

par Leïla G. (Seconde 7)

              

La vie est comme le jour :

Un lever de soleil pour te donner l’amour en un cri

Comme un sourire, un « Je t’aime »

La vie est comme la pluie qui tombe

Comme ces coups bas de l’existence

Comme pour affronter une mort, une séparation.

Puis vint le coucher du soleil :

La mort d’une personne

Qui regarde le soleil par l’adieu de la lumière

Laissera place au ciel noir

Où les étoiles et la lune brilleront,

Comme pour rendre hommage à ceux

Ayant vécu la routine de la vie et du temps…

           

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Qui n’ose étinceler

par Pauline C. (Seconde 18)

          

L’exceptionnel infini, ostentatoire pour l’horizon,

Orgueilleux pour l’océan qui n’ose étinceler,

(Pauvre instrument du voyage…)

N’accentuait aucune émotion.        

Les vagues, les vagues…

Futiles espoirs égarés,

Renouvelaient vagabonds et naufragés

Ailleurs, en exil…   

              

                  

À l’heure du silence…

par Léo R. (Seconde 18)

          

motsegares5.1253371444.jpgDécouverte d’une tentation nouvelle :

Le souvenir d’une mélodie égarée

À l’heure du silence,

La beauté étoilée du Noir au Soir,

L’émerveillement d’une nuit d’été hésitante

(profondeur d’un regard

Dans la lumière obscure de la vie)

Infinité inconnue,

Regret d’un changement lointain

Et la raison d’une fascination :

Ce désespoir d’une femme à mes côtés

Quelques larmes, une infinité inconnue…

       

               

Joie et la mort

par Mélisa A. et Thulaciga Y. (Seconde 18)

          

Rose soir soleil arc-en-ciel

Mer plage et les arbres

motsegares1.1253120065.jpgLumière de la nature

Famille couleurs

Sirène retentit, guerre arrive

Enfants soldats apeurés

Partout douleur et malheur

Femmes battues partout,

Hommes, enfants battus

Partout soleil couché,

partout nuit noire

Loin d’eux rester

Écrire dessiner sans eux

Source de la mort courage

Courir voler vers la lumière

Du paradis timide…

         

               

L’eau a touché le vent

par Victor E. (Seconde 7)

          

Dans sa tristesse remplie de joie,

L’eau a touché le vent :

Couleur sombre devenue claire !

Libérée, emprisonnée,

Touchera la mort la vie

Et l’esprit quittera le corps.

Colline regardant montagne

Dans l’obscurité d’une toile blanche,

L’eau a touché le vent…

 

        

Une soif rare

par Ksénia C. (Seconde 18)

Trouver sans fin des carreaux

Découvrir un sourire vide, infantile, décoloré

motsegares_7.1253453061.jpgPartir vers des pointes symétriques.

Ouvrir une montre hermétique,

Arrêter le temps

Des lacets grisés par personne

Noués autour de tes pieds.

Une crêpe sur le sol

Encore chaude, colorée

Au revoir est écrit à l’envers

Coloré par des larmes sans compter

Une soif rare, linéaire

Plaquée sur toi…

              

      

Tombe la nuit

par Hélène P. (Seconde 18)       

 

Tombe la nuit en installant le silence

Aussi froide et sombre

Le souffle de mon cœur

Ébréché par un amour perdu…

Je ris d’une promesse brisée

Souffre de la tristesse de la pluie

Mon corps dénué de rire

Les signes nourissent les plis de ma pensée…

                    

motsegares3.1253121329.jpg

                  

         

Associé, Dissocié

par Arthur S. (Seconde 18)

         

Crayon bleu

Arbre de Noël

Ville de maisons

La pluie sur le feu

Le clair de lune, de terre et de force

La télé regardant le canapé

Une bouche vit la voiture courir

La fin de la vie

Contact dans mon téléphone

Le soir de la barrière

Une main dans le vent…

 

            

Infinie tristesse

par Charlotte G. (Seconde 18)

        

Amis perdus, solitude partagée

Savoir aimer, peur de haïr

motsegares1.1253367594.jpgAmour Haine

Tous deux très proches

Sentir des parfums libertaires

Oublier la lumière

Ouvrir les portes de la mer…

Découvrir l’infini, croire au bonheur

Complicité entre sœurs

Superficielle : l’amour est réel

Un jeu de hasard :

Océan de laine ?

Poisson de porcelaine ?

Infinie tristesse…

            

             

En direction de l’été

par Florent de W. (Seconde 18)

          

Amour vivant sa vie

Sonnerie, Guerre et la pluie

Hiver, rage, vent

Forêt rouge de têtes

Seules, meurent et pleurent

Cœur de pierre blanc

Peur magique du képi

Couloir crevé de sang

Meurent les cœurs noirs au matin

En direction de l’été

Monument généalogique du souvenir

Retentit Sonnerie du passé

Mais l’amour a perdu la vie,

Sonnerie, guerre et la pluie…

 

                                     

Mon Cœur

par Marion D. (Seconde 7)

            

Mon cœur battait de vie

Quand tu es arrivé.

De sentiments, il battait :

Tes yeux m’ont touchée.

Mon cœur bat de silence :

Je ne t’ai jamais parlé…

 

                      

Bruits qui se répètent

par Laurie C. (Seconde 18)

          

Hommes aux cœurs égarés

motsegares7.1253385546.jpg[Solitude de leurs sourires]

Bruits qui se répètent

PEUR

Hurlements silencieux

GOMMER LE MONDE

L’horloge ronde tourne

Tic-tac, Tic-tac des coups de feu

Courir jusqu’au fond

Trouver la porte

Quitter le monde

[Tic-tac, Tic-tac]

C’est fini.

                 

                         

Comme un sablier

Maxime C. (Seconde 7)

                        

Le temps sillonne à travers les étoiles :

Sablier qui s’écoule

Destructeur et fatal.

Plus je m’avance et plus je vieillis

Je m’approche de la cascade finale :

Pierre qui roule

Vers le silence…

        

 

(Voir les autres parutions de textes)

_______________________

Crédit photographique : B. Rigolt

La citation de la semaine… John Ronald Reuel Tolkien…

« Un anneau… au pays de Mordor où demeurent les Ombres… »

Three Rings for the Elven-kings under the sky
Seven for the Dwarf-lords in their halls of stone,
Nine for Mortal Men doomed to die
One for the Dark Lord on his dark throne
lordrings2.1252814010.jpgIn the Land of Mordor where the Shadows lie.
One Ring to rule them all, One Ring to find them
One Ring to bring them all and in the darkness bind them
In the Land of Mordor where the Shadows lie.
           
 
Trois anneaux pour les Rois-Elfes sous le ciel
Sept pour les Seigneurs-Nains dans leurs palais de pierre
Neuf pour les Hommes Mortels dont le destin est la mort
Un pour le Seigneur Ténébreux sur son sombre trône
Au pays de Mordor où demeurent les Ombres.
Un anneau pour les gouverner tous, Un anneau pour les retrouver tous, 
Un anneau pour les ramener tous et dans les ténèbres les lier
Au pays de Mordor où demeurent les Ombres.
         

J. R. R. Tolkien (1892-1973), The Lord of the Rings (Le Seigneur des Anneaux) 1954-1955

_____________________

Professeur de linguistique et de littérature à l’université d’Oxford, Tolkien est universellement connu grâce au Seigneur des Anneaux, magnifique réflexion littéraire sur le Bien et le Mal. Je ne saurais trop vous conseiller la lecture des trois tomes qui le composent : la Communauté de l’Anneau, les Deux tours, le Retour du Roi. Toute l’histoire repose sur la symbolique de l’Anneau, incarnation des forces maléfiques de Sauron, le seigneur de « Mordor ». Le magicien Gandalf fait comprendre à Frodon, un jeune « hobbit », qu’il doit détruire l’anneau à l’endroit même où il fut forgé : le Mont du Destin, au cœur de Mordor : il en va de la survie des peuples libres des « Terres du Milieu ». La trilogie relate le long et périlleux voyage de la Communauté de l’Anneau (Frodon et trois jeunes hobbits).

À la lecture, vous vous sentirez emporté(e) dans une quête hors du temps, profondément spirituelle et morale, faite de multiples péripéties. Si l’ouvrage a renouvelé le genre de l’épopée, il revient aussi à Tolkien d’avoir inauguré l’heroic fantasy, mythologie centrée sur des aventures héroïques dans des mondes imaginaires. L’auteur est même allé jusqu’à inventer des alphabets, et des langues spécifiques qui vous emporteront vers des terres lointaines et inconnues. Sur un terrain plus sociologique, cette vaste fresque est également une réflexion passionnante sur le pouvoir, la liberté et la tyrannie. Sans prétendre égaler le livre, l’adaptation cinématographique de la trilogie par le réalisateur néo-zélandais Peter Jackson est à juste titre considérée comme magistrale.

Écoutez Tolkien lire le texte en Anglais

_

Crédit photographique : B. Rigolt, d’après une image extraite du film de P. Jackson.

La citation de la semaine… Georges Bataille…

« Chaque éclat de la musique, dans la nuit, était une incantation, qui appelait à la guerre et au meurtre… »

« J’étais devant des enfants en ordre militaire, immobiles, sur les marches de ce théâtre : ils avaient des culottes courtes de velours noir et de petites vestes ornées d’aiguillettes, ils étaient nu-tête ; à droite des fifres, à gauche des tambours plats. Ils jouaient avec tant de violence, avec un rythme si cassant que j’étais devant eux le souffle coupé. Rien de plus sec que les tambours plats qui battaient, ou de plus acide, que les fifres. Tous ces enfants nazis (certains d’entre eux étaient blonds, avec un visage de poupée) jouant pour de rares passants, dans la nuit, devant l’immense place vide sous l’averse, paraissaient en proie, raides comme des triques, à une exultation de cataclysme : devant eux, leur chef, un gosse d’une maigreur de dégénéré, avec le visage hargneux d’un poisson (de temps à autre, il se retournait pour aboyer des commandements, il râlait), marquait la mesure avec une longue canne de tambour-major.[…]. Ce spectacle était obscène. Il était terrifiant : si je n’avais pas disposé d’un rare sang-froid, comment serais-je resté debout regardant ces haineuses mécaniques, aussi calme que devant un mur de pierre. Chaque éclat de la musique, dans la nuit, était une incantation, qui appelait à la guerre et au meurtre. Les battements de tambour étaient portés au paroxysme, dans l’espoir de se résoudre finalement en sanglantes rafales d’artillerie : je regardais au loin… une armée d’enfants rangée en bataille. Ils étaient cependant immobiles, mais en transe. Je les voyais, non loin de moi, envoûtés par le désir d’aller à la mort. Hallucinés par des champs illimités où, un jour, ils s’avanceraient, riant au soleil : ils laisseraient derrière eux les agonisants et les morts […]. »

Mai 1935

Georges Bataille, Le Bleu du ciel (épilogue), 1957
© J.-J. Pauvert 1957, Gallimard Paris 1971.

Georges Bataille (1897-1962) est un écrivain majeur du vingtième siècle. Son œuvre, animée d’exigences contradictoires, est largement transgressive et provocatrice. Conditionnée par le refus des contingences du monde, elle entremêle dans un style à la fois sulfureux et cérébral, la quête de l’extase et la fascination de la mort, les tragédies politiques et les drames existentiels. Rédigé en 1934-35 pendant la Guerre d’Espagne mais publié en 1957, le Bleu du ciel décrit les dérives d’un homme à travers une Europe en proie au fascisme et à la violence.

Mais Le Bleu du ciel est également un très beau roman d’amour qui peut se lire comme une recherche désespérée de la vérité, une « expérience intérieure » où la débauche est vécue comme possibilité d’une impossible libération face à l’hypocrisie, à la lâcheté, et à l’absurdité des hommes. Ainsi, les fièvres du désir longuement décrites tout au long du récit, opèrent-elles progressivement un singulier renversement ; d’où le titre, très métaphorique. Le passage présenté ici est la fin du roman, annonciatrice des orages de la guerre : la description des jeunesses hitlériennes donne un sens allégorique à l’écriture vécue comme engagement existentiel : à la mort succède l’appel, aux ombres de l’Histoire, le « bleu du ciel »…

__________________

Crédit iconographique : Affiche de propagande pour les Jeunesses hitlériennes (1935) : « La jeunesse sert le Führer. Tous les jeunes de dix ans dans la jeunesse hitlérienne ».

La citation de la semaine… Jacques Brel…

Y’a des marins qui dorment comme des oriflammes le long des berges mornes dans le port d’Amsterdam…

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Dans le port d’Amsterdam
Y’a des marins qui chantent
Les rêves qui les hantent
Au large d’Amsterdam ;
Dans le port d’Amsterdam
Y’a des marins qui dorment
Comme des oriflammes
Le long des berges mornes.
Dans le port d’Amsterdam
Y’a des marins qui meurent
Pleins de bière et de drames
Aux premières lueurs ;
Mais dans le port d’Amsterdam
Y’a des marins qui naissent
Dans la chaleur épaisse
Des langueurs océanes.

[…]  

 Jacques Brel, "Amsterdam", 1964 (premier couplet)

Chantée pour la première fois en 1964, « Amsterdam » de Jacques Brel (1929-1978) a provoqué d’abord la stupeur avant de soulever littéralement l’enthousiasme du public de l’Olympia (le soir de la Première, Brel devra chanter deux fois la chanson devant des spectateurs debout, presque hystériques). C’est à la fois l’interprétation légendaire de son auteur (qui mérite tout autant d’être écoutée que vue), la très belle mélodie qui évoque les chants de marins, et l’inspiration réaliste qui ont permis à ce magnifique poème sonore de faire le tour du monde (la reprise de David Bowie en septembre 1973, accompagné par le guitariste Mick Ronson, est presque aussi célèbre).

Tout concourt en effet à créer dans cette composition une atmosphère qui évoque un certain « exotisme social » (les grands ports, les bouges, les bistrots où chante un accordéon). Le décor à cet égard est primordial et crée une sorte d’esthétique de la laideur : à la description des bas-fonds (le tableau mélodramatique des zones portuaires marquées par la misère, l’alcoolisme et la prostitution) semble répondre une sorte de cri autobiographique qui s’enfle au rythme du texte et se déploie à la fin de la chanson en un crescendo désespéré où le drame individuel est vécu comme le résultat d’une profonde déchéance sentimentale, qui marque d’ailleurs tout l’univers de ce chanteur du « plat pays ».

Écoutez « Amsterdam », et centrez votre attention sur la prosodie : elle conjugue à la fois la phrase ample et lyrique (« des marins qui naissent/Dans la chaleur épaisse/Des langueurs océanes ») avec une sorte d’authenticité faubourienne riche d’images réalistes qui s’accordent subtilement avec le travail d’accompagnement de Jean Corti à l’accordéon et la virtuosité de Gérard Jouannest au piano. La mélodie, tantôt lancinante et mélancolique, tantôt saccadée, accentue l’anaphore (« Dans le port d’Amterdam ») et se déploie en un rythme récurrent qui, de gradation en gradation, éclate littéralement à la fin de la chanson en fragments épars, pathétiques, comme à la dérive…

Crédit iconographique : Bruno Rigolt (photographie de l’un des bassins du port d’Amsterdam, un matin d’hiver).

La citation de la semaine… Liliane Wouters…

Quelqu’un —moi— passe pour maître. Maître de quoi ? De ce tout déjà mort, encore à naître…

Dans les muscles, dans le ventre,

dans le squelette muet,

dans les nerfs fragiles, centre

et racines, dans les rêts

du cerveau qui tout agrippe,

quelqu’un est présent, quelqu’un

est objet, seigneur, principe,

seul domaine, lieu commun ;

quelqu’un dit « Je ». Lui répondent

ventre, muscles, et les os

au premier signe des ondes

nerveuses, troublant faisceau.

Quelqu’un —moi— passe pour maître.

Maître de quoi ? De ce tout

déjà mort, encore à naître

ou vivant, je ne sais où.

Liliane Wouters, "Cohortes", Le Gel, éd. Seghers, Paris 1966

Née en 1930 à Ixelles (région de Bruxelles), Liliane Wouters est une auteure belge francophone. Parallèlement à sa carrière d’institutrice jusqu’en 1980, elle a mené une activité brillante d’écrivaine qui lui a valu d’être membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique et de l’Académie européenne de poésie. Son approche complexe du réel marie une sensualité charnelle à un mysticisme souvent ardent et brutal, à l’opposé des représentations ou des clichés qui cantonneraient la poésie féminine à n’être qu’un art de l’émerveillement et de la sensation. Bien au contraire, son œuvre poétique est à l’image de ces paysages flamands sous la neige en hiver : sombre et tourmentée, en proie souvent à une sorte de vertige existentiel. Le Gel par exemple, dont est tiré ce texte, est un recueil qui artmod5.1244261356.jpgsitue l’acte poétique dans l’intervalle entre les désillusions du réel et la quête douloureuse de l’absolu. La forme même, souvent discordante et fragmentée, traduit l’inconscient de cette poésie métaphysique : anxiété et cérébralité participent chez Wouters de la volonté d’initier le lecteur à la logique du vivant et de la mort.

En témoigne ce texte qui joue ici sur les réseaux d’images du corps humain : le squelette, les nerfs, le cerveau, le ventre, les muscles, les os font affleurer les différents degrés de signification de l’être… De fait, le regard presque « anatomique » que porte la poétesse se constitue tout à la fois comme le constat d’une identité morcelée et le récit d’une quête existentielle qui ne cessera d’ailleurs de l’animer tout au long de son œuvre. Le Journal d’un scribe par exemple, publié en 1990 (Les Éperonniers, Bruxelles 1990), s’inscrit dans la même problématique mais en renouvelle la portée :

Je viens d’avant le souffle du commencement.
Je n’aurai pas de fin.
Je, c’est-à-dire le
principe qui m’anime
et qui poursuivra son
voyage en me quittant.

À vingt-quatre ans d’intervalle, la récurrence des images et de la thématique ne peut qu’interpeller le lecteur attentif : dans les deux textes, la versification libérée, qui déstructure la syntaxe, les anaphores presque obsédantes du « je », situent la quête poétique dans un absolu existentiel qui est à la base d’une profonde interrogation métaphysique : qu’est-ce que l’être ? Comment situer le corps par rapport à l’âme ? N’est-elle qu’une fonction de l’organisme ou participe-t-elle d’un principe supérieur qui transcenderait l’humain? La poésie de Liliane Wouters, parce qu’elle questionne l’espace sans fin de l’homme, débouche sur une quête qui donne d’autant plus de sens à la vie qu’elle situe l’acte d’écrire dans un ordre spirituel…

Crédit iconographique : Bruno Rigolt

La citation de la semaine… Jack Kerouac…

« On continua de rouler. Au milieu de l’immense plaine nocturne s’étendait la première ville du Texas… »

On continua de rouler. Au milieu de l’immense plaine nocturne s’étendait la première ville du Texas, Dalhart (¹), que j’avais traversée en 1947. Elle miroitait sur le plancher obscur de la terre, à cinquante milles de là. Ce n’était au clair de lune qu’une étendue de bouteloue et de désert. La lune était à l’horizon. Elle prit de l’embonpoint, elle devint immense et couleur de rouille, elle mûrit et gravita, jusqu’au moment où l’étoile du matin entra en lice et où la rosée souffla par les portières ; et nous roulions toujours. Après Dalhart – boîte de biscuits vide – on déboula sur Amarillo qu’on atteignit dans la matinée, parmi les herbages balayés par les vents, qui, seulement quelques années auparavant, ondoyaient autour d’un campement de tentes de bisons. Maintenant il y avait des stations d’essence et des juke-boxes 1950 dernier cri […] À Childress, sous le soleil brûlant, on mit le cap directement au Sud en bifurquant sur une route secondaire et on s’élança à travers des déserts abyssaux en direction de Paducah, Guthrie et Abilene (Texas). La vieille bagnole chauffait et dansait le bop et s’accrochait opiniâtrement au terrain. De grands tourbillons de sable soufflaient sur nous du fond des espaces miroitants. Stan roulait droit devant lui en parlant de Monte-Carlo et de Cagnes-sur-Mer et de paysages azurés près de Menton où des gens au visage basané erraient entre des murs blancs…

Jack Kerouac, Sur la route (On the road)
© Gallimard 1960, « Folio » Gallimard 2008, 2022 (trad. Jacques Houbart), p. 381-382.

We drove on. Across the immense plain of night lay the first Texas town, Dalhart, which I’d crossed in 1947. It lay glimmering on the dark floor of the earth fifty miles away. The land by moonlight was all mesquite and wastes. On the horizon was the moon. She fattened, she grew huge and rusty, she mellowed and rolled, till the morning-star contended and dews began to blow in our windows—and still we rolled. After Dalhart -empty crackerbox town- we bowled for Amarillo, and reached it in the morning among windy panhandle grasses that only a few years ago, (1910) waved around a collection of buffalo tents. Now there were of course gas stations and new 1950 jukeboxes […]. At Childress in the hot sun we turned directly south on a lesser road and continued across abysmal wastes to Paducah, Guthrie and Abilene Texas. Now Neal had to sleep and Frank and I sat in the front seat and drove. The old car burned and bopped and struggled on. Great clouds of gritty wind blew at us from shimmering spaces. Frank rolled right along with stories about Monte Carlo and Cagnes-sur-Mer and the blue places near Menton where darkfaced people wandered among white walls…

Chef de file de la « Beat Generation » (²), Jack Kerouac (1922-1969) est un écrivain américain d’origine canadienne-française. Très représentative de la Contreculture et largement controversée de son vivant, son œuvre est anticonformiste et annonce la période de contestation sociale qui bouleversera la fin des années Soixante aux États-Unis. Sur la route (rédigé en 1951 mais publié en 1957) se présente à ce titre comme une ode audacieuse à la liberté.

L’impression qui ressort à la lecture de cette immense fresque, partagée entre les paysages uniques de l’Amérique et les dérives de toute sorte, est le don poétique de Kerouac, apte à nous faire ressentir, à travers l’exil des routes, l’immensité même du « paysage humain ». De fait ce roman, largement autobiographique, se lit un peu comme un road movie : la route elle-même devient intrigue et le voyage cheminement spirituel, moyen de s’emparer, en le parcourant, du monde qui nous entoure. « La route est pure. La route rattache l’homme des villes aux grandes forces de la nature » aimait à répéter Kerouac et sans doute il est vrai que ce roman est non seulement une passionnante introduction à la civilisation américaine de la fin des années 50, mais aussi une très belle épopée dont le style spontané n’a cessé d’inspirer les créations romanesques contemporaines.

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(¹) Il est écrit à deux reprises dans l’édition française (Folio, Gallimard 2008, p. 381) « Dalhars » mais il s’agit sans doute d’une coquille : la ville mentionnée est bien Dalhart, située au nord de l’État du Texas.
(²) Regardez également cette vidéo dans laquelle Jack Kerouac explique (en Français) comment et pourquoi  il a créé l’expression de « Beat Generation ». En particulier, retenez les remarques sur l’étymologie du terme « beat » (rapproché du mot français « béatitude »). Un document passionnant ! 

Crédit iconographique : Bruno Rigolt

La citation de la semaine… Les élèves de Seconde 12… et de Seconde 8… 2/2

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Le succès rencontré la semaine précédente par les « cadavres exquis » créés par les élèves de Seconde 12 et de Seconde 8 en atelier d’écriture (pour lire les premières contributions, cliquez ici) est tout à fait mérité. Leurs productions s’inscrivent en effet très bien dans la démarche surréaliste qui mène à la « libération du verbe ». C’est dans ce chaos d’images neuves, qui consiste à déjouer les clichés en jouant avec les automatismes, que les élèves ont puisé la source de leur inspiration, sur fond de métaphores autant imprévues qu’irréelles. De fait, le seul dénominateur commun qui existe entre tous les textes est le pouvoir des mots, qui prend évidemment le contrepied de la poésie traditionnelle. Pourtant, il ne faudrait pas voir seulement dans ces créations une gratuité : au-delà du rire, du farfelu ou de l’exubérant transparaît souvent un profond message humain…
Je vous laisse découvrir quelques uns de ces nouveaux poèmes qui viennent enrichir la rubrique des citations (pour en savoir un peu plus sur les « cadavres exquis », reportez-vous à la présentation des précédentes contributions en cliquant ici.).

« Scoop ! »

par Marina et Manon (classe de Seconde 12)

« Lors d’un repas à Marseille

des grands-parents

Qui pondaient de belles paroles

se sont mis à chanter du Rock

CAR les poules avaient des dents.

C’est à se demander

Quel est le rapport de causalité ! »

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Clin d’œil à René Magritte (*) Voyez en particulier ce tableau : « La Trahison des images« 

   

« Coup de sifflet » 

par Nuriyé et Seren (classes de Seonde 12)

« Sur le quai de la gare

Au moment du coup de sifflet,

Un petit caillou

qui semblait tout ramolli

Empêchait les humains

de traverser les voies

pour pleurer au départ… »

   

« Jungle birmane »

par Loïc et François, classe de Seconde 8

« Dans la jungle

à l’heure du déjeuner

un cosmonaute qui cueillait

des étoiles en fleurs

Plantait des femmes

en longs sillons réguliers

Qui comptaient des grains de riz

À perte de larmes… »

      

« À l’aube du jour crucial… »

par Charline et Audrey, Seconde 12

« À l’aube du jour crucial

Un lascar de la vie

Caresse des merveilles

En chantant des balades étoilées

Dans un temple gris

Au sud

de l’autoroute. »

   

« Grippe A »

par Marina et Manon, classe de Seconde 12

« Du côté de l’amour

À l’heure du coucher

Un oiseau voyageur

Qui passait par là

Attrapa la grippe A

En dansant sur la route

À la recherche du bonheur… »

   

(nouvelle livraison de textes prochainement)
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(*) Crédit iconographique : Bruno Rigolt

La citation de la semaine… Les élèves de Seconde 12… et de Seconde 8… 1/2

« Cadavres exquis… »

Les classes de Seconde 12 et de Seconde 8 ont collaboré ces dernières semaines sur un projet d’écriture poétique qui donnera lieu en fin d’année à une vaste exposition intitulée « Lettres d’ailleurs ». En attendant cette exposition, les élèves des deux classes ont souhaité mettre en commun leur réflexion et leur imaginaire pour proposer des « cadavres exquis« . Nés du tourbillon d’idées et d’images entraîné par la révolution surréaliste, les cadavres exquis n’en obéissent pas moins à une définition rappelée dans le Dictionnaire abrégé du surréalisme rédigé en 1938 par Paul Éluard et André Breton : un « cadavre exquis » est un « jeu qui consiste à faire composer une phrase, ou un dessin, par plusieurs personnes sans qu’aucune d’elles puisse tenir compte de la collaboration ou des collaborations précédentes ». Cette exploration ludique du champ poétique, hostile à toute rhétorique classique, fait donc du langage non pas l’instrument mais la matière même du poème. Les élèves des deux classes ne s’y sont pas trompés : les textes proposés aujourd’hui et la semaine prochaine correspondent bien à l’idée que les Surréalistes voulaient imposer en assignant à la poésie la mission libératrice d’être une « expérience totale ».

Bonne lecture!

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cadex4.1242876011.jpg« Du côté de Paris »

Calypso et Vanessa, Classe de Seconde 8

« Du côté de Paris, 

À une heure,

une pervenche 

A arraché des feuilles

en criant sur tous les toîts

des histoires drôles »

   

« Strasbourg »

Marina et Manon, Classe de Seconde 12

« Il était 20h33

à Strasbourg.

Des fraises se sont mises à hurler

Alors qu’un singe demandait l’heure… »

         

« Durant la nuit »

Océane et Gladys, Classe de Seconde 12 

cadex1.1242371965.jpg« Sur la mer

Durant la nuit du 21 avril

Un papillon qui flotte

Est heureux

En mangeant des fleurs. »

  

« Tranche de lune »

Marie, Seconde 12 et Vincent, Seconde 8

« Chez Mamie,

Dans l’après-midi

Un babouin

Qui mangeait une tranche de lune

Draguait de gros poissons rouges

En apprivoisant

Des étoiles… »

     

« Dans une boîte de conserve »

Fanny et Kristina, Seconde 12

« Il était exactement 5h39

Dans une boîte de conserve

Une chaise qui n’aimait pas le violet

Chargeait

Des nuages

En éclatant de rire. »

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« Présent de vérité générale »

Fanny et Kristina, Classe de Seconde 12

« À l’heure du petit-déjeuner

Un couteau mou

Qui danse nu

Dans le jardin

Allume toujours des fraises vertes

En cherchant sa deuxième chaussette. »

    

cadex3.1242383100.jpg« Sous cet arbre »

Nuriyé et Seren, Seconde 12

« À l’heure du coucher du soleil

Sous cet arbre qui pleurait

Un couple d’oiseaux désespérés,

Un couple d’oiseaux qui chantait

Sous le ciel orangé

Aux âmes des morts fatiguées

Des fables joyeuses

En espérant trouver l’espoir… »

  

« Du côté de l’Espagne »

Maude, Seconde 12 et Charlotte, Seconde 8

« C’était du côté de l’Espagne

À midi,

Un lapin enchanteur battait des ailes

Et s’occupait des fleurs roses

cadex5.1242410285.jpgHeureuses

En faisant de la balançoire

Sur la courbe du vent…

   

« Vers la mer »

Marion, Camille, Seconde 8 et Flora, Seconde 12

À l’aube

Vers la mer friable

Un stylo

Qui soupire

Transporte des encres amères

content

De mordre dans un croissant.

    

« Murmures éphémères »

Lendite et Flora, Seconde 12

Un oiseau amoureux

Qui pense

cadex6.1242493768.jpgEnvole toujours

Des murmures éphémères

en les écrivant…

   

« Quelques miettes d’eau… »

Charline et Audrey, Seconde 12

En plein cœur de l’océan

Durant la nuit du jour

Un oiseau blanc aux ailes bleues

Survole des mirabelles

Splendides

En buvant

Quelques miettes d’eau…

    

(nouvelle livraison de textes le jeudi 21 mai)

La citation de la semaine… Anna Gréki…

« les morts sont des héros qui servent de noms de rues, de clairons, d’alibi, d’oubli… »

Quand il n’y a plus d’idées
il reste toujours les mots
et les morts qui sont des héros
et qui servent de noms de rues
de clairons, d’alibi, d’oubli […]
Dans son bureau climatisé
le bureaucrate dont la chair croît
rêve à la guerre des frontières
et s’étonne en contemplant la baie d’Alger
qu’il fasse si beau si froid
et que son cœur se traîne ventre en l’air
il ne sait où
Peut-être au milieu des requins
rouges et pleins
qui croisent dans la rue de la Révolution ?
Dans le désert des croque-morts
le bureaucrate soupire et plonge
la main dans sa poche
Il en tire son mouchoir et son cœur
s’éponge et le croque
comme une idée juste
comme une noix
à garder pour soi

Anna Gréki, « Les Bons Usages d’un bureaucrate », Temps forts (© Présence africaine, 1966)

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« La baie d’Alger » (détail) d’après P.J Witdoeck (1828)

Étrange destin que celui d’Anna Gréki. Née Anna Colette Grégoire, elle passera son enfance dans les Aurès, une région sauvage, aride et montagneuse qui forme dans l’est de l’Algérie l’Atlas présaharien. Son père, instituteur à Menaa, l’initiera très tôt aux beautés et à la culture de ce pays. Elle en épousera d’ailleurs la cause au point d’interrompre ses études supérieures de Lettres à Paris pour se rapprocher du FLN pendant la guerre de Libération nationale. Devenue elle-même institutrice par conviction et membre du Parti Communiste algérien, elle sera arrêtée puis expulsée. C’est à Tunis qu’elle publiera son premier recueil « de combat » intitulé Algérie, capitale Alger. À l’Indépendance, elle regagnera l’Algérie pour y terminer ses études et poursuivre sa carrière d’enseignante. Morte prématurément en 1966, Anna Gréki laisse une œuvre succincte mais qui mérite qu’on s’y attarde. Son second recueil, Temps forts, publié à titre posthume en 1966, résume bien l’engagement de cette femme écrivain.

Dans ce poème intitulé non sans humour « Les Bons Usages d’un bureaucrate », l’auteure dénonce de façon sarcastique l’abandon des luttes d’hier dans un monde où les héros désormais « servent de noms de rues, de clairons, d’alibi, d’oubli ». Le « fonctionnaire » du poème qui « soupire » et « s’éponge » le front « dans son bureau climatisé » serait ici comme l’allégorie universelle d’un monde « qui a oublié » et renoncé. L’écriture d’Anna Gréki se fait donc autant souvenir et hommage qu’engagement. Souvent violentes dans ses récits et témoignages sur la guerre, les paroles laissent la place à un désenchantement amer et désabusé. Et sans doute les derniers mots du texte, presque tendres et intimistes, légers, spirituels et dérisoires, sont-ils de ceux qui assignent à l’écrivain la mission de témoigner mais aussi de pardonner : « Je suis vêtue de peau fraternelle » aimait à dire Anna Gréki…

Anna Gréki passera son enfance dans les Aurès, une région sauvage, aride et montagneuse qui forme dans l’est de l’Algérie l’Atlas présaharien…

La citation de la semaine… Antonin Artaud…

 

« Toutes nos idées sur la vie sont à reprendre à une époque où rien n’adhère plus à la vie… »

Jamais, quand c’est la vie elle-même qui s’en va, on n’a autant parlé de civilisation et de culture. Et il y a un étrange parallélisme entre cet effondrement généralisé de la vie qui est à la base de la démoralisation actuelle et le souci d’une culture qui n’a jamais coïncidé avec la vie, et qui est faite pour régenter la vie. Avant d’en revenir à la culture, je considère que le monde a faim, et qu’il ne se soucie pas de la culture ; et que c’est artificiellement que l’on veut ramener vers la culture des pensées qui ne sont tournées que vers la faim. artaud.1240988374.jpgLe plus urgent ne me paraît pas tant de défendre une culture dont l’existence n’a jamais sauvé un homme du souci de mieux vivre et d’avoir faim, que d’extraire de ce que l’on appelle la culture, des idées dont la force vivante est identique à celle de la faim.

Man Ray, Photographie d’Antonin Artaud, 1926 →
(Epreuve aux sels d’argent contrecollée sur papier. Marseille, Musée Cantini. © Man Ray Trust/ADAGP)

[…] Si le signe de l’époque est la confusion, je vois à la base de cette confusion une rupture entre les choses, et les paroles, les idées, les signes qui en sont la représentation. […] On juge un civilisé à la façon dont il se comporte, et il pense comme il se comporte ; mais déjà sur le mot de civilisé il y a confusion ; pour tout le monde un civilisé cultivé est un homme renseigné sur des systèmes, et qui pense en systèmes, en formes, en signes, en représentations. […] Toutes nos idées sur la vie sont à reprendre à une époque où rien n’adhère plus à la vie. Et cette pénible scission est cause que les choses se vengent, et la poésie qui n’est plus en nous et que nous ne parvenons plus à retrouver dans les choses ressort, tout à coup, par le mauvais côté des choses ; et jamais on n’aura vu tant de crimes, dont la bizarrerie gratuite ne s’explique que par notre impuissance à posséder la vie.

Antonin Artaud, Le Théâtre et son double
(préface : « Le théâtre et la culture »), Gallimard, Paris 1938

 

Prémonitoires et révolutionnaires : à coup sûr ces mots d’Antonin Artaud (1896-1948) résonnent comme une provocation dans le Paris de l’avant-guerre et semblent préfigurer les heures les plus sombres de notre histoire. Sa poésie, qu’on connaît moins, le range du côté de Lautréamont, cet autre « anti-poète » exilé du monde, ennemi des normes et de la tradition. Le texte présenté ici est la préface du Théâtre et son double, une œuvre majeure qui vise à redéfinir de fond en comble la dramaturgie. Animée d’un souffle épique et parfois délirant (il arrive à l’auteur de s’égarer dans d’interminables diatribes contre l’Occident), sa prose atteint néanmoins une sorte de grandeur quand il définit ce qu’il nomme le « théâtre total », un théâtre qui sonne le glas des conventions de mise en scène et de jeu des acteurs jusque-là admises.

Antonin Artaud, « Autoportrait » (décembre 1948)
Crayon sur papier. Paris, Musée national d’Art moderne.

C’est à l’occasion de l’exposition coloniale de 1931 qu’Artaud découvrira le « gamelan » balinais : un ensemble de gongs et de tambours indonésiens dont la chorégraphie, à l’opposé des canons de la danse occidentale, va lui révéler la puissance transgressive du geste théâtral. C’est ce « bain constant de lumière, d’images, de mouvement et de bruits » qu’il cherchera à recréer dans ses mises en scène. Largement incomprises du public de l’époque car trop avant-gardistes et iconoclastes, la pensée et l’œuvre d’Antonin Artaud n’en ont pas moins bouleversé la littérature dans son ensemble en faisant éclater la notion même de division par genres, responsable d’une séparation des émotions, et en criant l’impérieuse nécessité d’un théâtre libéré des contingences de la scène « à l’italienne », qui va influencer toutes les dramaturgies contemporaines.

Je vous conseille vivement de consulter en ligne le dossier de presse, très documenté et richement illustré, sur l’exposition que la Bibliothèque nationale de France (BNF) a consacrée à Antonin Artaud du 7 novembre 2006 au 4 février 2007.