Aujourd’hui, mercredi 14 juin, la contribution de Sarah (Première S2)

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire. 

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

frise_1

Aujourd’hui, mercredi 14 juin, la contribution de Sarah (Première S-2)
 
Mercredi 14 juin : Chloé S. et Blandine P. (Première STMG2)

« Nos fleurs »

par Sarah B.
Classe de Première S-2

Minuit, lumières qui s’éteignent et cœurs qui s’allument
Depuis quand tout est devenu si douloureux ?
Une nuit sans étoiles, mais des étoiles plein le vent
Je tends la main vers le ciel
En espérant toucher tes traits si nets

Minuit, heure des amours essoufflées
D’avoir tant vu le jour et tant fait la nuit
Minuit, tu me happes tout entière
Moi et ma nostalgie passagère
Minuit, emmène moi parmi le vent du soir

Préserve-moi de ces larmes qui coulent à flots
Sur les draps du jour qui s’éteint
Et ces vapeurs d’alcool qui collent au sol
Tandis que mes semelles se mêlent au ciel
Et puis soudain les premiers rayons du soleil

Effleurent cette jeunesse gaspillée
Son ardente chaleur fait sécher mes larmes
Mais pas le souvenir du dernier baiser
Soleil, soleil, n’attise pas nos passions révoltées
Laisse-nous dépérir seuls, loin des fleurs qu’on a tenté de sauver

Illustration proposée par Sarah

Le point de vue de l’auteure… 

Pour bien comprendre le texte, il faut tout d’abord le replacer dans son contexte initial d’écriture : la nuit, ou la révélation de la douleur inexplicable. Le mot minuit, répété en anaphore tout au long des premières strophes sert véritablement de repère à la fois temporel et émotionnel. J’ai par ailleurs écrit ce poème en deux étapes : les deux premières strophes ont été rédigées en pleine nuit, dans un besoin d’écrire ce désespoir existentiel. Puis j’ai rédigé les deux dernières strophes environ un mois après. Elles sont comme une sorte de bilan rétrospectif où se mêle au constat désabusé la nostalgie du bonheur passé.

Le vers 1, de par l’évocation contrastée des cœurs qui s’allument au moment où s’éteignent les lumières du jour pose d’emblée le motif de l’épanchement lyrique qui confère au texte sa puissance évocatrice : au niveau de l’énonciation, la narratrice s’interroge : « Depuis quand tout est devenu si douloureux ? » Questionnement essentiel − renforcé par le rythme de l’alexandrin − dont la réponse semble se perdre dans un impossible désir :

Je tends la main vers le ciel
En espérant toucher tes traits si nets

Si l‘amour est le lieu même d’une douleur sentimentale, le cri de désespoir du vers 2 résonne aussi comme un puissant questionnement métaphysique et identitaire. Il révèle à quel point ce chagrin est inexplicable, et c’est en quoi il est dramatique : à défaut d’offrir une réponse, le questionnement ne fait que refléter le désenchantement énigmatique d’une question restée sans réponse : personne ne sait comment on peut en être arrivé à un tel point de rupture.

Il faut également noter que le point d’interrogation du vers 2 est le seul élément de ponctuation hormis les virgules derrière minuit et soleil : cela ne fait que renforcer la puissance évocatrice de cette « nuis sans étoiles, mais des étoiles plein le vent » : image qui associe dans une forte antithèse le désespoir de la nuit, si féconde en douleurs, à la liberté du vent qui semble purifier, élever la nuit aux dimensions de l’ineffable et de l’inaccessible. Cette idée est renforcée un leu plus loin dans le texte dans les vers 10 à 12 :

Minuit, emmène moi parmi le vent du soir

Préserve-moi de ces larmes qui coulent à flots
Sur les draps du jour qui s’éteint

Comme on le voit, ce poème est une véritable description du désir impossible d’un amour lui-même inaccessible : la nuit prend ainsi le rôle d’un voyage métaphorique qui transcende la douleur pour permettre la quête de l’idéal et du bonheur inatteignable. La nuit devient alors une méditation sur l’amour dont les vers 6 et 7 sont la représentation :

Minuit, heure des amours essoufflées
D’avoir tant vu le jour et tant fait la nuit

L’expression amours essoufflées peut avoir à ce titre plusieurs significations. Si l’on étudie les termes seuls, ils signifient littéralement que le couple est « à bout de souffle », qu’il ne peut simplement plus exister. Mais l’expression suggère plus subtilement un amour à perdre haleine jusqu’à se perdre dans l’imaginaire et ce fameux « dérèglement de tous les sens » dont Rimbaud faisait l’essence même de l’expression poétique.

L’expression « tant vu le jour et tant fait la nuit » évoque presque sous forme d’hypallage (la nuit désignant bien évidemment l’amour) l’image du couple heureux, la fusion des corps et des âmes : les sentiments s’expriment dans la strophe dans toute leur fulgurance, et dans le sillage même de l’amour fou cher aux Surréalistes. L’amour peut ainsi être comparé à l’ivresse des sens : le poème se dérègle, pour suggérer l’enivrement, et pour mieux mettre en rapport le domaine du désir avec la réalité. La nuit devient une blessure du corps, une blessure du cœur ; de même que la poésie devient cette « violence faite au langage » selon les mots célèbres du poète mexicain Octavio Paz.

Dans le poème, l’écriture poétique est ainsi à la frontière entre l’omniprésence de la douleur et l’appel de l’idéal. Il fait passer de la transgression à la révélation. La nuit lève les interdits, elle révèle et transcende à la fois la douleur : elle est la révélation de l’amour comme déchirure de l’être, comme blessure du cœur − et du corps − mais elle donne également sens à la vie : c’est ainsi qu’au vers 10, minuit représente l’espoir évoqué dans une supplication lyrique qui mêle au thème amoureux l’éblouissement ineffable du voyage : « emmène moi parmi le vent du soir ».

Le vent, on l’a vu, est chargé de connotations métaphoriques : il représente l’idéal l’inatteignable ; il est cet amour éternel qui contraste avec la violence des sentiments. La supplication « emmène-moi », très élégiaque, résonne comme une plainte, un besoin pressant de fuir cet horrible sentiment assaillant. Le fait qu’il soit conjugué à l’impératif confère une profonde tonalité injonctive à cet appel. L’hyperbole au vers 11  des « larmes qui coulent à flots » accentue l’idée de douleur mais renforce parallèlement le sentiment d’espérance.

Entre flux et reflux, ainsi va le chagrin, ainsi va la mer : les larmes coulent à flot comme les flots de la mer meurent sur le rivage avant de renaître et repartir vers d’autres voyages… Voici pourquoi le poème joue également sur de forts contrastes dont les vers 13 et 14 sont un parfait exemple : tout semble se mélanger. Une idée de confusion en ressort d’abord, aussitôt dépassée par un fort sentiment de renouveau et de métamorphose :

Et ces vapeurs d’alcool qui collent au sol
Tandis que mes semelles se mêlent au ciel
Et puis soudain les premiers rayons du soleil

Comme si l’ivresse avait finalement amené à l’idéal, fût-il éphémère et dérisoire…  la lente descente vers l’ivresse est contrebalancée par le vers 15 qui traduit une perte de repères, presque un aveuglement devant le jour qui se lève et fait sécher les larmes : est-ce pour autant la fin du calvaire ? Les vers suivants rappellent vite à la dure réalité. D’ailleurs, le soleil évoqué de nouveau au vers 19 est comme une révélation du sens du poème ; il remplace minuit dans son rôle de symbole protecteur. Ce changement de perspective traduit un besoin d’aide, de soutien introuvable. Le souvenir du dernier baiser, suggérant la fin du couple, reste bien ancré dans la mémoire.

À la fin du texte, l’expression passions révoltées traduit dans toute sa force la violence de l’amour à l’adolescence : amour pur, entier, destructeur parfois, inabouti et donc frustrant, blessant. Mais en même temps amour constitutif de l’être. Ainsi ce poème apparaît-il presque comme un roman d’apprentissage : au vers 20, la supplication très explicite « laisse nous dépérir seuls » est à la fois la démonstration de l’abandon, de la fin de cet amour trop douloureux ; et en même temps sa transfiguration.

Les fleurs sont ainsi une métaphore du bonheur, à la fois heureux et perdu : bonheur en fleur, bonheur fané… C’est pourquoi le poème s’intitule « Nos fleurs » : bonheur perdu certes, mais réinvesti poétiquement par l’acte d’écriture. Écrire sur le chagrin, n’est-ce pas le dépasser par l’acte d’écrire ? Toute écriture poétique, parce qu’elle est une expression esthétique est dépassement du désespoir même de la vie en lui donnant une légitimité artistique. Tel est le pouvoir évocateur de la poésie : étrange paradoxe qui donne à voir la présence de l’absence…

La frustration des passions semble ainsi dépassée par l’acte d’écrire ; la mort de l’amour, évoquée ironiquement par « nos fleurs » ressuscite le deuil amoureux en motif littéraire. Grâce au poème, l’amour malheureux devient le sujet même de l’écriture : il n’est plus objet, il n’est plus subi. Il devient au contraire un motif littéraire qui apporte la vie, qui appelle à la vie : L’écriture permet de réaliser une quête de sens à travers la réinterprétation poétique de l’histoire.

© Sarah B., classe de Première S-2 (promotion 2016-2017), juin 2017.
Espace Pédagogique Contributif

Expo en ligne : « Dis-moi un Po-Aime »… Aujourd’hui la contribution d'Ajar et Asmaa

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire. 

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

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Aujourd’hui, dimanche 11 juin, la contribution d’Ajar et Asmaa
(Première STMG-2)

 
Mercredi 14 juin : Sarah B. (Première S2) ; Chloé S. et Blandine P. (Première STMG2)

« Aji Takoul »¹

par Ajar Z. et Asmaa O.
Classe de Première STMG-2

La nuit, près de la mer à Wād Lāw²
On entend au loin les vagues
Courant l’une après l’autre comme les enfants du chali³
Nos cheveux volant auprès de cette merveilleuse mélancolie
Accompagnée de différents cris qui sortaient
Des salles de mariage : « you you you »⁴

Je me rappelle des issawa⁵  tapant sur les derbouka⁶
Au-delà de la côte le parfum des épices me transperçait le nez
Tous ces beaux marchands courant auprès de chaque voyageur
Je me rappelle cette rue étroite
J’entendais les voix des mères criant
« Aji takoul »¹

  1. Aji takoul : viens manger
  2. Wād Lāw (ou : Oued Laou ; en Arabe : واد لاو) : ville balnéaire du Maroc, dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma.
  3. chali : quartier
  4. youyou : Les youyous (ou you-you ou you you) sont de longs cris aigus et modulés, que poussent les femmes d’Afrique du Nord, y compris juives séfarades, et par extension du Moyen-Orient et de certains pays d’Afrique subsaharienne, pour manifester une émotion collective lors de rassemblements : la joie (dans les mariages et autres festivités), mais aussi « la colère ou le désespoir » (source : Wikipedia).
  5. issawa : nom donné aux danseurs traditionnel du Maroc
  6. derbouka (ou darbouka) : instrument de percussion (tambour) répandu dans toute l’Afrique du Nord.

Cliché proposé par Ajar et Asmaa (modifié numériquement)

_

Le point de vue des auteures…

En fait, même si nous avons choisi « Aji Takoul » comme titre, la ville de Tanger a été notre véritable inspiratrice pour ce texte. Cette merveilleuse cité du nord du Maroc qui évoque tant de mythes littéraires est attachée à notre enfance, et aux nombreux voyages que nous y avons effectués. D’ailleurs, chaque voyageur est obligé d’y passer par bateau ou en voiture. C’est une ville extraordinaire, romanesque et remplie de mystère : on a l’impression quand on arrive à Tanger que l’Atlantique et la Méditerranée se sont unies en un spectacle grandiose.

Notre poème est donc une invitation au voyage. Tout d’abord, Wād Lāw (v.2), c’est la cité balnéaire, c’est le dépaysement… Mais ce que nous avons choisi d’évoquer dans ce texte dès le titre est davantage la vie quotidienne des Tangérois : pour ce faire, nous avons privilégié les mots en Arabe comme « Aji takoul », « chali » (v. 3), « issawa » (v. 7)… Autant d’effets de réel permettant de se projeter dans cet univers si intime et si familier. Cette intimité des lieux est renforcée par le jeu des personnifications : ainsi au vers 3, « les vagues / Courant l’une après l’autre comme les enfants du chali ».

De même, au vers 4, l’évocation de « Nos cheveux volant auprès de cette merveilleuse mélancolie » est comme un voyage vers la liberté de rêver. L’enjambement du vers 2 accentue cette impression de liberté en amenant davantage de fluidité au niveau du rythme. Ce poème a également pour but de transmettre un message rempli de bonheur, d’espoir et d’évasion afin de faire transmettre à toutes celles et ceux qui le liront de partager quelques émotions et sentiment que nous avons déjà vécus.

N’est-ce pas le but de la poésie ? Permettre au lecteur, même s’il est tranquillement assis dans son fauteuil, de faire un voyage immobile, voyage métaphorique… Pour ce « voyage », nous avons utilisé les quatre sens comme l’ouïe au vers 2 : « On entend au loin les vagues », le toucher au vers 6 : « Ainsi que les issawa tapant sur les derbouka », l’odorat au vers 7 : « Au-delà de cette côte le parfum des épices me transperçait le nez », et enfin la vue qui domine l’ensemble du texte.

Comme le lecteur le comprend, notre poème nous a aussi ramenées à nos sources et à nos origines. Selon nous, le sens de l’écriture poétique est ainsi d’amener à une réflexion sur soi, sur les autres et surtout sur le monde qui nous entoure. C’est de cette altérité bienfaisante que la poésie tire son essence… Car au fond quel est le mieux ? Rester renfermé sur soi-même tout au long de sa vie ou alors s’ouvrir aux autres et découvrir de nouveaux modes de vie ? Telle est la question dont notre poème a proposé d’écrire, très modestement, la réponse.

© Ajar Z. et Asmaa O., classe de Première STMG-2 (promotion 2016-2017), juin 2017.
Espace Pédagogique Contributif

Tanger (Maroc). © Bruno Rigolt, 2012

Expo en ligne : « Dis-moi un Po-Aime »… Aujourd’hui la contribution d’Ajar et Asmaa

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire. 

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

frise_1

Aujourd’hui, dimanche 11 juin, la contribution d’Ajar et Asmaa
(Première STMG-2)

 
Mercredi 14 juin : Sarah B. (Première S2) ; Chloé S. et Blandine P. (Première STMG2)

« Aji Takoul »¹

par Ajar Z. et Asmaa O.
Classe de Première STMG-2

La nuit, près de la mer à Wād Lāw²
On entend au loin les vagues
Courant l’une après l’autre comme les enfants du chali³
Nos cheveux volant auprès de cette merveilleuse mélancolie
Accompagnée de différents cris qui sortaient
Des salles de mariage : « you you you »⁴

Je me rappelle des issawa⁵  tapant sur les derbouka⁶
Au-delà de la côte le parfum des épices me transperçait le nez
Tous ces beaux marchands courant auprès de chaque voyageur
Je me rappelle cette rue étroite
J’entendais les voix des mères criant
« Aji takoul »¹

  1. Aji takoul : viens manger
  2. Wād Lāw (ou : Oued Laou ; en Arabe : واد لاو) : ville balnéaire du Maroc, dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma.
  3. chali : quartier
  4. youyou : Les youyous (ou you-you ou you you) sont de longs cris aigus et modulés, que poussent les femmes d’Afrique du Nord, y compris juives séfarades, et par extension du Moyen-Orient et de certains pays d’Afrique subsaharienne, pour manifester une émotion collective lors de rassemblements : la joie (dans les mariages et autres festivités), mais aussi « la colère ou le désespoir » (source : Wikipedia).
  5. issawa : nom donné aux danseurs traditionnel du Maroc
  6. derbouka (ou darbouka) : instrument de percussion (tambour) répandu dans toute l’Afrique du Nord.

Cliché proposé par Ajar et Asmaa (modifié numériquement)

_

Le point de vue des auteures…

En fait, même si nous avons choisi « Aji Takoul » comme titre, la ville de Tanger a été notre véritable inspiratrice pour ce texte. Cette merveilleuse cité du nord du Maroc qui évoque tant de mythes littéraires est attachée à notre enfance, et aux nombreux voyages que nous y avons effectués. D’ailleurs, chaque voyageur est obligé d’y passer par bateau ou en voiture. C’est une ville extraordinaire, romanesque et remplie de mystère : on a l’impression quand on arrive à Tanger que l’Atlantique et la Méditerranée se sont unies en un spectacle grandiose.

Notre poème est donc une invitation au voyage. Tout d’abord, Wād Lāw (v.2), c’est la cité balnéaire, c’est le dépaysement… Mais ce que nous avons choisi d’évoquer dans ce texte dès le titre est davantage la vie quotidienne des Tangérois : pour ce faire, nous avons privilégié les mots en Arabe comme « Aji takoul », « chali » (v. 3), « issawa » (v. 7)… Autant d’effets de réel permettant de se projeter dans cet univers si intime et si familier. Cette intimité des lieux est renforcée par le jeu des personnifications : ainsi au vers 3, « les vagues / Courant l’une après l’autre comme les enfants du chali ».

De même, au vers 4, l’évocation de « Nos cheveux volant auprès de cette merveilleuse mélancolie » est comme un voyage vers la liberté de rêver. L’enjambement du vers 2 accentue cette impression de liberté en amenant davantage de fluidité au niveau du rythme. Ce poème a également pour but de transmettre un message rempli de bonheur, d’espoir et d’évasion afin de faire transmettre à toutes celles et ceux qui le liront de partager quelques émotions et sentiment que nous avons déjà vécus.

N’est-ce pas le but de la poésie ? Permettre au lecteur, même s’il est tranquillement assis dans son fauteuil, de faire un voyage immobile, voyage métaphorique… Pour ce « voyage », nous avons utilisé les quatre sens comme l’ouïe au vers 2 : « On entend au loin les vagues », le toucher au vers 6 : « Ainsi que les issawa tapant sur les derbouka », l’odorat au vers 7 : « Au-delà de cette côte le parfum des épices me transperçait le nez », et enfin la vue qui domine l’ensemble du texte.

Comme le lecteur le comprend, notre poème nous a aussi ramenées à nos sources et à nos origines. Selon nous, le sens de l’écriture poétique est ainsi d’amener à une réflexion sur soi, sur les autres et surtout sur le monde qui nous entoure. C’est de cette altérité bienfaisante que la poésie tire son essence… Car au fond quel est le mieux ? Rester renfermé sur soi-même tout au long de sa vie ou alors s’ouvrir aux autres et découvrir de nouveaux modes de vie ? Telle est la question dont notre poème a proposé d’écrire, très modestement, la réponse.

© Ajar Z. et Asmaa O., classe de Première STMG-2 (promotion 2016-2017), juin 2017.
Espace Pédagogique Contributif

Tanger (Maroc). © Bruno Rigolt, 2012

Expo en ligne : « Dis-moi un Po-Aime »… Aujourd’hui la contribution de Léa B.

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire. 

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

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Aujourd’hui, samedi 10 juin, la contribution de Léa (Première S-2)
 
Dimanche 11 juin : Ajar Z. et Asmaa O. (Première STMG2)

« La Vague »

par Léa B.
Classe de Première S2

Devant l’immense océan céleste
Elle flotte jusqu’à perdre connaissance
Et s’évanouir dans les cieux.
C’est cette infinité qui la nourrit
Bercée par les constellations de la nuit
Comme des taches de rousseur
Virevoltant d’heure en heure
Dans un élégant élan de pur azur
Elle connaît l’immense
L’inimaginable
Et le parfait.
Le ciel
La mer
Tout s’unit pour créer un vaste désert bleu
Qui nous engloutit
Pour mieux nous rendre immortels…

Illustration : Katsushika Hokusai, « La Grande Vague de Kanagawa ». Japon, ukiyo-e vers 1830 ou 1831.
New York, Metropolitan Museum of Art

Le point de vue de l’auteure…

Pour écrire ce poème, je me suis souvenue de ces moments à la plage, quand je me retrouvais face à la mer, immense. Dans ces instants, on se sent intensément petit à côté de cette mer infinie, où l’horizon se confond avec le ciel. C’est de cet « immense océan céleste » dont je parle : où commence le ciel ? Où finit l’étendue de la mer ? Quelles en sont les limites ?

C’est ce sentiment d’infinité que j’ai voulu retranscrire dans « La Vague ». Si la mer est fascinante, c’est qu’elle est inconnue. La vague, désignée par le pronom « elle » dans le poème, est la métaphore de l’infinité de la mer et des océans. Elle en fait partie, elle ne meurt jamais.

À travers ce poème, on suit son itinéraire, son existence : elle flotte et s’évanouit dans l’eau après avoir atteint sa hauteur maximale, « l’immense » (vers 9). Pourtant, les vagues se recréent sans cesse : naissance, mort et transfiguration.

En parlant de l’infinité de l’océan, je parle aussi de sa fusion avec le ciel, car « tout s’unit pour créer un vaste désert bleu » (vers 14). Quand on regarde l’horizon, on ne saurait dire jusqu’où l’étendue d’eau continue. On se sent happé, « englouti » (vers 15) par cet ensemble gigantesque. Et pourtant, c’est cette force tranquille qui nous rend invincible, qui nous rend « immortels », comme les vagues, qui apparaissent ainsi comme une métaphore de la vie elle-même.

Le début du poème a un rythme lent, comme pour entrer doucement dans la mer. Les mots sont longs, les trois premiers vers se suivent et créent ainsi grâce aux enjambements un effet d’allongement. Cette amplitude accompagne les mots et l’image de la vague qui « flotte jusqu’à perdre connaissance » (vers 3). Les sonorités présentes dans le premier vers « Devant l’immense océan céleste » (assonance en [an] et allitération en [s]) suivent également l’effet de souffle lyrique, donnant toujours plus de grandeur et d’intensité au texte :

Devant l’immense océan céleste
Elle flotte jusqu’à perdre connaissance
Et s’évanouir dans les cieux.

Puis, à partir du vers 6, le rythme s’accélère. Les mots sont plus courts, plus hachés, afin de donner une sensation de précipitation propre à suggérer la rythmique des vagues. Les lignes se rétrécissent jusqu’à ne comporter qu’un seul mot : la vague atteint son apogée, son point culminant avant d’être engloutie. Ce point culminant est marqué par les noms « immense » (vers 9), « inimaginable » (vers 10) et « parfait » (vers 11) qui marquent l’exagération, le grandiose, l’hyperbole, comme si ce point culminant dépassait tout entendement, comme s’il transcendait la réalité pour toucher le ciel.

En outre, le jeu des sonorités dans « La Vague » est important car il traduit le mouvement des vagues : les mots sont la danse des vagues. Les allitérations en [an] et en [u] au vers 8 « Dans un élégant élan de pur azur » ainsi que les rimes « nourrit » et « nuit » (vers 4 et 5) et « rousseur » et « heure » (vers 6 et 7) créent un rythme et des parallélismes sonores particulièrement intéressants. Le vers 8 apporte, comme les trois premiers vers, un souffle dans le poème, une profonde amplitude rythmique et sonore.

Enfin, si j’ai refusé de me limiter à des vers de même longueur, c’est pour évoquer ce mouvement discontinu des vagues. De même, j’aurais réduit mes possibilités d’écriture si j’avais fait rimer tous les vers. « La Vague » est écrit en vers libres afin de suggérer le foisonnement de la mer qui en fait quelque chose d’unique. Au contraire d’une forme fixe, cette déconstruction et ce non respect des formes traditionnelles participent au mouvement infini des vagues. Avec l’absence d’une ponctuation importante, le poème laisse libre interprétation au lecteur, qui peut choisir où débute une phrase, où elle se termine et où il peut placer les enjambements. Il est ainsi aussi libre que la mer.

« La Vague » est un poème qui se raccroche aux poèmes symbolistes. Il joue avec l’imagination du lecteur pour créer un monde qui ne correspond plus au réel, mais à un univers nouveau, plein de symboles. La mer n’est plus seulement la mer, le ciel n’est plus seulement le ciel, c’est un tout, un mélange harmonieux qui tend vers une autre réalité, bien au-delà des contingences.

C’est cette autre réalité que j’ai voulu déchiffrer dans « La Vague », ce monde caché qu’il faut découvrir en se faisant, comme aurait dit Rimbaud, « voyant », en percevant l’invisible derrière une réalité toujours jugée de façon matérielle et objective. Les Symbolistes cherchaient à découvrir l’Idéal et le Spirituel, « La Vague » suit leur sillage. Car il ne suffit pas de voir le monde d’une manière objective, il faut y laisser une part de subjectivité. C’est d’ailleurs pour cela que ce poème a pour point de départ mes propres souvenirs et sensations.

© Léa B., classe de Première S2 (promotion 2016-2017), juin 2017.
Espace Pédagogique Contributif

Un Automne en Poésie, Saison 8 Cinquième livraison

Poursuite de l’exposition « Un Automne en Poésie »
— Saison 8 —


uaep_2016_17_3_cMaquette graphique : © Bruno Rigolt, décembre 2016. Photomontages et peinture numérique.
Premier plan : fleurs par Ikeda Zuigetsu (1877 – 1944). En fond : cliché personnel réalisé dans le port de Rotterdam).

Les élèves de Seconde 13 sont fiers de vous présenter l’édition 2016-2017 d’Un automne en poésie. La thématique retenue cette année invitera à réfléchir au rapport intime qui existe entre le réel et la manière dont la poésie parvient à transcender la réalité pour faire naître du banal et de l’ordinaire ce qui n’est pas, et qui pourtant est : la poésie, c’est le jeu de la métamorphose et du voyage des mots : voyage extraordinaire, voyage lointain vers des mondes où l’écriture donne sens à la Vie…

Voici la cinquième livraison de textes.
Très bientôt, de nouveaux textes seront publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif
jusqu’au 19 décembre (dernière livraison).

Prochaine livraison : lundi 19 décembre 2016

                       

  

Lettres d’évasion

par Manon D.
Classe de Seconde 13

Bel alphabet :
Un ensemble de différences
Ressemblant à une machine classique
Une musique,
Un océan de passion.

Bel alphabet,
Les lettres s’expriment
En révolte sentimentale ;
Elles me font voyager et rêver,
Imaginer une couverture de mots,
Une folie des générations.

Bel alphabet
Qui permets la renaissance
Et je tombe en toi
Comme dans une idée nouvelle
Et j’écris, je m’envole, et j’aime
Ces lettres d’évasion :
Une palette colorée de solutions

Découvrez d’autres poèmes de Manon : « Bête féroce » ; « Pourquoi j’écris ? ».

alphabet_de_couleurs_7« Et j’écris, je m’évade, et j’aime
Ces lettres d’évasion
Une palette colorée de solutions.
.
. »

 Illustration : © décembre 2016, Bruno Rigolt (digital painting)

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Mélancolie d’automne

par Adisson S.
Classe de Seconde 13

 

À travers cette étendue boisée
Elle divague sous le clair de lune
Dans un automne désolé
Plongée dans le cristal de brume

Elle divague sous la sérénité des arbres
Mystère des enchantements
Elle libère ses larmes
Délabrées par le néant

Harassée par le vide désormais
Le cœur abandonné
Et l’automne en sa félicité
Sommeille au-delà des étoiles, à tout jamais.

Ô pensées oniriques de l’amour
L’automne aussi était amoureux
Dès lors, il pleure pour ceux
Qui ont pour mémoire un amour perdu pour toujours…

Découvrez un autre poème d’Adisson : « Le chapitre de mon cœur».

georges_lacombe_foret_au_sol_rouge_1Illustration : Georges Lacombe, «La forêt au sol rouge », 1891
Quimper, Musée des Beaux-Arts

 

Le point de vue de l’auteure…

En écrivant ce poème, je me suis inspiré de l’automne, étant donné que je vis près de la forêt. Quand bien même est-ce un peu banal de le rappeler, je trouve que l’amour et la tristesse s’accordent bien ensemble : l’automne n’est-il pas la saison de la mélancolie ? Mon poème est à l’image de l’automne : mélancolique et triste : les feuilles qui tombent sous la pluie sont comme des larmes qui coulent… De plus, la mélancolie est un sentiment intense et profond, un sentiment dont nous avons tous fait l’expérience. 

J’ai tout d’abord écrit ce qui me passait par le cœur, un peu comme quand on se promène en forêt : je m’égarais dans les chemins des souvenirs tristes et de mes sentiments… Par la suite, j’ai enrichi le vocabulaire et tenté de mettre un peu d’ordre dans les vers… J’ai ainsi essayé d’organiser mes strophes en quatrains et de travailler les rimes : elles apportent selon moi un sentiment d’apaisement, comme le refrain d’une complainte un peu monotone, caressée par la brise parfumée, les feuilles qui tombent à terre et l’air du temps…

Un autre regard…

par Louise D.
Classe de Seconde 13

Le soir,
__Grande, couverte d’ un voile lumineux,
____Elle s’approchait de ma conscience
_____Me remplissait d’amertume,
_______De tristesse, de sueurs, glaçant
__________Mon insouciance et mon esprit.
Je restais là des heures…
__
Attendre l’envol de mes pensées
____Fines et légères comme des papillons,
_______Vers d’autres cieux que la tristesse,
Je restais là des heures.
__La solitude m’attachait
____Assise à cette table,
______Laissant courir mes doigts
________De page en page,
__________Où là même tout pouvait s’écrire,
____________Ne pas s’écrire,
_______________Ne pas se dire,
_________________Se dessiner, s’effacer…
Je restais là des heures.
__Quelques mots éphèmèrent cet instant,
_____Juste pour un soir,
________Une nouvelle page,
___________Un autre regard.

louise_d« … Laissant courir mes doigts
De page en page,
Où là même tout pouvait s’écrire
 »

Illustration : © novembre 2016, Louise D.

Étranges raisons

par Maëlle M. et Manon B.
Classe de Seconde 13

Les nuages effilochés arborent le portrait de l’humanité :
Histoire tragique embrassée de comédie.
J’arracherai les feuilles du livre tari, des chapitres ennemis
Je métamorphoserai les vieilles traditions
En arguments de jeunesse !

Hier, demain, aujourd’hui : où vais-je dans la vie ?
Les ventricules de mon cœur s’ouvrent sous ma peau,
Laissant échapper ma douleur dans un cri d’aube et de vent.
À qui appartient l’être qui m’anime ?
J’ai depuis longtemps abandonné les rêves où rien ne mène.

Les perles filantes de mon esprit distinguent les cultures d’ailleurs
Où la fonction des étoiles et de définir mon équilibre.
Les habitants de mon âme et la richesse de mes yeux
Implorent l’amour.
Ô lune sentimentale, éclaire la plume de mes voyages !

abstraction_3« Ô lune sentimentale, éclaire la plume de mes voyages ! »

Illustration : © décembre 2016, Bruno Rigolt (peinture numérique)

            

                  

Argentine

par Farah S.
Classe de Seconde 13

             

Moi seule vois ton vrai visage, Argentine
Tes océans et tes rochers sauvages.
Ta douce tempête blanche et bleue de lumière
Éclaire la pauvreté et la misère.

Oh ! Argentine ! Belle et dicible fleur
Cristalline. De mes sentiments de malheur
Tu recrées un nouveau bonheur :
Patagonie, pampa à jamais dans mon cœur

Je voudrais voir les grands lacs et les forêts
La cordillère des Andes et l’éternité
Le point le plus haut du monde et l’Amérique latine
Ô terres vagabondes ! Ô toi, magnifique Argentine !


« Ô terres vagabondes ! Ô toi, magnifique Argentine ! »

Illustration : Luis Argerich from Buenos Aires, Argentina (Rural River II) [CC BY 2.0
(http://creativecommons.org/licenses/by/2.0)], Wikimedia Commons

            

                  

Mauvais temps

par Maëlle M.
Classe de Seconde 13

             

Au Soleil des années passées
j’aimerais retourner.
L’orage d’après
Est rempli de regret :

Piétinée par le monde, impuissante telle une flaque
Les gouttes me frappent
Elles me troublent d’eau,
Me remplissent d’âge

Passé de pensées amères
Goûts d’avant de gourmands instants
Je les remplace par le présent
Je délaisse mon âme de sentiments

Lassée du tout,
Lassée du rien,
Je reviendrai m’enlacer à toi
Ô temps perdu !

maelle_4« Au Soleil des années passées
j’aimerais retourner… 
»

Illustration : © novembre 2016, Maëlle (cliché personnel)

La numérisation de la cinquième livraison  de textes est terminée.
Dernière mise en ligne de textes : lundi 19 décembre 2016…

 

Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les poèmes des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du poème cité (URL de la page).

Un Automne en Poésie, Saison 8 Quatrième livraison

Poursuite de l’exposition « Un Automne en Poésie »
— Saison 8 —


uaep_2016_17_4_dMaquette graphique : © Bruno Rigolt, décembre 2016
Fond réalisé à partir de : Félix Vallotton, « Clair de lune », vers 1895 (huile sur toile). Paris, musée d’Orsay.

Les élèves de Seconde 13 sont fiers de vous présenter l’édition 2016-2017 d’Un automne en poésie. La thématique retenue cette année invitera à réfléchir au rapport intime qui existe entre le réel et la manière dont la poésie parvient à transcender la réalité pour faire naître du banal et de l’ordinaire ce qui n’est pas, et qui pourtant est : la poésie, c’est le jeu de la métamorphose et du voyage des mots : voyage extraordinaire, voyage lointain vers des mondes où l’écriture donne sens à la Vie…

Voici la quatrième livraison de textes.
Très bientôt, de nouveaux textes seront publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif
jusqu’au 19 décembre 2016 (dernière livraison).

Prochaine livraison : samedi 17 décembre 2016

                       

  

La nuit succombe

par Roxane C.
Classe de Seconde 13

Nymphe désarticulée
Bercée par la reine des ombres,
Elle court, parcourt cette roche
D’une souplesse exagérée.

Elle m’apostrophe et me voici devant elle
Son souffle m’essouffle,
Ses gestes m’interpellent.
Enivrée par ses mouvements,

Mon poids s’allège,
Mes membres se font voiles
Les corps s’accordent,
Son cœur bat la mesure des heures

Les astres nous contemplent.
Elle se détourne, drapée dans sa fierté
Disparaît au coin d’une ombre
Me laisse désemparée, 

La nuit succombe.

roxane_c_la_danseuse_a« Nymphe désarticulée
Bercée par la reine des ombres,
Elle court, parcourt cette roche.
.
. »

 Illustration : photomontage réalisé par Roxane

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Voici venir l’hiver bleu…

par Louise D., Rémi M., Joanna D.
Classe de Seconde 13

Braqué sur l’été, l’œil de l’automne
S’apprête à attaquer
Les fleurs et les feuilles
De sa couronne orangée :
Voici venir l’hiver bleu
Qui s’installe doucement
Dans le jour fané
La neige est belle à son retour
Couvrant la vie d’un linceul gris
La lune est belle dans les cieux
Transformant les ombres en rêve heureux
Le renouveau de l’année est arrivé
Noël, Noël peut s’éveiller :
Un nouveau jour qui ressemblait au soir !

claude_monet_soleil-dhiver-a-lavacourt-1879-1880_musee_art-moderne_andre_malraux« Voici venir l’hiver bleu
Qui s’installe doucement
Dans le jour fané
… »

Illustration : Claude Manet, « Soleil d’hiver à Lavacourt », 1879-1880
Le Havre, Musée d’art moderne André Malraux

Amer et doux sortilège

par Léa T.
Classe de Seconde 13

Enfants du monde
Écoutez l’hiver bleu
Sous les étoiles blanches
La Dame de l’hiver
Protége la terre
De son manteau de velours :
Amer et doux sortilège de satin
Froideur des cœurs éphémères.

Le rideau blafard se lève alors
Laissant présager la venue
Du souffle de renaissance.
Le printemps maladif
Fleurit mes pensées
Me transporte vers un lointain passé
D’oiseaux en fleurs
Qui tiédissaient mon cœur…

oiseaux_fleurs_web« … vers un lointain passé
D’oiseaux en fleurs
Qui tiédissaient mon cœur…
 »

Illustration : © octobre 2016, Bruno Rigolt

Un bouquet de tes sourires

par Manon B
Classe de Seconde 13

Douce nuit, sombres pensées
Une larme de sang rosée dans la main droite
Une cigarette à moitié éteinte dans l’autre
Jeunesse oubliée
Jeunesse envolée

Tes mots me coupent comme le vent froid
De ce vendredi matin
Et cette fumée qui s’échappe en rêves
Que je ne réaliserai jamais
J’ai des hauts le cœur

Je te regarde d’un air songeur
Si je le pouvais je te demanderais de m’offrir
Un bouquet de tes sourires
Tes yeux rieurs sont pleins d’une belle joie de vivre
Cette joie rose

J’en suis jalouse. Explique-moi
Explique moi comment tu fais
Pour voir le monde aussi beau
Je ne vois que du noir privé d’espoir
Tu te lèves, tes pas résonnent dans la nuit

Ton regard est perçant
Bleu océan
Tes doigts entrelacent les miens
Je sens ton souffle chaud
Le mien est froid, dénué de vie

Je creuse mon fossé de sentiments
J’ai décidé
Je ferme les yeux
et je 
danse

manon_b-jpg« J’ai décidé
Je ferme les yeux
et je  danse…
 »

Illustration : photomontage réalisé par Manon.

            

                  

Douloureuse expression

par Marie D.
Classe de Seconde 13

             

Ô poèmes oubliés aux mots doux envolés,

Pardon de vous offenser
Tel un boomerang me reviennent les jours passés
Pour ensuite venir tout gâcher.
Les seuls vrais mots pour moi sont des fous ;
Fous d’envie de parler qui ne disent jamais de banalités
Quand ils éclatent et qu’on peut voir
En leur centre une lueur bleue.
Et le monde est ébloui
Comme devant un soleil d’encre.
Le silence berce mes mots
Mots glaciaux, mots cruciaux.
Combat éternel qui m’apporte la paix.

Bienvenue dans mon Paradoxe.

architexture_1« Quand ils éclatent et qu’on peut voir
En leur centre une lueur bleue
… »

Illustration : © décembre 2016, Bruno Rigolt (digital painting)

La numérisation de la quatrième livraison  de textes est terminée.
Cinquième mise en ligne de textes : samedi 17 décembre 2016…

 

Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les poèmes des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du poème cité (URL de la page).

Un Automne en Poésie, Saison 8 Troisième livraison

Poursuite de l’exposition « Un Automne en Poésie »
— Saison 8 —


uaep_2016_17_3_cMaquette graphique : © Bruno Rigolt, décembre 2016. Photomontages et peinture numérique.
Premier plan : fleurs par Ikeda Zuigetsu (1877 – 1944). En fond : cliché personnel réalisé dans le port de Rotterdam).

Les élèves de Seconde 13 sont fiers de vous présenter l’édition 2016-2017 d’Un automne en poésie. La thématique retenue cette année invitera à réfléchir au rapport intime qui existe entre le réel et la manière dont la poésie parvient à transcender la réalité pour faire naître du banal et de l’ordinaire ce qui n’est pas, et qui pourtant est : la poésie, c’est le jeu de la métamorphose et du voyage des mots : voyage extraordinaire, voyage lointain vers des mondes où l’écriture donne sens à la Vie…

Voici la troisième livraison de textes.
Très bientôt, de nouveaux textes seront publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif
jusqu’au 19 décembre 2016 (dernière livraison).

Prochaine livraison : mercredi 14 décembre 2016

                       

  

Le rêve des nuages

par Margarita N.
Classe de Seconde 13

Saison de jouvence
Et pourtant temps éternel
Le chant de la pluie
À peine posée forme la rosée,
Surgit un éclat de couleur…
Et en réveille mille autres.

Soupçon de lumière
tu m’amènes, nuage,
À l’Histoire de mes rêves.
Ma pensée vient d’ailleurs :
Le charme d’une fleur, la campagne à l’aube.
Oiseaux printaniers,

Arbre de mon cœur ,
Doux parfums fleuris enivrants,
Je vous demande le chemin du jardin perdu
Ici je ne m’appartiens plus,
Ramenez-moi au souvenir
De la liberté des sourires…

raphael_cherubins_frame« Ramenez-moi au souvenir
De la liberté des sourires
.
.
. »

 Illustration choisie par Margarita : Raphaël, « Madonna Sistina » (détail des putti accoudés)
Dresde (Allemagne), Gemäldegalerie Alte Meister

Le point de vue de l’auteure…

Le monde dans lequel nous vivons est bien différent de la vision que nous en avions enfants… Ce printemps de l’enfance, je l’évoque au vers 1 quand je parle d’une « saison de jouvence ». Le printemps est à l’image de ces chérubins de Raphaël : le détail de la célèbre « Madone sixtine » du peintre italien me ramène à l’évocation de ce « chemin du jardin perdu » de l’enfance au vers  15.

Ces putti n’évoquent-ils pas aussi l’idée d’être dans les nuages ? Avec leur air de rêver, ils sont comme une invitation à l’imaginaire ; d’où le choix du titre de mon poème : « Le rêve des nuages »… Enfin, je voudrais évoquer les derniers vers : « Ramenez-moi au souvenir / De la liberté des sourires… ». Ces mots sur lesquels s’achèvent ma poésie peuvent se lire comme un désir de retourner au paradis perdu de l’enfance. 

Margarita

 

_

_

À tout jamais anéanties…

par Yani B.
Classe de Seconde 13

Ni la dune, ni la brise
Ni la couleur blanche et grise

D’un étang plein de souvenirs

D’ombre fuyante
Désormais, l’amitié et ma vie

À tout jamais anéanties
D’ombre fuyante, d’ombre pâlie

Comme un soleil
Obscurci


soir_mer_1_BR_4« D’ombre fuyante, d’ombre pâlie
Comme un soleil
Obscurci… »

Illustration : BR

Bête féroce

par Manon D.
Classe de Seconde 13

Les paumes de la terreur illuminent le soleil,
Les mensonges d’espoir vaguent d’être en être,
Les crimes d’un rien parlent face à la vérité.
Seul contre la chaleur immortelle,
Mon regard perfore l’imprudence.
Et des milliers de couleurs pendent dans l’univers.

Le soir regrette les multi-miracles,
L’affiche de désespoir libère la bête féroce.
Le train mortel nuit aux histoires,
La chance appelle à la catastrophe,
Les belles choses disparaissent en mer
Alors que mes sentiments font barrage

À la lueur des étoiles rouges et bleues.
Je suis morte dans mes pensées.

manon_d_1« À la lueur des étoiles rouges et bleues.
Je suis morte dans mes pensées…
 »

Illustration : © octobre 2016, Manon D.

Le point de vue de l’auteure…

J’ai souhaité à travers ce poème exprimer mes sentiments : j’ai donc fait part de mon ressenti du moment, pas forcément très joyeux au moment où j’écrivais…
C’est donc un peu comme si mes sentiments avaient parlé à la place de mon cerveau. C’est pour cela que je n’ai pas vraiment suivi de démarche artistique préconçue. J’ai souhaité en revanche privilégier le travail sur les oppositions de sens : ainsi de nombreux vers comportent une expression positive et négative de manière à mettre en valeur les oxymores ou les antithèses. Par exemple : « les mensonges d’espoir » ou même « les paumes de la terreur illuminent le soleil ». L’important était en effet de montrer qu’une chose belle peut devenir laide ou inversement. J’ai enfin choisi de respecter une structure sujet/verbe/complément dans la plupart des vers car j’ai l’impression de ressentir davantage les choses et de mieux les exprimer en écrivant ainsi. 

Souvenir faussé de l’homme

par Yoann V.
Classe de Seconde 13

Quand la fleur de l’âme s’éteint
Il ne reste plus grand chose du cœur
Elle s’imprègne de la vie d’une rose,
Pétale déteint
De cette couleur immortelle
Qui n’a pu prendre ses ailes.

Ne pas oublier
Comment est fait notre passé
Passé qu’on enferme dans un coin
Où la raison ne voit plus que des points
Des points impénétrables
Pour rendre le monde durable.

Ouvrir les portes du soir
Comme on pousse une porte
Libérer cette chaleur
Que j’appellerai souvenir
Souvenir détérioré pour un homme
Qui marchait sur le vent avec trop de fierté…

mer_onirique_2« Ouvrir les portes du soir
Comme on pousse une porte…
 »

Illustration : BR d’après Magritte

            

                  

L’artiste encré

par Jules B.
Classe de Seconde 13

              

Ô goutte !
Ô goutte encrée !
Toi qui prends ta source
Dans le jaunâtre pur du Yangzi
Ô goutte !
Ô sage goutte !
Calme pratiquante du tai chi,
Puissante combattante du kung-fu
Stratège comme le xiangqi

Écoule-toi donc tout le long
De sa majesté
De la Grande Muraille

Seulement quelques milliers de kilomètres
Pour réellement devenir héros¹
Ce n’est bien là-bas que
Magnifiquement tu le deviendras

Dégouline prestement jusqu’à la Cité interdite
Pour pénétrer l’inaccessibilité des palais²
Et braver l »interdit d’interdire²
La censure doit se censurer²

N’oublie pas de te faufiler
Jusqu’au Palais d’Été
Même et hiver et sans geler
Pour y trouver un souffle de chaleur
Et pour alimenter la liberté du cœur².

Mais quitte enfin ce costume de bouddha
Déshabille-toi de cette vicieuse naineté
En passant au Temple du Ciel
Par la rue des étoiles en fuite
Dans l’innocence nuageuse.

C’est à travers l’éventail de poésie
Que l’artiste encré de Chine
Achève sa calligraphie.

1. En Chine, les personnes qui ne se sont jamais rendues à la Grande Muraille.
2. Allusions au manque de liberté du peule chinois. Bien que la Chine soit une république, la population est grandement contrôlée, et un certain nombre de libertés sont restreintes en raison de la censure.

Lang Shining_"Pin, faucon et champignon d’immortalité", 郎世宁嵩献英芝图轴, Giuseppe Castiglione (Lang Shining), Dynastie Qing, période Yongzheng (1723-1735)
Lang Shining_ »Pin, faucon et champignon d’immortalité », 郎世宁嵩献英芝图轴, Giuseppe Castiglione (Lang Shining), Dynastie Qing, période Yongzheng (1723-1735)


« C’est à travers l’éventail de poésie
Que l’artiste encré de Chine
Achève sa calligraphie… »

Le chapitre de mon cœur

par Adisson S.
Classe de Seconde 13

Que faut-il comprendre en tournant les pages du soir ?
Dans ce vide enseveli de pleurs
Mon âme-miroir
Mon cœur en froideur…

Sentiment perpétuel
Je ne vois la lumière en moi
Je reste sans voix
Submergée par cette obscurité sempiternelle.

frise_flou_mauve

Que faut-il comprendre en tournant les pages du soir ?
Ce chapitre abstrait de mon âme
D’où la loi d’écouter son cœur est primordiale

Le soir a ouvert ses yeux
J’entends le rossignol
La berceuse du vent
Je navigue en mer inconnue

hokusai.1245584901.jpg

Que faut-il comprendre en tournant les pages du soir ?
Sous les étoiles étincelantes
Je lis ce chapitre
Je veux tant m’abandonner dans ce rivage nu

Ai-je bien réussi à comprendre ?
La vie est parée de mille couleurs
Mais je sombre dans la pendule du temps
Je fuis parmi le temps inexorable et bleu

Ai-je compris ?
Je ne connais la félicité
Je ne connais les contes de fées
Je ne connais l’oubli

Les fleurs primevèrent le bel âge

Le printemps
Une mémoire, à tout jamais

Hokusai_hibiscus_et_moineau

Illustrations : Katsushika Hokusai (1760-1849), « La Grande Vague de Kanagawa » (ukiyo-e, 1831) Katsushika Hokusai (1760-1849), « Hibiscus et moineau » (ukiyo-e, c. 1830)

La Romance du Temps

par Joanna D
Classe de Seconde 13

                  

Consolez-moi,
Adorez-moi,
La romance est partie
S’en est allée dans la nuit
Emportant les rires

Attristez-moi,
Adorez-moi,
Écrire, lire, les outils de la liberté
Horizon bleuté
Au-delà des cieux

Soignez mes blessures
Faites-moi pleurer
Faites-moi penser
À ces mots embrasés :
Danser pour suspendre le temps

joanna_d_romance-du-temps

« Faites-moi penser
À ces mots embrasés :
Danser pour suspendre le temps… »

Illustration : © novembre 2016, Joanna D.

                       

                   

La numérisation de la troisième livraison  de textes est terminée.
Quatrième mise en ligne de textes : mercredi 14 décembre 2016…

 

Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les poèmes des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du poème cité (URL de la page).

Un Automne en Poésie, Saison 8 Deuxième livraison

Poursuite de l’exposition « Un Automne en Poésie »
— Saison 8 —


crysanthemes_1_d_web_frame_mainMaquette graphique : © Bruno Rigolt, novembre 2016

Les élèves de Seconde 13 sont fiers de vous présenter l’édition 2016-2017 d’Un automne en poésie. La thématique retenue cette année invitera à réfléchir au rapport intime qui existe entre le réel et la manière dont la poésie parvient à transcender la réalité pour faire naître du banal et de l’ordinaire ce qui n’est pas, et qui pourtant est : la poésie, c’est le jeu de la métamorphose et du voyage des mots : voyage extraordinaire, voyage lointain vers des mondes où l’écriture donne sens à la Vie…

Voici la deuxième livraison de textes.
Très bientôt, de nouveaux textes seront publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif
jusqu’au 19 décembre 2016 (dernière livraison).

Prochaine livraison : mardi 29 novembre 2016

                       

  

L’ombre

par Aurore P.
Classe de Seconde 13


Dans cette brume cristallisée,
Je traverse ton ombre.
Au son du rythme de nos cœurs,
Je distingue ta présence :
Ton souffle chaud me rassure.

Et dans la nuit glaciale
De la réalité du monde,
Je passe ma main dans ta crinière blonde,
Monte délicatement sur ton dos,
Pour partir à la rencontre de l’aurore

cheval_brume« Dans cette brume cristallisée,
Je traverse ton ombre.
.
. »

 Illustration : © novembre 2016, Bruno Rigolt

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Se noie dans la poussière…

par Gabrielle V.
Classe de Seconde 13

L’innocence d’une plume
Blanche comme la nuit
Elle a dû quitter le nid
Pour s’envoler vers
De nouvelles dunes

Aveuglée par l’animosité
Elle attend depuis longtemps
Une paix assourdissante
Qui puisse détrôner
L’opération de la destruction

À peine débarquée
Du bateau de ses rêves,
Elle se retrouve happée
Dans cette valse sans trêves
Échouée, délabrée…

Sa langue qui fourche
Sa peau d’ombre
Ses lambeaux de souvenirs
Enfant de lumière
Qui finit dans les rues…

kennington_orphans_1885« Ses lambeaux de souvenirs
Enfant de lumière
Qui finit dans les rues… »

Illustration : Thomas Kennington, « Orphans », 1885 (huile sur toile)
Londres, Tate Britain

(Re)Naissance

par Chancelie G.
Classe de Seconde 13

Ma vie est un voyage intérieur
Entre l’enfer blanc de la nuit
Et le paradis noir des jours.
Je suis poussière dans l’étendue
D’un bleu mystérieux
Empli d’immenses sources lumineuses.
J’aspire à les rejoindre

D’un coup d’aile puissant.
L’ atmosphère est mon interlocutrice
De la nuit, la gardienne de mes jours
Mais je reste là, ange déchu,
Et j’attends la délivrance de la mort.
Mon cœur espère un signe,
Ma vie est un voyage intérieur

Entre l’enfer blanc de la nuit
Et le paradis noir des jours.
Des êtres divins me tendent
La main du ciel telle un souffle
Résolu à porter l’orage
Et l’aube d’un jour nouveau.
Je suis poussière dans l’étendue

D’un bleu mystérieux.
Me dégageant de l’attraction terrestre
Je m’élève alors  trop émue pour un au revoir
Je monte haut dans le ciel
Plus loin que les blessures du soleil
Pour guider et protéger
Par ma lumière céleste

Le secret de la vie…

Van Gogh La_nuit_étoilée« Je suis poussière dans l’étendue
D’un bleu mystérieux…
 »

Vincent Van Gogh, « La nuit étoilée », 1889
New York, Museum of Modern Art

            

                  

Rêves d’ailleurs
(sous les rayons de Shanghai)

par Valentin C.
Classe de Seconde 13

              

Sous les rayons de Shanghai
Où chantent les âmes perdues
Où les cœurs ont trouvé refuge
Près de l’embouchure du Yangzi Jiang,

Sous ce mur vaporeux
Ici au bout du monde
Où le ballet des étoiles n’est plus que mémoire
Où le long fleuve du temps s’est arrêté de couler

C’est du haut de cette perle
Que nous dominions le monde
J’étais empereur d’Orient
Tu étais l’éternelle reine d’Occident

Nous marchions en silence
Dans le jardin Yu, près de notre Palais de Jade
Pendant que la lune, parée de son voile
Voguait en silence dans les cieux immortels

Sous les rougeurs du soir
Nous nous sommes abandonnés
Enveloppés du doux velours de la nuit
Nos corps ont dansé dans cette immense infinité…

Ainsi tu nous as rejoints rue de Nankin
Dans le temple des lumières égarées
Là où les étoiles rêvent encore
De pouvoir briller durant le jour…


valentin_chine_5« C’est du haut de cette perle
Que nous dominions le monde
J’étais empereur d’Orient… »

Crédit photographique : © Valentin C.

valentin_chine_1

Un éternel voyage…

par Sara H.
Classe de Seconde 13

Soir d’été et une âme solitaire
Qui finit de s’égarer où mon cœur se perd
Une rencontre inattendue
Entre le corps et l’inconnue
Le début d’une vie, rien n’est encore perdu

Avance doucement sur le chemin incréé
Ton choix est ton idée
Tu ne vis qu’une fois ce voyage
C’est un cadeau que l’on oublie
Au fil de l’âge

Comme un livre que l’on écrit
Tu parcours le chemin de ta vie
Puis que l’étincelle s’éteigne
Qu’une page se referme
Pour que le livre se reforme

Quand le roman s’achève
Un autre rêve recommence
Voici le chemin de la vie
Une éternelle romance
Aux parfums de voyage….

sara_h« Quand le roman s’achève
Un autre rêve recommence
Voici le chemin de la vie… »

Illustration : © Sara H. « Un éternel voyage »

Pendant que des anges…

par Camille B.
Classe de Seconde 13

                  

En automne les couleurs tombent
Laissant place au grand manteau d’isolement.
Déméter pleure sa fille reine malgré elle,
Envahit le monde de son souffle glacé
Qui transforme la nature en statue.
Les enfants se créent des amis froids
Pendant que des anges
Se dessinent dans le sol
Et que les miroirs ne reflètent rien.

Charnay Soirée d'aautomne sur la terrasse« En automne les couleurs tombent
Laissant place au grand manteau d’isolement.
.. »

Armand Charnay (1844-1915), « Soirée d’automne sur la terrasse » (détail)
Fin 19e, premier quart du 20e siècle. Charlieu, musée Hospitalier. Crédit photographique :  Emma Artige.

                       

                   

L’Invisible de la Vie

par Alexandre G.
Classe de Seconde 13

                 

Cet autre monde n’est qu’une illusion
Un refuge dans l’inconscient
Pour y trouver consolation :
Une évasion dans le sommeil.

Espoir et désir ne sont qu’aberration
La folie mène le monde
Mais toi seul vois
L’Invisible de la Vie :

C’est une nuit magique
Qui renferme l’imagination
Secrète de nos envies.
Fuir la réalité cauchemardesque

Pour trouver cette impression
De bonheur divinisé
Et ce jour mystique
Qui a pour nom la nuit.

Felix_Valloton_Clair_de_lune_1« Et ce jour mystique
Qui a pour nom la nuit… »

Félix Vallotton, « Clair de lune », vers 1895 (huile sur toile).
Paris, musée d’Orsay

 

              

Terre de désolation

par Gabrielle M.
Classe de Seconde 13

                      

Terre affaiblie
Par ces poussières dissidentes,
Assoiffées à toute heure de la journée
D’un oxygène souillé,

Tu les enveloppes d’un ozone qu’elles achèvent.
Dans des milliards d’années
Tu ne seras plus qu’une Sphère criblée
Protégeant les derniers rayons d’une naine déchue.

Alors elles te rongent, toi, petite bille rocheuse, jouet de l’Homme,
Pour construire un monstre les guidant vers une autre condamnée,
Et partiront sans soigner tes blessures,
Sans t’alléger de tout ce qu’elles te font porter.

gabrielle-m« Terre affaiblie
Par ces poussières dissidentes
… »

Illustration : Gabrielle M.

Le point de vue de l’auteure…

Dans mon poème, je parle de notre planète que nous abîmons avec la pollution. Nous avons beaucoup de chance d’avoir une planète adaptée à nos besoins mais nous la menons à mal en jetant nos déchets dans la nature et en exploitant ses ressources sans modération : la terre n’est pas un jouet et il faut la protéger si nous voulons qu’elle nous protège à son tour. Au vers 2, je parle de « poussières dissidentes » pour évoquer cette fuite en avant incontrôlée. De même au vers 9, j’évoque « les derniers rayons d’une naine déchue » pour suggérer cette inéluctable fatalité. Et le jour où nous voudrons quitter notre planète, ne construirons-nous pas de nouveau un « monstre » technologique ? Nos fusées n’iront-elles pas dégrader d’autres planètes ?
Quant à mon illustration, elle renforce je trouve le contexte dramatique du poème. J’ai ainsi décidé de prendre pour ce photomontage cinq images différentes. Une première avec le soleil qui explose (boule incandescente en référence à la « naine déchue ») avec un fond galactique, puis j’ai utilisé une photographie de la terre que j’ai volontairement « gruyérée » de manière à évoquer la destruction de la couche d’ozone. Pour finir, j’ai choisi une image de Mars que j’ai redimensionnée. Cette planète est évoquée à la troisième strophe : « Pour construire un monstre les guidant vers une autre condamnée ».

Les montagnes bleues de l’âme

par Marine D.
Classe de Seconde 13

Le château du haut de la falaise
Semble perdu dans le bleu de solitude…
Ainsi grimacent les vagues
Et font la promesse d’une embarcation lointaine.

Pierre se laisse emporter dans les longs bras de l’océan,
Et rêve de la renaissance de son passé paradisiaque…
La beauté des sols sous-marins
Arc-en-cièle ses pensées tragiques.

Voyage ouatisant… et l’infini des brumes
L’appelle à grande voix.
Il se perd dans l’asphalte de la mer,
Aussi perdu que dans les entrailles du bonheur…

marine_d_3« Le château du haut de la falaise
Semble perdu dans le bleu de solitude…
 »

Illustration : © octobre 2016, Marine D.

La numérisation de la deuxième livraison  de textes est terminée.
Troisième mise en ligne de textes : mardi 29 novembre 2016…

 

Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les poèmes des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du poème cité (URL de la page).

Un Automne en Poésie, Saison 8 Première livraison

Lancement de l’exposition « Un Automne en Poésie »
— Saison 8 —


uaep_2016-17_bruno-rigolt_copyright_novembre-2016Maquette graphique : © Bruno Rigolt, novembre 2016

Les élèves de Seconde 13 sont fiers de vous présenter l’édition 2016-2017 d’Un automne en poésie. La thématique retenue cette année invitera à réfléchir au rapport intime qui existe entre le réel et la manière dont la poésie parvient à transcender la réalité pour faire naître du banal et de l’ordinaire ce qui n’est pas, et qui pourtant est : la poésie, c’est le jeu de la métamorphose et du voyage des mots : voyage extraordinaire, voyage lointain vers des mondes où l’écriture donne sens à la Vie…

Voici la première livraison de textes.
Chaque semaine, de nouveaux textes seront publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif
jusqu’au 19 décembre 2016 (dernière livraison).

Prochaine livraison : samedi 12 novembre 2016

                        

  

À la Une

par Camille B. et Aurore P.
Classe de Seconde 13


Au sein même de l’unanime silence,
Elle prit l’antenne en direct
Devant la guerre tentaculaire,
Le regard hagard, lentement, elle entreprit
De raconter la mort en mégapixels et en couleurs :

Un voyage d’une inquiétante étrangeté
Si proche de cette crue vision de la vie,
Aussi loin pourtant que la télé allumée achetée à crédit
« Ici Marie Résago, nous assistons en direct
Aux obsèques de l’enfant tombé ».

tele_scoop_br_4« Un voyage d’une inquiétante étrangeté
Si proche de cette crue vision de la vie
..
. »

 Illustration : © 2014, 2016, Bruno Rigolt
Peinture numérique et Photomontage à partir de : Bansky (2005) . Barrière de séparation israélienne en Cisjordanie

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La pluie coule le long de mon cœur 

par Margarita N.
Classe de Seconde 13

              

Mon visage est submergé
D’une mer peinte de sept couleurs
Elle me replonge dans la neige des souvenirs
Où je passe des mondes à voyager
Parmi des heures imaginaires.

C’est un paysage imparfait, un paysage de sourires
Et de jardins qui m’amusaient hier :
C’est le doux passé de mon enfance
Où je suivais les nuages et les rayons du soleil.
Eux seuls font ma joie.

Les jours et les siècles, les siècles et les jours…
L’humanité avance vers la société contemporaine
Mais mon chemin est tout autre :
J’appartiens à la nature, aux chemins qui dansent
Je grave ma peine dans la rose de la mémoire

Et dans les pétales de la vie qui se fane pour éclore.
J’aime ce que les gens ne comprennent pas :
La paix du Ciel ouvert et l’air libre de l’aube,
La pluie qui coule le long de mon cœur…
Elle n’est que le reflet de mon âme.

Magritte_ La Mémoire 1948« Et je grave ma peine dans la rose de la mémoire,
Dans les pétales de la vie qui se fane pour éclore… »

Illustration : René Magritte, « La Mémoire » (1948). Musée d’Ixelles, Bruxelles

ADDICTION

par Sylvain H.
Classe de Seconde 13

Je rêvais de mettre haut la barre, et ce fut réussi :
Elle somnole dans mon crâne, cette enivrante déesse
M’ôte la solitude qui m’accompagne
Nymphe tyrannique, muse du prisonnier sans routes,

Elle embellit l’oppression mélancolique par les larmes dissoutes
Dans l’éthanol psychédélique de l’immense verre rempli de doutes.
Verre apaisant, vie brisée : débris de bonheur échoués
Dans les débris de la nuit, dans cette errance paradisiaque,

Où sommeille flasque, sur le comptoir livide
Le condamné dionysiaque fuyant l’addiction originaire
D’une prison bucolique où les tortionnaires finissent
Leurs fatidiques flacons de verre, en attendant les rêves…

debris-de-la-nuit_web« Verre apaisant, vie brisée : débris de bonheur échoués
Dans les débris de la nuit, dans cette errance paradisiaque…
 »

Crédit iconographique : © novembre 2016, Bruno Rigolt

            

                  

Le mouvement des lignes

par Éliane G. et Marine D.
Classe de Seconde 13

              

Devant les courbes du marché du chômage
—courbes fluctuantes selon l’offre et la demande—
il fouillait dans ses poches
mais il ne trouva que misère et désespoir
parmi la joie qui tremble

et l’équilibre des grandeurs sentimentales.
Le voici qui regarde les courbes de statistiques
et son tee-shirt déchiré en fuite avec le temps.
On lui a dit : « Il faut savoir se vendre, être productif »,
mais il ne sait que recoudre

les trous béants du voyage de ses sentiments.
Il tourne la page de son ancienne vie remplie de larmes :
il s’apprête à tromper son histoire
dont il ne gardera que les perles enfouies
dans un mouchoir au fond d’un tiroir.

Puis il marche longtemps sur le trottoir,
emplissant ses poches de bouffées d’air bleu,
de silences et de minutes brèves.
Le tee-shirt rapiécé de joie semblait comme neuf,
et les courbes de ses pas dansaient dans la nuit…


courbes-sentimentales_homme_1« …  et les courbes de ses pas dansaient dans la nuit… »

Crédit iconographique : BR

Nuit d’hiver
(Nouvelles pratiques de la feuille du temps)

par Rémi M.
Classe de Seconde 13

              

Les animaux sous la réalité des étoiles chantent
_____Une nuit d’hiver
_________Une nuit d’ivoire
Les pleurs des fleurs avec leurs pensées froides
_____Effeuillent le temps,
__________Me couvrent de pensées noires.

La fontaine de la vie s’est tarie en s’approchant
_____De l’échéance
__________Le dragon de glace se réveille :
Il souffle le froid de la mort d’amour d’hier
_____En lendemains d’aurore.
__________Le baiser des lèvres de l’hiver

S’entrouvre vers les aigles majestueux
_____Du cortège de la nuit
__________Et dans le rouge de son sang,
Le jour se meurt…
_____La feuille tombe lentement
__________Vers l’onde paisible de la vie.

dans_la_nuit_du_monde_Bruno_Rigolt« La feuille tombe lentement
Vers l’onde paisible de la vie… »

Illustration : © Bruno Rigolt,  « Arbres sur le Loing près de Montargis » 

Enfance perdue

par Farah S., Sara H. et Syrilia Z.
Classe de Seconde 13

                  

Armes, larmes de l’enfant
Épris de la mélancolie des jours passés.
La problématique de son coeur :
Rester en vie.

Mais déjà les étoiles de la guerre
Embrasent tout son être. Son corps n’est plus
Que des portes battantes qu’on ouvre.
Les pleurs de l’enfant se referment :

Le pouls ne bat plus
Ses yeux aussi se referment.
Ses proches autour de lui
Gisant sans vie.

Flammes devenues éternelles
Alep bombardée de tous côtés
Sourire envolé, larmes qui sèchent
Sous le tableau rouge sang du soleil.

enfant_guerre_bombardement-2« … Les pleurs de l’enfant se referment
Le pouls ne bat plus
Ses yeux aussi se referment
… »

Crédit iconographique : BR
Peinture numérique et photomontage d’après capture d’écran publiée le 19 novembre 2015 sur le compte Facebook du ministère russe de la Défense, montrant un bombardier Tupolev Tu-95 larguant un missile de croisière lors de frappes aériennes sur la Syrie afp.com/L’Express

                       

                   

Ode à toi

par Camille B.
Classe de Seconde 13

                 

C’est une montgolfière pleine de rire, un jeu
après qui l’on court sans savoir vraiment qu’on a déjà gagné.
Comme une étoile, il gravite autour d’astres
encore inconnus du satellite de la pensée.

On dit que tu es rose ; je te voyais plus incolore,
plus indolore qu’un sentiment éclos. Tu es
l’hypnose humaine. Toi qu’on nomme amour,
le connais-tu au moins ?

amour_br
« C’est une montgolfière pleine de rire, un jeu
après qui l’on court sans savoir vraiment qu’on a déjà gagné… »

Crédit iconographique : © novembre 2016, Bruno Rigolt

 

              

Pourquoi j’écris

par Manon D.
Classe de Seconde 13

                      

Pourquoi j’écris ?
Car le désir de la mort
Se manifeste
Tel une lueur
Inachevée, isolée,
Influencée par les adieux

Illuminée par le refrain
Des hurlements de mémoire
Ensuite supprimée
Par les variantes des images,
L’origine relationnelle,
L’envol des oiseaux

Ou encore l’adaptation d’exister.

Voilà pourquoi j’écris.

oiseau_ocean_nuit_cadre_web_bruno-rigolt« … L’envol des oiseaux
Ou encore l’adaptation d’exister.
Voilà pourquoi j’écris… »

Illustration : © novembre 2016, Bruno Rigolt (peinture numérique)

La numérisation de la première livraison  de textes est terminée.
Deuxième mise en ligne de textes : samedi 12 novembre 2016…

 

Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les poèmes des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du poème cité (URL de la page).

Un Automne en Poésie… Bientôt l’édition 2016-2017…

La classe de Seconde 13 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter…

la saison 8 d’Un Automne en Poésie
mercredi 2 novembre — lundi 19 décembre 2016

C’est la classe de Seconde 13 dont j’ai la charge cette année, qui travaille à l’édition 2016-2017 d’Un automne en poésie. Pour la huitième année consécutive, cette manifestation d’art entend marquer de son empreinte la création littéraire au Lycée en Forêt : plus de quarantaine textes, tous inédits, sont en cours de finalisation et seront progressivement mis en ligne jusqu’aux vacances de Noël.

La thématique retenue cette année invitera à réfléchir au rapport intime qui existe entre le réel et la manière dont la poésie parvient à transcender la réalité pour faire naître du banal et de l’ordinaire ce qui n’est pas, et qui pourtant est : la poésie, c’est le jeu de la métamorphose et du voyage des mots : voyage extraordinaire, voyage lointain vers des mondes où l’écriture donne sens à la Vie…

Thématique de l’édition 2016-2017 :

Architextures poétiques
maux, rêves et métamorphoses

bruno_rigolt_joconde_2016_web2Rendez-vous à partir du mercredi 2 novembre 2016 !

Exposition de poésies… 1ère ES2 : Dis-moi un « poaime ». Aujourd’hui, la contribution de Jessica


EPC Dis-moi_un_poaime-jess2


La classe de Première ES2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime »… Plusieurs fois par semaine, les élèves vous inviteront à partager l’une de leurs créations poétiques…
Bonne lecture !

frise_1

Aujourd’hui, lundi 27 juin, la contribution de Jessica
Précédentes publications : dimanche 26 juin : Marine et Jeanne ; dimanche 26 juin : Julie ; samedi 25 juin : Kassandra ; vendredi 24 juin : Lucie ; vendredi 24 juin : Mélinda ; jeudi 23 juin : Lou ; jeudi 23 juin : Noémie et Emma ; vendredi 3 juin : Pauline ; vendredi 20 mai, Agatha et Léa ; dimanche 15 mai : Furkan ; samedi 14 mai : Céline ; mardi 10 mai : Alyssa et Ninon ; dimanche 8 mai, Aymmy ; vendredi 6 mai, Aymeric ;
Prochaine publication : Mattis

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« Papa »

par Jessica D.
Classe de Première ES2

Toi qui étais là, quand tout n’allait pas
Toi qui n’as jamais cessé de croire en moi
Oh ! mon petit papa !
Digne d’être ta fille je me dois

Toi qui as tout fait pour moi
Toi qui es toujours sorti vainqueur
Quel que soit le combat
De toi je tiens ma vigueur

Dans tes bras tu me rassures
Quand s’écroule tel un château de sable
Mon monde alentour
Emporté par la mer, emporté par le vent

L’amour que je te porte est semblable
À l’éternelle et élégante lancée
De la moto noire au gré du vent
Elle ne s’arrête jamais


moto_rigolt_2016_2Illustration : Bruno Rigolt, juin 2016 (photomontage et digital painting d’après motocycle Lauge Jensen, modèle « Viking »)

Le point de vue de l’auteure…

Combien d’enfants n’ont pas eu la chance de grandir près de leur père ? Quel est le nombre d’enfants qui ne l’ont pas entendu rentrer le soir et crier « Je suis rentré ! » ? Ne sont ils pas nombreux à vouloir, ne serait-ce qu’un instant entendre la voix de leur père, même pour les disputer ? Combien voudraient qu’il soit là pour leur dire ce qu’il faut et ce qu’il ne faut pas faire ? Dans notre vie , un père est un repère, il est difficile de vivre sans.

Voici pourquoi j’ai décidé d’écrire ce poème : pour toucher le lecteur, pour qu’il partage mon émotion, qu’il ressente ce que je ressens : nos parents, notre mère, notre père, les êtres qui nous ont élevés, éduqués, aimés, ces personnes chères à nos yeux qui nous bercent jusqu’à ce que l’on prenne notre envol quand il en est temps, je pense que l’on ne leur donne pas toujours l’importance qu’elles méritent. Pourtant, ce sont elles qui nous apprennent les valeurs de la vie, le bien, le mal. Ce sont elles qui créent les souvenirs de notre enfance, nous donnent l’exemple à suivre, et qui font qu’hier deviendra demain…

Oui : nous devons nous l’avouer à nous-mêmes : nos parents sont le moteur de notre vie. Oh ! Je sais bien que tout le monde n’a pas eu la même chance que moi d’avoir des parents exceptionnels, une mère qui sacrifie tout pour donner à ses enfants les clefs d’une bonne réussite , et un père dévoué pour le bonheur des siens. Certes, tous les enfants n’ont pas eu droit à cette chance, pour certains, elle leur a été enlevée, ou bien la vie ne leur a pas donné ces moments heureux : ils ont dû s’élever seuls.

Je pense que l’on ne dit pas assez à nos parents et même à ceux qui nous sont chers ce que l’on ressent pour eux : à quel point on les admire, à quel point ils sont importants pour nous, à quel point aussi nous leur sommes reconnaissants. Lorsque le temps est passé ou compté, que reste t-il quand vous n’avez pas dit à la personne qui vous aime tant, que vous l’aimez aussi ? S’il ne reste rien que des regrets, que reste-t-il de la vie ?  Le temps passe si vite… Et les instants de bonheur sont si fugaces qu’il faut les saisir quand il est encore temps… Alors, dites aux personnes importantes de notre vie, vos frères et sœurs, vos ami/es, un mari, une femme, un enfant, un grand parent… Dites-lui les mots qui veulent tout dire : « Je t’aime ».

Oh ! Je sais bien, c’est difficile parfois de dire ainsi les choses… Et c’est bien la raison pour laquelle j’ai décidé d’écrire ce poème dédié à mon père, pour mettre des mots sur les sentiments que j’éprouve à son égard, n’étant pas de nature à exprimer mes sentiments : écrire était pour moi le moyen le plus sûr et le plus exact pour exprimer ce que je garde pour moi. Ce poème était l’occasion de mettre en parole mes émotions : n’est-ce pas tout le sens de la poésie ? De mettre des mots sur nos sentiments ? Ne perdons pas de temps par vaine fierté, ou sotte pudeur, à garder ces choses-là pour nous : un sentiment non dit est comme un oiseau en cage, il doit prendre son envol… « semblable/À l’éternelle et élégante lancée/De la moto noire au gré du vent »…

© Jessica D., classe de Première ES2 (promotion 2015-2016), juin 2016.
Espace Pédagogique Contributif

Exposition de poésies… 1ère ES2 : Dis-moi un « poaime ». Aujourd’hui, la contribution de Marine et Jeanne


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La classe de Première ES2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime »… Plusieurs fois par semaine, les élèves vous inviteront à partager l’une de leurs créations poétiques…
Bonne lecture !

frise_1

Aujourd’hui, dimanche 26 juin, la contribution de Marine et Jeanne
Précédentes publications : dimanche 26 juin : Julie ; samedi 25 juin : Kassandra ; vendredi 24 juin : Lucie ; vendredi 24 juin : Mélinda ; jeudi 23 juin : Lou ; jeudi 23 juin : Noémie et Emma ; vendredi 3 juin : Pauline ; vendredi 20 mai, Agatha et Léa ; dimanche 15 mai : Furkan ; samedi 14 mai : Céline ; mardi 10 mai : Alyssa et Ninon ; dimanche 8 mai, Aymmy ; vendredi 6 mai, Aymeric ;
Prochaines publications :  Jessica, Mattis

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« Pourquoi es-tu partie, nuit ? »

par Marine P. et Jeanne J.
Classe de Première ES2

Pourquoi es-tu partie, nuit ?
Pourquoi m’as-tu abandonnée ?
Pourquoi m’as-tu laissée seule avec la réalité ?
Pourquoi l’as-tu laissée prendre ta place ?

Réponds moi je t’en prie,
Nous avons passé tant d’années-lumière
À rêver au milieu des étoiles
Et des chemins du soir…

Tu étais pour moi le songe
Du soleil. Tu étais le Temps,
Entends mes appels. De là où tu es,
Rappelle-toi. Rappelle-toi de moi,

Rappelle-toi de l’enfant que tu étais,
Celui qui rêvait de voyager,
Qui pensait pouvoir se camoufler
Derrière la voie lactée…

Tu es partie, ô nuit, comme un voleur,
Me laissant quelques vagues souvenirs
Qui voguent à présent tels un bateau frêle
Sur l’océan de mon esprit…


nuit_électrique_Bruno Rigolt_2016_1 Crédit iconographique : © juin 2016, Bruno Rigolt

Le point de vue des auteures…

Le poème que nous avons écrit est adressé à un seul et même destinataire, évoqué au premier vers : la nuit. Cette personnification de la nature se prolonge tout au long du texte avec l’analogie au vers 10 de la nuit et du temps. En personnifiant ainsi la nature, nous avons voulu lui accorder des propriétés qui régissent généralement les êtres humains.

La nuit semble ainsi douée de sentiments : elle exprime des émotions. Le narrateur du texte lui pose toute une série de questions formulées dans la première strophe et qui semblent sans réponse :

Pourquoi es-tu partie, nuit ?
Pourquoi m’as-tu abandonnée ?

Pourquoi m’as-tu laissée seule avec la réalité ?
Pourquoi l’as-tu laissée prendre ta place ?

Comme nous le verrons, tous ces « pourquoi » prennent la forme d’une interrogation fondamentale sur le sens de l’existence, comme si le narrateur attendait désespérément une réponse à ses propres questionnements. La supplique du vers 5 (« Réponds moi je t’en prie ») se métamorphose progressivement en une longue plainte nostalgique qui introduit dans le texte une méditation sur la fuite du temps :

Tu étais le Temps,
Entends mes appels. De là où tu es
Rappelle-toi. Rappelle-toi de moi,

Rappelle-toi de l’enfant que tu étais

En outre, nous avons dans notre poème utilisé de nombreux mots et expressions appartenant au champ lexical de l’univers (« nuit », « années-lumière », « étoiles », « Soleil », « Lune », « voie lactée ») afin de mettre en évidence l’immensité des sentiments, élargis aux dimensions du cosmos. Le caractère hyperbolique des vers 6 et 7 par exemple le montre très bien.

De même, la tonalité élégiaque renforce l’intimité du narrateur avec la nuit :  la deuxième et la troisième strophe montrent combien la relation entre le poète et la nuit dure depuis de nombreuses années : il la connaît depuis qu’elle est « enfant ». Le temps qu’ils ont passé ensemble suggère même des images sentimentales et nostalgiques, révélatrices d’un bonheur qui semblait pourtant éternel : « Nous avons passé tant d’années-lumière/À rêver au milieu des étoiles ».

Le poème est ainsi placé sous le signe de la perte, de la disparition. Le temps passe, et le destinataire du poème semble avoir oublié le poète, seul avec ses souvenirs, « qui voguent […] sur l’océan de [son ] esprit ». À ce titre, l’anaphore « Rappelle-toi » aux vers 12 et 13 montre combien le narrateur souhaite que la nuit fasse appel à sa mémoire pour se replonger à son tour dans l’innocence de l’enfance. Voilà pourquoi il souhaite qu’elle soit franche comme avant, qu’elle redevienne « l’enfant » d’avant, et lui dise tout sans « se camoufler », ainsi que le suggèrent ces propos du vers 13 : « Rappelle-toi de l’enfant que tu étais » (v. 13). On peut noter ici un aspect particulièrement cher aux Romantiques : face au monde adulte, monde du spleen plein de désenchantements (« Pourquoi m’as-tu laissée seule avec la réalité ? », v. 2), le souvenir du passé est comme une quête de l’innocence, de l’idéal, ou plutôt comme un impossible retour en enfance.

D’un point de vue symbolique, le texte peut en effet se lire métaphoriquement comme un adieu à l’enfance. De nombreuses expressions du texte traduisent ce passage de l’adolescence à l’âge adulte : « Tu es partie comme un voleur,/Tu ne m’as laissé que quelques vagues souvenirs ». Comme si le narrateur cherchait à se remémorer douloureusement le paradis perdu de l’enfance : tous ces moments fugaces disparus « au milieu des étoiles » (v. 7)… La nuit figure ainsi les ombres rassurantes du passé, où l’on ne se préoccupe que de « rêver au milieu des étoiles », où l’on cherche à « se camoufler/Derrière la voie lactée » (v. 15-16) sans se poser de questions, par opposition au jour qui est une confrontation avec le monde réel :

Pourquoi m’as-tu laissée seule avec la réalité ?
Pourquoi l’as-tu laissée prendre ta place ?

Cette prière à la nuit est donc un poème à la fois empreint de lyrisme, sorte de dialogue presque intimiste avec la nature, et une méditation sur la fuite du temps qui débouche plus fondamentalement sur une réflexion d’ordre existentiel et mémoriel : les « quelques vagues souvenirs/Qui voguent à présent tels un bateau frêle/Sur l’océan de mon esprit » (v. 18-20) posent en fait une vaste question qu’on pourrait résumer ainsi : « Qui suis-je ? » 

Comme nous avons essayé de le montrer, cette dimension introspective de la mémoire est essentielle : si nous avons personnifié la nuit, c’est que la nature parle à notre âme, objectivité et subjectivité sont ici inséparables. Mais la nuit est également un double du narrateur : les questions qu’il lui pose ne sont-elles pas les questions qu’il se pose ? Les nombreux enjambements présents dans le texte, outre qu’ils lui donnent un rythme ample, traduisent cette dynamique si complexe du temps et du souvenir, qui fait de l’adolescence une période charnière entre l’adieu à l’enfance et l’apprentissage d’une nouvelle vie en devenir…

© Marine P. et Jeanne J., classe de Première ES2 (promotion 2015-2016), juin 2016.
Espace Pédagogique Contributif

Exposition de poésies… 1ère ES2 : Dis-moi un « poaime ». Aujourd’hui, la contribution de Julie


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La classe de Première ES2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime »… Plusieurs fois par semaine, les élèves vous inviteront à partager l’une de leurs créations poétiques…
Bonne lecture !

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Aujourd’hui, dimanche 26 juin, la contribution de Julie
Précédentes publications : samedi 25 juin : Kassandra ; vendredi 24 juin : Lucie ; vendredi 24 juin : Mélinda ; jeudi 23 juin : Lou ; jeudi 23 juin : Noémie et Emma ; vendredi 3 juin : Pauline ; vendredi 20 mai, Agatha et Léa ; dimanche 15 mai : Furkan ; samedi 14 mai : Céline ; mardi 10 mai : Alyssa et Ninon ; dimanche 8 mai, Aymmy ; vendredi 6 mai, Aymeric ;
Prochaines publications : Marine et Jeanne, Jessica…

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« Rêves d’ailleurs »

par Julie D.
Classe de Première ES2

J’ai rêvé tant de fois de vivre
L’innocente vertu du vent,
D’entendre le léger murmure de la liberté
J’ai tant de fois soupiré : « partir loin d’ici » !

Le rêve n’est qu’un voyage incertain,
Le voyage n’est que songe
Dont le souvenir est inoubliable :
Mon esprit s’évade dans le désert étoilé de la nuit

Tel les plumes d’une colombe qui virevolte dans les airs :
Ces plumes atterrissent plus loin sur la terre
Ô triste réalité ! Pensées nourries de rêves éphémères
Et de voyages inachevés !


Sur_les_bords_du_Nil_Copyright_Bruno_Rigolt_2016Illustration : © 2016, Bruno Rigolt, « Sur les bords du Nil »  (dessin, photographie retouchée et pastel numérique)

Le point de vue de l’auteure…

Intitulé « Rêves d’ailleurs », ce poème est l’expression d’une profonde envie de voyage. Comme l’a si bien exprimé Baudelaire, le départ de l’homme pour un voyage allégorique est la seule façon d’échapper à l’insuffisance du réel :

Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
Pour partir […]
Et qui rêvent […]
De vastes voluptés, changeantes, inconnues,

Et dont l’esprit humain n’a jamais su le nom ! »

Au sentiment de la réalité comme spleen, le désir de voyage est une manière de donner un sens à la vie : telle Anna de Noailles, dans « Le Port de Palerme », j’aurais pu évoquer « cet éternel souhait du cœur humain : partir ! » ou m’exclamer avec Mallarmé dans « Brise marine » : « fuir ! Là-bas fuir… »

Loin d’être un désir superficiel ou passager, le voyage apparaît comme une quête profondément existentielle. Et si dans ce poème, je me suis laissée guider par mes sentiments et mes émotions, c’est pour conférer au voyage la mission d’atteindre un idéal « pur ». Le but n’est pas d’aller vers un lieu précis, mais de s’évader en rêve à travers une succession de non-lieux : le vent, ou « le désert étoilé de la nuit » (v. 8).

Insatisfait de ce monde, l’esprit voyage à la recherche d’un lieu idéal, d’un paradis rempli de symboles : l’hypallage double des vers 2 et 3 fait que le vent devient une « vertu », et la liberté, un « léger murmure ». De fait, dans le monde de la poésie, tout est possible : elle nous permet, comme Alice, d’entreprendre un voyage « au pays des merveilles ». « Voyage incertain » (v. 5), tel un mirage d’Orient qui entraîne l’esprit à l’autre bout de la terre vers des lieux lointains, bercé par les parfums capiteux des fleurs exotiques, de la myrrhe, de l’encens ou des roses.

La dernière strophe est comme un retour douloureux à la « triste réalité » (v. 11) : pourtant, à la manière des symbolistes, la fin du texte qui évoque les « rêves éphémères » et les « voyages inachevés » met en évidence le pouvoir évocateur de la poésie : n’est-ce pas elle qui permet de faire un voyage métaphorique ? Comme l’affirmait Baudelaire, « ce qui est créé par l’esprit est plus vivant que la matière ».

C’est bien l’art poétique en effet, par sa puissance transfiguratrice, qui permet cette alchimie, capable de rendre plus réelle la signification transcendante des mots que la réalité immanente qu’ils désignent. La poésie apparaît dès lors plus profonde, plus sensée, voire plus vraisemblable que la vie elle-même.

Porteuse d’imaginaire, toute chargée de plénitude et d’allégorie, elle prend ainsi son sens : fuite vers un ailleurs primitiviste, goût pour la liberté, quête de l’ineffable : le voyage apparaît comme un déchiffrement des mystères du monde…

© Julie D., classe de Première ES2 (promotion 2015-2016), juin 2016.
Espace Pédagogique Contributif

Exposition de poésies… 1ère ES2 : Dis-moi un « poaime ». Aujourd’hui, la contribution de Kassandra


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La classe de Première ES2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime »… Plusieurs fois par semaine, les élèves vous inviteront à partager l’une de leurs créations poétiques…
Bonne lecture !

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Aujourd’hui, samedi 25 juin, la contribution de Kassandra
Précédentes publications : vendredi 24 juin : Lucie ; vendredi 24 juin : Mélinda ; jeudi 23 juin : Lou ; jeudi 23 juin : Noémie et Emma ; vendredi 3 juin : Pauline ; vendredi 20 mai, Agatha et Léa ; dimanche 15 mai : Furkan ; samedi 14 mai : Céline ; mardi 10 mai : Alyssa et Ninon ; dimanche 8 mai, Aymmy ; vendredi 6 mai, Aymeric ;
Prochaines publications : Julie, Marine et Jeanne, Jessica…

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« Souvenir d’un ange »

par Kassandra G.
Classe de Première ES2

Te souviens-tu de moi qui me souviens de toi ?
Je me souviens de tous ces moments
Heureux, malheureux,
Où nous avons tant partagé ensemble…

Te souviens-tu de moi qui me souviens de toi ?
Chaque jour je te sens près de moi,
Chaque heure qui frissonne je pense à toi,
Je pense à ce que l’on était.

Te souviens-tu de moi qui me souviens de toi ?
Sais-tu où je suis, ce que je vis, ce que je ressens ?
Me souviendrai-je de toi dans quelques années ?
Je ne sais pas où tu es, ce que tu vis, ce que tu ressens.

Te souviens-tu de moi qui me souviens de toi ?
Je me souviens du jour où tu nous as quittés.
Je suis dans un endroit sombre depuis que tu es parti.
Je ne sais plus quoi ressentir : que le vide, que le vide…


Janmot le vol de l'âmeLouis Janmot (1814–1892), Le Poème de l’âme, « Le Vol de l’âme » (détail)
Lyon, Musée des Beaux-Arts

Le point de vue de l’auteure…

« Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé ! »… Ce vers célèbre de Lamartine extrait du poème « L’Isolement » résume à lui seul ces heures de souffrance et de deuil que l’on peut éprouver après la perte d’un être cher. À ce titre, ma poésie s’intitule « Souvenir d’un ange » en hommage à ces personnes qui nous ont quittés et que nous ne reverrons plus. Avec le temps tout disparaît, tout s’efface sauf le souvenir, qui lui demeure intact : la personne n’est plus là, mais quelque chose d’elle survit dans l’existence et dans la mémoire de ceux qui sont en vie.

Voici pourquoi mon poème répond d’abord à une exigence fondamentale : la nécessité de se souvenir. Mais si le texte cherche à nous plonger dans le passé, il nous pousse également au questionnement : quand on est seul, fatigué, que l’on se sent abandonné, on ne pense qu’à une chose : retrouver ces êtres qui nous étaient si chers, les voir et les avoir près de nous, entendre leur voix, sentir leur présence et leur souffle… Tant de questions restent sans réponse :

Sais-tu où je suis, ce que je vis, ce que je ressens ?
Me souviendrai-je de toi dans quelques années ?
Je ne sais pas où tu es, ce que tu vis, ce que tu ressens.

Ces questionnements submergent l’existence quotidienne : ils amènent à une profonde mélancolie qui se répète inlassablement, à l’image du premier vers de chaque strophe, dont le rythme anaphorique scande le poème : « Te souviens-tu de moi qui me souviens de toi ? ».  Comme il a été très bien dit : « Nos morts bien-aimés se souviennent-ils de nous ? Nous-mêmes, quand nous aurons franchi le redoutable passage, conserverons-nous le souvenir de ce que nous aurons fait, éprouvé, souffert ici-bas ? » |source| Autant de questions dont chacun selon sa conscience garde secrètement la réponse…

Mais sans doute il est vrai que se questionner sur la vie après la mort pose des questions fondamentales d’ordre spirituel. Certaines personnes pensent qu’il existe un « au-delà », d’autre non. Se questionner, c’est déjà croire : parler à l’autre, parti de l’autre côté de la vie, l’interpeller en lui posant directement tant de questions qui nous submergent, n’est-ce pas d’une certaine façon donner du sens ? Cette quête d’obtenir des réponses à nos questions, de savoir si l’autre pense à nous et s’il nous voit malgré le fait qu’il ne soit plus là… Tant de manières d’espérer en la vie.

L’écriture prend ainsi toute sa signification, et notamment l’écriture poétique dans ce qui la rattache à la quête du sens : ce pouvoir évocateur de la poésie, qu’ont si bien chanté les Romantiques et les poètes symbolistes est apte à nous faire traverser le fleuve de l’oubli : sur l’autre rive se trouve l’autre qui nous regarde et nous sourit. L’écriture, même si elle est empreinte de nostalgie et de tristesse profonde, n’est-elle pas là comme une « Parole », dans le sens que lui donnait l’auteur de « Barbara » ?

Se souvenir, grâce à l’écriture poétique, c’est une façon de combler le manque, l’oubli, le vide : écrire pour se souvenir, pour ne jamais oublier « tous ces moments/Heureux, malheureux,/Où nous avons tant partagé ensemble »… Et même si le poème semble profondément nostalgique, il amène par l’écriture même à une profonde espérance : se souvenir, n’est-ce pas renaître quelque part ? Et se rappeler de l’autre, n’est-ce pas en un sens le faire renaître ?

© Kassandra G., classe de Première ES2 (promotion 2015-2016), juin 2016.
Espace Pédagogique Contributif

Exposition de poésies… 1ère ES2 : Dis-moi un « poaime ». Aujourd’hui, la contribution de Lucie


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La classe de Première ES2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime »… Plusieurs fois par semaine, les élèves vous inviteront à partager l’une de leurs créations poétiques…
Bonne lecture !

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Aujourd’hui, vendredi 24  juin, la contribution de Lucie
Précédentes publications : vendredi 20 mai, Agatha et Léa ; dimanche 15 mai : Furkan ; samedi 14 mai : Céline ; mardi 10 mai : Alyssa et Ninon ; dimanche 8 mai, Aymmy ; vendredi 6 mai, Aymeric ;
Prochaines publications : Kassandra, Julie, Marine et Jeanne, Jessica…

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« Sans titre »

par Lucie B.
Classe de Première ES2

Pour lui, écrire n’est que douleur,
Pensées blanchissant l’infinie page sans couleur
Ni joie, ni peine ne rythme les jours
Dépourvus de toute musicalité.

Aujourd’hui, perdu dans l’immensité du vide,
Le poète s’abîme à penser,
Sans trouver l’arrivée, sans trouver le quai
Se perdant dans des idées prises d’inutilité.

Mais il insiste, brouillant les pistes
Qu’il crut apercevoir.
Et tombant dans le désespoir,
Copie blanche, où furent écrites les plus belles phrases

Il part… Laissant sa plume,
Encre séchant au bout de la hampe, au bout de la brume
Comme le poète désespéré,
Je laisse ce poème entrepris mais gâché, inachevé, inachevé…


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« Sans titre », © juin 2016, Bruno Rigolt

Le point de vue de l’auteure…

Qui n’a pas connu l’angoisse de la page blanche ? Que l’on soit un écrivain reconnu ou comme moi une lycéenne, c’est une sensation douloureuse, presque angoissante que s’interroger sur les mécanismes de la création : c’est ainsi que Mallarmé, dont j’ai étudié cette année « Brise marine », parle du « vide papier que la blancheur défend ». Mon poème est précisément intitulé « Sans titre » pour évoquer cette mélancolie de l’encre noire sur « l’infinie page sans couleur ». De même, la répétition du terme « inachevé » à la fin du texte met en scène la difficulté que l’on éprouve à se dire : « J’ai achevé mon texte ». Le poème ne figure-t-il pas un aboutissement toujours inachevé ?

Que de moments de doute, d’inspiration confuse, d’exaltation et bien souvent de solitude ! Éric Bordas, dans l’Analyse littéraire, livre une intéressante remarque à ce sujet : Edgar Poe, dans un essai intitulé La Genèse d’un poème, regrettait que peu d’écrivains racontent « pas à pas, la marche progressive qu’a suivie une de [leurs] compositions pour arriver au terme définitif de son accomplissement » |source|. Écrire, c’est en effet se confronter à l’évidence d’une poème toujours inachevé, toujours à recommencer. Tel Sisyphe, il faut remonter le rocher et donner du sens à ce qui pourrait paraître quelque peu absurde : certes, il n’est pas de punition plus terrible que le travail inutile et sans espoir. Pour autant, ce moment de doute nous apprend à profiter pleinement de la vie.

D’où un sentiment très paradoxal. D’un côté, mon poème se fait l’écho d’un certain vide existentiel qu’ont si bien mis en avant des auteurs comme Baudelaire ou Mallarmé : « Ni joie, ni peine ne rythme les jours/Dépourvus de toute musicalité » : ces vers témoignent ainsi d’un profond sentiment de spleen : l’art poétique lui-même ne semble plus inspirer le poète. Mais d’autre part, cette hantise de la page blanche est constitutive de la création car elle débouche sur la vérité énigmatique du poème : même une élève comme moi connais par cœur cette « copie blanche, où furent écrites les plus belles phrases » : c’est la copie simple du classeur, la page fiévreusement arrachée du cahier… J’en connais les sortilèges, les secrets qui bruissent sous la plume : «Encre séchant au bout de la hampe, au bout de la brume »…

Écrire est donc le contraire de l’absurde : « Il faut imaginer Sisyphe heureux » disait Camus à la fin de son essai. Et au fond, rien n’est plus beau que la création. Tel est le paradoxe : écrire, c’est forcément contredire le blanc de la page : on rature, on ajoute, on raye, on crée ! C’est cette page blanche qui suscite la création, la curiosité intellectuelle, la liberté : même le manque d’inspiration devient à lui seul motif de création : à la « page sans couleurs », à « l’immensité du vide » se substitue le sens profond de l’écriture. Car même pour parler du manque de création, il faut encore créer : ce paradoxe est constitutif de l’œuvre d’art : le manque de création devient la matière même du poème, c’est-à-dire motif de création. Fût-il « gâché, inachevé, inachevé », le poème débouche sur un autre poème à naître…

© Lucie B., classe de Première ES2 (promotion 2015-2016), juin 2016.
Espace Pédagogique Contributif

Exposition de poésies… 1ère ES2 : Dis-moi un « poaime ». Aujourd’hui, la contribution de Mélinda


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La classe de Première ES2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime »… Plusieurs fois par semaine, les élèves vous inviteront à partager l’une de leurs créations poétiques…
Bonne lecture !

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Aujourd’hui, vendredi 24  juin, la contribution de Mélinda
Précédentes publications : vendredi 20 mai, Agatha et Léa ; dimanche 15 mai : Furkan ; samedi 14 mai : Céline ; mardi 10 mai : Alyssa et Ninon ; dimanche 8 mai, Aymmy ; vendredi 6 mai, Aymeric ;
Prochaines publications : Lucie, Kassandra, Julie, Marine et Jeanne, Jessica, Mattis…

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« Envolée du vent »

par Mélinda B.
Classe de Première ES2

Le voyage mélodieux de la nostalgie semble
M’emporter dans une réalité de miel et d’ambre :

Inébranlable souvenir rougeâtre
Gémissant dans le soir ; lointaine ballade
Sauvagement dérobée de mon esprit.

C’est une plume fraîche comme la brise
D’hiver frôlant mon âme scintillante,
Envolée comme la rosée du matin

Qui voguait entre joie et mélancolie
Parmi les chemins du vent…


Turner_Light_and_colour_1843 William Turner, « Light and Colour (Goethe’s Theory) – the Morning after the Deluge – Moses Writing the Book of Genesis
« Lumière et couleur (la théorie de Goethe) – le lendemain du déluge, Moïse écrivant le livre de la genèse »
1843, Londres, Tate Gallery

Le point de vue de l’auteure…

Mon poème s’inscrit en premier lieu dans la tradition du romantisme qui prône la subjectivité et l’exaltation des sentiments. En proie à la mélancolie, le poète s’évade « dans une réalité de miel et d’ambre » : de par ses connotations orientalistes, cette image évoque l’ailleurs et les pays lointains. Entre fiction et réalité, la poésie est donc fortement associée à la représentation du paysage et à l’exaltation de la nature. Mais le paysage dont il est ici question est également un paysage d’âme, un voyage « parmi les chemins du vent »…

On retrouve à cet égard dans le texte la place centrale que le Romantique donne à la vie spirituelle par opposition au monde matériel, forcément illusoire : dès lors, le voyage s’apparente à une quête du moi intérieur et idéaliste, à une « lointaine ballade/Sauvagement dérobée de mon esprit ». Comme on le voit, la sensibilité l’emporte sur la raison. L’exaltation de la passion permet d’accéder à la pureté : « C’est une plume fraîche comme la brise/D’hiver frôlant mon âme scintillante ».

De fait, point de désespoir dans ce texte, ni de méditation pathétique stérile. Ce qui domine au contraire est le dépassement du moi par le spirituel, comme le suggère l’image lumineuse de cette « âme scintillante/Envolée comme la rosée du matin ». « Intimité, spiritualité », dira Baudelaire en 1846 à propos du phénomène romantique. De tels propos me semblent parfaitement s’appliquer à mon poème : le paysage a en effet une portée allégorique puisqu’il reflète parfaitement l’âme du romantique, colorée par les passions qui agitent le cœur.

Paysage onirique d’une part, comme le suggère le réseau lexical du voyage et de l’ailleurs. Paysage métaphysique d’autre part, qui élève la pensée jusqu’à la méditation sur le temps qui passe : la métaphore du premier vers associe ainsi la nostalgie à un « voyage mélodieux » dont la musique, tantôt joyeuse, tantôt mélancolique (v.9) semble se prolonger jusqu’à l’inaccessible, jusqu’à l’ineffable : « Parmi les chemins du vent ».

Cette dernière image sur laquelle se clôt le texte exprime ainsi la relation spirituelle de l’auteure avec la nature afin de donner vie aux visions les plus intérieures : pour moi, quand je regarde un paysage, ce n’est pas la réalité qui m’intéresse mais plutôt l’allégorie, le symbole, et pourquoi pas son aspect mystique : le monde visible apparaît dès lors comme l’image d’une réalité spirituelle et « métaphysique » que j’ai voulu exprimer en donnant pour titre à mon poème : « Envolée du vent ».

© Mélinda B., classe de Première ES2 (promotion 2015-2016), juin 2016.
Espace Pédagogique Contributif

Exposition de poésies… 1ère ES2 : Dis-moi un « poaime ». Aujourd’hui, la contribution de Lou


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La classe de Première ES2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime »… Plusieurs fois par semaine, les élèves vous inviteront à partager l’une de leurs créations poétiques…
Bonne lecture !

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Aujourd’hui, jeudi 23 juin, la contribution de Lou
Précédentes publications : vendredi 20 mai, Agatha et Léa ; dimanche 15 mai : Furkan ; samedi 14 mai : Céline ; mardi 10 mai : Alyssa et Ninon ; dimanche 8 mai, Aymmy ; vendredi 6 mai, Aymeric ;
Prochaines publications de la semaine : Lou, Lucie, Melinda.

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« Dans le voyage heureux de l’horizon »

par Lou C.
Classe de Première ES2

Ô lumière australienne douce comme un sourire d’enfant :
Les baisers argentés de l’humanité sont la beauté nue
De la main du soleil de Perth

Ô montagnes mielleuses d’un voyage douloureux :
C’est l’océan Indien rubis qui submerge ma tête
Remplie de souvenirs

Dans le tombeau de la mer, mes yeux fragiles plongent
Dans le voyage heureux de l’horizon
J’ai perdu dans ses flux majestueux

L’éternel pouvoir inconnu  de l’amour,
Et à la tombée de l’envie,
J’apprend la douceur splendide de la nuit !


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Illustration choisie par Lou : Broome (région de Kimberley, en Australie occidentale).
Source : Lara Dunston |wanderlust.co.uk|

Le point de vue de l’auteure…

Depuis toute petite, ces immenses contrées de la Westralie m’ont toujours fait rêver : l’Australie occidentale évoque en effet à mes yeux, bien plus qu’un immense territoire, une histoire où tout semble possible… Avant d’être un poème, mon texte est donc d’abord un voyage au cœur du Kimberley  : les mots semblent avoir traversé un océan de poussière rouge, comme en témoigne l’allusion à « l’océan Indien rubis ». Tout le texte invite dès lors à une plongée « dans le voyage heureux de l’horizon », au milieu de plages à perte de vue et de reliefs spectaculaires.

On voit en outre dans ce poème une nette inspiration romantique, empreinte de lyrisme. Cet aspect est largement développé dans le texte par tout un imaginaire du voyage, qui peut faire penser à la fois à l’orientalisme, avec tout ce qui relève du primitivisme et la quête d’une nature vierge (notamment les vastes étendues de sable blanc de la région de Kimberley en Australie Occidentale, avec leurs eaux turquoise, et leur nature éblouissante), mais aussi l’exaltation de la passion comme en témoigne l’allusion à Perth, capitale de l’État d’Australie Occidentale.

Terre d’explorateurs, de voyageurs, pays presque mythique, sorte d’Eldorado… Voilà pour moi ce qu’est l’Australie. J’ai voulu rendre compte de cette attirance par le travail stylistique que j’ai opéré, notamment les métaphores, et les jeux sur les connotations ; l’hypallage du dernier vers (envie à la place de nuit) résume à lui seul mon attirance pour la terre australe : attirance qui invite presque au déchiffrement. En ce sens, le poème est initiatique : il amène, comme l’aurait dit Rimbaud, à se faire « voyant » : la poésie apparaît ainsi comme un art du déchiffrement, du voyage métaphysique.

Ce rêve australien n’est donc pas qu’un voyage vers un ailleurs infini et rêvé, c’est aussi une quête poétique : quête fiévreuse d’un au-delà du langage, voyage métaphorique qui plonge le lecteur dans la connaissance presque mystérieuse, riche en connotations multiples, d’un pays enchanteur et fascinant. Porteuse d’imaginaire et de symboles qui embrassent un passé immémorial, l’Australie suscite ainsi des sensations multiples, et à la façon d’un rêve, elle m’invite l’espace d’un instant, à voyager vers un univers inconnu, qui est autant un questionnement qu’une réponse…

© Lou C., classe de Première ES2 (promotion 2015-2016), juin 2016.
Espace Pédagogique Contributif

Exposition de poésies… 1ère ES2 : Dis-moi un « poaime ». Aujourd’hui, la contribution de Noémie et d'Emma


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La classe de Première ES2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime »… Plusieurs fois par semaine, les élèves vous inviteront à partager l’une de leurs créations poétiques…
Bonne lecture !

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Aujourd’hui, jeudi 23 juin, la contribution de Noémie et d’Emma
Précédentes publications : vendredi 20 mai, Agatha et Léa ; dimanche 15 mai : Furkan ; samedi 14 mai : Céline ; mardi 10 mai : Alyssa et Ninon ; dimanche 8 mai, Aymmy ; vendredi 6 mai, Aymeric ;
Prochaines publications de la semaine : Lou, Lucie, Melinda.

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« Là-bas, où commence la mer »

par Noémie H. et Emma M.
Classe de Première ES2

Voici
L’enfant jadis perdu
Dans l’exquis parfum de l’Occident
Voici
l’enfant qui marche
Dans un désert inconnu
Parmi les déséquilibres de l’Orient.

Aujourd’hui ses aventures ne sont que vagues nuances
Lire, écrire… Tenter de vivre
Quotidiennes souffrances

Monde de présence
Billets bleus d’absence

Alors l’enfant prit sa barque

Pour aller haut là-bas

Où commence la mer…
enfant noémie_emma_7 © juin 2016, Noémie, Emma. Retouches numériques : Bruno Rigolt

Le point de vue des auteures…

Dans ce poème, nous avons voulu exploiter le thème du handicap en évoquant un enfant analphabète. La problématique du handicap nous semble en effet un sujet grave et il nous a paru à ce titre important de parler des enfants qui ont peu ou n’ont pas de langage, et dont l’accès au savoir est rendu difficile. L’enfant en situation de handicap qui vient à l’école bouscule à ce point le milieu dans lequel il arrive qu’il se sent parfois rejeté. Une telle situation est suggérée dans le texte par la métaphore de « l’enfant qui marche dans un désert inconnu ».

Ce « désert inconnu » est en réalité le système social et ses multiples obstacles : La peur et l’indifférence qui surgissent fréquemment, lorsqu’il s’agit d’approcher des personnes handicapées, sont évoquées à travers une série de termes s’inscrivant dans le champ lexical de l’isolement : « désert inconnu », « déséquilibres », « vagues nuances », « quotidiennes souffrances »…

D’une manière générale, le devenir scolaire d’un enfant handicapé demeure très incertain, ce qui explique les connotations que nous avons choisies : la traversée du désert suggère bien l’idée qu’il est très difficile pour les enfants de faire des projets à long terme. Pour l’enfant, l’école est une souffrance, une angoisse : il a vraiment peur d’y aller, à cause de ce handicap qui le enfant noémie_emma_5traumatise, malgré le « monde de présence » des adultes prêts à l’aider. Un peu comme si l’enfant ne voyait plus le système éducatif qu’à travers les « billets bleus d’absences », référence directe aux retards possibles, mais allusion plus implicite au thème de la fugue.

La fin du texte résonne en effet comme un élément de résolution : face à ces « quotidiennes souffrances » que constitue l’acte de « lire, écrire », l »enfant ne pense qu’à s’évader : l’image de la barque, qui fait penser aux fugues de Rimbaud décrites dans « Le bateau ivre », est comme un voyage métaphorique « pour aller haut là-bas, où commence la mer… ». Nous comprenons qu’entre désir suicidaire et envie de partir, le voyage est associé à une quête identitaire : c’est « haut là-bas » que l’enfant cherche à donner du sens à sa vie, d’où les points de suspension qui suggèrent un espace métaphorique, fait de non-dits, espace infiniment plus vaste que le « dit ».

Les derniers mots du texte sont un hommage aux grands poètes comme Baudelaire ou Mallarmé. Cet enfant, c’est presque « l’étranger » de Baudelaire, dans sa contemplation des « merveilleux nuages ». Prisonnier d’un système spleenétique révélant la discrimination et face à toutes les restrictions auxquelles il doit se plier, l’enfant est en quête d’un idéal qu’il ne peut trouver qu’en prenant sa barque frêle pour aller « haut là-bas où commence la mer ». Nous avons aussi songé à Mallarmé quand il s’exclame : « fuir ! Là-bas fuir ! » dans « Brise marine ». La barque suggère ainsi un voyage vers un ailleurs indéfini, envisagé dans la perspective d’une douloureuse quête de soi…

© Noémie H., Emma M., classe de Première ES2 (promotion 2015-2016), juin 2016.
Espace Pédagogique Contributif

Exposition de poésies… 1ère ES2 : Dis-moi un « poaime ». Aujourd’hui, la contribution de Noémie et d’Emma


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La classe de Première ES2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime »… Plusieurs fois par semaine, les élèves vous inviteront à partager l’une de leurs créations poétiques…
Bonne lecture !

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Aujourd’hui, jeudi 23 juin, la contribution de Noémie et d’Emma
Précédentes publications : vendredi 20 mai, Agatha et Léa ; dimanche 15 mai : Furkan ; samedi 14 mai : Céline ; mardi 10 mai : Alyssa et Ninon ; dimanche 8 mai, Aymmy ; vendredi 6 mai, Aymeric ;
Prochaines publications de la semaine : Lou, Lucie, Melinda.

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« Là-bas, où commence la mer »

par Noémie H. et Emma M.
Classe de Première ES2

Voici
L’enfant jadis perdu
Dans l’exquis parfum de l’Occident
Voici
l’enfant qui marche
Dans un désert inconnu
Parmi les déséquilibres de l’Orient.

Aujourd’hui ses aventures ne sont que vagues nuances
Lire, écrire… Tenter de vivre
Quotidiennes souffrances

Monde de présence
Billets bleus d’absence

Alors l’enfant prit sa barque

Pour aller haut là-bas

Où commence la mer…
enfant noémie_emma_7 © juin 2016, Noémie, Emma. Retouches numériques : Bruno Rigolt

Le point de vue des auteures…

Dans ce poème, nous avons voulu exploiter le thème du handicap en évoquant un enfant analphabète. La problématique du handicap nous semble en effet un sujet grave et il nous a paru à ce titre important de parler des enfants qui ont peu ou n’ont pas de langage, et dont l’accès au savoir est rendu difficile. L’enfant en situation de handicap qui vient à l’école bouscule à ce point le milieu dans lequel il arrive qu’il se sent parfois rejeté. Une telle situation est suggérée dans le texte par la métaphore de « l’enfant qui marche dans un désert inconnu ».

Ce « désert inconnu » est en réalité le système social et ses multiples obstacles : La peur et l’indifférence qui surgissent fréquemment, lorsqu’il s’agit d’approcher des personnes handicapées, sont évoquées à travers une série de termes s’inscrivant dans le champ lexical de l’isolement : « désert inconnu », « déséquilibres », « vagues nuances », « quotidiennes souffrances »…

D’une manière générale, le devenir scolaire d’un enfant handicapé demeure très incertain, ce qui explique les connotations que nous avons choisies : la traversée du désert suggère bien l’idée qu’il est très difficile pour les enfants de faire des projets à long terme. Pour l’enfant, l’école est une souffrance, une angoisse : il a vraiment peur d’y aller, à cause de ce handicap qui le enfant noémie_emma_5traumatise, malgré le « monde de présence » des adultes prêts à l’aider. Un peu comme si l’enfant ne voyait plus le système éducatif qu’à travers les « billets bleus d’absences », référence directe aux retards possibles, mais allusion plus implicite au thème de la fugue.

La fin du texte résonne en effet comme un élément de résolution : face à ces « quotidiennes souffrances » que constitue l’acte de « lire, écrire », l »enfant ne pense qu’à s’évader : l’image de la barque, qui fait penser aux fugues de Rimbaud décrites dans « Le bateau ivre », est comme un voyage métaphorique « pour aller haut là-bas, où commence la mer… ». Nous comprenons qu’entre désir suicidaire et envie de partir, le voyage est associé à une quête identitaire : c’est « haut là-bas » que l’enfant cherche à donner du sens à sa vie, d’où les points de suspension qui suggèrent un espace métaphorique, fait de non-dits, espace infiniment plus vaste que le « dit ».

Les derniers mots du texte sont un hommage aux grands poètes comme Baudelaire ou Mallarmé. Cet enfant, c’est presque « l’étranger » de Baudelaire, dans sa contemplation des « merveilleux nuages ». Prisonnier d’un système spleenétique révélant la discrimination et face à toutes les restrictions auxquelles il doit se plier, l’enfant est en quête d’un idéal qu’il ne peut trouver qu’en prenant sa barque frêle pour aller « haut là-bas où commence la mer ». Nous avons aussi songé à Mallarmé quand il s’exclame : « fuir ! Là-bas fuir ! » dans « Brise marine ». La barque suggère ainsi un voyage vers un ailleurs indéfini, envisagé dans la perspective d’une douloureuse quête de soi…

© Noémie H., Emma M., classe de Première ES2 (promotion 2015-2016), juin 2016.
Espace Pédagogique Contributif

Exposition de poésies… 1ère ES2 : Dis-moi un « poaime ». Aujourd’hui, la contribution de Pauline


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La classe de Première ES2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime »… Plusieurs fois par semaine, les élèves vous inviteront à partager l’une de leurs créations poétiques…
Bonne lecture !

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Aujourd’hui, mercredi 1er juin, la contribution de Pauline
Précédentes publications : vendredi 20 mai, Agatha et Léa ; dimanche 15 mai : Furkan ; samedi 14 mai : Céline ; mardi 10 mai : Alyssa et Ninon ; dimanche 8 mai, Aymmy ; vendredi 6 mai, Aymeric ;
Prochaine publication de la semaine : dimanche 5 juin : Emma et Noémie ; mardi 7 juin : Lou ;
dimanche 12 juin : Lucie

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« Une histoire d’amour et d’eau fraîche »

par Pauline L.
Classe de Première ES2

Les flots ont emporté l’écho du silence.

Le soleil se lève sur les rivages de mon cœur

Vide ! Tels sont les rives sans amour.

Sans amour, mon âme lève l’ancre

Vers un voyage mystique

À la rencontre de ton cœur solitaire

Perdu dans une mélancolie sombre.

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En été, sur la Méditerranée_Copyright_Bruno Rigolt_2015_2016« En été, sur la Méditerranée , un soir » : © août 2015-juin 2016, Bruno Rigolt
Photographie retouchée numériquement

Le point de vue de l’auteure…

André Breton (1896-1966) et Philippe Soupault (1897-1990), deux auteurs majeurs du Surréalisme, écrivaient dans Les Champs magnétiques qu’il fallait « soustraire les mots à leur usage purement utilitaire », « les émanciper et […] leur rendre leur pouvoir »… Ces expressions que j’ai découvertes au hasard d’une lecture¹ m’ont interpellée : de même qu’André Breton suggérait que pour composer un poème, il fallait tirer des mots jetés au hasard dans un chapeau, je me suis moi-même amusée à composer mon texte au hasard des mots : les choisissant au gré de mon imagination, ou en tournant arbitrairement les pages d’un livre…

Or, quelle n’a pas été ma surprise de constater que ce que je croyais entièrement dépendant du hasard était bien guidé en réalité par mon inconscient : quand j’ai commencé à associer les mots entre eux, je me suis rendu compte qu’ils étaient presque toujours centrés sur les thèmes de l’amour et du voyage. Sans doute les avais-je choisis moins arbitrairement que je le croyais de prime abord ! De fait, surtout quand on est adolescent, ne rêve-t-on pas de partir vers d’autres rivages ? Cette envie d’ailleurs est je crois à la base de tout poème : avant de nous rapprocher du réel, la poésie au contraire nous en éloigne.

Même si le Surréalisme m’a influencée au niveau des procédés d’écriture, c’est plus fondamentalement le mouvement romantique qui m’a profondément marquée au niveau de la thématique du texte : comme le chantait la poétesse Anna de Noailles dans « Le port de Palerme », « […] j’entendais jaillir/Cet éternel souhait du cœur humain : partir ! ». La poésie est en effet un voyage immobile, un voyage métaphorique. En écrivant par exemple « Les flots ont emporté l’écho du silence », ou « mon âme lève l’ancre », j’ai voulu suggérer cet embarquement, ce voyage au pas des mots, qui est aussi un voyage au pays du rêve.

Le registre lyrique, qui privilégie l’expression des sentiments, met évidemment en valeur le thème de l’amour que j’évoquais précédemment et dont le champ lexical parcourt le texte. Mais en réalité, c’est plutôt l’absence d’amour qui domine : tout se résume donc à la confrontation de deux concepts : amour et absence comme en témoigne l’enjambement des vers 2 et 3 renforcé par la tonalité exclamative : « Le soleil se lève sur les rivages de mon cœur/Vide ! ». Par définition, l’amour romantique est une telle quête d’absolu qu’il ne trouve malheureusement dans la réalité qu’un écho vide à cette quête ardente et quasi mystique. Tel est le sens qu’il convient d’accorder par exemple à ces vers :

mon âme lève l’ancre
Vers un voyage mystique
À la rencontre de ton cœur solitaire

Cette vision mélancolique qui se dessine peu à peu de l’amour, associée à la tonalité élégiaque du texte est intensifiée par la répétition de l’expression « sans amour » qui accentue ce sentiment de vide et d’absence. Le personnage de ce poème semble ainsi en quête d’un amour d’autant plus beau qu’il est impossible : au désespoir du poète, seul répond « l’écho du silence », dont l’expression est presque un oxymore : on peut se demander en effet comment le silence peut avoir un écho. J’ai voulu ici mettre en évidence l’idée selon laquelle le silence est presque une musique dont il faut écouter les paroles : car c’est bien d’une quête qu’il s’agit, d’un déchiffrement.

J’en viens justement à la dimension symbolique du poème. Qu’il me soit tout d’abord permis de revenir sur le mot « vide » que j’ai employé au vers 3. Le fait qu’il soit placé en rejet montre bien cette solitude : un peu comme si le mot lui-même était marginalisé, à la dérive de la phrase… Parce qu’il est écrit en vers libres, mon poème évoque selon moi cette quête d’infini et d’idéal que j’ai souhaité mettre en valeur.  Enfin, le dernier élément qui marque bien le symbolisme est la métaphore de « l’âme [qui] lève l’ancre », référence à l’appareillage d’un navire quittant le port pour un voyage infini, très loin, à l’autre bout du monde : « voyage mystique » qui trouve des échos dans la poésie de Baudelaire ou de Mallarmé : seule l’exaltation du Grand Amour permet d’accéder à l’essentiel.

Voici pourquoi, pour moi, quand je regarde un paysage, ce n’est pas la réalité qui m’intéresse mais plutôt l’allégorie, le symbole, et pourquoi pas son aspect mystique et métaphysique : l’au-delà. Cette « histoire d’amour et d’eau fraîche » dont il est question ici, et que connaissent tous les adolescents est bien plutôt une histoire triste comme un rendez-vous d’amour manqué : histoire de larmes, histoire d’un non-amour. Ainsi le personnage du texte semble parti à la recherche de l’impossible lieu de l’impossible rêve de l’impossible amour… Comme en témoignent les derniers mots du texte :  « À la rencontre de ton cœur solitaire /Perdu dans une mélancolie sombre »…

© Pauline L., classe de Première ES2 (promotion 2015-2016), mai 2016.
Espace Pédagogique Contributif

  1. Marc Saporta, Henri Béhar, André Breton ou le surréalisme, même. Textes réunis par Marc Saporta avec le concours d’Henri Béhar, éd. L’Âge d’homme, Lausanne 1998,  page 19.