Concours AMOPA 2013. Lire en ligne… Aujourd’hui la contribution de Léna : premier Prix national

Concours AMOPA 2013
Thème : l’émerveillement

Nombreux sont mes élèves de Seconde qui ont participé cette année au concours d’expression écrite « Défense et Illustration de la langue française », organisé par l’AMOPA (Association des Membres de l’Ordre des Palmes Académiques). Le thème choisi pour 2012-2013 était l’émerveillement. Étant donné la qualité des écrits j’ai décidé de mettre en ligne sur ce site l’ensemble des productions. Aujourd’hui, découvrez le travail de Léna, une dissertation exceptionnellement brillante, qui a permis à son auteure de terminer ex æquo à la première place du prix national. Bravo encore à elle, étant donné la difficulté du sujet et le temps imparti (*).
Bonne lecture. BR

Autres textes publiés :
– Lucie M. (Deuxième prix départemental) : « Près de l’étang du parc »
– Romane G. : « Quelques miettes de sel et d’eau »
– Amélie S. (Finaliste départementale, deuxième accessit) : « Dans la nuit du monde »

Sujet de composition française proposé au concours de l’A.M.O.P.A. 2013 : 

« Un homme qui n’est plus capable de s’émerveiller a pratiquement cessé de vivre ». Dans quelle mesure peut-on adhérer à ce jugement d’Albert Einstein ?

Par Léna GNORRA-SONNERAT
Classe de Seconde
Premier prix national ex æquo

émerveillant devant le mystère et l’ordonnancement de l’univers, le physicien Albert Einstein déclara qu’« un homme qui a cessé de s’émerveiller a pratiquement cessé de vivre ». De tels propos nous amènent à nous interroger sur la place qu’occupe l’émerveillement dans notre vie. Nous traiterons cette problématique selon une triple perspective : après avoir justifié les propos d’Einstein dans une première partie, nous les nuancerons dans une seconde partie. Nous verrons enfin combien l’émerveillement peut s’enraciner dans une philosophie humaniste du vécu.

out d’abord, nous pouvons considérer avec Albert Einstein que l’émerveillement est la base du savoir. Une personne émerveillée est incitée à rechercher la source de son émotion. Ainsi comme le dit Socrate, « la sagesse commence dans l’émerveillement ». De ces propos se dégage l’idée que, si la sagesse de l’homme réside dans une émotion simple, il lui appartient d’en rechercher les causes, comme pour assouvir un besoin de curiosité, inhérent à l’être même de l’homme : la sagesse apparaît précisément dans cette recherche, qui est d’abord une quête existentielle, une construction du savoir. L’être pensant s’assagit lors de sa quête de nouveauté car il s’enrichit de la sagesse du monde. Celui-ci est lui-même un émerveillement : il est donc source de tolérance et de connaissance. Si l’homme perdait le besoin de savoir, alors sa vie deviendrait dénuée d’intérêt. Comme nous le comprenons, l’émerveillement conduit à l’idéalisation du réel car il amène à ré-enchanter le monde. Même les événements les plus ordinaires participent à l’évolution de l’esprit sage de l’Homme, qui réside dans sa capacité à pouvoir s’émerveiller.

En outre, un être émerveillé n’est-il pas sujet à l’expression de ses sentiments, de sa découverte qui l’émerveille, et qu’il veut partager suite à sa béatitude ? L’art poétique nous semble le mieux disposé à cette libre expression qui montre la sensibilité humaine : « Le poète est celui qui tout au long de sa vie conserve le don de s’émerveiller » écrit André Lhote. Ainsi, nous comprenons que le poète est en permanence créateur, et c’est d’ailleurs ce qui, étymologiquement le désigne comme tel. Cette capacité à réfléchir sur le monde entraîne à percevoir la vie différemment, à observer les éléments d’un autre aspect. Ce « don » comme le qualifie Lhote, est intrinsèque aux poètes, dont l’art réside dans le réenchantement et l’idéalisation du réel : la poésie peut alors être perçue comme un déchiffrement des merveilles de l’univers. Dans leurs écrits, les poètes font part de leur émerveillement : la caractéristique du verbe poétique est donc, en laissant parler l’âme, de trouver un langage personnel et idéalisateur de l’esprit et du monde. Ainsi, le poète devient-il le traducteur de cette émotion, qu’il réécrit et qu’il modélise à sa manière.

Enfin, nous pouvons dire que l’émerveillement est, plus qu’un élément central, la base de la vie même : il constitue, comme le rappelle Einstein, un besoin vital pour l’existence. Il représente à ce titre l’aboutissement de la recherche de nos sentiments personnels. « Le monde ne mourra jamais par manque de merveilles, mais uniquement par manque d’émerveillement » rappelle Gilbert Keith Chesterton. De ces propos se dégage l’importance de l’émerveillement dans la vie, et ceux-ci montrent de façon explicite la place de ce sentiment dans l’esprit humain. Si Chesterton salue d’une part l’abondance des merveilles en ce monde, c’est pour nous rappeler aussitôt  que de notre délectation des éléments de l’univers découle un principe métaphysique essentiel : l’action de s’émerveiller, d’être en extase devant le monde qui nous entoure, devient en effet un état indispensable à la vie, comme un besoin essentiel de l’être humain : la place de cette émotion dans la conception de la vie devient le point central si l’on se réfère aux propos de Chesterton. Nous pouvons donc considérer avec Albert Einstein que notre aptitude à l’émerveillement est une condition indispensable à la vie parce qu’il nous ouvre au monde et qu’il le réenchante.

ais une telle vision, pour légitime qu’elle soit, ne serait-elle pas néanmoins trop idéaliste ? L’émerveillement ne peut-il pas paraître éphémère, voire quelque peu futile, particulièrement dans nos civilisations où le rationalisme nous pousse à rejeter les chimères du merveilleux ?

En premier lieu, l’émerveillement est un état qui est propre aux êtres pensants, aux humains. Cependant, s’émerveiller continuellement peut nuancer, voire altérer la vision que nous avons du monde. La raison se doit d’apporter l’objectivité face à ce sentiment, éminemment subjectif : réfléchir sur le monde, c’est donc le questionner, l’interroger. « Apprends avant toute chose l’interrogation : elle tempère l’émerveillement » rappelle l’écrivain Alain Bosquet. Ainsi, celui qui cherche à découvrir l’univers, le comprendre, porte un jugement forcément critique sur l’émerveillement, qui peut apparaître comme un dangereux enchantement. Par exemple certains philosophes ne sauraient avoir la même vision que le poète, car contrairement à celui-ci qui idéalise le réel, le philosophe essaie de le comprendre. L’interrogation permet d’analyser la source de l’émerveillement, et ainsi d’avoir un avis plus neutre et distancié. Dans cette perspective, nous comprenons que l’émerveillement peut altérer notre point de vue, et la recherche de sa source amène à être plus réfléchi.

De plus, comme l’émerveillement peut altérer notre jugement, il entraîne avec lui l’incompréhension de certains éléments, comme par exemple la source de cette émotion. Cette méconnaissance induit l’être à avoir une vision faussée, naïve. Nous observons très bien cet aspect dans le conte philosophique de Voltaire, Candide. Le jeune personnage, émerveillé de découvrir le monde idéal, reste insensible à la misère et aux souffrances du monde réel. Voltaire montre parfaitement dans son œuvre la naïveté qui résulte de l’émerveillement béat du jeune Candide, qui mène à la méconnaissance des faits. Ainsi, s’émerveiller n’entraîne-t-il pas l’incompréhension du monde ? Et pareille insouciance ne fait-elle pas croire à tort que « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles » ? En l’idéalisant, l’émerveillement altère conséquemment la vision de nous-même et notre regard sur le monde. En méconnaissant le réel, nous nous illusionnons de notre naïveté, et nous légitimons, bien souvent à notre insu, le mal et l’injustice. De l’émerveillement à la méconnaissance, et peut-être à la lâcheté, il n’y aurait qu’un pas.

Enfin, l’incompréhension et la naïveté entraînées par l’émerveillement mènent à ne pas se comprendre soi-même. S’émerveiller amène en effet à refuser de comprendre le monde qui nous entoure selon une perspective critique et rationnelle. « S’émerveiller, c’est accepter de ne pas tout comprendre » nuance Édouard de Perrot. Nous en déduisons que croire en l’émerveillement, c’est fermer les yeux sur ce que nous ne comprenons pas. Mais cela n’implique-t-il pas aussi un certain rejet du savoir ? Ceux qui rejettent l’émerveillement seraient donc considérés comme des anticonformistes, des hommes qui n’adhèrent pas à l’insouciance pour préférer comprendre l’univers. Accepter de ne pas tout comprendre, c’est aussi l’occasion de se laisser emporter par l’irrationnel, l’irréel. Ainsi, les propos de Perrot condamneraient implicitement ceux d’Albert Einstein, au nom d’un autre relativisme. Nous pourrions déduire de notre débat l’idée selon laquelle l’émerveillement entraîne à ne pas assimiler la vie elle-même au nom d’une méconnaissance assumée, mais quelque peu coupable, puisqu’elle donne à la méconnaissance le statut de béatitude et de fin en soi.

u terme de ces deux parties, interrogeons-nous : faut-il se limiter à ce que nous voyons ? Ne semble-t-il pas plus raisonnable de nous défaire de nos émotions pour mieux comprendre le monde ? Ce serait sans doute se méprendre sur le rôle réel de l’émerveillement, qui, loin de nous détourner du réel, peut au contraire nous aider  à en comprendre toute la profondeur.

Pour commencer, reconnaissons que l’émerveillement peut être un moyen de soutenir l’être dans sa vie. Si, comme nous l’avons vu, ce sentiment peut idéaliser notre vision, au point d’enjoliver le monde, s’émerveiller, c’est aussi croire en une Théodicée, pour reprendre un terme cher à Leibniz, capable de nous faire résister aux événements les plus durs. C’est grâce à cette « joie », à cet optimisme que le cœur des hommes peut continuer à battre, dans un monde particulièrement dur à vivre. Paraphrasant Einstein, l’écrivain québécois Michel Bouthot affirme plus ou moins la même idée : « Quand nous cessons de nous émerveiller, nous cessons de croire en la vie ». L’émerveillement devient alors un point principal de l’existence et d’accès à la vérité : il émerveille la vie elle-même, au point d’en réaliser l’irréel. Réaliser l’irréel de la vie, c’est rendre réel l’irréel en participant à l’élèvement de la société : « I have a dream » a dit Martin Luther King aux heures les plus sombres de notre Histoire, comme pour nous rappeler notre besoin d’entreprendre des rêves pour donner un sens à la vie même.

Nous pouvons aussi considérer que l’émerveillement ne peut être vécu que selon la sensibilité de chacun : l’émerveillement n’est pas objectif, il relève de notre subjectivité. Cependant, ces émerveillements individuels, en s’agrégeant, participent d’une identité collective, qui est à la base de l’humanité. L’espèce humaine cherche à recomposer ce qui l’a émerveillée, étonnée : cette universalité du savoir est aussi un partage. Certaines personnes cherchant à être brillantes peuvent être source d’émerveillement et de stupéfaction. Apollinaire dira même : « J’émerveille ». Et de façon plus modeste, le vainqueur du Livre des records émerveille aussi. Chacune et chacun d’entre nous, par son intelligence, sa simplicité, a le don d’émerveiller et d’émouvoir. Ainsi l’émerveillement en suscitant la curiosité, le savoir et l’admiration est une source d’émulation dont a besoin le corps social ; il est un partage et une communion. Comprenons qu’idéaliser le réel ne veut pas dire le déréaliser, mais au contraire le réinventer et découvrir la vérité qu’il porte en lui : faire croire ce qui n’est pas, mais qui sera peut-être un jour.

Enfin, l’émerveillement mène à une profonde quête spirituelle. Il amène à un apaisement, une ouverture sur le monde et l’altérité. Il introduit une réflexion sur la source, et facilite l’acquisition du savoir : je m’émerveille d’abord de ce que je ne sais pas. Nous pouvons dire que l’émerveillement prend en compte la sensibilité artistique de l’homme. Il conduit à se demander ce qui nous unit au monde, créateur d’émerveillement. L’art peut ainsi être un profond vecteur d’émerveillement. Par le pouvoir évocateur d’un mot, d’une note de musique, d’un trait de pinceau, l’artiste fait croire à l’incroyable et amène à réfléchir au sens de notre présence sur la terre. L’artiste François Darbois écrivait que « S’émerveiller, [est] un pont entre art et spiritualité ». L’émerveillement permet donc de comprendre le monde en faisant surgir l’ineffable, le mystérieux qui est au cœur même de l’homme et de son aventure dans l’univers. Nous terminerons nos propos comme nous les avons commencés, en citant Einstein : « La chose la plus merveilleuse du monde, disait-il, est que le monde soit compréhensible ». Qu’il nous soit permis de dire à notre tour que la chose la plus compréhensible du monde est que le merveilleux soit justement incompréhensible…

ur le  point d’achever nos réflexions, interrogeons-nous une dernière fois : l’émerveillement est-il réellement indispensable à la vie ? Ou ne serait-il qu’un moyen d’évasion qui ne fait qu’altérer notre entendement ? Comme nous avons essayé de le montrer en suivant modestement la réflexion d’Einstein, l’émerveillement a une autre fonction, essentielle, vitale, qui est de donner un sens à l’homme. En ce début de vingt-et-unième siècle, qui voit ressurgir de par le monde les craintes de sociétés rationalisées ou totalitaires, l’émerveillement apparaît ainsi comme la condition même d’un nouvel Humanisme…

© Léna GNORRA-SONNERAT
Lycée en Forêt, février 2013 (juin 2013 pour la présente publication)
(*) Ce travail est une version légèrement modifiée par son auteure du manuscrit d’origine adressé en février 2013 au jury du concours. Je rappelle que les travaux mis en ligne sont d’autant plus remarquables qu’ils ont été effectués en cours dans un temps très limité.

Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les travaux des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du document cité (URL de la page).

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Concours AMOPA 2013
Thème : l’émerveillement

Nombreux sont mes élèves de Seconde  qui ont participé cette année au concours d’expression écrite « Défense et Illustration de la langue française », organisé par l’AMOPA (Association des Membres de l’Ordre des Palmes Académiques). Le thème choisi pour 2012-2013 était l’émerveillement. Étant donné la qualité des écrits (une de mes élèves a même terminé ex æquo à la première place du prix national), j’ai décidé de mettre en ligne sur ce site l’ensemble des productions. Aujourd’hui, découvrez le travail d’Amélie, un texte bouleversant, qui a permis à son auteure d’être lauréate départementale (deuxième accessit)
Bonne lecture. BR

Autres textes publiés :
– Lucie M. (Deuxième prix départemental) : « Près de l’étang du parc »
– Romane G. : « Quelques miettes de sel et d’eau »
– Léna G.-S. (Premier prix national) : Composition française à partir d’une citation d’Einstein

                    

Dans la nuit du monde

Par Amélie S.
Classe de Seconde 9

Une feuille qui tombe, une simple feuille qui tombe avec le soir… Pas de quoi s’émerveiller diront certains. Et pourtant voilà mon sujet d’émerveillement. Oh ! Je sais que c’est un émerveillement simple, un émerveillement humble qu’une simple feuille qui tombe. Et pourtant…

Lorsque l’on se surprend à s’émerveiller, le temps s’arrête, plus rien ne bouge autour de nous, tant l’objet de notre émerveillement provoque un sentiment d’admiration intense pour une petite feuille de rien du tout qui tombe dans un soir ordinaire, comme tous les autres soirs.

S’émerveiller devant une feuille tombant d’un arbre est quelque chose de pur. En portant le regard sur une feuille banale, la personne émerveillée invite cette feuille à se sentir existante, alors qu’elle n’est que feuille. Elle s’idéalise aux yeux de l’émerveillé, lui rappelle d’où il vient et où il ira plus tard. Inspirant la nature, cette feuille est un don de la vie. Si elle a été créée, n’est-ce pas dans le but de profiter à quelqu’un sur cette terre si grande ? Une feuille, une simple feuille qui tombe dans le jour enfin tombé, aide peut-être une personne à tout oublier. Une feuille pour oublier ce monde désenchanté. Une feuille pour peut-être tout recommencer…

Quand je vois une feuille, j’oublie parfois le mal-être que je peux ressentir en moi : c’est comme une sensation de voyage et d’ailleurs. Je me demande : où va cette feuille ? Où se dirige-t-elle ? Peut-être vers l’imaginaire et le rêve ? Peut-être veut-elle fuir les vérités banales et matérielles de ce monde ? Alors, elle fait ses bagages, quitte l’arbre trop connu, et le square trop fréquenté pour entreprendre le grand voyage, de branche en branche, de courants d’air en bourrasques, de novembres pluvieux en févriers frileux… Voulant découvrir tout autre chose que son arbre, c’est pour cela peut-être qu’elle s’enfuit : avec quelle légèreté elle se décroche et tombe de l’arbre ! Elle ne se soucie guère du temps qui s’écoule et se laisse tomber purement ; cette feuille est merveilleuse : elle est humaine.

Faisant sa vie sans se préoccuper des autres, elle se promène et entreprend son périple comme bon lui semble de l’autre côté de la terre ou de l’autre côté de la vie. Son voyage peut durer une éternité, jusqu’à ce qu’elle décide de se figer dans le temps et ainsi y rester à jamais en se décomposant. Une petite feuille de rien du tout, comme une petite mort de rien du tout : voilà le merveilleux, le miracle de la vie ! Une petite feuille qui entame son chemin en direction de demain.

Son arbre qui était sa source était son dernier espoir de rester en vie, et pourtant elle s’en sépare. Un au-revoir sur le quai du départ, quelques larmes de pluie : « adieu, ne prends pas froid », comme si elle avait senti que c’était le début de la fin pour elle. Ensuite commence le long voyage… Arrive le moment si redouté de sa décomposition, le moment où la vie s’arrête, où la nuit s’éveille : elle seule a choisi de changer de vie…

Je sens son cœur qui bat dans la nuit du monde…

© Amélie S.
Février 2013 (mai 2013 pour la présente publication)

Crédit iconographique : Bruno Rigolt

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Concours AMOPA 2013
Thème : l’émerveillement

Nombreux sont mes élèves de Seconde  qui ont participé cette année au concours d’expression écrite « Défense et Illustration de la langue française », organisé par l’AMOPA (Association des Membres de l’Ordre des Palmes Académiques). Le thème choisi pour 2012-2013 était l’émerveillement. Étant donné la qualité des écrits (une de mes élèves a même terminé ex æquo à la première place du prix national), j’ai décidé de mettre en ligne sur ce site l’ensemble des productions. Aujourd’hui, découvrez le travail d’Amélie, un texte bouleversant, qui a permis à son auteure d’être lauréate départementale (deuxième accessit)
Bonne lecture. BR

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– Lucie M. (Deuxième prix départemental) : « Près de l’étang du parc »
– Romane G. : « Quelques miettes de sel et d’eau »
– Léna G.-S. (Premier prix national) : Composition française à partir d’une citation d’Einstein

                    

Dans la nuit du monde

Par Amélie S.
Classe de Seconde 9

Une feuille qui tombe, une simple feuille qui tombe avec le soir… Pas de quoi s’émerveiller diront certains. Et pourtant voilà mon sujet d’émerveillement. Oh ! Je sais que c’est un émerveillement simple, un émerveillement humble qu’une simple feuille qui tombe. Et pourtant…

Lorsque l’on se surprend à s’émerveiller, le temps s’arrête, plus rien ne bouge autour de nous, tant l’objet de notre émerveillement provoque un sentiment d’admiration intense pour une petite feuille de rien du tout qui tombe dans un soir ordinaire, comme tous les autres soirs.

S’émerveiller devant une feuille tombant d’un arbre est quelque chose de pur. En portant le regard sur une feuille banale, la personne émerveillée invite cette feuille à se sentir existante, alors qu’elle n’est que feuille. Elle s’idéalise aux yeux de l’émerveillé, lui rappelle d’où il vient et où il ira plus tard. Inspirant la nature, cette feuille est un don de la vie. Si elle a été créée, n’est-ce pas dans le but de profiter à quelqu’un sur cette terre si grande ? Une feuille, une simple feuille qui tombe dans le jour enfin tombé, aide peut-être une personne à tout oublier. Une feuille pour oublier ce monde désenchanté. Une feuille pour peut-être tout recommencer…

Quand je vois une feuille, j’oublie parfois le mal-être que je peux ressentir en moi : c’est comme une sensation de voyage et d’ailleurs. Je me demande : où va cette feuille ? Où se dirige-t-elle ? Peut-être vers l’imaginaire et le rêve ? Peut-être veut-elle fuir les vérités banales et matérielles de ce monde ? Alors, elle fait ses bagages, quitte l’arbre trop connu, et le square trop fréquenté pour entreprendre le grand voyage, de branche en branche, de courants d’air en bourrasques, de novembres pluvieux en févriers frileux… Voulant découvrir tout autre chose que son arbre, c’est pour cela peut-être qu’elle s’enfuit : avec quelle légèreté elle se décroche et tombe de l’arbre ! Elle ne se soucie guère du temps qui s’écoule et se laisse tomber purement ; cette feuille est merveilleuse : elle est humaine.

Faisant sa vie sans se préoccuper des autres, elle se promène et entreprend son périple comme bon lui semble de l’autre côté de la terre ou de l’autre côté de la vie. Son voyage peut durer une éternité, jusqu’à ce qu’elle décide de se figer dans le temps et ainsi y rester à jamais en se décomposant. Une petite feuille de rien du tout, comme une petite mort de rien du tout : voilà le merveilleux, le miracle de la vie ! Une petite feuille qui entame son chemin en direction de demain.

Son arbre qui était sa source était son dernier espoir de rester en vie, et pourtant elle s’en sépare. Un au-revoir sur le quai du départ, quelques larmes de pluie : « adieu, ne prends pas froid », comme si elle avait senti que c’était le début de la fin pour elle. Ensuite commence le long voyage… Arrive le moment si redouté de sa décomposition, le moment où la vie s’arrête, où la nuit s’éveille : elle seule a choisi de changer de vie…

Je sens son cœur qui bat dans la nuit du monde…

© Amélie S.
Février 2013 (mai 2013 pour la présente publication)

Crédit iconographique : Bruno Rigolt

Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les travaux des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du document cité (URL de la page).

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Concours AMOPA 2013
Thème : l’émerveillement

La classe de Seconde 9 a choisi de participer au concours d’expression écrite « Défense et Illustration de la langue française », organisé par l’AMOPA (Association des Membres de l’Ordre des Palmes Académiques). Le thème choisi pour 2012-2013 était l’émerveillement. Étant donné la qualité des écrits (une élève de la classe est même lauréate du premier prix), j’ai décidé de mettre en ligne sur ce site l’ensemble des productions. Aujourd’hui, découvrez le travail de Romane…
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– Amélie S. (Lauréate académique, deuxième accessit départemental) : « Dans la nuit du monde »
– Léna G.-S. (Premier prix national) : Composition française à partir d’une citation d’Einstein

            

Quelques miettes de sel et d’eau…

Par Romane G.
Classe de Seconde 9

Vous parlez d’un affolement matinal ! Un jour comme les autres plutôt, un jour banal, monotone, un jour à se lever pour aller au lycée. Comme d’habitude, je m’habillai rapidement, enfilai mon blouson et me précipitai dans la rue, pour courir vers mon destin, mon cartable dans une main et une moitié de pomme dans l’autre.

Je marchais d’un pas décidé, lorsque je vis au tournant de la rue une petite fille donner un morceau de pain sec aux moineaux qui « piétonnaient » dans les rues de la ville. Elle émiettait ce pain consciencieusement, minutieusement, comme s’il se fût agi d’un acte grave et solennel et de ses petites mains potelées, elle prenait la mie, la malaxait brutalement, avec vigueur et la lançait sur le trottoir pavé sur lequel elle se trouvait. Je continuais ma course, me rapprochant de cette boule d’énergie. La fillette ne me voyait pas, et dans le lyrisme de ce petit matin frileux de novembre elle s’épanouissait toute seule, indifférente aux regards des passants.

Une scène banale me direz-vous, merveilleusement banale. C’est un conte bien ordinaire que ce quotidien d’un morceau de pain jeté aux oiseaux dans le jour qui s’éveille. Et pourtant… Dans ces petits morceaux de pain, répandus sur l’asphalte comme on sème une récolte pour l’hiver prochain, moi je voyais les champs de blé, et les oiseaux qui attendaient une miette pour espérer voler jusqu’à demain.

Longtemps, j’ai songé à cette image, et à ces morceaux de pain que l’on jette tout aussi machinalement que cette enfant qui les donnait aux oiseaux. Malgré moi, je me disais que le pain est source de vie, bénéficiaire des richesses de la Terre. Le pain n’est-il pas d’ailleurs l’emblème de l’amitié ? Avoir un bon « co-pain », n’est-ce pas celui avec qui l’on partage le pain, c’est-à- dire un aliment apte à restituer à l’homme sa valeur et sa dignité ?

Le soir, rentrée chez moi, je m’installais autour de la table, et sur celle-ci régnait une panière pleine. Je crois bien que, d’avoir été émerveillée par ces simples morceaux de pain le matin même, faisait que je ne concevais plus le pain de la même façon. Je n’avalais plus machinalement le crouton de pain chaud, j’appréciais bien plus que le reste du monde, avec un merveilleux plaisir, ce qui était d’abord le pain de la vie, le pain de la terre et du ciel.

Le lendemain, à la cantine je pétrissais malgré moi une mie de pain… Dans ma main, un peu de farine, quelques miettes de sel et d’eau. Et quelques plumes égarées…

© Romane G.
Février 2013 (mai 2013 pour la présente publication)

Illustration : Jean-François Millet (1814–1875), « Le Semeur » (1851). Pastel sur papier.
Williamstown, Massachusetts (États-Unis), Clark Art Institute

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Thème : l’émerveillement

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Quelques miettes de sel et d’eau…

Par Romane G.
Classe de Seconde 9

Vous parlez d’un affolement matinal ! Un jour comme les autres plutôt, un jour banal, monotone, un jour à se lever pour aller au lycée. Comme d’habitude, je m’habillai rapidement, enfilai mon blouson et me précipitai dans la rue, pour courir vers mon destin, mon cartable dans une main et une moitié de pomme dans l’autre.

Je marchais d’un pas décidé, lorsque je vis au tournant de la rue une petite fille donner un morceau de pain sec aux moineaux qui « piétonnaient » dans les rues de la ville. Elle émiettait ce pain consciencieusement, minutieusement, comme s’il se fût agi d’un acte grave et solennel et de ses petites mains potelées, elle prenait la mie, la malaxait brutalement, avec vigueur et la lançait sur le trottoir pavé sur lequel elle se trouvait. Je continuais ma course, me rapprochant de cette boule d’énergie. La fillette ne me voyait pas, et dans le lyrisme de ce petit matin frileux de novembre elle s’épanouissait toute seule, indifférente aux regards des passants.

Une scène banale me direz-vous, merveilleusement banale. C’est un conte bien ordinaire que ce quotidien d’un morceau de pain jeté aux oiseaux dans le jour qui s’éveille. Et pourtant… Dans ces petits morceaux de pain, répandus sur l’asphalte comme on sème une récolte pour l’hiver prochain, moi je voyais les champs de blé, et les oiseaux qui attendaient une miette pour espérer voler jusqu’à demain.

Longtemps, j’ai songé à cette image, et à ces morceaux de pain que l’on jette tout aussi machinalement que cette enfant qui les donnait aux oiseaux. Malgré moi, je me disais que le pain est source de vie, bénéficiaire des richesses de la Terre. Le pain n’est-il pas d’ailleurs l’emblème de l’amitié ? Avoir un bon « co-pain », n’est-ce pas celui avec qui l’on partage le pain, c’est-à- dire un aliment apte à restituer à l’homme sa valeur et sa dignité ?

Le soir, rentrée chez moi, je m’installais autour de la table, et sur celle-ci régnait une panière pleine. Je crois bien que, d’avoir été émerveillée par ces simples morceaux de pain le matin même, faisait que je ne concevais plus le pain de la même façon. Je n’avalais plus machinalement le crouton de pain chaud, j’appréciais bien plus que le reste du monde, avec un merveilleux plaisir, ce qui était d’abord le pain de la vie, le pain de la terre et du ciel.

Le lendemain, à la cantine je pétrissais malgré moi une mie de pain… Dans ma main, un peu de farine, quelques miettes de sel et d’eau. Et quelques plumes égarées…

© Romane G.
Février 2013 (mai 2013 pour la présente publication)

Illustration : Jean-François Millet (1814–1875), « Le Semeur » (1851). Pastel sur papier.
Williamstown, Massachusetts (États-Unis), Clark Art Institute

Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les travaux des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du document cité (URL de la page).

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Concours AMOPA 2013. Lire en ligne… Aujourd’hui la contribution de Lucie : « Près de l’étang du parc »

Concours AMOPA 2013
Thème : l’émerveillement

La classe de Seconde 9 a choisi de participer au concours d’expression écrite « Défense et Illustration de la langue française », organisé par l’AMOPA (Association des Membres de l’Ordre des Palmes Académiques). Le thème choisi pour 2012-2013 était l’émerveillement. Étant donné la qualité des écrits (une élève de la classe est même lauréate du premier prix), j’ai décidé de mettre en ligne sur ce site l’ensemble des productions. Aujourd’hui, découvrez le très beau travail de Lucie. Ce texte, qui a été primé au niveau académique (premier accessit départemental), est d’une rare intensité…
Bonne lecture. BR

                  

Autres textes publiés :
– Romane G. : « Quelques miettes de sel et d’eau »
– Amélie S. (Finaliste départementale, deuxième accessit) : « Dans la nuit du monde »
– Léna G.-S. (Premier prix national) : Composition française à partir d’une citation d’Einstein

                     

Près de l’étang du parc

Par Lucie M.
Classe de Seconde 9

Chaque matin, en me rendant au lycée, je croise « la dame ». Une femme d’un âge très avancé, toujours assise sur le banc près de l’étang du parc. Chaque matin, elle contemple l’eau dans son mouvement, comme si sa vie se reflétait dans l’onde. Je la vois chaque soir aussi. Toujours au même endroit. Contemplant désespérément le vide devant elle. Je me suis souvent demandé quelle était son histoire, si elle avait toujours été seule sur ce banc…

L’image paraît banale, on ne s’arrête pas vraiment dessus. Moi-même, à force de temps, je commençais à m’habituer à cette femme. Sa présence se fondait dans le paysage. Mais un jour, pourtant commun à tous les autres, un léger faisceau de lumière est venu éclairer son visage, révélant une larme. Je fus émerveillée par l’image de cette larme traçant tranquillement sa route sur la joue marquée par le temps.

J’étais touchée de voir cette femme abandonnant sa force pour laisser couler sa faiblesse. Je crois bien m’être arrêtée devant elle, regardant à mon tour sans voir réellement. Parce qu’il est impossible de connaître ce que ressent une personne juste en l’observant. Impossible même de comprendre ce qu’elle avait traversé. J’ai bien essayé de deviner toute l’histoire qui se cachait derrière l’impassible visage. Elle m’avait pourtant laissé voir une partie de ses émotions, l’échappement de cette larme était comme un sillage de son passé. Il me semble qu’elle s’est aperçue que je la fixais, alors j’ai repris ma marche.

Ce jour-là, ce jour où j’ai vu l’allégorie que je me faisais de la sagesse répondre aux appels de la nostalgie, a été pour moi le commencement d’un infini questionnement sur la vie et ses raisons. Je me suis rendu compte que, plus que jamais, et comme à chaque seconde, je me rapprochais de ma mort. Était-ce d’ailleurs pour cela qu’elle avait pleuré ? Avait-elle sentie l’Ombre la frôler ? Moi aussi je la sentirai… Rien que l’idée m’enveloppait peu à peu dans un indescriptible état, comme si mon corps se fut gonflé d’un gaz lourd, trop pesant pour le fragile corps humain.

Oui, ce jour-là, je me suis sentie faible et inutile, plus encore qu’une fourmi traversant l’herbe ou que le grain de sable dans son infinité. Alors, j’ai repensé à cette phrase de Gandhi « Tout ce que vous ferez sera insignifiant, mais il est très important que vous le fassiez ». Et dans le jour chargé de signes et de vent, en cette heure merveilleusement humaine, j’ai fini par accepter la fin tragique commune à chaque être.

Cette femme a été pour moi comme un réveil, une révélation : involontairement, elle m’a émerveillée dans son simple échappement d’une larme venue s’échouer dans le matin du monde. Cette femme sur ce banc n’était-elle pas là pour me rappeler que la vie était merveilleuse ? Dans son dénuement même, dans sa pauvreté, dans son délabrement parfois ?

Un matin, me rendant au lycée, je suis passée devant le banc. Il était vide. La dame était absente. Le parc me sembla alors terne, sans goût. Malgré moi, je me suis rendue jusqu’au banc. Mon cerveau semblait déconnecté, mes jambes m’avaient guidée d’elles-mêmes, je ne savais même pas que je marchais, je ne sentais même plus mes pieds frôler la terre endormie.

Je suis donc là, assise sur le banc, et je contemple l’eau désespérément. Les larmes viennent toutes seules, sans contrôle. Mon chagrin qui tombe goutte à goutte, naturellement, involontairement, est lui-même merveilleux, merveilleusement triste, lourdement merveilleux.

Et je pense  à cette femme qui était assise là, près de l’étang du parc.
Son empreinte fugace ne réside plus qu’à travers moi, presque déjà effacée par le souffle qui emportera la mienne…

© Lucie M.
Février 2013 (mai 2013 pour la présente publication)

Crédit iconographique : Bruno Rigolt

Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les travaux des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du document cité (URL de la page).

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Concours AMOPA 2013. Lire en ligne… Aujourd'hui la contribution de Lucie : "Près de l'étang du parc"

Concours AMOPA 2013
Thème : l’émerveillement

La classe de Seconde 9 a choisi de participer au concours d’expression écrite « Défense et Illustration de la langue française », organisé par l’AMOPA (Association des Membres de l’Ordre des Palmes Académiques). Le thème choisi pour 2012-2013 était l’émerveillement. Étant donné la qualité des écrits (une élève de la classe est même lauréate du premier prix), j’ai décidé de mettre en ligne sur ce site l’ensemble des productions. Aujourd’hui, découvrez le très beau travail de Lucie. Ce texte, qui a été primé au niveau académique (premier accessit départemental), est d’une rare intensité…
Bonne lecture. BR

                  

Autres textes publiés :
– Romane G. : « Quelques miettes de sel et d’eau »
– Amélie S. (Finaliste départementale, deuxième accessit) : « Dans la nuit du monde »
– Léna G.-S. (Premier prix national) : Composition française à partir d’une citation d’Einstein

                     

Près de l’étang du parc

Par Lucie M.
Classe de Seconde 9

Chaque matin, en me rendant au lycée, je croise « la dame ». Une femme d’un âge très avancé, toujours assise sur le banc près de l’étang du parc. Chaque matin, elle contemple l’eau dans son mouvement, comme si sa vie se reflétait dans l’onde. Je la vois chaque soir aussi. Toujours au même endroit. Contemplant désespérément le vide devant elle. Je me suis souvent demandé quelle était son histoire, si elle avait toujours été seule sur ce banc…

L’image paraît banale, on ne s’arrête pas vraiment dessus. Moi-même, à force de temps, je commençais à m’habituer à cette femme. Sa présence se fondait dans le paysage. Mais un jour, pourtant commun à tous les autres, un léger faisceau de lumière est venu éclairer son visage, révélant une larme. Je fus émerveillée par l’image de cette larme traçant tranquillement sa route sur la joue marquée par le temps.

J’étais touchée de voir cette femme abandonnant sa force pour laisser couler sa faiblesse. Je crois bien m’être arrêtée devant elle, regardant à mon tour sans voir réellement. Parce qu’il est impossible de connaître ce que ressent une personne juste en l’observant. Impossible même de comprendre ce qu’elle avait traversé. J’ai bien essayé de deviner toute l’histoire qui se cachait derrière l’impassible visage. Elle m’avait pourtant laissé voir une partie de ses émotions, l’échappement de cette larme était comme un sillage de son passé. Il me semble qu’elle s’est aperçue que je la fixais, alors j’ai repris ma marche.

Ce jour-là, ce jour où j’ai vu l’allégorie que je me faisais de la sagesse répondre aux appels de la nostalgie, a été pour moi le commencement d’un infini questionnement sur la vie et ses raisons. Je me suis rendu compte que, plus que jamais, et comme à chaque seconde, je me rapprochais de ma mort. Était-ce d’ailleurs pour cela qu’elle avait pleuré ? Avait-elle sentie l’Ombre la frôler ? Moi aussi je la sentirai… Rien que l’idée m’enveloppait peu à peu dans un indescriptible état, comme si mon corps se fut gonflé d’un gaz lourd, trop pesant pour le fragile corps humain.

Oui, ce jour-là, je me suis sentie faible et inutile, plus encore qu’une fourmi traversant l’herbe ou que le grain de sable dans son infinité. Alors, j’ai repensé à cette phrase de Gandhi « Tout ce que vous ferez sera insignifiant, mais il est très important que vous le fassiez ». Et dans le jour chargé de signes et de vent, en cette heure merveilleusement humaine, j’ai fini par accepter la fin tragique commune à chaque être.

Cette femme a été pour moi comme un réveil, une révélation : involontairement, elle m’a émerveillée dans son simple échappement d’une larme venue s’échouer dans le matin du monde. Cette femme sur ce banc n’était-elle pas là pour me rappeler que la vie était merveilleuse ? Dans son dénuement même, dans sa pauvreté, dans son délabrement parfois ?

Un matin, me rendant au lycée, je suis passée devant le banc. Il était vide. La dame était absente. Le parc me sembla alors terne, sans goût. Malgré moi, je me suis rendue jusqu’au banc. Mon cerveau semblait déconnecté, mes jambes m’avaient guidée d’elles-mêmes, je ne savais même pas que je marchais, je ne sentais même plus mes pieds frôler la terre endormie.

Je suis donc là, assise sur le banc, et je contemple l’eau désespérément. Les larmes viennent toutes seules, sans contrôle. Mon chagrin qui tombe goutte à goutte, naturellement, involontairement, est lui-même merveilleux, merveilleusement triste, lourdement merveilleux.

Et je pense  à cette femme qui était assise là, près de l’étang du parc.
Son empreinte fugace ne réside plus qu’à travers moi, presque déjà effacée par le souffle qui emportera la mienne…

© Lucie M.
Février 2013 (mai 2013 pour la présente publication)

Crédit iconographique : Bruno Rigolt

Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les travaux des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du document cité (URL de la page).

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Prix de l’AMOPA 2013 : le Lycée en Forêt en tête du classement national

L’Association des Membres de l’Ordre des Palmes Académique (AMOPA) vient de décerner son prestigieux Prix d’Expression écrite « Défense et Illustration de la langue française » (Section Lycée) à l’une de mes élèves : Léna GNORRA-SONNERAT (Premier prix national ex æquo, et premier prix départemental) pour sa brillante dissertation qui portait sur le thème de l’émerveillement. Le sujet de composition française, particulièrement ardu, était le suivant : « Un homme qui n’est plus capable de s’émerveiller a pratiquement cessé de vivre ». Dans quelle mesure peut-on adhérer à ce jugement d’Albert Einstein ?

Par ailleurs, trois autres de mes élèves ont été sélectionnées au niveau académique :

  • Lucie M. (deuxième prix départemental),
  • Annaël P. (premier accessit),
  • Amélie S. (deuxième accessit).

Bravo enfin à la classe de Seconde 9 (promotion 2012-2013) pour sa remarquable implication.

Les productions écrites dans leur ensemble vont être mises en ligne sur cet Espace Pédagogique Contributif et feront l’objet d’une publication ultérieure sous forme d’un recueil qui sera consultable au CDI du Lycée.

Prix de l'AMOPA 2013 : le Lycée en Forêt en tête du classement national

L’Association des Membres de l’Ordre des Palmes Académique (AMOPA) vient de décerner son prestigieux Prix d’Expression écrite « Défense et Illustration de la langue française » (Section Lycée) à l’une de mes élèves : Léna GNORRA-SONNERAT (Premier prix national ex æquo, et premier prix départemental) pour sa brillante dissertation qui portait sur le thème de l’émerveillement. Le sujet de composition française, particulièrement ardu, était le suivant : « Un homme qui n’est plus capable de s’émerveiller a pratiquement cessé de vivre ». Dans quelle mesure peut-on adhérer à ce jugement d’Albert Einstein ?

Par ailleurs, trois autres de mes élèves ont été sélectionnées au niveau académique :

  • Lucie M. (deuxième prix départemental),
  • Annaël P. (premier accessit),
  • Amélie S. (deuxième accessit).

Bravo enfin à la classe de Seconde 9 (promotion 2012-2013) pour sa remarquable implication.

Les productions écrites dans leur ensemble vont être mises en ligne sur cet Espace Pédagogique Contributif et feront l’objet d’une publication ultérieure sous forme d’un recueil qui sera consultable au CDI du Lycée.

J’ai lu au CDI… « La Moustache » d’Emmanuel Carrère… par Romane G.

J’ai lu au CDI

La Moustache
d’Emmanuel Carrère (1986)

Folio Gallimard 2005, 182 pages.
Cote CDI : R CAR (consultez la fiche détaillée ou réservez ce document sur e-sidoc)

La Moustache ou l’art du trompe-l’œil littéraire…
Par Romane G. (classe de Seconde 9, promotion 2012-2013)

Écrivain, essayiste, réalisateur et scénariste, Emmanuel Carrère est né à Paris le 9 décembre 1957. Fils de la célèbre historienne et académicienne Hélène Carrère d’Encausse, il poursuit des études à Sciences-po puis débute comme critique de cinéma pour Positif et Télérama avant de publier un essai sur le cinéaste Werner Herzog  en 1982. Par la suite, il se consacre surtout au roman dont plusieurs seront particulièrement remarqués : ainsi, L’Amie du jaguar (1983), La Classe de neige (prix Fémina 1995) ou Limonov  (prix Renaudot 2011).

Le livre dont j’ai décidé de vous parler aujourd’hui s’intitule La Moustache. Publié en 1986, il raconte une histoire dont la situation initiale est à première vue réaliste et banale : un jour, un homme (dont on ne connaîtra jamais le prénom : il sera toujours désigné par le pronom personnel il) décide de se couper la moustache alors que sa femme Agnès ne l’a jamais connu sans. En rentrant, elle ne se rend même pas compte du changement, pas plus que le couple d’amis chez qui ils vont dîner…  Le héros croit d’abord à un « complot » de ses proches, mais très vite il finit par douter : a-t-il ou non jamais porté une moustache ? Il n’a quand même pas rêvé : preuve en est la photo de lui sur l’île de Java où il était parti avec sa femme en vacances du temps où il est certain qu’il portait alors la moustache… Mais il ne trouve pas la fameuse photo, et sa femme semble perdre la tête à son tour : non seulement elle ne se rappelle même pas de leur voyage à Java, mais encore moins de leurs amis. Elle prétend même que son beau-père est mort alors que tout prouve le contraire.

Dans cette histoire de plus en plus terrifiante, tout se contredit et se détraque ! Comme il a été très justement remarqué, « l’habileté de Carrère est dans le glissement insensible et continu qui fait passer d’un léger doute quotidien à une impression de cauchemar éveillé. Tout l’univers du personnage bascule » (Dominique Rabaté, « L’exaltation du quotidien » in Jean-Pierre Saïdah (sous la direction de), Enchantements : Mélanges offerts à Yves Vadé, page 230). Personnellement, j’ai beaucoup apprécié l’ouvrage, et je vous en recommande la lecture : la structure du récit, très brève, et le choix de la focalisation interne permettent de vivre au jour le jour avec le personnage et de partager ses propres angoisses. L’un des thèmes essentiels est en effet celui de la folie. La question ne cesse de se poser à chaque page : qui est fou ? Qui ment ? Qui dit la vérité ? Qui doit-on croire ? Plus les pages se tournent, plus l’angoisse s’intensifie et finit même par atteindre les certitudes du lecteur, qui se projette dans l’histoire, au point de s’identifier au personnage, et d’éprouver sa peur et son angoisse. Le lecteur va même jusqu’à supposer que c’est lui qui devient fou à la lecture de ce trompe-l’œil littéraire !

L’auteur oscille astucieusement entre le réalisme référentiel et banal du quotidien et l’inquiétante étrangeté du fantastique.  C’est ainsi que l’histoire se situe à Paris dans un décor bien réel, de même que le voyage en Chine, à Hong-Kong ainsi que sur l’île de Java dont les personnages semblent exister réellement. Ce monde pourrait être le nôtre ! Tout d’ailleurs est très détaillé dans le livre : le nom des rues, des endroits connus, des objets familiers sont mentionnés. Tous ces indices de vraisemblabilisation, en reproduisant le réel, le mettent plus encore à distance et renforcent d’autant plus le sentiment déstabilisant qui s’empare du lecteur. De même, bien que le point de vue interne domine, l’emploi de la troisième personne dans le discours produit un écart entre le récit et les pensées du personnage, renforçant cette impression de mythomanie, de trouble de la personnalité, de réalité qui dérape. Selon moi, tout l’art de Carrère est donc d’interroger dans ce roman troublant la notion même de réel et d’identité en faisant passer une infinité de sentiments et de perceptions à la fois, ce qui est la caractéristique du genre fantastique.

De cette œuvre, je retiendrai la mécanique presque kafkaïenne, qui déstructure complètement le réel : on passe de l’onirique d’abord puis au cauchemar ! Cela m’a fait aussi penser à La Part des ténèbres de Stephen King que j’avais lu et qui multiplie également les effets de miroir et de dédoublement (le personnage s’interroge sur la réalité du double issue de son imagination). Carrère affirmera à ce titre sa dette à l’égard de grands romanciers américains comme Richard Matheson : je vous conseille d’ailleurs de lire l’Homme qui rétrécit, histoire tout aussi terrifiante d’un homme qui disparaît progressivement aux yeux de son entourage qui lui devient inexorablement étranger et hostile…

© Romane G. Janvier 2013
Classe de Seconde 9 (Promotion 2012-2013)

Espace Pédagogique Contributif / Lycée en Forêt (Montargis, France)

Licence Creative CommonsNetÉtiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, cet article est protégé par copyright. Ils est mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le nom de l’auteur ainsi ainsi que la référence complète de l’article cité (URL de la page).

J'ai lu au CDI… "La Moustache" d'Emmanuel Carrère… par Romane G.

J’ai lu au CDI
La Moustache
d’Emmanuel Carrère (1986)

Folio Gallimard 2005, 182 pages.
Cote CDI : R CAR (consultez la fiche détaillée ou réservez ce document sur e-sidoc)

La Moustache ou l’art du trompe-l’œil littéraire…
Par Romane G. (classe de Seconde 9, promotion 2012-2013)

Écrivain, essayiste, réalisateur et scénariste, Emmanuel Carrère est né à Paris le 9 décembre 1957. Fils de la célèbre historienne et académicienne Hélène Carrère d’Encausse, il poursuit des études à Sciences-po puis débute comme critique de cinéma pour Positif et Télérama avant de publier un essai sur le cinéaste Werner Herzog  en 1982. Par la suite, il se consacre surtout au roman dont plusieurs seront particulièrement remarqués : ainsi, L’Amie du jaguar (1983), La Classe de neige (prix Fémina 1995) ou Limonov  (prix Renaudot 2011).

Le livre dont j’ai décidé de vous parler aujourd’hui s’intitule La Moustache. Publié en 1986, il raconte une histoire dont la situation initiale est à première vue réaliste et banale : un jour, un homme (dont on ne connaîtra jamais le prénom : il sera toujours désigné par le pronom personnel il) décide de se couper la moustache alors que sa femme Agnès ne l’a jamais connu sans. En rentrant, elle ne se rend même pas compte du changement, pas plus que le couple d’amis chez qui ils vont dîner…  Le héros croit d’abord à un « complot » de ses proches, mais très vite il finit par douter : a-t-il ou non jamais porté une moustache ? Il n’a quand même pas rêvé : preuve en est la photo de lui sur l’île de Java où il était parti avec sa femme en vacances du temps où il est certain qu’il portait alors la moustache… Mais il ne trouve pas la fameuse photo, et sa femme semble perdre la tête à son tour : non seulement elle ne se rappelle même pas de leur voyage à Java, mais encore moins de leurs amis. Elle prétend même que son beau-père est mort alors que tout prouve le contraire.

Dans cette histoire de plus en plus terrifiante, tout se contredit et se détraque ! Comme il a été très justement remarqué, « l’habileté de Carrère est dans le glissement insensible et continu qui fait passer d’un léger doute quotidien à une impression de cauchemar éveillé. Tout l’univers du personnage bascule » (Dominique Rabaté, « L’exaltation du quotidien » in Jean-Pierre Saïdah (sous la direction de), Enchantements : Mélanges offerts à Yves Vadé, page 230). Personnellement, j’ai beaucoup apprécié l’ouvrage, et je vous en recommande la lecture : la structure du récit, très brève, et le choix de la focalisation interne permettent de vivre au jour le jour avec le personnage et de partager ses propres angoisses. L’un des thèmes essentiels est en effet celui de la folie. La question ne cesse de se poser à chaque page : qui est fou ? Qui ment ? Qui dit la vérité ? Qui doit-on croire ? Plus les pages se tournent, plus l’angoisse s’intensifie et finit même par atteindre les certitudes du lecteur, qui se projette dans l’histoire, au point de s’identifier au personnage, et d’éprouver sa peur et son angoisse. Le lecteur va même jusqu’à supposer que c’est lui qui devient fou à la lecture de ce trompe-l’œil littéraire !

L’auteur oscille astucieusement entre le réalisme référentiel et banal du quotidien et l’inquiétante étrangeté du fantastique.  C’est ainsi que l’histoire se situe à Paris dans un décor bien réel, de même que le voyage en Chine, à Hong-Kong ainsi que sur l’île de Java dont les personnages semblent exister réellement. Ce monde pourrait être le nôtre ! Tout d’ailleurs est très détaillé dans le livre : le nom des rues, des endroits connus, des objets familiers sont mentionnés. Tous ces indices de vraisemblabilisation, en reproduisant le réel, le mettent plus encore à distance et renforcent d’autant plus le sentiment déstabilisant qui s’empare du lecteur. De même, bien que le point de vue interne domine, l’emploi de la troisième personne dans le discours produit un écart entre le récit et les pensées du personnage, renforçant cette impression de mythomanie, de trouble de la personnalité, de réalité qui dérape. Selon moi, tout l’art de Carrère est donc d’interroger dans ce roman troublant la notion même de réel et d’identité en faisant passer une infinité de sentiments et de perceptions à la fois, ce qui est la caractéristique du genre fantastique.

De cette œuvre, je retiendrai la mécanique presque kafkaïenne, qui déstructure complètement le réel : on passe de l’onirique d’abord puis au cauchemar ! Cela m’a fait aussi penser à La Part des ténèbres de Stephen King que j’avais lu et qui multiplie également les effets de miroir et de dédoublement (le personnage s’interroge sur la réalité du double issue de son imagination). Carrère affirmera à ce titre sa dette à l’égard de grands romanciers américains comme Richard Matheson : je vous conseille d’ailleurs de lire l’Homme qui rétrécit, histoire tout aussi terrifiante d’un homme qui disparaît progressivement aux yeux de son entourage qui lui devient inexorablement étranger et hostile…

© Romane G. Janvier 2013
Classe de Seconde 9 (Promotion 2012-2013)
Espace Pédagogique Contributif / Lycée en Forêt (Montargis, France)

Licence Creative CommonsNetÉtiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, cet article est protégé par copyright. Ils est mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le nom de l’auteur ainsi ainsi que la référence complète de l’article cité (URL de la page).

« J’ai lu au CDI »… La rubrique 100% élèves !

J’ai lu au CDI…

Les Armoires vides
d’Annie Ernaux (1971)

Folio Galimard 1997, 182 pages.
Cote CDI : R ERN ( consultez la fiche détaillée ou réservez ce document sur e-sidoc)

Les Armoires vides ou l’écriture comme nécessité
Par Lucie M. (classe de Seconde 9, promotion 2012-2013)

e dois vous l’avouer : il ne m’a pas été facile de pénétrer d’emblée dans l’univers déroutant d’Annie Ernaux… C’est un peu par hasard qu’au CDI mon choix s’est porté sur Les Armoires vides, premier ouvrage que la romancière publiera à 33 ans en 1974 et dont la trame narrative est parcourue du début jusqu’à la fin de données tout à la fois autobiographiques que sociologiques. De fait, ce n’est ni vraiment un roman, ni vraiment une autobiographie, ni même des Mémoires ou un journal intime que j’avais entre les mains : ce brouillage des frontières génériques m’a beaucoup troublée. Mais que je vous en dise davantage, au risque de vous paraître moi-même un peu obscure…

La page que j’ai sélectionnée me semble très représentative du reste de l’ouvrage. Proche de l’autofiction, celui-ci raconte à travers un personnage fictif, Denise Lesur, les événements qui ont bouleversé tout autant la jeunesse d’Annie Ernaux que le contexte historique et social de la France des années 70 : « l’auteure se remémore son enfance normande, partagée entre de brillantes études, et le modeste café-épicerie familial tenu par ses parents dans un faubourg d’Yvetot. À l’intersection du personnel et du collectif, « quelque part entre la littérature, la sociologie et l’histoire » comme elle l’écrira dans Une femme, la trajectoire biographique et littéraire de l’écrivaine est au cœur de ce déchirement social… » (extrait de « La citation de la semaine » : Annie Ernaux) : il faut dire qu’à l’époque, les enfants issus de milieux modestes n’accédaient que rarement aux études supérieures !

Si vous lisez l’ouvrage, vous verrez que Denise cherche toujours à marquer la différence entre elle —son intelligence, sa maturité, ses désirs d’émancipation— et ses parents cantonnés à une culture médiocre et à une vie fruste. L’ouvrage accumule à dessein les comparaisons peu flatteuses entre l’univers intellectuel auquel aspire la narratrice (son idée des « gens biens ») et les autres, les siens. Ainsi fait-elle le choix de taire sa famille : c’est comme une vengeance de sa part, comme si elle leur reprochait de l’avoir fait naître dans ce milieu social, indigne d’elle. Au cours du récit, on apprend qu’enfant, Denise ne se souciait guère de ces différences de classe, et adoptait les préjugés de ses parents. Mais les études l’amènent à une prise de distance critique. Elle se fait alors comme un devoir de « détester » les habitudes familiales et d’adopter systématiquement un parti pris de refus.

Comme le dit l’auteure dans la page que j’ai sélectionnée : « il n’y a peut-être jamais eu d’équilibre entre mes mondes. Il a bien fallu en choisir un, comme point de repère […]. Si j’avais choisi celui de mes parents, de la famille Lesur, encore pire, la moitié carburait au picrate, je n’aurais pas voulu réussir à l’école, ça ne m’aurait rien fait de vendre des patates derrière le comptoir, je n’aurais pas été à la fac. Il fallait bien haïr toute la boutique […] ». Personnellement, j’ai été parfois gênée par ce systématisme, que j’ai trouvé pour ma part un peu stéréotypé, à la limite de la crise d’adolescence : peut-on à ce point dénigrer la vie de ses parents pour justifier ses choix et légitimer une vocation ? On a l’impression que la narratrice « pour s’en sortir » doit « haïr toute la boutique, le troquet, la clientèle de minables à l’ardoise »et plus encore le système bourgeois, afin d’espérer appartenir au monde des gens cultivés et libérés, à l’opposé de toute cette humanité « médiocre ».

Au début du passage, Denise parle même de schizophrénie pour décrire son trouble. Mais n’est-ce pas une réaction bien exagérée ? Peut-on oublier ses origines, ignorer à ce point sa famille ? Certes, comme le suggère la narratrice, « je me cherche des excuses, on peut peut-être s’en sortir autrement ». Elle imagine alors le même monde, mais sans personne pour la juger : le rêve de Denise, tout à fait représentatif de la mouvance intellectuelle des années 68, c’est ne plus avoir à se démarquer, c’est supprimer tous les codes, toutes les entraves sociales. Vanité, illusion, chimère ! Elle sait au fond d’elle-même que c’est impossible : « Il n’y a que la fin du monde pour permettre ça »… La fin du monde ou la littérature ! C’est en effet l’écriture comme exutoire et comme délivrance qui s’impose dans les Armoires vides, c’est elle qui venge de la vie. L’écriture de soi devient ainsi une quête identitaire : une écriture pour soi, pour se trouver.

De cette lecture un peu déroutante, je retiendrai surtout le style d’Annie Ernaux, qui oscille sans cesse entre le réalisme social et une certaine poésie impressionniste, qui s’attache à la notation fugace, fugitive de l’instant présent : de là cette écriture rapide, presque instantanée. C’est cette « écriture de l’instant » que j’ai aimée dans les Armoires vides, et qui donne l’impression qu’Ernaux pense plus vite qu’elle n’écrit afin que le lecteur se sente presque ancré dans l’intimité du vécu. On a parfois évoqué la notion d' »écriture blanche » ou d’écriture « plate » par référence au nouveau roman à propos de l’écriture d’Annie Ernaux. Personnellement, je parlerai d’une « écriture de la nécessité », comme si l’auteure cherchait en permanence à objectiver ses choix : d’où ces phrases parfois sèches, saccadées, proches de l’oralité, et qui vous touchent d’autant plus qu’Annie Ernaux, presque vulnérable, semble s’y dévoiler entièrement…

© Lucie M. Janvier 2013
Classe de Seconde 9 (Promotion 2012-2013)

Espace Pédagogique Contributif / Lycée en Forêt (Montargis, France)

Licence Creative CommonsNetÉtiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, cet article est protégé par copyright. Ils est mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le nom de l’auteur ainsi ainsi que la référence complète de l’article cité (URL de la page).

"J'ai lu au CDI"… La rubrique 100% élèves !

J’ai lu au CDI…
Les Armoires vides
d’Annie Ernaux (1971)

Folio Galimard 1997, 182 pages.
Cote CDI : R ERN ( consultez la fiche détaillée ou réservez ce document sur e-sidoc)

Les Armoires vides ou l’écriture comme nécessité
Par Lucie M. (classe de Seconde 9, promotion 2012-2013)

e dois vous l’avouer : il ne m’a pas été facile de pénétrer d’emblée dans l’univers déroutant d’Annie Ernaux… C’est un peu par hasard qu’au CDI mon choix s’est porté sur Les Armoires vides, premier ouvrage que la romancière publiera à 33 ans en 1974 et dont la trame narrative est parcourue du début jusqu’à la fin de données tout à la fois autobiographiques que sociologiques. De fait, ce n’est ni vraiment un roman, ni vraiment une autobiographie, ni même des Mémoires ou un journal intime que j’avais entre les mains : ce brouillage des frontières génériques m’a beaucoup troublée. Mais que je vous en dise davantage, au risque de vous paraître moi-même un peu obscure…

La page que j’ai sélectionnée me semble très représentative du reste de l’ouvrage. Proche de l’autofiction, celui-ci raconte à travers un personnage fictif, Denise Lesur, les événements qui ont bouleversé tout autant la jeunesse d’Annie Ernaux que le contexte historique et social de la France des années 70 : « l’auteure se remémore son enfance normande, partagée entre de brillantes études, et le modeste café-épicerie familial tenu par ses parents dans un faubourg d’Yvetot. À l’intersection du personnel et du collectif, « quelque part entre la littérature, la sociologie et l’histoire » comme elle l’écrira dans Une femme, la trajectoire biographique et littéraire de l’écrivaine est au cœur de ce déchirement social… » (extrait de « La citation de la semaine » : Annie Ernaux) : il faut dire qu’à l’époque, les enfants issus de milieux modestes n’accédaient que rarement aux études supérieures !

Si vous lisez l’ouvrage, vous verrez que Denise cherche toujours à marquer la différence entre elle —son intelligence, sa maturité, ses désirs d’émancipation— et ses parents cantonnés à une culture médiocre et à une vie fruste. L’ouvrage accumule à dessein les comparaisons peu flatteuses entre l’univers intellectuel auquel aspire la narratrice (son idée des « gens biens ») et les autres, les siens. Ainsi fait-elle le choix de taire sa famille : c’est comme une vengeance de sa part, comme si elle leur reprochait de l’avoir fait naître dans ce milieu social, indigne d’elle. Au cours du récit, on apprend qu’enfant, Denise ne se souciait guère de ces différences de classe, et adoptait les préjugés de ses parents. Mais les études l’amènent à une prise de distance critique. Elle se fait alors comme un devoir de « détester » les habitudes familiales et d’adopter systématiquement un parti pris de refus.

Comme le dit l’auteure dans la page que j’ai sélectionnée : « il n’y a peut-être jamais eu d’équilibre entre mes mondes. Il a bien fallu en choisir un, comme point de repère […]. Si j’avais choisi celui de mes parents, de la famille Lesur, encore pire, la moitié carburait au picrate, je n’aurais pas voulu réussir à l’école, ça ne m’aurait rien fait de vendre des patates derrière le comptoir, je n’aurais pas été à la fac. Il fallait bien haïr toute la boutique […] ». Personnellement, j’ai été parfois gênée par ce systématisme, que j’ai trouvé pour ma part un peu stéréotypé, à la limite de la crise d’adolescence : peut-on à ce point dénigrer la vie de ses parents pour justifier ses choix et légitimer une vocation ? On a l’impression que la narratrice « pour s’en sortir » doit « haïr toute la boutique, le troquet, la clientèle de minables à l’ardoise »et plus encore le système bourgeois, afin d’espérer appartenir au monde des gens cultivés et libérés, à l’opposé de toute cette humanité « médiocre ».

Au début du passage, Denise parle même de schizophrénie pour décrire son trouble. Mais n’est-ce pas une réaction bien exagérée ? Peut-on oublier ses origines, ignorer à ce point sa famille ? Certes, comme le suggère la narratrice, « je me cherche des excuses, on peut peut-être s’en sortir autrement ». Elle imagine alors le même monde, mais sans personne pour la juger : le rêve de Denise, tout à fait représentatif de la mouvance intellectuelle des années 68, c’est ne plus avoir à se démarquer, c’est supprimer tous les codes, toutes les entraves sociales. Vanité, illusion, chimère ! Elle sait au fond d’elle-même que c’est impossible : « Il n’y a que la fin du monde pour permettre ça »… La fin du monde ou la littérature ! C’est en effet l’écriture comme exutoire et comme délivrance qui s’impose dans les Armoires vides, c’est elle qui venge de la vie. L’écriture de soi devient ainsi une quête identitaire : une écriture pour soi, pour se trouver.

De cette lecture un peu déroutante, je retiendrai surtout le style d’Annie Ernaux, qui oscille sans cesse entre le réalisme social et une certaine poésie impressionniste, qui s’attache à la notation fugace, fugitive de l’instant présent : de là cette écriture rapide, presque instantanée. C’est cette « écriture de l’instant » que j’ai aimée dans les Armoires vides, et qui donne l’impression qu’Ernaux pense plus vite qu’elle n’écrit afin que le lecteur se sente presque ancré dans l’intimité du vécu. On a parfois évoqué la notion d' »écriture blanche » ou d’écriture « plate » par référence au nouveau roman à propos de l’écriture d’Annie Ernaux. Personnellement, je parlerai d’une « écriture de la nécessité », comme si l’auteure cherchait en permanence à objectiver ses choix : d’où ces phrases parfois sèches, saccadées, proches de l’oralité, et qui vous touchent d’autant plus qu’Annie Ernaux, presque vulnérable, semble s’y dévoiler entièrement…

© Lucie M. Janvier 2013
Classe de Seconde 9 (Promotion 2012-2013)

Espace Pédagogique Contributif / Lycée en Forêt (Montargis, France)

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Un automne en Poésie… Saison 4… Dernière livraison

Les classes de Seconde 7 et de Seconde 9 du Lycée en Forêt
vous invitent à une exposition exceptionnelle…

Un Automne en Poésie : quatrième livraison

Les élèves de Seconde 7 et de Seconde 9 du Lycée en Forêt sont fiers de vous présenter l’édition 2012-2013 d’« Un automne en Poésie », événement désormais incontournable qui marque comme chaque année l’actualité littéraire lycéenne. Puisant leur inspiration dans le message du Romantisme et du Symbolisme (voire du Surréalisme pour les textes récemment publiés), les jeunes étudiant(e)s ont souhaité mettre en avant l’écriture poétique comme exercice de la liberté : liberté du rêve, des grands infinis ; liberté du cœur et des sentiments ; liberté aussi des jeux sur l’image et le non-dit, l’inexprimable, l’ineffable du mot…

© Bruno Rigolt/EPC décembre 2012. D’après Eugène Delacroix, « La Liberté guidant le peuple » (Musée du Louvre-Lens)

Voici la quatrième et dernière livraison de l’exposition « Un Automne en Poésie » qui a accueilli cette année les classes de Seconde 7 et de Seconde 9 du Lycée en Forêt. Un peu plus de quarante textes ont été mis en ligne. Ce travail d’écriture, qui s’est échelonné  sur un trimestre, est avant tout un témoignage littéraire de grande valeur qui montre le potentiel  créatif dont sont capables les élèves. Bravo à toutes et à tous pour le travail accompli, et merci aux nombreux lecteurs venus découvrir et admirer les manuscrits publiés.

Pour accéder à la première livraison, cliquez ici. Pour accéder à la deuxième livraison de textes, cliquez ici. Pour accéder à la troisième livraison, cliquez ici.
Bonne lecture.

NetÉtiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les poèmes des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du poème cité (URL de la page).

 

 

Dans la royauté encore incertaine de la vie

Raïssa S.
Seconde 9

Dans la royauté encore incertaine de la vie,
Je marche, loin du pouvoir centralisateur des ombres.
Les courbes du soir m’ébranlent sous la lumière effervescente du monde
Mais je vous dis que les triomphes et la vigueur de la mer innovent l’amour !

La mer qui coule dans mon corps
Ressemble à une immense inondation d’adieux.
La vie est submergée d’espérances et de silences
Mais je vous dis que notre amour est rejeté du monde tel un craquement de larmes !

L’oiseau s’envole vers la royauté encore incertaine du soir…
Enivré de colère obscure, mon cœur est rempli d’orgueil :
C’est une flamme de vent qui crie la critique virulente d’un rang social interdit
Mais je vous dis que les oiseaux arc-en-cièlent le monde !

Raïssa S.
Lycée en Forêt (Montargis, France), novembre 2012

« L’oiseau s’envole vers la royauté encore incertaine du soir… »

Crédit iconographique : © Bruno Rigolt

          

           

Trois haïkus…

Amélie S.
Seconde 9

Être heureux comme la grandeur de l’océan…

La plaine de mon cœur est un ensemble d’horizons d’où fleurissait le soir.

Amélie S.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

Découvrez un autre texte d’Amélie : « Et de clarté indéfinissable« 

Variations mathématiques

Paul B.
Seconde 9

Pour certains, le diamètre de l’amour
Est incommensurable.
Mais je l’ai mesuré.

Pour d’autres, la vie serait constituée de segments
Et de droites arrondies prêtes à s’envoler.
Mais je les ai retenues

Dans mes mains avec des courbes sans problèmes,
Avec des additions, et des antithèses, et la vie
Qui élevait parfois ton nom au résultat décimal !

Paul B.
Lycée en Forêt (Montargis, France), décembre 2012

« La vie serait constituée de segments et de droites arrondies prêtes à s’envoler.
Mais je les ai retenues ! »


        

 

D’un trait de fusain

Coralie M.
Seconde 7

D’un trait de fusain, je te fais revivre
Et mes pensées fusent assez
Pour que quelques esquisses suffisent
Pour tenir ta main.

J’ai plongé dans le bleu camaïeu
De tes yeux.
Il m’est impossible de remonter à la surface
De ces eaux profondes

Qui recouvrent mon visage
Aux couleurs de sourire
Quand je marche
Sur tes lignes !

La nostalgie de tes paroles
De faible vent
Ressurgit de mon âme
Et je ne peux retenir la seule larme

Qui t’était destinée…
J’ai marché sur cette route jusqu’à l’intersection :
Tu m’as donné la main,
Mon cœur appartenait au tien…

Coralie M.
Lycée en Forêt (Montargis, France), novembre 2012

« Tu m’as donné la main, Mon cœur appartenait au tien… »

Joan Miro, « Dancer », 1925 (détail). Musée Sammlung Rosengart, Lucerne, Suisse

 

J’ai caressé la rivière…

Ludovic M.
Seconde 9

Une histoire brûle en chaque être
Une histoire de violence : les guerres
Sèment toujours leurs cendres
Elles étouffent la descendance…
Dans le temps rempli d’espace
J’ai caressé la rivière
Qui s’écoule éternellement
Sur le flanc de l’existence
Au-delà des barrages sans lendemains…

Ludovic M.
Lycée en Forêt (Montargis, France), novembre 2012


« J’ai caressé la rivière qui s’écoule éternellement s
ur le flanc de l’existence… »

Crédit photographique : © Bruno Rigolt

       

La fin de l’Inconnu

Siméon D.
Seconde 9

Le galop léger de la mer
Est comme l’envol d’un oiseau libre
Fuyant ce monde à ride
Qui ne meurt que pour la guerre.

Ainsi va mon âme fuyante
Pareille à l’oiseau qui veut quitter ce monde
Sans entente que je ne peux changer
Avec des mots.

Mon âme est un jardin de givre
Qui ne peut résister aux assauts
De l’amer. Je me laisse envahir
Par ce monde insensible aux mots.

Mon cœur s’en est allé aux frissons
Du soir comme dans un fleuve emporté.
Mon cœur inconnu, mon cœur n’en peut plus
De suivre ces routes closes aux pavés de silence.

« Le galop léger de la mer est comme l’envol d’un oiseau libre… »

Crédit iconographique : Bruno Rigolt

         

       

L’Envol

Nathanaël A.
Seconde 9

Élevée au-dessus du bonheur,
La plaine sans fin du ciel
Est un océan de liberté
Envahi par le vol gracieux
Des oiseaux.

Les nuages se laissaient porter
Par le vent : enveloppements de ciel
Par les obscurs délices
De la nuit qui se confondait
Avec le jour.

Le vent rejoignait
Le soleil. La lune avait pris
Lentement la place des matins d’hier
Qui tombaient entre les doigts
De l’horizon…

Nathanaël A.
Lycée en Forêt (Montargis, France), novembre 2012

« La lune avait pris lentement la place des matins d’hier… »

–         

          

Peut-être un jour…

Arnault C.
Seconde 7

Peut-être un jour la nuit se manifestera :
Un combat étoilé entre le soleil et la mer
Dans les registres taudifiés de la vie.

Peut-être un jour le monde émettra
Un langage astronomique :
Un appel tutorial autonome de légende et de vent,

L’étranger journalier luttant pour la Liberté.
Je désire le renouvellement épique
D’une extase agressive :

Manifestation presque incontrôlable,
Bataille sanguinaire applaudie
Par la mort de la mort.

Peut-être un jour l’obscurité
D’une autre année primitive
S’éteindra.

La version d’une histoire sans sens
Disparaîtra.  À l’amour du danger je m’adresse :
L’air court et l’homme vole !

Arnault C.
Lycée en Forêt (Montargis, France), décembre 2012

      

                 

Les Ombres de la vie

Éva C.
Seconde 7

Dans la neige sur les éternels toits
J’ai vu la douceur du feu, l’amour de la noirceur,
J’ai vu la colombe du malheur et du désespoir
Qui souriait.
J’ai vu la guerre de la joie triste,
Et la lumière des ténèbres
Qui brillait de mille feux parmi le désert de la vie.
J’ai vu la joie qui saluait la mort :
La mort blanche d’amour défiant la vie de l’ombre…

Éva C.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

« J’ai vu la joie qui saluait la mort : La mort blanche d’amour défiant la vie de l’ombre… »

Charles-François Daubigny (1817-1878), « La neige », 1873. Huile sur toile. Paris, Musée d’Orsay
© RMN-Grand Palais / Hervé Lewandowski

             

             

À la Dérive

Flore D.
Seconde 7

Seule dans le vertige du néant,
Le cœur lourd comme une ancre emportée
Par une vague de sanglots,
La marée haute me surprend.
Les lanternes du départ éclairent mon exil
J’aperçois l’horizon qui éloigne au loin
Le souvenir de tes yeux
Parti vers d’autres lieux
Que le rivage de mes yeux…

Flore D.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

 « Le cœur lourd comme une ancre emportée
Par une vague de sanglots… »

Crédit photographique : © Bruno Rigolt

             

                    

Vers de nouveaux verticaux
Fantaisie surréaliste
— I —

Larouci U.
Seconde 9

Tête vide pleine d’hélium,
Toujours dans les airs telle une montgolfière qui rêve
Partagée entre idéal et réalité, élevée par l’imaginaire
Vers de nouveaux verticaux, des nuages en marshmallow :
Tête harmonieuse qui écoute  le bourdonnement des vents,
Les pleurs des nuages.

Il observe les oiseaux aventuriers
Honorant les cieux impénétrables.
Il sursaute devant les hurlements étincelants
D’énormes manteaux noirs d’amertume.
Soudain, tête apeurée se siffone
Car aiguille épineuse l’a fatalement percée,

Tête horrifiée chute
Éclatant les gourmandises nuageuses.
Tête petite à travers
Les immensités noires tourmentées
Crie, pleure, hurle
Devant les gromellements mouillés, statiques

Tête en l’air appelle à l’aide les aigles royaux, impuissants.
Bientôt tête sereine
N’attend que l’Inévitable,
Bercée par la brutale sérénade du vent
Illuminée par le doux sourire d’Hélios…
Boum ! Tête devient crêpe.

Larouci U.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012


« Vers de nouveaux verticaux, des nuages en marshmallow… »

Crédit photographique : © Bruno Rigolt

                 

                  

Les larmes aussi d’un chevalier de sang
Fantaisie surréaliste
— II —

Larouci U.
Seconde 9

Vêtue de lueurs miroiresquement bleues,
Consumée par la rouge lumière portée à la main,
Droite et fière comme un buste : instrument de Lueur à la hanche
Inspirant méfiance et terreur. Légion de lueur face à la Forêt sombre,
Brumeuse et mystérieuse telle un traître voleur encapuchonné.

Lueur déglutie, transpirant de stress, arme agitée, torche sereine.
Coup d’œil à sinistra puis à dextram contre la panique poignante de minuit.
Lueur inspirant de peur ; expirant de rassurance, pleine de courage.
Légion orchestrant un tintement de lames écarlates contre les courses tambourines
Et les rugissements tromboneux murmurés à travers bois.

Entre les troncs, fourmillaient par milliers des soldats verdâtres et la Légion
Hurlait la charge et sa recherche de gloire. Parmi elle, frère de Lueur, un déferlement
De gouttelettes rougeoyantes, ensemble d’une vague tempétueuse
Qui mit le feu aux herbes. Lueur vaillante contemplant dans le gros globe oculaire
Des peaux vertes : le reflet d’un monstre en armure venant des flammes.

Incendie de clairière inondée d’eau d’être vivant. Nuit d’apocalypse : éternelle Nuit.
Enveloppes charnelles putréfiées en fumée par les flammes destructrices.
Refrain répétitivement cruel de la nuit : Légion mourante. À l’aube,
Lueur d’un regard vide qui voit les cadavres de la colère, ses frères de lueur
Tombés dans les bras de la Mort sur le champ de ferrailles.

Porteur se défait de Lueur, immaculée de sang qui rejoint le Ciel.
La pluie chute, le feu se tait.
Porteur s’agenouille seul sur la clairière troublée.
Le jour ruisselle et les larmes aussi
D’un chevalier de sang.

« Incendie de clairière inondée d’eau d’être vivant. Nuit d’apocalypse : éternelle Nuit. »

Image tirée du jeu Blood Knights®. Tous droits réservés.

Larouci U.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

                 

                        

Comme un doux rêve mélancolique

Lisa P.
Seconde 7

Le destin est une piqûre d’abeille
Pareille au rouge du sang ou de l’arc-en-ciel.
En plein cœur elle prend sa place
Dans le regard bleu du jour qui trépasse.
Survient une brûlure comme un hommage
À l’horizon qui s’éteint
Dans l’ombre descendue de la vie.

Le destin est une piqûre d’abeille,
Fleur d’une réalité qui s’éveille
Au parfum magnifique de l’amour
Comme un doux rêve mélancolique,
Comme peint sur des souvenirs lointains
Qui rêvaient d’exister
Au fond des nuits de particulière passion.

Lisa P.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

« Survient une brûlure comme un hommage à l’horizon qui s’éteint
Dans l’ombre descendue de la vie… »

Création originale d’après Pierre Puvis de Chavannes « Le Rêve » (1883). Paris, Musée d’Orsay.

La numérisation des textes de la quatrième livraison est terminée.
Pour des raisons techniques, certains manuscrits seront publiés ultérieurement.

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Licence Creative Commons

Crédit iconographique : © Bruno Rigolt sauf mention contraire.

Un automne en Poésie… Saison 4… Troisième livraison

Les classes de Seconde 7 et de Seconde 9 du Lycée en Forêt
vous invitent à une exposition exceptionnelle…

Un Automne en Poésie : troisième livraison
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Les élèves de Seconde 7 et de Seconde 9 du Lycée en Forêt sont fiers de vous présenter l’édition 2012-2013 d’« Un automne en Poésie », événement désormais incontournable qui marque comme chaque année l’actualité littéraire lycéenne. Puisant leur inspiration dans le message du Romantisme et du Symbolisme, les jeunes étudiant(e)s ont souhaité mettre en avant l’écriture poétique comme exercice de la liberté : liberté du rêve, des grands infinis ; liberté du cœur et des sentiments ; liberté aussi des jeux sur l’image et le non-dit, l’inexprimable, l’ineffable du mot…

Voici la troisième livraison.
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Bonne lecture.

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Et toi, mon poème…

Nicolas Q.
Seconde 7

Toi pâle rêve
Maquillé de pourpre et de vent
Aussi petit qu’un morceau de lune
Quand la nuit se tâche les ailes…

Et toi, mon poème,
Tu es un secret aussi friable
Que le diamant
Qui se brise dans un cri étoilé.

Tu marchais tel un faune
Dans les vapeurs d’un songe orgueilleux
Pour disparaître
Sur une étoile filante. 

Nicolas Q.
Lycée en Forêt (Montargis, France), novembre 2012

« Et toi, mon poème, tu es un secret aussi friable que le diamant qui se brise dans un cri étoilé… »

Vincent Van Gogh, « La Nuit étoilée », 1889. New York, Museum of Modern Art.

             

              

Foule de solitude

Johanna B.
Seconde 7

Observez le reflet du soleil couchant :
C’est une eau d’un bleu profond,
C’est le reflet d’une catastrophe inexplicable,
Illogique, contradictoire 

Avec les profondeurs festives de la vie.
Le rayonnement du soleil
Semblait être rejeté sur le pavé
Envahi de futilité et d’amertume.

J’aperçus une foule de solitude
Puis le trébuchement d’un souvenir
Aussi léger que cruel, et des flocons de neige noire
Qui tombaient du ciel de tes yeux…

Johanna B.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

           

                  

Dans un dernier envol

Marie C. et Clémantine D.
Seconde 9

Crépuscule fuyant dans la nuit noire aveuglante,
Ciel bleu de tristesse sous la lune
Éclairant tous les chemins de mélancolie de la vie.

Rose de l’amour, fleur de bonheur
Au cœur bleu scintillant de désir et d’épines.
Fleur faisant fuir le désespoir de la lune !

Le soleil levant éclaire le monde de ses rayons et de ses sentiments !

La magie de ce moment envoute mon esprit d’euphorie
Et me fait voyager dans le ciel du souvenir.
L’oiseau de la vie m’emmène loin de mon pays :

Vers l’ailleurs, lumière infinie !
L’onde de l’espoir vole au-dessus du monde.
Mon esprit vagabond voyage loin parmi l’étoile !

La métaphore de la vérité traverse la nuit dans un dernier envol !

Marie C. et Clémantine D.
Lycée en Forêt (Montargis, France), novembre 2012

« La métaphore de la vérité traverse la nuit dans un dernier envol ! »

Marc Chagall, « Le Songe de Jacob », 1960-1966 (détail). Nice, Musée national Marc Chagall.

Pauvre comme une feuille

Lucie M.
Seconde 9

Au crépuscule de son jour,
Un homme.
Dans la maison vide de son cœur,
Son empire déchiré.

Dans le couloir de mes sentiments,
Ses espoirs brûlants
Expirant la solitude :
Bientôt il meurt :

Pauvre comme une feuille
Quittant l’arbre.
En ouvrant ma fenêtre j’aperçus
L’ombre de son cœur dans l’obscurité lumineuse

À terre, cet homme qui se confondait
Avec la poussière…
Dans la chambre de mon âme,
Il pleure encore !

Lucie M.
Lycée en Forêt (Montargis, France), novembre 2012

D’après Roy Lichtenstein, « Drowning Girl », 1963

                    

                 

Vers les ports de solitude

Sophie B.
Seconde 9

 

Au loin apparaît le bateau étoilé,
Autrefois si vivant
Se préparant à revenir
Vers les ports de solitude.

Jadis voguait une embarcation ailée
Qui voyageait vers l’espace infini
Du ciel délimité
Tel un rivage.

Et ce bateau est pareil
À l’envol de la mer :
Abandonné des mouettes immobiles,
Partant vers un nouveau départ.

Sophie B.
Lycée en Forêt (Montargis, France), novembre 2012

François Bensa (Nice 1811-1895), « Le quartier du Lazaret avec la Réserve » (détail). Nice, Villa Masséna.

 

 

–         

 

Enchantement

Émile C.
Seconde 7

Dans un bruit silencieux de la détresse des rêves peaufinés,
Les heures défilent,

Envahies par un désert d’évasion désertique,
Saturées d’une large étendue de pensée :

Le symbole du repos se révèle enfin !
Voici l’heure où la nuit divinatrice pleine d’ailleurs et de liberté

Réclame l’assassinat des limites tant repoussées !
Voici l’horizon effacé de toutes pistes !

Ô mon cœur, prolonge ces doux sanglots de sommeil alterné
Dans le mirage du soir tant désiré…

Émile C.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

              

          

Dans le soir qui mène vers l’au-delà…

Quentin L. Julien R. Andéol É.
Seconde 7

Ton regard bleu me transporte
Vers les abysses du livre sans fin de la mer !
La mélodie des vagues portées par le sourire du monde
Éclaire nos cœurs.
L’ombre de ton âme hante mes pensées :
Tu sembles sirène sous les vagues ondulantes
De tes cheveux.

La voix de la mer chuchote devant ta voix.
Et dans le soir qui mène vers l’au-delà,
J’écoutais le sable fin caresser ton cœur,
Je voyais le scintillement d’une vague azuréenne
Refermer le livre aquatique de l’amour,
Couleur de silence
Et de lumière !

Quentin L. Julien R. Andéol É.
Lycée en Forêt (Montargis, France), novembre 2012

« Ton regard bleu me transporte
Vers les abysses du livre sans fin de la mer ! »

            

 

Dans les limbes de tes cheveux

Théophile M.
Seconde 9

Une sensation de liberté m’envahit quand je te vois,
Comme un espoir rempli d’inaccompli.
Ton seul sourire est suivi d’un abîme épanoui,
Et tes yeux, tes yeux me font tourbillonner
Dans un enfer de bonheurs diaphanes.

Un jardin de pureté
Et des îlots de vide devant ta beauté
Flottent dans mon cœur. Un paradis s’est perdu
Dans les limbes de tes cheveux
Où murmurait le soir…

Théophile M.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

             

               

Haïkus de nature et d’amitié
俳句

Annaël P.
Seconde 9

— I —

Joie éclatante
Comme un soleil levant
De gaieté fleurissante
Entre le bleu et le vent.
Un cri de triomphe
Jailli des fleurs fanées,
Des joncs flétris,
Fantômes du passé…

— II —

Le temps se refait
Le soleil est une épée qui coupe le malheur
Et perce les nuages
Partis vers l’immensité transparente
De la vie…

Annaël P.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

                                 

          

Requiem

Diane P.
Seconde 9

La mort à la silencieuse conscience
Perce de sa faucheuse le chahut du crépuscule,
Elle avance dans la chaleur du soir
Pâlement éclairée de la lumière du couchant.

Banni du paradis, son regard est un fleuve entre mes mains
Pareil à celui d’une fausse symphonie :
Légitime considération d’une ignorance qui empêcherait
Son cœur de rejoindre l’absolue sérénité de l’irrémédiable !

Son souffle éphémère s’est brisé sur les bords de l’horizon
À peine visible, emprisonné entre terre et ciel
À la façon d’une ombre éclatante, poison de son âme
Quand la vie se confond avec la fin !

Mélomane emprisonné dans la cellule de son esprit
Traînant la chaîne d’une assommante cacophonie
Comme l’espérance prisonnière de la peur despotique
Tuant sa solitude dans la désharmonie du silence !

L’envie de renaître illumine son cœur
Battant au rythme d’une intenable musique
Défiant la faible hérésie qui l’accable,
Faisant pleurer son doux talent dans un mélodieux cauchemar…

Diane P.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

« Traînant la chaîne d’une assomante cacophonie… »

Odilon Redon (1840-1916), « Puis je vis un ange descendre du ciel, ayant en main la clé de l’abîme ainsi qu’une énorme chaîne »
Planche VIII de l’album Apocalypse de saint Jean. Lithographie à l’encre de Chine, 1899. New York, Museum of Modern Art

             

                  

Linceul d’été

Yanis G.
Seconde 9

De ses yeux, le soleil  fixe les grilles
Qui mènent au jardin d’été.
Maintenant la soif du temps brille
Et décharne les aubes hivernales
Sous des myriades d’obscurités.

Alors que son bras lâche l’arme,
Fanent de boréales mers
De cristal et de larmes.
La syncope du temps ainsi fige
Un doux ruisseau indécis de sang.

Yanis G.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

       

              

             

Par un coucher de soleil d’encre

Mélanie T. et Thaïs T.
Seconde 7

La nuit vagabonde
Me fait penser au voleur de feu
Qui sombre dans l’étendue des temps perdus
Où jaillissait la tristesse de l’onde.

L’ombre du nuage associable
Rayonne ! Flamme incandescente
Rêvant encore de son amour passé
Qui la hante de doux regrets aux couleurs de murmures

Solitaire, je partirai parmi les tristes ciels
Comme une âme errante
Si tendre et si frêle entre les bras du soir
Par un coucher de soleil d’encre…

Mélanie T. et Thaïs T.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012


« Si tendre et si frêle entre les bras du soir
Par un coucher de soleil d’encre… »

Composition originale d’après « La grande famille » de René Magritte, huile sur toile, 1947.

             

La numérisation des textes de la deuxième livraison est presque terminée.
Prochaine livraison : dimanche 16 décembre 2012.
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Licence Creative Commons

Crédit iconographique : © Bruno Rigolt sauf mention contraire.

Un Automne en Poésie, Saison 4… Deuxième livraison

Les classes de Seconde 7 et de Seconde 9 du Lycée en Forêt
vous invitent à une exposition exceptionnelle…

Un Automne en Poésie : deuxième livraison
Pour accéder à la première livraison de textes, cliquez ici.

Le Lycée en Forêt s’affiche à Paris !
(Ben quoi ? C’est la vérité, non ? Crédit iconographique : © Bruno Rigolt, 2012)

Les élèves de Seconde 7 et de Seconde 9 du Lycée en Forêt sont fiers de vous présenter l’édition 2012-2013 d’« Un automne en Poésie », événement désormais incontournable qui marque comme chaque année l’actualité littéraire lycéenne. Puisant leur inspiration dans le message du Romantisme et du Symbolisme, les jeunes étudiant(e)s ont souhaité mettre en avant l’écriture poétique comme exercice de la liberté : liberté du rêve, des grands infinis ; liberté du cœur et des sentiments ; liberté aussi des jeux sur l’image et le non-dit, l’inexprimable, l’ineffable du mot…

Voici la deuxième livraison. Pour accéder à la première livraison, cliquez ici. Bonne lecture.

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Pensée intruse

Kadietou F.
Seconde 7

Une brutale absence de raison
Résonnant aussi fort que dans une chanson
Me conduisit vers l’interrogation ineffable

Et paradoxale dissidence.
Ces obsessions ténébreuses couleur saphir et silence
Avides de sentiments qui perturbaient mon cœur
Me menèrent les yeux bandés

En d’étranges adieux fanés :
Pensée intruse qui éclaire un instant
Tous les chemins du temps.

Scintillant de larmes rouges, le reste de mon âme
Se remémora l’amertume de la vie
Et réchauffa en les brûlant
De quelques gouttes de fleurs et de peines

Mes yeux bleus de blessures
Peuplées de mystères et de pensées brisées
Où sommeillait la laideur du monde.

Kadietou F.
Lycée en Forêt (Montargis, France), novembre 2012

« Le reste de mon âme scintillant de larmes rouges / Se remémora l’amertume de la vie… »

Crédit iconographique : © Bruno Rigolt, 2012

                

             

Et de clarté indéfinissable

Amélie S.
Seconde 9

Le secret est un étourdissement de pensée,
La vie, un univers de murmures
Et de rêves s’épanouissant
De lumière incontournable.

Le bonheur ressemble à un croisement
De vent oublié
Entraînant le brouillard de l’âme
Vers sa bien-aimée.

Une larme rompit le sourire de mon cœur
Je vis une perle qui composait l’étrange façade de l’eau
Comme un parfum de soleil
Semblant loin de la vie…

Amélie S.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

« Je vis une perle… Comme un parfum de soleil / Semblant loin de la vie… »

Crédit iconographique : composition d’après René Magritte : « Poison » (1949)

                  

                  

L . A . R . M. E . S

Océane De A.
Seconde 7

Si les larmes racontaient une histoire
Elle viendrait des souvenirs
Désignant le bateau voguant ivre
Par la recherche de déconstruire

Comme tu me l’as souvent fait dire
Elles nous font réagir
Et même si elles nous rendent fébriles
Avec éclat, illuminent les rives…

Là-haut, elles parleraient de nous
De nos états d’âme, arriveraient
Par centaines, nous brûleraient les joues
Comme un fardeau de mauvais inconnu !

Toi, tu sais aujourd’hui que je les ai connues
Et quand elles dérivent, ne s’arrêtent plus
J’ai bien tenté des les cacher
Sous des simulacres de sourire pour mieux te désarmer

Moi qui n’ai jamais voulu les sentir
Sur ma joue, non jamais !
Et toi qui m’avais promis
Tu as menti ! Tu es parti !

Alors je les laisse couler
Et elles heureuses, partent vers d’autres rivages
Certaines marcheront jusqu’à la bordure
De mes cils. D’autres finiront vers les îles de mon cœur.

Et la vague m’envahit
Et je compte mes larmes :
Pauvres elles seront, pauvres je les aimerai
Jusque dans le partir…

Océane De A.
Lycée en Forêt (Montargis, France), novembre 2012

« Certaines marcheront jusqu’à la bordure de mes cils. D’autres finiront vers les îles de mon cœur… »

Photomontage d’après Man Ray « Tears », 1933

Retour vers Tanger

Rayane F.
Seconde 9

Le vent de la mer respirait en caressant mes cheveux
À l’instar de ces traversiers blancs
Qui blessaient les vagues dans leur danse
Le plancher du ferry craquait ses larmes bleues sous mes pas
Et le quai du port croustillait dans le soir.

C’était l’évasion au bled des mers vieilles
De pollution pétrolifère aussi abondante que sonore
C’était le littoral plein d’amour néanmoins célibataire
En même temps que j’écoutais
Le chant amer des mouettes sur le port de Tanger

Des beignets bien gras naviguaient dans mon cœur,
Des parasols camouflaient la joie du soleil
La foule écrasait le sable qui transpirait de douleur
C’étaient les reflets d’ailleurs poignardé par une atmosphère industrielle
Qui accueillait dans ses bras ouverts de vagabondes vagues rouillées…

Rayane F.
Lycée en Forêt (Montargis, France), novembre 2012

« … j’écoutais le chant amer des mouettes sur le port de Tanger… »

                   

         

Aube Finale

Anouk M.
Seconde 9

Le murmure d’un cri lointain s’est levé
Sur les hauts monts soufflés
Par les chemins bossus.
C’était l’heure où les près verts de lumière
Dansaient au soleil.

Au loin, d’autres montagnes
Grises des flammes de leurs entrailles blessées
Prenaient conscience
De ces rumeurs d’orage, vieilles et noires
Que les hommes appellent la guerre.

Les filaments du savoir se perdaient
Dans la noire incompréhension.
Loin de connaître les sciences,
La raison dispersée
Par les mortes respirations d’un alizé indistinct

Mettait en transe des torrents
De querelles et de sang,
Le miroir de la mort jetée sur les rivages,
Attaquait de sa pointe assassine
Les hommes torturés sans destin ni âge

Il avait bien fallu que les petits orphelins de la guerre,
Voient la vanité et la colère
Jeter leurs roches informes
Sur les routes célestes
Aux frissons de soleil…

Anouk M.
Lycée en Forêt (Montargis, France), novembre 2012

« Le miroir de la mort… attaquait de sa pointe assassine Les hommes torturés sans destin ni âge… »

Crédit iconographique : Marcel Gromaire, « La Guerre », 1925, huile sur toile
© Musée d’art moderne de la Ville de Paris / Roger-Viollet

 –

Sous le chagrin d’un oiseau abandonné

Laura M.
Seconde 7

Toi à qui j’ai donné mon cœur endormi,
Tu étais ma seule passion éveillée,
Mon seul amour éphémère.
Ton absence m’enveloppe
Telle une immense île déserte

Et ton insensibilité m’a laissée
Sous le chagrin d’un oiseau abandonné.
Les profondes blessures resurgissent,
Comme un grand champ de roses
Mêlées d’épines,

Sous l’impression d’un froid glacial.
Ce sentiment de liberté
E
st pareil à ces vagues dépeuplées
Pleurant vers les rochers,
Sous les couleurs du sang bleuté de la mer.

Le jour m’habille d’une vaste peine,
Devant l’horizon rempli de rivages et de plaines,
Et les douces neiges d’antan
Me bercent d’une plénitude légère
Sous les lueurs amères du couchant…

Laura M.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

« Et ton insensibilité m’a laissée / Sous le chagrin d’un oiseau abandonné… »

Crédit iconographique : Bruno Rigolt

                               

                                            

L’Insoupçonnable Soupçon

Léna G.-S.
Seconde 9

Ce que l’on ressent quand on est triste
Est une vaste plaine de nostalgie,
Une avalanche de sentiments désunis,
Un torrent de solitude.

Absence torturante telle l’amont d’un fleuve
Rappelant l’immense delta de l’oubli,
Le déni d’une vie,
Un mensonge caché dans l’océan des pleurs d’un secret.

Ce que l’on ressent quand on est triste
Est un cœur entravé de sentiments
Un corps brûlant torturé
Se pliant comme arbre blessé sous le vent

Insouciante équation de larmes,
Superposition de l’attente de l’heure
De l’ivresse nouvelle
D’une joie qui n’est pas encore connue.

Ce que l’on ressent quand on est triste
Est pareil au cachemire enivrant
Du sommeil insomniaque :
C’est un chagrin perpétuel posé sur la vie.

De la plume du monde à celle de Brinks,
Voici l’insoupçonnable soupçon de la plainte
Médiatrice des sentiments heureux
Comme une naissance nouvelle…

Léna G.-S.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

« Ce que l’on ressent quand on est triste / Est pareil au cachemire enivrant
D’un sommeil insomniaque… »

Rembrandt, « Jeune femme endormie », 1654. Lavis brun, British Museum (Londres). Cliché personnel.

                      

                             

Mon cœur ce soir…

Manon G.
Seconde 9

Le vert de vos yeux est la preuve que je tiens à toi.
Mon manque de vous éphémère mon cœur de jour en jour.

Ton regard chaud d’été créait en moi un arc-en-ciel
De fleurs frémissant de s’unir
Aux pétales tombant de la vie.

Retournons à notre rencontre :
Un an auparavant, un an en arrière…
Je vois les jours défiler sans toi à mes côtés

Et mon cœur, mon cœur ce soir
Est plein de papillons d’hiver.

Manon G.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

« Mon cœur ce soir est plein de papillons d’hiver… »

           –          

              –          

De flamme et de nacre

Yanissa D.
Seconde 7

De cette femme errant
Dans cet espace vide,
Je ne vis que le paradis lumineux
De ses yeux : flammes renversées
Rejetant de sombres lueurs ;
Passion si claire et si pure,
Vitrail où dormaient des larmes
Parmi l’azur.

Ses yeux comme un tourbillon
De drames orageux,
Comme un flacon épouvantable
De doux parfums de fleur,
De flamme et de nacre
Que le couchant éclaire…
Les yeux de cette femme, ces yeux errants
Dans cet espace vide…

Yanissa D.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012


« Les yeux de cette femme, ces yeux errants / Dans cet espace vide… »

Crédit iconographique : © Bruno Rigolt, novembre 2012

                  

                 

Présence de ton absence

Marion C.
Seconde 9

Mes pensées permanentes sincères
Ont brûlé au soleil.
Égaré de souffrance, mon cœur perdu
A retourné le sablier de ton absence.

Les étoiles de mes yeux s’éclairent
De larmes légères.
Quand je vois l’éclat de ton sourire,
Il pleure en ma vie une chanson de soir et d’exil.

Quand je pense à toi,
L’océan de mes yeux submerge mes paupières
Tes bras étaient un nuage de douceur,
L’âme de ma présence,

Les étoiles de mes yeux s’éteignent
De lourds vêtements de silence
Il pleure en ma vie une chanson de souvenirs
Partis très loin, de l’autre côté de la vie…

Marion C.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

« Il pleure en ma vie une chanson de souvenirs / Partis très loin, de l’autre côté de la vie… »

                        

                  

La numérisation des textes de la deuxième livraison est terminée.
Prochaine livraison : mercredi 5 décembre 2012.
Pour voir les textes de la première livraison, cliquez ici.

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Licence Creative Commons

 Crédit iconographique : © Bruno Rigolt sauf mention contraire.

Un Automne en Poésie, Saison 4… Première livraison

Les classes de Seconde 7 et de Seconde 9 du Lycée en Forêt
Vous invitent à une exposition exceptionnelle…

Les élèves de Seconde 7 et de Seconde 9 du Lycée en Forêt sont fiers de vous présenter l’édition 2012-2013 d’« Un automne en Poésie », événement désormais incontournable qui marque comme chaque année l’actualité littéraire lycéenne. Puisant leur inspiration dans le message du Romantisme et du Symbolisme, les jeunes étudiant(e)s ont souhaité mettre en avant l’écriture poétique comme exercice de la liberté : liberté du rêve, des grands infinis ; liberté du cœur et des sentiments ; liberté aussi des jeux sur l’image et le non-dit, l’inexprimable, l’ineffable du mot…

Voici la première livraison. Chaque semaine, une dizaine de textes environ seront publiés dans cet Espace pédagogique. Bonne lecture.

NetÉtiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les poèmes des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du poème cité (URL de la page).

           

Ton silence est un bruissement d’ailes

Caroline B.
Seconde 9

Comme la voie lactée d’ineffables larmes
La vague submerge le sable
Ma voix est mélancolique
Depuis que tu es parti

Tu émerveillais mes horizons
D’écume et d’onde et de vent
Tes yeux avaient le reflet
Des diamants du couchant

Ton cœur aux lèvres closes, à l’affût de rosée
Était plein de tendresses et d’ailleurs
Qui dansaient au son du jour
Et des violons de la mer

Tu possédais la sagesse sans philosophie
Ton silence est une vaste galaxie
D’aube et de peine
Ton sourire a posé de la joie dans ma vie

La nuit est infinie comme le matin qui s’éveille
Mon poème a suivi tous les chemins de ton nom
Ton silence est un bruissement d’ailes
Comme un oiseau qui chante…

Caroline B.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

« Ton silence est un bruissement d’ailes… »

  

    

À la lumière du vent

Valentine S.
Seconde 9

L’Amour est le silence d’un promeneur solitaire,
La beauté d’une rose traversée de larmes d’océans
Magnifique de ténèbres à la lumière
 du vent
Fontaine de regrets, d’ombre et de soleil
Murmure d’un philosophe inexistant.

L’Amour est immense désert chaud
Tel une fleur peuplée de jardins
Il est la confession anonyme d’un jour qui fut hier,
Comme un souvenir marquant hâté de vivre
Et de croire à l’illusion des larmes éloquentes.

Valentine S.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

« L’Amour… Tel une fleur peuplée de jardins… »

Photomontage à partir d’une aquarelle de Pierre-Joseph Redouté (« Les roses« )

                     

L’Enfant

Nathan F.
Seconde 9

Avec sa peine qu’il écrivait en lettres de sang
Dans la nuit close sans sourire et sans joie
L’enfant exprimait sa douce terreur :
L’imagination des flots d’écume noirs
Le laissa s’échapper dans son désir frénétique,

Dans son monde éclairé d’obscurité
Il rencontra des horizons glacés qui lui dirent bonjour
Et des secrets fermés lui tendirent les mains.
L’aura mélancolique qui rayonnait de ses écrits
Semblait grande ouverte dans l’ombre des jours.

Des ondes douloureuses libéraient leur parole satirique
Sur le visage de l’enfant  parti vers la pluie qui tombe
Et sur le pavé déchiré qui ressemblait à un sanglot,
Malgré ce portrait comique
Un secret horrible brillait d’une certaine légèreté…

Nathan F.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012


« Dans son monde éclairé d’obscurité Il rencontra des horizons glacés qui lui dirent bonjour… »

Crédit iconographique : Edward McKnight Kauffer (1890-1954), « Go Great Western to Cornwall »
Museum of Modern Art (New York)

                    

Sur les fleurs du chagrin

Éléonore M.
Seconde 9

L’obscurité tombe goutte à goutte
Sur les fleurs du chagrin :
Perles inertes sur la pierre froide
Attendant la lueur sombre du crépuscule
Qui viendra de nouveau effleurer le marbre
Des regrets qui tombent.
Et quand le soleil disparaissait,
Elle se posait devant le linceul
Laissant la pluie de ses yeux
S’écouler vers le ciel triste et seul
Qui pleurait la perte de l’être cher.

Éléonore M.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

« Elle se posait devant le linceul Laissant la pluie de ses yeux S’écouler vers le ciel triste et seul… »

D’après Richard Davies (Cardiff 1945-Paris 1991), « Vers une autre rive » (détail), 1986.
Image colorisée et modifiée numériquement.

                     

De Voyage et d’Ailleurs

Léa C.
Seconde 7

Moi qui rêvais de voyage et d’ailleurs,
De lointains de lumière aux formes de feu
Longtemps la confusion a perduré dans mon cœur
Autant que mon désir de confession
Et de vie, et de bonheur et de contes aussi purs que la mer.

Le désordre de ta mémoire est étranger à ce paysage
Ta solitude, insensible au mal qui se consume en moi,
A la couleur du soir et des fruits inconnus.
La tourmente de ta tristesse nous transporte
Dans cette boucle du temps.

Toi qui es triste et seul
Comme endormi dans les ténèbres
Dépourvus de tout sentiment
J’ai ouvert la porte des pays de mon cœur
Ces pays souterrains porteurs de triomphe et d’antique.

Léa C.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

« J’ai ouvert la porte des pays de mon cœur… »

              

Confessions d’un amour inavoué

Tyffaine P.
Seconde 9

              

Une enfance misérable
Marchait vers ses souvenirs
Illuminés par la crainte et la peur
Une enfance misérable
Avec son écharpe bariolée de larmes.
Elle entendit le discours
Anonyme du speaker
Qui comptait les morts
Puis le bruit sourd d’un soldat
Tombé au champ d’honneur
E
t sa dernière pensée
Avec la profondeur du soir
Où venait frapper la pluie…

Tyffaine P.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

Composition d’après Caspar David Friedrich : pinceau et sépia sur dessin au crayon (détail, 1826), Hamburger Kunsthalle, Hambourg.

Haïkus de nature et d’amitié
俳句

Annaël P.
Seconde 9

— I —

Pareil au carillon retentissant
D’une averse torrentielle,
Un élancement de tristesse
Apparaît dans mon cœur,
Grand comme l’étendue
D’une perle d’eau d’azur pâle…

— II —

Dans l’air moucheté de pollen
Tel un nuage vêtu de blanc,
Une amitié printanière
Pareille au souffle naissant
S’élança dans la naissance du vent.

Anaël P.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

D’autres haïkus d’Anaël seront publiés lors d’une prochaine livaison…

              

Mon cœur est bleu comme la mer

Marie L.
Seconde 7

Mon cœur est bleu comme la mer
C’est un bateau sur les ailes du vent
Il me permet d’écrire des histoires
Aux yeux d’enfant
Il court sur cette page
Il écrit le crépuscule et des nuages

Mon cœur est bleu comme la mer
C’est un objet bien vivant
Comme un cercle éblouissant
Posé sur un angle du monde.
Il est caché par un bouquet
d’éclats de rire, d’éclats de peine

Mon cœur est bleu comme la mer
Au ciel illimité
Personne ne le voit sauf moi,
Il se déplace de gauche à droite
Entre les mains tendues du jour
Et les chemins du soir…

Marie L.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012

« Mon cœur est bleu comme la mer/C’est un bateau sur les ailes du vent… »

Composition originale créée à partir d’un tableau de Raoul Dufy : « La plage à sainte-Adresse »
Nice, musée des Beaux-Arts Jules Chéret.

La clé de ton cœur

Corentin A.
Seconde 9

J’ai perdu ton cœur
Je l’ai égaré par mégarde
Tout à l’heure
Dans un couloir du lycée.

J’ai cherché jusque dans le bureau du Proviseur
Il était là au milieu des portables confisqués
Sous un trousseau
De sentiments

Ô mon amour effacé
Parmi ces objets trouvés
Ton cœur, ton cœur est un soleil levant
Dans ce couloir du lycée…

Corentin A.
Lycée en Forêt (Montargis, France), octobre 2012


La numérisation des textes de la première livraison est terminée.
Prochaine livraison : jeudi 15 novembre 2012.

NetÉtiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les poèmes des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du poème cité (URL de la page).

Crédit iconographique : ©Bruno Rigolt sauf mention contraire.

Découvrez bientôt l'exposition des classes de Seconde 7 et 9 : Un Automne en Poésie. Saison 4

Bientôt au Lycée en Forêt…

Pour fêter comme il se doit la rentrée littéraire, la classe de Seconde 7 et la classe de Seconde 9 du Lycée en Forêt préparent la saison 4 d’Un Automne en Poésie, événement désormais incontournable qui marque comme chaque année l’actualité littéraire lycéenne.

Puisant leur inspiration dans le message poétique du Romantisme et du Symbolisme, les élèves ont souhaité travailler sur le non-dit, l’inexprimable, l’ineffable du mot : poésie abstraite, anti-réaliste, imaginaire…

 

Le lancement de l’exposition est prévu sur Internet le lundi 29 octobre 2012.

Chaque semaine, de nouveaux textes seront publiés jusqu’en décembre 2012…

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Découvrez bientôt l’exposition des classes de Seconde 7 et 9 : Un Automne en Poésie. Saison 4

Bientôt au Lycée en Forêt…

Pour fêter comme il se doit la rentrée littéraire, la classe de Seconde 7 et la classe de Seconde 9 du Lycée en Forêt préparent la saison 4 d’Un Automne en Poésie, événement désormais incontournable qui marque comme chaque année l’actualité littéraire lycéenne.

Puisant leur inspiration dans le message poétique du Romantisme et du Symbolisme, les élèves ont souhaité travailler sur le non-dit, l’inexprimable, l’ineffable du mot : poésie abstraite, anti-réaliste, imaginaire…

 

Le lancement de l’exposition est prévu sur Internet le lundi 29 octobre 2012.

Chaque semaine, de nouveaux textes seront publiés jusqu’en décembre 2012…

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Au fil des pages… Qu'est-ce qu'un livre ?

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Qu’est-ce qu’un livre ?
De la page blanche à l’achevé d’imprimer

Voici un bel ouvrage que je vous propose de feuilleter cette semaine : publié par les éditions Fides en 2006, il est signé Madeleine Sauvé, qui a longtemps été professeure à l’Université de Montréal (Québec, Canada).

L’ambition de l’ouvrage  est tout d’abord de faire découvrir la structure et les composantes d’un livre « qui ont chacune un nom propre, une figure particulière ». Comme le dit l’auteure dans l’avant-propos, « la préface n’est pas l’introduction, l’introduction n’a rien de l’avertissement, l’avertissement ne saurait être nommé prologue ». Cet ouvrage, certes technique mais passionnant, vous expliquera donc comment se construit un livre, du titre à la quatrième de couverture, de la maquette au choix de la typographie, de la dédicace (page 15) aux notes de référence,  en passant par l’avant-propos, le préambule, l’exergue (page 22), l’épigraphe (page 24), le prologue (page 47), l’épilogue… Vous verrez que ces choix n’ont rien d’arbitraire et qu’ils obéissent à des stratégies éditoriales ciblées.

Les lycéen/nes auront tout intérêt à approfondir leurs connaissances dans ce domaine. De nombreux écrits d’invention au Baccalauréat par exemple peuvent vous demander la rédaction d’un avant-propos, d’une préface (page 61), d’une postface, d’un épilogue, etc. Il faut donc connaître ces genres et savoir en distinguer les exigences. Or très souvent, bien des textes produits (et parfois des corrigés publiés) se ressemblent dans leur forme, au point d’entraîner de navrantes confusions. C’est la raison pour laquelle je ne saurais trop vous recommander la lecture de cet ouvrage qui joint au plaisir de la découverte l’intérêt théorique et pratique.

Même si les pages consultables sur Google-livres restent limitées, elles sont suffisantes pour donner à l’élève et à l’étudiant de Lettres, exemples à l’appui, des outils pertinents sur la meilleure façon de rédiger et de s’adapter à des consignes d’écriture particulières.

Madeleine Sauvé, Qu’est-ce qu’un livre ? De la page blanche à l’achevé d’imprimer, Montréal, Fides, 2006.

RAPPEL DE MÉTHODE : Comment « bien lire » ce type d’ouvrage ? Le but bien entendu n’est pas de “tout lire” mais de lire un peu “au fil des pages”, selon votre envie. Quand vous avez le temps, parcourez un article, lisez un extrait de texte, découvrez un auteur, une notion, etc. Si vous le pouvez, notez dans un petit répertoire ce qui vous paraît important. Une règle essentielle : ne forcez jamais ! Si quelque chose vous rebute ou vous semble trop difficile, passez à un autre sujet. Plus qu’apprendre pour apprendre, c’est en fait la démarche qui importe : découvrir et enrichir sa culture générale.