BTS… Bac… Guide de préparation à l’examen : 5 jours pour relever le défi !

Dans quelques jours, les étudiants de BTS vont affronter l’épreuve… Puis ce sera le tour des élèves de Première et de Terminale. Quel que soit votre niveau, lisez attentivement ce guide méthodologique : il vous aide à vous préparer pour l’épreuve. Cinq jours de révisions intensives pour relever le défi de l’examen ? Dites-vous que :

C’EST POSSIBLE !

SE METTRE AU TRAVAIL…

Scénario catastrophe… 8 heures : vous vous réveillez rempli de bonnes résolutions ! Et naturellement vous vous dites qu’aujourd’hui vous allez travailler dur. 9 heures : vous vous mettez devant votre bureau et vous mâchonnez un chewing-gum en regardant pendant vingt minutes vos messages sur Internet… Deux heures plus tard, vous êtes toujours sur votre messagerie en ligne, et vous avez carrément l’esprit qui navigue en haute mer! Evidemment, comme vous êtes angoissé(e) par l’examen, vous vous dispersez et vous n’arrivez pas à vous concentrer… 11 heures : vous grignotez en vous demandant quand sonne midi pour aller manger (quel programme!) Bien sûr vous voudriez travailler avant l’après-midi mais votre esprit s’évade. 14 heures : Pour vous redonner du courage, vous appelez quelques ami(e)s et puis vous acceptez de faire une petite partie de cartes (vraiment la dernière!). 18 heures… Vous n’avez pas avancé mais paradoxalement vous vous sentez fatigué(e), mal dans votre peau, et surtout complètement découragé(e). Sachez que rien n’est plus déprimant que de se dire : « J’aurais dû travailler ». Le travail non réalisé est en fait un refus de voir la réalité en face : on s’installe dans un état d’inertie qui fatigue plus que le travail. Les conséquences sont lourdes pour l’examen : perte de temps, manque d’entraînement, stress, état dépressif…

PAS DE TEMPS À PERDRE !

Premier impératif : planifiez votre travail en vous créant un calendrier de révisions selon un emploi du temps précis et TENEZ-VOUS à ce calendrier. Imposez-vous également le minutage de vos activités afin d’accroître votre rendement. La réussite à votre examen passe en effet d’abord par une bonne maîtrise de la planification des tâches. Dans un article précédent (Emploi du temps : apprendre à planifier son travail) je vous rappelais les avantages de la planification des tâches : elle consiste à gérer son temps de façon “stratégique”, emploidutempsbts.1241757331.jpgc’est-à-dire à visualiser les activités sur une période de temps donnée. Au lieu d’effectuer les tâches jour après jour (donc de façon linéaire sans organisation), on les visualise dans leur intégralité selon un principe de planification stratégique : cela vous permet d’anticiper et de mieux vous projeter dans le temps. Prenez par exemple une grande copie double et faites-vous un calendrier sur cinq jours (très rapidement… Ne passez pas 10 heures dessus évidemment!). Ensuite, faites le point sur vos difficultés, sur les séquences à revoir en priorité, les cours à réapprendre. Une fois que vous avez établi la liste des activités à mener, reportez-les sur votre tableau. Si vous le souhaitez, vous pouvez les « hiérarchiser » en utilisant des codes de couleur : on attribuera par exemple la couleur rouge à toutes les activités nécessitant un lourd investissement. emploidutempseaf.1241769725.jpgOn peut attribuer le code “bleu” aux exercices moins denses et le code “vert” aux travaux qu’on peut effectuer plus rapidement.

L’avantage du calendrier que je vous propose dans ces deux exemples (BTS et EAF) est qu’il offre en effet une bonne adaptation à la fois à l’environnement externe (les tâches que vous devez accomplir pour vous préparer à l’examen) et à vos ressources et vos compétences internes (votre capacité et votre rythme de travail) : en planifiant, vous êtes sûr(e) d’y arriver ! 

LA CHASSE AUX TEMPS MORTS

L’important, quand on est en période de révision intensive, est de fuir la « flânerie » pour gagner en productivité. Il faut donc que vous fassiez la chasse aux temps morts. Même si vous ne disposez que de cinq minutes, cela ne signifie pas que ce laps de temps est inutilisable. Bien au contraire, profitez-en pour effectuer quelques révisions rapides, pour mémoriser du vocabulaire, des définitions, pour retenir quelques citations. Le temps passé dans les transports, les moments d’inactivité ou d’attente représentent plusieurs heures par semaine ! Rentabilisez-les : remémorez-vous mentalement vos cours en essayant d’en saisir le sens global : quel était le sujet ? Qu’est-ce que j’ai bien compris ? Qu’est-ce qui m’a paru obscur ? Et notez sur une feuille ou un petit carnet les points nécessitant un réinvestissement des connaissances. Cette opération est très importante. Ainsi, lorsque vous vous installerez à votre bureau, vous saurez ce qu’il faut réapprendre ou compléter en priorité.

LA MÉMOIRE AUDITIVE

Utilisez également la mémoire auditive en enregistrant par exemple les points clés de vos cours sur MP3 (cliquez ici pour en savoir plus sur la méthode). Si vous n’apprenez pas de chez vous (par exemple, lorsque vous êtes dans le bus, dans la rue, en voyage), cette méthode se révélera très utile : elle permet de réviser “sans en avoir l’air”, sans être obligé de sortir son classeur, ou d’ouvrir ses cahiers. Si vous la pratiquez rigoureusement, vous verrez que la technique est infaillible, surtout quand on a un grand volume d’informations à mémoriser. Elle complète efficacement l’indispensable travail sur les fiches de synthèse. Autre avantage de la méthode : après une journée de travail, la mémoire visuelle est souvent défaillante, surtout si l’on veille tard le soir : fatigue oculaire, difficultés de concentration, troubles de la vision… De plus, votre cerveau est un peu comme un disque dur d’ordinateur : à un certain moment, il ne parvient plus à gérer cette multiplication de signes : il se produit ce que les spécialistes appellent un phénomène de “surcharge cognitive”. Le “disque dur” de votre cerveau est littéralement “fragmenté” : impossible pour lui de restituer convenablement les connaissances. Au contraire, en révisant avec votre MP3, surtout le soir avant de vous endormir, vous pouvez tranquillement réapprendre les notions : allongez-vous sur votre lit, fermez les yeux pour ne pas être sollicité par l’environnement : vous mémoriserez vite et bien tout en relaxant votre corps.

LE TRAVAIL DE GROUPE

Intellectuellement, le travail en équipe est un excellent entraînement. À la condition d’être pratiqué rigoureusement, il stimule et apporte un enrichissement mutuel, chacun pouvant communiquer aux autres ses points forts dans le cadre d’un groupe de travail. Si vous êtes en BTS, prenez par exemple un thème (Faire voir) et une problématique (les questions posées par l’image, le voyeurisme à la télévision, la télésurveillance et le contrôle social, etc.). Si vous êtes en Première, sélectionnez un objet d’étude (la poésie, le théâtre, etc.) et cherchez ensemble à le développer en confrontant vos points de vue et vos connaissances. Vous pouvez aussi faire des simulations (l’oral de l’EAF par exemple : un ou plusieurs élèves jouant le rôle de l’examinateur). Le travail de groupe encourage et se révèle une aide précieuse particulièrement dans les moments de démotivation. Il vous permet aussi de vérifier que vous avez bien compris le cours et que vous êtes capable de le restituer. Pouvoir expliquer à autrui est la preuve que les connaissances sont réellement assimilées. Vous pouvez également partir d’une problématique et tenter d’y répondre collectivement en exploitant vos connaissances.

QUELQUES ENTRAÎNEMENTS…

  1. Un exercice très utile pour la préparation aux examens consiste à lire un paragraphe de votre cours (quel qu’il soit) ou d’un document, d’un texte quelconque. La lecture doit s’effectuer impérativement à voix haute. Lisez lentement en détachant bien toutes les syllabes, et en accentuant si possible les mots clés, c’est-à-dire les mots qui vous paraissent porteurs de sens. Une fois la lecture terminée, essayez de synthétiser ce que vous venez de lire en une courte phrase récapitulative.
  2. Un autre exercice, difficile mais très adapté aux examens (bac, classes prépa, BTS, etc.) et aux concours de la fonction publique consiste à prendre des questions sur n’importe quel sujet et à vous obliger d’y répondre à partir d’un texte, même si les questions vous semblent éloignées du texte, ceci afin de pratiquer une gymnastique intellectuelle facilitant la confrontation des idées et la lecture comparative des documents. Quelques exemples :
  • la caricature, quel impact ?
  • l’image du corps dans la société actuelle
  • Pourquoi écrit-on ?
  • la société de consommation est-elle une société du spectacle ?
  • la norme et le détour
  • la citoyenneté
  • le livre et l’image
  • etc.

De la même manière, essayez de rapprocher deux ou trois textes d’époque et de problématique différentes et posez une question commune à tous ces textes. Dans votre réponse, reprenez les éléments de la question en les intégrant dans une synthèse objective et un point de vue personnel.

    

AFFRONTER L’EXAMEN

La veille de l’examen, préparez soigneusement ce dont vous aurez besoin :

  • carte d’identité ;
  • convocation ;
  • plusieurs stylos, des cartouches, du liquide correcteur, des surligneurs de couleur différente, une règle, etc.
  • Emportez également quelques aliments riches en glucose et une petite bouteille d’eau.

Le soir, mangez des sucres lents : ils améliorent la forme et favorisent l’endormissement. Évitez de vous mettre au lit plus tôt que d’habitude mais couchez-vous à une heure raisonnable (surtout ne révisez pas toute la nuit : ce serait contre-productif !). Si vous ne parvenez pas à dormir, allongez-vous tranquillement et faites le vide en vous disant que de toute façon vous avez fait le nécessaire et que vous disposez de tous les atouts pour réussir. Positivez, croyez en votre valeur, refusez de vous complaire dans le découragement qui est toujours une facilité, et qui ne mène à rien.

Le jour J, ne partez en aucun cas le ventre vide : déjeunez le matin et emportez avec vous des aliments riches en glucose : ils vous permettront d’optimiser vos capacités intellectuelles car leur assimilation est rapide. Le cerveau en effet utilise le glucose comme « carburant ». Pendant l’examen, dès que vous sentirez votre rendement diminuer (en général après une heure ou deux), mangez une confiserie : elle apportera immédiatement à votre organisme l’énergie nécessaire. En outre, pensez à vous tenir droit(e), sûr(e) de vous, et surtout pas avachi(e) sur la table : c’est le meilleur moyen pour s’endormir et se décourager. Comment voulez-vous croire en votre valeur si vous apparaissez penaud(e), vaincu(e) d’avance? Votre réussite dépend d’abord de votre motivation et de votre implication !

MAÎTRISER L’ÉPREUVE

La gestion de votre temps est fondamentale. C’est elle qui conditionne en grande partie le bon déroulement de l’épreuve.
Si vous disposez de 4 heures, vous devez donc être structuré(e) par ces 4 heures (et non trois heures : si vous vous contentez du service minimum, adieu le diplôme !). À chaque session, de nombreux candidats perdent des points parce qu’ils ne prennent pas suffisamment en considération ces questions de gestion du temps. Si vous prenez trop de temps pour lire un texte par exemple, ou pour rechercher des informations, vous emmagasinerez trop de données, vous aurez du mal à les ordonner, et surtout à les hiérarchiser, d’où une perte de temps, qui sera préjudiciable à la qualité d’ensemble de votre travail. Un conseil que je vous avais déjà donné en cours : lisez rapidement les textes et ne vous perdez pas dans des questionnements indéfinis si vous n’avez pas compris un terme ou une expression. Allez à l’essentiel en adoptant une lecture rapide. Le premier avantage de la lecture rapide est évidemment le gain de temps : moins vous mettrez de temps pour lire le corpus, plus vous pourrez structurer le plan de votre synthèse et améliorer les qualités rédactionnelles de vos travaux. L’autre avantage de la lecture rapide est qu’elle aide à problématiser en privilégiant l’interprétation textuelle globale.

Attention toutefois, car lire vite et donc mieux est un atout mais le but de l’épreuve n’est pas de lire tous les documents en un minimum de temps ; c’est de les comprendre. Le bon lecteur absorbe un grand nombre d’informations, dépouille une documentation, cherche rapidement un chiffre ou une donnée dans un texte. Mais il ne suffit pas de les enregistrer, encore faut-il les traiter correctement en hiérarchisant les informations. Trois opérations sont indispensables, lors de l’épreuve :

  1. répartir son temps,
  2. analyser le sujet,
  3. mobiliser ses connaissances.
 
  1. Répartir son temps : entraînez-vous impérativement chez vous pour savoir d’avance quels sont vos points forts et vos limites. Voici 2 exemples de gestion du temps pour l’écriture personnelle, en fonction de sensibilités et de compétences différentes. Voyez celui qui vous convient le mieux :
    1. cas de figure n°1 : le travail d’écriture personnelle durant 1h30 environ (en comptant qu’on a passé 2h30 sur la synthèse), comptez 20 minutes pour la recherche des idées ; 10 minutes pour l’élaboration du plan ; 30 minutes pour le développement ; 10 minutes pour l’introduction ;10 minutes pour la conclusion ; 10 minutes pour la relecture.
    2. cas de figure n°2 : analyse du sujet, 10 minutes. Pensez à Lire et à comprendre le sujet. Il exige toujours une grande rigueur logique dans l’appréciation de la problématique posée. Prise de notes pour la préparation du sujet : 20 minutes. Plan : 20 minutes. Rédaction : 40 minutes. Relecture : 10 minutes (5 minutes au pire). Votre relecture doit être attentive. L’idéal étant de relire votre copie comme si elle était écrite par un autre.
  2. Analyser le sujet : la plupart du temps, quand un étudiant échoue, c’est qu’il a mal compris le sujet. Le stress en effet pousse souvent à interpréter de manière hâtive un énoncé : du coup, l’étudiant devient une sorte d' »automate » : ou bien il récite son cours sans discernement, ou bien (cas le plus fréquent) il produit une srte de « synthèse bis », impersonnelle et confuse. Pour pallier ces inconvénients, lisez tout d’abord plusieurs fois la question et reformulez-la dans votre propre langage. Si vous avez du mal à faire une phrase, notez simplement les mots clés que vous inspire le sujet : ils vous aideront à trouver vos idées. Un conseil au passage : lisez l’intitulé du sujet d’écriture personnelle AVANT de lire le corpus. Pourquoi ? Parce que la plupart du temps, c’est le sujet d’écriture personnelle qui va conditionner et orienter votre lecture des documents.
  3. Mobiliser ses connaissances en cernant le sujet. Attention aux risques de débordement, aux digressions. N’oubliez pas aussi d’exploiter votre culture générale : c’est ESSENTIEL. Quel que soit l’examen, vous n’obtiendrez PAS la moyenne si dans votre travail d’écriture vous ne montrez pas vos connaissances. N’hésitez pas à dépasser le cadre scolaire ou universitaire, pensez par exemple à l’actualité, retrouvez des souvenirs liés à une émission télévisée, à une lecture, des discussions… Essayez aussi d’explorer toutes les voies possibles. En voici quelques unes :
    • la piste interdisciplinaire : elle favorise la recherche des interactions. Pensez à tous les angles, tous les aspects sous lesquels le sujet peut être abordé : angle historique, géographique, politique, social, philosophique, moral, scientifique, etc.

    • la piste conceptuelle : étudiez la problématique selon un angle antithétique : aujourd’hui/hier ; individuel/collectif ; dénotation/connotation ; public/privé ; écrit/oral, etc.

    • la piste « point de vue » est également intéressante : formulez le problème en comparant et en confrontant les points de vue. Point de vue de l’individu, de la société ; point de vue objectif, subjectif ; points de vue divergents à partir d’une même problématique, points de vue générationnels…

EXPLOITEZ VOTRE CULTURE GÉNÉRALE !

Regardez l’exemple suivant : dans la colonne de gauche, vous avez un texte correct certes, mais qui n’a pas été « retravaillé » du point de vue de la culture générale. Dans la colonne de droite, vous avez le même texte, mais qui a fait l’objet d’un réinvestissement, somme toute modeste (quelques noms de peintres du Pop’art, l’allusion à une publicité, une courte citation et une référence à un roman). Or, tout cela, n’importe quel étudiant le connaît, mais il n’y pense pas forcément le jour de l’épreuve. C’est ce qui fait la différence entre un travail « commun » et une copie qui se remarque grâce à la mise en valeur de la culture personnelle.

Dans une société dominée par la banalisation de l’image, la course vers le spectaculaire a transformé notre rapport à la culture. L’œuvre d’art a perdu son statut clair et repérable. Elle est noyée au milieu des objets de la société de consommation ; alors qu’avant, seul l’exceptionnel pouvait prétendre  à être figuré, de nos jours n’importe quoi peut être saisi, y compris le banal ou l’intime : vidée de son signifié, l’image télévisuelle est subie par le téléspectateur : la culture devient consommation, la découverte voyeurisme ! Que dire de ces émissions de télé-réalité, où l’on vend les participants comme des produits !

Comme on le pressent, ces changements techniques et fonctionnels qui accompagnent l’image doivent aussi nous interpeller politiquement. Le contrôle des medias par des leaders d’opinion ou des groupes de pression pose en effet la question de la manipulation des masses : faire voir, mais quoi ? Dans quel but ? Autant de questions que devront se poser nos démocraties à l’aube du troisième millénaire.

Dans une société dominée par la banalisation de l’image, la course vers le spectaculaire a transformé notre rapport à la culture. L’œuvre d’art a perdu son statut clair et repérable. Elle est noyée au milieu des objets de la société de consommation comme le signifient les artistes du Pop’art : Roy Lichtenstein ou Andy Warhol ont en effet désacralisé l’image artistique au point de la vider peut-être de son contenu sémantique. Alors qu’avant, seul l’exceptionnel pouvait prétendre  à être figuré, de nos jours n’importe quoi peut être saisi, y compris le banal ou l’intime. De contre-culture dans les années 70, l’image est devenue culture de masse. Faut-il dès lors s’étonner qu’un opérateur de téléphonie se serve implicitement de l’œuvre de van Gogh pour vendre un forfait « tout compris » ? Comme l’annonçait le philosophe canadien Mc Luhan, « le media est le message » : vidée de son signifié, l’image télévisuelle est subie par le téléspectateur : la culture devient consommation, la découverte voyeurisme ! Il n’est donc pas étonnant que le « village global » soit devenu un immense champ de « politique spectacle », loin des normes esthétiques traditionnelles ou des conventions de la morale. Que dire de ces émissions de télé-réalité, où l’on vend les participants comme des produits ! Comme on le pressent, ces changements techniques et fonctionnels qui accompagnent l’image doivent aussi nous interpeller politiquement. Le « village global » de Mc Luhan semble bien préfigurer ce qu’on a appelé « la démocratie occulte » de notre monde. Le contrôle des médias par des leaders d’opinion ou des groupes de pression pose en effet la question de la manipulation des masses : « Big Brother » n’est pas seulement une référence à un roman d’anticipation ! L’œuvre  magistrale qu’Orwell écrivit en 1948 nous impose une réflexion éthique et morale : faire voir, mais quoi ? Dans quel but ? Autant de questions que devront se poser nos démocraties à l’aube du troisième millénaire…  

MON CONSEIL

Mettez-vous à la place du correcteur afin de porter un regard « distancié » et critique sur votre travail. Soyez « malin » : cherchez à savoir à quelle sauce vous allez être mangé(e) ! De fait, il faut toujours prendre en compte le destinataire : en lisant les « chartes de correction » destinées aux enseignants, vous comprendrez mieux par rapport à quels critères d’appréciation les copies sont évaluées.

  • si vous êtes en BTS lisez attentivement ce document.
  • Si vous passez l’EAF téléchargez la charte des correcteurs au Bac en cliquant ici.

Relisez plusieurs fois ces documents (si possible une fois par jour) : cela vous permettra de vous remémorer la façon dont le correcteur va appréhender et juger votre travail en fonction de consignes qu’il doit lui-même respecter. Il n’y a en effet rien d’arbitraire (a fortiori un jour d’examen) dans la notation : elle obéit à un référentiel qui fixe les obligations des candidats et les attentes du jury en matière de méthode, d’expression, d’exploitation de la culture générale, etc. En lisant la « charte », vous pourrez ainsi mieux adapter vos connaissances et vos pratiques à l’épreuve.

QUELQUES RAPPELS POUR FINIR…

Voici quatre points essentiels à mémoriser pour l’examen :

  1. Est-ce que mon texte colle aux consignes, c’est-à-dire aux attentes du jury ?
  2. Est-ce que mon travail « me ressemble » ? N’oubliez pas qu’une copie est un peu le reflet de l’image que vous voulez donner de vous-même. Soignez la présentation, l’orthographe, la forme.
  3. Est-ce que ma culture générale est suffisamment mise en valeur ? La culture générale est en effet déterminante. Pensez obligatoirement à mobiliser vos connaissances : citer un auteur, faire une allusion à un essai connu, à un mouvement culturel permet non seulement d’augmenter la note dans des proportions importantes, mais de susciter par ailleurs de nouvelles idées.
  4. Mon texte est-il « facile » à lire ?

N’oubliez pas de structurer vos paragraphes en les organisant autour d’une idée directrice, justifiée par un argument et illustrée par ou deux exemples.

Préférez les phrases courtes aux phrases longues, qui risquent de vous entraîner à commettre des fautes de syntaxe. Avant de rédiger votre phrase, prononcez-la dans votre tête (un peu quand on chantonne) de manière à l’entendre.

Pensez à nuancer vos jugements : en introduisant des tournures concessives : certes… mais…/si… en revanche ; en utilisant des verbes (se demander si, croire, supposer…) ou des modes (le conditionnel par exemple : « le progrès serait responsable de »…) impliquant une prise de distance.

Évitez aussi d’aligner dans un plan-catalogue des considérations interminables qui ne déboucheraient sur aucune problématique et vous conduiraient à un travail désordonné, sans logique interne.

Soignez particulièrement l’introduction et la conclusion : elles sont déterminantes dans l’attribution de la note : le correcteur les lit souvent en premier afin d’apprécier la cohérence de votre raisonnement. Bien souvent, la conclusion est rédigée « à la va-vite » : n’oubliez pas qu’une forme négligée amène toujours à une mauvaise formulation du fond.

Bien entendu (mais faut-il le rappeler ?), ne partez EN AUCUN CAS avant les quatre heures : vous ne pourriez pas mener à leur terme (de façon efficiente) les activités. Vous auriez certes l’impression d’avoir terminé le travail mais vous ne l’auriez en fait qu’ébauché…

Bon courage à toutes et à tous pour l’examen !

© mai 2009, Bruno Rigolt
Espace Pédagogique Contributif / Lycée en Forêt (Montargis, France)

Guide méthodologique d'aide à l'expression écrite. Corrigé n°3 et entraînement n°4

Classes de Première S5 et Première ES4.

 

Voici le corrigé du troisième exercice et le quatrième entraînement (à rendre avant le jeudi 16 avril, 21:00). 
Rappel du calendrier d’entraînement :
  • Dimanche 8 mars : exploiter la métaphore filée, les anaphores, les interrogations oratoires
  • Samedi 21 mars : rédiger un réquisitoire ou un plaidoyer (+ corrigé n°1)
  • Jeudi 9 avril : structurer un paragraphe argumentatif (+ corrigé n°2)
  • Jeudi 16 avril : introduire et conclure un écrit d’invention (+ corrigé n°3)

Corrigé de l’entraînement n°3 : structurer un paragraphe argumentatif.
Concernant la structure du paragraphe argumentatif, cliquer ici.
Dans cet exercice, vous deviez répondre à une question (l’importance de la littérature) à travers deux paragraphes argumentés :

  • La littérature donne à voir (elle éclaire)

  • Elle est une prise de conscience

En premier lieu, la littérature donne à voir. Par « littérature », il faut entendre l’ensemble des œuvres ayant pour finalité une recherche esthétique au service du sens. D’autres arts comme la musique, la peinture ou le cinéma assument plus ou moins cette fonction plastique et didactique. Mais la spécificité du texte littéraire est de mettre le mot au service du fond, de l’idée. L’écrivain en effet se doit non seulement d’éclairer par ses écrits le monde qui nous entoure, mais de le mettre en forme verbalement. Ce pouvoir accordé au mot, au  style, fait la valeur de l’art littéraire : s’il est l’observateur, le témoin particulier, le porte-parole de notre monde, l’écrivain est aussi selon l’expression de l’écrivain Edouard Glissant un « bâtisseur de langage ». Ce n’est pas tant de meubler une page blanche, de l’orner, de l’enrichir par un style particulier qui font la valeur du texte littéraire mais d’assigner à ce travail sur le langage une mission d’éducation qui confère à la pratique de la lecture un véritable principe d’action. Lire, c’est accepter l’invitation de l’écrivain, c’est assumer le fait d’être dérangé dans ses convictions, ses présupposés, ses croyances. Dans cette invitation au débat d’idées réside la particularité de la littérature qui est de permettre une communion avec le lecteur. Il ne s’agit pas seulement de « donner à voir » le monde, il importe de le donner à voir selon un certain point de vue. C’est Jean-Paul Sartre qui écrivait en 1976 dans Situations 10 « L’écrivain, selon moi, doit parler du monde tout entier en parlant de lui-même tout entier ». Avant d’engager les autres, l’écrivain s’engage et nous livre sa propre vision, par définition personnelle et subjective. Le texte littéraire à ce titre met en scène des attitudes de vie, des situations existentielles qui engagent l’homme tout entier. Quand Voltaire dans Candide critique les absolutismes, quand Hugo dans « Fonction du Poète » met le lyrisme au service de l’engagement, ils le font en leur nom certes, mais nous impliquent du même coup dans cette relation dialogique. À l’opposé de la neutralité d’un narrateur omniscient, l’écrivain au contraire nous éclaire sur le monde. Il nous permet d’en débattre sous des angles différents, opposés, capables de conférer à l’œuvre littéraire une tâche spirituelle.

Par définition, la littérature débouche conséquemment sur une prise de conscience. Si elle éclaire l’homme, c’est en l’éveillant, en lui permettant de découvrir sa propre voix. De l’expérience de la lecture peut naître l’engagement. Pourquoi nous intéresserions-nous par exemple à la littérature des Lumières dans une société où tant de combats menés jadis semblent aujourd’hui acquis ? Si c’est aux Lumières que nous devons la grande idée des Droits de l’Homme,  c’est qu’elles ont amené précisément à une prise de conscience. « Osez penser par vous-même » écrivait Voltaire dans le Dictionnaire philosophique… La leçon est toujours d’actualité ! Lire, en ce sens, amène le lecteur à pratiquer un déchiffrement, une recherche du sens. C’est cette herméneutique qui le conduit à prendre conscience de son rôle dans l’Histoire. Lire un livre, c’est vivre avec son époque, c’est penser avec elle. Qui n’a pas en mémoire l’incipit de Germinal ? La subjectivisation de la description (la grande route de Marchiennes) prépare déjà les luttes à venir. Ce paysage hostile du Nord, si stéréotypé soit-il sous la plume de Zola, amène le lecteur à se projeter dans le contexte social du second Empire. Nous nous identifions à Étienne : nous partageons sa souffrance ; sa révolte devient notre prise de conscience. Le paysage réel des mines se métamorphose en un espace mythique dont la fameuse métaphore filée de la germination dans la dernière page, semble préfigurer ce grand souffle épique de l’histoire sociale en marche. Toute littérature est ainsi une prise de conscience dans la mesure où elle confronte l’homme avec le monde et avec lui-même. Cette fonction de la littérature ne tendrait-elle pas vers la tragédie, c’est-à-dire vers la conscience que l’homme a de son propre destin ? Même une pièce de théâtre comme la Cantatrice chauve, en apparence simple farce absurde, débouche sur une interprétation allégorique. Le couple stéréotypé des Smith est révélateur d’un vide existentiel. Le ressort dramatique de la pièce consiste dans la manifestation d’une existence séparée de son sens. Pour le spectateur, si la scène se constitue comme le tableau pathétique et désespéré de la condition humaine, elle l’amène à assumer son rôle dans le monde. La littérature va ainsi de la fiction au réel, de l’illusion au social, de l’imagination à l’Histoire.

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Entraînement n°4 : introduire et conclure un écrit d’invention (l’apologue)

Vous rédigez le premier et le dernier paragraphe d’un apologue. Rédigé en vers ou en prose, l’apologue contient deux parties, coordonnées mais distinctes:

  1. D’une part, il privilégie le discours narratif. Mais s’il tient du récit, l’apologue est une ressource de l’argumentation. De nombreux chapitres de Candide par exemple sont des apologues. Au-delà de l’histoire racontée, le récit est toujours à visée argumentative et didactique.

  2. La morale… L’apologue est très souvent allégorique. Le fait concret qui est raconté débouche ainsi sur une réflexion plus abstraite, qui renferme un enseignement,  une morale pratique. On pensera naturellement aux fables, mais le dernier chapitre de Candide, « l’Albatros » de Baudelaire ou « Le crapaud » de Corbière sont également de bons exemples.

Le sujet : Vous allez rédiger un apologue (premier et dernier paragraphe). Le sujet est libre. Votre premier paragraphe exposera un fait. Le dernier paragraphe amènera à la morale.

Mon conseil : réfléchissez d’abord à la morale, donc au sujet, au problème que vous voulez évoquer et non au fait lui-même. De nombreux candidats se creusent parfois la tête pour trouver « une histoire ». Le risque, c’est qu’ils racontent des événements en oubliant que le but est d’amener à l’argumentation. Posez-vous toujours cette question : « Qu’est-ce que je veux prouver exactement ? » Dans l’apologue, il faut toujours passer du fait raconté à l’idée. Les problématiques sociales (guerre, racisme, misère, etc.) sont hélas de bons sujets dans la mesure où elles sollicitent le lecteur dans la recherche d’une vérité et d’un sens moral.

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Bonne chance à vous. N’oubliez pas de me remettre vos propositions avant le jeudi 16 avril, 21:00 pour bénéficier du bonus !

Guide méthodologique d’aide à l’expression écrite. Corrigé n°3 et entraînement n°4

Classes de Première S5 et Première ES4.

 

Voici le corrigé du troisième exercice et le quatrième entraînement (à rendre avant le jeudi 16 avril, 21:00). 
Rappel du calendrier d’entraînement :
  • Dimanche 8 mars : exploiter la métaphore filée, les anaphores, les interrogations oratoires
  • Samedi 21 mars : rédiger un réquisitoire ou un plaidoyer (+ corrigé n°1)
  • Jeudi 9 avril : structurer un paragraphe argumentatif (+ corrigé n°2)
  • Jeudi 16 avril : introduire et conclure un écrit d’invention (+ corrigé n°3)

Corrigé de l’entraînement n°3 : structurer un paragraphe argumentatif.
Concernant la structure du paragraphe argumentatif, cliquer ici.
Dans cet exercice, vous deviez répondre à une question (l’importance de la littérature) à travers deux paragraphes argumentés :

  • La littérature donne à voir (elle éclaire)

  • Elle est une prise de conscience

En premier lieu, la littérature donne à voir. Par « littérature », il faut entendre l’ensemble des œuvres ayant pour finalité une recherche esthétique au service du sens. D’autres arts comme la musique, la peinture ou le cinéma assument plus ou moins cette fonction plastique et didactique. Mais la spécificité du texte littéraire est de mettre le mot au service du fond, de l’idée. L’écrivain en effet se doit non seulement d’éclairer par ses écrits le monde qui nous entoure, mais de le mettre en forme verbalement. Ce pouvoir accordé au mot, au  style, fait la valeur de l’art littéraire : s’il est l’observateur, le témoin particulier, le porte-parole de notre monde, l’écrivain est aussi selon l’expression de l’écrivain Edouard Glissant un « bâtisseur de langage ». Ce n’est pas tant de meubler une page blanche, de l’orner, de l’enrichir par un style particulier qui font la valeur du texte littéraire mais d’assigner à ce travail sur le langage une mission d’éducation qui confère à la pratique de la lecture un véritable principe d’action. Lire, c’est accepter l’invitation de l’écrivain, c’est assumer le fait d’être dérangé dans ses convictions, ses présupposés, ses croyances. Dans cette invitation au débat d’idées réside la particularité de la littérature qui est de permettre une communion avec le lecteur. Il ne s’agit pas seulement de « donner à voir » le monde, il importe de le donner à voir selon un certain point de vue. C’est Jean-Paul Sartre qui écrivait en 1976 dans Situations 10 « L’écrivain, selon moi, doit parler du monde tout entier en parlant de lui-même tout entier ». Avant d’engager les autres, l’écrivain s’engage et nous livre sa propre vision, par définition personnelle et subjective. Le texte littéraire à ce titre met en scène des attitudes de vie, des situations existentielles qui engagent l’homme tout entier. Quand Voltaire dans Candide critique les absolutismes, quand Hugo dans « Fonction du Poète » met le lyrisme au service de l’engagement, ils le font en leur nom certes, mais nous impliquent du même coup dans cette relation dialogique. À l’opposé de la neutralité d’un narrateur omniscient, l’écrivain au contraire nous éclaire sur le monde. Il nous permet d’en débattre sous des angles différents, opposés, capables de conférer à l’œuvre littéraire une tâche spirituelle.

Par définition, la littérature débouche conséquemment sur une prise de conscience. Si elle éclaire l’homme, c’est en l’éveillant, en lui permettant de découvrir sa propre voix. De l’expérience de la lecture peut naître l’engagement. Pourquoi nous intéresserions-nous par exemple à la littérature des Lumières dans une société où tant de combats menés jadis semblent aujourd’hui acquis ? Si c’est aux Lumières que nous devons la grande idée des Droits de l’Homme,  c’est qu’elles ont amené précisément à une prise de conscience. « Osez penser par vous-même » écrivait Voltaire dans le Dictionnaire philosophique… La leçon est toujours d’actualité ! Lire, en ce sens, amène le lecteur à pratiquer un déchiffrement, une recherche du sens. C’est cette herméneutique qui le conduit à prendre conscience de son rôle dans l’Histoire. Lire un livre, c’est vivre avec son époque, c’est penser avec elle. Qui n’a pas en mémoire l’incipit de Germinal ? La subjectivisation de la description (la grande route de Marchiennes) prépare déjà les luttes à venir. Ce paysage hostile du Nord, si stéréotypé soit-il sous la plume de Zola, amène le lecteur à se projeter dans le contexte social du second Empire. Nous nous identifions à Étienne : nous partageons sa souffrance ; sa révolte devient notre prise de conscience. Le paysage réel des mines se métamorphose en un espace mythique dont la fameuse métaphore filée de la germination dans la dernière page, semble préfigurer ce grand souffle épique de l’histoire sociale en marche. Toute littérature est ainsi une prise de conscience dans la mesure où elle confronte l’homme avec le monde et avec lui-même. Cette fonction de la littérature ne tendrait-elle pas vers la tragédie, c’est-à-dire vers la conscience que l’homme a de son propre destin ? Même une pièce de théâtre comme la Cantatrice chauve, en apparence simple farce absurde, débouche sur une interprétation allégorique. Le couple stéréotypé des Smith est révélateur d’un vide existentiel. Le ressort dramatique de la pièce consiste dans la manifestation d’une existence séparée de son sens. Pour le spectateur, si la scène se constitue comme le tableau pathétique et désespéré de la condition humaine, elle l’amène à assumer son rôle dans le monde. La littérature va ainsi de la fiction au réel, de l’illusion au social, de l’imagination à l’Histoire.

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Entraînement n°4 : introduire et conclure un écrit d’invention (l’apologue)

Vous rédigez le premier et le dernier paragraphe d’un apologue. Rédigé en vers ou en prose, l’apologue contient deux parties, coordonnées mais distinctes:

  1. D’une part, il privilégie le discours narratif. Mais s’il tient du récit, l’apologue est une ressource de l’argumentation. De nombreux chapitres de Candide par exemple sont des apologues. Au-delà de l’histoire racontée, le récit est toujours à visée argumentative et didactique.

  2. La morale… L’apologue est très souvent allégorique. Le fait concret qui est raconté débouche ainsi sur une réflexion plus abstraite, qui renferme un enseignement,  une morale pratique. On pensera naturellement aux fables, mais le dernier chapitre de Candide, « l’Albatros » de Baudelaire ou « Le crapaud » de Corbière sont également de bons exemples.

Le sujet : Vous allez rédiger un apologue (premier et dernier paragraphe). Le sujet est libre. Votre premier paragraphe exposera un fait. Le dernier paragraphe amènera à la morale.

Mon conseil : réfléchissez d’abord à la morale, donc au sujet, au problème que vous voulez évoquer et non au fait lui-même. De nombreux candidats se creusent parfois la tête pour trouver « une histoire ». Le risque, c’est qu’ils racontent des événements en oubliant que le but est d’amener à l’argumentation. Posez-vous toujours cette question : « Qu’est-ce que je veux prouver exactement ? » Dans l’apologue, il faut toujours passer du fait raconté à l’idée. Les problématiques sociales (guerre, racisme, misère, etc.) sont hélas de bons sujets dans la mesure où elles sollicitent le lecteur dans la recherche d’une vérité et d’un sens moral.

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Bonne chance à vous. N’oubliez pas de me remettre vos propositions avant le jeudi 16 avril, 21:00 pour bénéficier du bonus !

Guide méthodologique d'aide à l'expression écrite. Corrigé n°2 et entraînement n°3…

Classes de Première S5 et Première ES4.

 

Voici le corrigé du deuxième exercice et le troisième entraînement (à rendre avant le jeudi 9 avril, 21:00). 
Rappel du calendrier d’entraînement :
  • Dimanche 8 mars : exploiter la métaphore filée, les anaphores, les interrogations oratoires
  • Samedi 21 mars : rédiger un réquisitoire ou un plaidoyer (+ corrigé n°1)
  • Jeudi 2 avril : structurer un paragraphe argumentatif (+ corrigé n°2)
  • Jeudi 9 avril : introduire et conclure un écrit d’invention (+ corrigé n°3)

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Entraînement n°2… Le corrigé !

Dans cet entraînement, vous deviez rédiger un discours (réquisitoire ou plaidoyer)…

Rappel du sujet : « Devant un public de députés européens, vous cherchez à justifier ou au contraire à dénoncer la généralisation de l’Anglais comme langue de travail unique au Parlement européen. Quelle que soit votre prise de position, vous rédigerez obligatoirement 3 paragraphes centrés chacun sur UNE seule idée. Vous devez donc trouver en tout TROIS idées, que vous exposerez selon une logique de progression (du moins important au plus important). Bien entendu, vous devez exploiter toutes les techniques oratoires vues jusqu’ici, y compris celles proposées dans le corrigé n°1 »

J’ai été particulièrement sensible à la qualité des travaux réalisés, même si j’ai regretté néanmoins qu’une majorité de textes aient plébiscité l’Anglais comme langue unique en Europe. C’est souvent la raison économique et un certain pragmatisme consumériste qui l’emportent chez les partisans de la généralisation de l’Anglais. Quelques travaux ont également développé un argumentaire qui vise à promouvoir une seule langue comme réponse aux ethnocentrismes et aux divisions culturelles. À l’inverse, ceux qui ont rédigé un plaidoyer en faveur du Français se sont davantage placés sur le terrain « affectif », ce qui leur a permis de belles envolées lyriques parfois. J’ai d’ailleurs trouvé que le « camp anglais » n’avait pas suffisamment exploité les ressources de l’art oratoire : peut-être prisonnier qu’il était du « rationalisme » qu’il cherchait à justifier.

Pour ce qui me concerne, c’est sans surprise que j’ai plébiscité le Français.

Mon corrigé…

Mesdames et Messieurs les Députés européens,

À celles et ceux d’entre vous qui sont favorables à la généralisation de l’Anglais comme langue unique au Parlement européen, je vous annonce une nouvelle que vous attendiez depuis longtemps : vous pourrez peut-être lire bientôt les textes écrits dans la « langue de Molière » dans les musées de l’Histoire, aux heures de visite habituelles. C’en est fait! Après la « monnaie unique », il fallait bien que l’on instaurât une langue unique. Oubliés, les particularismes linguistiques, disparus les traducteurs, mort et enterré le Français au nom de la raison et du pragmatisme économique ! Mais de quelle raison parlez-vous? Je vous le demande ! Oh! J’en vois certains qui se disent : « Parler la même langue est un atout essentiel dans le domaine des échanges économiques ou sociaux ». Les arguments ne manquent pas : le commerce se fera plus facilement en parlant la même langue. N’appelle-t-on pas l’anglo-américain « langue d’échange » au détriment du Français, ravalé au musée poussiéreux des langues dites « de culture » ? Mais en vérité, ce présupposé repose sur une idée fausse, car réductrice, simplificatrice et arbitraire : pourquoi l’économie s’opposerait-elle à la culture? De quel droit, en vertu de quel principe, au nom de quelle légitimité une langue s’arrogerait-elle le privilège d’imposer aux autres le monopole du sens? Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Et qu’on ne dise pas que les capacités d’enrichissement et d’adaptation d’une langue sont réservées seulement à l’Anglais : les contacts accrus entre les différentes communautés linguistiques ne peuvent qu’enrichir le patrimoine culturel, linguistique et social de notre monde.

Savez-vous, Mesdames et Messieurs les Députés européens, savez-vous qu’au moins 2500 à 3000 langues parlées actuellement risquent de disparaître d’ici la fin de ce siècle? S’en accommoder serait plus qu’une facilité, ce serait une lâcheté, un renoncement, une démission! Comment accepter que la place du Français comme des langues dites « de culture » soit dorénavant dans des musées, entre les fresques du Parthénon et les ruines du Colisée ! Ce destin des « langues de culture » je le refuse! Je refuse que toutes les deux semaines, une langue s’éteigne dans le monde. Vous me direz qu’il s’agit des langues non écrites, mais il appartient à la France et à la communauté francophone dans son ensemble de relever le défi qu’impose désormais ce nouvel ordre mondial dans lequel nous sommes entrés. L’extinction du Français est accélérée par un ensemble de facteurs liés à la mondialisation et à ce qu’on appelle la « troisième révolution industrielle » : à entendre certains d’entre vous, l’industrialisation ne doit se faire qu’en Anglais ! À vous croire, l’urbanisation et les nouveaux modes de consommation planétaire ne doivent avoir de sens qu’en Américain? Abandonner le vaisseau, voilà votre acte de courage : vous abdiquez quand il faut relever le front ; vous capitulez quand la communauté francophone vous implore de vous battre. Vous vous rendez quand le Conseil international de la langue française veille à intégrer tous les particularismes locaux qui révèlent la vigueur et la diversité de notre, de votre langue, de l’Île de France au Québec, de la Bourgogne au Sénégal, de la Wallonie à la Louisiane, des côtes d’Armor au grand Maghreb. La voilà la France !

Oui, la voilà la diversité de la France, le voilà le facteur d’identité de la francophonie : nos accents nous unissent, nos langages nous apaisent, nos différences nous rassemblent. Quelle langue peut se prévaloir d’un tel privilège? Pouvez-vous accepter en conscience de considérer l’extinction du Français comme une pure et simple fatalité darwinienne ? Alors comme ça, seules les langues les plus aptes seraient amenées à survivre? Non, Mesdames et Messieurs les Députés européens, non, la mondialisation n’est pas un eugénisme, elle est un pluralisme. Il s’agit d’un enjeu qui en vérité dépasse le destin particulier du Français : la mort d’une langue nous appauvrit tous ! On oublie trop souvent que derrière une langue, il y a un peuple, un passé, une Histoire. L’hégémonie d’une seule langue ne saurait donner une véritable chance à toutes les cultures qui sont en fait l’arc-en-ciel du monde. Arrêtons de supposer que seules les langues « les plus aptes » pourront survivre, que seul un modèle fixe devrait s’imposer au détriment des autres langages. Le monolinguisme est loin de refléter l’extraordinaire instrument d’expression, de communication et de diversité qu’est une langue. Par son universalité, et sa capacité si grande à se métisser avec d’autres cultures, le Français est peut-être l’avenir commun de l’humanité. Fenêtre sur le passé et porte vers l’avenir, il est une chance inouïe de vivre demain sur une terre où toutes les cultures, loin de se poser en termes de rapport de force, pourront enfin redessiner les contours du monde et donner une dimension universelle à la diversité. C’est maintenant que l’aventure commence. Je veux le croire…

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Analyse… Apprendre à exploiter le registre « épique »…

Un discours argumentatif est d’abord une prise de position. On attend donc de vous des idées clairement exprimées et développées. Mais un sujet comme celui-ci, dans la mesure où il touche à un domaine « sensible », « affectif », se prête bien à l’éloquence ainsi qu’aux ressources oratoires de la langue. Ici, la tonalité fait alterner plusieurs registres (polémique, lyrique, épique), le style soutenu et parfois plus familier (« Je vous le demande ! Oh! J’en vois certains qui se disent » ; « Alors, comme ça » ; « La voilà la France !/Oui, la voilà la diversité de la France ») dans le but de donner au discours davantage de dynamisme en jouant sur les contrastes et les ruptures.

Vous aurez certainement noté l’importance prise par le registre épique : les phrases souvent longues et complexes servent par exemple à amplifier le discours, de même que la modalité exclamative ou les effets symétriques de parallélisme ou d’affrontement (par exemple dans le deuxième paragraphe remarquez le vocabulaire tantôt dépréciatif, tantôt mélioratif des qualités morales selon une logique manichéenne : « abdiquez/relever le front ; capitulez/vous battre ; vous vous rendez/vigueur ». Regardez aussi la façon dont on peut exploiter l’hyperbole ou les métaphores afin de renforcer l’émotion ou le lyrisme.

Enfin, il est évident que les interrogations oratoires, les gradations ternaires ainsi que les tournures anaphoriques sont essentielles dans la mesure où elles confèrent une certaine solennité empreinte d’emphase et de pathétique à un texte qui reprend la technique du chant épique : « de l’Île de France au Québec, de la Bourgogne au Sénégal, de la Wallonie à la Louisiane, des côtes d’Armor au grand Maghreb. La voilà la France ! Oui, la voilà la diversité de la France, le voilà le facteur d’identité de la francophonie : nos accents nous unissent, nos langages nous apaisent, nos différences nous rassemblent! »

Pour accentuer le caractère épique du texte, j’ai terminé par des mots qui « élargissent » le discours afin d’en renforcer le caractère universel et d’exalter l’idée d’un grand sentiment collectif : « avenir commun de l’humanité », « porte vers l’avenir », « vivre demain sur une terre », « toutes les cultures », « redessiner les contours du monde et donner une dimension universelle à la diversité ». Cette technique vise à passer de l’individuel au collectif, en permettant de donner de l’amplitude à l’idée, et de grandir les situations et les hommes, qui semblent sortir de l’ordinaire, et avoir entre leurs mains un destin à jouer.

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Entraînement n°3 : structurer un paragraphe argumentatif.

Tout paragraphe argumentatif obéit à une structure précise qu’il convient de respecter, a fortiori quand on n’est pas toujours à l’aise avec la formulation des idées.

  1. L’énoncé de l’idée principale : c’est l’idée sur laquelle le paragraphe est construit. N’oubliez pas la règle certes classique mais toujours valable : « un paragraphe par idée, une idée par paragraphe ». Chaque paragraphe ne doit donc en théorie ne contenir qu’une seule idée. Annoncez-la par une phrase claire et courte. 

  2. L’argumentaire quant à lui développe l’idée principale afin de l’étayer par le raisonnement. Sans explicitation, une idée reste en effet une affirmation arbitraire et gratuite.

  3. L’illustration de l’idée par un ou deux exemples. Basés le plus souvent sur des faits, ils ont pour fonction de justifier et d’authentifier le raisonnement en lui donnant un caractère irréfutable qui a le plus souvent valeur de preuve.

Dans cet exercice, vous allez devoir répondre à une question (l’importance de la littérature) à travers deux paragraphes argumentés :

  • La littérature donne à voir (elle éclaire)
  • Elle est une prise de conscience

Vos paragraphes ne comprendront pas moins de quinze lignes chacun. Par leur qualité, vos exemples seront déterminants. Ils seront évidemment empruntés aux œuvres du programme.

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Bonne chance à vous. N’oubliez pas de me remettre vos propositions avant le jeudi  9 avril, 21:00 pour bénéficier du bonus !

Guide méthodologique d’aide à l’expression écrite. Corrigé n°2 et entraînement n°3…

Classes de Première S5 et Première ES4.

 

Voici le corrigé du deuxième exercice et le troisième entraînement (à rendre avant le jeudi 9 avril, 21:00). 
Rappel du calendrier d’entraînement :
  • Dimanche 8 mars : exploiter la métaphore filée, les anaphores, les interrogations oratoires
  • Samedi 21 mars : rédiger un réquisitoire ou un plaidoyer (+ corrigé n°1)
  • Jeudi 2 avril : structurer un paragraphe argumentatif (+ corrigé n°2)
  • Jeudi 9 avril : introduire et conclure un écrit d’invention (+ corrigé n°3)

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Entraînement n°2… Le corrigé !

Dans cet entraînement, vous deviez rédiger un discours (réquisitoire ou plaidoyer)…

Rappel du sujet : « Devant un public de députés européens, vous cherchez à justifier ou au contraire à dénoncer la généralisation de l’Anglais comme langue de travail unique au Parlement européen. Quelle que soit votre prise de position, vous rédigerez obligatoirement 3 paragraphes centrés chacun sur UNE seule idée. Vous devez donc trouver en tout TROIS idées, que vous exposerez selon une logique de progression (du moins important au plus important). Bien entendu, vous devez exploiter toutes les techniques oratoires vues jusqu’ici, y compris celles proposées dans le corrigé n°1 »

J’ai été particulièrement sensible à la qualité des travaux réalisés, même si j’ai regretté néanmoins qu’une majorité de textes aient plébiscité l’Anglais comme langue unique en Europe. C’est souvent la raison économique et un certain pragmatisme consumériste qui l’emportent chez les partisans de la généralisation de l’Anglais. Quelques travaux ont également développé un argumentaire qui vise à promouvoir une seule langue comme réponse aux ethnocentrismes et aux divisions culturelles. À l’inverse, ceux qui ont rédigé un plaidoyer en faveur du Français se sont davantage placés sur le terrain « affectif », ce qui leur a permis de belles envolées lyriques parfois. J’ai d’ailleurs trouvé que le « camp anglais » n’avait pas suffisamment exploité les ressources de l’art oratoire : peut-être prisonnier qu’il était du « rationalisme » qu’il cherchait à justifier.

Pour ce qui me concerne, c’est sans surprise que j’ai plébiscité le Français.

Mon corrigé…

Mesdames et Messieurs les Députés européens,

À celles et ceux d’entre vous qui sont favorables à la généralisation de l’Anglais comme langue unique au Parlement européen, je vous annonce une nouvelle que vous attendiez depuis longtemps : vous pourrez peut-être lire bientôt les textes écrits dans la « langue de Molière » dans les musées de l’Histoire, aux heures de visite habituelles. C’en est fait! Après la « monnaie unique », il fallait bien que l’on instaurât une langue unique. Oubliés, les particularismes linguistiques, disparus les traducteurs, mort et enterré le Français au nom de la raison et du pragmatisme économique ! Mais de quelle raison parlez-vous? Je vous le demande ! Oh! J’en vois certains qui se disent : « Parler la même langue est un atout essentiel dans le domaine des échanges économiques ou sociaux ». Les arguments ne manquent pas : le commerce se fera plus facilement en parlant la même langue. N’appelle-t-on pas l’anglo-américain « langue d’échange » au détriment du Français, ravalé au musée poussiéreux des langues dites « de culture » ? Mais en vérité, ce présupposé repose sur une idée fausse, car réductrice, simplificatrice et arbitraire : pourquoi l’économie s’opposerait-elle à la culture? De quel droit, en vertu de quel principe, au nom de quelle légitimité une langue s’arrogerait-elle le privilège d’imposer aux autres le monopole du sens? Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Et qu’on ne dise pas que les capacités d’enrichissement et d’adaptation d’une langue sont réservées seulement à l’Anglais : les contacts accrus entre les différentes communautés linguistiques ne peuvent qu’enrichir le patrimoine culturel, linguistique et social de notre monde.

Savez-vous, Mesdames et Messieurs les Députés européens, savez-vous qu’au moins 2500 à 3000 langues parlées actuellement risquent de disparaître d’ici la fin de ce siècle? S’en accommoder serait plus qu’une facilité, ce serait une lâcheté, un renoncement, une démission! Comment accepter que la place du Français comme des langues dites « de culture » soit dorénavant dans des musées, entre les fresques du Parthénon et les ruines du Colisée ! Ce destin des « langues de culture » je le refuse! Je refuse que toutes les deux semaines, une langue s’éteigne dans le monde. Vous me direz qu’il s’agit des langues non écrites, mais il appartient à la France et à la communauté francophone dans son ensemble de relever le défi qu’impose désormais ce nouvel ordre mondial dans lequel nous sommes entrés. L’extinction du Français est accélérée par un ensemble de facteurs liés à la mondialisation et à ce qu’on appelle la « troisième révolution industrielle » : à entendre certains d’entre vous, l’industrialisation ne doit se faire qu’en Anglais ! À vous croire, l’urbanisation et les nouveaux modes de consommation planétaire ne doivent avoir de sens qu’en Américain? Abandonner le vaisseau, voilà votre acte de courage : vous abdiquez quand il faut relever le front ; vous capitulez quand la communauté francophone vous implore de vous battre. Vous vous rendez quand le Conseil international de la langue française veille à intégrer tous les particularismes locaux qui révèlent la vigueur et la diversité de notre, de votre langue, de l’Île de France au Québec, de la Bourgogne au Sénégal, de la Wallonie à la Louisiane, des côtes d’Armor au grand Maghreb. La voilà la France !

Oui, la voilà la diversité de la France, le voilà le facteur d’identité de la francophonie : nos accents nous unissent, nos langages nous apaisent, nos différences nous rassemblent. Quelle langue peut se prévaloir d’un tel privilège? Pouvez-vous accepter en conscience de considérer l’extinction du Français comme une pure et simple fatalité darwinienne ? Alors comme ça, seules les langues les plus aptes seraient amenées à survivre? Non, Mesdames et Messieurs les Députés européens, non, la mondialisation n’est pas un eugénisme, elle est un pluralisme. Il s’agit d’un enjeu qui en vérité dépasse le destin particulier du Français : la mort d’une langue nous appauvrit tous ! On oublie trop souvent que derrière une langue, il y a un peuple, un passé, une Histoire. L’hégémonie d’une seule langue ne saurait donner une véritable chance à toutes les cultures qui sont en fait l’arc-en-ciel du monde. Arrêtons de supposer que seules les langues « les plus aptes » pourront survivre, que seul un modèle fixe devrait s’imposer au détriment des autres langages. Le monolinguisme est loin de refléter l’extraordinaire instrument d’expression, de communication et de diversité qu’est une langue. Par son universalité, et sa capacité si grande à se métisser avec d’autres cultures, le Français est peut-être l’avenir commun de l’humanité. Fenêtre sur le passé et porte vers l’avenir, il est une chance inouïe de vivre demain sur une terre où toutes les cultures, loin de se poser en termes de rapport de force, pourront enfin redessiner les contours du monde et donner une dimension universelle à la diversité. C’est maintenant que l’aventure commence. Je veux le croire…

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Analyse… Apprendre à exploiter le registre « épique »…

Un discours argumentatif est d’abord une prise de position. On attend donc de vous des idées clairement exprimées et développées. Mais un sujet comme celui-ci, dans la mesure où il touche à un domaine « sensible », « affectif », se prête bien à l’éloquence ainsi qu’aux ressources oratoires de la langue. Ici, la tonalité fait alterner plusieurs registres (polémique, lyrique, épique), le style soutenu et parfois plus familier (« Je vous le demande ! Oh! J’en vois certains qui se disent » ; « Alors, comme ça » ; « La voilà la France !/Oui, la voilà la diversité de la France ») dans le but de donner au discours davantage de dynamisme en jouant sur les contrastes et les ruptures.

Vous aurez certainement noté l’importance prise par le registre épique : les phrases souvent longues et complexes servent par exemple à amplifier le discours, de même que la modalité exclamative ou les effets symétriques de parallélisme ou d’affrontement (par exemple dans le deuxième paragraphe remarquez le vocabulaire tantôt dépréciatif, tantôt mélioratif des qualités morales selon une logique manichéenne : « abdiquez/relever le front ; capitulez/vous battre ; vous vous rendez/vigueur ». Regardez aussi la façon dont on peut exploiter l’hyperbole ou les métaphores afin de renforcer l’émotion ou le lyrisme.

Enfin, il est évident que les interrogations oratoires, les gradations ternaires ainsi que les tournures anaphoriques sont essentielles dans la mesure où elles confèrent une certaine solennité empreinte d’emphase et de pathétique à un texte qui reprend la technique du chant épique : « de l’Île de France au Québec, de la Bourgogne au Sénégal, de la Wallonie à la Louisiane, des côtes d’Armor au grand Maghreb. La voilà la France ! Oui, la voilà la diversité de la France, le voilà le facteur d’identité de la francophonie : nos accents nous unissent, nos langages nous apaisent, nos différences nous rassemblent! »

Pour accentuer le caractère épique du texte, j’ai terminé par des mots qui « élargissent » le discours afin d’en renforcer le caractère universel et d’exalter l’idée d’un grand sentiment collectif : « avenir commun de l’humanité », « porte vers l’avenir », « vivre demain sur une terre », « toutes les cultures », « redessiner les contours du monde et donner une dimension universelle à la diversité ». Cette technique vise à passer de l’individuel au collectif, en permettant de donner de l’amplitude à l’idée, et de grandir les situations et les hommes, qui semblent sortir de l’ordinaire, et avoir entre leurs mains un destin à jouer.

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Entraînement n°3 : structurer un paragraphe argumentatif.

Tout paragraphe argumentatif obéit à une structure précise qu’il convient de respecter, a fortiori quand on n’est pas toujours à l’aise avec la formulation des idées.

  1. L’énoncé de l’idée principale : c’est l’idée sur laquelle le paragraphe est construit. N’oubliez pas la règle certes classique mais toujours valable : « un paragraphe par idée, une idée par paragraphe ». Chaque paragraphe ne doit donc en théorie ne contenir qu’une seule idée. Annoncez-la par une phrase claire et courte. 

  2. L’argumentaire quant à lui développe l’idée principale afin de l’étayer par le raisonnement. Sans explicitation, une idée reste en effet une affirmation arbitraire et gratuite.

  3. L’illustration de l’idée par un ou deux exemples. Basés le plus souvent sur des faits, ils ont pour fonction de justifier et d’authentifier le raisonnement en lui donnant un caractère irréfutable qui a le plus souvent valeur de preuve.

Dans cet exercice, vous allez devoir répondre à une question (l’importance de la littérature) à travers deux paragraphes argumentés :

  • La littérature donne à voir (elle éclaire)
  • Elle est une prise de conscience

Vos paragraphes ne comprendront pas moins de quinze lignes chacun. Par leur qualité, vos exemples seront déterminants. Ils seront évidemment empruntés aux œuvres du programme.

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Bonne chance à vous. N’oubliez pas de me remettre vos propositions avant le jeudi  9 avril, 21:00 pour bénéficier du bonus !

Guide méthodologique d'aide à l'expression écrite. Corrigé et entraînement n°2…

Classes de Première…

Voici le corrigé du premier exercice et le deuxième exercice (à rendre jeudi 26 mars). Désolé pour ce léger retard mais j’ai tenu compte d’une part des mouvements sociaux empêchant certains élèves de me rendre à temps leur travail lors du cours de Français le jeudi 19 mars. Par ailleurs l’organisation du Salon du Livre de Montargis où toutes les classes exposent, ainsi que la préparation de la Journée Portes Ouvertes m’ont demandé un très lourd investissement.
Rappel du calendrier d’entraînement :
  • Dimanche 8 mars : exploiter la métaphore filée, les anaphores, les interrogations oratoires
  • Samedi 21 mars : rédiger un réquisitoire ou un plaidoyer (+ corrigé n°1)
  • Vendredi 27 mars : structurer un paragraphe argumentatif (+ corrigé n°2)
  • Jeudi 02 avril : introduire et conclure un écrit d’invention (+ corrigé n°3)

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Entraînement n°1… Le corrigé !

Métaphore filée, anaphores, interrogations oratoires

Comme vous le savez, la métaphore filée est une métaphore qui se prolonge. En fait, c’est une succession de métaphores  ou de comparaisons développées, parfois dans tout un paragraphe et qui s’appuient le plus souvent sur un même réseau lexical. Si elle est très employée en poésie, la métaphore filée constitue également un procédé oratoire de premier plan. Il vous était demandé dans ce premier exercice de « filer » la métaphore dans un discours vous amenant à plaider pour plus de justice sociale. Vous deviez par ailleurs utiliser obligatoirement  le champ lexical du voyage ou du déplacement. Quelques erreurs ont été commises, mais il y a eu également de bonnes surprises. Voyons tout cela ensemble…

Au niveau des difficultés, le (rare) contresens a consisté pour certain(e)s à parler du voyage. Attention : là, c’est une faute majeure dans la mesure où le thème ne portait pas sur le voyage mais sur la justice sociale (le comparé). Le voyage constituait donc le comparant. 

Voyons maintenant quelques extraits de propositions. J’ai sélectionné une élève de Première ES4, et deux élèves de Première S5 :

Propositions d’élèves

L’avis du Prof

« Plus de justice sociale permettra d’améliorer les conditions de vie et le monde : il faut en effet briser les routes qui nous séparent, briser les routes de l’indifférence… »  Ici, l’idée de départ était convaincante ; en revanche, le verbe briser ne convient pas pour une « route ». De plus, le mot route a une connotation positive (la route, c’est ce qui conduit symboliquement à l’avenir) : il était donc maladroit d’associer le terme à un sens négatif. Il valait mieux par exemple utiliser le terme « barrière » qui suggère bien l’idée de fermeture et d’ethnocentrisme, par opposition à la route, symbole d’ouverture culturelle.
« Malheureusement, dans un monde où la loi du « chacun pour soi » plane sur la plupart des hommes, il est difficile pour les plus démunis de voguer tranquillement sur des rivières de bonheur. Marchons ensemble vers une nouvelle destination, vers une meilleure fin de voyage, vers un Eldorado de fraternité. » On repère bien ici la métaphore filée. Quelques termes en revanche semblent parfois un peu maladroits : l’adverbe « tranquillement » paraît un peu banal, associé à l’idée de bonheur, qui est un concept moral et spirituel fort. L’expression « rivières de bonheur » est une bonne idée mais personnellement j’aurais employé l’expression « les rivières du bonheur » plus marquante par l’emploi du déterminant défini. De même, je n’ai pas été très convaincu par l’expression « meilleure fin de voyage » qui donne une impression un peu morbide (le dernier voyage…). Bravo par contre pour « L’Eldorado de fraternité ». Voilà une façon originale de se réapproprier le chapitre 18 de Candide !
« Le monde, c’est notre voyage à tous. [… Il faut] s’envoler vers les contrées inexplorées de l’esprit’ Je trouve ce passage très judicieux. La problématique selon laquelle le monde pourrait être un voyage suggère non seulement l’idée de progrès, mais en même temps elle amène symboliquement à l’idée de positivisme, donc de dynamisme social. En outre, l’expression de « contrées inexplorées » me semble appropriée car une contrée, par définition, c’est une « étendue de pays », donc on retrouve là encore l’idée d’un territoire à conquérir !
« Plus de justice sociale nous permettra d’évoluer, d’avancer sur la route de l’égalité. Nous devons voguer vers un monde meilleur, où tous les chemins mènent au bonheur. Il n’est pas trop tard pour nous envoler vers un monde plus respectueux des valeurs sans sombrer sous les nuages du racisme et de l’égoïsme. La métaphore filée apparaît bien ici. Le champ lexical de l’envol est exploité avec pertinence : l’opposition des nuages et du ciel renvoie de façon allégorique au malheur et au bonheur. Le filon aurait pu être d’ailleurs davantage creusé !

Propositions de corrigé

Concernant les interrogations oratoires, pas de problème, vous les maîtrisez bien. En revanche, j’ai été souvent déçu par les anaphores : à part « Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs »… Beaucoup d’entre vous sont en panne d’inspiration ! Par définition, l’anaphore se doit d’être originale. Répéter une formule banale ne sert strictement à rien, sinon à alourdir et à laisser une impression défavorable chez le correcteur (« Propos indigents, peu d’intérêt, manque d’originalité », etc.). Il faut au contraire choisir une formule frappante, susceptible de marquer votre lecteur ou votre auditeur. Pensez par exemple à l’univers de la chanson ; le refrain est caractéristique de l’anaphore : souvent les sonorités (allitérations ou assonances) peuvent jouer un rôle clé dans ce processus d’insistance. Dans sa chanson célèbre « SOS d’un terrien en détresse » (1978), Balavoine joue avec les allitérations en |s| qui créent ici une insistance pathétique et sollicitent l’attention de l’auditeur. L’anaphore est souvent investie par le destinataire d’une charge symbolique forte qu’il est intéressant d’exploiter. Regardez ce passage du discours de François Mitterrand, le 8 mai 1988, à l’annonce de sa victoire : outre la tonalité, empreinte de solennité et de lyrisme, les reprises anaphoriques, associées aux correspondances sonores en |o| permettent de renforcer l’impératif de la solidarité nationale : « Il y a trop d’angoisses, trop de difficultés, trop d’incertitudes pour trop des nôtres dans notre société, pour que nous oublions que le premier devoir est celui de la solidarité nationale. Chacun selon ses moyens doit concourir au bien de tous. »
 
La métaphore filée du voyage…

Le sujet vous invitait prioritairement à exploiter la métaphore filée sur le thème du voyage, du déplacement. L’éventail de mots à utiliser était très large : « chemin, route, avenue, autoroute, se déplacer, partir, là-bas, horizon, ailleurs, avenir, parcours/parcourir, itinéraire, horizon, etc. » Comment ne pas évoquer ici ces propos à juste titre si connus du Général de GAULLE à Matignon, lors de son retour au pouvoir le 13 juin 1958 ? « La route est dure mais qu’elle est belle ! Le but est difficile mais qu’il est grand ! Allons ! Le Départ est donné ! » Les mots de « route », de « but » et de « Départ » résonnent comme un « appel » (les Français de l’époque ont dû songer au célèbre « Appel » du 18 juin) vers la rénovation de la politique, et la fraternité. Comme vous le voyez, la métaphore filée joue avec les codes culturels et affectifs inscrits souvent dans l’inconscient collectif : c’est là  son intérêt dans le discours.
Mon corrigé

Pour ce corrigé, je suis resté dans le lyrisme politique et l’éloquence des exemples précédents afin de vous montrer comment une idée simple peut être exploitée sur le plan oratoire.

« Mesdames et Messieurs, frères d’armes et de larmes, un chemin s’ouvre à nous si vous le souhaitez. Mais d’abord, il faut accepter de courir le risque. Car je ne vous propose pas une aventure, ordinaire, commune, banale parmi d’autres… Non : l’aventure que je vous propose est l’Aventure humaine, la grande Aventure de l’Histoire et de l’Homme. Franchissons ensemble si vous le voulez les barrières de l’indifférence, les terrains clos de l’ethnocentrisme, les champs clôturés de la haine qui n’ouvrent aucune perspective. Partons vers Demain : l’avenir nous tend les mains.
Mesdames et Messieurs, frères d’armes et de larmes, le départ que je vous propose est d’abord une avancée vers plus de justice sociale, cette grande aventure que je vous demande de vivre avec moi, notre grande aventure ne pourra se faire qu’avec davantage de solidarité et de fraternité. Oui, c’est tous ensemble que nous réussirons. Ne dites pas que le départ est impossible. Auriez-vous peur d’être vous-même ? Ne croyez pas qu’une autre voie n’est pas envisageable. Abandonneriez-vous à l’indifférence et aux désillusions votre courage, vos valeurs, votre foi en l’espérance ?
Non : je sais que vous êtes capable de marcher sur la route qui se dessine devant vous. Qu’importent les pierres sur le chemin ? Nous réussirons. Qu’importent les obstacles ? Nous les franchirons. Qu’importent les montagnes puisqu’il y a des sommets à franchir et que nous les franchirons. Mesdames et Messieurs, frères d’armes et de larmes, je sais que les avenues de l’Histoire s’ouvriront devant nous si nous les empruntons. Regardez : la vie est en partance, de toute part des hommes et des femmes s’engagent dans le chemin.  Alors, la question que je vous pose aujourd’hui est simple : êtes-vous prêts à tenter l’Aventure ? Voulez-vous transformer une volonté en Histoire ? »
________________
Analyse…
Comme vous le voyez, j’ai également exploité ici la technique de la gradation ternaire : une série de trois mots vont en progression afin d’amplifier l’idée selon une logique de dramatisation : « les barrières de l’indifférence, les terrains clos de l’ethnocentrisme, les champs clôturés de la haine « . On a même ici une double gradation ternaire : barrières, terrains clos, champs clôturés d’une part ; indifférence, ethnocentrisme, haine d’autre part. Une bonne idée aussi est d’interpeller le destinataire en le faisant parler à sa place. Cela fonctionne très bien avec les interrogations oratoires selon une logique antithétique : « Ne dites pas que le départ est impossible. Auriez-vous peur d’être vous-même ? Ne croyez pas qu’une autre voie n’est pas envisageable. Abandonneriez-vous à l’indifférence et aux désillusions votre courage, vos valeurs, votre foi en l’espérance ?« . Au passage, vous remarquerez que la deuxième interrogation oratoire s’achève à nouveau sur une gradation ternaire : « courage, valeurs, foi » qui permet de faire passer l’action du terrain de la vertu (le courage) à celui de la morale (les valeurs) et enfin de l’adhésion spirituelle (la foi).

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Exercice n°2 : rédiger un réquisitoire ou un plaidoyer

Dans cet entraînement, je vous invite à travailler sur le réquisitoire et le plaidoyer. Ces exercices étant souvent proposés à l’EAF, il est important que vous les maîtrisiez. Tout d’abord, allez voir sur site-magister.com les rappels utiles consacrés aux techniques de persuasion, et plus particulièrement au registre oratoire. Comme vous le voyez, le plaidoyer et le réquisitoire sont évalués au Baccalauréat selon des critères précis que vous devez respecter.
Sujet : dans un discours devant un public de députés européens, vous cherchez à justifier ou au contraire à dénoncer la généralisation de l’Anglais comme langue de trvail unique au Parlement européen. Quelle que soit votre prise de position, vous rédigerez obligatoirement 3 paragraphes centrés chacun sur UNE seule idée. Vous devez donc trouver en tout TROIS idées, que vous exposerez selon une logique de progression (du moins important au plus important). Bien entendu, vous devez exploiter toutes les techniques oratoires vues jusqu’ici, y compris celles proposées dans le corrigé.

Rappel concernant la structure du paragraphe argumentatif… Un paragraphe argumentatif est composé de la façon suivante :
  1. On annonce l’idée.
  2. On la développe, on l’approfondit.
  3. On l’illustre avec un ou deux exemples.

Même si un discours n’obéira pas tout à fait à la même rigueur de construction qu’une dissertation (du fait même de sa charge émotionnelle et affective), il doit cependant respecter cette structure selon une logique clairement identifiable.
AVANT de commencer, regardez bien le tableau ci-dessous qui fait le point sur le plaidoyer et le réquisitoire.

PLAIDOYER

RÉQUISITOIRE

Qui parle ? Il s’agit d’un discours. Donc la fonction expressive du langage sera privilégiée (emploi du je + implication forte de l’énonciateur)
A qui ?

Utilisation de la fonction impressive (ou conative) : la fonction conative met l’accent sur le destinataire, en cherchant à agir sur lui : le but est de mettre en cause le récepteur (une personne, le public, vos lecteurs) en le contraignant à faire quelque chose qui va dans votre sens.

De qui,
de quoi ?
D’une personne ou d’une cause qu’on cherchera à défendre. D’une personne ou d’une cause qu’on cherchera à discréditer (le héros que l’on croyait n’est en fait qu’un coupable ; la thèse que certains défendent est fausse et illusoire).
Lexique Laudatif (louer quelqu’un, faire son éloge) et mélioratif (termes à connotation positive)

Péjoratif et dépréciatif

Registre

Lyrique, pathétique et injonctif

Polémique et injonctif

Procédés oratoires

Antithèses, Interrogations oratoires, anaphores, injonctions, exclamations exprimant l’émotion, la colère, l’indignation ; phrases rythmées sur le principe de la gradation ternaire, etc.

Parcours argumentatif visible et ciblé (cohérence des arguments, forte visée démonstrative, nécessité d’aller du moins important au plus important.

Bonne chance à vous. N’oubliez pas de me remettre vos propositions avant vendredi 27 mars, 21:00 pour bénéficier du bonus !

Guide méthodologique d’aide à l’expression écrite. Corrigé et entraînement n°2…

Classes de Première…

Voici le corrigé du premier exercice et le deuxième exercice (à rendre jeudi 26 mars). Désolé pour ce léger retard mais j’ai tenu compte d’une part des mouvements sociaux empêchant certains élèves de me rendre à temps leur travail lors du cours de Français le jeudi 19 mars. Par ailleurs l’organisation du Salon du Livre de Montargis où toutes les classes exposent, ainsi que la préparation de la Journée Portes Ouvertes m’ont demandé un très lourd investissement.
Rappel du calendrier d’entraînement :
  • Dimanche 8 mars : exploiter la métaphore filée, les anaphores, les interrogations oratoires
  • Samedi 21 mars : rédiger un réquisitoire ou un plaidoyer (+ corrigé n°1)
  • Vendredi 27 mars : structurer un paragraphe argumentatif (+ corrigé n°2)
  • Jeudi 02 avril : introduire et conclure un écrit d’invention (+ corrigé n°3)

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Entraînement n°1… Le corrigé !

Métaphore filée, anaphores, interrogations oratoires

Comme vous le savez, la métaphore filée est une métaphore qui se prolonge. En fait, c’est une succession de métaphores  ou de comparaisons développées, parfois dans tout un paragraphe et qui s’appuient le plus souvent sur un même réseau lexical. Si elle est très employée en poésie, la métaphore filée constitue également un procédé oratoire de premier plan. Il vous était demandé dans ce premier exercice de « filer » la métaphore dans un discours vous amenant à plaider pour plus de justice sociale. Vous deviez par ailleurs utiliser obligatoirement  le champ lexical du voyage ou du déplacement. Quelques erreurs ont été commises, mais il y a eu également de bonnes surprises. Voyons tout cela ensemble…

Au niveau des difficultés, le (rare) contresens a consisté pour certain(e)s à parler du voyage. Attention : là, c’est une faute majeure dans la mesure où le thème ne portait pas sur le voyage mais sur la justice sociale (le comparé). Le voyage constituait donc le comparant. 

Voyons maintenant quelques extraits de propositions. J’ai sélectionné une élève de Première ES4, et deux élèves de Première S5 :

Propositions d’élèves

L’avis du Prof

« Plus de justice sociale permettra d’améliorer les conditions de vie et le monde : il faut en effet briser les routes qui nous séparent, briser les routes de l’indifférence… »  Ici, l’idée de départ était convaincante ; en revanche, le verbe briser ne convient pas pour une « route ». De plus, le mot route a une connotation positive (la route, c’est ce qui conduit symboliquement à l’avenir) : il était donc maladroit d’associer le terme à un sens négatif. Il valait mieux par exemple utiliser le terme « barrière » qui suggère bien l’idée de fermeture et d’ethnocentrisme, par opposition à la route, symbole d’ouverture culturelle.
« Malheureusement, dans un monde où la loi du « chacun pour soi » plane sur la plupart des hommes, il est difficile pour les plus démunis de voguer tranquillement sur des rivières de bonheur. Marchons ensemble vers une nouvelle destination, vers une meilleure fin de voyage, vers un Eldorado de fraternité. » On repère bien ici la métaphore filée. Quelques termes en revanche semblent parfois un peu maladroits : l’adverbe « tranquillement » paraît un peu banal, associé à l’idée de bonheur, qui est un concept moral et spirituel fort. L’expression « rivières de bonheur » est une bonne idée mais personnellement j’aurais employé l’expression « les rivières du bonheur » plus marquante par l’emploi du déterminant défini. De même, je n’ai pas été très convaincu par l’expression « meilleure fin de voyage » qui donne une impression un peu morbide (le dernier voyage…). Bravo par contre pour « L’Eldorado de fraternité ». Voilà une façon originale de se réapproprier le chapitre 18 de Candide !
« Le monde, c’est notre voyage à tous. [… Il faut] s’envoler vers les contrées inexplorées de l’esprit’ Je trouve ce passage très judicieux. La problématique selon laquelle le monde pourrait être un voyage suggère non seulement l’idée de progrès, mais en même temps elle amène symboliquement à l’idée de positivisme, donc de dynamisme social. En outre, l’expression de « contrées inexplorées » me semble appropriée car une contrée, par définition, c’est une « étendue de pays », donc on retrouve là encore l’idée d’un territoire à conquérir !
« Plus de justice sociale nous permettra d’évoluer, d’avancer sur la route de l’égalité. Nous devons voguer vers un monde meilleur, où tous les chemins mènent au bonheur. Il n’est pas trop tard pour nous envoler vers un monde plus respectueux des valeurs sans sombrer sous les nuages du racisme et de l’égoïsme. La métaphore filée apparaît bien ici. Le champ lexical de l’envol est exploité avec pertinence : l’opposition des nuages et du ciel renvoie de façon allégorique au malheur et au bonheur. Le filon aurait pu être d’ailleurs davantage creusé !

Propositions de corrigé

Concernant les interrogations oratoires, pas de problème, vous les maîtrisez bien. En revanche, j’ai été souvent déçu par les anaphores : à part « Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs »… Beaucoup d’entre vous sont en panne d’inspiration ! Par définition, l’anaphore se doit d’être originale. Répéter une formule banale ne sert strictement à rien, sinon à alourdir et à laisser une impression défavorable chez le correcteur (« Propos indigents, peu d’intérêt, manque d’originalité », etc.). Il faut au contraire choisir une formule frappante, susceptible de marquer votre lecteur ou votre auditeur. Pensez par exemple à l’univers de la chanson ; le refrain est caractéristique de l’anaphore : souvent les sonorités (allitérations ou assonances) peuvent jouer un rôle clé dans ce processus d’insistance. Dans sa chanson célèbre « SOS d’un terrien en détresse » (1978), Balavoine joue avec les allitérations en |s| qui créent ici une insistance pathétique et sollicitent l’attention de l’auditeur. L’anaphore est souvent investie par le destinataire d’une charge symbolique forte qu’il est intéressant d’exploiter. Regardez ce passage du discours de François Mitterrand, le 8 mai 1988, à l’annonce de sa victoire : outre la tonalité, empreinte de solennité et de lyrisme, les reprises anaphoriques, associées aux correspondances sonores en |o| permettent de renforcer l’impératif de la solidarité nationale : « Il y a trop d’angoisses, trop de difficultés, trop d’incertitudes pour trop des nôtres dans notre société, pour que nous oublions que le premier devoir est celui de la solidarité nationale. Chacun selon ses moyens doit concourir au bien de tous. »
 
La métaphore filée du voyage…

Le sujet vous invitait prioritairement à exploiter la métaphore filée sur le thème du voyage, du déplacement. L’éventail de mots à utiliser était très large : « chemin, route, avenue, autoroute, se déplacer, partir, là-bas, horizon, ailleurs, avenir, parcours/parcourir, itinéraire, horizon, etc. » Comment ne pas évoquer ici ces propos à juste titre si connus du Général de GAULLE à Matignon, lors de son retour au pouvoir le 13 juin 1958 ? « La route est dure mais qu’elle est belle ! Le but est difficile mais qu’il est grand ! Allons ! Le Départ est donné ! » Les mots de « route », de « but » et de « Départ » résonnent comme un « appel » (les Français de l’époque ont dû songer au célèbre « Appel » du 18 juin) vers la rénovation de la politique, et la fraternité. Comme vous le voyez, la métaphore filée joue avec les codes culturels et affectifs inscrits souvent dans l’inconscient collectif : c’est là  son intérêt dans le discours.

Mon corrigé

Pour ce corrigé, je suis resté dans le lyrisme politique et l’éloquence des exemples précédents afin de vous montrer comment une idée simple peut être exploitée sur le plan oratoire.

« Mesdames et Messieurs, frères d’armes et de larmes, un chemin s’ouvre à nous si vous le souhaitez. Mais d’abord, il faut accepter de courir le risque. Car je ne vous propose pas une aventure, ordinaire, commune, banale parmi d’autres… Non : l’aventure que je vous propose est l’Aventure humaine, la grande Aventure de l’Histoire et de l’Homme. Franchissons ensemble si vous le voulez les barrières de l’indifférence, les terrains clos de l’ethnocentrisme, les champs clôturés de la haine qui n’ouvrent aucune perspective. Partons vers Demain : l’avenir nous tend les mains.

Mesdames et Messieurs, frères d’armes et de larmes, le départ que je vous propose est d’abord une avancée vers plus de justice sociale, cette grande aventure que je vous demande de vivre avec moi, notre grande aventure ne pourra se faire qu’avec davantage de solidarité et de fraternité. Oui, c’est tous ensemble que nous réussirons. Ne dites pas que le départ est impossible. Auriez-vous peur d’être vous-même ? Ne croyez pas qu’une autre voie n’est pas envisageable. Abandonneriez-vous à l’indifférence et aux désillusions votre courage, vos valeurs, votre foi en l’espérance ?

Non : je sais que vous êtes capable de marcher sur la route qui se dessine devant vous. Qu’importent les pierres sur le chemin ? Nous réussirons. Qu’importent les obstacles ? Nous les franchirons. Qu’importent les montagnes puisqu’il y a des sommets à franchir et que nous les franchirons. Mesdames et Messieurs, frères d’armes et de larmes, je sais que les avenues de l’Histoire s’ouvriront devant nous si nous les empruntons. Regardez : la vie est en partance, de toute part des hommes et des femmes s’engagent dans le chemin.  Alors, la question que je vous pose aujourd’hui est simple : êtes-vous prêts à tenter l’Aventure ? Voulez-vous transformer une volonté en Histoire ? »

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Analyse…

Comme vous le voyez, j’ai également exploité ici la technique de la gradation ternaire : une série de trois mots vont en progression afin d’amplifier l’idée selon une logique de dramatisation : « les barrières de l’indifférence, les terrains clos de l’ethnocentrisme, les champs clôturés de la haine « . On a même ici une double gradation ternaire : barrières, terrains clos, champs clôturés d’une part ; indifférence, ethnocentrisme, haine d’autre part. Une bonne idée aussi est d’interpeller le destinataire en le faisant parler à sa place. Cela fonctionne très bien avec les interrogations oratoires selon une logique antithétique : « Ne dites pas que le départ est impossible. Auriez-vous peur d’être vous-même ? Ne croyez pas qu’une autre voie n’est pas envisageable. Abandonneriez-vous à l’indifférence et aux désillusions votre courage, vos valeurs, votre foi en l’espérance ?« . Au passage, vous remarquerez que la deuxième interrogation oratoire s’achève à nouveau sur une gradation ternaire : « courage, valeurs, foi » qui permet de faire passer l’action du terrain de la vertu (le courage) à celui de la morale (les valeurs) et enfin de l’adhésion spirituelle (la foi).

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Exercice n°2 : rédiger un réquisitoire ou un plaidoyer

Dans cet entraînement, je vous invite à travailler sur le réquisitoire et le plaidoyer. Ces exercices étant souvent proposés à l’EAF, il est important que vous les maîtrisiez. Tout d’abord, allez voir sur site-magister.com les rappels utiles consacrés aux techniques de persuasion, et plus particulièrement au registre oratoire. Comme vous le voyez, le plaidoyer et le réquisitoire sont évalués au Baccalauréat selon des critères précis que vous devez respecter.

Sujet : dans un discours devant un public de députés européens, vous cherchez à justifier ou au contraire à dénoncer la généralisation de l’Anglais comme langue de trvail unique au Parlement européen. Quelle que soit votre prise de position, vous rédigerez obligatoirement 3 paragraphes centrés chacun sur UNE seule idée. Vous devez donc trouver en tout TROIS idées, que vous exposerez selon une logique de progression (du moins important au plus important). Bien entendu, vous devez exploiter toutes les techniques oratoires vues jusqu’ici, y compris celles proposées dans le corrigé.

Rappel concernant la structure du paragraphe argumentatif… Un paragraphe argumentatif est composé de la façon suivante :
  1. On annonce l’idée.
  2. On la développe, on l’approfondit.
  3. On l’illustre avec un ou deux exemples.

Même si un discours n’obéira pas tout à fait à la même rigueur de construction qu’une dissertation (du fait même de sa charge émotionnelle et affective), il doit cependant respecter cette structure selon une logique clairement identifiable.

AVANT de commencer, regardez bien le tableau ci-dessous qui fait le point sur le plaidoyer et le réquisitoire.

PLAIDOYER

RÉQUISITOIRE

Qui parle ? Il s’agit d’un discours. Donc la fonction expressive du langage sera privilégiée (emploi du je + implication forte de l’énonciateur)
A qui ?

Utilisation de la fonction impressive (ou conative) : la fonction conative met l’accent sur le destinataire, en cherchant à agir sur lui : le but est de mettre en cause le récepteur (une personne, le public, vos lecteurs) en le contraignant à faire quelque chose qui va dans votre sens.

De qui,
de quoi ?
D’une personne ou d’une cause qu’on cherchera à défendre. D’une personne ou d’une cause qu’on cherchera à discréditer (le héros que l’on croyait n’est en fait qu’un coupable ; la thèse que certains défendent est fausse et illusoire).
Lexique Laudatif (louer quelqu’un, faire son éloge) et mélioratif (termes à connotation positive)

Péjoratif et dépréciatif

Registre

Lyrique, pathétique et injonctif

Polémique et injonctif

Procédés oratoires

Antithèses, Interrogations oratoires, anaphores, injonctions, exclamations exprimant l’émotion, la colère, l’indignation ; phrases rythmées sur le principe de la gradation ternaire, etc.

Parcours argumentatif visible et ciblé (cohérence des arguments, forte visée démonstrative, nécessité d’aller du moins important au plus important.

Bonne chance à vous. N’oubliez pas de me remettre vos propositions avant vendredi 27 mars, 21:00 pour bénéficier du bonus !

La citation de la semaine… Olympe de Gouges…

« Femme, réveille-toi ! »

Femme, réveille-toi ! Le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l’univers ; reconnais tes droits. Le puissant empire de la nature n’est plus environné de préjugés, de fanatisme, de superstition et de mensonges. Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et de l’usurpation. L’homme esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir aux tiennes pour briser ses fers. Devenu libre, il est devenu injuste envers sa compagne. Ô femmes ! Femmes, quand cesserez-vous d’être aveugles ? Quels sont les avantages que vous avez recueillis dans la révolution ? Un mépris plus marqué, un dédain plus signalé. Dans les siècles de corruption vous n’avez régné que sur la faiblesse des hommes. Votre empire est détruit ; que vous reste-t-il donc ? La conviction des injustices de l’homme. La réclamation de votre patrimoine fondée sur les sages décrets de la nature ! Qu’auriez-vous à redouter pour une si belle entreprise ? Le bon mot du Législateur des noces de Cana ? Craignez-vous que nos Législateurs français, correcteurs de cette morale, longtemps accrochée aux branches de la politique, mais qui n’est plus de saison, ne vous répètent : « Femmes, qu’y a-t-il de commun entre vous et nous ? » —Tout, auriez vous à répondre. S’ils s’obstinaient, dans leur faiblesse, à mettre cette inconséquence en contradiction avec leurs principes ; opposez courageusement la force de la raison aux vaines prétentions de supériorité ; réunissez-vous sous les étendards de la philosophie ; déployez toute l’énergie de votre caractère, et vous verrez bientôt ces orgueilleux, non serviles adorateurs rampants à vos pieds, mais fiers de partager avec vous les trésors de l’Être Suprême. Quelles que soient les barrières que l’on vous oppose, il est en votre pouvoir de les affranchir ; vous n’avez qu’à le vouloir.

Olympe de Gouges (1748-1793)
Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne
« Postambule » (1791)

Illustration : © 2021, B. R.
Photomontage d’après Alexandre Kucharski (attribué à), portrait d’Olympe de Gouges. Pastel sur parchemin, vers 1788 (coll. privée) ; J. Howard Miller, « We Can Do It! », 1942.

Rédigée le 14 août 1791, la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne est non seulement un plaidoyer fondateur de la cause féministe, mais plus largement un testament emblématique de notre démocratie. Dédiée à Marie-Antoinette pour affirmer que la question des femmes dépasse les clivages sociaux et politiques, la Déclaration de Gouges féminise entièrement la Déclaration des Droits de l’Homme du 27 août 1789. Comme le note Nicole Pellegrin, « c’est là un moyen proprement renversant de prendre au mot les révolutionnaires et de les placer face à leurs contradictions en matière d’égalité »¹. De fait, les femmes sont les grandes perdantes de la Révolution. Avec une ironie féroce, Olympe de Gouges n’hésite pas à stigmatiser ce dénigrement du féminin : « Les femmes ont le droit de monter à l’échafaud. Elles doivent également avoir celui de monter à la tribune ».

Négligée et incomprise de ses contemporains, Olympe de Gouges combattit l’esclavage, le sexisme, les violences faites aux femmes et s’engagea pour la reconnaissance juridique et l’émancipation politique des femmes à travers une œuvre littéraire très riche, et proprement réformatrice. C’est ainsi que la quatrième partie de la Déclaration « propose un « contrat social » qui redéfinit le mariage à la manière de notre PACS actuel »². Sans doute parce qu’elle s’attaquait à tant de préjugés et d’injustices, elle fut jetée en prison par la Terreur révolutionnaire, jugée sommairement et condamnée à l’échafaud. Je vous laisse méditer ces propos tenus par un rédacteur du Moniteur universel : « Elle voulut être homme d’État et il semble que la loi ait puni cette conspiratrice d’avoir oublié les vertus qui conviennent à son sexe »³.

Portrait présumé d’Olympe de Gouges, par Madame Aubry.
Aquarelle conservée au musée Carnavalet (Paris).

Ainsi que le remarque Yannick Ripa dans un ouvrage remarquable, « Olympe de Gouges est guillotinée pour avoir enfreint, par un manifeste en faveur des Girondins, la loi du 29 mars 1793 interdisant les écrits contre-révolutionnaires ; son élimination est aussi une condamnation sans appel des femmes révolutionnaires ; le procureur Chaumette la condamne en tant que « femme-homme », « virago » qui « abandonne les soins de son ménage, voulut politiquer et commit des crimes »⁴.

Par sa force oratoire et la portée de ses idées, la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne est un texte visionnaire qui se doit de figurer aujourd’hui au Panthéon des Lettres françaises.

Bruno Rigolt

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NOTES
(1) Nicole Pellegrin, Écrits féministes de Christine de Piran à Simone de Beauvoir. Coll. « Champs classiques », Flammarion, Paris 2010, page 76.
(2) ibid. page 77.
(3) Le Moniteur Universel, 29 brumaire an II (19 novembre 1793), t. XVIII, numéro 59. J’aurais pu aussi citer ces propos (sur Olympe de Gouges, Marie Antoinette et Marie-Jeanne Roland) qui vont dans le même sens : « En peu de temps, le tribunal révolutionnaire vient de donner aux femmes un grand exemple qui ne sera pas perdu pour elles : car la justice toujours impartiale, place sans cesse la leçon à côté de la sévérité ».
(4) Yannick Ripa, Les Femmes, actrices de l’histoire. France, de 1789 à nos jours. Armand Colin, collection U « Histoire », Paris 2002, page 23. Voici les propos exacts du Procureur Chaumette rapportés par Elisabeth Badinter : « Rappelez-vous cette femme hautaine d’un époux perfide, la Roland, qui se crut propre à gouverner la République, et qui concourut à sa perte. Rappelez-vous, hier cette virago, cette homme-femme, l’impudente Olympe de Gouges, qui la première, institua des assemblées de femmes, voulut politiquer et commit des crimes. Tous ces êtres immoraux ont été anéantis sous le fer vengeur des lois ». Elisabeth Badinter, Condorcet, Prudhomme, Guyomar : Paroles d’hommes (1790-1793), P.O.L. Paris 1989, pages 181-182.

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Guide méthodologique d’aide à l’expression écrite. Entraînement n°1 : Métaphore filée, anaphores, interrogations oratoires

eaf.1236521947.jpgÉpreuve Anticipée de Français (EAF) : bientôt le deuxième baccalauréat blanc ! Les résultats souvent mitigés voire inquiétants pour certaines ou certains doivent les interpeller. Ce n’est pas tant au niveau de la question ou de la compréhension du corpus que les problèmes sont le plus préoccupants mais plutôt d’un point de vue analytique et rédactionnel. L’écrit d’invention en particulier a été décevant lors du premier examen blanc, pour des raisons qui tiennent à une mauvaise prise en compte des consignes posées et de l’utilisation du temps. De fait, beaucoup d’entre vous éprouvent des difficultés à comprendre ce qui est attendu d’eux, plus particulièrement d’un point de vue stylistique et rédactionnel. C’est la raison pour laquelle chaque semaine avant le prochain examen blanc, je reviendrai sur la méthodologie de l’écrit d’invention.
        
Calendrier d’entraînement :
  • Dimanche 8 mars : exploiter la métaphore filée, les anaphores, les interrogations oratoires
  • Jeudi 19 mars : rédiger un réquisitoire ou un plaidoyer (+ corrigé n°1)
  • Jeudi 26 mars : structurer un paragraphe argumentatif (+ corrigé n°2)
  • Jeudi 02 avril : introduire et conclure un écrit d’invention (+ corrigé n°3)

_________________

Entraînement n°1

Métaphore filée, anaphores, interrogations oratoires

De nombreux sujets vous amènent à devoir rédiger une lettre, un discours, un article de presse, etc. Malgré les apparences, ces sujets obéissent tous à la même règle. Si vous êtes malin, préparez-vous deux ou trois modèles-type qui vous aideront à aller plus vite dans la recherche des idées, et de consacrer davantage de temps à la rédaction. Il vous suffira de modifier certains aspects en fonction du sujet à traiter (en travaillant surtout les expansions nominales).

1. La métaphore filée

Prenons un sujet type : il vous est demandé par exemple de rédiger un discours vous amenant à plaider pour plus de justice sociale. Si vous êtes astucieux, vous allez exploiter la technique de la métaphore filée. Comme vous le savez, on entend par là une métaphore qui se prolonge, qui est développée à travers un même réseau lexical. Si vous avez du mal à trouver ou à formuler vos idées, la métaphore filée constitue une aide précieuse. Imaginons un candidat qui n’a que peu d’arguments, par exemple « plus de justice sociale permettra d’améliorer les conditions de vie et le monde ». Malgré sa justesse, l’idée en elle-même est assez pauvre et banale du fait de son manque d’originalité. Néanmoins, vous allez voir comment une métaphore filée peut la transformer. Pensez par exemple au champ lexical de la construction : « rebâtir, construire, fondations, pierre, maison, édifice, murs… » etc.

Reprenons maintenant notre idée de départ en l’étayant grâce à une métaphore filée :

« Plus de justice sociale permettra d’améliorer les conditions de vie et le monde : il faut en effet que tous les murs qui séparent les hommes tombent : mur de l’indifférence, mur du racisme, mur de l’égoïsme. Le monde n’est pas seulement un ensemble de continents, c’est notre maison commune. En ce début de vingt-et-unième siècle, il est peut-être temps de rebâtir le monde pour plus de justice sociale, de construire une nouvelle société, plus humaine, plus fraternelle. I1 nous appartient de poser les fondations d’un monde plus respectueux des valeurs communes. Un nouvel humanisme est nécessaire ! Alors que le vieil édifice s’écroule, des voix rappellent qu’il faut poser la première pierre de la fraternité ! »

2. Même exemple que précédemment mais avec des anaphores et des interrogations oratoires :

« Mesdames, Messieurs, Chers frères humains, voilà ce que je vous propose : il faut que tous les murs qui séparent les hommes tombent : mur de l’indifférence, mur de la misère, mur de l’égoïsme. Peut-on accepter de vivre ainsi ? Avons-nous été créés pour nous déchirer ? Pour nous haïr ? Plus de justice sociale ne permettrait-elle pas d’améliorer les conditions de vie et le monde ?

Mesdames, Messieurs, Chers frères humains, notre monde en effet n’est pas seulement un ensemble de continents, c’est notre maison commune. Devons-nous accepter de laisser mourir cette maison et d’en voir s’écrouler les fondations? Devons-nous nous résoudre à partir en laissant les clés sur la porte ? Notre terre doit-elle être condamnée à devenir une maison abandonnée ? En ce début de vingt-et-unième siècle, il est peut-être temps de rebâtir le monde, de construire une nouvelle société, plus humaine, plus fraternelle.

Mesdames, Messieurs, Chers frères humains, il nous appartient de poser les fondations d’un monde plus respectueux des valeurs communes. Un nouvel humanisme est nécessaire ! Alors que le vieil édifice s’écroule, des voix rappellent qu’il faut poser la première pierre de la fraternité ! »

_________________

3. Gagner des points pour la moyenne… C’est trop facile ! Faites chaque semaine l’exercice d’entraînement proposé ! Durée :1 heure (à 1h15) environ.

  • Exercice n°1 : Gardez le sujet de départ et refaites l’exercice en respectant le même ordre : 1) métaphore filée, 2) métaphore filée + anaphores et interrogations oratoires) mais en utilisant le champ lexical du voyage ou du déplacement (route, partir, etc.) : comme vous l’avez vu, c’est d’abord un travail de style et d’approfondissement qui est attendu de vous. Jeudi prochain à 21 heures précises, je mettrai en ligne un corrigé type avec le deuxième entraînement. D’ici là, vous pouvez m’envoyer en ligne vos contributions ou me les remettre en cours (Jeudi prochain dernière limite). Elles seront prises en compte comme bonus dans le calcul de la moyenne du troisième trimestre (selon les modalités expliquées en cours). Attention : pour bénéficier du bonus, vous devez impérativement faire les 4 exercices en respectant le calendrier proposé ! Bon courage !

Les représentations de la femme dans « Candide » de Voltaire

Support de Cours

La femme et ses représentations

dans Candide

Stéréotypes et Sexisme

Introduction

Traduit dans le monde entier, Candide est unanimement reconnu comme le « chef-d’œuvre » voltairien, et plus largement comme un monument emblématique de la critique de la société entreprise par le siècle des Lumières. Impertinent, subversif, généreux, ce conte philosophique est donc l’un de ces classiques de la littérature universelle dont nul n’oserait récuser le décisif ascendant qu’il a pris depuis sa parution en 1759 pour imposer la grande idée des droits de l’homme. Nous avons vu dans une étude précédente combien, s’il fallait relativiser la portée purement « philosophique » de ce roman d’apprentissage, il convenait néanmoins de saluer l’intention idéologique de Voltaire d’avoir opposé aux absolus spéculatifs un nouvel ordre de vie et de valeurs par l’action et le travail : c’est en effet le sens qu’il convient de donner à la fameuse métaphore du jardin au chapitre trente.

Cela étant dit, faut-il pour autant se priver d’une relecture critique du texte voltairien ? Certains auteurs, et non des moindres ont par exemple montré combien Voltaire n’avait pas échappé à de nombreux stéréotypes liés à son combat contre la morale judéo-chrétienne. J’en veux pour preuve l’ouvrage de Léon Poliakov qui dans son Histoire de l’antisémitisme n’hésite pas à ranger Voltaire parmi d’autres écrivains judéophobes. Il semblerait donc que l’auteur de Candide, tout en rejetant explicitement les ethnocentrismes, n’ait pas moins été victime des idées reçues et parfois des graves dérives d’une pensée qui se voulait pourtant  progressiste et n’avait d’autre but que de combattre les préjugés. Plus particulièrement dans le cadre de la Journée Internationale de la Femme, je vous invite à une réinterprétation plus sociologique de certains passages de Candide, au regard de la condition féminine.

La difficulté quand on lit ce conte philosophique, c’est de se défaire d’une certaine lecture d’impulsion, caractéristique du registre burlesque : reconnaissons-le, les femmes dans Candide font l’objet de toutes les railleries. L’auteur impose avant tout une certaine image identificatrice qui, constituant tout à la fois le paradoxe et la réussite de ce livre, n’en conforte pas moins les lecteurs dans des rôles assez stéréotypés : on a envie de rire plus que de réfléchir quand on lit par exemple ce passage bien connu du chapitre un :

« Madame la baronne, qui pesait environ trois cent cinquante livres, s’attirait par là une très grande considération, et faisait les honneurs de la maison avec une dignité qui la rendait encore plus respectable. Sa fille Cunégonde, âgée de dix-sept ans, était haute en couleur, fraîche, grasse, appétissante. »

L’ironie, arme favorite de Voltaire, joue ici à plein régime : la présentation très tendancieuse de Cunégonde (qui n’a que dix-sept ans), ridicule plutôt que noble, en fait d’emblée une sorte d’objet de consommation, à la limite de la « denrée » humaine, de la pâtisserie « copieuse », lourde à digérer de surcroît ! Toute cette mise en scène est également, si j’ose dire, une « mise en bouche » pour le lecteur : ici, la déformation fictionnelle du corps de la femme, sa plasticité physique exagérée provoque un effet de sens très ambigu : l’aspect « alimentaire » de Cunégonde annonce son appétence « sensuelle » évoquée très explicitement quelques lignes plus loin à l’occasion de la fameuse « leçon de physique expérimentale » de Pangloss :

Un jour, Cunégonde, en se promenant auprès du château, dans le petit bois qu’on appelait parc, vit entre des broussailles le docteur Pangloss qui donnait une leçon de physique expérimentale à la femme de chambre de sa mère, petite brune très jolie et très docile. Comme Mlle Cunégonde avait beaucoup de dispositions pour les sciences, elle observa, sans souffler, les expériences réitérées dont elle fut témoin ; elle vit clairement la raison suffisante du docteur, les effets et les causes, et s’en retourna tout agitée, toute pensive, toute remplie du désir d’être savante, songeant qu’elle pourrait bien être la raison suffisante du jeune Candide, qui pouvait aussi être la sienne.

Le problème ici tient à ce que j’appellerai l’instrumentalisation du corps de la femme à des fins « philosophiques » : certes, on dira que le but de Voltaire est de s’attaquer au monde aristocratique, mais la difficulté vient des moyens employés : l’auteur ne tend-il pas à imposer ou à reproduire une image déviée et dégradante de la femme, utilisée surtout comme faire-valoir ? Certains commentateurs ont souligné à propos de ce passage l’importance accordée par Voltaire à la « complexité » de la sensualité féminine  (¹). Mais Cunégonde ne serait-elle pas davantage le type même de « l’objet consommable » ? Son attitude posturale très ridiculisée induit également une posture psychique infériorisante, dénuée précisément de « complexité » : sensualité, hypocrisie, sottise et passivité, autant de traits présumés de la femme qui en dessinent un portrait imaginaire, largement conditionné par les stéréotypes. Le chapitre huit de Candide est sur ce point très représentatif :

« J’étais dans mon lit et je dormais profondément, quand il plut au ciel d’envoyer les Bulgares dans notre beau château de Thunder-ten-tronckh ; ils égorgèrent mon père et mon frère, et coupèrent ma mère par morceaux. Un grand Bulgare, haut de six pieds, voyant qu’à ce spectacle j’avais perdu connaissance, se mit à me violer ; cela me fit revenir, je repris mes sens, je criai, je me débattis, je mordis, j’égratignai, je voulais arracher les yeux à ce grand Bulgare, ne sachant pas que tout ce qui arrivait dans le château de mon père était une chose d’usage : le brutal me donna un coup de couteau dans le flanc gauche dont je porte encore la marque. » – Hélas ! j’espère bien la voir, dit le naïf Candide. – Vous la verrez, dit Cunégonde ; mais continuons. – Continuez, dit Candide.

Elle reprit ainsi le fil de son histoire : « Un capitaine bulgare entra, il me vit toute sanglante, et le soldat ne se dérangeait pas. Le capitaine se mit en colère du peu de respect que lui témoignait ce brutal, et le tua sur mon corps. Ensuite il me fit panser, et m’emmena prisonnière de guerre dans son quartier. Je blanchissais le peu de chemises qu’il avait, je faisais sa cuisine ; il me trouvait fort jolie, il faut l’avouer ; et je ne nierai pas qu’il ne fût très bien fait, et qu’il n’eût la peau blanche et douce ; d’ailleurs peu d’esprit, peu de philosophie : on voyait bien qu’il n’avait pas été élevé par le docteur Pangloss. Au bout de trois mois, ayant perdu tout son argent et s’étant dégoûté de moi, il me vendit à un Juif nommé don Issacar, qui trafiquait en Hollande et en Portugal, et qui aimait passionnément les femmes. Ce Juif s’attacha beaucoup à ma personne, mais il ne pouvait en triompher ; je lui ai mieux résisté qu’au soldat bulgare. Une personne d’honneur peut être violée une fois, mais sa vertu s’en affermit. »

Comme vous le voyez, un certain nombre de lieux communs traversent ce passage. La femme ici est non seulement animalisée mais elle est aussi « objetisée » : victime complaisante, elle semble accepter sa condition de femme passive. Voltaire n’hésite pas à en rajouter, raillant même l’attention que Cunégonde porte à son ravisseur durant le viol par un comportement où la sensualité rivalise avec l’honneur. L’arrière-plan nécrophile et sado-masochiste de cet extrait valorise par ailleurs une scénographie agressive d’autant plus tendancieuse qu’elle légitime un certain nombre d’images résiduelles du viol dans l’imaginaire masculin, et qui sont encore largement répandues dans la société contemporaine (²).

Derrière la dévalorisation de l’idéal amoureux, c’est surtout l’image de la femme qui semble ici discréditée : le tempérament outrancièrement « sensuel » et « insatiable » de Cunégonde présentée comme une « femme-potiche », joint à une existence avilissante de « femme boniche » amènent à questionner cette violence symbolique voulue par Voltaire : les mots d' »honneur » ou de « vertu » employés ici par antiphrase font de Cunégonde l’archétype de la femme « sans tête » : elle n’est qu’un corps dénué d’esprit, un bien échangeable selon une logique consumériste :

Le grand inquisiteur m’aperçut un jour à la messe, il me lorgna beaucoup, et me fit dire qu’il avait à me parler pour des affaires secrètes. Je fus conduite à son palais ; je lui appris ma naissance ; il me représenta combien il était au-dessous de mon rang d’appartenir à un Israélite. On proposa de sa part à don Issacar de me céder à monseigneur. Don Issacar, qui est le banquier de la cour et homme de crédit, n’en voulut rien faire. L’inquisiteur le menaça d’un auto-da-fé. Enfin mon Juif, intimidé, conclut un marché, par lequel la maison et moi leur appartiendraient à tous deux en commun : que le Juif aurait pour lui les lundis, mercredis et le jour du sabbat, et que l’inquisiteur aurait les autres jours de la semaine.

Il est évident que l’image de Cunégonde dans ce chapitre se rattache aux rôles archétypiques que la société reconnaît à la femme soumise : elle n’est présentée qu’à travers l’espace domestique : salle de bain, salle à manger, cuisine, chambre à coucher (« Je blanchissais le peu de chemises qu’il avait, je faisais sa cuisine ; il me trouvait fort jolie, il faut l’avouer ; et je ne nierai pas qu’il ne fût très bien fait, et qu’il n’eût la peau blanche et douce »). Séductrice, disponible, Cunégonde est aussi dispensatrice de fantasmes, au premier rang desquels figure sa condition de « présentoir » et d’objet consommable.

La question que l’on pourrait poser est donc la suivante : par quel mécanisme convenu nul n’oserait sourire au chapitre dix-neuf qui dénonce le caractère ignoble de l’esclavage, et pourquoi nous prend-il ici l’envie de rire alors qu’il est question de viol et d’asservissement ? Car la réalité décrite est bien celle de la femme violée, battue, menacée, enfermée et marchandisée par ceux-là même qui l’ont achetée ! Certains diront sans doute que Voltaire use du registre réaliste ou burlesque pour mieux dénoncer le mal et l’absurdité de la vie. Certes, on peut admettre en effet que dans les chapitres sur la guerre ou l’Inquisition, l’antiphrase et l’ironie servent clairement ce but.

Mais ici, la dégradation de Cunégonde n’aboutit pas à une réflexion sur la femme dans son statut et sa condition. Bien au contraire, loin d’inviter à une lecture réflexive, ce passage cantonne le lecteur de Candide dans une lecture impulsive (encourageant au passage les poncifs sur la figure du banquier juif ou la corruption des hommes d’Église) : les nombreuses critiques que Voltaire dirigera une grande partie de sa vie contre le sexe féminin ont d’ailleurs maintenu ses héroïnes dans un imaginaire social largement façonné par les stéréotypes masculins et les conventions sociales de son époque. Il est quand même navrant de constater que l’émancipation de Cunégonde, à la différence de celle de Candide ne peut s’exprimer uniquement que sur le terrain sentimental ou domestique. Il n’est dès lors pas étonnant que la fin du texte la présente comme vieillie et peu désirable :

Le tendre amant Candide, en voyant sa belle Cunégonde rembrunie, les yeux éraillés, la gorge sèche, les joues ridées, les bras rouges et écaillés, recula trois pas saisi d’horreur, et avança ensuite par bon procédé. Elle embrassa Candide et son frère ; on embrassa la vieille : Candide les racheta toutes deux. Il y avait une petite métairie dans le voisinage : la vieille proposa à Candide de s’en accommoder, en attendant que toute la troupe eût une meilleure destinée. Cunégonde ne savait pas qu’elle était enlaidie, personne ne l’en avait avertie : elle fit souvenir Candide de ses promesses avec un ton si absolu que le bon Candide n’osa pas la refuser.

Alors que Candide, parvenu au terme de son apprentissage intellectuel, arrive à s’affranchir des enseignements factices de Pangloss, Cunégonde n’est même plus dans le « Sois belle et tais-toi » du chapitre huit. Elle perd ici son statut de femme pour se cantonner dans la fausseté de l’idéal sentimental. Dans le passage peut d’ailleurs se lire une peur anthropologique latente liée à la question de la reproduction : en faisant de Cunégonde une femme vieille, on comprend que lui sera parallèlement dénié son statut de mère : une récurrence remarquable est la présence du champ lexical de la laideur et de la vieillesse : « rembrunie, éraillés, sèche, écaillés » etc.

Autant de termes qui la condamnent : d’objet consommable, Cunégonde devient objet jetable. Sur le plan symbolique et moral, on pourrait voir dans cet enlaidissement la conséquence de son égoïsme et de sa lâcheté. À la fin du conte, Cunégonde n’a plus rien à espérer de la vie : elle n’est sauvée que par le comportement « vertueux » d’un Candide militant et « citoyen » qui semble presque la « racheter » de ses fautes passées, et lui éviter ainsi de finir dans le malheur et la solitude.

Nous apprendrons un peu plus loin dans le texte qu’elle devient « une excellente pâtissière », remarque pleine d’humour s’il en est, et qui n’est pas sans évoquer le premier chapitre. Certains commentateurs ont cru déceler ici une certaine tendresse de l’auteur pour son héroïne. Je serai personnellement plus réservé : en fait, même à la fin du conte, Cunégonde est maintenue dans la sphère privée, dans une posture de dominée et de dépendance, et sans doute ne serait-il pas faux de parler d’attitude discriminatoire.

De fait, alors que Candide s’est libéré, les autres personnages du livre semblent condamnés par un déterminisme héréditaire, social ou sexuel qui n’est pas sans évoquer la question de l’ambiguïté de l’écrivain à l’égard de ses créatures : tantôt Voltaire semble s’identifier à ses protagonistes comme pour la dernière réplique de Candide (c’est bien Voltaire qui parle), tantôt il les abandonne à la trivialité de leur condition…

Conclusion

La question est donc de savoir si la fin justifie toujours les moyens ? De fait, si Voltaire a été le grand écrivain de la raison et du refus des préjugés, il n’a pas pour autant renoncé à exploiter inconsciemment ou à dessein certains clichés ou stéréotypes, et Jacqueline Feldman a bien raison d’affirmer à propos des Lumières que « la rationalité est avant tout le privilège de ceux qui détiennent le pouvoir » (³). C’est précisément le sens du cri de révolte lancé par Olympe de Gouges en 1791 dans sa célèbre « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne« . Deux ans plus tard, elle sera guillotinée…

© Bruno Rigolt
Lycée en Forêt (Montargis, France) / Espace Pédagogique Contributif

NOTES

(1) D. J. Adams La Femme dans les contes et les romans de Voltaire, Nizet Paris 1974.
(2) On a presque envie de dire de Cunégonde « qu’elle l’a bien cherché ». J’ose à peine ici faire référence à ces sketchs bien connus intitulés « Le viol de Monique » (Coluche) ou « Le lâcher de s… » (Bigard) et qui semblent s’inscrire dans le droit fil de ce registre burlesque. En fait, il faut noter que dans cette insistance des stéréotypes les plus éculés réside une profonde discrimination qui paraît aller à l’encontre de tout humanisme et de toute modernité sociale.
(3) Jacqueline Feldman « Le savant et la sage-femme », Impact, Unesco (volume 25, n°1, 1975).

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Les représentations de la femme dans "Candide" de Voltaire

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La femme et ses représentations

dans Candide

Stéréotypes et Sexisme

Introduction

Traduit dans le monde entier, Candide est unanimement reconnu comme le « chef-d’œuvre » voltairien, et plus largement comme un monument emblématique de la critique de la société entreprise par le siècle des Lumières. Impertinent, subversif, généreux, ce conte philosophique est donc l’un de ces classiques de la littérature universelle dont nul n’oserait récuser le décisif ascendant qu’il a pris depuis sa parution en 1759 pour imposer la grande idée des droits de l’homme. Nous avons vu dans une étude précédente combien, s’il fallait relativiser la portée purement « philosophique » de ce roman d’apprentissage, il convenait néanmoins de saluer l’intention idéologique de Voltaire d’avoir opposé aux absolus spéculatifs un nouvel ordre de vie et de valeurs par l’action et le travail : c’est en effet le sens qu’il convient de donner à la fameuse métaphore du jardin au chapitre trente.

Cela étant dit, faut-il pour autant se priver d’une relecture critique du texte voltairien ? Certains auteurs, et non des moindres ont par exemple montré combien Voltaire n’avait pas échappé à de nombreux stéréotypes liés à son combat contre la morale judéo-chrétienne. J’en veux pour preuve l’ouvrage de Léon Poliakov qui dans son Histoire de l’antisémitisme n’hésite pas à ranger Voltaire parmi d’autres écrivains judéophobes. Il semblerait donc que l’auteur de Candide, tout en rejetant explicitement les ethnocentrismes, n’ait pas moins été victime des idées reçues et parfois des graves dérives d’une pensée qui se voulait pourtant  progressiste et n’avait d’autre but que de combattre les préjugés. Plus particulièrement dans le cadre de la Journée Internationale de la Femme, je vous invite à une réinterprétation plus sociologique de certains passages de Candide, au regard de la condition féminine.

La difficulté quand on lit ce conte philosophique, c’est de se défaire d’une certaine lecture d’impulsion, caractéristique du registre burlesque : reconnaissons-le, les femmes dans Candide font l’objet de toutes les railleries. L’auteur impose avant tout une certaine image identificatrice qui, constituant tout à la fois le paradoxe et la réussite de ce livre, n’en conforte pas moins les lecteurs dans des rôles assez stéréotypés : on a envie de rire plus que de réfléchir quand on lit par exemple ce passage bien connu du chapitre un :

« Madame la baronne, qui pesait environ trois cent cinquante livres, s’attirait par là une très grande considération, et faisait les honneurs de la maison avec une dignité qui la rendait encore plus respectable. Sa fille Cunégonde, âgée de dix-sept ans, était haute en couleur, fraîche, grasse, appétissante. »

L’ironie, arme favorite de Voltaire, joue ici à plein régime : la présentation très tendancieuse de Cunégonde (qui n’a que dix-sept ans), ridicule plutôt que noble, en fait d’emblée une sorte d’objet de consommation, à la limite de la « denrée » humaine, de la pâtisserie « copieuse », lourde à digérer de surcroît ! Toute cette mise en scène est également, si j’ose dire, une « mise en bouche » pour le lecteur : ici, la déformation fictionnelle du corps de la femme, sa plasticité physique exagérée provoque un effet de sens très ambigu : l’aspect « alimentaire » de Cunégonde annonce son appétence « sensuelle » évoquée très explicitement quelques lignes plus loin à l’occasion de la fameuse « leçon de physique expérimentale » de Pangloss :

Un jour, Cunégonde, en se promenant auprès du château, dans le petit bois qu’on appelait parc, vit entre des broussailles le docteur Pangloss qui donnait une leçon de physique expérimentale à la femme de chambre de sa mère, petite brune très jolie et très docile. Comme Mlle Cunégonde avait beaucoup de dispositions pour les sciences, elle observa, sans souffler, les expériences réitérées dont elle fut témoin ; elle vit clairement la raison suffisante du docteur, les effets et les causes, et s’en retourna tout agitée, toute pensive, toute remplie du désir d’être savante, songeant qu’elle pourrait bien être la raison suffisante du jeune Candide, qui pouvait aussi être la sienne.

Le problème ici tient à ce que j’appellerai l’instrumentalisation du corps de la femme à des fins « philosophiques » : certes, on dira que le but de Voltaire est de s’attaquer au monde aristocratique, mais la difficulté vient des moyens employés : l’auteur ne tend-il pas à imposer ou à reproduire une image déviée et dégradante de la femme, utilisée surtout comme faire-valoir ? Certains commentateurs ont souligné à propos de ce passage l’importance accordée par Voltaire à la « complexité » de la sensualité féminine  (¹). Mais Cunégonde ne serait-elle pas davantage le type même de « l’objet consommable » ? Son attitude posturale très ridiculisée induit également une posture psychique infériorisante, dénuée précisément de « complexité » : sensualité, hypocrisie, sottise et passivité, autant de traits présumés de la femme qui en dessinent un portrait imaginaire, largement conditionné par les stéréotypes. Le chapitre huit de Candide est sur ce point très représentatif :

« J’étais dans mon lit et je dormais profondément, quand il plut au ciel d’envoyer les Bulgares dans notre beau château de Thunder-ten-tronckh ; ils égorgèrent mon père et mon frère, et coupèrent ma mère par morceaux. Un grand Bulgare, haut de six pieds, voyant qu’à ce spectacle j’avais perdu connaissance, se mit à me violer ; cela me fit revenir, je repris mes sens, je criai, je me débattis, je mordis, j’égratignai, je voulais arracher les yeux à ce grand Bulgare, ne sachant pas que tout ce qui arrivait dans le château de mon père était une chose d’usage : le brutal me donna un coup de couteau dans le flanc gauche dont je porte encore la marque. » – Hélas ! j’espère bien la voir, dit le naïf Candide. – Vous la verrez, dit Cunégonde ; mais continuons. – Continuez, dit Candide.

Elle reprit ainsi le fil de son histoire : « Un capitaine bulgare entra, il me vit toute sanglante, et le soldat ne se dérangeait pas. Le capitaine se mit en colère du peu de respect que lui témoignait ce brutal, et le tua sur mon corps. Ensuite il me fit panser, et m’emmena prisonnière de guerre dans son quartier. Je blanchissais le peu de chemises qu’il avait, je faisais sa cuisine ; il me trouvait fort jolie, il faut l’avouer ; et je ne nierai pas qu’il ne fût très bien fait, et qu’il n’eût la peau blanche et douce ; d’ailleurs peu d’esprit, peu de philosophie : on voyait bien qu’il n’avait pas été élevé par le docteur Pangloss. Au bout de trois mois, ayant perdu tout son argent et s’étant dégoûté de moi, il me vendit à un Juif nommé don Issacar, qui trafiquait en Hollande et en Portugal, et qui aimait passionnément les femmes. Ce Juif s’attacha beaucoup à ma personne, mais il ne pouvait en triompher ; je lui ai mieux résisté qu’au soldat bulgare. Une personne d’honneur peut être violée une fois, mais sa vertu s’en affermit. »

Comme vous le voyez, un certain nombre de lieux communs traversent ce passage. La femme ici est non seulement animalisée mais elle est aussi « objetisée » : victime complaisante, elle semble accepter sa condition de femme passive. Voltaire n’hésite pas à en rajouter, raillant même l’attention que Cunégonde porte à son ravisseur durant le viol par un comportement où la sensualité rivalise avec l’honneur. L’arrière-plan nécrophile et sado-masochiste de cet extrait valorise par ailleurs une scénographie agressive d’autant plus tendancieuse qu’elle légitime un certain nombre d’images résiduelles du viol dans l’imaginaire masculin, et qui sont encore largement répandues dans la société contemporaine (²).

Derrière la dévalorisation de l’idéal amoureux, c’est surtout l’image de la femme qui semble ici discréditée : le tempérament outrancièrement « sensuel » et « insatiable » de Cunégonde présentée comme une « femme-potiche », joint à une existence avilissante de « femme boniche » amènent à questionner cette violence symbolique voulue par Voltaire : les mots d' »honneur » ou de « vertu » employés ici par antiphrase font de Cunégonde l’archétype de la femme « sans tête » : elle n’est qu’un corps dénué d’esprit, un bien échangeable selon une logique consumériste :

Le grand inquisiteur m’aperçut un jour à la messe, il me lorgna beaucoup, et me fit dire qu’il avait à me parler pour des affaires secrètes. Je fus conduite à son palais ; je lui appris ma naissance ; il me représenta combien il était au-dessous de mon rang d’appartenir à un Israélite. On proposa de sa part à don Issacar de me céder à monseigneur. Don Issacar, qui est le banquier de la cour et homme de crédit, n’en voulut rien faire. L’inquisiteur le menaça d’un auto-da-fé. Enfin mon Juif, intimidé, conclut un marché, par lequel la maison et moi leur appartiendraient à tous deux en commun : que le Juif aurait pour lui les lundis, mercredis et le jour du sabbat, et que l’inquisiteur aurait les autres jours de la semaine.

Il est évident que l’image de Cunégonde dans ce chapitre se rattache aux rôles archétypiques que la société reconnaît à la femme soumise : elle n’est présentée qu’à travers l’espace domestique : salle de bain, salle à manger, cuisine, chambre à coucher (« Je blanchissais le peu de chemises qu’il avait, je faisais sa cuisine ; il me trouvait fort jolie, il faut l’avouer ; et je ne nierai pas qu’il ne fût très bien fait, et qu’il n’eût la peau blanche et douce »). Séductrice, disponible, Cunégonde est aussi dispensatrice de fantasmes, au premier rang desquels figure sa condition de « présentoir » et d’objet consommable.

La question que l’on pourrait poser est donc la suivante : par quel mécanisme convenu nul n’oserait sourire au chapitre dix-neuf qui dénonce le caractère ignoble de l’esclavage, et pourquoi nous prend-il ici l’envie de rire alors qu’il est question de viol et d’asservissement ? Car la réalité décrite est bien celle de la femme violée, battue, menacée, enfermée et marchandisée par ceux-là même qui l’ont achetée ! Certains diront sans doute que Voltaire use du registre réaliste ou burlesque pour mieux dénoncer le mal et l’absurdité de la vie. Certes, on peut admettre en effet que dans les chapitres sur la guerre ou l’Inquisition, l’antiphrase et l’ironie servent clairement ce but.

Mais ici, la dégradation de Cunégonde n’aboutit pas à une réflexion sur la femme dans son statut et sa condition. Bien au contraire, loin d’inviter à une lecture réflexive, ce passage cantonne le lecteur de Candide dans une lecture impulsive (encourageant au passage les poncifs sur la figure du banquier juif ou la corruption des hommes d’Église) : les nombreuses critiques que Voltaire dirigera une grande partie de sa vie contre le sexe féminin ont d’ailleurs maintenu ses héroïnes dans un imaginaire social largement façonné par les stéréotypes masculins et les conventions sociales de son époque. Il est quand même navrant de constater que l’émancipation de Cunégonde, à la différence de celle de Candide ne peut s’exprimer uniquement que sur le terrain sentimental ou domestique. Il n’est dès lors pas étonnant que la fin du texte la présente comme vieillie et peu désirable :

Le tendre amant Candide, en voyant sa belle Cunégonde rembrunie, les yeux éraillés, la gorge sèche, les joues ridées, les bras rouges et écaillés, recula trois pas saisi d’horreur, et avança ensuite par bon procédé. Elle embrassa Candide et son frère ; on embrassa la vieille : Candide les racheta toutes deux. Il y avait une petite métairie dans le voisinage : la vieille proposa à Candide de s’en accommoder, en attendant que toute la troupe eût une meilleure destinée. Cunégonde ne savait pas qu’elle était enlaidie, personne ne l’en avait avertie : elle fit souvenir Candide de ses promesses avec un ton si absolu que le bon Candide n’osa pas la refuser.

Alors que Candide, parvenu au terme de son apprentissage intellectuel, arrive à s’affranchir des enseignements factices de Pangloss, Cunégonde n’est même plus dans le « Sois belle et tais-toi » du chapitre huit. Elle perd ici son statut de femme pour se cantonner dans la fausseté de l’idéal sentimental. Dans le passage peut d’ailleurs se lire une peur anthropologique latente liée à la question de la reproduction : en faisant de Cunégonde une femme vieille, on comprend que lui sera parallèlement dénié son statut de mère : une récurrence remarquable est la présence du champ lexical de la laideur et de la vieillesse : « rembrunie, éraillés, sèche, écaillés » etc.

Autant de termes qui la condamnent : d’objet consommable, Cunégonde devient objet jetable. Sur le plan symbolique et moral, on pourrait voir dans cet enlaidissement la conséquence de son égoïsme et de sa lâcheté. À la fin du conte, Cunégonde n’a plus rien à espérer de la vie : elle n’est sauvée que par le comportement « vertueux » d’un Candide militant et « citoyen » qui semble presque la « racheter » de ses fautes passées, et lui éviter ainsi de finir dans le malheur et la solitude.

Nous apprendrons un peu plus loin dans le texte qu’elle devient « une excellente pâtissière », remarque pleine d’humour s’il en est, et qui n’est pas sans évoquer le premier chapitre. Certains commentateurs ont cru déceler ici une certaine tendresse de l’auteur pour son héroïne. Je serai personnellement plus réservé : en fait, même à la fin du conte, Cunégonde est maintenue dans la sphère privée, dans une posture de dominée et de dépendance, et sans doute ne serait-il pas faux de parler d’attitude discriminatoire.

De fait, alors que Candide s’est libéré, les autres personnages du livre semblent condamnés par un déterminisme héréditaire, social ou sexuel qui n’est pas sans évoquer la question de l’ambiguïté de l’écrivain à l’égard de ses créatures : tantôt Voltaire semble s’identifier à ses protagonistes comme pour la dernière réplique de Candide (c’est bien Voltaire qui parle), tantôt il les abandonne à la trivialité de leur condition…

Conclusion

La question est donc de savoir si la fin justifie toujours les moyens ? De fait, si Voltaire a été le grand écrivain de la raison et du refus des préjugés, il n’a pas pour autant renoncé à exploiter inconsciemment ou à dessein certains clichés ou stéréotypes, et Jacqueline Feldman a bien raison d’affirmer à propos des Lumières que « la rationalité est avant tout le privilège de ceux qui détiennent le pouvoir » (³). C’est précisément le sens du cri de révolte lancé par Olympe de Gouges en 1791 dans sa célèbre « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne« . Deux ans plus tard, elle sera guillotinée…

© Bruno Rigolt
Lycée en Forêt (Montargis, France) / Espace Pédagogique Contributif

NOTES

(1) D. J. Adams La Femme dans les contes et les romans de Voltaire, Nizet Paris 1974.
(2) On a presque envie de dire de Cunégonde « qu’elle l’a bien cherché ». J’ose à peine ici faire référence à ces sketchs bien connus intitulés « Le viol de Monique » (Coluche) ou « Le lâcher de s… » (Bigard) et qui semblent s’inscrire dans le droit fil de ce registre burlesque. En fait, il faut noter que dans cette insistance des stéréotypes les plus éculés réside une profonde discrimination qui paraît aller à l’encontre de tout humanisme et de toute modernité sociale.
(3) Jacqueline Feldman « Le savant et la sage-femme », Impact, Unesco (volume 25, n°1, 1975).

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EAF Classes de Première : « Candide » ou le combat des Lumières

Support de cours

Candide ou le combat des Lumières

____________________________________

Introduction

Publié anonymement à Genève en janvier 1759, Candide ou l’optimisme de Voltaire a emblématisé depuis sa parution le genre du conte philosophique. S’il prend la forme d’un violent réquisitoire contre la théorie leibnizienne de l’harmonie préétablie, force est d’admettre cependant que la critique voltairienne de la pensée de Leibniz se place davantage au niveau de la caricature que sur le plan du débat de concepts ou d’idées. C’est à juste titre qu’André Julliot faisait remarquer combien « nulle part dans ce roman il n’est question d’une pensée philosophique digne de ce nom […]. Les inepties proférées par Pangloss et les doutes non moins ridicules de Candide ne sauraient, en effet, concerner les thèses de Leibniz et encore moins leur ressembler »¹. Ces propos d’un philosophe illustrent à eux seuls la difficulté d’appréhender le texte voltairien selon l’acception conventionnelle du mot « philosophie » : savoir totalisant et questionnement abstrait visant à une interprétation globale du monde et de l’existence humaine.

C’est donc davantage sur le terrain politique et idéologique que celui de l’idéalisme philosophique qu’il faut envisager l’œuvre. En ce sens, Voltaire serait davantage un philosophe au sens moderne que le terme va prendre à partir des Lumières : dans cette perspective, le philosophe est celui qui par le développement du savoir et de la rationalité scientifique doit permettre une amélioration des conditions sociales et politiques. Il est essentiel de bien comprendre ce renouveau épistémologique à partir du dix-huitième siècle pour saisir à sa juste valeur la révolution sans précédent qu’a amenée le système de pensée de Voltaire. Aussi je vous propose dans ce support de cours de réfléchir à Candide selon une double perspective : la destruction d’un système métaphysique, et la justification d’une morale critique de la société.

Le système philosophique de Leibniz et son discrédit par Voltaire

Exposée en 1710 dans ses Essais de Théodicée sur la bonté de Dieu, la liberté de l’homme et l’origine du mal, la théorie de Leibniz se fonde sur le concept d’optimisme ( « doctrine du meilleur »). Au dix-huitième siècle, il s’agit d’un néologisme dérivé du terme « optimum », superlatif de « bonum ». Philosophiquement parlant, l’optimisme se fonde sur une conception de la vie et de l’univers d’après laquelle tout est bien, ou le mieux possible grâce à une « harmonie préétablie » par Dieu : dans sa sagesse, « l’auteur des choses […] ne fait rien sans harmonie et sans raison » |source|. La question que pose Leibniz est donc la suivante : Pourquoi Dieu, par définition parfait, a-t-il créé un monde imparfait ? |source| La réponse proposée dans la Théodicée valorise le libre-arbitre des hommes : c’est en effet parce que Dieu les a voulu libres qu’ils peuvent faire le mal.

Mais ces « mauvaises » actions vont pourtant contribuer au perfectionnement du monde. Comme le dit Leibniz, « la limitation ou l’imperfection originale des créatures fait que même le meilleur plan de l’univers ne saurait être exempté de certains maux, mais qui y doivent tourner à un plus grand bien. Ce sont quelques désordres dans les parties, qui relèvent merveilleusement la beauté du tout; comme certaines dissonances, employées comme il faut, rendent l’harmonie plus belle » |source|. Le Mal est donc un moindre mal en vue d’un mieux : telle est la définition de l’optimisme. Chez Leibniz, la Théodicée constitue ainsi une réponse au débat philosophique sur l’origine du mal, le libre-arbitre de l’homme et l’idée d’harmonie universelle voulue par Dieu.

En délaissant intentionnellement cette grande question, éminemment philosophique, Voltaire a inscrit Candide dans un contexte beaucoup plus contingent et fantaisiste qui ne pouvait que discréditer, de par la simplification excessive et l’anticléricalisme implicite du texte, le concept d’optimisme². Faire de Pangloss le double de Leibniz, ce serait en effet se méprendre sur les intentions de Voltaire, ou tout au moins sur la portée de sa « philosophie ». Quelques mots ou expressions pris au hasard (« bien », « mieux », « meilleur des mondes possibles », « cause », « effet », « raison suffisante », etc.)  et répétés à l’envi particulièrement dans les premiers chapitres, sont autant d’effets de rhétorique qui inscrivent la démonstration métaphysique de Leibniz dans la parodie. Plus fondamentalement, sa réflexion sur la causalité porte Voltaire à vouloir changer le monde par une pensée de l’engagement et de l’action, qui discrédite les systèmes de pensée a priori, les postulats idéalistes, et plus généralement ce qu’on pourrait appeler « l’intellectualisme ».

S’il dénonce aussi sévèrement la philosophie optimiste, c’est que derrière son apparence rationnelle, elle serait responsable selon Voltaire d’une illusion métaphysique qui légitime le mal et l’injustice. Ce que l’auteur réfute dans les absolus spéculatifs, c’est bien leur prétention à imposer au monde un dogmatisme d’autant plus arbitraire qu’il est énoncé sans preuves et sans rationalité. Comme vous l’avez vu à de nombreuses reprises, Pangloss est à ce titre le type même de l’intellectuel qui a réponse à tout candide.1236196052.jpg(d’où son nom) et qui philosophe dans le vide. Son systématisme le porte à croire que « tout est au mieux » :

« Pangloss enseignait la métaphysico-théologo-cosmolonigologie. Il prouvait admirablement qu’il n’y a point d’effet sans cause, et que, dans ce meilleur des mondes possibles, le château de monseigneur le baron était le plus beau des châteaux et madame la meilleure des baronnes possibles. »

« Il est démontré, disait-il, que les choses ne peuvent être autrement : car, tout étant fait pour une fin, tout est nécessairement pour la meilleure fin. Remarquez bien que les nez ont été faits pour porter des lunettes, aussi avons-nous des lunettes. Les jambes sont visiblement instituées pour être chaussées, et nous avons des chausses. Les pierres ont été formées pour être taillées, et pour en faire des châteaux, aussi monseigneur a un très beau château ; le plus grand baron de la province doit être le mieux logé ; et, les cochons étant faits pour être mangés, nous mangeons du porc toute l’année : par conséquent, ceux qui ont avancé que tout est bien ont dit une sottise ; il fallait dire que tout est au mieux. »

Comme on le remarque ici (mais l’on aurait pu évoquer tant d’autres passages sur la légitimation de la guerre, de l’Inquisition, des fanatismes religieux, de l’esclavage, etc.), la faute morale de Pangloss tient à une erreur de départ : l’inspiration métaphysique de sa doctrine accrédite en effet des présupposés qui ne découlent d’aucune expérience. En fait, même si Voltaire ne l’a jamais vraiment avoué et a préféré se faire le porte-parole d’un certain déisme, il y a chez lui un rejet implicite de Dieu qui explique en partie l’antipathie répétée pour l’auteur de la Théodicée, le manichéisme de l’œuvre, et plus fondamentalement le rejet de toutes les doctrines métaphysiques, à commencer par la preuve cosmo-théologique de l’existence de Dieu chère à Leibniz. Mais en fait, comme nous allons le voir, c’est moins le philosophe allemand qui est visé que l’Occident judéo-chrétien dans son ensemble.

La spécificité du conte voltairien : de l’idéalisme métaphysique à l’idéalisme rationaliste

Qu’il s’agisse du paradis ethnocentriste et chimérique de Thunder-ten-Tronckh ou de l’optimisme aveugle de Pangloss, l’erreur de l’idéalisme métaphysique pour Voltaire est de réduire la réalité à une dimension illusoire et close sur elle-même qui subvertit le sens de l’histoire. Cette thèse nourrit dans le livre une vaste réflexion sociale à travers laquelle Voltaire ébranle les fondements idéologiques de l’Occident chrétien en le soumettant à une lecture politique. Les mots bien connus de Candide au chapitre dix-neuf expriment à cet égard le cri de révolte de Voltaire lui-même face au système de l’optimisme : « Ô Pangloss ! s’écria Candide, tu n’avais pas deviné cette abomination ; c’en est fait, il faudra qu’à la fin je renonce à ton optimisme. -Qu’est-ce qu’optimisme ? disait Cacambo. -Hélas ! dit Candide, c’est la rage de soutenir que tout est bien quand on est mal. »

En contrepoint de l’idéalisme métaphysique, c’est donc l’idéalisme rationaliste qui apporte le plus grand démenti à l’optimisme de Candide, et traduit le mieux le point de vue de Voltaire. Même le bonheur de l’Eldorado, trop utopique, ou l’apologue du derviche, trop spéculatif sans doute, ne sauraient pour l’auteur constituer une fin en soi de par leur présupposé idéaliste ou transcendantal. Comme le chapitre trente le suggère très bien, le véritable bonheur est à la fois « prise de conscience » et « crise de conscience » d’un système idéologique marqué par l’ancien régime. La fameuse phrase qui conclut l’odyssée de Candide (« Il faut cultiver notre jardin ») ébauche à la fois un principe de sagesse et de modération, et un principe d’économie politique très proche de « l’ordre naturel » des Physiocrates, basé sur le travail, l’échange et les lois de la nature. « Cultiver son jardin », c’est pour Voltaire refuser tout ce qui détourne l’homme de ses finalités concrètes. C’est en ce sens que ce conte philosophique redéfinit la place des hommes dans le monde selon une nouvelle vision politique qui fait de l’action la source du bonheur humain.

Une telle prise de conscience, nourrie de la pensée des Lumières, ne peut dès lors se comprendre qu’en replaçant Candide dans sa spécificité historique et idéologique : l’ouvrage reprend sur le plan narratif l’une des principales revendications de la bourgeoisie : accorder aux mérites personnels de l’individu plus d’importance qu’à la noblesse de naissance et aux spéculations métaphysiques, sources de dérives en tout genre. Cet aspect est essentiel pour appréhender la visée didactique de l’oeuvre comme roman d’apprentissage. Si les malheurs de la vie font l’éducation de Candide, le héros en ressort sans doute meurtri mais plus sage, au terme d’un parcours initiatique qui le révèle à lui-même, suivant la pédagogie habituelle des contes philosophiques voltairiens. C’est donc en fonction de cette acception qu’il convient de situer la « philosophie » de Voltaire du fait qu’elle marque l’émergence d’une nouvelle conception de l’homme et du monde.

Conclusion

Plutôt que de sacrifier le bonheur aux chimères d’un avenir utopique ou d’une quelconque Providence théologique, l’auteur de L’Ingénu invite davantage à une réflexion sur le rôle de l’intellectuel dans l’Histoire ; et s’il n’a pas vraiment renouvelé le contenu conceptuel de la philosophie, Voltaire en a cependant redéfini les enjeux politiques par une littérature du vécu et de l’engagement qui trouve son inspiration dans le changement social, la pression sur les opinions publiques et le refus des ethnocentrismes, chemin privilégié pour la quête de soi.

Copyright © mars 2009, Bruno Rigolt
Lycée en Forêt / Espace Pédagogique Contributif

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1. André Julliot, « Candide, un roman philosophique ? » in Analyses et réflexions sur Candide, Collectif, Ellipses, Paris 1995

2. Qu’il me soit permis de renvoyer le lecteur à ce magnifique texte de Leibniz :
[…] il faut reconnaître d’abord, du fait qu’il existe quelque chose plutôt que rien, qu’il y a, dans les choses possibles ou dans la possibilité même, c’est-à-dire dans l’essence, une certaine exigence d’existence, ou bien, pour ainsi dire, une prétention à l’existence, en un mot, que l’essence tend par elle-même à l’existence. D’où il suit encore que tous les possibles, c’est-à-dire tout ce qui exprime une essence ou réalité possibles, tendent d’un droit égal à l’existence, en proportion de la quantité d’essence ou de réalité, c’est-à-dire du degré de perfection qu’ils impliquent. Car la perfection n’est autre chose que la quantité d’essence.

Par là, on comprend de la manière la plus évidente que, parmi l’infinité des combinaisons et des séries possibles, celle qui existe est celle par laquelle le maximum d’essence ou de possibilité est amené à exister. Il y a toujours, dans les choses, un principe de détermination, qu’il faut tirer de la considération d’un maximum et d’un minimum, à savoir que le maximum d’effet soit fourni avec un minimum de dépense. […]

Par là, on comprend avec admiration comment, dans la formation originelle des choses, Dieu applique une sorte de mathématique divine ou de mécanisme métaphysique, et comment la détermination du maximum y intervient. Ainsi, en géométrie l’angle déterminé parmi tous les angles est l’angle droit. Ainsi un liquide placé dans un autre, hétérogène, prend la forme qui a le maximum de capacité, à savoir la forme sphérique. Ainsi encore et surtout en mécanique ordinaire, de l’action de plusieurs graves concourant entre eux résulte le mouvement par lequel en fin de compte se réalise la plus grande descente. Et de même que tous les possibles tendent d’un droit égal à exister, en proportion de leur réalité, ainsi tous les poids tendent aussi d’un droit égal à descendre, en proportion de leur gravité ; de même qu’ici se produit le mouvement dans lequel se remarque le maximum de descente des graves, de même le monde qui se réalise est celui qui réalise le maximum de possibles.

G. W. Leibniz, De la production originelle des choses prises à sa racine, textes réunis et traduits par P. Schrecker, Librairie philosophique J. Vrin, 2001, pp. 84 et s.

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EAF Classes de Première : "Candide" ou le combat des Lumières

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Candide ou le combat des Lumières
____________________________________
Introduction

Publié anonymement à Genève en janvier 1759, Candide ou l’optimisme de Voltaire a emblématisé depuis sa parution le genre du conte philosophique. S’il prend la forme d’un violent réquisitoire contre la théorie leibnizienne de l’harmonie préétablie, force est d’admettre cependant que la critique voltairienne de la pensée de Leibniz se place davantage au niveau de la caricature que sur le plan du débat de concepts ou d’idées. C’est à juste titre qu’André Julliot faisait remarquer combien « nulle part dans ce roman il n’est question d’une pensée philosophique digne de ce nom […]. Les inepties proférées par Pangloss et les doutes non moins ridicules de Candide ne sauraient, en effet, concerner les thèses de Leibniz et encore moins leur ressembler »¹. Ces propos d’un philosophe illustrent à eux seuls la difficulté d’appréhender le texte voltairien selon l’acception conventionnelle du mot « philosophie » : savoir totalisant et questionnement abstrait visant à une interprétation globale du monde et de l’existence humaine.

C’est donc davantage sur le terrain politique et idéologique que celui de l’idéalisme philosophique qu’il faut envisager l’œuvre. En ce sens, Voltaire serait davantage un philosophe au sens moderne que le terme va prendre à partir des Lumières : dans cette perspective, le philosophe est celui qui par le développement du savoir et de la rationalité scientifique doit permettre une amélioration des conditions sociales et politiques. Il est essentiel de bien comprendre ce renouveau épistémologique à partir du dix-huitième siècle pour saisir à sa juste valeur la révolution sans précédent qu’a amenée le système de pensée de Voltaire. Aussi je vous propose dans ce support de cours de réfléchir à Candide selon une double perspective : la destruction d’un système métaphysique, et la justification d’une morale critique de la société.

Le système philosophique de Leibniz et son discrédit par Voltaire

Exposée en 1710 dans ses Essais de Théodicée sur la bonté de Dieu, la liberté de l’homme et l’origine du mal, la théorie de Leibniz se fonde sur le concept d’optimisme ( « doctrine du meilleur »). Au dix-huitième siècle, il s’agit d’un néologisme dérivé du terme « optimum », superlatif de « bonum ». Philosophiquement parlant, l’optimisme se fonde sur une conception de la vie et de l’univers d’après laquelle tout est bien, ou le mieux possible grâce à une « harmonie préétablie » par Dieu : dans sa sagesse, « l’auteur des choses […] ne fait rien sans harmonie et sans raison » |source|. La question que pose Leibniz est donc la suivante : Pourquoi Dieu, par définition parfait, a-t-il créé un monde imparfait ? |source| La réponse proposée dans la Théodicée valorise le libre-arbitre des hommes : c’est en effet parce que Dieu les a voulu libres qu’ils peuvent faire le mal.

Mais ces « mauvaises » actions vont pourtant contribuer au perfectionnement du monde. Comme le dit Leibniz, « la limitation ou l’imperfection originale des créatures fait que même le meilleur plan de l’univers ne saurait être exempté de certains maux, mais qui y doivent tourner à un plus grand bien. Ce sont quelques désordres dans les parties, qui relèvent merveilleusement la beauté du tout; comme certaines dissonances, employées comme il faut, rendent l’harmonie plus belle » |source|. Le Mal est donc un moindre mal en vue d’un mieux : telle est la définition de l’optimisme. Chez Leibniz, la Théodicée constitue ainsi une réponse au débat philosophique sur l’origine du mal, le libre-arbitre de l’homme et l’idée d’harmonie universelle voulue par Dieu.

En délaissant intentionnellement cette grande question, éminemment philosophique, Voltaire a inscrit Candide dans un contexte beaucoup plus contingent et fantaisiste qui ne pouvait que discréditer, de par la simplification excessive et l’anticléricalisme implicite du texte, le concept d’optimisme². Faire de Pangloss le double de Leibniz, ce serait en effet se méprendre sur les intentions de Voltaire, ou tout au moins sur la portée de sa « philosophie ». Quelques mots ou expressions pris au hasard (« bien », « mieux », « meilleur des mondes possibles », « cause », « effet », « raison suffisante », etc.)  et répétés à l’envi particulièrement dans les premiers chapitres, sont autant d’effets de rhétorique qui inscrivent la démonstration métaphysique de Leibniz dans la parodie. Plus fondamentalement, sa réflexion sur la causalité porte Voltaire à vouloir changer le monde par une pensée de l’engagement et de l’action, qui discrédite les systèmes de pensée a priori, les postulats idéalistes, et plus généralement ce qu’on pourrait appeler « l’intellectualisme ».

S’il dénonce aussi sévèrement la philosophie optimiste, c’est que derrière son apparence rationnelle, elle serait responsable selon Voltaire d’une illusion métaphysique qui légitime le mal et l’injustice. Ce que l’auteur réfute dans les absolus spéculatifs, c’est bien leur prétention à imposer au monde un dogmatisme d’autant plus arbitraire qu’il est énoncé sans preuves et sans rationalité. Comme vous l’avez vu à de nombreuses reprises, Pangloss est à ce titre le type même de l’intellectuel qui a réponse à tout candide.1236196052.jpg(d’où son nom) et qui philosophe dans le vide. Son systématisme le porte à croire que « tout est au mieux » :

« Pangloss enseignait la métaphysico-théologo-cosmolonigologie. Il prouvait admirablement qu’il n’y a point d’effet sans cause, et que, dans ce meilleur des mondes possibles, le château de monseigneur le baron était le plus beau des châteaux et madame la meilleure des baronnes possibles. »

« Il est démontré, disait-il, que les choses ne peuvent être autrement : car, tout étant fait pour une fin, tout est nécessairement pour la meilleure fin. Remarquez bien que les nez ont été faits pour porter des lunettes, aussi avons-nous des lunettes. Les jambes sont visiblement instituées pour être chaussées, et nous avons des chausses. Les pierres ont été formées pour être taillées, et pour en faire des châteaux, aussi monseigneur a un très beau château ; le plus grand baron de la province doit être le mieux logé ; et, les cochons étant faits pour être mangés, nous mangeons du porc toute l’année : par conséquent, ceux qui ont avancé que tout est bien ont dit une sottise ; il fallait dire que tout est au mieux. »

Comme on le remarque ici (mais l’on aurait pu évoquer tant d’autres passages sur la légitimation de la guerre, de l’Inquisition, des fanatismes religieux, de l’esclavage, etc.), la faute morale de Pangloss tient à une erreur de départ : l’inspiration métaphysique de sa doctrine accrédite en effet des présupposés qui ne découlent d’aucune expérience. En fait, même si Voltaire ne l’a jamais vraiment avoué et a préféré se faire le porte-parole d’un certain déisme, il y a chez lui un rejet implicite de Dieu qui explique en partie l’antipathie répétée pour l’auteur de la Théodicée, le manichéisme de l’œuvre, et plus fondamentalement le rejet de toutes les doctrines métaphysiques, à commencer par la preuve cosmo-théologique de l’existence de Dieu chère à Leibniz. Mais en fait, comme nous allons le voir, c’est moins le philosophe allemand qui est visé que l’Occident judéo-chrétien dans son ensemble.

La spécificité du conte voltairien : de l’idéalisme métaphysique à l’idéalisme rationaliste

Qu’il s’agisse du paradis ethnocentriste et chimérique de Thunder-ten-Tronckh ou de l’optimisme aveugle de Pangloss, l’erreur de l’idéalisme métaphysique pour Voltaire est de réduire la réalité à une dimension illusoire et close sur elle-même qui subvertit le sens de l’histoire. Cette thèse nourrit dans le livre une vaste réflexion sociale à travers laquelle Voltaire ébranle les fondements idéologiques de l’Occident chrétien en le soumettant à une lecture politique. Les mots bien connus de Candide au chapitre dix-neuf expriment à cet égard le cri de révolte de Voltaire lui-même face au système de l’optimisme : « Ô Pangloss ! s’écria Candide, tu n’avais pas deviné cette abomination ; c’en est fait, il faudra qu’à la fin je renonce à ton optimisme. -Qu’est-ce qu’optimisme ? disait Cacambo. -Hélas ! dit Candide, c’est la rage de soutenir que tout est bien quand on est mal. »

En contrepoint de l’idéalisme métaphysique, c’est donc l’idéalisme rationaliste qui apporte le plus grand démenti à l’optimisme de Candide, et traduit le mieux le point de vue de Voltaire. Même le bonheur de l’Eldorado, trop utopique, ou l’apologue du derviche, trop spéculatif sans doute, ne sauraient pour l’auteur constituer une fin en soi de par leur présupposé idéaliste ou transcendantal. Comme le chapitre trente le suggère très bien, le véritable bonheur est à la fois « prise de conscience » et « crise de conscience » d’un système idéologique marqué par l’ancien régime. La fameuse phrase qui conclut l’odyssée de Candide (« Il faut cultiver notre jardin ») ébauche à la fois un principe de sagesse et de modération, et un principe d’économie politique très proche de « l’ordre naturel » des Physiocrates, basé sur le travail, l’échange et les lois de la nature. « Cultiver son jardin », c’est pour Voltaire refuser tout ce qui détourne l’homme de ses finalités concrètes. C’est en ce sens que ce conte philosophique redéfinit la place des hommes dans le monde selon une nouvelle vision politique qui fait de l’action la source du bonheur humain.

Une telle prise de conscience, nourrie de la pensée des Lumières, ne peut dès lors se comprendre qu’en replaçant Candide dans sa spécificité historique et idéologique : l’ouvrage reprend sur le plan narratif l’une des principales revendications de la bourgeoisie : accorder aux mérites personnels de l’individu plus d’importance qu’à la noblesse de naissance et aux spéculations métaphysiques, sources de dérives en tout genre. Cet aspect est essentiel pour appréhender la visée didactique de l’oeuvre comme roman d’apprentissage. Si les malheurs de la vie font l’éducation de Candide, le héros en ressort sans doute meurtri mais plus sage, au terme d’un parcours initiatique qui le révèle à lui-même, suivant la pédagogie habituelle des contes philosophiques voltairiens. C’est donc en fonction de cette acception qu’il convient de situer la « philosophie » de Voltaire du fait qu’elle marque l’émergence d’une nouvelle conception de l’homme et du monde.

Conclusion

Plutôt que de sacrifier le bonheur aux chimères d’un avenir utopique ou d’une quelconque Providence théologique, l’auteur de L’Ingénu invite davantage à une réflexion sur le rôle de l’intellectuel dans l’Histoire ; et s’il n’a pas vraiment renouvelé le contenu conceptuel de la philosophie, Voltaire en a cependant redéfini les enjeux politiques par une littérature du vécu et de l’engagement qui trouve son inspiration dans le changement social, la pression sur les opinions publiques et le refus des ethnocentrismes, chemin privilégié pour la quête de soi.

Copyright © mars 2009, Bruno Rigolt
Lycée en Forêt / Espace Pédagogique Contributif

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1. André Julliot, « Candide, un roman philosophique ? » in Analyses et réflexions sur Candide, Collectif, Ellipses, Paris 1995

2. Qu’il me soit permis de renvoyer le lecteur à ce magnifique texte de Leibniz :
[…] il faut reconnaître d’abord, du fait qu’il existe quelque chose plutôt que rien, qu’il y a, dans les choses possibles ou dans la possibilité même, c’est-à-dire dans l’essence, une certaine exigence d’existence, ou bien, pour ainsi dire, une prétention à l’existence, en un mot, que l’essence tend par elle-même à l’existence. D’où il suit encore que tous les possibles, c’est-à-dire tout ce qui exprime une essence ou réalité possibles, tendent d’un droit égal à l’existence, en proportion de la quantité d’essence ou de réalité, c’est-à-dire du degré de perfection qu’ils impliquent. Car la perfection n’est autre chose que la quantité d’essence.

Par là, on comprend de la manière la plus évidente que, parmi l’infinité des combinaisons et des séries possibles, celle qui existe est celle par laquelle le maximum d’essence ou de possibilité est amené à exister. Il y a toujours, dans les choses, un principe de détermination, qu’il faut tirer de la considération d’un maximum et d’un minimum, à savoir que le maximum d’effet soit fourni avec un minimum de dépense. […]

Par là, on comprend avec admiration comment, dans la formation originelle des choses, Dieu applique une sorte de mathématique divine ou de mécanisme métaphysique, et comment la détermination du maximum y intervient. Ainsi, en géométrie l’angle déterminé parmi tous les angles est l’angle droit. Ainsi un liquide placé dans un autre, hétérogène, prend la forme qui a le maximum de capacité, à savoir la forme sphérique. Ainsi encore et surtout en mécanique ordinaire, de l’action de plusieurs graves concourant entre eux résulte le mouvement par lequel en fin de compte se réalise la plus grande descente. Et de même que tous les possibles tendent d’un droit égal à exister, en proportion de leur réalité, ainsi tous les poids tendent aussi d’un droit égal à descendre, en proportion de leur gravité ; de même qu’ici se produit le mouvement dans lequel se remarque le maximum de descente des graves, de même le monde qui se réalise est celui qui réalise le maximum de possibles.

G. W. Leibniz, De la production originelle des choses prises à sa racine, textes réunis et traduits par P. Schrecker, Librairie philosophique J. Vrin, 2001, pp. 84 et s.

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Sections d’examen : calendrier prévisionnel de publication en ligne des supports de cours

Afin de permettre aux étudiant(e)s de mieux planifier leur travail, j’actualiserai chaque semaine le calendrier de mise en ligne des supports de cours. Ce calendrier ne concerne que les articles destinés aux sections d’examen.

Classes de Première :

  • EAF Méthodologie du commentaire organisé : mise en ligne dimanche 8 février, 21:00 Mis en ligne
  • Support de cours Séquence 3 Le style de Voltaire dans Candide : mise en ligne dimanche 8 mars, 21:00
  • Support de cours Séquence 3 Candide ou le combat des Lumières : mise en ligne lundi 2 mars, 21:00 (reportée au mercredi 4 mars).

BTS PME2 :

  • Thème 2 Romantisme et détour : mise en ligne mercredi 4 février, 21:00 Mis en ligne
  • Thème 2 Support de cours. Le détour, thème et variations : mise en ligne dimanche 8 février, 21:00 Mis en ligne
  • Entraînement BTS n°1 (Le détour) : mise en ligne mardi 10 février, 21:00 Mis en ligne
  • Thème 1 L’image People : entre sublimation et désublimation : mise en ligne dimanche 15 février, 21:00 Mis en ligne
  • BTS blanc du 20 février. Rapport du jury : Le dossier de synthèse et l’écriture personnelle : mise en ligne lundi 23 février Mis en ligne
  • Thème 2 Langage et Sémiotique du détour : mise en ligne vendredi 27 février, 21:00 Mis en ligne
  • Thème 2 Sociologie du détour : crise des modèles et ruptures sociétales : mise en ligne samedi 28 février, 21:00 Reportée (après les vacances d’hiver).
  • Entraînement BTS n°2 (Faire voir) : mise en ligne mardi 24 février, 21:00 Mis en ligne
  • Thème 1 L’image de soi à la télévision ; du corps biologique au corps médiatique : mise en ligne mardi 3 mars, 21:00 Reportée (après les vacances d’hiver).
© Bruno Rigolt, Les articles de ce blog sont protégés par copyright. Vous pouvez les utiliser librement à titre privé. Leur diffusion ou inclusion dans un support public doit mentionner explicitement le nom de l’auteur et l’origine de la source (http://brunorigolt.blog.lemonde.fr/). Tous les autres documents (textuels, iconographiques) mentionnés dans ce blog sont la propriété exclusive de leurs auteurs ou de leurs détenteurs respectifs. Merci à eux d’en faciliter l’exploitation à des fins pédagogiques.

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Classes de Première :

  • EAF Méthodologie du commentaire organisé : mise en ligne dimanche 8 février, 21:00 Mis en ligne
  • Support de cours Séquence 3 Le style de Voltaire dans Candide : mise en ligne dimanche 8 mars, 21:00
  • Support de cours Séquence 3 Candide ou le combat des Lumières : mise en ligne lundi 2 mars, 21:00 (reportée au mercredi 4 mars).

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  • Thème 2 Support de cours. Le détour, thème et variations : mise en ligne dimanche 8 février, 21:00 Mis en ligne
  • Entraînement BTS n°1 (Le détour) : mise en ligne mardi 10 février, 21:00 Mis en ligne
  • Thème 1 L’image People : entre sublimation et désublimation : mise en ligne dimanche 15 février, 21:00 Mis en ligne
  • BTS blanc du 20 février. Rapport du jury : Le dossier de synthèse et l’écriture personnelle : mise en ligne lundi 23 février Mis en ligne
  • Thème 2 Langage et Sémiotique du détour : mise en ligne vendredi 27 février, 21:00 Mis en ligne
  • Thème 2 Sociologie du détour : crise des modèles et ruptures sociétales : mise en ligne samedi 28 février, 21:00 Reportée (après les vacances d’hiver).
  • Entraînement BTS n°2 (Faire voir) : mise en ligne mardi 24 février, 21:00 Mis en ligne
  • Thème 1 L’image de soi à la télévision ; du corps biologique au corps médiatique : mise en ligne mardi 3 mars, 21:00 Reportée (après les vacances d’hiver).
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EAF/1ES4 1S5/Bac blanc facultatif n°2 : mercredi 11 février à partir de 13h30

Voir le cahier de texte (février) pour connaître les détails de l’épreuve (objet d’étude, etc.)

Pour les Première S5 : Un certain nombre d’élèves de Première S5 a demandé aujourd’hui (soit 5 jours avant une épreuve prévue de longue date) que ce Bac blanc soit repoussé au mercredi 18 février. Malheureusement, mon planning professionnel ne me permet pas de me libérer dans l’après-midi ce jour-là. Aussi j’invite les élèves qui le peuvent à venir (comme initialement prévu) le 11 février. Pour celles ou ceux qui ne le pourraient pas, je leur communiquerai le sujet et il y aura bien sûr d’autres entraînements facultatifs (2 à 3 en fonction des besoins) dans l’année.

EAF… Tout sur l’épreuve orale au Bac…

Voir aussi cet article : Oral du Bac, les questions les plus fréquemment posées.
 

Prérequis

Commencez à planifier vos révisions… et lisez impérativement cet article qui fait le point sur l’oral. Pour vous préparer à l’épreuve, j’insiste sur l’absolue nécessité de vous constituer des fiches de synthèse sur :
  1. les objets d’étude (par exemple, la poésie) ;
  2. les mouvements littéraires et culturels abordés ;
  3. les textes étudiés.

Concernant les fiches sur les textes, vous pouvez d’abord noter quelques points essentiels sur l’auteur (époque, mouvement, œuvres principales), le texte et le contexte (contextualisation, problématisation). Mentionnez évidemment les axes principaux en détaillant si besoin les aspects les plus importants ou les plus difficiles. N’oubliez pas d’accorder une grande importance à l’analyse textuelle GLOBALE : vos remarques de détail sont évidemment essentielles mais elles n’ont d’intérêt que si elles permettent à votre lecteur ou à votre auditeur de saisir le sens global du texte (de même que le texte doit être rattaché à l’œuvre, l’œuvre au mouvement, le mouvement à l’époque. Il faut toujours aller du particulier au général, du concret à l’abstrait).

  La préparation à l’oral dure 30 minutes le jour de l’épreuve. Votre exposé sur le texte doit durer 10 minutes environ. Il sera suivi d’un entretien de 10 minutes qui fera le point sur vos connaissances et l’ensemble des activités que vous aurez menées. Il pourra parfois être élargi à des questionnements plus larges de culture générale.

L’exposé…

La première partie de l’épreuve orale est consacrée à la lecture analytique d’un texte. Les instructions officielles indiquent nettement l’esprit de cet exercice : il s’agit en 10 minutes environ d’explorer de façon organisée un texte en répondant à une problématique précisée au départ. Cette épreuve vise pour l’examinateur à s’assurer de la bonne compréhension du texte, de la culture littéraire, de l’aptitude à construire la réflexion, en privilégiant des outils spécifiques de stylistique, d’expression et de communication.

Le travail de préparation…

Quand vous allez préparer votre exposé, ayez toujours à l’esprit que la lecture analytique est un processus de construction du sens : elle correspond au travail d’approche que vous pourriez faire pour un commentaire littéraire.

Avant toute chose, il convient donc d’avoir à l’esprit plusieurs éléments :

  • en premier lieu, n’oubliez pas que tout texte est le résultat d’un acte d’énonciation par un auteur donné, à un moment donné, en un lieu donné. Ces différents paramètres définissent un cadre essentiel pour l’explication : c’est la position de l’énonciateur vis-à-vis d’un « contexte » : ce contexte est essentiel pour comprendre le cadre culturel et social qui entoure le texte à étudier.
  • Vous devez y ajouter 2 éléments : à qui est destiné le texte? et quelle est l’intention de l’auteur? Ces différentes observations doivent vous amener à répondre aux questions suivantes : Quelle est l’idée directrice du texte? Quels sont les moyens essentiels utilisés pour servir cette idée?

Cette première approche globale du texte va vous conduire à la deuxième étape : la lecture détaillée.

La lecture détaillée est essentielle. C’est elle qui vous permettra de proposer une observation précise par diverses approches afin de dégager les centres d’intérêt du texte. Soyez attentif tout d’abord à l’organisation du texte (sa structuration thématique), aux mots clés : l’analyse des réseaux lexicaux et thématiques permet bien souvent de guider l’analyse pour la définition des axes de lecture. Mais vous devrez privilégier par ailleurs d’autres outils d’analyse : les registres de langue, l’emploi des temps, l’étude des figures de style, des connotations, etc.

La « positive » attitude !

La connaissance du cours ne suffit pas… Si votre connaissance du cours est évidemment essentielle, vous réussirez exam.1232268815.jpgd’autant mieux cette épreuve que vous adopterez face à l’examinateur une attitude positive, si vous êtes convaincant (et convaincu !). Comment voulez-vous qu’on croie en vous si vous apparaissez penaud, peu sûr, vaincu d’avance? Votre réussite dépend de votre motivation et de votre implication : ce sont vos réactions personnelles de lecteur, votre sensibilité face au texte, votre intérêt et votre motivation qui prouveront que vous possédez les aptitudes pour atteindre les objectifs fixés par l’épreuve. C’est un détail, mais il est essentiel : tenez-vous droit et ne soyez pas nonchalant, avachi sur la table! Votre but, c’est de faire valoir votre culture et votre personnalité. N’importe quel examinateur (moi le premier!) serait agacé par l’attitude désinvolte ou relâché(e) d’un candidat.

Le déroulement de l’exposé

  • L’introduction

Contextualisation : dans votre introduction, vous devez d’abord situer brièvement le passage en portant votre attention sur les éléments qui permettent de le contextualiser dans l’œuvre ou dans le mouvement culturel.

Problématisation : puis vous en présentez brièvement le sujet (c’est-à-dire le problème posé qui correspond souvent à l’idée directrice). Votre problématique doit donc rendre compte de l’essentiel du texte, c’est-à-dire votre hypothèse de lecture que vous allez vérifier tout au long de votre exposé. La présentation doit aussi situer le texte ou le passage (par rapport à l’œuvre), de manière à permettre à l’examinateur de suivre l’explication en lui fournissant tous les éléments qui ne figurent pas dans le texte et sont nécessaires à sa compréhension. Elle doit en même temps être concise : inutile de tout dire : n’oubliez pas qu’on évalue l’aptitude de l’élève à sélectionner dans ses connaissances les éléments pertinents et à hiérarchiser les informations (aptitude à l’esprit de synthèse).

L’annonce du plan : annoncez le plus clairement votre plan : axes d’étude ou plan du texte dans le cas d’une étude linéaire : pensez à bien poser vos axes de lecture. Evitez les formules du style : « Nous verrons l’apparition de thèmes », « d’abord, je dirai…, puis je dirai ensuite… » particulièrement lourdes

  • La lecture du texte

Puis vous lisez le texte en y mettant de l’enthousiasme : adoptez par exemple un timbre de voix vivant. Si vous avez une voix monocorde et plutôt faible, efforcez-vous de corriger ces défauts. Votre lecture en effet doit à la fois être expressive et posée. Elle vise à montrer que le texte est compris : le ton que vous employez est important dans l’évaluation que l’on fait de votre lecture. N’oubliez pas de marquer des pauses. Elles sont importantes non seulement pour mettre en valeur les mots porteurs de sens, mais aussi afin de déstresser le jour de l’examen (vous reprenez votre respiration pendant les pauses). Dernière remarque : en poésie, le respect de la versification est bien entendu déterminant.

  • Le développement

Vous devrez proposer des pistes d’étude à la fois pertinentes (permettant de commenter l’essentiel de ce qui fait l’intérêt du texte, et distinctes (attention aux redites). Pensez à distinguer les éléments essentiels des idées secondaires, qui ne servent qu’à mettre en valeur les points importants, en les illustrant. Annoncez au fur et à mesure les phases d’exploration que vous allez conduire. Pensez à mettre en avant les transitions permettant de suivre le fil de l’exposé. Après chaque analyse, tirez un bref bilan (déduction) avant de poursuivre votre exploration du texte.

Le fond et la forme : l’explication du texte doit associer (sans les dissocier surtout) l’étude du style (remarques précises et variées avec maîtrise des notions et des termes spécifiques) et du sens afin de permettre un repérage et une interprétation efficaces. Ne séparez jamais le fond de la forme : de fait, la forme elle-même contribue au sens. Pour y parvenir, le candidat doit ainsi mettre en œuvre des savoir-faire et utiliser des outils propres à l’examen d’un texte court : c’est également sur la pertinence de leur choix et la qualité de leur utilisation qu’il sera jugé (remarques placées au bon endroit, remarques en cohérence avec l’axe annoncé, remarques ordonnées (progression).

L’examinateur s’assurera par exemple que le candidat va à l’essentiel pour exprimer ce qui fait à ses yeux l’intérêt du passage en s’appuyant sur des sources pertinentes. Vos différentes remarques sur le texte doivent être fondées sur des références précises : quand vous citez le texte, n’oubliez pas de justifier toujours le lien entre l’affirmation que vous proposez et la citation retenue.

Enfin, rappelez-vous que l’examinateur note la manière dont vous serez capable de structurer et d’orienter vos remarques en fonction des conclusions partielles et de la conclusion générale à laquelle vous voulez aboutir : c’est le parcours analytique. La question que se pose un examinateur est celle-ci : un candidat est-il apte à passer du stade de l’observation de détail à celui de l’interprétation en fonction de perspectives plus larges, plus abstraites par exemple ?

  • La conclusion

Pensez à rappeler brièvement vos axes d’étude et proposez un bilan global permettant d’élargir la problématique étudiée vers un point de vue qui englobe le texte et dépasse le cadre de celui-ci. Vous pouvez par exemple élargir au groupement de textes dans votre conclusion, au mouvement culturel, à une autre œuvre étudiée, etc.

L’entretien…

C’est l’occasion par excellence de prouver que vous avez le « physique de l’emploi ». Cherchez à mettre en avant votre capacité à dialoguer : l’aisance dans la communication, l’utilisation pertinente des notes, la valorisation de votre culture générale sont des critères importants. En outre, l’emploi d’un lexique précis, d’une langue correcte, et la connaissance du vocabulaire de l’analyse littéraire, constituent des critères importants de l’évaluation orale. Personnellement, quand je fais passer l’oral du Bac, j’apprécie particulièrement qu’un(e) candidat(e) défende son point de vue sur une problématique de lecture, à la condition que ce point de vue soit fondé bien entendu! Je vous conseille en outre d’être très attentif aux questions posées : certains candidats par exemple n’écoutent pas bien les questions, ce qui les conduit à répondre de façon erronée ou allusive. Rappelez-vous aussi que la nervosité ne sert à rien : mieux vous aurez préparé l’épreuve, plus vous devriez être calme. Enfin, soyez toujours « positif » : ne critiquez pas les textes, encore moins les choix de votre professeur. Lors de la session 2008, un candidat m’a dit : « Notre prof, elle est un peu bizarre : ce texte est ultra ch… » Sans commentaire !

Pour l’entraînement…

Pensez à travailler dans 2 directions :

  1. tout d’abord, entraînez-vous à 2 ou 3 par exemple. Interrogez-vous à tour de rôle dans les conditions de l’examen (20 à 25 minutes de préparation et le même temps d’entretien : 2 camarades interrogeant afin de varier l’axe des questions). Utilisez le barème de notation ci-dessous pour vous auto-évaluer !

  2. De plus, essayez d’élargir vos connaissances sur les courants littéraires et les contextes historiques ou culturels afin de pouvoir enrichir vos analyses.

 

Exemple de barème d’évaluation

(source : Académie de Rouen. Cliquez ici pour accéder  à la page).

Exposé : 10 points

 

Critères

Explication

Barème

Expression et

communication

•  Lecture correcte et expressive•  Correction de la langue•  Engagement, conviction

3 points

Réflexion et analyse

(pertinence)

•  Compréhension du texte•  Élaboration d’un projet de lecture en réponse à la question posée•  Validité des références au texte en relation au projet

5 points

Connaissances

•  Contextualisation•  Utilisation du vocabulaire relatif aux objets d’étude et aux perspectives•  L’utilisation pertinente du vocabulaire de l’analyse littéraire est valorisée

2 points

 

Entretien : 10 points

 

Critères

Explication

Barème

Expression et

Communication

•  Aptitude au dialogue : prise en compte de la parole d’autrui et volonté d’entrer dans le dialogue•  Engagement, conviction•  Maîtrise de soi et de son langage 

3 points

Réflexion et analyse

(pertinence)

•  Compréhension des questions posées•  Aptitude à justifier les réponses et à se référer aux documents pour les illustrer

3 points

Connaissances

•  Références aux contenus du descriptif (lectures cursives, activités de classe, etc.)•  Connaissance de l’objet ou des objets d’étude et des perspectives

4 points

EAF… Tout sur l'épreuve orale au Bac…

Voir aussi cet article : Oral du Bac, les questions les plus fréquemment posées.
 

Prérequis

Commencez à planifier vos révisions… et lisez impérativement cet article qui fait le point sur l’oral. Pour vous préparer à l’épreuve, j’insiste sur l’absolue nécessité de vous constituer des fiches de synthèse sur :
  1. les objets d’étude (par exemple, la poésie) ;
  2. les mouvements littéraires et culturels abordés ;
  3. les textes étudiés.

Concernant les fiches sur les textes, vous pouvez d’abord noter quelques points essentiels sur l’auteur (époque, mouvement, œuvres principales), le texte et le contexte (contextualisation, problématisation). Mentionnez évidemment les axes principaux en détaillant si besoin les aspects les plus importants ou les plus difficiles. N’oubliez pas d’accorder une grande importance à l’analyse textuelle GLOBALE : vos remarques de détail sont évidemment essentielles mais elles n’ont d’intérêt que si elles permettent à votre lecteur ou à votre auditeur de saisir le sens global du texte (de même que le texte doit être rattaché à l’œuvre, l’œuvre au mouvement, le mouvement à l’époque. Il faut toujours aller du particulier au général, du concret à l’abstrait).

  La préparation à l’oral dure 30 minutes le jour de l’épreuve. Votre exposé sur le texte doit durer 10 minutes environ. Il sera suivi d’un entretien de 10 minutes qui fera le point sur vos connaissances et l’ensemble des activités que vous aurez menées. Il pourra parfois être élargi à des questionnements plus larges de culture générale.

L’exposé…

La première partie de l’épreuve orale est consacrée à la lecture analytique d’un texte. Les instructions officielles indiquent nettement l’esprit de cet exercice : il s’agit en 10 minutes environ d’explorer de façon organisée un texte en répondant à une problématique précisée au départ. Cette épreuve vise pour l’examinateur à s’assurer de la bonne compréhension du texte, de la culture littéraire, de l’aptitude à construire la réflexion, en privilégiant des outils spécifiques de stylistique, d’expression et de communication.

Le travail de préparation…

Quand vous allez préparer votre exposé, ayez toujours à l’esprit que la lecture analytique est un processus de construction du sens : elle correspond au travail d’approche que vous pourriez faire pour un commentaire littéraire.

Avant toute chose, il convient donc d’avoir à l’esprit plusieurs éléments :

  • en premier lieu, n’oubliez pas que tout texte est le résultat d’un acte d’énonciation par un auteur donné, à un moment donné, en un lieu donné. Ces différents paramètres définissent un cadre essentiel pour l’explication : c’est la position de l’énonciateur vis-à-vis d’un « contexte » : ce contexte est essentiel pour comprendre le cadre culturel et social qui entoure le texte à étudier.
  • Vous devez y ajouter 2 éléments : à qui est destiné le texte? et quelle est l’intention de l’auteur? Ces différentes observations doivent vous amener à répondre aux questions suivantes : Quelle est l’idée directrice du texte? Quels sont les moyens essentiels utilisés pour servir cette idée?

Cette première approche globale du texte va vous conduire à la deuxième étape : la lecture détaillée.

La lecture détaillée est essentielle. C’est elle qui vous permettra de proposer une observation précise par diverses approches afin de dégager les centres d’intérêt du texte. Soyez attentif tout d’abord à l’organisation du texte (sa structuration thématique), aux mots clés : l’analyse des réseaux lexicaux et thématiques permet bien souvent de guider l’analyse pour la définition des axes de lecture. Mais vous devrez privilégier par ailleurs d’autres outils d’analyse : les registres de langue, l’emploi des temps, l’étude des figures de style, des connotations, etc.

La « positive » attitude !

La connaissance du cours ne suffit pas… Si votre connaissance du cours est évidemment essentielle, vous réussirez exam.1232268815.jpgd’autant mieux cette épreuve que vous adopterez face à l’examinateur une attitude positive, si vous êtes convaincant (et convaincu !). Comment voulez-vous qu’on croie en vous si vous apparaissez penaud, peu sûr, vaincu d’avance? Votre réussite dépend de votre motivation et de votre implication : ce sont vos réactions personnelles de lecteur, votre sensibilité face au texte, votre intérêt et votre motivation qui prouveront que vous possédez les aptitudes pour atteindre les objectifs fixés par l’épreuve. C’est un détail, mais il est essentiel : tenez-vous droit et ne soyez pas nonchalant, avachi sur la table! Votre but, c’est de faire valoir votre culture et votre personnalité. N’importe quel examinateur (moi le premier!) serait agacé par l’attitude désinvolte ou relâché(e) d’un candidat.

Le déroulement de l’exposé

  • L’introduction

Contextualisation : dans votre introduction, vous devez d’abord situer brièvement le passage en portant votre attention sur les éléments qui permettent de le contextualiser dans l’œuvre ou dans le mouvement culturel.

Problématisation : puis vous en présentez brièvement le sujet (c’est-à-dire le problème posé qui correspond souvent à l’idée directrice). Votre problématique doit donc rendre compte de l’essentiel du texte, c’est-à-dire votre hypothèse de lecture que vous allez vérifier tout au long de votre exposé. La présentation doit aussi situer le texte ou le passage (par rapport à l’œuvre), de manière à permettre à l’examinateur de suivre l’explication en lui fournissant tous les éléments qui ne figurent pas dans le texte et sont nécessaires à sa compréhension. Elle doit en même temps être concise : inutile de tout dire : n’oubliez pas qu’on évalue l’aptitude de l’élève à sélectionner dans ses connaissances les éléments pertinents et à hiérarchiser les informations (aptitude à l’esprit de synthèse).

L’annonce du plan : annoncez le plus clairement votre plan : axes d’étude ou plan du texte dans le cas d’une étude linéaire : pensez à bien poser vos axes de lecture. Evitez les formules du style : « Nous verrons l’apparition de thèmes », « d’abord, je dirai…, puis je dirai ensuite… » particulièrement lourdes

  • La lecture du texte

Puis vous lisez le texte en y mettant de l’enthousiasme : adoptez par exemple un timbre de voix vivant. Si vous avez une voix monocorde et plutôt faible, efforcez-vous de corriger ces défauts. Votre lecture en effet doit à la fois être expressive et posée. Elle vise à montrer que le texte est compris : le ton que vous employez est important dans l’évaluation que l’on fait de votre lecture. N’oubliez pas de marquer des pauses. Elles sont importantes non seulement pour mettre en valeur les mots porteurs de sens, mais aussi afin de déstresser le jour de l’examen (vous reprenez votre respiration pendant les pauses). Dernière remarque : en poésie, le respect de la versification est bien entendu déterminant.

  • Le développement

Vous devrez proposer des pistes d’étude à la fois pertinentes (permettant de commenter l’essentiel de ce qui fait l’intérêt du texte, et distinctes (attention aux redites). Pensez à distinguer les éléments essentiels des idées secondaires, qui ne servent qu’à mettre en valeur les points importants, en les illustrant. Annoncez au fur et à mesure les phases d’exploration que vous allez conduire. Pensez à mettre en avant les transitions permettant de suivre le fil de l’exposé. Après chaque analyse, tirez un bref bilan (déduction) avant de poursuivre votre exploration du texte.

Le fond et la forme : l’explication du texte doit associer (sans les dissocier surtout) l’étude du style (remarques précises et variées avec maîtrise des notions et des termes spécifiques) et du sens afin de permettre un repérage et une interprétation efficaces. Ne séparez jamais le fond de la forme : de fait, la forme elle-même contribue au sens. Pour y parvenir, le candidat doit ainsi mettre en œuvre des savoir-faire et utiliser des outils propres à l’examen d’un texte court : c’est également sur la pertinence de leur choix et la qualité de leur utilisation qu’il sera jugé (remarques placées au bon endroit, remarques en cohérence avec l’axe annoncé, remarques ordonnées (progression).

L’examinateur s’assurera par exemple que le candidat va à l’essentiel pour exprimer ce qui fait à ses yeux l’intérêt du passage en s’appuyant sur des sources pertinentes. Vos différentes remarques sur le texte doivent être fondées sur des références précises : quand vous citez le texte, n’oubliez pas de justifier toujours le lien entre l’affirmation que vous proposez et la citation retenue.

Enfin, rappelez-vous que l’examinateur note la manière dont vous serez capable de structurer et d’orienter vos remarques en fonction des conclusions partielles et de la conclusion générale à laquelle vous voulez aboutir : c’est le parcours analytique. La question que se pose un examinateur est celle-ci : un candidat est-il apte à passer du stade de l’observation de détail à celui de l’interprétation en fonction de perspectives plus larges, plus abstraites par exemple ?

  • La conclusion

Pensez à rappeler brièvement vos axes d’étude et proposez un bilan global permettant d’élargir la problématique étudiée vers un point de vue qui englobe le texte et dépasse le cadre de celui-ci. Vous pouvez par exemple élargir au groupement de textes dans votre conclusion, au mouvement culturel, à une autre œuvre étudiée, etc.

L’entretien…

C’est l’occasion par excellence de prouver que vous avez le « physique de l’emploi ». Cherchez à mettre en avant votre capacité à dialoguer : l’aisance dans la communication, l’utilisation pertinente des notes, la valorisation de votre culture générale sont des critères importants. En outre, l’emploi d’un lexique précis, d’une langue correcte, et la connaissance du vocabulaire de l’analyse littéraire, constituent des critères importants de l’évaluation orale. Personnellement, quand je fais passer l’oral du Bac, j’apprécie particulièrement qu’un(e) candidat(e) défende son point de vue sur une problématique de lecture, à la condition que ce point de vue soit fondé bien entendu! Je vous conseille en outre d’être très attentif aux questions posées : certains candidats par exemple n’écoutent pas bien les questions, ce qui les conduit à répondre de façon erronée ou allusive. Rappelez-vous aussi que la nervosité ne sert à rien : mieux vous aurez préparé l’épreuve, plus vous devriez être calme. Enfin, soyez toujours « positif » : ne critiquez pas les textes, encore moins les choix de votre professeur. Lors de la session 2008, un candidat m’a dit : « Notre prof, elle est un peu bizarre : ce texte est ultra ch… » Sans commentaire !

Pour l’entraînement…

Pensez à travailler dans 2 directions :

  1. tout d’abord, entraînez-vous à 2 ou 3 par exemple. Interrogez-vous à tour de rôle dans les conditions de l’examen (20 à 25 minutes de préparation et le même temps d’entretien : 2 camarades interrogeant afin de varier l’axe des questions). Utilisez le barème de notation ci-dessous pour vous auto-évaluer !

  2. De plus, essayez d’élargir vos connaissances sur les courants littéraires et les contextes historiques ou culturels afin de pouvoir enrichir vos analyses.

 

Exemple de barème d’évaluation

(source : Académie de Rouen. Cliquez ici pour accéder  à la page).

Exposé : 10 points

 

Critères

Explication

Barème

Expression et

communication

•  Lecture correcte et expressive•  Correction de la langue•  Engagement, conviction

3 points

Réflexion et analyse

(pertinence)

•  Compréhension du texte•  Élaboration d’un projet de lecture en réponse à la question posée•  Validité des références au texte en relation au projet

5 points

Connaissances

•  Contextualisation•  Utilisation du vocabulaire relatif aux objets d’étude et aux perspectives•  L’utilisation pertinente du vocabulaire de l’analyse littéraire est valorisée

2 points

 

Entretien : 10 points

 

Critères

Explication

Barème

Expression et

Communication

•  Aptitude au dialogue : prise en compte de la parole d’autrui et volonté d’entrer dans le dialogue•  Engagement, conviction•  Maîtrise de soi et de son langage 

3 points

Réflexion et analyse

(pertinence)

•  Compréhension des questions posées•  Aptitude à justifier les réponses et à se référer aux documents pour les illustrer

3 points

Connaissances

•  Références aux contenus du descriptif (lectures cursives, activités de classe, etc.)•  Connaissance de l’objet ou des objets d’étude et des perspectives

4 points

BIENTÔT LE DEUXIÈME ÉCRIT BLANC FACULTATIF…

J’organiserai pour mes classes le deuxième entraînement à l’écrit du Bac de Français le mercredi 11 février 2009 à partir de 13h30 (horaire à confirmer).

Objet d’étude : l’argumentation

Candide (Voltaire) devra être connu dans ses grandes lignes uniquement (genre du conte philosophique, contextualisation, problématisation, progression narrative et thématique) ainsi que les principaux registres utilisés par Voltaire (réaliste, ironique, satirique). Vous devrez également savoir ce qu’a apporté la critique de la société entreprise par le Siècle des Lumières. Des aides, parfois très précieuses, sont disponibles en ligne : référez-vous au mois de janvier du cahier de texte pour en connaître le détail et voir les liens.

Comme pour le premier Bac blanc, les notes ne seront comptabilisées que si elles avantagent la moyenne de l’élève participant.

Bac blanc du 3 décembre… Rapport du jury…

bac.1234113552.jpgVoici le rapport que j’ai établi pour ce premier baccalauréat blanc, sur la base des remarques de ma collègue et de mes propres observations.

arrow.1242450507.jpg Voir également le rapport de correction pour le Bac blanc du 28 janvier 2010.
Un bilan mitigé

La moyenne générale obtenue pour ce premier bac blanc est de 9,38 pour la classe de 1ère ES4  (9,2 pour le correcteur 2) et de 8,97 pgraph.1230532778.JPGour la classe de 1ère S5 (correcteur 2 : 8,46). L’anonymat des copies ainsi que la double correction (effectuée « en aveugle ») ont permis une totale impartialité dans l’établissement des notes. Comme vous le voyez, il n’y a pas eu d’amplitude très significative, au niveau des scores, entre mes notes et celles du deuxième correcteur dans la plupart des cas (moins de 0,2 point en ES4 ; à noter cependant un écart plus important en Première S5 de l’ordre d’un demi-point en raison de quelques travaux posant problème). Concernant les résultats, sans être alarmant, le bilan reste cependant nuancé et devra amener certains élèves (en particulier en Première S5 : très décevante) à se mettre sérieusement en question. Un certain nombre d’élèves d’ailleurs sont sortis une heure avant la fin de l’épreuve, ce qui les a pénalisés quoi qu’ils en pensent (« l’enfer c’est les autres » c’est bien connu!). Partir avant, comme je l’avais d’ailleurs dit et répété (en classe et sur ce blog) est évidemment une chose à ne jamais faire, surtout lors d’un examen. Plus qu’une absence de sérieux, j’y vois davantage un manque de discernement : la difficulté en Français c’est en effet de travailler avec peu de consignes, ce qui déstabilise beaucoup d’élèves, habitués plus qu’ils ne l’imaginent, à être « dirigés », et guidés par les consignes : si vous regardez attentivement la question d’ensemble comme le travail d’écriture, vous verrez qu’ils vous amènent en fait à déterminer vous-même ce qu’il convient de faire : la marche à suivre étant davantage laissée à votre libre-arbitre, à votre appréciation personnelle, qu’à une succession de contraintes à respecter. Prenons comme exemple l’introduction du commentaire : je suis certain que si l’on avait dit : 1) vous ferez d’abord une introduction qui comprendra obligatoirement a) une amorce, puis b) la contextualisation du texte ainsi que c) sa problématisation, et enfin d) l’annonce du plan, certains élèves (qui n’ont rien fait de tout ça) auraient scrupuleusement exécuté ce qu’on leur disait de faire. Mais quand on leur dit seulement « Faites le commentaire », ces étudiants sont décontenancés parce que c’est à eux tout à coup à déterminer la marche à suivre, en s’adaptant de surcroît à un support textuel qu’ils ne connaissent pas. Ce sont ces mêmes élèves qui attendent en classe qu’on leur dise de prendre des notes en cours… Bref qui attendent qu’on leur donne des directives, incapables qu’ils sont d’être autonomes… En réalité, malgré leur absence apparente, les consignes sont bien là, mais elles sont implicites : vous êtes censés les connaître et les appliquer.

L’obligation de faire des fiches

C’est la raison pour laquelle je ne saurais trop vous recommander de vous constituer d’avance des « fiches de synthèse » sur les trois types d’exercices (commentaire, dissertation, invention) en notant dessus tout ce que vous devez faire, un peu comme une « check-liste » afin de vous créer des automatismes le jour de l’examen. Cela passe aussi par des entraînements personnels réguliers. À ce titre, j’ai été assez décontenancé de voir le peu d’élèves (surtout en 1ère S5) ayant accepté de venir avant le bac afin de s’entraîner. Quant à ceux qui sont venus, le travail de préparation n’a pas été souvent à la hauteur. Sachez que la préparation de l’EAF exige de votre part un investissement que certains n’imaginent pas. Qu’en sera-t-il de l’oral par exemple si vous ne préparez aucune fiche de synthèse sur les textes, les mouvements, les genres étudiés en classe ?

L’analyse du sujetgraphique-bac.1230296571.jpg

Le choix avait été fait par l’équipe pédagogique de proposer un corpus qui, par son caractère générique (la poésie) permettait d’évaluer les capacités d’apprentissage, d’analyse et les qualités littéraires des candidats. La question d’invention comme les trois sujets d’écriture ont en effet pour but de mesurer des compétences de fond, qui doivent être celles de tout lycéen. Pour le commentaire par exemple, les professeurs ont voulu prendre en compte l’adaptation aux spécificités et à l’intérêt du texte et la maîtrise des outils utilisés pour en approfondir l’étude. Pour tous les sujets, les correcteurs ont également tenu compte de la capacité des élèves à construire un travail selon une argumentation problématisée, soumise aux contraintes de la rédaction, de la cohérence du parcours argumentatif, et de la progressivité du propos : « D’où est-ce que je suis parti… pour parvenir où? » ; « Qu’est-ce que je veux prouver? » : telles sont les questions que tout candidat au Bac doit se poser lorsqu’il rédige son travail de Français.

La question d’ensemble : comprendre le choix des textes et leurs enjeux

La première chose que devrait faire chaque élève, c’est d’être sensible aux principes de cohérence qui ont guidé l’élaboration du corpus. Dites-vous que les documents ne sont évidemment jamais choisis au hasard. Vous devez donc chercher à en comprendre la teneur et les enjeux, c’est-à-dire la cohérence générique (le genre des textes) ou typologique (les types de discours en présence) ou historique (l’époque, le mouvement littéraire). Le corpus proposait quatre textes amenant à une réflexion sur la fonction allégorique de la poésie (l’animal comme métaphore du poète). La question préalable a été dans l’ensemble bien comprise (moyenne : 2,5/4). Il faut dire que nous avions pas mal travaillé en classe sur la condition et la mission du poète, et que « l’Albatros » de Baudelaire avait fait l’objet d’une lecture analytique… Quoi qu’il en soit, vous avez relevé la condition singulière du poète (sacrifice de sa vie par le pélican = souffrance du poète pour trouver l’inspiration ; maladresse piteuse de l’albatros = malédiction du poète « maudit », marginalisé dans la société, mais aspirant à l’élévation spirituelle ; chant cacophonique du crapaud, à l’image de l’écriture discordante du poète décadent qui semble ironiser sur sa condition, travail de la terre par le lombric évoquant le travail du langage par le poète). Il fallait évidemment mettre en relation les textes. Certains élèves ont encore traité les textes isolément. Sauf exception, c’est à ne jamais faire : vous êtes évalués sur votre capacité à confronter les documents et à en éclairer les contenus selon une démarche dialectique (ce qui oppose les textes) ou analogique (ce qui les rapproche) afin de mettre en lumière la problématique globale du corpus.

Quelques élèves ont délibérément choisi de ne pas traiter la question d’ensemble. C’est un parti-pris très risqué. Contrairement à la représentation qu’ils semblent s’en faire, la question préalable est essentielle car elle guide l’élève pour le travail d’écriture, en lui permettant de voir les nuances, les positions explicites ou implicites sous-tendues par les différents textes, en lui proposant des pistes de réflexion.

Les difficultés les plus rencontrées

Ma collègue et moi-même avons regretté le caractère superficiel, voire indigent des développements de certains travaux, particulièrement pour les écrits d’invention (moyenne : 7/20) et la dissertation (moyenne 8,5/20). C’est d’abord la méconnaissance des principes de l’exercice qui a été le plus pénalisant : comment imaginer par exemple une dissertation littéraire ne comportant qu’un seul exemple? Ou des parties ne présentant aucun paragraphe (donc sans parcours argumentatif). Au niveau du commentaire, ce qui nous a gênés a été souvent l’incapacité de beaucoup d’élèves à dégager la problématique du texte ; voire la non-compréhension des données clés du texte : le commentaire amenait à souligner bien entendu la problématique typiquement romantique de la souffrance comme moteur de la création littéraire ; la nature tourmentée du poète s’accordant bien avec le registre pathétique et le symbolisme sentimental de cette scène allégorique.

Nous avons en outre souvent déploré la paraphrase du texte dans de trop nombreuses copies ou bien la substitution à l’exercice du commentaire d’un exposé sur un texte plus ou moins proche de celui abordé par le texte proposé : par exemple quelques copies substituant au commentaire du « Pélican » celui de « l’Albatros » (sous prétexte que le texte avait été étudié en classe), d’où un taux élevé de passages « hors sujet ».

Soulignons enfin, dans de trop nombreux devoirs, l’application mécanique de certaines notions apprises en cours qui étaient, en l’occurrence, inopérantes : quel est l’intérêt de « recracher » ses connaissances sur le Romantisme ou la poésie si ce qu’on écrit n’a pas de rapport étroit avec la problématique ? Nous avons voulu être « indulgents » car ces copies représentent à l’évidence un profil d’élève « sérieux » mais ce genre de méprise ne passera pas au prochain examen blanc. Que les candidats au Bac se persuadent que l’épreuve suppose de savoir traiter intelligemment l’information. Comme vous le savez, « trop d’information tue l’information » : cela passe donc par une prise en compte de ce qui fait l’intérêt du ou des textes composant le corpus et donc par la capacité à déterminer les orientations de votre travail, à sélectionner les informations pertinentes, à les hiérarchiser, etc. Tout dire ne sert à rien si cela n’a pas de rapport avec ce qui est demandé.

Oserais-je évoquer ici certains travaux ne dépassant pas une page… Pour un bac? Ce n’est même pas ce qui est demandé au Brevet… où un minimum de deux pages est requis! Ecrire trente lignes, c’est une façon de dire au correcteur : « je me f… complètement de l’épreuve ». Ou alors, c’est d’une suffisance telle qu’on peut supposer que le candidat, si sûr de son « génie », ne daigne pas à s’abaisser à rédiger davantage. Dans tous les cas, la note est évidemment faible : car il est tout bonnement inconcevable de construire une réflexion structurée et argumentée en une page!

Orthographe et syntaxe

Vous avez été nombreux à faire attention à l’orthographe : c’est une nouvelle encourageante: seulement 9% des travaux de ES et 15% en S présentaient des fautes graves répétées. Ce sont les accords (genre, nombre, participes passés, etc.) qui constituent les fautes les plus fréquemment commises : des erreurs relevant du programme de… Primaire (l’entrée en Sixième pour être optimiste) : ne vous attendez à aucune indulgence dans ce cas-là. C’est inadmissible. Une maîtrise minimale du discours écrit est donc un pré-requis minimal pour qui se destine à passer le Baccalauréat. Nous avons relevé parfois, rien qu’au niveau de la présentation de la copie, des énormités stupéfiantes, qu’un élève de Sixième, plus habitué « à faire attention » n’oserait même pas imaginer : absence de majuscules, de ponctuation, d’alinéas, relâchement total de l’écriture, etc. Sachez-le : les copies qui ont une écriture, un style et une présentation laissant à désirer sont presque toujours de mauvaises copies. Nous avons constaté avec consternation le niveau de langue parfois catastrophique de certaines copies qui ne sont que de l’oralité, de piètre qualité d’ailleurs, transcrite tant bien que mal. Je me permets de citer ici une « perle » : « les poètes i (sic) veulent faire comprendre que la poésie c’est d’être marginal, ils se sentent comme Dieu parce que Baudelaire est un albatros il aime le ciel ». J’ai évidemment renoncé à transcrire les fautes d’orthographe… Mais la question que je me pose est la suivante : qu’est-ce que ce texte veut dire? Suis-je censé le déchiffrer? Tout cela donne trop souvent l’impression d’une rédaction au fil de la plume, relâchée et confuse qui transforme le travail de correction en véritable calvaire. Il ne s’agit évidemment pas de sanctionner systématiquement la moindre erreur d’orthographe ou de syntaxe, mais de pénaliser la répétition de défaillances graves manifestant à l’évidence d’inadmissibles lacunes dans la maîtrise de la langue. Voici quelques fautes qui m’agacent personnellement : « loing » au lieu de « loin », « tout les auteurs » au lieu de « tous les auteurs », confusion de « quand » et de « quant », « language » au lieu de « langage », « ou » et « où », accords du participe passé, noms d’auteurs mal orthographiés (« Beaudelaire » au lieu de Baudelaire, etc.).

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L’écrit d’invention : des exigences mal perçues…

Selon les textes officiels : « L’écriture d’invention contribue […] à tester l’aptitude du candidat à lire et comprendre un texte, à en saisir les enjeux, à percevoir les caractères singuliers de son écriture. […] L’exercice se fonde […] sur une lecture intelligente et sensible du corpus, et exige du candidat qu’il se soit approprié la spécificité des textes dont il dispose (langue, style, pensée), afin d’être capable de les reproduire, de les prolonger, de s’en démarquer ou de les critiquer ». Comme vous le voyez, l’exercice est exigeant! Or, il faut bien le reconnaître : beaucoup de candidats croient s’en tirer à bon compte en choisissant l’écrit d’invention faute de préparation rigoureuse. Je dois, et fort malheureusement, faire un constat globalement négatif à propos du niveau général des élèves ayant choisi cet exercice ; sauf quelques bonnes (même très bonnes) copies, le manque de préparation, aussi bien stylistique que culturelle, des candidats est inquiétant. On a l’impression que certains choisissent cet exercice, tout simplement parce qu’ils n’ont rien appris : sur deux classes, une dizaine de copies est inférieure à 5 ! parmi ces copies, aucun candidat n’aurait simplement l’aptitude à réussir le… Brevet des collèges si l’on appliquait les consignes à la lettre! Tant l’accumulation des fautes les plus élémentaires est au-delà de ce qui se peut concevoir : aucune référence culturelle, alors que les consignes mentionnaient explicitement l’exploitation des connaissances apprises en cours sur les mouvements littéraires et le genre poétique. 

De rares élèves n’avaient, semble-t-il, aucune connaissance, fût-ce minimale, du contexte historique ou culturel du Romantisme qui leur aurait pourtant permis de saisir le sens de l’exercice attendu d’eux : de là quelques écrits désolants : nous avons eu droit par exemple dans deux devoirs à un exposé sur la vie des animaux, et leur mode d’alimentation!)… Par ailleurs, beaucoup d’élèves, pourtant sérieux, ont oublié d’exploiter leurs connaissances pour ce sujet : ils se sont sans doute « cassé » la tête à chercher un animal et à en faire le portrait, au lieu de partir d’abord de leurs acquis scolaires : par exemple, l’individualisme, le lyrisme, la sensibilité, le goût pour la solitude et le voyage, etc. Autant de caractéristiques du Romantisme que l’on pouvait facilement mettre en évidence dans la description de l’animal. Une description qui devait évidemment s’inscrire dans la perspective allégorique du corpus. N’oubliez pas que le correcteur vous juge d’abord sur des connaissances (le fond) et la manière dont vous allez les exploiter au niveau rédactionnel (la forme). Nous ne saurions trop vous rappeler que cet exercice exige, tout comme le commentaire et la dissertation, de la méthode. Un écrit d’invention ne s’improvise pas : cela passe d’abord par un strict respect des contraintes imposées par le sujet et par un entraînement personnel.

Le commentaire…

Que ce soit en ES ou en S, le choix du commentaire a été majoritaire : vous l’avez privilégié à plus de 45%! Le sujet vous a sans doute paru plus familier, en raison de la fréquence de l’entraînement à l’analyse de textes courts pour l’oral de l’EAF. Attention toutefois à ne pas faire du commentaire une « valeur-refuge » car cet exercice impose des contraintes strictes. Cela dit, le texte support était assez accessible : vous avez généralement bien compris la dimension dialogique du poème (la Muse tentant de donner du courage au poète). En revanche, l’aspect allégorique n’a pas été toujours bien problématisé : l’image du pélican qui se sacrifie pour ses enfants était pourtant essentielle ici. À travers cette allégorie, la Muse montre au poète qu’il ne doit pas prétexter de sa douleur pour ne pas écrire mais au contraire l’utiliser comme source d’inspiration et de sublimation : il y avait donc une visée didactique dans le texte que certains élèves ont très bien cernée : nous avons fortement encouragé de tels devoirs.

Peu d’élèves ont pensé à problématiser le texte par rapport au « mal du siècle » propre aux Romantiques : c’était pourtant évident. Je ne comprends pas pourquoi vous avez été si nombreux à situer ce poème dans le Symbolisme alors qu’il date de… 1835! C’est une erreur incroyable : nous avons été indulgents pour la correction, mais reconnaissez tout de même que c’est navrant! Certains élèves se sont justifiés en arguant du fait que l’auteur n’ayant pas été étudié, il leur était diffcile de bien le contextualiser… Mais voilà toute la différence entre un collégien et un lycéen! En Première, on attend de vous un investissement personnel. Si vous êtes allés sur les sites que j’ai conseillés sur ce cahier de texte en ligne, vous ne pouviez pas ignorer que Musset est un poète très représentatif des Romantiques. 

En outre, j’ai regretté pour ma part le peu de candidats ayant pensé à réfléchir à partir de ce texte à la condition du poète (un être à part de la société) et sa mission : sublimer sa souffrance par un appel à l’idéal ; recherche dans la nature d’une échappatoire à la souffrance (physique et morale) par un appel à la divinité. Les élèves ayant bien appris leur lecture analytique sur « l’Albatros » ou « Fonction du poète » n’ont eu aucun mal à organiser leurs axes : l’assimilation stylistique entre le poète et l’animal ayant déjà été travaillée chez Baudelaire ; quant au poème de Hugo, les nombreuses images du sacrifice christique (transfiguration de la douleur en particulier), la visée didactique du texte, etc. devaient vous fournir des pistes de réflexion pertinentes.

La dissertation

Vous avez été peu nombreux à choisir la dissertation : à peine 20%. Ce faible pourcentage s’explique moins par le sujet (qui n’était pas si difficile que cela) que par la crainte de ne pas être à la hauteur faute d’une pratique suffisante. Je ne peux que vous conseiller de vous familiariser avec l’exercice en vous entraînant davantage : à part deux excellents devoirs, et quelques travaux certes plus moyens mais acceptables, la plupart des copies présentaient des lacunes méthodologiques ou culturelles parfois préoccupantes. Je crois utile de rappeler ici les principes qui régissent cet exercice. Le sujet de dissertation doit permettre à des candidats (qui se sont obligatoirement préparés) de mettre en valeur leurs connaissances littéraires. Certains élèves ne semblent toujours pas bien comprendre ce qu’on attend d’eux et traitent cet exercice exigeant comme une sorte de vague paragraphe argumentatif… Le premier travail à faire consistait à analyser le sujet : n’oubliez pas que la différence entre les copies s’opère essentiellement au moment clé de l’analyse du sujet. Un parcours trop superficiel de la citation et des consignes, qui consiste uniquement à repérer quelques éléments permettant d’utiliser des développements tout préparés ne permet pas de satisfaire aux exigences de la dissertation mais aboutit à un collage de considérations sans grand intérêt.

Vous deviez donc commencer par reformuler le sujet. L’idée énoncée était la suivante : pour produire des poèmes qui touchent les lecteurs, le poète doit puiser son inspiration dans sa souffrance. On voit bien ici la problématique suggérée : la souffrance est-elle nécessaire à la création poétique? Le libellé du sujet vous a amenés à un plan le plus souvent dialectique : 1) la souffrance, source nécessaire de l’inspiration ; 2) on ne peut pas réduire l’inspiration à la seule souffrance. La citation a semblé gêner, voire déstabiliser certains élèves qui se sont perdus dans de longs commentaires, souvent hors sujet sur la poésie, mélangeant allègrement des bribes de lectures analytiques à des jugements personnels, au détriment d’une problématique organisée. Pensez à bien lire le sujet qui proposé. Si les bonnes copies témoignent d’une maturité intellectuelle et d’une préparation solide, beaucoup de travaux en revanche ont été beaucoup trop superficiels, témoignant d’un apprentissage déficient : que dire des candidats ne citant aucun texte, alors que c’est l’essentiel du travail? Quant à la forme… Certains élèves n’ont même pas rédigé d’introduction ou de conclusion!

Le respect de la forme de la dissertation, loin d’être un pur formalisme, se révèle en fait une aide structurante permettant la mise en ordre raisonnée d’une pensée personnelle étayée par l’exploitation du corpus et de la culture littéraire. En particulier, j’ai apprécié les élèves cherchant à exploiter leurs connaissances. Les dissertations bien construites, avec un plan annoncé (et respecté!), comportant une introduction, des parties structurées autour de paragraphes, des transitions, et une conclusion, écrites dans un français syntaxiquement correct, sont toujours des copies qui font nettement la différence. En revanche, nous avons sanctionné les travaux accumulant les banalités : quand je dis que la dissertation doit privilégier la réflexion personnelle, cela ne signifie nullement que vous devez raconter votre vie! Voici un exemple édifiant : « En cours, nous avons fait de l’écriture automatique, ça consiste à mettre des mots au hasard, alors pour exprimer la souffrance, ce n’est pas la peine d’être triste »… Affligeant n’est-ce pas? À l’inverse, attention à ne pas transformer votre travail en exposé : nous avons eu droit parfois à des collages de notes de cours sans aucun discernement. Une telle accumulation gratuite de connaissances est malheureusement le signe ou bien d’un manque de méthode, ou bien le reflet d’un manque de pensée personnelle, ce qui est beaucoup plus grave.

En conclusion, nous ne saurions trop vous rappeler que la dissertation est un exercice exigeant sur le plan de la forme et de la méthode, qui répond à des règles précises et qui nécessite un apprentissage rigoureux.