Guide méthodologique d’aide à l’expression écrite. Corrigé n°3 et entraînement n°4

Classes de Première S5 et Première ES4.

 

Voici le corrigé du troisième exercice et le quatrième entraînement (à rendre avant le jeudi 16 avril, 21:00). 
Rappel du calendrier d’entraînement :
  • Dimanche 8 mars : exploiter la métaphore filée, les anaphores, les interrogations oratoires
  • Samedi 21 mars : rédiger un réquisitoire ou un plaidoyer (+ corrigé n°1)
  • Jeudi 9 avril : structurer un paragraphe argumentatif (+ corrigé n°2)
  • Jeudi 16 avril : introduire et conclure un écrit d’invention (+ corrigé n°3)

Corrigé de l’entraînement n°3 : structurer un paragraphe argumentatif.
Concernant la structure du paragraphe argumentatif, cliquer ici.
Dans cet exercice, vous deviez répondre à une question (l’importance de la littérature) à travers deux paragraphes argumentés :

  • La littérature donne à voir (elle éclaire)

  • Elle est une prise de conscience

En premier lieu, la littérature donne à voir. Par « littérature », il faut entendre l’ensemble des œuvres ayant pour finalité une recherche esthétique au service du sens. D’autres arts comme la musique, la peinture ou le cinéma assument plus ou moins cette fonction plastique et didactique. Mais la spécificité du texte littéraire est de mettre le mot au service du fond, de l’idée. L’écrivain en effet se doit non seulement d’éclairer par ses écrits le monde qui nous entoure, mais de le mettre en forme verbalement. Ce pouvoir accordé au mot, au  style, fait la valeur de l’art littéraire : s’il est l’observateur, le témoin particulier, le porte-parole de notre monde, l’écrivain est aussi selon l’expression de l’écrivain Edouard Glissant un « bâtisseur de langage ». Ce n’est pas tant de meubler une page blanche, de l’orner, de l’enrichir par un style particulier qui font la valeur du texte littéraire mais d’assigner à ce travail sur le langage une mission d’éducation qui confère à la pratique de la lecture un véritable principe d’action. Lire, c’est accepter l’invitation de l’écrivain, c’est assumer le fait d’être dérangé dans ses convictions, ses présupposés, ses croyances. Dans cette invitation au débat d’idées réside la particularité de la littérature qui est de permettre une communion avec le lecteur. Il ne s’agit pas seulement de « donner à voir » le monde, il importe de le donner à voir selon un certain point de vue. C’est Jean-Paul Sartre qui écrivait en 1976 dans Situations 10 « L’écrivain, selon moi, doit parler du monde tout entier en parlant de lui-même tout entier ». Avant d’engager les autres, l’écrivain s’engage et nous livre sa propre vision, par définition personnelle et subjective. Le texte littéraire à ce titre met en scène des attitudes de vie, des situations existentielles qui engagent l’homme tout entier. Quand Voltaire dans Candide critique les absolutismes, quand Hugo dans « Fonction du Poète » met le lyrisme au service de l’engagement, ils le font en leur nom certes, mais nous impliquent du même coup dans cette relation dialogique. À l’opposé de la neutralité d’un narrateur omniscient, l’écrivain au contraire nous éclaire sur le monde. Il nous permet d’en débattre sous des angles différents, opposés, capables de conférer à l’œuvre littéraire une tâche spirituelle.

Par définition, la littérature débouche conséquemment sur une prise de conscience. Si elle éclaire l’homme, c’est en l’éveillant, en lui permettant de découvrir sa propre voix. De l’expérience de la lecture peut naître l’engagement. Pourquoi nous intéresserions-nous par exemple à la littérature des Lumières dans une société où tant de combats menés jadis semblent aujourd’hui acquis ? Si c’est aux Lumières que nous devons la grande idée des Droits de l’Homme,  c’est qu’elles ont amené précisément à une prise de conscience. « Osez penser par vous-même » écrivait Voltaire dans le Dictionnaire philosophique… La leçon est toujours d’actualité ! Lire, en ce sens, amène le lecteur à pratiquer un déchiffrement, une recherche du sens. C’est cette herméneutique qui le conduit à prendre conscience de son rôle dans l’Histoire. Lire un livre, c’est vivre avec son époque, c’est penser avec elle. Qui n’a pas en mémoire l’incipit de Germinal ? La subjectivisation de la description (la grande route de Marchiennes) prépare déjà les luttes à venir. Ce paysage hostile du Nord, si stéréotypé soit-il sous la plume de Zola, amène le lecteur à se projeter dans le contexte social du second Empire. Nous nous identifions à Étienne : nous partageons sa souffrance ; sa révolte devient notre prise de conscience. Le paysage réel des mines se métamorphose en un espace mythique dont la fameuse métaphore filée de la germination dans la dernière page, semble préfigurer ce grand souffle épique de l’histoire sociale en marche. Toute littérature est ainsi une prise de conscience dans la mesure où elle confronte l’homme avec le monde et avec lui-même. Cette fonction de la littérature ne tendrait-elle pas vers la tragédie, c’est-à-dire vers la conscience que l’homme a de son propre destin ? Même une pièce de théâtre comme la Cantatrice chauve, en apparence simple farce absurde, débouche sur une interprétation allégorique. Le couple stéréotypé des Smith est révélateur d’un vide existentiel. Le ressort dramatique de la pièce consiste dans la manifestation d’une existence séparée de son sens. Pour le spectateur, si la scène se constitue comme le tableau pathétique et désespéré de la condition humaine, elle l’amène à assumer son rôle dans le monde. La littérature va ainsi de la fiction au réel, de l’illusion au social, de l’imagination à l’Histoire.

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Entraînement n°4 : introduire et conclure un écrit d’invention (l’apologue)

Vous rédigez le premier et le dernier paragraphe d’un apologue. Rédigé en vers ou en prose, l’apologue contient deux parties, coordonnées mais distinctes:

  1. D’une part, il privilégie le discours narratif. Mais s’il tient du récit, l’apologue est une ressource de l’argumentation. De nombreux chapitres de Candide par exemple sont des apologues. Au-delà de l’histoire racontée, le récit est toujours à visée argumentative et didactique.

  2. La morale… L’apologue est très souvent allégorique. Le fait concret qui est raconté débouche ainsi sur une réflexion plus abstraite, qui renferme un enseignement,  une morale pratique. On pensera naturellement aux fables, mais le dernier chapitre de Candide, « l’Albatros » de Baudelaire ou « Le crapaud » de Corbière sont également de bons exemples.

Le sujet : Vous allez rédiger un apologue (premier et dernier paragraphe). Le sujet est libre. Votre premier paragraphe exposera un fait. Le dernier paragraphe amènera à la morale.

Mon conseil : réfléchissez d’abord à la morale, donc au sujet, au problème que vous voulez évoquer et non au fait lui-même. De nombreux candidats se creusent parfois la tête pour trouver « une histoire ». Le risque, c’est qu’ils racontent des événements en oubliant que le but est d’amener à l’argumentation. Posez-vous toujours cette question : « Qu’est-ce que je veux prouver exactement ? » Dans l’apologue, il faut toujours passer du fait raconté à l’idée. Les problématiques sociales (guerre, racisme, misère, etc.) sont hélas de bons sujets dans la mesure où elles sollicitent le lecteur dans la recherche d’une vérité et d’un sens moral.

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Bonne chance à vous. N’oubliez pas de me remettre vos propositions avant le jeudi 16 avril, 21:00 pour bénéficier du bonus !

Publié par

brunorigolt

Bruno Rigolt Docteur es Lettres et Sciences Humaines Prix de Thèse de la Chancellerie des Universités de Paris Professeur de Lettres Modernes et de Culture générale au Lycée en Forêt (Montargis, France).