Guide méthodologique d’aide à l’expression écrite. Corrigé et entraînement n°2…

Classes de Première…

Voici le corrigé du premier exercice et le deuxième exercice (à rendre jeudi 26 mars). Désolé pour ce léger retard mais j’ai tenu compte d’une part des mouvements sociaux empêchant certains élèves de me rendre à temps leur travail lors du cours de Français le jeudi 19 mars. Par ailleurs l’organisation du Salon du Livre de Montargis où toutes les classes exposent, ainsi que la préparation de la Journée Portes Ouvertes m’ont demandé un très lourd investissement.
Rappel du calendrier d’entraînement :
  • Dimanche 8 mars : exploiter la métaphore filée, les anaphores, les interrogations oratoires
  • Samedi 21 mars : rédiger un réquisitoire ou un plaidoyer (+ corrigé n°1)
  • Vendredi 27 mars : structurer un paragraphe argumentatif (+ corrigé n°2)
  • Jeudi 02 avril : introduire et conclure un écrit d’invention (+ corrigé n°3)

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Entraînement n°1… Le corrigé !

Métaphore filée, anaphores, interrogations oratoires

Comme vous le savez, la métaphore filée est une métaphore qui se prolonge. En fait, c’est une succession de métaphores  ou de comparaisons développées, parfois dans tout un paragraphe et qui s’appuient le plus souvent sur un même réseau lexical. Si elle est très employée en poésie, la métaphore filée constitue également un procédé oratoire de premier plan. Il vous était demandé dans ce premier exercice de « filer » la métaphore dans un discours vous amenant à plaider pour plus de justice sociale. Vous deviez par ailleurs utiliser obligatoirement  le champ lexical du voyage ou du déplacement. Quelques erreurs ont été commises, mais il y a eu également de bonnes surprises. Voyons tout cela ensemble…

Au niveau des difficultés, le (rare) contresens a consisté pour certain(e)s à parler du voyage. Attention : là, c’est une faute majeure dans la mesure où le thème ne portait pas sur le voyage mais sur la justice sociale (le comparé). Le voyage constituait donc le comparant. 

Voyons maintenant quelques extraits de propositions. J’ai sélectionné une élève de Première ES4, et deux élèves de Première S5 :

Propositions d’élèves

L’avis du Prof

« Plus de justice sociale permettra d’améliorer les conditions de vie et le monde : il faut en effet briser les routes qui nous séparent, briser les routes de l’indifférence… »  Ici, l’idée de départ était convaincante ; en revanche, le verbe briser ne convient pas pour une « route ». De plus, le mot route a une connotation positive (la route, c’est ce qui conduit symboliquement à l’avenir) : il était donc maladroit d’associer le terme à un sens négatif. Il valait mieux par exemple utiliser le terme « barrière » qui suggère bien l’idée de fermeture et d’ethnocentrisme, par opposition à la route, symbole d’ouverture culturelle.
« Malheureusement, dans un monde où la loi du « chacun pour soi » plane sur la plupart des hommes, il est difficile pour les plus démunis de voguer tranquillement sur des rivières de bonheur. Marchons ensemble vers une nouvelle destination, vers une meilleure fin de voyage, vers un Eldorado de fraternité. » On repère bien ici la métaphore filée. Quelques termes en revanche semblent parfois un peu maladroits : l’adverbe « tranquillement » paraît un peu banal, associé à l’idée de bonheur, qui est un concept moral et spirituel fort. L’expression « rivières de bonheur » est une bonne idée mais personnellement j’aurais employé l’expression « les rivières du bonheur » plus marquante par l’emploi du déterminant défini. De même, je n’ai pas été très convaincu par l’expression « meilleure fin de voyage » qui donne une impression un peu morbide (le dernier voyage…). Bravo par contre pour « L’Eldorado de fraternité ». Voilà une façon originale de se réapproprier le chapitre 18 de Candide !
« Le monde, c’est notre voyage à tous. [… Il faut] s’envoler vers les contrées inexplorées de l’esprit’ Je trouve ce passage très judicieux. La problématique selon laquelle le monde pourrait être un voyage suggère non seulement l’idée de progrès, mais en même temps elle amène symboliquement à l’idée de positivisme, donc de dynamisme social. En outre, l’expression de « contrées inexplorées » me semble appropriée car une contrée, par définition, c’est une « étendue de pays », donc on retrouve là encore l’idée d’un territoire à conquérir !
« Plus de justice sociale nous permettra d’évoluer, d’avancer sur la route de l’égalité. Nous devons voguer vers un monde meilleur, où tous les chemins mènent au bonheur. Il n’est pas trop tard pour nous envoler vers un monde plus respectueux des valeurs sans sombrer sous les nuages du racisme et de l’égoïsme. La métaphore filée apparaît bien ici. Le champ lexical de l’envol est exploité avec pertinence : l’opposition des nuages et du ciel renvoie de façon allégorique au malheur et au bonheur. Le filon aurait pu être d’ailleurs davantage creusé !

Propositions de corrigé

Concernant les interrogations oratoires, pas de problème, vous les maîtrisez bien. En revanche, j’ai été souvent déçu par les anaphores : à part « Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs »… Beaucoup d’entre vous sont en panne d’inspiration ! Par définition, l’anaphore se doit d’être originale. Répéter une formule banale ne sert strictement à rien, sinon à alourdir et à laisser une impression défavorable chez le correcteur (« Propos indigents, peu d’intérêt, manque d’originalité », etc.). Il faut au contraire choisir une formule frappante, susceptible de marquer votre lecteur ou votre auditeur. Pensez par exemple à l’univers de la chanson ; le refrain est caractéristique de l’anaphore : souvent les sonorités (allitérations ou assonances) peuvent jouer un rôle clé dans ce processus d’insistance. Dans sa chanson célèbre « SOS d’un terrien en détresse » (1978), Balavoine joue avec les allitérations en |s| qui créent ici une insistance pathétique et sollicitent l’attention de l’auditeur. L’anaphore est souvent investie par le destinataire d’une charge symbolique forte qu’il est intéressant d’exploiter. Regardez ce passage du discours de François Mitterrand, le 8 mai 1988, à l’annonce de sa victoire : outre la tonalité, empreinte de solennité et de lyrisme, les reprises anaphoriques, associées aux correspondances sonores en |o| permettent de renforcer l’impératif de la solidarité nationale : « Il y a trop d’angoisses, trop de difficultés, trop d’incertitudes pour trop des nôtres dans notre société, pour que nous oublions que le premier devoir est celui de la solidarité nationale. Chacun selon ses moyens doit concourir au bien de tous. »
 
La métaphore filée du voyage…

Le sujet vous invitait prioritairement à exploiter la métaphore filée sur le thème du voyage, du déplacement. L’éventail de mots à utiliser était très large : « chemin, route, avenue, autoroute, se déplacer, partir, là-bas, horizon, ailleurs, avenir, parcours/parcourir, itinéraire, horizon, etc. » Comment ne pas évoquer ici ces propos à juste titre si connus du Général de GAULLE à Matignon, lors de son retour au pouvoir le 13 juin 1958 ? « La route est dure mais qu’elle est belle ! Le but est difficile mais qu’il est grand ! Allons ! Le Départ est donné ! » Les mots de « route », de « but » et de « Départ » résonnent comme un « appel » (les Français de l’époque ont dû songer au célèbre « Appel » du 18 juin) vers la rénovation de la politique, et la fraternité. Comme vous le voyez, la métaphore filée joue avec les codes culturels et affectifs inscrits souvent dans l’inconscient collectif : c’est là  son intérêt dans le discours.

Mon corrigé

Pour ce corrigé, je suis resté dans le lyrisme politique et l’éloquence des exemples précédents afin de vous montrer comment une idée simple peut être exploitée sur le plan oratoire.

« Mesdames et Messieurs, frères d’armes et de larmes, un chemin s’ouvre à nous si vous le souhaitez. Mais d’abord, il faut accepter de courir le risque. Car je ne vous propose pas une aventure, ordinaire, commune, banale parmi d’autres… Non : l’aventure que je vous propose est l’Aventure humaine, la grande Aventure de l’Histoire et de l’Homme. Franchissons ensemble si vous le voulez les barrières de l’indifférence, les terrains clos de l’ethnocentrisme, les champs clôturés de la haine qui n’ouvrent aucune perspective. Partons vers Demain : l’avenir nous tend les mains.

Mesdames et Messieurs, frères d’armes et de larmes, le départ que je vous propose est d’abord une avancée vers plus de justice sociale, cette grande aventure que je vous demande de vivre avec moi, notre grande aventure ne pourra se faire qu’avec davantage de solidarité et de fraternité. Oui, c’est tous ensemble que nous réussirons. Ne dites pas que le départ est impossible. Auriez-vous peur d’être vous-même ? Ne croyez pas qu’une autre voie n’est pas envisageable. Abandonneriez-vous à l’indifférence et aux désillusions votre courage, vos valeurs, votre foi en l’espérance ?

Non : je sais que vous êtes capable de marcher sur la route qui se dessine devant vous. Qu’importent les pierres sur le chemin ? Nous réussirons. Qu’importent les obstacles ? Nous les franchirons. Qu’importent les montagnes puisqu’il y a des sommets à franchir et que nous les franchirons. Mesdames et Messieurs, frères d’armes et de larmes, je sais que les avenues de l’Histoire s’ouvriront devant nous si nous les empruntons. Regardez : la vie est en partance, de toute part des hommes et des femmes s’engagent dans le chemin.  Alors, la question que je vous pose aujourd’hui est simple : êtes-vous prêts à tenter l’Aventure ? Voulez-vous transformer une volonté en Histoire ? »

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Analyse…

Comme vous le voyez, j’ai également exploité ici la technique de la gradation ternaire : une série de trois mots vont en progression afin d’amplifier l’idée selon une logique de dramatisation : « les barrières de l’indifférence, les terrains clos de l’ethnocentrisme, les champs clôturés de la haine « . On a même ici une double gradation ternaire : barrières, terrains clos, champs clôturés d’une part ; indifférence, ethnocentrisme, haine d’autre part. Une bonne idée aussi est d’interpeller le destinataire en le faisant parler à sa place. Cela fonctionne très bien avec les interrogations oratoires selon une logique antithétique : « Ne dites pas que le départ est impossible. Auriez-vous peur d’être vous-même ? Ne croyez pas qu’une autre voie n’est pas envisageable. Abandonneriez-vous à l’indifférence et aux désillusions votre courage, vos valeurs, votre foi en l’espérance ?« . Au passage, vous remarquerez que la deuxième interrogation oratoire s’achève à nouveau sur une gradation ternaire : « courage, valeurs, foi » qui permet de faire passer l’action du terrain de la vertu (le courage) à celui de la morale (les valeurs) et enfin de l’adhésion spirituelle (la foi).

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Exercice n°2 : rédiger un réquisitoire ou un plaidoyer

Dans cet entraînement, je vous invite à travailler sur le réquisitoire et le plaidoyer. Ces exercices étant souvent proposés à l’EAF, il est important que vous les maîtrisiez. Tout d’abord, allez voir sur site-magister.com les rappels utiles consacrés aux techniques de persuasion, et plus particulièrement au registre oratoire. Comme vous le voyez, le plaidoyer et le réquisitoire sont évalués au Baccalauréat selon des critères précis que vous devez respecter.

Sujet : dans un discours devant un public de députés européens, vous cherchez à justifier ou au contraire à dénoncer la généralisation de l’Anglais comme langue de trvail unique au Parlement européen. Quelle que soit votre prise de position, vous rédigerez obligatoirement 3 paragraphes centrés chacun sur UNE seule idée. Vous devez donc trouver en tout TROIS idées, que vous exposerez selon une logique de progression (du moins important au plus important). Bien entendu, vous devez exploiter toutes les techniques oratoires vues jusqu’ici, y compris celles proposées dans le corrigé.

Rappel concernant la structure du paragraphe argumentatif… Un paragraphe argumentatif est composé de la façon suivante :
  1. On annonce l’idée.
  2. On la développe, on l’approfondit.
  3. On l’illustre avec un ou deux exemples.

Même si un discours n’obéira pas tout à fait à la même rigueur de construction qu’une dissertation (du fait même de sa charge émotionnelle et affective), il doit cependant respecter cette structure selon une logique clairement identifiable.

AVANT de commencer, regardez bien le tableau ci-dessous qui fait le point sur le plaidoyer et le réquisitoire.

PLAIDOYER

RÉQUISITOIRE

Qui parle ? Il s’agit d’un discours. Donc la fonction expressive du langage sera privilégiée (emploi du je + implication forte de l’énonciateur)
A qui ?

Utilisation de la fonction impressive (ou conative) : la fonction conative met l’accent sur le destinataire, en cherchant à agir sur lui : le but est de mettre en cause le récepteur (une personne, le public, vos lecteurs) en le contraignant à faire quelque chose qui va dans votre sens.

De qui,
de quoi ?
D’une personne ou d’une cause qu’on cherchera à défendre. D’une personne ou d’une cause qu’on cherchera à discréditer (le héros que l’on croyait n’est en fait qu’un coupable ; la thèse que certains défendent est fausse et illusoire).
Lexique Laudatif (louer quelqu’un, faire son éloge) et mélioratif (termes à connotation positive)

Péjoratif et dépréciatif

Registre

Lyrique, pathétique et injonctif

Polémique et injonctif

Procédés oratoires

Antithèses, Interrogations oratoires, anaphores, injonctions, exclamations exprimant l’émotion, la colère, l’indignation ; phrases rythmées sur le principe de la gradation ternaire, etc.

Parcours argumentatif visible et ciblé (cohérence des arguments, forte visée démonstrative, nécessité d’aller du moins important au plus important.

Bonne chance à vous. N’oubliez pas de me remettre vos propositions avant vendredi 27 mars, 21:00 pour bénéficier du bonus !

Publié par

brunorigolt

Bruno Rigolt Docteur ès Lettres et Sciences Humaines, Prix de Thèse de la Chancellerie des Universités de Paris. Diplômé d'Etudes approfondies en Littérature française et en Sociologie ; Maître de Sciences Politiques ; Professeur de Lettres Modernes et de Culture générale au Lycée en Forêt (Montargis, France).