« Des mots égarés, une écriture du silence » par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7… Troisième livraison…

Voici la troisième et dernière livraison des poèmes créés par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7 en hommage à Marguerite Duras.

  • Cliquez ici pour accéder aux textes publiés le 30 septembre 2009.
  • Cliquez ici pour accéder aux textes publiés le 16 septembre 2009.

        

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Oublier pour l’éternité

par Alizée R. (Seconde 18)

            

Alors que s’écoulent autrement

Les larmes du soleil

Je cherche dans la peur

la morale du tableau silencieux

Avec l’envie d’ignorer,

D’oublier une vie seule :

Pourquoi l’horizon court-il au loin ?

           

Je veux partir avec le cœur de l’autre

Sans voler ses ailes de papier,

M’égarer dans la puissance à jamais,

Calculer les secondes d’amour à deux

Mais rester dans la grande ignorance d’avoir à oublier

Et juste percevoir la solitude.

          

J’ai fermé les yeux sur l’espoir

J’ai marché dans les larmes du soleil…

  

            

Prendre le large

par Audrey G. (Seconde 18)

              

On vit, l’on profite de mensonges sincères,

On se noie, l’on s’écorche :

Mentir pour mieux se protéger.

Être nouveau, sans personne,

Sans mélancolie

Un besoin d’ailes,

Comme une attente pour se reconstruire.

Besoin d’horizon : oublier, renaître…

Sans personne,

Sans mélancolie

Un besoin d’ailes…

     

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New York, 1991, © B. R.

        

              

Haïku mélancolique

par Nabil B. (Seconde 18)

             

Un bruit dans la nuit :

Sur l’île

La solitude emplissait

Nos cœurs enfuis…

      

                               

Partir

par Charlotte B. (Seconde 7)

                

Attente inconsciente imaginée sans refus,

Embrasée, affligée de larmes

Noires sensations névrosées, épuisées de désir

Et de voyage.

Espoir assigné, oppressé de tristesse

Rongé par ces songes :

Partir, partir…

Cette mélancolie de liberté,

Ranimée d’éveils brûlant de rêves, en vain, épuisés…

            

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Belle nuit

par Florian C. (Seconde 7)

                 

Belle nuit où le temps s’arrête

Et ne reprend qu’au coucher de la vie

Aussi froide et sombre que le vent

Aussi noire et incertaine que l’aube

Belle nuit

Où l’on rêve que l’on ne pense à rien…

         

              

Un cœur égaré

par Tiffany J. (Seconde 7)

         

Dans la nuit inconnue

Ce cœur égaré par la lumière hésitante

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Dans l’océan froissé

Du silence obscur,

Une solitude

Incertaine.

       

Ce cœur séparé,

Comme une musique dans le vent

Une musique de paroles colorées…

            

               

J’ai dû mourir plus vite que les autres

par Céline L. (Seconde 7)

             

Ce monde est-il noir ?

J’ai dû mourir plus vite que les autres.

M’occuper de la maison, de la lessive, des courses…

Les arbres sont creux, l’herbe hurle, les nuages pleurent :

J’ai dû mourir plus vite que les autres.

Je cache mes craintes, les maisons brûlent, et craque la terre :

J’ai dû mourir plus vite que les autres.

L’orage crie de douleur, les étoiles se fanent, les fleurs sont ternes :

J’ai dû mourir plus vite que les autres.

Ceux qui me critiquent ne savent pas. Ne connaissent pas.

Ce monde est-il noir ?

J’ai dû mourir plus vite que les autres.

            

             

Une histoire éphémère

par Janyce M. Inès E. et Déborah S. (Seconde 18)

              

Écrire dans le vent, au soleil de l’automne

Tant l’écriture est un rêve :

Léger tel ce lourd fardeau.

Admirer par la fenêtre la vérité,

Perdue dans le nuage des mots :

Ne jamais comprendre la conformité.

Apprendre le pouvoir de mordre le temps,

Prétendre qu’on le passe en pensant.

Je joue de la montre-bracelet,

Et gagne au Loto de la solitude

Une histoire éphémère :

Sourire à l’aube,

Pleurer le crépuscule…

         

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Photomontage à partir de deux tableaux du peintre surréaliste R. Magritte (« La Grande famille » et « La lunette d’approche »)

            

                    

Paysage d’été

par Lauren C. (Seconde 18)

         

S’amuser de soleils et de feuilles

Rire de paysages et de fleurs l’été

Sans amis, le soleil n’est que passage

Les regarder sourire

Faisait l’effet d’une friandise

Sur la plage

Dans le paysage d’été…

          

                   

Une guitare dans le Bleu

par Lucie L. (Seconde 7)

        

Partir, retrouver une vie

Se souvenir d’un regard,

guitare1.1256846842.jpgD’une mélodie douce…

Cœur vidé,

Mais une lueur d’espoir…

Un chien vagabondait.

                    

Le retour du temps passé,

Je crie mon envie, sans un bruit :

Un geste parti de mon cœur,

Une guitare dans le Bleu,

Une chevelure dorée,

Fascination d’un être.

                          

Un adieu, des larmes…

           

                 

Il s’agit du même livre…

par Marine D. et Marion L. (Seconde 7)

               

Chaque personne que l’on rencontre est unique

Mais les souvenirs parfois s’effacent :

L’ami s’en va, marche, s’évade,

Finit par s’endormir, partir…

La vie avec un ami parti

Est vie à mourir, tempête sans le vent,

Des larmes sans pleurer, un couloir sans issue.

Tourner la page ?

Mais il s’agit toujours du même livre…

               

                    

Des ombres ouvraient un chemin

par William P. (Seconde 18)

            

Sous un ciel

Qui brillait d’étrange lumière

new-york-1.1255844936.jpgDes ombres ouvraient un chemin.

Un cœur perdu

Triste d’oubli

Cherchait une proie.

L’enfant innocent

Endormi par l’ennui

Découvrit des images de la nuit

La nuit

Qui toujours s’évapore

De rayons roses

Qui se cachent…

          

                   

Je pense à la faim

par Haroun M. (Seconde 18)

             

Je pense à la faim, à la soif

De vivre pour manger

Se remplir de pays inconnus et

De villes perdues,

De cités égarées.

Je pense à la faim, à la soif

De vivre pour boire

Les mots

De livres égarés,

Quelques mots envolés…

              

                  

Délivrance

par Léo R. (Seconde 18)

Après une lecture de la nouvelle de M. Duras « Le coupeur d’eau« 

           

Découverte d’une tentation nouvelle,

Souvenir d’une mélodie égarée

À l’heure du silence de la société.

J’ai vu la beauté étoilée du Noir dans le soir,

L’émerveillement d’une nuit d’été hésitante,

La profondeur d’un regard

Dans le silence obscur de la vie.

C’était comme une infinité inconnue,

Comme le regret d’un changement lointain :

Le désespoir d’une femme à mes côtés

Le soulagement dernier d’un voyage espéré…

          

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La nuit, le ciel…

par Damien L. (Seconde 18)

         

Un homme sortit dans l’infini bleuté

Les mille bougies du ciel éclairaient son visage.

L’homme cherchait à se rappeler

Des souvenirs disparus

Dans l’obscurité-mémoire.

Puis le ciel pleura

L’homme fondit

Dans un déluge

De larmes bleues…

           

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Envolé

par Claire D. (Seconde 18)

         

Un homme s’arrête : essoufflé, perdu.

Pourtant le soleil brille, pourtant un oiseau chante.

Un papillon, une abeille, puis un soupir lointain.

L’homme rêve : il voit comme un amour

Mais c’est la pluie.

Et puis l’orage : même l’oiseau qui chantait s’est tu

L’homme ne respire plus.

Un éclair rose brise l’horizon.

L’homme est mort car c’est la guerre.

Le soleil revient.

L’oiseau a repris son chant mélodieux.

L’homme, lui, s’est envolé…

              

                     

Tourner la page

par Madeleine L. et  Harivelo A. (Seconde 18)

                  

Autour du feu de lecture

Des lettres de cœur,

Les odeurs de la mer classées, cataloguées

Avec les mots-poubelle

Du passé comme les vieux chagrins…

           

Le tour de manège ivre de plaisir est fini

Courir au loin puis seul

À un banc dans la nuit sans étoile

Questions, pensées, ennui :

la peur en route vers le mystère futur…

              

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Au fil des pages… New York…

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New York City

Et pourquoi pas un ouvrage « non littéraire », et qui plus est en Anglais (mais très accessible : c’est l’occasion d’apprendre en s’amusant) ? Publié en 2007, ce guide pratique rédigé sous la direction de Gwen Cannon n’est pas seulement destiné à d’éventuels touristes. Ce serait en limiter l’intérêt ! Tout d’abord, il vous permettra d’entreprendre un extraordinaire « voyage immobile » et de goûter à cette faculté d’ubiquité que permet si bien la lecture : quelle indicible sensation d’être ici, et à la fois autre part… C’est ça lire ! Évadez-vous, au fil des 378 pages, dans cette agglomération fascinante, démesurée, monstrueuse parfois qui est à elle seule une « capitale du monde » ! Vous pourrez tout d’abord mieux contextualiser certains lieux emblématiques comme Manhattan (avec Harlem, Broadway), Brooklyn, Queens, le Bronx… Tant d’endroits qui font souvent rêver mais qu’on ne connaît « que de nom » : or, du mythe au stéréotype, il n’y a parfois qu’un pas ! C’est la raison pour laquelle mieux appréhender un lieu, c’est pouvoir en parler intelligemment et dépasser le stade des clichés ou des représentations superficielles.

Mais cette excursion vers « the Big Apple » peut vous inspirer littérairement… De fait, ce qui séduit souvent les lecteurs dans une histoire, ce sont les détails vrais, les « effets de réel », qui servent à ancrer la fiction dans un environnement social, culturel ou géographique vraisemblable ; ainsi, nombreux sont les écrivains qui puisent le cadre de leurs romans dans… les guides touristiques ! Enfin, c’est une évidence de dire que tout étudiant soucieux de sa « Culture générale » se doit de connaître cette mégapole. Ne manquez surtout pas la partie intitulée « Art and Culture » (page 43 et suivantes), remarquablement constituée, qui vous permettra de comprendre pourquoi cette ville a incarné pour des générations et des générations (et incarne encore) tous les rêves du monde… Et puis New York c’est aussi un mythe littéraire. Peut-être lirez-vous un jour l’un de ces très grands romans contemporains : Manhattan Transfer de l’écrivain américain John Dos Passos… Par ses nouveautés stylistiques et ses descriptions naturalistes, cette chronique sociale vous plongera au cœur d’une envoûtante metropolis qui ne s’endort jamais…

BTS / Culture Gé… Détour et détournements parodiques : du modèle à la déconstruction du modèle

La parodie constitue un objet privilégié pour éclairer le thème du détour proposé au programme du BTS 2009-2010. Dans ce support de cours destiné à l’origine aux étudiants de BTS deuxième année (mais recommandé à toutes celles et ceux qui souhaitent enrichir leur culture générale, particulièrement les élèves des sections littéraires qui travaillent sur les réécritures), je vous propose de faire le point rapidement sur les principes, les définitions et les enjeux culturels qui sous-tendent le détour parodique.

                

Détour et détournements parodiques

Du modèle à la déconstruction du modèle

« Seul celui qui est capable de dévaloriser

peut créer de nouvelles valeurs »

Asger Jorn

D’abord, il faut entendre le mot parodie au sens étymologique de « chant parallèle », « à côté de » : l’écriture parodique obéit donc par définition à une stratégie du détour et de la médiation. Comme le rappelle Guy Belzane dans un passionnant article disponible sur Internet que je vous recommande de lire dans son intégralité (1), « la parodie n’invente pas, elle est condamnée à dépendre toujours de l’original qu’elle détourne […], rabaisse, pervertit, mais, en même temps, appréhende, critique parfois, admire souvent, analyse toujours ». Guy Belzane ajoute que « le détournement suppose une connaissance approfondie de l’objet détourné et une mise en évidence de sa singularité ». De fait, entre l’objet parodié et la parodie existe une forte relation d’analogie qui est d’ailleurs à la base même de tout détournement subversif.

Un détournement de sens…

Pour que le détournement fonctionne, il faut donc que l’on puisse reconnaître le texte ou l’objet d’origine. Gérard Genette dans Palimpsestes, la littérature au second degré (Seuil 1982), replace la parodie dans le contexte d’un phénomène plus large qu’il appelle l’hypertextualité. Certains textes (hypertextes) dérivent de textes antérieurs (hypotextes) que leur auteur a ouvertement imités ou transformés. En usant du détour parodique, et en évitant la confrontation frontale, ce travail de démarquage s’adresse donc à un lecteur lui-même averti. Comme l’vaient rappelé les auteurs de l’Encyclopédie, « le sujet qu’on entreprend de parodier doit être un ouvrage connu, célèbre, estimé » (2). La parodie instaure donc un détournement de sens qui suppose « un travail de démarquage, de travestissement ou de subversion de l’œuvre parodiée, travail que le public perçoit comme tel (3) ».

Sapeck, illustration pour l’ouvrage de Coquelin Cadet, Le Rire

sapeck.1255260801.jpgLe détournement de sens peut ainsi fonctionner parce qu’entre l’hypotexte (le texte d’origine) et l’hypertexte, existe une relation mimétique, tant d’un point de vue syntaxique que structural qui est à la base même de la dynamique de transgression propre au détour parodique. Il y a forcément un impact transgressif, mais aussi un impact ludique : le détournement parodique appartenant à la sphère du jeu et de la dévalorisation. Ainsi, quand on entend « Football gagnant » de Laurent Gerra, on songe spontanément au tube de Renaud. Même remarque pour le « Je l’aime à courir » de Patrick Sébastien, détournement de la chanson bien connue de Cabrel. On pourrait multiplier à l’envi les exemples ! Témoin cette fable (peu inventive mais amusante) de Pierre-François de Rémusat (Poésies diverses, 1817) :

Ma culotte ayant frotté
Tout l’été,
Se trouva fort décousue
Quand la bise fut venue ;
Pas un seul petit morceau
Qui ne fût un vrai lambeau.
Je fus montrer mon domage
Au tailleur du voisinage
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Centralité et excentricité

Bien entendu, il ne faut pas confondre imitation et parodie. L’imitation est du domaine de la copie, voire du plagiat alors que la parodie introduit un détournement de code d’autant plus réussi qu’il conserve de manière assez stéréotypée les codes d’origine pour mieux les transgresser. Patricia Eichel-Lojkine (4) n’hésite pas à parler de « pratiques de l’excentricité » par rapport à une « pratique de la centralité » : « Il ne fait aucun doute, dit-elle, que ces pratiques se définissent l’une par rapport à l’autre comme opposition et différence, mais qu’elles sont profondément liées dans le même temps car elles participent d’un système qui fonctionne précisément par placement et déplacement, par mise au centre et décentrement ». Elle ajoute : « La subversion la plus vive […] ne se manifeste pas sous la forme d’une attaque frontale, mais s’opère au moyen de déplacements subtils, ambigus, qui laissent toujours ouverte l’interprétation ».

Il y a donc une idée de déviance et de non-conformisme dans le détour parodique. Regardez par exemple ce passage très drôle du Quart Livre (chapitre 41) de François Rabelais intitulé « La guerre contre les Andouilles » (5):

Quand ces Andouilles approchèrent et que Pantagruel aperçut comment elles déployaient leurs bras et commençaient déjà à se préparer à attaquer, celui-ci envoya Gymnaste entendre ce qu’elles voulaient dire et savoir pourquoi elles voulaient sans hésitation guerroyer contre leurs vieux amis, qui n’avaient rien dit ni fait de mal. Gymnaste fit une grande et profonde révérence en arrivant devant les premières rangées, et il s’écria aussi fort qu’il le pouvait pour dire : « Nous, nous, nous sommes tous vos vos vos amis, et à votre servi… vi… vice. Nous sommes des amis de Mard… Mard… Mardigras, votre vénérable dirigeant… ». Je me suis laissé dire depuis, par plusieurs témoins, qu’il dit alors Gradimars au lieu de Mardigras. Quoi qu’il en soit, à ce mot un gros Cervelas sauvage et dodu qui conduisait la première ligne de leur bataillon fit le geste de vouloir le saisir à la gorge. « Par Dieu (dit Gymnaste) tu n’y entreras que si je te coupe en tranches : car tu es fichtrement trop gras pour y entrer en un seul morceau ». Alors il tire son épée Baise-mon-cul (c’est comme cela qu’il l’appelait) à deux mains, et tranche le Cervelas en deux morceaux. […] Après qu’il a tué ce Cervelas écervelé, les Andouilles attaquent Gymnaste et le terrassent méchamment, mais Pantagruel et ses hommes courent à son secours. Alors commence le combat martial pêle-mêle. Raflandouille érafle les Andouilles, Tailleboudin taille les Boudins, Pantagruel brise les Andouilles aux genoux. Frère Jean se tient silencieux, caché dans sa Truie de Troie (d’où il peut tout voir). […]Mais il se produisit alors un événement merveilleux, dont vous croirez ce que vous voudrez. Du côté de la Tramontane, un grand, gras, gros, gris pourceau arriva en volant, avec des ailes longues et amples comme celles d’un moulin à vent. Il portait des plumes d’un rouge cramoisi, comme celles d’un flamant rose. Il avait des yeux rouges et brillants comme ceux d’un rubis, des oreilles vertes comme une émeraude, les dents jaunes comme un topaze, la queue longue et noire comme du marbre, les pieds blancs et diaphanes comme des diamants […]

 

Le fonctionnement délibérément intertextuel de la parodie fonctionne ici à plein régime : le texte de Rabelais instaure en effet une relation problématique à la mythologie, au sacré et à la transcendance divine. Il est à proprement parler un contre-modèle d’un modèle normatif et référentiel qui est en l’occurrence le symbolique épique et chrétien. Son ancrage dans l’inconscient collectif et la force de ses archétypes universels sont autant d’invitations à la parodisation. Sigmund Freud, dans Le Mot d’esprit et ses rapports avec l’inconscient (NRF Gallimard, Paris 1953) souligne à juste titre combien « la caricature, la parodie et le travestissement […] s’attaquent aux personnes et aux objets à qui l’on doit le respect, qui détiennent quelque autorité, qui s’élèvent, dans un sens ou dans l’autre, au-dessus du commun ». Lisez par exemple ce passage d’un roman de Frédéric Dard, alias San-Antonio :

« Le soir tombe sur la mer, il s’y couche plutôt comme une chatte sur un coussin de soie bleue… Comment trouvez-vous cette image? Il y a des types qu’on a flanqués à l’Académie française pour moins que ça. Je suis sûr que si je voulais m’en donner la peine, j’arriverais à des résultats appréciables en littérature »

 

Selon l’analyse de Françoise Berlan, « on reconnaît un discours convenu que tient souvent la paralittérature, mais ici, la dénonciation sort des sentiers attendus et passe des clichés du grand discours littéraire anonyme aux stéréotypes narratifs […] » (6). Cette subversion du « beau langage » des Académiciens met évidemment en cause le champ de la légitimité littéraire et des valeurs normatives qui lui sont associées, au premier rang desquelles figure le critère de « littérarité ». Ce jeu avec les stéréotypes littéraires les plus éculés (« le soir tombe sur la mer », etc.) associé au paratexte parodique (« Il y a des types qu’on a flanqués à l’Académie française pour moins que ça… ») détourne la littérature de ses codes fictionnels (l’illusion référentielle) pour associer le lecteur à un travail de subversion et de détournement des pratiques d’écriture. L’histoire racontée prend alors des valeurs d’antiroman transgressif.

Tourner en dérision pour mieux rendre dérisoire…

La parodie se base donc sur le cliché et le stéréotype dont elle prétend en apparence cautionner les valeurs et la respectabilité. En empruntant le détour de l’éloge, elle s’apparente ainsi à une mystification et à une subversion : tourner en dérision pour mieux rendre dérisoire l’hypotexte. Un autre exemple qui relève presque de la mystification littéraire se remarque dans le roman Les Gommes d’Alain Robbe-Grillet, version moderne d’une tragédie de Sophocle, dont elle imite et transgresse les règles sous la forme d’une parodie d’enquête policière. L’histoire est assez simple : Wallas, un employé du Bureau des enquêtes, est chargé de retrouver l’assassin de Daniel Dupont, un savant exécuté par une mystérieuse organisation anarchiste. Mais au-delà de cette apparente simplicité s’insinue une dérivation hypertextuelle qui vise à se moquer des conventions littéraires en les travestissant.

Comme le note Jalila Hadjji (7), il n’y a pas vraiment d’intrigue « bien que les ingrédients majeurs du genre soient présents (un assassinat commandité, une enquête, un détective, des témoins, des pièces à conviction). Mais l’ensemble de ces éléments ne fonctionne pas comme il le devrait : le crime n’a finalement pas eu lieu comme on le croyait au début, l’enquêteur fait chou-blanc sur un non-événement, le crime ensuite perpétré n’est sanctionné par aucune arrestation et le meurtrier s’ignore lui-même jusqu’à un dénouement qui n’en est pas un ». Robbe-Grillet précise : « Au cours de ces vingt-quatre heures fatidiques s’accumulent les éléments d’une tentative de reconstitution, d’emblée vouée à l’échec, puisqu’il ne s’est rien passé et que l’événement central est un « crime inexistant ».

Exemple plus fameux encore : la Bible, détournée par Jacques Prévert (dont on connaît les insolentes positions anticléricales). Sous la plume de l’auteur, le texte sacré devient objet de moquerie et de dévalorisation. Carole Aurquet (8) relève par exemple le fait suivant :

« Dans « La Crosse en l’air », l’auteur [Prévert] revient avec brio sur cette phrase de la Genèse : « tu es poussière et tu retourneras en poussière » en la reprenant telle quelle, prononcée par le Saint-Père, mais à laquelle le veilleur de nuit répond avec délectation : « Tais-toi dit le veilleur / tu parles comme un aspirateur », insinuant que les valeurs transmises par les Saintes Écritures sont empreintes de poussière donc non connectables avec la réalité quotidienne. Ainsi, dans « Tentative de description d’un dîner de tête à Paris-France », pour dénoncer la misère du peuple, l’auteur détourne «  Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien » du Notre Père en «   Ceux qui ont le pain quotidien relativement hebdomadaire  ». En confrontant ce qui est dit dans la Bible à la réalité concrète, Prévert met en valeur un décalage qui permet de démasquer les mensonges des textes sacrés. »

 

Dégradation et inversion des valeurs

Nous comprenons, à partir des remarques de Carole Aurquet, que cette parodisation du texte sacré est d’autant plus triviale (et blasphématoire) qu’elle s’attaque en fait aux représentations de la culture chrétienne, représentations dotées d’un pouvoir de résonance et d’une popularité incomparables dans la France des années Soixante. Le détour parodique inscrit ainsi l’hypertexte dans un détournement transgressif et largement immoral qui amène à en interroger les effets et les enjeux. C’est sans doute la dégradation et l’inversion des valeurs qui sont les plus caractéristiques dans le détournement parodique. À cet égard, le Candide de Voltaire est particulièrement intéressant. En se moquant allègrement des clichés de l’écriture romanesque précieuse et du conte traditionnel, en multipliant les grossissements stylistiques et les exagérations, le texte passe forcément par une volonté de trivialisation, de dénégation et de désacralisation. Il n’est que de lire l’ouverture de ce célèbre conte philosophique pour s’en convaincre :

« Il y avait en Westphalie, dans le château de M. le baron de Thunder-ten-tronckh, un jeune garçon à qui la nature avait donné les mœurs les plus douces. Sa physionomie annonçait son âme. Il avait le jugement assez droit, avec l’esprit le plus simple ; c’est, je crois, pour cette raison qu’on le nommait Candide. Les anciens domestiques de la maison soupçonnaient qu’il était fils de la sœur de monsieur le baron et d’un bon et honnête gentilhomme du voisinage, que cette demoiselle ne voulut jamais épouser parce qu’il n’avait pu prouver que soixante et onze quartiers, et que le reste de son arbre généalogique avait été perdu par l’injure du temps.
Monsieur le baron était un des plus puissants seigneurs de la Westphalie, car son château avait une porte et des fenêtres. […] Madame la baronne, qui pesait environ trois cent cinquante livres, s’attirait par là une très grande considération, et faisait les honneurs de la maison avec une dignité qui la rendait encore plus respectable. Sa fille Cunégonde, âgée de dix-sept ans, était haute en couleur, fraîche, grasse, appétissante […]. [Candide] trouvait Mlle Cunégonde extrêmement belle, quoiqu’il ne prît jamais la hardiesse de le lui dire. Il concluait qu’après le bonheur d’être né baron de Thunder-ten-tronckh, le second degré de bonheur était d’être Mlle Cunégonde ; le troisième, de la voir tous les jours ; et le quatrième, d’entendre maître Pangloss, le plus grand philosophe de la province, et par conséquent de toute la terre. »

 

Derrière l’apparence de frivolité et de désinvolture de ce passage, il y a pour Voltaire l’occasion de régler ses comptes avec les institutions : le faux lyrisme (emphase, préciosité, etc.), la dévalorisation du merveilleux et de l’idéal amoureux, la parodisation du pouvoir nobiliaire, les déformations physiques largement exagérées, visent à détourner le lecteur du conte traditionnel en lui communiquant d’emblée un point de vue critique sur la société. Selon l’expression de Gérard Genette à propos du travestissement burlesque, il y a bien « transformation stylistique à fonction dégradante ». L’inversion triviale de l’idéal féminin et du roman sentimental entraîne de plus une inversion des valeurs qui collabore à la problématique essentielle du roman : la critique de l’optimisme. Cette parodie n’est évidemment pas gratuite : le détournement va bien jusqu’à la subversion critique d’un genre littéraire (le conte) au point d’en dénoncer plus ou moins explicitement la légitimité. Comme le souligne Daniel Sangsue à propos des contes, « l’aspect stéréotypé de l’intrigue, des personnages et des procédés de narration y fonctionne comme une invite à la parodisation » (9).

Dans ces conditions, il faut reconnaître à la parodie une très nette fonction critique. J’emprunte ici à quelques unes de mes étudiantes (BTS AG-PME deuxième année) leurs remarques à propos du corpus sur la parodie que j’ai proposé le 16 septembre 2009 : « La parodie, écrivent-elles, peut avoir un impact négatif. Témoin cette remarque de Guy Belzane qui montre combien « l’intention parodique contient une part de rabaissement ». Elles ajoutent (à propos du roman de Georges Pérec, Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ?) : « Ce rabaissement qui entraîne la désacralisation conduit à une image négative de l’hypotexte » et plus généralement des codes et des normes reconnus comme tels ». Travaillant sur la fameuse Joconde de Duchamp, le groupe a ainsi noté que « parodier, c’est une manière de toucher l’intouchable ». L’une d’elles ajoute même que « cette forme de désacralisation induit à la fois une mise à distance du sacré et une réappropriation du sacré, détourné de sa valeur initiale et originelle ».

Conclusion : une remise en cause du principe d’utilité

Ces points de vue me paraissent tout à fait pertinents et pourraient être utilement rapprochés de ce jugement sans appel du peintre révolutionnaire Asger Jorn :

« La peinture c’est fini.
Autant donner le coup de grâce.
Détournez.
Vive la peinture »

Ce texte prend valeur programmatique : chef de file du mouvement « situationniste » (organisation révolutionnaire désireuse d’en finir avec le « malheur » historique, les valeurs « bourgeoises » et la dictature de la marchandise) Asger Jorn prône la dévalorisation du modèle et sa reconstruction révolutionnaire par la pratique du détournement. « Les deux règles fondamentales du détournement sont la perte d’importance —allant jusqu’à la déperdition de son sens premier— de chaque élément autonome détourné ; et en même temps, l’organisation d’un autre ensemble signifiant, qui confère à chaque élément sa nouvelle portée (10) ». Regardez par exemple cette toile transformée par Asger Jorn ; on y voit un paysage « petit bourgeois » (reproduit à l’infini dans de nombreux tableaux) détourné de son message socio-esthétique initial : à une vison paisible de la campagne et de la vie pastorale, se substitue une logique de la lutte des classes et du détournement de valeurs.asger_jorn1.1255272777.jpg

Asger Jorn, Villa in Albissola Marina

Jean-François Robic n’hésite pas à « considérer comme fondateur pour l’art contemporain […] la théorie et la pratique du détournement énoncé et exploité par les Situationnistes, au-delà d’une réactivation du détournement dadaïste et surréaliste dont ils sont les légataires les plus directs » (11). Il ajoute que les Situationnistes « justifièrent le détournement par la médiocrité globale de la production artistique » […]. Comme nous le voyons, la frontière entre le détournement artistique et le détournement idéologique est très mince… Que déduire de toutes ces remarques ? En premier lieu, que toute réflexion sur le détournement est aussi une réflexion sur le fondement de la valeur des choses : détourner, c’est alors priver l’objet source ou l’hypotexte de sa valeur et de son utilité intrinsèques. On aboutit ainsi par le détour parodique à une mise en cause de l’utilitarisme et plus généralement du fonctionnalisme, pour qui la société est d’abord porteuse de valeurs qui orientent les actions des individus selon un processus de maximisation de l’utilité, de socialisation et de normalisation.

© Bruno Rigolt (Lycée en Forêt, Montargis, France).

Creative Commons License« Détour et détournements parodiques : du modèle à la déconstruction du modèle » par Bruno Rigolt. Ce support de cours est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve d’indiquer le nom de l’auteur ainsi que la source : http://brunorigolt.blog.lemonde.fr/

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Notes

1. Guy Belzane, « De l’art du détournement », n° 788 de la revue Textes et Documents pour la classe, janvier 2000. Article consultable en ligne en cliquant ici.

2. « Le sujet qu’on entreprend de parodier doit être un ouvrage connu, célèbre, estimé ; nul auteur n’a été autant parodié qu’Homère. Quant à la manière de parodier, il faut que l’imitation soit fidèle, la plaisanterie bonne, vive et courte, et l’on y doit éviter l’esprit d’aigreur, la bassesse d’expression, et l’obscénité. Il est aisé de voir par cet extrait, que la parodie et le burlesque sont deux genres très différents […]. La bonne parodie est une plaisanterie fine, capable d’amuser et d’instruire les esprits les plus sensés et les plus polis ; le burlesque est une bouffonnerie misérable qui ne peut plaire qu’à la populace ». Diderot et d’Alembert, Encyclopédie méthodique: ou par ordre de matières, Volume 67.

3. Tribunal de Grande Instance de Paris, troisième chambre, deuxième section, jugement rendu le 24 mars 2000 : contrefaçon de marque et droits d’auteur. Cliquez ici pour afficher le texte complet.

4. Patricia Eichel-Lojkine, Excentricité et humanisme : parodie, dérision et détournement des codes à la Renaissance (Pages 19 à 21), Librairie Droz, Genève 2002.

5. Texte cité par Pascal Michelucci (Études françaises, Université de Toronto). Pour accéder au texte complet, cliquez ici.

6. Françoise Berlan, Langue littéraire et changements linguistiques, Presses Paris Sorbonne, 2006, pages 522-523

7. Jalila Hadjji, La Quête épistémologique du Nouveau Roman, les objets, p.48, éditions Publibook Université, Paris 2009

8. Carole Aurquet, « La Bible détournée par Jacques Prévert : jeu parodique textuel et iconographique » in Poétiques de la parodie et du pastiche de 1850 à nos jours, sous la direction de Catherine Dousteyssier-Khoze et Floriane Place-Verghnes, Modern French Identities, vol. 55, 2006

9. Daniel Sangsue, La Parodie, Hachette 1994, p. 78

10. Asger Jorn, « Le détournement comme négation et comme prélude », Internationale Situationniste n°3, décembre 1959, p.10, in Peinture détournée, Catalogue de l’exposition « A. Augustinci présente vingt peintures modifiées par Asger Jorn » galerie Rive gauche, Paris mai 1959.

11. Jean-François Robic, Copier-créer : Essais sur la reproductibilité dans l’art, éd. L’Harmattan, Paris 2008, p. 130

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Asger Jorn, Hirschbrunft in Wilden Kaiser – 1960

 

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Documents complémentaires, citations…

1. « La comparaison, processus cognitif qui procède par détour, est de nature constitutive à la définition sociale de l’homme. Le discernement, le jugement après l’estimation de divers éléments, sont autant d’opérations de l’esprit qui portent l’individu à penser par analogie et différenciation. » Marc Bayard, « Les enjeux du comparatisme en histoire de l’art » (pages 11-18). Actes du colloque d’histoire de l’art « Pour un comparatisme en histoire de l’art » (Rome, Villa Médicis, 23-25 novembre 2005) Publiés sous la direction de Marc Bayard. Coédition Somogy / Académie de France à Rome, 2007

2. Charlotte Schapira, Les stéréotypes en français: proverbes et autres formules (éditions Ophrys 2000), chapitre 7 : « Manipulations stylistiques du stéréotype ». Lisez le début du chapitre, particulièrement le paragraphe consacré au détournement.

3. Humoresques n° 28 « Grand Écran, petit écran. Comique télévisuel, comique filmique ». Collectif. Textes réunis par Marie-France Chambat-Houillon et Corinne Giordano, Maison des sciences de l’homme, Paris 2008.

Au fil des pages… Voyage en Orient…

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Voyage en Orient

La recherche de l’ailleurs a toujours fasciné… La littérature de voyage témoigne particulièrement bien de cette quête de l’altérité et de l’inconnu : métaphoriquement, le mythe de l’Orient au dix-neuvième siècle apparaît comme le contrepoint des valeurs occidentales, bousculées depuis 1789 et dominées par la Révolution industrielle, le culte du progrès et le matérialisme. S‘il est vrai que la représentation que se fait l’Occidental de l’Orient relève parfois davantage d’un certain exotisme romantique que d’une parfaite rigueur didactique, il faut reconnaître au fait colonial d’avoir suscité un intérêt croissant, à la fois littéraire et ethnographique, pour des cultures dont la diversité et la richesse n’ont d’égal que leur mystère. Si vous parcourez ce Voyage (*), publié en 1851 par le grand poète Gérard de Nerval, vous succomberez aux charmes d’une écriture merveilleusement colorée, qui s’emploie à faire vivre au fil des pages le mirage d’une Méditerranée immuable, à la fois réelle et onirique.
Dès les premières pages (« Route de Genève »), vous vous sentirez dépaysés : les alpages en Suisse, l’excursion éclair à Munich puis la visite de Vienne et enfin la traversée de la Grèce sont autant de préludes à l’arrivée en Égypte (page 87), pittoresque et mouvementée. Le témoignage s’attarde d’abord sur les femmes du Caire, dont la rencontre (ardemment désirée et pourtant impossible !) donne lieu à de savoureux passages, tantôt anecdotiques, tantôt plus graves, sur la vie dans les harems et sur l’éternel féminin. Mais progressivement, le récit de Nerval s’apparente à une quête mystique oscillant sans cesse entre l’Orient réel et l’Orient rêvé. La vision des pyramides fournira ainsi à l’auteur l’occasion de remonter le temps et d’interroger notre rapport au passé et à l’Histoire. Enfin, ne ratez pas la description des côtes de Palestine (page 309), tout empreinte de lyrisme et de mélancolie nostalgique envers ces terres lointaines, terres des origines et source du monde, que le poète va bientôt quitter…

(*) Appartenant au domaine public, l’ouvrage est consultable dans son intégralité grâce à Google-livres, projet qui s’emploie à mettre en ligne l’ensemble du patrimoine littéraire mondial. Vous pouvez également télécharger l’ouvrage au format .pdf en cliquant ici.

Sections d'examen : publication en ligne des supports de cours…

Afin de permettre aux étudiant(e)s de mieux planifier leur travail, voici le calendrier de mise en ligne des supports de cours jusqu’aux vacances de la Toussaint. Ce calendrier ne concerne que les articles destinés aux sections d’examen.
  • BTS / Culture Gé « Détour et détournements parodiques : du modèle à la déconstruction du modèle ». Mise en ligne le dimanche 11 octobre 2009. Publié.
  • Classes de Première : Synthèse sur « Le Cimetière marin » de Paul Valéry. Mise en ligne le mercredi 21 octobre 2009.

Sections d’examen : publication en ligne des supports de cours…

Afin de permettre aux étudiant(e)s de mieux planifier leur travail, voici le calendrier de mise en ligne des supports de cours jusqu’aux vacances de la Toussaint. Ce calendrier ne concerne que les articles destinés aux sections d’examen.
  • BTS / Culture Gé « Détour et détournements parodiques : du modèle à la déconstruction du modèle ». Mise en ligne le dimanche 11 octobre 2009. Publié.
  • Classes de Première : Synthèse sur « Le Cimetière marin » de Paul Valéry. Mise en ligne le mercredi 21 octobre 2009.

La citation de la semaine… Anaïs Nin…

« Écrire doit être une nécessité, tout comme la mer a besoin des tempêtes, et j’appelle cela respirer… »

À la question « Pourquoi écrivez-vous ? », Anaïs Nin répond : « Je ne pouvais vivre dans aucun des mondes qui m’étaient proposés […]. J’ai dû créer un monde pour moi, comme un climat, un pays, une atmosphère, où je puisse respirer, régner et me recréer anais-nin-1.1254664398.jpglorsque j’étais détruite par la vie… C’est un monde pour les autres, un héritage pour les autres, un don aux autres en définitive. Nous écrivons afin de pouvoir transcender notre vie, aller au-delà. Nous écrivons pour nous apprendre à parler avec les autres, pour raconter le voyage à travers le labyrinthe, nous écrivons pour élargir notre univers, lorsque nous nous sentons étranglés, gênés, seuls […]. Lorsqu’on crée un monde tolérable pour soi-même, on crée un monde tolérable pour les autres. Nous écrivons pour agrandir le monde que nous trouvons étouffé, rétréci ou désolé. Nous écrivons comme les oiseaux chantent, comme les primitifs dansent leurs rituels. Si vous ne respirez pas en écrivant, si vous ne criez pas en écrivant, si vous ne chantez pas en écrivant, alors n’écrivez pas, car notre culture n’en a nul besoin. Lorsque je n’écris pas, je sens mon univers se rétrécir. Je me sens en prison. Écrire doit être une nécessité, tout comme la mer a besoin des tempêtes, et j’appelle cela respirer… »

Anaïs Nin, Journal, février 1954

Anaïs Nin (1903-1977) est une écrivaine atypique, secrète et mystérieuse. Muse et poétesse, inspiratrice d’Antonin Artaud et d’Henri Miller, elle consacrera une bonne part de son activité créatrice à la rédaction d’un imposant journal (sept tomes au total), dont la veine intimiste et narcissique n’a cessé de fasciner des générations de lecteurs. Commencé à onze ans et jamais interrompu, ce journal constituera pour elle une sorte de thérapie interrogeant le sujet écrivant et l’écrivaine elle-même : tout écrire, tout confier jusqu’au plus intime sera pour elle la seule façon de communiquer aux autres le silence de son être par le pouvoir cathartique des mots.

De fait, Anaïs Nin apparaît comme une femme divisée, fragmentée, à la recherche perpétuelle d’une identité que seule l’écriture lui permettra de retrouver. Dans ce passage justement, elle aborde le processus qui l’amène à ce besoin d’écrire et s’interroge plus largement sur la mission de l’écrivain. Écrire, dit-elle, « c’est un monde pour les autres, un héritage pour les autres, un don aux autres »… À ce titre, l’écriture apparaît comme une sorte d' »invitation au voyage » : de cette rencontre avec les autres naît un nouveau regard sur soi-même et sur le monde : « Lorsqu’on crée un monde tolérable pour soi-même, on crée un monde tolérable pour les autres »…

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Crédit photographique : B. Rigolt (photomontage)
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Classes de Première : Bientôt le premier Bac blanc écrit facultatif…

Un premier entraînement à l’EAF (Épreuve Anticipée de Français) aura lieu le mercredi 21 octobre 2009 pour toutes mes classes de Première à partir de 13h30 (le lieu vous sera communiqué ultérieurement). Cette épreuve est FACULTATIVE et ne peut EN AUCUN CAS abaisser votre moyenne, quels que soient vos résultats. Ce bac blanc portera comme vous le savez sur la poésie. C’est d’ailleurs cet objet d’étude qui tombera également lors du Bac blanc organisé par le Lycée (obligatoire celui-là !) en janvier 2010 (date communiquée sous toute réserve).

Je vous conseille avant de venir de relire les instructions officielles : cela vous donne une indication précise sur les exigences requises. De fait, on ne va pas à un examen (même facultatif) “comme ça”. Il faut toujours, même si l’on croit à peu près tout connaître de l’épreuve, s’en imprégner avant et relire les directives, les consignes, etc. afin de bien cibler vos réponses le jour de l’épreuve.

Enfin, le « rapport du jury » que j’avais rédigé après le premier bac blanc organisé par le Lycée l’an passé vous rappellera certaines erreurs à éviter.

Un deuxième bac blanc facultatif aura lieu vraisemblablement avant les vacances de Noël.

Au fil des pages… Introduction aux littératures francophones : Afrique, Caraïbe, Maghreb

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Introduction aux littératures francophones

Afrique, Caraïbe, Maghreb

Qualifiées jadis d' »exotiques », de « périphériques » ou « mineures », les littératures francophones d’Afrique, de la Caraïbe et du Maghreb n’en constituent pas moins l’une des dimensions essentielles de l’identité culturelle française d’aujourd’hui, qu’elles ont façonnée de leur empreinte. Dans une époque marquée par la crise de l’esprit et des certitudes, elles ont plus que jamais renouvelé la vie intellectuelle en ouvrant au dialogue polyphonique des cultures, au métissage textuel, et à une réflexion plus sociologique et critique sur les dogmatismes traditionnels et les systèmes de valeurs. C’est ainsi que la francophonie figure légitimement au programme de nombreux concours de culture générale, et je ne saurais trop recommander à tout étudiant soucieux d’enrichir ses connaissances de parcourir ce remarquable ouvrage publié en 2004 sous la direction de Christiane Ndiaye par les Presses Universitaires de Montréal.  Même si le livre n’est consultable qu’en partie, vous apprendrez beaucoup ne serait-ce qu’en feuilletant quelques pages ça et là. Lisez par exemple le premier chapitre (page 9 et suivantes) qui dresse un panorama très complet des littératures francophones et s’attarde particulièrement sur le mouvement essentiel de la Négritude (p. 18 à 27), la littérature de la Caraïbe, d’Haïti et du Maghreb.

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Si les caractères s’affichent en taille trop petite, pensez à utiliser l’outil de zoom intégré au livre numérique.

“Des mots égarés, une écriture du silence” par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7… Deuxième livraison…

Voici la deuxième livraison des poèmes créés par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7 en hommage à Marguerite Duras. Cliquez ici pour lire (ou relire) les premiers textes déjà publiés sur le site…

 

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La vie raconte…

par Vincent M. (Seconde 18)

        

L’nfinie beauté du soleil éclaire l’avenir de la nuit.

Voici l’heure de l’humanité calme.

La pluie hurle sans bruit de peur d’être mangée par le soleil.

La vie raconte toujours le silence

Ce silence d’évasion

Devant les portes de la gloire….

            

                

Ouvrir la vie

Aurélie V. et Flavie H. (Seconde 7)

                  

Ouvrir la vie dans son lit de printemps,

Sur un chantier enneigé… Le vent était glacial…

Écrire sur un cahier, ouvrir la porte d’un arbre ouvert,

Les feuilles tombantes défilaient comme un livre.

L’espace noir de l’infini de Mars

Étoilé,

Sur un chantier enneigé :

Ouvrir la vie dans son lit de printemps…

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Dans la noyade d’une larme

par Laura F. Victor E. Tiphanie C. Samuel B. (Seconde 7)

                       

La vie est répétition d’habitudes dans une liberté condamnée,

Obscure beauté de la fleur fanée dans de noires clartés.

La vie est le regard de l’aveugle perdu dans le cri des cités,

Et le sang du mort rendant la vue à une poupée

Dans la noyade d’une larme…

              

La vie est l’enfant noyé dans l’alcool dans une courte éternité,

Et, par une lenteur si brève, la joie dans le malheur

Une étrange pureté, et de peur

Le commencement par la fin

Durant la fin de l’Apocalypse…

          

               

Des souvenirs

par Corentine H. (Seconde 7)

                      

Rappelle un été

Un champ nulle part

dali1.1289659511.jpgUn temps sans montre

Des rires montaient au ciel…

        

Parler sans mot

Une bulle, une cabane

Des histoires sans fin

D’une vie qui se fâne…

           

Imaginer, créer, voyager

Des tâches, des murs

Une journée sans nuit,

Ce souffle du vent qui réchauffe :

  

Abandonné, oublié…

Dalí (1904-1989), « La Persistance de la mémoire » (détail), 1931. Huile sur toile, The Museum of Modern Art, New York. © 2008 Salvador Dalí, Fundació Gala-Salvador Dalí / Artists Rights Society (ARS), New York

           

                                                          

Soupçon de la mer rose

par Émilie S. et Johanna H. (Seconde 7)

            

Horizon, paradis noir blessé

Étoile arrondie veut vouloir vivre

Passion de rêver écartelée

Tristesse hantée par le rire

Jalousie ensoleillée :

Soupçon de la mer rose.

               

Aboyer du regard

Rougir d’un amour haineux

Tromper le métissage des sentiments,

Tuer le cinéma rouge :

Toi, étoile haineuse

Arrivée par la jolie fleur.

              

Écrire trop fort l’absence qui blesse,

Pleurer d’une grande réconciliation…

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 B. Rigolt (pastel et aquarelle), d’après Paul Levere

      

                                        

Dans la nuit des dernières larmes

par Antoine B. et Alexandre B. (Seconde 7)

           

Des pages de la vie qui se tournent :

Rupture du cœur triste,

Mon rêve est maintenant loin de moi.

Envie d’exil, de voyage :

Prendre un bateau et sombrer

Dans la nuit des dernières larmes

Et recommencer à aimer…

          

                                         

Le retranchement

par Aurélie V. et Flavie H. (Seconde 7)

         

larmes_after.1289660060.jpgL’individu tarde à fermer son soupir ;

Le retranchement maladroit est moqueur

L’effet blanc des larmes sur la table

Pèse le mouvement des brûlures des mains

La pluie orangée nettoie le rythme palpable…

Photomontage d’après Man Ray « Tears », 1933

                

                            

Emporté par le vent

par Nina D. (Seconde 7)

                

Une douce rose éclata aux aurores ;

Par la chaleur du soleil, un trèfle descendit du ciel

Ainsi qu’une cerise emportée par le vent.

Au loin la mer déchaînée,

Les roches griffées

Par le cri des vagues.

Puis une cloche qui chanta de bonheur

Le cri du bébé réveillé

Sur le cœur de la mère

Débordant d’un amour sucré

Emporté par le vent…

                     

Mélodie mélancolique

par Michaël C. Nicolas D. Tennesse V. Thomas L. (Seconde 7)

             

soleil.1289661706.jpgMa joie s’est dessinée un matin

Par la fenêtre du ciel

J’entendis la musique qui tombait monotone

Crépitait mélancolique :

Elle zébrait le ciel,

Me faisait vivre et mourir.

L’amour se dessinait dans un monde

Plein de colère et de trahisons,

Il faisait tomber le soleil…

                   

                             

Attendre l’aube

par Léa G. (Seconde 18)

             

         Nuitée profonde, triste et abandonnée

Oubliée doucement,

Attendait l’aube rouge et miroitante clarté,

Contemplait l’astre lumineux,

Lentement s’endormait…

               

                 

Sorbet d’ananas au parfum artistique

par Alexandra D. (Seconde 18)

      ananas.1289662133.jpg  

 Danser dans un rêve toujours plongé

Au cœur bleuté d’anachronismes

Comme de tristesse ensoleillée.

Nager dans des ouragans

De peluche envoûtée par le jour

Accompagnés de cannelle

Sous la tristesse de la mer…

   

                         

            

             

Temps est vent

par Clémentine G. (Seconde 7)

              

Temps est vent :

Regardez le temps passé,

Le temps lointain, le temps présent

            

Temps est vent,

Écoutez son chant : c’est le chant du temps qui passe

Qui laisse des souvenirs en noir et blanc

Qui fait croire en l’avenir

        

Temps est vent,

Laissez-vous porter

Par les profondeurs bleues du temps

Qui marche, court et vole mais ne se retourne pas

          

Temps est vent,

C’est une brise silencieuse

 Fraîche, nouvelle, mystérieusement…

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René Magritte, « Le poison » (détail), 1939 

               

                         

La beauté du voyage

par Romane C. (Seconde 18)

             

La beauté du voyage,

oiseaux-dans-la-nuit.1289663556.jpgC’est partir vers d’autres nulle part

C’est découvrir de pourpres lunes

Parcourues d’oiseaux de miel,

Des soleils lunatiques,

Des océans de pain d’épices

Ou de sirop de pêche.

La beauté du voyage,

C’est un ciel d’étoiles sans nuit,

De nuit sans étoiles :

Monde retourné, aucune idée,

C’est cette photo sans image :

Cris et silence mêlés.

Le voyage est la clé…

                                  

                               

Aidé par le temps

par Marion C. (Seconde 18)

              

Sourire, et soupir-silence…

Aidé par le temps,

Le va-et-vient de la vague blanche

A effacé les traces dernières

De mon esprit vagabond :

J’ai cru arrêter de croire…

                

                      

Litanie des émotions

par Amel F. et Camille R. (Seconde 7)

             

Laideur d’une douce sirène

(L’instabilité renforçait l’authenticité),

Monotonie mêlée de désespoir en forme de chose précieuse.

Un valet assis sur un banc attendait les lèvres de sa reine ;

La douleur de la trahison  affaiblit le son du corbeau…

La fluorescence de l’amour empêche le visage d’avoir peur,

Amour interdit équivaut au désir.

La lueur de la lampe faisait ressentir ta sensualité.

Litanie des émotions, fraîcheur du crime…

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(D’autres textes seront publiés prochainement…)

La citation de la semaine… Nazim Hikmet…

« Halil a peut-être un peu vieilli, mais ni le livre, ni les menottes, ni le cœur n’ont vieilli… »

Les gendarmes et les condamnés dans le premier wagon.
Le sergent n’a pas souri une seule fois
Les mausers* ont été posés dans le filet, mais les menottes entravent toujours.
Deux camps, deux mondes.
Halil lit un livre,
et pour tourner les pages sur ses genoux,
il use adroitement de ses mains liées.
C’est son cinquième voyage depuis treize ans,
un livre et toujours des menottes.
Au-dessus de ses yeux, des rides, sur les tempes des cheveux blancs.
Halil a peut-être un peu vieilli,
mais ni le livre, ni les menottes, ni le cœur n’ont vieilli, […]
À la gare de Gebzé, le train s’arrête, puis repart,
il passe très haut sur le pont de fer.
À droite, la terre s’affaisse soudain de cent et même cent-cinquante brasses.
Et là, tout en bas, tout au fond, le village de la Vieille-Forteresse, sa tour,
et sur la route mince et longue, deux hommes à cheval,
les oliviers, et même la mer déserte…

Nazim Hikmet, « Wagon de troisième classe n°510 », Paysages humains, 1976.
Traduit du Turc par Munevver Andaç. Texte cité par Siobhan Dowd dans Écrivains en prison, Labor & Fides, 1997.

* Mausers : fusils fabriqués à l’origine pour l’armée allemande.

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C’est son courage et son engagement autant que la haute qualité de son œuvre poétique qui ont fait de Nazim Hikmet (1901-1963) l’une des figures les plus emblématiques de la littérature turque contemporaine. Condamné à de longues années de prison pour ses opinions politiques, Hikmet est un auteur engagé, critique et rebelle. Mais son écriture ne se borne pas à transmettre un message de révolte, elle est empreinte à la fois d’un lyrisme inspiré de la vieille tradition ottomane et d’un humanisme populaire qui permet de saisir dans le présent du récit et sa plus quotidienne banalité, l’intimité la plus poignante : « Halil lit un livre, et pour tourner les pages sur ses genoux, il use adroitement de ses mains liées »… Remarquez combien, dans son insignifiance même, ce simple détail des mains liées tenant le livre, accentue la vulnérabilité des prisonniers, livrés à leur silence et à leur détresse.

Le texte d’Hikmet parvient ainsi à greffer sur des notions abstraites —la notion d’engagement, d’emprisonnement— la réalité tangible d’un visage, d’un compartiment de train, d’un paysage qui défile : « le train s’arrête, puis repart, il passe très haut sur le pont de fer […] deux hommes à cheval, les oliviers, la mer… » En puisant dans les infinies possibilités du vers libre sa matière afin de faire mieux vivre la scène, l’écriture refuse tout cliché idéaliste : dépouillée de toute sentimentalité, elle s’attarde sur le monde qui nous entoure, cette vie qui s’écoule, et ces autres vies qui s’arrêtent : pas de pathétique ou de lyrisme. Une écriture de l’instant au contraire, biographique et contingente, qui introduit entre ces prisonniers et nous lecteurs, la médiation d’un sourire, d’une souffrance, d’une blessure. L’acte d’écrire devient ainsi un geste humanitaire, une vocation, un appel, pour atteindre, à travers le monde des images, la vérité morale la plus nue…

Lisez l’intégralité du texte d’Hikmet (p. 143 et suivantes) et d’autres témoignages d’auteurs illustres dans l’ouvrage de Siobhan Dowd, Écrivains en prison, que vous pouvez feuilleter ci-dessous (Pensez à utiliser l’outil zoom pour agrandir la taille des caractères).

Support de cours Classes de Lycée : Symbolisme, "Esprit nouveau"


Le but de ce support de cours est de présenter brièvement pour mes classes de Première
la doctrine symboliste, et de montrer le bouleversement qu’elle va introduire dans le paysage littéraire français et européen… L’accent est particulièrement mis sur les auteurs étudiés en cours.

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Esprit nouveau et 
Symbolisme

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Il est difficile de proposer du Symbolisme une « définition » qui en énonce explicitement les principes. De fait, le Symbolisme apparaît d’abord comme une révolution spirituelle et une réaction idéaliste contre le Réalisme et le Naturalisme. Commencé avec Verlaine et Baudelaire, il atteint son apogée dans les années 1885-1895. Héritier du Romantisme, mouvement de transition, il s’achève au début du vingtième siècle avec l’apparition du Surréalisme.

Dans un siècle qui voit le règne de la machine et du matérialisme, le Symbolisme chante la nostalgie de l’Idéal et du Spirituel. Du Romantisme, il conservera l’idée d’un certain rejet social et la rébellion contre toute forme de rationalisme. Ce refus de percevoir le monde objectivement conduira donc les jeunes générations à privilégier d’une part la subjectivité et d’autre part un goût affirmé pour la Décadence, le Surnaturel (voire l’Anarchisme).

fantin-latour-immortalite-1889.1254057733.jpgPrétendant à un style nouveau et à une langue inédite, purifiée, où les mots peuvent jouer librement avec l’imagination la plus débridée, cette nouvelle école littéraire peut ainsi s’apparenter à un art de la subjectivité et de l’idéalisation du réel.

← Henri Fantin Latour, « Immortalité » 
1889. Huile sur toile, Cardiff, National Museum of Wales
 © National Museum of Wales

On pourrait évoquer ici la célèbre définition de Rémy de Gourmont, qui dans la préface au Livre des Masques (1896) déclare : « Que veut dire Symbolisme ? Cela peut vouloir dire : individualisme en littérature, liberté de l’art, abandon des formules enseignées, tendance vers ce qui est nouveau, étrange et même bizarre ; cela peut vouloir dire aussi : idéalisme, dédain de l’anecdote sociale, antinaturalisme ». Mais c’est sans aucun doute le poète Jean Moréas dans son « Manifeste du Symbolisme » (Le Figaro littéraire du 18 septembre 1886) qui met le mieux l’accent sur la volonté de rupture introduite par le Symbolisme :

« Comme tous les arts, la littérature évolue : évolution cyclique avec des retours strictement déterminés et qui se compliquent des diverses modifications apportées par la marche du temps et les bouleversements des milieux […]. Une nouvelle manifestation d’art était donc attendue, nécessaire, inévitable. Cette manifestation, couvée depuis longtemps, vient d’éclore. […]. Et que peut-on reprocher, que reproche-t-on à la nouvelle école ?
Gustave Moreau_Salomé_dansantL’abus de la pompe, l’étrangeté de la métaphore, un vocabulaire neuf où les harmonies se combinent avec les couleurs et les lignes : caractéristiques de toute renaissance ».

Gustave Moreau (1826-1898)
« Salomé dansant devant Hérode » (1876) →
Paris, Musée Gustave Moreau

Le pouvoir de l’Esprit sur les sens

Car il s’agit bien en effet d’une « renaissance » : proclamant le pouvoir de l’Esprit sur les sens, de l’art sur la nature, de la subjectivité sur l’objectivité, de l’imaginaire sur le réel, le Symbolisme met l’accent sur la relation entre le signe (signifiant) et son signifié allégorique. Jean Moréas insiste bien sur cette dimension intellectuelle et métaphysique du mouvement : « Ennemie de l’enseignement, la déclamation, la fausse sensibilité, la description objective, la poésie symbolique cherche à vêtir l’Idée d’une forme sensible […] ».

Ce passage est important : on y retrouve très explicitement exprimée l’idée selon laquelle la poésie serait l’incarnation d’une forme extrême de la subjectivité, que l’artiste doit découvrir et exprimer par le langage. Ainsi, la fascination des premiers Romantiques pour la mort et le pathétique conduira les Symbolistes à une recherche presque mystique de la Vérité abstraite et de l’Absolu : de là le culte du mot rare, la fascination pour l’étrange, l’irrationnel, l’ineffable…

Luc Olivier Merson_1Luc-Olivier Merson (1846-1920)
« Le repos pendant la fuite en Égypte » (détail. Huile sur toile, 1880)
Nice, Musée des Beaux-Arts

Dans un remarquable ouvrage, Bertrand Marchal  rappelle combien le symbolisme apparaît « comme une protestation de l’esprit, ou de l’âme, contre le matérialisme contemporain, un matérialisme contemporain qui trouve son incarnation littéraire dans le naturalisme zolien […]. Antimatérialisme et antinaturalisme sont les deux faces d’une même réaction au nom de l’idéal, si bien que le mot de symbole a pour fonction essentielle, dans le discours symboliste, de rappeler que la réalité ne se réduit pas à la réalité brute du discours naturaliste, et de suggérer ainsi un réel au-delà du réel. Le symbolisme est d’abord et avant tout un idéalisme […] » |1|.

Ce culte d’un renouveau métaphysique et mystique, amplifié par le refus de la vie quotidienne dans son conformisme banal, conduira les auteurs à une volonté de recréation du langage qui va ouvrir la voie à une poétique nouvelle, plus abstraite et conceptuelle. « Au caractère utile du langage brut s’oppose le caractère sacré du poème. Comme Baudelaire, Mallarmé pense qu' »il y a dans le Verbe quelque chose de sacré […] » |2|. Avant tout « élitiste », la poésie symboliste aboutira immanquablement au culte du moi, comme le suggère très bien cette sentence sans appel de Mallarmé : « Que les masses lisent la morale, mais de grâce ne leur donnez pas notre poésie à gâter » |3|. Ainsi l’art, transcendé par la poésie, revêt-il une dimension spiritualiste et mystique proche du Sacré. Conçu comme une « aristocratie de l’esprit » et placé au-dessus de tout dans une perspective élitiste, il n’est réservé qu’à quelques initiés, seuls capables d’en saisir le sens (Songez à la « Lettre du Voyant » de Rimbaud).

Edouard Manet,
Portrait de Stéphane Mallarmé (détail) →  

Paris, musée d’Orsay. © Photo RMN – H. Lewandowski)

Comme le dit très bien Edward Lucie-Smith, « De là est né le mythe du « génie », de l’homme à inspiration divine, capable de transformer en art toutes ses expériences et ses émotions, dispensé d’obéir aux règles normales en raison de ses dons, ayant même le devoir, en fait, de refuser de s’y soumettre dans l’intérêt de son épanouissement |4| ». C’est à juste titre qu’on a souligné les dérives hermétiques de la poésie symboliste, en particulier celle de Baudelaire, de Mallarmé ou de Valéry, dont le langage introduit de la subjectivité dans toute représentation artistique, au risque de devenir parfois quelque peu « artificiel ». De fait, ce « désir de forger, par la syntaxe aussi bien que par le vocabulaire, par l’archaïsme ou le néologisme, une langue poétique absolument distincte de la langue courante » |5| aboutit immanquablement à l’hermétisme (voire à l’incompréhensible).

Une quête de l’absolu

C’est peut-être l’article d’Albert Aurier sur le peintre Gauguin paru dans le Mercure de France en 1891 qui traduit explicitement l’esthétique symboliste. Bien qu’appliquée à l’art pictural, elle caractérise bien la poésie. Selon lui, l’œuvre d’art doit être :

    1. Idéiste, puisque son idéal unique sera l’expression de l’Idée ;
    2. Symboliste, puisqu’elle exprimera cette idée par des formes ;
    3. Synthétique, puisqu’elle écrira ces formes, ces signes, selon un mode de compréhension générale ;
    4. Subjective, puisque l’objet n’y sera jamais considéré en tant qu’objet, mais en tant que signe d’idée perçu par le sujet […].

Affranchie de ses éléments didactiques, narratifs, et libérée du vers traditionnel, la poésie symboliste serait ainsi une poésie de la quête et du déchiffrement, mettant en correspondance le réel et l’inconnu : « ne rien nommer, ne rien expliquer » : tel semble le credo de la doctrine symboliste. La valeur de l’artiste ne réside non plus dans ce qu’il peut faire ou dire mais dans sa capacité à chercher une vérité primordiale qui échappe d’autant plus au sens commun qu’elle s’appuie sur la suggestion et l’évocation.

Envisagée à la fois comme un retour vers la vérité originelle et comme une avancée vers l’incréé et le mystère, la poésie symboliste est largement ésotérique : accessible aux seuls initiés, elle semble s’abreuver à la recherche d’une langue pure et subjective, qu’on pourrait qualifier de « Symbolisme allégorique », capable d’exprimer dans toute sa force l’Idée et l’Absolu.

Le poème de Mallarmé « Le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui » est très caractéristique de cette recherche métaphysique et spirituelle : l’image centrale du texte est assez commune : un cygne qui cherche à se libérer de la glace dans laquelle il est prisonnier. Pourtant, autour de cette métaphore s’organisent une série de correspondances thématiques et sonores plus audacieuses les unes que les autres qui font passer de l’image concrète à l’idée abstraite (l’hiver, l’exil, la captivité de l’oiseau, la liberté, etc.). Ces analogies parviennent ainsi à une sorte de « synthétisme » de la pensée, apte à saisir une vérité supérieure, dont la signification est à déchiffrer par le lecteur ; il ne lui suffit plus de lire, il lui faut interpréter :

Le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui
Va-t-il nous déchirer avec un coup d’aile ivre
Ce lac dur oublié que hante sous le givre
Le transparent glacier des vols qui n’ont pas fui !

Un cygne d’autrefois se souvient que c’est lui
Magnifique mais qui sans espoir se délivre
Pour n’avoir pas chanté la région où vivre
Quand du stérile hiver a resplendi l’ennui.

Tout son col secouera cette blanche agonie
Par l’espace infligée à l’oiseau qui le nie,
Mais non l’horreur du sol où le plumage est pris.

Fantôme qu’à ce lieu son pur éclat assigne,
Il s’immobilise au songe froid de mépris
Que vêt parmi l’exil inutile le Cygne.

Cette identification du symbole avec la poésie est essentielle. Comme le dit Mallarmé, « La poésie consistant à créer, il faut prendre dans l’âme humaine des états, des lueurs d’une pureté si absolue que bien chantés et bien mis en lumière, cela constitue en effet les joyaux de l’homme : là il y a symbole, il y a création, et le mot poésie a ici son sens : c’est, en somme, la seule création humaine possible |6| ». Fortement influencé par la lecture de l’œuvre du philosophe allemand Hegel, Mallarmé cherchera à formuler les liens secrets qui unissent l’Être à la pensée, la nature à l’idée.

En affirmant l’absolue nécessité de situer la poésie « dans le domaine de l’essence », Mallarmé, comme beaucoup d’autres auteurs symbolistes estime en effet « que ce serait devenir impur que de descendre dans celui de l’existence » |7|. L’auteur poursuivra cette recherche de « l’esprit pur » et d’une « conception pure » de la poésie tout au long de sa vie. Par essence non narrative, sa poésie se fera de plus en plus « fiction », poussant l’art jusqu’à un « fanatisme de pureté » |8|.

Transformer l’objet en idée

L’idée de représenter abstraitement la nature, permet ainsi aux poètes de tisser un réseau de significations symboliques, qui ajoute à l’univers des choses visibles une inépuisable métaphysique de l’invisible. Lisez par exemple ce passage très célèbre du « Cimetière marin » de Paul Valéry : loin de figurer le réel, la description de la mer (« Ce toit tranquille… ») représente d’abord une idée (« le songe est savoir ») qui ordonne une vaste méditation sur le temps. Cette recherche de l’abstraction, de l’ambiguïté, du mystère, amène à une forme d’idéalisation stupéfiante : les images, par leur hermétisme même, concourent à la création d’un univers dont le contenu réel nous échappe : ce n’est pas un paysage maritime qui est représenté, mais un paysage pensé, façonné par le mystère de la langue, né d’une véritable fusion de l’homme et de l’univers, permettant de suggérer peu à peu, et conférant au réel force et pureté :

« Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes ;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer, toujours recommencée !
O récompense après une pensée
Qu’un long regard sur le calme des dieux !

Quel pur travail de fins éclairs consume
Maint diamant d’imperceptible écume,
Et quelle paix semble se concevoir!
Quand sur l’abîme un soleil se repose,
Ouvrages purs d’une éternelle cause,
Le temps scintille et le songe est savoir. »

Que l’on songe de nouveau à Mallarmé qui affirmait que « nommer un objet, c’est supprimer les trois quart de la jouissance du poème qui est faite de deviner peu à peu : le suggérer, voila le rêve ». Ce qu’il faut donc retenir du Symbolisme, c’est précisément ce pouvoir de suggestion qui confère à la poésie une dimension presque surnaturelle : transformer l’objet en idée… Pour conclure, il serait permis d’interpréter l’esthétique symboliste comme une alchimie de l’indicible, obéissant à la sollicitation de l’intellect, et poussant les mots jusque dans leurs derniers retranchements ; la réalité et le signifié en effet semblent s’évanouir au point de s’effacer totalement, pour laisser place au mystère d’une plastique pure, inspirée, mais quelque peu inintelligible, à la limite de l’incommunicabilité…

Gustav Klimt, « La Vie et la Mort », 1908-1911 →
Huile sur toile (détail), © Coll. Part. Vienne

Cette recherche à tout prix de la sensation et de l’Idée a d’ailleurs été jugée sévèrement : elle entraînera pour partie le déclin progressif du mouvement. Prisonnier d’une transcendance abstraite, « déchiré entre les contraintes d’un réel méprisable et les utopies d’une idéalité inaccessible » |9|, l’art des Symbolistes a pu apparaître presque vain et stérile dans sa volonté d’exprimer l’inconcevable au détriment du matériel et du périssable… Comme le dit justement J. Chénieux-Gendron, « la littérature est pour eux un exil […] : n’existant que pour elle-même, elle n’a bientôt plus que d’elle-même à parler, de son regret, de ce qu’elle a perdu, à la limite même de sa stérilité et de son silence |10| ». Mais c’est paradoxalement ce qui fait toute la force de cette « poésie du silence », hantée par l’ambition mallarméenne d’aboutir au poème du vide et de la « page blanche ».

En rejetant l’objectivité du Réalisme, elle est magnifiquement parvenue à faire du langage une notion pure, et l’a restitué sous une forme matérielle et visible dans son essence immatérielle pour en donner une vision sublimée, quêteuse d’absolu et d’indéchiffrable…

© Bruno Rigolt, septembre 2009 (dernière mise à jour : avril 2014)
Espace Pédagogique Contributif/Lycée en Forêt (Montargis, France)


NOTES

1.  Bertrand Marchal,  Le Symbolisme, A. Colin (« Esthétique Lettres Sup. ») Paris 2011, pages 17-18.

2. I. Merlin, Poètes de la révolte de Baudelaire à Michaux, Alchimie de l’être et du verbe, éd. de l’École, Paris 1971

3. Stéphane Mallarmé, « Hérésies artistiques. L’Art pour tous », L’Artiste, 15 septembre 1862 (tome 2, p. 127). Pour lire l’intégralité du texte, cliquez ici.

4. Edward Lucie-Smith, Le Symbolisme, Thames and Hudson, 1972 (1999 pour la traduction française).

5.  Bertrand Marchal,  Le Symbolisme, op. cit. page 21.

6.  Enquête de Jules Huret, citée par Albert Thibaudet dans La Poésie de Stéphane Mallarmé, Gallimard 2006

7. Léon Wencelius, La Philosophie de l’art chez les néo-scolastiques de langue française, Paris, F. Alcan 1932, page 74.
8. Albert Thibaudet, La Poésie de Stéphane Mallarmé, Paris Gallimard 1926, page 140.

9.  Dominique Rincé, Bernard Lecherbonnier, Littérature XIXème siècle, Textes et Documents, « La constellation symboliste », Nathan 1986

10. J. Chénieux-Gendron, article « Symbolisme », Dictionnaire des écrivains de langue française, Larousse 2001

Ouvrages à consulter utilement au CDI…

  • A. Chassang, Ch. Senninger, Recueil de textes littéraires français, quatrième partie « Idéalisme et Symbolisme », p. 452 et suivantes. COTE CDI : 840 « 18 » CHA

  • Dominique Rincé, Bernard Lecherbonnier, Littérature XIXème siècle, Textes et Documents, « La constellation symboliste », p. 517 et suivantes, Nathan 1986. COTE CDI : 840 « 18 » RIN

  • I. Merlin, Poètes de la révolte de Baudelaire à Michaux, Alchimie de l’être et du verbe, éd. de l’École, Paris 1971. COTE CDI : 840 « 18/19 » MER

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Support de cours Classes de Lycée : Symbolisme, « Esprit nouveau »


Le but de ce support de cours est de présenter brièvement pour mes classes de Première
la doctrine symboliste, et de montrer le bouleversement qu’elle va introduire dans le paysage littéraire français et européen… L’accent est particulièrement mis sur les auteurs étudiés en cours.

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Esprit nouveau et 
Symbolisme

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Il est difficile de proposer du Symbolisme une « définition » qui en énonce explicitement les principes. De fait, le Symbolisme apparaît d’abord comme une révolution spirituelle et une réaction idéaliste contre le Réalisme et le Naturalisme. Commencé avec Verlaine et Baudelaire, il atteint son apogée dans les années 1885-1895. Héritier du Romantisme, mouvement de transition, il s’achève au début du vingtième siècle avec l’apparition du Surréalisme.

Dans un siècle qui voit le règne de la machine et du matérialisme, le Symbolisme chante la nostalgie de l’Idéal et du Spirituel. Du Romantisme, il conservera l’idée d’un certain rejet social et la rébellion contre toute forme de rationalisme. fantin-latour-immortalite-1889.1254057733.jpgCe refus de percevoir le monde objectivement conduira donc les jeunes générations à privilégier d’une part la subjectivité et d’autre part un goût affirmé pour la Décadence, le Surnaturel (voire l’Anarchisme).

Prétendant à un style nouveau et à une langue inédite, purifiée, où les mots peuvent jouer librement avec l’imagination la plus débridée, cette nouvelle école littéraire peut ainsi s’apparenter à un art de la subjectivité et de l’idéalisation du réel.

← Henri Fantin Latour, « Immortalité » 
1889. Huile sur toile, Cardiff, National Museum of Wales
 © National Museum of Wales

On pourrait évoquer ici la célèbre définition de Rémy de Gourmont, qui dans la préface au Livre des Masques (1896) déclare : « Que veut dire Symbolisme ? Cela peut vouloir dire : individualisme en littérature, liberté de l’art, abandon des formules enseignées, tendance vers ce qui est nouveau, étrange et même bizarre ; cela peut vouloir dire aussi : idéalisme, dédain de l’anecdote sociale, antinaturalisme ». Mais c’est sans aucun doute le poète Jean Moréas dans son « Manifeste du Symbolisme » (Le Figaro littéraire du 18 septembre 1886) qui met le mieux l’accent sur la volonté de rupture introduite par le Symbolisme :

« Comme tous les arts, la littérature évolue : évolution cyclique avec des retours strictement déterminés et qui se compliquent des diverses modifications apportées par la marche du temps et les bouleversements des milieux […]. Une nouvelle manifestation d’art était donc attendue, nécessaire, inévitable. Cette manifestation, couvée depuis longtemps, vient d’éclore. […]. Et que peut-on reprocher, que reproche-t-on à la nouvelle école ?Gustave Moreau_Salomé_dansant
L’abus de la pompe, l’étrangeté de la métaphore, un vocabulaire neuf où les harmonies se combinent avec les couleurs et les lignes : caractéristiques de toute renaissance ».

Gustave Moreau (1826-1898)
« Salomé dansant devant Hérode » (1876) →
Paris, Musée Gustave Moreau

Le pouvoir de l’Esprit sur les sens

Car il s’agit bien en effet d’une « renaissance » : proclamant le pouvoir de l’Esprit sur les sens, de l’art sur la nature, de la subjectivité sur l’objectivité, de l’imaginaire sur le réel, le Symbolisme met l’accent sur la relation entre le signe (signifiant) et son signifié allégorique. Jean Moréas insiste bien sur cette dimension intellectuelle et métaphysique du mouvement : « Ennemie de l’enseignement, la déclamation, la fausse sensibilité, la description objective, la poésie symbolique cherche à vêtir l’Idée d’une forme sensible […] ».

Ce passage est important : on y retrouve très explicitement exprimée l’idée selon laquelle la poésie serait l’incarnation d’une forme extrême de la subjectivité, que l’artiste doit découvrir et exprimer par le langage. Ainsi, la fascination des premiers Romantiques pour la mort et le pathétique conduira les Symbolistes à une recherche presque mystique de la Vérité abstraite et de l’Absolu : de là le culte du mot rare, la fascination pour l’étrange, l’irrationnel, l’ineffable…

Luc Olivier Merson_1Luc-Olivier Merson (1846-1920)
« Le repos pendant la fuite en Égypte » (détail. Huile sur toile, 1880)
Nice, Musée des Beaux-Arts

Dans un remarquable ouvrage, Bertrand Marchal  rappelle combien le symbolisme apparaît « comme une protestation de l’esprit, ou de l’âme, contre le matérialisme contemporain, un matérialisme contemporain qui trouve son incarnation littéraire dans le naturalisme zolien […]. Antimatérialisme et antinaturalisme sont les deux faces d’une même réaction au nom de l’idéal, si bien que le mot de symbole a pour fonction essentielle, dans le discours symboliste, de rappeler que la réalité ne se réduit pas à la réalité brute du discours naturaliste, et de suggérer ainsi un réel au-delà du réel. Le symbolisme est d’abord et avant tout un idéalisme […] »1.

Ce culte d’un renouveau métaphysique et mystique, amplifié par le refus de la vie quotidienne dans son conformisme banal, conduira les auteurs à une volonté de recréation du langage qui va ouvrir la voie à une poétique nouvelle, plus abstraite et conceptuelle. « Au caractère utile du langage brut s’oppose le caractère sacré du poème. Comme Baudelaire, Mallarmé pense qu' »il y a dans le Verbe quelque chose de sacré […] »2. Avant tout « élitiste », la poésie symboliste aboutira immanquablement au culte du moi, comme le suggère très bien cette sentence sans appel de Mallarmé : « Que les masses lisent la morale, mais de grâce ne leur donnez pas notre poésie à gâter »3. Ainsi l’art, transcendé par la poésie, revêt-il une dimension spiritualiste et mystique proche du Sacré. Conçu comme une « aristocratie de l’esprit » et placé au-dessus de tout dans une perspective élitiste, il n’est réservé qu’à quelques initiés, seuls capables d’en saisir le sens (Songez à la « Lettre du Voyant » de Rimbaud).

Edouard Manet,
Portrait de Stéphane Mallarmé (détail) →
Paris, musée d’Orsay. © Photo RMN – H. Lewandowski)

Comme le dit très bien Edward Lucie-Smith, « De là est né le mythe du « génie », de l’homme à inspiration divine, capable de transformer en art toutes ses expériences et ses émotions, dispensé d’obéir aux règles normales en raison de ses dons, ayant même le devoir, en fait, de refuser de s’y soumettre dans l’intérêt de son épanouissement »4. C’est à juste titre qu’on a souligné les dérives hermétiques de la poésie symboliste, en particulier celle de Baudelaire, de Mallarmé ou de Valéry, dont le langage introduit de la subjectivité dans toute représentation artistique, au risque de devenir parfois quelque peu « artificiel ». De fait, ce « désir de forger, par la syntaxe aussi bien que par le vocabulaire, par l’archaïsme ou le néologisme, une langue poétique absolument distincte de la langue courante »5 aboutit immanquablement à l’hermétisme (voire à l’incompréhensible).

Une quête de l’absolu

C’est peut-être l’article d’Albert Aurier sur le peintre Gauguin paru dans le Mercure de France en 1891 qui traduit explicitement l’esthétique symboliste. Bien qu’appliquée à l’art pictural, elle caractérise bien la poésie. Selon lui, l’œuvre d’art doit être :

    1. Idéiste, puisque son idéal unique sera l’expression de l’Idée ;
    2. Symboliste, puisqu’elle exprimera cette idée par des formes ;
    3. Synthétique, puisqu’elle écrira ces formes, ces signes, selon un mode de compréhension générale ;
    4. Subjective, puisque l’objet n’y sera jamais considéré en tant qu’objet, mais en tant que signe d’idée perçu par le sujet […].

Affranchie de ses éléments didactiques, narratifs, et libérée du vers traditionnel, la poésie symboliste serait ainsi une poésie de la quête et du déchiffrement, mettant en correspondance le réel et l’inconnu : « ne rien nommer, ne rien expliquer » : tel semble le credo de la doctrine symboliste. La valeur de l’artiste ne réside non plus dans ce qu’il peut faire ou dire mais dans sa capacité à chercher une vérité primordiale qui échappe d’autant plus au sens commun qu’elle s’appuie sur la suggestion et l’évocation.

Envisagée à la fois comme un retour vers la vérité originelle et comme une avancée vers l’incréé et le mystère, la poésie symboliste est largement ésotérique : accessible aux seuls initiés, elle semble s’abreuver à la recherche d’une langue pure et subjective, qu’on pourrait qualifier de « Symbolisme allégorique », capable d’exprimer dans toute sa force l’Idée et l’Absolu.

Le poème de Mallarmé « Le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui » est très caractéristique de cette recherche métaphysique et spirituelle : l’image centrale du texte est assez commune : un cygne qui cherche à se libérer de la glace dans laquelle il est prisonnier. Pourtant, autour de cette métaphore s’organisent une série de correspondances thématiques et sonores plus audacieuses les unes que les autres qui font passer de l’image concrète à l’idée abstraite (l’hiver, l’exil, la captivité de l’oiseau, la liberté, etc.). Ces analogies parviennent ainsi à une sorte de « synthétisme » de la pensée, apte à saisir une vérité supérieure, dont la signification est à déchiffrer par le lecteur ; il ne lui suffit plus de lire, il lui faut interpréter :

Le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui
Va-t-il nous déchirer avec un coup d’aile ivre
Ce lac dur oublié que hante sous le givre
Le transparent glacier des vols qui n’ont pas fui !

Un cygne d’autrefois se souvient que c’est lui
Magnifique mais qui sans espoir se délivre
Pour n’avoir pas chanté la région où vivre
Quand du stérile hiver a resplendi l’ennui.

Tout son col secouera cette blanche agonie
Par l’espace infligée à l’oiseau qui le nie,
Mais non l’horreur du sol où le plumage est pris.

Fantôme qu’à ce lieu son pur éclat assigne,
Il s’immobilise au songe froid de mépris
Que vêt parmi l’exil inutile le Cygne.

Cette identification du symbole avec la poésie est essentielle. Comme le dit Mallarmé, « La poésie consistant à créer, il faut prendre dans l’âme humaine des états, des lueurs d’une pureté si absolue que bien chantés et bien mis en lumière, cela constitue en effet les joyaux de l’homme : là il y a symbole, il y a création, et le mot poésie a ici son sens : c’est, en somme, la seule création humaine possible »6. Fortement influencé par la lecture de l’œuvre du philosophe allemand Hegel, Mallarmé cherchera à formuler les liens secrets qui unissent l’Être à la pensée, la nature à l’idée.

En affirmant l’absolue nécessité de situer la poésie « dans le domaine de l’essence », Mallarmé, comme beaucoup d’autres auteurs symbolistes estime en effet « que ce serait devenir impur que de descendre dans celui de l’existence »7. L’auteur poursuivra cette recherche de « l’esprit pur » et d’une « conception pure » de la poésie tout au long de sa vie. Par essence non narrative, sa poésie se fera de plus en plus « fiction », poussant l’art jusqu’à un « fanatisme de pureté »8.

Transformer l’objet en idée

L’idée de représenter abstraitement la nature, permet ainsi aux poètes de tisser un réseau de significations symboliques, qui ajoute à l’univers des choses visibles une inépuisable métaphysique de l’invisible. Lisez par exemple ce passage très célèbre du « Cimetière marin » de Paul Valéry : loin de figurer le réel, la description de la mer (« Ce toit tranquille… ») représente d’abord une idée (« le songe est savoir ») qui ordonne une vaste méditation sur le temps. Cette recherche de l’abstraction, de l’ambiguïté, du mystère, amène à une forme d’idéalisation stupéfiante : les images, par leur hermétisme même, concourent à la création d’un univers dont le contenu réel nous échappe : ce n’est pas un paysage maritime qui est représenté, mais un paysage pensé, façonné par le mystère de la langue, né d’une véritable fusion de l’homme et de l’univers, permettant de suggérer peu à peu, et conférant au réel force et pureté :

« Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes ;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer, toujours recommencée !
O récompense après une pensée
Qu’un long regard sur le calme des dieux !

Quel pur travail de fins éclairs consume
Maint diamant d’imperceptible écume,
Et quelle paix semble se concevoir!
Quand sur l’abîme un soleil se repose,
Ouvrages purs d’une éternelle cause,
Le temps scintille et le songe est savoir. »

Que l’on songe de nouveau à Mallarmé qui affirmait que « nommer un objet, c’est supprimer les trois quart de la jouissance du poème qui est faite de deviner peu à peu : le suggérer, voila le rêve ». Ce qu’il faut donc retenir du Symbolisme, c’est précisément ce pouvoir de suggestion qui confère à la poésie une dimension presque surnaturelle : transformer l’objet en idée… Pour conclure, il serait permis d’interpréter l’esthétique symboliste comme une alchimie de l’indicible, obéissant à la sollicitation de l’intellect, et poussant les mots jusque dans leurs derniers retranchements ; la réalité et le signifié en effet semblent s’évanouir au point de s’effacer totalement, pour laisser place au mystère d’une plastique pure, inspirée, mais quelque peu inintelligible, à la limite de l’incommunicabilité…

Gustav Klimt, « La Vie et la Mort », 1908-1911 →
Huile sur toile (détail), © Coll. Part. Vienne

Cette recherche à tout prix de la sensation et de l’Idée a d’ailleurs été jugée sévèrement : elle entraînera pour partie le déclin progressif du mouvement. Prisonnier d’une transcendance abstraite, « déchiré entre les contraintes d’un réel méprisable et les utopies d’une idéalité inaccessible »9, l’art des Symbolistes a pu apparaître presque vain et stérile dans sa volonté d’exprimer l’inconcevable au détriment du matériel et du périssable… Comme le dit justement J. Chénieux-Gendron, « la littérature est pour eux un exil […] : n’existant que pour elle-même, elle n’a bientôt plus que d’elle-même à parler, de son regret, de ce qu’elle a perdu, à la limite même de sa stérilité et de son silence »10.

Mais c’est paradoxalement ce qui fait toute la force de cette « poésie du silence », hantée par l’ambition mallarméenne d’aboutir au poème du vide et de la « page blanche ». En rejetant l’objectivité du Réalisme, elle est magnifiquement parvenue à faire du langage une notion pure, et l’a restitué sous une forme matérielle et visible dans son essence immatérielle pour en donner une vision sublimée, quêteuse d’absolu et d’indéchiffrable.

© Bruno Rigolt, septembre 2009 (dernière mise à jour : avril 2014)
Espace Pédagogique Contributif/Lycée en Forêt (Montargis, France)

NOTES

1.  Bertrand Marchal,  Le Symbolisme, A. Colin (« Esthétique Lettres Sup. ») Paris 2011, pages 17-18.
2. I. Merlin, Poètes de la révolte de Baudelaire à Michaux, Alchimie de l’être et du verbe, éd. de l’École, Paris 1971
3. Stéphane Mallarmé, « Hérésies artistiques. L’Art pour tous », L’Artiste, 15 septembre 1862 (tome 2, p. 127). Pour lire l’intégralité du texte, cliquez ici.
4. Edward Lucie-Smith, Le Symbolisme, Thames and Hudson, 1972 (1999 pour la traduction française).
5.  Bertrand Marchal,  Le Symbolisme, op. cit. page 21.
6.  Enquête de Jules Huret, citée par Albert Thibaudet dans La Poésie de Stéphane Mallarmé, Gallimard 2006
7. Léon Wencelius, La Philosophie de l’art chez les néo-scolastiques de langue française, Paris, F. Alcan 1932, page 74.
8. Albert Thibaudet, La Poésie de Stéphane Mallarmé, Paris Gallimard 1926, page 140.
9.  Dominique Rincé, Bernard Lecherbonnier, Littérature XIXème siècle, Textes et Documents, « La constellation symboliste », Nathan 1986
10. J. Chénieux-Gendron, article « Symbolisme », Dictionnaire des écrivains de langue française, Larousse 2001

Ouvrages à consulter utilement au CDI…

  • A. Chassang, Ch. Senninger, Recueil de textes littéraires français, quatrième partie « Idéalisme et Symbolisme », p. 452 et suivantes. COTE CDI : 840 « 18 » CHA
    Dominique Rincé, Bernard Lecherbonnier, Littérature XIXème siècle, Textes et Documents, « La constellation symboliste », p. 517 et suivantes, Nathan 1986. COTE CDI : 840 « 18 » RIN
    I. Merlin, Poètes de la révolte de Baudelaire à Michaux, Alchimie de l’être et du verbe, éd. de l’École, Paris 1971. COTE CDI : 840 « 18/19 » MER

Netiquette : article protégé par copyright. La diffusion publique est autorisée sous réserve d’indiquer le nom de l’auteur ainsi que la source (URL de la page).

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Au fil des pages… Les Fleurs du mal…

Chaque semaine, feuilletez un livre…

À nouvelle année scolaire, nouvelle rubrique : la numérisation de livres entreprise par Google offre d’incroyables perspectives, qui vont bouleverser durablement le rapport au savoir, et j’ai souhaité pour ma part que ce cahier de texte d’un nouveau genre, accompagne cette révolution numérique du livre. C’est ainsi que je vous propose dans cette toute nouvelle rubrique de feuilleter chaque semaine quelques pages d’un ouvrage. Je rappelle par ailleurs que je viens d’intégrer Google livres dans les activités des sections de BTS et des classes de Première (bientôt les Seconde…) : les étudiants pourront ainsi au sein d’une même page travailler non seulement sur des articles, naviguer vers d’autres sites, écouter des documents sonores, visionner des vidéos, et maintenant feuilleter tel passage ou chapitre d’un ou plusieurs livres, comme s’ils se trouvaient dans une immense médiathèque. Ce mode de travail multimodal va changer également la façon d’apprendre et bien sûr les pratiques pédagogiques…

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Les Fleurs du mal

Pour cette première édition, redécouvrez (ou découvrez!) un grand classique : Les Fleurs du mal de Baudelaire, mises en image par Louis Joos, illustrateur et auteur de BD bruxellois (éd. La Renaissance du livre, 2002, 2008). Même si cette version électronique de l’ouvrage ne permet pas un accès à toutes les pages, elle offre cependant un aperçu assez large du texte baudelairien et nous rappelle la place primordiale qu’a accordée l’auteur dans ses chroniques littéraires ou critiques picturales à l’art et au rôle symbolique de l’image. À ce titre, le travail à l’encre de chine, au pastel ou à l’aquarelle de Louis Joos met bien en valeur le style tourmenté et la dualité qui font tout le drame et l’intensité des Fleurs du mal. Les dessins semblent en effet illustrer parfaitement le charme propre et les mystères de la poétique baudelairienne, sous-tendue par les tensions conjointes du verbe et de l’imaginaire, du spleen et de l’idéal. C’est cette connivence de l’écrivain et du dessinateur que cet ouvrage nous invite à découvrir ici…

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Si les caractères s’affichent en taille trop petite, pensez à utiliser l’outil de zoom intégré au livre numérique.

La citation de la semaine… Colette…

« Tout cela c’est la vie, le temps qui coule, c’est le miracle espéré à chaque tournant du chemin… »

Je viens de lire la dépêche d’Alain. Dans trente-six heures, il sera ici, et moi… Je prends ce soir le rapide de Paris-Karlsbad, qui nous conduisit jadis vers Bayreuth. De là… je ne sais encore. Alain ne parle pas allemand, c’est un petit obstacle de plus.

J’ai bien réfléchi depuis avant-hier, ma tête en est toute fatiguée. Ma femme de chambre va s’étonner autant que mon mari. Je n’emmène que mes deux petits amis noirs : Toby le chien, et Toby le revolver. Ne serai-je pas une femme bien gardée ? Je pars résolument, sans cacher ma trace, sans la marquer non plus de petits cailloux… Ce n’est pas une fuite folle, une évasion improvisée que la mienne ; il y a quatre mois que le lien, lentement rongé, s’effiloche et cède. Qu’a-t-il fallu ? Simplement que le geôlier distrait tournât les talons, pour que l’horreur de la prison apparût, pour que brillât la lumière aux fentes de la porte.

Devant moi, c’est le trouble avenir. Que je ne sache rien de demain, que nul pressentiment ne m’avertisse […]. Je veux espérer et craindre que des pays se trouvent où tout est nouveau, des villes dont le nom seul vous retient, des ciels sous lesquels une âme étrangère se substitue à la vôtre… Ne trouverai-je pas, sur toute la grande terre, un à peu près de paradis pour une petite créature comme moi ?

Debout, de roux vêtue, je dis adieu, devant la glace, à mon image d’ici. Adieu, Annie ! Toute faible et vacillante que tu es, je t’aime. Je n’ai que toi, hélas, à aimer.

Je me résigne à tout ce qui viendra. Avec une triste et passagère clairvoyance, je vois ce recommencement de ma vie. Je serai la voyageuse solitaire qui intrigue, une semaine durant, les tables d’hôte, dont s’éprend soudain le collégien en vacances ou l’arthritique des villes d’eaux… la dîneuse seule, sur la pâleur de qui la médisance édifie un drame… la dame en noir, ou la dame en bleu, dont la mélancolie distante blesse et repousse la curiosité du compatriote de rencontre… Celle aussi qu’un homme suit et assiège, parce qu’elle est jolie, inconnue, ou parce que brillent à ses doigts des perles rondes et nacrées… Celle qu’on assassine une nuit dans un lit d’hôtel, dont on retrouve le corps outragé et sanglant… Non, Claudine, je ne frémis pas. Tout cela c’est la vie, le temps qui coule, c’est le miracle espéré à chaque tournant du chemin, et sur la foi duquel je m’évade.

FIN

Colette, Claudine s’en va (dernière page), 1903

Une analyse complète de ce passage est disponible à cette adresse : http://brunorigolt.blog.lemonde.fr/2018/02/08/entrainement-a-leaf-corrige-de-commentaire-litteraire-colette-claudine-sen-va-1903-derniere-page/

est sur ce grand plaidoyer féministe que s’achève la série des Claudine. Entre le premier roman du cycle (Claudine à l’école, publié en 1900) et la dernière page de Claudine s’en va (1903), que de changements : à la tonalité légère du début, apte à faire ressentir le quotidien d’une écolière (effrontée !) de campagne, se substitue un lyrisme profond et grave, qui évoque le difficile affranchissement du lien conjugal : c’est en effet sur une séparation pleinement assumée qui doit rendre à la narratrice son visage et sa liberté, que se clôt le texte : « Je me résigne à tout ce qui viendra. Avec une triste et passagère clairvoyance, je vois ce recommencement de ma vie ». Tout quitter pour tout recommencer… Certes, mais prendre en main son destin personnel pour une femme des années 1900, c’est endosser un grand risque (le divorce n’avait été autorisé qu’en 1884), et sans doute ce texte constitue-t-il un plaidoyer avant la lettre pour l’émancipation des femmes. Mais point de grandiloquence dans ces lignes : si cause féministe il y a, elle est servie avec émotion, sincérité et pudeur.

« Debout, de roux vêtue, je dis adieu, devant la glace, à mon image d’ici… »

Une certaine sensualité stylistique ainsi qu’un regard très intimiste porté sur les êtres et les choses confèrent au texte une indicible poésie. Admirez comment la narration, à la fin du passage, orientée jusqu’alors vers la notation de l’instant présent et la perception du moi observant, semble s’élargir en une vision plus large, qui fait basculer le récit de l’individuel au collectif : « Je serai la voyageuse solitaire qui intrigue… Celle aussi qu’un homme suit et assiège, parce qu’elle est jolie…Celle qu’on assassine une nuit dans un lit d’hôtel, dont on retrouve le corps outragé et sanglant ». Ce n’est plus seulement la narratrice dont il est question, mais la femme en tant qu’archétype universel.

Pourtant, même les drames les plus sombres semblent suggérés en touches légères, peu appuyées, qui sollicitent beaucoup plus la conscience du lecteur. Il en résulte un style pointilliste, subjectif et sensible. Ce parti-pris favorise l’identification du lecteur au personnage. Nous nous projetons dans ce panorama social observé à travers le prisme d’une conscience interprétée comme quête existentielle.

Les propos de Colette dans ce passage de Claudine s’en va se situent donc sur deux registres : celui de la revendication identitaire ; et celui du sensible, de l’intime, du lyrisme personnel. Son inspiration, qui puise aux sources du corps et de l’expérience féminine, explore ainsi les paramètres d’une écriture-femme, pleinement assumée, qui caresse l’énigme d’un moi féminin, intégré à une nouvelle manière de penser, invalidée du référent masculin. C’est cette écriture extime, mélange à la fois d’intimité et d’extériorité, de secret et de dévoilement, qui fait aussi la beauté de l’œuvre de Colette, et qui caractérise si bien cette vision féminine du monde.

Bruno Rigolt
© 2009-2018, Bruno Rigolt/Espace Pédagogique Contributif

Crédit photographique : Colette en 1912 (détail) © Roger-Viollet. Retouche et colorisation : Bruno Rigolt / Colette © Roger-Viollet

"Des mots égarés, une écriture du silence" par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7

Les classes de Seconde 18 et Seconde 7 ont travaillé sur une nouvelle dense et forte de Marguerite Duras, « Le Coupeur d’eau » (La Vie matérielle, P.O.L. 1987). Ce texte a amené les élèves à s’interroger sur le style si particulier de cette écrivaine : dans Écrire, voici comment Duras présente sa propre conception de l’écriture : « Il y aurait une écriture du non-écrit. Un jour ça arrivera. Une écriture brève, sans grammaire, une écriture de mots seuls. Des mots sans grammaire de soutien. Égarés. Là, écrits. Et quittés aussitôt ». Cette expression de « mots égarés » a suscité l’intérêt des étudiants qui ont souhaité créer des poèmes dont la langue, très épurée, est comme une réponse au vœu de l’auteure… Découvrez ces textes, particulièrement le travail sur le style et la syntaxe entrepris par les « jeunes écrivains ».

Les poèmes seront publiés au fur et à mesure de leur achèvement. Bonne lecture !

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Au matin de la pluie…

par Luiza M. (Seconde 18)

          

Expliquer ses larmes,

Larmes postées sans sens

Écrire au loin des mots parallèles

effacer la mort

Avoir une dernière chance

Sortir du fleuve brûlé

Incendié de souvenirs…

La mer est voilée de chiffres

Qui s’additionnent, se multiplient,

Mais sans être mouillés…

La mer a traversé mes yeux

J’ai écrit une feuille sans eau

Au matin de la pluie…

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La vie ?

par Rayan D. (Seconde 18)

          

L’amour on peut en rire,

Boire sodas et manger gâteaux,

Il faut savoir séduire,

Pleurer si pas assez beau.

          

Venir en manteau et bas,

Un collier et son chat,

regarder un nuage,

Remplir des pages,

      

Montrer son journal intime,

Être consolé par une fille,

Humilié par un garçon qui rit,

Faire des poèmes à mauvaises rimes.

                

             

Routine de la vie et du temps

par Leïla G. (Seconde 7)

              

La vie est comme le jour :

Un lever de soleil pour te donner l’amour en un cri

Comme un sourire, un « Je t’aime »

La vie est comme la pluie qui tombe

Comme ces coups bas de l’existence

Comme pour affronter une mort, une séparation.

Puis vint le coucher du soleil :

La mort d’une personne

Qui regarde le soleil par l’adieu de la lumière

Laissera place au ciel noir

Où les étoiles et la lune brilleront,

Comme pour rendre hommage à ceux

Ayant vécu la routine de la vie et du temps…

           

galaxie1.1254520143.jpg

            

                 

Qui n’ose étinceler

par Pauline C. (Seconde 18)

          

L’exceptionnel infini, ostentatoire pour l’horizon,

Orgueilleux pour l’océan qui n’ose étinceler,

(Pauvre instrument du voyage…)

N’accentuait aucune émotion.        

Les vagues, les vagues…

Futiles espoirs égarés,

Renouvelaient vagabonds et naufragés

Ailleurs, en exil…   

              

                  

À l’heure du silence…

par Léo R. (Seconde 18)

          

motsegares5.1253371444.jpgDécouverte d’une tentation nouvelle :

Le souvenir d’une mélodie égarée

À l’heure du silence,

La beauté étoilée du Noir au Soir,

L’émerveillement d’une nuit d’été hésitante

(profondeur d’un regard

Dans la lumière obscure de la vie)

Infinité inconnue,

Regret d’un changement lointain

Et la raison d’une fascination :

Ce désespoir d’une femme à mes côtés

Quelques larmes, une infinité inconnue…

       

               

Joie et la mort

par Mélisa A. et Thulaciga Y. (Seconde 18)

          

Rose soir soleil arc-en-ciel

Mer plage et les arbres

motsegares1.1253120065.jpgLumière de la nature

Famille couleurs

Sirène retentit, guerre arrive

Enfants soldats apeurés

Partout douleur et malheur

Femmes battues partout,

Hommes, enfants battus

Partout soleil couché,

partout nuit noire

Loin d’eux rester

Écrire dessiner sans eux

Source de la mort courage

Courir voler vers la lumière

Du paradis timide…

         

               

L’eau a touché le vent

par Victor E. (Seconde 7)

          

Dans sa tristesse remplie de joie,

L’eau a touché le vent :

Couleur sombre devenue claire !

Libérée, emprisonnée,

Touchera la mort la vie

Et l’esprit quittera le corps.

Colline regardant montagne

Dans l’obscurité d’une toile blanche,

L’eau a touché le vent…

 

        

Une soif rare

par Ksénia C. (Seconde 18)

Trouver sans fin des carreaux

Découvrir un sourire vide, infantile, décoloré

motsegares_7.1253453061.jpgPartir vers des pointes symétriques.

Ouvrir une montre hermétique,

Arrêter le temps

Des lacets grisés par personne

Noués autour de tes pieds.

Une crêpe sur le sol

Encore chaude, colorée

Au revoir est écrit à l’envers

Coloré par des larmes sans compter

Une soif rare, linéaire

Plaquée sur toi…

              

      

Tombe la nuit

par Hélène P. (Seconde 18)       

 

Tombe la nuit en installant le silence

Aussi froide et sombre

Le souffle de mon cœur

Ébréché par un amour perdu…

Je ris d’une promesse brisée

Souffre de la tristesse de la pluie

Mon corps dénué de rire

Les signes nourissent les plis de ma pensée…

                    

motsegares3.1253121329.jpg

                  

         

Associé, Dissocié

par Arthur S. (Seconde 18)

         

Crayon bleu

Arbre de Noël

Ville de maisons

La pluie sur le feu

Le clair de lune, de terre et de force

La télé regardant le canapé

Une bouche vit la voiture courir

La fin de la vie

Contact dans mon téléphone

Le soir de la barrière

Une main dans le vent…

 

            

Infinie tristesse

par Charlotte G. (Seconde 18)

        

Amis perdus, solitude partagée

Savoir aimer, peur de haïr

motsegares1.1253367594.jpgAmour Haine

Tous deux très proches

Sentir des parfums libertaires

Oublier la lumière

Ouvrir les portes de la mer…

Découvrir l’infini, croire au bonheur

Complicité entre sœurs

Superficielle : l’amour est réel

Un jeu de hasard :

Océan de laine ?

Poisson de porcelaine ?

Infinie tristesse…

            

             

En direction de l’été

par Florent de W. (Seconde 18)

          

Amour vivant sa vie

Sonnerie, Guerre et la pluie

Hiver, rage, vent

Forêt rouge de têtes

Seules, meurent et pleurent

Cœur de pierre blanc

Peur magique du képi

Couloir crevé de sang

Meurent les cœurs noirs au matin

En direction de l’été

Monument généalogique du souvenir

Retentit Sonnerie du passé

Mais l’amour a perdu la vie,

Sonnerie, guerre et la pluie…

 

                                     

Mon Cœur

par Marion D. (Seconde 7)

            

Mon cœur battait de vie

Quand tu es arrivé.

De sentiments, il battait :

Tes yeux m’ont touchée.

Mon cœur bat de silence :

Je ne t’ai jamais parlé…

 

                      

Bruits qui se répètent

par Laurie C. (Seconde 18)

          

Hommes aux cœurs égarés

motsegares7.1253385546.jpg[Solitude de leurs sourires]

Bruits qui se répètent

PEUR

Hurlements silencieux

GOMMER LE MONDE

L’horloge ronde tourne

Tic-tac, Tic-tac des coups de feu

Courir jusqu’au fond

Trouver la porte

Quitter le monde

[Tic-tac, Tic-tac]

C’est fini.

                 

                         

Comme un sablier

Maxime C. (Seconde 7)

                        

Le temps sillonne à travers les étoiles :

Sablier qui s’écoule

Destructeur et fatal.

Plus je m’avance et plus je vieillis

Je m’approche de la cascade finale :

Pierre qui roule

Vers le silence…

        

 

(Voir les autres parutions de textes)

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Crédit photographique : B. Rigolt

« Des mots égarés, une écriture du silence » par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7

Les classes de Seconde 18 et Seconde 7 ont travaillé sur une nouvelle dense et forte de Marguerite Duras, « Le Coupeur d’eau » (La Vie matérielle, P.O.L. 1987). Ce texte a amené les élèves à s’interroger sur le style si particulier de cette écrivaine : dans Écrire, voici comment Duras présente sa propre conception de l’écriture : « Il y aurait une écriture du non-écrit. Un jour ça arrivera. Une écriture brève, sans grammaire, une écriture de mots seuls. Des mots sans grammaire de soutien. Égarés. Là, écrits. Et quittés aussitôt ». Cette expression de « mots égarés » a suscité l’intérêt des étudiants qui ont souhaité créer des poèmes dont la langue, très épurée, est comme une réponse au vœu de l’auteure… Découvrez ces textes, particulièrement le travail sur le style et la syntaxe entrepris par les « jeunes écrivains ».

Les poèmes seront publiés au fur et à mesure de leur achèvement. Bonne lecture !

Au matin de la pluie…

par Luiza M. (Seconde 18)

          

Expliquer ses larmes,

Larmes postées sans sens

Écrire au loin des mots parallèles

effacer la mort

Avoir une dernière chance

Sortir du fleuve brûlé

Incendié de souvenirs…

La mer est voilée de chiffres

Qui s’additionnent, se multiplient,

Mais sans être mouillés…

La mer a traversé mes yeux

J’ai écrit une feuille sans eau

Au matin de la pluie…

La vie ?

par Rayan D. (Seconde 18)

          

L’amour on peut en rire,

Boire sodas et manger gâteaux,

Il faut savoir séduire,

Pleurer si pas assez beau.

Venir en manteau et bas,

Un collier et son chat,

regarder un nuage,

Remplir des pages,

Montrer son journal intime,

Être consolé par une fille,

Humilié par un garçon qui rit,

Faire des poèmes à mauvaises rimes.

Routine de la vie et du temps

par Leïla G. (Seconde 7)

La vie est comme le jour :

Un lever de soleil pour te donner l’amour en un cri

Comme un sourire, un « Je t’aime »

La vie est comme la pluie qui tombe

Comme ces coups bas de l’existence

Comme pour affronter une mort, une séparation.

Puis vint le coucher du soleil :

La mort d’une personne

Qui regarde le soleil par l’adieu de la lumière

Laissera place au ciel noir

Où les étoiles et la lune brilleront,

Comme pour rendre hommage à ceux

Ayant vécu la routine de la vie et du temps…

Qui n’ose étinceler

par Pauline C. (Seconde 18)

          

L’exceptionnel infini, ostentatoire pour l’horizon,

Orgueilleux pour l’océan qui n’ose étinceler,

(Pauvre instrument du voyage…)

N’accentuait aucune émotion.

Les vagues, les vagues…

Futiles espoirs égarés,

Renouvelaient vagabonds et naufragés

Ailleurs, en exil…

À l’heure du silence…

par Léo R. (Seconde 18)

          

Découverte d’une tentation nouvelle :

Le souvenir d’une mélodie égarée

À l’heure du silence,

La beauté étoilée du Noir au Soir,

L’émerveillement d’une nuit d’été hésitante

(profondeur d’un regard

Dans la lumière obscure de la vie)

Infinité inconnue,

Regret d’un changement lointain

Et la raison d’une fascination :

Ce désespoir d’une femme à mes côtés

Quelques larmes, une infinité inconnue…

Joie et la mort

par Mélisa A. et Thulaciga Y. (Seconde 18)

          

Rose soir soleil arc-en-ciel

Mer plage et les arbres

Lumière de la nature

Famille couleurs

Sirène retentit, guerre arrive

Enfants soldats apeurés

Partout douleur et malheur

Femmes battues partout,

Hommes, enfants battus

Partout soleil couché,

partout nuit noire

Loin d’eux rester

Écrire dessiner sans eux

Source de la mort courage

Courir voler vers la lumière

Du paradis timide…

L’eau a touché le vent

par Victor E. (Seconde 7)

          

Dans sa tristesse remplie de joie,

L’eau a touché le vent :

Couleur sombre devenue claire !

Libérée, emprisonnée,

Touchera la mort la vie

Et l’esprit quittera le corps.

Colline regardant montagne

Dans l’obscurité d’une toile blanche,

L’eau a touché le vent…

Une soif rare

par Ksénia C. (Seconde 18)

Trouver sans fin des carreaux

Découvrir un sourire vide, infantile, décoloré

Partir vers des pointes symétriques.

Ouvrir une montre hermétique,

Arrêter le temps

Des lacets grisés par personne

Noués autour de tes pieds.

Une crêpe sur le sol

Encore chaude, colorée

Au revoir est écrit à l’envers

Coloré par des larmes sans compter

Une soif rare, linéaire

Plaquée sur toi…

Tombe la nuit

par Hélène P. (Seconde 18)       

Tombe la nuit en installant le silence

Aussi froide et sombre

Le souffle de mon cœur

Ébréché par un amour perdu…

Je ris d’une promesse brisée

Souffre de la tristesse de la pluie

Mon corps dénué de rire

Les signes nourissent les plis de ma pensée…

motsegares3.1253121329.jpg

Associé, Dissocié

par Arthur S. (Seconde 18)

Crayon bleu

Arbre de Noël

Ville de maisons

La pluie sur le feu

Le clair de lune, de terre et de force

La télé regardant le canapé

Une bouche vit la voiture courir

La fin de la vie

Contact dans mon téléphone

Le soir de la barrière

Une main dans le vent…

Infinie tristesse

par Charlotte G. (Seconde 18)

Amis perdus, solitude partagée

Savoir aimer, peur de haïr

Amour Haine

Tous deux très proches

Sentir des parfums libertaires

Oublier la lumière

Ouvrir les portes de la mer…

Découvrir l’infini, croire au bonheur

Complicité entre sœurs

Superficielle : l’amour est réel

Un jeu de hasard :

Océan de laine ?

Poisson de porcelaine ?

Infinie tristesse…

En direction de l’été

par Florent de W. (Seconde 18)

          

Amour vivant sa vie

Sonnerie, Guerre et la pluie

Hiver, rage, vent

Forêt rouge de têtes

Seules, meurent et pleurent

Cœur de pierre blanc

Peur magique du képi

Couloir crevé de sang

Meurent les cœurs noirs au matin

En direction de l’été

Monument généalogique du souvenir

Retentit Sonnerie du passé

Mais l’amour a perdu la vie,

Sonnerie, guerre et la pluie…

Mon Cœur

par Marion D. (Seconde 7)

            

Mon cœur battait de vie

Quand tu es arrivé.

De sentiments, il battait :

Tes yeux m’ont touchée.

Mon cœur bat de silence :

Je ne t’ai jamais parlé…

Bruits qui se répètent

par Laurie C. (Seconde 18)

          

Hommes aux cœurs égarés

[Solitude de leurs sourires]

Bruits qui se répètent

PEUR

Hurlements silencieux

GOMMER LE MONDE

L’horloge ronde tourne

Tic-tac, Tic-tac des coups de feu

Courir jusqu’au fond

Trouver la porte

Quitter le monde

[Tic-tac, Tic-tac]

C’est fini.

Comme un sablier

Maxime C. (Seconde 7)

                        

Le temps sillonne à travers les étoiles :

Sablier qui s’écoule

Destructeur et fatal.

Plus je m’avance et plus je vieillis

Je m’approche de la cascade finale :

Pierre qui roule

Vers le silence…

(Voir les autres parutions de textes)

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Crédit photographique : B. Rigolt

Méthodologie de la fiche de lecture… Tous niveaux…

           

La Fiche de lecture…

Méthodologie de l’exercice

Que vous soyez lycéen(ne) ou étudiant(e), vous aurez à rédiger des « fiches de lecture ». L’exercice consiste à rendre compte (d’où l’expression parfois employée de « compte-rendu de lecture ») de manière concise et synthétique d’un ouvrage. Ce support de cours expose les règles importantes et la méthode que vous devrez respecter.

Le titre du livre, sa date de publication et de réédition

Rappelez le titre de l’œuvre, la date de première publication. Mentionnez précisément l’édition que vous avez utilisée pour réaliser votre fiche de lecture. Par exemple :

La Cantatrice chauve (1950)
(Édition Folio Gallimard, 1986)

L’auteur (5 à 10 lignes)

Vous devrez succinctement présenter l’auteur : ne vous perdez pas dans les détails. De fait, il est inutile de recopier des notices biographiques ou bibliographiques trop longues, qui n’auraient aucun intérêt. Concentrez-vous sur l’essentiel. Par exemple, les détails biographiques n’ont de valeur que s’ils permettent d’éclairer l’œuvre. De même, il serait insensé de mentionner l’ensemble des ouvrages rédigés par un écrivain : quatre à cinq titres représentatifs sont préférables à une liste interminable !

L’histoire (15 à 20 lignes)
(Cette partie n’est évidemment pas à traiter dans le cas d’un essai, d’un ouvrage didactique, etc.)

Vous devez résumer l’histoire en vous concentrant sur l’essentiel. En premier lieu, votre résumé doit être équilibré : il arrive que des étudiants, ayant consacré trop de place à la première partie d’un roman par exemple, négligent carrément la deuxième partie. C’est évidemment très maladroit. De même, certains omettent, parfois volontairement, de résumer la fin ! N’oubliez pas que votre objectif n’est pas de rédiger un texte d’accroche (comme sur une « quatrième » de couverture) suscitant l’envie de lire un livre mais de vous aider à vous remémorer l’histoire, du début jusqu’à la fin. Par ailleurs, ne résumez jamais page par page : cela vous amènerait non seulement à faire de la paraphrase mais à relever des détails certes importants dans un passage mais insignifiants ou superflus au niveau de l’histoire globale : cherchez plutôt à rendre compte des grandes étapes du récit. Votre résumé sera dans la mesure du possible au présent de narration.

La structure du récit (2 à 3 lignes)

Inutile de rappeler l’histoire bien sûr. En revanche, mentionnez brièvement sur quelle durée s’étend la narration : on n’analysera pas de la même façon une nouvelle et un roman, une histoire qui se déroulerait sur une seule journée (par exemple Cosmopolis de l’écrivain américain Don DeLillo) et un récit qui s’étendrait sur plusieurs années (ainsi Une Vie de Maupassant qui retrace le destin douloureux de l’héroïne depuis l’âge de dix-sept ans jusqu’à quarante-six ans).

Le sujet du livre (5 à 10 lignes)

Le sujet n’est surtout pas à confondre avec l’histoire. Il s’agit d’expliquer le problème posé par le livre, c’est-à-dire ce qui fait l’intérêt, l’enjeu (social, historique, littéraire, politique, etc.) de la narration. Par exemple, l’histoire des mineurs dans un roman naturaliste comme Germinal amène à s’interroger sur les conditions de vie et de travail sous le Second Empire, le machinisme et la révolution industrielle, la lutte des classes, les déterminismes sociaux, etc.

Les thèmes

Mentionnez-les brièvement, sans rentrer dans les détails :

Les personnages principaux

Trois à cinq lignes par personnage important : portrait physique et caractéristiques morales, intellectuelles, évolution de la personnalité, etc. Il est important de relever ces détails pendant la lecture du livre en notant précisément les numéros de pages, afin de vous y référer facilement lorsque vous rédigerez la fiche de lecture ou ultérieurement, si vous avez besoin de travailler sur le livre. Ne mentionnez les personnages secondaires que s’ils présentent un intérêt particulier.

Le décor (5 à 8 lignes)

Le décor dans un roman est évidemment essentiel. La description des lieux peut avoir une fonction référentielle et documentaire importante permettant de mieux comprendre le fonctionnement de la société, d’une famille, etc. De même, le décor participe souvent à la construction du personnage, à la structuration de l’histoire. Dans Germinal par exemple, le décor a une fonction référentielle (informations précises sur les milieux sociaux, les conditions de travail, etc.) et une forte dynamique symbolique (ainsi la présentation du « Voreux » (la mine) qui semble littéralement « dévorer » les ouvriers). Là encore, indiquez quelques pages caractéristiques.

La tonalité et l’atmosphère (5 à 8 lignes)

Il s’agit de mettre l’accent sur les registres employés par l’auteur afin de créer une atmosphère particulière, et donc de produire des effets sur le lecteur : par exemple, une atmosphère réaliste, un registre comique, épique, merveilleux, fantastique, etc.

Le style (10 à 20 lignes)

Il est important d’étudier le style d’un ouvrage, particulièrement si celui-ci est « littéraire ». Relevez les moyens d’expression employés, les figures de style, intéressez-vous au choix du lexique, aux caractéristiques de la syntaxe, à la manière spécifique d’écrire de tel ou tel écrivain. Faites évidemment des citations de passages que vous trouvez représentatifs (en notant les numéros de page). Attention : dans le cas d’un écrit littéraire, c’est évidemment une partie fondamentale du travail puisqu’elle permet de mieux appréhender les caractéristiques d’un genre, ou de mieux saisir la dimension esthétique d’une œuvre en la rattachant par exemple à un mouvement culturel.

La place de l’œuvre (5 à 8 lignes)

Certaines publications ont « marqué » leur temps ou fait débat : il est donc essentiel de mentionner la place de l’ouvrage, de le situer par rapport à d’autres livres abordant une même problématique (intertextualité), etc. Par exemple, quand Jean Anouilh réécrit en 1944 le mythe antique d’Antigone, il faut relever la rupture introduite par la pièce avec la tragédie grecque de Sophocle. De même, il peut être important de replacer le livre dans son contexte (historique, social) afin de mieux mettre en évidence les enjeux de la publication. Ainsi la série Harry Potter par exemple est intéressante d’un point de vue sociologique car les publications ont constitué un phénomène éditorial et marketing sans précédent touchant à la fois les adolescents et les adultes.

Avis personnel et citations (5 à 10 lignes)

Votre appréciation sur l’œuvre, pour être vraiment probante, se doit d’être étayée par un jugement fondé et objectif. Les avis non motivés, ou purement subjectifs, dénués de nuance n’ont aucun intérêt. Enfin, relevez impérativement quelques phrases que vous avez particulièrement aimées (en indiquant les numéros de page). Vous pouvez également mentionner dans cette partie les chapitres les plus essentiels et leur donner un titre afin de vous en souvenir plus facilement.

Entraînement BTS… Détour et Parodie…

Les entraînements BTS

Entraînement sur le thème 1 : « Le détour » Détour et parodie

Pour ce premier entraînement de l’année 2009-2010, je vous propose de réfléchir à la question de la parodie. De fait, cette écriture « au second degré » entretient avec le détour une forte relation d’analogie, puisqu’elle est par essence transgressive et désacralisante. Mais, à la différence de la ruse par exemple, un tel détournement implique une complicité, une connivence du lecteur ou du spectateur : parodier, c’est feinter en décalant et en détournant un système de valeurs reconnu : il y a donc déplacement de perspective et de code à partir de l’objet référentiel. Le corpus comporte trois textes (le premier est didactique, les deux autres sont parodiques) et une représentation de la Joconde par Duchamp, qui est une véritable feinte iconoclaste (le titre est à lui seul très « osé » !).

Synthèse : vous ferez une synthèse concise, ordonnée et objective des documents contenus dans ce corpus.

Quelques conseils pour la synthèse

  • Privilégiez toujours l’abstraction.
  • Afin d’éviter la paraphrase, reformulez des ensembles porteurs de sens. Ne reformulez JAMAIS phrase par phrase, sinon vous ne pourrez pas envisager l’idée complète, et vous vous perdrez dans les détails.
  • Concernant les textes de Queneau et de Pérec, il est évident qu’ils nécessitent une interprétation : vous devez en retirer l’idée sous-jacente et la rapporter à la problématique. Même remarque pour la « Joconde » de Duchamp, qui s’inscrit évidemment dans le vaste mouvement critique et subversif de détournement des codes sociaux, qui a permis à l’art moderne de devenir un véritable ferment d’idées.
Voir aussi mon support de cours : « Détour et détournements parodiques. Du modèle à la déconstruction du modèle« .
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1.  Guy Belzane, « De l’art du détournement », n° 788 de la revue Textes et Documents pour la classe, janvier 2000 (« Les hypotextes » : depuis « Que parodie-t-on » jusqu’à « en aval de l’étude des textes ».

« Les hypotextes »

Que parodie-t-on ? Que pastiche-t-on ? Les objets qui suscitent transformations et/ou imitations ludiques ou satiriques présentent trois traits à peu près récurrents.

Le premier de ces traits est la notoriété, pour ne pas dire la célébrité. Le bon fonctionnement de la mécanique parodique exige en effet l’identification, par le récepteur, de l’objet transformé ou imité. La règle est donc que cet objet soit connu du destinataire : quelques proches, un groupe d’initiés, le grand public. C’est dans ce dernier cas – le plus fréquent tout de même – que le renom de l’objet référent (que Gérard Genette appelle « hypotexte ») est requis. Ainsi, on ne s’étonnera pas que les hypotextes privilégiés des parodies et des pastiches aient été, à l’âge classique, les épopées antiques et, plus tard, les monuments des Lettres françaises : La Fontaine, Racine, Corneille, Hugo. Il était fréquent, au XIXe siècle, de voir des pièces de théâtre parodiées par leurs propres auteurs, comme Dumas avec La Cour du roi Pétaud, travestissement de Henri III et sa cour. Sans parler de ces « textes » connus de tous parce qu’ils font partie de l’inconscient collectif, comme les proverbes, les mythes, la Bible, les contes, etc.

Le deuxième trait souffre plus d’exceptions que le premier. Nous dirons que la parodie ou le pastiche s’exercent de préférence sur des œuvres ou des genres consacrés. Autrement dit, il est préférable qu’à la connaissance s’ajoute la reconnaissance, ce qui ne va pas forcément de soi. Car l’effet comique gagne à une désacralisation, un « déboulonnage », sans toutefois s’y réduire. Les œuvres ou les auteurs cités plus haut l’attestent : l’intention parodique contient le plus souvent une part de rabaissement. Nous revenons là d’ailleurs à l’origine (supposée) de la pratique. On se souvient que la poétique d’Aristote, largement reprise à l’âge classique, reposait sur une classification par modes mais aussi par niveaux.

Le troisième trait est sans doute le plus nécessaire et, en même temps, le plus vague. L’objet parodié et, davantage peut-être, l’objet pastiché se doivent d’être typiques, caractéristiques. Le grossissement des traits, qui constitue une donnée quasi invariante du procédé, suppose en effet leur existence. On imagine mal pasticher un auteur sans style, sauf à supposer que cette absence de style soit si visible qu’elle en devienne une « marque de fabrique » de l’auteur en question, un style en somme ! De même, la transformation parodique d’un objet suppose que celui-ci y donne prise. C’est pourquoi le détournement suppose une connaissance approfondie de l’objet détourné et une mise en évidence de sa singularité. C’est particulièrement vrai du pastiche, dont, pour cette raison, l’efficacité pédagogique n’est plus à démontrer, en amont comme en aval de l’étude des textes.

2.  Raymond Queneau, « La fourmi et la cigale » (Battre la campagne, NRF « Poésie », Gallimard 1968)

LA FOURMI ET LA CIGALE
       
 
Une fourmi fait l’ascension
d’une herbe flexible
elle ne se rend pas compte
de la difficulté de son entreprise
 
elle s’obstine la pauvrette
dans son dessein délirant
pour elle c’est un Everest
pour elle c’est un Mont Blanc
 
ce qui devait arriver arrive
elle choit patatratement
une cigale la reçoit
dans ses bras bien gentiment
          
eh dit-elle point n’est la saison
des sports alpinistes
(vous ne vous êtes pas fait mal j’espère ?)
et maintenant dansons dansons
une bourrée ou la matchiche.
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3.  Georges Pérec, Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ? (extrait), 1966

Permettez-moi de vous rappeler les grandes lignes de ce que votre cervelle de lecteur a pu, ou aurait pu, ou aurait dû emmagasiner :
 
Premièrement : qu’il existe un individu du nom, peut-être approximatif, de Karachose, qui refuse d’aller sur la mer Méditerrannée (je ne suis pas très sûr de cette orthographe) tant que les conditions climatiques seront ce qu’elles sont. Point que, d’ailleurs, on précise assez peu, attentifs que nous sommes à assimiler les pitits mystères autour de notre modeste récit ;
 
deuxièmement : qu’il existe une bande de braves gens dont auquel j’en suis, courageux comme Marignan, forts comme Pathos, subtils comme Artémis, fiers comme Artaban ;
 
troisièmement : qu’il existe une tierce personne, nommée Pollak, et prénommée Henri, de son état maréchal des logis, qui semble passer son temps à aller de l’un aux autres et des autres à l’un, et vice versa, au moyen d’un pétaradant petit vélomoteur ;
 
quatrièmement : que ce petit vélomoteur a un guidon chromé ;
 
cinquièmement : que des individus que l’on peut et doit qualifier de comparses circulent entre les interstices de la chose principale et mettent l’icelle en valeur, selon les meilleurs préceptes que les bons auteurs m’ont appris quand j’étais petit ;
 
sixièmement : que les choses en étant là où on les a laissées, on est parfaitement en droit de se demander : Mon Dieu, mon Dieu, comment tout cela va-t-il finir ?
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4.  Marcel Duchamp, L.H.O.O.Q. (détail), 1919

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Proposition d’écriture personnelle : « Dans quelle mesure est-il permis d’affirmer que le détournement parodique, au-delà de son aspect comique, comporte une intention critique ? »

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Documents complémentaires

joconde_original.1253210084.jpgLéonard de Vinci,
La Joconde
 
huile sur bois (77 x 53 cm), Musée du Louvre, Paris

          

La Cigale et la fourmi

            
La Cigale, ayant chanté
Tout l’été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue.
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau.
Elle alla crier famine
Chez la fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu’à la saison nouvelle.
« Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l’oût, foi d’animal,
Intérêt et principal ».
La Fourmi n’est pas prêteuse ;
C’est là son moindre défaut.
« Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
– Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
– Vous chantiez ? j’en suis fort aise.
Eh bien ! dansez maintenant ».

Jean de La Fontaine, Fables, livre I (1668)

La citation de la semaine… John Ronald Reuel Tolkien…

« Un anneau… au pays de Mordor où demeurent les Ombres… »

Three Rings for the Elven-kings under the sky
Seven for the Dwarf-lords in their halls of stone,
Nine for Mortal Men doomed to die
One for the Dark Lord on his dark throne
lordrings2.1252814010.jpgIn the Land of Mordor where the Shadows lie.
One Ring to rule them all, One Ring to find them
One Ring to bring them all and in the darkness bind them
In the Land of Mordor where the Shadows lie.
           
 
Trois anneaux pour les Rois-Elfes sous le ciel
Sept pour les Seigneurs-Nains dans leurs palais de pierre
Neuf pour les Hommes Mortels dont le destin est la mort
Un pour le Seigneur Ténébreux sur son sombre trône
Au pays de Mordor où demeurent les Ombres.
Un anneau pour les gouverner tous, Un anneau pour les retrouver tous, 
Un anneau pour les ramener tous et dans les ténèbres les lier
Au pays de Mordor où demeurent les Ombres.
         

J. R. R. Tolkien (1892-1973), The Lord of the Rings (Le Seigneur des Anneaux) 1954-1955

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Professeur de linguistique et de littérature à l’université d’Oxford, Tolkien est universellement connu grâce au Seigneur des Anneaux, magnifique réflexion littéraire sur le Bien et le Mal. Je ne saurais trop vous conseiller la lecture des trois tomes qui le composent : la Communauté de l’Anneau, les Deux tours, le Retour du Roi. Toute l’histoire repose sur la symbolique de l’Anneau, incarnation des forces maléfiques de Sauron, le seigneur de « Mordor ». Le magicien Gandalf fait comprendre à Frodon, un jeune « hobbit », qu’il doit détruire l’anneau à l’endroit même où il fut forgé : le Mont du Destin, au cœur de Mordor : il en va de la survie des peuples libres des « Terres du Milieu ». La trilogie relate le long et périlleux voyage de la Communauté de l’Anneau (Frodon et trois jeunes hobbits).

À la lecture, vous vous sentirez emporté(e) dans une quête hors du temps, profondément spirituelle et morale, faite de multiples péripéties. Si l’ouvrage a renouvelé le genre de l’épopée, il revient aussi à Tolkien d’avoir inauguré l’heroic fantasy, mythologie centrée sur des aventures héroïques dans des mondes imaginaires. L’auteur est même allé jusqu’à inventer des alphabets, et des langues spécifiques qui vous emporteront vers des terres lointaines et inconnues. Sur un terrain plus sociologique, cette vaste fresque est également une réflexion passionnante sur le pouvoir, la liberté et la tyrannie. Sans prétendre égaler le livre, l’adaptation cinématographique de la trilogie par le réalisateur néo-zélandais Peter Jackson est à juste titre considérée comme magistrale.

Écoutez Tolkien lire le texte en Anglais

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Crédit photographique : B. Rigolt, d’après une image extraite du film de P. Jackson.