Les élèves ont du talent… Lire en ligne : “J'essuierai mes larmes dans le soir qui tombe” par Melisa A.

 “Et si c’était un jour leur premier roman?”

Tel pourrait être le titre de cette nouvelle rubrique proposée par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7… Au départ, un exercice tout à fait “classique” : rédiger le début et la fin d’un roman… Les élèves les plus assidus à la tâche se sont pleinement investis dans ce challenge : travaillant et retravaillant les manuscrits, corrigeant la grammaire, revoyant la syntaxe, précisant le lexique et surtout s’attelant à la grande question du “style”, afin de proposer la première ébauche de ce qui pourrait bien devenir un jour leur “roman”. Le cahier de texte électronique est fier de vous proposer la lecture de ces textes tous inédits. Même s’il s’agit des premières pages et des dernières pages d’un possible livre, les manuscrits peuvent se lire comme une nouvelle…
Bonne lecture !
                  
            

Découvrez le manuscrit

« J’essuierai mes larmes

dans le soir qui tombe »

             

par Melisa A. (Seconde 18)

Première page du roman…
12 août 1914, Mobilisation : Ce matin, j’ai reçu une lettre de Franck, mon frangin. Il me souhaite bonne chance pour la mobilisation de demain et espère qu’on se retrouvera ensemble au Front. Oui, nous les hommes, nous avons été appelés pour la guerre : « Par décret du Président de la République, la mobilisation des armées de Terre et de Mer est ordonnée… ». Je ne sais pas s’il faut que je pleure ? Pleurer, parce-que la guerre me fait peur. La guerre me tuera peut-être ou me blessera. Ou sourire parce-que la guerre nous amènera peut-être la victoire… La victoire en chantant…
Je me souviens de mon enfance. Quand Franck et moi nous avions sept ans, notre plus grand rêve était de combattre, de faire la guerre. Moi, je voulais devenir un grand soldat, lui, un général. On ramassait des branches de bois pour ensuite les tailler, puis les rassembler et en faire un fusil. On s’amusait beaucoup ensemble, la guerre c’était un jeu.
Beaucoup d’années se sont écoulées depuis… Je crois que Franck a toujours eu envie de faire la guerre… Demain, le train partira vers six heures. Par un beau matin du mois d’août.
13 Août 1914 : Je suis dans ce train depuis deux heures et demie. Papa, Maman et ma sœur me manquent déjà. Je pense à Franck. Il doit être sûrement dans un train semblable, en direction de l’Allemagne. On est quatre dans le compartiment. Ce jeune qui est en face de moi, assis, la tête baissée depuis le début du trajet, il doit avoir à peu près mon âge. L’autre est assis à côté de moi. Il lit un livre paisiblement, tourne les pages une à une. Contrairement à nous, il n’a pas l’air inquiet, ou peut-être fait-il semblant ? Un autre est à ma droite, un mouchoir à la main, il essuie ses larmes et regarde ce paysage qu’il ne reverra plus jamais. Il a le teint si pâle qu’on le croirait déjà mort. Moi aussi je pense à la mort, à ma mort. Est-ce que je vais mourir ? Et si je meurs ? Ce n’est pas le moment ! Je veux vivre bon sang ! J’ai encore beaucoup de choses à faire, à espérer. Mon Dieu, je n’ai que vingt ans, c’est trop tôt !

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Dernière page
11 novembre 1919 : Ah! Le fameux 11 Novembre… Ce jour où nous avions gagné la paix au prix des larmes. J’ai perdu les deux jambes, j’ai perdu mon pouvoir de marcher mais la guerre a été gagnée. Je ne peux plus courir comme avant mais on a gagné la guerre. J’ai tout perdu pour une victoire. Déjà un an. Franck est mort sur le front, un petit matin de juin.
Tu me manques tellement. Je me suis reveillé tôt ce matin pour rendre hommage à toi et aux autres. Ce soir, j’essuierai mes larmes dans le soir qui tombe… Mais le sens ? Le sens de tout ça ?
Te rappelles-tu de ces jours « d’avant la guerre ? » On avait sept ans, il y a bien longtemps, on rêvait de faire la guerre…
Eh bien c’est fait. Notre rêve s’est réalisé : on a fait la guerre. Tu es mort presque sans un bruit, dans le soir, en chuchotant quelques mots. Notre victoire à toi et à moi. On devait la fêter ensemble. On a gagné la guerre Franck : toi mort, et moi paralysé. On a gagné la guerre : la victoire en pleurant… Je t’ai trouvé allongé sur les genoux, dans la tranchée, le visage calme, il ne restait plus que toi et le vent glacé du Nord, et puis la neige, et puis la nuit, et le cri des hommes en voyage, là-bas, très loin, à l’autre bout de la terre…

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© Melisa A. (Lycée en Forêt, Montargis, France. Décembre 2009).
Creative Commons License
 
“J’essuierai mes larmes dans le soir qui tombe” par Melisa A. Ce texte est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique sur un autre support n’est autorisée qu’après accord de l’auteure.

Les élèves ont du talent… Lire en ligne : “J’essuierai mes larmes dans le soir qui tombe” par Melisa A.

 “Et si c’était un jour leur premier roman?”

Tel pourrait être le titre de cette nouvelle rubrique proposée par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7… Au départ, un exercice tout à fait “classique” : rédiger le début et la fin d’un roman… Les élèves les plus assidus à la tâche se sont pleinement investis dans ce challenge : travaillant et retravaillant les manuscrits, corrigeant la grammaire, revoyant la syntaxe, précisant le lexique et surtout s’attelant à la grande question du “style”, afin de proposer la première ébauche de ce qui pourrait bien devenir un jour leur “roman”. Le cahier de texte électronique est fier de vous proposer la lecture de ces textes tous inédits. Même s’il s’agit des premières pages et des dernières pages d’un possible livre, les manuscrits peuvent se lire comme une nouvelle…
Bonne lecture !
                  
            

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« J’essuierai mes larmes

dans le soir qui tombe »

             

par Melisa A. (Seconde 18)

Première page du roman…

12 août 1914, Mobilisation : Ce matin, j’ai reçu une lettre de Franck, mon frangin. Il me souhaite bonne chance pour la mobilisation de demain et espère qu’on se retrouvera ensemble au Front. Oui, nous les hommes, nous avons été appelés pour la guerre : « Par décret du Président de la République, la mobilisation des armées de Terre et de Mer est ordonnée… ». Je ne sais pas s’il faut que je pleure ? Pleurer, parce-que la guerre me fait peur. La guerre me tuera peut-être ou me blessera. Ou sourire parce-que la guerre nous amènera peut-être la victoire… La victoire en chantant…

Je me souviens de mon enfance. Quand Franck et moi nous avions sept ans, notre plus grand rêve était de combattre, de faire la guerre. Moi, je voulais devenir un grand soldat, lui, un général. On ramassait des branches de bois pour ensuite les tailler, puis les rassembler et en faire un fusil. On s’amusait beaucoup ensemble, la guerre c’était un jeu.

Beaucoup d’années se sont écoulées depuis… Je crois que Franck a toujours eu envie de faire la guerre… Demain, le train partira vers six heures. Par un beau matin du mois d’août.

13 Août 1914 : Je suis dans ce train depuis deux heures et demie. Papa, Maman et ma sœur me manquent déjà. Je pense à Franck. Il doit être sûrement dans un train semblable, en direction de l’Allemagne. On est quatre dans le compartiment. Ce jeune qui est en face de moi, assis, la tête baissée depuis le début du trajet, il doit avoir à peu près mon âge. L’autre est assis à côté de moi. Il lit un livre paisiblement, tourne les pages une à une. Contrairement à nous, il n’a pas l’air inquiet, ou peut-être fait-il semblant ? Un autre est à ma droite, un mouchoir à la main, il essuie ses larmes et regarde ce paysage qu’il ne reverra plus jamais. Il a le teint si pâle qu’on le croirait déjà mort. Moi aussi je pense à la mort, à ma mort. Est-ce que je vais mourir ? Et si je meurs ? Ce n’est pas le moment ! Je veux vivre bon sang ! J’ai encore beaucoup de choses à faire, à espérer. Mon Dieu, je n’ai que vingt ans, c’est trop tôt !

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Dernière page

11 novembre 1919 : Ah! Le fameux 11 Novembre… Ce jour où nous avions gagné la paix au prix des larmes. J’ai perdu les deux jambes, j’ai perdu mon pouvoir de marcher mais la guerre a été gagnée. Je ne peux plus courir comme avant mais on a gagné la guerre. J’ai tout perdu pour une victoire. Déjà un an. Franck est mort sur le front, un petit matin de juin.

Tu me manques tellement. Je me suis reveillé tôt ce matin pour rendre hommage à toi et aux autres. Ce soir, j’essuierai mes larmes dans le soir qui tombe… Mais le sens ? Le sens de tout ça ?

Te rappelles-tu de ces jours « d’avant la guerre ? » On avait sept ans, il y a bien longtemps, on rêvait de faire la guerre…

Eh bien c’est fait. Notre rêve s’est réalisé : on a fait la guerre. Tu es mort presque sans un bruit, dans le soir, en chuchotant quelques mots. Notre victoire à toi et à moi. On devait la fêter ensemble. On a gagné la guerre Franck : toi mort, et moi paralysé. On a gagné la guerre : la victoire en pleurant… Je t’ai trouvé allongé sur les genoux, dans la tranchée, le visage calme, il ne restait plus que toi et le vent glacé du Nord, et puis la neige, et puis la nuit, et le cri des hommes en voyage, là-bas, très loin, à l’autre bout de la terre…

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© Melisa A. (Lycée en Forêt, Montargis, France. Décembre 2009).
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“J’essuierai mes larmes dans le soir qui tombe” par Melisa A. Ce texte est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique sur un autre support n’est autorisée qu’après accord de l’auteure.

Les élèves ont du talent… Lire en ligne : “Dernier voyage : sous-sol du vague à l'âme” par Charlotte B.

“Et si c’était un jour leur premier roman?”

Tel pourrait être le titre de cette nouvelle rubrique proposée par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7… Au départ, un exercice tout à fait “classique” : rédiger le début et la fin d’un roman… Les élèves les plus assidus à la tâche se sont pleinement investis dans ce challenge : travaillant et retravaillant les manuscrits, corrigeant la grammaire, revoyant la syntaxe, précisant le lexique et surtout s’attelant à la grande question du “style”, afin de proposer la première ébauche de ce qui pourrait bien devenir un jour leur “roman”. Le cahier de texte électronique est fier de vous proposer la lecture de ces textes tous inédits. Même s’il s’agit des premières pages et des dernières pages d’un possible livre, les manuscrits peuvent se lire comme une nouvelle…
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“Dernier voyage…

Sous-sol du vague à l’âme”

             

par Charlotte B. (Seconde 7)

               

Début du voyage…

8h21, mardi matin, et encore une fois en retard ! Le chemin coupant à travers le parc était terriblement boueux, ses chaussures ne s’en sortiraient pas indemnes, quelle poisse ! Mais les bottes pour ce soir se trouvaient au fond de son placard, bien au chaud, prêtes à l’emploi, et c’aurait été terrible si la boue les avait sauvagement attaquées, comme ces vulgaires chaussures, déjà bien trop ternies à son goût. Ses sourcils se froncèrent : même d’aussi loin, la sonnerie stridente ne lui échappait pas. Plus que trois minutes avant le début du cours. Enfin, le bâtiment apparut, le blanc du crépi accentué par la brume matinale. La porte de la salle 112 était déjà fermée mais tandis qu’elle arrivait, un groupe de retardataires apparut aussi à la porte. En entrant, un vague « Désolés pour le retard » flotta mais M. Histoire plongé dans sa recherche quotidienne de la fiche d’appel n’y prit pas garde. « Ahah ! fit-il tout à coup en sortant le carnet de sa sacoche. Stanislas B. ?  (Sa voix suraiguë accentuait plus que de nécessaire les dernières syllabes…

– Oui.
– Jérémie C… ?
– Présent.
– Amélie D… ?
– Oui, répondit la jeune fille qui tentait vainement de retirer la boue de son sac noir.
– Julien D… ?
– Présent m’sieur!

L’appel continua ainsi plusieurs minutes. M. Histoire se leva finalement et mit la fiche d’appel à la porte. « Hier, nous étudiiiiiiions la population paysaaaanne au temps du règne de Charles IX, booooooon ; prenez vos manuels d’histoââââre, aucun oubli j’espèèèèère ? Sa voix prit des aigus épouvantables : « Vous connaissez le tarif, hein ? Deux heures de colle par élève. » Un silence sarcastique accompagna ces paroles répétées comme un rituel, chacun se concentrant pour ne pas rire tant la scène était comique : les longs doigts du professeur pianotaient frénétiquement sur un tas de copies éparpillées, son crâne luisant était encore garni de quelques cheveux qui voletaient, tout son corps semblait animé de tics nerveux (un ébrouement à la façon des chevaux mais sans émettre le moindre son). Outre son nez pointu et ses problèmes capillaires, il portait un nom impossible à retenir, quelque chose comme… (bref…) « Bon, alors, manuel page 171 ! ». On ne peut pas dire qu’Amélie s’ennuyait, mais elle était plongée dans ses pensées, rêvant de SA soirée, celle qu’elle attendait depuis … humm, au moins sept mois. Elle passa donc les heures de cours de la matinée à rêver d’Eux, et de Leur concert du soir.  
À l’heure du déjeuner, elle sortit du lycée avec sa bécane et rentra en quatrième vitesse chez elle : il fallait qu’elle se douche absolument ce midi, pour avoir le temps de mettre ses dreadlocks après les cours.  À une heure et demie, et pour la deuxième fois de la journée, Amélie partit en retard et pesta tout le long du chemin -le long de la piste d’athlétisme, le seul garanti sans boue- contre son chat : « Makkura ta gourmandise va m’attirer des ennuis ! » Le chat n’avait cessé de gratter à sa porte pour réclamer à manger, ce qu’elle lui avait finalement accordé, la mettant en retard. L’effet soporifique du cours de bio quitta instantanément la jeune fille quand la sonnerie retentit : contre son habitude, elle fut la première à sortir de la salle, dévala les escaliers, fonça au « garage à vélos » -rempli en majorité absolue par des scooters- sauta sur sa bécane, et fit vrombir le moteur jusqu’à son hangar, la séance de préparation allait enfin commencer !
Ses cheveux encore humides de la douche du midi -remouillés par le crachin automnal- lui facilitèrent la pose de ses dreadlocks, des tresses synthétiques noires et rouge-bordeaux aux extrémités. Elle cerna ses yeux et teinta ses lèvres en noir, puis finalement ajouta une nouveauté due à l’importance de l’événement : des lentilles ambrées ; dernier achat en date de sa virée à Paris avec Adrian, son « Chéri ». Dans le miroir, elle se dit que cela lui allait bien : le carmin de ses lentilles faisant ressortir la pâleur de sa peau, et ses boucles brunes flottaient en harmonie avec les dreadlocks. Elle ouvrit son placard, et commença par mettre son collant noir et son sous-pull rayé noir et rouge, des mêmes teintes que ses cheveux. La sonnerie de l’interphone retentit. Amélie descendit l’escalier à toute vitesse et décrocha :

– C’est moi, dit-il de sa voix au timbre si doux, tu es prête ?
– Non pas tout à fait, je t’ouvre.

En remontant dans sa chambre, Amélie mit ses bijoux : deux petits anneaux noirs à chaque oreille et le collier habituel gothique à pointes en argent. Adrian entra, le son de ses talons répercuté dans toute la maison. « Tu t’es pris de nouvelles New Rock ? demanda-t-elle de sa chambre. « Oui » répondit-il en montant les escaliers. Amélie enfila sa jupe à motif écossais du même coloris que ses cheveux et ses dreads, mit son petit gilet qui lui allait si bien : légèrement décolleté, avec un tissu assez brillant, une capuche terminée par une étoile, et surtout, dans le dos : le logo et le nom du groupe qu’ils allaient voir ce soir brodés en lettres blanches. Son Chéri entra dans la chambre : toujours très grand -mais il trichait avec ses bottes- les cheveux bruns longs jusqu’au bassin, un nez un peu pointu et des yeux d’ordinaire gris qui, pour l’événement avaient pris la même teinte ambrée que les siens

– Ouah! Tu as encore grandi ! s’exclama Amélie en lui sautant dans les bras. Il l’attrapa en lui rendant son étreinte.
– Toi tu n’as pas bien grandi, mais tu t’es drôlement bien fringuée ! Tu as perdu du poids ? Il me semblait que tu… Enfin, ta taille est plus fine, non ?
– Et voilà, qu’est-ce que je te disais ? Tu vois que tu ne viens pas assez me voir, tu ne te rappelles même plus à quel point je suis belle ! » lança Amélie, un sourire ironique au coin des lèvres.
Il la reposa et Amélie se regarda un dernier instant dans la glace, puis d’un air satisfait elle ferma sa porte descendit les escaliers, ses bottes et sa sacoche à la main..
« Montre-moi tes nouvelles New-Rock » demanda la jeune fille en se tournant vers lui.
Adrian souleva son long manteau noir à boutons argent et elle les détailla : boucles en argent -le même que celui des boutons- pas très hautes, semelles plates, sans lacets, bref c’était pas son style, mais pour Adrian, ça lui collait à la peau.
« On est parti ! » s’écria Amélie une fois ses bottes et ses gants enfilés.
 -Ton père travaille ? Tu l’as bien prévenu ? Je ne veux plus avoir de problèmes avec lui.
– Oui..
– Sûr ?
– Complètement sûre et certaine. L’interrogatoire est terminé, on peut y aller ? Amélie s’impatientait, une main sur la poignée, et attendait qu’Adrian daigne sortir.
– D’accord, c’est parti ! s’exclama-t-il tout à coup plus joyeux.

La porte fermée, Amélie descendit les marches du perron au bras d’Adrian. Il sortit les clefs de sa poche et mit le contact.
Le trajet se déroula sans encombre, la circulation du périphérique était fluide. Ils arrivèrent place Clichy aux environs de 19 heures. Amélie commençait déjà à s’exciter en charlotte_1.1260378745.jpgsifflotant les airs de ses musiques préférées. Le temps de garer la moto et le couple se promenait le long de la rue XXXXXXXX en croisant nombre de personnes vêtues dans le même style qu’eux et quelques passants presque effrayés croyant à l’invasion vampirique, démoniaque, ou quelque chose du même type !
Repas habituel à l’Ante-Concert, un vulgaire fast-food ayant pour seul intérêt d’avoir des toilettes gratuites et un service rapide. Vers vingt heures, ils se dirigèrent vers les portes d’entrée de La Locomotive, près du fameux Moulin-Rouge. Ils donnèrent leur ticket au videur et entrèrent dans l’atmosphère glauque et enfumée de la salle qu’Amélie aimait tant. À gauche du « central » se trouvait un bar immense, à droite une grande affiche annonçait le programme de la soirée :

DOPE STARS INC : 21h00-21h30
LACRIMAS FUNDERE : 22h00-22h45
DIARY OF DREAMS : 23h00-00h00
DEATHSTARS : 00h30-01h30

Des vendeurs proposaient toutes sortes de produits dérivés à l’effigie des groupes ; ils s’installèrent ensemble sur des fauteuils placés à l’étage surplombant la grande scène. Adrian alluma une cigarette.

« Tu en veux ? proposa-t-il à Amélie.
– C’est quoi exactement ?
– Une clope…

La soirée se déroula lentement, Amélie devenait de plus en plus excitée à l’approche de la dernière partie de soirée, son groupe préféré à l’affiche !
« Calme-toi », répétait Adrian. « Mais je suis très calme ! » Au comptoir, Amélie partit dans un long monologue : « C’est tout de même la deuxième fois qu’on va les voir, et je suis toujours autant…, tu comprends quoi ! Depuis que je rêve de retourner à La Loco ! Les membres de Deathstars sont pour moi de véritables icônes, des modèles, mais pas à imiter, juste, des gens qui créent du pur son, enfin tu comprends quoi ? Ne laissant pas le temps à Adrian de répondre, elle poursuivit : C’est fou tout de même de les voir en vrai alors qu’ils ont fait tout un tas de choses : des clips-vidéos, ils ont un MySpace, ils fréquentent des tas de groupes internationaux comme Cradle ; j’ai pas l’impression que l’on vit dans la même dimension, tu vois ? » Oui, la jeune fille ne vivait plus que pour cela…
Ils descendirent les escaliers, et se posèrent sur la rambarde en fer qui formait le tour de la fosse. Et voilà, ça allait commencer dans moins d’une demi-heure, Amélie était au comble de l’excitation : ses pommettes en rougissaient, elle regardait fébrilement sa montre et jetait de longs regards noirs à la scène immanquablement vide.
Quand enfin le ballet des techniciens du son s’arrêta, Amélie se leva en sursaut et vint se placer au second rang, devant Adrian, derrière la scène, de telle façon qu’elle pouvait la toucher, avec juste assez d’angle pour bien les voir. Le fond sonore fit place au thème du titre principal de leur dernier album : un solo de basse et de batterie au rythme entraînant. Devant Amélie, les deux hystériques se déchaînaient comme la plupart des autres aux premiers rangs lançant des cris suraigus ou frappant dans leurs mains ; la jeune fille se hâta de mettre ses boules Kies tandis que le premier guitariste entra sur scène bientôt suivit du second -un grand et mince à la coiffure plutôt impressionnante- puis le batteur qui testa sa grosse caisse, effet qui doubla les hurlements hystériques auxquels Amélie se joignit lorsque le bassiste, à la forme de visage si particulière et tellement attirante, vint saluer la foule en délire.
Le fond sonore s’arrêta et les spots de lumière tournèrent. Des flashs illuminèrent les visages des musiciens. La foule en délire se déchaîna avec l’arrivée en trombe du chanteur, ses cheveux mi-longs ondulant en cadence. Voilà, c’était parti pour une heure de bonheur total, une heure pendant laquelle Amélie ne penserait plus qu’à Eux, où ses soucis de vie quotidienne allaient s’estomper, pour laisser place à Leur show.

___________

Fin du voyage

Un mal de tête à lui briser les tempes. Un mauvais goût dans la bouche accompagné d’une envie de vomir. Depuis qu’elle y avait goûté, le reste n’avait plus qu’une valeur dérisoire et sa vie était devenue tellement fade, aussi triste qu’un rendez-vous d’amour manqué… Amélie se retourna, le réveil indiquait quinze heures. Elle s’assit, la tête lui tournait : cela faisait une éternité qu’elle n’avait rien avalé. Elle prit un briquet sur la table : elle fumerait les quelques feuilles qui restaient. Des volutes de fumée envahirent rapidement la chambre d’hôtel. Les nausées reprirent alors qu’elle tentait de resserrer la ceinture de sa jupe à motif écossais, sans résultat, tant elle avait maigri. Skinny vint l’aider.
Après avoir fixé la ceinture sur le dernier cran, il la prit par les épaules puis ils sortirent tous deux de la chambre. À l’extérieur l’air parisien était glacial. Sur le Boulevard de Clichy, Amélie frissonnait tant que Skinny lui fit enfiler sa veste. Ils marchèrent quelques minutes et entrèrent à leur café habituel dans lequel flottait une odeur de peinture fraîche. À une table reculée par rapport aux autres, Amélie reconnut la silhouette élancée d’un jeune homme à la coiffure impressionnante, ses cheveux d’un noir de jais lui donnaient un air de poussin ébouriffé. Mais il ne fit pas attention à elle.
À droite de celui-ci, un type aux cheveux mi-longs, surnommé Whip, titubait en buvant un alcool… Le portable d’Amélie se mit à sonner tandis que le serveur leur apportait la commande. C’était son père, mais elle ne pouvait pas répondre : non, cela faisait trop longtemps, et puis elle n’aurait pas su quoi lui dire : c’était la fin du voyage de toute façon. Amélie voulut sourire à Skinny, qui lui posa une main sur la nuque et commença à jouer avec ses cheveux. La jeune fille chercha du regard d’où venait l’odeur de peinture, un ouvrier en bleu de travail lui avait échappé lorsqu’ils étaient entrés : il se trouvait en face d’eux, à l’autre bout de la pièce, il repeignait les lettres rouges « issue de secours ».
Amélie voulut reprendre une gorgée d’alcool, mais le liquide lui dégoulina sur le menton. Skinny lui passa son bras autour de la taille et elle posa sa tête sur son épaule. Son téléphone sonna à nouveau. Elle l’éteignit, et reposa sa tête sur l’épaule de Skinny, les yeux perdus dans le vague, très loin, fixant les gestes de l’ouvrier sans le voir.

FIN

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© Charlotte B. (Lycée en Forêt, Montargis, France. Décembre 2009).
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“Dernier voyage : sous-sol du vague à l’âme” par Charlotte B. Ce texte est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique sur un autre support n’est autorisée qu’après accord de l’auteure.

Les élèves ont du talent… Lire en ligne : “Dernier voyage : sous-sol du vague à l’âme” par Charlotte B.

“Et si c’était un jour leur premier roman?”

Tel pourrait être le titre de cette nouvelle rubrique proposée par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7… Au départ, un exercice tout à fait “classique” : rédiger le début et la fin d’un roman… Les élèves les plus assidus à la tâche se sont pleinement investis dans ce challenge : travaillant et retravaillant les manuscrits, corrigeant la grammaire, revoyant la syntaxe, précisant le lexique et surtout s’attelant à la grande question du “style”, afin de proposer la première ébauche de ce qui pourrait bien devenir un jour leur “roman”. Le cahier de texte électronique est fier de vous proposer la lecture de ces textes tous inédits. Même s’il s’agit des premières pages et des dernières pages d’un possible livre, les manuscrits peuvent se lire comme une nouvelle…
Bonne lecture !
                  
            

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“Dernier voyage…

Sous-sol du vague à l’âme”

             

par Charlotte B. (Seconde 7)

               

Début du voyage…

8h21, mardi matin, et encore une fois en retard ! Le chemin coupant à travers le parc était terriblement boueux, ses chaussures ne s’en sortiraient pas indemnes, quelle poisse ! Mais les bottes pour ce soir se trouvaient au fond de son placard, bien au chaud, prêtes à l’emploi, et c’aurait été terrible si la boue les avait sauvagement attaquées, comme ces vulgaires chaussures, déjà bien trop ternies à son goût. Ses sourcils se froncèrent : même d’aussi loin, la sonnerie stridente ne lui échappait pas. Plus que trois minutes avant le début du cours. Enfin, le bâtiment apparut, le blanc du crépi accentué par la brume matinale. La porte de la salle 112 était déjà fermée mais tandis qu’elle arrivait, un groupe de retardataires apparut aussi à la porte. En entrant, un vague « Désolés pour le retard » flotta mais M. Histoire plongé dans sa recherche quotidienne de la fiche d’appel n’y prit pas garde. « Ahah ! fit-il tout à coup en sortant le carnet de sa sacoche. Stanislas B. ?  (Sa voix suraiguë accentuait plus que de nécessaire les dernières syllabes…

– Oui.
– Jérémie C… ?
– Présent.
– Amélie D… ?
– Oui, répondit la jeune fille qui tentait vainement de retirer la boue de son sac noir.
– Julien D… ?
– Présent m’sieur!

L’appel continua ainsi plusieurs minutes. M. Histoire se leva finalement et mit la fiche d’appel à la porte. « Hier, nous étudiiiiiiions la population paysaaaanne au temps du règne de Charles IX, booooooon ; prenez vos manuels d’histoââââre, aucun oubli j’espèèèèère ? Sa voix prit des aigus épouvantables : « Vous connaissez le tarif, hein ? Deux heures de colle par élève. » Un silence sarcastique accompagna ces paroles répétées comme un rituel, chacun se concentrant pour ne pas rire tant la scène était comique : les longs doigts du professeur pianotaient frénétiquement sur un tas de copies éparpillées, son crâne luisant était encore garni de quelques cheveux qui voletaient, tout son corps semblait animé de tics nerveux (un ébrouement à la façon des chevaux mais sans émettre le moindre son). Outre son nez pointu et ses problèmes capillaires, il portait un nom impossible à retenir, quelque chose comme… (bref…) « Bon, alors, manuel page 171 ! ». On ne peut pas dire qu’Amélie s’ennuyait, mais elle était plongée dans ses pensées, rêvant de SA soirée, celle qu’elle attendait depuis … humm, au moins sept mois. Elle passa donc les heures de cours de la matinée à rêver d’Eux, et de Leur concert du soir.  

À l’heure du déjeuner, elle sortit du lycée avec sa bécane et rentra en quatrième vitesse chez elle : il fallait qu’elle se douche absolument ce midi, pour avoir le temps de mettre ses dreadlocks après les cours.  À une heure et demie, et pour la deuxième fois de la journée, Amélie partit en retard et pesta tout le long du chemin -le long de la piste d’athlétisme, le seul garanti sans boue- contre son chat : « Makkura ta gourmandise va m’attirer des ennuis ! » Le chat n’avait cessé de gratter à sa porte pour réclamer à manger, ce qu’elle lui avait finalement accordé, la mettant en retard. L’effet soporifique du cours de bio quitta instantanément la jeune fille quand la sonnerie retentit : contre son habitude, elle fut la première à sortir de la salle, dévala les escaliers, fonça au « garage à vélos » -rempli en majorité absolue par des scooters- sauta sur sa bécane, et fit vrombir le moteur jusqu’à son hangar, la séance de préparation allait enfin commencer !

Ses cheveux encore humides de la douche du midi -remouillés par le crachin automnal- lui facilitèrent la pose de ses dreadlocks, des tresses synthétiques noires et rouge-bordeaux aux extrémités. Elle cerna ses yeux et teinta ses lèvres en noir, puis finalement ajouta une nouveauté due à l’importance de l’événement : des lentilles ambrées ; dernier achat en date de sa virée à Paris avec Adrian, son « Chéri ». Dans le miroir, elle se dit que cela lui allait bien : le carmin de ses lentilles faisant ressortir la pâleur de sa peau, et ses boucles brunes flottaient en harmonie avec les dreadlocks. Elle ouvrit son placard, et commença par mettre son collant noir et son sous-pull rayé noir et rouge, des mêmes teintes que ses cheveux. La sonnerie de l’interphone retentit. Amélie descendit l’escalier à toute vitesse et décrocha :

– C’est moi, dit-il de sa voix au timbre si doux, tu es prête ?
– Non pas tout à fait, je t’ouvre.

En remontant dans sa chambre, Amélie mit ses bijoux : deux petits anneaux noirs à chaque oreille et le collier habituel gothique à pointes en argent. Adrian entra, le son de ses talons répercuté dans toute la maison. « Tu t’es pris de nouvelles New Rock ? demanda-t-elle de sa chambre. « Oui » répondit-il en montant les escaliers. Amélie enfila sa jupe à motif écossais du même coloris que ses cheveux et ses dreads, mit son petit gilet qui lui allait si bien : légèrement décolleté, avec un tissu assez brillant, une capuche terminée par une étoile, et surtout, dans le dos : le logo et le nom du groupe qu’ils allaient voir ce soir brodés en lettres blanches. Son Chéri entra dans la chambre : toujours très grand -mais il trichait avec ses bottes- les cheveux bruns longs jusqu’au bassin, un nez un peu pointu et des yeux d’ordinaire gris qui, pour l’événement avaient pris la même teinte ambrée que les siens

– Ouah! Tu as encore grandi ! s’exclama Amélie en lui sautant dans les bras. Il l’attrapa en lui rendant son étreinte.
– Toi tu n’as pas bien grandi, mais tu t’es drôlement bien fringuée ! Tu as perdu du poids ? Il me semblait que tu… Enfin, ta taille est plus fine, non ?
– Et voilà, qu’est-ce que je te disais ? Tu vois que tu ne viens pas assez me voir, tu ne te rappelles même plus à quel point je suis belle ! » lança Amélie, un sourire ironique au coin des lèvres.
Il la reposa et Amélie se regarda un dernier instant dans la glace, puis d’un air satisfait elle ferma sa porte descendit les escaliers, ses bottes et sa sacoche à la main..
« Montre-moi tes nouvelles New-Rock » demanda la jeune fille en se tournant vers lui.
Adrian souleva son long manteau noir à boutons argent et elle les détailla : boucles en argent -le même que celui des boutons- pas très hautes, semelles plates, sans lacets, bref c’était pas son style, mais pour Adrian, ça lui collait à la peau.
« On est parti ! » s’écria Amélie une fois ses bottes et ses gants enfilés.
 -Ton père travaille ? Tu l’as bien prévenu ? Je ne veux plus avoir de problèmes avec lui.
– Oui..
– Sûr ?
– Complètement sûre et certaine. L’interrogatoire est terminé, on peut y aller ? Amélie s’impatientait, une main sur la poignée, et attendait qu’Adrian daigne sortir.
– D’accord, c’est parti ! s’exclama-t-il tout à coup plus joyeux.

La porte fermée, Amélie descendit les marches du perron au bras d’Adrian. Il sortit les clefs de sa poche et mit le contact.

Le trajet se déroula sans encombre, la circulation du périphérique était fluide. Ils arrivèrent place Clichy aux environs de 19 heures. Amélie commençait déjà à s’exciter en charlotte_1.1260378745.jpgsifflotant les airs de ses musiques préférées. Le temps de garer la moto et le couple se promenait le long de la rue XXXXXXXX en croisant nombre de personnes vêtues dans le même style qu’eux et quelques passants presque effrayés croyant à l’invasion vampirique, démoniaque, ou quelque chose du même type !

Repas habituel à l’Ante-Concert, un vulgaire fast-food ayant pour seul intérêt d’avoir des toilettes gratuites et un service rapide. Vers vingt heures, ils se dirigèrent vers les portes d’entrée de La Locomotive, près du fameux Moulin-Rouge. Ils donnèrent leur ticket au videur et entrèrent dans l’atmosphère glauque et enfumée de la salle qu’Amélie aimait tant. À gauche du « central » se trouvait un bar immense, à droite une grande affiche annonçait le programme de la soirée :

DOPE STARS INC : 21h00-21h30
LACRIMAS FUNDERE : 22h00-22h45
DIARY OF DREAMS : 23h00-00h00
DEATHSTARS : 00h30-01h30

Des vendeurs proposaient toutes sortes de produits dérivés à l’effigie des groupes ; ils s’installèrent ensemble sur des fauteuils placés à l’étage surplombant la grande scène. Adrian alluma une cigarette.

« Tu en veux ? proposa-t-il à Amélie.
– C’est quoi exactement ?
– Une clope…

La soirée se déroula lentement, Amélie devenait de plus en plus excitée à l’approche de la dernière partie de soirée, son groupe préféré à l’affiche !

« Calme-toi », répétait Adrian. « Mais je suis très calme ! » Au comptoir, Amélie partit dans un long monologue : « C’est tout de même la deuxième fois qu’on va les voir, et je suis toujours autant…, tu comprends quoi ! Depuis que je rêve de retourner à La Loco ! Les membres de Deathstars sont pour moi de véritables icônes, des modèles, mais pas à imiter, juste, des gens qui créent du pur son, enfin tu comprends quoi ? Ne laissant pas le temps à Adrian de répondre, elle poursuivit : C’est fou tout de même de les voir en vrai alors qu’ils ont fait tout un tas de choses : des clips-vidéos, ils ont un MySpace, ils fréquentent des tas de groupes internationaux comme Cradle ; j’ai pas l’impression que l’on vit dans la même dimension, tu vois ? » Oui, la jeune fille ne vivait plus que pour cela…

Ils descendirent les escaliers, et se posèrent sur la rambarde en fer qui formait le tour de la fosse. Et voilà, ça allait commencer dans moins d’une demi-heure, Amélie était au comble de l’excitation : ses pommettes en rougissaient, elle regardait fébrilement sa montre et jetait de longs regards noirs à la scène immanquablement vide.

Quand enfin le ballet des techniciens du son s’arrêta, Amélie se leva en sursaut et vint se placer au second rang, devant Adrian, derrière la scène, de telle façon qu’elle pouvait la toucher, avec juste assez d’angle pour bien les voir. Le fond sonore fit place au thème du titre principal de leur dernier album : un solo de basse et de batterie au rythme entraînant. Devant Amélie, les deux hystériques se déchaînaient comme la plupart des autres aux premiers rangs lançant des cris suraigus ou frappant dans leurs mains ; la jeune fille se hâta de mettre ses boules Kies tandis que le premier guitariste entra sur scène bientôt suivit du second -un grand et mince à la coiffure plutôt impressionnante- puis le batteur qui testa sa grosse caisse, effet qui doubla les hurlements hystériques auxquels Amélie se joignit lorsque le bassiste, à la forme de visage si particulière et tellement attirante, vint saluer la foule en délire.

Le fond sonore s’arrêta et les spots de lumière tournèrent. Des flashs illuminèrent les visages des musiciens. La foule en délire se déchaîna avec l’arrivée en trombe du chanteur, ses cheveux mi-longs ondulant en cadence. Voilà, c’était parti pour une heure de bonheur total, une heure pendant laquelle Amélie ne penserait plus qu’à Eux, où ses soucis de vie quotidienne allaient s’estomper, pour laisser place à Leur show.

___________

Fin du voyage

Un mal de tête à lui briser les tempes. Un mauvais goût dans la bouche accompagné d’une envie de vomir. Depuis qu’elle y avait goûté, le reste n’avait plus qu’une valeur dérisoire et sa vie était devenue tellement fade, aussi triste qu’un rendez-vous d’amour manqué… Amélie se retourna, le réveil indiquait quinze heures. Elle s’assit, la tête lui tournait : cela faisait une éternité qu’elle n’avait rien avalé. Elle prit un briquet sur la table : elle fumerait les quelques feuilles qui restaient. Des volutes de fumée envahirent rapidement la chambre d’hôtel. Les nausées reprirent alors qu’elle tentait de resserrer la ceinture de sa jupe à motif écossais, sans résultat, tant elle avait maigri. Skinny vint l’aider.

Après avoir fixé la ceinture sur le dernier cran, il la prit par les épaules puis ils sortirent tous deux de la chambre. À l’extérieur l’air parisien était glacial. Sur le Boulevard de Clichy, Amélie frissonnait tant que Skinny lui fit enfiler sa veste. Ils marchèrent quelques minutes et entrèrent à leur café habituel dans lequel flottait une odeur de peinture fraîche. À une table reculée par rapport aux autres, Amélie reconnut la silhouette élancée d’un jeune homme à la coiffure impressionnante, ses cheveux d’un noir de jais lui donnaient un air de poussin ébouriffé. Mais il ne fit pas attention à elle.

À droite de celui-ci, un type aux cheveux mi-longs, surnommé Whip, titubait en buvant un alcool… Le portable d’Amélie se mit à sonner tandis que le serveur leur apportait la commande. C’était son père, mais elle ne pouvait pas répondre : non, cela faisait trop longtemps, et puis elle n’aurait pas su quoi lui dire : c’était la fin du voyage de toute façon. Amélie voulut sourire à Skinny, qui lui posa une main sur la nuque et commença à jouer avec ses cheveux. La jeune fille chercha du regard d’où venait l’odeur de peinture, un ouvrier en bleu de travail lui avait échappé lorsqu’ils étaient entrés : il se trouvait en face d’eux, à l’autre bout de la pièce, il repeignait les lettres rouges « issue de secours ».

Amélie voulut reprendre une gorgée d’alcool, mais le liquide lui dégoulina sur le menton. Skinny lui passa son bras autour de la taille et elle posa sa tête sur son épaule. Son téléphone sonna à nouveau. Elle l’éteignit, et reposa sa tête sur l’épaule de Skinny, les yeux perdus dans le vague, très loin, fixant les gestes de l’ouvrier sans le voir.

FIN

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© Charlotte B. (Lycée en Forêt, Montargis, France. Décembre 2009).
Creative Commons License
 
“Dernier voyage : sous-sol du vague à l’âme” par Charlotte B. Ce texte est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique sur un autre support n’est autorisée qu’après accord de l’auteure.

Les élèves ont du talent… Lire en ligne : "Rose d'hiver, Souffle du vent, Etoile Jaune" par Deborah S.

« Et si c’était un jour leur premier roman? »

Tel pourrait être le titre de cette nouvelle rubrique proposée par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7… Au départ, un exercice tout à fait « classique » : rédiger le début et la fin d’un roman… Les élèves les plus assidus à la tâche se sont pleinement investis dans ce challenge : travaillant et retravaillant les manuscrits, corrigeant la grammaire, revoyant la syntaxe, précisant le lexique et surtout s’attelant à la grande question du « style », afin de proposer la première ébauche de ce qui pourrait bien devenir un jour leur « roman ». L’Espace Pédagogique Contributif est fier de vous proposer la lecture de ces textes tous inédits. Même s’il s’agit des premières pages et des dernières pages d’un possible livre, les manuscrits peuvent se lire comme une nouvelle…
Bonne lecture !
                  
            
Découvrez le manuscrit…

« Rose d’hiver, souffle du vent, étoile jaune »

             

par Deborah S. (Seconde 18)

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Il était aux alentours de trois heures du matin —peut-être plus, peut-être moins— Je ne suis plus vraiment sûre de rien. Tout ce que je sais, c’est que la nuit était noire, comme toutes les nuits d’hiver de cette année 43. Le vent froid s’abattait dans un bruit aigu sur la petite fenêtre de la chambre, unique ouverture vers l’extérieur. La buée sur la vitre dessinait des auréoles blanches sur lesquelles on pouvait lire des prénoms écrits d’une écriture incertaine. Les lettres tantôt rondes, tantôt plus fines, s’assemblaient les unes avec les autres. Dehors, il neigeait. Je ne trouvais plus le sommeil. J’observais la chambre de long en large. Je me disais que je ne reverrais jamais tous ces visages qui pourtant m’étaient familiers. Nous étions six dans cette petite pièce : six jeunes filles cachées, pour l’unique raison qu’Ils les enverraient dans les camps de la mort s’Ils les découvraient. J’ai toujours trouvé cette appellation « camps de le mort » bien vague. Qu’était-ce au juste ? Personne ici n’en savait rien. Mais nous en avions toutes peur. Une peur, ou plutôt devrais-je dire une angoisse, une terrible, une oppressante angoisse : le genre de sentiment qu’on ne ressent qu’une fois tellement sa force vous détruit de l’intérieur. Maman avait été emmenée là-bas. On ne l’avait plus jamais revue…

Ma sœur jumelle dormait paisiblement dans son lit aux couvertures trop fines. Elle tremblait de froid. Son gilet brodé d’une étoile jaune était posé sur la chaise, face à l’armoire. Je n’avais pas compris tout de suite la signification de cette étoile lorsque maman l’avait cousue. « C’est important » répétait-elle sans cesse, comme pour se persuader elle-même qu’elle faisait le bon choix. Mais aujourd’hui, ma sœur et moi savions que maman avait eu tort. Ce n’était pas le bon choix que de se livrer sans mener aucun combat. J’acceptais de perdre. Mais je n’acceptais pas de ne pas jouer. Et au point où on était, la vie c’était un jeu, non ? Il fallait miser, faire des choix, anticiper, attendre, observer. Perdre. Gagner. On en apprenait la règle à ses dépends : Les règles de la vie.

Les minutes passaient. Et plus les minutes passaient, plus je mourrais d’envie de déchirer cette étoile.  Cette étoile sur laquelle étaient écrites les lettres R et O, initiales de ma sœur. Cette étoile qui faisait de nous des étrangères à notre pays. Alors que nous étions nées ici ! Nous étions Françaises bon sang ! Nous étions sûrement plus françaises que le chef du Gouvernement français lui-même ! Je décidais alors de mettre mon envie à exécution. Je me levai d’un bond sans faire de bruit. Je saisis la veste de Rose, et arracha une à une toute les coutures qui maintenaient encore le bout de tissu sur la veste noire. Je me saisis de la petite étoile jaune. Il fallait m’en débarrasser. Ne plus jamais revoir d’étoiles. Je ne voulais plus d’étoiles. J’avais trop vu d’étoiles. Ce sentiment d’oppression me poussa alors à ouvrir la fenêtre dans un sourd fracas qui réveilla ma sœur. 

« Que fais tu donc ? » demanda-t-elle à peine réveillée. Ses cheveux lui tombaient dans les yeux ce qui lui donnait cet air comique qui avait provoqué la plupart de nos fous-rires. Mais cette nuit, l’heure n’était pas à la rigolade.

– Je… Je me débarrasse de ce qui ne devrait pas exister. Lâchais-je enfin, en jetant l’étoile au loin, dans la rue.

– De ce qui ne devrait pas exister?

– Je vais coudre une rose d’hiver à la place. On ne verra pas qu’il y a des fils arrachés ne t’inquiète pas.

Ce soir là, je pris la plus grande décision de ma vie. Une décision qui pourrait nous faire vivre toutes les deux, ou bien nous faire mourir. Pensive, je regardais la petite étoile jaune se faire ensevelir par la neige. Etait-ce le bon choix ? Qu’importe. Rose et moi allions partir ce soir.  Avec nos baluchons et nos grandes bottes, sur les routes de la vie. Rose s’empara d’une couverture qu’elle enfila par-dessus sa robe déchirée. Je me coiffais d’un bonnet en laine. La première partie de mon « plan » d’évasion consistait à sortir de l’internat sans nous faire prendre (ce qui n’était pas une mince affaire puisque la vielle concierge, plus communément nommée « la vielle Dewick » avait l’ouïe aussi affûtée et le regard aussi perçant qu’un hiboux). Nous traversâmes le long corridor jusqu’à la porte d’entrée de l’internat. Je savais où étaient cachées les clefs. J’avais vu la deborah_s_2.1289731316.jpgvieille Dewick, les ranger dans la boîte à lettres. Je fourrais ma main dans la grande boîte en acier. Je cherchais à tâtons une clef, un bout de métal. Mais rien. La boîte était vide. Affolée, j’appelais ma sœur pour qu’elle vienne à mon aide.

« Rose ! Rose ! Viens voir vite, j’ai un problème !

– Qu’y a-t-il? Demanda-t-elle d’un naturel surprenant. Comme si elle n’était pas en train de commettre une infraction.

– Chuuuut! Parle moins fort, la vielle Dewick va nous entendre! J’ai un problème, viens voir ! Je fis signe à ma sœur d’approcher. La petite brune aux cheveux bouclés marcha sur la pointe des pieds jusqu’à moi, et leva un sourcil comme pour dire : « Cela m’aurait étonné qu’on s’en sorte sans rencontrer aucune difficulté! »

– Quoi? Qu’est-ce qu’il y a ?

– Eh bien… Je ne trouve pas les clefs ! Mon cœur battait de plus en plus fort dans ma poitrine. Je regardais l’horloge : elle indiquait 3h45 du matin. Dans 2h et 15 minutes, tout l’étage serait éveillé. Il nous fallait partir vite !

– Les clefs? Mais c’est moi qui les ai les clefs! Tu m’avais dit de les prendre hier soir au cas où! Un large sourire s’afficha sur le visage de Rose. En temps normal, je lui aurais dit d’effacer son sourire de tête à claques. Mais ce soir, tout était différent : « Tu es fabuleuse petite sœur! Fabuleuse! Et dire que tu es la plus jeune et que c’est grâce à toi qu’on s’en sort! Dans les romans, ce n’est jamais comme ça »…

Rose et moi arrivions au pas de la porte d’entrée de l’internat. Le tout était de ne pas la faire grincer. Sinon, tous nos efforts n’auraient servi à rien, et la vielle Dewick nous ferait remonter dans notre chambre en nous tirant les oreilles, et pire peut-être à cause des clés volées. Je fus soudain prise d’une idée lumineuse. Je dis à ma sœur de sortir du shampoing de son sac. Elle me regarda avec un regard assez significatif qui voulait dire « Tu deviens folle ma pauvre ». Mais elle s’exécuta. J’appliquai avec soin un zeste de shampoing sur les gonds de la vielle porte rouillée. Je fis tourner la clef dans la serrure, et appuyai sur la clenche. Comme par magie, la porte s’ouvrit sans aucun bruit sur la rue. Ma sœur et moi n’osions sortir, profitant du dernier instant dans cet internat que nous ne reverrions jamais. Le spectacle était mélancolique. La neige tombait toujours sur les pavés de la route. Les roses du voisin fanaient, comme pour nous dire Adieu ! Le chant du vent d’hiver faisait tournoyer les dernières feuilles que l’automne avait oubliées. Tous les volets alentour étaient clos sur les fenêtres de ces maisons où des gens dormaient, rêvaient. Rêvaient peut-être à un monde meilleur. Il était temps de changer de vie. De toute façon, avait-on le choix ?

Nous marchions en direction du Sud. Si nous arrivions jusqu’à Niort, notre tante pourrait sûrement nous aider…

…………………………………………………..

Quelques années et beaucoup de larmes plus tard…

Je marchais toujours dans Paris. Le soleil tapait fort, inondant les rues, les bâtiments et les places de sa chaleur. J’étais arrivée dans la ruelle que je cherchais. Elle avait bien vieilli, depuis l’année 43, cette ruelle ouverte sur le quartier des Orangeries. Je reconnaissais les maisons qui défilaient devant mes yeux. Les appartements aux portes vertes, l’ancienne boulangerie, La tannerie de Monsieur Erdert. Il n’y avait plus aux fenêtres les roses blanches, ses préférées, celles qui s’accordaient si bien avec l’hiver. Celles qu’il nommait : « Les faiseuses de neige ». On pouvait toujours deviner le Jardin de Mademoiselle Pins, qui avait été changé en immeuble. Certains bâtiments étaient neufs et reconstruits dans l’après-guerre. Et l’odeur d’orange avait disparu avec le temps. Le temps qui emporte tout, le temps qui passe, et qu’on ne voit pas. Le temps qui ne laisse sur nous que quelques rides, quelques souvenirs gris, presque effacés. Le temps qui court, de plus en plus vite, ne s’arrêtant que quand vient la fin.

deborah_s_4.1289731448.jpgJe partis en quête du numéro 45. Je cherchais, demandant aux passants « L’internat de jeunes filles ». Mais les réponses n’étaient que négatives. Plus personne ne connaissait l’internat. Dans un soupir de lassitude immense, je m’assis sur le trottoir. « Emma… Tu croyais vraiment qu’en revenant ici tu retrouverais l’internat intact ? Qu’imaginais tu enfin ? Tu vois bien qu’il n’y a plus rien. Il a dû être remplacé par une de ces tours en béton immonde depuis bien longtemps… » Me parler à moi-même me faisais du bien. Cela me confortait dans l’idée que je n’étais qu’une pauvre folle, ce que ma sœur avait toujours dit. Et ma sœur, avait toujours raison. Quinze années que je ne sais pas ce qu’elle est devenue. Morte ? Mariée ? Mère ? Commerçante ? Ouvrière ? Peut-être a-t-elle eu cette vie que je désire tant et que pourtant, je n’ai jamais eue. Je ne me décourageais pas. Il fallait que je la retrouve.

Et tout à coup, le numéro 45. Il m’avait suffi de lever la tête pour l’apercevoir. Il était sous mes yeux depuis tout à l’heure. Une vielle bâtisse de plus d’une dizaine d’étages me faisait face. Il était là, l’internat de jeunes filles. Celui que nous avions quitté Rose et moi. Il se tenait devant mes yeux et semblait me dire « Tiens ! Te revoilà toi ! Tu n’as pas changé petite » Les volets aux fenêtres étaient semblables à ceux que j’avais connus. La façade en revanche, avait été repeinte récemment, il n’y avait aucune tâche. Je toquais à la porte lentement. Et si ce n’était plus un internat ? Et si je m’étais trompée ? Tant pis. Maman disait toujours : «  Il faut savoir ce que l’on veut dans la vie. ». Enfin, une dame âgée ouvrit la porte rouillée qui grinçait affreusement. C’est certain, je ne me trompais pas, c’était bien là !

– Oui ? Demanda la vielle dame.

– Hmm… Bonjour! Lançais-je sur un ton peu assuré. Je suis Emma Ornell, j’étais logée dans cet internat pendant la guerre. Je voudrais savoir si une jeune femme du nom de Rose, se serait présentée ici.

– Rose? Demanda la dame d’une voix grinçante. L’internat? Continua-t-elle. La guerre? Elle prit une voix grave et fronça les sourcils. Sa peau ridée était si blanche que j’aurais juré qu’elle n’avait pas vu le soleil depuis plusieurs années.

– Oui, Rose Ornell, c’est ma sœur, ma sœur jumelle. Elle me ressemble vous voyez, elle porte les cheveux un peu plus courts que les miens et… Mais je me rendis compte au même moment que la dame était aveugle. J’arrêtai immédiatement mon discours. Elle me fit signe d’entrer en esquissant un léger sourire.

L’intérieur, sentait le renfermé. La tapisserie brodée aux murs était identique à celle que j’avais connu. En fait… Tout était identique. Rien dans cette maison n’avait changé. Pas même les meubles, ni les photos aux murs, celles des différentes chambres de l’internat, ainsi que leurs occupantes. Sur la photographie de ma chambre, je retrouvais toutes mes anciennes amies, ainsi que ma sœur. Sur la droite, se dessinait la silhouette de la vielle Dewick. La vielle Dewick ? Je tournais soudain mon regard sur la femme qui m’avait fait entrer. Elle soupira en s’asseyant dans le fauteuil vert.

– Emma… Soupira-t-elle.Tu as bien changé depuis tout ce temps…

C’est alors que je réalisai : la vielle dame qui se tenait devant moi c’était elle : La vielle Dewick. Celle qui nous avait couru après dans la ruelle, celle qui nous avait fait nettoyer les chambres. Celle qui nous avait élevées et qui nous mettait des coups de règle sur les doigts pour que l’on finisse notre soupe. C’était elle.

« Regarde ce qu’ils ont fait de moi Emma »

Il a suffit de cette phrase. Il a suffit de cette  parole, pour que je comprenne tout. Cette femme, qu’à l’époque je détestais, à présent, je l’admirais. Elle m’amena jusqu’à une petite boîte. Une boîte de ferraille, assez menue. De laquelle elle sortit un étoile jaune. Sur la face arrière étaient inscrites les lettres R O.

– Je l’ai trouvée dans la neige, le matin de votre départ. Je vous ai cherchées dans la ville, mais rien. Je n’ai retrouvé que cette étoile qui appartenait à Rose. Le lendemain, ils sont venus, ils sont rentrés, et m’ont attachée. Ils ont emmené les autres filles, jusqu’au fourgon. » C’est depuis ce jour que Dewick était aveugle.

Elle ne revit jamais Rose. Elle m’expliqua qu’elle avait reçu un rapport de mairie l’année de la Libération qui recensait le nom des jeunes filles de l’internat tuées dans les camps. Elle me le tendit, et je lus très lentement les noms à haute voix : «  Marie Tourbert, Jeanne Chasseley, Amélie Moreaux, Émilie Françoisine… » Je m’arrêtai de lire. Mes yeux s’emplirent de larmes : « Rose Ornell ».

 

© Deborah S. (Lycée en Forêt, Montargis, France. Décembre 2009).

Creative Commons License

“Rose d’hiver, souffle du vent, étoile jaune” par Deborah S. Ce texte est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique sur un autre support n’est autorisée qu’après accord de l’auteure.

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Les élèves ont du talent… Lire en ligne : « Rose d’hiver, Souffle du vent, Etoile Jaune » par Deborah S.

« Et si c’était un jour leur premier roman? »

Tel pourrait être le titre de cette nouvelle rubrique proposée par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7… Au départ, un exercice tout à fait « classique » : rédiger le début et la fin d’un roman… Les élèves les plus assidus à la tâche se sont pleinement investis dans ce challenge : travaillant et retravaillant les manuscrits, corrigeant la grammaire, revoyant la syntaxe, précisant le lexique et surtout s’attelant à la grande question du « style », afin de proposer la première ébauche de ce qui pourrait bien devenir un jour leur « roman ». L’Espace Pédagogique Contributif est fier de vous proposer la lecture de ces textes tous inédits. Même s’il s’agit des premières pages et des dernières pages d’un possible livre, les manuscrits peuvent se lire comme une nouvelle…
Bonne lecture !
                  
            
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« Rose d’hiver, souffle du vent, étoile jaune »

             

par Deborah S. (Seconde 18)

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Il était aux alentours de trois heures du matin —peut-être plus, peut-être moins— Je ne suis plus vraiment sûre de rien. Tout ce que je sais, c’est que la nuit était noire, comme toutes les nuits d’hiver de cette année 43. Le vent froid s’abattait dans un bruit aigu sur la petite fenêtre de la chambre, unique ouverture vers l’extérieur. La buée sur la vitre dessinait des auréoles blanches sur lesquelles on pouvait lire des prénoms écrits d’une écriture incertaine. Les lettres tantôt rondes, tantôt plus fines, s’assemblaient les unes avec les autres. Dehors, il neigeait. Je ne trouvais plus le sommeil. J’observais la chambre de long en large. Je me disais que je ne reverrais jamais tous ces visages qui pourtant m’étaient familiers. Nous étions six dans cette petite pièce : six jeunes filles cachées, pour l’unique raison qu’Ils les enverraient dans les camps de la mort s’Ils les découvraient. J’ai toujours trouvé cette appellation « camps de le mort » bien vague. Qu’était-ce au juste ? Personne ici n’en savait rien. Mais nous en avions toutes peur. Une peur, ou plutôt devrais-je dire une angoisse, une terrible, une oppressante angoisse : le genre de sentiment qu’on ne ressent qu’une fois tellement sa force vous détruit de l’intérieur. Maman avait été emmenée là-bas. On ne l’avait plus jamais revue…

Ma sœur jumelle dormait paisiblement dans son lit aux couvertures trop fines. Elle tremblait de froid. Son gilet brodé d’une étoile jaune était posé sur la chaise, face à l’armoire. Je n’avais pas compris tout de suite la signification de cette étoile lorsque maman l’avait cousue. « C’est important » répétait-elle sans cesse, comme pour se persuader elle-même qu’elle faisait le bon choix. Mais aujourd’hui, ma sœur et moi savions que maman avait eu tort. Ce n’était pas le bon choix que de se livrer sans mener aucun combat. J’acceptais de perdre. Mais je n’acceptais pas de ne pas jouer. Et au point où on était, la vie c’était un jeu, non ? Il fallait miser, faire des choix, anticiper, attendre, observer. Perdre. Gagner. On en apprenait la règle à ses dépends : Les règles de la vie.

Les minutes passaient. Et plus les minutes passaient, plus je mourrais d’envie de déchirer cette étoile.  Cette étoile sur laquelle étaient écrites les lettres R et O, initiales de ma sœur. Cette étoile qui faisait de nous des étrangères à notre pays. Alors que nous étions nées ici ! Nous étions Françaises bon sang ! Nous étions sûrement plus françaises que le chef du Gouvernement français lui-même ! Je décidais alors de mettre mon envie à exécution. Je me levai d’un bond sans faire de bruit. Je saisis la veste de Rose, et arracha une à une toute les coutures qui maintenaient encore le bout de tissu sur la veste noire. Je me saisis de la petite étoile jaune. Il fallait m’en débarrasser. Ne plus jamais revoir d’étoiles. Je ne voulais plus d’étoiles. J’avais trop vu d’étoiles. Ce sentiment d’oppression me poussa alors à ouvrir la fenêtre dans un sourd fracas qui réveilla ma sœur. 

« Que fais tu donc ? » demanda-t-elle à peine réveillée. Ses cheveux lui tombaient dans les yeux ce qui lui donnait cet air comique qui avait provoqué la plupart de nos fous-rires. Mais cette nuit, l’heure n’était pas à la rigolade.

– Je… Je me débarrasse de ce qui ne devrait pas exister. Lâchais-je enfin, en jetant l’étoile au loin, dans la rue.

– De ce qui ne devrait pas exister?

– Je vais coudre une rose d’hiver à la place. On ne verra pas qu’il y a des fils arrachés ne t’inquiète pas.

Ce soir là, je pris la plus grande décision de ma vie. Une décision qui pourrait nous faire vivre toutes les deux, ou bien nous faire mourir. Pensive, je regardais la petite étoile jaune se faire ensevelir par la neige. Etait-ce le bon choix ? Qu’importe. Rose et moi allions partir ce soir.  Avec nos baluchons et nos grandes bottes, sur les routes de la vie. Rose s’empara d’une couverture qu’elle enfila par-dessus sa robe déchirée. Je me coiffais d’un bonnet en laine. La première partie de mon « plan » d’évasion consistait à sortir de l’internat sans nous faire prendre (ce qui n’était pas une mince affaire puisque la vielle concierge, plus communément nommée « la vielle Dewick » avait l’ouïe aussi affûtée et le regard aussi perçant qu’un hiboux). Nous traversâmes le long corridor jusqu’à la porte d’entrée de l’internat. Je savais où étaient cachées les clefs. J’avais vu la deborah_s_2.1289731316.jpgvieille Dewick, les ranger dans la boîte à lettres. Je fourrais ma main dans la grande boîte en acier. Je cherchais à tâtons une clef, un bout de métal. Mais rien. La boîte était vide. Affolée, j’appelais ma sœur pour qu’elle vienne à mon aide.

« Rose ! Rose ! Viens voir vite, j’ai un problème !

– Qu’y a-t-il? Demanda-t-elle d’un naturel surprenant. Comme si elle n’était pas en train de commettre une infraction.

– Chuuuut! Parle moins fort, la vielle Dewick va nous entendre! J’ai un problème, viens voir ! Je fis signe à ma sœur d’approcher. La petite brune aux cheveux bouclés marcha sur la pointe des pieds jusqu’à moi, et leva un sourcil comme pour dire : « Cela m’aurait étonné qu’on s’en sorte sans rencontrer aucune difficulté! »

– Quoi? Qu’est-ce qu’il y a ?

– Eh bien… Je ne trouve pas les clefs ! Mon cœur battait de plus en plus fort dans ma poitrine. Je regardais l’horloge : elle indiquait 3h45 du matin. Dans 2h et 15 minutes, tout l’étage serait éveillé. Il nous fallait partir vite !

– Les clefs? Mais c’est moi qui les ai les clefs! Tu m’avais dit de les prendre hier soir au cas où! Un large sourire s’afficha sur le visage de Rose. En temps normal, je lui aurais dit d’effacer son sourire de tête à claques. Mais ce soir, tout était différent : « Tu es fabuleuse petite sœur! Fabuleuse! Et dire que tu es la plus jeune et que c’est grâce à toi qu’on s’en sort! Dans les romans, ce n’est jamais comme ça »…

Rose et moi arrivions au pas de la porte d’entrée de l’internat. Le tout était de ne pas la faire grincer. Sinon, tous nos efforts n’auraient servi à rien, et la vielle Dewick nous ferait remonter dans notre chambre en nous tirant les oreilles, et pire peut-être à cause des clés volées. Je fus soudain prise d’une idée lumineuse. Je dis à ma sœur de sortir du shampoing de son sac. Elle me regarda avec un regard assez significatif qui voulait dire « Tu deviens folle ma pauvre ». Mais elle s’exécuta. J’appliquai avec soin un zeste de shampoing sur les gonds de la vielle porte rouillée. Je fis tourner la clef dans la serrure, et appuyai sur la clenche. Comme par magie, la porte s’ouvrit sans aucun bruit sur la rue. Ma sœur et moi n’osions sortir, profitant du dernier instant dans cet internat que nous ne reverrions jamais. Le spectacle était mélancolique. La neige tombait toujours sur les pavés de la route. Les roses du voisin fanaient, comme pour nous dire Adieu ! Le chant du vent d’hiver faisait tournoyer les dernières feuilles que l’automne avait oubliées. Tous les volets alentour étaient clos sur les fenêtres de ces maisons où des gens dormaient, rêvaient. Rêvaient peut-être à un monde meilleur. Il était temps de changer de vie. De toute façon, avait-on le choix ?

Nous marchions en direction du Sud. Si nous arrivions jusqu’à Niort, notre tante pourrait sûrement nous aider…

…………………………………………………..

Quelques années et beaucoup de larmes plus tard…

Je marchais toujours dans Paris. Le soleil tapait fort, inondant les rues, les bâtiments et les places de sa chaleur. J’étais arrivée dans la ruelle que je cherchais. Elle avait bien vieilli, depuis l’année 43, cette ruelle ouverte sur le quartier des Orangeries. Je reconnaissais les maisons qui défilaient devant mes yeux. Les appartements aux portes vertes, l’ancienne boulangerie, La tannerie de Monsieur Erdert. Il n’y avait plus aux fenêtres les roses blanches, ses préférées, celles qui s’accordaient si bien avec l’hiver. Celles qu’il nommait : « Les faiseuses de neige ». On pouvait toujours deviner le Jardin de Mademoiselle Pins, qui avait été changé en immeuble. Certains bâtiments étaient neufs et reconstruits dans l’après-guerre. Et l’odeur d’orange avait disparu avec le temps. Le temps qui emporte tout, le temps qui passe, et qu’on ne voit pas. Le temps qui ne laisse sur nous que quelques rides, quelques souvenirs gris, presque effacés. Le temps qui court, de plus en plus vite, ne s’arrêtant que quand vient la fin.

deborah_s_4.1289731448.jpgJe partis en quête du numéro 45. Je cherchais, demandant aux passants « L’internat de jeunes filles ». Mais les réponses n’étaient que négatives. Plus personne ne connaissait l’internat. Dans un soupir de lassitude immense, je m’assis sur le trottoir. « Emma… Tu croyais vraiment qu’en revenant ici tu retrouverais l’internat intact ? Qu’imaginais tu enfin ? Tu vois bien qu’il n’y a plus rien. Il a dû être remplacé par une de ces tours en béton immonde depuis bien longtemps… » Me parler à moi-même me faisais du bien. Cela me confortait dans l’idée que je n’étais qu’une pauvre folle, ce que ma sœur avait toujours dit. Et ma sœur, avait toujours raison. Quinze années que je ne sais pas ce qu’elle est devenue. Morte ? Mariée ? Mère ? Commerçante ? Ouvrière ? Peut-être a-t-elle eu cette vie que je désire tant et que pourtant, je n’ai jamais eue. Je ne me décourageais pas. Il fallait que je la retrouve.

Et tout à coup, le numéro 45. Il m’avait suffi de lever la tête pour l’apercevoir. Il était sous mes yeux depuis tout à l’heure. Une vielle bâtisse de plus d’une dizaine d’étages me faisait face. Il était là, l’internat de jeunes filles. Celui que nous avions quitté Rose et moi. Il se tenait devant mes yeux et semblait me dire « Tiens ! Te revoilà toi ! Tu n’as pas changé petite » Les volets aux fenêtres étaient semblables à ceux que j’avais connus. La façade en revanche, avait été repeinte récemment, il n’y avait aucune tâche. Je toquais à la porte lentement. Et si ce n’était plus un internat ? Et si je m’étais trompée ? Tant pis. Maman disait toujours : «  Il faut savoir ce que l’on veut dans la vie. ». Enfin, une dame âgée ouvrit la porte rouillée qui grinçait affreusement. C’est certain, je ne me trompais pas, c’était bien là !

– Oui ? Demanda la vielle dame.

– Hmm… Bonjour! Lançais-je sur un ton peu assuré. Je suis Emma Ornell, j’étais logée dans cet internat pendant la guerre. Je voudrais savoir si une jeune femme du nom de Rose, se serait présentée ici.

– Rose? Demanda la dame d’une voix grinçante. L’internat? Continua-t-elle. La guerre? Elle prit une voix grave et fronça les sourcils. Sa peau ridée était si blanche que j’aurais juré qu’elle n’avait pas vu le soleil depuis plusieurs années.

– Oui, Rose Ornell, c’est ma sœur, ma sœur jumelle. Elle me ressemble vous voyez, elle porte les cheveux un peu plus courts que les miens et… Mais je me rendis compte au même moment que la dame était aveugle. J’arrêtai immédiatement mon discours. Elle me fit signe d’entrer en esquissant un léger sourire.

L’intérieur, sentait le renfermé. La tapisserie brodée aux murs était identique à celle que j’avais connu. En fait… Tout était identique. Rien dans cette maison n’avait changé. Pas même les meubles, ni les photos aux murs, celles des différentes chambres de l’internat, ainsi que leurs occupantes. Sur la photographie de ma chambre, je retrouvais toutes mes anciennes amies, ainsi que ma sœur. Sur la droite, se dessinait la silhouette de la vielle Dewick. La vielle Dewick ? Je tournais soudain mon regard sur la femme qui m’avait fait entrer. Elle soupira en s’asseyant dans le fauteuil vert.

– Emma… Soupira-t-elle.Tu as bien changé depuis tout ce temps…

C’est alors que je réalisai : la vielle dame qui se tenait devant moi c’était elle : La vielle Dewick. Celle qui nous avait couru après dans la ruelle, celle qui nous avait fait nettoyer les chambres. Celle qui nous avait élevées et qui nous mettait des coups de règle sur les doigts pour que l’on finisse notre soupe. C’était elle.

« Regarde ce qu’ils ont fait de moi Emma »

Il a suffit de cette phrase. Il a suffit de cette  parole, pour que je comprenne tout. Cette femme, qu’à l’époque je détestais, à présent, je l’admirais. Elle m’amena jusqu’à une petite boîte. Une boîte de ferraille, assez menue. De laquelle elle sortit un étoile jaune. Sur la face arrière étaient inscrites les lettres R O.

– Je l’ai trouvée dans la neige, le matin de votre départ. Je vous ai cherchées dans la ville, mais rien. Je n’ai retrouvé que cette étoile qui appartenait à Rose. Le lendemain, ils sont venus, ils sont rentrés, et m’ont attachée. Ils ont emmené les autres filles, jusqu’au fourgon. » C’est depuis ce jour que Dewick était aveugle.

Elle ne revit jamais Rose. Elle m’expliqua qu’elle avait reçu un rapport de mairie l’année de la Libération qui recensait le nom des jeunes filles de l’internat tuées dans les camps. Elle me le tendit, et je lus très lentement les noms à haute voix : «  Marie Tourbert, Jeanne Chasseley, Amélie Moreaux, Émilie Françoisine… » Je m’arrêtai de lire. Mes yeux s’emplirent de larmes : « Rose Ornell ».

 

© Deborah S. (Lycée en Forêt, Montargis, France. Décembre 2009).

Creative Commons License

“Rose d’hiver, souffle du vent, étoile jaune” par Deborah S. Ce texte est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique sur un autre support n’est autorisée qu’après accord de l’auteure.

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L'encrier bavard… Chronique littéraire tenue par Janyce Inès et Deborah… Chronique du 30 novembre 2009

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Aujourd’hui :

Élisabeth Badinter, Émilie, Émilie, ou l’ambition féminine au dix-huitième siècle (Le Livre de Poche, 1997. Cote CDI : 396 17 BAD).

         

Le sujet…

Histoire étonnante de deux destins similaires : celui de deux jeunes femmes portant le même prénom, possédant les mêmes ambitions et rêvant au même idéal : madame du Châtelet et madame d’Épinal… Même si l’ouvrage d’Élisabeth  Badinter est un peu ancien de par sa date de parution, il est néanmoins d’une brûlante actualité ! Question en effet toujours controversée que celle de l’ambition féminine, « la grande affaire des hommes » : socialement et culturellement, une femme qui a de l’ambition est toujours un peu mal vue, et provoque une certaine suspicion. On connaît par exemple madame du Châtelet pour avoir été la compagne de Voltaire, mais sait-on qu’elle traduisit le grand œuvre de Newton, et qu’elle s’imposa à l’égal des savants de son temps ? Sait-on que madame d’Épinay fit valoir du temps de Rousseau des idées pédagogiques qui renouvelèrent l’approche de la maternité ? De fait, comme le dit l’auteure, « rares sont les moments de l’Histoire où l’alliance des badinter_emilie_emilie.1259777494.jpgdeux mots « ambition » et « féminine » n’a pas choqué »… C’est donc dans son acception la plus noble qu’il faut comprendre le terme « ambition » : loin d’être une vanité, l’ambition féminine est ainsi un affranchissement des limites qu’impose la société, une émancipation.

Notre avis…

L’intérêt de cette double biographie, féministe par excellence, est à notre avis de plonger d’abord le lecteur au cœur des Lumières et d’en renouveler subtilement l’approche à travers deux destins de femmes : de fait, Élisabeth Badinter (spécialiste du dix-huitième siècle) nous présente le véritable combat de ces femmes dans leur temps. Nous les découvrons sûres d’elles, soucieuses de leur valeur, prêtes à tout pour faire triompher leurs idées. Écrire pour elles est d’abord une mission : loin d’être des « femmes savantes » (avec toutes les connotations péjoratives de cette expression), elles ont souvent abandonné la vie mondaine et amoureuse pour se consacrer au travail intellectuel, définissant par la même occasion une sorte de « devoir d’écriture ». L’intérêt de l’ouvrage est justement de lever le voile sur le courage et les motivations réelles de ces deux ambitieuses dans un siècle d’hommes… D’ailleurs, le combat féministe est-il pour autant terminé ? N’a-t-on pas tendance, même de nos jours, à évacuer le problème de l’identité féminine et de la fonction sociale des femmes ? Ne cherche-t-on pas à inscrire l’ambition féminine dans des clichés où l’éternel féminin le dispute aux représentations assez stéréotypées de l’accomplissement de la femme dans la séduction ou la maternité ?

Quelques citations…

« En ce temps où l’éducation des filles était si négligée, et se limitait la plupart du temps à un peu d’écriture, de lecture, quelques bribes d’histoire et aux arts d’agrément, Émilie [du Châtelet] fit des études approfondies dont beaucoup d’hommes du monde ne pouvaient même pas se targuer… » (pages 67-68).

« Madame du Châtelet n’a jamais été déchirée entre ses passions et ses devoirs. Ella a toujours fait passer les premières avant les seconds » (page 173).

© Janyce M. Inès E. Deborah S. (Seconde 18, Lycée en Forêt – Montargis – France) novembre 2009

L’encrier bavard… Chronique littéraire tenue par Janyce Inès et Deborah… Chronique du 30 novembre 2009

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Aujourd’hui :

Élisabeth Badinter, Émilie, Émilie, ou l’ambition féminine au dix-huitième siècle (Le Livre de Poche, 1997. Cote CDI : 396 17 BAD).

         

Le sujet…

Histoire étonnante de deux destins similaires : celui de deux jeunes femmes portant le même prénom, possédant les mêmes ambitions et rêvant au même idéal : madame du Châtelet et madame d’Épinal… Même si l’ouvrage d’Élisabeth  Badinter est un peu ancien de par sa date de parution, il est néanmoins d’une brûlante actualité ! Question en effet toujours controversée que celle de l’ambition féminine, « la grande affaire des hommes » : socialement et culturellement, une femme qui a de l’ambition est toujours un peu mal vue, et provoque une certaine suspicion. On connaît par exemple madame du Châtelet pour avoir été la compagne de Voltaire, mais sait-on qu’elle traduisit le grand œuvre de Newton, et qu’elle s’imposa à l’égal des savants de son temps ? Sait-on que madame d’Épinay fit valoir du temps de Rousseau des idées pédagogiques qui renouvelèrent l’approche de la maternité ? De fait, comme le dit l’auteure, « rares sont les moments de l’Histoire où l’alliance des badinter_emilie_emilie.1259777494.jpgdeux mots « ambition » et « féminine » n’a pas choqué »… C’est donc dans son acception la plus noble qu’il faut comprendre le terme « ambition » : loin d’être une vanité, l’ambition féminine est ainsi un affranchissement des limites qu’impose la société, une émancipation.

Notre avis…

L’intérêt de cette double biographie, féministe par excellence, est à notre avis de plonger d’abord le lecteur au cœur des Lumières et d’en renouveler subtilement l’approche à travers deux destins de femmes : de fait, Élisabeth Badinter (spécialiste du dix-huitième siècle) nous présente le véritable combat de ces femmes dans leur temps. Nous les découvrons sûres d’elles, soucieuses de leur valeur, prêtes à tout pour faire triompher leurs idées. Écrire pour elles est d’abord une mission : loin d’être des « femmes savantes » (avec toutes les connotations péjoratives de cette expression), elles ont souvent abandonné la vie mondaine et amoureuse pour se consacrer au travail intellectuel, définissant par la même occasion une sorte de « devoir d’écriture ». L’intérêt de l’ouvrage est justement de lever le voile sur le courage et les motivations réelles de ces deux ambitieuses dans un siècle d’hommes… D’ailleurs, le combat féministe est-il pour autant terminé ? N’a-t-on pas tendance, même de nos jours, à évacuer le problème de l’identité féminine et de la fonction sociale des femmes ? Ne cherche-t-on pas à inscrire l’ambition féminine dans des clichés où l’éternel féminin le dispute aux représentations assez stéréotypées de l’accomplissement de la femme dans la séduction ou la maternité ?

Quelques citations…

« En ce temps où l’éducation des filles était si négligée, et se limitait la plupart du temps à un peu d’écriture, de lecture, quelques bribes d’histoire et aux arts d’agrément, Émilie [du Châtelet] fit des études approfondies dont beaucoup d’hommes du monde ne pouvaient même pas se targuer… » (pages 67-68).

« Madame du Châtelet n’a jamais été déchirée entre ses passions et ses devoirs. Ella a toujours fait passer les premières avant les seconds » (page 173).

© Janyce M. Inès E. Deborah S. (Seconde 18, Lycée en Forêt – Montargis – France) novembre 2009

Les classes de Seconde 7 et Seconde 18 du Lycée en Forêt présentent… "Paroles menottées" : Ecriture et Engagement.

paroles-menottees-affiche.1268460921.jpg

Les classes de Seconde du Lycée en Forêt vous invitent à une exposition exceptionnelle : « Paroles menottées : Écriture et Engagement« . Découvrez chaque semaine une sélection d’extraits présentés et commentés par les élèves d’après l’anthologie Écrivains en prison (Labor & Fides, 1997). Pour accéder aux parties librement consultables de l’ouvrage sur Google-livres, cliquez ici.

Chaque semaine, un ou plusieurs nouveaux textes : les articles seront progressivement mis en ligne tout au long de l’année… Cliquez sur l’image ou le titre pour accéder à l’article.


timerman_vignette.1259043052.jpgL’Œil de Jacobo Timerman
par Ksenia C.
soljenitsyne_vignette1.1259043004.jpgL’Archipel du Goulag d’Alexandre Soljenitsyne
par Hélène P. Antoine M. Romane C. et Deborah S.
ken_saro_wiwa_vignette.1259052063.jpgKen Saro-Wiwa, « La Vraie Prison »
par Seydi B.
molefe_pheto.1259133557.jpgMolefe Pheto… And Night Fell : Memoirs of a Political Prisoner
par Madeleine L. Alizée R. et Inès E.
arthur-koestler.1259135400.jpgArthur Koestler… Dialogue avec la mort
par Claire D. William P. et Florent de W.
yannis-ritsos-miniature.1268416857.jpgYannis Ritsos… Pierres, Répétitions, Barreaux…
par Rayan D.
nien-cheng-miniature.1268461427.jpgNien Cheng… Vie et mort à Shanghai…
par Charlotte B.
ruth-first-miniature.1268499164.jpgRuth First… 117 Days…
par Angélique M.

Les classes de Seconde 7 et Seconde 18 du Lycée en Forêt présentent… « Paroles menottées » : Ecriture et Engagement.

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Les classes de Seconde du Lycée en Forêt vous invitent à une exposition exceptionnelle : « Paroles menottées : Écriture et Engagement« . Découvrez chaque semaine une sélection d’extraits présentés et commentés par les élèves d’après l’anthologie Écrivains en prison (Labor & Fides, 1997). Pour accéder aux parties librement consultables de l’ouvrage sur Google-livres, cliquez ici.

Chaque semaine, un ou plusieurs nouveaux textes : les articles seront progressivement mis en ligne tout au long de l’année… Cliquez sur l’image ou le titre pour accéder à l’article.

timerman_vignette.1259043052.jpgL’Œil de Jacobo Timerman

par Ksenia C.

soljenitsyne_vignette1.1259043004.jpgL’Archipel du Goulag d’Alexandre Soljenitsyne

par Hélène P. Antoine M. Romane C. et Deborah S.

ken_saro_wiwa_vignette.1259052063.jpgKen Saro-Wiwa, « La Vraie Prison »

par Seydi B.

molefe_pheto.1259133557.jpgMolefe Pheto… And Night Fell : Memoirs of a Political Prisoner

par Madeleine L. Alizée R. et Inès E.

arthur-koestler.1259135400.jpgArthur Koestler… Dialogue avec la mort

par Claire D. William P. et Florent de W.

yannis-ritsos-miniature.1268416857.jpgYannis Ritsos… Pierres, Répétitions, Barreaux…

par Rayan D.

nien-cheng-miniature.1268461427.jpgNien Cheng… Vie et mort à Shanghai…

par Charlotte B.

ruth-first-miniature.1268499164.jpgRuth First… 117 Days…

par Angélique M.

"Des mots égarés, une écriture du silence"… par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7 : derniers textes publiés…

motsegares_affiche_09.1258531471.jpg                      

Pour des raisons techniques, certains textes n’ont pu être insérés dans les précédentes livraisons.
             
Voici donc les derniers poèmes de l’hommage à l’écrivaine Marguerite Duras, par les classes de Seconde 7 et de Seconde 18 du Lycée en Forêt.
             
Cliquez ici pour accéder aux textes publiés le 17 octobre 2009. Cliquez ici pour accéder aux textes publiés le 30 septembre 2009. Cliquez ici pour accéder aux textes publiés le 16 septembre 2009.

                  

           

En tournant les pages

par Valentin B. (Seconde 7)

                

En tournant les pages d’un livre

On écoute un peu l’ouverture du paysage

Céleste nocturne, ou quelque part à l’aube.

Une petite place pour l’Himalaya à gauche

Une grande place pour Monaco.

Quelques pages plus loin on découvre

Un drapeau italien

Séduit par un poisson rouge

Qui mange une pierre

Et déguste une glace chaude

À la fin du livre.

Surcharge explosive explosée

Qui se réincarne en colis surprise du samedi…

Autre livre : d’autres pages…

Et puis non j’ouvre le journal :

Un vulcanologue invente le temps,

Un hacker est trahi par des onomatopées,

Un manga a été oublié à la fenêtre de la Chine…

                

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Une tempête

par Rodolf de T. et Amaury G. (Seconde 7)

paysage_pluie.1258534562.GIF              

Il traverse le pont obscur, le vent.

Même l’herbe blanche a peur

Son ombre écoutait la pluie

Couper les ailes du bonheur.

L’ouragan se poursuivait là-bas

Tel un morceau de musique…

             

                 

            

Comme Athènes se remémorant…

par Seydi B. (Seconde 18)

          

Comme Athènes se remémorant

Puissance et guerres

Sa gloire d’antan,

enfants_cage_1.1258567093.jpgMa mémoire a tourné l’horloge directrice

Vers le lexique du temps.

        

Ce jour-là, j’ai nommé

La lenteur rapide

De la terre glorieuse, mais si petite.

J’aurais voulu parler

Des enfants enfermés

         

Dans la cage d’acier

Des soldats du ciel.

La tentation fut trop grande :

Les paradoxes s’éteignirent

À jamais : les mots se relevèrent…

              

               

Un amour qui était perdu…

par Déborah C. et Angélique M. (Seconde 7)

              

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Pour seul bagage

par Estelle T. (Seconde 18)

              

Mon amour qu’éclairait le soleil couleur de blé

Me poussait à savourer chaque instant de paysage.

Ma vie n’est que passage

Je n’ai que mon cœur pour bagage.

J’aimerais tant courir jusqu’au voyage de tes yeux…

                   

                     

Aimer, briser, cœur…

par Diane L. (Seconde 18)

            

Aimer, briser, cœur

trottoir.1258554935.jpgGrignoter, manger, grossir

Jeter le livre romantique.

Frapper, hurler, pleurer

Menaces, violences, peur 

Un chagrin au hasard

Sur le trottoir.

Et puis la prison,

Portes qui claquent, testament

La vie se referme aussi :

Homme fini

Qui meurt triste

Sous le soleil meurtri…

                   

                       

La beauté du soir

par Antoine M.

              

Je navigue la voile au vent

Retrouvant parfois un sourire passé,

Au gré des temps,

Et sans jamais me retourner.

          

La beauté du soir

Avançant inlassablement

Et la sincérité de nos regards

Permettaient de nous retrouver…

            

                  

Toi : apocalypse de ce monde

par Cheyenne M. (Seconde 7)

           

Mon regard jaloux n’était qu’amour triste

Dès que je t’ai rencontré.

Et puis, plus de nouvelles

Pas même l’eau du ciel sur tes cheveux.

Ton regard simple, rempli de mystère :

Mon cœur battait de pluie et de vent pour toi.

Pour toi mon cœur battait de ciel…

Un amour de collège passé dans l’oubli

Devenu amour de lycée : je ne cesse de te croiser.

Je ne pense qu’à toi,

Toi : apocalypse de ce monde !

              

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La mise en ligne de l’exposition « Des mots égarés, une écriture du silence » est terminée. Tous les textes ont été publiés (mise à jour : mercredi 18 novembre 2009-23:50).

« Des mots égarés, une écriture du silence »… par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7 : derniers textes publiés…

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Pour des raisons techniques, certains textes n’ont pu être insérés dans les précédentes livraisons.
             
Voici donc les derniers poèmes de l’hommage à l’écrivaine Marguerite Duras, par les classes de Seconde 7 et de Seconde 18 du Lycée en Forêt.
             
Cliquez ici pour accéder aux textes publiés le 17 octobre 2009. Cliquez ici pour accéder aux textes publiés le 30 septembre 2009. Cliquez ici pour accéder aux textes publiés le 16 septembre 2009.

                  

           

En tournant les pages

par Valentin B. (Seconde 7)

                

En tournant les pages d’un livre

On écoute un peu l’ouverture du paysage

Céleste nocturne, ou quelque part à l’aube.

Une petite place pour l’Himalaya à gauche

Une grande place pour Monaco.

Quelques pages plus loin on découvre

Un drapeau italien

Séduit par un poisson rouge

Qui mange une pierre

Et déguste une glace chaude

À la fin du livre.

Surcharge explosive explosée

Qui se réincarne en colis surprise du samedi…

Autre livre : d’autres pages…

Et puis non j’ouvre le journal :

Un vulcanologue invente le temps,

Un hacker est trahi par des onomatopées,

Un manga a été oublié à la fenêtre de la Chine…

                

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Une tempête

par Rodolf de T. et Amaury G. (Seconde 7)

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Il traverse le pont obscur, le vent.

Même l’herbe blanche a peur

Son ombre écoutait la pluie

Couper les ailes du bonheur.

L’ouragan se poursuivait là-bas

Tel un morceau de musique…

             

                 

            

Comme Athènes se remémorant…

par Seydi B. (Seconde 18)

          

Comme Athènes se remémorant

Puissance et guerres

Sa gloire d’antan,

enfants_cage_1.1258567093.jpgMa mémoire a tourné l’horloge directrice

Vers le lexique du temps.

        

Ce jour-là, j’ai nommé

La lenteur rapide

De la terre glorieuse, mais si petite.

J’aurais voulu parler

Des enfants enfermés

         

Dans la cage d’acier

Des soldats du ciel.

La tentation fut trop grande :

Les paradoxes s’éteignirent

À jamais : les mots se relevèrent…

              

               

Un amour qui était perdu…

par Déborah C. et Angélique M. (Seconde 7)

              

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Pour seul bagage

par Estelle T. (Seconde 18)

              

Mon amour qu’éclairait le soleil couleur de blé

Me poussait à savourer chaque instant de paysage.

Ma vie n’est que passage

Je n’ai que mon cœur pour bagage.

J’aimerais tant courir jusqu’au voyage de tes yeux…

                   

                     

Aimer, briser, cœur…

par Diane L. (Seconde 18)

            

Aimer, briser, cœur

trottoir.1258554935.jpgGrignoter, manger, grossir

Jeter le livre romantique.

Frapper, hurler, pleurer

Menaces, violences, peur 

Un chagrin au hasard

Sur le trottoir.

Et puis la prison,

Portes qui claquent, testament

La vie se referme aussi :

Homme fini

Qui meurt triste

Sous le soleil meurtri…

                   

                       

La beauté du soir

par Antoine M.

              

Je navigue la voile au vent

Retrouvant parfois un sourire passé,

Au gré des temps,

Et sans jamais me retourner.

          

La beauté du soir

Avançant inlassablement

Et la sincérité de nos regards

Permettaient de nous retrouver…

            

                  

Toi : apocalypse de ce monde

par Cheyenne M. (Seconde 7)

           

Mon regard jaloux n’était qu’amour triste

Dès que je t’ai rencontré.

Et puis, plus de nouvelles

Pas même l’eau du ciel sur tes cheveux.

Ton regard simple, rempli de mystère :

Mon cœur battait de pluie et de vent pour toi.

Pour toi mon cœur battait de ciel…

Un amour de collège passé dans l’oubli

Devenu amour de lycée : je ne cesse de te croiser.

Je ne pense qu’à toi,

Toi : apocalypse de ce monde !

              

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La mise en ligne de l’exposition « Des mots égarés, une écriture du silence » est terminée. Tous les textes ont été publiés (mise à jour : mercredi 18 novembre 2009-23:50).

La citation de la semaine… Erich Maria Remarque…

« Il était tombé la tête en avant, étendu sur le sol, comme s’il dormait… »

Les arbres ont ici un éclat multicolore et doré ; les baies des sorbiers rougissent dans le feuillage. Des routes courent toutes blanches vers l’horizon et les cantines bourdonnent de rumeurs de paix, comme des ruches.

nevinson.1257903140.jpgJe me lève, je suis très calme. Les mois et les années peuvent venir. Ils ne me prendront plus rien. Ils ne peuvent plus rien me prendre. Je suis si seul et si dénué d’espérance que je peux les accueillir sans crainte.

La vie qui m’a porté à travers ces années est encore présente dans mes mains et dans mes yeux. En étais-je le maître? je l’ignore. Mais, tant qu’elle est là, elle cherchera sa route, avec ou sans le consentement de cette force qui est en moi et qui dit « Je ».

_____

Il tomba en octobre mil neuf cent dix-huit par une journée qui fut si tranquille sur tout le front que le communiqué se borna à signaler qu’à l’ouest il n’y avait rien de nouveau.

Il était tombé la tête en avant, étendu sur le sol, comme s’il dormait. Lorsqu’on le retourna, on vit qu’il n’avail pas dû souffrir longtemps. Son visage était calme et exprimait comme un contentement de ce que cela s’était ainsi terminé.

         

Erich Maria Remarque, À l’Ouest rien de nouveau (Im Westen nichts Neues), 1929. Traduit de l’allemand par Alzir Hella et Olivier Bournac, Paris, Stock, Le Livre de poche, dernière page.

Le regard que porte le romancier pacifiste allemand Erich Maria Remarque (1898-1970) sur l’horreur et l’absurdité de la guerre est empreint de gravité. L’histoire se déroule pendant la Première guerre mondiale : Paul Bäumer, un jeune soldat allemand de dix-neuf ans, relate au jour le jour sa vie dans les tranchées, « uniquement occupée à faire le guet continuellement, pour se garder des menaces de la mort »… Le passage présenté est la dernière page : le récit, jusqu’alors à la première personne, s’achève de façon froide, anonyme et brutale sur l’insignifiance et sans doute la vanité de mourir sur le « champ d’honneur » : remarque_a_louest_rien_de_nouveau.1257946533.jpgc’est dans l’indifférence la plus totale que s’éteint le héros, deux jours avant l’armistice ; son existence comme celle de toute « une génération détruite par la guerre » (*) s’achève sur la vision anonyme d’un mort sans importance « par une journée qui fut si tranquille sur tout le front que le communiqué se borna à signaler qu’à l’ouest il n’y avait rien de nouveau »…

Si vous ne l’avez pas encore lu, je ne saurais trop vous conseiller ce très beau roman : bien plus qu’un témoignage du front ou qu’un réquisitoire contre la violence, c’est d’abord un plaidoyer pacifiste sur la nécessaire fraternité entre les peuples. C’est aussi une réflexion poignante sur le tragique existentiel et sur l’absurdité même de la condition humaine. En ces journées de commémoration (le vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, la célébration du quatre-vingt-onzième anniversaire de l’Armistice de 1918), le texte d’Erich Maria Remarque nous oblige à un nécessaire travail de mémoire face à l’oubli, aux blessures et aux tragédies de l’Histoire. Comment ne pas songer ici à ces propos de Jean Guéhenno dans La Mort des autres : « Je connais maintenant la définition de la guerre : la guerre, c’est la mort des autres. On ne la laisse durer que parce que ce sont les autres qui la font et qui en meurent. […]. Notre plus grand manque est de si mal nous souvenir. »

(*) Avertissement de l’auteur (« Ce livre ne prétend être ni une accusation ni un aveu. Il ne cherche qu’à parler d’une génération détruite par la guerre, même quand elle avait échappé à ses obus »).

_______________

Crédit iconographique : C. R. W. Nevinson, Paths of Glory (Les Chemins de la Gloire), 1917, huile sur toile (détail), © Imperial War Museum, Londres.

Au fil des pages… Dictionnaire de culture générale…

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Dictionnaire de culture générale…

Quel que soit votre niveau, il est impératif de vous préparer tôt aux épreuves de « Culture générale » auxquelles vous allez être confronté(e)s dans quelques années voire quelques mois à peine. Il y a peu, j’avais mentionné certains sites utiles ainsi qu’une courte bibliographie (cliquez ici pour accéder à l’article). Mais aujourd’hui, je vous invite à feuilleter (gratuitement et légalement grâce à Google-livres) les premiers chapitres d’un excellent guide de culture générale, rédigé sous la direction de Pierre Gévart (éditions L’Étudiant, Paris 2007). Certes, l’ouvrage n’est consultable qu’en partie, mais c’est amplement suffisant pour découvrir un certains nombre de notions qu’il vous faudra maîtriser de toute façon après le Bac. Si l’objectif premier de ce guide —comme beaucoup d’autres manuels de ce type— est de préparer prioritairement aux grands concours de la fonction publique, vous gagnerez à le lire afin de parfaire vos connaissances, d’approfondir certaines grandes notions et de mieux comprendre les enjeux culturels, sociétaux ou géopolitiques du monde contemporain.

Je ne saurais trop vous conseiller de parcourir (même brièvement) l’introduction de l’ouvrage et plus particulièrement les sections consacrées à la « dissertation de culture générale » (page huit) ainsi qu’aux fameuses « soutenances » orales devant les jurys… Ne manquez pas non plus la partie consacrée à la « lecture en diagonale » (page 15 et suivantes), très utile. En outre, dans les sections consultables du guide, vous pourrez découvrir nombre de notions : savez-vous par exemple ce qu’est « l’altérité » (page 22), ce qu’on entend par « l’aménagement du territoire » (page 26) ? Pourriez-vous expliquer les liens étroits entre l’architecture et la politique (page 31 et s.) ? Quelle définition de l’Art et des arts proposeriez-vous ? (page 33 et s.). Qu’est-ce que la bioéthique et quels débats entraîne-t-elle sur le plan moral et humain (page 52 et s.) ? Qu’entend-on par le terme de « bureaucratie » ? (page 60 et s.). Quelle différence y a-t-il entre le capitalisme et le libéralisme (page 62 et s.), etc.

Cliquez ici pour feuilleter les pages directement dans Google-livres

Mon conseil

Inutile de lire « en une fois » et « linéairement » toutes les pages : ce n’est d’ailleurs pas le principe d’un guide de culture gé. Plus utilement, prenez une notion au hasard et lisez l’article. Le mieux est de reporter sur un petit répertoire les points importants (définition, dates à retenir, auteur clé, citation, etc.) afin de vous constituer progressivement votre propre guide de culture générale. En même temps, cela vous entraînera à la synthèse (Bien entendu, ne notez sur votre répertoire que l’essentiel !). Dès que vous avez 10 minutes (une ou deux fois par semaine), faites ce petit exercice : vous verrez dans un an à peine combien vous aurez progressé !
Les plus curieux d’entre vous utiliseront Google-livres afin de rechercher d’autres ouvrages. Je vous suggère de cliquer sur ce lien pour aller plus loin…

Tentatives de piratage…

Chers étudiants et parents,

Sans doute avez-vous remarqué ces derniers temps une inactivité tout à fait inhabituelle du cahier de texte en ligne. Sachez qu’il a été confronté à une tentative de piratage dont les raisons sont actuellement en cours d’analyse. Mais sans doute s’agit-il d’un pirate qui a réussi à s’identifier dans l’interface d’administration ou qui s’est introduit dans un serveur hébergeant le site… Avec la capacité d’accéder à plusieurs données ou ressources, en particulier la possibilité d’éditer ou de modifier certains articles, heureusement sans conséquence majeure. La raison tient au fait que plus un site est populaire, plus il s’expose à une visibilité sur la « toile » qui peut le rendre vulnérable. La situation devrait maintenant se régler rapidement. Merci de votre indulgence et de votre patience.

Bruno Rigolt

Festival TICE 2009… Prix "Lycée" pour le "Cahier de texte électronique"

festival-tice.1257127264.gifOrganisé chaque année par l’académie d’Orléans-Tours et le Conseil régional du Centre, le festival TICE a pour but de « repérer et mettre en valeur la création de ressources pédagogiques et des usages pédagogiques qui mettent en œuvre les Technologies de l’Information et de la Communication ». L’édition 2009, qui s’est déroulée ce mercredi 14 octobre au lycée Charles Péguy d’Orléans, a été l’occasion pour des écoles, des collèges et des lycées de concourir en présentant devant des jurys académiques prestigieux des projets tous passionnants et dignes d’éloges.
Comme vous le savez, j’avais souhaité inscrire ce cahier de texte électronique au nom du Lycée en Forêt : sélectionné en juin 2009 pour participer à la grande finale, ce projet vient d’être récompensé par le Jury qui a voulu ainsi honorer le travail accompli en lui décernant le prix « Lycée ». Prix qui permettra à notre établissement de s’équiper davantage en matériel innovant : un tableau blanc interactif dernier cri, un vidéoprojecteur, ainsi qu’un ordinateur portable équipé d’une solution logicielle complète pour piloter l’ensemble.
Je tiens à remercier chaleureusement M. Jacques Thiriat, ancien proviseur, qui m’a encouragé à poursuivre ce projet initié en octobre 2008. Que soient également félicités tous les élèves de mes classes pour leur investissement et leur collaboration. Merci à vous toutes et à vous tous : c’est d’abord votre prix ! Merci enfin aux très nombreux internautes (quelque 170.000 pages vues à ce jour) qui ont eu l’occasion de parcourir ce qui est un peu plus qu’un simple cahier de texte. Pour fêter dignement ce premier anniversaire, plein de défis nous attendent à partir de la rentrée de novembre 2009, à commencer par la création de rubriques entièrement nouvelles, créées et animées par les élèves : des jeunes des classes de Seconde 18 et Seconde 7 vont bientôt s’investir dans cette entreprise ambitieuse! De plus, nous essaierons tous ensemble de miser sur des projets d’écriture collaborative encore plus innovants, et qui, je l’espère, feront honneur à notre établissement et à notre académie. Merci encore à vous toutes et à vous tous ! B. R.

Site du festival : http://festival.tice.ac-orleans-tours.fr/

Festival TICE 2009… Prix « Lycée » pour le « Cahier de texte électronique »

festival-tice.1257127264.gifOrganisé chaque année par l’académie d’Orléans-Tours et le Conseil régional du Centre, le festival TICE a pour but de « repérer et mettre en valeur la création de ressources pédagogiques et des usages pédagogiques qui mettent en œuvre les Technologies de l’Information et de la Communication ». L’édition 2009, qui s’est déroulée ce mercredi 14 octobre au lycée Charles Péguy d’Orléans, a été l’occasion pour des écoles, des collèges et des lycées de concourir en présentant devant des jurys académiques prestigieux des projets tous passionnants et dignes d’éloges.

Comme vous le savez, j’avais souhaité inscrire ce cahier de texte électronique au nom du Lycée en Forêt : sélectionné en juin 2009 pour participer à la grande finale, ce projet vient d’être récompensé par le Jury qui a voulu ainsi honorer le travail accompli en lui décernant le prix « Lycée ». Prix qui permettra à notre établissement de s’équiper davantage en matériel innovant : un tableau blanc interactif dernier cri, un vidéoprojecteur, ainsi qu’un ordinateur portable équipé d’une solution logicielle complète pour piloter l’ensemble.

Je tiens à remercier chaleureusement M. Jacques Thiriat, ancien proviseur, qui m’a encouragé à poursuivre ce projet initié en octobre 2008. Que soient également félicités tous les élèves de mes classes pour leur investissement et leur collaboration. Merci à vous toutes et à vous tous : c’est d’abord votre prix ! Merci enfin aux très nombreux internautes (quelque 170.000 pages vues à ce jour) qui ont eu l’occasion de parcourir ce qui est un peu plus qu’un simple cahier de texte. Pour fêter dignement ce premier anniversaire, plein de défis nous attendent à partir de la rentrée de novembre 2009, à commencer par la création de rubriques entièrement nouvelles, créées et animées par les élèves : des jeunes des classes de Seconde 18 et Seconde 7 vont bientôt s’investir dans cette entreprise ambitieuse! De plus, nous essaierons tous ensemble de miser sur des projets d’écriture collaborative encore plus innovants, et qui, je l’espère, feront honneur à notre établissement et à notre académie. Merci encore à vous toutes et à vous tous ! B. R.

Site du festival : http://festival.tice.ac-orleans-tours.fr/

Entraînement BTS. Thème : le Détour. L'exploitation du détour par l'Art

bts2010b.1253099275.jpgEntraînement BTS

Le détour dans l’art

Cet entraînement est destiné prioritairement aux étudiants de BTS deuxième année. Il vise deux objectifs : d’abord enrichir la culture générale : de fait, c’est le point faible d’un trop grand nombre de candidats à l’examen, dont le travail n’obtient pas (à juste titre) la moyenne en raison d’une exploitation des connaissances jugée insuffisante. En outre, le corpus proposé vous amènera à réfléchir à une problématique qui a toute sa légitimité par rapport au thème du détour : il s’agit de la fonction transgressive de l’art et du détournement artistique. Comme le dit justement l’auteure du document 1 : « l’art n’est-il pas toujours le résultat d’un détour ? ». C’est cette phrase qui me paraît le mieux résumer la problématique du groupement.

Pré-requis…

Pour traiter efficacement la synthèse ainsi que le travail d’écriture, « rien ne sert de courir ; il faut partir à point » : de fait, cet entraînement est relativement difficile ; il vous faudra donc procéder par étapes. D’abord, je vous conseille de lire ou relire les supports de cours ou entraînements suivants :

NB : Ces supports de cours ou entraînements concernent certes le thème précédent (« Faire voir ») mais je vous en recommande fortement la lecture, dans la mesure où ils envisagent la fonction transgressive de l’art. N’oubliez pas non plus l’un des enseignements (et non le moindre) du détour : c’est en allant de biais qu’on atteint souvent plus rapidement un objectif. Plutôt que d’aller trop vite, il vaut mieux toujours privilégier la subtilité en abordant de biais un problème…
Enfin, lisez impérativement ce support de cours (particulièrement la conclusion) :

_____________

Corpus

Tous les documents sont accessibles via Google-livres : vous ne pouvez pas faire de copier-coller. Mais c’est un plus, car cela vous permettra de mieux synthétiser en ne retenant que l’essentiel.
  • Document n° 1 : Geneviève Jolly, Le réel à l’épreuve des arts : l’écran, la rue, la scène (Textes réunis par Geneviève Jolly), L’Harmattan, Paris 2008. Depuis « Pour lancer le débat » (page 08) jusqu’à « parce que « le détour est défigurant », et qu’il « déforme » ou« dénaturalise » le réel » (page 10). Pour accéder au document, cliquez ici.
  • Document n° 2 : Morgan Jouvenet, Rap, techno, électro… Le musicien entre travail artistique et critique sociale. Éd. de la Maison des sciences de l’homme, Paris 2006. Depuis « Se laisser « emporter » par la musique, se fondre dans le mix » (page 94) jusqu’à « … « avec les potentiomètres dans la zone de distorsion, travaillant délibérément dans le rouge.» Rose 1994 : 75 » (page 96). Pour accéder au document, cliquez ici.
  • Document n° 3 : Gil Joseph Wolman, Défense de mourir (textes parus entre 1950 et 1995), Éd. Établie Par Gérard Berréby, En Collab. Avec Danielle Orhan, éd. Allia, Paris 2001. Depuis « Pour finir, il nous faut citer brièvement » page 96 jusqu’à « telle ou telle condition déterminante » (page 97). Pour accéder au document, cliquez ici.
  • Document n° 4 : Marcel Duchamp, roue de bicyclette, 1951

roue-de-bicyclette.1256038835.jpgMarcel Duchamp a consacré la majeure partie de son activité artistique à la création de « ready made », objets manufacturés et produits généralement en grande série, qu’il détournait de leur fonction utilitaire première et décontextualisait à dessein (passage de l’espace domestique ou industriel vers des galeries d’exposition) : il y a donc bien là une fonction de désacralisation de l’œuvre d’art. Son fameux « urinoir » créé en 1917 a fait l’objet d’un véritable débat. Voyez en particulier les documents suivants :

Support de cours : Les métamorphoses de l’image : de Lascaux à Big Brother » ; entraînement BTS : « Esthétique de la laideur » ; entraînement BTS : « Le modernisme est-il l’ère du vide?« 

_________________

Écriture personnelle

Selon vous, la fonction de l’art est-elle de nous détourner du réel ? Vous répondrez à cette question de façon argumentée, en prenant appui sur le corpus de documents de la synthèse et sur le travail de l’année.

Je vous rappelle bien entendu que vous pouvez m’envoyer vos propositions par courriel. Les travaux seront pris en compte en tant que « note bonus » : en aucun cas, ils ne peuvent abaisser votre moyenne. Bien au contraire ils la valoriseront.

Entraînement BTS. Thème : le Détour. L’exploitation du détour par l’Art

bts2010b.1253099275.jpgEntraînement BTS

Le détour dans l’art

Cet entraînement est destiné prioritairement aux étudiants de BTS deuxième année. Il vise deux objectifs : d’abord enrichir la culture générale : de fait, c’est le point faible d’un trop grand nombre de candidats à l’examen, dont le travail n’obtient pas (à juste titre) la moyenne en raison d’une exploitation des connaissances jugée insuffisante. En outre, le corpus proposé vous amènera à réfléchir à une problématique qui a toute sa légitimité par rapport au thème du détour : il s’agit de la fonction transgressive de l’art et du détournement artistique. Comme le dit justement l’auteure du document 1 : « l’art n’est-il pas toujours le résultat d’un détour ? ». C’est cette phrase qui me paraît le mieux résumer la problématique du groupement.

Pré-requis…

Pour traiter efficacement la synthèse ainsi que le travail d’écriture, « rien ne sert de courir ; il faut partir à point » : de fait, cet entraînement est relativement difficile ; il vous faudra donc procéder par étapes. D’abord, je vous conseille de lire ou relire les supports de cours ou entraînements suivants :

NB : Ces supports de cours ou entraînements concernent certes le thème précédent (« Faire voir ») mais je vous en recommande fortement la lecture, dans la mesure où ils envisagent la fonction transgressive de l’art. N’oubliez pas non plus l’un des enseignements (et non le moindre) du détour : c’est en allant de biais qu’on atteint souvent plus rapidement un objectif. Plutôt que d’aller trop vite, il vaut mieux toujours privilégier la subtilité en abordant de biais un problème…

Enfin, lisez impérativement ce support de cours (particulièrement la conclusion) :

_____________

Corpus

Tous les documents sont accessibles via Google-livres : vous ne pouvez pas faire de copier-coller. Mais c’est un plus, car cela vous permettra de mieux synthétiser en ne retenant que l’essentiel.
  • Document n° 1 : Geneviève Jolly, Le réel à l’épreuve des arts : l’écran, la rue, la scène (Textes réunis par Geneviève Jolly), L’Harmattan, Paris 2008. Depuis « Pour lancer le débat » (page 08) jusqu’à « parce que « le détour est défigurant », et qu’il « déforme » ou« dénaturalise » le réel » (page 10). Pour accéder au document, cliquez ici.
  • Document n° 2 : Morgan Jouvenet, Rap, techno, électro… Le musicien entre travail artistique et critique sociale. Éd. de la Maison des sciences de l’homme, Paris 2006. Depuis « Se laisser « emporter » par la musique, se fondre dans le mix » (page 94) jusqu’à « … « avec les potentiomètres dans la zone de distorsion, travaillant délibérément dans le rouge.» Rose 1994 : 75 » (page 96). Pour accéder au document, cliquez ici.
  • Document n° 3 : Gil Joseph Wolman, Défense de mourir (textes parus entre 1950 et 1995), Éd. Établie Par Gérard Berréby, En Collab. Avec Danielle Orhan, éd. Allia, Paris 2001. Depuis « Pour finir, il nous faut citer brièvement » page 96 jusqu’à « telle ou telle condition déterminante » (page 97). Pour accéder au document, cliquez ici.
  • Document n° 4 : Marcel Duchamp, roue de bicyclette, 1951

roue-de-bicyclette.1256038835.jpgMarcel Duchamp a consacré la majeure partie de son activité artistique à la création de « ready made », objets manufacturés et produits généralement en grande série, qu’il détournait de leur fonction utilitaire première et décontextualisait à dessein (passage de l’espace domestique ou industriel vers des galeries d’exposition) : il y a donc bien là une fonction de désacralisation de l’œuvre d’art. Son fameux « urinoir » créé en 1917 a fait l’objet d’un véritable débat. Voyez en particulier les documents suivants :

Support de cours : Les métamorphoses de l’image : de Lascaux à Big Brother » ; entraînement BTS : « Esthétique de la laideur » ; entraînement BTS : « Le modernisme est-il l’ère du vide?« 

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Écriture personnelle

Selon vous, la fonction de l’art est-elle de nous détourner du réel ? Vous répondrez à cette question de façon argumentée, en prenant appui sur le corpus de documents de la synthèse et sur le travail de l’année.

Je vous rappelle bien entendu que vous pouvez m’envoyer vos propositions par courriel. Les travaux seront pris en compte en tant que « note bonus » : en aucun cas, ils ne peuvent abaisser votre moyenne. Bien au contraire ils la valoriseront.

"Des mots égarés, une écriture du silence" par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7… Troisième livraison…

Voici la troisième et dernière livraison des poèmes créés par les élèves de Seconde 18 et Seconde 7 en hommage à Marguerite Duras.

  • Cliquez ici pour accéder aux textes publiés le 30 septembre 2009.
  • Cliquez ici pour accéder aux textes publiés le 16 septembre 2009.

        

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Oublier pour l’éternité

par Alizée R. (Seconde 18)

            

Alors que s’écoulent autrement

Les larmes du soleil

Je cherche dans la peur

la morale du tableau silencieux

Avec l’envie d’ignorer,

D’oublier une vie seule :

Pourquoi l’horizon court-il au loin ?

           

Je veux partir avec le cœur de l’autre

Sans voler ses ailes de papier,

M’égarer dans la puissance à jamais,

Calculer les secondes d’amour à deux

Mais rester dans la grande ignorance d’avoir à oublier

Et juste percevoir la solitude.

          

J’ai fermé les yeux sur l’espoir

J’ai marché dans les larmes du soleil…

  

            

Prendre le large

par Audrey G. (Seconde 18)

              

On vit, l’on profite de mensonges sincères,

On se noie, l’on s’écorche :

Mentir pour mieux se protéger.

Être nouveau, sans personne,

Sans mélancolie

Un besoin d’ailes,

Comme une attente pour se reconstruire.

Besoin d’horizon : oublier, renaître…

Sans personne,

Sans mélancolie

Un besoin d’ailes…

     

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New York, 1991, © B. R.

        

              

Haïku mélancolique

par Nabil B. (Seconde 18)

             

Un bruit dans la nuit :

Sur l’île

La solitude emplissait

Nos cœurs enfuis…

      

                               

Partir

par Charlotte B. (Seconde 7)

                

Attente inconsciente imaginée sans refus,

Embrasée, affligée de larmes

Noires sensations névrosées, épuisées de désir

Et de voyage.

Espoir assigné, oppressé de tristesse

Rongé par ces songes :

Partir, partir…

Cette mélancolie de liberté,

Ranimée d’éveils brûlant de rêves, en vain, épuisés…

            

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Belle nuit

par Florian C. (Seconde 7)

                 

Belle nuit où le temps s’arrête

Et ne reprend qu’au coucher de la vie

Aussi froide et sombre que le vent

Aussi noire et incertaine que l’aube

Belle nuit

Où l’on rêve que l’on ne pense à rien…

         

              

Un cœur égaré

par Tiffany J. (Seconde 7)

         

Dans la nuit inconnue

Ce cœur égaré par la lumière hésitante

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Dans l’océan froissé

Du silence obscur,

Une solitude

Incertaine.

       

Ce cœur séparé,

Comme une musique dans le vent

Une musique de paroles colorées…

            

               

J’ai dû mourir plus vite que les autres

par Céline L. (Seconde 7)

             

Ce monde est-il noir ?

J’ai dû mourir plus vite que les autres.

M’occuper de la maison, de la lessive, des courses…

Les arbres sont creux, l’herbe hurle, les nuages pleurent :

J’ai dû mourir plus vite que les autres.

Je cache mes craintes, les maisons brûlent, et craque la terre :

J’ai dû mourir plus vite que les autres.

L’orage crie de douleur, les étoiles se fanent, les fleurs sont ternes :

J’ai dû mourir plus vite que les autres.

Ceux qui me critiquent ne savent pas. Ne connaissent pas.

Ce monde est-il noir ?

J’ai dû mourir plus vite que les autres.

            

             

Une histoire éphémère

par Janyce M. Inès E. et Déborah S. (Seconde 18)

              

Écrire dans le vent, au soleil de l’automne

Tant l’écriture est un rêve :

Léger tel ce lourd fardeau.

Admirer par la fenêtre la vérité,

Perdue dans le nuage des mots :

Ne jamais comprendre la conformité.

Apprendre le pouvoir de mordre le temps,

Prétendre qu’on le passe en pensant.

Je joue de la montre-bracelet,

Et gagne au Loto de la solitude

Une histoire éphémère :

Sourire à l’aube,

Pleurer le crépuscule…

         

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Photomontage à partir de deux tableaux du peintre surréaliste R. Magritte (« La Grande famille » et « La lunette d’approche »)

            

                    

Paysage d’été

par Lauren C. (Seconde 18)

         

S’amuser de soleils et de feuilles

Rire de paysages et de fleurs l’été

Sans amis, le soleil n’est que passage

Les regarder sourire

Faisait l’effet d’une friandise

Sur la plage

Dans le paysage d’été…

          

                   

Une guitare dans le Bleu

par Lucie L. (Seconde 7)

        

Partir, retrouver une vie

Se souvenir d’un regard,

guitare1.1256846842.jpgD’une mélodie douce…

Cœur vidé,

Mais une lueur d’espoir…

Un chien vagabondait.

                    

Le retour du temps passé,

Je crie mon envie, sans un bruit :

Un geste parti de mon cœur,

Une guitare dans le Bleu,

Une chevelure dorée,

Fascination d’un être.

                          

Un adieu, des larmes…

           

                 

Il s’agit du même livre…

par Marine D. et Marion L. (Seconde 7)

               

Chaque personne que l’on rencontre est unique

Mais les souvenirs parfois s’effacent :

L’ami s’en va, marche, s’évade,

Finit par s’endormir, partir…

La vie avec un ami parti

Est vie à mourir, tempête sans le vent,

Des larmes sans pleurer, un couloir sans issue.

Tourner la page ?

Mais il s’agit toujours du même livre…

               

                    

Des ombres ouvraient un chemin

par William P. (Seconde 18)

            

Sous un ciel

Qui brillait d’étrange lumière

new-york-1.1255844936.jpgDes ombres ouvraient un chemin.

Un cœur perdu

Triste d’oubli

Cherchait une proie.

L’enfant innocent

Endormi par l’ennui

Découvrit des images de la nuit

La nuit

Qui toujours s’évapore

De rayons roses

Qui se cachent…

          

                   

Je pense à la faim

par Haroun M. (Seconde 18)

             

Je pense à la faim, à la soif

De vivre pour manger

Se remplir de pays inconnus et

De villes perdues,

De cités égarées.

Je pense à la faim, à la soif

De vivre pour boire

Les mots

De livres égarés,

Quelques mots envolés…

              

                  

Délivrance

par Léo R. (Seconde 18)

Après une lecture de la nouvelle de M. Duras « Le coupeur d’eau« 

           

Découverte d’une tentation nouvelle,

Souvenir d’une mélodie égarée

À l’heure du silence de la société.

J’ai vu la beauté étoilée du Noir dans le soir,

L’émerveillement d’une nuit d’été hésitante,

La profondeur d’un regard

Dans le silence obscur de la vie.

C’était comme une infinité inconnue,

Comme le regret d’un changement lointain :

Le désespoir d’une femme à mes côtés

Le soulagement dernier d’un voyage espéré…

          

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La nuit, le ciel…

par Damien L. (Seconde 18)

         

Un homme sortit dans l’infini bleuté

Les mille bougies du ciel éclairaient son visage.

L’homme cherchait à se rappeler

Des souvenirs disparus

Dans l’obscurité-mémoire.

Puis le ciel pleura

L’homme fondit

Dans un déluge

De larmes bleues…

           

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Envolé

par Claire D. (Seconde 18)

         

Un homme s’arrête : essoufflé, perdu.

Pourtant le soleil brille, pourtant un oiseau chante.

Un papillon, une abeille, puis un soupir lointain.

L’homme rêve : il voit comme un amour

Mais c’est la pluie.

Et puis l’orage : même l’oiseau qui chantait s’est tu

L’homme ne respire plus.

Un éclair rose brise l’horizon.

L’homme est mort car c’est la guerre.

Le soleil revient.

L’oiseau a repris son chant mélodieux.

L’homme, lui, s’est envolé…

              

                     

Tourner la page

par Madeleine L. et  Harivelo A. (Seconde 18)

                  

Autour du feu de lecture

Des lettres de cœur,

Les odeurs de la mer classées, cataloguées

Avec les mots-poubelle

Du passé comme les vieux chagrins…

           

Le tour de manège ivre de plaisir est fini

Courir au loin puis seul

À un banc dans la nuit sans étoile

Questions, pensées, ennui :

la peur en route vers le mystère futur…

              

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