Entraînement BTS… Culture Gé… « Génération(s) » : les âges de la vie perturbés

bts2011.1284135182.jpgEntraînement BTS : « Génération(s) » + corrigé

           

Devenir adulte… Rester jeune…

« Génération Tanguy » : l’interminable « adulescence »

                  

Ce n’est pas un hasard si le terme « adulescent(e) », forgé par le psychanalyste Tony Anatrella, figure avec cent cinquante autres néologismes, dans l’édition 2010 du Petit Larousse. Voici la définition qui est donnée de ces adultes « pas grandis » ou « adolescents attardés » :
adulescent (e), n. et adj. (de adulte et adolescent). Jeune adulte qui continue à avoir un comportement comparable à celui qu’ont généralement les adolescents.
De fait, un constat s’impose : notre société serait devenue « adolescentrique », pour reprendre une expression de Tony Anatrella. Entre « syndrome Tanguy », « soirées Casimir » ou chat sur Internet, le problème est que la société des adultes, particulièrement depuis mai 68, a mal grandi, ou qu’elle a refusé de grandir, mettant en crise sa propre légitimité dans une République où les valeurs, devenues vacillantes, condamnent les adolescents à le rester. Comme le remarquait avec justesse Alain Borredon (Une jeunesse dans la crise : les nouveaux acteurs lycéens, L’Harmattan, Paris 1995, p. 194), « les enfants et les adolescents sont en train de devenir les pères et les mères de leurs parents. […] Les relations sont brouillées. La relation éducative peut s’en trouver perturbée puisque l’identité de chacun par rapport à l’autre reste vague. Un peu comme si n’existaient que des enfants ou des adolescents sans la dimension de la parenté, mais dans celle d’une monogénération : nous sommes tous frères, copains ou potes. Cette transgression de la différence des générations qui trouve son origine dans la dénégation de la parenté et de la filiation conduit à se situer tous comme des enfants dans la vie ou comme de grands adolescents ».
Dans un contexte de crise et d’instabilité sociétales, ce refus de grandir ne peut aller qu’en s’accentuant dans la mesure où, inconsciemment, grandir c’est « mourir un peu » en se soumettant à des obligations et en se dépossédant de soi. Particulièrement dans le système postindustriel qui est le nôtre, la surprotection du moi, le retranchement dans l’individualisme ou les micro-groupes et la montée en puissance de l’informatique et de la robotique ont pour corollaire la féminisation de la société et son « adulescence » : signes tangibles d’une génération pour qui l’âge adulte et a fortiori le modèle masculin de la virilité, symbolisent d’abord le spectre de la guerre, de la violence, du vieillissement et de la mort. Refuser de grandir, c’est refuser l’identité adulte ; c’est donc refuser d’accepter sa propre temporalité pour se prémunir de ses angoisses face au monde, face à soi-même, et pour rester en vie plus longtemps : « Les femmes et les enfants d’abord » pourrait-on dire ! De là l’idéofantasme du « relooking », du rajeunissement à tout prix, de la nostalgie générationnelle, si bien exploitée par le marketing (doc. 5). Refuser de grandir, c’est ainsi refuser de « risquer sa vie » par peur d’affronter le monde.
Tel est donc l’enjeu de cet entraînement ardu, tout à fait dans l’optique de l’examen, que je vous conseille de préparer très rigoureusement malgré sa difficulté : il y a certes beaucoup de documents (5 au lieu de 4 traditionnellement), et l’un est particulièrement long (le document 3) : c’est un choix délibéré de ma part, afin de s’obliger à lire rapidement et à ne sélectionner que les informations pertinentes par rapport à la problématique.
Bruno Rigolt

           

Corpus

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  • Document 5 : Petit Bateau, campagne publicitaire transgénérationnelle « Les mois » sur le thème : « Petit Bateau pour toujours« , 2009 [Pour aller plus loin : lisez impérativement l’analyse marketing (positionnement et ciblage) de la campagne sur pressemagazine.com].

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arrow.1242450507.jpg Corrigé…

  • Pour accéder au corrigé de la synthèse, cliquez ici.

arrow.1242450507.jpg Écriture personnelle

  • Être « de son temps », est-ce être « de sa génération » ?

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arrow.1242450507.jpg Documents complémentaires

"Génération Rap" Corrigé de la synthèse

bts2010b.1253099275.jpgEntraînement BTS : Génération(s)

                     

Génération Rap

Crise identitaire et nostalgie générationnelle

Corrigé de la synthèse

arrow.1242450507.jpg Pour accéder au sujet (textes du corpus), cliquez ici.     

La reconnaissance publique dont jouit actuellement le Rap tendrait à en faire un véritable phénomène de société. D’instituant et transgressif dans les années 80, il semble être devenu aujourd’hui « institué », voire « institutionnalisé ». Le corpus qui nous est présenté témoigne ainsi de cette légitimation générationnelle. Les deux premiers documents, issus de travaux universitaires, mettent l’accent sur le phénomène de reconnaissance dont bénéficie le Rap et ont pour but de combattre un certain nombre de préjugés persistants. Quant aux deux derniers documents, il s’agit de paroles de chansons par lesquelles des rappeurs célèbres, en portant un regard rétrospectif sur leur passé, tentent d’en assumer l’héritage et les contradictions. Plus fondamentalement, la vocation de ce corpus est de montrer que l’ancrage identitaire et générationnel du rap (première partie) s’est progressivement élargi et modifié (deuxième partie) au point de nourrir un discours novateur sur l’identité nationale (troisième partie).

         

À l’origine, le rap est un phénomène urbain marqué par le déracinement identitaire d’une jeunesse confrontée à l’échec des politiques d’intégration et de socialisation. L’enquête sociologique menée par Stéphanie Molinero, (Les publics du rap, éd. L’Harmattan, Paris 2006) la conduit à rappeler combien, particulièrement dans les années 80 et 90, le rap a témoigné des aspirations spécifiques des jeunes dans les quartiers populaires. Pierre-Antoine Marti, dans Rap 2 France : les mots d’une rupture identitaire (éd. L’Harmattan, Paris 2006), souligne aussi à quel point l’enracinement du Rap dans les zones urbaines sensibles en a constitué l’identifiant majeur. Cet ancrage identitaire spécifique se trouve particulièrement bien exprimé dans les chansons de La Fouine, « Rap français » (Album Mes repères, 2009) et d’IAM “Nos heures de gloire” (Album, Saison 5, 2008). C’est en effet le vocabulaire des banlieues, mais aussi l’appartenance ethnique ou groupale qui leur confère une grande partie de leur potentiel d’expressivité : ce qui prime donc quand on aborde le rap, c’est en premier lieu l’identité générationnelle.

Identité générationnelle faite de valeurs et de normes communes largement transgressives. La Fouine par exemple revient sur son enfance marquée par la précarité, l’exclusion et l’échec scolaire. On pourrait aussi citer IAM qui évoque, non sans complaisance et une certaine nostalgie, ses jeunes « heures de gloire », faites de débrouille quotidienne, de petite délinquance et d’une vie sociale la plupart du temps instable et déviante. Dans les deux cas, l’échec scolaire, les difficultés intrafamiliales amènent les jeunes à chercher des formes de reconnaissance alternative dans une socialité en réseau définie par la marginalité, la culture de groupe et la revendication d’un langage nouveau comme marqueur social. Pierre-Antoine Marti par exemple rappelle combien les rappeurs avaient « conscience de participer à un mouvement culturel à forte dimension sociale ». Dès lors, cantonner le rap à une « musique de jeunes » ne relève-t-il pas du cliché ? Entre le rap des années 80 et le rap d’aujourd’hui s’est en effet creusé un fossé générationnel qui invite à reconsidérer la culture rap.

             

Il serait assez réducteur de ne pas comprendre que le rap s’est progressivement intégré au patrimoine culturel de la France. Dans son enquête sociologique, Stéphanie Molinero montre que la massification de la culture rap et son évolution à la fin des années 2000 vers le statut d’une musique plus institutionnalisée a entraîné des ruptures progressives inter mais aussi intragénérationnelles : elle en conclut que « le rap aurait ainsi en partie perdu, en quelques années, son pouvoir unificateur auprès de la jeunesse française » pour toucher des publics plus larges. Pierre-Antoine Marti souligne quant à lui, combien le mouvement rap s’est progressivement fait l’écho d’un malaise global, qui dépasse son ancrage identitaire comme musique de jeunes. De fait, il n’est que de songer aux textes d’IAM ou de La Fouine pour comprendre comment s’est substitué à un désir de différenciation un besoin de légitimation et de reconnaissance. Les titres, « Rap français » ou « Nos heures de gloire » seraient ainsi la preuve de cette nouvelle donne sociale qui prend place dans l’espace public de la société française et dans son histoire.

De nos remarques précédentes, il ressort deux éléments essentiels : en premier lieu, le rap actuel induit un rapport à la musique et au texte qui est moins en rupture avec l’horizon d’attente traditionnel des Français : les valeurs originelles de la culture hip-hop, largement conditionnées par les luttes sociales et le refus des règles, semblent ainsi s’être affaiblies dans les chansons présentées dans le corpus au profit d’un rap dont la composante artistique et poétique est indéniable : « Allez assieds toi près d’moi / J’viens t’conter mes heures au firmament des étoiles » chante ainsi IAM. En outre, si le Rap actuel semble avoir perdu d’une certaine façon la force d’opposition ainsi que le sens de la critique ou de la revendication tel qu’on l’entendait dans les années 1990, force est de reconnaître que les textes expriment de façon profonde le sentiment identitaire complexe d’une génération qui, ayant perdu l’enthousiasme du début, se tourne sur son passé et porte un regard rétrospectif malgré tout désabusé sur elle-même. On pourrait parler dès lors de « nostalgie générationnelle » pour qualifier un mouvement de plus en plus ancré dans la culture de masse.

              

Le rap d’aujourd’hui contribue donc à définir un authentique mouvement culturel dans lequel se côtoient plusieurs classes d’âge mais aussi plusieurs classes sociales. Au terme de son enquête, Stéphanie Molinero montre par exemple combien le rap est devenu emblématique d’une grande partie de la société française et plus seulement des jeunes. Le fait par exemple que des personnes plus âgées écoutent du rap a amené à des aspirations plus consensuelles et plus homogènes qui ont engagé le mouvement dans un « processus de légitimation ». De même, Pierre-Antoine Marti rappelle combien les rappeurs, au-delà de leurs revendications identitaires, se sont fait « les symboles des profondes évolutions culturelles » de notre époque. Le rap tendrait ainsi à se définir non plus en tant qu’intégration communautaire par opposition à la société globale, mais sur un mode d’intégration sociale qui passe par le dialogue intergénérationnel : les chansons présentées sont caractéristiques de ces nouvelles aspirations, liées au processus de vieillissement de la population, mais aussi à la réhabilitation du rôle de l’adulte dans la transmission des valeurs.

Dès lors, la question qui se pose est l’insertion du mouvement dans le débat sur l’identité nationale : c’est en effet ce qui est posé à la fin de l’extrait de Rap 2 France. Plus implicitement l’enquête de Stéphanie Molinero suggère qu’il n’est plus possible de considérer le rap comme une musique de banlieue. Son travail approfondi sur l’étendue des publics qui écoutent du rap (selon l’âge, l’appartenance sociale, etc.) amène à combattre les préjugés et clichés persistants à l’encontre de cette musique, dont Pierre-Antoine Marti rappelle qu’elle constitue un « univers trop méconnu et pourtant si souvent décrié ». Les paroles des chansons de La Fouine ou d’IAM vont dans le même sens : en mettant l’accent sur la nostalgie des valeurs relationnelles, elles conduisent en effet à mieux comprendre la façon dont la “Génération Rap” se définit par rapport au passé dans la France en crise d’aujourd’hui, confrontée aux réalités institutionnelles et sociales de la mondialisation. L’intérêt du corpus amène ainsi à réfléchir aux valeurs de transmission et de partage que le mouvement Rap cherche désormais à véhiculer dans ses chansons et plus largement ses prises de position.

Bruno Rigolt

NetÉtiquette : article protégé par copyright ; la diffusion publique est autorisée sous réserve d’indiquer le nom de l’auteur ainsi que la source : http://brunorigolt.blog.lemonde.fr/

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© Bruno Rigolt, EPC mars 2010

« Génération Rap » Corrigé de la synthèse

bts2010b.1253099275.jpgEntraînement BTS : Génération(s)

                     

Génération Rap

Crise identitaire et nostalgie générationnelle

Corrigé de la synthèse

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La reconnaissance publique dont jouit actuellement le Rap tendrait à en faire un véritable phénomène de société. D’instituant et transgressif dans les années 80, il semble être devenu aujourd’hui « institué », voire « institutionnalisé ». Le corpus qui nous est présenté témoigne ainsi de cette légitimation générationnelle. Les deux premiers documents, issus de travaux universitaires, mettent l’accent sur le phénomène de reconnaissance dont bénéficie le Rap et ont pour but de combattre un certain nombre de préjugés persistants. Quant aux deux derniers documents, il s’agit de paroles de chansons par lesquelles des rappeurs célèbres, en portant un regard rétrospectif sur leur passé, tentent d’en assumer l’héritage et les contradictions. Plus fondamentalement, la vocation de ce corpus est de montrer que l’ancrage identitaire et générationnel du rap (première partie) s’est progressivement élargi et modifié (deuxième partie) au point de nourrir un discours novateur sur l’identité nationale (troisième partie).

         

À l’origine, le rap est un phénomène urbain marqué par le déracinement identitaire d’une jeunesse confrontée à l’échec des politiques d’intégration et de socialisation. L’enquête sociologique menée par Stéphanie Molinero, (Les publics du rap, éd. L’Harmattan, Paris 2006) la conduit à rappeler combien, particulièrement dans les années 80 et 90, le rap a témoigné des aspirations spécifiques des jeunes dans les quartiers populaires. Pierre-Antoine Marti, dans Rap 2 France : les mots d’une rupture identitaire (éd. L’Harmattan, Paris 2006), souligne aussi à quel point l’enracinement du Rap dans les zones urbaines sensibles en a constitué l’identifiant majeur. Cet ancrage identitaire spécifique se trouve particulièrement bien exprimé dans les chansons de La Fouine, « Rap français » (Album Mes repères, 2009) et d’IAM “Nos heures de gloire” (Album, Saison 5, 2008). C’est en effet le vocabulaire des banlieues, mais aussi l’appartenance ethnique ou groupale qui leur confère une grande partie de leur potentiel d’expressivité : ce qui prime donc quand on aborde le rap, c’est en premier lieu l’identité générationnelle.

Identité générationnelle faite de valeurs et de normes communes largement transgressives. La Fouine par exemple revient sur son enfance marquée par la précarité, l’exclusion et l’échec scolaire. On pourrait aussi citer IAM qui évoque, non sans complaisance et une certaine nostalgie, ses jeunes « heures de gloire », faites de débrouille quotidienne, de petite délinquance et d’une vie sociale la plupart du temps instable et déviante. Dans les deux cas, l’échec scolaire, les difficultés intrafamiliales amènent les jeunes à chercher des formes de reconnaissance alternative dans une socialité en réseau définie par la marginalité, la culture de groupe et la revendication d’un langage nouveau comme marqueur social. Pierre-Antoine Marti par exemple rappelle combien les rappeurs avaient « conscience de participer à un mouvement culturel à forte dimension sociale ». Dès lors, cantonner le rap à une « musique de jeunes » ne relève-t-il pas du cliché ? Entre le rap des années 80 et le rap d’aujourd’hui s’est en effet creusé un fossé générationnel qui invite à reconsidérer la culture rap.

             

Il serait assez réducteur de ne pas comprendre que le rap s’est progressivement intégré au patrimoine culturel de la France. Dans son enquête sociologique, Stéphanie Molinero montre que la massification de la culture rap et son évolution à la fin des années 2000 vers le statut d’une musique plus institutionnalisée a entraîné des ruptures progressives inter mais aussi intragénérationnelles : elle en conclut que « le rap aurait ainsi en partie perdu, en quelques années, son pouvoir unificateur auprès de la jeunesse française » pour toucher des publics plus larges. Pierre-Antoine Marti souligne quant à lui, combien le mouvement rap s’est progressivement fait l’écho d’un malaise global, qui dépasse son ancrage identitaire comme musique de jeunes. De fait, il n’est que de songer aux textes d’IAM ou de La Fouine pour comprendre comment s’est substitué à un désir de différenciation un besoin de légitimation et de reconnaissance. Les titres, « Rap français » ou « Nos heures de gloire » seraient ainsi la preuve de cette nouvelle donne sociale qui prend place dans l’espace public de la société française et dans son histoire.

De nos remarques précédentes, il ressort deux éléments essentiels : en premier lieu, le rap actuel induit un rapport à la musique et au texte qui est moins en rupture avec l’horizon d’attente traditionnel des Français : les valeurs originelles de la culture hip-hop, largement conditionnées par les luttes sociales et le refus des règles, semblent ainsi s’être affaiblies dans les chansons présentées dans le corpus au profit d’un rap dont la composante artistique et poétique est indéniable : « Allez assieds toi près d’moi / J’viens t’conter mes heures au firmament des étoiles » chante ainsi IAM. En outre, si le Rap actuel semble avoir perdu d’une certaine façon la force d’opposition ainsi que le sens de la critique ou de la revendication tel qu’on l’entendait dans les années 1990, force est de reconnaître que les textes expriment de façon profonde le sentiment identitaire complexe d’une génération qui, ayant perdu l’enthousiasme du début, se tourne sur son passé et porte un regard rétrospectif malgré tout désabusé sur elle-même. On pourrait parler dès lors de « nostalgie générationnelle » pour qualifier un mouvement de plus en plus ancré dans la culture de masse.

              

Le rap d’aujourd’hui contribue donc à définir un authentique mouvement culturel dans lequel se côtoient plusieurs classes d’âge mais aussi plusieurs classes sociales. Au terme de son enquête, Stéphanie Molinero montre par exemple combien le rap est devenu emblématique d’une grande partie de la société française et plus seulement des jeunes. Le fait par exemple que des personnes plus âgées écoutent du rap a amené à des aspirations plus consensuelles et plus homogènes qui ont engagé le mouvement dans un « processus de légitimation ». De même, Pierre-Antoine Marti rappelle combien les rappeurs, au-delà de leurs revendications identitaires, se sont fait « les symboles des profondes évolutions culturelles » de notre époque. Le rap tendrait ainsi à se définir non plus en tant qu’intégration communautaire par opposition à la société globale, mais sur un mode d’intégration sociale qui passe par le dialogue intergénérationnel : les chansons présentées sont caractéristiques de ces nouvelles aspirations, liées au processus de vieillissement de la population, mais aussi à la réhabilitation du rôle de l’adulte dans la transmission des valeurs.

Dès lors, la question qui se pose est l’insertion du mouvement dans le débat sur l’identité nationale : c’est en effet ce qui est posé à la fin de l’extrait de Rap 2 France. Plus implicitement l’enquête de Stéphanie Molinero suggère qu’il n’est plus possible de considérer le rap comme une musique de banlieue. Son travail approfondi sur l’étendue des publics qui écoutent du rap (selon l’âge, l’appartenance sociale, etc.) amène à combattre les préjugés et clichés persistants à l’encontre de cette musique, dont Pierre-Antoine Marti rappelle qu’elle constitue un « univers trop méconnu et pourtant si souvent décrié ». Les paroles des chansons de La Fouine ou d’IAM vont dans le même sens : en mettant l’accent sur la nostalgie des valeurs relationnelles, elles conduisent en effet à mieux comprendre la façon dont la “Génération Rap” se définit par rapport au passé dans la France en crise d’aujourd’hui, confrontée aux réalités institutionnelles et sociales de la mondialisation. L’intérêt du corpus amène ainsi à réfléchir aux valeurs de transmission et de partage que le mouvement Rap cherche désormais à véhiculer dans ses chansons et plus largement ses prises de position.

Bruno Rigolt

NetÉtiquette : article protégé par copyright ; la diffusion publique est autorisée sous réserve d’indiquer le nom de l’auteur ainsi que la source : http://brunorigolt.blog.lemonde.fr/

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© Bruno Rigolt, EPC mars 2010

Ecrire "édition 2010"… par les classes de Seconde 7 et Seconde 18… la suite !

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Pour la deuxième année consécutive (*), les élèves de mes classes sont fiers de vous présenter le fruit de leurs réflexions sur le rôle que revêt à leurs yeux l’écriture. Après avoir mené un important travail de recherche sur la fonction de l’écrivain, les jeunes ont souhaité mettre en ligne leur propre vision de l’écriture. Les propos, d’une grande densité intellectuelle parfois, résument non seulement leurs recherches précédentes, mais en redéfinissent les enjeux à la lumière d’un travail introspectif sur eux-mêmes : “c’est quoi écrire, pour un adolescent européen du vingt-et-unième siècle?”
(*) Voir en particulier les textes publiés le 21 janvier 2009  et le 29 janvier 2009 par la classe de Seconde 12 (année scolaire 2008-2009).
Pour voir les autres textes déjà publiés en 2010, cliquez ici.

              

Tiffany J*** (Seconde 7)

“En parlant, on dit tellement de paroles inutiles que les mots importants finissent par être noyés parmi tant d’autres… »

Le rôle premier de l’écriture, bien au-delà de sa fonction de communication, est d’échapper à un quotidien qu’on ne contrôle pas toujours. Le temps de quelques lignes et les problèmes s’en vont : on s’invente alors un univers nouveau : on rend réel des personnages. Chacun d’eux devient une facette du moi le plus intime, et l’on crée des mondes qui sont le reflet de nous-mêmes : alors nos problèmes et nos peurs disparaissent, et l’on prend du recul face aux difficultés de la vie. L’écriture me permet ainsi de m’évader dans mon propre univers, dont je détiens seule la clé. Il est parfois difficile de parler de ce que l’on ressent, au fond de nous. Tandis qu’avec l’écriture, je me retrouve dans ma bulle, coupée du monde et de ses peurs.

Je peux alors poser des mots sur la feuille : cela me permet d’éclaircir la situation. Il ne s’agit pas forcément pour moi d’écrire un journal intime ; non une histoire suffit, à travers des personnages fictifs et leur vie qui s’invente et se réinvente sous ma plume. Quand j’écris, je m’identifie à mes personnages, en les faisant évoluer : à travers la narration, j’essaie de les aider à résoudre leurs problèmes : en fait, on cherche des réponses à ses propres questions… Mais il y a un point qui me semble essentiel : quand on écrit, on doit se concentrer pour trouver le juste mot, celui qui exprime exactement ce que l’on veut dire. En parlant, on dit tellement de paroles inutiles que les mots importants finissent par être noyés parmi tant d’autres. L’écriture, elle, marque le mot d’une empreinte qui ne s’oublie jamais.

             

Émilie S*** (Seconde 7)

« C’est un peu comme si la pièce dans laquelle nous nous trouvons était aussi blanche que la feuille : sans fenêtre ni porte… »

Quand on écrit, on ne fait qu’un avec sa feuille, tout ce qu’il y a autour disparaît. Les sons, les bruits, les personnes, les objets … tout semble s’effacer, on est seul avec sa page blanche : on ne voit plus que la feuille et le crayon. C’est un peu comme si la pièce dans laquelle nous nous trouvons était aussi blanche que la feuille, sans fenêtre ni porte. Et puis, tout en écrivant, notre feuille prend de la couleur : le blanc du papier se colore de mots et de signes. La pièce se peuple d’objets, de personnages, de paysages qui en redessinent les murs à la mesure de notre imaginaire.

On est comme prisonnier dans notre histoire, on ne peut pas en sortir, mais c’est une capture stimulante : notre main ne s’arrête plus d’écrire, elle est en relation directe avec notre imagination ; elle semble écrire tout ce que peut lui dicter le cerveau. On est absorbé par ce qu’on raconte, par les personnages que l’on crée, on ressent même tous les sentiments que nos personnages éprouvent dans l’histoire. On s’invente ainsi un monde à soi, pour soi. On part en voyage dans des pays de signes et de lettres, à l’autre bout du monde… sans même bouger !

              

Angélique M*** (Seconde 7)

« C’est dans le silence de l’écriture que les sens du mot se réinventent, et qu’ils nous réinventent… »

Tout d’abord, l’écriture me permet d’exprimer mon côté créatif, moi qui serais bien incapable de peindre ou de sculpter, je peux grâce à l’écriture peindre des sentiments, sculpter des mots, des phrases ou des idées. Il n’y a pas de règles alors : je suis comme déconnectée, j’ai le pouvoir de créer un monde où rien n’est impossible. Je m’invente alors des personnages et dans leur virtualité je mets un peu de moi-même, de mon vécu et de mon réel. Mais ce voyage immobile est aussi plus facile à faire grâce aux mots écrits : la feuille est là, comme une confidente quand les mots seraient trop difficiles à prononcer.

Je peux aussi relire et corriger mon texte ! Alors les mots se réinventent, contrairement à la parole qui, une fois prononcée, ne peut plus être modifiée, tout juste déformée. De plus, un mot écrit contient souvent plus de mots que toutes les paroles réunies : c’est dans le silence de l’écriture que les sens du mot se réinventent donc, et nous réinventent : quand les choses sont confuses dans ma tête, je livre mes souvenirs à la feuille, je lui confie mes incompréhensions et mes doutes, mes émotions, mes manques : l’écriture donne un sens à la vie…

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Clémentine G*** (Seconde 7)

« Une écriture «à soi-même», «pour soi-même», serait dénuée d’intérêt : l’écriture est d’abord une forme de partage… »

Écrire, c’est refus d’oublier… L’oubli me fait peur, c’est pourquoi je ressens le besoin de mettre mes souvenirs sur le papier, pour qu’ils existent vraiment : le papier ne connaît pas l’oubli : il devient ma mémoire et mon esprit, en plus simple et plus compréhensible. Les pensées sont souvent un labyrinthe difficile à cerner, à expliquer, à comprendre. Mais les mots eux, sont visibles. Quand ils sont bien placés, ils expriment tellement d’émotions ! Et puis l’écriture, c’est l’évasion : cette écriture si simple, et pourtant si belle quand elle est maîtrisée : même la fiction peut nous amener d’ailleurs à des questionnements ; on s’identifie par exemple à un personnage, celui qui nous ressemble le plus, celui qu’on aurait aimé être.

Cette écriture qui se passe ailleurs, dans un autre monde, permet à chacun de voir différemment ce monde, puisque c’est un monde différent pour chacun : le monde de notre imaginaire. Là où sont « stockés » nos rêves et nos secrets, un monde que jamais personne ne saurait expliquer. Personnellement, j’aime écrire cet imaginaire et le confier aux autres, ce qui m’amène à l’idée de partage : une écriture « à soi-même », « pour soi-même », serait dénuée d’intérêt, tant il est vrai que l’écriture est d’abord une forme de partage : on invite les autres à sa table : on partage des sentiments, des émotions, on donne ses impressions, et on attend ainsi celles des autres en retour. Sans cet échange, l’écrit perd de son sens.

        

Samuel B*** (Seconde 7)

« L’écrivain est un bâtisseur de rêve… Chaque livre est un millier de rêves, un millier de départs, d’exils et de retours… »

L’écrivain est un bâtisseur de langage. Tout comme le bâtisseur choisit ses matériaux, l’écrivain choisit ses personnages qu’il situe dans un temps, un lieu, des actions. Son chantier est immense : il les modèle pour bâtir une histoire. Parfois, l’écriture peut naître d’un rêve : le rêve est fugitif alors que l’écriture permet de le construire : elle élève les fondations du rêve pour en garder la trace, elle construit les murs de l’histoire, et ouvre des fenêtres sur le monde pour partager avec les lecteurs.

Mais l’écrivain est aussi un bâtisseur de rêve. Il ouvre au lecteur la porte de l’évasion en l’emmenant au cœur de son imaginaire : chaque livre est un millier de rêves, un millier de départs, d’exils et de retours. Car l’écriture permet aussi un retour à la réalité : c’est-à-dire dans le monde que l’auteur s’est créé, mais cette réalité inventée par l’auteur, le lecteur la fera sienne : alors elle n’appartiendra plus à l’auteur. Il aura bâti la maison, et d’autres l’habiteront…

           

Johanna H*** (Seconde 7)

« Écrire, en prenant conscience qu’on écrit, est essentiel : l’écriture est une pensée. »

Tout a commencé avec de la terre et des pierres… Ces dessins sur les parois des cavernes ou des grottes sont la base même de l’écriture. Ou plutôt des écritures : la diversité des alphabets est telle selon les civilisations et les situations géographiques que de simples mots : lettres, dessins, symboles, idéogrammes… nous aident à comprendre notre propre histoire. L’évolution des langues nous a ainsi permis de découvrir la diversité de notre monde, c’est-à-dire son sens. Écrire, c’est donner du sens, sans ça, le monde serait profondément nihiliste : il ne se baserait que sur une seule et même façon de voir, de penser.

Les variations de l’écriture au fil des âges ont également un sens profond : on écrit d’abord pour montrer qu’on existe, pour se rappeler aussi d’où nous venons. Si la parole a un pouvoir indéniable, l’écriture est encore plus puissante parce qu’elle est une justification de notre présence aux autres, mais aussi à soi-même : écrire pour soi-même, c’est aussi écrire pour se soulager et se découvrir « autre ». Il y a tellement de façons d’écrire que cela pourrait presque en devenir banal : nous écrivons tellement « sans réfléchir » ! Sauf qu’il n’y a pas de banalité dans l’écriture : écrire, en prenant conscience qu’on écrit —par le seul fait de se sentir vivant— est essentiel : l’écriture est une pensée. Le simple fait d’écrire relève d’un acte conscient. Mais une fois posée la question « Pourquoi écrire », en vient une autre : « comment écrire » ? La réponse est enfouie au plus profond de nous…

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Aurélie V*** (Seconde 7)

« L’écriture détruit les barrières de la vie. Il n’y a plus de classes sociales avec les mots… Écrire est une délivrance. »

Écrire ce que l’on a sur le cœur, au plus profond de soi, écrire nos espoirs, nos désespoirs… Voilà le sens premier de l’écriture. Paradoxalement, il est parfois plus facile d’écrire que de parler : l’écriture est une parole différée. À l’oral par exemple, on ne réfléchit pas toujours, alors que l’écrit nous oblige à un travail sur les mots, sur la phrase, sur la syntaxe… Et ce travail amène à partager ses émotions : l’écriture détruit ainsi les barrières de la vie. Il n’y a plus de classes sociales avec les mots.

Mais pour bien écrire, il faut prendre du plaisir au mots et au texte. Écrire sous la contrainte, c’est ne pas donner du sens à l’écriture, et alors le récit sera mauvais. Mais si l’on aime écrire, alors le voyage commence : si le travail ne nous plait pas, ce n’est pas grave, on recommence : il y a d’infinis possibles dans l’écriture. Écrire, c’est ainsi réinventer les mots, et au-delà des mots, c’est réinventer la vie, donc se réinventer. Écrire est une délivrance…

         

Florian C*** (Seconde 7)

« Écrire, c’est s’inventer des mondes, créer la vie, faire évoluer tout un univers comme Dieu qui pendant six jours créa la terre… »

S’inventer des mondes, voilà le sens profond de l’écriture : s’inventer des mondes, créer la vie, faire évoluer tout un univers comme Dieu qui pendant six jours créa la terre, les mers et océans ainsi que les animaux et les végétaux : on est presque Dieu par l’écriture, on fait vivre nos personnages ou on les fait mourir, tuer, aimer, évoluer. On a ainsi un vrai pouvoir sur eux comme un roi sur ses terres en son royaume. Écrire permet ainsi de réinventer la vie réelle : je peux inventer une ou plusieurs vies, dans une ou plusieurs époques, dans un ou plusieurs lieux…

          

Lucie L*** (Seconde 7)

« L’écrivain doit immortaliser par les mots tous ces moments qui sans lui seraient perdus dans l’oubli… »

Écrire est la clé pour accéder à limaginaire. C’est un moyen de changer le monde, de le façonner selon ses désirs. Comme un peintre qui exposerait sa toile, ou un musicien qui chercherait à traduire ses sentiments avec des notes, l’écrivain crée son univers et le fait partager au lecteur. Il l’amène ainsi à se libérer des contraintes, des peurs et des dangers de la vie, en réinventant son monde : choisir un livre dans une bibliothèque ou une librairie, c’est ainsi choisir une destination, un univers.

Et c’est découvrir un nouveau monde : le lecteur se retrouve parfois sur une planète lointaine à vivre des aventures fantastiques créées de toutes pièces par la magie du langage, l’entrechoquement des mots et des phrases. L’écriture est donc pour moi un moyen de graver des événements, de sculpter des pensées. Comme l’artiste, il lui appartient d’immortaliser par les mots tous ces moments qui sans lui seraient perdus dans l’oubli…

Les autres textes seront publiés prochainement.
© Les auteur(e)s, LEF/EPC (mars 2010)

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Ecrire « édition 2010″… par les classes de Seconde 7 et Seconde 18… la suite !

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Pour la deuxième année consécutive (*), les élèves de mes classes sont fiers de vous présenter le fruit de leurs réflexions sur le rôle que revêt à leurs yeux l’écriture. Après avoir mené un important travail de recherche sur la fonction de l’écrivain, les jeunes ont souhaité mettre en ligne leur propre vision de l’écriture. Les propos, d’une grande densité intellectuelle parfois, résument non seulement leurs recherches précédentes, mais en redéfinissent les enjeux à la lumière d’un travail introspectif sur eux-mêmes : “c’est quoi écrire, pour un adolescent européen du vingt-et-unième siècle?”
(*) Voir en particulier les textes publiés le 21 janvier 2009  et le 29 janvier 2009 par la classe de Seconde 12 (année scolaire 2008-2009).
Pour voir les autres textes déjà publiés en 2010, cliquez ici.

              

Tiffany J*** (Seconde 7)

“En parlant, on dit tellement de paroles inutiles que les mots importants finissent par être noyés parmi tant d’autres… »

Le rôle premier de l’écriture, bien au-delà de sa fonction de communication, est d’échapper à un quotidien qu’on ne contrôle pas toujours. Le temps de quelques lignes et les problèmes s’en vont : on s’invente alors un univers nouveau : on rend réel des personnages. Chacun d’eux devient une facette du moi le plus intime, et l’on crée des mondes qui sont le reflet de nous-mêmes : alors nos problèmes et nos peurs disparaissent, et l’on prend du recul face aux difficultés de la vie. L’écriture me permet ainsi de m’évader dans mon propre univers, dont je détiens seule la clé. Il est parfois difficile de parler de ce que l’on ressent, au fond de nous. Tandis qu’avec l’écriture, je me retrouve dans ma bulle, coupée du monde et de ses peurs.

Je peux alors poser des mots sur la feuille : cela me permet d’éclaircir la situation. Il ne s’agit pas forcément pour moi d’écrire un journal intime ; non une histoire suffit, à travers des personnages fictifs et leur vie qui s’invente et se réinvente sous ma plume. Quand j’écris, je m’identifie à mes personnages, en les faisant évoluer : à travers la narration, j’essaie de les aider à résoudre leurs problèmes : en fait, on cherche des réponses à ses propres questions… Mais il y a un point qui me semble essentiel : quand on écrit, on doit se concentrer pour trouver le juste mot, celui qui exprime exactement ce que l’on veut dire. En parlant, on dit tellement de paroles inutiles que les mots importants finissent par être noyés parmi tant d’autres. L’écriture, elle, marque le mot d’une empreinte qui ne s’oublie jamais.

             

Émilie S*** (Seconde 7)

« C’est un peu comme si la pièce dans laquelle nous nous trouvons était aussi blanche que la feuille : sans fenêtre ni porte… »

Quand on écrit, on ne fait qu’un avec sa feuille, tout ce qu’il y a autour disparaît. Les sons, les bruits, les personnes, les objets … tout semble s’effacer, on est seul avec sa page blanche : on ne voit plus que la feuille et le crayon. C’est un peu comme si la pièce dans laquelle nous nous trouvons était aussi blanche que la feuille, sans fenêtre ni porte. Et puis, tout en écrivant, notre feuille prend de la couleur : le blanc du papier se colore de mots et de signes. La pièce se peuple d’objets, de personnages, de paysages qui en redessinent les murs à la mesure de notre imaginaire.

On est comme prisonnier dans notre histoire, on ne peut pas en sortir, mais c’est une capture stimulante : notre main ne s’arrête plus d’écrire, elle est en relation directe avec notre imagination ; elle semble écrire tout ce que peut lui dicter le cerveau. On est absorbé par ce qu’on raconte, par les personnages que l’on crée, on ressent même tous les sentiments que nos personnages éprouvent dans l’histoire. On s’invente ainsi un monde à soi, pour soi. On part en voyage dans des pays de signes et de lettres, à l’autre bout du monde… sans même bouger !

              

Angélique M*** (Seconde 7)

« C’est dans le silence de l’écriture que les sens du mot se réinventent, et qu’ils nous réinventent… »

Tout d’abord, l’écriture me permet d’exprimer mon côté créatif, moi qui serais bien incapable de peindre ou de sculpter, je peux grâce à l’écriture peindre des sentiments, sculpter des mots, des phrases ou des idées. Il n’y a pas de règles alors : je suis comme déconnectée, j’ai le pouvoir de créer un monde où rien n’est impossible. Je m’invente alors des personnages et dans leur virtualité je mets un peu de moi-même, de mon vécu et de mon réel. Mais ce voyage immobile est aussi plus facile à faire grâce aux mots écrits : la feuille est là, comme une confidente quand les mots seraient trop difficiles à prononcer.

Je peux aussi relire et corriger mon texte ! Alors les mots se réinventent, contrairement à la parole qui, une fois prononcée, ne peut plus être modifiée, tout juste déformée. De plus, un mot écrit contient souvent plus de mots que toutes les paroles réunies : c’est dans le silence de l’écriture que les sens du mot se réinventent donc, et nous réinventent : quand les choses sont confuses dans ma tête, je livre mes souvenirs à la feuille, je lui confie mes incompréhensions et mes doutes, mes émotions, mes manques : l’écriture donne un sens à la vie…

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Clémentine G*** (Seconde 7)

« Une écriture «à soi-même», «pour soi-même», serait dénuée d’intérêt : l’écriture est d’abord une forme de partage… »

Écrire, c’est refus d’oublier… L’oubli me fait peur, c’est pourquoi je ressens le besoin de mettre mes souvenirs sur le papier, pour qu’ils existent vraiment : le papier ne connaît pas l’oubli : il devient ma mémoire et mon esprit, en plus simple et plus compréhensible. Les pensées sont souvent un labyrinthe difficile à cerner, à expliquer, à comprendre. Mais les mots eux, sont visibles. Quand ils sont bien placés, ils expriment tellement d’émotions ! Et puis l’écriture, c’est l’évasion : cette écriture si simple, et pourtant si belle quand elle est maîtrisée : même la fiction peut nous amener d’ailleurs à des questionnements ; on s’identifie par exemple à un personnage, celui qui nous ressemble le plus, celui qu’on aurait aimé être.

Cette écriture qui se passe ailleurs, dans un autre monde, permet à chacun de voir différemment ce monde, puisque c’est un monde différent pour chacun : le monde de notre imaginaire. Là où sont « stockés » nos rêves et nos secrets, un monde que jamais personne ne saurait expliquer. Personnellement, j’aime écrire cet imaginaire et le confier aux autres, ce qui m’amène à l’idée de partage : une écriture « à soi-même », « pour soi-même », serait dénuée d’intérêt, tant il est vrai que l’écriture est d’abord une forme de partage : on invite les autres à sa table : on partage des sentiments, des émotions, on donne ses impressions, et on attend ainsi celles des autres en retour. Sans cet échange, l’écrit perd de son sens.

        

Samuel B*** (Seconde 7)

« L’écrivain est un bâtisseur de rêve… Chaque livre est un millier de rêves, un millier de départs, d’exils et de retours… »

L’écrivain est un bâtisseur de langage. Tout comme le bâtisseur choisit ses matériaux, l’écrivain choisit ses personnages qu’il situe dans un temps, un lieu, des actions. Son chantier est immense : il les modèle pour bâtir une histoire. Parfois, l’écriture peut naître d’un rêve : le rêve est fugitif alors que l’écriture permet de le construire : elle élève les fondations du rêve pour en garder la trace, elle construit les murs de l’histoire, et ouvre des fenêtres sur le monde pour partager avec les lecteurs.

Mais l’écrivain est aussi un bâtisseur de rêve. Il ouvre au lecteur la porte de l’évasion en l’emmenant au cœur de son imaginaire : chaque livre est un millier de rêves, un millier de départs, d’exils et de retours. Car l’écriture permet aussi un retour à la réalité : c’est-à-dire dans le monde que l’auteur s’est créé, mais cette réalité inventée par l’auteur, le lecteur la fera sienne : alors elle n’appartiendra plus à l’auteur. Il aura bâti la maison, et d’autres l’habiteront…

           

Johanna H*** (Seconde 7)

« Écrire, en prenant conscience qu’on écrit, est essentiel : l’écriture est une pensée. »

Tout a commencé avec de la terre et des pierres… Ces dessins sur les parois des cavernes ou des grottes sont la base même de l’écriture. Ou plutôt des écritures : la diversité des alphabets est telle selon les civilisations et les situations géographiques que de simples mots : lettres, dessins, symboles, idéogrammes… nous aident à comprendre notre propre histoire. L’évolution des langues nous a ainsi permis de découvrir la diversité de notre monde, c’est-à-dire son sens. Écrire, c’est donner du sens, sans ça, le monde serait profondément nihiliste : il ne se baserait que sur une seule et même façon de voir, de penser.

Les variations de l’écriture au fil des âges ont également un sens profond : on écrit d’abord pour montrer qu’on existe, pour se rappeler aussi d’où nous venons. Si la parole a un pouvoir indéniable, l’écriture est encore plus puissante parce qu’elle est une justification de notre présence aux autres, mais aussi à soi-même : écrire pour soi-même, c’est aussi écrire pour se soulager et se découvrir « autre ». Il y a tellement de façons d’écrire que cela pourrait presque en devenir banal : nous écrivons tellement « sans réfléchir » ! Sauf qu’il n’y a pas de banalité dans l’écriture : écrire, en prenant conscience qu’on écrit —par le seul fait de se sentir vivant— est essentiel : l’écriture est une pensée. Le simple fait d’écrire relève d’un acte conscient. Mais une fois posée la question « Pourquoi écrire », en vient une autre : « comment écrire » ? La réponse est enfouie au plus profond de nous…

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Aurélie V*** (Seconde 7)

« L’écriture détruit les barrières de la vie. Il n’y a plus de classes sociales avec les mots… Écrire est une délivrance. »

Écrire ce que l’on a sur le cœur, au plus profond de soi, écrire nos espoirs, nos désespoirs… Voilà le sens premier de l’écriture. Paradoxalement, il est parfois plus facile d’écrire que de parler : l’écriture est une parole différée. À l’oral par exemple, on ne réfléchit pas toujours, alors que l’écrit nous oblige à un travail sur les mots, sur la phrase, sur la syntaxe… Et ce travail amène à partager ses émotions : l’écriture détruit ainsi les barrières de la vie. Il n’y a plus de classes sociales avec les mots.

Mais pour bien écrire, il faut prendre du plaisir au mots et au texte. Écrire sous la contrainte, c’est ne pas donner du sens à l’écriture, et alors le récit sera mauvais. Mais si l’on aime écrire, alors le voyage commence : si le travail ne nous plait pas, ce n’est pas grave, on recommence : il y a d’infinis possibles dans l’écriture. Écrire, c’est ainsi réinventer les mots, et au-delà des mots, c’est réinventer la vie, donc se réinventer. Écrire est une délivrance…

         

Florian C*** (Seconde 7)

« Écrire, c’est s’inventer des mondes, créer la vie, faire évoluer tout un univers comme Dieu qui pendant six jours créa la terre… »

S’inventer des mondes, voilà le sens profond de l’écriture : s’inventer des mondes, créer la vie, faire évoluer tout un univers comme Dieu qui pendant six jours créa la terre, les mers et océans ainsi que les animaux et les végétaux : on est presque Dieu par l’écriture, on fait vivre nos personnages ou on les fait mourir, tuer, aimer, évoluer. On a ainsi un vrai pouvoir sur eux comme un roi sur ses terres en son royaume. Écrire permet ainsi de réinventer la vie réelle : je peux inventer une ou plusieurs vies, dans une ou plusieurs époques, dans un ou plusieurs lieux…

          

Lucie L*** (Seconde 7)

« L’écrivain doit immortaliser par les mots tous ces moments qui sans lui seraient perdus dans l’oubli… »

Écrire est la clé pour accéder à limaginaire. C’est un moyen de changer le monde, de le façonner selon ses désirs. Comme un peintre qui exposerait sa toile, ou un musicien qui chercherait à traduire ses sentiments avec des notes, l’écrivain crée son univers et le fait partager au lecteur. Il l’amène ainsi à se libérer des contraintes, des peurs et des dangers de la vie, en réinventant son monde : choisir un livre dans une bibliothèque ou une librairie, c’est ainsi choisir une destination, un univers.

Et c’est découvrir un nouveau monde : le lecteur se retrouve parfois sur une planète lointaine à vivre des aventures fantastiques créées de toutes pièces par la magie du langage, l’entrechoquement des mots et des phrases. L’écriture est donc pour moi un moyen de graver des événements, de sculpter des pensées. Comme l’artiste, il lui appartient d’immortaliser par les mots tous ces moments qui sans lui seraient perdus dans l’oubli…

Les autres textes seront publiés prochainement.
© Les auteur(e)s, LEF/EPC (mars 2010)

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Concours de Slam TV5Monde/Grand Corps Malade

Concours de Slam

57_vignette_slam_160_140.1267330596.jpgDis-moi dix mots dans tous les slams…

À l’occasion de la Semaine de la langue française et de la Francophonie, TV5Monde organise un grand concours de Slam ! Une seule contrainte doit être respectée : votre texte doit pouvoir être slammé et contenir obligatoirement les 10 mots suivants : « baladeur, cheval de Troie, crescendo, escagasser, galère, mentor, mobile, remue-méninges, variante, zapper ». Un jury sélectionnera les dix meilleurs textes. Grand corps malade qui participera à la sélection, annoncera le texte gagnant lors de l’émission « L’Invité » diffusée le 24 mars sur TV5MONDE !

Vos candidatures doivent impérativement parvenir avant le 15 mars. Règlement du concours et inscriptions :  www.tv5monde.com/slam

Je vous conseille également d’aller visiter les pages que le ministère de la Culture et de la Communication a consacrées au Slam en cliquant sur l’image ci-dessous :

Concours d'expression orale 2010

Concours d’expression orale…

Entraînements et conseils

Pour la troisième année, le Lycée en Forêt en partenariat avec le Rotary International propose un concours d’art oratoire qui aura lieu début mars 2009. Si vous aimez prendre la parole, saisissez cette occasion unique de vous exprimer à l’oral face à un public (des professionnels et quelques profs du Lycée). Attention : le nombre de places étant limité, les inscriptions sont presque closes : ne tardez pas à rapporter vos bulletins d’inscription !
         
Le déroulement de l’épreuve…

Le jour de l’épreuve, vous aurez le choix entre 4 sujets imposés. Après avoir pris connaissance des sujets, vous n’en retiendrez qu’un seul, que vous préparerez sur place en 30 minutes exactement. Les sujets proposés portent sur des questions de culture générale (Économie et Société, littérature et philosophie, sciences et techniques, et pour la demi-finale des sujets “inclassables”, faisant davantage appel à vos capacités d’originalité).

Votre prestation doit durer 5 minutes au moins ! Le jury attend évidemment des exposés argumentés et réfléchis, ce qui n’empêche nullement l’improvisation : mettez-vous en scène, interpellez votre public un peu comme un acteur “qui fait son numéro”! Pourquoi pas du Slam si vous en avez le talent ? Rien n’est pire qu’un exposé lu de façon monocorde : surprenez le jury !

Le barème d’évaluation :
  1. L’art oratoire et l’éloquence (10 points);
  2. La rhétorique : l’art du “discours”, la qualité de vos arguments et de vos exemples (10 points).
  1. L’art oratoire touche à “l’art de bien parler”. Un orateur persuasif est celui qui sait s’exprimer avec aisance et clarté, moduler le son de sa voix afin d’éviter la monotonie par exemple. La capacité d’émouvoir, de persuader par la parole sont donc essentielles. Au niveau de l’évaluation, la diction est fondamentale puisque vous devez persuader d’abord par la parole! Ne négligez surtout pas le travail sur la langue : c’est ce qu’on appelle l’élocution, c’est-à-dire le choix du style. Par exemple, l’emploi de figures de rhétorique semble tout indiqué : métaphores, comparaisons, interpellation de votre auditoire, interrogations oratoires, etc.

  2. La rhétorique, c’est l’art du discours. Vous avez toutes et tous déjà travaillé sur l’écrit d’invention : cela va vous servir pour le concours ! L’invention, au sens étymologique (du latin “inventio”) est la capacité de savoir construire un projet, c’est-à-dire de convaincre en organisant votre propos. Vous serez donc noté sur la manière dont vous avez disposé vos idées, structuré votre parcours argumentatif. Pensez à utiliser les procédés propres au discours (choix des arguments, des exemples, des techniques de persuasion, techniques d’amplification, voire de dramatisation) en rapport avec le sujet.

Seize exemples de sujets entièrement inédits (dans l’esprit du Concours) :
  • Histoire et société : 1) Réussir sa vie, c’est être riche de… 2) La mondialisation : chance ou péril ? 3) Pensez-vous qu’il faut réinventer un nouveau modèle social pour notre monde ? 4) C’est quoi, un « faiseur d’histoire(s) » ?
  • Littérature et Philosophie : 1) C’est quoi, être libre ? 2) Quel est l’avantage d’apprendre le Français dans le monde contemporain ? 3) La violence est-elle une force ou une faiblesse ? 4) Et si le plus beau voyage était un voyage immobile ?
  • Sciences et Techniques : 1) Les robots “humanoïdes” sont de plus en plus répandus dans le monde : faut-il en avoir peur ? 2) Comment se dérouleront les cours au Lycée en 2050 ? 3) Le progrès… C’est mieux quand ça s’arrête ? 4) La morale est-elle l’ennemie du progrès ?
  • Sujets “atypiques” : 1) Pourquoi est-ce blanc plutôt que noir ? 2) C’est quoi un “po-aime” ? 3) Faites votre éloge. 4) Faire le tour du monde ou faire un tour ?

Savoir prendre la parole en public… une exigence indispensable pour votre vie future

Au-delà de ce concours, vous verrez combien votre vie scolaire (à commencer par l’oral du Bac) vous amènera de plus en plus à devoir prendre la parole en public. Un très grand nombre de formations (BTS, DUT, Grandes Écoles de Commerce ou d’Administration, licences, masters…) conditionnent l’inscription définitive (outre les résultats scolaires) à la réussite d’un entretien de sélection dans lequel la motivation mais aussi la prise de parole en public sont déterminants. Certains oraux, comme celui d’HEC par exemple, se passent non seulement devant un public, mais dans le cadre d’un entretien à plusieurs : le candidat retenu étant celui qui aura su imposer son leadership et son charisme face à d’autres étudiants ! 

Quant à la vie professionnelle, vous verrez que les entreprises multiplient les occasions de devoir prendre la parole en public : beaucoup d’entretiens d’embauche sont en fait des entretiens de groupe ! Cas de figure classique : plusieurs candidats sont réunis ensemble autour d’un recruteur qui observe les réactions : untel qui aura du leadership saura se mettre en avant… Tel autre parlera pour ne rien dire… Celui-ci saura gérer son capital émotionnel tandis qu’un autre répondra correctement mais ne maîtrisera pas sa voix…

Les compétences requises pour le concours…

La prise de parole en public requiert plusieurs compétences. Voici quelques conseils pour affronter l’épreuve…

  1. Commencez d’abord à vous préparer “physiquement” à la prise de parole. Choisissez avec soin votre tenue ce jour-là : certes, ce n’est pas un défilé de mode, mais vous parlerez d’autant mieux que vous vous sentirez à l’aise dans vos vêtements. N’oubliez pas non plus que la principale difficulté… C’est vous : donc inutile de vous mettre trop la pression avant! Soyez sûr(e) de vous : partez gagnant(e) en vous disant que de toute façon vous n’avez strictement rien à perdre. Dès que vous rentrez, pensez aussi à dire Bonjour ! Cela paraît évident mais parfois, avec le trac…
  2. Regardez votre public. N’oubliez pas non plus que même si une personne du jury ne semble pas faire attention à votre présence quand vous parlez, cela ne veut rien dire : elle donnera un avis sur vous juste après votre départ. Donc regardez tout le monde (et pas seulement une seule personne parce qu’elle vous aura regardé(e) avec bienveillance ou parce que vous la connaissez (votre prof par exemple). Veillez également à vous tenir correctement : inutile de se raidir, mais il ne faut pas non plus être avachi !

  3. Improviser… Mais pas trop ! Bien sûr, le concours exige une certaine part d’improvisation, mais n’en faites pas trop non plus, car cela risquerait de vous entraîner sur un terrain parfois glissant, en particulier au niveau de la maîtrise du non-verbal (la gestuelle) : quand on improvise, on a tendance à “théâtraliser” un peu trop parfois : en libérant la parole, on libère trop ses gestes et on en arrive à “gesticuler”. Donc, gardez toujours une certaine distance en essayant d’articuler au mieux le geste et les registres de langue que vous allez employer (didactique, comique, lyrique, etc.)

  4. S’entraîner avec… une glace et un MP3 ! Voici un excellent exercice qui vous permettra de vérifier que vous maîtrisez votre voix et votre respiration lors de la prise de parole : chez vous, essayez en vous regardant obligatoirement devant une glace (une grande : celle de la salle de bain fera l’affaire!) de parler HAUT et FORT. L’exercice d’entraînement que je vous propose consiste à lire un texte neutre (une définition de cours par exemple, comme ça vous ne perdez pas de temps) en regardant le moins possible votre support et en vous fixant le plus possible dans la glace. Relisez plusieurs fois votre texte en variant l’intonation (neutralité, colère, joie, rire, émotion, interpellation, etc.). Si possible, enregistrez-vous avec un MP3 et écoutez ce que ça donne afin de corriger les petits problèmes (placement de la voix par exemple). Prenez ensuite un sujet au hasard : accordez-vous 20 minutes de préparation et lancez-vous, sans lire vos notes (vous pouvez même vous entraîner dans les transports en commun pour la recherche des arguments) : essayez de trouver des idées créatives, originales, et faites si possible votre exposé devant d’autres personnes : des copains ou des copines, la famille, etc. afin de vous confronter à un public. Si vous êtes seul chez vous, mettez-vous devant une glace et parlez HAUT et FORT en vous obligeant à parler tout en vous regardant.

L’organisation de l’exposé

Un problème qui se pose souvent aux candidat(e)s tient à l’organisation de l’exposé oral.  Avec le stress, et en cherchant à improviser, on fait moins attention à structurer le plan, de là certains discours qui partent dans tous les sens, sans suivre une logique de progression. Dès que vous aurez sélectionné votre sujet, et commencé à choisir vos idées, je vous conseille de vous poser les questions suivantes : “Qu’est-ce que je veux prouver exactement ?”, “D’où est-ce que je vais partir… Pour parvenir où ?” Veillez à structurer votre parcours analytique ou argumentatif : oral ne veut pas dire désordre, bien au contraire ! Choisissez une idée directrice, c’est-à-dire le thème central à partir duquel vous organiserez votre démonstration. Evitez de trop multiplier les questionnements, qui risquent de faire perdre de vue le principe d’organisation logique de votre exposé.

Pensez par ailleurs aux transitions quand vous enchaînez les idées entre elles. Concernant les citations, elles sont toujours utiles dans un exposé, à la condition de les choisir à bon escient et de ne pas les multiplier, afin d’éviter la lourdeur encyclopédique. D’expérience, j’ai constaté que de nombreux candidats avaient tendance à bâcler leur conclusion, sans doute par stress, émotion ou désir d’en finir ? Toujours est-il que c’est le meilleur moyen d’abaisser votre note. La conclusion se prépare dès l’élaboration du plan : elle ne consiste surtout pas à résumer le développement, ni à reproduire le plan annoncé : essayez de reformuler les idées en mettant en valeur l’évolution de votre pensée, et en élargissant si possible  ou en proposant une “chute” originale. Vous devez soigner particulièrement la conclusion puisqu’elle est le dernier élément que le jury aura encore à l’esprit au moment d’évaluer votre exposé.

La stratégie de la “première minute”

N’oubliez pas d’introduire votre discours par une accroche susceptible d’attirer l’attention de l’audience : particulièrement dans un exposé court (5 minutes) l’entrée en matière est capitale : vous devez donc amener le sujet de manière originale, inattendue. Dès votre introduction (qui doit être brève), essayez d’accrocher le jury, par exemple en utilisant une citation originale, une anecdote, un questionnement. Si vous avez choisi un sujet plaisant, pourquoi ne pas employer l’apostrophe qui consiste à interpeller : “C’est à toi que je m’adresse, Jury tout puissant !” Le but étant de capter l’attention, sachez exploiter les figures de style. L’accumulation peut se révéler très utile quand on cherche à créer un effet d’insistance en multipliant les mots voisins : «  Chiffonné, brisé, maltraité, fracturé… Que dis-je : disloqué… Voilà bien le portrait de l’homo œconomicus  moderne. Primate prétendu rationnel, logique, normalisé, standardisé… ». L’accumulation des participes passés ou des adjectifs crée ici un effet d’insistance. Le procédé assez proche de l’anaphore est également intéressant dans un exposé oral, la répétition d’un même mot au début d’une série de phrases permettant de renforcer l’idée : “notre monde de guerres, notre monde de violence, de non-sens et de différences, notre monde pourrait-il être un autre monde, un véritable… “notre” monde… Tant il est vrai que la terre est ce que nous en faisons” Ici la répétition de l’expression “notre monde”, et le jeu sur les correspondances sonores (violence/sens/différences ; autre/notre) amènent à un style assez lyrique qui peut convenir pour une conclusion par exemple. 

Exploitez vos connaissances scolaires
N’oubliez pas non plus certains procédés de détournement : le pastiche et surtout la parodie sont un moyen d’exploiter astucieusement vos connaissances scolaires. Voici deux exemples :

  1. Qui ne connaît pas cette envolée lyrique du général de Gaulle, aux premières heures de la libération de Paris, le 25 août 1944 : “Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré !” Un détournement de cette gradation ternaire archi connue peut constituer une bonne accroche, en jouant sur l’anachronisme : “l’escargot de Bourgogne outragé ! l’escargot brisé ! l’escargot martyrisé ! Mais l’escargot libéré ! Fuyez : ail et persil, Hors de ma vue : beurre, poêle et cocottes !”

  2. Deuxième exemple : un pastiche du fameux « Lac » de Lamartine : ce texte lyrique qui figure parmi les plus belles pages de la poésie se révèle du fait de sa célébrité très intéressant dans le cadre d’un pastiche : “Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages, /Dans la nuit éternelle emportés sans retour, /Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges /Jeter l’ancre un seul jour ?”… “Ainsi, toujours poussés vers des travaux de Maths ou de Grammaire /Dans la nuit éternelle emportés sans retour, /Ne pourrons-nous jamais pendant l’année scolaire/ Poser la plume un seul jour ?” L’anachronisme, quand il est voulu, est donc un excellent moyen de capter l’attention si le sujet le permet.

Quelques conseils pour terminer…
  1. D’abord, essayez de traiter chaque jour un sujet.
  2. Restez “cool” : contrairement aux idées reçues, ce n’est pas en stressant que vous réussirez mieux, bien au contraire !
  3. Le jour de l’épreuve, choisissez avec soin votre sujet. Attention aux thèmes qui vous paraissent “faciles” : on a tendance souvent à les choisir car ils paraissent proches de nos préoccupations. Or, on n’a pas forcément grand chose à dire sur un thème qui nous plaît… Donc soyez vigilants! Un sujet qui semble ardu au départ est parfois plus facile à traiter qu’il n’y paraît!

  4. Dès que vous avez choisi votre sujet, identifiez précisément le Thème, la Problématique, les Limites du sujet (il ne faut pas vous en écarter) ainsi que les Consignes qui vous sont demandées. Rappelez-vous ces quatre lettres pendant que vous préparez : TPLC (Thème, Problématique, Limites, Consigne).

  5. Soyez « psychologue » : essayez de percevoir pendant que vous préparez ce qu’on attend de vous. Dites-vous : “en me voyant et en m’écoutant, qu’est-ce qu’on appréciera chez moi?”, et ”À quoi faut-il que je fasse attention?”

  6. Pas d’erreur de casting : adoptez une tenue dans laquelle vous vous sentez le plus à l’aise !

  7. Parlez HAUT et FORT : inutile d’ameuter le CDI certes, mais attention aux discours inaudibles, à un débit trop rapide, etc. Rien de pire pour abaisser une note !

  8. Sachez vous “vendre”. Vous n’avez rien à perdre de toute façon, alors donnez le maximum ! Mettez-vous en valeur ! Soyez fier(e) de vous ! Ne vous diminuez pas (vous êtes au Lycée en Forêt non? Alors !)

  9. Regardez TOUS les interlocuteurs, et pas seulement une personne que vous connaissez : multipliez vos regards vers toute l’assistance !

  10. Ne renoncez jamais ! Allez jusqu’au bout de l’épreuve !

Bonne chance à toutes et à tous !

Concours d’expression orale 2010

Concours d’expression orale…

Entraînements et conseils

Pour la troisième année, le Lycée en Forêt en partenariat avec le Rotary International propose un concours d’art oratoire qui aura lieu début mars 2009. Si vous aimez prendre la parole, saisissez cette occasion unique de vous exprimer à l’oral face à un public (des professionnels et quelques profs du Lycée). Attention : le nombre de places étant limité, les inscriptions sont presque closes : ne tardez pas à rapporter vos bulletins d’inscription !
         
Le déroulement de l’épreuve…

Le jour de l’épreuve, vous aurez le choix entre 4 sujets imposés. Après avoir pris connaissance des sujets, vous n’en retiendrez qu’un seul, que vous préparerez sur place en 30 minutes exactement. Les sujets proposés portent sur des questions de culture générale (Économie et Société, littérature et philosophie, sciences et techniques, et pour la demi-finale des sujets “inclassables”, faisant davantage appel à vos capacités d’originalité).

Votre prestation doit durer 5 minutes au moins ! Le jury attend évidemment des exposés argumentés et réfléchis, ce qui n’empêche nullement l’improvisation : mettez-vous en scène, interpellez votre public un peu comme un acteur “qui fait son numéro”! Pourquoi pas du Slam si vous en avez le talent ? Rien n’est pire qu’un exposé lu de façon monocorde : surprenez le jury !

Le barème d’évaluation :
  1. L’art oratoire et l’éloquence (10 points);
  2. La rhétorique : l’art du “discours”, la qualité de vos arguments et de vos exemples (10 points).
  1. L’art oratoire touche à “l’art de bien parler”. Un orateur persuasif est celui qui sait s’exprimer avec aisance et clarté, moduler le son de sa voix afin d’éviter la monotonie par exemple. La capacité d’émouvoir, de persuader par la parole sont donc essentielles. Au niveau de l’évaluation, la diction est fondamentale puisque vous devez persuader d’abord par la parole! Ne négligez surtout pas le travail sur la langue : c’est ce qu’on appelle l’élocution, c’est-à-dire le choix du style. Par exemple, l’emploi de figures de rhétorique semble tout indiqué : métaphores, comparaisons, interpellation de votre auditoire, interrogations oratoires, etc.

  2. La rhétorique, c’est l’art du discours. Vous avez toutes et tous déjà travaillé sur l’écrit d’invention : cela va vous servir pour le concours ! L’invention, au sens étymologique (du latin “inventio”) est la capacité de savoir construire un projet, c’est-à-dire de convaincre en organisant votre propos. Vous serez donc noté sur la manière dont vous avez disposé vos idées, structuré votre parcours argumentatif. Pensez à utiliser les procédés propres au discours (choix des arguments, des exemples, des techniques de persuasion, techniques d’amplification, voire de dramatisation) en rapport avec le sujet.

Seize exemples de sujets entièrement inédits (dans l’esprit du Concours) :
  • Histoire et société : 1) Réussir sa vie, c’est être riche de… 2) La mondialisation : chance ou péril ? 3) Pensez-vous qu’il faut réinventer un nouveau modèle social pour notre monde ? 4) C’est quoi, un « faiseur d’histoire(s) » ?
  • Littérature et Philosophie : 1) C’est quoi, être libre ? 2) Quel est l’avantage d’apprendre le Français dans le monde contemporain ? 3) La violence est-elle une force ou une faiblesse ? 4) Et si le plus beau voyage était un voyage immobile ?
  • Sciences et Techniques : 1) Les robots “humanoïdes” sont de plus en plus répandus dans le monde : faut-il en avoir peur ? 2) Comment se dérouleront les cours au Lycée en 2050 ? 3) Le progrès… C’est mieux quand ça s’arrête ? 4) La morale est-elle l’ennemie du progrès ?
  • Sujets “atypiques” : 1) Pourquoi est-ce blanc plutôt que noir ? 2) C’est quoi un “po-aime” ? 3) Faites votre éloge. 4) Faire le tour du monde ou faire un tour ?

Savoir prendre la parole en public… une exigence indispensable pour votre vie future

Au-delà de ce concours, vous verrez combien votre vie scolaire (à commencer par l’oral du Bac) vous amènera de plus en plus à devoir prendre la parole en public. Un très grand nombre de formations (BTS, DUT, Grandes Écoles de Commerce ou d’Administration, licences, masters…) conditionnent l’inscription définitive (outre les résultats scolaires) à la réussite d’un entretien de sélection dans lequel la motivation mais aussi la prise de parole en public sont déterminants. Certains oraux, comme celui d’HEC par exemple, se passent non seulement devant un public, mais dans le cadre d’un entretien à plusieurs : le candidat retenu étant celui qui aura su imposer son leadership et son charisme face à d’autres étudiants ! 

Quant à la vie professionnelle, vous verrez que les entreprises multiplient les occasions de devoir prendre la parole en public : beaucoup d’entretiens d’embauche sont en fait des entretiens de groupe ! Cas de figure classique : plusieurs candidats sont réunis ensemble autour d’un recruteur qui observe les réactions : untel qui aura du leadership saura se mettre en avant… Tel autre parlera pour ne rien dire… Celui-ci saura gérer son capital émotionnel tandis qu’un autre répondra correctement mais ne maîtrisera pas sa voix…

Les compétences requises pour le concours…

La prise de parole en public requiert plusieurs compétences. Voici quelques conseils pour affronter l’épreuve…

  1. Commencez d’abord à vous préparer “physiquement” à la prise de parole. Choisissez avec soin votre tenue ce jour-là : certes, ce n’est pas un défilé de mode, mais vous parlerez d’autant mieux que vous vous sentirez à l’aise dans vos vêtements. N’oubliez pas non plus que la principale difficulté… C’est vous : donc inutile de vous mettre trop la pression avant! Soyez sûr(e) de vous : partez gagnant(e) en vous disant que de toute façon vous n’avez strictement rien à perdre. Dès que vous rentrez, pensez aussi à dire Bonjour ! Cela paraît évident mais parfois, avec le trac…
  2. Regardez votre public. N’oubliez pas non plus que même si une personne du jury ne semble pas faire attention à votre présence quand vous parlez, cela ne veut rien dire : elle donnera un avis sur vous juste après votre départ. Donc regardez tout le monde (et pas seulement une seule personne parce qu’elle vous aura regardé(e) avec bienveillance ou parce que vous la connaissez (votre prof par exemple). Veillez également à vous tenir correctement : inutile de se raidir, mais il ne faut pas non plus être avachi !

  3. Improviser… Mais pas trop ! Bien sûr, le concours exige une certaine part d’improvisation, mais n’en faites pas trop non plus, car cela risquerait de vous entraîner sur un terrain parfois glissant, en particulier au niveau de la maîtrise du non-verbal (la gestuelle) : quand on improvise, on a tendance à “théâtraliser” un peu trop parfois : en libérant la parole, on libère trop ses gestes et on en arrive à “gesticuler”. Donc, gardez toujours une certaine distance en essayant d’articuler au mieux le geste et les registres de langue que vous allez employer (didactique, comique, lyrique, etc.)

  4. S’entraîner avec… une glace et un MP3 ! Voici un excellent exercice qui vous permettra de vérifier que vous maîtrisez votre voix et votre respiration lors de la prise de parole : chez vous, essayez en vous regardant obligatoirement devant une glace (une grande : celle de la salle de bain fera l’affaire!) de parler HAUT et FORT. L’exercice d’entraînement que je vous propose consiste à lire un texte neutre (une définition de cours par exemple, comme ça vous ne perdez pas de temps) en regardant le moins possible votre support et en vous fixant le plus possible dans la glace. Relisez plusieurs fois votre texte en variant l’intonation (neutralité, colère, joie, rire, émotion, interpellation, etc.). Si possible, enregistrez-vous avec un MP3 et écoutez ce que ça donne afin de corriger les petits problèmes (placement de la voix par exemple). Prenez ensuite un sujet au hasard : accordez-vous 20 minutes de préparation et lancez-vous, sans lire vos notes (vous pouvez même vous entraîner dans les transports en commun pour la recherche des arguments) : essayez de trouver des idées créatives, originales, et faites si possible votre exposé devant d’autres personnes : des copains ou des copines, la famille, etc. afin de vous confronter à un public. Si vous êtes seul chez vous, mettez-vous devant une glace et parlez HAUT et FORT en vous obligeant à parler tout en vous regardant.

L’organisation de l’exposé

Un problème qui se pose souvent aux candidat(e)s tient à l’organisation de l’exposé oral.  Avec le stress, et en cherchant à improviser, on fait moins attention à structurer le plan, de là certains discours qui partent dans tous les sens, sans suivre une logique de progression. Dès que vous aurez sélectionné votre sujet, et commencé à choisir vos idées, je vous conseille de vous poser les questions suivantes : “Qu’est-ce que je veux prouver exactement ?”, “D’où est-ce que je vais partir… Pour parvenir où ?” Veillez à structurer votre parcours analytique ou argumentatif : oral ne veut pas dire désordre, bien au contraire ! Choisissez une idée directrice, c’est-à-dire le thème central à partir duquel vous organiserez votre démonstration. Evitez de trop multiplier les questionnements, qui risquent de faire perdre de vue le principe d’organisation logique de votre exposé.

Pensez par ailleurs aux transitions quand vous enchaînez les idées entre elles. Concernant les citations, elles sont toujours utiles dans un exposé, à la condition de les choisir à bon escient et de ne pas les multiplier, afin d’éviter la lourdeur encyclopédique. D’expérience, j’ai constaté que de nombreux candidats avaient tendance à bâcler leur conclusion, sans doute par stress, émotion ou désir d’en finir ? Toujours est-il que c’est le meilleur moyen d’abaisser votre note. La conclusion se prépare dès l’élaboration du plan : elle ne consiste surtout pas à résumer le développement, ni à reproduire le plan annoncé : essayez de reformuler les idées en mettant en valeur l’évolution de votre pensée, et en élargissant si possible  ou en proposant une “chute” originale. Vous devez soigner particulièrement la conclusion puisqu’elle est le dernier élément que le jury aura encore à l’esprit au moment d’évaluer votre exposé.

La stratégie de la “première minute”

N’oubliez pas d’introduire votre discours par une accroche susceptible d’attirer l’attention de l’audience : particulièrement dans un exposé court (5 minutes) l’entrée en matière est capitale : vous devez donc amener le sujet de manière originale, inattendue. Dès votre introduction (qui doit être brève), essayez d’accrocher le jury, par exemple en utilisant une citation originale, une anecdote, un questionnement. Si vous avez choisi un sujet plaisant, pourquoi ne pas employer l’apostrophe qui consiste à interpeller : “C’est à toi que je m’adresse, Jury tout puissant !” Le but étant de capter l’attention, sachez exploiter les figures de style. L’accumulation peut se révéler très utile quand on cherche à créer un effet d’insistance en multipliant les mots voisins : «  Chiffonné, brisé, maltraité, fracturé… Que dis-je : disloqué… Voilà bien le portrait de l’homo œconomicus  moderne. Primate prétendu rationnel, logique, normalisé, standardisé… ». L’accumulation des participes passés ou des adjectifs crée ici un effet d’insistance. Le procédé assez proche de l’anaphore est également intéressant dans un exposé oral, la répétition d’un même mot au début d’une série de phrases permettant de renforcer l’idée : “notre monde de guerres, notre monde de violence, de non-sens et de différences, notre monde pourrait-il être un autre monde, un véritable… “notre” monde… Tant il est vrai que la terre est ce que nous en faisons” Ici la répétition de l’expression “notre monde”, et le jeu sur les correspondances sonores (violence/sens/différences ; autre/notre) amènent à un style assez lyrique qui peut convenir pour une conclusion par exemple. 

Exploitez vos connaissances scolaires

N’oubliez pas non plus certains procédés de détournement : le pastiche et surtout la parodie sont un moyen d’exploiter astucieusement vos connaissances scolaires. Voici deux exemples :

  1. Qui ne connaît pas cette envolée lyrique du général de Gaulle, aux premières heures de la libération de Paris, le 25 août 1944 : “Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré !” Un détournement de cette gradation ternaire archi connue peut constituer une bonne accroche, en jouant sur l’anachronisme : “l’escargot de Bourgogne outragé ! l’escargot brisé ! l’escargot martyrisé ! Mais l’escargot libéré ! Fuyez : ail et persil, Hors de ma vue : beurre, poêle et cocottes !”

  2. Deuxième exemple : un pastiche du fameux « Lac » de Lamartine : ce texte lyrique qui figure parmi les plus belles pages de la poésie se révèle du fait de sa célébrité très intéressant dans le cadre d’un pastiche : “Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages, /Dans la nuit éternelle emportés sans retour, /Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges /Jeter l’ancre un seul jour ?”… “Ainsi, toujours poussés vers des travaux de Maths ou de Grammaire /Dans la nuit éternelle emportés sans retour, /Ne pourrons-nous jamais pendant l’année scolaire/ Poser la plume un seul jour ?” L’anachronisme, quand il est voulu, est donc un excellent moyen de capter l’attention si le sujet le permet.

Quelques conseils pour terminer…
  1. D’abord, essayez de traiter chaque jour un sujet.
  2. Restez “cool” : contrairement aux idées reçues, ce n’est pas en stressant que vous réussirez mieux, bien au contraire !
  3. Le jour de l’épreuve, choisissez avec soin votre sujet. Attention aux thèmes qui vous paraissent “faciles” : on a tendance souvent à les choisir car ils paraissent proches de nos préoccupations. Or, on n’a pas forcément grand chose à dire sur un thème qui nous plaît… Donc soyez vigilants! Un sujet qui semble ardu au départ est parfois plus facile à traiter qu’il n’y paraît!

  4. Dès que vous avez choisi votre sujet, identifiez précisément le Thème, la Problématique, les Limites du sujet (il ne faut pas vous en écarter) ainsi que les Consignes qui vous sont demandées. Rappelez-vous ces quatre lettres pendant que vous préparez : TPLC (Thème, Problématique, Limites, Consigne).

  5. Soyez « psychologue » : essayez de percevoir pendant que vous préparez ce qu’on attend de vous. Dites-vous : “en me voyant et en m’écoutant, qu’est-ce qu’on appréciera chez moi?”, et ”À quoi faut-il que je fasse attention?”

  6. Pas d’erreur de casting : adoptez une tenue dans laquelle vous vous sentez le plus à l’aise !

  7. Parlez HAUT et FORT : inutile d’ameuter le CDI certes, mais attention aux discours inaudibles, à un débit trop rapide, etc. Rien de pire pour abaisser une note !

  8. Sachez vous “vendre”. Vous n’avez rien à perdre de toute façon, alors donnez le maximum ! Mettez-vous en valeur ! Soyez fier(e) de vous ! Ne vous diminuez pas (vous êtes au Lycée en Forêt non? Alors !)

  9. Regardez TOUS les interlocuteurs, et pas seulement une personne que vous connaissez : multipliez vos regards vers toute l’assistance !

  10. Ne renoncez jamais ! Allez jusqu’au bout de l’épreuve !

Bonne chance à toutes et à tous !

Poésie futuriste… expo en ligne… par les classes de Seconde !

Vous avez été nombreux à découvrir sur ce site la poésie futuriste. Beaucoup d’élèves de Seconde ont souhaité aller plus loin et proposer à leur tour un poème futuriste.

Chaque jour… un nouveau poème !

             

Aujourd’hui… L’hommage de Samuel B. (Seconde 7) au Futurisme !

expo_futurisme_207_samuel.1289730834.jpg

Demain, découvrez un nouveau poème avec Léo (Seconde 18) !

Entraînement BTS… Culture Générale… Génération Rap : crise identitaire et nostalgie générationnelle

bts2010b.1253099275.jpgEntraînement BTS : Génération(s)

                     

Génération Rap

Crise identitaire et nostalgie générationnelle

           

En ira-t-il du Rap comme de l’art moderne dont Octavio Paz, dans une conférence de 1972, déclarait qu’il commençait à « perdre ses pouvoirs de négation » ? L’auteur ajoutait : « Ses négations sont des répétitions rituelles : la rébellion est devenue procédé, la critique iam_2.1266678931.JPGrhétorique, la transgression cérémonial. La négation a cessé d’être créatrice ». Ces propos me semblent intéressants pour aborder ce qu’il convient d’appeler maintenant la « génération Rap ». De fait, entre le Rap des années 90, dénonciateur, revendicatif et engagé, et le Rap d’aujourd’hui, plus soucieux « de travailler le matériau sonore de la langue, de faire se répondre les sons, de décomposer les mots en syllabes et en lettres » (*) s’est creusé un fossé générationnel. Les valeurs originelles de la culture hip-hop, largement conditionnées par les luttes sociales et le refus des règles, semblent ainsi s’être affaiblies au profit d’un rap dont la composante artistique et poétique est indéniable.

En témoignent deux chansons (au demeurant vraiment réussies : vous pouvez les écouter grâce au lecteur intégré ci-dessous) qui figurent dans ce corpus : « Nos heures de gloire » d’IAM et « Rap français » (La Fouine). J’ai choisi ces textes parce qu’ils me semblent caractéristiques d’une mutation autant artistique que sociologique : si le Rap d’IAM et de La Fouine semblent avoir perdu d’une certaine façon la force d’opposition ainsi que le sens de la critique ou de la revendication tel qu’on l’entendait dans les années 1990 par exemple, force est de reconnaître que les textes expriment de façon profonde le sentiment identitaire complexe d’une génération qui, ayant perdu l’enthousiasme du début, se tourne sur son passé et porte un regard rétrospectif sur elle-même. D’où un sentiment de relatif échec et de douloureuse résignation. Plus se sont accentuées en effet les discontinuités la-fouine_2.1266666303.JPGsociales et historiques depuis les années 2000 et plus le mouvement a cherché son inscription identitaire dans la nostalgie d’un passé révolu (le lyrisme poétique et les réseaux lexicaux des textes illustrent bien cette nouvelle esthétique du « désenchantement »).

Dès lors, on peut parler d’une véritable « nostalgie générationnelle » qui amène à se poser plusieurs questions : comment la « Génération Rap » se définit-elle dans la France en crise d’aujourd’hui, confrontée aux réalités institutionnelles et sociales de la mondialisation ? Comment se situe-t-elle par rapport au passé, dans un monde plus fragmenté que jamais ? Quelles valeurs de transmission et de partage va-t-elle véhiculer ? Et, au-delà même de cette génération, ne pourrait-on parler d’un nouveau « mal du siècle » : celui d’une société orpheline des Trente Glorieuses et confrontée à l’échec de ses modèles d’intégration et de socialisation ? De fait, cette confrontation a mis à jour ce que j’appellerai la « solitude identitaire » d’une génération : solitude existentielle avant tout, propice à l’émergence d’un « mythe du Rap ». Mythe lié à une crise de la signification identitaire. Car ce qui est en cause aujourd’hui, c’est le « je » lui-même de cette génération, soucieuse d’avoir une légitimité et une reconnaissance.

Bruno Rigolt
(*) Julien Barret, Le Rap, ou, L’artisanat de la rime : stylistique de l’egotrip, L’Harmattan, Paris 2008, p. 21

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Corpus

  • Document 1 : Pierre-Antoine Marti, Rap 2 France : les mots d’une rupture identitaire
  • Document 2 : Stéphanie Molinero, « Rap et jeunesse »
  • Document 3 : IAM, « Nos heures de gloire »
  • Document 4 : La Fouine « Rap français »

Sujet : vous ferez des documents suivants, une synthèse concise, objective et ordonnée. Pour accéder au corrigé, cliquez ici.

Écriture personnelle : les relations entre générations sont-elles nécessairement de l’ordre du conflit?

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Un sujet difficile…

Malgré les apparences (trompeuses !), cet entraînement est particulièrement ardu car il amène à formuler objectivement une synthèse, qui se heurte à l’absence d’un recul historique. Or, sans ce recul temporel, nous sommes souvent tentés de nous en remettre à nos propres représentations, faussant ainsi l’objectivité nécessaire de la synthèse. Si les deux premiers documents ne posent pas de problème particulier, en revanche les textes des chansons réclament un traitement différencié et nous confrontent à un double travail critique : ils plongent tout d’abord dans un quotidien verbal, culturel et identitaire conflictuel, qui en complique la lecture. Sans prendre la distance nécessaire, les risques de contresens, ou de jugement personnel sont nombreux.

Ainsi est-il impératif, pour aborder sereinement cette synthèse, de prendre du recul, en se gardant bien (là est le piège) de rentrer dans un quelconque débat, quel que soit par ailleurs notre jugement personnel. Dès lors, comment « bien lire » les paroles des chansons ? Il faut évidemment les réinterpréter. Comme pour un poème par exemple, faire un résumé des chansons n’aurait aucun sens. Il convient au contraire de concevoir l’analyse sous l’angle d’une réinterprétation textuelle (bien comprendre l’outil symbolique du langage) en regard de la problématique posée : la génération Rap envisagée à la fois dans sa dimension rétrospective (les titres des chansons orientent l’interprétation) et comme vecteur critique d’une crise plus globale de l’identité nationale.

Synthèse difficile donc, pour laquelle je proposerai un corrigé complet mercredi 3 mars.

             

                              

 

             

  • Document 3 : IAM, « Nos heures de gloire » (Album, Saison 5, 2008)

Nos heures de gloire

Allez assieds toi près d’moi
J’viens t’conter mes heures au firmament des étoiles
Ni dans les geôles, ni dans les prétoires
Encore moins à braquer les équipes rivales avec une pétoire
C’t’ un livre ouvert, de mes rêves, de ma rage, de mes mémoires
De mes emmerdes, de mes cris et d’mes déboires
La vie réserve des surprises
Moi la lumière du soleil je la vois décomposée sur prisme
Eh ! tu t’souviens ? Nos soirées sangria
Sans liasses, j’pouvais pas faire un pas d’vant l’autre sans pillave (*)
Les Ham à six heures, ça grimpait au grillage
Ennemi avec le monde c’taient tous des putains d’frères Diaz
ANPE, J’avais ma file, en moi, ma foi, ma vie
Voir nos affiches sur les murs de la ville
Entre cris d’civils, sirènes d’ambulance
Voici une épaisse bible, du Hip Hop ambulante
Et si on s’moquait des cavés (**) en tiag, on travaillait le standing
Pour briller en soirée Manjacque
Tout n’est qu’une histoire d’image
Comme les condés (***) arrivent et nous parlent comme s’ils s’adressaient
À des primates, alors ça part en mauvais ping pong
Chuis plus un ouistiti maintenant, comme Veust, j’suis devenu King Kong
Et j’marche sur leurs buildings
Le stylo et la feuille représentent pour eux la frayeur ultime
Plus rien m’étonne d’puis qu’ils ont assassiné Ibrahim
Ils veulent ma peau quand j’dis : « Bismillah alrahman-i-rahim »
Ils traitent ça comme le pire des outrages
Puis ont mis du kaki dans nos bouches et nos visages camouflages
Les pages puis les livres, les marches puis l’élite
Du béton gris à des parterres d’Iris et de Lys
La chance a tourné comme un barillet
Et le quartier m’a tendu les bûches et les flammes comme à Galilée
Refrain
Nos heures de rage, nos heures de poisse, désert de calme
Nos heures de crasse, nos heures de classe
Nos heures d’amour, nos heures de haine, nos heures de mal
Erreur de jeunesse voilà nos heures de gloire
Freeman :
Quand j’ai commencé, j’portais l’son, sur l’épaule pour mon crew (****)
On vivait qu’pour la zik, inconscients, de c’qu’on allait devenir
On vivait au jour le jour, et les nuits étaient courtes
J’avais seize piges, et les conseils, d’ma mère passaient outre
Tu sais, j’ai jamais connu l’argent d’poche mon pote
Donc, j’allais le chercher, dans les poches des autres
On s’protégeait, comme on pouvait, avec bagarres, et coups d’pression
Entre bières, ham et trahisons
Aujourd’hui, j’suis fier, d’c’qu’on est dev’nus, moins du passé
Lassé d’sentir, l’mal, qui s’est jamais tassé
À présent, c’est l’retour d’manivelle qui s’produit
Mais je regrette rien, car j’ai eu des frères, et pas des amis
Refrain
Shurik’n :
Nos pas sur les dalles, 5 du mat, soirée chargée comme d’hab
Je nous revois les mains dans les poches, qu’est ce qu’on avait du mal
Entre l’alcool et la danse, KO technique, le retour était fatal
Pendant que le monde s’en allait au travail,
Nous on posait les doigts sur les bras des platines,
Le stylo frémissant sentant venir de nouveaux styles,
À l’heure où l’embouteillage embrassait la ville
Nous on caressait nos feuilles jusqu’à ce que sommeil s’en suive
L’encre coulait à flots de minuit à minuit, juste par amour
Alors on mangeait pas tous les midis, les pâtes ou le riz c’était les soirs de fêtes
Sinon c’était donër, cousin, sauce blanche sans oignons deux canettes
Sans pognon, d’accord, mais des rêves plein la tête,
Intrus dans le décor, c’était rare de porter une casquette
La gueule beaucoup trop grande, pour y mettre une sourdine
Pendant les heures creuses, on allait esquinter du skin (*****)
Je me souviens du jour, où on a pris des noms de guerre
C’est bizarre, à partir de là on a prôné l’inverse, déjà dérangeant
Dans nos versets, nos gooses matelassées
Nos cœurs et nos esprits mentalité Fat Lacet
Refrain

____________

(*) sans pillave : sans boire (**) cavés : ceux qui n’appartiennent pas au milieu (du Rap), qui n’en connaissent pas les codes. (***) condés : policiers (****) crew : groupe (de rap) (*****) skin : abbréviation de skinhead

Document 4 : La Fouine « Rap français » (Album Mes repères, 2009).

Rap français

Yeah yeah
J’ai de la force pour les frères
Où est mon trône ?
Retour aux pyramides, nique les clones
Un joint, une bougie, ce soir je force l’écriture
On est en 87, je rappe français pour les murs
La darone râle un peu, la fin du mois va être pire
Mais les couplets d’idées d’Arsenic me font tenir
Et les posters de Dady Lorksi, NTM ou Ro-K
J’ai mon survêt Lacoste et puis ma paire de Requins.
J’rêve d’interview, j’rêve d’Olympia, de quitter Trappes
J’ai quinze ans, j’suis dans ma chambre et ma vie c’est le rap
J’casse les c… aux voisins, j’suis bon qu’à me casser la voix
Chez les keufs, j’garde la furie et la foi
Musique rap-rap, musique que j’aime, j’aime ton parfum
J’taffe mal en classe, ma tête est dure comme un parpaing
Un minidisque, une platine, j’m’en vais poser
Mes meilleurs fans restent mes lits superposés
Refrain
Bon Dieu, qu’est-ce qu’on a enduré
Qu’est ce qu’on a sacrifié
Les meilleures années
(Rap Français )
On ne courait pas derrière le succès
On était passionnés
Les meilleures années
(Rap Français, mes meilleures années)
(Rap Français, mes meilleures années)
Mon esprit est déjà parti en yeucou
Ils disent de moi, ils disent de moi que je suis devenu fou
J’suis dans ma chambre et mon marqueur me sert de mike
J’suis défoncé, je kick avec mes Nike
J’ai trop de pulsions, d’envie lyrical
Et comme Bike, j’rêve d’être à l’affiche dans Radical
J’ai les pieds sur terre, et la tête dans le rap français
Et jamais en vacances, faute de moyens financiers
Quand j’suis pas en prison, en cavale ou en foyer,
J’suis dans ma chambre et j’gribouille des bouts de papier.
J’aimerais signer chez *** ; ou Secteur A
Faire des classiques comme Mama Lova
La vie est comme un labyrinthe négro
Et quand ça charbonne, j’ai le calibre qu’il te faut
98 toujours dans ma chambre en train de poser
Et mes fans sont toujours mes lits superposés
Refrain
Aéroport de Bogota, paré au top
C’est Lunatic pit
Départ dans dix minutes,
Tocado planque la cam dans le cockpit.
Y’a les feu-keu,
Veski 22 22
Dans mon walkman, j’ai toujours L 432
On est en 2000, y’a de la poussière sur mes posters,
Les jours se répètent
Car le maton me guette
Dans la salle, j’vois les grands qui font la coupole
Et moi j’déchire sur une phase B de format people
Yeah, le rap c’est toute ma vie
Et quand on me prive de liberté, je rappe toute la nuit.
Les parents divorcent, le daron part, on reste seuls
C’est la merde, on veut la vie de rêve comme troisième œil
J’suis bon qu’à per-ra
Qu’à causer du tort au code pénal
La darone pleure et ça m’la fout mal
J’suis sûr que dans dix ans, je serai toujours là en train de poser
Est-ce que ce sera toujours devant des lits superposés ?
Refrain
On n’avait rien dans le ventre rien !
On aura tout donné, tout sacrifié
On aura tout donné pour ce p… de rap français…

__________________

Documents complémentaires

Bac blanc du 28 janvier 2010 "La Poésie" Corrigé de l'écrit d'invention

Corrigé
de l’écriture d’invention

 

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arrow.1242450507.jpg Rappel du sujet : imaginez un dialogue entre le poète baudelairien et un des “hommes d’équipage” représentant une société sourde à la poésie.

 

arrow.1242450507.jpg Bien comprendre le sujet

La première erreur consistait (selon moi) à faire intervenir la question des albatros dans ce dialogue. De fait, l’oiseau est une allégorie dans le poème, or de nombreux élèves ont oublié cette dimension métaphorique essentielle et ont fait porter le débat sur le thème : « est-il légitime de torturer les albatros ? », perdant de vue par la même occasion l’objet d’étude qui leur était proposé (la poésie) ainsi que la problématique amenée par le corpus sur le statut et la mission du poète dans la société.

L’autre erreur, que j’ai commentée dans le Rapport de correction du Bac blanc, a été de rédiger tout de suite (même au brouillon : là n’est pas la question) : les élèves sont ainsi partis sur du narratif alors qu’il fallait centrer le dialogue sur de l’argumentatif. Il convenait donc de problématiser, c’est-à-dire d’identifier la logique propre au sujet, en le replaçant dans un contexte particulier, qui ne prenait son sens qu’au sein de la problématique d’ensemble de la poésie (« quête du sens »).

Le dialogue amenait ainsi implicitement à un questionnement essentiel : à quoi sert la poésie dans une « société sourde » à son message ? Si l’on n’avait pas compris cela, on répondait évidemment à côté de la question. Rappelez-vous que le sujet posé vous demandera toujours, a fortiori un jour d’examen, d’exploiter vos connaissances. Si vous ne pensez pas à utiliser votre apprentissage du cours, votre culture générale ou les thèmes, idées, procédés, etc. proposés dans le corpus, vous passerez à côté du sujet.

La première chose à faire consistait à dresser un tableau en deux colonnes, en suivant l’intitulé du sujet qui vous proposait une indication de plan. Implicitement, le libellé amenait à valoriser les arguments du poète baudelairien. De fait, l’adjectif « sourde » contient une connotation péjorative évidente puis qu’il évoque l’idée d’un système obtus et fermé. Cela dit, rien n’empêchait de valoriser les arguments du marin (ce que j’ai personnellement fait). Beaucoup de candidats ont cantonné ce personnage dans un rôle de « charretier » tueur d’albatros : cela donnait parfois des propos à la limite de la caricature, qui faisaient tomber le travail dans le manichéisme le plus étroit.

 Le poète baudelairien = homme révolté (Idéalisme) L’homme d’équipage = société sourde à la poésie (Réalisme)
 arguments arguments

 

arrow.1242450507.jpg L’élaboration du plan

Ensuite, il fallait se rappeler bien entendu les thèmes chers à Baudelaire. On pouvait élargir au Romantisme, au Symbolisme (voire au Surréalisme). Il était non moins important de confronter dialogiquement ces thèmes au contexte culturel et social, en prenant pour référence la Révolution industrielle, dominée par les progrès de la science et le Réalisme. L’expression assez large de « poète baudelairien », dans le libellé du sujet, permettait d’ouvrir, si le candidat le souhaitait, à d’autres périodes, plus contemporaines : ainsi beaucoup de groupes néogothiques, punk ou hard rock, dans leur différenciation sociale et leur goût pour la décadence, se sont réclamés d’un individualisme antisocial, d’un lyrisme et d’une mélancolie hérités de Baudelaire : c’était l’occasion —pourquoi pas— d’exploiter, avec prudence et discernement certes, son éventuelle culture personnelle.

Le poète baudelairien = homme révolté = Idéalisme L’homme d’équipage = société sourde à la poésie = Réalisme

Thème de l’évasion et du voyage pour échapper aux tourments du spleen (≠idéal) cf. Baudelaire, Mallarmé

La société obéit à des lois, à des règles : les méconnaître ou les transgresser, c’est amener à la décomposition sociale et à l’anarchie

Culte du moi : du paysage au « paysage intérieur » du poète

Quel est l’intérêt d’une poésie qui ne peut être ressentie que par une minorité ? La poésie souffre d’une exagération de l’individualisme.

Recherche de l’Amour (surtout idéalisé) : rêve, beauté, attirance pour la mort, etc. La poésie nous met en contact avec les aspects mystérieux du monde = importance de l’allégorie (refus du monde, orientation vers le symbole)

La poésie ne peut pas, à elle seule, changer le monde. Enthousiasme du progrès. Produire de l’utile et de la richesse matérielle, c’est produire de la richesse (satisfaction personnelle et gratifications matérielles).

Le poète « prophète » et le « poète voyant » (cf. Rimbaud) : rêverie, « hallucinations », regret d’une vie antérieure (unité originelle, paradis perdu de l’enfance), recherche de l’infini, désir de l’impossible, etc.

Éloge d’une société dominée par la technique et les valeurs rationnelles, qui sont des éléments d’accès au bonheur (par opposition à une poésie triste et souvent négative, qui se complait dans des rêves stériles)

« Réenchanter » le monde (« Rétablir, au cœur de la vie humaine, les moments « enchantés », effacés par la civilisation : cf. Rimbaud)

Le capitalisme (utilitariste) opposé à l’inutilité de l’Art (cf. l’art pour l’art). La poésie ne peut pas répondre aux besoins et aux aspirations de la société : il faut cesser de chanter la nostalgie.

 

arrow.1242450507.jpg L’élaboration du dialogue

Une fois que le plan était rapidement fait, il suffisait d’intégrer au moment de recopier les éléments caractéristiques du dialogue ainsi que le style :

  • typographie et mise en forme ;
  • discours direct ;
  • verbes de paroles pour introduire les discours, verbes concessifs, adverbes modalisateurs ;
  • tournures concessives (afin d’articuler le raisonnement à une pensée qui lui est extérieure ou opposée) ;
  • registres : éloge, blâme, polémique, etc.
  • éléments de rhétorique : apostrophes, gradations ternaires, anaphores, parallélismes, interrogations oratoires, etc.

 

arrow.1242450507.jpg Corrigé rédigé

 

— Cher Monsieur Baudelaire, me ferez-vous l’honneur de dîner en ma compagnie ?

C’était la première fois depuis l’appareillage que le capitaine de l’Île Bourbon, un steamer à faire pâlir d’envie la marine britannique, s’adressait directement au poète. Contre toute attente, Baudelaire accepta l’invitation et ils se retrouvèrent dans la rutilante salle à manger, dont les boiseries en bois d’acajou et de citronnier lui donnaient un charme exotique indéfinissable. Ce n’est que tard dans la soirée, bien après la fin du repas, que les langues se délièrent au fumoir sous l’effet des alcools.

— Voyez-vous, cher ami, s’exclama avec emphase le capitaine, mon travail sur l’Île Bourbon, au-delà de ses gratifications matérielles, est source d’une profonde satisfaction personnelle. L’emploi de la vapeur doit en effet changer les destinées collectives : dans deux jours exactement, j’aurai parcouru en une année trois fois les mers de l’Inde. Que les partisans de la voile en disent autant ! Je me flatte d’être de mon temps, moi !

Ces dernières paroles furent prononcées en détachant chaque mot, et l’auteur des Paradis artificiels, échauffé qu’il fût par l’enivrement de l’opium, crut bon de ne pas relever l’invective : « Oui je vous envie, l’évasion et le voyage sont pour moi-même des échappatoires au monde, et d’ailleurs… »

— Permettez, permettez ! Je ne parlais pas d’échappatoire. Je ne suis pas dans les tourments du spleen, croyez-moi, mon cher !

— Vous l’êtes, s’exclama Baudelaire se sentant pris à parti. Vous ne vous en rendez même pas compte mais tous vos propos font l’éloge de la révolution industrielle. Vous ne pouvez pas vous empêcher de parler de distances parcourues, de rendements, de gratifications et de profit. Elle est belle la Révolution industrielle, mais la prospérité matérielle ne fait qu’annoncer la crise !

Les prunelles vibrantes de colère, le capitaine s’emporta :

— Culte du moi, fantasme d’individualisme ! Vous vivez dans un temps qui est fait de chimères ! Parlez-moi de votre métier, voulez-vous ? Vous faîtes des « voyages » et écrivez des « poèmes » ! La belle occupation ! Moi Monsieur, je transporte du coton, du blé, du fer jusqu’aux confins de l’Occident ! Moi et mes hommes travaillons au bien être de la société. Car figurez-vous —pardonnez-moi de vous le rappeler— que la société obéit à des lois, à des règles : les méconnaître ou les transgresser, c’est amener à la décomposition sociale et à l’anarchie !

— Vous et vos hommes comme vous dites, ne pensez qu’à humilier autrui, vous ne faites pas des voyages, vous parcourez des distances ! Vous ne produisez pas des richesses, vous appauvrissez le cœur et l’esprit, vous les soumettez au rendement. « Culte du moi » dites-vous. Quant à vous ? Culte du profit ! De la division du travail ! Société sans goût, impénétrable au sens mystérieux des aspects de l’existence ! Dans ces conditions, oui, je préfère le retranchement dans l’individualisme.

Le commandant de l’Île Bourbon fulminait : « Quel est donc, je vous le demande, l’intérêt d’une poésie qui ne peut être ressentie que par une minorité ? Vous et autres Romantiques souffrez d’une exagération de l’individualisme ! Vous me faites penser à Rousseau, tenez ! Un « promeneur solitaire », voilà ce que vous êtes. La promenade quand le monde est en marche ! L’oisiveté quand le progrès humain est à l’œuvre ! »

— Comme vous parlez Monsieur ! Individualisme ne saurait vouloir dire solitude ! Il me permet de ne point m’arrêter à la surface des choses, et de mieux observer. Depuis mon départ, je suis attentif à chacun, chaque visage qui passe, je le vois. J’ai vu vos hommes souffrir sous le joug de l’airain et du fer, je les ai vus martyriser des albatros ! Un jour peut-être le dira-t-on : « le poète est voyant ». Voilà quel est mon métier : moi, je vois, Monsieur, j’observe !

— Allons bon, voulut tempérer le capitaine qui réalisait que la conversation avait pris un tour déplacé, je ne vous en veux pas mon cher Baudelaire de vouloir enchanter le monde avec vos vers, mais reconnaissez-le : la poésie ne peut pas, à elle seule, changer le monde. Oui, je suis enthousiaste du progrès, pourquoi le nier ? Produire de l’utile et de la richesse matérielle, c’est produire du bien-être, qui de plus profite au peuple, quoi que vous en doutiez apparemment !

Baudelaire regarda le rhum ambré qui teintait le fond de son verre. Il ne répondit pas tout de suite. Par le hublot s’apercevaient quelques îlots sur la mer.

— Vous regardez les atolls ? S’enquit le capitaine. Savez-vous que l’océan Indien compte six à sept mille îlots, sans compter ceux autour du Sri Lanka et de Madagascar, et des atolls par milliers. Vous voyez, cher Monsieur, je peux moi aussi être sensible à la beauté des choses !

À cet instant, une jeune femme les croisa. C’était une occidentale, mais son visage était ocré par un mélange de curcuma et d’eau. Ses yeux, soulignés par un trait de khôl lui donnaient l’indicible apparence d’une statue antique.

— Je vois que notre poète maudit n’est pas insensible à la beauté !

Baudelaire se contenta de murmurer, comme s’il se parlait à lui-même : « Je l’aimerais volontiers déesse et immortelle. La femme comme la poésie nous met en contact avec les aspects mystérieux du monde ». Puis il ajouta tout haut : « Détrompez-vous, cher ami, ce n’est pas la femme que je vois, c’est le symbole ».

— On dit ça !

— Vous ne me ferez pas dire ce que je ne pense pas, même avec le rhum, mon cher. Non, croyez-moi, en réalité quand j’ai vu cette femme, j’avais… Comment vous dire… le regret d’une vie antérieure, d’une vérité authentique, profonde. Son visage était si pur qu’il figurait presque le paradis perdu de l’enfance, auquel nous aspirons tous, n’est-il pas vrai ? Ah ! Mon Dieu… Recherche de l’infini, désir de l’impossible… Voici les vrais triomphes de la poésie !

Les yeux soudain perdus dans le vague des atolls, le poète semblait s’attrister : il regardait autour de lui comme s’il était dans un autre monde. Le capitaine crut bon d’intervenir :

— Certes, Baudelaire, je vous le concède, oui je fais l’éloge d’une société dominée par la technique et les valeurs rationnelles. Mais c’est mon tempérament. Et puis je vous dirai que pour moi, ce sont des éléments d’accès au bonheur. Regardez où vous mène votre antinaturalisme et votre vaine quête de l’idéal ! Vous êtes triste et négatif depuis le début du voyage… Et ne croyez pas que vous êtes le seul à « voir » comme vous dites. Moi aussi, je vous ai observé, mon cher, vous vous complaisez dans des rêves stériles ! Ne m’en veuillez pas, mais le capitalisme auquel vous semblez farouchement opposé parce qu’il est utilitariste, est quand même salutaire : sans mon Vapeur, comment seriez-vous allé à la Réunion ? Il faut cesser de chanter la nostalgie. La poésie ne peut pas répondre aux besoins et aux aspirations de la société : reconnaissez-le !

Baudelaire de nouveau, contemplait la mer. On n’entendait que le clapotis des vagues contre les flancs du navire et sous la carène. Des étoiles fugitives traçaient l’immensité des cieux et même le capitaine sembla soudain attentif au spectacle de la nuit.

— Vous regardez, n’est-ce pas ? lui dit Baudelaire, désignant les abysses. Mais voyez-vous, jamais machine ne pourra décrire l’immensité du ciel et l’immensité de ces gouffres amers. Jamais le génie technique ne pourra réenchanter le monde comme le fait le Verbe poétique. Comme la mer, la poésie échappe à la vie quotidienne dans son conformisme banal, ou alors elle perdrait son caractère d’immensité et de mystère. J’écris pour rétablir, au cœur de la vie humaine, les moments « enchantés », effacés par la civilisation…

À cet instant, un homme d’équipage entra et murmura quelques mots au capitaine qui se leva et s’excusa : on allait bientôt arriver à Port-Louis. Mais Baudelaire semblait ailleurs. Il regardait toujours l’horizon : tout là-bas, très loin, de l’autre côté de la terre, une étoile disparut à la croisée des chemins, entre l’océan Indien et le Pacifique. Comme absorbé dans ses pensées, le poète sortit de sa poche un petit carnet à spirales, il en tourna fiévreusement les pages puis écrivit sur l’une qui était encore vierge quelques mots, et un titre : « L’Étranger »…

Copyright © février 2010, Bruno Rigolt
Espace Pédagogique Contributif


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Bac blanc du 28 janvier 2010 « La Poésie » Corrigé de l’écrit d’invention

Corrigé
de l’écriture d’invention

 

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arrow.1242450507.jpg Bien comprendre le sujet

La première erreur consistait (selon moi) à faire intervenir la question des albatros dans ce dialogue. De fait, l’oiseau est une allégorie dans le poème, or de nombreux élèves ont oublié cette dimension métaphorique essentielle et ont fait porter le débat sur le thème : « est-il légitime de torturer les albatros ? », perdant de vue par la même occasion l’objet d’étude qui leur était proposé (la poésie) ainsi que la problématique amenée par le corpus sur le statut et la mission du poète dans la société.

L’autre erreur, que j’ai commentée dans le Rapport de correction du Bac blanc, a été de rédiger tout de suite (même au brouillon : là n’est pas la question) : les élèves sont ainsi partis sur du narratif alors qu’il fallait centrer le dialogue sur de l’argumentatif. Il convenait donc de problématiser, c’est-à-dire d’identifier la logique propre au sujet, en le replaçant dans un contexte particulier, qui ne prenait son sens qu’au sein de la problématique d’ensemble de la poésie (« quête du sens »).

Le dialogue amenait ainsi implicitement à un questionnement essentiel : à quoi sert la poésie dans une « société sourde » à son message ? Si l’on n’avait pas compris cela, on répondait évidemment à côté de la question. Rappelez-vous que le sujet posé vous demandera toujours, a fortiori un jour d’examen, d’exploiter vos connaissances. Si vous ne pensez pas à utiliser votre apprentissage du cours, votre culture générale ou les thèmes, idées, procédés, etc. proposés dans le corpus, vous passerez à côté du sujet.

La première chose à faire consistait à dresser un tableau en deux colonnes, en suivant l’intitulé du sujet qui vous proposait une indication de plan. Implicitement, le libellé amenait à valoriser les arguments du poète baudelairien. De fait, l’adjectif « sourde » contient une connotation péjorative évidente puis qu’il évoque l’idée d’un système obtus et fermé. Cela dit, rien n’empêchait de valoriser les arguments du marin (ce que j’ai personnellement fait). Beaucoup de candidats ont cantonné ce personnage dans un rôle de « charretier » tueur d’albatros : cela donnait parfois des propos à la limite de la caricature, qui faisaient tomber le travail dans le manichéisme le plus étroit.

 Le poète baudelairien = homme révolté (Idéalisme) L’homme d’équipage = société sourde à la poésie (Réalisme)
 arguments arguments

 

arrow.1242450507.jpg L’élaboration du plan

Ensuite, il fallait se rappeler bien entendu les thèmes chers à Baudelaire. On pouvait élargir au Romantisme, au Symbolisme (voire au Surréalisme). Il était non moins important de confronter dialogiquement ces thèmes au contexte culturel et social, en prenant pour référence la Révolution industrielle, dominée par les progrès de la science et le Réalisme. L’expression assez large de « poète baudelairien », dans le libellé du sujet, permettait d’ouvrir, si le candidat le souhaitait, à d’autres périodes, plus contemporaines : ainsi beaucoup de groupes néogothiques, punk ou hard rock, dans leur différenciation sociale et leur goût pour la décadence, se sont réclamés d’un individualisme antisocial, d’un lyrisme et d’une mélancolie hérités de Baudelaire : c’était l’occasion —pourquoi pas— d’exploiter, avec prudence et discernement certes, son éventuelle culture personnelle.

Le poète baudelairien = homme révolté = Idéalisme L’homme d’équipage = société sourde à la poésie = Réalisme

Thème de l’évasion et du voyage pour échapper aux tourments du spleen (≠idéal) cf. Baudelaire, Mallarmé

La société obéit à des lois, à des règles : les méconnaître ou les transgresser, c’est amener à la décomposition sociale et à l’anarchie

Culte du moi : du paysage au « paysage intérieur » du poète

Quel est l’intérêt d’une poésie qui ne peut être ressentie que par une minorité ? La poésie souffre d’une exagération de l’individualisme.

Recherche de l’Amour (surtout idéalisé) : rêve, beauté, attirance pour la mort, etc. La poésie nous met en contact avec les aspects mystérieux du monde = importance de l’allégorie (refus du monde, orientation vers le symbole)

La poésie ne peut pas, à elle seule, changer le monde. Enthousiasme du progrès. Produire de l’utile et de la richesse matérielle, c’est produire de la richesse (satisfaction personnelle et gratifications matérielles).

Le poète « prophète » et le « poète voyant » (cf. Rimbaud) : rêverie, « hallucinations », regret d’une vie antérieure (unité originelle, paradis perdu de l’enfance), recherche de l’infini, désir de l’impossible, etc.

Éloge d’une société dominée par la technique et les valeurs rationnelles, qui sont des éléments d’accès au bonheur (par opposition à une poésie triste et souvent négative, qui se complait dans des rêves stériles)

« Réenchanter » le monde (« Rétablir, au cœur de la vie humaine, les moments « enchantés », effacés par la civilisation : cf. Rimbaud)

Le capitalisme (utilitariste) opposé à l’inutilité de l’Art (cf. l’art pour l’art). La poésie ne peut pas répondre aux besoins et aux aspirations de la société : il faut cesser de chanter la nostalgie.

 

arrow.1242450507.jpg L’élaboration du dialogue

Une fois que le plan était rapidement fait, il suffisait d’intégrer au moment de recopier les éléments caractéristiques du dialogue ainsi que le style :

  • typographie et mise en forme ;
  • discours direct ;
  • verbes de paroles pour introduire les discours, verbes concessifs, adverbes modalisateurs ;
  • tournures concessives (afin d’articuler le raisonnement à une pensée qui lui est extérieure ou opposée) ;
  • registres : éloge, blâme, polémique, etc.
  • éléments de rhétorique : apostrophes, gradations ternaires, anaphores, parallélismes, interrogations oratoires, etc.

 

arrow.1242450507.jpg Corrigé rédigé

 

— Cher Monsieur Baudelaire, me ferez-vous l’honneur de dîner en ma compagnie ?

C’était la première fois depuis l’appareillage que le capitaine de l’Île Bourbon, un steamer à faire pâlir d’envie la marine britannique, s’adressait directement au poète. Contre toute attente, Baudelaire accepta l’invitation et ils se retrouvèrent dans la rutilante salle à manger, dont les boiseries en bois d’acajou et de citronnier lui donnaient un charme exotique indéfinissable. Ce n’est que tard dans la soirée, bien après la fin du repas, que les langues se délièrent au fumoir sous l’effet des alcools.

— Voyez-vous, cher ami, s’exclama avec emphase le capitaine, mon travail sur l’Île Bourbon, au-delà de ses gratifications matérielles, est source d’une profonde satisfaction personnelle. L’emploi de la vapeur doit en effet changer les destinées collectives : dans deux jours exactement, j’aurai parcouru en une année trois fois les mers de l’Inde. Que les partisans de la voile en disent autant ! Je me flatte d’être de mon temps, moi !

Ces dernières paroles furent prononcées en détachant chaque mot, et l’auteur des Paradis artificiels, échauffé qu’il fût par l’enivrement de l’opium, crut bon de ne pas relever l’invective : « Oui je vous envie, l’évasion et le voyage sont pour moi-même des échappatoires au monde, et d’ailleurs… »

— Permettez, permettez ! Je ne parlais pas d’échappatoire. Je ne suis pas dans les tourments du spleen, croyez-moi, mon cher !

— Vous l’êtes, s’exclama Baudelaire se sentant pris à parti. Vous ne vous en rendez même pas compte mais tous vos propos font l’éloge de la révolution industrielle. Vous ne pouvez pas vous empêcher de parler de distances parcourues, de rendements, de gratifications et de profit. Elle est belle la Révolution industrielle, mais la prospérité matérielle ne fait qu’annoncer la crise !

Les prunelles vibrantes de colère, le capitaine s’emporta :

— Culte du moi, fantasme d’individualisme ! Vous vivez dans un temps qui est fait de chimères ! Parlez-moi de votre métier, voulez-vous ? Vous faîtes des « voyages » et écrivez des « poèmes » ! La belle occupation ! Moi Monsieur, je transporte du coton, du blé, du fer jusqu’aux confins de l’Occident ! Moi et mes hommes travaillons au bien être de la société. Car figurez-vous —pardonnez-moi de vous le rappeler— que la société obéit à des lois, à des règles : les méconnaître ou les transgresser, c’est amener à la décomposition sociale et à l’anarchie !

— Vous et vos hommes comme vous dites, ne pensez qu’à humilier autrui, vous ne faites pas des voyages, vous parcourez des distances ! Vous ne produisez pas des richesses, vous appauvrissez le cœur et l’esprit, vous les soumettez au rendement. « Culte du moi » dites-vous. Quant à vous ? Culte du profit ! De la division du travail ! Société sans goût, impénétrable au sens mystérieux des aspects de l’existence ! Dans ces conditions, oui, je préfère le retranchement dans l’individualisme.

Le commandant de l’Île Bourbon fulminait : « Quel est donc, je vous le demande, l’intérêt d’une poésie qui ne peut être ressentie que par une minorité ? Vous et autres Romantiques souffrez d’une exagération de l’individualisme ! Vous me faites penser à Rousseau, tenez ! Un « promeneur solitaire », voilà ce que vous êtes. La promenade quand le monde est en marche ! L’oisiveté quand le progrès humain est à l’œuvre ! »

— Comme vous parlez Monsieur ! Individualisme ne saurait vouloir dire solitude ! Il me permet de ne point m’arrêter à la surface des choses, et de mieux observer. Depuis mon départ, je suis attentif à chacun, chaque visage qui passe, je le vois. J’ai vu vos hommes souffrir sous le joug de l’airain et du fer, je les ai vus martyriser des albatros ! Un jour peut-être le dira-t-on : « le poète est voyant ». Voilà quel est mon métier : moi, je vois, Monsieur, j’observe !

— Allons bon, voulut tempérer le capitaine qui réalisait que la conversation avait pris un tour déplacé, je ne vous en veux pas mon cher Baudelaire de vouloir enchanter le monde avec vos vers, mais reconnaissez-le : la poésie ne peut pas, à elle seule, changer le monde. Oui, je suis enthousiaste du progrès, pourquoi le nier ? Produire de l’utile et de la richesse matérielle, c’est produire du bien-être, qui de plus profite au peuple, quoi que vous en doutiez apparemment !

Baudelaire regarda le rhum ambré qui teintait le fond de son verre. Il ne répondit pas tout de suite. Par le hublot s’apercevaient quelques îlots sur la mer.

— Vous regardez les atolls ? S’enquit le capitaine. Savez-vous que l’océan Indien compte six à sept mille îlots, sans compter ceux autour du Sri Lanka et de Madagascar, et des atolls par milliers. Vous voyez, cher Monsieur, je peux moi aussi être sensible à la beauté des choses !

À cet instant, une jeune femme les croisa. C’était une occidentale, mais son visage était ocré par un mélange de curcuma et d’eau. Ses yeux, soulignés par un trait de khôl lui donnaient l’indicible apparence d’une statue antique.

— Je vois que notre poète maudit n’est pas insensible à la beauté !

Baudelaire se contenta de murmurer, comme s’il se parlait à lui-même : « Je l’aimerais volontiers déesse et immortelle. La femme comme la poésie nous met en contact avec les aspects mystérieux du monde ». Puis il ajouta tout haut : « Détrompez-vous, cher ami, ce n’est pas la femme que je vois, c’est le symbole ».

— On dit ça !

— Vous ne me ferez pas dire ce que je ne pense pas, même avec le rhum, mon cher. Non, croyez-moi, en réalité quand j’ai vu cette femme, j’avais… Comment vous dire… le regret d’une vie antérieure, d’une vérité authentique, profonde. Son visage était si pur qu’il figurait presque le paradis perdu de l’enfance, auquel nous aspirons tous, n’est-il pas vrai ? Ah ! Mon Dieu… Recherche de l’infini, désir de l’impossible… Voici les vrais triomphes de la poésie !

Les yeux soudain perdus dans le vague des atolls, le poète semblait s’attrister : il regardait autour de lui comme s’il était dans un autre monde. Le capitaine crut bon d’intervenir :

— Certes, Baudelaire, je vous le concède, oui je fais l’éloge d’une société dominée par la technique et les valeurs rationnelles. Mais c’est mon tempérament. Et puis je vous dirai que pour moi, ce sont des éléments d’accès au bonheur. Regardez où vous mène votre antinaturalisme et votre vaine quête de l’idéal ! Vous êtes triste et négatif depuis le début du voyage… Et ne croyez pas que vous êtes le seul à « voir » comme vous dites. Moi aussi, je vous ai observé, mon cher, vous vous complaisez dans des rêves stériles ! Ne m’en veuillez pas, mais le capitalisme auquel vous semblez farouchement opposé parce qu’il est utilitariste, est quand même salutaire : sans mon Vapeur, comment seriez-vous allé à la Réunion ? Il faut cesser de chanter la nostalgie. La poésie ne peut pas répondre aux besoins et aux aspirations de la société : reconnaissez-le !

Baudelaire de nouveau, contemplait la mer. On n’entendait que le clapotis des vagues contre les flancs du navire et sous la carène. Des étoiles fugitives traçaient l’immensité des cieux et même le capitaine sembla soudain attentif au spectacle de la nuit.

— Vous regardez, n’est-ce pas ? lui dit Baudelaire, désignant les abysses. Mais voyez-vous, jamais machine ne pourra décrire l’immensité du ciel et l’immensité de ces gouffres amers. Jamais le génie technique ne pourra réenchanter le monde comme le fait le Verbe poétique. Comme la mer, la poésie échappe à la vie quotidienne dans son conformisme banal, ou alors elle perdrait son caractère d’immensité et de mystère. J’écris pour rétablir, au cœur de la vie humaine, les moments « enchantés », effacés par la civilisation…

À cet instant, un homme d’équipage entra et murmura quelques mots au capitaine qui se leva et s’excusa : on allait bientôt arriver à Port-Louis. Mais Baudelaire semblait ailleurs. Il regardait toujours l’horizon : tout là-bas, très loin, de l’autre côté de la terre, une étoile disparut à la croisée des chemins, entre l’océan Indien et le Pacifique. Comme absorbé dans ses pensées, le poète sortit de sa poche un petit carnet à spirales, il en tourna fiévreusement les pages puis écrivit sur l’une qui était encore vierge quelques mots, et un titre : « L’Étranger »…

Copyright © février 2010, Bruno Rigolt
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“De mots, de rimes et de sables”… Suite de l'exposition de poésies par la classe de Première S3

Suite de l’exposition

“De mots, de rimes et de sables”

par la classe de Première S3

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Voici le deuxième volet de l’exposition « De mots, de rimes et de sables »

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Pour accéder à la première partie de l’exposition, cliquez ici.

               

                 

Se lever encore pour revivre les journées d’hier

Dorian

              

La douce lumière du matin entre dans la pièce

Mais la journée que je vis n’est que redite et répétition d’ennui,

Me levant seul dans la poussière et la sombrité

D’une maison vide…

Partir pour vivre de nouvelles clartés et d’autres soleils !

Mon cœur se perdra dans les brumes océaniques.

Des esprits sauvages opportuns me sauveront de la noyade.

Mon corps se trouvera plongé dans des matins

Au sourire de voyage…

                 

                    

D’or et de soir

Maeva, Alexia

        

La lumière exagérée de mes pensées
Fait battre mon cœur :
Une envie de tuer telle une évasion de couleurs
Dans un je agressif
Permet le devoir assassiné tel une perle de galère
Dans un espoir noir
Qui danse une envie d’ailleurs :

Douceur des nuages embrassés,
Amour dans tes yeux de rêve :
C’est l’élément de piqûre ennuyé,
C’est le bâton de souffrance
C’est le souvenir de cette passion au ciel envolé
La cause de ce jour de beauté.

Un morceau de chaîne rouge, rouge
Qui dans la douce mer bouge
Entraîne au loin la crise du malheur
Mêlé de vivante humanité…
Et ma poésie qui mourait d’espérance
Faisait naître la négation de cadavres malchanceux envolés de vent

Et la tendresse du pont de nos bras adoucis

Finissant en rêve,

Par une nuit alanguie

D’or et de soir…

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« D’or et de soir », d’après Odilon Redon, « Les Yeux clos« , © Maeva, Alexia, BR/EPC février 2010

                   

                    

Étrange fleur soluble

Arnaud

                

Précises phrases racontant mieux et tendrement
Les oiseaux de lumière marchant sous les ciels
Comme s’évaporent les choses.

Enfin maintenant étouffant les voix filtrantes,
La langue d’Ésope, doux poème percevant la plume,
Précises phrases racontant les oiseaux de lumière…

Reconnaître l’espoir d’un amour tombant
Par des mots nouveaux conduisant à un sentiment inconnu :
Bouleversement dramatique, étrange fleur soluble. 

                    

           

Fuite vers un ailleurs

Maëlise

             

L’amour naissant, la haine s’évapore doucement :

La rose rouge de la passion se prête à rêver,

La colère se fane…

Le  fleuve de paix colore les soirs d’été :

Sérénité, calme et silence de la nuit !

Tout bruit cesse, seule au milieu de nulle part,

Je me pose dans mes pensées…

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« Fuite vers un ailleurs », © Maëlise R. Crédit iconographique : Bruno Rigolt/EPC février 2010

                

               

Controverse des nuits d’ivresse

Pauline

             

Bercée par cette folle envie fâcheuse d’anéantir la triste rosée froide des herbes noires de ces nuits inachevées des matins de novembre…

Ce mois résonne tel un cataclysme me disant que la chaleur s’est envolée, comme ces colombes sédentaires fuyant arbres et continents.

Les matins secs et lourds ont donné place aux manteaux de velours :

C’est la controverse des nuits d’ivresse au feu de bois.

Je vends des miracles ineffables, et d’hivernales paroles :

Je ne dois pas oublier de vous parler de cette terre blanche qui se fait attendre peu à peu.

Le sommeil est triste, un brin cassant ; les journées courtes comme un livre inachevé

Laissant des cicatrices…

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© Pauline M. pour le texte. Crédit iconographique : Bruno Rigolt/EPC février 2010

               

                    

Planète

Adeline

                 

La terre est constituée d’îles et d’archipels sortis des mers :
Les vagues font un voyage au centre de la terre.

Les déplacements et affrontements des plaques
Se forment sous les mers, des tsunamis s’en vont et viennent

Naufrageant des terres promises.
La Belle au bois dormant croise des arbres flottants

Au gré des continents
Où s’envolent des hommes en voyage…

             

                   

Prête à m’envoler

Camille

               

Je m’enfonce dans ce mystère comme dans le rouge

Blanchâtre d’une mousse d’amour.

L’envie de ta peau se répand sur mes lèvres

Mais la mémoire inconnue du temps qui passe

Me fait oublier les feuilles de vieillesse de l’arbre familial.

Je pense à nous en contemplant nos racines communes,

Prête à m’envoler

Vers tous les océans de ta beauté perpétuée !

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« Prête à m’envoler » © Camille L. Crédit iconographique : Bruno Rigolt/EPC février 2010

              

                 

Haïku mélancolique

Angélique, Marine

            

Vie est vernis de soleil,
Dore et illumine
Le ciel  de mon avenir

Et puis comme fleur
Mon bonheur se fane :

Le rire des enfants
Exilés, irisés

S’est envolé dans le vent.
Et la brise traversa
Mes songes vertigineux.

              

              

Où le temps ne serait que sable

par Sofia

              

La fille à la solitude rouge, dans le Noir des champs de l’amour amer…

Que devient la rencontre de là-bas où l’hier s’inquiétait de l’impossible ?

Sans l’argent du soleil, où irait cet être ? Qui embellira le sang de ce cœur naufragé ?

Cette colombe reviendra peut-être pour un désir de l’ailleurs ?

Rarement le parfum de cet être qui dans le vent se réveilla

D’une tentation, d’un cauchemar, parvint jusqu’à la mer…

La mer, la mer : un symbole de rivage où le temps ne serait que sable

De l’écume de nos cœurs qui ne faisaient plus qu’Un…

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« Où le temps ne serait que sable » (d’après Magritte « La grande famille ») © Sofia V., BR/EPC février 2010

                     

                    

Je me lève

Camille

Je me lève cette nuit avec ton image dans la tête

À moitié endormie, je regarde par la fenêtre :

Le vent coule en larmes-prunes aux pieds de la lune…

                                                      

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© Les auteur(e)s (EPC/Lycée en Forêt, Montargis, France), février 2010