Culture Générale et Expression BTS Corps naturel, corps artificiel : entraînement à l’écriture personnelle. Sujet inédit : indications de corrigé

 


BTS. Corps naturel, corps artificiel
Écriture personnelle : Pensez-vous que l’avenir de l’humanité puisse résider dans un futur où le corps humain fusionnerait avec les machines ?
Indications de corrigé dernière mise à jour : samedi 4 novembre 2017, 13:09.


Niveau de difficulté des exercices :  moyen à difficile 

Rappel du corpus
 Pour accéder aux documents, cliquez ici.
 Pour accéder au corrigé de la synthèse, cliquez ici.

  1. Jean d’Alembert, article « Androïde », L’Encyclopédie, 1751.
  2. Auguste de Villiers de L’Isle-Adam, L’Ève future, 1886.
  3. Image tirée du film Metropolis de Fritz Lang, 1927.
  4. Pierre-Marie Lledo, « Femme, homme, robot : vivre ensemble », 2015.

INDICATIONS DE CORRIGÉ (travail semi-rédigé)

  • Pensez-vous que l’avenir de l’humanité puisse résider dans un futur où le corps humain fusionnerait avec les machines ? Vous répondrez à cette question de façon argumentée en vous appuyant sur les documents du corpus, vos lectures de l’année ainsi que vos connaissances personnelles.

La principale difficulté du sujet venait qu’il était centré sur une problématique précise (L’homme postmoderne peut-il encore se définir comme un être biologique ?) nécessitant l’exploitation de connaissances ciblées. On pouvait adopter ici un plan critique (qui porte sur le bien-fondé, la validité d’une hypothèse). Proche du plan dialectique, ce type de plan implique une très nette prise de position par rapport à une situation, à des faits, dont il faut comprendre qu’ils soulèvent un problème que le travail se propose de résoudre après en avoir évalué l’enjeu.

Légendes :

I, II : idée générale (Thèse/Antithèse)
1, 2, 3 : idées secondaires (paragraphes)
: exemple
: déduction du paragraphe
: transition


Introduction

  • (Accroche) Le prométhéisme biotechnique qui a dominé largement l’univers de la Science-fiction est devenu aujourd’hui une réalité qui est en train de transformer l’homme et l’organisation sociale de façon irréversible à tel point qu’on peut se poser la question :
  • (Annonce du sujet) l’avenir de l’humanité pourrait-il résider dans un futur où le corps humain fusionnerait avec les machines ?
  • (Problématique) Ce questionnement fonde la problématique de notre travail : l’homme postmoderne peut-il encore se définir comme un être biologique ? En nous transportant au-delà des déterminismes biologiques, la fusion homme-machine ne témoigne-t-elle pas d’une crise identitaire majeure ?
  • (Annonce du plan) Si, comme nous le concéderons d’abord (Première partie), l’hybridation homme-machine ouvre d’immenses perspectives d’un point de vue social et interpersonnel, nous verrons (Deuxième partie) que cet attrait quelque peu fantasmé pour les techno-sciences reflète davantage le profond sentiment d’aliénation de l’homme à la machine.

I. La fusion du corps humain avec les machines remet en cause les lois de la dégradation entropique et de la temporalité : et si l’homme n’était plus « mortel » ?

  1. La fusion dans un même corps du mécanique et du biologique nécessite d’abord un changement de perspective : il faut accepter que le corps « naturel » n’existe pas en soi, il est socialement et culturellement construit. Les limites mêmes du corps posent donc les limites de la corporéité ; de nos jours, le corps hybride implique une vision du corps non plus comme entité finie et autonome, mais reconfiguré par la science et l’imagination créatrice.
     célèbre anthropologue et sociologue américaine, Donna Haraway est une figure incontournable des théories cyber-féministes. Dans son Manifeste Cyborg (1984 ; trad. fr. 2002), elle affirme : « nous sommes tous des chimères, des hybrides de machines et d’organismes pensés et fabriqués ». Selon l’auteure, en modifiant la fonction reproductive, le corps virtuel peut modifier les déterminismes attachés au corps naturel (notamment au corps féminin).
    Le transhumanisme postule également l’idée qu’il faut profiter davantage de la vie en repoussant les limites du corps naturel (nouvel hédonisme). En ce sens, augmenter les potentialités du corps et de l’esprit n’est pas en soi « contre-nature ».
    Il faut donc accepter l’idée qu’un système technologique puisse se confondre avec le règne du vivant.
  2. La fusion homme-machine est en outre socialement utile, et d’ailleurs sans nous en rendre compte nous sommes déjà les bénéficiaires de ces effets : l’introduction de l’informatique dans nos vies a imposé une redéfinition des rapports entre l’homme et la machine.
    Hans Moravec considère tout à fait possible une hybridation du biologique avec de l’électronique moléculaire : dans son ouvrage Robot : de la simple machine à l’intelligence supérieure paru en 1998, il montre que l’évolution de l’intelligence artificielle se fait au bénéfice de l’humain : un robot est un outil créé par l’homme afin de résoudre des choses que son corps a du mal à accomplir.
    Pierre-Marie Lledo (doc. 4) montre que la robotique suppose désormais que l’homme et la machine fonctionnent ensemble dans une relation d’interdépendance et non plus de confrontation. Le robot jouerait ainsi un vrai rôle social (au Japon, de nombreux robots humanoïdes sont déjà utilisés comme auxiliaire de soin ou personne de compagnie).
    Dans le même ordre d’idées, l’ingénieur et inventeur Elon Musk estime même que le salut de l’humanité passera par l’union de l’intelligence biologique et de l’intelligence numérique (notre dépendance à la technologie ne faisant qu’augmenter avec le temps).
    remise en question du vieux fantasme de l’homme-machine incarné par Terminator : désormais la fusion homme-machine suppose un changement dans la représentation de notre propre corps. La machine nous amène ainsi à reconstruire les liens sociaux et les relations interpersonnelles.
  3. Enfin, la fusion de l’homme et de la machine est une façon d’envisager différemment le corps humain, en dépassant les déterminismes auxquels il était soumis.
     Selon Joël de Rosnay (« Pour une diététique de l’information », Les Cahiers pédagogiques, n°362, p. 8), « L’hybridation des technologies est un facteur d’accélération de la coévolution entre l’homme et les machines à traiter l’information ». L’hybridation est donc un dépassement de la dualité platonicienne corps et mental. Lorsque la machine et le corps sont « branchés », plus rien ne les distingue, leur fusion est totale.
    la génétique accepte les lois qui régissent les processus d’hybridation des végétaux. Pourquoi en irait-il différemment chez les humains ? Fasciné par le corps et ses transformations, l’artiste macédonien Robert Gligorov imagine même une possible fusion du corps naturel avec le végétal. De la même manière, la fusion du corps et de la machine est peut-être une façon de dépasser les frontières corporelles habituelles, à commencer par la vision ségrégationniste du corps : la reconstruction et l’amélioration du corps humain en chirurgie amène par exemple à reconsidérer les notions de genre, de classe sociale, de race, de beauté ou de laideur.
    ⇒ La fusion du corps humain avec la machine amènera sans doute à revoir le contexte des relations sociales : il faut accepter l’idée d’une complémentarité sociale humain-machine.

≠ Mais il ne faut pas sous-estimer les dysfonctionnements, anomalies des technosciences. Le positivisme affiché par les chercheurs pose également un certain nombre de problèmes éthiques : peut-on même parler du corps humain comme d’une machine « techniquement compatible » ?

II. L’hybridation homme-machine reste néanmoins problématique par ses implications philosophiques et morales : s’achemine-t-on vers une fin de l’homme ?

  1. Peut-on « réparer » ou « bricoler » le corps comme s’il s’agissait d’une machine ? Quand on parle de corps humain, on aborde tout ce qui touche traditionnellement à l’anatomie et à la dimension « naturelle » du corps : même socialement évolué, l’humain reste une créature mue par des instincts et des comportements biologiquement cohérents. Réduire le corps à une machine indéfiniment « réparée », c’est prendre le risque d’ôter à l’homme son humanité même.
    Dans la Silicon Valley, un certain nombre de bio-hackers à l’origine de la biologie participative (approche de la biologie non liée aux laboratoires reconnus) rêvent d’un corps indéfiniment réparé par des pièces détachées issues du clone de chacun. (Cf. le film Transformers  de Michael Bay, tourné en 2007 et cet article datant de février 2015 paru dans le magazine Géo
    « Le nouveau défi de la Silicon Valley : rendre l’homme immortel ».
    L’hybridation de la machine et du corps naturel est le symbole d’une société qui est celle de L’Adieu au corps (David Le Breton, 2013) : surnuméraire, lieu de précarité, de vieillissement, le corps naturel semble relégué dans l’oubli.
    De telles visions ne font-elles pas du corps humain non plus un corps-sujet mais un corps-objet ?
  2. L’attrait fantasmé pour les techno-sciences se trouve amplifié par la vulgarisation parfois simpliste des avancées technologiques qui donnent l’impression qu’on peut tout faire avec le corps. Le risque est d’entraîner une conception biaisée de la technique.
    Nathanaël Jarrassé « nous engage à revenir aux réalités des personnes appareillées qui ne sont pas des hommes machines ». Selon lui, la « surmédiatisation du concept de cyborg va jusqu’à engendrer une mise en question passionnée de l’appareillage, domaine où la raison devrait nous guider : qui oserait lancer un débat « pour ou contre » la chaise roulante ou la canne anglaise ? Le sujet amputé, plus ou moins « réparé », se retrouve involontairement enjeu de discussions sur l’« augmentation » du corps dont il connaît, lui, les limites, au risque de rendre encore plus compliquée l’image qu’il a de lui-même et que la société se fait de lui ».
    L’augmentation démesurée des capacités du corps par la pose de puces électroniques, d’implants, de prothèses bioniques, etc. amène inévitablement à une scission de l’humanité entre ceux qui pourront s’offrir ces avancées technologiques et ceux qui en seront exclus ou en seront les victimes (fabrication d’enfants à travers les PMA). Cf. les notions de disposition du corps (logique anglo-saxonne qui réifie [=chosifie] le corps) par opposition au principe d’indisponibilité qui refuse tout échange marchand et toute instrumentalisation du corps humain.
    ⇒ Transformer ainsi l’Homme, c’est menacer son identité, voire son humanité même : peut-on parler encore de « condition humaine » ? Ne devrait-on pas parler davantage d’ « inhumaine condition » ? 

  3. À l’immortalité métaphysique des religions traditionnelles, l’homme a substitué l’immortalité technologique. Y a-t-il un réel « projet humain » dans des conquêtes biotechniques qui réduisent l’humain à n’être plus qu’une machine, voire un corps numérique ?
    La fascination suscitée chez d’Alembert (doc. 1 du corpus) par l’automate de Vaucanson n’est pas exempte d’une certaine ambiguïté très bien illustrée par Edison, le savant fou de l’Ève future (doc. 2) : « tout ceci n’est rien encore ! Non ! rien ! (mais ce qui s’appelle rien ! vous dis-je) en comparaison de l’œuvre possible. ― Ah ! l’Œuvre possible ! Si vous saviez ! ». On peut rapprocher ces propos de certains penseurs qui voient dans le concept de posthumanisme la dissolution même de l’humain, réduit à une identité numérique mise en scène (cf. Word of warcraft et la construction d’avatars).
    Philippe Breton (Une histoire de l’informatique, 1990) a montré que l’un des fantasmes des informaticiens était de créer une intelligence artificielle ne souffrant d’aucune limitation : seule la capacité de stockage et de calcul devant être prise en compte. Selon eux, notre esprit pourrait même être sauvegardé sur un disque dur, au sein d’un androïde de substitution. Entre raison et déraison, sentiment de finitude et pressentiment de l’infini, le corps artificiel ne tend-il pas à devenir un pur artefact, « une instance de branchement, un terminal, un objet transitoire et manipulable […], un kit, une somme de parties éventuellement détachables à la disposition d’un individu saisi dans un bricolage sur soi et pour qui justement le corps est la pièce maîtresse de l’affirmation personnelle » ? (D. Le Breton : « Figures du corps accessoire : marques corporelles, culturisme, transsexualisme, etc. », In : Claude Fintz, Les Imaginaires du corps. Tome 2 – Arts, sociologie, anthropologie. Pour une approche interdisciplinaire du corps, Paris, L’Harmattan, page 208).
    ⇒ La morale du posthumain débouche inévitablement sur une morale de l’inhumain.

Conclusion

  • (Bilan) Comme nous l’avons vu, la mixité corporelle est source  de défis mais aussi de troubles identitaires nouveaux. L’homme technicisé doit prendre la mesure des transformations qu’il induit et des responsabilités que ce pouvoir lui confère : le corps artificiel postule l’idée de l’immortalité par peur de la mort… Mais à quel prix ? Nous devons accepter l’idée d’un humanisme scientifique qui refuse la vision artificialisante et fantasmée d’un homme augmenté aux pouvoirs sans limite.
  • (Ouverture) Et si le vieillissement était la chance même de l’homme ? Élargissement sur Montaigne : « Que vivre, c’est apprendre à mourir » (Essais, I, 19, 1588).

Bruno Rigolt
© novembre 2017, Bruno Rigolt/Espace Pédagogique Contributif

Netiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, cet article est protégé par copyrightIl est mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le nom de l’auteur ainsi que la référence complète de l’article cité (URL de la page).

Culture Générale et Expression BTS Corps naturel, corps artificiel : entraînement à l'écriture personnelle. Sujet inédit : indications de corrigé

 


BTS. Corps naturel, corps artificiel
Écriture personnelle : Pensez-vous que l’avenir de l’humanité puisse résider dans un futur où le corps humain fusionnerait avec les machines ?
Indications de corrigé dernière mise à jour : samedi 4 novembre 2017, 13:09.


Niveau de difficulté des exercices :  moyen à difficile 

Rappel du corpus
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  1. Jean d’Alembert, article « Androïde », L’Encyclopédie, 1751.
  2. Auguste de Villiers de L’Isle-Adam, L’Ève future, 1886.
  3. Image tirée du film Metropolis de Fritz Lang, 1927.
  4. Pierre-Marie Lledo, « Femme, homme, robot : vivre ensemble », 2015.

INDICATIONS DE CORRIGÉ (travail semi-rédigé)

  • Pensez-vous que l’avenir de l’humanité puisse résider dans un futur où le corps humain fusionnerait avec les machines ? Vous répondrez à cette question de façon argumentée en vous appuyant sur les documents du corpus, vos lectures de l’année ainsi que vos connaissances personnelles.

La principale difficulté du sujet venait qu’il était centré sur une problématique précise (L’homme postmoderne peut-il encore se définir comme un être biologique ?) nécessitant l’exploitation de connaissances ciblées. On pouvait adopter ici un plan critique (qui porte sur le bien-fondé, la validité d’une hypothèse). Proche du plan dialectique, ce type de plan implique une très nette prise de position par rapport à une situation, à des faits, dont il faut comprendre qu’ils soulèvent un problème que le travail se propose de résoudre après en avoir évalué l’enjeu.

Légendes :
I, II : idée générale (Thèse/Antithèse)
1, 2, 3 : idées secondaires (paragraphes)
: exemple
: déduction du paragraphe
: transition


Introduction

  • (Accroche) Le prométhéisme biotechnique qui a dominé largement l’univers de la Science-fiction est devenu aujourd’hui une réalité qui est en train de transformer l’homme et l’organisation sociale de façon irréversible à tel point qu’on peut se poser la question :
  • (Annonce du sujet) l’avenir de l’humanité pourrait-il résider dans un futur où le corps humain fusionnerait avec les machines ?
  • (Problématique) Ce questionnement fonde la problématique de notre travail : l’homme postmoderne peut-il encore se définir comme un être biologique ? En nous transportant au-delà des déterminismes biologiques, la fusion homme-machine ne témoigne-t-elle pas d’une crise identitaire majeure ?
  • (Annonce du plan) Si, comme nous le concéderons d’abord (Première partie), l’hybridation homme-machine ouvre d’immenses perspectives d’un point de vue social et interpersonnel, nous verrons (Deuxième partie) que cet attrait quelque peu fantasmé pour les techno-sciences reflète davantage le profond sentiment d’aliénation de l’homme à la machine.

I. La fusion du corps humain avec les machines remet en cause les lois de la dégradation entropique et de la temporalité : et si l’homme n’était plus « mortel » ?

  1. La fusion dans un même corps du mécanique et du biologique nécessite d’abord un changement de perspective : il faut accepter que le corps « naturel » n’existe pas en soi, il est socialement et culturellement construit. Les limites mêmes du corps posent donc les limites de la corporéité ; de nos jours, le corps hybride implique une vision du corps non plus comme entité finie et autonome, mais reconfiguré par la science et l’imagination créatrice.
     célèbre anthropologue et sociologue américaine, Donna Haraway est une figure incontournable des théories cyber-féministes. Dans son Manifeste Cyborg (1984 ; trad. fr. 2002), elle affirme : « nous sommes tous des chimères, des hybrides de machines et d’organismes pensés et fabriqués ». Selon l’auteure, en modifiant la fonction reproductive, le corps virtuel peut modifier les déterminismes attachés au corps naturel (notamment au corps féminin).
    Le transhumanisme postule également l’idée qu’il faut profiter davantage de la vie en repoussant les limites du corps naturel (nouvel hédonisme). En ce sens, augmenter les potentialités du corps et de l’esprit n’est pas en soi « contre-nature ».
    Il faut donc accepter l’idée qu’un système technologique puisse se confondre avec le règne du vivant.
  2. La fusion homme-machine est en outre socialement utile, et d’ailleurs sans nous en rendre compte nous sommes déjà les bénéficiaires de ces effets : l’introduction de l’informatique dans nos vies a imposé une redéfinition des rapports entre l’homme et la machine.
    Hans Moravec considère tout à fait possible une hybridation du biologique avec de l’électronique moléculaire : dans son ouvrage Robot : de la simple machine à l’intelligence supérieure paru en 1998, il montre que l’évolution de l’intelligence artificielle se fait au bénéfice de l’humain : un robot est un outil créé par l’homme afin de résoudre des choses que son corps a du mal à accomplir.
    Pierre-Marie Lledo (doc. 4) montre que la robotique suppose désormais que l’homme et la machine fonctionnent ensemble dans une relation d’interdépendance et non plus de confrontation. Le robot jouerait ainsi un vrai rôle social (au Japon, de nombreux robots humanoïdes sont déjà utilisés comme auxiliaire de soin ou personne de compagnie).
    Dans le même ordre d’idées, l’ingénieur et inventeur Elon Musk estime même que le salut de l’humanité passera par l’union de l’intelligence biologique et de l’intelligence numérique (notre dépendance à la technologie ne faisant qu’augmenter avec le temps).
    remise en question du vieux fantasme de l’homme-machine incarné par Terminator : désormais la fusion homme-machine suppose un changement dans la représentation de notre propre corps. La machine nous amène ainsi à reconstruire les liens sociaux et les relations interpersonnelles.
  3. Enfin, la fusion de l’homme et de la machine est une façon d’envisager différemment le corps humain, en dépassant les déterminismes auxquels il était soumis.
     Selon Joël de Rosnay (« Pour une diététique de l’information », Les Cahiers pédagogiques, n°362, p. 8), « L’hybridation des technologies est un facteur d’accélération de la coévolution entre l’homme et les machines à traiter l’information ». L’hybridation est donc un dépassement de la dualité platonicienne corps et mental. Lorsque la machine et le corps sont « branchés », plus rien ne les distingue, leur fusion est totale.
    la génétique accepte les lois qui régissent les processus d’hybridation des végétaux. Pourquoi en irait-il différemment chez les humains ? Fasciné par le corps et ses transformations, l’artiste macédonien Robert Gligorov imagine même une possible fusion du corps naturel avec le végétal. De la même manière, la fusion du corps et de la machine est peut-être une façon de dépasser les frontières corporelles habituelles, à commencer par la vision ségrégationniste du corps : la reconstruction et l’amélioration du corps humain en chirurgie amène par exemple à reconsidérer les notions de genre, de classe sociale, de race, de beauté ou de laideur.
    ⇒ La fusion du corps humain avec la machine amènera sans doute à revoir le contexte des relations sociales : il faut accepter l’idée d’une complémentarité sociale humain-machine.

≠ Mais il ne faut pas sous-estimer les dysfonctionnements, anomalies des technosciences. Le positivisme affiché par les chercheurs pose également un certain nombre de problèmes éthiques : peut-on même parler du corps humain comme d’une machine « techniquement compatible » ?

II. L’hybridation homme-machine reste néanmoins problématique par ses implications philosophiques et morales : s’achemine-t-on vers une fin de l’homme ?

  1. Peut-on « réparer » ou « bricoler » le corps comme s’il s’agissait d’une machine ? Quand on parle de corps humain, on aborde tout ce qui touche traditionnellement à l’anatomie et à la dimension « naturelle » du corps : même socialement évolué, l’humain reste une créature mue par des instincts et des comportements biologiquement cohérents. Réduire le corps à une machine indéfiniment « réparée », c’est prendre le risque d’ôter à l’homme son humanité même.
    Dans la Silicon Valley, un certain nombre de bio-hackers à l’origine de la biologie participative (approche de la biologie non liée aux laboratoires reconnus) rêvent d’un corps indéfiniment réparé par des pièces détachées issues du clone de chacun. (Cf. le film Transformers  de Michael Bay, tourné en 2007 et cet article datant de février 2015 paru dans le magazine Géo
    « Le nouveau défi de la Silicon Valley : rendre l’homme immortel ».
    L’hybridation de la machine et du corps naturel est le symbole d’une société qui est celle de L’Adieu au corps (David Le Breton, 2013) : surnuméraire, lieu de précarité, de vieillissement, le corps naturel semble relégué dans l’oubli.
    De telles visions ne font-elles pas du corps humain non plus un corps-sujet mais un corps-objet ?
  2. L’attrait fantasmé pour les techno-sciences se trouve amplifié par la vulgarisation parfois simpliste des avancées technologiques qui donnent l’impression qu’on peut tout faire avec le corps. Le risque est d’entraîner une conception biaisée de la technique.
    Nathanaël Jarrassé « nous engage à revenir aux réalités des personnes appareillées qui ne sont pas des hommes machines ». Selon lui, la « surmédiatisation du concept de cyborg va jusqu’à engendrer une mise en question passionnée de l’appareillage, domaine où la raison devrait nous guider : qui oserait lancer un débat « pour ou contre » la chaise roulante ou la canne anglaise ? Le sujet amputé, plus ou moins « réparé », se retrouve involontairement enjeu de discussions sur l’« augmentation » du corps dont il connaît, lui, les limites, au risque de rendre encore plus compliquée l’image qu’il a de lui-même et que la société se fait de lui ».
    L’augmentation démesurée des capacités du corps par la pose de puces électroniques, d’implants, de prothèses bioniques, etc. amène inévitablement à une scission de l’humanité entre ceux qui pourront s’offrir ces avancées technologiques et ceux qui en seront exclus ou en seront les victimes (fabrication d’enfants à travers les PMA). Cf. les notions de disposition du corps (logique anglo-saxonne qui réifie [=chosifie] le corps) par opposition au principe d’indisponibilité qui refuse tout échange marchand et toute instrumentalisation du corps humain.
    ⇒ Transformer ainsi l’Homme, c’est menacer son identité, voire son humanité même : peut-on parler encore de « condition humaine » ? Ne devrait-on pas parler davantage d’ « inhumaine condition » ? 

  3. À l’immortalité métaphysique des religions traditionnelles, l’homme a substitué l’immortalité technologique. Y a-t-il un réel « projet humain » dans des conquêtes biotechniques qui réduisent l’humain à n’être plus qu’une machine, voire un corps numérique ?
    La fascination suscitée chez d’Alembert (doc. 1 du corpus) par l’automate de Vaucanson n’est pas exempte d’une certaine ambiguïté très bien illustrée par Edison, le savant fou de l’Ève future (doc. 2) : « tout ceci n’est rien encore ! Non ! rien ! (mais ce qui s’appelle rien ! vous dis-je) en comparaison de l’œuvre possible. ― Ah ! l’Œuvre possible ! Si vous saviez ! ». On peut rapprocher ces propos de certains penseurs qui voient dans le concept de posthumanisme la dissolution même de l’humain, réduit à une identité numérique mise en scène (cf. Word of warcraft et la construction d’avatars).
    Philippe Breton (Une histoire de l’informatique, 1990) a montré que l’un des fantasmes des informaticiens était de créer une intelligence artificielle ne souffrant d’aucune limitation : seule la capacité de stockage et de calcul devant être prise en compte. Selon eux, notre esprit pourrait même être sauvegardé sur un disque dur, au sein d’un androïde de substitution. Entre raison et déraison, sentiment de finitude et pressentiment de l’infini, le corps artificiel ne tend-il pas à devenir un pur artefact, « une instance de branchement, un terminal, un objet transitoire et manipulable […], un kit, une somme de parties éventuellement détachables à la disposition d’un individu saisi dans un bricolage sur soi et pour qui justement le corps est la pièce maîtresse de l’affirmation personnelle » ? (D. Le Breton : « Figures du corps accessoire : marques corporelles, culturisme, transsexualisme, etc. », In : Claude Fintz, Les Imaginaires du corps. Tome 2 – Arts, sociologie, anthropologie. Pour une approche interdisciplinaire du corps, Paris, L’Harmattan, page 208).
    ⇒ La morale du posthumain débouche inévitablement sur une morale de l’inhumain.

Conclusion

  • (Bilan) Comme nous l’avons vu, la mixité corporelle est source  de défis mais aussi de troubles identitaires nouveaux. L’homme technicisé doit prendre la mesure des transformations qu’il induit et des responsabilités que ce pouvoir lui confère : le corps artificiel postule l’idée de l’immortalité par peur de la mort… Mais à quel prix ? Nous devons accepter l’idée d’un humanisme scientifique qui refuse la vision artificialisante et fantasmée d’un homme augmenté aux pouvoirs sans limite.
  • (Ouverture) Et si le vieillissement était la chance même de l’homme ? Élargissement sur Montaigne : « Que vivre, c’est apprendre à mourir » (Essais, I, 19, 1588).

Bruno Rigolt
© novembre 2017, Bruno Rigolt/Espace Pédagogique Contributif

Netiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, cet article est protégé par copyrightIl est mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le nom de l’auteur ainsi que la référence complète de l’article cité (URL de la page).

Culture Générale et Expression BTS Corps naturel, corps artificiel : entraînement à la synthèse. Sujet inédit : corrigé

 


Sujet inéditCorps humain et corps « déshumain » :
entre identité et altérité  CORRIGÉ DE LA SYNTHÈSE


Niveau de difficulté de l’exercice :  difficile ★★

Rappel du corpus

→ Pour accéder aux documents, cliquez ici.

  1. Jean d’Alembert, article « Androïde », L’Encyclopédie, 1751.
  2. Auguste de Villiers de L’Isle-Adam, L’Ève future, 1886.
  3. Image tirée du film Metropolis de Fritz Lang, 1927.
  4. Pierre-Marie Lledo, « Femme, homme, robot : vivre ensemble », 2015.

Corrigé de la synthèse 

Rappel de la consigne : vous réaliserez une synthèse objective, concise et ordonnée des documents contenus dans le présent corpus.


___
L’un des rêves de l’homme a toujours été de parvenir à engendrer, par l’artifice de la technique, un « corps-machine ». Des premiers automates aux robots humanoïdes de l’ère postmoderne, en passant par les humains-machines de la littérature ou du cinéma de science-fiction, le présent corpus 
amène à s’interroger, à travers quatre documents d’époques et de genres variés, sur les rapports toujours plus complexes entre les systèmes naturels vivants et la vie artificielle.

___Nous étudierons cette problématique selon une double perspective : d’une part les aspects définitionnels ainsi que les problèmes de délimitation du concept d’homme artificiel ; d’autre part les aspects opérationnels des androïdes, ainsi que les conséquences éthiques de l’utilisation d’une machine pouvant rivaliser avec l’homme.

[remarques sur l’introduction : l’introduction doit comporter au minimum une annonce du thème, des enjeux de sens du corpus et des premières orientations ou indications de l’organisation du devoir. La présentation plus précise des documents peut intervenir dans le développement comme au fur et à mesure de l’évocation et de l’analyse des textes et image]. Cf. Charte des examinateurs : III Questions spécifiques.

___Le corpus invite tout d’abord à explorer le concept d’androïde d’un point de vue théorique et technique. Il revient au mathématicien Jean d’Alembert dans un article fondateur de l’Encyclopédie (1751) d’en rappeler l’étymologie : « automate ayant forme humaine ». Comme le souligne fort à propos Pierre-Marie Lledo, directeur du département de Neuroscience de l’Institut Pasteur et l’un des experts de l’Association Progrès du Management (APM) dans un ouvrage collectif publié en 2015, Renaissance[s] : le plaisir d’entreprendre, « le concept d’androïde ne peut être dissocié de celui d’anthropomorphisme ». Cette osmose de plus en plus poussée entre les machines et l’appareil psychique est particulièrement sensible dans les documents deux et trois : paru en 1886, le roman d’Auguste Villiers de L’Isle-Adam, L’Ève future, se fait l’écho des dispositifs naturalistes de perfectionnement du corps et de son amélioration qui ont marqué la fin du XIXème siècle. Le passage présenté décrit avec une précision toute scientifique la création d’une femme-machine nommée Adaly. Selon Edison, son « andréide » doit être plus qu’une « Imitation-Humaine » : une « illusion de la Vie ». Donner à un robot l’apparence séduisante d’un être humain, voilà également ce qui obsède Rotwang, le savant fou de Metropolis. Tourné en 1927, le film de Fritz Lang dont l’image est extraite, contribue largement à façonner notre représentation du robot, montré comme une performance d’imitation.

___Ainsi que nous le pressentons, le concept d’androïde a largement été déterminé par les époques. Si le célèbre automate de Vaucanson auquel d’Alembert consacre son article n’est pas à proprement parler une machine pouvant rivaliser avec l’homme, la définition proposée par l’encyclopédiste est cependant la première qui fasse mention du concept d’homme-machine dans sa signification moderne : « Automate ayant figure humaine et qui […] agit et fait d’autres fonctions […] semblables à celles de l’homme ». Pour les savants matérialistes du XVIIIe siècle, nature et artifice sont en effet indissociables. Si cet aspect se retrouve dans les documents deux et trois, c’est malgré tout la science-fiction qui s’empare de la définition : le cas des gynoïdes¹ imaginées par Villiers de l’Isle-Adam et Fritz Lang est à ce titre révélateur de la peur des robots qui a largement baigné l’ère industrielle. Prenant le contre-pied de ce fantasme négatif, Pierre-Marie Lledo n’hésite pas à titrer : « Femme, homme, robot : vivre ensemble ». En délaissant volontairement la tradition des mirabilia², l’auteur envisage le robot au sens industriel du terme, avec l’ambition de remettre l’humain au cœur de la technique : à la différence de l’automate de Vaucanson qui se limitait à reproduire des gestes, ou des créatures fantasmées de Villiers de l’Isle-Adam et Fritz Lang, le robot de l’ère post-moderne amène plus fondamentalement à définir l’intelligence artificielle d’un point de vue épistémologique³ dans un contexte sociétal nouveau, qui est celui de l’hybridation et du transhumanisme.

___Autant de questions qui soulèvent deux aspects majeurs : comportemental et surtout éthique. En premier lieu, les documents abordent la question de l’adaptation de l’androïde à son environnement, notamment de son interaction avec les humains. Par son intention didactique, l’article de l’Encyclopédie se fait l’écho des savants du dix-huitième siècle qui ont cherché à modéliser les savoirs anatomique, physiologique et biologique : l’androïde de Vaucanson a en effet pour maître mot l’imitation : cette notion qui parcourt l’ensemble de la démonstration montre une indéniable fascination pour la psychologie comportementale, qui commençait à se développer sous les Lumières. Les documents deux et trois sont à ce titre comme une réponse à l’hypothèse finale de Jean d’Alembert qui porte sur la faisabilité à plus grande échelle du projet de Vaucanson. Loin d’être simplement chimériques, les gynoïdes de Villiers de l’Isle-Adam et Fritz Lang dotent la machine d’une « conscience » et d’une autonomie adaptative. Dans Metropolis, l’image célèbre de Maria, transformée en robot, pose toute la question de l’intelligence artificielle. Pierre-Marie Lledo va encore plus loin en envisageant l’androïde sous l’angle plus anthropologique de la communication avec l’homme : promoteur des neurosciences cognitives, l’auteur montre que le robot peut nous fournir ce dont nous avons le plus besoin : une altérité véritable. En ce sens, l’évolution des robots est peut-être le dernier stade de l’évolution humaine vers une économie « bio-inspirée » qui serait un nouveau modèle pour les sociétés à venir.

___Ces interrogations fondamentales s’inscrivent en fait dans une nécessaire éthique des robots. L’androïde est certes un formidable outil de savoir comme en témoigne la diversité des documents, mais il concrétise aussi de façon plus inquiétante le rêve prométhéen de l’humanité. La mécanique sophistiquée du flûteur de Vaucanson ne saurait masquer l’ambition de modéliser le vivant comme une machine : n’est-ce pas précisément l’amère leçon qui se dégage du roman de Villiers de l’Isle-Adam ? Le personnage d’Edison semble moins dominé par l’idée d’humaniser Adaly que par son obsession de penser l’organisme humain comme une machine. Soumettre la question de la technique à la lumière de la philosophie morale, tel est également le message qui se dégage du film de Fritz Lang, dont l’image nourrit autant la peur que la fascination. Mais tout l’enjeu du film n’est-il pas de nous amener à envisager différemment la relation complexe qui nous unit aux machines ? La technique ne saurait être coupable d’une responsabilité qui incombe d’abord à l’homme. Tourné en 1927 pendant la république de Weimar, le film préfigure le Reich nazi. Et s’il faut avoir peur, c’est de l’homme lui-même. Pierre-Marie Lledo prend ainsi le parti de la robotique comportementale et sociale dans le but de démystifier les peurs suscitées par l’intelligence artificielle : la machine, fût-elle pensante, ne peut être qu’au service de l’humain, c’est-à-dire de l’humanité de l’homme. Telle est la signification morale et philosophique qui se dégage du corpus.

___Comme nous l’avons montré, plusieurs enjeux sont sous-jacents à cette réflexion sur le corps artificiel : si tous les documents mis à notre disposition soulignent les possibilités offertes par le progrès scientifique, ils obligent aussi à « repenser les frontières entre le corps humain et la machine » (Instructions Officielles). Un tel débat prend plus encore son sens à notre époque, largement marquée par les développements spectaculaires de la robotisation et du transhumanisme.

© octobre 2017, Bruno Rigolt 
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NOTES

  1. gynoïde : robot ayant l’apparence d’une femme.
  2. mirabilia : qui se rapporte aux merveilleux, au surnaturel. Chose qui éblouit par sa beauté surnaturelle.
  3. épistémologique : qui concerne les méthodes et les principes d’une science sur son objet d’étude. L’épistémologie englobe les méthodes ainsi que les démarches de pensée propres à une science ou un domaine scientifique.
  4. didactique : qui est instructif, qui vise à un enseignement.
  5. anthropologique : qui se rapporte à l’anthropologie en tant que science de l’homme (CNRTL), c’est-à-dire à l’étude de l’homme dans son ensemble d’un point de vue social, historique, culturel. « L’ambition de l’anthropologie, prise au sens le plus large, serait de rassembler dans une perspective globalisante toutes les disciplines étudiant l’homme » (source : Universalis.fr).

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