Un été en Poésie (saison 3) 10 juillet-10 août 2016… Aujourd’hui Bruno Rigolt (fin de l’exposition 2016)

Pour la troisième année, du dimanche 10 juillet 2016 au mercredi 10 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie »…
Affiche Un été en Poésie_Copyright Bruno Rigolt_2016-07_a
Thématique de l’édition 2016 : 
« D’Europe et de Méditerranées… Poésies de tous les rivages ». 

Chaque jour, du dimanche au jeudi, un poème sera publié. Cette année, de très nombreux pays seront représentés dans ce voyage en Europe et autour de la Méditerranée, mêlant écriture et arts visuels. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.


Pays représentés :
France, Espagne, Portugal, Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Palestine, Israël, Liban, Syrie, Turquie,
Grèce, Italie.

Aujourd’hui… Bruno Rigolt ♂
(1960, Paris — ) FRANCE
Avec ce poème s’achève l’édition 2016 d’Un été en poésie…

Mardi 9 août : Ada Negri… Italie

 

« Les pierres et le vent »

Mais déjà le vent a revêtu son pardessus d’orage
et la mer lourde de pluie marche sur les pierres,
creuse le sable, parle une langue inconnue.

C’est une parole blanche qui regarde vers le ciel
et prête voix à ce qui demeure silencieux.

Des femmes drapées du haïk s’en vont
vers le soir qui descend des collines,
sur des routes de lin vert et de rêves dénudés.

Le jour se laisse tomber dans la mer
et se plonge dans un livre aux pages ébréchées.
On y parle de forêts de thuyas, de Mogador
et plus loin des Phéniciens, et du sillage des caravanes
où buvaient des bouts de ciel bleu dans les champs d’arganiers.

J’ai posé le livre dont les pages s’étirent en baillant.
Elles attendent sans fin que naisse ce qui meurt.
Les vagues vieilliront une à une
avant d’être emportées au ciel. L’océan dans mes mains
s’en va très loin vers le jour qui se cherche

et du bateau aux lèvres hésitantes
je compte le long silence du sable.

J’imagine les îles purpuraires, et la clarté du monde,
les fabriques de pourpre au bout d’une rue sombre…

Et là-bas devant moi, qui bouge et chante
sous le ciel aux chemins effacés :

Essaouira

comme des fleurs d’été

Le temps est leurs pétales.

Bruno Rigolt (1960- )
Inédit, 2 août 2016
© Bruno Riigolt

Bruno Rigolt_Essaouira après la pluie-2016« Essaouira comme des fleurs d’été
Le temps est leurs pétales… »

Bruno Rigolt, « Essaouira après la pluie » photographie modifiée numériquement, 2016
© copyright 2012, août 2016, Bruno Rigolt

frise_1

Bruno Rigolt, « Vase de roses à Essaouira », 2016
photomontage, photographie modifiée, peinture numérique

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Un été en Poésie (saison 3) 10 juillet-10 août 2016… Aujourd’hui Ada Negri

Pour la troisième année, du dimanche 10 juillet 2016 au mercredi 10 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie »…
Affiche Un été en Poésie_Copyright Bruno Rigolt_2016-07_a
Thématique de l’édition 2016 : 
« D’Europe et de Méditerranées… Poésies de tous les rivages ». 

Chaque jour, du dimanche au jeudi, un poème sera publié. Cette année, de très nombreux pays seront représentés dans ce voyage en Europe et autour de la Méditerranée, mêlant écriture et arts visuels. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.


Pays représentés :
France, Espagne, Portugal, Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Palestine, Israël, Liban, Syrie, Turquie,
Grèce, Italie.

Aujourd’hui… Ada Negri ♀
(1870, Lodi — 1945, Milan) ITALIE

Lundi 8 août : Antonella Anedda… Italie
Mercredi 10 août (fin de l’exposition) : Bruno Rigolt… France

 

« La luna scende in giardino »

La luna scende in giardino per le scale della pallida sera :
è tutta bella, le nubi la velano, la brezza la scopre.
S’attarda dietro il cipresso, s’aggrappa all’àgavi e ai fichi d’India,
stende trine leggere sui viali, lega le fronde con fili d’argento,
nell’ombra screziata di raggi crea e dissolve danze di gnomi,
con le perle della rugiada sfila e infila collane di sogni.

So che sul mare è nata una strada, una bianca strada
per chi vuole arrivare la notte alle reggie di Dio.
Vada chi vuole sulla bianca strada, vada chi vuole con barca e con vela :
a me piace restare in giardino a giocar con i raggi e con l’ombre.
Due stelle – sole – accanto alla luna: due larghe pupille serene.
Dove sei tu, che mi amavi, e mi dicevi : ”Dinin, mio bene” ?

Ada Negri (1870-1945)

Bruno Rigolt_Le jardin lunaire_web« La luna scende in giardino per le scale della pallida sera :
è tutta bella, le nubi la velano, la brezza la scopre…
 »

Bruno Rigolt, « Le jardin lunaire » (peinture numérique), 2016
© Copyright août 2016, Bruno Rigolt

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« La lune descend au jardin »

La lune descend au jardin par l’escalier pâle du soir :
toute belle, les nuages la voilent, la brise la découvre.
Elle s’attarde derrière le cyprès, s’accroche aux agaves et aux figuiers d’Inde,
étale des dentelles légères le long des allées, attache les branches par des fils d’argent,
dans l’ombre marbrée de rayons elle noue et dénoue des danses de gnomes,
avec des perles de rosée elle enfile et défait des colliers de rêves.

Je sais qu’il est né sur la mer un chemin, un blanc chemin
pour qui, la nuit, veut rejoindre le palais de Dieu.
Emprunte qui veut la blanche route dans sa barque à voile,
moi j’aime rester au jardin, jouer avec les ombres et les rayons.
Deux étoiles – seules – près de la lune : deux larges pupilles sereines.
Où es-tu, toi qui m’aimais, toi qui me disais : « Dinin, chérie* » ?

Ada Negri (1870-1945)

Traduction : Giovanna Bellati
Université de Modena et Reggio Emilia
source : pandesmuses.fr

* C’est sans doute le souvenir de la mère qui est évoqué ici ; Dinin est le diminutif dialectal du prénom d’Ada, et le petit nom par lequel elle était appelée en famille (Giovanna Bellati).

Bruno Rigolt_Le jardin lunaire_web_détail« moi j’aime rester au jardin, jouer avec les ombres et les rayons… »

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Un été en Poésie (saison 3) 10 juillet-10 août 2016… Aujourd’hui Antonella Anedda

Pour la troisième année, du dimanche 10 juillet 2016 au mercredi 10 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie »…
Affiche Un été en Poésie_Copyright Bruno Rigolt_2016-07_a
Thématique de l’édition 2016 : 
« D’Europe et de Méditerranées… Poésies de tous les rivages ». 

Chaque jour, du dimanche au jeudi, un poème sera publié. Cette année, de très nombreux pays seront représentés dans ce voyage en Europe et autour de la Méditerranée, mêlant écriture et arts visuels. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.


Pays représentés :
France, Espagne, Portugal, Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Palestine, Israël, Liban, Syrie, Turquie,
Grèce, Italie.

Aujourd’hui… Antonella Anedda ♀
(1958, Rome— ) ITALIE

Dimanche 7 août : Katerina Anghelaki-Rooke… Grèce
Mardi 9 août : Ada Negri… Italie

 

« C’è una finestra nella notte »

C’è una finestra nella notte
con due sagome scure addormentate
brune come gli uccelli
il cui corpo indietreggia contro il cielo.

Scrivo con pazienza
all’eternità non credo
la lentezza mi viene dal silenzio
e da una libertà —invisibile—
che il Continente non conosce
l’isola di un pensiero che mi spinge
a restringere il tempo
a dargli spazio
inventando per quella lingua il suo deserto.

La parola si spacca come legno
come un legno crepita di lato
per metà fuoco
per metà abbandono.

Antonella Anedda (1958- )
Notti di Pace occidentale, Roma Donzelli Editore, 2001, pp. 14-15

Bruno Rigolt Soir et la mer_2« C’è una finestra nella notte
con due sagome scure addormentate…
 »

Bruno Rigolt, « Soir et la mer VI », 2013
Peinture numérique © copyright 2013, 2016, Bruno Rigolt

frise_1

« Il y a une fenêtre dans la nuit »

Il y a une fenêtre dans la nuit
avec deux silhouettes sombres endormies
brunes comme les oiseaux
dont le corps recule contre le ciel.

J’écris avec patience
à l’éternité je ne crois pas
la lenteur me vient du silence
et d’une liberté —invisible—
que le Continent ne connaît pas
l’île d’une pensée qui me pousse
à resserrer le temps
à lui donner de l’espace
en inventant pour cette langue son désert.

La parole se fend comme bois
comme bois elle crépite de côté
à moitié feu
à moitié abandon.

Antonella Anedda (1958- )
Notti di Pace occidentale, Roma Donzelli Editore, 2001, pp. 14-15

Traduction : Bruno Rigolt

Soir-et-la-Mer-V.jpg« la lenteur me vient du silence
et d’une liberté —invisible—
que le Continent ne connaît pas…
 »

Bruno Rigolt, « Soir et la mer  V », 2013
Peinture numérique © copyright 2013, 2016, Bruno Rigolt

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Un été en Poésie (saison 3) 10 juillet-10 août 2016… Aujourd’hui Katerina Anghelaki-Rooke

Pour la troisième année, du dimanche 10 juillet 2016 au mercredi 10 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie »…
Affiche Un été en Poésie_Copyright Bruno Rigolt_2016-07_a
Thématique de l’édition 2016 : 
« D’Europe et de Méditerranées… Poésies de tous les rivages ». 

Chaque jour, du dimanche au jeudi, un poème sera publié. Cette année, de très nombreux pays seront représentés dans ce voyage en Europe et autour de la Méditerranée, mêlant écriture et arts visuels. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.


Pays représentés :
France, Espagne, Portugal, Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Palestine, Israël, Liban, Syrie, Turquie,
Grèce, Italie.

Aujourd’hui… Katerina Anghelaki-Rooke ♀
(1939, Athènes, Grèce— ) GRÈCE

Jeudi 4 août : Gülten Akin… Turquie
Lundi 8 août : Antonella Anedda… Italie

 

« J’ai une pierre »
ΈΧΩ ΜΙΑ ΠΈΤΡΑ

__Je lèche une pierre. Les pores de ma langue s’imbriquent avec les pores de la pierre. Ma langue se dessèche et traîne jusqu’à la face de la pierre touchant la terre, une moisissure collée sur elle comme du sang. Soudain je retrouve de la salive, elle mouille la pierre et la pierre glisse dans ma bouche.

__Cette pierre je la nomme Œdipe. Car comme Œdipe elle est irrégulière avec deux profondes entailles où seraient les yeux. Elle aussi dégringole sur ses pieds enflés. Une fois immobile, elle cache sous elle une destinée, un reptile, mon moi oublié.

__Cette pierre je la nomme Œdipe.

__Car si par elle-même elle n’est rien, elle a la forme et le poids du choix. Je la nomme et la lèche.

__Jusqu’à la fin de mon histoire.

__Jusqu’à comprendre le mot choix.
__Jusqu’à comprendre le mot fin.

Katerina Anghelaki-Rooke (1939- )
© Kastaniotis ;
Traduction : Michel Volkovitch, © Desmos

Poème cité dans l’anthologie Les Poètes de la Méditerranée, Paris Gallimard 2013, page 51
© Éditions Gallimard, Culturesfrance

Bruno Rigolt_lips and stone_web« Je lèche une pierre.
Les pores de ma langue s’imbriquent avec les pores de la pierre…
 »

Bruno Rigolt, « Lips and stone », 2016
Peinture numérique © copyright août 2016, Bruno Rigolt


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Un été en Poésie (saison 3) 10 juillet-10 août 2016… Aujourd’hui Gülten Akin

Pour la troisième année, du dimanche 10 juillet 2016 au mercredi 10 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie »…
Affiche Un été en Poésie_Copyright Bruno Rigolt_2016-07_a
Thématique de l’édition 2016 : 
« D’Europe et de Méditerranées… Poésies de tous les rivages ». 

Chaque jour, du dimanche au jeudi, un poème sera publié. Cette année, de très nombreux pays seront représentés dans ce voyage en Europe et autour de la Méditerranée, mêlant écriture et arts visuels. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.


Pays représentés :
France, Espagne, Portugal, Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Palestine, Israël, Liban, Syrie, Turquie,
Grèce, Italie.

Aujourd’hui… Gülten Akin ♀
(1933, Yozgat, Turquie — 2015, Ankara, Turquie) TURQUIE

Mercredi 3 août : Adonis… Syrie
Dimanche 7 août : Katerina Anghelaki-Rooke… Grèce

 

« Cantique du fer à la rouille »
Demirle Pas Arasinda Ilahi

Du narcisse à la rose d’automne
Depuis cinq ans cinq longues années
De la neige à la pluie
Depuis cinq longues années
Du froid à l’humidité
Du fer à la rouille
De Seyran à Mamak
Depuis cinq ans cinq longues années

Je connais le bruit du fer
Le bruit du verrou que l’on tire,
De la porte qu’on pousse
Le bruit cruel de ce qui entrave mains et épaules
Depuis cinq ans cinq longues années

Si l’on avait planté un saule
Son ombre emplirait l’intérieur des maisons
Le chagrin est ce saule pleureur
Que j’ai surveillé et laissé croître sur le sol de mon cœur

Depuis cinq ans cinq longues années
Ta voix s’est affaiblie, tu es resté sur le qui-vive
Nous parlons par bribes de mots sélectionnés
Essorés sur un fil
Et seulement comme ça
Nous parlons, si c’est cela parler

[…]

Gülten Akin (1933-2015)
Traduction : Jean Pinquié, Levent Yilmaz

Anthologie de la poésie turque contemporaine (édition bilingue), Paris Publisud 1991

Bruno Rigolt_Liberté_2016« Je connais le bruit du fer
le bruit du verrou que l’on tire, de la porte qu’on pousse…
 »

Bruno Rigolt, « Liberté », 2016
Peinture numérique spécialement créée pour le poème de Gülten Akin
© copyright août 2016 Bruno Rigolt

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Un été en Poésie (saison 3) 10 juillet-10 août 2016… Aujourd’hui Adonis

Pour la troisième année, du dimanche 10 juillet 2016 au mercredi 10 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie »…
Affiche Un été en Poésie_Copyright Bruno Rigolt_2016-07_a
Thématique de l’édition 2016 : 
« D’Europe et de Méditerranées… Poésies de tous les rivages ». 

Chaque jour, du dimanche au jeudi, un poème sera publié. Cette année, de très nombreux pays seront représentés dans ce voyage en Europe et autour de la Méditerranée, mêlant écriture et arts visuels. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.


Pays représentés :
France, Espagne, Portugal, Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Palestine, Israël, Liban, Syrie, Turquie,
Grèce, Italie.

Aujourd’hui… Adonis (Ali Ahmed Saïd Esbe) ♂
(1930, Al-Qassabin, Syrie — ) SYRIE

Mardi 2 août : Salah Stétié… Liban/France
Jeudi 4 août : Gülten Akin… Turquie

 

« Les poètes »

Nulle part, eux : ils portent la tiédeur
_Dans le corps froid de la terre, ils forgent
_À l’horizon ses clés.

___Ils n’ont laissé
___Ni père ni foyer
___Pour leurs légendes.

_Ils les ont écrites
_Comme le soleil écrit son histoire

___Nulle part.

Adonis (1930- )

Traduction : Chawki Abdelamir, Serge Sautreau
© Éditions de Nulle Part
Poème cité dans l’anthologie Les Poètes de la Méditerranée
, © Éditions Gallimard, Culturesfrance,  Paris 2013, page 191

Mirbeau_Le songe du poète_hst_1980_web« Nulle part, eux : ils portent la tiédeur
Dans le corps froid de la terre…
 »

Madeleine Mirbeau, « Le songe du poète » (huile sur toile), c. 1980
Collection privée

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Un été en Poésie (saison 3) 10 juillet-10 août 2016… Aujourd’hui Salah Stétié

Pour la troisième année, du dimanche 10 juillet 2016 au mercredi 10 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie »…
Affiche Un été en Poésie_Copyright Bruno Rigolt_2016-07_a
Thématique de l’édition 2016 : 
« D’Europe et de Méditerranées… Poésies de tous les rivages ». 

Chaque jour, du dimanche au jeudi, un poème sera publié. Cette année, de très nombreux pays seront représentés dans ce voyage en Europe et autour de la Méditerranée, mêlant écriture et arts visuels. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.


Pays représentés :
France, Espagne, Portugal, Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Palestine, Israël, Liban, Syrie, Turquie,
Grèce, Italie.

Aujourd’hui… Salah Stétié ♂
(1929, Beyrouth, Liban  — ) LIBAN/FRANCE

Lundi 1er août : Vénus Khoury-Ghata… Liban/France
Mercredi 3 août : Adonis… Syrie

 

« Embrasures »
VII

__Comme un fruit défendu par ses enceintes et comme de son amande la plus vive, ainsi d’Alep et de son château mystique. De loin, déjà, il nous apparaissait, pâle et rêvé, l’ami du ciel perdu. Vers lui, nous nous acheminions, portés sur les eaux du silence. Ô douceur ! Ô sentiment d’une paix sans mesure… Midi, Bouddha se couronnait de rubis. La ville autour de moi, mur après mur, se déliait de ses ombres captives. Enfermée dans l’or et dans l’or. À chaque tournant de rue me désirait l’odeur adolescente des narcisses. Fine et gravée, effrayée par le vide, une tourterelle comblait anxieusement. Et c’était comme chaîne verdie, cette voix d’un minaret ardent.

__Le temps couvrait de son aile d’aigle un visage. La forteresse était comme une femme. Elle en avait la pourpre fameuse. Le cœur en nous, qui est une personne, s’agenouillait.

Salah Stétié (1929- )
Poème cité dans l’anthologie Les Poètes de la Méditerranée
,
© Éditions Gallimard, Culturesfrance,  Paris 2013, page 216

BR_Alep_la_citadelle_web_9« Le temps couvrait de son aile d’aigle un visage.
La forteresse était comme une femme…
 »

Illustration : Bruno Rigolt, « La citadelle d’Alep » (2016)
© copyright août 2016, Bruno Rigolt (photomontage, dessin à l’encre et peinture numérique)

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Un été en Poésie (saison 3) 10 juillet-10 août 2016… Aujourd’hui Vénus Khoury-Ghata

Pour la troisième année, du dimanche 10 juillet 2016 au mercredi 10 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie »…
Affiche Un été en Poésie_Copyright Bruno Rigolt_2016-07_a
Thématique de l’édition 2016 : 
« D’Europe et de Méditerranées… Poésies de tous les rivages ». 

Chaque jour, du dimanche au jeudi, un poème sera publié. Cette année, de très nombreux pays seront représentés dans ce voyage en Europe et autour de la Méditerranée, mêlant écriture et arts visuels. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.


Pays représentés :
France, Espagne, Portugal, Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Palestine, Israël, Liban, Syrie, Turquie,
Grèce, Italie.

Aujourd’hui… Vénus Khoury-Ghata ♀
(1937, Beharré, Liban  — ) LIBAN/FRANCE

Dimanche 31 juillet : Leah Goldberg… Israël
Mardi 2 août : Salah Stétié… Liban/France

 

« Maison posée sur le paysage
à la saignée de l’air
»


Maison posée sur le paysage à la saignée de l’air

Maison malgré ses fumées qui marchent à reculons
dans le ciel absent

Quatre fenêtres pour allumer la nuit éteindre le jour
et un sentier à deux traits de crayon

Un vent à trois cordes fait frémir les barreaux des fenêtres

pilleur de ruches

mangeur de miel sous les yeux de l’apiculteur vu de dos
et qui ne peut que se désoler

la maison dit-il est accroupie sur un livre et la page n’est pas tournée

Vénus Khoury-Ghata (1937- )
Poème rédigé en 2011 pour le Printemps des Poètes

Mirbeau_Les eucalyptus_2 « Maison posée sur le paysage à la saignée de l’air… »

Illustration : Madeleine Mirbeau, « Les eucalyptus » (huile sur toile), 1984
Collection privée

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Un été en Poésie (saison 3) 10 juillet-10 août 2016… Aujourd’hui Leah Goldberg

Pour la troisième année, du dimanche 10 juillet 2016 au mercredi 10 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie »…
Affiche Un été en Poésie_Copyright Bruno Rigolt_2016-07_a
Thématique de l’édition 2016 : 
« D’Europe et de Méditerranées… Poésies de tous les rivages ». 

Chaque jour, du dimanche au jeudi, un poème sera publié. Cette année, de très nombreux pays seront représentés dans ce voyage en Europe et autour de la Méditerranée, mêlant écriture et arts visuels. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.


Pays représentés :
France, Espagne, Portugal, Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Palestine, Israël, Liban, Syrie, Turquie,
Grèce, Italie.

Aujourd’hui… Leah Goldberg ♀
1911, Königsberg, (Allemagne) — 1970, Jérusalem (Israël) … ISRAËL

Jeudi 28 juillet : Avrom Sutzkever… Israël
Lundi 1er août : Vénus Khoury-Ghata… Liban

 

« Les pins »

Ici je n’entendrai plus le chant du coucou.
Ici l’arbre ne se couvrira pas d’un manteau de neige,
Et pourtant c’est à l’ombre de ces pins
que mon enfance a ressuscité

au son des aiguilles : il était une fois…
J’appellerai patrie l’étendue des neiges,
la glace verdâtre entourant le cours d’eau
la langue du poème dans un pays étranger.

Peut-être que seuls les oiseaux migrateurs connaissent
lorsqu’ils sont suspendus entre ciel et terre
la douleur de deux patries

avec vous j’ai été plantée deux fois
avec vous les pins j’ai poussé
et mes racines, dans deux paysages différents.

Leah Goldberg (1911-1970)
Poème traduit de l’hébreu par Esther Orner

Poème cité par Esther Orner et Rachel Samoul, « Écrire des poèmes dans l’entre-deux »,
Babel n°18, Université du sud Toulon-Var 2008, pp.159-164 |Texte intégral|

Bruno_Rigolt_Pins près de Porto Vecchio_web5 « … c’est à l’ombre de ces pins
que mon enfance a ressuscité
au son des aiguilles : il était une fois… »

Illustration : Bruno Rigolt, « Pins près de Porto Vecchio », photographie et peinture numérique
© Copyright juillet 2016, Bruno Rigolt

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Un été en Poésie (saison 3) 10 juillet-10 août 2016… Aujourd’hui Avrom Sutzkever

Pour la troisième année, du dimanche 10 juillet 2016 au mercredi 10 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie »…
Affiche Un été en Poésie_Copyright Bruno Rigolt_2016-07_a
Thématique de l’édition 2016 : 
« D’Europe et de Méditerranées… Poésies de tous les rivages ». 

Chaque jour, du dimanche au jeudi, un poème sera publié. Cette année, de très nombreux pays seront représentés dans ce voyage en Europe et autour de la Méditerranée, mêlant écriture et arts visuels. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.


Pays représentés :
France, Espagne, Portugal, Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Palestine, Israël, Liban, Syrie, Turquie,
Grèce, Italie.

Aujourd’hui… Avrom Sutzkever ♂
Smarhon (Empire russe), 1913 — Tel-Aviv (Israël), 2010 … ISRAËL

Mercredi 27  juillet : Ghassan Zaqtan… Palestine
Dimanche 31  juillet : Leah Goldberg… Israël

 

« Pain et sel »
broyt un zalts


Le soleil est à tout le monde, mais plus qu’à tous

Il est mien.

Les racines des ténèbres,

Je n’en ai nul besoin.

Je suis un enfant du soleil.

Je suis la vie même,

Et la trace d’un renard argenté sur la neige

Est ma mémoire.

Avrom Sutzkever (1913-2010)
Poème rédigé en 2000

Traduit du yiddish par Batia Baum et cité dans La Culture yiddish aujourd’hui,
Actes du colloque international organisé par le musée d’Art et d’Histoire
du judaïsme et la Bibliothèque Medem
. Paris, Bibliothèque Medem 2004

Madeleine Mirbeau_Enfant sous le soleil_1990« Je suis un enfant du soleil.
Je suis la vie même… »

Madeleine Mirbeau, « L’enfant et le soleil », 2004
huile sur toile
New York, coll. privée

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Un été en Poésie (saison 3) 10 juillet-10 août 2016… Aujourd’hui Ghassan Zaqtan

Pour la troisième année, du dimanche 10 juillet 2016 au mercredi 10 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie »…
Affiche Un été en Poésie_Copyright Bruno Rigolt_2016-07_a
Thématique de l’édition 2016 : 
« D’Europe et de Méditerranées… Poésies de tous les rivages ». 

Chaque jour, du dimanche au jeudi, un poème sera publié. Cette année, de très nombreux pays seront représentés dans ce voyage en Europe et autour de la Méditerranée, mêlant écriture et arts visuels. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.


Pays représentés :
France, Espagne, Portugal, Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Palestine, Israël, Liban, Syrie, Turquie,
Grèce, Italie.

Aujourd’hui… Ghassan Zaqtan ♂
Beit Jala, près de Bethléem (Palestine), 1954— … PALESTINE

Mardi 26  juillet : Joyce Mansour… Égypte
Jeudi 28  juillet : Avrom Sutzkever… Israël

 

« Toi l’ami »

Toi l’ami
Tu es un rire amer sur le mur des pleurs
Toi la fille
Tu nous a changés quand tu t’es éloignée
Et tu nous a changés quand nous nous sommes éloignés

Et les images…
Les paroles de toutes pièces à tout propos
L’odeur du café qui séduit le passage et ce qui s’est passé
La danse dans la robe somnolente
Toi ?
Ou les quarante ans qui soudain se sont insinués
Afin que tu aimes
Et que tu sois aimé

Partout, là où nous étions…
Partout, là où jamais n’avons gagné
Nous laissons la terre assoupie
Les vieux et les innocents
Illuminent leurs jours pour nous voir
Et crier derrière nous :
Bon Dieu ! Des gitans !

© Ghassan Zaqtan
Trad. Faroud Mardam Bey ; © Revue d’Études palestiniennes
Cité dans : Les Poètes de la Méditerranée, ©Éditions Gallimard, Culturesfrance,  Paris 2013, page 327

Van Gogh_Les_roulottes_campement_de_bohémiens_aux_environs_d'Arles« Bon Dieu ! Des gitans ! »

Vincent Van Gogh, « Les roulottes, campement de bohémiens aux environs d’Arles », 1888
Huile sur toile, détail
Paris, Musée d’Orsay. (RMN (Musée d’Orsay/Hervé Lewandowski)

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à la mémoire du Père Jacques Hamel, 86 ans,
sauvagement assassiné dans son église 
mardi 26 juillet 2016, à Saint-Etienne-du-Rouvray, près de Rouen.
– 
 

Un été en Poésie (saison 3) 10 juillet-10 août 2016… Aujourd’hui Amina Saïd

Pour la troisième année, du dimanche 10 juillet 2016 au mercredi 10 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie »…
Affiche Un été en Poésie_Copyright Bruno Rigolt_2016-07_a
Thématique de l’édition 2016 : 
« D’Europe et de Méditerranées… Poésies de tous les rivages ». 

Chaque jour, du dimanche au jeudi, un poème sera publié. Cette année, de très nombreux pays seront représentés dans ce voyage en Europe et autour de la Méditerranée, mêlant écriture et arts visuels. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.


Pays représentés :
France, Espagne, Portugal, Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Palestine, Israël, Liban, Syrie, Turquie,
Grèce, Italie.

Aujourd’hui…  Amina Saïd ♀
(1953, Tunis — )… TUNISIE

Dimanche 24  juillet : Jamel Eddine Bencheikh… Algérie
Mardi 26  juillet : … Joyce Mansour… Égypte

 

« contrée incertaine pétrifiée endeuillée »

contrée incertaine pétrifiée endeuillée
feu fer sang barbelés
Djibouti médite au bord de la mer Rouge
les boutres pourrissent dans l’anse du port
Rimbaud assis pensif sur un pupitre d’écolier
n’a plus d’encre pour sa plume
ni de papier pour un poème

kilomètres 12 village de tôle de réfugiés
bidons d’eau rouillant le long des pistes
cônes jumeaux des volcans jaillis du sang de la mer
tels seins de femme pointant vers le soleil
arbustes en triangle soutenant l’étendue du ciel
pasteur nomade debout sur un rocher scrutant l’infini
la tombe d’un saint homme se signale par un chiffon vert
à l’extrémité d’une hampe plantée dans un amas de pierres
un cercle de pierres brunes dessine une mosquée
champs de lave noire où grouillent les serpents
sourire édenté de la faille en travers de la piste
lac Assal œil de sel grand ouvert sur un autre ciel
montagnes bleues mauves violettes du rêve éthiopique
traversées de caravanes chargées de sueur et de sel

Maskali rêve d’île d’oiseaux de coraux de sables blancs
escale et refuge d’Henri de Monfreid
idiomes des paysages et des hommes
inscrits en signes éphémères
chaque terre est notre terre et une autre terre
chaussé de sandales de cuir le dernier aventurier
hésite devant l’étal entre une mâchoire de requin
des bracelets qui ont fait le voyage sur l’océan Indien
et une Bible de nomade en langue amharique

Amina Saïd (1953- )
L’Absence l’inachevé, Paris La Différence 2009, pages 19-20.
Poème consultable en mode feuilleteuse en cliquant ici. En savoir davantage sur l’auteure.

Bruno Rigolt_La fenêtre ouverte_copyright_juillet 2016_web_3« chaque terre est notre terre et une autre terre »

Illustration : Bruno Rigolt, « La fenêtre ouverte » (peinture numérique)
© Copyright juillet 2016, Bruno Rigolt 

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Un été en Poésie (saison 3) 10 juillet-10 août 2016… Aujourd’hui Jamel Eddine Bencheikh

Pour la troisième année, du dimanche 10 juillet 2016 au mercredi 10 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie »…
Affiche Un été en Poésie_Copyright Bruno Rigolt_2016-07_a
Thématique de l’édition 2016 : 
« D’Europe et de Méditerranées… Poésies de tous les rivages ». 

Chaque jour, du dimanche au jeudi, un poème sera publié. Cette année, de très nombreux pays seront représentés dans ce voyage en Europe et autour de la Méditerranée, mêlant écriture et arts visuels. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.


Pays représentés :
France, Espagne, Portugal, Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Palestine, Israël, Liban, Syrie, Turquie,
Grèce, Italie.

Aujourd’hui…  Jamel Eddine Bencheikh ♂
27 février 1930, Casablanca (Maroc) — 8 août 2005, Tours (France)… ALGÉRIE

Jeudi 21 juillet : Assia Djebar… Algérie
Lundi 25  juillet : Amina Saïd… Tunisie

 

« Insomnies »

Vents violeurs de l’absence vos voiles
Cisèlent nos solitudes entrouvertes
Ici tout relief s’éventre

Les images se voûtent sur des formes obscures
Les mots n’habillent pas le sang
Le verger des rencontres
N’a qu’un givre d’étain
Pour protéger la graine
Pétards de la fête___bouches nocturnes
Il n’est plus de surprise à lécher
Le
Ciel
Qui se mure au vent sans gémir
Rien ne commence

18 juillet 1977

Jamel Eddine Bencheikh (1930-2005 )
Le Silence s’est déjà tu, (1969-1979) 
in : Poésie I : Le Silence s’est déjà tu, suivi de L’Homme poème,
Saint-Benoît-du-Sault Tarabuste Éditions, 2000, page 26

Brighton_Pier_modifié-1« Le / Ciel / Qui se mure au vent sans gémir / Rien ne commence »

Illustration : « Brighton Pier », Angleterre, un soir de novembre…
© Copyright 2012, Bruno Rigolt 

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– 
 

Un été en Poésie (saison 3) 10 juillet-10 août 2016… Aujourd’hui Assia Djebar

Pour la troisième année, du dimanche 10 juillet 2016 au mercredi 10 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie »…
Affiche Un été en Poésie_Copyright Bruno Rigolt_2016-07_a
Thématique de l’édition 2016 : 
« D’Europe et de Méditerranées… Poésies de tous les rivages ». 

Chaque jour, du dimanche au jeudi, un poème sera publié. Cette année, de très nombreux pays seront représentés dans ce voyage en Europe et autour de la Méditerranée, mêlant écriture et arts visuels. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.


Pays représentés :
France, Espagne, Portugal, Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Palestine, Israël, Liban, Syrie, Turquie,
Grèce, Italie.

Aujourd’hui…  Assia Djebar (née Fatima-Zohra Imalayène) ♀
30 juin 1936, Cherchell (Algérie) — 6 février 2015, Paris )… ALGÉRIE

Hier, mardi 19 juillet : Samira Negrouche… Algérie
Prochaine publication, dimanche 24 juillet : Jamel Eddine Bencheikh… Algérie

 

« Poème au soleil »

J’ai libéré le jour
de sa cage d’émeraude
comme une source vive
il glissa de mes doigts.

Madeleine Mirbeau_Variations autour du soleil_détail_d

J’ai libéré la nuit
de la tombe de l’onde
comme un manteau de pluie
elle retomba sur moi.

Madeleine Mirbeau_Variations autour du soleil_détail_e

J’ai libéré le ciel
de son lit d’amarantes
dans un éclair d’orgueil
il s’envola en roi.

Madeleine Mirbeau_Variations autour du soleil_détail_b

J’ai lancé le soleil
sur la scène du monde
l’ombre était si profonde
qu’il devint hors-la-loi.

Assia Djebar (1936-2015 ). Blog d’Assia Djebar
1956, in : Poèmes pour l’Algérie heureuse, Alger, S.N.E.D., 1969

Madeleine Mirbeau_Variations autour du soleil_détail_c

frise_1
– 

Madeleine Mirbeau_Variations autour du soleil_2013_web_3

Madeleine Mirbeau, « Variations autour du soleil », huile sur toile, 2013-2014
(Paris, collection particulière)

frise_1

 

Un été en Poésie (saison 3) 10 juillet-10 août 2016… Aujourd’hui Samira Negrouche

Pour la troisième année, du dimanche 10 juillet 2016 au mercredi 10 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie »…
Affiche Un été en Poésie_Copyright Bruno Rigolt_2016-07_a
Thématique de l’édition 2016 : 
« D’Europe et de Méditerranées… Poésies de tous les rivages ». 

Chaque jour, du dimanche au jeudi, un poème sera publié. Cette année, de très nombreux pays seront représentés dans ce voyage en Europe et autour de la Méditerranée, mêlant écriture et arts visuels. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.


Pays représentés :
France, Espagne, Portugal, Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Palestine, Israël, Liban, Syrie, Turquie,
Grèce, Italie.

Aujourd’hui… Samira Negrouche ♀
(Alger, 1980 — )… ALGÉRIE

Hier, mardi 19 juillet : Abdellatif Laâbi… Maroc
Demain, jeudi 21 juillet : Assia Djebar… Algérie

 

« Gida »

À Taverna Slavia¹ une ombre
le tramway qui glisse sur un plan imaginaire
et le ciel si gris si bas que les façades s’éloignent
et les civilisations et les patrimoines
Juste ce ciel imposant sur le dos fier et droit

D’où vient cette femme qui chemine dans le sentier nu
qui chante silencieuse un opéra inconnu
qui accouche la montagne et revient à elle

Sur les berges du fleuve qui traverse Mozart
la brume m’a fait sentir le regard inquiet
de Gida et de ses arbres noyés dans le Taksebt²
perdus dans une filiation qui ne sait pas
sa romance

Elle vient, cette femme
mains croisées derrière le dos
visage dur et accueillant
Elle vient à Taverna Slavia
et le bol brûlant prend tout son sens
la brume redresse mon dos
montagnard
J’ouvre mon corps à ce qui me rappelle
le jazz des oliviers

Samira Negrouche (1980- )
Poème cité dans l’anthologie d’Emmanuel Hiriart, Neuf poètes algériens à soleil ouvert, Paris Editinter 2010, page 129.
1. Taverna Slavia : célèbre café historique et littéraire de Prague (NDLR).
2. Taksebt : grand barrage près de la ville de Tizi Ouzou en Algérie (NDLR).
– 

Bruno Rigolt_femme kabyle_Prague_8« D’où vient cette femme qui chemine dans le sentier nu
qui chante silencieuse un opéra inconnu
 »

Crédit iconographique : Buno Rigolt, « Femme kabyle/Prague », 2016
© juillet 2016, Bruno Rigolt, photomontage et peinture numérique

–
Bruno Rigolt_Photomontage_femme kabyle_Prague_2016

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Un été en Poésie (saison 3) 10 juillet-10 août 2016… Aujourd’hui Álvaro de Campos (Fernando Pessoa)

Pour la troisième année, du dimanche 10 juillet 2016 au mercredi 10 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie »…
Affiche Un été en Poésie_Copyright Bruno Rigolt_2016-07_a
Thématique de l’édition 2016 : 
« D’Europe et de Méditerranées… Poésies de tous les rivages ». 

Chaque jour, du dimanche au jeudi, un poème sera publié. Cette année, de très nombreux pays seront représentés dans ce voyage en Europe et autour de la Méditerranée, mêlant écriture et arts visuels. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.


Pays représentés :
France, Espagne, Portugal, Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Palestine, Israël, Liban, Syrie, Turquie,
Grèce, Italie.

Aujourd’hui… Álvaro de Campos (Fernando Pessoa) ♂
(Lisbonne, vers 1890 — 1935)… PORTUGAL 

Hier, dimanche 17 juillet : Luis Antonio de Villena… Espagne
Demain, mardi 19 juillet : Abdellatif Laâbi… Maroc

 

« Ode Marítima »
extrait

A Santa Rita Pintor

Sozinho, no cais deserto, a esta manhã de Verão,
Olho pro lado da barra, olho pro Indefinido,
Olho e contenta-me ver,
Pequeno, negro e claro, um paquete entrando.
Vem muito longe, nítido, clássico à sua maneira.
Deixa no ar distante atrás de si a orla vã do seu fumo.
Vem entrando, e a manhã entra com ele, e no rio,
Aqui, acolá, acorda a vida marítima,
Erguem-se velas, avançam rebocadores,
Surgem barcos pequenos de trás dos navios que estão no porto.
Há uma vaga brisa.
Mas a minh’alma está com o que vejo menos,
Com o paquete que entra,
Porque ele está com a Distância, com a Manhã,
Com o sentido marítimo desta Hora,
Com a doçura dolorosa que sobe em mim como uma náusea,
Como um começar a enjoar, mas no espírito.

Olho de longe o paquete, com uma grande independência de alma,
E dentro de mim um volante começa a girar, lentamente,

Os paquetes que entram de manhã na barra
Trazem aos meus olhos consigo
O mistério alegre e triste de quem chega e parte.
Trazem memórias de cais afastados e doutros momentos
Doutro modo da mesma humanidade noutros pontos.
Todo o atracar, todo o largar de navio,
É — sinto-o em mim como o meu sangue –
Inconscientemente simbólico, terrivelmente
Ameaçador de significações metafísicas
Que perturbam em mim quem eu fui…

Ah, todo o cais é uma saudade de pedra!
E quando o navio larga do cais
E se repara de repente que se abriu um espaço
Entre o cais e o navio,
Vem-me, não sei porquê, uma angústia recente,
Uma névoa de sentimentos de tristeza
Que brilha ao sol das minhas angústias relvadas
Como a primeira janela onde a madrugada bate,
E me envolve como uma recordação duma outra pessoa
Que fosse misteriosamente minha.

Álvaro de Campos (Fernando Pessoa), vers 1890—1935
avril-mai-juin 1915
– 

Bruno_Rigolt_Copyright 2016_En_Voyage_2« Olho de longe o paquete, com uma grande independência de alma,
E dentro de mim um volante começa a girar, lentamente..
. »

Crédit photographique : © juillet 2016, Bruno Rigolt, « En Voyage » (détail)
photomontage et peinture numérique

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« Ode maritime »

extrait

A Santa Rita Pintor

Seul, sur le quai désert, en ce matin d’été,
Je regarde du côté de la « barre », je regarde vers l’Indéfini,
Je regarde, et j’ai plaisir à voir,
Petit, noir et clair, un paquebot qui entre.
Il apparaît très loin, net et classique à sa manière.
Laissant derrière lui dans l’air distant la lisière vaine de sa fumée.
Il entre, et le matin entre avec lui, et sur le fleuve,
Ici et là, s’éveille la vie maritime,
Des voiles se tendent, des remorqueurs avancent,
De frêles embarcations jaillissent de derrière les bateaux du port.
Il y a une vague brise,
Mais mon âme est avec ce que je vois le moins,
Avec le paquebot qui entre,
Parce qu’il est avec la Distance, avec le Matin,
Avec l’essence maritime de cette Heure,
Avec la douceur douloureuse qui monte en moi comme une nausée,
Comme un début de mal de mer, mais dans l’esprit.

Je regarde de loin le paquebot avec une grande indépendance d’âme,
Et au fond de moi commence à tourner un volant, lentement.

Les paquebots qui le matin passent la « barre »
Charrient devant mes yeux
Le mystère joyeux et triste des arrivées et des départs.
Ils charrient des souvenirs de quais lointains et d’autres moments
D’une autre façon de la même humanité en d’autres ports.
Tout abordage, tout largage des amarres,
Est – je le sens en moi comme mon propre sang –
Inconsciemment symbolique, terriblement
Menaçant de significations métaphysiques
Qui perturbent en moi celui que j’ai été…

Ah, le quai est tout entier une mélancolie de pierre !
Et lorsque le navire se sépare du quai
Et qu’il devient manifeste qu’un espace s’est ouvert
Entre navire et quai,
Il me vient, j’ignore pourquoi, une angoisse récente,
Une brume de sentiments de tristesse
Qui brille au soleil de mes pelouses d’angoisse
Comme la première fenêtre où frappe le petit jour,
Et m’enveloppe comme le souvenir d’un autre
Qui serait mystérieusement mien.

avril-mai-juin 1915

Œuvres complètes de Fernando Pessoa, sous la direction de Joaquim Vital,
Volume 3, Poésies et proses de Álvaro de Campos, publiées du vivant de Fernando Pessoa, réunies, annotées et présentées par José Blanco, traduites du portugais par Dominique Touati et Simone Biberfeld, présentées par Teresa Rita Lopes.
Paris, Éditions de la Différence, 1988, pages 62-65.

Une nouvelle traduction est proposée par les Éditions de la Différence à cette adresse, mais nous lui préférons personnellement la présente version.

Bruno_Rigolt_Copyright 2016_En_Voyage_web_a « Je regarde de loin le paquebot avec une grande indépendance d’âme,
Et au fond de moi commence à tourner un volant, lentement..
. »

Crédit photographique : © juillet 2016, Bruno Rigolt, « En Voyage » (photomontage et peinture numérique)

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black_ribbonNice, 14 juillet 2016
« Souviens-toi. N’oublie pas. »

Un été en Poésie (saison 3) 10 juillet-10 août 2016… Aujourd’hui Luis Antonio de Villena

Pour la troisième année, du dimanche 10 juillet 2016 au mercredi 10 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie »…
Affiche Un été en Poésie_Copyright Bruno Rigolt_2016-07_a
Thématique de l’édition 2016 : 
« D’Europe et de Méditerranées… Poésies de tous les rivages ». 

Chaque jour, du dimanche au jeudi, un poème sera publié. Cette année, de très nombreux pays seront représentés dans ce voyage en Europe et autour de la Méditerranée, mêlant écriture et arts visuels. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.


Pays représentés :
France, Espagne, Portugal, Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Palestine, Israël, Liban, Syrie, Turquie,
Grèce, Italie.

Aujourd’hui… Luis Antonio de Villena ♂
(Madrid 1951— )… ESPAGNE 

Jeudi 14 juillet : Luis Cernuda… Espagne
Demain, lundi 18 juillet : Álvaro de Campos (Fernando Pessoa)… Portugal

 

« Raso en la autopista »

l’anima sua bianchissima e leggera
Sergio Corazzini

Brillantes son las avenidas de la noche,
las vacías autopistas que solitario
atraviesas en la cabina de un coche,
como si una soledad acristalada
permitiese la vida de los sueños, de las
niñas que mueren de amor ante los
cines, fuera del mundo, al borde de la noche.
Automóviles solos que en todos los moteles
hablan del saxo azul de los night-clubs,
de un silencio de seda, del fuego que
abrasa las tablas de la ley cuando
el malhechor —raso en la pechera— decide
ahogar su dolor en los cetáceos muertos,
en la pálida estrella que ve brillar
tras el arabesco del balcón en un
motel cualquiera…
Con el alba el claror redibuja un paisaje,
el cascote del día resuena contra el
níquel y hay olor a comienzo de caza
en los bares desiertos, desiertas avenidas…
Las sábanas entonces, al que tarde regresa,
le ofrecen dulzura de hierba cortada,
rocío en las hojas de los tréboles,
trinos de tordos que saludan al alba.
En tanto tú regresas, marchito el clavel
en la tersa solapa, dispuesto al sueño,
al olvido del dolor, al rubio olor del champaña…
Y mientras, las carreteras desenvuelven
las alfombras azules de la madrugada.

Luis Antonio de Villena (1954— ), site web
Sublime solarium, Madrid, Editorial Azur, Colección Bezoar,  1971
–
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« Satin sur l’autoroute »

l’anima sua bianchissima e leggera*
Sergio Corazzini

Elles sont brillantes les avenues de la nuit,
les vides autoroutes que solitaire
tu traverses dans l’habitacle d’une voiture,
comme si une solitude vitrée
permettait la vie des rêves, des
filles qui meurent d’amour devant les
cinémas, hors du monde, au bord de la nuit.

Des autos seules qui dans tous les motels
parlent du saxo bleu des night-clubs,
d’un silence de soie, du feu qui
embrase les tables de la loi quand
le malfaiteur —plastron doublé de satin— décide
de noyer sa douleur dans les cétacés morts,
dans l’étoile pâle qu’il voit briller
à travers l’arabesque du balcon dans un
motel quelconque…
À l’aube la clarté redessine un paysage,
les gravats du jour résonnent contre le
nickel et il y a une odeur de début de chasse
dans les bars déserts, les avenues désertes…

Alors pour celui qui rentre tard, les draps
sont une douce offrande d’herbe coupée,
de rosée sur les feuilles des trèfles,
de gazouillis de grives qui saluent l’aube.

Et tandis que tu reviens, l’œillet flétri
à ton revers lustré, prêt au rêve,
à l’oubli de la douleur et de l’odeur blonde du champagne…
Pendant ce temps-là, les routes déroulent
les tapis bleus du point du jour.

Traduction : Bruno Rigolt

* « l’anima sua bianchissima e leggera » : en italien, « son âme si blanche et légère »

Bruno_Rigolt_Nighttown_copyright juillet 2016_web_2« Brillantes son las avenidas de la noche... »

Crédit photographique : © juillet 2016, Bruno Rigolt, « In Nighttown » (Manhattan, New York)

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black_ribbonNice, 14 juillet 2016
« Souviens-toi. N’oublie pas. »

Un été en Poésie (saison 3) 10 juillet-10 août 2016… Aujourd’hui Luis Cernuda

Pour la troisième année, du dimanche 10 juillet 2016 au mercredi 10 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie »…
Affiche Un été en Poésie_Copyright Bruno Rigolt_2016-07_a
Thématique de l’édition 2016 : 
« D’Europe et de Méditerranées… Poésies de tous les rivages ». 

Chaque jour, du dimanche au jeudi, un poème sera publié. Cette année, de très nombreux pays seront représentés dans ce voyage en Europe et autour de la Méditerranée, mêlant écriture et arts visuels. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.


Pays représentés :
France, Espagne, Portugal, Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Palestine, Israël, Liban, Syrie, Turquie,
Grèce, Italie.

Aujourd’hui… Luis Cernuda ♂
(Séville 1902—Mexico 1963)… ESPAGNE

Hier, mercredi 13 juillet : Ramón del Valle-Inclán… Espagne
Dimanche 17 juillet : Luis Antonio de Villena… Espagne

 

« El viento y el alma »

Con tal vehemencia el viento
viene del mar, que sus sones
elementales contagian
el silencio de la noche.

Solo en tu cama le escuchas
insistente en los cristales
tocar, llorando y llamando
como perdido sin nadie.

Mas no es él quien en desvelo
te tiene, sino otra fuerza
de que tu cuerpo es hoy cárcel,
fue viento libre, y recuerda.

Luis Cernuda (1902—1963)
Invitación a la poesía, Seix Barral, Barcelona 1975, p. 41
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« Le vent et l’âme »

Avec tant de force le vent
vient de la mer, que ses sons
élémentaires imprègnent
le silence de la nuit.

Seul dans ton lit tu l’écoutes
arrogant frapper à la vitre
et tu pleures et tu supplies
comme perdu sans personne.

Mais ce n’est pas lui qui en songe
te tient, mais une autre force
dont ton corps est aujourd’hui prisonnier,
c’est le vent libre du souvenir.

Traduction : Bruno Rigolt

« c’est le vent libre du souvenir... »

Illustration : Salvador Dali, « Réminiscence archéologique de l’Angélus de Millet » (huile sur panneau, 1933-1935)
St. Petersburg, University of South Florida (États-Unis)

black_ribbonNice, 14 juillet 2016
« Souviens-toi. N’oublie pas. »

Bruno Rigolt_Nice-14 juillet 2016_copyright BR© 15 juillet 2016, Bruno Rigolt, photographie et peinture numérique

Un été en Poésie (saison 3) 10 juillet-10 août 2016… Aujourd’hui Ramón del Valle-Inclán

Pour la troisième année, du dimanche 10 juillet 2016 au mercredi 10 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie »…
Affiche Un été en Poésie_Copyright Bruno Rigolt_2016-07_a
Thématique de l’édition 2016 : 
« D’Europe et de Méditerranées… Poésies de tous les rivages ». 

Chaque jour, du dimanche au jeudi, un poème sera publié. Cette année, de très nombreux pays seront représentés dans ce voyage en Europe et autour de la Méditerranée, mêlant écriture et arts visuels. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.


Pays représentés :
France, Espagne, Portugal, Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Palestine, Israël, Liban, Syrie, Turquie,
Grèce, Italie.

Aujourd’hui… Ramón del Valle-Inclán ♂
(1866, Vilanova de Arousa—1936, Saint-Jacques-de-Compostelle)… ESPAGNE

Hier, mardi 12 juillet : Yves Bonnefoy… France
Demain, jeudi 14 juillet : Luis Cernuda… Espagne

 

« Rosa de Melancolía »

Era yo otro tiempo un pastor de estrellas,
y la vida, como luminoso canto.
Un símbolo eran las cosas más bellas
para mí : la rosa, la niña, el acanto.

Y era la armoniosa voz del mundo,
una onda azul que rompe en la playa de oro,
cantando el oculto poder de la luna
sobre los destinos del humano coro.

Me daba Epicuro sus ánforas llenas,
un fauno me daba su agreste alegría,
un pastor de Arcadia, miel de sus colmenas.

Pero hacia el ensueño navegando un día,
escuché lejano canto de sirenas
y enfermó mi alma de Melancolía.

Ramón del Valle-Inclán (1866-1936)
El Pasajero, 1920
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« Rose de Mélancolie »

J’étais en d’autres temps le berger des étoiles,
et la vie était un chant de lumière.
Purs symboles étaient les choses les plus belles
pour moi : la rose, la jeune fille, l’acanthe.

Et la voix harmonieuse du monde était
une onde bleue qui se brise sur la plage d’or,
chantant le pouvoir occulte de la lune
sur le destin des paroles humaines.

Épicure m’offrait ses amphores pleines,
Un faune me donnait sa joie agreste,
Un berger d’Arcadie, le miel de ses ruchers.

Mais vers le rêve naviguant un jour,
j’entendis le chant lointain des sirènes,
et mon âme tomba malade de Mélancolie.

Traduction inédite : Bruno Rigolt

Magritte_ La Mémoire 1948« Et mon âme tomba malade de Mélancolie... »

Illustration : René Magritte, « La Mémoire » (1948). Musée d’Ixelles, Bruxelles

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Un été en Poésie (saison 3) 10 juillet-10 août 2016… Aujourd’hui Yves Bonnefoy

Pour la troisième année, du dimanche 10 juillet 2016 au mercredi 10 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie »…
Affiche Un été en Poésie_Copyright Bruno Rigolt_2016-07_a
Thématique de l’édition 2016 : 
« D’Europe et de Méditerranées… Poésies de tous les rivages ». 

Chaque jour, du dimanche au jeudi, un poème sera publié. Cette année, de très nombreux pays seront représentés dans ce voyage en Europe et autour de la Méditerranée, mêlant écriture et arts visuels. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.


Pays représentés :
France, Espagne, Portugal, Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Palestine, Israël, Liban, Syrie, Turquie,
Grèce, Italie.

Aujourd’hui… Yves Bonnefoy ♂
(1923, Tours — 2016, Paris ) … FRANCE

Hier, lundi 11 juillet : Catherine Pozzi… France
Demain, mercredi 13 juillet : Ramón del Valle-Inclán… Espagne

 

« Aube, fille des larmes, rétablis »

Aube, fille des larmes, rétablis
La chambre dans sa paix de chose grise
Et le cœur dans son ordre.
Tant de nuit
Demandait à ce feu qu’il décline et s’achève,
Il nous faut bien veiller près du visage mort.
A peine a-t-il changé… Le navire des lampes
Entrera-t-il au port qu’il avait demandé,
Sur les tables d’ici la flamme faite cendre
Grandira-t-elle ailleurs dans une autre clarté ?
Aube, soulève, prends le visage sans ombre,
Colore peu à peu le temps recommencé.

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Yves Bonnefoy  (1923-2016)
À une terre d’aube, Mercure de France Paris 1978.
Édition utilisée : Poèmes, Paris Gallimard NRF coll. « Poésie » 1982, page 165.

BR D'après Matisse« Aube, soulève, prends le visage sans ombre,
Colore peu à peu le temps recommencé. »

Illustration : Bruno Rigolt, Variations autour d’un dessin d’Henri Matisse (« Visage de face », crayon, 1952)
|Document original|

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« Le jardin était d’orangers »

Le jardin était d’orangers, l’ombre bleue, des oiseaux pépiaient dans les branches. Le grand vaisseau, tous feux allumés, avançait lentement, entre ces rives silencieuses. Qu’est-ce que la couleur, se demanda celui qui venait de pousser la petite porte basse, dont le bois s’effritait, s’en allait par plaques après tant d’années, tant de pluies. Peut-être est-elle le signe que Dieu nous fait à travers le monde, parce que de ce vert à ce bleu ou à cet ocre un peu rouge c’est en somme comme une phrase mais qui n’a pas de sens, et qui donc se tait, comme lui ? Le bateau s’était arrêté, mieux visibles étaient maintenant toutes ces personnes qui allaient et venaient sur un des ponts, silhouettes noires au-dessus de petites flammes, dans des fumées. Mais le monde n’a pas de couleurs, comme on le croit si naïvement, se dit-il encore, c’est la couleur qui est, seule, et ses ombres à lui, lieux ou choses, ne sont que la façon qu’elle a de se nouer à soi seule, de s’inquiéter de soi, de chercher rivage. La nuit tombe, le jour se lève, mais c’est toujours le même bleu, parfois gris, ou le même rouge à travers les heures, n’est-ce pas ? Et quant aux mots ! — On descendait du bateau, déjà, des enfants, beaucoup d’enfants qui couraient en tous sens, riaient, puis une femme âgée, la tête ceinte de flammes, puis un vieillard au bras d’un jeune homme, vêtu de blanc. Et combien d’autres encore ! Mais lui, déjà, cet autre arrivant, ne regardait plus, qui avançait tout pensif dans le jardin des orangers, sur le sable.

Yves Bonnefoy  (1923-2016)
La Vie errante, « Lis le livre ! », Paris, Mercure de France 1993, pages 11-12.

Bruno Rigolt_Les orangers« Mais lui, déjà, cet autre arrivant, ne regardait plus, qui avançait tout pensif
dans le jardin des orangers… »

Illustration : Bruno Rigolt, « Les orangers », (cliché personnel modifié numériquement)

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