Les résultats sont consultables sur Pronote. Pour accéder au détail des notations et aux propositions de remédiation, allez sur votre cahier de texte de janvier-février 2009 en cliquant ici.
BTS blanc du 20 février… Résultats et rapport du jury…
Comme pour tous les examens blancs, j’ai adopté le principe de la double correction : une collègue de l’académie de Paris corrigera également vos copies (qui ont été anonymées pour l’occasion). Dans un esprit de bienveillance, seule la plus élevée des deux notes sera retenue. Nous corrigeons en ce moment les devoirs.
- Les résultats finaux seront consultables lundi 23 février à 17 heures sur Pronote.
- Les notes de détail (synthèse, écriture personnelle, note du correcteur 1, note du correcteur 2) seront également publiées sur ce site : pour permettre une identification facile tout en préservant l’anonymat des candidates, seule la première lettre du prénom et les deux dernières lettres du nom apparaîtront.
- À l’issue de cette correction, j’établierai un « rapport du jury » qui sera diffusé en ligne le mercredi 25 février à 17 heures sur la base des remarques de ma collègue et de mes propres observations.
La citation de la semaine… Marie Darrieussecq…
À l’Ouest tout est bleu. Le regard est happé par ce bleu qui ouvre la géographie d’angle…
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Est-ce la mer qui arrive sur la côte ? Ou la côte qui arrive sur la mer ? Est-ce la terre qui interrompt la masse de l’eau, ou l’eau qui limite la terre ? Je me tiens devant la mer, la mer de chez moi, celle qui touche la côte basque et me sert de repère pour regarder les autres mers. En face il y a l’Amérique, mais d’abord, à quelques milles à peine, de très profondes fosses, une fracture, un mur jusqu’au fond de l’eau. Au Nord, il y a la forêt. Au Sud, la frontière de l’Espagne. À l’Est, la masse du continent. À l’Ouest tout est bleu. Le regard est happé par ce bleu qui ouvre la géographie d’angle…
Marie Darrieussecq, Prévisions sur les vagues (texte complémentaire au roman Le Mal de mer, © éditions P.O.L, 33, rue Saint-André-des-Arts, Paris 1999).
Née en 1969, Marie Darrieussecq est écrivaine et universitaire. Dans ce court récit où la précision de l’observation « naturaliste » se mêle aux brumes de la mer, l’auteure nous entraîne vers d’autres rivages. Son style d’écriture est à lui seul la symbiose d’une perception physiologique et poétique de l’univers. À la fois précis et suggestifs, les mots jettent sur la grève du quotidien des sensations iodées qui trouvent leur achèvement dans le voyage et l’ailleurs. Un beau texte, entre vents et marées…
Allemand en Seconde 12 : fin du dispositif de continuité pédagogique.
Bonne nouvelle : un professeur remplaçant d’Allemand prendra en charge la classe de Seconde 12 dès ce vendredi. Eu égard à la démarche bienveillante de M. Baumgartner, je demande néanmoins aux élèves intéressés de s’investir dans l’énigme qu’il vous a proposée (distribuée ce mercredi : voir le cahier de texte de février en cliquant ici). Merci.
Bientôt le Salon de l'Étudiant – Paris 2009
Orientation Seconde 12
L’orientation pour certains, c’est aller en S, en ES, en STG ou en L… Pour le reste… c’est cocher une case sur la fiche navette… en oubliant souvent qu’on s’engage dans un processus à long terme qui va bien au-delà de la Première ou de la Terminale. S’orienter, au sens où vous l’avez compris en préparant votre CV projectif, c’est au contraire élaborer une démarche personnelle d’anticipation stratégique : dès la Seconde (et a fortiori en Première), vous devez en effet apprendre à maîtriser votre futur sur le long terme. Aussi, je ne saurai trop vous conseiller (surtout si vous avez raté le salon d’Orléans) de vous rendre en mars 2009 au Salon de l’Étudiant qui aura lieu du 6 au 8 mars à Paris-Expo (Porte de Versailles, Pavillon 2 niveau 1). De fait, voir un salon régional, c’est bien mais voir d’autres salons, et particulièrement un salon très ouvert à l’international, c’est l’occasion d’élargir ses horizons, de se confronter à d’autres lieux, à d’autres visages, d’envisager différemment son projet personnel et vocationnel (présence d’un pôle international, débats avec des professionnels, etc.). Vous pourrez obtenir de nombreux renseignements sur les filières courtes (BTS, DUT), les filières universitaires, les cursus médicaux, et bien sûr les grandes écoles dont Science-Po… De plus, avec le site letudiant.fr, bénéficiez d’une invitation gratuite. En moins d’une heure de train (55 minutes jusqu’à Paris-Bercy) ou un peu plus en voiture, c’est aussi l’occasion rêvée d’une balade sympa.
- Pour en savoir davantage sur le Salon, cliquez ici.
- Pour demander votre invitation gratuite, cliquez ici.
Bientôt le Salon de l’Étudiant – Paris 2009
Orientation Seconde 12
L’orientation pour certains, c’est aller en S, en ES, en STG ou en L… Pour le reste… c’est cocher une case sur la fiche navette… en oubliant souvent qu’on s’engage dans un processus à long terme qui va bien au-delà de la Première ou de la Terminale. S’orienter, au sens où vous l’avez compris en préparant votre CV projectif, c’est au contraire élaborer une démarche personnelle d’anticipation stratégique : dès la Seconde (et a fortiori en Première), vous devez en effet apprendre à maîtriser votre futur sur le long terme. Aussi, je ne saurai trop vous conseiller (surtout si vous avez raté le salon d’Orléans) de vous rendre en mars 2009 au Salon de l’Étudiant qui aura lieu du 6 au 8 mars à Paris-Expo (Porte de Versailles, Pavillon 2 niveau 1). De fait, voir un salon régional, c’est bien mais voir d’autres salons, et particulièrement un salon très ouvert à l’international, c’est l’occasion d’élargir ses horizons, de se confronter à d’autres lieux, à d’autres visages, d’envisager différemment son projet personnel et vocationnel (présence d’un pôle international, débats avec des professionnels, etc.). Vous pourrez obtenir de nombreux renseignements sur les filières courtes (BTS, DUT), les filières universitaires, les cursus médicaux, et bien sûr les grandes écoles dont Science-Po… De plus, avec le site letudiant.fr, bénéficiez d’une invitation gratuite. En moins d’une heure de train (55 minutes jusqu’à Paris-Bercy) ou un peu plus en voiture, c’est aussi l’occasion rêvée d’une balade sympa.
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Culture générale BTS2… Les "People" et l'image : entre sublimation et désublimation
Spécial entraînement BTS :
Thème 1 « Faire voir »
Publié à la fin des années Cinquante, puis complété et réédité à plusieurs reprises, l’ouvrage du sociologue Edgar Morin intitulé Les Stars est une réflexion incontournable pour qui cherche à déchiffrer de façon critique les mécanismes du « star system ». En partant du Hollywood des années 1910, jusqu’au phénomène occidental de banalisation de la star à partir des années Soixante, l’enquête d’Edgar Morin aboutit à une réflexion stimulante sur le « mythe de la star », c’est-à-dire ce que l’auteur appelle « le processus de divinisation que subit l’acteur de cinéma et qui fait de lui l’idole des foules ». J’ai souhaité ici élargir le champ de questionnement de ce livre au contexte actuel de la production d’image dans la presse People…
Les « People » et leur image
Entre sublimation et désublimation.
Partons d’abord d’un constat d’Edgar Morin : pour lui, la distance entre la star et ses admirateurs est tellement importante qu’elle ne peut se résorber que sous le mode religieux : celui d’un rituel, d’une « liturgie stellaire ». C’est en effet par la distance et l’inaccessibilité que la star existe. Philippe Marion (Université catholique de Louvain, Observatoire du récit médiatique) note très justement :
« L’inaccessibilité devient alors une source de motivation, une quête, une stimulation. L’importance du fossé qui sépare les deux mondes est peut-être à la mesure du désir de le franchir grâce à l’imaginaire projectif. C’est le principe de ces machines à désir que constituent les épopées et les contes de fées: le temps d’un récit, le lecteur se trouve propulsé dans les faits et gestes des princes et des puissants. Cet esprit de conte de fée, sorte de quintessence de la fiction, s’est idéalement incarné dans la première partie de la saga médiatique vécue par la princesse Diana. Lors du mariage de celle-ci, l’archevêque de Canterbury proférait : « Ceci est de l’étoffe dont sont faits les contes de fées ». « Premier chapitre d’un conte de fée », résumait alors Paris Match, tandis que VSD titrait: « Il était une fois… » […]. Le merveilleux féerique, ostensiblement revendiqué ici, célébrait l’entrée d’une obscure jeune fille dans ce monde des images people. Tout se passe comme si le lecteur populaire de la presse people était appelé à se téléporter dans un univers qui lui est étranger, mais qu’il a l’occasion de domestiquer par cette téléportation elle-même (*) ».
Sacralité des lieux…
Les lieux choisis sont en effet déterminants : si vous croisiez une star tous les matins dans l’ascenseur, elle perdrait précisément son pouvoir magique. C’est parce qu’elle est inaccessible, isolée du reste du monde, que la star se présente comme le symbole d’un rêve impossible à l’homme, donc d’un pouvoir réservé à la divinité mais que les « profanes » tenteront d’obtenir peu à peu. Précisément, c’est dans les « grand-messes » télévisées, les shows hyper médiatisés, que la star se dévoile : le public va enfin pouvoir « consommer » du People. On pourrait évoquer ici ce que Philippe Marion appelle la « mise en proximité » de la star, c’est-à-dire le passage de l’inaccessibilité au rapprochement avec le public. L’auteur remarque :
Cette proximisation s’opère aussi sous le mode d’une dramaturgie de l’humain moyen. Car que découvre-t-on dans ces palais et palaces ? De l’humain, basique, universel: celui du relationnel et de l’affect. Des passions amoureuses qui naissent et qui meurent, de la jalousie, des coups de gueule, des divorces, des réconciliations, des naissances, des violences, des déprimes… Bref, tout ce qui forme ce magma de vécu du commun des mortels. Non seulement le gotha n’hésite pas à nous recevoir dans son intimité, mais en plus il ne se distingue que fort peu de nous: voilà ce que la presse people suggère » (*).
Comme nous le voyons, d’objet interdit et culte, la star devient objet de consommation et fétiche. Un fétiche en effet est un objet auquel on va attribuer un pouvoir bénéfique du fait qu’il est magique : on cherchera par exemple à approcher le plus près possible les People, à les toucher,
à s’approprier leur corps selon une logique métonymique (la partie pour le tout) : un autographe, un tee shirt, un mouchoir. Comme le fait remarquer si bien Edgar Morin, « c’est un peu de l’âme et du corps de la star que l’acheteur s’appropriera, consommera, intégrera à sa personnalité ».
L’image comme espace projectif
Mais allons plus loin, et réfléchissons au phénomène People dans son rapport au voyeurisme et à l’exhibitionnisme. Ce n’est pas tant la définition de l’image en tant que représentation du réel (voir à ce sujet l’article intitulé : Les métamorphoses de l’image, de Lascaux à Big Brother) qui nous intéressera ici mais plutôt sa représentation mentale et inconsciente : l’image comme espace projectif. J’emploie ce terme de « projectif » en référence au concept d’identification projective introduit par la psychanalyste Mélanie Klein pour désigner un mécanisme fantasmatique, où le sujet introduit sa propre personne à l’intérieur de l’objet pour lui nuire, le posséder et le contrôler. Termes trop forts direz-vous? Mais que l’on interroge notre rapport à l’intime : que faisons-nous, en achetant une revue People, sinon nous approprier l’image intime d’un autre « inaccessible » pour la posséder : il y a toujours, dans l’admiration pour les People, quelque chose qui relève de la transgression et d’une manipulation de l’intimité (« J’en sais plus sur lui qu’il ne le voudrait »). Car paradoxalement, les « People », c’est le peuple mais sans le peuple ! De là un passage du rêve à l’envie et à la frustration. Frustration qui est à la base du concept éditorial de la presse People. On comprend mieux le slogan d’un célèbre magazine : « dans Public, tout est public », y compris la banalité et l’intime : les images ou propos volés deviennent des éléments clés d’une jalousie projective inconsciente. Le témoignage de certains lecteurs est édifiant ; en voici un au hasard (il s’agit d’une lectrice) :
« Cela fait déjà plus d’un an, que je lis plus régulièrement l’un de mes magazine chouchou, j’ai nommée (sic) : PUBLIC. Explications : PUBLIC, MAIS POURQUOI CE NOM ? Tout simplement, parce que dans Public : tout est public ! Ne soyez pas choquer (sic) que dans ce magazine, on vous montre la cellulite d’Alicia Keys, ou bien les
bourrelets de Britney Spears, et bien d’autres encore… Public, c’est le seul qui vous montre également les défauts des stars ».
Le « cannibalisme » médiatique
« Défauts » ! Le mot est lâché ! Tout le discours vise ici à dégrader l’autre, et plus particulièrement le corps : corps honteux, laid, infériorisé… Car ce qui intéresse, au-delà du rêve (le corps envié et transfiguré de la star), c’est bien l’image « interdite », les « défauts » que la star cherche à cacher et que le magazine va rendre « public », selon une démarche d’apparente objectivité dont le credo pourrait être : « le public est en droit de savoir »! Cette confusion entre le fait social et démocratique (la liberté de la presse, le rôle des journalistes) et le voyeurisme, fausse évidemment le rapport au réel. Essayons de déchiffrer ce mécanisme d’inversion des valeurs. Si on lit une revue « People », c’est d’abord dans le but d’entrer en communication avec la star. Mais très vite, on se rend compte que cette communion tant rêvée est impossible : la star ne figure que sur du papier. L’autre tendance consiste donc à évacuer cet état d’esprit douloureux dû au manque, dans la haine de l’autre pour obtenir un soulagement, une compensation à la frustration qu’on éprouve de ne pas être reconnu comme « People », ce qui conduit à vouloir entrer de force dans l’intimité de la star, fantasmatiquement, avec l’intention de la contrôler dans une relation de dénégation, de récusation, et de dégradation ontologique. De là l’arbitraire des photographies : la star bouffie par l’alcool, la star droguée, débauchée malgré les apparences : les lecteurs deviennent ainsi une sorte de tribunal de la bonne conscience et de la morale populiste grâce aux images volées qui vont jouer le rôle d’un procureur, et renforcer la légitimité de la presse people. Le but est bien de prendre possession de l’autre, de se l’approprier, selon un rituel qui relève de ce que j’appellerai le « cannibalisme médiatique » : traquer les « défauts » de la star et pouvoir les dévoiler sur la place publique, c’est enlever la protection dont elle bénéficiait pour la « prostituer » au regard des autres et la livrer à la vindicte populaire. Dès lors, la star perd son apparence illusoire, c’est-à-dire sa légitimité et sa crédibilité : la « bonne image » qu’on avait d’elle est réduite à néant… La presse people, c’est donc le mythe devenu réalité, banalité, simple marchandise : devenu appauvri, il se consumérise.
Image et sacrifice
Ce va et vient entre sublimation et désublimation est essentiel pour comprendre les modes de fonctionnement de la presse People : d’un côté, comme nous l’avons vu, il y la fusion avec la star, mais conséquemment en perdant une part de soi (puisqu’on vit « par procuration » dans l’autre), on lui en veut de cette perte référentielle et on la dégrade : dégradation de la valeur du corps et dégradation morale (l’image de la mauvaise mère par exemple). Je voudrais évoquer aussi une exposition qui a eu lieu à la Maison Européenne de la Photographie (Paris) en 2007, intitulée « Expo Trash : Les stars sortent leurs poubelles« . Deux anciens photographes du magazine Paris-Match étaient à l’initiative de cette démarche : Bruno Mouron et Pascal Rostain dévoilaient en effet « artistiquement » le contenu des poubelles des grandes stars d’Hollywood. La présentation se voulait « Pop’art » mais ne nous leurrons pas : si l’on vient pour contempler les déchets de Clint Eastwood, Arnold Schwarzenegger, Nicholas Cage, Mel Gibson, Tom Cruise, Sharon Stone ou Madonna, c’est que l’art seul ne saurait être en jeu !
J’évoquerai ici plutôt une démarche sacrificielle. « Le fondement métaphysique du sacrifice, c’est le sacrifice éternel de Dieu », rappelle Jean Hani. Dès lors, comment sacrifier la star sinon en la désublimant : la photo volée ou le dévoilement public du contenu d’une poubelle obéissent au même principe : ils trouvent un écho particulier dans le domaine de la profanation religieuse. L’image devient un « iconoclasme », au sens littéral du terme : elle « casse » l’icone, c’est-à-dire le mythe qui postule la non-représentation de la star. Dans l’imaginaire, la star appartient en effet au domaine du sacré, de l’interdit, du non-représenté et donc du fantasme. La photo « poubelle » détruit ainsi le mythe par la représentation iconoclaste : elle représente la star certes, mais en la dégradant. D’un point de vue psychanalytique, le lecteur-spectateur oscillera entre l’attitude narcissique et projective (je m’identifie à l’autre « parce que je le vaux bien ») et le refoulement : la photo « moche » et « trash » est l’occasion de « sacrifier » la star en la désublimant. Se fait ici, d’une manière implicite, une équivalence entre le désir d’être autre et le sacrifice de l’autre, selon la logique bien connue du refoulement.
Une perte du sens ?
C’est à juste titre que certains journalistes ont repris le terme d' »extimité » forgé par l’écrivain Michel Tournier pour désigner la tendance à rendre public ce qui relève de la vie privée. La société du spectacle et de l’apparence dans laquelle nous nous trouvons oblige donc à réfléchir, au-delà du « marketing de l’image » au changement de comportement que les nouvelles technologies numériques ont introduit. Récemment d’ailleurs, la firme de téléphonie Nokia a parfaitement perçu ce phénomène dans sa campagne publicitaire (”Mon téléphone sait tout de moi”)
: “Et si vous trouviez mon téléphone, vous regarderiez à l’intérieur?” Qu’importent les précautions oratoires de la question ! Bien sûr que oui, nous regarderions à l’intérieur ! À cet égard, le développement des réseaux participatifs amènera forcément à une réflexion sur le voyeurisme social. Comme le remarque à juste titre l’avocat Vincent Dufief :
« Si Internet a toujours menacé la vie privée des personnes, le développement des sites de socialisation donne une nouvelle dimension à ce risque, en encourageant les utilisateurs à sacrifier eux-mêmes leur propre vie privée. En effet, le principe de ces sites de socialisation est d’inciter leurs utilisateurs à révéler le maximum d’éléments de leur intimité, de préférence au plus grand nombre de personnes. Sur ces sites, il est effectivement nécessaire de dévoiler un peu de sa vie privée si l’on veut accéder à celle des autres et le système fait qu’il est aussi très délicat de refuser les sollicitations… » (Pour lire l’article complet, cliquez ici).
Cet article sur le phénomène People nous a donc amené à définir une sorte d’échelle de valeurs de la star : du plus noble au plus dégradant. C’est sur cette échelle axiologique que se fonde la mythologie People : tout comportement d’adoration ne vise-t-il pas aussi à mépriser ce qu’il adore? Cette relation entre sublimation et désublimation se pose de façon plus alarmante de nos jours, en raison de l’impact de l’image et des nouvelles technologies sur nos représentations. Au-delà d’une réflexion sur le rapport à l’image dans les médias, je crois que la difficulté, c’est bien de réfléchir à la déstructuration des fondements normatifs qu’ont introduite les nouvelles technologies numériques. En fait, la presse People n’est qu’un aspect d’un phénomène plus général : la « peopolisation » de la société constitue la réalité inquiétante d’un nouveau monde virtuel… Face aux oligarchies médiatiques ou technocratiques, qu’espérer pour l’homme dans un monde où la mise en scène de soi, le spectacle, rivalisent avec une société profondément bouleversée et fragilisée dans ses mécanismes institutionnels, sa légitimité démocratique et ses fondements humanistes?
Bruno Rigolt
NetÉtiquette : article protégé par copyright ; la diffusion publique est autorisée sous réserve d’indiquer le nom de l’auteur ainsi que la source : http://brunorigolt.blog.lemonde.fr/
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(*) Philippe Marion, Université catholique de Louvain Observatoire du récit médiatique. « De la presse people au populaire médiatique ». Article consultable en ligne : cliquez ici pour accéder au document.
Culture générale BTS2… Les « People » et l’image : entre sublimation et désublimation
Spécial entraînement BTS :
Thème 1 « Faire voir »
Publié à la fin des années Cinquante, puis complété et réédité à plusieurs reprises, l’ouvrage du sociologue Edgar Morin intitulé Les Stars est une réflexion incontournable pour qui cherche à déchiffrer de façon critique les mécanismes du « star system ». En partant du Hollywood des années 1910, jusqu’au phénomène occidental de banalisation de la star à partir des années Soixante, l’enquête d’Edgar Morin aboutit à une réflexion stimulante sur le « mythe de la star », c’est-à-dire ce que l’auteur appelle « le processus de divinisation que subit l’acteur de cinéma et qui fait de lui l’idole des foules ». J’ai souhaité ici élargir le champ de questionnement de ce livre au contexte actuel de la production d’image dans la presse People…
Les « People » et leur image
Entre sublimation et désublimation.
Partons d’abord d’un constat d’Edgar Morin : pour lui, la distance entre la star et ses admirateurs est tellement importante qu’elle ne peut se résorber que sous le mode religieux : celui d’un rituel, d’une « liturgie stellaire ». C’est en effet par la distance et l’inaccessibilité que la star existe. Philippe Marion (Université catholique de Louvain, Observatoire du récit médiatique) note très justement :
« L’inaccessibilité devient alors une source de motivation, une quête, une stimulation. L’importance du fossé qui sépare les deux mondes est peut-être à la mesure du désir de le franchir grâce à l’imaginaire projectif. C’est le principe de ces machines à désir que constituent les épopées et les contes de fées: le temps d’un récit, le lecteur se trouve propulsé dans les faits et gestes des princes et des puissants. Cet esprit de conte de fée, sorte de quintessence de la fiction, s’est idéalement incarné dans la première partie de la saga médiatique vécue par la princesse Diana. Lors du mariage de celle-ci, l’archevêque de Canterbury proférait : « Ceci est de l’étoffe dont sont faits les contes de fées ». « Premier chapitre d’un conte de fée », résumait alors Paris Match, tandis que VSD titrait: « Il était une fois… » […]. Le merveilleux féerique, ostensiblement revendiqué ici, célébrait l’entrée d’une obscure jeune fille dans ce monde des images people. Tout se passe comme si le lecteur populaire de la presse people était appelé à se téléporter dans un univers qui lui est étranger, mais qu’il a l’occasion de domestiquer par cette téléportation elle-même (*) ».
Sacralité des lieux…
Les lieux choisis sont en effet déterminants : si vous croisiez une star tous les matins dans l’ascenseur, elle perdrait précisément son pouvoir magique. C’est parce qu’elle est inaccessible, isolée du reste du monde, que la star se présente comme le symbole d’un rêve impossible à l’homme, donc d’un pouvoir réservé à la divinité mais que les « profanes » tenteront d’obtenir peu à peu. Précisément, c’est dans les « grand-messes » télévisées, les shows hyper médiatisés, que la star se dévoile : le public va enfin pouvoir « consommer » du People. On pourrait évoquer ici ce que Philippe Marion appelle la « mise en proximité » de la star, c’est-à-dire le passage de l’inaccessibilité au rapprochement avec le public. L’auteur remarque :
Cette proximisation s’opère aussi sous le mode d’une dramaturgie de l’humain moyen. Car que découvre-t-on dans ces palais et palaces ? De l’humain, basique, universel: celui du relationnel et de l’affect. Des passions amoureuses qui naissent et qui meurent, de la jalousie, des coups de gueule, des divorces, des réconciliations, des naissances, des violences, des déprimes… Bref, tout ce qui forme ce magma de vécu du commun des mortels. Non seulement le gotha n’hésite pas à nous recevoir dans son intimité, mais en plus il ne se distingue que fort peu de nous: voilà ce que la presse people suggère » (*).
Comme nous le voyons, d’objet interdit et culte, la star devient objet de consommation et fétiche. Un fétiche en effet est un objet auquel on va attribuer un pouvoir bénéfique du fait qu’il est magique : on cherchera par exemple à approcher le plus près possible les People, à les toucher,
à s’approprier leur corps selon une logique métonymique (la partie pour le tout) : un autographe, un tee shirt, un mouchoir. Comme le fait remarquer si bien Edgar Morin, « c’est un peu de l’âme et du corps de la star que l’acheteur s’appropriera, consommera, intégrera à sa personnalité ».
L’image comme espace projectif
Mais allons plus loin, et réfléchissons au phénomène People dans son rapport au voyeurisme et à l’exhibitionnisme. Ce n’est pas tant la définition de l’image en tant que représentation du réel (voir à ce sujet l’article intitulé : Les métamorphoses de l’image, de Lascaux à Big Brother) qui nous intéressera ici mais plutôt sa représentation mentale et inconsciente : l’image comme espace projectif. J’emploie ce terme de « projectif » en référence au concept d’identification projective introduit par la psychanalyste Mélanie Klein pour désigner un mécanisme fantasmatique, où le sujet introduit sa propre personne à l’intérieur de l’objet pour lui nuire, le posséder et le contrôler. Termes trop forts direz-vous? Mais que l’on interroge notre rapport à l’intime : que faisons-nous, en achetant une revue People, sinon nous approprier l’image intime d’un autre « inaccessible » pour la posséder : il y a toujours, dans l’admiration pour les People, quelque chose qui relève de la transgression et d’une manipulation de l’intimité (« J’en sais plus sur lui qu’il ne le voudrait »). Car paradoxalement, les « People », c’est le peuple mais sans le peuple ! De là un passage du rêve à l’envie et à la frustration. Frustration qui est à la base du concept éditorial de la presse People. On comprend mieux le slogan d’un célèbre magazine : « dans Public, tout est public », y compris la banalité et l’intime : les images ou propos volés deviennent des éléments clés d’une jalousie projective inconsciente. Le témoignage de certains lecteurs est édifiant ; en voici un au hasard (il s’agit d’une lectrice) :
« Cela fait déjà plus d’un an, que je lis plus régulièrement l’un de mes magazine chouchou, j’ai nommée (sic) : PUBLIC. Explications : PUBLIC, MAIS POURQUOI CE NOM ? Tout simplement, parce que dans Public : tout est public ! Ne soyez pas choquer (sic) que dans ce magazine, on vous montre la cellulite d’Alicia Keys, ou bien les
bourrelets de Britney Spears, et bien d’autres encore… Public, c’est le seul qui vous montre également les défauts des stars ».
Le « cannibalisme » médiatique
« Défauts » ! Le mot est lâché ! Tout le discours vise ici à dégrader l’autre, et plus particulièrement le corps : corps honteux, laid, infériorisé… Car ce qui intéresse, au-delà du rêve (le corps envié et transfiguré de la star), c’est bien l’image « interdite », les « défauts » que la star cherche à cacher et que le magazine va rendre « public », selon une démarche d’apparente objectivité dont le credo pourrait être : « le public est en droit de savoir »! Cette confusion entre le fait social et démocratique (la liberté de la presse, le rôle des journalistes) et le voyeurisme, fausse évidemment le rapport au réel. Essayons de déchiffrer ce mécanisme d’inversion des valeurs. Si on lit une revue « People », c’est d’abord dans le but d’entrer en communication avec la star. Mais très vite, on se rend compte que cette communion tant rêvée est impossible : la star ne figure que sur du papier. L’autre tendance consiste donc à évacuer cet état d’esprit douloureux dû au manque, dans la haine de l’autre pour obtenir un soulagement, une compensation à la frustration qu’on éprouve de ne pas être reconnu comme « People », ce qui conduit à vouloir entrer de force dans l’intimité de la star, fantasmatiquement, avec l’intention de la contrôler dans une relation de dénégation, de récusation, et de dégradation ontologique. De là l’arbitraire des photographies : la star bouffie par l’alcool, la star droguée, débauchée malgré les apparences : les lecteurs deviennent ainsi une sorte de tribunal de la bonne conscience et de la morale populiste grâce aux images volées qui vont jouer le rôle d’un procureur, et renforcer la légitimité de la presse people. Le but est bien de prendre possession de l’autre, de se l’approprier, selon un rituel qui relève de ce que j’appellerai le « cannibalisme médiatique » : traquer les « défauts » de la star et pouvoir les dévoiler sur la place publique, c’est enlever la protection dont elle bénéficiait pour la « prostituer » au regard des autres et la livrer à la vindicte populaire. Dès lors, la star perd son apparence illusoire, c’est-à-dire sa légitimité et sa crédibilité : la « bonne image » qu’on avait d’elle est réduite à néant… La presse people, c’est donc le mythe devenu réalité, banalité, simple marchandise : devenu appauvri, il se consumérise.
Image et sacrifice
Ce va et vient entre sublimation et désublimation est essentiel pour comprendre les modes de fonctionnement de la presse People : d’un côté, comme nous l’avons vu, il y la fusion avec la star, mais conséquemment en perdant une part de soi (puisqu’on vit « par procuration » dans l’autre), on lui en veut de cette perte référentielle et on la dégrade : dégradation de la valeur du corps et dégradation morale (l’image de la mauvaise mère par exemple). Je voudrais évoquer aussi une exposition qui a eu lieu à la Maison Européenne de la Photographie (Paris) en 2007, intitulée « Expo Trash : Les stars sortent leurs poubelles« . Deux anciens photographes du magazine Paris-Match étaient à l’initiative de cette démarche : Bruno Mouron et Pascal Rostain dévoilaient en effet « artistiquement » le contenu des poubelles des grandes stars d’Hollywood. La présentation se voulait « Pop’art » mais ne nous leurrons pas : si l’on vient pour contempler les déchets de Clint Eastwood, Arnold Schwarzenegger, Nicholas Cage, Mel Gibson, Tom Cruise, Sharon Stone ou Madonna, c’est que l’art seul ne saurait être en jeu !
J’évoquerai ici plutôt une démarche sacrificielle. « Le fondement métaphysique du sacrifice, c’est le sacrifice éternel de Dieu », rappelle Jean Hani. Dès lors, comment sacrifier la star sinon en la désublimant : la photo volée ou le dévoilement public du contenu d’une poubelle obéissent au même principe : ils trouvent un écho particulier dans le domaine de la profanation religieuse. L’image devient un « iconoclasme », au sens littéral du terme : elle « casse » l’icone, c’est-à-dire le mythe qui postule la non-représentation de la star. Dans l’imaginaire, la star appartient en effet au domaine du sacré, de l’interdit, du non-représenté et donc du fantasme. La photo « poubelle » détruit ainsi le mythe par la représentation iconoclaste : elle représente la star certes, mais en la dégradant. D’un point de vue psychanalytique, le lecteur-spectateur oscillera entre l’attitude narcissique et projective (je m’identifie à l’autre « parce que je le vaux bien ») et le refoulement : la photo « moche » et « trash » est l’occasion de « sacrifier » la star en la désublimant. Se fait ici, d’une manière implicite, une équivalence entre le désir d’être autre et le sacrifice de l’autre, selon la logique bien connue du refoulement.
Une perte du sens ?
C’est à juste titre que certains journalistes ont repris le terme d' »extimité » forgé par l’écrivain Michel Tournier pour désigner la tendance à rendre public ce qui relève de la vie privée. La société du spectacle et de l’apparence dans laquelle nous nous trouvons oblige donc à réfléchir, au-delà du « marketing de l’image » au changement de comportement que les nouvelles technologies numériques ont introduit. Récemment d’ailleurs, la firme de téléphonie Nokia a parfaitement perçu ce phénomène dans sa campagne publicitaire (”Mon téléphone sait tout de moi”)
: “Et si vous trouviez mon téléphone, vous regarderiez à l’intérieur?” Qu’importent les précautions oratoires de la question ! Bien sûr que oui, nous regarderions à l’intérieur ! À cet égard, le développement des réseaux participatifs amènera forcément à une réflexion sur le voyeurisme social. Comme le remarque à juste titre l’avocat Vincent Dufief :
« Si Internet a toujours menacé la vie privée des personnes, le développement des sites de socialisation donne une nouvelle dimension à ce risque, en encourageant les utilisateurs à sacrifier eux-mêmes leur propre vie privée. En effet, le principe de ces sites de socialisation est d’inciter leurs utilisateurs à révéler le maximum d’éléments de leur intimité, de préférence au plus grand nombre de personnes. Sur ces sites, il est effectivement nécessaire de dévoiler un peu de sa vie privée si l’on veut accéder à celle des autres et le système fait qu’il est aussi très délicat de refuser les sollicitations… » (Pour lire l’article complet, cliquez ici).
Cet article sur le phénomène People nous a donc amené à définir une sorte d’échelle de valeurs de la star : du plus noble au plus dégradant. C’est sur cette échelle axiologique que se fonde la mythologie People : tout comportement d’adoration ne vise-t-il pas aussi à mépriser ce qu’il adore? Cette relation entre sublimation et désublimation se pose de façon plus alarmante de nos jours, en raison de l’impact de l’image et des nouvelles technologies sur nos représentations. Au-delà d’une réflexion sur le rapport à l’image dans les médias, je crois que la difficulté, c’est bien de réfléchir à la déstructuration des fondements normatifs qu’ont introduite les nouvelles technologies numériques. En fait, la presse People n’est qu’un aspect d’un phénomène plus général : la « peopolisation » de la société constitue la réalité inquiétante d’un nouveau monde virtuel… Face aux oligarchies médiatiques ou technocratiques, qu’espérer pour l’homme dans un monde où la mise en scène de soi, le spectacle, rivalisent avec une société profondément bouleversée et fragilisée dans ses mécanismes institutionnels, sa légitimité démocratique et ses fondements humanistes?
Bruno Rigolt
NetÉtiquette : article protégé par copyright ; la diffusion publique est autorisée sous réserve d’indiquer le nom de l’auteur ainsi que la source : http://brunorigolt.blog.lemonde.fr/
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(*) Philippe Marion, Université catholique de Louvain Observatoire du récit médiatique. « De la presse people au populaire médiatique ». Article consultable en ligne : cliquez ici pour accéder au document.
La citation de la semaine… William Shakespeare…
« Le monde entier est un théâtre… »
All the world’s a stage,
And all the men and women merely players;
They have their exits and their entrances,
And one man in his time plays many parts…
Le monde entier est un théâtre,
Et tous les hommes et les femmes seulement des acteurs;
Ils ont leurs entrées et leurs sorties,
Et un homme dans le cours de sa vie joue différents rôles…
William Shakespeare, As You Like It (Comme il vous plaira), acte II, scène 7
Pour lire l’intégralité de la scène (en Anglais cliquez ici, en Français, cliquez ici).
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Cette citation s’inscrit parfaitement dans la démarche baroque selon laquelle les certitudes ou vérités humaines ne seraient que des illusions. Dans une approche plus contemporaine, ce texte nous invite aussi à une réflexion sur les rapports humains, les normes et les codes sociaux. Que l’on songe par exemple aux romans que Balzac regroupa sous le titre si célèbre de La Comédie humaine… Pour ces auteurs, nul doute que la société est une sorte de théâtre où chacun « joue un rôle ». La mission de l’écrivain est précisément de faire tomber les masques et de mettre à jour le simulacre de « l’inhumaine comédie »… Cette problématique est très riche dans la mesure où elle met à jour notre rapport aux autres et à nous-même. Dans une société du spectacle et de l’apparence, tout ne serait-il qu’illusion au détriment de la vérité ? Divertissement au sens pascalien, surmédiatisation et mise en scène de soi au détriment de la morale ?
Entraînement au BTS (PME2) : épreuve de dossier + écriture personnelle
Exclusivité Internet…
Les entraînements BTS !
Deux fois par mois jusqu’à l’examen, entraînez-vous sur ce site avec un sujet inédit et des conseils de méthode pour vous préparer à l’épreuve… Ne tardez pas : commencez votre entraînement dès cette semaine.Entraînement n°1 Thème : le détour.
Niveau de difficulté : *** (* accessible ; ** moyennement difficile ; *** difficile)
Corpus
- Aurélie Djian « Promenade initiatique » (chronique littéraire). Article paru dans Le Monde (édition du 16.02.07).
- Photographie extraite d’un reportage en direct de la chaîne de télévision France 2, le mardi 3 avril 2007 : un TGV français réussissait à atteindre la vitesse de 574,8 km/h, pulvérisant ainsi son propre record qui était auparavant de 515,3 km/h.
- Sénèque (4 Avant JC – 65 Après JC) : De la brièveté de la vie (extrait)
- Alexandre Escudier « Le sentiment d’accélération de l’histoire moderne : éléments pour une histoire », éditorial de la revue Esprit, juin 2008 (Thème : Le monde à l’ère de la vitesse).
-
Sujet du dossier de synthèse : vous rédigerez une synthèse objective en confrontant les documents fournis
-
Sujet d’écriture personnelle : Tout détour est-il un « retour en arrière » ?
Pour accéder au corpus et commencer l’entraînement, cliquez ici.
HVC Seconde 12 Information importante (Cours d'Allemand)
En application du dispositif de continuité pédagogique, j’assurerai le cours d’Allemand à partir du vendredi 13 février 2009, selon les modalités prévues à l’emploi du temps (mêmes salles, mêmes horaires). Le dispositif est opérationnel jusqu’aux vacances de février (il pourra être reconduit à la rentrée en l’absence d’une solution de remplacement).
La présence des élèves est évidemment obligatoire : ils apporteront leur manuel d’Allemand (Projekt Deutsch) ainsi que tout document utile au cours. Merci de votre compréhension.
HVC Seconde 12 Information importante (Cours d’Allemand)
En application du dispositif de continuité pédagogique, j’assurerai le cours d’Allemand à partir du vendredi 13 février 2009, selon les modalités prévues à l’emploi du temps (mêmes salles, mêmes horaires). Le dispositif est opérationnel jusqu’aux vacances de février (il pourra être reconduit à la rentrée en l’absence d’une solution de remplacement).
La présence des élèves est évidemment obligatoire : ils apporteront leur manuel d’Allemand (Projekt Deutsch) ainsi que tout document utile au cours. Merci de votre compréhension.
Sections d'examen : calendrier prévisionnel de publication en ligne des supports de cours
Afin de permettre aux étudiant(e)s de mieux planifier leur travail, j’actualiserai chaque semaine le calendrier de mise en ligne des supports de cours. Ce calendrier ne concerne que les articles destinés aux sections d’examen.
Classes de Première :
- EAF Méthodologie du commentaire organisé :
mise en ligne dimanche 8 février, 21:00Mis en ligne - Support de cours Séquence 3 Le style de Voltaire dans Candide : mise en ligne dimanche 8 mars, 21:00
- Support de cours Séquence 3 Candide ou le combat des Lumières : mise en ligne lundi 2 mars, 21:00 (reportée au mercredi 4 mars).
BTS PME2 :
- Thème 2 Romantisme et détour :
mise en ligne mercredi 4 février, 21:00Mis en ligne - Thème 2 Support de cours. Le détour, thème et variations :
mise en ligne dimanche 8 février, 21:00Mis en ligne - Entraînement BTS n°1 (Le détour) :
mise en ligne mardi 10 février, 21:00Mis en ligne - Thème 1 L’image People : entre sublimation et désublimation :
mise en ligne dimanche 15 février, 21:00Mis en ligne - BTS blanc du 20 février. Rapport du jury : Le dossier de synthèse et l’écriture personnelle :
mise en ligne lundi 23 févrierMis en ligne - Thème 2 Langage et Sémiotique du détour :
mise en ligne vendredi 27 février, 21:00Mis en ligne - Thème 2 Sociologie du détour : crise des modèles et ruptures sociétales : mise en ligne samedi 28 février, 21:00 Reportée (après les vacances d’hiver).
- Entraînement BTS n°2 (Faire voir) :
mise en ligne mardi 24 février, 21:00Mis en ligne - Thème 1 L’image de soi à la télévision ; du corps biologique au corps médiatique : mise en ligne mardi 3 mars, 21:00 Reportée (après les vacances d’hiver).
© Bruno Rigolt, Les articles de ce blog sont protégés par copyright. Vous pouvez les utiliser librement à titre privé. Leur diffusion ou inclusion dans un support public doit mentionner explicitement le nom de l’auteur et l’origine de la source (http://brunorigolt.blog.lemonde.fr/). Tous les autres documents (textuels, iconographiques) mentionnés dans ce blog sont la propriété exclusive de leurs auteurs ou de leurs détenteurs respectifs. Merci à eux d’en faciliter l’exploitation à des fins pédagogiques.
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Support de cours BTS PME2. "Le détour" : thème et variations.
En regardant certains forums de discussion (forums d’étudiants mais également d’enseignants…), j’ai été surpris (c’est un euphémisme) par l’incompréhension, le peu d’intérêt, ou à l’inverse les passions, parfois haineuses qu’a suscités une thématique pourtant aussi exceptionnellement riche que le détour. Dans un monde comme le nôtre, dont on s’accorde à dire qu’il traverse une crise de civilisation majeure, réfléchir au détour revient pourtant à questionner les fondements structurels ainsi que les enjeux de nos modèles sociétaux.
Je propose à mes étudiantes de BTS PME2, de réfléchir dans cet entraînement à la polysémie du mot « détour ». À partir des remarques, souvent judicieuses, que vous avez formulées en cours, essayons de mieux percevoir ici les multiples réseaux de significations ainsi que les variations de sens qui s’organisent autour de ce thème du détour…
Le détour : Thème et variations.
Un trajet qui n’est pas direct…
Le sens le plus habituel du mot « détour » fait référence à un trajet qui n’est pas direct. La première image qui vient à l’esprit est celle des méandres, des détours d’une rivière ou d’un cours d’eau. Regardez ce passage du célèbre et magnifique roman de Balzac Le Lys dans la vallée : « Là se découvre une vallée qui commence à Montbazon, finit à la Loire, et semble bondir sous les châteaux posés sur ces doubles collines ; une magnifique coupe d’émeraude au fond de laquelle l’Indre se roule par des mouvements de serpent. A cet aspect, je fus saisi d’un étonnement voluptueux que l’ennui des landes ou la fatigue du chemin avait préparé. » On est surpris par la symbolique du lieu : la description si « sensuelle » de la vallée de l’Indre emprunte tout un ensemble de valeurs à l’emblématique du détour : les multiples boucles et méandres, galbes, arrondis suggèrent l’éternel féminin, le d
ésir et la tentation (le titre à lui seul est déjà évocateur!).
Comme on le voit, le détour s’appuie sur le refus de la rectitude, de la ligne droite, il introduit une rupture dans l’ordre spatial ou temporel. Il n’est guère étonnant que les définitions des dictionnaires lui associent les mots de « tournant », de « courbe », de « virage » ou de « sinuosité ». Je vous conseille de réfléchir au rapport qu’on pourrait établir entre le danger, la vitesse sur route, et le virage : virages en lacet, en épingle à cheveux, etc. Supprimer le détour en un sens, c’est supprimer le danger, mais c’est aussi supprimer la liberté : il n’y a pas de détours sur les autoroutes, il n’y a que du rectiligne. Pas de lieu, plutôt un « non-lieu »…
Par association d’idées, comment ne pas évoquer ici le « labyrinthe », le « dédale », le « tortueux », c’est-à-dire toute une symbolique de la sinuosité qu’il serait intéressant d’approfondir. De fait, évoquer les « dédales » d’une vieille ville, c’est suggérer l’idée qu’on pourrait se perdre en s’écartant du centre. Il y a donc dans le détour l’idée de franchissement d’une frontière invisible que l’inconscient collectif investit de significations issues des fonds légendaires de l’Occident : se détourner, n’est-ce pas prendre le risque de se perdre ? Comme dans les contes de l’enfance, nous nous détournons de la voie tracée pour réinscrire l’aventure dans l’ordre de la nécessité, la légende dans l’ordre du référentiel, le merveilleux dans l’ordre du déterminé.
Tours et détours : s’écarter de la voie…
Je voudrais
précisément en venir ici au deuxième sens du détour : « faire un détour », c’est justement s’écarter de la voie directe. Le mot connote l’idée de dérivation (dériver un fleuve) ou de détournement (détournement d’itinéraire par exemple, déviation sur une route). Que l’on songe également à l’expression « être dérouté par quelque chose »… Nous pourrions évoquer à partir de l’image d’un bateau « allant à la dérive », ces autres détours que sont l’altérité, la notion de marginalité, le refus d’intégration, de normalisation. Le très beau poème de Rimbaud, « Le Bateau ivre » est à ce titre une superbe allégorie de la révolte et des dérives adolescentes :
« Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.
J’étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m’ont laissé descendre où je voulais.
Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l’autre hiver, plus sourd que les cerveaux d’enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N’ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.
La tempête a béni mes éveils maritimes.
[…]
Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer… »
Ce « bateau ivre » (c’est évidemment Rimbaud) ne parvient à exister qu’en se « détournant » des contraintes sociales, des modèles normatifs (les « fleuves impassibles », les « haleurs ») afin de vivre pleinement une expérience existentielle de transgression et de déviance (« Les Fleuves m’ont laissé descendre où je voulais »). Le détour, métaphorisé par le bateau balloté à la dérive jusqu’à faire naufrage, est ainsi vécu comme un affranchissement des règles et des contraintes, un refus de « se mettre dans le rang », une « ivresse » de la liberté, fût-ce au prix de l’insouciance et du danger. En ce sens, réfléchir au détour, c’est réfléchir à la norme et aux valeurs. Dans le complément de cours intitulé « Romantisme et détour« , vous avez pu voir combien ce mouvement culturel, en rejetant le modèle sociétal imposé par la révolution industrielle, avait créé un état de tension et un écart proprement transgressifs.
La langue commune est également intéressante : prenez l’expression « s’écarter du droit chemin », elle suggère très bien le fait de s’écarter du bien, de s’égarer du « bon sens ». Les notions de perversion, de corruption, de folie, de transgression mériteraient ici d’être considérées. Dans un sens négatif, se détourner, c’est donc se tromper, se fourvoyer… Mais qui a raison? Où est la vérité? Se pose alors le problème de la légitimité des modèles de référence, et des normes collectives… Le concept de détour implique ainsi plusieurs champs de recherche entre la littérature, l’histoire, le droit, l’anthropologie, la psychologie… Je consacrerai d’ailleurs une étude à la « Sociologie du détour » (mise en ligne le 2 mars, 21:00).
« Tourner autour du pot »…
En parcourant quelques corpus sur le détour, j’ai été un peu étonné de constater combien nombre de problématiques étaient écartées, appauvrissant parfois considérablement le thème. Pourtant, on ne saurait ici négliger le dernier sens du mot, évoquant les moyens indirects de faire, ou de dire quelque chose. Dans le cours que j’ai consacré aux rapports entre détour et stratégie militaire chez Sun Tzu, on peut voir par exemple combien le détour est proche de la tactique ou des manœuvres de stratégie indirecte. On pourrait réfléchir à partir de plusieurs mots clés : biais, ruse, subterfuge, diversion, esquive, etc. Que l’on songe aussi au calcul, au plan, à l’intrigue, à la manigance ; et plus généralement à tout ce qui évoque la simulation, la feinte, le semblant, l’apparence, l’illusion, le simulacre… Si l’on jouait sur les mots et les thèmes du BTS, nous pourrions dire que le détour « fait voir » différemment la réalité.
« Fait voir » et « fait entendre »! Ne négligez pas le rapport d’analogie entre le détour et le langage : digressions, périphrases, faux raisonnements, sophismes, etc. Que l’on pense aussi à ces expressions familières : « tourner autour du pot », « parle-moi franchement », « en toute sincérité », « à vrai dire »… Par extension, le détour connote aussi ce qui est sous-entendu, voire confus, embrouillé, inextricable. Dans le même axe, on a tendance à définir l’adjectif « droit » comme ce qui est opposé au cœur, c’est-à-dire aux
sentiments, à l’émotion, au subjectif, au passionnel. En ce sens, le détour serait ce qui n’est pas « droit », rationnel, et conséquemment ce qui est « du côté du cœur », du marivaudage, du lyrisme, des sentiments, de la poésie. Il n’est guère étonnant qu’en voyage ou en excursion, nous préférions nous perdre dans les petites ruelles sinueuses et typiques d’un vieux quartier que de marcher parmi les rectitudes froides des villes nouvelles, où tout détour est impossible. Un monde sans détour ne serait-il pas un monde sans rencontre? En ce sens le monde moderne, écrasé souvent par les avancées technologiques et le pragmatisme architectural, interdirait précisément… le détour (*).
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© Bruno Rigolt, février 2009 (Lycée en Forêt, Montargis, France).
NetÉtiquette : article protégé par copyright ; la diffusion publique est autorisée sous réserve d’indiquer le nom de l’auteur ainsi que la source : http://brunorigolt.blog.lemonde.fr/
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(*) Voir à ce sujet le support de cours intitulé « Modernité et architecture : l’impossible détour«
Support de cours BTS PME2. « Le détour » : thème et variations.
En regardant certains forums de discussion (forums d’étudiants mais également d’enseignants…), j’ai été surpris (c’est un euphémisme) par l’incompréhension, le peu d’intérêt, ou à l’inverse les passions, parfois haineuses qu’a suscités une thématique pourtant aussi exceptionnellement riche que le détour. Dans un monde comme le nôtre, dont on s’accorde à dire qu’il traverse une crise de civilisation majeure, réfléchir au détour revient pourtant à questionner les fondements structurels ainsi que les enjeux de nos modèles sociétaux.
Je propose à mes étudiantes de BTS PME2, de réfléchir dans cet entraînement à la polysémie du mot « détour ». À partir des remarques, souvent judicieuses, que vous avez formulées en cours, essayons de mieux percevoir ici les multiples réseaux de significations ainsi que les variations de sens qui s’organisent autour de ce thème du détour…
Le détour : Thème et variations.
Un trajet qui n’est pas direct…
Le sens le plus habituel du mot « détour » fait référence à un trajet qui n’est pas direct. La première image qui vient à l’esprit est celle des méandres, des détours d’une rivière ou d’un cours d’eau. Regardez ce passage du célèbre et magnifique roman de Balzac Le Lys dans la vallée : « Là se découvre une vallée qui commence à Montbazon, finit à la Loire, et semble bondir sous les châteaux posés sur ces doubles collines ; une magnifique coupe d’émeraude au fond de laquelle l’Indre se roule par des mouvements de serpent. A cet aspect, je fus saisi d’un étonnement voluptueux que l’ennui des landes ou la fatigue du chemin avait préparé. » On est surpris par la symbolique du lieu : la description si « sensuelle » de la vallée de l’Indre emprunte tout un ensemble de valeurs à l’emblématique du détour : les multiples boucles et méandres, galbes, arrondis suggèrent l’éternel féminin, le d
ésir et la tentation (le titre à lui seul est déjà évocateur!).
Comme on le voit, le détour s’appuie sur le refus de la rectitude, de la ligne droite, il introduit une rupture dans l’ordre spatial ou temporel. Il n’est guère étonnant que les définitions des dictionnaires lui associent les mots de « tournant », de « courbe », de « virage » ou de « sinuosité ». Je vous conseille de réfléchir au rapport qu’on pourrait établir entre le danger, la vitesse sur route, et le virage : virages en lacet, en épingle à cheveux, etc. Supprimer le détour en un sens, c’est supprimer le danger, mais c’est aussi supprimer la liberté : il n’y a pas de détours sur les autoroutes, il n’y a que du rectiligne. Pas de lieu, plutôt un « non-lieu »…
Par association d’idées, comment ne pas évoquer ici le « labyrinthe », le « dédale », le « tortueux », c’est-à-dire toute une symbolique de la sinuosité qu’il serait intéressant d’approfondir. De fait, évoquer les « dédales » d’une vieille ville, c’est suggérer l’idée qu’on pourrait se perdre en s’écartant du centre. Il y a donc dans le détour l’idée de franchissement d’une frontière invisible que l’inconscient collectif investit de significations issues des fonds légendaires de l’Occident : se détourner, n’est-ce pas prendre le risque de se perdre ? Comme dans les contes de l’enfance, nous nous détournons de la voie tracée pour réinscrire l’aventure dans l’ordre de la nécessité, la légende dans l’ordre du référentiel, le merveilleux dans l’ordre du déterminé.
Tours et détours : s’écarter de la voie…
Je voudrais
précisément en venir ici au deuxième sens du détour : « faire un détour », c’est justement s’écarter de la voie directe. Le mot connote l’idée de dérivation (dériver un fleuve) ou de détournement (détournement d’itinéraire par exemple, déviation sur une route). Que l’on songe également à l’expression « être dérouté par quelque chose »… Nous pourrions évoquer à partir de l’image d’un bateau « allant à la dérive », ces autres détours que sont l’altérité, la notion de marginalité, le refus d’intégration, de normalisation. Le très beau poème de Rimbaud, « Le Bateau ivre » est à ce titre une superbe allégorie de la révolte et des dérives adolescentes :
« Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.
J’étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m’ont laissé descendre où je voulais.
Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l’autre hiver, plus sourd que les cerveaux d’enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N’ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.
La tempête a béni mes éveils maritimes.
[…]
Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer… »
Ce « bateau ivre » (c’est évidemment Rimbaud) ne parvient à exister qu’en se « détournant » des contraintes sociales, des modèles normatifs (les « fleuves impassibles », les « haleurs ») afin de vivre pleinement une expérience existentielle de transgression et de déviance (« Les Fleuves m’ont laissé descendre où je voulais »). Le détour, métaphorisé par le bateau balloté à la dérive jusqu’à faire naufrage, est ainsi vécu comme un affranchissement des règles et des contraintes, un refus de « se mettre dans le rang », une « ivresse » de la liberté, fût-ce au prix de l’insouciance et du danger. En ce sens, réfléchir au détour, c’est réfléchir à la norme et aux valeurs. Dans le complément de cours intitulé « Romantisme et détour« , vous avez pu voir combien ce mouvement culturel, en rejetant le modèle sociétal imposé par la révolution industrielle, avait créé un état de tension et un écart proprement transgressifs.
La langue commune est également intéressante : prenez l’expression « s’écarter du droit chemin », elle suggère très bien le fait de s’écarter du bien, de s’égarer du « bon sens ». Les notions de perversion, de corruption, de folie, de transgression mériteraient ici d’être considérées. Dans un sens négatif, se détourner, c’est donc se tromper, se fourvoyer… Mais qui a raison? Où est la vérité? Se pose alors le problème de la légitimité des modèles de référence, et des normes collectives… Le concept de détour implique ainsi plusieurs champs de recherche entre la littérature, l’histoire, le droit, l’anthropologie, la psychologie… Je consacrerai d’ailleurs une étude à la « Sociologie du détour » (mise en ligne le 2 mars, 21:00).
« Tourner autour du pot »…
En parcourant quelques corpus sur le détour, j’ai été un peu étonné de constater combien nombre de problématiques étaient écartées, appauvrissant parfois considérablement le thème. Pourtant, on ne saurait ici négliger le dernier sens du mot, évoquant les moyens indirects de faire, ou de dire quelque chose. Dans le cours que j’ai consacré aux rapports entre détour et stratégie militaire chez Sun Tzu, on peut voir par exemple combien le détour est proche de la tactique ou des manœuvres de stratégie indirecte. On pourrait réfléchir à partir de plusieurs mots clés : biais, ruse, subterfuge, diversion, esquive, etc. Que l’on songe aussi au calcul, au plan, à l’intrigue, à la manigance ; et plus généralement à tout ce qui évoque la simulation, la feinte, le semblant, l’apparence, l’illusion, le simulacre… Si l’on jouait sur les mots et les thèmes du BTS, nous pourrions dire que le détour « fait voir » différemment la réalité.
« Fait voir » et « fait entendre »! Ne négligez pas le rapport d’analogie entre le détour et le langage : digressions, périphrases, faux raisonnements, sophismes, etc. Que l’on pense aussi à ces expressions familières : « tourner autour du pot », « parle-moi franchement », « en toute sincérité », « à vrai dire »… Par extension, le détour connote aussi ce qui est sous-entendu, voire confus, embrouillé, inextricable. Dans le même axe, on a tendance à définir l’adjectif « droit » comme ce qui est opposé au cœur, c’est-à-dire aux
sentiments, à l’émotion, au subjectif, au passionnel. En ce sens, le détour serait ce qui n’est pas « droit », rationnel, et conséquemment ce qui est « du côté du cœur », du marivaudage, du lyrisme, des sentiments, de la poésie. Il n’est guère étonnant qu’en voyage ou en excursion, nous préférions nous perdre dans les petites ruelles sinueuses et typiques d’un vieux quartier que de marcher parmi les rectitudes froides des villes nouvelles, où tout détour est impossible. Un monde sans détour ne serait-il pas un monde sans rencontre? En ce sens le monde moderne, écrasé souvent par les avancées technologiques et le pragmatisme architectural, interdirait précisément… le détour (*).
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© Bruno Rigolt, février 2009 (Lycée en Forêt, Montargis, France).
NetÉtiquette : article protégé par copyright ; la diffusion publique est autorisée sous réserve d’indiquer le nom de l’auteur ainsi que la source : http://brunorigolt.blog.lemonde.fr/
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(*) Voir à ce sujet le support de cours intitulé « Modernité et architecture : l’impossible détour«
PME2 BTS blanc : vendredi 20 février de 13h30 à 17h30
Voir le cahier de texte pour connaître les détails de l’épreuve (Thème, etc.).
EAF/1ES4 1S5/Bac blanc facultatif n°2 : mercredi 11 février à partir de 13h30
Voir le cahier de texte (février) pour connaître les détails de l’épreuve (objet d’étude, etc.)
Pour les Première S5 : Un certain nombre d’élèves de Première S5 a demandé aujourd’hui (soit 5 jours avant une épreuve prévue de longue date) que ce Bac blanc soit repoussé au mercredi 18 février. Malheureusement, mon planning professionnel ne me permet pas de me libérer dans l’après-midi ce jour-là. Aussi j’invite les élèves qui le peuvent à venir (comme initialement prévu) le 11 février. Pour celles ou ceux qui ne le pourraient pas, je leur communiquerai le sujet et il y aura bien sûr d’autres entraînements facultatifs (2 à 3 en fonction des besoins) dans l’année.
Culture générale BTS "Thème 2" : Romantisme et détour
Romantisme et Détour
(Rousseau, Friedrich, Baudelaire, Lautréamont)Les « Rêveries » de Rousseau
Publiées à titre posthume en 1782, les Rêveries du Promeneur solitaire de Rousseau me paraissent très représentatives de ce refus du référentiel,
qui marquera tout le Romantisme européen, et particulièrement français au dix-neuvième siècle. De fait, on peut considérer qu’en se laissant aller complaisamment au lyrisme, à l’évocation de la nature (qui participe d’ailleurs grandement à cette expression du sentiment), à la fusion du passé et du présent, les Rêveries instituent un rapport différent au temps et à l’espace. Regardez ce passage, à juste titre célèbre, de la « Cinquième Promenade » : la rhétorique émotive du style de Rousseau, fait d’indétermination et d’attente, reconstitue la modulation de la rêverie à travers une synesthésie de perceptions visuelles ou auditives qui n’ont d’autre but, en renvoyant à l’idée d’un « texte-promenade« , que d’instituer le détour et la digression dans le référentiel.
« Quand le soir approchait je descendais des cimes de l’île et j’allais volontiers m’asseoir au bord du lac sur la grève dans quelque asile caché ; là le bruit des vagues et l’agitation de l’eau fixant mes sens et chassant de mon âme toute autre agitation la plongeaient dans une rêverie délicieuse où la nuit me surprenait souvent sans que je m’en fusse aperçu. Le flux et reflux de cette eau, son bruit continu mais renflé par intervalles frappant sans relâche mon oreille et mes yeux, suppléaient aux mouvements internes que la rêverie éteignait en moi et suffisaient pour me faire sentir avec plaisir mon existence sans prendre la peine de penser. »
L’évocation du bonheur dans l’île Saint-Pierre récuse donc la norme référentielle en privilégiant le détour comme métaphore spatiale autour de laquelle l’auteur construit son « excursio » : course au-dehors, mais aussi incursion dans le moi profond. La phrase préromantique de l’auteur des Confessions tente ainsi d’analyser rétrospectivement la digression (spatiale, temporelle) comme un mode nouveau d’unité et de cohésion du moi. De fait, aux fluctuations temporelles, fortement liées au clapotis de l’eau, vient s’ajouter la mise en place d’un rapport subjectif au réel qui le détourne bien de sa fonction référentielle.
Le Romantisme comme poétique du détour
On comprend pourquoi la description de la nature chez Rousseau, comme plus tard chez de nombreux Romantiques, ne se sépare jamais d’une réflexion sur l’intériorité, le détour dans l’imaginaire et le refus social, qui s’épanouira dans le « culte du moi » et la volonté de trouver dans une nature fusionnelle et l’exil vers l’ailleurs une réponse au vide existentiel. Toute conscience à l’écoute d’elle-même ne peut s’envisager en effet qu’en termes de contournement et de rupture identitaire. À cet égard, la définition du Romantisme, telle qu’on la trouve par exemple dans l’encyclopédie en ligne Wikipedia, met à juste titre l’accent sur la volonté de discontinuité et de rupture qui caractérise « les extases et les tourments » du Romantisme. « Il est ainsi une réaction du sentiment contre la raison, exaltant le mystère et le fantastique et cherchant l’évasion et le ravissement dans le rêve, le morbide et le sublime, l’exotisme et le passé. Idéal ou cauchemar d’une sensibilité passionnée et mélancolique »…
Autant d’expressions qu’on peut rapprocher de la définition du détour : tout détour instaure en effet une déviation, une rupture par rapport à la voie directe, une mise en question. Comme on l’a vu, on ne peut comprendre le Romantisme que dans le cadre d’une remise en cause du rationalisme des siècles précédents.
C’est cette tension qui fera d’ailleurs éclater l’unité du discours et de la pensée en introduisant les contre-modèles : le détour vers le passé, la nostalgie des mythes anciens, etc. Regardez ces deux tableaux du peintre allemand Friedrich : ils établissent parfaitement le lien entre la représentation de la nature et l’expression de l’intériorité. On peut ici faire remarquer combien le concept de détour est à mettre en relation avec une esthétique du chaos et du retour en arrière qui amène évidemment à des questions d’ordre existentiel : Le tableau « L’abbaye dans un bois » peint en 1809, envisage le détour comme message existentiel dans la mesure où il privilégie le symbolique, le mystérieux, le secret et donc l’émergence d’un sentiment mystique de fusion avec le morbide, symptôme de ce qu’on appellera le mal du siècle, et l’appel voué à l’échec de l’idéal. On peut ainsi remarquer combien, à travers la thématique du détour, se lisent les métaphores du dépassement du temporel, de l’élévation mystique et de l’envol vers la mort.
Détour, marginalité, transgression
Il n’est donc pas étonnant que la thématique du détour renvoie symboliquement à un certain rejet social. Prenons par exemple le « Voyageur contemplant une mer de nuages » de Friedrich (1818) : le personnage représenté ici de dos, évoque une volonté de rupture avec le monde qu’il contemple, selon un point de vue très distancié. Le voyageur en effet regarde le monde, mais « de haut », à la manière d’un exclu qui savourerait son anticonformisme. Tout semble ici métaphore : le refus social, le dandysme propres au personnage romantique semblent privilégier une « métaphysique du paraître » qui instaure le détour comme règle.
Les poèmes de Baudelaire « l’Étranger » ou « l’Albatros », archi connus, mériteraient d’être rappelés ici :
L’Étranger
Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? Ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère ?
– Je n’ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.
– Tes amis ?
– Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est restée jusqu’à ce jour inconnu.
– Ta patrie ?
– J’ignore sous quelle latitude elle est située.
– La beauté ?
– Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
– L’or ?
– Je le hais comme vous haïssez Dieu.
– Eh ! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
– J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages !
L’Albatros
Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.
A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.
Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid!
L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait!
Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.
Comme on le voit, la signification allégorique des deux textes implique transgression, provocation, asocialité. S’ils se fondent sur une réflexion quant à la condition malheureuse du « poète maudit » dans la société, ces deux poèmes renvoient plus fondamentalement à la conscience exacerbée de l’altérité, si fortement imprégnée du refus de tout lien et du désir de fuite. Baudelaire met en effet en relief ces notions d’exil, et d’anti-modèle, qui caractérisent explicitement le Romantisme. En ce sens, si elle participe à l’élévation spirituelle, la métaphore du détour débouche sur la déception de l’homme de ne pouvoir atteindre cet idéal : le détour, dans sa définition négative, est donc une résistance au monde, à la nécessité, au rationnel, à la marche même de l’Histoire.
Que le Romantisme se soit emparé du rêve, de l’irréel, du fantastique, du macabre, du satanique est éclairant : le détour n’existe que dans une configuration de paternité avec la mort sociale et l’affirmation d’une trans-descendance, complémentaire à l’impossible quête de l’élévation et de la trans-ascendance. On pourrait évoquer ici ce manifeste surréaliste avant la lettre qu’ont été les Chants de Maldoror. Publiée à titre posthume en 1920, l’œuvre sulfureuse de Lautréamont incarne l’écart et le détour poussé à leur paroxysme :
« Moi, comme les chiens, j’éprouve le besoin de l’infini… Je ne puis, je ne puis contenter ce besoin ! Je suis fils de l’homme et de la femme, d’après ce qu’on m’a dit. Ça m’étonne… je croyais être davantage ! Au reste, que m’importe d’où je viens ? Moi, si cela avait pu dépendre de ma volonté, j’aurais voulu être plutôt le fils de la femelle du requin, dont la faim est amie des tempêtes, et du tigre, à la cruauté reconnue : je ne serais pas si méchant. Vous, qui me regardez, éloignez-vous de moi, car mon haleine exhale un souffle empoisonné. Nul n’a encore vu les rides vertes de mon front ; ni les os en saillie de ma figure maigre, pareils aux arêtes de quelque grand poisson, ou aux rochers couvrant les rivages de la mer, ou aux abruptes montagnes alpestres, que je parcourus souvent, quand j’avais sur ma tête des cheveux d’une autre couleur. Et, quand je rôde autour des habitations des hommes, pendant les nuits orageuses, les yeux ardents, les cheveux flagellés par le vent des tempêtes, isolé comme une pierre au milieu du chemin, je couvre ma face flétrie, avec un morceau de velours, noir comme la suie qui remplit l’intérieur des cheminées : il ne faut pas que les yeux soient témoins de la laideur que l’Être suprême, avec un sourire de haine puissante, a mise sur moi. Chaque matin, quand le soleil se lève pour les autres, en répandant la joie et la chaleur salutaires dans toute la nature, tandis qu’aucun de mes traits ne bouge, en regardant fixement l’espace plein de ténèbres, accroupi vers le fond de ma caverne aimée, dans un désespoir qui m’enivre comme le vin, je meurtris de mes puissantes mains ma poitrine en lambeaux. »
L’extrait est saisissant : il y a d’une part dans le personnage de Maldoror l’incandescence de la transgression faite de déchirement et de conflit intérieur, et d’autre part la recherche d’un ailleurs vécu comme échappatoire et libération. Le thème du détour se repère dans le texte par la décadence, le désordre, la déviation morale, la provocation qu’il instaure dans la norme. Même le langage se désolidarise de la syntaxe pour la détourner contre elle-même : en s’écartant volontairement du sens commun, le poème donne en effet l’impression d’une discontinuité sémantique empreinte de dérision et de violence : brisée, la trame de l’écriture est celle d’un poète marginal pour qui le détour se vit comme volonté de se perdre pour mieux se retrouver, fût-ce dans la mort. Détour de conduite, renversement esthétique, détours verbaux sont ici vécus comme nihilisme convulsif, vertige du néant et de l’inhumain.
Il faut ici concevoir le détour comme détournement du référentiel, du semblant, du « jeu des rôles », du simulacre social, du « faire voir » qui gouvernent la « Comédie humaine »… Il pourrait être intéressant en effet de mettre en relation les deux thèmes proposés à la session 2009.
Bruno Rigolt, février 2009 (Lycée en Forêt, Montargis)
Culture générale BTS « Thème 2 » : Romantisme et détour
Romantisme et Détour
(Rousseau, Friedrich, Baudelaire, Lautréamont)Les « Rêveries » de Rousseau
Publiées à titre posthume en 1782, les Rêveries du Promeneur solitaire de Rousseau me paraissent très représentatives de ce refus du référentiel,
qui marquera tout le Romantisme européen, et particulièrement français au dix-neuvième siècle. De fait, on peut considérer qu’en se laissant aller complaisamment au lyrisme, à l’évocation de la nature (qui participe d’ailleurs grandement à cette expression du sentiment), à la fusion du passé et du présent, les Rêveries instituent un rapport différent au temps et à l’espace. Regardez ce passage, à juste titre célèbre, de la « Cinquième Promenade » : la rhétorique émotive du style de Rousseau, fait d’indétermination et d’attente, reconstitue la modulation de la rêverie à travers une synesthésie de perceptions visuelles ou auditives qui n’ont d’autre but, en renvoyant à l’idée d’un « texte-promenade« , que d’instituer le détour et la digression dans le référentiel.
« Quand le soir approchait je descendais des cimes de l’île et j’allais volontiers m’asseoir au bord du lac sur la grève dans quelque asile caché ; là le bruit des vagues et l’agitation de l’eau fixant mes sens et chassant de mon âme toute autre agitation la plongeaient dans une rêverie délicieuse où la nuit me surprenait souvent sans que je m’en fusse aperçu. Le flux et reflux de cette eau, son bruit continu mais renflé par intervalles frappant sans relâche mon oreille et mes yeux, suppléaient aux mouvements internes que la rêverie éteignait en moi et suffisaient pour me faire sentir avec plaisir mon existence sans prendre la peine de penser. »
L’évocation du bonheur dans l’île Saint-Pierre récuse donc la norme référentielle en privilégiant le détour comme métaphore spatiale autour de laquelle l’auteur construit son « excursio » : course au-dehors, mais aussi incursion dans le moi profond. La phrase préromantique de l’auteur des Confessions tente ainsi d’analyser rétrospectivement la digression (spatiale, temporelle) comme un mode nouveau d’unité et de cohésion du moi. De fait, aux fluctuations temporelles, fortement liées au clapotis de l’eau, vient s’ajouter la mise en place d’un rapport subjectif au réel qui le détourne bien de sa fonction référentielle.
Le Romantisme comme poétique du détour
On comprend pourquoi la description de la nature chez Rousseau, comme plus tard chez de nombreux Romantiques, ne se sépare jamais d’une réflexion sur l’intériorité, le détour dans l’imaginaire et le refus social, qui s’épanouira dans le « culte du moi » et la volonté de trouver dans une nature fusionnelle et l’exil vers l’ailleurs une réponse au vide existentiel. Toute conscience à l’écoute d’elle-même ne peut s’envisager en effet qu’en termes de contournement et de rupture identitaire. À cet égard, la définition du Romantisme, telle qu’on la trouve par exemple dans l’encyclopédie en ligne Wikipedia, met à juste titre l’accent sur la volonté de discontinuité et de rupture qui caractérise « les extases et les tourments » du Romantisme. « Il est ainsi une réaction du sentiment contre la raison, exaltant le mystère et le fantastique et cherchant l’évasion et le ravissement dans le rêve, le morbide et le sublime, l’exotisme et le passé. Idéal ou cauchemar d’une sensibilité passionnée et mélancolique »…
Autant d’expressions qu’on peut rapprocher de la définition du détour : tout détour instaure en effet une déviation, une rupture par rapport à la voie directe, une mise en question. Comme on l’a vu, on ne peut comprendre le Romantisme que dans le cadre d’une remise en cause du rationalisme des siècles précédents.
C’est cette tension qui fera d’ailleurs éclater l’unité du discours et de la pensée en introduisant les contre-modèles : le détour vers le passé, la nostalgie des mythes anciens, etc. Regardez ces deux tableaux du peintre allemand Friedrich : ils établissent parfaitement le lien entre la représentation de la nature et l’expression de l’intériorité. On peut ici faire remarquer combien le concept de détour est à mettre en relation avec une esthétique du chaos et du retour en arrière qui amène évidemment à des questions d’ordre existentiel : Le tableau « L’abbaye dans un bois » peint en 1809, envisage le détour comme message existentiel dans la mesure où il privilégie le symbolique, le mystérieux, le secret et donc l’émergence d’un sentiment mystique de fusion avec le morbide, symptôme de ce qu’on appellera le mal du siècle, et l’appel voué à l’échec de l’idéal. On peut ainsi remarquer combien, à travers la thématique du détour, se lisent les métaphores du dépassement du temporel, de l’élévation mystique et de l’envol vers la mort.
Détour, marginalité, transgression
Il n’est donc pas étonnant que la thématique du détour renvoie symboliquement à un certain rejet social. Prenons par exemple le « Voyageur contemplant une mer de nuages » de Friedrich (1818) : le personnage représenté ici de dos, évoque une volonté de rupture avec le monde qu’il contemple, selon un point de vue très distancié. Le voyageur en effet regarde le monde, mais « de haut », à la manière d’un exclu qui savourerait son anticonformisme. Tout semble ici métaphore : le refus social, le dandysme propres au personnage romantique semblent privilégier une « métaphysique du paraître » qui instaure le détour comme règle.
Les poèmes de Baudelaire « l’Étranger » ou « l’Albatros », archi connus, mériteraient d’être rappelés ici :
L’Étranger
Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? Ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère ?
– Je n’ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.
– Tes amis ?
– Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est restée jusqu’à ce jour inconnu.
– Ta patrie ?
– J’ignore sous quelle latitude elle est située.
– La beauté ?
– Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
– L’or ?
– Je le hais comme vous haïssez Dieu.
– Eh ! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
– J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages !
L’Albatros
Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.
A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.
Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid!
L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait!
Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.
Comme on le voit, la signification allégorique des deux textes implique transgression, provocation, asocialité. S’ils se fondent sur une réflexion quant à la condition malheureuse du « poète maudit » dans la société, ces deux poèmes renvoient plus fondamentalement à la conscience exacerbée de l’altérité, si fortement imprégnée du refus de tout lien et du désir de fuite. Baudelaire met en effet en relief ces notions d’exil, et d’anti-modèle, qui caractérisent explicitement le Romantisme. En ce sens, si elle participe à l’élévation spirituelle, la métaphore du détour débouche sur la déception de l’homme de ne pouvoir atteindre cet idéal : le détour, dans sa définition négative, est donc une résistance au monde, à la nécessité, au rationnel, à la marche même de l’Histoire.
Que le Romantisme se soit emparé du rêve, de l’irréel, du fantastique, du macabre, du satanique est éclairant : le détour n’existe que dans une configuration de paternité avec la mort sociale et l’affirmation d’une trans-descendance, complémentaire à l’impossible quête de l’élévation et de la trans-ascendance. On pourrait évoquer ici ce manifeste surréaliste avant la lettre qu’ont été les Chants de Maldoror. Publiée à titre posthume en 1920, l’œuvre sulfureuse de Lautréamont incarne l’écart et le détour poussé à leur paroxysme :
« Moi, comme les chiens, j’éprouve le besoin de l’infini… Je ne puis, je ne puis contenter ce besoin ! Je suis fils de l’homme et de la femme, d’après ce qu’on m’a dit. Ça m’étonne… je croyais être davantage ! Au reste, que m’importe d’où je viens ? Moi, si cela avait pu dépendre de ma volonté, j’aurais voulu être plutôt le fils de la femelle du requin, dont la faim est amie des tempêtes, et du tigre, à la cruauté reconnue : je ne serais pas si méchant. Vous, qui me regardez, éloignez-vous de moi, car mon haleine exhale un souffle empoisonné. Nul n’a encore vu les rides vertes de mon front ; ni les os en saillie de ma figure maigre, pareils aux arêtes de quelque grand poisson, ou aux rochers couvrant les rivages de la mer, ou aux abruptes montagnes alpestres, que je parcourus souvent, quand j’avais sur ma tête des cheveux d’une autre couleur. Et, quand je rôde autour des habitations des hommes, pendant les nuits orageuses, les yeux ardents, les cheveux flagellés par le vent des tempêtes, isolé comme une pierre au milieu du chemin, je couvre ma face flétrie, avec un morceau de velours, noir comme la suie qui remplit l’intérieur des cheminées : il ne faut pas que les yeux soient témoins de la laideur que l’Être suprême, avec un sourire de haine puissante, a mise sur moi. Chaque matin, quand le soleil se lève pour les autres, en répandant la joie et la chaleur salutaires dans toute la nature, tandis qu’aucun de mes traits ne bouge, en regardant fixement l’espace plein de ténèbres, accroupi vers le fond de ma caverne aimée, dans un désespoir qui m’enivre comme le vin, je meurtris de mes puissantes mains ma poitrine en lambeaux. »
L’extrait est saisissant : il y a d’une part dans le personnage de Maldoror l’incandescence de la transgression faite de déchirement et de conflit intérieur, et d’autre part la recherche d’un ailleurs vécu comme échappatoire et libération. Le thème du détour se repère dans le texte par la décadence, le désordre, la déviation morale, la provocation qu’il instaure dans la norme. Même le langage se désolidarise de la syntaxe pour la détourner contre elle-même : en s’écartant volontairement du sens commun, le poème donne en effet l’impression d’une discontinuité sémantique empreinte de dérision et de violence : brisée, la trame de l’écriture est celle d’un poète marginal pour qui le détour se vit comme volonté de se perdre pour mieux se retrouver, fût-ce dans la mort. Détour de conduite, renversement esthétique, détours verbaux sont ici vécus comme nihilisme convulsif, vertige du néant et de l’inhumain.
Il faut ici concevoir le détour comme détournement du référentiel, du semblant, du « jeu des rôles », du simulacre social, du « faire voir » qui gouvernent la « Comédie humaine »… Il pourrait être intéressant en effet de mettre en relation les deux thèmes proposés à la session 2009.
