Entraînement BTS… Culture gé… Sport et accomplissement : De l’exploit à la quête de soi

Entraînement BTS Sessions 2012>13

Quand l’athlète médite…
Sport et accomplissement

De la poétique du geste à la quête de soi

Dans ce nouvel entraînement sur le thème du sport, je propose aux étudiant(e)s un corpus assez court mais dense, qui porte sur le geste sportif, comme objet de poésie et de connaissance. On sait que pour Pierre de Coubertin par exemple, au-delà de la force physique qu’il requiert et de son aspect purement événementiel, l’acte sportif comme dépassement de soi-même, aboutit à un postulat à la fois esthétique et ontologique : telle est l’image de l’athlète évoquée par le grand écrivain Henry de Montherlant (document 1) ou dans le Discobole Lancellotti (document 3) : celle du sportif qui s’engendre dans son propre geste créateur, en tant qu’esprit absolu, en soi et pour soi…

Corpus :
– Document 1 : Discobole par Lancellotti, copie romaine, vers 120 ap. J.-C.
– Document 2 : Henry de Montherlant, « Vesper », Les Olympiques, 1924
– Document 3 : Patrick Bollon, Manuel du contemporain, 2007
– Document 4 : Gilbert Andrieu, Sport et spiritualité, 2009

– Document complémentaire : Pierre Charreton, Le Sport, l’ascèse, le plaisir : éthique et poétique du sport dans la littérature française moderne, 1990

Sujet : Vous ferez des documents suivants, une synthèse concise, objective et ordonnée.

Écriture personnelle :
Dans quelle mesure la pratique d’un sport permet-elle de « faire l’expérience d’un autre moi », comme l’affirme Gilbert Andrieu ?

  • Document 1 : Discobole par Lancellotti, copie romaine, vers 120 ap. J.-C.

L’un des plus célèbres Discoboles est le « Discobole Lancellotti ». Cette statue qui représente un athlète en train de lancer un disque est la copie d’une non moins illustre statue de l’Antiquité, attribuée à Myron, sculpteur athénien du Ve siècle av. J.C.

  • Document 2 : Henry de Montherlant, « Vesper », 1924

Le stade n’est que silence et solitude. Les réflecteurs s’éteignent un à un.
Les vitres des vestiaires s’éteignent, toutes ensemble. Quelque chose s’éteint.
Il n’y a plus qu’un garçon, là-bas, qui lance le disque dans la nuit descendue.
La lune monte. Il est seul. Il est la seule chose claire sur le terrain.
Il est seul. Il fait pour lui seul sa musique pure et perdue,
son effort qui ne sert à rien, sa beauté qui mourra demain.
Il lance le disque vers le disque lunaire, comme pour un rite très ancien,
officiant de la Déesse Mère, enfant de chœur de l’étendue.
Seul, – tellement seul, – là-bas. Il fait sa prière pure et perdue.

Henry de Montherlant, « Vesper », Les Olympiques, éd. Gallimard, Paris 1924

  • Document 3 : Patrick Bollon, Manuel du contemporain, 2007

     Car la course de fond résume toutes les interrogations de l’existence et délivre bien des recommandations dont nous pourrions tirer profit : ne pas débuter trop vite ; ne pas nous fourvoyer en tentant de faire jeu égal avec ceux qui ne font pas la même course que nous ou n’ont pas l’intention de la terminer ; accepter la souffrance inéluctable ; aller toujours dans le même sens et prévoir, enfin, de perdre par instants du temps, car c’est là le seul vrai moyen d’en gagner [..] Si la vie ressemble à une compétition, cette compétition s’exerce donc d’abord et avant tout, quasi-exclusivement même, par rapport à soi. Quant à son secret ultime, il tient en une seule phrase : il faut avoir la conscience, l’intelligence de ce que l’on est, et faire en sorte, par tous les moyens dont nous disposons, y compris les plus détournés, de n’en jamais dévier.

Patrick Bollon, Manuel du contemporain, éd. Du Seuil, Paris 2007.

  • Document 4, Gilbert Andrieu, Sport et spiritualité, 2009.

[…] le sportif qui découvre le silence que lui impose la performance, découvre ce qu’il contient et qu’aucun partenaire ou instructeur ne peut prévoir. Dans le silence de son corps et sa richesse, le sportif retrouve la solitude qui fait de lui un homme total. La concentration pourrait nous laisser croire qu’il s’agit de la même chose, il n’en est rien. La concentration est due à un effort volontaire qui force l’esprit à observer un seul point, un seul détail, un seul moment de la vie. Le silence du corps est libéré quant à lui du temps et de l’espace. Il n’a pas d’endroit où se loger, il est partout à la fois, il remplit tout l’espace, il est instantané dans son apparition, n’a pas de durée propre, supprime le temps des horloges et semble transformer la plus infime durée en éternité. Cette découverte du silence n’est pas due à une recherche méthodique de notre cerveau gauche, de notre cerveau rationnel, elle n’est pas le fruit d’un effort, bien au contraire, car tout effort volontaire la rend impossible, elle survient, s’impose d’elle-même, envahit l’individu surpris d’être aussi cela.
Cette petite escapade, loin des traditions, pourrait paraître irréelle, si d’autres que moi n’en parlaient pas, faisant état de leurs expériences, à l’aide d’images plus symboliques qu’objectives.
Pour revenir à la discipline, je dirai que l’homme, ayant accepté de faire des efforts toujours plus intenses afin de se perfectionner en vue d’une performance ou d’une victoire, est amené à faire l’expérience d’un autre moi, c’est-à-dire d’un soi qui semble vouloir se libérer des règles techniques et de toutes les sanctions qui les accompagnent. En dépassant la gestuelle la plus savante, le sportif découvre celui qui s’en sert, et cet autre n’est pas le produit de son intelligence, n’est pas l’objet qu’il a appris à maîtriser.
Je crois que l’on peut retenir cette réalité simple, mais oh combien significative, de notre monde : ce silence que l’homme vrai perçoit ne saurait être maîtrisé. C’est lorsque le sportif n’est plus nécessairement maître de lui-même qu’il rencontre sa véritable nature d’homme, d’homme-dieu avons-nous déjà dit, qu’il retrouve, non sans une certaine émotion, le chemin du ciel.

Gilbert Andrieu, Sport et spiritualité, L’Harmattan, Paris 2009, pages 193194.

  • Document complémentaire : Pierre Charreton, Le Sport, l’ascèse, le plaisir : éthique et poétique du sport dans la littérature française moderne, 1990

[…] la conscience qu’on a de son propre corps intervient évidemment dans la connaissance de soi. L’athlète entretient avec son propre corps des relations privilégiées, raffinées, dont le profane peut difficilement avoir idée. Dans le sport, le corps est à nous plus que dans les actes courants de la vie, il nous appartient davantage […]. Le sport nous enseigne que nous sommes aussi notre corps, et qu’il est mauvais qu’il nous soit mal connu ou qu’il se dérobe à nous, car c’est une partie de nous-mêmes que nous perdons ainsi, et avec elle tout un univers de sensations […].
Les théories du sport et de l’éducation physique oscillent entre la considération du corps comme support ou simple instrument qu’il faut domestiquer et apprendre, si l’on ose dire, à manier le mieux possible, et la conception du corps comme valeur, ayant sa part et faisant son jeu dans la culture générale. […].
Ainsi, réduire le corps à une fonction instrumentale, ce serait régresser vers le dualisme que l’on voulait précisément combattre. En fait, le corps est objet de connaissance, mais, dans cet acte même de connaissance, il est en même temps sujet. Comme l’écrit avec raison Michel Bouet, « le sport implique que le corps ne soit pas le simple support de l’action, mais qu’il soit au cœur même de l’action, sa substance et non seulement son soutien ». « En sport, ce qui fonde l’existence corporelle comme subjectivité, c’est que notre personnalité est plus immédiatement présente à elle-même en lui et que notre corps se fond dans la lumière de cette présence à soi ». Le corps est l’occasion de ce qu’on pourrait appeler, en hasardant la formule, un cogito personnel.

Pierre Charreton, Le Sport, l’ascèse, le plaisir : éthique et poétique du sport dans la littérature française moderne, Saint-Etienne : C.I.E.R.E.C, 1990. Pages 42 et 43.

Vous trouverez ci-dessous plusieurs entraînements inédits sur le thème du sport(synthèse + écriture personnelle) :
  • Les valeurs du Sport : Excellence ou Sacralisation ? [Coubertin, INA, Caillat, Brohm] : Sujet + Corrigé
  • Sport et Droits de l’Homme [Bolotny, R. Yade, B. Laporte, Amnesty International, Lemieux, Collectif pour le Boycott des JO de Pékin 2008] : Sujet
  • Sport et discriminations de genre [Collectif, SOS Homophobie, Bodin, Robène, Héas, Mennesson, Kay, Jeanes + nombreux documents complémentaires] : Sujet
  • L’Art et le sport [Bégaudeau, De La Porte, Gaucher, Bellows, Boutrin] : Sujet
  • Sports de masse et Surmédiatisation [Thibon, Giono, Brohm, Couture] : Sujet + Corrigé
  • Le sport, reflet du capitalisme ? [Bodin, Sempé, Fatien, Fontanel, Joffard] Support de cours+ Sujet d’entraînement
  • Le phénomène E-Sport : de la convivialité à la post-humanité… Support de cours + documents d’accompagnement

Licence Creative CommonsNetiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, cet article est protégé par copyright. Ils est mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le nom de l’auteur ainsi ainsi que la référence complète de l’article cité (URL de la page).


© Bruno Rigolt, EPC février 2012__

Publié par

brunorigolt

Bruno Rigolt Docteur es Lettres et Sciences Humaines Prix de Thèse de la Chancellerie des Universités de Paris Professeur de Lettres Modernes et de Culture générale au Lycée en Forêt (Montargis, France).