75 minutes BTS : symbolique des objets et rituels de consommation. Support de cours et travaux dirigés

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Le « 75 minutes », c’est quoi ?

Pour vous aider dans vos révisions, je vous propose 1 à 2 fois par semaine jusqu’à l’épreuve, un « 75 minutes » sur l’un des deux thèmes proposés à l’examen. Obligez-vous à respecter le timing : 1h15 pas plus, pour confronter trois documents, faire une fiche de synthèse à partir de la problématique abordée, et vous entraîner en temps limité sur quelques sujets-type. Bien entendu, rien ne vous empêche ensuite d’approfondir un ou plusieurs aspects, mais obligez-vous la première fois à travailler dans le temps imparti : 75 minutes ! Chronométrez-vous en n’oubliant pas qu’un temps limité est toujours mieux utilisé !

Révisions Thème 2015-2016 
Ces objets qui nous envahissent : objets cultes, culte des objets

Problématique de ce « 75 Minutes » :
Symbolique des objets
et rituels de consommation

mots clés : ces objets qui nous envahissent ; biens de consommation ; rituels ; mise en scène sociale ; objet sacré ; symbole

voir aussi :
– L’objet de consommation de masse : de la multiplication de l’objet à sa disparition
– Le smartphone, de l’objet culte à l’objet transitionnel


Support de cours

L’appropriation du produit passe très généralement par le développement de rituels qui permettent de structurer dans le temps la relation à l’objet ou la marque ». Ces propos de Benoît Heilbrunn (document 1) posent l’enjeu de ce 75 minutes. Dans des sociétés où les normes de comportement sont fortes, les objets sont investis de culture : leur appropriation répond en effet à des rituels de consommation, des rituels de possession, de projection et de mise en scène sociale. 

Ce qui confère un sens rituel à l’objet tient au fait qu’il est fréquemment détourné de sa fonction première, de sa fonction utilitaire : il prend ainsi une valeur symbolique. De fait, nous investissons affectivement les objets. En acquérant un objet, l’être humain donne bien souvent sens à sa vie : l’acquisition de l’objet s’accompagne d’un sentiment subjectif de possession, d’une conscience de soi. L’objet agit en effet comme un marqueur social ; il est révélateur d’une catégorie sociale d’appartenance. 

En outre, « les pratiques de consommation permettent de comprendre la manière dont les individus interagissent avec les objets de consommation, et quel lien est tissé au fil de leur utilisation. À travers leurs pratiques, les individus valorisent différemment le sens qu’ils donnent aux objets de consommation. Les pratiques de consommation permettent de comprendre comment se noue progressivement une relation personnelle à l’objet consommé. En l’utilisant, les consommateurs lui octroient un sens qui peut être différent d’un individu à l’autre »¹.

Nous possédons par exemple de nombreux objets parce qu’ils sont un moyen d’interagir avec les autres : posséder un objet serait à ce titre une forme de jouissance permettant de se situer. Ainsi que le rappelait Jean Baudrillard, la consommation est un mode actif de relations aux objets et aux autres. Si l’objet a été tellement consacré par la société bourgeoise et le consumérisme, c’est qu’il est un symbole de socialisation. Il est même parfois le seul moyen pour un individu de se procurer puissance, influence ou respectabilité. L’acquisition de l’objet est ainsi devenue une valeur intégratrice fondamentale de la société de consommation. À tel point que le fait de ne pas posséder est le signe d’une exclusion sociale. 

La possession de l’objet dépasse donc le simple cadre de son usage  : sa possession articule la fonction utilitaire à la valeurComme il a été justement dit, « les marques peuvent elles-mêmes créer un ensemble de mythes et de rituels qui donnent un sens à la vie du consommateur. La marque Apple a directement créé une culture de consommation à partir de ces produits informatiques. Il existe des aficionados qui veulent croire qu’elle propose une autre vision du monde que celle des PC, dominante avec les ordinateurs Apple, ils ont un autre rapport à l’informatique »²

Ainsi, un objet griffé par exemple est porteur d’une forte dimension symbolique qui doit pouvoir être identifiée par les porteurs de la marque mais aussi par ceux qui ne peuvent y accéder³Dans une perspective anthropologique, certains objets sont même porteurs d’une dimension quasi mystique permettant à son possesseur d’acquérir un statut : le fait de posséder par exemple un smartphone dernier cri, un jeu vidéo avant sa sortie officielle ou un vêtement de marque transforme l’objet ordinaire en objet sacré selon un mécanisme assez proche de la transsubstantiation, c’est-à-dire du changement de substance dans la possession.

De façon plus générale, Zola, dans Au bonheur des dames, avait bien montré que l’achat constituait un rituel social que l’on pouvait comparer aux célébrations religieuses. Ainsi, le consumérisme, à travers les nouveaux temples de la consommation, confère à l’objet un pouvoir extraordinaire et proprement hiérophanique, c’est-à-dire à partir duquel s’objective le sacré. Pouvoir de transfiguration et de rayonnement : en ce sens la possession de l’objet permet aux hommes de conjurer la terreur de l’histoire, c’est-à-dire le néant et la mort.

Dans une société vouée à la finitude (société de « consumation »), posséder c’est donner un sens à sa vie. N’oublions pas que la société de consommation est le signe d’une civilisation qui continue à vivre les contenus religieux de la tradition comme des traces, des modèles cachés et défigurés, mais nonobstant profondément présents. Qu’il le veuille ou non, notre monde conserve encore les traces du comportement des sociétés religieuses. Cela suppose qu’il existe une dimension « religieuse » dans l’acte d’achat.

Dans l’objet, la fonction réelle et le mythe sont donc entretissés, constituant un tout qui donne justement à l’objet un sens, et à son possesseur un pouvoir : les sociétés bourgeoises et le libéralisme, en mettant au premier plan la valeur travail, ont paradoxalement incité à développer l’instinct de conquête en faisant de l’objet et de sa possession une réponse à l’angoisse et à la crise d’existence. Citons ces propos éclairants de Fabien Ohl (document 2) : « Alors que les derniers événements marquants de notre siècle sont majoritairement vécus en spectateur, la consommation donne au contraire l’impression d’avoir prise sur le déroulement de la vie ».

Ce que révélait en effet la guerre jadis était la violence des hommes aperçus sous le jour de l’effusion du sang et de la mort. Ce que révèle la société de consommation est l’économie de la mort. Au lieu d’instituer la mort comme régulation de tension interétatique et fonction d’équilibre, la société de consommation l’introduit à l’inverse comme violence symbolique, et comme paroxysme des échanges : plus nous achetons, plus nous avons d’objets —réels ou symboliques— et plus nous manifestons notre besoin de durer à tout prix en essayant de nous soustraire à la confrontation avec la mort.

Toute la difficulté est qu’en possédant un objet, nous sommes également possédés par sa possession même : on peut donc parler d’une aliénation de l’être dans l’avoir, comme le suggérait de façon très intuitive la fameuse chanson « Foule sentimentale » d’Alain Souchon (1993). La surpossession d’objets tient au fait que nous sommes de plus en plus blasés, habitués à un système qui exhortant la quantité finit par déposséder l’objet de sa fonction première ; la possession de l’objet prend ainsi la dimension illusoire d’une libération : en dépendant de l’objet nous avons paradoxalement l’impression de ne dépendre de personne.

Copyright © mars 2016, Bruno Rigolt

1. Sylvie Jean, Marie-Catherine Mars, Loïck Menvielle, Jean-Baptiste Welté, Introduction au marketing : Cultures de consommation et création de valeur, page 15. Texte téléchargeable à cette adresse : http://www.pearson.ch/download/media/9782326000391_SP_01.pdf page 1.
2. ibid. p. 14.
3. Sans nous en rendre compte, chacun espère avoir le produit qui le démarquera de l’autre. Pour ceux qui ne peuvent pas se payer la marque, il existe des stratégies de contournement : à l’emploi de la fausse monnaie sur le plan économique, correspond l’usage des stratégies de contournement que sont les objets contrefaits.

 

Étape 1 : la prise de notes (35 minutes) : Document 1 : 20 minutes. Documents 2 et 3 : 15 minutes. Prenez connaissance des documents en relevant les informations vous paraissant les plus utiles au traitement de la problématique : relevez synthétiquement le thème précis, la thèse de l’auteur ou l’enjeu posé, ainsi que quelques arguments ou exemples représentatifs. Ne rentrez pas dans les détails : allez toujours vers l’interprétation textuelle GLOBALE.

1. Benoît Heilbrunn, « L’appropriation du sens des objets par les rituels de consommation ». In : La Consommation et ses sociologies, Paris, Armand Colin, 2010 (2005 pour la première édition).

2. Fabien Ohl, « Le siècle des objets »Libération, 24 décembre 1999 |→ Accéder à l’article|

3. Quatrième de couverture du hors-série Les Objets du siècle (Libération, 1999).

Libération_objets du siècle_4ème de couverture


→ Étape 2 : le réinvestissement des notes (45 minutes)

  • Essayez d’abord de répondre très brièvement aux questions suivantes en vous obligeant à réinvestir vos notes pour chacune de vos réponses, qui seront structurées autour d’un argument, illustré par un exemple précis :
  1. Relevez dans chacun des textes quelques aspects montrant que l’appropriation de l’objet répond à des rituels de consommation, des rituels de possession, de projection et de mise en scène sociale.
  2. Expliquez ces propos de Benoît Heilbrunn (document 1) : « De ce fait, la circulation des biens matériels représente un élément important des processus rituels ».
  3. À partir de l’exemple des rituels de consommation développé par McCraken (document 1), réfléchissez au cérémonial des cadeaux lors des fêtes (Noël par exemple).
  4. En exploitant le document 2, justifiez et commentez ces propos de Fabien Ohl (vous pourrez réinvestir votre connaissance du thème « Je me souviens ») : « L’importance anthropologique des objets se traduit de diverses façons et notamment dans la place qu’ils occupent dans les biographies familiales. Le culte des objets s’enracine dans l’enfance, les objets enchâssent aujourd’hui toutes les périodes marquantes de la vie. Les voitures familiales permettent de dater les événements, les disques remémorent les styles de vie d’une époque, le premier ballon de football signifie une rupture avec la petite enfance, la machine à laver indique un changement de mode de vie, les bas ou les chaussures à talon accompagnent l’acceptation d’une nouvelle féminité, la télévision, le magnétoscope ou le Caméscope retracent les modifications de l’univers domestique. »
  5. Fabien Ohl affirme : « Identifier les objets du siècle, c’est une façon d’approcher une histoire insignifiante et pourtant essentielle, puisqu’elle traduit une quête de sens ». Après avoir expliqué ces propos, essayez d’identifier à votre tour quelques objets en apparence insignifiants, mais pourtant essentiels dans votre vécu personnel.
  6. Document 3 : choisissez quelques objets présentés et essayez de montrer brièvement en quoi ils ont permis «  d’expérimenter des identités et d’afficher une appartenance » (F. Ohl).
  • Questions de synthèse :
    En réinvestissant les deux textes du corpus ainsi que le support de cours, étayez ces propos du support de cours : « en possédant un objet, nous sommes également possédés par sa possession même : on peut donc parler d’une aliénation de l’être dans l’avoir […] ; la possession de l’objet prend ainsi la dimension illusoire d’une libération : en dépendant de l’objet nous avons paradoxalement l’impression de ne dépendre de personne ».
  • Enfin, essayez de construire un plan d’écriture personnelle en 15 minutes à partir du sujet suivant : Dans quelle mesure la consommation d’objets « rappelle et fait exister des liens sociaux » (Fabien Ohl) ?

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Bon courage à toutes et à tous pour l’examen !

Travaux dirigés à venir :

  • « Support de cours et entraînement BTS » :
    (Thème : Je me souviens… « Le souvenir et l’attente comme mesure du temps »). Programme 2016-2017
  • « 75 minutes » :
    (Thème : Je me souviens… « Oubli et souvenir sont-ils si différents ? »). Programme 2016-2017

Travaux dirigés déjà mis en ligne (pour la session 2016) :

Méthodologie

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Publié par

brunorigolt

Bruno Rigolt Docteur ès Lettres et Sciences Humaines, Prix de Thèse de la Chancellerie des Universités de Paris. Diplômé d'Etudes approfondies en Littérature française et en Sociologie ; Maître de Sciences Politiques ; Professeur de Lettres Modernes et de Culture générale au Lycée en Forêt (Montargis, France).